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Principe de légalité en droit administratif

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11/12/2019

Chapitre I : PRINCIPE DE LA LEGALITE

• Etymologiquement, le mot « légalité » signifie conformité à la loi

• La légalité dans son sens moderne signifie conformité au Droit au sens large du terme

• Plus précisément, le principe de légalité désigne un rapport entre les normes supérieures
s’imposant à l’Administration et les décisions de cette dernière.

• Ce rapport : un rapport de conformité, un rapport de compatibilité, de non-contrariété

Ces 3 rapports aboutissent au même résultat. Cad les normes supérieures ou inférieures doivent
respecter tout ce qui est loi, tout ce qui est légalité. Elles ne doivent pas être contraires au
principe de légalité. Elles ne doivent pas contrarier, aller à l’encontre des lois.

• La norme inférieure doit respecter la norme supérieure

Ainsi l’auteur d’un règlement est tenu de le respecter dans ses décisions règlementaires et
individuelles, tant qu’il ne l’a pas modifié (C.E. 2 novembre 1960 Ville Sidi-Bel-Abbès ; 19
mai 1983 club sport de la Fève)

L’autorité supérieure doit respecter les règlements des autorités inférieures édictés sur le
fondement d’une loi (C.E 3 juillet 1931 Ville de Clamart).

L’obligation de respecter la légalité comporte pour l’Administration une double exigence :

✓ L’une, négative, consiste à ne prendre aucune décision qui lui soit contraire ;

✓ L’autre, positive, consiste à l’appliquer, cad à prendre toutes les mesures réglementaires
ou individuelles qu’implique nécessairement son exécution.

Paragraphe 1 : Les exigences négatives du principe de légalité

• L’Administration doit se fonder sur la règle de droit et de conformer à elle : elle ne doit
pas agir en violation de la légalité

• Les conséquences de la violation de la légalité sont différentes selon que les actes de
l’administration sont des actes juridiques ou des actes matériels.

A. Conséquences sur les actes juridiques

• Les actes juridiques sont des actes destinés à produire des effets de droit
• Ils doivent respecter les règles supérieures à peine de nullité

• L’illégalité de l’acte juridique peut être sanctionné de plusieurs manières

Les sanctions de l’illégalité de l’acte

• Soit par un recours pour excès de pouvoir (RPEP) qui est un recours contentieux par
lequel toute personne y ayant intérêt peut provoquer l’annulation d’une décision
exécutoire illégale par le juge administratif en raison de l’illégalité. Ce recours est la
pièce maitresse du système de contrôle juridictionnel de la légalité de l’action
administrative

• Soit par une exception d’illégalité. L’illégalité de l’acte administratif est alors invoquée
non à titre principal, par la voie d’un recours en annulation, mais par voie incidente
(par voie indirecte).

• Soit par l’exception d’inconstitutionnalité soulevée devant une juridiction et jugée par
la HCC (art. 118, al. 2 et 3, Constitution 2010).

• Soit la mise en jeu de la responsabilité de l’Administration

• Les actes de l’administration entachés d’une irrégularité particulièrement grave


sont qualifiés d’« inexistants ». Il s’agit essentiellement :

✓ Des décisions émanant d’organismes dépourvus d’existence légale (C.E. 9 novembre


1983 Saerens) ou de personnes dépourvus de tout pouvoir de décision (C.E. 8 1982,
commune de Dompierre ; 28 février 1947 Mégevant, note Auby)

✓ Des décisions empiétant sur les attributions du juge (C.E. 31 1957, Rosan-Girard)

✓ Des décisions insusceptibles de se rattacher à un pouvoir conféré à l’administration


(T.C. 27 juin 1966 Guigon, note de Laubadère).

Lorsque ces décisions portent atteinte à la propriété ou à une liberté fondamentale, elles
constituent en même temps une voie de fait.

✓ Des nominations pour ordre où le bénéficiaire est nommé à un emploi public non pour
exercer réellement ses fonctions, mais pour en bénéficier les avantages financiers ou
autres (C.E. 30 juin 1950, Massoannaud : 15 mai 1981 ; Maurice : 9 nove 1990, Fleret)
18/12/2019

• L’inexistence a comme conséquence principale le fait que l’acte peut être déféré au
juge administratif ou retiré par son auteur sans condition de délai.

