Droit de la Propriété Intellectuelle
Droit de la Propriété Intellectuelle
DROIT DE LA PROPRIETE
INTELLECTUELLE
Le droit de la propriété intellectuelle (DPI) est un droit en pleine expansion. Traditionnellement reléguée
au domaine des choses inanimées, aujourd’hui, la propriété intellectuelle s’est étendue au domaine du
vivant. Le DPI protège les produits de la créativité de l’esprit humain. Cette protection juridique, qui
confère généralement un monopole d’exploitation* ou des droits exclusifs au titulaire*, s’exerce sur des
créations intellectuelles qui remplissent un certain nombre de critères* ou des conditions pour sa mise
en œuvre*. Le champ de la propriété intellectuelle est très vaste ; il concerne les brevets d’invention (1),
les modèles d’utilité industrielle (2), les marques de produits ou de services (3), les dessins et modèles
industriels (4), les noms commerciaux (5), les indications géographiques (6), la propriété littéraire et
artistique (7), la protection contre la concurrence déloyale (8), les schémas de configuration des circuits
intégrés (9) et la protection des obtentions végétales (10). A ce champ déjà étendu et couvert par des
textes de lois nationaux et internationaux, s’ajoute la protection des secrets commerciaux (11).
Aujourd’hui, l’ampleur du développement technique et l’essor des technologies de l’information et de la
communication, au niveau mondial, accroissent les enjeux liés à la protection de la propriété
intellectuelle.
En effet, Peu d’innovations ont eu autant d’impact que le numérique sur la création et la diffusion des
œuvres picturales, musicales, littéraires et autres, qui a façonné de nouveaux publics de masse tout en
bouleversant les modèles commerciaux et en remettant en cause les moyens de subsistance de
nombreux créateurs.
Gérer la propriété intellectuelle, c’est d’abord la protéger. Une protection efficace, par une législation
adaptée, rassure les créateurs ou inventeurs et offre aux pays qui assurent cette protection de réelles
opportunités économiques. En effet, le DPI apporte des réponses précises aux nombreux problèmes qui
se posent dans la société et permet de bâtir des stratégies de protection des biens intellectuels. Ainsi,
des questions telles que comment protéger une invention, un signe distinctif ou une œuvre de l’esprit
dans une économie mondialisée ou encore comment protéger efficacement un secret de fabrication ou
de commerce sont des préoccupations qui peuvent être solutionnées par le droit de la propriété
intellectuelle. Or, il est indéniable que le non-respect ou la méconnaissance des droits de propriété
intellectuelle fragilise des pans entiers de l’économie nationale (industrie du textile ou de la musique),
plombe le développement industriel, nuit à la création artistique, met en danger la vie des
consommateurs et constitue un manque à gagner pour les titulaires, pour les ayants-droit et pour les
États les plus pauvres. La contrefaçon qui est l'atteinte aux droits de la PI, constitue donc un grave fléau
pour l’économie mondiale. Seule une bonne connaissance et une application effective des règles
offertes par le DPI permettront de juguler ce fléau.
Mais la protection de la PI (propriété intellectuelle) n’est pas une fin en soi. Car si l’on se contentait
seulement de protéger les créations intellectuelles sans organiser leur exploitation, la société n’en
profiterait pas, elle ne connaitrait pas de progrès technique, technologique et culturel. Ainsi, la
protection juridique doit donc être considérée comme une étape vers la conversion de la propriété
intellectuelle en actif commercial, source de
richesse pour les entreprises et les Etats, et de création d’emploi pour la jeunesse
La PI est une notion juridique au contenu assez hétérogène. Elle concerne une multitude de créations
intellectuelles (inventions, œuvres de l’esprit), qui sont les produits de la créativité de l’esprit humain. Le
point commun à toutes ces créations est qu’elles sont toutes protégées par un droit exclusif conférant à
leur titulaire ou créateur le pouvoir d’en contrôler l’accès, l’utilisation et l’exploitation. Selon l’article 544
du code civil (dès qu’il a été rendu applicable en CI) la propriété est le droit de jouir et disposer des
choses de la manière la plus absolue pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les
règlements.
Partant de cette définition légale de la propriété, on en déduit qu'il s’agit d’un droit de jouissance et de
disposition portant sur une chose, c’est-à-dire un bien corporel ou incorporel, matériel ou immatériel.
