Valorisation des déchets dans les villes du Sud
Valorisation des déchets dans les villes du Sud
N° 54
TECHNICAL REPORTS
AFD, 5 rue Roland Barthes, 75598 Paris cedex 12, France ̶ +33 1 53 44 31 31 ̶ +33 1 53 44 39 57
PublicationsAFD@[Link] ̶ [Link]
Sommaire
AUTEURS
DURAND Mathieu, maître de conférences à le Mans Université, laboratoire ESO CNRS,
Responsable Master Déchets et Économie circulaire
CAVÉ Jérémie, PhD, consultant indépendant, Urbanalyse
DELARUE Jocelyne, directrice de l’association Gevalor
LE BOZEC André, économiste, consultant indépendant, ALBWaste
SALENSON Irène, chargée de recherches, département Diagnostics économiques et politiques
publiques, Direction Innovation, Recherche et Savoirs, AFD
RÉSUMÉ
Cet ouvrage part du constat effectué par les autorités locales au Sud : à mesure qu’elles sont
tenues de fermer les anciennes décharges et d’investir dans de coûteux centres d’enfouissement
techniques, les villes perçoivent d’un œil nouveau la fonction d’évitement qu’assurent les filières
de recyclage. En effet, celles-ci détournent une partie des flux à prendre en charge, diminuent le
rythme de remplissage des centres d’enfouissement, limitent le gaspillage de ressources et
offrent un emploi aux plus pauvres. Toutefois, concilier le développement de filières de
valorisation avec le service public de gestion des déchets soulève des défis sociaux,
économiques, institutionnels et techniques qu’il convient de caractériser précisément. Cet
ouvrage s’attachera à analyser ces enjeux sous l’angle technique, institutionnel, financier, dans
six villes des pays du Sud : Lima (Pérou), Bogotá (Colombie), Lomé (Togo), Antananarivo
(Madagascar), Delhi (Inde) et Surabaya (Indonésie).
Couverture : Pesée des matériaux dans la Waste Bank de Semampir (Surabaya – Indonésie) ©
J. Cavé, 2016
LANGUE ORIGINALE
Français
ISSN
2492-2838
DÉPÔT LÉGAL
2e trimestre 2019
AVERTISSEMENT
Les analyses et conclusions de ce document sont formulées sous la responsabilité de ses
auteurs. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l’Agence Française de
Développement ou de la Direction Générale de l’Aménagement du Territoire de Tunisie.
Sommaire
Introduction générale............................................................................................................6
Chapitre 1. La valorisation des déchets : un changement de paradigme pour les pays
du Sud.....................................................................................................................................8
II. Investiguer la valorisation des déchets dans les villes du Sud ............... 26
Chapitre 2. Collecter et recycler, le domaine des informels ..........................................43
I. Quelle gouvernance et quels territoires pour valoriser les déchets ? ... 116
II. Quel modèle de gestion des déchets pour porter une politique ? ......... 126
III. La gestion des déchets en tant que ressources communes .................. 134
Conclusion générale .........................................................................................................140
Bibliographie......................................................................................................................141
Annexes ..............................................................................................................................150
Tables des illustrations ....................................................................................................175
Précédentes publications de la collection .....................................................................177
Qu’est-ce que l’AFD ? .......................................................................................................183
Préambule
Cet ouvrage est issu du projet de recherche ORVA2D (Organisation de la Valorisation des
Déchets dans les villes en Développement), mené pour le compte de l’Agence Française de
Développement entre 2014 et 2018. Nous remercions ici l’ensemble des parties prenantes
de ce projet de nous avoir accompagnés dans ce processus, depuis le montage initial
jusqu’à l’organisation du séminaire final, en passant par la collecte des données sur le
terrain.
Nous exprimons tout d’abord nos remerciements à Irène Salenson (référente du projet au
sein de l’AFD) pour sa disponibilité et ses remarques constructives, ainsi que les membres
de la division Développement Urbain, Aménagement, Logement : Guillaume Graff,
Clémentine Dardy et Alexandra Monteiro, ainsi que Laurence Rebet-Porte et Sylvie Ory,
pour l’organisation minutieuse des conférences internationales.
Nous remercions les collègues ayant contribué à la collecte des données et à la réalisation
des rapports de terrain : Mélanie Rateau et Heduen Estrella Burgos (Le Mans Université)
pour le Pérou et la Colombie 1 ; Julien Garnier et Hélène Bromblet (Gevalor) pour le Togo 2 ;
Georges Morizot, Adeline Pierrat, Clémence Lecointre et Romain Breselec (Gevalor) pour
Madagascar ; Rémi De Bercegol (CNRS) et Shankare Gowda (CPR) pour l’Inde ; Setyo
Nugroho pour l’Indonésie 3. Nous remercions également l’ensemble des collègues ayant
assurés la gestion administrative, technique et logistique de ce projet depuis la France :
Frédérique Leguillon, Anne Saussereau (Université du Mans).
Enfin, nous remercions tous les partenaires des pays investigués pour leur disponibilité et
leur accueil dans la collecte des données :
- Pérou : Jérémie Robert (IFEA, CNRS), Oswaldo Caceres (ONG Alternativa), Leoncio
Sicha-Punil (Municipalidad de Comas), Municipalidad de Villa Maria del Triunfo,
Municipalidad de Santiago de Surco.
- Colombie : Luisa Fernanda Tovar et Luis Jimenez (Universidad Nacional de
Colombia), Igor Dimitri Guarin Muños (UAESP), Céline Valadeau (IFEA, CNRS), Sandra
Pinzón (Basura Cero Colombia).
- Togo : Kodjo Enoumodji, Kossi-Dodzi Agbati (Municipalité de Lomé)
- Madagascar : Damy Rakotonjanahary (Municipalité d’Antananarivo)
- Inde : Nirod Baran Mazumdar (Sulabh International), SDMC, ILFS, RAMKY, JINDAL,
Ministry of Environment, Forest and Climate Change, Ministry of Urban Development, RWA
Defence Colony, Chintan, Green Planet Waste Management, GIZ, PVC Market Association,
les residents d’Hanuman Mandir
- Indonésie : Ria Soemitro, Mme Warmadewanthi (Institut Teknologi Sepuluh
Nopember), Mme Winarsi, Esa Anjani et Endhita Siregar, N. Garnier et V. Mathelin de
l'Institut Français en Indonésie (IFI), G. de Valon et A. Fanani de l'agence AFD à Jakarta
1
Terrains pilotés de Mathieu Durand (Université du Mans)
2
Les deux terrains africains ont été pilotés de Jocelyne Delarue (Gevalor)
3
Terrain piloté par Jémémie Cavé (Urbanalyse)
Acronymes
Résumé
La masse croissante de déchets ménagers et assimilés dans toutes les villes du Sud, dans
un contexte de persistance de crises sanitaires et de renforcement de crises écologiques
(raréfaction et renchérissement de la valeur des ressources naturelles vierges), en fait un
enjeu d’importance majeure. Il s’agit d’offrir un service public essentiel à toute la population,
notamment aux plus pauvres (avec diverses modalités d’accès à ce service), tout en prenant
en compte les enjeux environnementaux d’une économie cherchant à devenir circulaire. Bien
que la gestion des déchets représente partout une part substantielle des dépenses
municipales, la fourniture de ce service public est loin d’être optimale. Les autorités
publiques cherchent des solutions techniques et des modes de gestion fiables, efficaces,
financièrement supportables et politiquement acceptables. Or, il est désormais admis que la
plupart des modes de gestion et de traitement industriels développés dans les pays du Nord
ne sont que partiellement adaptés aux caractéristiques des pays du Sud, à la fois en termes
techniques, économiques et sociaux. Ces pays font au contraire l’objet d’innovations
sociales et organisationnelles venant de la société civile et des institutions publiques locales,
affirmant la nécessaire « contextualisation de la gestion des déchets » (la rudologie).
Cet ouvrage présente l’évolution de services de gestion des déchets devenus multiformes,
pluri-acteurs et multi-scalaires. Comment les pouvoirs publics locaux prennent-ils en compte
la multiplication des offres de collecte et de recyclage, par des services privés,
communautaires, informels, etc. ? Comment ces nouveaux acteurs s’articulent-ils avec le
service municipal ?
Cet ouvrage part du constat effectué par les autorités locales au Sud : à mesure qu’elles
sont tenues de fermer les anciennes décharges et d’investir dans des Centres
d’Enfouissement Techniques contrôlés (qui ont un coût très élevé), les villes en viennent à
percevoir différement la fonction d’évitement qu’assurent les filières de recyclage (organique,
matière). En effet, celles-ci détournent une partie des flux à prendre en charge par les
autorités publiques, diminuent le rythme de remplissage des centres d’enfouissement et
limitent le gaspillage de ressources. En outre, elles sont souvent créatrices de nombreux
emplois pour des personnes parmi les plus défavorisées. Toutefois, concilier le
développement de filières de valorisation avec le service public « classique », c'est-à-dire
municipal, de gestion des déchets ménagers et assimilés, soulève des défis sociaux,
économiques, institutionnels et techniques qu’il convient de caractériser précisément.
Cet ouvrage s’attachera à analyser ces enjeux sous l’angle technique, institutionnel,
financier, dans six villes des pays du Sud : Lima (Pérou), Bogotá (Colombie), Lomé (Togo),
Antananarivo (Madagascar), Delhi (Inde) et Surabaya (Indonésie). L’objectif est de
comprendre comment se reconfigurent les services publics de gestion des déchets en
affirmant les spécificités contextuelles de chaque ville, puis de mettre en avant un certain
nombre de leviers, identifiés lors de travaux de terrains très investis par les auteurs. Les
résultats présentés ici sont ceux du projet de recherche ORVA2D (ORganisation de la
Valorisation des Déchets dans les villes en Développement) mené par l’AFD, l’Université du
Mans, l’ONG Gevalor et les consultants Urbanalyse et ALB Waste.
Introduction générale
Le monde croule, littéralement, sous les déchets : deux montagnes d’ordures urbaines se
sont effondrées en mars et avril 2017, entraînant la mort de 115 personnes en Ethiopie et 29
au Sri Lanka.
A mesure qu’elles sont tenues de fermer les anciennes décharges et d’investir dans des
Centres d’Enfouissement Techniques1, les collectivités locales des pays du sud en viennent
à percevoir plus positivement la fonction d’évitement qu’assurent les filières de valorisation
des déchets, malgré les conditions d’informalité voire d’insalubrité dans lesquelles elles
s’exercent. En effet, celles-ci détournent une partie des flux à prendre en charge par les
autorités publiques, diminuent le rythme de remplissage des centres d’enfouissement,
évitent le gaspillage de ressources et offrent une activité économique aux plus pauvres.
Toutefois, concilier le développement de filières de valorisation avec le service public
municipal de gestion des déchets ménagers et assimilés, soulève des défis sociaux,
économiques, institutionnels et techniques qu’il convient de caractériser. Si les pays du Sud
ont pendant lontemps eu des attitudes mimétiques vis-à-vis des expériences des pays du
Nord, les enjeux et les modalités d’intervention ne sont pas les mêmes. Au Nord, la
croissance démographique et celle de la consommation ont entrainé l’augmentation de la
production de déchets pendant plus d’un siècle. Dans les pays du Sud, ce phénomène se
déroule de façon beaucoup plus intense depuis quelques décénnies seulement. L’ampleur
des problèmes, conjuguée au moindre poids des institutions et des budgets publics, ne rend
que plus difficile la gestion des déchets.
Pour ces villes du Sud, la seule approche technique ne permet ni d’identifier en profondeur
les causes des dysfonctionnements, ni d’aboutir à des solutions réalistes et contextualisées.
A l’inverse, l’approche rudologique, c’est-à-dire l’approche « systémique des déchets »
(Gouhier, 2000), en tant que tout sociétal et objet socio-technique (Coutard, 2009) permet
aux villes de se projeter dans une gestion adaptée aux potentiels locaux. Cet ouvrage se
propose d’analyser certaines expériences mises en œuvre dans plusieurs villes des pays du
Sud ayant cherché à imaginer un nouveau modèle de gestion des déchets. Celles-ci
assument dans la plupart des cas l’échec du modèle de gestion uniquement basé sur l’action
municipale pour, au contraire, reconnaitre l’impact positif d’acteurs et d’actions non
exclusivement publiques. Sans qu’il soit possible de proposer un modèle unique sur cette
base de retour d’expérience, puisqu’elles sont par définition très contextualisées, cet
ouvrage met en avant un certain nombre de clefs pouvant permettre, au cas par cas,
d’avancer vers une gestion plus efficiente (environnementalement, socialement,
économiquement) des déchets. La question centrale est alors de savoir comment articuler la
valorisation des déchets, la plupart du temps inexistante ou bien réalisée par des acteurs
non-gouvernementaux, avec le service public municipal de gestion des déchets ?
L’objectif du projet de recherche qui a abouti à cet ouvrage est d’élaborer, puis de mettre en
application une méthodologie d'analyse et de comparaison de dispositifs de valorisation des
déchets spécifiques aux villes du sud et de leur prise en compte dans le cadre du service
1
A la différence d’une décharge, un Centre d’Enfouissement Technique (CET) désigne une installation de
stockage des déchets dotée, entre autres, d’une membrane imperméable permettant de récupérer les lixiviats
en vue de les traiter, ainsi que de tuyaux de captation du méthane en vue d’éviter tout risque d’explosion et/ou
de valoriser ce gaz à effet de serre sous forme de chaleur ou d’électricité.
public de gestion des déchets municipaux. Pour cela, nous avons défini les paramètres
indispensables à la collecte de données sur le terrain, en vue d’acquérir :
i. une caractérisation des flux de déchets et de l’organisation du service public
municipal ;
ii. une connaissance fine des filières et des coûts de collecte/traitement et des filières
de valorisation ;
iii. une compréhension de leurs interactions, incompatibilités et synergies potentielles.
Les dysfonctionnements techniques et sanitaires sont souvent les premiers signes des
difficultés à gérer les déchets, ils sont lerésultat de contraintes sociales, économiques ou
institutionnelles. Dans cette démarche d’investigation, deux dimensions principales ont donc
été analysées : les enjeux économiques et financiers d’une part, les enjeux organisationnels
et institutionnels d’autre part. Cette comparaison a porté sur des cas où des solutions ont
permis d’atteindre un certain degré d’intégration entre les différentes pratiques (innovations
socio-technico-économiques) afin d’en tirer un diagnostic organisationnel et financier.
Six villes ont été étudiées, dans chacun des trois continents du Sud de la planète. Les villes
latino-américaines de Lima (Pérou) et de Bogotá (Colombie) sont, chacune à leur manière,
caractéristiques de la volonté d’intégrer les récupérateurs informels de déchets recyclables à
la gestion municipale, afin de compléter le service public. Il s’agit là d’un enjeu
environnemental autant que social. En Afrique, Lomé (Togo) et Antananarivo (Madagascar)
tentent des solutions multiples pour coordonner les activités de précollecte avec la collecte
municipale. Le développement d’une valorisation agronomique des déchets fermentescibles
y est également très important, notamment du fait du poids (jusqu’aux 2/3) que représentent
les organiques. A Delhi (Inde), la ville tente de reproduire les solutions développées par les
pays du Nord (incinération, plateformes de compostage), avec un succès mitigé. Enfin, le
cas de Surabaya (Indonésie) est assez exemplaire d’innovations sociales, collectives, multi-
scalaires et multi-technologies, qu’une ville du Sud peut chercher à développer.
Le présent ouvrage opère une synthèse de ces différentes études de cas, en croisant les
analyses, les observations et les recommandations. Le premier chapitre présente le cadre
conceptuel et théorique du changement de paradigme des dernières décennies pour la
gestion des déchets dans les pays du Sud, ainsi que la méthodologie utilisée pour
caractériser les innovations étudiées et les études de cas développées. Le second chapitre
se concentre sur l’activité la plus visible, le recyclage-matière, en soulignant le rôle des
acteurs informels . Il s’attache à analyser les mécanismes socio-techniques de succès des
opérations de valorisation matière. Le troisième chapitre réfléchit aux différentes
technologies de valorisation, notamment pour les déchets organiques, qui constituent
l’essentiel des gisements, avec des potentiels de valorisation (agronomique ou énergétique)
trèsdivers. Le chapitre quatre décortique les coûts et le financement des activités de gestion
et de valorisation. Cette analyse économique permet de relativiser le poids de chaque
opération, dans un contexte où les ressources financières à disposition des acteurs sont
particulièrement limités. Enfin, le dernier chapitre revient sur la notion même de service
public des déchets, analysant sa reconfiguration institutionnelle, technique et spatiale, au vu
des expériences précédemment décryptées. La nécessité d’un service contextualisé, la
remise au goût du jour des activités low-tech ainsi que l’approche par les communs sont
alors mobilisées.
Entre modèles internationaux et spécificités des pays du Sud, la gestion des déchets sous-
tend de nombreuses logiques présentées ici. Ce chapitre constitue un état de l’art.
Les modalités de gestion des déchets au Nord sont-elles opérantes pour appréhender ce
secteur au Sud ? Rien n’est moins sûr. Dans les villes du Sud, la mise en décharge prévaut
pour la gestion officielle. Surtout, du fait de fortes inégalités socio-économiques, la nature
duale du déchet est révélée : détritus pour les uns, ressource pour d’autres (Bertolini 1992).
Appliquée à des sociétés urbaines, la notion même de déchet peut alors perdre de sa clarté :
est-ce ce que les habitants rejettent ? Ou bien est-ce que personne ne récupère ? Par
ailleurs, le secteur du recyclage n’a jamais cessé d’être actif, mais il est réalisé par un
secteur informel agissant dans des conditions d’hygiène et de salubrité critiquables. L’enjeu
est de mettre en concordance ces deux logiques.
1. Un problème croissant
Le panorama quantitatif le plus récent et le plus complet de volume de déchets produits a été
publié en 2018 par la Banque Mondiale. Aujourd'hui, sur la planète, trois milliards de citadins
génèrent plus de 2 milliards de tonnes de déchets par an (The World Bank, 2018). La Chine
est devenue, dès 2004, le premier producteur de déchets urbains au monde. Et, depuis
2011, les 34 pays membres de l'organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE), les pays dits du Nord, produisent moins de la moitié (44 %) de la
production mondiale estimée (The World Bank, 2012).
Cependant, l’effet de taille vient ici masquer le différentiel de production de déchets en
fonction du niveau de développement économique. Il convient, pour compléter l’analyse, de
considérer le ratio de déchets municipaux produits par habitant : il est de 2 kg/jour aux Etats-
Unis et de 0,4 kg/jour en Inde (Chalmin & Gaillochet, 2009, p. 11). Un tel écart laisse à
penser que les pays émergents sont très loin d’avoir atteint leur potentiel de génération de
détritus. Etant donné que l’essentiel de la croissance démographique et urbaine devrait avoir
lieu au Sud, le volume de déchets urbains pourrait ainsi passer à 2,2 milliards de tonnes en
2025, produits par 4,3 milliards d'habitants urbains dans le monde (The World Bank, 2012).
Cela représenterait une hausse de plus de 70 % des déchets municipaux en quinze ans 1.
1
Le rapport UN-Habitat 2010 est plus pessimiste, envisageant une production totale entre 2,4 et 5,9 milliards de
tonnes, en 2025, soit jusqu’à quatre fois et demi la production actuelle (UN-HABITAT, 2010, p. 13).
En qualité également, les déchets ménagers au Sud se distinguent de ceux du Nord. Tout
d’abord, au Sud, les déchets sont produits en plus faibles quantités qu’au Nord.
1
Parmi lesquels l’Inde, l’Indonésie (et la Chine).
2
Parmi lesquels le Brésil (et la Russie, l’Afrique du Sud, le Mexique, la Turquie, etc.).
Dans les pays riches, les ordures ménagères sont aussi : moins humides, moins denses et
dotées d’un pouvoir calorifique supérieur (Foully, 2009, p. 6).
1
Les déchets inertes ne se décomposent pas, ne brûlent pas et ne produisent aucune réaction physique ou
chimique. Ils ne détériorent pas non plus d’autres matières en contact de manière préjudiciable à
l’environnement ou à la santé humaine. Ex : les déchets minéraux produits par les activités de démolition et
construction (béton, tuiles, briques, sable, etc.).
Compte tenu de ces différences de quantité et de qualité, il paraît logique que les techniques
de gestion (transport, traitement) soient également distinctes.
Au début des années 1990, alors que dans les pays du Nord une « nouvelle philosophie de
gestion des ressources commence à transformer la gestion des déchets » (Furedy, 1992),
c’est toujours une optique d’ingénierie qui prévaut dans les pays du Sud. Les approches de
gestion passent par des dispositifs centralisés et intensifs en capital (Furedy, 1995; Medina,
2005b), introduits selon une logique top-down (Baud & Post, 2004) et justifiés par l’idée que
le traitement des déchets jouit d’économies d’échelle (Bartone, 1995). Ce choix stratégique
s’accompagne de l’introduction d’acteurs privés, supposés plus à même de maîtriser les
technologies que les administrations publiques (Bartone et al., 1991; Cointreau-Levine,
1994).
Dans les villes des pays en développement, les responsables publics rêvent souvent
d’adopter les technologies de gestion en vigueur dans les pays industrialisés. Les acteurs
privés des pays du Nord, quant à eux, déploient des tactiques de séduction auprès des
collectivités urbaines des pays du Sud pour vendre leurs produits technologiques. La
tentation d’appliquer des schémas issus du génie environnemental dans un contexte marqué
par le dénuement aboutit à des difficultés. Se répand ainsi l’idée que tous les déchets
pourraient être éliminés par des modes de traitement sophistiqués, tout en rapportant de
l’argent : « étant donné qu’il n’y a pas de sous pour le traitement, des propositions de
systèmes sophistiqués de récupération des ressources susceptibles de transformer "les
déchets en or" sont très attrayantes pour les politiciens locaux » (Cointreau-Levine, 1982, p.
60).
Ces démarches mimétiques engendrent d’innombrables ‘éléphants blancs’ (Bertolini &
Brakez, 2008; Medina, 2005a) : implantation de technologies de collecte ou de traitement,
soi-disant révolutionnaires, importées à grand frais, inaugurées en grande pompe et se
soldant par d’éclatants fiascos. A titre d’exemples, nous pouvons citer, entre autres,
l’incinérateur construit à Delhi en 1984 avec le soutien de la coopération danoise (UN-
Habitat, 2010, p. 114) et complètement inopérant du fait d’ordures ménagères très humides ;
plus de 150 unités de compostage sur ordures brutes produisant du compost inutilisable
(Foully, 2012), les sept installations de compostage construites au Maroc, les dizaines
d’usines de tri-compostage construites au Brésil (Eigenheer et al., 2005), ou encore le centre
d'enfouissement technique ‘Doña Juana’ construit en 1989 à Bogotá (Colombie) et qui a
entièrement glissé en 1997 laissant s'échapper près d’un million de tonnes de déchets. La
liste est longue… Pour paraphraser le titre du rapport de la Banque Mondiale : « what a
waste! » (« quel gâchis »).
Du fait des formes différentes que prend l’espace urbain au Sud le processus même de
transformation d’un objet en « résidu » diffère par rapport au Nord. Dans de nombreux
quartiers des villes, la poubelle est collective, située à la lisière du pâté de maisons. Cette
caractéristique spatiale urbaine, liée à la densité, induit la distinction entre collecte primaire
et secondaire. La collecte primaire est interne au quartier, en porte-à-porte, par des voies
étroites, non rectilignes. La collecte secondaire est externe, via les points d’apport collectifs,
sur les principaux axes de circulation. Du fait de cette structuration, le quartier devient une
sorte de sas avant l’abandon. En son sein comme à sa lisière, du fait des intermédiations
auxquelles il donne lieu, l’évictiondes matériaux est court-circuité par les filières de
récupération informelles.
Des schémas alternatifs de récupération des ressources gisant dans les détritus
Les administrations municipales ont tendance à concentrer leurs moyens limités, via le
recours à des opérateurs privés, sur la desserte des quartiers aisés (Zurbrügg, 2002). La
tentation est grande de chercher à créer des enclaves libérées des contraintes ambiantes,
dont les normes se rapprocheraient de celles des pays riches. Aussi, la transposition des
modes d’intervention propres aux pays industrialisés n’est-elle pas opérante, ou seulement
au service d’une minorité de la population urbaine, dans une « logique du ‘tout ou rien’ »
(Bertolini & Brakez, 1997).
Par conséquent, les détritus prolifèrent dans les autres quartiers de l’espace urbain (Mérino,
2002). Pour pallier aux insuffisances du service municipal, des initiatives de précollecte
voient le jour : des petits opérateurs (communautaires, associatifs type groupements d’intérêt
économique (GIE) ou encore privés) assurent l’enlèvement des déchets ménagers, pour
aller les déverser dans des dépôts intermédiaires. Ces « options non-conventionnelles »
(Furedy, 1992) permettent de collecter les ordures dans les ruelles étroites où les camions-
bennes ne peuvent pas circuler, elles requièrent des moyens matériels rudimentaires et sont
génératrices d’emploi (Zurbrügg, 2002).
Cependant, la question de la coordination (technique et financière) de ces schémas avec le
service municipal en aval est souvent problématique (Zurbrügg, 2002). En effet, si les
citadins sont disposés à payer pour que leur environnement proche soit nettoyé, une fois les
ordures évacuées, ils ne se sentent plus concernés et, partant, peu disposés à financer l’aval
de la chaîne de gestion.
Dans les villes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, le potentiel de ‘ressource’ des résidus
est perçu depuis longtemps par la population. La plupart des ménages urbains au Sud
pratiquent au quotidien un tri rigoureux de leurs rebuts : « la majorité des foyers et des
entreprises […] ne jettent pas tous leurs matériaux indésirables à la poubelle » (Furedy,
1995, p. 90). À la différence des pays du Nord, le tri des déchets y est directement motivé
par la valeur marchande des matériaux recyclables.
Présent dans toutes les villes du Sud, le secteur informel est défini comme suit :
« individus, familles et (micro-) entreprises du secteur privé qui travaillent dans la valorisation
et les services de gestion des déchets, dont les activités ne sont ni organisées,
sponsorisées, financées, contractuellement sollicitées, reconnues, gérées, taxées, ni même
suivies par les autorités formelles de la gestion des déchets » (Scheinberg, Simpson, Gupt et
al., 2010).
Les deux traits fondamentaux de ce secteur d’activité sont le fait d’appréhender les déchets
en tant que ressources, d’une part, et d’être marqué par l’opprobre sociale (Nas & Jaffe,
2004), d’autre part. La figure la plus symptomatique est celle des chiffonniers ou biffins,
également connus sous les appellations de catadores, scavengers, wastepickers,
ragpickers, pepenadores, cartoneros, buscabotes, traperos, basuriegos, chatarreros,
frasqueros, segregadores, etc.
Les wastepickers occupent partout l’une des plus basses positions sociales (Baud et al.,
2001) et sont eux-mêmes assimilés aux ordures dans lesquelles ils quêtent des matériaux
ayant quelque valeur. Non seulement sont-ils exploités par les marchands auxquels ils
revendent leur butin, mais ils et elles travaillent –et souvent vivent – dans des conditions
extrêmement précaires, que seuls certains récits anthropologiques (Camacho, 1986; Harpet,
2001) ou films documentaires (Coutinho, 1993; Nelson, 1977; Prado, 2004; Walker, 2009)
ont pu en partie restituer. Bien que le secteur informel de la récupération soit marginal à
plusieurs titres – socialement et géographiquement notamment – il n’en est pas moins
économiquement et physiquement considérable. Selon des estimations récentes, 1 % de la
population urbaine mondiale travaillerait dans le secteur spontané de la récupération et du
recyclage (UN-HABITAT, 2010) 1. Voilà le paradoxe : « l’économie de la récupération est à la
fois omniprésente et peu reconnue » (Coing & Montaño, 1985, p. 64).
Il est possible de proposer une typologie des récupérateurs informels en fonction du stade
auquel ils interviennent sur le flux de déchets (Medina, 2005a; Scheinberg et al., 2011).
Nous pouvons ainsi recenser :
les marchands ambulants (ou itinerant buyers) qui rachètent des déchets recyclables
séparés par les habitants ;
les collecteurs-trieurs de rue (ou wastepickers) qui, exerçant dans les rues, fouillent
les poubelles des citadins en vue d’y trouver des matériaux revendables ;
les collecteurs-trieurs de décharge, qui officient sur le site final, souvent situé en
périphérie de la ville, et fouillent la montagne d’ordures à l’arrivée des camions ;
les marchands sédentaires (ou junk shops) qui rachètent les déchets recyclables à la
fois aux habitants qui se déplacent jusqu’à leurs boutiques et à l’ensemble des acteurs
présentés ci-dessus. Les acteurs auxquels les marchands revendent leur matériel
(recycleurs ou négociants) exercent bien souvent de façon déclarée.
Le positionnement des autorités municipales vis-à-vis des acteurs du secteur informel – et
des wastepickers en particulier – varie selon les cas, bien qu’il leur soit peu favorable en
général. Une typologie en quatre catégories peut être retenue ici : ignorance, répression,
collusion ou intégration. Le dernier cas de figure – le plus rare au début des années 2000 –
renvoie aux situations où les pouvoirs municipaux reconnaissent le travail des wastepickers
et leur concèdent une place dans le schéma de gestion. L’intégration est souvent constatée
dans des circonstances où les wastepickers se sont organisés collectivement, souvent pour
former des coopératives comme en Colombie, au Brésil, aux Philippines, en Indonésie, au
Mexique et en Inde (Bernstein, 2004, p. 129). Dans la plupart des cas, cependant, les
autorités ignorent ou répriment les acteurs du secteur informel. Il existe, enfin, des exemples
de collusion entre autorités et récupérateurs, dans un schéma clientéliste : les wastepickers
1
Le dernier rapport de la Banque Mondiale donne une estimation convergente, selon laquelle la gestion –formelle
et informelle- des déchets représenterait de 1 à 5% de la totalité des emplois urbains mondiaux (The World
Bank 2012, 1).
qui exercent sur les lieux de décharge doivent ainsi parfois s’acquitter d’une taxe auprès des
agents municipaux contrôlant le site.
Les modalités de gestion des déchets urbains au Sud ont été bouleversées vers la fin des
années 1990. Ce changement d’orientation des politiques publiques trouve son expression
dans la formulation d’un nouveau cadre conceptuel : la gestion soutenable et intégrée des
déchets (Integrated Sustainable Waste Management - ISWM). Ce concept, formalisé à la fin
des années 1990 par l’ONG néerlandaise WASTE 1 (Klundert (van de) & Anschütz, 2001),
pose que la gestion des détritus ne saurait se résumer à une question technique et qu’il faut
y inclure également non seulement l’ensemble des parties prenantes, mais également les
paramètres contextuels influençant la durabilité du système : aspects socioculturels,
environnementaux, institutionnels, économico-financiers et politiques. Ce cadre systémique
insiste sur les interdépendances entre les différentes dimensions.
1
[Link]
2
Au Brésil, de 1992 à 2000, la population a crû de 16 % et la production d’ordures ménagères de 49 %, soit trois
fois plus vite (Ribeiro & Besen, 2007).
3
L’Agenda 21 est un processus d’élaboration, de mise en œuvre et d’évaluation par une organisation, en
partenariat avec ses parties prenantes, d’un programme d’actions qui répondent aux enjeux du
ème
développement durable pour le 21 siècle, tels qu’ils furent définis au Sommet de la Terre de Rio en 1992.
2008) ou brutalement engloutis lors de fortes pluies du fait de sols comblés de détritus 1. Ces
marges urbaines deviennent source de honte et d’effroi.
L’attention s tourne alors vers l’aval de la chaîne de gestion, le stockage, qui reste : « l’un
des services absolument nécessaires, mais caractérisé par un sous-investissement
considérable » (Batley, 1996, p. 745). Les décharges non contrôlées étant la source de ces
problèmes, il est peu à peu préconisé de les bannir. A la place, les Centres d’Enfouissement
Technique (CET) font leur apparition. Le mécanisme de développement propre (MDP) 2,
établi dans le cadre du Protocole de Kyoto, agit comme catalyseur (Cavé 2018) : à partir de
2005, ce mécanisme permet d’obtenir des financements pour l’exploitation de centres
d’enfouissement techniques, dans la mesure où ces installations permettent d’éviter le rejet
du méthane dans l’atmosphère (via valorisation énergétique du biogaz ou, la plupart du
temps, par simple brûlage).
Ainsi, l’enfouissement contrôlé des déchets devient-il le « récipient final de la chaîne de
gestion des déchets » (The World Bank, 2008), la seule destination finale adéquate (IETC,
2005; Johannessen & Boyer, 1999), l’incontournable exutoire d’une partie du gisement.
1
Cf. le cas de favelas brutalement ravagées par un effondrement à Niteroi, au Brésil, en mars 2010.
2
Mécanisme institutionnel international qui permet aux pays industrialisés ayant des objectifs dans le cadre du
Protocole de Kyoto, d'investir dans des réductions d'émissions dans des pays en développement et de
prendre ces réductions en compte dans leurs propres engagements juridiques. Un projet MDP est émis avec
réductions certifiées des émissions, qui peuvent ensuite être échangées.
différenciés : organiques, recyclables, non valorisables, etc. Cela implique de capter les
déchets produits par les ménages plus en amont, à la source : avant qu’ils ne soient
mélangés, souillés et ne deviennent impossibles à valoriser (Scheinberg, Simpson, Gupt et
al., 2010). Ce raisonnement suscite la mise en œuvre dans certains pays du tri des déchets
ménagers et de collectes sélectives en porte-à-porte, le plus souvent selon une distinction
entre déchets humides et secs (Furedy, 1995).
En marge des schémas de gestion officiels, les acteurs informels continuent leur activité de
récupération. Ce faisant, ils en viennent souvent à entrer en concurrence avec les
opérateurs privés formels, dès lors que ceux-ci sont rémunérés au prorata des tonnages
collectés :
« le processus de modernisation crée souvent de la concurrence entre les autorités formelles
et les entreprises informelles autour des matériaux » (Scheinberg, Simpson, Gupt et al.,
2010, p. 8).
Le cas du Caire est célèbre pour son dispositif traditionnel de collecte et de valorisation des
déchets assuré par des individus, majoritairement issus de la minorité copte : les
Zabbaleens. Ceux-ci déploient un service de collecte en porte-à-porte et de recyclage,
moyennant un forfait payé par les habitants bénéficiant du service. A la différence des
wastepickers habituels, les Zabbaleens se placent dans l’optique de rendre un service. Ces
agents de l’économie populaire valorisent 80 à 85 % des flux qu’ils collectent (Debout &
Florin, 2011; Florin, 2010b). Leur spécificité est en effet d’assurer aussi une valorisation des
déchets organiques via une filière d’élevage porcin. Ils trient et recyclent les déchets dans
des quartiers proches du centre, où ils vivent et qui sont entièrement dédiés à cette activité.