• Le juge judiciaire peut également constater l’inexistence (T.C. 27 juin 1966, Guigon)

B. CONSEQUENCES SUR LES ACTES MATERIELS

• Comme l’acte administratif juridique, l’acte administratif matériel doit respecter la


légalité et peut être entaché d’illégalité.

• La sanction de l’illégalité de l’acte consistera dans l’obligation pour l’Administration


de supprimer ses effets, de remettre les choses en l’état.

• La sanction de l’irrégularité des actes matériels se résout en fait en une condamnation


pécuniaire à des dommages-intérêts

Paragraphe 2 : Les exigences positives du principe de légalité

• Le principe de légalité a pour conséquence fondamentale l’obligation pour


l’administration de ne pas agir en violation de la règle de droit.

• L’autre conséquence complète la 1ère en donnant au principe de légalité caractère


dynamique.

A. LA LEGALITE MISE EN CAUSE PAR LES ADMINISTRES

• Les administrés méconnaissent sciemment ou non les obligations qui résultent de la


légalité.

• Peut-on estimer que le droit de réprimer ces manquements est d’exercice facultatif et
que l’administration garde la possibilité de tolérer l’illégalité ?

• Le principe est qu’en l’absence de texte lui en faisant l’obligation, l’administration n’est
pas tenue de faire cesser une situation illégale (C.E. 2 décembre 1950, dame Franc, D.
1962, note Auby ; 26 mai 1965, Kutschera, A.J. 1965.473, note Laporte).
Les exceptions à ce principe :

• Cette obligation existe en vertu de la jurisprudence en matière des contraventions de


grande voirie (C.E. 23 février 1979, Association des amis des chemins de la ronde,
Recueil 75)

• Le refus d’engager des poursuites ou le défaut d’application d’une réglementation peut


justifier la responsabilité sans faute de l’administration (C.E. 7 mai 1971, Ministère
Eco.c / Sastre ; 20 mars 1974, Min. A.T.c / Navarra).

B. LA LEGALITE MISE EN CAUSE PAR L’ADMINISTRATION

• Dans un premier temps, le Conseil d’Etat avait décidé que l’administration est tenue de
ne pas appliquer un règlement illégal (C.E. 14 novembre 1958, Ponard, R.554 ; 8
novembre 1968, Ministère de Finance c / Meyer)

• Par la suite, il a été jugé que l’administration saisie d’un recours gracieux dans le délai
du recours contentieux, est obligée de retirer un règlement illégal (C.E. 25 octobre 1985,
Tabel)

• Enfin, selon une nouvelle jurisprudence, issue de l’article 3 du décret du 28 novembre


1983 concernant les relations entre l’administration et les usagers, l’administration
saisie d’une demande d’abrogation d’un règlement illégal est tenue d’y déférer, sans
conditions de délai :

➢ Soit que ce règlement ait été illégal dès sa signature,

➢ Soit que l’illégalité résulte du changement de circonstances de fait ou de droit


postérieures à sa signature (C.E Ass. 3 février 1989, Cie Alitalia).
08/01/2020

C. DANS CERTAINS CAS, L’ADMINISTRATION EST TENUE D’EXERCER


SON POUVOIR REGLEMENTAIRE

- L’administration est obligée de prendre dans un délai raisonnable, les règlements


d’exécution des lois (C.E. 13 juillet 1962, Kevers-Pascalis, note Auby) : art 65.5,
Constutition 2010.

- Le maire peut être obligé de prendre un règlement de police pour faire cesser un péril
grave (C.E. 23 octobre 1959, Doublet).