Dans cette optique la PI apparaît comme une propriété qui se rapporte à un objet intellectuel, c’est-à-
dire une chose immatérielle : une création abstraite de l’esprit humain.
Selon l’article 2 de la loi n°96-564 du 25 juillet 1996 relative à la protection des œuvres de l’esprit et aux
droits des auteurs, des artistes-interprètes et des producteurs de phonogramme et vidéogramme : <<
les auteurs des œuvres de l’esprit jouissent sur ces œuvres, du seul fait de leur création et sans formalité
aucune, d’un droit de propriété incorporelle, exclusif et opposable à tous…>>
Ainsi, en tant que propriété incorporelle, la propriété intellectuelle se distingue des autres formes de
propriété mais en conserve les principales caractéristiques.
La PI peut faire l’objet, sous certaines conditions de cession, par le biais d’une licence, d’échange, ou de
donation. La différence la plus remarquable entre la propriété intellectuelle et les autres formes de
propriété est sa nature incorporelle, c’est-à-dire immatérielle. Ainsi, la PI ne peut se définir ou
s’identifier par rapport à des paramètres matériels. Le titulaire de la PI a le droit de s’opposer à
l’utilisation ou à l’exploitation sans son consentement de sa création intellectuelle, objet de la PI.
Ex.: La protection des inventions par le brevet confère aux inventeurs le droit exclusif d’exploiter leurs
inventions.
Ce droit exclusif lui confère une double sécurité économique et juridique et les encourage à poursuivre
leur créativité selon leur ingéniosité ou leur imagination.
L’objectif poursuivi en accordant des droits exclusifs au créateur de bien intellectuel varie suivant la
nature des éléments protégés mais l‘idée d’une récompense du titulaire est toujours présente. Selon les
cas, la reconnaissance d’un droit exclusif se justifie par un acte de création, par un enrichissement de
l’état de la technique ou par une innovation, par un investissement ou encore parce que la création
contribue au bon fonctionnement du commerce et de la concurrence. Cette protection juridique
procure à son titulaire un monopole d’exploitation et le droit d’interdire à toute autre personne
d’utiliser sa création intellectuelle sans son consentement que cela soit pour la fabriquer en un ou
plusieurs exemplaires, la vendre, l’importer ou l’exporter, la communiquer au public et la reproduire. Le
non-respect de son monopole est sanctionné sur les plans civil et pénal par l’action en contrefaçon. Ce
droit de propriété intellectuelle est reconnu et réaffirmé par l’article 27 de la déclaration universelle des
droits de l’homme de 1948 qui dispose que : <<chacun a droit à la protection des intérêts moraux et
matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur>>.
Telle que définie et présentée, la PI a une existence relativement récente comme le démontre
l'historique de son apparition.
Sur le plan historique, les créations intellectuelles ont précédé la PI. Aussi loin que l’on puisse remonter
dans l’histoire humaine, l’existence ou la présence des créations intellectuelles ne fait l’ombre d’aucun
doute. En tant que produit de l’intelligence humaine, les créations intellectuelles sont pour ainsi dire
liées à l’existence même de l’être humain dont l’imagination, la créativité et l’ingéniosité semblent
inépuisables. Depuis l’antiquité, notamment en Egypte et en Chine, les artisans et les architectes ou
d’autres créateurs ont exprimé le désir de fixer l’origine de leur création en y apposant une signature.
Dans le domaine des inventions, au moyen âge, en Europe, il était délivré au nom du roi des actes qui
conféraient une dignité ou qui accordaient un bénéfice quelconque aux inventeurs. Ainsi de la simple
affirmation de l’origine d’une création, on est arrivé dans le temps à la protection des créateurs et à la
protection de leurs œuvres. Le principe de l’octroi aux inventeurs de droits exclusifs sous une forme
quelconque pour leurs inventions remonte au début du XVe siècle à Venise et s’est propagé rapidement,
ailleurs, en Europe au XVIe siècle d’abord, en Allemagne, puis en France, aux Pays Bas et en Angleterre.
Ainsi en Europe, les lois relatives à la PI firent leur apparition au XVIe siècle pour se généraliser à partir
du XVIIe siècle.
La 1ère union créée, fut la convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle conclue le
20 mars 1883.
Par la suite fut signée la convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques
conclue le 9 septembre 1886.