Au début des années 2000, les autorités égyptiennes décident de moderniser la gestion des
déchets urbains du Caire et d’Alexandrie. Pour ce faire, elles recrutent, via un appel d’offres
international, plusieurs grandes entreprises étrangères et égyptienne. L’arrivée de ces
nouveaux acteurs signifie, pour les Zabbaleens, le risque de perdre accès à leur source de
revenu, évincés par des opérateurs formels auxquels les autorités ont fixé un objectif de
valorisation dérisoire : 20 % du flux de déchets (Florin, 2010a). Cette situation s’est révélée
problématique, les habitants payant bien souvent deux fois : les Zabbaleens pour la collecte
en porte-à-porte qui perdurait, d’un côté ; et le service municipal à travers une taxe (Fahmi&
Sutton, 2010), de l’autre. Les stratégies des firmes vis-à-vis des Zabbaleens ont varié :
certaines les excluant sans discussion, d’autres cherchant à les intégrer comme sous-
traitants. Les Zabbaleens ont eu du mal à défendre leur cause, du fait notamment d’un faible
niveau d’organisation politique en interne.
Peu à peu, la façon de considérer les wastepickers évolue. Au cours des années 2000, un
consensus émerge peu à peu pour prôner unanimement l’intégration des wastepickers dans
le cadre de la reconfiguration du secteur de la gestion des déchets (Baud et al., 2001;
Bernstein, 2004; Forsyth, 2005; Wilson et al., 2006; Scheinberg &Anschütz, 2006; Bertolini &
Brakez, 2008; Sharholy et al., 2008; Gupta, 2012). Il apparaît en effet absurde d’exclure les
récupérateurs informels, ne serait-ce que dans les cas où le schéma municipal ne comprend
qu’un centre de stockage et aucune forme de traitement :
« il apparaîtrait ironique d’aller de l’avant en éliminant délibérément ce qui peut être
considéré comme un système de recyclage existant et plutôt efficace » (Wilson et al., 2006,
p. 798).
Les wastepickers sont progressivement présentés en tant qu’agents économiques
(Scheinberg &Anschütz, 2006), professionnels de la gestion des résidus (Scheinberg,
Anschütz, & Klundert (van de), 2006) et même « agents de refroidissement climatique » par
l’ONG delhiite (Chintan 3, 2009). L’intégration des wastepickers est présentée comme
porteuse de trois types d’avantages (Gerdes, Gunsilius, 2010) dont la dimension sociale est
souvent le point de départ :
i. la formalisation permet d’améliorer leurs conditions de travail, de leur garantir
inclusion et protection sociale ;
1
[Link]
2
Notamment de la fondation Avina, de l’Association France Libertés, du réseau Women in Informal Employment,
Globalizing and Organizing (WIEGO), du programme Participatory Sustainable Waste Management et de
l’ONG Global Alliance for Incinerator Alternatives (GAIA).
3
[Link]
ii. du point de vue environnemental, ensuite, les wastepickers atteignent des taux de
recyclage élevés, du fait d’un savoir-faire empirique pointu et évidemment aussi car leur
subsistance en dépend ;
iii. enfin, d’un point de vue économique, le secteur est créateur d’emplois et alimente
l’activité industrielle du pays.
En 2010, trois importants rapports institutionnels sont parus, qui constituent des contributions
d’une certaine ampleur à la réflexion sur la reconfiguration des services de gestion des
déchets municipaux dans les villes du Sud.
Le Rapport UN-Habitat sur la gestion des déchets dans les villes du monde (2010)
Le rapport publié par UN-HABITAT en 2010 est l’ouvrage le plus complet et cohérent réalisé
à ce jour 1. Il se base sur l’étude de vingt villes du monde, de diverses tailles, qui sont
analysées à travers un double crible d’éléments physiques et de gouvernance, en phase
avec le concept d’ISWM.
Le rapport de l’UN-Habitat s’appuie sur le cadre de l’ISWM et l’approfondit. Les auteurs
présentent la gestion des déchets comme la rencontre de deux triangles :
• Le premier triangle comportant des éléments physiques:
- la santé publique, liée à la qualité de la collecte ;
- la protection de l’environnement, liée au stockage (pollution sols, eaux,
air).
- la gestion des ressources, liée à la valorisation des déchets (réduire,
réutiliser, recycler)
• Le second triangle comportant des éléments de gouvernance:
- l’inclusion (de tous les usagers du service et fournisseurs du service) ;
- la soutenabilité financière (comment viabiliser la valorisation ?)
- des institutions robustes, productrices de politiques publiques
volontaristes.
Ce rapport s’appuie sur une vision systémique des flux. Sa méthodologie permet ainsi
d’acquérir une vision d’ensemble des flux de déchets et est de nature à soutenir un discours
sur les coûts d’enfouissement évités et la valeur des dispositifs de valorisation.
Le grand apport de cette étude est de ne pas se limiter à la prise en compte du service
public officiel, mais de considérer l’ensemble des filières de gestion et récupération. Pour
cela, la principale méthodologie employée repose sur le recours aux schémas de flux de
déchets intitulés « Process-Flow Diagrams »2 (cf. figure 7).
1
UN-HABITAT (2010) Solid Waste Management in the World’s Cities, London: United Nations Human
Settlements Programme, 228 p.
2
D’autres exemples de PFD sont visibles pp.; de ce même rapport, ainsi que pp.129-134 du rapport GIZ 2010.
L’étude commandée par la coopération allemande (GTZ) présente les leçons tirées de trois
pays – Égypte, Inde et Brésil – où, dans certaines villes, le secteur informel a été intégré à la
filière de gestion des déchets solides 2. L’objectif consiste à déterminer les facteurs favorisant
l’intégration d’acteurs issus du secteur informel dans les systèmes de gestion des déchets.
Le principal résultat de l’étude comparative réside dans la prise de conscience que
l’intégration des acteurs du secteur informel « requiert un minimum de reconnaissance
officielle et d’organisation des wastepickers. Cela ne signifie pas pour autant que le secteur
informel doit être complètement formalisé » (Gerdes, Gunsilius 2010, p.14). Quatre facteurs
d’intégration sont mis en avant :
1. la disponibilité d’études et de données venant soutenir la cause des acteurs du
secteur informel vis-à-vis des interlocuteurs institutionnels (rôle des ONG et des médias) ;
2. le soutien des autorités étatiques afin de garantir des structures légales adéquates ;
3. l’organisation des recycleurs (wastepickers) ;
4. et la préservation de leur autonomie économique.
Les auteurs du rapport attirent l’attention sur le fait que l’organisation du secteur peut
provoquer l’arrivée de wastepickers autonomes, exerçant hors des organisations collectives,
et affectant la rentabilité des programmes de recyclage mis en place :
1
« Les éviers fonctionnent en brisant des substances complexes en plusieurs éléments simples » (UN-HABITAT
2010, p.126)
2
GTZ (2010) The Waste Experts: Enabling Conditions for Informal Sector Integration in Solid Waste
Management. Lessons learned from Brazil, Egypt and India. Eschborn: Deutsche Gesellschaft für Technische
Zusammenarbeit (GTZ).
« Les activités de soutien doivent garder à l’esprit qu’un nombre bien plus important de gens
vont continuer à intervenir de façon non-organisée et constitueront même peut-être des
concurrents aux acteurs nouvellement organisés dans leur quête de matériaux recyclables
[…] même lorsque les coopératives se voient confier le service de collecte, elle ne peuvent
pas être sûres que des travailleurs individuels du secteur informel ne prélèveront pas les
matériaux de valeur avant le passage des équipes de ramassage » (Gerdes, Gunsilius 2010,
p.25)
Pour remédier à cette rivalité non désirée, les auteurs suggèrent de réguler les prix payés
par les coopératives et de fixer des règles plus strictes aux unités de recyclage
intermédiaires, considérées comme « irrégulières » (Gerdes, Gunsilius 2010, p.23).
Les auteurs ont bien identifié les « sources de conflit potentiel » (Gerdes, Gunsilius 2010,
p.25) entre les acteurs formels et informels, dans le cadre de la privatisation des services. Ils
attirent l’attention sur l’enjeu de la manière dont les contrats sont formulés :
« Lorsqu’une entreprise formelle n’est pas payée proportionnellement aux tonnages évacués
et n’est pas intéressée par le recyclage, les interventions du secteur informel sont aussi
bénéfiques pour les entreprises formelles de collecte, dans la mesure où elles réduisent la
quantité de déchets à transporter et, par conséquent, réduisent les coûts de transport »
(Gerdes, Gunsilius 2010, p.26).
1
WASTE & SKAT (2010) Economic Aspects of the Informal Sector in Solid Waste, GTZ (German Technical
Cooperation), Eschborn, Germany, 134 p.
se concentrer sur l’évacuation et atteint des taux de valorisation faibles, le secteur informel
est principalement centré sur les activités de récupération et, malgré des coûts importants,
fait recette.
Figure 9. Comparaison des recettes nettes (recettes - coûts) des secteurs formel
et informel dans six villes du monde
(Source: Scheinberg, Simpson, Gupt et al., 2010, p. 68)
Comme l’illustre le graphique ci-dessus, dans cinq des six villes prises en compte, le secteur
informel de récupération des déchets est bénéficiaire, tandis que le service formel de
valorisation représente une charge pour la collectivité.
Ce travail est complété par le rapport publié par UN-HABITAT en mars 2010. A la lumière
des vingt cas étudiés, il apparaît que les recycleurs informels détournent entre 15 et 20 %
(en poids) des déchets recyclables de la ville. Ce faisant, ils permettent aux autorités
municipales d’épargner environ 20 % du budget de gestion des déchets :
« Le secteur informel est sans doute en train d’évacuer et de valoriser près de 20% des
déchets à coût zéro pour les autorités locales, [tandis que] les systèmes formels ont un coût
à la tonne élevé, avec de la surcapitalisation, de faibles volumes valorisés et, très
probablement, de mauvaises performances marketing associées à un manque d’expérience
dans la valorisation des [déchets] recyclables » (UN-HABITAT, 2010, p. 131).
De façon surprenante, ces rapports ne disent rien sur les performances des centres de
stockage existants. Or l’enfouissement présente trois désavantages (Enda 2014) :
i) il est coûteux en termes de collecte évitable ;
ii) il est coûteux en termes de foncier et d’exploitation du site ;
iii) il représente un coût d’opportunité, puisqu’une portion importante des déchets
enfouis aurait pu être valorisée.
Surtout, les principaux rapports de la littérature grise n’évoquent pas les problèmes de
traitement des lixiviats, qui sont pourtant à l’origine de graves dysfonctionnements de ces
installations (Foully, 2009, p. 8–9; Thonard et al., 2005). Ils parlent très peu de la valorisation
du méthane et des modalités d’obtention des crédits carbone. Ils ne mentionnent pas les
risques éventuels de fissure des membranes, la question du suivi des sites après leur
saturation et fermeture. Enfin, les auteurs ne soulignent pas le fait que, dans les pays
pauvres, où les ordures ménagères se caractérisent par leur forte teneur en matière
organique, les enterrer équivaut en grande partie à enfouir… de l’eau (Cavé, 2010), alors
même que la matière organique pourrait être utilisée pour nourrir des sols qui
s’appauvrissent de plus en plus (Foully, 2009, p. 5).
Les directives européennes relatives à la gestion des déchets ont progressivement établi une
1 2
hiérarchie dans les modes de traitement , qui fait aujourd’hui office de référence à l’échelle mondiale .
Il convient donc d’essayer de gérer les déchets par ordre de priorité suivant : i) La prévention : réduire
les déchets avant même qu’ils aient été produits ii) La réutilisation : permet de ne pas détruire l’objet
et de le réutiliser directement ou après réparation iii) La valorisation matière (recyclage et
compostage) : récupérer la matière en détournant l’objet de son usage initial et en le détruisant
(consommation d’énergie) iv) La valorisation énergétique (incinération, méthanisation) : faire
disparaitre le contaminant tout en récupérant l’énergie qu’il contient v) L’enfouissement : solution
1
Directive-cadre n° 2008/98/CE du 19 novembre 2008 relative aux déchets ; article 4.
2
Cf. par exemple : C40 2016 p.5, UNEP & ISWA 2015 p.31.
ultime visant à dissimuler (dans les meilleures conditions possibles) le déchet. Théoriquement, seuls
les déchets ultimes (non valorisables), devraient être enfouis.
A la lumière de la littérature disponible, il devient clair que les activités de valorisation des
déchets oscillent entre : des activités marchandes liées à la valeur d’un certain nombre de
matériaux et une dimension croissante de service municipal attendu par les citadins, dans la
mesure où l’exutoire prépondérant des services municipaux de base est l’enfouissement des
résidus. De fait, dans la plupart des villes du Sud aujourd’hui, le secteur informel assure
l’essentiel de la valorisation des déchets. Cependant, bien souvent, cette valorisation se fait
en dehors du service municipal : elle est ignorée lorsqu’elle est le fait d’acteurs informels et
peut même donner lieu à des heurts ou conflits avec les agents du service municipal.
Pourtant, la valorisation des déchets aboutit également, a priori, à alléger le fardeau des
autorités municipales. Dès lors, des formes de complémentarité et/ou d’intégration ne sont-
elles pas envisageables en pratique ? C’est sur la base de cette réflexion que nous avons
développé cet ouvrage.
S’il est aisé de trouver, dans la littérature grise, des études prônant la reconnaissance des
wastepickers, aucune étude ne décrit précisément l’ensemble du secteur spontané de la
récupération et du recyclage. Sont bien évoqués des itinerant wastebuyers, des junk shops,
des middlemen ou encore l’industrie, cependant rien n’est dévoilé quant à leurs relations ou
logiques de fonctionnement. Les auteurs du rapport UN-HABITAT affirment ainsi : « les
pauvres subventionnent le reste de la ville » (UN-HABITAT, 2010, p. 138). Mais les acteurs
de la chaîne de récupération et de recyclage sont-ils tous pauvres ?
Le secteur spontané de la récupération et du recyclage, dans son ensemble, a été
insuffisamment analysé. Aucune étude ne dresse une évaluation de l’activité des autres
maillons de la chaîne. En particulier, les experts ne s’intéressent que marginalement au cas
des acteurs qui rachètent les déchets aux usagers. Les rapports GTZ sur l’Inde et l’Egypte
mentionnent les itinerant buyers (kabari) ou roamers (sarriiha), mais leur consacrent à peine
une demi-page. Cette pratique mériterait pourtant que l’on s’y arrête, le rachat par des
marchands constituant, dans bien des cas, une incitation au tri effective dans les villes des
pays du Sud :
« Dans de nombreuses villes à bas ou moyens revenus, les marchands itinérants collectent
déjà – via paiement ou troc – des matériaux triés en porte-à-porte, souvent en effectuant un
petit paiement au poids ; en ce sens, un ‘système incitatif’ encourageant la collecte sélective
existe déjà et pourrait être consolidé » (UN-HABITAT, 2010, p. 175)
Enfin, aucun rapport n’explique quel est l’impact socio-économique précis de ce maillon,
vague, nommé ‘industrie’. Tout juste est-il remarqué :
« De nombreux projets de développement […] traitent la récupération comme s’il s’agissait
d’un phénomène isolé, séparé de l’économie locale et globale qui produit les déchets »
(Scheinberg &Anschütz, 2006, p. 257).
L’impact de l’économie nationale ou globale sur le volume d’activité de l’économie urbaine
de la récupération n’est pas étudié. Cet angle mort empêche une vision dynamique de ce
secteur, dont les rapports se contentent de brosser tout au plus un portrait figé.
Les différents rapports publiés montrent chaque fois le manque de connaissances portant
sur l’aval des filières de recyclage, c'est-à-dire les étapes qui suivent la récupération. Notre
recherche a donc mis l’accent sur la compréhension de ces processus afin d’en identifier les
principaux acteurs et leurs modes de fonctionnement.
Nous avons établi une typologie des différentes filières, de l’étape de la récupération à celle
de la transformation en matière secondaire, qu’il s’agisse de marchands, de négociants,
d’industries ou d’artisans. La difficulté réside notamment dans l’imbrication, la plupart du
temps, entre acteurs informels et formels au sein de la chaîne de récupération et recyclage.
Afin de travailler à l’échelle de l’ensemble des villes, nous avons cherché à spatialiser ces
filières, ainsi qu’à quantifier dès que possible les flux de déchets. Cette méthode permet
ainsi d’évaluer les gisements détournés par le recyclage, par rapport aux gisements enfouis.
Le vocable ’système’ est mobilisé tous azimuts dans la littérature comme simple synonyme
d’agencement. Les dispositifs de gestion, qu’ils soient formels ou informels, sont tous vus
comme des systèmes : « les systèmes d’ingénierie conventionnels » (Furedy, 1992), « un
système de gestion des déchets moderne » (Wilson et al., 2006), « le système des
Zabbaleens » (Fahmi& Sutton, 2010). Or, l’ensemble de ces dispositifs, avec le service
municipal au centre, est lui aussi vu comme le ‘système de gestion des déchets’ :tantôt
« officiel » (Furedy, 1992; Gerdes, Gunsilius, 2010), « municipal » (Baud & Post, 2004),
« moderne » (UN-HABITAT, 2010) ou « intégré » (Baud & Post, 2004; UN-HABITAT,
2010).En revanche, le recours aux « process-flow diagrams » (PFD) dans le rapport UN-
Habitat 2010 permet d’adopter une vision d’ensemble des flux de matériaux post-
consommation en milieu urbain : « toutes les parties sont reliées à un seul système »
(Scheinberg, Simpson, Gupt et al., 2010, p. 30) 1. Nous suggérons donc de réserver le terme
« système » pour désigner l’ensemble des « dispositifs » de gestion (formels et informels,
publics et privés) des déchets à l’échelle de la ville.
Bien que la littérature comporte de fréquentes de références à la « gestion intégrée des
déchets » (WSP 2008, Shekdar 2009, Coad 2011), de nombreuses études ne s’intéressent
qu’à la collecte et n’évoquent pas la partie aval (traitement, stockage) ou bien se concentrent
sur l’enfouissement et n’étudient pas la valorisation. Le concept de gestion intégrée est mis
en avant, alors que la question fondamentale de la fusion entre le service municipal
‘modernisé’ et les dispositifs privés de récupération et de valorisation est peu traitée, trop
souvent réduite à une dichotomie entre grands opérateurs privés et petits wastepickers.
Afin de comprendre les interactions entre dispositifs d’évacuation (officiels) et de valorisation
(souvent extra-gouvernementaux), nous avons choisi d’adopter une perspective
« systémique » observant l’ensemble des maillons de la chaîne.
1
(Pour une présentation de la méthodologie des process-flow diagrams, cf. UN-Habitat, 2010, p. 31-35).
Comme le souligne l’un de premiers chercheur en sciences sociales, après Jean Gouhier, à
s’être intéressé aux déchets, Gérard Bertolini, la collecte est liée à la fonction d’évacuation
des déchets et au service public, tandis que la récupération correspond à l’objectif de
valorisation des déchets et à des filières industrielles et commerciales (Bertolini, 1992). Les
autorités publiques ont bien souvent du mal à articuler ces deux dimensions de la gestion
des déchets (UNEP 2013). De même, les experts préconisent l’intégration des wastepickers
organisés au service municipal, mais précisent très rarement comment les formaliser.
L’articulation entre récupération et évacuation résulte du fait que ce qui n’est pas récupéré
doit être convenablement enfoui. Or, comme le remarque G. Bertolini : « la récupération est
sélective et extensive (elle opère un écrémage du gisement), tandis que la collecte-
élimination doit être exhaustive » (Bertolini, 1990, p. 96). Les modes d’exploitation du
gisement de déchets par ces deux logiques étant distinctes, leur mise en complémentarité
n’a rien d’évident. Dans le cas de la collecte sélective, la délimitation de la frontière entre les
deux est encore moins évidente.
Au Nord, le secteur des déchets a été initialement appréhendé sous l’optique du service
public d’intérêt général. Un changement s’opère désormais qui nous amène à considérer de
plus en plus l’autre versant, l’optique commodity (service rentrable ?) comme l’explique la
spécialiste béninoise des question d’assainissement T. T. Ta :
« Aujourd’hui, la gestion des déchets traverse une période de transition entre des pratiques
antérieures fondées sur le concept de service public et les développements futurs plus
proches des contraintes industrielles » (Ta 1998, p.12)
Dans les villes du Sud, le lien entre la récupération et l’activité industrielle est souvent une
évidence, tandis que le service public peine à être opérant. Et, surtout, l’articulation entre les
1
Une filière peut être définie comme : « l’ensemble constitué par la succession de plusieurs stades de fabrication
d’un produit relié par un flux d’échange […] et regroupe l’ensemble des entreprises et des autres acteurs qui
contribuent à l’élaboration d’un produit ou à la valorisation d’une matière première de l’amont à l’aval »
(Plauchu 2007 in Bahers, 2012).
2
Les Résidus d’Epuration des Fumées d’Incinération des Ordures Ménagères sont le produit de la neutralisation
des gaz acides et polluants par des réactifs comme la chaux ou le sodium. Les REFIOM sont très toxiques et
doivent être traités de manière spécifique.
deux pose problème : « tandis que la valeur marchande des matériaux va de soi, la
dimension de service du recyclage est relativement nouvelle partout » (UN-Habitat, 2010, p.
2). Autrement dit, face au coût que représente désormais un enfouissement sécurisé, il
apparaît économiquement avantageux de détourner une partie du flux vers des filières de
valorisation. La figure 11 ci-dessous représente ce parti pris méthodologique de donner une
double entrée aux déchets en fonction de la valeur qu’ils peuvent représenter dans certains
cas, ou du coût que nécessite leur évacuation et leur enfouissement dans d’autres.
La dualité entre le déchet imposant la mise en place d’un service public (le rebut) et celui
capable d’entrer dans l’économie de marché (le recyclable) peut être appréhendé plus en
détail en fonction des types de matériaux. Certains ont ainsi une valeur plus ou moins
importante. Celles-ci ont été synthétisées par le rapport publié par UN-Habitat en 2010. Les
auteurs s’essayaient à une tentative de caractérisation plus précise du gisement urbain de
déchets, en fonction du potentiel de valorisation des divers segments. Ils s’appuyaient pour
cela, sur un rapport antérieur (VNGI 2008).
Les innovations sont souvent le fruit d’initiatives prises il y a parfois 10 ou 20 ans par des
ONG locales, en soutien direct à un quartier ou un village. La grande nouveauté est que
depuis le début de la décennie 2010, ces initiatives sont reprises par les pouvoirs publics
(locaux ou nationaux) dans une tentative de généralisation, qu’il s’agisse de l’intégration des
recycleurs en Amérique Latine, de la précollecte et du compostage en Afrique ou de la
gestion communautaire en Asie.
Des crises, voire des catastrophes, sont souvent à l’origine de mutations dans les modèles
de gestion des déchets choisis par les villes. Ces évènements exceptionnels sont vecteurs
de changement, en raison de leur impact humain, matériel et/ou financier. Ces crises
provoquent (ou révèlent) de nouvelles sensibilités au sein de l’opinion publique et aux yeux
des responsables politiques. Le coût (financier, culturel, politique) - souvent important - que
représentent les changements de modèle, apparaît alors soudainement plus acceptable.
Les crises sanitaires liées à la présence de déchets font partie des évènements fréquents.
Certaines sont récurrentes et de faible ampleur, d’autres sont spectaculaires et de court
terme. Le Pérou connaît une épidémie importante de choléra en 1991, touchant 1% de la
population nationale (Boutin, 1991). Suite à cela, le pays engage une politique importante
concernant l’assainissement, qui débouche notamment sur la loi lançant les premières
actions en termes de gestion des déchets en 2000. Des épidémies de peste se développent
également en 1994 (Inde) et 1995 (Madagascar). Il faut attendre 1999 (Madagascar) et 2000
(Inde) pour que ces catastrophes aboutissent à des lois cherchant à résoudre le problème.
D’autres épidémies de moindre ampleur existent autour des décharges sauvages et des
dépôts de déchets. Chaque dépôt de déchets non maitrisé est source d’infections
respiratoires, cutanées ou gastriques. C’est notamment le cas à Lomé, où la décharge
d’Agoé, créée en 1996 (fermée en 2018), est aujourd’hui localisée en pleine zone urbaine.
Elle contamine directement les quartiers d’Agbetekpé et de Sorad, situés entre la décharge
municipale et une zone marécageuse servant de dépotoir sauvage. Les riverains sont
régulièrement touchés par des maladies « de type choléra et diarrhée »1 (Bodjona et al.,
2012). La proximité de la nappe phréatique utilisée pour l’approvisionnement en eau des
1
Informations vérifiées auprès de la population lors des enquêtes du projet ORVA2D. Ce qui est appelé choléra
correspond en réalité à des problèmes gastriques très importants.
quartiers voisins est la cause principale de cette contamination de moyenne ampleur, mais
chronique. À Madagascar, les quartiers riverains de la décharge d’Andralanitra, notamment
les cités informelles du père Pedro ou les usines de textiles de la zone franche, sont très
lourdement impactés par les fumées provoquées par les émissions de méthane non
canalisées et par des pratiques de brûlage des récupérateurs visant à réuduire les
gisements de déchets non revendables. En outre, les lixiviats de la décharge s’écoulent par
des drains dans les rizières environnantes.
Le second type d’événement ayant un impact important sur l’opinion publique est la
saturation des décharges et leurs conséquences. Presque toutes les décharges des villes
étudiées ont atteint leur durée de vie utile et sont confrontées à un manque d’espace
disponible. De plus, la pression sociale est de plus en plus forte pour refuser l’installation ou
le maintien de ce type d’infrastructure à proximité des zones résidentielles, même chez les
populations les plus pauvres.
Le cas le plus emblématique de saturation est celui de Doña Juana à Bogotá. Cette
décharge contrôlée, construite en 1988 pour rassembler tous les sites d’enfouissement
municipaux, s’est en partie effondrée en 1997. D’autres effondrements ont suivi, dont le
dernier en 2015, entrainant à chaque fois l’obstruction de la rivière Tunjuelito (qui reçoit
également une partie des eaux usées de la ville), sa contamination et des inondations. Les
riverains sont alors largement affectés par ces événements. La décharge, initialement
prévue pour 47 millions de m3 de déchets, dépasse aujourd’hui les 200 millions de m3 étalés
sur 594 hectares 1. Elle est dotée de systèmes de récupération des lixiviats et du biogaz mais
ses installations dysfonctionnent régulièrement. Or la municipalité de Bogotá n’a pas de
réelle marge de manœuvre foncière pour l’implantation d’un nouveau site puisque les
municipalités voisines refusent de recevoir les déchets de la capitale 2. La mairie a alors mis
en place à partir de 2012 une politique volontariste intitulée « Bogotá zéro déchets » 3. Cette
politique vise à détourner certains flux de déchets, même si, nous le verrons par la suite,
l’appréhension du concept de « zéro déchet » reste superficielle.
D’autres décharges connaissent des cas, non pas d’effondrement, mais simplement de
débordement par manque de place, venant obstruer les cours d’eau à proximité. les
décharges sauvages se trouvent souvent le long des cours d’eau, en raison de la
disponibilité de terrains non construits et possibilité d’évacuer une partie des ordures dans la
rivière lors des périodes de crue. Au-delà de la contamination majeure des ressources
hydriques que cela cause, ces obstructions provoquent des inondations qui peuvent avoir un
impact important. Ce fut par exemple le cas à Surabaya en 2001 ou à Antananarivo en 2014
et 2015. À Antananarivo, les autorités municipales se concentrent sur le problème de la
propreté urbaine, négligeant parfois la question de l’exutoire que représente la décharge. La
construction d’un mur de soutènement en 2010 a permis de restreindre l’étalement de la
décharge, mais n’a pas résolu le problème de sa saturation. Il a en effet généré la montée en
hauteur des déchets et le débordement de la décharge au-delà du mur (détruit par un
éboulement), vers le cours d’eau voisin. L’implantation d’un CET se heurte, comme dans les
autres contextes, à l’opposition des municipalités limitrophes.
1
Visite du 18 février 2016 accompagnée par le fonctionnaire de l’UAESP Igor Dimitri Guarin
2
Enquête de terrain réalisée dans le cadre du projet ORVA2D (Rateau et Estrella Burgos, 2016)
3
Le terme de “zéro déchets” a disparu en 2016 avec l’arrivé d’un nouveau maire, mais le contenu du programme
reste dans les grandes lignes en place.
À Surabaya, ce problème a trouvé une solution grâce à la création d’un nouveau centre
d’enfouissement en 2001. Cette année-là, la ville a connu une crise majeure. Suite à une
plainte des riverains, la justice décide de fermer subitement la décharge de Keputih, sans
solution de repli. Les déchets jonchent alors très rapidement la ville et ses cours d’eau,
provoquant une énorme « inondations de déchets » 1. La nouvelle décharge de Benowo est
ouverte à la hâte en trois semaines, et mise aux normes progressivement. Cet événement a
fortement marqué l’opinion publique et permis la mise en œuvre d’une politique très
volontariste et participative en termes de gestion des déchets.
À Delhi, les décharges existantes étant saturées, une quatrième décharge (celle-ci
contrôlée) a été ouverte en 2012. La difficulté est qu’au lieu des 600 hectares nécessaires,
seuls 60 hectares ont été trouvés pour le stockage des déchets. Cette nouvelle infrastructure
ne vient donc pas résoudre le problème des trois premières décharges qui auraient dû
fermer respectivement depuis 2005, 2006 et 2008.
À Lomé, un nouveau centre d’enfouissement a été ouvert en 2017.. Situé à 23 km du centre-
ville, sur des terrains d’une zone à faible densité, rachetés par la commune de Lomé, il
présentera le défi de faire exploser les coûts de production du service, du fait de la distance
à couvrir pour le transport des déchets et de la rémunération de l’exploitant privé.
Les épidémies et les décharges saturées sont des problèmes récurrents dans toutes les
villes des pays du Sud. Un autre type d’événement apparaît de plus en plus comme
déclencheur d’une politique de gestion des déchets renouvelée. Il s’agit de protestations
sociales - de riverains, de mouvements environnementalistes ou de travailleurs des déchets
- réclamant la fermeture d’une décharge, d’un incinérateur ou l’accès à un gisement. Ces
mouvements s’intensifient au fur et à mesure d’une prise de conscience collective de l’impact
négatif des déchets, mais aussi de la consolidation d’enjeux économiques puissants autour
de cet objet.
Ce fut par exemple le cas à Surabaya en 2001, lorsque les riverains de la décharge en place
l’ont fait fermer par un tribunal. Si cet événement a provoqué une crise sanitaire pendant
plusieurs semaines, il a surtout permis de bâtir une nouvelle politique publique de gestion
des déchets.
À Delhi, des plaintes ont été déposées suite à la construction d’un nouveau centre de
stockage trop petit pour absorber tous les flux. La Cour Suprême a alors statué en 2013 qu’il
était indispensable d’identifier de nouveaux sites pour la construction d’autres centres de
stockage 2. Si cette décision de justice n’a pas été mise en application à l’heure actuelle, elle
exerce une pression sur les municipalités pour proposer des solutions alternatives en vue de
détourner les flux de déchets.
Enfin, le dernier exemple de mobilisation citoyenne ayant engendré une modification
importante de la gestion des déchets provient de l’expérience colombienne. Les
récupérateurs informels, organisés de façon ancienne à Bogotá, sous la verve de leur
représentante Nora Padilla, ont réussi à faire infléchir la politique municipale de prestation de
service 3. Après un long processus judiciaire de 2003 à 2011 la municipalité a été contrainte
1
Terme utilisé par les journaux locaux.
2
[Link]
3
arrêts de la Cour Constitutionnelle n°268 de 2010 et n°275 de 2011
d’introduire une obligation de collaboration avec les acteurs informels de la part des
entreprises assumant les prestations de service de collecte des déchets dans les six
secteurs de la ville définis à cet effet.
Des conflits politiques émergent également régulièrement, notamment lors de changement
de gouvernement municipal. Le nouveau maire remet parfois en cause les contrats signés
par ses prédécesseurs, aboutissant à un conflit entre la mairie et l’entreprise. Non payée,
celle-ci arrête toute activité de collecte, généralement sans préavis, comme ce fut le cas à
Bogotá en 2013 1 ou à Comas et Villa-Maria-del-Triunfo en 2014 2. Les séquelles sont alors
durables, allant jusqu’à la destitution du Maire à Bogotá.
Notre réflexion se situe dans le cadre de l’évolution du service public de gestion des déchets,
liée d’une part à à la prise en compte de crises socio-environnementales et d’autre part à
l’acceptation de contraintes budgétaires 3. L’objectif est d’analyser l’intégration d’innovations,
généralement nées de pratiques spontanées, à la gestion municipale, dans six villes du Sud
. Après avoir constaté l’impasse que constitue la reproduction mimétique des politiques de
gestion des pays du Nord (cf. chapitre 1), les villes décident souvent de s’appuyer sur les
forces vives locales, même lorsqu’elles sont informelles et a priori illégales, des expériences
innovantes émergent. C’est notamment le cas des villes étudiées :Lima et Bogotá (Amérique
latine), Lomé et Antananarivo (Afrique) et Delhi et Surabaya (Asie).
Les villes étudiées, ont été choisies d’une part en raison des innovations qu’elles mettent en
avant dans la gestion des déchets, et d’autre part en raison de leur différence de profil (taille,
niveau de ressources, etc.). Il s’agit de villes de taille variée mais comptant toutes plus d’un
million d’habitants agglomérés, avec des niveaux de richesse économique disparates et des
modes de gouvernance locale contrastés. Ce choix se justifie puisque près de 40% des
urbains vivent dans des villes de plus d’un millions d’habitants depuis 2008 (Véron, 2007) et
que la majorité des citadins dans le monde vivent dans les villes du Sud. Les processus
étudiés sont relativement représentatifs à l’échelle mondiale.
Cependant, les métropoles choisies sont de taille variée afin d’apprécier des réalités
distinctes en termes de gestion des déchets. On trouve ainsi trois villes moyennes (Lomé,
Antananarivo et Surabaya), deux métropoles (Lima et Bogotá) et l’une des plus grandes
villes du monde (Delhi), avec des contraintes différentes pour appréhender l’ensemble de
l’agglomération.
1
[Link] (page consultée
en mars 2016)
2
Résolution 141-2014/DIGESA/SA, du 12 décembre 2014, signée par la Direction Générale de Santé
Environnementale du Ministère de la Santé du Pérou.
3
Cet ouvrage est le fruit du programme de recherche ORVA2D (Organisation de la Valorisation des Déchets
dans les villes en Développement) financé par la division Recherche de l’AFD (Agence Française de
Développement), piloté par l’Université du Mans (UMR ESO CNRS) et mis en œuvre avec le soutien de
l’ONG Gevalor et des consultants Urba’nalyse et ALB Waste entre 2014 et 2018. [Link]
[Link]/fr/recherche/programmes-en-cours/[Link]
Ces villes sont pour la plupart les capitales politiques et économiques des pays concernés,
excepté Surabaya, qui est la deuxième ville de l’Indonésie. Au Pérou, au Togo ou à
Madagascar, la capitale est de loin la ville la plus peuplée et la plus dynamique, concentrant
l’essentiel des activités productives du pays et donc l’essentiel de la production de déchets.
En Colombie ou en Inde, si la capitale reste dominante, cela se fait dans un contexte urbain
pluricéphale (Goueset, 1998) comme dans de nombreux pays émergents.