Section 2 : Les sources de la légalité

Paragraphe 1 : Les sources écrites de la légalité administrative

A. Les sources internationales

• Constitution 2010, art 137, al. 4 :

« Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité
supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par
l'autre partie. »
B. Les sources nationales

- La constitution

De la valeur juridique du Préambule

- La loi

- Les règlements

Paragraphe 2 : Les sources non écrites de la légalité administrative

• Les PGD

• La jurisprudence

• La coutume
Section 3 : Les limites aux principes de légalité

1. Le pouvoir discrétionnaire : agir ou ne pas agir, un large pouvoir d’appréciation

2. Les circonstances exceptionnelles : situation de trouble

3. Les actes de gouvernement : immunité juridictionnelle (incompétence du juge


administratif)

(C.E 19 février 1875, Prince Napoléon ; CEDH, 14 décembre 2006, Markovic c/Italie)

15/01/2020

Le pouvoir discrétionnaire

• Une autorité administrative dispose d’un pouvoir discrétionnaire lorsque la loi en lui
donnant une compétence, la laisse libre d’apprécier en fonction des circonstances, si elle
doit utiliser cette compétence et comment elle doit l’utiliser. (agir ou ne pas agir, et un
choix entre plusieurs solutions légales),

• Le jury d’examen ou de concours est libre d’apprécier la valeur du candidat, notation


qui ne peut aller que de 0 à 20.

• Le pouvoir discrétionnaire n’est pas arbitraire dans la mesure où la marge d’appréciation


doit entrer dans le droit applicable. Par conséquent, l’opportunité d’agir, de choix, doit
être aussi justifiée.

La distinction fondamentale entre le pouvoir discrétionnaire et la compétence liée de


l’administration

• Il y a compétence liée lorsque l’autorité administrative est obligée d’agir dans un sens
précis

• Il n’y a donc pas de marge de manœuvre. (Marge de liberté : choix entre plusieurs
solutions possibles

Exemple : permis de conduire, permis de chasse, permis de construire

La compétence liée peut se combiner avec un pouvoir discrétionnaire

▪ En matière de police administrative (règlementation pour éviter des troubles),


▪ Il y a une compétence liée car il faut garantir aux administrés le bon ordre. Mais pour
l’assurer, il a le choix des moyens, il peut choisir la mesure la plus adaptée à la situation
concrète (ex : dresser un PV)

Le contrôle du pouvoir discrétionnaire par le juge administratif (limites)

• Erreur manifeste d’appréciation : C.E, 1961, Lagrange)

- Contrôle de la qualification juridique des faits : il ne doit pas y avoir de disproportion


manifeste entre la décision prise et les faits

• Deux arrêts rendus par le CE le 26 juillet 1978 :

- M. Vinolay

- M. Cheval

Paragraphe 2 : Les circonstances exceptionnelles

Signification

• Cette théorie est une création jurisprudentielle

• Elle veut dire que l’administration doit être placée en situation d’urgence face à des
circonstances hors norme (guerre, crise politique, cataclysmes naturels) qui l’obligent à
agir, et ce dans l’intérêt général.

• L’administration est dispensée de respecter la légalité normale, mais tenue de respecter


une légalité atténuée comportant des obligations réduites dont le juge apprécie lui-même
le contenu le contenu et les limites.

• Cadrage juridique

- Constitution du 11/12/2010, art. 61 : situation d’exception, à savoir l’état d’urgence,


l’état de nécessité, la loi martiale)

- Textes légaux :

✓ Ordonnance du 23/08/72 sur l’état de siège

✓ Ordonnance du 27/08/72 sur la loi martiale

➢ Pouvoirs exceptionnels légaux


• Le contrôle du juge

- Sur l’existence des circonstances invoquées par l’Administration : méritent-elles


réellement cette qualification ? A quel moment est intervenu le retour à la normale ?

- Sur les mesures contestées : répondent-elles aux exigences de la légalité d’exception ?


Dans la négative, elles seront annulées.

Les effets des circonstances exceptionnelles

1. Extension de la compétence des autorités administratives

• Par l’arrêt Heyriès, du 28 juin 1918, le Conseil d’Etat admet qu’en période de crise (en
période de guerre), la puissance publique dispose de pouvoirs exceptionnellement
étendus afin d’assurer la continuité des services publics.

• Habilitation d’un organisme de pur fait à agir en usant des pouvoirs de


l’Administration :

- CE, 7 janvier 1944, Lecoq : en peine débâcle, alors que le parlement avait quitté Paris,
un maire avait décidé de lever un impôt pour faire tourner les services communaux.

• Le CE avait estimé que le maire avait été mis dans une de nécessité, confronté à une
situation d’urgence et donc pouvait pallier la carence de la loi.