L’arrangement de la HAYE au Pays Bas concernant le dépôt international des dessins ou modèles
industriels a été signé le 6 novembre 1925 à la Haye.
Au niveau africain, on peut citer l’accord de Libreville portant création de l’office africain et malgache de
la propriété industrielle signée en 1962 qui a été remplacé par l’accord de Bangui du 2 mars 1977
instituant une organisation africaine de la PI, révisé en 1999. La CI est membre de ces unions et
organisations mondiales et régionales.
Le droit actuel de la PI est donc le résultat d’un long processus historique de formation.
3. Organisation du cours
Dans la mesure où les créations intellectuelles sur lesquelles s’exerce la propriété intellectuelle sont
classés en 2 grandes catégories : d’une part, les créations dites littéraires et artistiques et, d’autre part,
les créations dites industrielles, le présent cours, prenant en compte cette grande division théorique de
la matière, s’articulera en 2 grandes parties. La 1ère partie portera sur la propriété littéraire et
artistique* et la seconde partie sur la propriété industrielle*. Ces deux grandes branches du DPI
comportent chacune des sous catégories.
Le droit d’auteur proprement dit, en vertu duquel un droit exclusif et opposable à tous est accordé aux
auteurs des œuvres de l’esprit ayant un caractère original ;
Le droit des producteurs de bases de données, en vertu duquel celui, qui prend l’initiative et le risque
des investissements liés à la création d’une base de données, bénéficie du droit exclusif d’autoriser ou
d’interdire certains actes sur sa base de données ;
Les droits voisins du droit d'auteur, qui incluent les droits des artistes-interprètes et les droits des
producteurs de phonogramme et de vidéogramme ainsi que les droits des entreprises audiovisuelles.
Des droits qui portent sur des innovations industrielles (le brevet d’invention, le certificat d’obtention
végétale, les enregistrements de dessins et modèles industriels, les droits sur les puces et les semi-
conducteurs (processeur). Le savoir-faire n’est pas inclus dans la propriété industrielle car il ne fait pas
l’objet d’une protection légale par le DPI.
Selon la Cour de cassation française, chambre civile 1, 22 janvier 2009 N° de pourvoi: 08-11404, « pas de
protection pour le parfum, la Cour persiste et signe »
La Cour de cassation a, une fois de plus, réaffirmé sa nouvelle jurisprudence visant à dénier au parfum le
statut d’une œuvre protégeable et casse l’arrêt de la Cour d’appel d’Aix qui avait retenu la protection du
parfum Trésor de Lancôme. Cassation au double visa des articles L. 112-1 et L. 112-2 du code de la
propriété intellectuelle ; « la fragrance d'un parfum, qui procède de la simple mise en œuvre d'un savoir-
faire, ne constitue pas la création d'une forme d'expression pouvant bénéficier de la protection des
œuvres de l'esprit par le droit d'auteur ».
Des droits qui portent sur des signes distinctifs (le droit des marques, des noms commerciaux, le droit de
la concurrence déloyale et les indications géographiques).
Tous les droits de propriété industrielle ont une caractéristique commune, leur naissance et leur
protection sont subordonnées à un système de dépôt ou de déclaration auprès d’une administration.
Alors que la propriété littéraire et artistique naît du seul fait de la création de l’œuvre de l’esprit et ne
nécessite aucune formalité administrative obligatoire. Les formalités administratives imposées pour la
propriété industrielle sont parfois coûteuses et de nature à décourager les créateurs. Dans la mesure où
tous les créateurs n’ont pas toujours les moyens financiers de défendre leurs créations intellectuelles
par le mécanisme de la propriété industrielle, certains choisissent de garder le secret de leur invention,
d’autres choisissent délibérément de garder le secret de leur innovation. Le secret commercial qui n’est
pas encadré par la propriété intellectuelle trouve une protection contractuelle par le biais des clauses
dites de confidentialité ou de non exploitation. Le secret de fabrication ou secret commercial ne sera pas
traité dans le cadre de ce cours. La 1ère partie de ce cours sera donc consacrée à l’étude des règles de
protection des œuvres littéraires et artistiques à travers le droit d’auteur et les droits voisins et la 2ème
partie consacrée aux règles de protection des créations industrielles qui incluent le droit des brevets
d’invention, le droit des obtentions végétale, droit des marques et les autres signes distinctifs.