Le projet ORVA2D à l’origine de cet ouvrage a pour objectif de collecter des informations et
de les analyser sur les spécificités de la gestion des déchets dans les pays du sud. Tout en
ayant un regard sur les aspects technico-environnementaux, les axes organisationnels et
économico-financiers ont été privilégiés, afin de comprendre les conditions permettant le
fonctionnement de chaque étude de cas réalisée. Avec cet objectif, le travail méthodologique
a consisté à élaborer un kit d’investigation original, qui permette d’orienter la collecte de
données parrallèlement sur les six terrains, en vue d’une restitution complète et homogène.
Ce kit d’investigation se compose de fichiers de collecte d’information i) sur la gestion des
déchets solides, ii) sur lebudget du service et le financement, iii) sur les données socio-
institutionnelles. La collecte de données, effectuée directement sur le terrain, en lien étroit
avec des acteurs locaux (munipalités, ONG, universités) a permis de collecter des données
souvent hétérogènes, incomplètes et étant parfois le résultat d’estimations secondaires qui
restent à relativiser (par exemple, lors du calcul du taux de collecte des déchets – cf. Encart
nº1). Nous n'avons ainsi conservé que les données jugées sufisamment solides pour faire
l’objet d’analyses comparatives.
1
Pour comprendre ce à quoi correspondent les “villes centres”, voir les figures nº8 et 9.
Le taux de collecte des déchets est une estimation, réalisée sur la base des chiffres produits par les
municipalités, faisant le rapport entre la production estimée de déchets par habitants et les quantités
de déchets collectés. Ces chiffres contiennent une part importante d’incertitude.
Les chiffres de déchets collectés sont estimés en volumes mais non réellement pesés. Dans plusieurs
villes, il n’existe en effet pas de balance en entrée de décharge, l’estimation est faite sur la base du
nombre de camions et donc du volume entrant .
Les chiffres de la production de déchets sont également très incertains. L’ancienneté du prélèvement
et l’endroit où les caractérisations sont réalisées invitent à prendre de la distance avec les estimations
de tonnages de déchets produits par les habitants. Le nombre d’habitants des villes n’est pas toujours
non plus connu avec certitude. Enfin, la part la plus grande d’incertitude réside dans la présence de
déchets « assimilés » avec les ordures ménagères. Si on peut connaître ce que produit un
consommateur moyen (à relativiser en fonction du niveau de richesse du quartier), il est beaucoup
1
plus difficile de savoir ce que rejettent les entreprises (commerces, artisans, industries) . Les
entreprises peuvent en effet faire appel à un prestataire privé pour gérer leurs déchets, à des
recycleurs informels pour certains matériaux, ou rejeter leurs déchets sur la voie publique à
destination de la collecte municipale, sans qu’aucun suivi du choix entre ces trois modes ne soit
effectué.
De même il est difficile d’estimer la part de déchets générés par les populations des communes
périphériques passant une partie de leur journée au centre urbain.
2
Le taux de déchets collectés par le service municipal est enfin à différencier du taux de population
3
desservie par ce même service public d’enlèvement des ordures ménagères. Ce dernier est
généralement supérieur car, tandis que les pratiques de brûlage et de dépôt sauvage grèvent la
performance du service en termes de déchets collectés, presque tous les habitants des zones
urbaines ont accès à un service de collecte. La difficulté est alors de connaitre l’efficacité, la
fréquence, la proximité de ce service de collecte, ce qui peut venir altérer le taux de déchets
effectivement collectés.
Les données analysées dans cet ouvrage s’appuient en grande partie sur une analyse
économique et financière des six études de cas.
L’analyse économique repose sur le concept de coût de production (dépenses de
fonctionnement et d’investissement), déterminé pour chaque étape de la gestion des
déchets : collecte, transport, traitement (Le Bozec, 2008). Ce coût de production correspond
au coût des facteurs techniques de production engagés dans l’exécution d’une prestation
(collecte, transport et/ou traitement). Sa définition est fondée sur l’application d’une méthode
rendant possible sa réplication dans différents contextes et la comparaison par activité entre
les villes étudiées (voir le détail de cette méthodologie en annexe).
L’estimation des coûts de production permet d’identifier les déterminants des coûts et donc
les leviers possibles permettant de les maîtriser. Selon les contextes, deux méthodes
1
La même difficulté existe, dans une moindre mesure, en France.
2
Quantité de déchets collectés par rapport à la quantité de déchets produits
3
Quantité d’habitants desservis par le service par rapport au nombre total d’habitants
distinctes ont été appliquées. A Lima, Bogotá et Surabaya, grâce à la disponibilité des
données des budgets municipaux, la méthode d’analyse comptable du budget a pu être
utilisée. A Lomé et Antananarivo, les coûts ont été reconstitués, selon la méthode dite des
facteurs de production et des coûts unitaires, sur la base des observations in situ :
personnel, camions, locaux, etc. 1.
Les dépenses consacrées à la gestion des déchets dans les villes étudiées ont été
recueillies au moyen d’une fiche économico-financière et les données sont exploitées selon
la méthodologie présentée infra.
Selon les villes, les déchets pris en compte par les autorités municipales varient. Sous
l’appellation commune de « déchets municipaux », les déchets des commerces et des
activités économiques s’ajoutent (sans guère de précision quant à la limite du volume de
déchets pris en charge) aux déchets des ménages et aux déchets de balayage ou de
nettoiement. Les déchets d’entretien des espaces verts, voire même des déchets de
construction sont parfois enfouis dans les mêmes décharges. La préoccupation de salubrité
publique prédomine chez les décideurs tant qu’il n’y a pas de conséquences directes sur le
bon fonctionnement des équipements de traitement. L’amplitude du service fourni dépend
aussi de la place laissée au secteur informel : soit par tolérance tacite de la part des
autorités municipales, soit dans une approche volontariste d’intégration. Cela concerne en
particulier la captation des déchets auprès des ménages dans les quartiers posant des
problèmes d’accessibilité où le ramassage n’est pas réalisé en porte-à-porte. Le périmètre
du service reste donc à géométrie variable.
Le recueil des données dans les six études de cas avait pour objectif de connaître : d'une
part, le coût de fourniture du service et d'autre part le mode de financement et notamment la
tarification appliquée aux usagers du service. L'accès aux données s'est révélé complexe
(Lima, Bogotá, Surabaya), difficile (Antananarivo, Lomé) voire impossible (Delhi). A cela
plusieurs raisons : l'absence de suivi technique et financier des activités du service en régie,
l'exécution de prestations par des entreprises peu enclines à ouvrir leurs comptes, la non-
existence de budget déchets séparé, et le manque de transparence des comptes publics. Le
recueil des données relève de deux démarches différentes :
- La méthode d’analyse comptable du budget. En fonction de l’information disponible,
les dépenses constatées d’exécution du service sont enregistrées par catégorie d’activité de
gestion (collecte, transport, traitement), en appliquant la méthode FCA (Full Cost
Accounting) aux États-Unis ou de « Comptacoût » en France. Cette méthode a été retenue
sur les villes de Bogotá, Lima, Surabaya.
- La méthode des facteurs de production. En l’absence de budget ou de données
disponibles, la méthode des facteurs de production utilisés et des coûts unitaires permet de
reconstituer les coûts sur la base des moyens connus (personnel, véhicules, récipients, etc.)
et de leurs prix unitaires respectifs. Cette méthode a été appliquée pour Antananarivo et
pour Lomé 2.
1
Aucune méthode n’a pu être appliquée de façon stricte à Delhi du fait du manque d’information systématisée.
Les quelques informations économiques concernant Delhi sont donc des estimations très imprécises en
fonction des quelques données disponibles à l’échelle de la ville.
2
L’absence de donnée structurée à Delhi n’a pas permis d’y appliquer l’un ou l’autre des
méthodes de façon solide. Seules des bribes d’informations éparses seront ici relatées.
Afin de comparer le poids des dépenses de fourniture entre les différentes villes, nous avons
rapporté les dépenses au revenu national brut (RNB) par habitant, exprimé en monnaie
locale du pays concerné. Ces dépenses de fourniture sont ensuite exprimées en €/hab./an
(tableau 3). Pour point de comparaison les dépenses relatives à la gestion des déchets
municipaux et au nettoiement en France représentent 0,54% du revenu national brut par
habitant (ADEME, 2016).
Dans la ville de Bogotá et le district aisé de Surco à Lima, le poids de la gestion des déchets
est assez proche de celui de la France (0,57 et 0,43 respectivement). Le chiffre est plus
élevé à Delhi, du fait du coût important que représente l’incinération des déchets et de
l’incorporation de dépenses relatives à l’assainissement des eaux usées dans le budget
déchet. Dans les autres districts de Lima, à Antananarivo et à Surabaya, les dépenses de la
gestion des déchets pèsent moins lourd (de 0,10 à 0,23). Ceci est à mettre en relation avec
d’une part un service à la population moins développé, mais également avec un RNB moins
important, ne faisant qu’accentuer l’écart en valeur absolue. La majorité de ces villes doit
donc assurer une gestion efficace de ses déchets, en dépit d’un sous-financement très
important.
Le cas de Lomé pose le plus de questions, puisque le poids financier des déchets y est 4 à 8
fois supérieur aux autres villes. Nous avions déjà remarqué l’importance du budget déchets
à Lomé, notamment avec un coût très important pour la collecte. Or ce poids n’est pas
synonyme de plus grande efficacité de cette collecte, puisque les taux de collecte comme
ceux de la valorisation ne sont pas meilleurs qu’ailleurs.
L’efficacité d’un système de gestion des déchets dépend en grande partie de la façon dont
ceux-ci sont collectés. Au-delà du taux plus ou moins élevé de déchets récupérés, la
méthode de collecte influence également la qualité du traitement (tel que le recyclage) en fin
de cyle. Le niveau de couverture des foyers par le service de collecte, le degré de tri des
déchets en amont pour permettre leur valorisation, contraignent l’efficacité du traitement en
fin de cycle. Or la spécificité des pays du sud est que cette collecte n’atteint pas tous les
citadins de la même façon. Envisager le service public de façon similaire à ce qui s’est
longtemps fait dans les pays du Nord, avec une collecte exclusive par les acteurs
municipaux (ou leurs prestataires de service) a montré ses limites dans les pays du Sud.
Aucune ville ne collecte en effet la totalité des déchets produits et aucune n’a non plus
généralisé un système de tri à la source visant au recyclage.
A l’inverse, les acteurs informels, qu’ils soient collecteurs de déchets recyclables, ou pré-
collecteurs de tous types de déchets, jouent un rôle important dans ces villes. Les
innovations observées dans le cadre du projet ORVA2D montrent donc que les acteurs
publics tentent, dans de nombreux cas, avec des modalités chaque fois différentes,
d’articuler leur action à celle des acteurs informels. Après avoir été très longtemps
marginalisés et pourchassés, ceux-ci se retrouvent maintenant au cœur du processus de
gestion des déchets. Le deuxième chapitre de cet ouvrage s’attachera ainsi à comprendre
les limites de la collecte municipale des déchets. Il montrera ensuite en quoi la précollecte
des déchets peut constituer une solution viable dans certaines situations, avant d’en faire de
même avec la récupération informelle des recyclables.
À l’échelle des villes étudiées on remarque partout des taux d’ordures ménagères collectées
par la municipalité (ou son prestataire de service) corrects (plus de 70%) par rapport à ce qui
existait il y a encore une décennie (carte 2). Dans les villes ayant davantage de moyens
financiers, ces taux oscillent autour de 90% (Surabaya, Bogotá, Comas, Delhi) et atteignent
même les 100% pour les quartiers les plus riches tel que Surco (Lima). Seule Antananarivo a
un taux de collecte plus faible : 55%. Cela s’explique notamment par le mode de précollecte
et de valorisation décentralisée des déchets qui fait disparaître une bonne partie des flux des
radars municipaux.
Cependant, dans toutes les villes étudiées, on trouve une qualité différenciée (fréquence,
passage uniquement dans les rues principales, etc.) de service selon les quartiers. Cela
s’explique par deux phénomènes : d’une part, la difficile accessibilité de certains quartiers,
situés sur flancs de montagnes, n’ayant pas de routes carrossables ou desservis par des
rues trop étroites ; d’autre part, la volonté de mettre en adéquation la qualité du service avec
la solvabilité des habitants, de façon à avoir un budget municipal le moins déséquilibré
possible. C’est le cas dans le district de Comas (Lima) ou même celui de Surco (Lima), où
les quartiers les plus pauvres font l’objet d’une desserte moins fréquente et seulement dans
les rues principales.
Dans toutes les villes étudiées il existe la possibilité de faire appel au secteur privé pour
assurer la collecte des déchets. A Bogotá trois des six secteurs de collecte sont en
prestation de service auprès d’une entreprise privée (carte 3), trois autres auprès de
l’entreprise municipale EAB (Empresa Águas de Bogotá). Cette situation est le fruit d’un
conflit politique très marqué à Bogotá 1.
En effet, en 2012, le nouveau maire de la ville, Gustavo Petro, souhaite reprendre la main
sur les services publics, largement privatisés, afin de les renforcer. Il signe donc un contrat
avec l’entreprise municipale pour lui attribuer la gestion de trois des six secteurs de collecte.
La transition entre les entreprises privées et l’entreprise municipale se passe au plus mal en
2013, puisque pendant trois jours la ville se retrouve sans service de collecte des déchets,
accumulant les ordures dans les rues. L’opposition politique dénonce alors le contrat signé
au titre du principe constitutionnel de « libre concurrence », aboutissant à la destitution du
maire en décembre 2013. Suite à des recours juridiques nationaux et continentaux (devant la
1
Enquête de terrain réalisée dans le cadre du projet ORVA2D (Rateau et Estrella Burgos, 2016)
Lima
Bogotá
Antananariv
Surabaya
Lomé
Delhi
Comas
Surco
Ville
VMT
en régie
Collecte
via un opérateur privé
1
Villa María del Triunfo
2
Enquête de terrain réalisée dans le cadre du projet ORVA2D (Rateau, 2015)
3
Service Autonome de Maintenance de la Ville d’Antananarivo
4
Enquête de terrain réalisée dans le cadre du projet ORVA2D (Lecointre, Breselec et Pierrat, 2015)
La part des déchets valorisables est généralement située autour de 25% du gisement (avec
des taux plus importants dans les villes les plus riches et plus faibles dans les plus pauvres).
Il s’agit du gisement le plus évident à recycler car une partie de ces matériaux, ayant une
valeur ajoutée importante (métal, certains plastiques), fait l’objet d’une récupération
spontanée de la part de la population et des acteurs informels. Depuis quelques années, les
villes étudiées s’attellent de façon plus volontariste à la question du tri et du recyclage. Il
n’existe cependant pas de collecte sélective à la source comme en Europe. Le taux de
récupération et de valorisation des déchets par la municipalité est en effet partout très faible
Seul un quartier de Lima a mis en place une collecte sélective municipale en porte à porte.
En 2001, soit un an après la loi organisant le service de collecte-évacuation-traitement des
déchets au Pérou, Surco, se lance dans un programme de tri à la source ambitieux. Il est
mis en place directement par les autorités locales, à travers l’entreprise municipale 1
[Link] 2, grâce à un financement initial de l’Union Européenne. Second district le plus
riche 3 par habitant de Lima et du Pérou, Surco affiche une ambition environnementale
marquée (nonobstant quelques indicateurs contradictoires tels que l’usage massif de
véhicules individuels ou une consommation de masse). Ce district est aujourd’hui érigé en
exemple dans tout Lima, bien que son modèle soit difficilement réplicable au reste de la ville
du fait de la relative richesse du district.
Les emballages secs (plastiques, cartons, papiers, métaux, verre) sont récupérés une fois
par semaine en porte à porte. La municipalité avance progressivement dans le district afin
d’étendre chaque année un peu plus le nombre de foyers desservis, après une phase
importante de sensibilisation des ménages. Un centre de tri manuel, avec tapis roulant, a été
construit par l’entreprise municipale afin de trier les différents matériaux ensuite revendus. 14
personnes sont assignées quotidiennement à cette tâche 4. Seuls les plastiques ne sont pas
revendus. En effet, depuis 2010, la municipalité transforme elle-même les sacs et films
plastique pour en refaire des sacs poubelle orange. Ces sacs sont ensuite redistribués à la
population pour y déposer les recyclables. La boucle vertueuse du recyclage est ainsi
fermée.
En 2014, la collecte sélective de Surco a permis de collecter 2 736 tonnes, ce qui équivaut à
2% de l’ensemble des déchets produits par le district et 6% des déchets recyclables. Ce
chiffre augmente d’année en année. Sa relative faiblesse est liée à plusieurs facteurs : un
accroissement assez lent du nombre de foyers impliqués, une adaptation progressive des
infrastructures et notamment du centre de tri (un nouveau centre de tri a ouvert en juillet
1
La collecte des OMR est pour sa part réalisée en régie directe, avant d’être envoyée vers un centre de transfert
privé.
2
Empresa Municipal de Santiago de Surco S.A. Entreprise pluriactivité qui se charge également de la gestion
d’une clinique, d’un parc et d’un club de tennis.
3
Seul 3,3% de la population vit en situation de pauvreté à Surco, contre 17,5% dans toute la province de Lima.
4
Entretiens avec la municipalité de Surco, (Rateau, 2015).
Bogotá a tenté de mettre en place une collecte sélective par les entreprises privées
prestataire de service pour les ordures ménagères résiduelles (OMR) en 2008. Les circuits
de collecte couvraient alors 37% des usagers dans seize des dix-neuf localités urbaines de
Bogotá (UAESP, 2015). Cette collecte fût finalement stoppée en 2011 suite au processus
d’intégration des acteurs informels (cf. chapitre 2.3.).
Dans les pays du Sud, les services municipaux collectent une grande partie des déchets non
pas en porte à porte, mais dans des points de regroupement. Ces points de regroupement
sont dans une certaine mesure assimilables à des PAV - Point d’Apport Volontaire – même
si la logique de fonctionnement et de gestion est très différente. Dans les quartiers non
planifiés, les habitants amènent leurs déchets sur les axes principaux ou, lorsqu’ils en ont les
moyens, font appel à des précollecteurs réalisant ce travail contre rémunération directe des
ménages. La précollecte permet non seulement d’améliorer la qualité du service, mais aussi
d’augmenter notablement le niveau de tri et de valorisation, puisque les précollecteurs
revendent les matériaux ayant une valeur ajoutée.
Sans être légale, dans la plupart des villes la précollecte est tolérée, puis qu’il s’agit là du
seul service capable d’évacuer une part notable des déchets de l’espace urbain. Il existe
également une certaine tolérance envers la récupération des déchets recyclables effectuée
par les précollecteurs. Seule Delhi a encore une politique purement répressive envers ses
récupérateurs. Au contraire, d’autres villes comme Lomé ou, dans une moindre mesure,
Antananarivo, tentent de structurer cette précollecte afin d’en faire un véritable complément
au service public.
La précollecte reste la plupart du temps organisée spontanément par les populations elles-
mêmes. Elle est assurée soit par des habitants vulnérables du quartier y trouvant un moyen
de subsistance, soit par des micro-entreprises locales, ou encore par des associations de
riverains. À Delhi, malgré l’obligation légale, le service municipal de collecte ne fonctionne
pour l’instant pas en porte à porte. Seuls 10 à 15% des quartiers du centre-ville (New Delhi
Municipal Corporation) bénéficient d’une telle collecte en 2017 1. Dans le reste de la ville, la
précollecte est indispensable pour compléter le service municipal. Elle est réalisée par des
acteurs informels, parfois encadrés et soutenus par des ONG, et rémunérés entre 1 et 2 €
par mois, directement par les ménages, même si la pratique peut varier selon les quartiers.
Les dhalaos, points de regroupement pour les précollecteurs, sont encadrés par les
municipalités, afin de maîtriser la propreté dans les espaces publics. Pour autant, cette
pratique reste illégale et les collecteurs font parfois l’objet de saisie de leur matériel.
A Surabaya (Indonésie), quoiqu’également non officielle, la précollecte est pourtant très
organisée. Les organisations de quartiers (Rukun Warga ou RW) la déploient eux-mêmes.
La précollecte est effectuée directement par des habitants pauvres du quartier ou par des
récupérateurs. Ils collectent les déchets à l’aide d’un chariot à traction manuelle et les
transportent vers un point de regroupement (TPS – Temporary Shelter Facilities) de la ville 2.
Les précollecteurs ou tenanga penambil sont rémunérés par les RW et le niveau de
rémunération varie d’un quartier à un autre. L’administration du RW prélève une taxe
correspondante auprès des foyers. La municipalité de Surabaya ne dispose donc d’aucune
donnée sur l’organisation de la précollecte. C’est la forte sociabilité locale, ancrée
historiquement dans le fonctionnement de plusieurs services publics, qui permet à la
précollecte de fonctionner et d’obtenir des résultats reconnus au niveau international. La ville
a en effet reçu plusieurs prix internationaux sur la qualité de son environnement urbain. La
municipalité de Surabaya se charge ensuite du transfert des déchets à partir des TPS vers le
nouveau CET de la ville.
1
Enquête de terrain réalisée dans le cadre du projet ORVA2D (De Bercegol, 2016))
2
Enquête de terrain réalisée dans le cadre du projet ORVA2D (Cavé, 2016))
Dans de nombreuses villes africaines, telles que Lomé et Antananarivo, une politique
d’organisation de la précollecte a été mise en place.
À Lomé, deux modèles coexistent pour collecter les déchets. Si certains quartiers (centraux
et plus aisés) bénéficient d’une collecte en porte à porte, la périphérie nord de la ville (plus
pauvre) doit se satisfaire de la précollecte. Au total, environ 650 000 personnes sont
couvertes par la précollecte, soit presque les 2/3 de la population de la ville. La ville organise
l’intervention des précollecteurs à travers des appels d’offres pour l’attribution de prestations
de collecte/précollecte. En 2015, la municipalité a découpé le territoire en 25 lots 3, chacun
attribué à une micro-entreprise de précollecte sur appel d’offres pour un an. Chaque lot
regroupe en moyenne 25 000 personnes. Les précollecteurs recouvrent directement la
redevance auprès des usagers. Le tarif est compris entre 2 et 4 € par foyer. Une petite partie
de ce montant (entre 2 et 12 % selon les cas) est théoriquement reversée à la municipalité
pour financer la collecte des sites de transit. En réalité, la municipalité peine à recouvrer ce
financement.
1
Enquête de terrain réalisée dans le cadre du projet ORVA2D (Lecointre, Breselec et Pierrat, 2015)
2
Rafitna Fikajana ny Rano sy ny Fakadiovana, soit littéralement « propreté et salubrité de mon quartier »
3
Enquête de terrain réalisée dans le cadre du projet ORVA2D (Garnier, 2016)
Les entreprises ont pour mission de précollecter les déchets, de les acheminer vers l’un des
cinq points de regroupement, mais aussi de séparer les déchets recyclables. La vente de
ces matériaux se fait directement dans les points de regroupement, qui ne sont accessibles
qu’aux associations et micro-entreprises reconnues par la municipalité. La ville aménage
pour cela des locaux appelés « déchetteries » pour l’accueil des recyclables à proximité des
points de regroupement. Malgré l’absence de reconnaissance officielle de cette mission et
de ces acteurs, des facilités logistiques sont donc mises en place. On note cependant que la
conception même des sites de transit n’est pas encore optimisée a Lomé, car les acteurs
formalisés de la précollecte continuent de déposer une partie de leur déchets dans des
décharges sauvages. Le ramassage de ces points, tout de même effectuée par le service
municipal, entraîne une collecte importante de sable ayant un impact important sur le
remplissage prématuré du centre d’enfouissement officiel.
Les observations de terrain permettent de mettre en avant des infrastructures qui tendent à
se multiplier (et à s’améliorer progressivement) : les points de regroupement. En 2017, la
coopération allemande fait le même constat 1. Ces lieux, ayant pour fonction de regrouper les
déchets avant leur évacuation, à l’échelle d’un quartier ou d’une rue, revêtent plusieurs
points forts en terme de collecte et de tri des déchets, mais aussi d’intégration sociale entre
les populations et les acteurs du domaine. Dans le contexte où il n’y a souvent pas de
collecte en porte à porte, assurer la jonction entre la précollecte et l’étape du transport des
déchets vers l’exutoire final est essentiel. Cependant, les points de regroupement peuvent
vite se transformer en dépôts sauvages insalubres s’ils ne sont pas au centre des attentions.
À Delhi, chacune des cinq municipalités a divisé son territoire en plusieurs lots, sur lesquels
la collecte des déchets a été confiée (à l’exception de quelques lots en régie directe) à des
entreprises prestataires de services. Elles collectent les déchets dans les points de
regroupement (les dhalaos), sans responsabilité aucune concernant l’acheminement des
déchets jusqu’à ces points. La commune de South Delhi, par exemple, qui compte 5,6
millions des 16 millions d’habitants de la ville, possède 1 096 dhalaos. Chaque installation
mesure environ 60 m3 et est calibrée pour accueillir les déchets de 10 000 à 15 000
personnes. Certaines communes réfléchissent en plus à la création de centres de transfert
afin de transvaser les déchets ainsi collectés dans des camions plus grands, avant de les
acheminer vers leur exutoire final (enfouissement ou incinération) et ainsi de réduire les
coûts de transport.
À Surabaya les points de regroupement officiels (TPS) sont au nombre de 173. Ce ne sont
plus de simples points de dépôt des déchets, mais de réels centres de tri à disposition des
précollecteurs du quartier. D’une surface de 100 à 300 m2, ils permettent chacun de
rassembler les déchets d’environ 10 000 personnes. Les organisations de quartiers (Rakun
Warga) sont fortement incitées (financièrement et en terme de reconnaissance sociale –
élément structurant la vie de quartier) au tri des déchets.
À Antananarivo, la municipalité estime que 55% seulement des ordures générées sont
précollectées. Elles sont déposées dans des points de regroupement qui sont constitués de
325 bennes et dans quelques cas d’infrastructure en béton. Les déchets sont ensuite
collectés par des prestataires privés, de façon irrégulière, en fonction de leur taux de
1
Participation de W. Pfaff-Simoneit à la conférence « En quête d’innovation : valorisation des déchets dans les
villes du Sud » le 9 juin 2017, AFD (Paris), en conclusion du projet ORVA2D
remplissage, pour être acheminés vers la décharge municipale. Ceux-ci sont rémunérés en
fonction des tonnages récupérés et des kilomètres parcourus. Les points de regroupement
souffrent toutefois parfois d’un éloignement trop important dans certains quartiers
périphériques. Les habitants n’ont alors d’autre choix que d’utiliser des dépôts illégaux, voire
des décharges sauvages 1 pour jeter leurs déchets. Il existe également un problème de
saturation des points de regroupement lié à la difficulté d’accès pour les camions de collecte
et au manque d’espace. C’est particulièrement le cas dans le centre de la ville et autour des
lieux de marché 2.
1
Un dépôt sauvage est temporaire (le long d’une voie de communication) et de petite ampleur, alors que la
décharge sauvage est de long terme, généralement en retrait des voies de communications et de plus grande
taille.
2
Enquête de terrain réalisée dans le cadre du projet ORVA2D (Lecointre, Breselec et Pierrat, 2015)
du compost (espaces verts notamment), alors que les grandes plateformes centralisées ont
des difficultés à se défaire de leurs grands stocks de compost (cf. chapitre 3).
Dans les villes où la seule valorisation opérante est le recyclage informel, on assiste à une
concurrence entre récupérateurs, mais aussi à une concurrence avec d’autres projets portés
par les pouvoirs publics, des entreprises privées ou des ONG. On retrouve, par exemple, un
cas de concurrence entre la précollecte portée par la municipalité à Antananarivo, et les
projets portés par des ONG internationales (East, Enda OI, Care) afin de récupérer la
fraction recyclable ou organique des déchets.
Le seul cas de concurrence entre deux projets au Pérou est présent à Surco, entre
l’incitation légale d’intégrer les récupérateurs informels (cf. chapitre 2.3.), et la volonté du
district de mettre en œuvre des politiques de pays riche en se passant des acteurs informels
(collecte sélective municipale). Dans d’autres villes la concurrence est forte avec les
entreprises privées, sur des modèles très différents et conflictuels. Ainsi, à Bogotá, c’est la
concurrence entre les récupérateurs (informels mais très organisés) et les entreprises de
prestation de service ayant obtenu le marché de collecte (notamment sélective) qui est à la
source du conflit devant la Cour constitutionnelle (arrêt n°275 de 2011) (cf. chapitre 2.3.). La
municipalité a alors reçu l’injonction d’organiser le partage des tâches.
À Delhi, à mesure que son activité entre en concurrence avec les opérateurs privés de la
collecte en porte à porte et de l’incinération (cf. chapitre 3), le secteur informel est de moins
en moins toléré par les autorités. Au moins 50 000 ramasseurs informels sillonnent la ville
(peuplée de plus de 16 millions d’habitants) afin de récupérer les déchets valorisables dans
les poubelles des ménages. Ceux-là sont ensuite revendus à des acheteurs, avant d’être
transférés vers des quartiers spécialisés où les matériaux sont triés, nettoyés et transformés
dans des ateliers ad hoc. La récupération par les précollecteurs constitue une source de
revenu pour des milliers de ramasseurs qui alimentent une économie du recyclage faisant
travailler plusieurs centaines de milliers de personnes à Delhi. La récupération entre
cependant en conflit avec les opérateurs privés en charge de l’incinération des déchets et
qui s’appuient sur la mise en place recommandée de la collecte en porte-à-porte des
déchets par la nouvelle réglementation sur la gestion des déchets (MSW rules 2016 »).
Le positionnement des autorités vis-à-vis du secteur informel est souvent ambigu, voire
contradictoire (entre le discours et la pratique). A l’exception de Bogotá, les circuits de
valorisation informels sont mal connus par les autorités. Ces dernières maîtrisent mal
l’impact économique, social et environnemental de ces filières. Si elles ont initialement
tendance à vouloir annihiler ce secteur, perçu comme archaïque et dégradant, les autorités
sont toutefois de plus en plus enclines depuis le milieu des années 2000 (cf. chapitre 1.1.) à
reconnaitre la contribution substantielle des récupérateurs informels au bilan
environnemental de leur ville. Par ailleurs, lorsque la récupération informelle est intégrée au
service, les agents qui pratiquaient avant la récupération peuvent se sentir lésés : par
exemple, les agents de collecte qui complétaient leur salaire en revendant certains
matériaux.
Les villes étudiées imaginent donc des trajectoires différentes pour améliorer leur taux de
recyclage, en s’appuyant sur les acteurs informels. Les villes africaines s’impliquent surtout
dans l’organisation de la précollecte, afin d’améliorer le taux de collecte des déchets, mais
aussi, par la même occasion, favoriser la récupération des déchets recyclables. Les villes
asiatiques semblent opter pour la même méthode sans pour autant reconnaître le rôle des
acteurs informels et en préférant s’appuyer sur les organisations d’habitants à l’échelle du
quartier. En Amérique latine, le rôle des acteurs informels est affirmé et même reconnu
légalement, constituant une sorte de formalisation de l’informel.
La collecte sélective des ordures ménagères est quasiment absente des politiques
municipales. Pour autant, une part notable des déchets recyclables est effectivement
collectée. Ce sont les acteurs informels qui réalisent cette collecte, en marge de toute action
publique. L’intervention du secteur informel n’est d’ailleurs pas une spécificité de la gestion
des déchets, puisqu’il s’agit d’une pratique généralisée dans l’ensemble de l’économie des
villes étudiées. Les enquêtes Statistiques Nationales indiennes ont estimé que 80 % des
travailleurs exerçaient dans le secteur informel en 2012, alors qu’au Pérou, on considère que
74 % de l’économie est informelle (CEPLAN, 2016).
Le caractère informel de la collecte des déchets recyclables fait que les quantités de déchets
récupérés sont difficiles à mesurer. Elles semblent être très importantes sur les matières
ayant une forte valeur ajoutée. Le métal, très peu représenté dans les caractérisations
d’ordures ménagères, est presque systématiquement prélevé en amont de toute collecte par
les récupérateurs. Il est extrait des poubelles, des décharges, ou provient directement des
ménages ou des petites entreprises. Certains récupérateurs sont d’ailleurs spécialisés dans
le rachat de déchets métalliques. À Lomé, 75 % (en poids) des déchets recyclés sont
métalliques (60 % sont en fer, 10 % en aluminium, 2 % en cuivre, 1 % en bronze et 1% en
zinc), le reste est essentiellement composé de plastiques (12%) (Garnier, 2016, p.85). Les
plastiques constituent le second type de matériaux récupérés par les informels, étant donné
qu’ils ont une valeur cotée sur le marché des matières secondaires (valeur indexée sur le
cours du baril de pétrole,). Les recyclables peuvent représenter jusqu’à 36 % des déchets
ménagers (Surabaya). Les papiers-cartons, non souillés, sont également récupérés.
À Lima, 90% de la récupération se fait de façon informelle, avec plus de 8 554 tonnes
récupérées par mois (Rateau, 2015). En ajoutant les 1 030 tonnes récupérées formellement
on aboutit à plus de 4 % de l’ensemble des déchets produits, correspondant à 17% des
déchets potentiellement recyclables effectivement collectés. Si ce chiffre peut être amélioré,
il reste notable au vu de la difficulté à collecter les déchets recyclables. La seconde difficulté
réside dans la viabilité économique de l’activité. En effet, dans toutes les villes étudiées (sauf
à Bogotá), elle dépend uniquement du prix de revente des matériaux.
Au-delà de la réalité de la collecte sélective, les pratiques de récupération pour recyclage
(revente directe) mais aussi pour réutilisation (afin d’éviter de produire un déchet) sont sous-
estimées et pourtant très répandues dans les foyers. Quoique non officialisée, celle-ci existe
sur les matériaux qui permettent aux ménages, notamment les plus pauvres, de tirer des
revenus de leur revente. On note ainsi par exemple qu’à Antananarivo 70 % des ménages
ont l’habitude de trier les bouteilles en plastique, 41 % les bouteilles en verre et 15 % les
papiers-cartons (Gevalor et UN-Habitat, 2012). Ces chiffres sont plus élevés dans les
quartiers les plus pauvres de la ville.
Cette qualité de tri domestique, alliée à la finesse du travail des recycleurs, permet d’avoir
des taux de refus 1 en entrée d’usine de recyclage très bas (alors qu’ils sont souvent
importants dans les pays du Nord). Par ailleurs, à Delhi, les acteurs informels feraient éviter
des dépenses à hauteur de 3,6 millions d’euros par an (collecte et traitement) aux autorités
municipales en ramassant et en recyclant les déchets (Hayami et al., 2006).
Malgré une situation d’informalité généralisée dans le recyclage des déchets, le rôle de
chacun des acteurs intervenant dans le domaine est précisément défini. Il existe une forte
concurrence territoriale pour les collecteurs comme pour les acheteurs, avec des modes de
régulation sociale spécifiques à chaque ville. À Delhi, les récupérateurs (ragpickers) sont
également des précollecteurs. Ils sont engagés par un tekedar, sorte de contremaitre
agissant pour un semi-grossiste situé dans le quartier. Les acteurs du bas de l’échelle paient
alors une patente informelle pour avoir le droit de travailler dans la « juridiction ». Parfois
certains collecteurs indépendants réussissent à sécuriser un territoire en ayant le soutien
direct des habitants.