- CA, 29 juin 1963, Rajaona

- CA, 14 novembre 1971, Resampa

• Extension des attributions de l’Administration au-delà de son domaine d’intervention


normal (CE, 31 mars 1954, Baudet)

2. Affranchissement des règles de forme

CE, 9 novembre 1945, Société Coopérative Agricole

L’Union Agricole : ordre de réquisition établi par l’Administration sans employer le formulaire
réglementaire
3. Affranchissement des règles de fond

Ex. L’Administration porte atteinte à la liberté individuelle par une mesure de police.

Limites des effets

• Seules sont légitimes les mesures nécessaires (CE, 28 mars, Société Damien)

• Les pouvoirs exceptionnels cessent lorsque les circonstances exceptionnelles sont-elles


même disparues (CE, 20 juin 1948, Laugier)

§2. Les actes de gouvernement : incompétence du juge administratif

Définition

Ce sont des actes accomplis par des autorités administratives et qui ne sont susceptibles d’aucun
recours devant les juridictions administratives, judiciaires et constitutionnelle (cf. « mobile
politique » critère abandonné par le CE dans l’arrêt « Prince Napoléon » du 19 février 1875)

• L’acte de gouvernement correspond à l’exercice de la fonction gouvernementale


traditionnellement distincte de la fonction administrative.

• Il s’agit d’une activité politique plus qu’administrative.

Champ d’applications

- Actes concernant les rapports entre le Gouvernement et les assemblées législatives :


exercice du droit d’initiative, promulgation de la loi, décret de convocation et de clôture
des sessions ;

- Les actes concernant les Relations internationales

- Actes relatifs à la négociation et à la conclusion d’un traité international (signature,


ratification)

- Actes accomplis dans l’exercice de leur fonction diplomatique par les représentants de
la République à l’étranger
- Actes de politique internationale étrangers aux traités (e.g, exercice de la protection des
Malagasy à l’étranger par nos représentants diplomatiques auprès des autorités du pays
ou auprès des instances internationales)

Régime juridique des actes de gouvernement

• L’immunité juridictionnelle :

- Ils échappent à la compétence de la juridiction administrative

• Atténuation de cette immunité :

- Les traités internationaux dans leur application en droit interne, subissent le contrôle de
la juridiction administrative (CA, Ch. CADOUX et autres, 19/07/69)

- Notion de « faute détachable » des rapports internationaux (CE, 1er oct. 1996, Aubert,
Ch. Cadoux précité)
CHAPITRE II : LA RESPONSABILITE ADMINISTRATIVE

Introduction

• La reconnaissance du principe même d’une responsabilité de l’Etat est réalisée à la fin


du XIXè s

• Qu’est-ce que la responsabilité de l’administration ? Doit-elle être seulement liée à la


notion de faute ? Il a fallu longtemps pour que le principe d’une responsabilité de l’Etat
soit admis ? Mais qu’en est-il d’une responsabilité sans faute manifeste ? Comment la
puissance publique doit-elle l’assumer ?

• L’autonomie de la responsabilité administrative : Le régime juridique de la


responsabilité administrative est un régime indépendant des règles du code civil (TC, 8
fév.1873, Blanco)

Cette responsabilité repose sur deux principes

- Droit à un fonctionnement normal du Service Public

- Egalité du citoyen devant la charge publique (aucun particulier ne doit supporter plus
qu’un autre la charge inhérente au fonctionnement du Service Public)

Section 1. La responsabilité de l’Administration pour faute (principe)

Essentiellement une responsabilité pour faute :

- Mauvaise organisation du service

- Défaut d’entretien de l’ouvrage public

- Faute de service d’un agent

La réparation s’opère par le versement de dommages et intérêts

Exemples de faute personnelle

✓ Faute commise dans sa vie privée, en dehors de l’exercice de ses fonctions, totalement
étrangère au service (ex : gendarme tuant son rival avec son arme de service)
✓ Faute non dépourvue de lien avec le service mais s’en détachant matériellement et
psychologiquement (pompier allumant un feu avec sa cigarette alors qu’il venait pour
éteindre un incendie)

✓ Faute commise dans l’exercice du service mais détachable de celui-ci (agent de


l’Administration frappant un parent)

La faute de service

• La faute de service suppose :

- Un « fonctionnement défectueux du service »

- Une « faute commise dans l’exercice du service »

• « Le caractère gradué de la théorie de la faute du service public » : une faute simple


suffit pour engager la responsabilité de l’administration dans ses activités normales mais
il faudra une faute lourde lorsque l’action de l’Administration comporte des aléas
(difficultés, contraintes, incertitudes) et ceci pour ne pas pénaliser la fonction de l’Etat.