La propriété littéraire et artistique porte sur les œuvres de l’esprit, c’est-à-dire les œuvres littéraires et
artistiques. Les termes "œuvres de l’esprit" s’entendent de toute création ou production du domaine
littéraire et artistique ou scientifique quel qu’en soit le mode d’expression.
L’œuvre de l’esprit procède toujours du travail créatif de l’être humain et est exprimée par lui dans une
forme particulière. Elle doit se distinguer de notions voisines que sont la découverte et le savoir-faire. La
découverte est l’action de découvrir ce qui est caché ou inconnu. Ainsi, la simple mise en lumière ou en
évidence de l’existant n’est pas une création de l’esprit humain. C'est le cas, notamment, d’un
archéologue qui dévoile un trésor artistique d’une civilisation disparue. Cette découverte en elle-même
ne peut donner prise à un droit d’auteur, droit de propriété littéraire et artistique (PLA). Cependant, il
peut y avoir créativité dans la manière de présenter la découverte. Le savoir-faire quant à lui est une
habileté à mettre en œuvre une expérience acquise, une compétence ou une adresse particulière. Il
s’agit donc de la mise en œuvre d’une certaine connaissance technique qui ne peut en aucun cas donner
lieu à la naissance d’un droit de PLA. Pour être appréhender par la PLA, l’œuvre de l’esprit doit
s'exprimer dans une forme originale. L’œuvre de l’esprit est réputée créée indépendamment de toute
divulgation publique et existe du seul fait de sa réalisation même inachevée. Toute ébauche ou esquisse,
tout synopsis ou croquis sont susceptibles d’être protégés par la PLA. Les œuvres de l’esprit sont donc
protégées par la PLA dont la première composante est le droit d’auteur et la seconde constituée par les
droits dits voisins du droit d’auteur.
Cependant en tant que création de pure forme, certaines créations artistiques peuvent être également
protégées par le droit des dessins et modèles industriels. Dans un tel cas, le mécanisme de protection
juridique est celui fixé par l’annexe IV de l’Accord de Bangui du 2 Mars 1977 révisé le 24 Février 1999. La
protection des œuvres de l’esprit par le droit d’auteur confère à l’auteur de l’œuvre ou à ses ayants
droits un droit de propriété exclusif sur son œuvre. Mais, la jouissance de ce droit n’est pas sans
condition. Les critères et conditions de protection des œuvres par le Droit D'auteur sont fixés par la loi
n°96-564 du 25 juillet 1996 qui détermine le champ d’application de la PLA. L’Accord de Bangui révisé
précité, en tant normes supranationale régit également la Protection des œuvres de l'esprit dans son
annexe VII. La propriété littéraire artistique a donc deux composants essentiels que sont le droit
d’auteur d’une part et les droits voisins des droits d’auteur d’autre part que nous examinerons ci-après.
Selon l’article 2 de la loi de 1996: "les auteurs des œuvres de l’esprit jouissent sur ces œuvres, du seul
fait de leur création et sans formalité aucune, d’un droit de propriété incorporelle, exclusif et opposable
à tous. Un tel droit dénommé droit d’auteur comporte tous les attributs d’ordre intellectuel, moral et
patrimonial dont la détermination et la protection sont organisés par la loi. Le droit d’auteur, qui a pour
vocation d’assurer la protection et la reconnaissance juridique des œuvres de l’esprit, accorde par la
même occasion aux auteurs de ces œuvres des droits exclusifs et opposables à tous, qui leur permettent
de maîtriser la circulation de leurs œuvres et d'en contrôler l'exploitation. Le droit d’auteur procure
donc aux auteurs des œuvres de l'esprit des récompenses intellectuelles ou morales, mais aussi des
retombées économiques liées à l’exploitation de leurs œuvres. En contrepartie de cette protection
légale, le public obtient un large accès à des créations de toute nature qui n’auraient peut-être pas vu le
jour autrement. La loi relative au droit d’auteur protège également les œuvres de l’esprit produites à
l’étranger par des ressortissants ivoiriens, que ces œuvres soient publiées ou non. Cette protection est
assurée dans les mêmes conditions que les œuvres de l’esprit produites en CI.
Les œuvres des ressortissants étrangers qui sont publiées pour la 1ère fois en CI jouissent de la même
protection que les œuvres des ressortissants ivoiriens : c’est le principe du traitement national.