Les catégories d’acteurs du recyclage présentées dans la figure nº4 correspondent
évidemment à un découpage théorique. Dans la réalité une même micro-entreprise peut
effectuer deux ou trois tâches différentes. 75 % des récupérateurs de rue de Bogotá
effectuent ainsi également un travail d’acheteur fixe (tri, préparation et revente des déchets),
souvent en famille et à domicile. Les différentes études de cas ont toutefois permis
d’identifier des logiques similaires d’organisation territoriale. Les récupérateurs de déchets,
sont souvent concentrés autour des acheteurs et des grossistes dans des quartiers
informels, pauvres, proches de zones d’activités (industrielles ou artisanales) ou le long de
cours d’eau (rivières, canaux, marécages, etc.). Il s’agit là de l’emplacement traditionnel des
dépôts sauvages et des décharges, lieux de collecte initiaux des récupérateurs.
Ensuite, dans les plus grandes villes, chaque filière connaît une certaine spécialisation
spatiale. C’est le cas à Delhi où les déchets papiers ne sont pas stockés et traités dans les
mêmes quartiers que les déchets métalliques, par exemple (carte 5). A Comas, les
matériaux ayant une valeur ajoutée importante étaient généralement revendus jusqu’à fin
2017 de l’autre côté de l’océan Pacifique : en Chine.
Les villes africaines de l’étude ne disposant pas d’une industrie très développée, les déchets
sont largement exportés pour être recyclés. Lomé et Antananarivo reçoivent également les
matériaux à forte valeur ajoutée d’un large hinterland et d’une bonne part du pays, étant le
seul grand port d’exportation et/ou région industrielle. On peut signaler le cas du papier-
carton, qui, en l’absence de papeterie industrielle susceptible de les consommer et compte
tenu d’un prix d’exportation trop élevé, a pour débouchés locaux la fabrication de papiers
artisanaux, le compostage ou la combustion. À Lomé, l’ONG STADD rachète ainsi les
plastiques souples (75 FCFA/kg) pour les revendre 125 FCFA/kg au Ghana voisin (Garnier
2016, p.68). Lomé est également l’exutoire de toute une partie de l’ouest africain pour les
1
Les « refus » d’une unité de traitement désignent les déchets impropres au type de traitement considéré,
autrement dit les erreurs de tri.
métaux (Burkina-Faso, Niger, Bénin), ensuite revendus à des entreprises indiennes. Le Port
Autonome de Lomé ayant des taxes faibles, il attire les exportations de toute la région.
La multitude d’acteurs existant dans le domaine des déchets est difficile à quantifier. La
catégorie des récupérateurs est de loin la plus nombreuse, presque tous en situation
d’informalité. Viennent ensuite les acheteurs : les marchands de proximité sont informels, les
grossistes sont formels. Enfin, les entreprises de recyclage et d’exportation, toutes
formelles, qui ne concernent qu’un petit nombre de structures.
1
Efficacité de la récupération évaluée selon les informations du chapitre 5.3.1.
2
Seules les villes de Lima et de Bogotá ont réalisé des estimations, plus ou moins précises, du nombre d’acteurs
dans chaque domaine. À Lima lle chiffre est probablement surévalué : l’estimation de 2012 de l’ONG Ciudad
L’Amérique Latine fait office de pionnier dans l’intégration des récupérateurs informels de
déchets à la gestion municipale, ce depuis les années 1980 au Brésil (Cirelli & Florin 2016).
Aujourd’hui, la Colombie constitue l’un des fers de lance de ce mouvement, notamment suite
aux conflits entre les recycleurs, la municipalité de Bogotá et les entreprises prestataires de
services (Rateau et Estrella Burgos 2016). Les recycleurs, organisés en association, ont en
effet mis à leur avantage deux éléments issus de la Constitution de 1991 : le « droit de
travailler » d’une part, et d’autre part, la place donnée à la démocratie participative et aux
outils juridiques d’intervention directe de groupes de citoyens dans les décisions politiques.
Les recycleurs ont ainsi imposé leur vision à la municipalité (District Capital) de Bogotá. Ils
ont considéré que les critères édictés par la municipalité de Bogotá lors d’un appel d’offres
destiné à choisir les prestataires de collecte des déchets les excluaient de facto, les privant
ainsi de leur droit de travail. La cour constitutionnelle a alors statué en 2003 (décision
réaffirmée en 2011) sur l’obligation de la municipalité d’offrir une place aux récupérateurs
informels dans son processus d’appels d’offres ouverts au secteur privé. Cette décision fait
aujourd’hui jurisprudence à l’échelle nationale.
Il faut alors attendre 2012, et l’élection du maire Gustavo Petro à Bogotá, très impliqué sur
les questions sociales et environnementales, pour mettre en œuvre cette décision juridique.
Il réorganise ainsi toute la politique de gestion des déchets autour du programme « basura
cero » (zéro déchet). Il cherche d’une part à réduire la quantité de déchets produits (déchets
des ménages mais aussi du BTP), et il organise d’autre part en 2013 un recensement des
récupérateurs au sein du RURO (Registre Unique des Récupérateurs Organisés). Puis, il
définit une politique de rémunération des récupérateurs au prorata des quantités de déchets
détournées de l’enfouissement (sur présentation de la facture émise par un centre de
pesage agréé). Parmi les 13 771 récupérateurs de Bogotá, 7 662 ont fait l’objet d’une
reconnaissance de la municipalité (55 %), et du financement d’une partie de leur activité. Par
ailleurs, la ville met fin à la traction animale des charrettes de recycleurs. Au-delà de l’image
de « modernité 1 » que souhaitait véhiculer la ville, les chevaux étaient perçus comme étant
source d’embouteillages, d’accidents et même de pollution (présence d’excréments sur la
voie publique). Près de 3 000 chevaux ont été remis par 2 891 récupérateurs à la
municipalité, en échange d’un camion ou d’un financement pour du matériel de transport. Il
était également demandé aux récupérateurs d’ouvrir un compte en banque pour leur verser
les aides, choses très complexe pour des acteurs en marge de la loi. N’ayant généralement
pas de permis de conduire, les récupérateurs travaillent aujourd’hui essentiellement avec de
petites charrettes à bras.
Saludable recensait près de 40 000 récupérateurs, alors que les estimations de la municipalité métropolitaine
de Lima datant de 2007 faisaient mention d’à peine 25 000 récupérateurs. Les estimations des autres villes
semblent également très aléatoires, elles sont donc présentées dans la figure nº 12 uniquement pour indiquer
des ordres de grandeur probables.
1
Nous noterons qu’un certain nombre de villes sont actuellement en train de réintroduire la collecte hippomobile
des déchets, notamment dans les zones touristiques (250 communes concernées en France en 2014, dont
Trouville-sur-mer ou Beauvais).
Photo 5. Récupérateur de l’association Las Palmeras à Villa Maria del Triunfo © Rateau,
2015.
1
Loi n°29419 de 2009
2
La majorité des municipalités reçoivent bien plus en subventions que ce qu’elles dépensent. Par exemple, la
municipalité districtale de Villa Maria del Triunfo a dépensé en 2014 pour son PSF-RS 71 220 Nouveaux
Soles (20 397 €), alors qu’elle a perçu 109 330 Nouveaux Soles (31 312 €) de subventions ministérielles.
L’attribution de ces fonds dépend du pourcentage de ménages engagés dans la démarche. Ce seuil, évolutif,
recalculé chaque année et personnalisé en fonction du point de départ du district ne correspond cependant
qu’à un engagement de principe, sans aucun gage d’un investissement réel de la part des citadins.
Si le cadre légal est national, son application se fait à Lima selon des modalités différentes
en fonction des districts. Comas, district populaire du nord de Lima, peuplé de 568 540
habitants, s’est investit pleinement dans ce programme. La municipalité a investi l’équivalent
de 45 822 € en 2014 pour la mise en place de son PSF-RS, tout en recevant une subvention
ministérielle de 167 983 €. La générosité de cette aide incite l’ensemble des districts à
s’investir dans le programme. Le budget de Comas a permis d’employer 17 personnes pour
la sensibilisation, et d’équiper les récupérateurs en matériel. Le soutien de l’ONG Alternativa
a été capital pour apporter les compétences d’animation de ce programme. Chaque
récupérateur se voit attribuer une zone de 300 ménages, lui offrant un chiffre d’affaire
mensuel potentiel de 250 € (grâce à la revente des déchets recyclables) 1 . L’ONG Alternativa
souligne l’insuffisance de ce nombre de ménages, ne permettant pas à un foyer de
récupérateurs de vivre convenablement. C’est pourquoi ce seuil a été augmenté à 750
foyers à Comas. En 2015, le programme concernait 17 récupérateurs (pour environ 1500
récupérateurs informels à Comas) et 2 associations d’acheteurs (représentant une
quarantaine d’acheteurs et donc considérés comme semi-grossistes). La municipalité peine
à trouver des récupérateurs souhaitant s’impliquer dans le programme, beaucoup préférant
conserver leur liberté de mouvement. Les récupérateurs formels du district collectent environ
298 tonnes de déchets issus du tri sélectif par an alors que les informels en récupèrent 6 776
tonnes, soit 70 fois plus (Ciudad Saludable, 2010).
À VMT, autre district populaire du Sud de Lima (464 176 habitants), en 2015, l’opération
couvre officiellement 25% des foyers du district, pour une dépense annuelle liée au PSF-RS
de 59 757 € et permettant de récupérer 51 tonnes. Cela représente un coût à la tonne de
1 163 €/t. à VMT et 144 €/t. à Comas. La participation des populations comme des
récupérateurs peine à se stabiliser, par manque de sensibilisation ou d’incitation au tri. Pour
autant, la naissance d’une confiance entre les différents acteurs engagés (notamment la
municipalité et les informels) permet de faire progresser, lentement mais régulièrement, ces
chiffres 2. La municipalité de VMT a misé sur une innovation supplémentaire pour inciter les
habitants à participer : une déduction de 10% sur les impôts locaux. Une part importante de
la population (plus de 50%) ne payant pas ses impôts, l’effet de cette mesure reste
cependant relatif. La seconde innovation financière réside, dans la participation d’une
entreprise privée : la cimenterie UNACEM implantée sur le territoire de VMT finance le
matériel offert aux récupérateurs impliqués dans le cadre de son programme de
responsabilité socio-environnementale (cf. Rateau 2015, p.58). Pour le moment, sur les
1 230 récupérateurs que compte le district, seuls 10 ont été formalisés. Dans tous les cas, le
PSF-RS reste considéré comme un « programme satellite »3 à la gestion municipale,
puisque sa mise en œuvre est déléguée à des ONG, avec des financement nationaux et
internationaux. Les performances de tri sont actuellement faibles par rapport au secteur
informel : 5% du total des recyclables sont récupérés par les acteurs formalisés à Comas,
1,3% à VMT. Cette faible importance est à relativiser en raison du caractère récent de ces
programmes (mis en place à partir de 2012). Les performances s’expliquent par le manque
d’implication des ménages face : soit à un service de collecte déficient (Comas), soit à une
promesse non tenue de mise en place de mécanisme incitatif (le Bono verde, à VMT). Pour
autant ce programme reste très lucratif pour les municipalités engagées et permet d’initier
une dynamique nouvelle de captation de certains flux de déchets.
1
Entretien avec Heduen Estrella Burgos, chef de projet du programme pour l’ONG Alternativa, 2015
2
Entretien avec la responsable du service environnement de la municipalité, 2015
3
Entretien avec Oswaldo Caceres, responsable du programme pour l’ONG Alternativa, 2015
Dans une optique toute différente, d’autres districts mènent une politique de façade. Surco,
district aisé du centre de la ville (355 986 habitants) a mis en place une collecte sélective
municipale sur le modèle de ce qui se passe en Europe (cf. chapitre 2.1.). Pour appliquer la
loi des recycleurs, le district construit toutefois un PSF-RS a minima (il ne le met en place en
réalité que dans les parties les moins riches du district).
À Bogotá, la collecte des recyclables a été retirée des missions des entreprises prestataires
de service pour être réservée aux récupérateurs. D’après les enquêtes de terrain menées
dans le cadre du projet ORVA2D, les 7 846 récupérateurs ayant été rémunérés sur l’année
2014 ont collecté 270 352 tonnes de déchets recyclables, qui ont été pesées dans les
centres autorisés 1. Ils ont été rémunérés à hauteur de 7 252 753 €, soit une dépense pour
l’UAESP (l’entreprise municipale en charge de la gestion des déchets) de 27 € par tonne de
déchets recyclables. En 2014, sur les 925 t. de déchets recyclables récupérés par jours, 740
l’ont été par les acteurs formalisés, soit une grande majorité.
L’UAESP estime que 56% du territoire de la ville est couverte par les récupérateurs
formalisés (Rateau & Estrella Burgos 2016, p.22). Ceux-ci collectent toujours les déchets
directement en ouvrant les poubelles sur le trottoir, malgré une pratique de tri à la source en
progression. De plus en plus de ménages mettent en effet directement les déchets
recyclables dans un sac différent sur le trottoir. L’UAESP, au travers du programme Basura
Cero et du Plan de gestion intégrée des déchets (PGIRS), a lancé des campagnes de
communication et de sensibilisation de la population au tri des déchets. L’objectif est d’inviter
les ménages à séparer leurs déchets recyclables dans un sac blanc et à jeter leurs déchets
non recyclables et organiques dans un sac noir. Ces sacs doivent être sortis le même jour
pour que les récupérateurs puissent passer avant le camion de collecte. Il s’agit sans doute
là d’une différence importante avec le cas liménien, puisqu’à Bogotá on formalise les
récupérateurs en conservant totalement leurs pratiques, alors que l’on cherche à les
transformer à Lima. Bogotá cherche toutefois à organiser les circuits de collecte, afin
d’opérer une couverture optimale de la ville.
L’objectif à terme est que les récupérateurs puissent être organisés en coopératives
capables d’offrir une prestation de service classique, à l’égal des entreprises formelles déjà
présentes sur le marché. La municipalité souhaite structurer une filière légale complète sur
laquelle la ville pourra s’appuyer pour valoriser les matériaux.
L’une des limites des programmes engagés en Colombie comme au Pérou réside dans la
maîtrise de l’ensemble de la chaine de la récupération. Une fois la collecte des déchets
recyclables effectuée par les acteurs formalisés, ceux-ci restent libres de les revendre à qui
ils le souhaitent, malgré le fait, à Bogotá, de devoir passer par des centres agréés pour la
pesée préalable des déchets pour percevoir la rémunération de la municipalité. Les
municipalités commencent donc, en seconde étape, à essayer de formaliser le reste de la
chaîne.
1
Sur un total de déchets municipaux collectés de 2 340 095 tonnes, soit environ 11% du total.
Comas travaille avec plusieurs acheteurs afin de les intégrer au processus de formalisation
et de canaliser les flux de déchets. La municipalité cherche également à faire monter en
compétence les récupérateurs formalisés, afin d’améliorer leurs conditions de travail en
faisant en sorte qu’ils puissent avoir un petit local pour y trier et conditionner leurs déchets.
Ils pourront ainsi les vendre à un prix plus avantageux. L’une des difficultés réside dans la
nécessité de posséder un local suffisamment grand et répondant aux normes de sécurité en
vigueur (normes incendie notamment). Les acheteurs formalisés s’engagent à pratiquer des
tarifs avantageux pour les récupérateurs formels, de façon à inciter les informels à se
formaliser. La ville de Comas a commencé à construire en 2017 un centre de transfert et de
tri des déchets. Celui-ci, dont la construction et la gestion sont assurées par une entreprise
privée, sera un lieu destiné à accueillir les recycleurs formalisés pour travailler sur un tapis
de tri d’une vingtaine de mètres. Un tel centre, mis à disposition des différentes associations
de récupérateurs, a pour objectif d’optimiser la phase de tri.
L’objectif est similaire à Bogotá, où la municipalité cherche à construire plusieurs centres de
tri pour les mettre à disposition des récupérateurs. Il s’agit notamment pour la ville de
dépasser la difficulté liée à la pesée des déchets pour rémunération. Actuellement, rien
n’empêche un recycleur de faire peser deux fois (et donc de se faire rémunérer deux fois) un
même lot de déchets. Au-delà du gain en termes de productivité, l’objectif est de concentrer
en un même lieu le tri, la pesée et le rachat des déchets. A Bogotá, les documents de
planification s’appuient sur un recensement précis pour estimer le nombre d’intermédiaires et
vont jusqu’à qualifier le marché des déchets recyclables d’oligopsonique (grand nombre de
vendeurs face à un petit nombre d'acheteurs). Le manque de concurrence dû au faible
nombre d’acheteurs permet aux industries de fixer leur prix. La municipalité a une bonne
connaissance des divers acteurs de la filière. Il s’agit là d’une exception, car dans tous les
autres cas (notamment Lima et Lomé), les autorités ne détiennent pas cette connaissance et
n’ont pas l’habitude d’interagir avec les repreneurs.
Si le processus de formalisation est engagé, cela ne signifie pas la fin de l’informel : à Lima,
près de 90 % de la récupération des recyclables continue de se faire de façon informelle. A
Bogotá l’intégration des informels se fait au prix de la concurrence avec de nouveaux
informels venant remplacer les premiers. La concurrence est partout manifeste entre les
La situation de Lima est un exemple très intéressant de l’analyse que peut permetre la notion
de low-tech (basse technologie). En effet, chacun des 43 districts de la ville a la capacité de
faire ses propres choix en terme de collecte des déchets. Pour autant, la Loi des recycleurs
de 2009 leur impose de mettre en œuvre une collecte sélective des déchets en s’appuyant
sur les récupérateurs informels. Deux des districts étudiés ont fait un choix très différent pour
y aboutir.
Comas, district pauvre, applique l’esprit de la loi et s’appuie sur les récupérateurs formalisés,
en tentant notamment de les aider à se structurer autour de petits centres de tri coopératifs.
À Surco, district le plus riche de la ville, le choix s’est plutôt porté sur un modèle similaire à
celui des pays du Nord, à savoir une collecte sélective en porte à porte par une entreprise
municipale. Le district peut ensuite s’appuyer sur un centre de tri municipal équipé de tapis
roulants, plus technologique que celui de Comas. Surco est actuellement en phase de
construction d’un nouveau centre de tri plus grand et plus moderne, équipé de tri
partiellement automatisé. À Comas, rien de tel n’existe. Le sur-tri est réalisé par les
recycleurs eux-mêmes, nécessitant donc plus de main d’œuvre.
Comas Surco
(low-tech) (hi-tech)
Emplois créés pour 10 000 Soles dépensés 3,56 0,32
Emplois créés pour 100 tonnes collectées 11,54 2,50
Quantités récupérées pour 10 000 Soldes 30,88 t. 12,73 t.
dépensés
Quantités recyclées par emploi 8,66 t. 40,03 t.
1
Focus-group menés par l’ONG Gevalor en 2015
Il faut évidemment nuancer ces propos par les conditions de travail qui ne sont pas les
mêmes à Comas qu’à Surco. À Surco, les travailleurs, quoique très peu payés, connaissent
une meilleure prise en compte de la pénibilité du travail et des questions d’hygiène. Pour
autant, les récupérateurs informels refusent généralement de travailler dans le centre de tri
de Surco, estimant l’activité pas assez rémunératrice et trop contraignante. De plus, la
principale action de la municipalité de Comas dans la formalisation des récupérateurs
consiste justement à les équiper, eux et leur local, de façon à améliorer la sécurité (gants,
masques, extincteurs, trousse de secours, signalétique, etc.).
Le choix de certaines villes de construire un centre de tri (Bogotá est dans la même
réflexion) influence fortement les modes d’organisation et les emplois dans le domaine de la
collecte sélective des déchets. L’argument de la création d’emploi pèse alors toujours
beaucoup dans le débat public, tout comme cela est observé en France (Durand et al.,
2016).
ADIPURA est un programme créé par le ministère de l’Environnement au milieu des années
1990. Il récompense les villes qui font le plus d’efforts sur le plan environnemental. Les
critères d’appréciation concernent trois principaux domaines : les brown issues (gestion des
déchets, pollution des eaux et de l’air) ; les green issues (espaces verts et planification
urbaine) ; les white issues (participation démocratique). Le concours a lieu tous les ans.
L’évaluation des villes participantes est réalisé par des tiers (universités et ONG).
Désormais, les villes doivent être équipées d’un centre d’enfouissement technique et avoir
développé des waste banks pour remporter le concours (Ministry of Environment Regulation
no.6/2014).
Photo 8. Waste Bank d’un quartier de Surabaya avec système de pesée © Cavé, 2016
En 2016, il existe 400 Waste Banks à l’échelle de la ville, localement définis comme une
« ingénierie sociale pour impliquer les citadins dans le tri des déchets » (Cavé 2016, p.48).
Les déchets sont apportés déjà triés par les ménagères. La Waste Bank est gérée de façon
communautaire par l’association des femmes. Si chaque Waste Bank organise la rétribution
des bénéfices aux habitants comme elle le souhaite, la plupart ne paient les riverains qu’une
fois par an, à l’occasion d’une fête religieuse (et dans les cadre du concours de propreté
organisée dans toute la ville). Certaines Waste Banks parviennent à rémunérer leurs
gestionnaires, transformant ainsi une activité communautaire bénévole en véritable emploi.
Chaque Waste Bank négocie ensuite le rachat de ses matériaux auprès de repreneurs ; les
prix varient de façon importante selon les lieux et les temporalités. Une Waste Bank trie
entre 15 et 50 types de déchets différents, afin de pouvoir revendre directement les
matériaux à de gros repreneurs. Cependant les banques de déchets recyclables (« Waste
Banks ») soutenues par les autorités publiques ne peuvent fonctionner sans les marchands
informels qui rachètent les déchets. Les Waste Banks représentent donc une première étape
de formalisation de ce secteur.
Afin de structurer la filière, la municipalité a incité à la création d’une Waste Bank « mère »
(Bina Mandiri) qui serait en capacité de racheter les déchets des autres Waste Banks. Gérée
par 6 « volontaires », cette « Waste Bank mère » ne rachète en réalité les déchets que
d’environ 200 Waste Banks (tout de même 50%). Les autres continuent à les vendre à des
semi-grossistes informels, offrant un meilleur prix, un paiement plus rapide et souvent une
plus grande proximité géographique. En réalité, elle peine à faire converger vers elle
l’ensemble des déchets recyclables captés par les Waste Banks communautaires. Ces
dernières sont souvent tentées de vendre leurs matériaux à des marchands informels de
proximité, qui leur offrent de meilleures conditions de rachat : tarifs, fréquence, délai de
paiement, variété de matériaux acceptés, etc. (Cavé 2016).
La ville estime 1 le chiffre d’affaires annuel de chaque Waste Bank entre 20 et 330 € grâce à
la revente des déchets recyclables, ce qui correspond à des revenus d’environ 3 ou 4€
annuel par foyer participant. Si certaines Waste Banks reversent directement leurs recettes
aux habitants, d’autres les utilisent pour financer les autres services publics locaux. Ainsi, les
recettes récupérées peuvent être déduites de la facture d’eau ou d’électricité (également
gérées à l’échelle communautaire). Cela peut représenter de 20 à 25% de baisse sur la
facture. D’autres les rémunèrent à travers des bons de réduction chez les commerçants du
quartier, stimulant ainsi l’économie locale.
Si ce programme est maintenant financé par la mairie, il a pendant longtemps été financé
par la fondation de l’entreprise multinationale Unilever, qui a joué un rôle décisif dans
l’élaboration de la politique publique municipale. Si le montant global de son programme
RSE est confidentiel, on sait par exemple que la fondation a apporté un soutien de l’ordre de
400 millions IDR (environ 27 000 €) en 2014 et 300 millions IDR (environ 20 000 €) en 2016
aux WB de Surabaya. En 2016, la fondation soutient près de 1 200 WB à travers l’Indonésie
Cavé 2016, p.70).
Il n’existe pas de données centralisées concernant les flux transitant par les Waste Banks. A
Surabaya, les estimations avancent le chiffre de 3,3t. récupérées par jour en 2014, soit
l’équivalent de 0,22% des tonnages enfouis par la ville ou 0,62% de l’ensemble des déchets
recyclables produits (Cavé 2016, p.54). Ainsi les volumes captés par ces structures
communautaires restent limités par rapport à l’ensemble des récupérateurs informels, qui
continuent à capter les gisements ayant la valeur ajoutée la plus grande. Par ailleurs, si les
Waste Banks fonctionnent très bien dans les kampungs, quartiers traditionnels habités par
une petite classe moyenne, elles fonctionnent nettement moins bien dans les immeubles et
quartiers résidentiels récents. Toute la partie aval de la chaîne demeure hors de la juridiction
des autorités publiques, malgré la tentative de création d’une Waste Bank mère. Un solide
réseau de récupérateurs informels persiste donc pour valoriser l’essentiel des déchets
recyclables.
1
Entretien avec le responsable du programme, 2016
2
Ce groupe anglo-néerlandais de l’industrie agro-alimentaire (Maille, Lipton, Amora, Knorr, Ben&Jerry’s,
Magnum, Cornetto, Hellmann’s, etc.) est crédité, en 2014, d’un bénéfice net de plus de 5 milliards d’euros. En
Indonésie, les activités de Unilever consistent principalement à exploiter l’huile des palmiers qui sont plantés
premier Kampung (quartier) eco-friendly lancé au début des années 2000, est de réduire les
déchets à la source, au niveau des organisations de quartier, en mobilisant recyclage et
compostage.
La crise engendrée par la fermeture soudaine de la décharge en 2001, l’ancienneté
d’expériences de terrain menées par des ONG en lien avec les habitants (Pusdakota et
l’université Unesa notamment) et la volonté de l’entreprise Unilever de conduire une politique
de RSE (Responsabilité sociale et environnementale) a abouti à cet ambitieux programme.
En partenariat avec la ville de Surabaya, Unilever a identifié des « cadres » communautaires
(relais au sein des RW et RT) sur lesquels s’appuyer pour sensibiliser la population et a
financé leur formation. Depuis 2005, un grand concours annuel est organisé à l’échelle de la
ville afin de récompenser (pécuniairement) les quartiers les plus propres. 420
« facilitateurs » bénévoles (quoique défrayés et officiellement reconnus) pouvaient ainsi faire
la promotion du programme, en s’appuyant sur 28 000 « cadres » communautaires formés
au tri et au compostage des déchets. En 2016, le programme a été repris par la municipalité
de Surabaya et 60% des quartiers y participaient, pour 118 prix attribués annuellement
(Cavé 2016, p.44).
en monoculture sur des milliers d’hectares à Sumatra et Kalimantan, sur des terres jusque-là recouvertes de
forêt primaire.
Le chapitre précédent a mis l’accent sur le recyclage des déchets puisqu’il s’agit d’un des
modes de traitement les plus travaillés et les plus emblématiques d’une gestion jugée
efficace. N’oublions pas pour autant que le comportement le plus vertueux sur le plan
écologique est la réduction de la quantité de déchets produits – le maintien de faibles
quantités dans un grand nombre de pays du Sud - réduction qui fait l’objet d’analyse et de
recommandations dans d’autres études.
Néanmoins, au-delà du recyclage, il existe d’autres modes de traitement des déchets et
surtout d’autres modes de valorisation. La meilleure solution n’est pas à chercher du côté
d’un seul mode traitement, mais probablement de la coexistence de plusieurs exutoires
complémentaires. Le levier le plus important pour les acteurs concernés réside dans
l’appréhension d’ensemble de différentes technologies. Les expériences ayant misé sur un
exutoire unique se sont souvent traduits par des échecs, comme en atteste le cas
emblématique de l’usine de méthanisation de Lucknow, mise en déroute du fait de
l’ignorance des filières de valorisation informelles (Cavé 2015) ou la remise en cause
généralisée de l’incinération comme voie unique de traitement en France (Luneau, 2012). La
vision d’un service techniquement composite offre des perspectives intéressantes.
Jusqu’aux années 2000, la stratégie de gestion des déchets recommandée dans les pays du
Sud était l’évacuation et le stockage/enfouissement, en cherchant à rattraper un supposé
« retard » sur les pays du Nord. Cette stratégie a largement démontré ses limites avec la
saturation systématique des décharges, la difficulté d’assurer un contrôle au vu des
quantités entrantes et les catastrophes récurrentes d’effondrements, d’inondations, de
contaminations et de risques sanitaires.
Au sein des six villes étudiées dans cet ouvrage, le seul exemple ayant misé sur un autre
exutoire - à savoir l’incinération - a abouti à des difficultés notables (Delhi) 1. Au-delà des
contraintes financières et techniques rendant presque impossible le bon fonctionnement de
ce type d’infrastructure (avec traitement des fumées et destination adéquate des mâchefers
et des REFIOM) à un prix abordable dans les pays du Sud, Delhi a connu une opposition
importante des récupérateurs, car l’essentiel du gisement de déchets recyclables tendait à
converger vers l’incinérateur (plastiques, papiers, cartons, à fort potentiel calorifique). Il
semble donc que pour gérer d’énormes quantités de déchets et assurer leur meilleure
valorisation (même en incluant la valorisation énergétique), la seule solution réside dans la
multiplicité des modes de traitement.
Ce troisième chapitre vise à compléter l’analyse des différents exutoires proposés, et à
caractériser les innovations. Il s’agit notamment de réfléchir à la part la plus importante des
déchets, n’offrant pourtant pas, au premier abord, un potentiel de valorisation
économiquement autonome : le « ventre mou » des gisements. La connaissance fine des
gisements amène ainsi à contredire la pertinence de l’enfouissement des déchets, mais
aussi celui de leur valorisation énergétique. A l’inverse, leur valorisation agronomique
semble être une piste majeure de développement, trop souvent négligée, au vu des
typologie de déchets, majoritairement organiques.
1
Qui n’ont pas empêché, au demeurant, le développement d’autres projets d’incinérateurs à Delhi et ailleurs en
Inde.
Le choix de l’exutoire doit s’appuyer sur une caractérisation la plus fine possible des
gisements. L’enjeu est de connaître les types de déchets produits, leur tonnage et leurs lieux
de production. Cela permet de choisir le procédé le plus adapté (en termes de transport
comme de traitement), et de dimensionner les équipements en fonction des objectifs de
valorisation fixés. Pour la réduction des déchets secs à la source, il serait par exemple plus
juste de raisonner en volumes qu’en tonnages. En effet, s’agissant de déchets recyclables
tels que les plastiques, les quantités en tonnages rendent mal compte des volumes
concernés, souvent très impressionnants. D’autant qu’une appréciation en volumes est sans
doute plus adéquate pour évaluer le transport évité (en particulier dans le cas de camions-
benne sans compactage).
Figure 15. Les leviers techniques pour mettre en œuvre les innovations dans la
valorisation des déchets
Carte 6. Composition des ordures ménagères dans les six villes étudiées
A l’inverse, plus le niveau de développement d’un pays est élevé, plus le taux de déchets
recyclables est grand, signe d’une consommation plus importante de produits manufacturés.
Cette part des déchets se situe entre 8% (Delhi) et 35% (Surabaya). Seul le quartier de
Surco (Lima) connaît un record de production de déchets recyclables à hauteur de 63%. Ce
chiffre particulièrement élevé (plus élevé qu’en France par exemple 1) correspond à deux
logiques. D’une part Surco, district le plus riche par habitant du Pérou, connaît des modes de
consommation largement calqués sur les pays du Nord. D’autre part, il s’agit du seul district
qui ait mis en place une collecte sélective municipale en porte à porte, récupérant ainsi
l’essentiel des gisements de déchets recyclables, alors qu’ils sont détournés vers les circuits
informels dans les autres quartiers et donc disparaissent de la caractérisation. Enfin, se pose
la question des déchets inertes, très nombreux dans certaines villes. Cela correspond
souvent à des disfonctionnements majeurs dans les procédés de collecte : gonfler les
volumes et donc les factures (Lima) ; dysfonctionnement des points de regroupement et
donc ramassage à même le sol sableux (Lomé) ; mauvais entretien des points de
regroupements à Delhi. Ces matériaux inertes représentent un poids mort pour le transport
et donc un coût, ainsi qu’une contrainte pour toute infrastructure de valorisation.
L’identification des gisements de déchets a montré leur diversité et la très faible part des
déchets « résiduels », théoriquement les seuls pour lesquel le stockage (enfouissement) est
la solution ultime. Or, dans la pratique, l’essentiel des gisements de déchets collectés sont in
fine enfouis. Celui-ci se fait de plus en plus dans de véritables CET (Centres
d’Enfouissement Techniques) ou plus simplement dans des décharges municipales sans
réel contrôle des effluents. Seules les villes d’Antananarivo (la seule décharge) et de Delhi
(pour les plus anciennes uniquement) comptent encore des décharges n’étant pas des CET.
L’enfouissement des déchets pose d’autant plus de soucis que la plupart des décharges sont
très vite saturées, engendrant de réguliers effondrements et accidents. C’est notamment le
cas à Bogotá, à Antananarivo ou à Delhi (Lomé a ouvert son nouveau CET en 2018).
S’il existe un petit potentiel de valorisation du biogaz à partir des gisements accueillis dans
les centres d’enfouissement, ce taux de valorisation reste minime par rapport aux quantités
de gaz produit. Il s’agit surtout de capter les biogaz pour éviter les explosions à l’intérieur des
décharges, et brûler le méthane (qui compose 60 % des biogaz de décharge) pour le
transformer en dioxyde de carbone (sachant que l’impact climatique du premier est au
minimum quatre fois plus important que celui du second). L’enfouissement ne peut donc pas
être considéré comme un mode de valorisation énergétique des déchets, même s’il est
conçu comme un « bioréacteur »2. Seules les municipalités latino-américaines semblent en
passe de généraliser la récupération des biogaz dans leurs centres d’enfouissement. Cette
récupération ne fait pour le moment pas l’objet d’une valorisation énergétique, mais
seulement d’un brûlage pour limiter l’impact en termes d’émission de gaz à effet de serre.
1
32% selon l’ADEME (2015)
2
Dans un « bioréacteur », on accélère la réaction de dégradation des déchets organiques en humidifiant les
déchets de façon continue avec leur propre jus de décomposition (lixiviats). L’effet collatéral de ce procédé,
est qu’on accélère en même temps la production de méthane, gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le
dioxyde de carbone.
Technique. L’objectif est, à moyen terme, de stopper la dissémination de polluants dans les
sols et les eaux souterraines. Cet objectif hygiéniste, indispensable, ne doit cependant pas
focaliser l’attention des pouvoirs publics vers la construction d’installations de stockage. Ce
positionnement aboutit généralement à un sur-calibrage des centres d’enfouissement et à la
destruction des filières de valorisation existantes. Si l’enfouissement dans de bonnes
conditions sanitaires et environnementales reste une priorité, il doit se faire en parallèle des
tentatives visant à valoriser les déchets et pas à leur dépens.