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• Notion de faute lourde : le juge administratif ne s’y réfère plus que de manière très
mesurée (limitée)

• Deux illustrations de ces revirements de jurisprudence :

✓ Les services hospitaliers (CE, 10 avril 1992, Epoux V : femme victime de séquelles
graves suite à une cascade d’erreurs médicales commises à l’occasion d’un
accouchement)

✓ Les services pénitentiaires (CE, 23 mai 2003, Madame Chabba : requérante demandait
réparation à l’administration pénitentiaire des préjudices subis par son époux qui en est
venu à se suicider)

Le régime de la faute lourde reste applicable encore dans certains domaines :

✓ Les services de police : pour ce qui concerne des activités de terrains et non plus pour
les activités de règlementation

✓ Les services de lutte c/l’incendie (CA, 26 mai 1962, Epoux Rakotomavo)


✓ Les services fiscaux : pour les tâches présentant une difficulté particulière (CE, 27 juillet
1990, Bourgeois)

✓ La tutelle (contrôle sur les collectivités locales et établissements publics) : la


justification de la faute lourde ne revient par au caractère délicat du service.
L’explication tient à une considération d’opportunité. Pour parvenir a ses fins, la
commune doit prouver l’existence d’une faute lourde commise par l’autorité de
contrôle : Représentant de l’Etat)

La preuve de la faute

• La preuve de la faute doit être rapportée par la victime

• La situation est différente lorsque la victime est usager d’un ouvrage public :

- La charge de la preuve est inversée et il revient au propriétaire de l’ouvrage de prouver


qu’il a correctement entretenu celui-ci

Cumul des fautes et des responsabilités

- Les cas de cumul

• Cumul de fautes : faute personnelle + faute de service (CE, 3 fév. 1911, Anguet ; CA,
30 décembre 1971, Serami)

• Cumul de responsabilités : un seul fait est générateur à la fois d’une faute de service et
d’une faute personnelle (une faute personnelle qui peut engager la responsabilité de
l’administration)

→Une seule faute personne commise dans le cadre du service et couverte par lui (CE, 26 juillet
1918, Lemonnier)

• Cumul de responsabilités : même pour une faute commise en dehors du service mais
conservant un lien avec ce dernier (CE, 18 nov. 1949, Dlle Mimeur)

• Dans tous les cas, pour que toute responsabilité de l’Etat soit engagée, il ne suffit pas
seulement que l’accident ait été causé par un instrument de service. Il faut encore que
le fait soit dommageable, et ait un lien (lien de causalité) avec l’exécution du service.
Conséquences du cumul

✓ Option pour la victime : soit poursuivre le fonctionnaire devant les tribunaux


judiciaires, soit introduire une instance c/ l’Administration devant le juge administratif

✓ Principe : responsabilité de l’agent auteur de la faute personnelle envers


l’Administration à laquelle cette faute a causé un dommage du fait de l’obligation
qu’elle a d’indemniser la victime.

✓ Action récursoire : action engagée par l’administration contre son agent coupable
d’une faute personnelle, après qu’elle a dédommagé la victime. Elle donne droit à
l’administration d’être remboursée des sommes qu’elle a versées à cette dernière (CE,
ass., 28 juillet 1951, Laruelle).

o Mais si l’agent est poursuivi devant le juge judiciaire en raison d’un dommage dû à une
faute de service, le tribunal doit se déclarer incompétent. A défaut l’agent condamné
peut se retourner contre son administration afin d’obtenir le remboursement des
sommes qu’il a payées (CE, ass. 28 juillet 1951, Delville). Ce contentieux est
administratif.

Bilan l’émergence des actions récursoires

Ouvrages administratifs :
Jacqueline-Morand Deviller
André De Laubader
Gustave Paizer
Chapus
Walline

Bilan

• Suite à cette évolution, il y a responsabilité de l’administration pour faute dans 4 cas :

- Faute de service de l’agent (Pelletier),

- Faute de service cumulée avec faute personnelle (Anguet),

- Faute personnelle commise dans le service ou à l’occasion du service (Lemonnier),

- Faute personnelle hors du service mais non dépourvue de tout lien avec le service
(Mimeur)
Mais cette jurisprudence, destinée à protéger les victimes contre l’insolvabilité éventuelle des
agents publics, a en fait conduit à une véritable irresponsabilité des fonctionnaires pour leurs
fautes, même personnelles (on demandait la réparation du préjudice le plus souvent à
l’administration et non à l’agent)

• D’où l’émergence des actions récursoires

Section 2 : La responsabilité sans faute (Exception)

Dans certains cas, la responsabilité administrative peut être engagée sans qu’il y ait de faute
commise par agent.

§1. La responsabilité fondée sur le risque

(CE, 21 juin 1895, Cames : reconnaissance de la responsabilité de l’administration sur le


fondement du risque)

Les cas retenus comme constitutifs d’un tel risque sont :

- La responsabilité pour risque au profit de tiers victimes d’accidents de travaux /


ouvrages publics exceptionnellement dangereux (cf. activités dangereuses)

- Les choses dangereuses (armes à feu)

- Les méthodes dangereuses (certains traitements de malades mentaux leur offrant la


possibilité de « sortir pour essai »)

- Les situations dangereuses (personnes se trouvant du fait de leurs obligations


professionnelles dans une situation dangereuse)

A. Les activités dangereuses

• Responsabilité fondée sur les dommages d’ouvrages et de travaux publics

- La responsabilité sans faute d’une personne publique propriétaire d’un ouvrage public
est susceptible d’être engagée à l’égard des tiers à l’ouvrage lorsqu’il existe un lien de
causalité entre l’ouvrage public et le dommage anormal et spécial subi.
- La victime doit effectivement rapporter la preuve que la présence, l’absence ou le
dysfonctionnement de l’ouvrage a eu pour effet de causer ou d’aggraver les effets d’un
phénomène naturel (CE, 30 déc. 2003, Groupement foncier agricole de Cassafières)

- Ce dysfonctionnement de l’ouvrage public peut résulter :

▪ d’un défaut d’entretien de l’ouvrage (CE, 31 déc. 2008, SARL Garage Gintz : voie
publique)

▪ d’un vice de conception de l’ouvrage (CE, 26 nov. 2007, M. Eric A : réseau public
d’évacuation des eaux pluviales)

• La situation est différente lorsque la victime est usager de l’ouvrage public (et non tiers).

- Dans ce cas de figure, la charge de la preuve est inversée et il revient en conséquence


au propriétaire de l’ouvrage de prouver qu’il a correctement entretenu celui-ci (CE, 8
juin 2011, Caisse de compensation des services sociaux)

12/02/2020

• Les tiers peuvent rechercher, pour obtenir la réparation des dommages qu’ils ont subis,
la responsabilité soit du maitre de l’ouvrage qui a la garde de l’ouvrage public qui assure
l’entretien de cet acte ouvrage (C.E, 3 mai 2006, Ministre de l’écologie et du
développement durable)

• La responsabilité de propriétaire de l’ouvrage public peut être atténuée voire écartée


lorsque les dommages sont imputables à une faute de la victime ou à un cas de force
majeure.

• En revanche, le fait d’un tiers ne peut pas être invoqué par le propriétaire de l’ouvrage
pour atténuer sa responsabilité (C.E, 21/12/2007, M. Carlo. A : en l’espèce, le fait du
tiers est étranger au litige qui oppose le propriétaire de l’ouvrage à la victime de
l’inondation)

• Par ailleurs, le jeu administratif peut condamner la personne publique responsable de


l’ouvrage à réparer les dommages mais il ne peut pas enjoindre à une collectivité de
réaliser des travaux pour mettre fin à ces dommages (C.A.A, Douai, 30 juin 2010, M. et
Mme Antonio A.)
• Le Jurisprudence n’a pas de pouvoir d’injonction vis-à-vis de l’administration pour la
simple raison du principe de séparation des pouvoirs.