La plupart des politiques « zéro déchets » dans le monde, comme à Bogotá depuis 2014, ont
émergé dans des situations de tension autour de l’extension/création de décharges (Sidibe,
2015). La saturation des décharges est devenue un facteur positif impulsant de nouvelles
pratiques de valorisation voire de réduction des déchets. Les pays du Sud ont une certaine
avance quant à l’évitement de la production de déchets, en raison de leurs modes de
consommation et de production. Cela permet de calibrer des centres de stockage ou
d’enfouissement a minima et donc de faire baisser les tensions.
Qu’il s’agisse de valorisation des biogaz récupérés sur les décharges ou d’incinération, la
valorisation énergétique est perçue par les responsables politiques comme une solution
simple (puisque centralisée et linéaire) permettant de résoudre le problème de façon
définitive (puisque les volumes de déchets sont considérablement réduits). Le
développement de l’incinération avec valorisation énergétique a encore permis de
développer cette technologie puisqu’elle permet de produire de l’électricité ou de la chaleur à
partir des déchets (plutôt qu’à partir de combustibles fossiles contribuant au changement
climatique). Pour autant les pays du Nord (tel que le nord de l’Europe) ayant largement
mobilisé cette technologie, commencent aujourd’hui à en limiter l’usage car elle permet une
valorisation moins complète que le recyclage ou le compostage, et parce que l’appel d’air
qu’elle crée est contradictoire avec l’injonction à la réduction des déchets (Rocher 2008,
Wilts & von Gries 2015). Le développement de l’incinération nécessite de ne pas omettre la
complexité des jeux d’acteurs vivant de l’activité des déchets et de ne pas négliger les
impacts environnementaux locaux des résidus de ce mode de traitement (infiltration de
lixiviats, production de mâchefers, de REFIOM…) ainsi que les impacts environnementaux
globaux (émission de gaz à effet de serre, destruction de matières premières de
récupération).
L’incinération a fait son entrée dans les pays du Sud car elle permet, en zone urbaine très
dense, de pallier au manque de sites d’enfouissement. . Pour autant, la nature des déchets
(taux d’humidité très important), complique largement la mise en œuvre de l’incinération.
Dans tous les cas, il est certain que le coût de l’incinération reste beaucoup plus élevé que
celui des autres modes de traitement, élément très gênant pour des municipalités aux
moyens budgétaires limités. Les tentatives de financer l’incinération sur la base de la revente
d’électricité ont systématiquement échoué, le prix de rachat demeurant très bas (de Bercegol
2016, p.59).
Suite à la crise liée à la saturation des décharges, l’une des solutions imaginées a alors été
la construction de trois incinérateurs (un pour chaque municipalité de la deuxième couronne
de Delhi). Le premier incinérateur 1 est opérationnel à Delhi depuis 2012. Les autorités
publiques de Delhi ont fait appel à de grands groupes privés indiens pour construire et
exploiter trois incinérateurs de déchets. Cependant, l’ouverture de l’incinérateur de Ghazipur
par ILFS (1 300 t/jr,10 MW), comme celui de Narela-Bawana par Ramky (4 000 t/jr, 24 MW)
ont été repoussées à plusieurs reprises pour des raisons techniques, jusqu’à leur ouverture
récente en 2017. Seul l’incinérateur d’Okhla géré par Jindal (2 500 t/jr, 16 MW) est
effectivement opérationnel depuis 2009. Il fonctionne toutefois à capacité réduite en raison
de problèmes techniques, principalement dus à la qualité des déchets entrants (forte
proportion d’inertes et de matière organique, ainsi que de mâchefers, dans une moindre
proportion). Ce manque d’adaptation technologique a par exemple engendré l’abandon d’un
procédé de combustibles solides de récupération (CSR) au profit de simples chaudières, qui
sèchent les déchets avant de les brûler.
Le cas de Delhi est marqué par l’arrivée de puissantes entreprises nationales dans le
domaine de la valorisation énergétique. Ces acteurs en viennent à vouloir contrôler aussi
l’amont du service afin de maîtriser le flux entrant sur leur installation. Ainsi les opérateurs
des incinérateurs delhiites voudraient voir se mettre en place une collecte en porte-à-porte
privatisée, dans l’espoir de limiter « l’écrémage » réalisé par les récupérateurs informels.
Mais ils priveraient alors de leur activité économique les récupérateurs informels cherchant,
eux aussi, à valoriser les déchets.
A cela s’ajoute une contestation judiciaire avec l’émergence de coalitions d’opposants qui
demandent l’arrêt de ces technologies d’incinération accusées d’être polluantes et
dangereuses. Un collectif composé de riverains, de mouvements environnementalistes et
d’associations de récupérateurs informels 2, a engagé une action en justice afin de faire
fermer l’usine d’incinération. Certains l’ont fait au titre de l’impact environnemental non
totalement maîtrisé de l’infrastructure 3 ; d’autres au titre de l’effet d’appel d’air de telles
installations au détriment de la valorisation matière qui était opérée jusque-là par des milliers
de récupérateurs.
Malgré l’absence de rentabilité économique de l’incinérateur de Delhi, son coût reste très
faible (27 €/t.) comparé aux installations européennes (120 €/t.), ce qui indique un manque
de mise en œuvre des couteuses opérations de dépollution des fumées et des mâchefers.
En cas de traitement des fumées défaillant, risque important dans un contexte d’exploitation
difficile de l’infrastructure, le fonctionnement de ces incinérateurs risquerait de dégrader
1
Un premier incinérateur a en réalité été construit en 1984 par la coopération danoise et n’a jamais fonctionné
(car les ordures étaient trop humides).
2
Safai Sena (qui regroupe les précollecteurs informels), All India Kabadi Mazdoor Mahasangh (qui regroupe les
récupérateurs-acheteurs), des ONG de justice environnementale telles que Chintan, Hazards Centre, Toxics
Watch Alliance et Global Alliance for Incinerator Alternatives (GAIA).
3
Selon les détracteurs de l’incinérateur, puisque les déchets organiques ne brûlent pas facilement, peu de ces
déchets seront in fine retirés des décharges. Les émissions générées par la combustion ne sont pas prises en
compte, alors qu’elles seraient importantes (Toxics Watch, 2016). La mise en place d’incinérateurs de déchets
risquerait en effet de dégrader encore une situation atmosphérique déjà catastrophique ; la concentration de
particules fines étant près de 15 fois supérieure aux normes de l’Organisation mondiale de la santé. De plus,
les incinérateurs en service en 2015 envoient les mâchefers, cendres et REFIOM dans les décharges à ciel
ouvert, ce qui constitue une source de pollution de l’air, du sol et des eaux considérable. Enfin, l’ONG Toxics
Watch Alliance affirme que, malgré les inspections réalisées par le Bureau de Contrôle de la Pollution, cette
dernière ne peut pas être pleinement évaluée car les laboratoires indiens à qui sont confiés les vérifications
ne disposent pas des capacités pour détecter la présence de tous les métaux lourds, dioxines et furanes
rejetés ([Link]
Des réflexions existent autour d’autres modes de valorisation énergétique. Il s’agit par
exemple de la gazéification pour laquelle un contrat a été signé à Surabaya avec un projet
de construction d’usine pour 2018 (Cavé 2016, p.23) ou des combustibles solides de
récupération, en réflexion notamment à Lomé. Dans une tendance similaire, des réflexions
existent dans plusieurs États du sud du Brésil 2 (notamment le Paraná), afin d’inscrire cette
technologie dans leurs plans régionaux de gestion des déchets. On retrouve les débats low-
tech / high-tech exacerbés autour de cette technologie qui est encore bien moins maitrisée
que l’incinération et que seuls quelques villes de pays riches (notamment le Japon) utilisent
pour leurs déchets municipaux 3. Ces technologies, encore coûteuses, très peu développées
à travers le monde et cherchant également à valoriser de façon énergétique des déchets en
grande partie recyclables ou compostables, risquent d’être confrontées aux mêmes limites
que l’incinération à Delhi. Dans le cas indonésien, un projet de gazéification (encore loin
d’aboutir) tend à rivaliser avec la valorisation organique actuellement effectuée (Cavé, 2016).
Par ailleurs, cette technologie, très complexe à mettre en œuvre dans les pays du Nord (seul
le Japon la développe à large échelle), est inexistante dans les pays du Sud. Les freins
majeurs à la valorisation énergétique résident alors dans la nature des déchets (trop
1
Depuis lors, le gouvernement indien évoque une augmentation du tarif de rachat qui ne vient pas, l’essor de
l’énergie solaire dans le pays tendant à maintenir les prix de l’électricité en-dessous de 5 roupies/kWh…
2
Ateliers de gestion des déchets réalisés par l’Université du Mans avec Paranacidade en 2016 à Curitiba
3
[Link]/gasification-municipal-wastes/
humides pour être brulés) et dans l’entretien d’une telle infrastructure, technologie très
sensible et couteuse. Le risque de dysfonctionnement est donc majeur.
Le danger majeur à trop miser sur ce type de technologie, au-delà des dépenses
potentiellement très importantes sur le long terme, réside dans la concurrence que ce
secteur peut constituer pour la récupération des recyclables (puisqu’il s’agit aussi des
déchets qui brûlent le mieux). L’exemple de Delhi montre que les deux filières entrent
forcément en tension sur le moyen terme.
La première usine de compostage de Delhi a été établie par la municipalité en 1985 à Okhla,
en périphérie sud de la ville, avec une capacité prévue de 150 tonnes par jour. Peu rentable,
elle a été arrêtée entre 1991 et 1995, avant d’être contrainte à redémarrer par une décision
de la Cour Suprême. Dans la foulée, deux autres unités ont été lancées à Bhlaswa en 1998
(500t/jr, fermée en 2015) et à Tikri en 2001 (125t/jr, fermée en 2013), sans succès.
Aujourd’hui, l’usine d’Okhla (d’une capacité théorique de 500t/jr) est exploitée par un
opérateur privé : le contrat, en BOT (Build Operate Transfert) avec la municipalité, assure un
traitement des déchets gratuit pour la commune. Elle ne fonctionne pas à pleine capacité en
raison d’un manque d’homogénéité des flux de déchets entrants (le tri est réalisé sur place et
non en amont) engendrant une qualité faible du compost (beaucoup d’indésirables) et un
manque de débouchés commerciaux (peu d’acheteurs). Seul un prix de vente soutenu par
1
Institution émanant de la municiplaité du District Capital de Bogotá et dédiée l’accompagnement économique
des activités informelles.
Le compostage sur déchets bruts : une technique qui a fait ses preuves sous
certaines conditions
1
Financé par l'AFD, le FFEM, le fonds Suez Environnement et la vente de crédits carbone, mené par la
Fondation Good Planet et les associations Gevalor et ETC Terra, le projet Africompost appuie le
développement d’unités de compostage des déchets organiques dans 5 grandes villes africaines. Le tri et le
compostage permettent d’améliorer la gestion locale des ordures ménagères, tout en en réduisant leur impact
sur l’environnement. En parallèle, la production de compost contribue au développement d’une agriculture
locale plus durable et s’accompagne de la création d’emplois pour les populations les plus défavorisées.
Les analyses réalisées dans les trois villes permettent de montrer que les éléments traces
métalliques sont en concentration inférieure à celle imposée par la norme française (NFU 44-
051). Toutefois, sur les plateformes d’Africompost, le compostage de la fraction organique
des déchets ménagers bruts est en outre combiné avec le compostage de déchets de
marchés, de déchets verts ou de déchets d’agro-industrie pour améliorer la qualité du
compost produit.
1
Exemple du compostage réalisé dans le SuperDepo de Surabaya
1
ENDA est une organisation internationale non gouvernementale qui œuvre à lutter contre la pauvreté, pour la
préservation de l’environnement et la promotion de la citoyenneté.
2
Etablissement public français de recherche, d’expertise, de formation et de partage des savoirs.
1
Le père Pedro Opeka, religieux catholique lazariste, fondateur de l'œuvre humanitaire Akamasoa en 1989, est
connu pour le combat qu'il mène contre la pauvreté à Madagascar.
réduire les quantités à enfouir pour remplir moins vite l’espace libéré par l’excavation. Trois
hypothèses ont été retenues concernant la combinaison d'une activité de compostage au
projet d'excavation. La première hypothèse suppose que 25% des ordures ménagères sont
traitées par compostage pendant les travaux d'excavation, la deuxième hypothèse passe à
50% tandis que la troisième vise 100% de traitement des ordures ménagères par
compostage. Les résultats détaillés sont présentés dans le tableau 6.
La valorisation des déchets est souvent présentée comme étant confrontée à des enjeux
essentiellement techniques. Les parties précédentes ont permis de démontrer que ceux-ci
sont étroitement articulés avec les enjeux territoriaux, sociaux et de gouvernance. Il est
nécessaire d’ajouter à cela la dimension économique, dont la maitrise est impérative pour
toute gestion des déchets qui se veut pérenne. Les études de cas détaillées dans cet
ouvrage font même l’objet de nombreuses innovations économiques et financières
permettant de financer le service de valorisation des déchets.
Le quatrième chapitre de cet ouvrage commencera ainsi par faire un bilan des coûts
des différentes étapes de la gestion des déchets dans les six études de cas développées,
puis les mettra en relation avec la qualité effective du service et avec les quantités de
déchets traitées par chacun des exutoires identifiés dans les chapitres précédents. Ensuite, il
s’agira de comprendre comment est financé le service et d’identifier les innovations dans ce
domaine. Nous terminerons ce chapitre par la mise en exergue des principaux leviers
permettant d’agir sur cette dimension financière de la valorisation des déchets dans les pays
du Sud. Ceux-ci concernent la maitrise et l’équilibre budgétaire, la recherche de la rentabilité
de la valorisation, ou encore la redéfinition du périmètre du service public afin de pallier à
l’impossibilité d’en financer la totalité par des fonds publics.
Les données collectées auprès des municipalités n’ont pas permis de calculer avec rigueur
les coûts de production du service public de gestion des déchets, qui sont ici le plus souvent
les coûts de prestation des opérateurs de service. La comparaison de ces coûts comporte
donc une réelle incertitude, tout en permettant une analyse des grandes dynamiques. Dans
le cas de Lomé il s’agit d’estimations de coûts à venir avec la mise en exploitation du
nouveau CET.
Les villes où seule une étape de transport est indiquée, sans collecte, sont celles où la
collecte en porte à porte est remplacée par une précollecte.
Les coûts présentés précédemment sont relatifs aux quantités de déchets traitées par
chaque type d’exutoire, au sein de chaque villeLes bilans financiers permettent d’avoir un
panorama comparatif entre les villes, mais l’importance de chaque budget dépend
également du détailcorrespondent à ldes services assurés. La synthèse des dépenses
effectuées pour fournir le service selon les grands postes budgétaires permet d’estimer
l’ampleur de l’effort porté sur chaque étape (figure 17). On note par exemple le poids
important de la collecte (ou transport) dans toutes les villes, mais aussi celui de
l’enfouissement à Surabaya, plus important en valeur absolue par habitant que partout
ailleurs. Cela est dû au coût important d’un CET respectant les normes environnementales,
ce qui vient peser en faveur d’un détournement des gisements vers la valorisation.
Il est possible de croiser ces éléments avec le bilan des modes de traitement des différents
déchets (figures 18). Les informations des chapitres 2 et 3 permettent de reconstituer les
quantités de déchets terminant dans les décharges, ceux recyclés, incinérés ou compostés.
On observe qu’une part importante des gisements reste hors de toute traçabilité, notamment
à Lomé et Antananarivo.
La décomposition des dépenses par étape ou activité montre que la collecte représente plus
de 50% des dépenses (45% en France – ADEME, 2016). La collecte des déchets ménagers
relève de deux systèmes d’organisation : la collecte en porte-à porte avec passage de
bennes à ordures ménagères à compaction à la porte des habitations (Lima, Bogotá, 1/3 de
Lomé) ; ou la collecte par points de regroupement sur des lieux équipés généralement de
conteneurs dans lesquels les déchets sont déversés sans compaction (2/3 de Lomé,
Antananarivo, Delhi, Surabaya).
Les coûts de collecte des déchets dans les trois districts de Lima, sont de l’ordre de 11 €/t
pour une collecte assurée en porte-à-porte et en sacs. Le coût de collecte à Bogotá apparaît
beaucoup plus élevé, 30-32 €/t, avec l’acheminement direct par les véhicules de collecte au
CET. Les collecteurs privés de Bogotá fournissent dans ce prix une offre globale de propreté
avec nettoiement de la voirie, l’entretien des espaces verts et la collecte des encombrants, il
est donc difficile de comparer directement ces deux villes. A Lomé, le coût élevé de collecte
(incluant le transport) à 19,8 €/t, sur 2 arrondissements, s’explique par l’éloignement du futur
CET d’Aképé à 23 km, contre 15 €/t pour aller sur la décharge actuelle de Agoé (à 13km). Le
coût de la collecte en porte à porte est donc plus élevé à Lomé qu’à Lima. Il se situe ainsi
entre 11 et 20 €/t. de déchets. On peut estimer que sans le nettoiement, la collecte des
encombrants et l’entretien des espaces verts, la collecte des déchets de Bogotá serait dans
le même ordre de grandeur.
Le recours à la rupture de charge, c’est à dire le fait de transvaser les déchets d’un point de
collecte (voir de précollecte) vers un véhicule de transport, est fréquent dans les grandes
métropoles en raison de l’importance des tonnages et de l’intensité du trafic routier. Cette
rupture de charge fait alors apparaitre l’étape du transport. Cependant, seul le district de
Surco à Lima fait appel à cette rupture de charge. Les autres villes n’ont soit pas d’étape de
transport (Comas, VMT, Bogotá), soit un transport qui correspond à un ramassage des
points de précollecte (Lomé, Antananarivo, Delhi, Surabaya). Le coût du transport est alors
compris entre 5 et 8 €/t. En 2016, le coût actuel du transport (ramassage de la précollecte)
était à Lomé de 7,6 €/t, correspondant à l’évacuation vers la décharge d’Agoé, situé à 13 km
de la ville. À partir de 2018, l’ouveture du nouveau CET d’Aképé, situé pour sa part à 23 km
de la ville, fera passer le coût du transport à 9,9 €/t.
Le transport est donc une étape importante et coûteuse de la gestion des déchets dans ces
villes, bien plus qu’en Europe où il représente moins de 6% du coût du service 1. Ceci tient
aux véhicules utilisés qui transportent de faibles quantités de déchets non compactés en
conteneurs ouverts et sur des réseaux routiers particulièrement encombrés et en mauvais
état. L’usage de véhicules gros-porteurs avec compaction des déchets permet d’une part de
réduire le nombre de voyages et de réaliser les voyages de nuit, en période creuse de trafic.
1
Ademe 2015.
Le dépôt des ordures est le procédé de traitement le plus utilisé dans ces villes, car le moins
onéreux, en dépit de l’inconvénient majeur de nécessiter une superficie importante. Le dépôt
et l’enfouissement varient de la simple décharge autorisée (non contrôlée) mais saturée,
comme à Antananarivo où le coût de l’enfouissement est de 1,6 €/t, jusqu’au CET avec
exploitation en casiers étanches, recueil des lixiviats pour épuration et recueil du biogaz
valorisé en électricité de Surabaya, au coût de 8,4 €/t. A Bogotá, le coût est inférieur à 5 €/t
car il s’agit d’une simple décharge contrôlée. Il y a un compactage des déchets, une prise en
compte du biogaz et des lixiviats, mais le site est saturé et des effondrements se sont
produits en 2015. A Lima, le CET de Huaycoloro (pour Surco) et et celui de Modelo Del
Callao (pour Comas) sont exploités par le même opérateur privé Petramas, pour un coût
similaire de 3 €/t. Les déchets de Villa Maria del Triunfo sont enfouis dans le CET de Portillo
Grande, géré par l’entreprise Relima pour 8 €/t. La différence s’explique par le coût du
transport (voisin de 5 €/t). A Lomé, la mise en décharge non contrôlée et saturée à Agoé
coûte 1,4 €/t (900 FCFA/t), ce qui se rapproche du coût observé à Antananarivo. Celui-ci
passera à 8,5 €/t (5 597 FCFA/t) à Aképé dans un nouveau CET exploité en casiers
étanches avec recueil et épuration des lixiviats, captage et brûlage du méthane.
En conclusion, la mise en décharge non contrôlée des déchets avoisine 1,5 €/t, alors que
l’enfouissement contrôlé (avec maîtrise du lixiviat et du biogaz) s’élève à 8 ou 8,5 €/t. Le saut
qualitatif de l‘enfouissement en CET impacte donc fortement le coût du service, à hauteur de
7 €/t supplémentaire. Au regard des tonnages importants en jeu dans les grandes
métropoles, l’installation d’un CET se traduit par une augmentation importante des besoins
de financement. Cet argument peut être majeur dans les choix de financer des filières de
valorisation afin de limiter les coûts de traitement.
1
Ce chiffre de 12% serait encore plus important si on mettait réellement en relation le budget municipal avec les
quantités de déchets gérées par ce service municipal. Il faudrait donc pour cela soustraire la part des déchets
dont l’exutoire est “non identifié”.
1
[Link]
1,4 €/t (à capacité nominale) à 5,2 €/t (2012) 1. Le coût de fonctionnement n’est pas divulgué,
mais selon l’opérateur Jindal, les recettes actuelles sont de l’ordre de 2,5 INR/kWh (soit
0,01 €/kWh) en recettes de vente d’électricité sur des contrats de 25 ans. Jindal considère
qu’une recette de vente d’électricité de 6 INR/kWh assurerait la couverture du coût de
production (amortissement + fonctionnement) de l’incinérateur sur la base de 122 GWh
vendu. Ce prix est largement supérieur au coût de production d’électricité des centrales
thermiques (à charbon) récentes en Inde. L’équilibre financier assuré par les seules recettes
de vente d’électricité a donc peu de chance de se réaliser et une rémunération par la
municipalité ou par des subventions de l’État pour le traitement des déchets risque d’être
incontournable, comme en Europe 2. En France, la revente de matières recyclables et
d’énergie (les produits industriels) ne représentent que 6% des budgets de gestion des
déchets, le reste étant constitué des taxes et redevances auprès des usagers, des aides de
l’État et des financements des éco-organismes (ADEME, 2015b).L’estimation du coût de
production de l’incinérateur serait donc de l’ordre de 10 millions €/an, soit 13 €/t sur la base
de la capacité nominale ou 27 €/t en sous-capacité (2012). L’impact financier est donc
important comparé au CET, de l’ordre de 2 à 3 fois supérieur. Ainsi, le budget incinération
consomme 24% des dépenses municipales consacrées à la gestion des déchets, alors que
seuls 11% des déchets collectés sont incinérés.
Malgré ce coût important, deux nouvelles installations ont ouvert en 2017 à Delhi : un
incinérateur de 4 000 t/j à North Delhi et une installation CSR (Combustible Solide de
Récupération) avec chaudière de 2 000 t/j à East Delhi. Cette dernière configuration ne vise
qu’à améliorer la qualité du combustible par préparation-séchage préalablement à sa
combustion en chaudière.
En conclusion, si le procédé d’incinération est certes une option à envisager au regard de la
pression foncière et des quantités (très) importantes à traiter, il convient d’éviter la
généralisation de cette technologie, tant que les déchets ne seront pas de qualité plus
appropriée (c’est-à-dire majoritairement secs). Cependant, les voies de la récupération et de
la valorisation organique sont à privilégier en amont des procédés thermiques, notamment
afin de ne pas détourner les potentiels gisements de ces deux derniers modes de
valorisation.
• La production de combustible solide de récupération (CSR)
En 2016, Lomé avait un projet de production de combustible solide de récupération (CSR)
sur le CET, qui a pour objectif de prolonger la durée de vie du CET (120 000 t/an de déchets
traités donnant entre 30 000 et 50 0000 tonnes de CSR). Ce projet prévoit de revendre les
CSR au cimentier Heidelberg, dont les activités de production ont démarré début 2015, et
qui n’aurait plus besoin d’importer du charbon d’Afrique du Sud (Garnier 2016, p.78). Ce
projet nécessite des investissements importants, de 7 à 9 M. €, dont la plus grande partie (5
à 7 M. €) serait à financer par le cimentier. Il consiste en la construction d’une plateforme de
tri (prétraitement) sur le site du CET pour la 1ère phase de sélection des déchets valorisables
en CSR. Cette plateforme de prétraitement se décompose en trois volets : tri au sol des
déchets, reprise avec une pelle-grappin, criblage avec un trommel d’une partie de la fraction
organique et des déchets inertes, puis broyage primaire. Les déchets non sélectionnés
seront soit récupérés (métaux, gravats), soit enfouis dans le CET.
1
En 2016 ce chiffre était de 3,1 €/t.
2
En 2019, le gouvernement de Delhi a fait un geste vis-à-vis des exploitants d’incinérateur en leur permettant de
vendre une partie de l’électricité produite aux industriels sans inclure les frais correspondant à son
acheminement par le réseau public de distribution ([Link]
extra-cost-for-buying-power-from-wte-plants/articleshow/[Link]?from=mdr).
Il est envisagé par la suite, une fois que la première étape aura démontré sa pertinence, de
construire une nouvelle chaine de tri, afin de valoriser l’ensemble des déchets entrants. Une
seconde plateforme de transformation des déchets viendrait alors faire baisser la teneur en
eau par bio-séchage avec fermentation de la fraction organique et faire un affinage avec tri
des plastiques, des métaux et séparation des inertes restants, avec un séparateur
aéraulique et un broyage secondaire. Cette 2ème plateforme serait également financée par
Heidelberg.
Avec les hypothèses de rendement ci-dessus – qui paraissent toutefois bien optimistes au
regard de la composition des déchets de Lomé (20 à 40 % de papiers carton, plastiques et
déchets verts, selon les caractérisations) – le coût de production des CSR serait de 49 €/t.
Une étude de faisabilité (Willerval, 2014) affirme que la filière CSR est plus rentable que le
charbon minéral. Cette étude a évalué les gains économiques pour la mairie à 280 000 €/an
en raison du vide de fouille 1 économisé 2. Les gains environnementaux sont évalués à 21 000
tonnes de gaz à effet de serre évités par an. Par ailleurs, la plateforme CSR permettrait de
créer 29 emplois. Cette approche reste toutefois pour le moment théorique.
• La gazéification
À Surabaya, un projet de gazéification des déchets de la décharge a été envisagé en 2018,
avecune capacité de 100 t/j pour produire 8 MW/j d’électricité. Le choix de ce procédé
semble risqué car il nécessite des déchets très homogènes qui doivent donc subir une
préparation lourde et couteuse. Cette unité, qui serait une première en Indonésie, est en
cours de construction, ne permettant pas encore d’appréciation de son fonctionnement.
Toutefois les projets de gazéifications d’ordures ménagères restent pour le moment très
rares à travers le monde et correspondent à des contextes très particuliers 3.
La valorisation organique des déchets, concentrée sur des initiatives (souvent encore au
stade de projet) de compostage n’est pas à l’heure actuelle généralisée. Si Antananarivo ou
Lomé ont des projets ambitieux en la matière , Delhi et Surabaya ont mis en place des
expériences aux résultats contrastés. Les données économiques présentées ci-dessous sont
essentiellement issues d’entretiens déclaratifs, et n’incluent pas l’amortissement des
investissements.
À Delhi, il s’agit d’une unité centralisée de taille industrielle traitant des ordures ménagères
en mélange. La qualité du compost est faible avec la présence d’indésirables, mais les
ventes sont facilités par la mise en place d’une gamme variée de produits. Le coût de revient
par tonne traitée est faible, de l’ordre de 4,69 €/t. Cette unité privée semble s’équilibrer grâce
à des ventes à de gros acheteurs ou à des achats publics à prix élevés (Mother Dairy).
À Surabaya, il y a 23 petites unités de compostage de déchets verts communaux. L’une
d’elle traite également les déchets organiques triés par le SuperDepo. Le compostage des
déchets verts revient à 16,35 €/t. En revanche, si l’on ajoute le coût du tri du SuperDepo, le
coût de traitement de la part organique des déchets ménagers en mélange s’élèverait à 36
€/t déchets bruts. La totalité de ces coûts est prise en charge par la municipalité qui exploite
ces unités en régie.
1
Le vide de fouille constitue l’espace encore disponible dans une décharge pour stocker de nouveaux déchets.
2
EGIS (2014) Etude de faisabilité de l’option valorisation RDF sur le CET d’Aképé
3
Seul le Japon a mis en place de tels projets.
À Lomé, enfin, il s’agit d’une unité décentralisée traitant des ordures ménagères en mélange.
La qualité du compost est conforme à la norme française. Le coût de revient à la tonne
traitée est de 17,6 €/t. (contre 27 à 32€/t. en France, ADEME, 2015a). En revanche, le
rendement en compost est faible du fait de la composition des déchets de Lomé. Les coûts
de revient par tonne produite est très élevé (110 €/t) au regard des prix de vente possibles,
ce qui limite foncièrement les ventes.
1
Ces chiffres montent même à 1,6%, 3,8% et 5,1% si on exclut les déchets “disparus” du calcul.
Enfin, on peut noter que la valorisation par compostage nécessite dans tous les cas une
main-d’œuvre importante. Bien que cela se ressente sur le coût de revient du produit fini,
l’activité est créatrice d’emplois et possède un fort impact social. En effet l’opportunité
délivrée à une frange de la population ayant des difficultés d’accès au marché de l’emploi
formel, doit être également perçue comme un gain social, un moteur de croissance et de
consommation.
L’analyse des budgets municipaux fait apparaitre de grandes différences entre les villes
étudiées. Une ville sort largement du lot en termes de dépenses municipales par habitant
concernant la gestion des déchets : Bogotá, qui atteint près de 20€ par habitant et par an (cf.
carte 10). Ceci est lié au niveau de richesse de la ville, à son taux d’industrialisation, mais
aussi à une pression sociale forte sur la question des déchets. Surco (Lima) rejoint Bogotá
en approchant les 18€ par habitant et par an. Or Surco, ne constituant que l’un des quartiers
riches de la ville, n’est pas contrainte d’assumer les dépenses relatives à la fourniture d’un
service aux populations plus défavorisées (contrairement à Bogotá où la gestion est
métropolitaine).
La contribution des usagers passe par une taxe ou une redevance. La taxe, à caractère
fiscal, repose sur la valeur locative des logemens ou sur la capacité contributive des
ménages. À contrario, la redevance s’appuie sur le service rendu avec des critères tels que
la fréquence de collecte, la composition du foyer, etc. La redevance incitative réalise un lien
entre le montant à payer et la quantité de déchets produits qui nécessite une mesure de la
production d’ordures par chaque foyer. Pour la précollecte, une redevance est négociée
entre les ménages et le précollecteur. Elle est parfois proportionnée à la composition de la
famille ou à la localisation du logement 1 (cf. tableau 10).
1
Le lot, ou secteur de ramassage, est caractérisé par un nombre d’habitants et un nombre d’abonnés
Le financement des dépenses par les usagers du service est difficile à appréhender car il
relève le plus souvent de la direction financière de la municipalité. Il n’a pu être obtenu de
grille tarifaire de paiement des ménages pour le service Déchets. Le tableau 11 montre les
critères retenus par les villes pour l’application de la taxe ou de la redevance et la nature des
dépenses couvertes.
financiers ponctuels mais réguliers de l’État malgache, ce qui viendrait en réalité alourdir la
part de contribution de l’État.
En outre, en raison de la mauvaise qualité du service, les usagers refusent de payer les
taxes (25% des taxes ont été perçues à Comas en 2014 et 20% à VMT).
Les municipalités ont un besoin de recettes pour couvrir leurs dépenses de fourniture du
service de collecte, transport et enfouissement des déchets. Dans les villes étudiées, les
ressources proviennent des habitants, de l’État et des municipalités elles-mêmes (cf.
Tableau 12).
Il a été possible d’obtenir le montant total de taxe ou redevance payée par les habitants,
ainsi que la contribution des aides gouvernementales de l’État. Par déduction, le montant
restant doit être financé par les municipalités. Exception faite de Bogotá et de Surco (Lima),
les recettes obtenues couvrent moins de 50% des dépenses de gestion des déchets. L’État
intervient parfois en soutien à des programmes de récupération des matériaux (Lima) par la
formation du personnel de ramassage, la sensibilisation de la population ou l’aide financière
pour l’acquisition de moyens de collecte (chariot, charrette, triporteur). Aucune autorité
municipale n’assure donc l’équilibre financier de la gestion des déchets. Par conséquent,
elles doivent combler le déficit : soit en ayant recours à leur budget général, soit en sollicitant
une subvention d’équilibre auprès de leur gouvernement, comme c’est le cas à Antananarivo
et Delhi de manière indirecte.
Les budgets des municipalités sont donc souvent la principale ressource financière pour
couvrir les dépenses de fourniture du service. Or les municipalités ne sont souvent pas en
mesure de couvrir financièrement leur besoin de ressources propres. Elles se tournent alors
vers l’État pour obtenir des subventions.
La situation de Delhi est particulière, dans la mesure où aucune taxe ou redevance n’est
effective pour la gestion des déchets. Les trois municipalités doivent couvrir les dépenses du
service déchets, or seule la municipalité de South Delhi dispose de ressources fiscales
propres, via la taxe foncière qui abonde son budget à hauteur de 76%.
La situation financière de Lomé est particulièrement critique. Avec l’ouverture prochaine du
CET en 2017, le budget de fonctionnement de la gestion des déchets (hors dépenses de
nettoiement) représentera 43 % de la section fonctionnement du budget général 2015 de la
ville. De surcroît, 87% des dépenses de gestion des déchets et de nettoiement sont
financées par la ville. Les difficultés de trésorerie rencontrées pour payer les prestataires
sont donc loin d’être une surprise. Néanmoins Lomé dispose des outils réglementaires, taxe
et redevance, pour assurer des recettes. L’extension de la taxe foncière aux propriétés
bâties des ménages, actuellement payée par les seules entreprises, pourrait accroître les
ressources budgétaires de la ville. Toutefois, compte tenu du poids des dépenses de gestion
des déchets rapporté au RNB par habitant, il est probable que les capacités contributives
des ménages soient déjà tendues et leur solvabilité faible. Il est également probable que le
budget de la propreté urbaine puisse être assaini, afin de mieux cibler les dépenses et de
revenir à un poids cohérent avec les autres villes étudiées.
La situation financière de Surabaya n’est guère meilleure, puisque 86% des dépenses de
gestion des déchets sont prises en charge par la municipalité, mais que les ressources de
celle-ci proviennent des gouvernements centraux pour 6% et provinciaux pour 34%.
Cependant, le poids des dépenses de gestion des déchets est faible : 7% du budget
municipal.
La situation financière du SAMVA d’Antananarivo est également fragile. En effet, le SAMVA,
EPIC (Établissement Public à caractère Industriel et Commercial) de la Communauté
Urbaine de Antananarivo, exécute ou fait exécuter le transport et la mise en décharge des
déchets. Il est contraint par l’obligation de respect de l’équilibre budgétaire. Ses recettes
proviennent de la redevance (ROM) payée par les ménages pour la précollecte, dont il ne
perçoit que 50% de la part de la municipalité. Les 50% restant sont conservés par la ville
pour le balayage des espaces publics. Depuis 2016, la municipalité s’est engagée à reverser
100 % de la ROM au SAMVA, ce qui permettrait de se rapprocher des autres villes dans le
budget par habitant alloué à la gestion des déchets. Ne disposant pas de matériel propre, le
SAMVA loue les véhicules pour transporter les déchets et est tributaire pour ce faire de sa
disponibilité financière chaque mois. L’évacuation des déchets sur les points de
regroupement est donc très chaotique et aléatoire.