La JP sur les choses dangereuses étendues à certaines activités

• Extension aux activités de rééducation / réinsertion sociales

Ex : dommages causés par des détenus en permission de sortie, semi-liberté ou liberté


conditionnelle, par les malades d’établissements psychiatriques en sortie temporaire, ou par un
pensionnaire évadé.

(CA, 30 juin 1965, Lebreton)

CE, 3 février 1956, Thouzellier)

19/02/2020

Dommages à l’occasion de travaux publics

Les travaux entrepris par les personnes publiques dans un bit d’intérêt général peuvent engager
leur responsabilité lorsque la victime, tiers par rapport aux travaux, démontre qu’il existe un
lien de causalité entre la réalisation des travaux publics et le dommage anormal et spécial
qu’elle a subi (C.A.A Marseille, 12 mai 2011, M. et Mme Bruno A : notion de dommage
anormal)

Il peut s’agir notamment :

- De travaux de terrassement qui provoquent des mouvements de terrain (C.E, 29 juillet


1994, SA de construction et de location de l’Ubaye)

- Travaux qui provoquent ou aggravent une inondation (C.E., 12 avril 1995, Synd.
Intercommunal pour l’aménagement hydraulique de la vallée de l’Hers)

- Travaux qui endommagent un immeuble, fissures notamment (C.A.A Nancy, 15 février


2007, Sté SOGEA Est)

- Travaux publics à l’origine d’un incendie de forêt (C.A.A Marseille, 9 juillet 2003, M.
et Mme Joël X)

• Lorsque la victime a la qualité d’usager (et non tiers) des travaux publics, la charge de
la preuve est inversée et il revient en conséquence au responsable des travaux de prouver
qu’ils ont été normalement conçus et exécutés (C.A.A Lyon, 22 juillet 2010,
Communauté de communes Lembron val d’Allier).

• La responsabilité du responsable des travaux peut être atténuée voire écartée lorsque les
dommages sont imputables à une faute de la victime ou à un cas de force majeure
(C.A.A. Marseille, 11 janvier 2010, SNCF)

• En revanche, le fait d’un tiers ne peut pas être invoqué par le responsable des travaux
pour atténuer sa responsable (CA.A. Nancy, 15 novembre 2007, Cne de Balesme sur
Marne)

Les risques de voisinage

• On a admis la responsabilité pour risque de voisinage (C.E, 28 mars 1919, Regnault-


Desroziers) pour l’explosion d’un dépôt de munition (le fort de la Courneuve)

B. Les choses dangereuses

- Depuis 1995, reconnaissance d’une responsabilité sans faute des centres de transfusions
sanguines à raison des produits qu’ils fournissent.

- Aujourd’hui une responsabilité sans faute pour « défaillance des produits et appareils
de santé (CE Marzouk 2003).

- Utilisation par la police de certaines armes faisant naître à la charge de l’Administration


une obligation de réparer sans les dommages procédant d’un risque exceptionnel (CE,
24 juin 1949, Lecomte)

C. Les dommages du fait des attroupements et rassemblements

- Une responsabilité du fait des attroupements et rassemblements, qui a d’abord pesé sur
les communes (loi fr. de 1914), puis sur l’Etat (loi fr. de 1983) et ce devant le juge
administratif (loi fr. de 1986)

- Il faut un fait dommageable à caractère collectif et des actes de violences constitutifs de


crimes ou de délits.
D. Dommages causés aux agents publics et collaborateurs occasionnels

• Responsabilité sans faute pour le dommage causé à un enfant à naître du fait que sa
mère, institutrice, est exposée en permanence aux dangers de la contagion en cas
d’épidémie de rubéole ;

• Pour les collaborateurs occasionnels du service requis ou bénévoles (CE, 21 novembre


1946, Saint Priest-la-Plaine ; CE, 25 septembre 1970, Commune de Bats-sur-Mer) à
condition que cette participation soit effective et justifiée.

Exam

1. Définition

2. Différence

3. Quelles sont les conséquences de ces différences

Bonus : illustration des arrêts : dire un peu le fond de l’arrêt

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