A l’opposé, la position financière de Bogotá est enviable. La ville couvre 64% des dépenses
de son service de gestion des déchets par une taxe. La municipalité ne dépend de l’Etat que
pour 16% de sa ressource financière.
Figure 19. Les leviers financiers pour mettre en œuvre les innovations dans la
valorisation des déchets
La première difficulté consiste à connaître les coûts de production du service municipal, afin
d’établir des indicateurs de performances et d’efficacité des moyens de production, de juger
de l’opportunité du renouvellement des équipements obsolètes et de maîtriser les coûts.
Les six villes étudiées nous montrent que ces dépenses sont rarement connues de façon
exhaustive par les services municipaux eux-mêmes. Les villes latino-américaines sont les
plus performantes sur ce plan, car les ministères conditionnent depuis la fin des années
2000 certains financements à une comptabilité bien maitrisée (Rateau, 2015). Les villes
asiatiques tiennent désormais une comptabilité précise qui permet d’identifier les principales
lignes budgétaires affectées aux déchets. Les villes africaines ont, quant à elles, plus de
difficultés à disposer d’une connaissance précise de leurs prévisions budgétaires annuelles à
l’avance. A Antananarivo, les fonctionnaires ont rarement plus d’un mois de visibilité sur leur
budget (Lecointre, Breselec & Pierrat 2015, p.66). Les activités de gestion des déchets ne
sont par ailleurs pas toujours différenciées des activités de nettoyage. La connaissance du
budget annuel prévisionnel permet d’envisager les besoins de financement sur le long terme.
La majeure partie du budget de fonctionnement consacré à la gestion des déchets solides
est consommée par les salaires des personnels de collecte, de nettoiement et de transport.
Le traitement et l’amélioration du service ne font l’objet que de dépenses très ténues. Par
ailleurs, la comptabilité devrait faire apparaître la dépréciation ou l’amortissement pour la
durée de vie des équipements. Les mairies pourraient ainsi suivre les coûts de
fonctionnement et d’entretien des véhicules (il est souvent moins coûteux d’acquérir un
véhicule neuf que de pallier aux pannes d’un véhicule très âgé).
De plus, aucune autorité municipale des six villes étudiées n’assure l’équilibre financier
complet de la gestion de ses déchets. La séparation claire d’un budget affecté à la gestion
des déchets, la recherche de l’équilibre entre recettes et dépenses (sans exclure les
possibles transferts du budget général des municipalités voir même de l’État) font partie des
principes importants à maîtriser. Concernant leurs recettes, les collectivités dépendent
encore en grande partie des subventions gouvernementales, avec une faible visibilité sur
leur attribution annuelle ou même mensuelle. Il est donc important d’augmenter les
ressources financières propres des municipalités, pour faire face à leurs obligations légales.
Les budgets municipaux ne devraient pas être conçus pour abonder le budget de gestion
des déchets, or l’impôt permet encore largement de financer la fourniture du service. Il faut
donc pouvoir mettre en œuvre un système de taxe d’enlèvement des ordures ménagères.
D’autres financements de type redevance peuvent également être imaginés, mais nous
n’avons pas observé de ville ayant mis en place ce mécanisme.
Par ailleurs, la collecte des déchets ménagers inclut des déchets « assimilés », c’est à dire
produits par les entreprises. Si ce service donné aux petites entreprises (commerces,
artisans, souvent administrations) est compréhensible, il a un coût qui est rarement pris en
charge. Il faut donc collecter des taxes auprès de ces producteurs (redevance spéciale),
souvent plus solvables que les ménages. Des solutions spécifiques peuvent même être
proposées pour certains types de déchets, avec une gestion directe de la part des
entreprises. C’est notamment le cas des déchets de la construction qui ajoutent un coût
énorme au transport lorsqu’ils sont collectés avec les ordures ménagères (pondéreux) et qui
restreignent largement la durée de vie des décharges alors que leur caractère
essentiellement inerte pourrait permettre d’imaginer d’autres exutoires moins contraignants
(Lomé ou Lima).
Enfin, il est souhaitable que toute amélioration de la qualité du service engendre une
augmentation des coûts. On observe cela dans les villes de Bogotá et Surco (Lima) qui sont
assez bien équipées pour la collecte en porte-à-porte et l’évacuation vers un CET et dont le
niveau de dépenses se situe entre 15 et 20 €/hab./an. A l’inverse, les autres villes étudiées
se situent autour de 5 €/hab./an. Il est illusoire de penser qu’un exploitant d’unité de
valorisation, que ce soit de compostage ou d’incinération, puisse couvrir ses charges par la
seule source de revenu constituée par la vente du compost ou de l’énergie.
Le levier financier présenté précédemment est le même que ceux mis en œuvre dans les
pays du Nord. Il a cependant montré ses limites dans les villes des pays du Sud puisqu’il est
très difficile d’une part de bien connaître les budgets affectés à la gestion des déchets,
d’autre part d’équilibrer ces budgets. D’autres leviers ont alors été mis en évidence, sur la
base des études de cas développées, afin de financer le service de gestion des déchets
autrement ou de compléter le financement. L’enjeu est alors de pérenniser ces financements
pour assurer une stabilité du service sur le long terme.
Pour répondre à la difficulté précédemment énoncée de facturation des taxes locales,
certaines villes ont imaginé de coupler la facture du service de gestion des déchets avec
celui d’autres services tel que l’eau en réseau (Bogotá). Le non-paiement du service de
propreté induit immédiatement la coupure du service d’eau, ce qui a un impact important. En
contrepartie la Colombie a cependant mis en œuvre un système original de tarification
sociale, afin d’éviter toute protestation de masse. À Surabaya, ce n’est pas le couplement
des factures, mais les bonnes pratiques de gestion des déchets qui permettent de financer
les autres services. La revente des déchets collectés par la Waste Bank du quartier offre un
pécule qui peut être utilisé par l’usager pour le paiement des factures telles que l’eau ou
l’électricité. La solidarité territoriale s’exprime alors à l’intérieur du quartier. Dans l’optique de
renforcer l’intégration de la valorisation des déchets au service public municipal de gestion
des ordures ménagères à Surabaya, il serait cependant plus logique de permettre aux
citadins de payer une partie de la taxe d’enlèvement des ordures (Retribusi) par ce même
biais. Une telle démarche permettrait aux habitants d’intérioriser les synergies à l’œuvre
entre la valorisation des déchets d’une part et la réduction du coût (et tarif) du service
municipal de collecte et d’enfouissement. Autrement dit, cela permettrait l’instauration d’une
forme de redevance incitative (incitation à produire moins de déchets). Dans le cas de
Surabaya, cela semble tout-à-fait possible puisque même les ménages les plus pauvres
parviennent à recevoir 8 000 IDR par mois liés à la revente des déchets secs triés, tandis
que le montant de la Retribusi oscille entre 500 et 19 000 IDR/mois.
La Colombie a mis en place en 1994 par une loi une tarification sociale de tous ses services
urbains. La ville est découpée en six strates, correspondant à un niveau de qualité de
logement plus ou moins important et payant l’ensemble des services urbains de façon
différenciée. Les plus riches subventionnent ainsi les plus pauvres pour un équilibre financier
global pour la municipalité. Ce système présente cependant plusieurs limites.
Cette classification repose en effet sur des critères de qualité extérieure des bâtiments et de
niveau d’équipement du quartier, ne révélant pas toujours la réalité des revenus des
ménages, ni de leurs modes de consommation (et donc leur production de déchets). Elle
vient également figer dans le temps et dans l’espace des ségrégations en fonction de la
strate assignée à un bâtiment. Ensuite, il est complexe de trouver suffisamment de
populations solvables pour subventionner le service des plus pauvres. Cela fonctionne bien
à Bogotá ou dans les grandes villes colombiennes, là où les populations aisées sont assez
nombreuses (cf. carte 3). C’est plus difficile dans les petites villes ou dans les villes de
banlieue. Elle n’a enfin aucun aspect préventif quant à la possible réduction de la quantité de
déchets produits ou à l’efficacité du tri. Il s’agit toutefois d’un système qui offre une certaine
solidarité entre les habitants, essentielle dans une ville ayant des écarts de niveau de
richesse très importants.
L’innovation majeure afin de financer la valorisation des déchets pourrait résider dans la
mise en place de filières de Responsabilité Élargie du Producteur (cf. Hestin et al. 2014).
Aujourd’hui largement développée en Europe (selon des modalités différentes en fonction
des pays), le principe consiste en financer la collecte et la valorisation d’un type de déchets
donné (un déchet électronique, un emballage alimentaire, agricole, un véhicule usager, etc.)
à travers une éco-contribution payée par le consommateur au moment de l’achat du produit.
Le producteur de l’objet apparait donc comme le responsable du traitement des déchets
induits en amont par la mise sur marché de son produit, puisqu’il finance le système (non
sans avoir préalablement répercuté ce coût additionnel auprès des consommateurs sous la
forme d’une éco-contribution). Le coût de la gestion des déchets est alors reporté du
producteur du déchet vers le consommateur de l’objet.
Si ce mécanisme a fait ses preuves depuis plus de 20 ans en Europe, il n’a que très peu été
mis en place dans les pays du Sud. Le Brésil a mis en place un système de « logística
reversa » (logistique inverse) concernant certains produits (notamment des emballages
agricoles) dans les État les plus riches du sud du Brésil. Ce pays a surtout visé des biens
consommés par les entreprises ou les agriculteurs, plus facile à tracer que les biens de
grande consommation. La Tunisie travaille également sur des filières REP autour des huiles,
des emballages, des piles et batteries, des pneus ; l’Afrique du sud constitue des filières
volontaires autour des emballages. Les DEEE (Déchets d’Équipement Électrique et
Électronique) sont également au cœur de nombreuses expériences en la matière (Tunisie,
Chine, Cameroun, Costa Rica, etc.) (UNEP & ISWA, 2015 : 160).
La principale difficulté d’application réside dans la taxation de la consommation. Dans des
pays où une part importante des achats sont faits de façon informelle, il est difficile de mettre
en place une taxe qui serait prélevée avec l’équivalent local de la TVA (Taxe sur la Valeur
Ajoutée) en fonction des caractéristiques environnementales (recyclabilité, écoconception,
etc.) des biens de consommations. Seuls certains produits importés pourraient peut-être
rentrer dans cette logique.
Le Pérou a inscrit ce principe dans sa « Loi d’économie circulaire » de fin 2016, sans que
l’on en connaisse à l’heure actuelle les modalités d’application. Il y a possiblement ici un
levier important à développer.
Il est permis de penser que la mise à contribution des grandes entreprises de la distribution
et de l’agro-alimentaire pour soutenir les Waste Banks constitue une forme de mise en
œuvre de la responsabilité élargie des producteurs (REP). En effet, ce sont ces entreprises
qui causent la production de ces déchets : 60% des déchets secs récupérés par les WB sont
des emballages de produits manufacturés. Dès lors, solliciter leur soutien dans le cadre de
programmes de RSE peut être vu comme une application du principe de la REP et un
remède à la limitation des finances publiques municipales.
Le problème avec une telle lecture, est que dans ce cas de figure l’application de la REP
relève d’une décision unilatérale de l’entreprise. En l’absence d’une loi obligeant les
entreprises à s’engager, il paraît périlleux de faire reposer une politique publique municipale
sur un engagement volontaire des entreprises, sans garantie de continuité. Cet engagement
tout à fait louable et suivi d’effets est cependant à mettre en regard des activités de
l’entreprise elle-même.
Soliciter des apports financiers extérieurs : un effet de démarage non décisif sur le
long terme
1
Ce groupe anglo-néerlandais (qui détient entre autres les marques Maille, Lipton, Amora, Knorr, Ben&Jerry’s,
Magnum, Cornetto, Hellmann’s, etc.) est crédité, en 2014, d’un bénéfice net de plus de 5 milliards d’euros. En
Indonésie, les activités de Unilever consistent principalement à exploiter avec voracité l’huile des palmiers qui
sont plantés en monoculture sur des milliers d’hectares à Sumatra et Kalimantan, sur des terres qui étaient
jusque-là recouverts de forêt primaire. La multinationale a en particulier été sévèrement mise à l’amende par
des ONG pour sa coopération avec Wilmar, l’un de ses fournisseurs notoirement connus pour ses
déforestations illégales et ses violations répétées des droits de l’homme (Cavé, 2016).
2
Partenariat Public-Privé
3
Build,Operate, Transfer.
peut parfois assumer une part des risques financiers liés à l’investissement. Cette solution
n’apparaît alors pas comme une innovation dans le financement de la gestion des déchets,
mais plutôt comme l’une des modalités envisageables.
Mais le financement privé se limite généralement aux investissements pour la construction
des infrastructures. Les frais de fonctionnement ultérieurs nécessitent un apport budgétaire
régulier et immédiat. Le principal point de vigilance sur ces aspects est le niveau de
connaissance (technique, économique, juridique), qui doit être équilibré entre le partenaire
privé et le maître d’ouvrage public, sans quoi des abus, tel que beaucoup de villes en ont
connus, pourraient se répéter.
• Les ONG et bailleurs de fond : des vecteurs d’innovation à dépasser pour pérenniser le
service
La problématique des bailleurs de fond internationaux est assez similaire à celle de la RSE.
Leur implication dans la gestion des déchets se cantonne souvent à la partie investissement,
dont le financement se fait généralement à travers le budget général de la collectivité ou de
l’État. Les frais d’amortissement sont rarement intégrés dans les budgets des services de
gestion des déchets. Ces financements permettent donc d’initier une opération, la
construction d’une infrastructure, éventuellement un programme de recyclage, mais un mode
de financement plus direct et local est requis pour pérenniser le processus. Il s’agit là du
concept de base de l’aide au développement visant à autonomiser les budgets (Déclaration
de Paris sur l’efficacité de l’aide, 2005).
• La finance carbone
Dans le sillage du Protocole de Kyoto, la finance carbone et, en particulier, le Mécanisme de
Développement Propre (MDP) - visant à acheter ou vendre des crédits carbone selon que
l’on soit émisseur ou absorbeur de gaz à effet de serre - s’est développée à partir de 2004.
Elle a permis de financer les projets d’enfouissement de déchets, puis d’incinération et de
compostage (2006). Une analyse de la base de données de l’UNFCCC (United Nations
Framework Convention on Climate Change) réalisée début 2015 montre qu’il y a eu en tout
365 projets enregistrés dans le domaine des déchets solides ménagers. La majorité des
projets déposés (285) concernent le captage du méthane sur les centres d’enfouissement
(dont 41 de faible ampleur 1), 42 concernent des incinérateurs et 29 des projets de
compostage 2 (dont 11 de faible ampleur) 3. A ces projets déposés en MDP, il faudrait ajouter
ceux validés par les engagements volontaires (VCS 4 et Gold Standard 5 notamment),
comprenant sans doute beaucoup plus de projets de compostage, mais les données ne sont
pas aisément accessibles. De nombreux projets déposés en MDP apparaissent toutefois
être des coquilles vides qui n’ont encore généré aucune économie de GES, ou beaucoup
moins que cela était initialement avancé (Cavé 2018).
Ceci peut en partie s’expliquer par la volatilité puis la chute des prix du carbone. Du fait de la
crise économique de 2008-2009, le prix s’élève en 2015 à seulement 8 € la tonne, contre 20
1
Générant moins de 60 000 tCO2e d’économies de GES par an.
3
Cf. [Link] et [Link]
4
Le label Voluntary Carbon Standard (VCS) est un autre standard d’envergure internationale. Egalement basé
sur les mécanismes du protocole de Kyoto, il établit des critères sur la validation, la mesure et le monitoring
pour un projet de compensation carbone (cf. [Link]
5
Le label Gold Standard est un standard mis en place par une fondation privée oeuvrant dans les domaines du
changement climatique et des énergies renouvelables qui a mis en place sa propre certification de projets de
compensation carbone (cf. [Link]
€ au milieu des années 2000. Il faut aussi ajouter que les méthodologies de calcul sont peu
favorables au secteur : la tonne de méthane (principal gaz à effet de serre émis dans le
secteur des déchets) est considérée équivalente à 25 tCO2 sur 100 ans, en revanche elle est
de 72 tCO2 sur 20 ans, ce qui veut dire qu’elle contribue fortement au réchauffement
climatique à brève échéance. Il apparaît également que les porteurs de projets ont sans
doute surestimé le développement de l’activité de traitement de déchets. Enfin, les projets
basés sur le captage de méthane sur décharge, de loin les plus nombreux, ne sont pas les
plus vertueux, étant donné que : dans le meilleur des cas, l’électricité ainsi produite est
faible ; la plupart du temps, le méthane est simplement brûlé ; et, quoiqu’il en soit, la matière
organique n’est pas restituée aux sols. Cette promotion rentre alors en contradiction avec la
hiérarchie du traitement des déchets (Ludington et al., 2013).
Les unités de compostage de Delhi et de Lomé sont respectivement enregistrées auprès des
marchés réglementés (MDP) et volontaires (Gold Standard) pour la finance carbone. Le
principe est que le compostage permet d’éviter les émanations de GES générées par la
décomposition de la matière organique en conditions anaérobies. À Delhi, la tonne de
carbone évitée rapporte 5 USD (4,2€) à l’unité de compostage, tandis que la tonne de
carbone est payée 15 € à Lomé. Cette différence provient des impacts sociaux du projet de
Lomé, mis en avant auprès des acheteurs de crédits carbone par la Fondation Good Planet 1
(fondation caritative française en charge de la valorisation des crédits carbone). La finance
carbone peut donc apporter des revenus non négligeables aux unités de compostage.
Une nouvelle voie semble prometteuse dans ce domaine avec la récente adoption d’une
nouvelle méthodologie 2, qui reconnaît les réductions d’émissions permises par la couverture
finale d’une décharge par une couche drainante, puis par une couche de compost poreuse
(2 m). Cette méthode de couverture, qui permet donc d'oxyder totalement les émanations de
méthane, présenterait l’avantage de ne pas nécessiter la mise en place d’un système de
captage de biogaz et d’offrir un débouché pour du compost, y compris de faible qualité.
Il faut noter que la production de combustibles à partir de la matière organique permet aussi
d’avoir accès à la finance carbone, à la fois à travers la suppression d’émissions de
méthane, mais aussi à travers le remplacement de combustibles fossiles par des
combustibles renouvelables.
Pour finir, et bien que cela ne génère pas encore de financement, il faut rappeler l’intérêt du
compost pour favoriser le stockage du carbone dans les sols. Ainsi, il est estimé que si l’on
augmentait de 4/1000 le taux de carbone dans tous les sols de la planète, on compenserait
exactement les émissions de carbone anthropique 3. Une des voies possibles est donc de
favoriser le retour du carbone au sol par le compostage.
Du point de vue financier, les filières REP permettent de rendre le recyclage compétitif. Des
mécanismes similaires sont appliqués à la valorisation organique et énergétique. La
définition d’un tarif de rachat de l’électricité permet en effet d’imaginer une valorisation
11
[Link]
2
Méthodologie AMS III AX développée par CDM.
[Link]
scientifique-lance-l-appel-de-sete
énergétique moins déficitaire à Delhi. Il s’agit là d’un rachat par le secteur public afin de
subventionner l’activité de valorisation des déchets.
La principale difficulté concernant le compostage réside dans la revente du compost. Sa
maigre qualité en tant qu’intrant, les coûts liés à sa production ou à son transport font qu’il
doit souvent être « rendu-racine » gratuit (c’est-à-dire donné gratuitement aux agriculteurs
venant le chercher sur la plateforme de compostage) pour que les agriculteurs puissent le
reprendre. Un mécanisme de compensation financière peut alors venir compenser cette
défaillance. Il peut s’agir de subventions directes au fonctionnement d’une plateforme de
compostage (Surabaya), de taxation des autres intrants ou plus surement de réutilisation du
compost par les services municipaux des espaces verts (Delhi). Antananarivo mène une
réflexion pour la commande publique de compost, afin d’entretenir les espaces verts et de
financer indirectement l’activité de valorisation des déchets.
Le modèle indien montre la possibilité de traiter une grande quantité de déchets ménagers
bruts par compostage (100 000 t/an ; 11 000 t. de compost produit), y compris par un
prestataire privé. Dans ce cas, le soutien au travers d’achats publics de compost peut
réduire la contrainte liée à la faible qualité du produit et son manque de valeur ajoutée pour
les agriculteurs. La charge financière du traitement des déchets est alors transférée de la
municipalité vers les structures étatiques s’engageant à acheter ce compost. La chute du
prix des crédits carbone constitue malheureusement un frein au développement de ce
modèle. Les deux villes africaines sont confrontées aux mêmes difficultés.
Comme à Surabaya ou Delhi, l’unité de compostage de Lomé ne pourra continuer à traiter
des déchets que si les pouvoirs publics (municipalité ou État) prennent en charge une partie
des coûts (au titre de l’élimination des déchets). Si cette contrainte était levée,
l’augmentation des tonnages traités contribuerait également à réduire le coût de revient par
une meilleure répartition des charges fixes.
Il n’existe pas, dans les villes étudiées, de financement incitatif visant à réduire les quantités
de déchets produits. On peut cependant estimer que certains financements ont été conçus
pour inciter les populations à trier leurs déchets, et donc à réduire les quantités de déchets
rejetés avec les OMR. C’est par exemple le cas du « bono verde » de la municipalité de Villa
Maria del Triunfo (Lima), où une réduction de 20% sur les taxes locales est accordée aux
habitants réalisant le tri à la source en lien avec les récupérateurs formalisés. On retrouve
des mécanismes similaires à Vila Velha (Brésil) grâce à la « Moeda verde », ou à Mombasa
(Kenya) avec le système « EcoPesa » (Cavé, 2015). Si ces opérations ne se revendiquent
pas directement du principe des coûts évités, la logique est la même. La municipalité
accepte en effet un manque à gagner sur la perception de taxe, estimant que la pratique des
habitants lui permet d’éviter certaines dépenses. Dans les exemples cités ici il n’y a pour
autant pas de lien direct entre le niveau de baisse des taxes et les coûts réellement évités,
ceux-ci étant souvent de moindre ampleur. Les cas français ont en effet montré que le
développement de la collecte sélective ne permettait pas de baisse majeure des taxes et
redevance.
Raisonner à travers les coûts évités consiste donc à reconnaître la valeur économique du
détournement de déchets. Le fait de ne pas collecter les déchets et de ne pas les traiter
dans des centres d’enfouissement permet d’éviter les dépenses afférentes à ces activités. La
collecte sélective (fût-elle informelle) et le recyclage ont certes un coût, mais en additionnant
le coût de revente des matières secondaires et les coûts évités, le potentiel économique des
activités de valorisation est déjà plus important. L’idée de certaines autorités locales est de
reconnaître ce coût évité afin de participer, sur cette même base, au financement des
activités de valorisation des déchets.
« Les responsables du nettoiement estiment que le recyclage – pour être entrepris – doit être
rentable, tandis qu’ils considèrent parfaitement légitime de payer pour l’élimination » (Sicular,
1981 cité par Bertolini, 1990, p. 95). La prise en compte des filières de valorisation, non plus
seulement comme secteurs ‘spontanément’ marchands, mais comme exutoires permettant
de diminuer la part de déchets enfouis, suppose un changement de paradigme. Dans cette
nouvelle perspective, les pratiques de valorisation deviennent plus attractives. Voilà qui est
assez différent de l’idée selon laquelle il faut que la valorisation soit une activité lucrative en
soi (UN-Habitat, 2010).
Parmi les villes étudiées, la seule qui a généralisé de ce principe est Bogotá. Suite au conflit
avec les récupérateurs informels, ceux-ci ont obtenu une rémunération à la tonne de la part
de la municipalité, au titre des coûts évités pour le service municipal. Les récupérateurs
reçoivent ainsi une somme d’argent équivalente à ce qu’aurait couté ce service si les
déchets étaient restés avec les OMR. Cette somme constitue un complément à la revente
des matériaux. Les près de 8 000 récupérateurs ayant été rémunérés sur l’année 2014 ont
ainsi collecté plus de 270 000 tonnes de déchets, et ont été payés plus de 7 millions d’€, soit
un coût pour l’entreprise municipale d’environ 27 € par tonne de déchets recyclables
(UAESP, 2014). La justification de cette démarche, tel qu’établie par la Cour constitutionnelle
colombienne, passe par une quantification de la performance du service municipal, du
dispositif alternatif permettant le détournement de flux, et par l’identification précise des
coûts de chaque activité.
Pour le compte des municipalités, l’ONG Gevalor a modélisé en 2015 (Antananarivo) et 2016 (Lomé)
l’impact économique prospectif du développement du compostage à large échelle. Il s’appuie sur la
méthode d’analyse des coûts-bénéfices, visant à mettre en évidence les possibles coûts évités.
L’objectif est d’expliciter l’intérêt financier d’intégrer les acteurs de la valorisation dans la gestion
municipale des déchets. A Lomé, l’opérateur bénéficie des revenus issus de ses ventes de compost,
mais ceux-ci ne couvrent pas la totalité des charges. En effet, le coût de revient d’une tonne produite
à partir des déchets urbains est supérieur au prix d’acceptation du produit sur le marché par les
agriculteurs. Une stratégie de financement a donc été établie, sans être pour le moment appliquée,
afin de couvrir l’ensemble des charges d’exploitation de l’activité. Celle-ci repose sur une contribution
financière des pouvoirs publics, restant inférieure aux dépenses de transport et d’enfouissement ainsi
évitées. Cette articulation au niveau du financement se double d’une articulation institutionnelle :
l’initiative de compostage se retrouvant par ce biais « semi-intégrée » à la gestion municipale.
L’analyse coûts-bénéfices consiste à évaluer économiquement les impacts et externalités que génère
une activité sur l’ensemble de la filière. Pour le cas de la valorisation par compostage, trois
externalités peuvent être prises en considération : les économies générées sur les déchets qui ne
seront pas collectés ; les économies générées sur les déchets qui ne seront pas enfouis
(fonctionnement et amortissement de la décharge) ; la réduction des gaz à effet de serre. À cela
s’ajoute l’impact social issu de la création d’emplois formels pour une frange de la population
généralement démunie. Le centre de compostage offre en effet un nombre plus important d’emplois
que l’enfouissement.
À Lomé, le plan de gestion de la ville prévoit le développement du traitement des déchets par
compostage à hauteur de 22 000 t/an (7% de l’ensemble des déchets ménagers et assimilés). Les
calculs prospectifs réalisés se placent dans le scénario de la mise en exploitation du nouveau CET
d’Aképé qui va largement renchérir les coûts de la gestion des déchets de la ville, d’une mécanisation
du site de compostage pour réduire les coûts de revient et de l’augmentation progressive des
quantités traitées (de façon à atteindre au final une unité de 22 000 t/an).
L’analyse coûts-bénéfices de Lomé permet de démontrer que, même à partir de 5 000 tonnes traitées
par an, la valorisation par compostage se révèle être intéressante, car les économies induites par
l’activité sont supérieures au déficit de la plateforme. En effet, une mécanisation est envisagée sur
certaines étapes du processus de production permettant ainsi d’accroitre la productivité des ouvriers
et de réduire le coût de revient. Il faut cependant noter que cette rentabilité est calculée dans le cadre
du nouveau CET prochainement mis en place et bien plus coûteux que l’actuelle décharge non
contrôlée. C’est-à-dire qu’elle est faite en estimant que l’ensemble des déchets ira bien vers la
nouvelle infrastructure et que celle-ci respectera bien les normes technico-environnementales
établies, deux objectifs ambitieux. La « contribution nécessaire de la collectivité », réalisé au titre des
coûts évités à la gestion des déchets, est alors équivalente au coût de revient de la plateforme
nécessaire à la production du compost.
Figure 20. Les coûts évités (prospective) par le compostage des déchets à Lomé
À Antananarivo, c’est une hypothèse à long terme qui a été modélisée, convertissant Andralanitra (la
décharge actuelle) en centre de tri, de compostage et de transfert, dans le cas où un CET serait
ouvert ailleurs. Les camions de collecte se rendraient toujours à Andralanitra. La matière organique y
serait traitée par la plateforme mécanisée de compostage. Les refus du tri et du compostage seraient
compactés, mis en balles et transportés jusqu’au nouveau CET.
L’analyse de la structure des coûts de fonctionnement d’une telle hypothèse a montré que les
économies réalisées sur la collecte et l’enfouissement, permettraient de financer le fonctionnement et
l’amortissement de la plateforme de tri/transfert/compostage, notamment le différentiel entre coût de
revient et recettes liées à la vente du compost. Le compost peut en effet être vendu s’il est
subventionné et donc pas trop cher. Cette plateforme permettrait d’allonger la durée de vie de la
décharge d’Andralanitra et de réduire ses impacts environnementaux négatifs. Cette réflexion pourra
être poursuivie lorsqu’un site sera identifié pour l’installation d’un CET, et elle permet de minimiser la
taille nécessaire pour le futur centre d’enfouissement.
Le raisonnement serait donc important à mettre en œuvre pour les unités de compostage, à toute
échelle (quartier ou ville). Elles peinent en effet à trouver leur rentabilité alors que les débouchés sont
en grande partie en périphérie de la ville et que le coût du transport annihile l’intérêt économique du
compost pour les agriculteurs. L’enjeu est de taille car les déchets organiques représentent plus de la
moitié du gisement urbain de déchets et les sols agricoles s’appauvrissent en matière organique à
force d’être surexploités et inondés d’engrais chimiques (riches en minéraux, mais pauvres en matière
organiques). Il serait, là aussi, possible d’envisager une aide municipale fondée sur les coûts évités.
Le dernier levier financier ne consiste pas à accroitre les budgets, mais à réduire l’ampleur
du service. Il s’agit là d’un vaste débat éthique, qui, en France ou en Europe pourrait prendre
d’autres dimensions. Dans les pays du Sud, les enjeux sont différents. Il s’agit en effet de
réussir à offrir un service sanitaire de base à la population (évacuer les nuisances dues aux
déchets), ne pas accroitre les pressions environnementales (continuer à recycler ce qui peut
l’être, ne pas accroitre les niveaux de production de déchets), sans négliger l’enjeu social
(offrir une activité économique à des populations marginales).
Nos observations empiriques nous conduisent à constater qu’il est rare qu’un service public
réalisent de façon complète toutes les étapes,de la collecte, du transport, du traitement et du
stockage. Il existe alors deux postures possibles. La première consiste à persévérer, tenter
progressivement de consolider ce modèle. En Europe il a fallu de nombreuses décennies
(depuis la fin du XIXème siècle) pour réussir à le mettre en œuvre. La seconde posture prend
acte des dysfonctionnements récurrents, et adapte les objectifs de façon à ce qu’ils soient
réalisables et réalistes. Pour cela, plusieurs villes ont fait le choix de redéfinir les limites du
service public et de ne considérer celui-ci que comme le cœur du service (évacuer les
sources de nuisances), délégant les missions annexes à d’autres acteurs.
Le service est alors réduit en amont. La municipalité n’est plus responsable (dans la
pratique, car dans les textes de loi elle l’est généralement toujours) de collecter les ordures
ménagères en porte à porte, mais à l’entrée du quartier. C’est la généralisation de la
précollecte dans les villes africaines et asiatiques (elle est limitée aux quartiers les plus
pauvres en Amérique Latine). Dans le cas de Surabaya, c’est même une communauté
organisée qui finance ou met directement en œuvre cette précollecte. Chaque Waste Bank
définit elle-même les tarifs qu’elle pratique auprès de ses usagers. Ceux-ci ne sont pas
payés immédiatement : les revenus issus de leurs apports sont stockés sur un compte
d’épargne et ne leur sont reversés qu’une fois par an. C’est là qu’est le principe des Waste
Banks : « les déchets secs ont de la valeur. Cette valeur n’est pas énorme. Mais si on
l’épargne et qu’on l’accumule pendant un certain temps, ça devient intéressant » pour tout
un quartier (Ibu Maya, Unilever, 02/05).
Le coût est d’autant plus réduit pour la municipalité que la collecte représente souvent près
de la moitié des budgets « déchets ». La nécessité de cette dépense n’a pas disparu pour
autant. Elle est soit externalisée sur les habitants (ce qui pose alors une difficulté lorsqu’il
faut leur réclamer une taxe pour payer la suite du service), soit réalisée directement par ces
habitants (souvent sous forme communautaire). Les populations sont alors en capacité
d’organiser un service en lien avec leurs capacités contributives. S’agit-il d’un service pour
les pauvres dans lequel ils sont obligés de s’impliquer alors que les plus riches peuvent
déléguer cette prestation ? Dans tous les cas il s’agit d’une pratique qui est généralisée et
qui permet de maintenir l’intérieur des quartiers en condition sanitaire généralement
acceptable.
C’est pour cela que plusieurs villes (Lomé, Antananarivo, Surabaya) ont organisé le
processus institutionnel de cette précollecte, mais également le processus financier en
tentant d’articuler le recouvrement du coût de ce service avec celui des autres étapes L’autre
façon de réduire les coûts concerne la valorisation. La municipalité n’est plus en charge de la
collecte sélective, du tri et de la revente des matériaux : ce sont les acteurs informels ou
communautaires qui assument ces missions. Cela peut ensuite être organisé de façon à
intégrer les acteurs informels en tant qu’auxiliaires des agents municipaux (Lima, Bogotá),
préparer des lieux spécifiques (points de regroupement) de façon à faciliter cette activité
(Lomé, dans une moindre mesure Antananarivo ou Delhi), ou encore stimuler la
collectivisation du service dans les quartiers (Surabaya).
La question reste cependant entière concernant la viabilité financière de cette
externalisation. Nous avons montré que la valorisation n’est rentable que pour certains flux à
forte valeur ajoutée (métaux, certains plastiques). Pour les autres (autres plastiques,
papiers-cartons, organiques, etc.), un mécanisme complémentaire est nécessaire pour
atteindre l’équilibre financier. Il peut s’agir de la logique des coûts évités, des filières REP, de
la RSE des entreprises, etc. Les crises environnementales globales risquent d’entraîner une
hausse du coût des matières premières, pouvant favoriser les activités locales de recyclage.
Avant toute mise en place d’un modèle technique ou financier de gestion des déchets, il
apparaît important de structurer le cadre institutionnel de cette intervention. Celui-ci s’appuie
alors sur les acteurs traditionnellement en charge de la gestion des déchets, ainsi que sur
d’autres, dont l’incorporation est plus récente.
Figure 21. Les leviers institutionnels pour mettre en œuvre les innovations dans la
valorisation des déchets
DANE 1 2015). À l’inverse, ce taux oscille autour de 50% à Antananarivo, Lomé ou Delhi, ce
qui limite la capacité d’action de la ville.
Dans certains cas, l’État central intervient encore de façon importante dans la gestion des
services publics pour pallier cette absence (Antananarivo, Lomé, Delhi). À Lomé, les
gouvernements locaux, à toutes les échelles, sont directement nommés par le pouvoir
central. A Lima, la ville est couverte par deux provinces : l’État péruvien intervient
essentiellement lors de conflits entre les municipalités, ou pour des besoins logistiques
ponctuels (par exemple, éliminer les décharges sauvages des rivières avant la période des
pluies pour éviter les inondations). Seules les municipalités de Bogotá et Surabaya semblent
avoir acquis un rôle politique plus grand et les moyens financiers de mettre en œuvre leurs
politiques. Il s’agit d’ailleurs des villes ayant les résultats les plus significatifs en termes de
valorisation des déchets.
A l’opposé, à l’échelle infra-urbaine, il est intéressant d’examiner la multiplication des acteurs
ayant des compétences de gestion des déchets, et donc l’éparpillement des moyens
d’action. C’est, par exemple, le cas de Delhi et de Lima. La collecte des déchets est assurée
par plusieurs municipalités. À Lima, cette compétence est partagée entre les 50
municipalités de districts pour la collecte et le transport, ainsi que par deux municipalités de
province pour le traitement (enfouissement) 2. A Delhi, La zone urbaine, correspondant à la
« Région de la Capitale Nationale » (NCR – National Capital Region) s’étale sur quatre
entités juridiques : trois États fédérés et un « territoire » (le « Territoire de la Capitale
Nationale » - NCT : National Capital Territory). Chacune de ces administrations possède la
compétence pour habiliter et gérer les centres de traitement des déchets. La collecte et le
transport sont assurés par les cinq municipalités du NCT pour le cœur de la ville. Il faut
ajouter à cela les municipalités des autres États concernés 3.
Les figures 22 et 23 permettent par ailleurs de montrer l’importance d’un maillon de la chaîne
de gestion des déchets absent des pays du Nord : la précollecte. C’est le cas à
Antananarivo, à Lomé, à Delhi ou à Surabaya. Au final, les villes de Bogotá et de Lomé
apparaissent comme étant les plus centralisées autour de l’institution municipale, alors que
les autres territoires font intervenir une multitude d’acteurs à toutes les échelles. Ces
particularités ont un impact sur les modèles de gestion des déchets proposés par chaque
ville.
Il est également important de noter que ces schémas, à visée synthétique, n’expriment pas
toute la diversité des situations étudiées. Ainsi plusieurs municipalités n’interviennent pas
directement dans la gestion de leurs déchets, mais le font au travers d’entreprises
municipales autonomes : c’est le cas de Bogotá avec l’UAESP (Unidad Administrativa de
Servicios Públicos 4) et d’Antananarivo avec le SAMVA (Service Autonome de Maintenance
de la Ville d’Antananarivo). En outre, les ministères malgaches sont fortement impliqués
dans la gestion du SAMVA, aux côtés de la municipalité.
1
Departamento Administrativo Nacional de Estadísticas – Département Administratif National de Statistiques,
Rencemenet général de population
2
Sans parler de l’extension en cours de la zone urbaine sur trois nouvelles provinces périphériques.
3
Ce sont ces institutions, représentant le cœur de l’espace urbain, sur lesquelles tous les chiffres qui vont suivre
sont collectés, et qui concernent la population de la “ville centre” : Municipalité Métropolitaine de Lima, District
Capital de Bogotá, Délégation spéciale de Lomé, Communauté Urbaine d’Antananarivo, Municipalité de
Surabaya et National Capital Territory de Delhi.
4
Unité Administrative de Service Public.
Figure 22. Compétences de gestion des déchets des villes étudiées (1/2)
Figure 23. Compétences de gestion des déchets des villes étudiées (2/2)
Dans tous les cas étudiés, les pratiques divergent quant à la collecte des déchets. Les villes
latino-américaines privilégient la collecte municipale unitaire, alors que les villes asiatiques et
La présence d’un cadre juridique est indispensable à une bonne gestion des déchets. Pour
autant, calquer les normes sur les lois des pays du Nord, sous prétexte d’éxigence sanitaire
et environnementale (figure 24), est généralement contre-productif car les pays du Sud ne
sont pas en capacité d’atteindre ces mêmes objectifs. L’enjeu est donc de disposer de loi
adaptées aux réalités locales.
développer la gestion des déchets, mais simplement de limiter l’impact de des nuisances
urbaines.
• Collecte, transport, enfouissement : mise en œuvre du principe pollueur-payeur
Progressivement, la responsabilité du producteur du déchet, qu’il soit particulier, entreprise
ou collectivité, a été reconnue juridiquement, selon le principe « pollueur-payeur ». La
gestion des déchets est alors devenue l’un des principaux services publics assumés par les
municipalités, dépositaires de la responsabilité de chaque citadin. Pour assurer cette
mission, la législation a développé dans les années 2000 des précisions sur les différentes
étapes techniques: la collecte des déchets, puis leur transport et enfin leur traitement (2000
pour le Pérou et l’Inde, 2008 pour le Togo et l’Indonésie). Pour assurer cette dernière étape,
les réglementations nationales ordonnent généralement la construction de centres
d’enfouissement techniques, afin d’en finir avec les nuisances environnementales lourdes
des décharges sauvages. En Indonésie, cette exigence est apparue suite à l’effondrement
d’une décharge municipale ayant provoqué 143 morts en 2005. De plus, la loi oblige
désormais les municipalités à traiter les rejets de ces centres de stockage : canalisation et
traitement des lixiviats, captage et brûlage des biogaz. Dans les faits, seules les plus
grandes villes sont en capacité matérielle et financière de respecter cette réglementation. Le
recours au secteur privé est fortement encouragé dans la plupart des législations nationales,
en raison de l’hypothèse que le secteur privé est plus performant que le secteur public
(Barraqué, 1995, Lorrain, 1995).
A la suite de ces nouvelles lois, la gestion des détritus est devenue l’un des premiers postes
de dépenses dans les budgets municipaux, même si l’attention des responsables politiques
est souvent restée focalisée sur la partie collecte/évacuation (plus sensible politiquement)
que sur l’efficacité du traitement.
• Les déchets au sein de l’aménagement du territoire
La presque totalité des pays étudiés fixent comme obligation légale la réalisation de plans
dits « intégraux « (prenant en compte l’ensemble des gisements de déchets) et « intégrés »
(articulé avec les autres politiques urbaines) de gestion des déchets, réalisés à l’échelle des
espaces métropolitains. Ces documents de planification engagent les municipalités dans une
politique concertée à l’échelle de leur circonscription, tentant parfois une avancée à l’échelle
de leur agglomération urbaine.
Dans la pratique, ces plans sont la plupart du temps toujours très sectoriels, se limitant à
cadrer la gestion des déchets et notamment à définir les exutoires (surtout l’enfouissement).
Antananarivo propose d’aller au-delà de ce plan, en intégrant la gestion des déchets à
l’intérieur du plan urbain d’aménagement du territoire. Une loi de 2008 établit en effet ce
principe, qui, à l’instar des récents schémas régionaux d’aménagement du territoire 1
français, intègre pleinement la gestion des déchets et les autres problématiques urbaines et
environnementales. À Antananarivo cette loi reste cependant sans effet puisqu’elle n’est
pasappliquée.
• Un cadrage légal qui s’adapte progressivement aux contraintes locales
L’essentiel des pays étudiés possède donc un cadre légal définissant les normes hygiénistes
et techniques de gestion des déchets. Or on observe qu’il n’est que partiellement appliqué.
C’est la raison pour laquelle certains pays redéfinissent un cadre légal moins strict dans ses
1
SRADDET (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires) mis en
place par la loi NOTRe de 2015.
principes, et plus adapté aux réalités de mise en œuvre locales. C’est par exemple le cas du
Pérou qui a adopté une « loi du recycleur » en 2009, afin d’assouplir les critères permettant
d’autoriser l’activité du recyclage, en intégrant tous les acteurs informels et en les poussant
progressivement vers une amélioration (sanitaire et environnementale) de leurs pratiques.
De telles adaptations permettent d’offrir un service effectif, en amélioration progressive, avec
des moyens financiers, techniques et humains moindres.
Intégrer les informels : une révolution dans la gestion intégrée des déchets
La participation des entreprises privées aux services urbains, tels que la gestion des
déchets, a fait l’objet de débats très clivants dans les années 1990 / 2000 (Barraqué, 1995,
Lorrain, 1995. Aujourd’hui, le modèle est davantage stabilisé et tous les pays étudiés ont
incorporé dans leur législation la possibilité pour les entreprises d’intervenir sous forme de
partenariat public-privé, de concession de service public, de prestation de service, etc. Les
centres d’enfouissement de toutes les villes étudiées sont par exemple aujourd’hui exploités
par des entreprises privées (excepté celui d’Antananarivo). Ces différentes modalités de
partenariat peuvent avoir ponctuellement leur intérêt selon les projets à l’œuvre. Elles sont
toutefois principalement associées à de grosses infrastructures de type centre
d’enfouissement et surtout incinérateur, parfois collecte. Les recherches réalisées depuis les
années 1990 (Breuil 2004, Marin 2009, Binder & Trémolet 2010) montrent bien que, quelle
que soit la modalité choisie, l’enjeu est la maîtrise du projet de la part du maître d’ouvrage. Il
est donc primordial que la municipalité soit en situation (notamment en terme de
compétences) de discuter avec l’acteur privé, afin d’aller vers un partenariat équilibré sur le
long terme. Il est également important d’avoir une vue sur l’ensemble des acteurs impliqués
(tels que les acteurs informels par exemple), de façon à ne pas, par la suite, être engoncé
dans un contrat manquant de souplesse.
Des collaborations se développent entre prestataires privés et acteurs informels. Longtemps
niée ou tolérée par défaut, cette collaboration fait aujourd’hui l’objet de formalisation, au
même titre que l’intégration des informels. Les entreprises prestataires de service
bogotanaises, après une très forte pression judiciaire des fédérations de récupérateurs, ont
dorénavant l’obligation d’intégrer les acteurs formalisés à leur propre collecte. Les
récupérateurs sont ainsi en charge de collecter les déchets recyclables, sur un itinéraire et
des horaires similaires à celui de la collecte des ordures ménagères résiduelles par
l’entreprise privée. On retrouve des exemples similaires dans d’autres pays situés en dehors
de notre zone d’étude (Egypte, Brésil, etc.). Les informels sont également souvent tolérés
sur les centres d’enfouissement, afin d’y récupérer les déchets recyclables. Au-delà de la
diminution des volumes à enfouir que cela permet, l’enjeu est surtout l’acceptabilité sociale
de l’enfouissement. Cette présence tend aujourd’hui à être organisée et officialisée.
L’intervention des entreprises dans la gestion des déchets, peut également se faire au titre
de leurs programmes de Responsabilité Sociale et Environnementale. C’est ce type de
partenariat qui a permis l’émergence du programme Surabaya Green & Clean en Indonésie.
Organisé entre une fondation d’entreprise, les ONG locales, les riverains et les médias,
l’opération n’a été reprise par la municipalité que dans un second temps, afin d’être
généralisée en tant que politique publique. Les entreprises, tout comme les ONG, ont alors
un poids important pour initier de nouvelles opérations. La RSE permet de débloquer des
moyens financiers en dehors des modes classiques de financement des services urbains.
On retrouve une logique similaire à Lima où certains districts tentent de faire subventionner
les récupérateurs par des industries au titre de la RSE ou des centres commerciaux en guise
de publicité (d’ailleurs significative de l’image bien plus positive que connait aujourd’hui cette
profession).
Les exemples étudiés ont montré que l’une des limites de l’intégration multi-acteurs résidait
dans la maitrise de l’ensemble de la chaine de la valorisation. Cela ne signifie pas une
gestion publique de l’ensemble de la chaine, mais une connaissance et une articulation entre
acteurs. Ainsi Surabaya a tenté d’organiser une « Waste Bank mère » pour centraliser tous
les flux de déchets recyclés, avec un relatif échec du fait de la persistance des réseaux
d’acheteurs et de commerçants de déchets. Lima et Bogotá sont dans la même optique afin
de formaliser les acheteurs et progressivement maitriser l’ensemble de la chaine. L’objectif
est à la fois d’améliorer les conditions sanitaires de travail de toute la chaine, mais aussi
d’assurer aux récupérateurs formalisés ou communautaires une viabilité économique.
A Quezon city aux Philippines, le modèle de formalisation « Linis Ganda » s’est décliné au
cours des années 2000 de deux façons. D’abord, les agents de collecte sont des travailleurs
formels qui sont autorisés à prélever et valoriser des matériaux. En échange de ce droit, ils
acceptent un salaire faible, qui réduit les dépenses de gestion des déchets de la ville et du
barangay (village/quartier). De la même façon, les boutiques des marchands informels
peuvent recevoir l’autorisation de fonctionner comme des unités de récupération de
ressources (material recovery facilities - MRFs). Ce statut semi-formel canalise les activités
de récupération vers le secteur privé du recyclage, bénéficiant à la fois à la ville et aux
marchands de proximité. Les récupérateurs et marchands informels se sont progressivement
organisés en coopératives de revente. L’objectif est alors leur insertion dans la chaîne
d’approvisionnement à un niveau plus haut et plus favorable (Chiu 2010).
Les autorités incitent ainsi souvent les acteurs formalisés à se regrouper, de façon à monter
en compétence et à devenir eux-mêmes des acheteurs de déchets. Persiste la question de
la réaction possible des commerçants restant informels face à cette nouvelle concurrence.
La mise en évidence des leviers permettant de s’orienter vers une valorisation déchets a
pour objectif d’offrir un panorama d’opportunités aux acteurs de la gestion des déchets. Il est
évident que chaque situation est différente, chaque territoire a ses propres caractéristiques
et qu’il serait vain de vouloir y appliquer les mêmes leviers de façon concomitante. Trois
grands modèles émergent ainsi, en réalité tous mis en œuvre de façon parallèle dans
chacune des villes, mais avec des objectifs différents et appliqués à des populations ou à
des types de déchets distincts.
Le premier modèle mis en avant par les villes étudiés est à la fois centralisé, unifié et
linéaire. Il reprend les objectifs globalement fixés dans les pays du Nord en mettant l’accent
sur l’objectif hygiéniste. Il vise à évacuer les déchets en dehors de l’espace urbain afin
d’éviter la contamination des populations et, dans la mesure du possible, à contrôler
l’enfouissement de ces déchets afin également de limiter les impacts sur l’environnement.
Les acteurs mettant en œuvre ce modèle cherche donc à avoir une gestion des déchets :
- Centralisée entre les mains d’un acteur unique à l’échelle d’une métropole, afin de
pallier le manque de gestion de l’aire urbaine dans la plupart des cas étudiés. Cela participe
contrôlés. Mieux vaut enfouir l’ensemble des déchets plutôt que de laisser des individus
manipuler ces ordures sources de risques.
- La présence persistance des acteurs informels. Malgré une lutte acharnée contre ces
acteurs, il semble impossible de les déloger, non seulement parce qu’ils pallient aux
manquements du service, mais également du fait de l’afflux de populations vulnérables en
recherche d’une source de revenus.
- La quatrième limite réside dans l’impossibilité de collecter les taxes prévues pour
financer le service. Insolvables, ou estimant que le service n’est pas de bonne qualité, les
usagers se désengagent massivement du paiement, ce qui accentue les dysfonctionnements
d’un service sous-financé. Le budget général des collectivités, voire de l’État, est alors
obliger d’abonder le service.
- Enfin, ce modèle présente une limite importante dans la très grande difficulté à
contrôler les centres d’enfouissement et donc à limiter la contamination autour de ces sites.
Seules les villes les plus riches sont en passe d’y parvenir (Lima, Bogotá, Surabaya), et de
façon incomplète.
Le modèle centralisé semble difficilementapplicable en l’état dans les pays du Sud, du fait
d’une structuration sociale et économique ne correspondant pas à ses exigences. En
l’absence de modèle centralisé, c’est un autre modèle qui se met en place, par défaut,
spontanément, de façon à assurer un service minimal d’évacuation pour les habitants.
Il s’agit d’une précollecte assurée par les habitants eux-mêmes (lorsqu’ils déposent leurs
ordures au bout de la rue) ou par des précollecteurs informels directement rémunérés par les
habitants. Les précollecteurs rejettent ensuite les déchets le long des routes, au niveau de
points de regroupements spontanés, ou directement dans le milieu naturel (ravines, rivières,
champs, fossés, etc.). Ces pratiques, quoique non organisées, peuvent alors être qualifiées
d’« autogestion », car elles constituent une forme de gestion spontanée qui se distingue
d’une situation sans aucune prise en charge des déchets.
Ce modèle est diversifié car chaque quartier met en place son propre mode de précollecte,
selon ses spécificités financières, techniques, territoriales, sociales, culturelles. La diversité
des modes de gestion tient aussi au fait que les acteurs informels réalisent un travail
important de récupération des déchets recyclables. Les habitants, afin d’économiser le coût
de la précollecte et de récupérer de petites sommes d’argent, revendent parfois leurs
déchets aux récupérateurs en assurant un tri à la source. Enfin, cette diversité d’options
s’exprime par une intense activité de réemploi des objets, par nécessité, évitant ainsi la
production de grandes quantités de déchets. Les impacts sanitaires locaux sont cependant
souvent négatifs.
Le modèle est enfin insalubre, dans le sens où il génère une contamination diffuse sur le
territoire, à chaque lieu où les déchets ne sont pas collectés : dans les foyers et dans tous
les dépôts sauvages au bord des routes ou des cours d’eau.
La réalité de ce modèle est plus complexe, car il existe rarement seul. Il est généralement
croisé avec le modèle centralisé, unifié et linéaire. En effet, les points de dépôts de la
précollecte sont souvent implicitement situés sur les avenues principales. La municipalité
tente alors d’offrir un service plus ou moins régulier de collecte des déchets en vrac le long
de ces avenues, avant de les acheminer vers des décharges plus ou moins contrôlées.
Le modèle informel seul n’est mis en œuvre que dans les quartiers les plus pauvres des
villes étudiées. La contamination du milieu naturel y est très importante et les premières
populations affectées par ce modèle sont les riverains eux-mêmes.
Ce modèle informel est décrit dans toutes les villes du monde comme une situation à éviter
et la raison pour laquelle il est urgent d’intervenir sur la gestion des déchets. S’il est
indispensable de le modifier, il est important de veiller à ne pas en rejeter toutes les
caractéristiques.
Les villes du nord, qui ont connu un modèle similaire jusqu'à la deuxième guerre mondiale,
on fait certaines erreurs qu’il a fallu ensuite compenser à grand coût. Ce modèle offre en
effet certains avantages :
- Tout d’abord il permet un recyclage notable des déchets, tandis que le modèle
centralisé n’inclut aucune activité de valorisation des déchets. Les acteurs informels
constituent une main d’œuvre dotée d’un grand savoir-faire en matière de reconnaissance
des types de matériaux (même si leur habitude de liberté d’action est difficilement conciliable
avec un emploi fixe dans un centre de tri).il faudra des années en Europe pour former à
nouveau des trieurs dans les centres de tri moderne du fait de la disparition de cette
pratique.
- Les habitants conservent également une habitude du tri à la source, dans leur foyer.
Ce tri est effectué par nécessité, mais il n’y a pas encore de situation de dégoût par rapport à
ces matières que l’on peut revendre, composter en fond de jardin ou donner comme
nourriture à des animaux.
- Une pratique du réemploi est également généralisée. Lorsque le modèle centralisé
arrive dans un quartier, le fait de pouvoir jeter un objet est alors considéré comme un luxe
(lié à la consommation de masse), alors qu’aujourd’hui les politiques européennes cherchent
à nouveau à stimuler ces pratiques de réemploi dans une optique de réduction des déchets.
- Enfin, la nécessité quotidienne d’évacuer les déchets en dehors du quartier
(précollecte ou action directe des populations), impose aux habitants de collaborer et d’avoir
un minimum d’action communautaire. La propreté du quartier contraint donc à une sociabilité
élevée. Les exemples d’Antananarivo ou de Surabaya le montrent.
territoire qui doit inventer son propre modèle non systématiquement et globalement
réplicable.
Un modèle en construction sur la base d’innovations empiriques
Ce modèle regroupe donc l’ensemble des innovations identifiées en tant que leviers
permettant de développer la valorisation et la gestion des déchets. Ce dernier modèle
connaît donc des caractéristiques hybrides :
- il est participatif, dans le sens où la population participe de façon active à la gestion
des déchets, avec un objectif collectif et non par nécessité. La population trie une part de ses
déchets dans les foyers et/ou dans des centres de tri communautaires, assure elle-même
l’évacuation des déchets en dehors du quartier, ou assure la gestion collective d’un service
de précollecte en délégant ces missions à des précollecteurs ou à des récupérateurs. Il s’agit
des Waste Banks indonésiennes, des RF2 malgaches ou des récupérateurs formalisés
péruviens. Cet aspect participatif réside également dans les échanges avec les acteurs
publics qui, sous une coordination métropolitaine, peuvent être menés à l’échelle des
municipalités de quartiers ou de district. Il y a donc également un aspect (semi-)
décentralisé.
- il est composite puisque la gestion des déchets ne se fait plus selon un seul modèle,
commun à tous les habitants d’une ville, à tous les types de déchets, mais est adapté au
contexte micro-local, ainsi qu’à la matière rejetée. Cette diversité permet d’offrir un service
de collecte ou de précollecte adapté aux moyens et aux pratiques du quartier. Cela implique
de faire confiance à une multitude d’acteurs pour récupérer les déchets, les trier et les
valoriser (par exemple une entreprise privée pour la collecte des OMR, un récupérateur
formalisé pour les recyclables et la communauté de quartier pour les compostables).
- Il est circulaire, car, contrairement au premier modèle, l’objectif affiché est clairement
d’aller vers un taux de valorisation important des déchets. Les villes mettant en œuvre les
innovations décrites le font toujours dans le but de valoriser un maximum de déchets, sur
des enjeux environnementaux, mais aussi sociaux ou économiques. Cette circularité pourrait
être élargie à un modèle qui chercherait à ne pas augmenter sa production de déchets en
maintenant et stimulant des pratiques d’évitement (réemploi, emballages consignés,
réparation, etc. très développés dans le modèle informel).
Tout comme les modèles précédents, la réalité observée vient métisser le modèle participatif
avec les autres modèles. Les dispositifs de tri et de valorisation complètent un service
municipal qui, quoi qu’il arrive, n’est pas en capacité de répondre aux exigences de
généralisation de la collecte et de la valorisation.
Cette complémentarité s’exprime alors à des échelles multiples. Si la coordination
métropolitaine est importante, l’échelle du quartier semble chaque fois centrale. C’est la
sociabilité ancienne de Surabaya qui permet de mettre les innovations de tri et de
compostage. C’est la solidarité de quartier qui fonctionne à Antananarivo ou Delhi pour
permettre à la précollecte de fonctionner a minima. C’est la relation de confiance entre les
habitants et un précollecteur (Lomé) ou un récupérateur (Lima et Bogotá) qui permet
d’intervenir localement. Cette sociabilité locale s’exprime par ailleurs de façon différenciée
entre les quartiers d’une même ville, qu’ils soient centraux ou périphériques, riches ou
pauvres, horizontaux ou verticaux. Le rôle de la coordination métropolitaine est de veiller à
ce que ce caractère multiple n’aboutisse pas à enfermer les quartiers pauvres dans des
solutions inférieures aux normes et à renforcer ainsi la ségrégation socio-spatiale.
Il est alors important de s’interroger sur la temporalité du passage d’un modèle à l’autre. Les
modèles centralisés et informels ont-ils vocation à se transformer en modèle participatif, ou à
cohabiter à l’échelle d’une même ville ? Le modèle participatif a-t-il vocation à évoluer en
schéma plus intégré et plus contrôlé par les acteurs publics comme le connaissent les pays
du Nord ? Ou au contraire, est-ce que les pays du Nord, dans lesquels on observe
également cet aspect de plus en plus composite (multiplication des filières et des acteurs)
ont-ils vocation à glisser vers un modèle plus participatif et techniquement décentralisé, en
raison notamment des contraintes budgétaires ?
Ce modèle remet alors profondément en cause les logiques mises en œuvre dans les pays
du Nord en proposant des solutions « post-réseau » et « post-politique » (Coutard, Rutheford
et Florentin, 2014). Il ne s’agit plus de proposer un service unifié et homogène pour tous les
habitants de la ville, mais de déplacer la limite du service public, afin d’offrir une gestion des
déchets adaptée aux contraintes locales.
Les trois modèles (chorèmes) présentés précédemment sont évidemment théoriques. Ils
sont en réalité présents dans les six villes étudiées à des degrés divers. Si aucune ville à
part entière ne s’approche complètement du modèle « centralisé, unifié et linéaire », c’est le
quartier de Surco (Lima), prenant pour exemple ce qui se passe dans les pays du Nord, qui
lui correspond le plus. Nous pourrions également y adjoindre certains quartiers de Delhi. Le
deuxième modèle « informel, diversifié et insalubre » concerne surtout les quartiers les plus
pauvres des villes. C’est dans la ville d’Antananarivo qu’il semble être le plus présent, parce
que la municipalité a de loin les plus faibles ressources financières pour gérer ses déchets.
Enfin, le modèle « participatif, composite et circulaire » émerge dans plusieurs villes,
notamment Bogotá, Lima ou Lomé. C’est à Surabaya qu’il qu’il propose la plus grande
diversité d’innovations techniques et organisationnelles.
Figure 29. Positionnement de chaque ville par rapport aux modèles étudiés
Notre analyse empirique des dynamiques spatiales et économiques à l’œuvre démontre que
le gisement urbain de déchets a les caractéristiques d’un bien commun :
- d’un point de vue économique, les revenus économiques potentiels du recyclage
étant substantiels, les déchets secs apparaissent comme un bien rival (Ostrom, 1990),
puisque leur appropriation par un acteur prive les autres de leur possible revente ;
- d’un point de vue spatial, l’absence de canalisations et l’existence de multiples
ruptures de charge (points de regroupement, quais de transfert) rendent toute exclusion
impraticable : il est pratiquement impossible d’empêcher des récupérations qui se déploient
(spatialement et ou temporellement) en amont du service municipal. De fait, les éléments les
plus lucratifs du gisement sont souvent écrémés en amont par les récupérateurs informels.
Rival et non-excluable, le gisement urbain de déchets apparaît donc, à la lumière de cette
analyse empirique, comme une ressource ayant les caractéristiques d’un bien commun
(Cavé 2015) dans le sens donné par la fondatrice de ce concept (Ostrom, 1990).
C’est ici que le concept de Bassin Commun de Ressources (BCR) (Ostrom, 1990) peut se
révéler utile d’un point de vue analytique et opérationnel. Dans les années 1980, E. et V.
Ostrom ont développé un important travail de recherche empirique sur les ressources
environnementales gérées hors de l’intervention de l’Etat et du marché (Ostrom, 1990). Ils
ont alors avancé le concept de common pool resources ou « bassin commun de
ressources » (BCR). Elinor Ostrom définit un BCR comme un « système de ressources
assez important pour qu’il soit coûteux (mais pas impossible) d’exclure des agents de l’accès
aux bénéfices liés à son utilisation » (Ostrom, 1990, p. 44). Ce type de système de
ressources renvoie classiquement à des sites de pêches, des nappes phréatiques ou une
prairie de pâturage. Un BCR a les caractéristiques d’un bien commun : il est rival et, dans la
plupart des cas, sa fourniture se caractérise par la difficulté d’exclusion. De ce fait, comme
dans le cas d’un bien public, apparaît spontanément, parmi les agents, la tentation d’en
profiter. Or, à la différence d’un bien public, un BCR est un rival : son usage par un acteur
peut entraîner l’éviction d’autres acteurs. En outre, peuvent surgir des problèmes de
surutilisation de la ressource.
L’apport principal du concept de bassin commun de ressources réside précisément dans la
distinction qu’il permet entre : la ressource en tant que stock et la ressource en tant que flux.
Tout système de ressources est formé par ces deux composantes interdépendantes. Le flux
de ressources correspond au prélèvement d’unités au sein du stock de ressources et le
stock est assimilé aux unités qui ne sont pas extraites de la ressource. Concevoir le
gisement de déchets comme un bassin commun de ressources implique cependant
d’inverser la dynamique interne d’un tel système :
– dans les BCR décrits par E. Ostrom, le stock est nécessaire pour le renouvellement
du flux ;
– dans le cas des déchets, c’est le contraire : « le flux (les déchets-ressource)
s’accompagne d’un stock (les déchets-ordure) qui peut potentiellement nuire, et qui par
conséquent ne doit pas croître, mais dont personne ne veut s’approprier » (Cavé 2015).
Autrement dit, le danger ne réside pas dans l’épuisement du stock, mais bien plutôt dans sa
croissance et sa dissémination incontrôlée. Dès lors, le risque que les récupérateurs font
courir est, qu’en extrayant la partie la plus lucrative du gisement, ils déséquilibrent le service
municipal et, partant, mettent en péril l’enfouissement contrôlé des déchets ultimes.
Issus d’une combinaison des droits privé et public, les droits d’usage, qui prennent la forme
d’un accès privilégié à un flux d’unités de ressource, apparaissent idoines pour gérer un
bassin commun de ressources. A la différence des droits de propriété, les droits d’usage
définissent « qui peut faire quel usage de quelle quantité de la ressource sous la forme de
quels biens et services dérivés de celle-ci » (Varone et al., 2008, 7). Ils peuvent dériver de
politiques publiques qui attribuent ces droits à des bénéficiaires formellement non
propriétaires. Les droits d’usage renvoient donc à des permissions de prélèvement d’unités
de ressources, sans pour autant conférer une totale liberté dans l’utilisation de la ressource.
Etant donné que les interceptions d’une partie du gisement de déchets par des
récupérateurs informels apparaissent inéluctables, compte tenu des ruptures de charge du
service et de la valeur d’une partie des matériaux concernés, l’attribution de droits d’usage
ciblés pourrait être une façon originale de réguler le modèle participatif, composite et
circulaire de gestion des déchets. En effet, la différence entre attribuer des droits de
propriété et des droits d’usage réside dans le fait que cela rend les appropriateurs
redevables, vis-à-vis d’un régulateur, de la traçabilité de l’ensemble du flux brassé à l’échelle
du territoire métropolitain. Puisque l’exclusion est impossible, il est inutile d’interdire les
détournements de flux, mais il importe de les reconnaître et de les réguler, afin de garantir la
maîtrise du stock. De fait, les refus (solides, liquides, gazeux) des filières de valorisation sont
aujourd’hui disséminés dans le milieu hors de tout contrôle. « Le fait de considérer le
gisement comme un bassin commun de ressources permet de faire surgir un principe
unificateur : l’enfouissement des déchets ultimes. Le recours aux droits d’usage permet
2. Mise en œuvre d’une gestion des déchets en tant que bien commun
Au-delà de cette dimension analytique, voyons comment une telle logique pourrait se
concrétiser en termes opérationnels.
Dimension spatiale et institutionnelle : vers un modèle semi-décentralisé
Les déchets ayant une forte valeur ajoutée, déchets secs recyclables, sont facilement gérés
par le marché (informel), sans intervention des acteurs publics. Les déchets dangereux au
contraire, nécessitent une intervention très encadrée pour contraindre leurs producteurs à en
contrôler la décontamination. Le reste constitue un « ventre mou », c’est à dire la masse la
plus importante de déchets, ne faisant ni l’objet d’une attention particulière, ni d’une bataille
acharnée pour capter les gisements.
Comment intégrer la logique des droits d’usage dans les modèles contractuels du service
public ?
• Tout d’abord cela implique de cesser de rémunérer les prestataires de collecte à la
tonne transférée jusqu’au centre d’enfouissement, de façon à ne pas décourager les
détournements vers des filières de valorisation.
• Ensuite, cela implique, pour les autorités publiques, de garder contractuellement la
main sur le centre d’enfouissement, de façon à envoyer un signal-prix à l’ensemble du
secteur via la libre définition des droits d’entrée sur le site (tipping fees).
o En effet, si le prix à l’entrée du centre d’enfouissement est maintenu élevé, cela
constitue une incitation au détournement des flux vers des filières de valorisation qui,
autrement, n’apparaissent pas financièrement intéressante. Comme le constate Anne
Scheinberg : « Municipal recycling is rare, or underperforms, because there is simply not
enough of a price signal to stimulate the diversion of materials from disposal » (Scheinberg
2015, 984). Pouvoir fixer le tarif de l’enfouissement est un levier crucial pour les autorités
publiques.
o Un tel dispositif contractuel permet aussi l’opérationnalisation du raisonnement des
coûts évités. Et, par effet de ricochet, des formes de redevance incitative deviennent ainsi
envisageables : les déchets triés par les habitants leur rapportent des bons de réduction sur
leur taxe d’enlèvement des ordures précisément parce que ce geste diminue les tonnages à
enfouir.
• L’acceptation de ces logiques impose une remise en cause des limites du service
public, acceptant l’externalisation de certaines tâches (précollecte, tri/recyclage) sur d’autres
groupes de populations (communautaire ou informels), ainsi que la diversification (au risque
de l’inégalité) dans les modes de financement de chaque étape.
1
Seul Lomé a un poids plus faible d’organiques, à relativiser par la très forte (et anormale) présence de déchets
inertes
L’un des enjeux ayant émergé des observations réalisées sur le terrain réside dans la
divergence de modèles implicitement défendus par les acteurs de la gestion des déchets. La
plupart des élites au Sud estiment que la seule façon de gérer convenablement les déchets
est de miser sur des technologies sophistiquées, afin de réduire massivement la nuisance et,
idéalement, d’en tirer un profit économique et environnemental par la valorisation.
L’ensemble de cet ouvrage montre au contraire que quand bien même de telles technologies
permettraient théoriquement un traitement adapté des déchets, elles ne conviennent pas à
tous les contextes, puisqu’elles nécessitent une maitrise technique pointue et des capacités
contributives élevées.
Si les premiers misent sur les high-tech (hautes technologies) pour gérer les déchets, les
seconds s’appuient davantage sur les low-tech (basses technologies) (Bihouix, 2014). Ce
concept s’appuie essentiellement sur les notions d’intégration sociale, de proximité, de sobriété
et de convivialité (Illich, 1973). Les basses-technologies mettent en avant des systèmes
alternatifs basés sur de nouveaux principes : circularité des flux d’eau, d’énergie et de matières
(recyclage, économie circulaire), performance écologique (préservation des ressources et des
milieux) (Le Bris et Coutard, 2008), logiques de proximité et décentralisatrices. Un certain
nombre de collectivités locales du Sud, responsables des services urbains, expérimentent de
nouveaux modèles intégrant ces principes, permettant l’apparition d’une diversité d’innovations
sociales (Bernal, 2014), organisationnelles et technologiques. Ces techniques ont en partie la
vertu de relocaliser un métabolisme territorial1 en partie externalisé par les réseaux urbains
(Emelianoff 2015, Barles 2017), faisant ainsi davantage la promotion de la réduction des
déchets. Elles ne se substitueraient pas aux grands réseaux (collecte centralisée des déchets),
mais permettraient l’émergence de systèmes composites (Le Bris et Coutard, 2008) et d’éco-
cycles urbains2 (Coutard et Rutheford, 2009). Ces systèmes autonomes constituent entres
autres une réponse technique aux défis de la pluri-urbanité, faisant le constat d’un « droit à la
ville » 3 distinct selon les individus et les groupes sociaux. Le low-tech semble donc
particulièrement adapté au pays du Sud, dans un contexte de raréfaction des matières
premières et de disponibilité de la main d’œuvre, malgré le frein culturel que leur promotion peut
représenter.
Ce débat est notamment au cœur de la promotion de la valorisation énergétique. Faut-il
développer des technologies de valorisation énergétique des déchets dans les contextes des
pays du Sud ? Faut-il chercher à rassembler les déchets en de grandes quantités pour les
incinérer, technologie maintenant généralisée dans les pays du Nord ? Faut-il développer la
méthanisation des déchets organiques alors qu’ils peuvent être facilement compostés ?
Faut-il chercher de nouveaux exutoires de type Combustibles Solides de Récupération
(CSR) ou gazéification, sans prioriser le recyclage et alors même que la diffusion de ces
1
Chez S. Barles, le métabolisme territorial désigne l’ensemble des flux d’énergie et de matières mis en jeu par le
fonctionnement d’un territoire donné. Le métabolisme est conçu comme le produit de l’entrelacement de
processus naturels (ou physiques), incluant en particulier les cycles naturels de l’eau, du carbone, de l’azote,
etc., et de techniques issues de sociétés humaines.
2
A l’opposé du modèle du réseau centralisé, les techno-écocyles urbains reposent sur les principes :
d’autonomie, de porosité, de métabolisme circulaire, de cycles courts, de maîtrise de la demande, de
préservation des ressources, de sobriété (Coutard & Rutherford 2013)
3
Le droit à la ville ne se résume pas à l’accès aux services urbains : il fut défini par le philosophe Henri Lefebvre
comme un droit de base, constitutif de la démocratie, qui définit les villes comme des biens communs,
accessibles à tous les habitants (Lefebvre 1968).
technologies en est à ses débuts à travers le monde (avec une maitrise technique et
financière fragile) ? Ou bien faut-il au contraire s’appuyer sur des technologies jugées plus
rustiques, quoique étroitement imbriquées dans la globalisation industrielle, pour les
développer localement ? Celles-ci vont du compostage des déchets, à la refonte locale de la
ferraille, au broyat de plastique ou même, de façon à éviter la production de déchets, au
réemploi (après lavage) des emballages.
Il est important de penser dès en amont à la hiérarchie des modes de traitement, de façon à
essayer de détourner un maximum de flux. Le choix de l’exutoire ne doit pas être posé dès le
départ, sinon cela biaise la structuration de la filière qui n’est alors pensée que pour fournir
du gisement à l’exutoire qui serait défini. L’existence de débouchés pour les produits issus
de la valorisation (agriculture pour le compost / marché intérieur pour la réutilisation ou le
recyclage artisanal / tissu industriel) est important dans le choix de la technique de
traitement. Celui-ci peut parfois même être stimulé par des mesures de politiques publiques :
achats publics, subvention engrais/compost, tarif de rachat de l’électricité de l’incinérateur,
etc.
Conclusion générale
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Annexes
Difficultés
- Convaincre les informels de participer
- Structurer l’ensemble de la filière de rachat
Potentiel - Organiser la rentabilité économique sur
- 26 % de déchets valorisables à Lima l’ensemble des matériaux
(actuellement moins de 1% des déchets
officiellement récupérés) – excluant ici les
volumes récupérés par les informels.
Fiche innovation 2. Bogotá : financer les informels au titre des coûts évités
Modalités
- Construction de 3 incinérateurs (dont 2
ouverts en 2017)
Difficultés
- Construction d’une plateforme de
compostage - Incinérer de déchets trop humides
- Pas de valorisation énergétique
- Viabilité économique d’une technologie très
couteuse
- Revendre le compost à un prix abordable
Potentiel - Concurrence avec les récupérateurs pour
les gisements les plus combustibles
- 69 % de déchets potentiellement
compostables (actuellement 3%).
- 30% de déchets à fort PCI (papier-carton,
plastiques, etc.) facilement incinérables
(actuellement 11%) – 100% à condition de
sécher les déchets en amont
Annexe 2 : Lexique
En italique sont indiquées les dénominations courantes. On leur préfèrera le terme spécifié
en gras afin d’homogénéiser le vocabulaire et de permettre une meilleure compréhension
Acheteur ambulant (de matériaux issus des déchets) - Femme, homme, enfant, famille
ou entreprise qui achète ou troque auprès des ménages, des matériaux triés à la source,
généralement d'un certain type.
Apport volontaire (AV) - Mode de pré-collecte ou de collecte se définissant par l’apport des
déchets par les usagers jusqu’à une zone dédiée (éventuellement un point de
regroupement). Ce mode se différencie du porte à porte.
Balayeur - Personne affecté au service de nettoiement des rues.
Benne - Cf. conteneur
Bio-digesteur - Aussi appelé méthaniseur. Installation permettant le traitement anaérobique
(digestion) de la matière fermentescible et production de biogaz et de digestat.
Biogaz - Gaz issu de la dégradation anaérobie de la matière fermentescible. Le biogaz est
principalement composé de méthane (50 à 60%).
Bûchette - Aussi appelé briquette. Combustible alternatif produit à partir de déchets non
carbonisés. Les déchets utilisés sont en général du papier, du carton ou des déchets verts.
Camion benne-tasseuse - véhicule muni d’un système de compression à pression
hydraulique permettant de réduire le volume des déchets transportés.
Camion multibenne – Appelé aussi camion porte conteneur ou camion porte benne -
Véhicule permettant le chargement, déchargement et transport de bennes et de conteneurs.
Les véhicules multibennes peuvent être équipés de système dits Ampliroll ou Marrel
(marques déposées).
Caractérisation - Technique permettant de déterminer la composition d’un gisement ou
d’un flux de déchets par nature de ses constituants, teneur et granulométrie
correspondantes.
Carbone (crédit) - Réduction d’émission de gaz à effet de serre commercialisable.
Carbone (finance) - Activité financière, introduite par le Protocole de Kyoto, consistant en la
monétarisation des réductions d’émissions de gaz à effet de serre exprimées sous forme
d’équivalent CO2. Dans le secteur des déchets, ces émissions peuvent être dues à un
stockage des déchets en milieu anaérobie, par exemple dans des décharges.
Charbon vert - Aussi appelé biochar - Charbon produit par un procédé de carbonisation à
partir de déchets fermentescibles agricoles et/ou ménagers. C’est un produit similaire au
charbon de bois tant par son aspect que par son utilisation.
Collecte – Sous-étape de l’évacuation des déchets. La collecte est l’acheminement des
déchets depuis les lieux d’apports (porte à porte, zones d’apports volontaires ou points de
regroupement) jusqu’aux centres de transfert ou aux exutoires de la filière de gestion des
déchets, souvent le lieu d’enfouissement. La collecte est généralement assurée par
Evacuation des déchets – terme général pour désigner l’acheminement des déchets des
zones de production ou de stockage aux exutoires de la filière de gestion des déchets.
L’évacuation des déchets peut être constituée de plusieurs sous-étapes. Les sous-étapes
sont successivement la pré-collecte, la collecte et le transport. La capacité des engins
utilisés augmentent de la pré-collecte au transport. Plusieurs schémas sont rencontrés, les
principaux sont définis ci-après.
Collecte directe - l’évacuation des déchets est organisée en un seul maillon qui assure
l’acheminement des déchets depuis les lieux d’apports (porte à porte ou zones d’apports
volontaires) jusqu’aux exutoires de la filière de gestion des déchets, souvent le lieu
d’enfouissement.
Pré-collecte + transport: l’évacuation est organisée en deux maillons. Le premier maillon
est la pré-collecte qui assure l’acheminement des déchets des usagers en porte à porte
jusqu’aux points de regroupement (zone de transfert). Le second maillon est le transport qui
assure l’acheminement des déchets des points de regroupement jusqu’aux exutoires de la
filière de gestion des déchets, souvent le lieu d’enfouissement.
Décharge - lieu où sont enfouis les déchets. Les décharges sont les exutoires finaux de la
filière de gestion des déchets. Seuls les déchets ultimes (cf. définition) devraient y être
déposés. Ce glossaire propose une classification des différentes décharges de déchets non
dangereux rencontrées dans les pays en développement. Cinq classes de décharges sont
proposées, en allant de la plus à la moins aménagée, décharge : de type CET, aménagée,
contrôlée, autorisée et sauvage. Cette classification n’est en aucun cas règlementaire. Les
critères requis par classe de décharge sont listés ci-dessous. Si une décharge possède plus
de critères que sa classe mais pas tous les critères de la classe suivante on pourra lui
préciser sa spécificité. Par exemple : « décharge contrôlée avec une exploitation par casier »
ou encore « décharge de type CET avec captage du biogaz ».
CET Décharge
Critères minimaux requis aménag contrôlé autorisé sauvage
ée e e
Enfouissement de déchets non X X X X X
dangereux
Autorisée par l’autorité compétente X X X X
Contrôle des déchets entrants X X X
Suivi en enregistrement des X X X
déchets entrants
Dispositif pour peser les déchets X X
en entrée
Contexte géologique et X X
hydrogéologique favorable
Imperméabilité du site X X
Drainage et collecte des lixiviats X
Traitement des lixiviats avant rejet X
Déchets - Aussi appelé ordures, détritus, résidus, etc. Objets ou matériaux abandonnés par
leur propriétaire.
Déchets (d’activités) de soin (à risque infectieux) (DAS - DASRI) - Aussi appelés déchets
hospitaliers / déchets médicaux - Les déchets d’activités de soins (DAS) sont issus des
activités de diagnostic, de suivi et de traitement préventif, curatif ou palliatif, dans les
domaines de la médecine humaine et vétérinaire mais aussi des laboratoires, centres de
recherches et d’enseignement. Ils peuvent être produits par les professionnels de la santé et
par les patients en automédication. Certains présentent un risque infectieux, ce sont les
DASRI : déchets de soins « à risque infectieux ». Même en l’absence de tels risques, les
déchets piquants ou coupants sont considérés comme DASRI.
Déchets (solides) ménagers (DSM ou DM) - Déchets solides produits par les ménages.
Déchets d’Equipements Electroniques et Electriques (DEEE ou D3E) - Les DEEE
incluent : ordinateurs, téléphones portables, appareils électroménagers, etc.
Déchets dangereux (DD) - Aussi appelé déchets industriels spéciaux (DIS). Matière posant
des menaces substantielles ou potentielles envers la santé publique ou l'environnement et
qui présente généralement une des caractéristiques suivantes ou plus : inflammable ;
oxydant ; corrosif ; radioactif ; explosif ; toxique ; cancérigène ; vecteur de maladie. Les DD
incluent : les DASRI, certains DEEE, les piles, peintures, vernis, solvants, produits
phytosanitaires, etc.). Peuvent être produit par les ménages, les industries, les hôpitaux etc.
Déchets du Bâtiment et Travaux Publics (BTP) - Aussi appelés débris, déchets de
construction et de démolition, décombres, gravats. Déchets provenant du processus de
construction, de démolition ou de réparation d'habitations, de bâtiments commerciaux, de
routes, ponts etc.
Déchets fermentescibles - Aussi appelé bio-déchets, déchets organiques, matière-
organique, déchets biodégradables. Déchets composés exclusivement de matière organique
biodégradable. Ils sont susceptibles d'être traités par compostage ou méthanisation. Ce sont
les déchets verts, les rebus de cuisine ou du potager, les papiers et cartons ...
Déchets ménagers et assimilés (DMA) - Déchets issus des ménages et déchets assimilés
(ces derniers regroupent les déchets des activités économiques pouvant être collectés avec
ceux des ménages, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, sans
sujétions techniques particulières. Il s’agit des déchets des artisans, commerçants, des
déchets du secteur tertiaire…collectés dans les mêmes conditions que les ordures
ménagères).
Déchets municipaux - regroupent l’ensemble des déchets dont la gestion relève de la
compétence de la collectivité (déchets des ménages et des activités économiques collectés
selon la même voie que ceux des ménages, dits « assimilés »).
Déchets non dangereux (DND) - Aussi appelé déchets banals (DB). Peuvent être produits
par les ménages, les commerces, les administrations, les industries, les hôpitaux etc.
Déchets verts (DV) - Les DV incluent : déchets de jardins, feuilles, branches, tonte, déchets
des espaces verts, etc.
Déchets ultimes - remarque préalable : la définition proposée reprend la réglementation
française (article L 541-1 Code de l’environnement) qui parait transposable aux autres
contextes. « Tout déchet, résultant ou non du traitement d’un déchet, qui n’est plus
susceptible d’être traité dans les conditions techniques et économiques du moment,
notamment par extraction de la part valorisable ou par réduction de son caractère polluant
ou dangereux ».
Dépotoir - Aussi appelé dépotoir sauvage ou dépôt sauvage. Dépôt clandestin réalisé par
des particuliers ou des entreprises, sans aucune autorisation. Il s’agit d’un dépôt de petite
taille correspondant à l’accumulation régulier de plusieurs jours de production de déchets
municipaux d’un quartier donné. Il est parfois nettoyé (à différencier de la décharge sauvage
où les déchets ne sont pas évacués).
Détournement - Le processus ou le résultat de maintien de matériaux hors d'une installation
de décharge / enfouissement / stockage.
Encombrants - Aussi appelés monstres. Déchets des ménages volumineux tels que le
mobilier, le gros électroménager (blanc, brun et gris), la ferraille (deux-roues, grillages, etc.).
Fraction fermentescible des déchets (FFD) - Fraction fermentescible contenue dans des
déchets quels qu’ils soient.
Fraction fermentescible des déchets ménagers (FFDM) - Fraction fermentescible
contenue dans les déchets des ménages.
Gisement - Quantité et qualité des déchets produits pour un territoire défini : ville, région,
zone industrielle, structure ...
Incinération - Processus, par lequel les déchets sont brûlés et convertis en gaz, chaleur et
résidus solides.
Marchand - Aussi appelés négociant ou commerçant - Agents, légaux ou clandestins,
pouvant être sédentaires (étal, boutique de proximité) ou ambulants.
Marchand de proximité – Aussi appelé marchand sédentaire - petite entreprise ou boutique
qui achète, trie, stocke et revend des matériaux recyclables, généralement avec peu ou pas
de transformation.
Refus - Matériaux de rebut écartés au cours d’un processus de valorisation, parce qu'ils ne
sont ni recyclables ni compostables, ou bien car ils sont perçus comme ayant peu ou pas de
valeur monétaire.
Regroupement – Etape qui consiste à regrouper les déchets en un point de regroupement,
en vue de leur collecte. C’est le résultat de l’étape de la pré-collecte.
Redevance d’enlèvement des ordures ménagères (REOM/ROM) - redevances permettant
tout ou partie du financement de la gestion des déchets ménagers sur un territoire. A la
différence de la taxe qui s’adresse au contribuable, la redevance s’adresse à l’usager du
service.
Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères ou Taxe sur les Ordures
Ménagères (TEOM/TOM) - taxes permettant tout ou partie du financement du service
municipal de gestion des déchets ménagers sur un territoire. A la différence de redevance
qui s’adresse à l’usager du service, la taxe s’adresse au contribuable, qu’il bénéficie ou non
du service.
Réutilisation - Utilisation d’un matériau récupéré pour un usage différent de son premier
emploi.
Secteur formel - Ensemble des activités dont le revenu est rapporté au gouvernement et qui
sont inclues dans le produit national brut d'un pays. Ces activités font normalement l'objet de
taxes et suivent des règles et des règlements obligatoires en ce qui concerne la comptabilité
et l'établissement de rapports.
Secteur formel de gestion des déchets - Les activités prévues de gestion des déchets ,
parrainées, financées, réalisées, réglementées et/ou reconnues par les autorités officielles
locales, habituellement au moyen de contrats, licences ou concessions.
Secteur informel - Les particuliers ou les entreprises dont les activités économiques ne sont
pas comptabilisées dans le produit national brut (PNB) d'un pays. Ces activités ne sont pas
imposables, le commerce de biens ou de services est payé en argent comptant ; ces
activités ne sont pas contrôlées par le gouvernement. S’identifie en premier lieu par
l’absence d’enregistrement des activités et de régulation des pouvoirs publics, se caractérise
par la petite taille des structures, la petite échelle des interventions, une haute intensité de la
main d’œuvre et la faiblesse de capital utilisé.
Secteur informel des déchets - Aussi appelé secteur informel de récupération (SIR) - Les
particuliers ou les entreprises ayant des activités liées aux déchets, mais qui ne sont pas
parrainées, financées, reconnues ou autorisées par les autorités officielles de gestion des
déchets , ou qui opèrent par défaut, en parallèle, voire en concurrence avec celles mises en
place par les autorités.
Traitement - Méthodes manuelles ou mécaniques pour réduire le risque d'exposition à
des matières toxiques ou dangereuses associées aux flux de déchets, ou pour réduire leur
impact sur l'environnement. Il peut, dans certains cas, capturer et augmenter la valeur
économique de composants spécifiques du flux de déchets.
Transfert – Le transfert permet de transvaser les déchets des camions de collecte vers des
camions de transport. Il permet ainsi un regroupement plus important de déchets en vue de
leur transport sur une longue distance. Le transfert se différencie du regroupement. Il inclut
souvent du compactage.
Transfert (centre ou quai de) - Installation qui permet de faire la transition entre l’étape de
la collecte et celle du transport. Se présente souvent sous forme d’une rampe couverte
permettant de déverser un chargement dans une benne située en contre-bas. La benne peut
inclure un système de compactage permettant d’optimiser le chargement.
Transport – dernier maillon de la chaine d’évacuation des déchets. Le transport est
l’acheminement des déchets depuis les centres de transfert jusqu’aux exutoires de la filière
de gestion des déchets, souvent le lieu d’enfouissement. Le transport est mis en place pour
optimiser l’acheminement des déchets sur des longues distances. Il succède à la collecte. Il
est assuré par l’utilisation de camions de plus grande capacité que ceux employés pour la
collecte.
Tri (centre de) - Installation industrielle d'envergure modérée dans laquelle des équipements
mécaniques et/ou des agents séparent les déchets collectés selon leur composition et les
consignes des autorités compétentes. L’activité en centre de tri inclut généralement une
certaine transformation (broyage, compaction) et le conditionnement des matières
recyclables en vue de leur revente.
Tri à la source - Mesures prises pour conserver et stocker certains matériaux séparément
des déchets pêle-mêle (en mélange) au point de production (au sein des foyers,
administrations ou entreprises).
Valorisation - Ensemble du processus d'extraction, de stockage ou de transformation de
matériaux provenant du flux de déchets afin d'en extraire et dériver de la valeur et de diriger
la matière vers un flux à valeur ajoutée.
Valorisation (Centre de) - Installation ayant une activité de valorisation (cf. définition) des
déchets.
Valorisation énergétique - Processus consistant à utiliser le pouvoir calorifique du déchet
en le brûlant et en récupérant cette énergie sous forme de chaleur ou d'électricité
(notamment : incinération et méthanisation).
Valorisation matière - Domaine d’activités recouvrant : la récupération, la réutilisation et le
recyclage des matériaux extraits des déchets (notamment : recyclage et compostage).
Récupérateurs
- L’acheteur fixe est celui qui dispose d’un local (ou d’un simple terrain vague) afin
d’acheter les déchets aux différents récupérateurs, de les stocker, d’en accumuler de
plus grandes quantités avant de les revendre aux grossistes. Il peut parfois effectuer
une opération de valorisation, tel qu’un tri plus poussé ou un nettoyage des produits.
En fonction de sa capacité de stockage, il peut revendre son stock à l’un des acteurs
qui suivent dans cette liste. Cet acteur est, comme les précédents, informel. Il fait
appel à un transporteur extérieur pour aller vendre ses déchets.
- Le semi-grossiste (généralement un regroupement de plusieurs acheteurs fixes afin
par exemple d’acheter un camion ou d’avoir un local plus grand) possède les mêmes
qualités que l’acheteur fixe. La principale différence est qu’il possède une capacité
financière et de stockage plus importante, lui permettant d’assurer lui-même le
transport de sa marchandise vers les grossistes et les industries du recyclage (il ne
se charge pas de l’export). A même de racheter les stocks de l’acheteur fixe, il peut
brasser des volumes plus importants. Il peut, comme l’acheteur fixe, se charger d’un
sur-tri, d’un nettoyage et/ou d’un conditionnement des matériaux. Il est souvent
encore informel.
- Le grossiste achète et récupère les gisements auprès des acheteurs fixes ou semi-
grossistes. Il stocke les déchets en grandes quantités, effectue un tri plus poussé et
conditionne les matériaux avant de les revendre à des industries de recyclage ou de
les envoyer à l’export. Par exemple, à Surabaya, les grossistes trient les plastiques
en 12 catégories, puis le tri est affiné en 90 sous-catégories par les industries. À ce
niveau d’exercice, l’activité est systématiquement formelle et pratiquée par de vrais
entrepreneurs du déchet. Les grossistes sont généralement spécialisés dans un type
de matériaux, quand les échelons précédents sont multi-matériaux.
-
Transformateurs et exportateurs
1
La ville ne comptait que 49 districts jusqu’en 2014, d’où la différence qui peut apparaitre sur certaines cartes de
localisation.
1
Surco est le deuxième district le plus riche de l’agglomération de Lima. Situé en périphérie immédiate
du centre des affaires de la ville, il s’agit d’un quartier résidentiel logeant l’essentiel des populations
aisées. Jouissant d’une population solvable et largement ouverte sur les pays du Nord, Surco a mis en
place une politique volontariste de gestion des déchets, digne des villes européennes, justifiant ainsi
sa prise en compte dans l’étude. Le district est peuplé de 355 986 habitants.
Comas est parmi les districts les plus pauvres de la ville. Peuplé de 568 540 habitants, Comas a
toutefois une politique volontariste en terme de gestion des déchets. Il est situé en périphérie nord de
la ville, au sein d’un secteur de plusieurs millions d’habitants vivant initialement dans des quartiers
précaires informels (aujourd’hui en phase de formalisation dans certaines zones).
Villa Maria del Triunfo (VMT) a des caractéristiques assez similaires à celles de Comas, puisqu’il s’agit
d’un district périphérique, très pauvre et peuplé de 464 176 habitants. Si le territoire a mis en place
une politique ambitieuse de gestion des déchets avant Comas, celle-ci s’est révélé être un échec,
allant jusqu’à la destitution du maire en pleine crise de salubrité publique. Son étude révèle donc
d’autres logiques.
La faible pertinence de travailler à l’échelle de toute la ville nous a conduit à souligner les spécificités
de chacun des districts étudiés.
1
Officiellement Santiago de Surco
2. La grille socio-institutionnelle
Le document Word "grille socio-institutionnelle" est destiné à fournir une grille de données à
recueillir et d’instructions pratiques pour y parvenir, en vue d’aboutir à un instantané de la
gestion des déchets dans une certaine ville.
Cette grille d’enquête est à renseigner en parallèle avec la grille générale GDS : elle reprend
les mêmes catégories que celles correspondant aux onglets de la grille GDS. Au-delà de leur
profil quantitatif/qualitatif, la grille Word a vocation à éviter que l’enquêteur se noie dans le
détail de la grille Excel et à rappeler constamment l’objectif à atteindre avec les informations
collectées. La problématisation de la grille a vocation à :
– faciliter le travail de l’enquêteur ;
– pallier le « plan à tiroirs » lié au choix de la forme « Excel » ;
– simplifier l’exploitation des données et la rédaction de la synthèse finale.
Pour chaque thématique abordée (correspondant à chacun des onglets de la grille GDS), la
grille socio-institutionnelle comprend :
– un rappel de l’objectif général
– des instructions pratiques à l’attention de l’enquêteur
– une série de questions ouvertes, auxquelles répondre de façon claire et
concise.
Un code couleur permet de restituer à tout moment les questions qui ont directement tait aux
trois objectifs de l’étude :
i. caractérisation des flux de déchets et de l’organisation du service public municipal
ii. connaissance fine des filières de valorisation
iii. compréhension de leurs interactions, incompatibilités et synergies potentielles.
Trois thématiques ont été ajoutées (en fin de document) aux 14 thématiques couvertes
par la grille GDS :
15. Intégration des acteurs extra-municipaux de la gestion des déchets
16. Bilan / Evaluation synthétique
17. Définitions et références spécifiques à la ville
L'équipe a considéré que les fiches initiales étaient trop précises et exhaustives au regard
des informations susceptibles d'être disponibles dans le cadre de pays en voie de
développement et seraient chronophages dans le cadre de cette étude. Des simplifications
ont été apportées qui réduisent dès lors les possibilités d'analyse des données.
Seule la fiche Budget du service et Financement a été retenue en y intégrant les onglets
précollecte et collecte fusionnés, transfert et transport fusionnés, enfouissement et frais
administratifs. Les onglets compostage et centre de tri ont été retirés. La pertinence de
distinction entre les charges fixes et les charges variables n'est plus respectée.
En conclusion, la méthode de modélisation technico-économique n'est plus applicable,
d'autant que les données de conditions d'utilisation et de fonctionnement et les performances
s'avèrent inaccessibles à la lumière des deux cas étudiés.
Des missions de terrain relativement longues ont été réalisées afin de mettre en application
ces différents outils d’évaluation.
Dans la plupart des villes, l’absence de données consolidées a constitué un obstacle sérieux
pour remplir convenablement les grilles, surtout pour les grandes agglomérations. Les
données économiques, en particulier, ont été très difficiles à obtenir ou reconstituer.
Le coût total de production (CP) correspond aux charges directes que le producteur doit
consacrer pour disposer des facteurs de production. Il est lié à la production par les prix
unitaires des facteurs de production ainsi que par l’intensité de leur usage (notion de
productivité). Dans le court terme, le coût total de production a deux composantes, les coûts
fixes (CF) et les coûts variables (CV) :
− les coûts fixes (CF) représentent les charges fixes des facteurs incompressibles pour
assurer la production et ce, quel que soit le niveau de production (dans la limite de la
capacité de production installée). Les coûts fixes sont donc indépendants des
quantités produites.
− Les coûts variables (CV) sont les charges qui varient en fonction du volume de
production ou des quantités produites.
Le coût de production permet de mesurer l’efficacité technique des activités de collecte-
transport et traitement des déchets au travers d’un indicateur de performance économique :
le coût de production ramené à la tonne collectée/traitée.
Dans le cadre des pays en voie de développement, deux méthodes ex-ante sont possibles :
− l’une basée sur un document comptable, tel que le budget réalisé, que l’on dénomme
« Méthode d’analyse comptable du budget » ;
− l’autre basée sur la connaissance des équipements et leurs utilisations, que l’on
dénomme « Méthode des facteurs de production et des coûts unitaires ».
−
Méthode d’analyse comptable du budget
Dans le cadre d’une collectivité ou ville disposant d’un budget « ordures ménagères »
annexe ou séparé, les charges y sont classées par nature. La méthodologie consiste alors à
analyser le cheminement et l’objet des charges, puis à les classer par activités (précollecte,
collecte, transport, traitement, stockage). Ce classement des charges par activité résulte de
la connaissance du fonctionnement et des éléments nécessaires à la bonne marche des
équipements, en distinguant : les charges d’équipements et d’infrastructures des charges
Le coût de production, ou coûts directs (Cd), exprime les charges engagées par l’acquisition
et le fonctionnement des facteurs de production que sont les véhicules et les équipages,
indépendamment des charges indirectes. Il s’exprime :
− comme la somme des charges du véhicule et des charges de l’équipage de la
manière suivante : Cd = (CFV + CVV) + L
− ou comme la somme des coûts fixes et des coûts variables : Cd = CF + CV.
Charges fixes : CF = L + CFv
où : L = ld + nc * lc : représente les charges du personnel, à savoir :
− ld : charges salariales annuelles du conducteur
− lc : charges salariales annuelles d’un rippeur
− nc : nombre de collecteurs ou rippeurs.
Charges variables : CVv = cvv * D représente les charges variables du véhicule, avec :
− cvv : le coût de fonctionnement kilométrique du véhicule (carburant,
lubrifiants, pneumatiques et maintenance) que l’on peut réduire au poste
énergie.
− D : la distance annuelle parcourue
Charges d'exploitation
- Partie fixe :
. Le personnel : - direct : chauffeurs, éboueurs, saisonniers, entretien.
- d'encadrement : chef d'exploitation, contremaîtres.
. Habillement, produits d'entretien, fournitures diverses (bureau, outillage).
. Taxes et assurances des véhicules et autres.
- Partie proportionnelle :
. Consommations courantes : carburants, huile, graisse, pneus, batteries.
. Petit entretien.
Figure 1. Production de déchets urbains par type de pays en 2010 / 2025 (projection) ...................... 9
Figure 2. Production moyenne des déchets par habitant et par jour.................................................. 10
Figure 3. Composition des ordures ménagères selon le niveau de vie du pays .................................. 10
Figure 4. Acteurs de la gestion informelle des déchets ......................................................................... 15
Figure 5. Le modèle de la gestion intégrée des déchets ........................................................................ 16
Figure 6. Les deux triangles du rapport UN-Habitat 2010 .................................................................. 21
Figure 7. Process Flow Diagram de Cañete (Pérou)............................................................................. 21
Figure 8. Comparaison de la récupération de déchets recyclables effectuée dans les secteurs formel
et informel dans six villes du monde ......................................................................................................... 24
Figure 9. Comparaison des recettes nettes (recettes - coûts) des secteurs formel et informel dans six
villes du monde ........................................................................................................................................... 24
Figure 10. Vision synoptique de la gestion des déchets en Europe ....................................................... 29
Figure 11. Le déchet entre service public et économie de marché ........................................................ 31
Figure 12. Historique des évènements déclencheurs de politiques de gestion des déchets .................. 34
Figure 13. Caractéristiques des processus d’intégration des recycleurs .............................................. 59
Figure 14. Acteurs de la récupération des déchets à Lima et Bogotá ................................................... 59
Figure 15. Les leviers techniques pour mettre en œuvre les innovations dans la valorisation des
déchets 71
Figure 16. Schéma synoptique d’organisation de l’évacuation des déchets ......................................... 89
Figure 17. Synthèse des dépenses de la gestion des déchets ................................................................... 91
Figure 18. Quantités de déchets traités par exutoire.............................................................................. 92
Figure 19. Les leviers financiers pour mettre en œuvre les innovations dans la valorisation des
déchets 104
Figure 20. Les coûts évités (prospective) par le compostage des déchets à Lomé .............................. 113
Figure 21. Les leviers institutionnels pour mettre en œuvre les innovations dans la valorisation des
déchets 117
Figure 22. Compétences de gestion des déchets des villes étudiées (1/2) ............................................ 119
Figure 23. Compétences de gestion des déchets des villes étudiées (2/2) ............................................ 120
Figure 24. Date de promulgation d’une loi ou d’une réglementation nationale relative aux déchets
122
Figure 25. Le modèle centralisé, unifié et linéaire de gestion des déchets .......................................... 127
Figure 26. Les dysfonctionnements du modèle centralisé, unifié et linéaire ...................................... 128
Figure 27. Le modèle informel, diversifié et insalubre de gestion des déchets ................................... 129
Figure 28. Modèle participatif, composite et circulaire de gestion des déchets ................................. 132
Figure 29. Positionnement de chaque ville par rapport aux modèles étudiés .................................... 133
Figure 30. Valeur économique des différents types de déchets ........................................................... 137
Photo 1. La collecte sélective des déchets à Surco © M. Rateau, ORVA2D, 2015 ............................ 48
Photo 2. Précollecteurs à Surabaya © Cavé, ORVA2D, 2016 ............................................................ 50
Photo 3. Points de regroupement des déchets à Antananarivo © Pierrat, ORVA2D, 2015............. 53
Photo 4. Exemple de structuration de la filière du recyclage des chaussures à Delhi ...................... 58
Photo 5. Récupérateur de l’association Las Palmeras à Villa Maria del Triunfo © Rateau, 2015. 61
Photo 6. Un récupérateur informel (second plan) vient concurrencer le récupérateur formel
(premier plan) à Comas © Rateau, ORVA2D, 2015 ................................................................................ 64
Photo 7. Un précollecteur de déchets à Surabaya © Cavé, 2016 ........................................................ 66
Photo 8. Waste Bank d’un quartier de Surabaya avec système de pesée © Cavé, 2016 .................. 67
Photo 9. Unités de compostage municipal à Surabaya © Cavé, 2016 ................................................ 79
Photo 10. Le verdissement des quartiers (gauche) grâce au compostage communautaire (droite) à
Surabaya © Cavé, 2016 .............................................................................................................................. 83
Photo 11. Jardin communautaire du composteur collectif d’Ambatomaity à Antananarivo (50
ménages) © Pierrat, ORVA2D, 2015 ........................................................................................................ 84
Photo 12. Criblage du terreau à Lomé © Gevalor, ORVA2D, 2015 .................................................... 85
Notes techniques n°4 Vérité des prix ou socialisation de la couverture des coûts ?
(Octobre 2015)
Notes techniques n°8 La recherche française sur l’éducation dans les pays en
développement : un état des lieux (Novembre 2015)
Technical Reports No.9 Facilitating green skills and jobs in developing countries
Notes techniques n°13 Améliorer la prise en compte de la nutrition dans les projets de
développement rural et de santé
Technical Reports No.16 Supporting Access to and Retention in Employment for Women
by Enhancing Child Care Services in Turkey
Notes techniques n°17 Méthode de suivi de l’impact climat des investissements (MRV)
appliquée aux projets agricoles et forestiers des Banques
Nationales de Développement
Notes techniques n°18 Gestion des ressources en eau souterraines comme biens
communs
Notes techniques n°19 Eau des villes, assainissement et précarités – des réalités
contrastées à Ouagadougou (Burkina Faso) et Niamey (Niger)
Notes techniques n°24 Cocoa farmers’ agricultural practices and livelihoods in Côte
d’Ivoire
Notes techniques n°26 Revenus et trajectoires agricoles en Afrique d’ici 2050 : vers un
trop-plein d’agriculteurs ?
Notes techniques n°30 Urgences et crises sanitaires dans les pays à ressources
limitées : de la préparation à la réponse
Technical Reports No.41 Retrospective Analysis of the Urban Water Supply Sector in
Senegal: A Public-Private Partnership Over Time
Notes techniques n°44 Vingt ans d’aménagements rizicoles dans les territoires de
mangrove en Guinée maritime
Quel développement agricole durable?
Notes techniques n°46 Gouvernance des services d’eau et d’assainissement des villes
boliviennes
Analyse du modèle de gestion coopérative au travers de
l’exemple de SAGUAPAC (Santa Cruz de la Sierra, Bolivie)
Notes techniques n°47 Mutations de la gouvernance des systèmes alimentaires urbains
Le cas de l’agglomération de Rabat-Salé
Notes techniques n°51 Les systèmes de distribution alimentaire dans les pays d’Afrique
méditerranéenne et Sub-saharienne