Indépendamment des règles de protection prévues par les conventions internationales ratifiées par la
CI, les œuvres des ressortissants étrangers (publiées à l’étranger) jouissent de la même protection
organisée par la loi ivoirienne sous la condition que le pays étranger de l’auteur de l’œuvre accorde une
protection équivalente aux œuvres des ressortissants ivoiriens. La protection des œuvres de l’esprit par
le droit d’auteur est donc organisée aussi bien au niveau national qu’au niveau international.
SOUS TITRE I : LA PROTECTION NATIONALE PAR LE DROIT D’AUTEUR
C’est en 1978 que la 1ère loi ivoirienne fut prise en matière de droit auteur. Il s'agissait de la loi n°78-
634 du 28 Juillet 1978 portant protection des œuvres de l’esprit. Mais avant cette loi de 1978, la matière
était régie par la législation française telle que rendue applicable dans les colonies notamment la loi du
11 mars 1957 sur la propriété littéraire et artistique. En 1981, le décret n°81-232 du 15 Avril 1981 a été
pris en application de la loi de 1978 pour fixer les attributions, l’organisation et le fonctionnement du
Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur (BURIDA). En 1996, une nouvelle loi a été promulguée en
remplacement de celle de 1978 et est actuellement en vigueur. Il s’agit de la loi n°96-564 du 25 juillet
1996 relative à la protection des œuvres de l’esprit et aux droits des auteurs, des artistes interprètes et
des producteurs de phonogrammes et de vidéogrammes. Cette loi a prévu en son article 62 la création
d’un organisme d’auteurs et compositeurs pour l'exploitation des droits d'auteur. Ainsi, un autre décret
a été pris le 31 juillet 2002 sous l’égide de la loi de 1996 pour fixer les attributions, l’organisation et le
fonctionnement de cet organisme qui a gardé le nom du BURIDA. Ce second décret a été abrogé en
2006 par le décret n°2006-39 du 15 Mars 2006 portant réorganisation du secteur du droit d’auteur et
des droits voisins. Le 20 novembre 2008, un nouveau décret a été pris, il s’agit du décret n°2008-357 du
20 novembre 2008 portant réforme du Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur (BURIDA). Ce décret a
transformé le BURIDA qui a été créé sous la forme d’association en une société civile de type particulier.
Le 22 avril 2015, le nouveau décret a été pris en remplacement de celui de 2008 fixant les attributions,
l’organisation et le fonctionnement du BURIDA. Il s’agit du décret n° 2015-271 du 22 avril 2015. Ce
nouveau décret, qui a maintenu le BURIDA en société civile de type particulier ambitionne de garantir
une stabilité, une gestion efficiente, transparente et responsable de cette structure. Il institue une
assemblée générale exceptionnelle garantissant le respect de l’obligation de reddition des comptes des
dirigeants, et des sanctions en cas de violation des règles de fonctionnement du BURIDA. Aujourd’hui, la
loi de 1996 a fait l'objet d'une réforme pour tenir compte, non seulement, de l’évolution technologique
mais aussi de l’adoption des textes internationaux intervenus depuis sa promulgation. Un projet de loi a
été adopté par le gouvernement portant sur la réforme de la loi de 1996. La nouvelle loi devrait, en
principe intervenir d'ici avant la fin de l'année 2016 viendrait donc modifier et moderniser le régime
juridique de protection des œuvres de l’esprit. L'étude de la protection nationale des œuvres de l’esprit
par le droit d’auteur portera successivement sur la détermination des œuvres protégeables, la titularité
du droit d’auteur, le contenu du droit d’auteur, les modes et conditions d’exploitation des droits
d’auteur et enfin la défense des droits d’auteur.
La détermination des œuvres protégeables par le droit d’auteur permet de dresser la nomenclature
desdites œuvres mais également de mettre en exergue les principes et condition de la mise en œuvre de
la protection légale. Les principes et condition de la protection des œuvres permettent de comprendre
la philosophie générale de la matière tandis que la nomenclature desdites œuvres permet de cerner la
diversité des œuvres protégeables.
Ces principes sont posés aux articles 2 et 6 de la loi de 1996 et sont au nombre de trois. Il s’agit de
l’indifférence de la destination et du mérite de l’œuvre, de la non-exigence de formalité, et de la
distinction entre les idées et la forme de l’œuvre.
Ce principe signifie que l’on ne doit pas porter un jugement de valeur sur une œuvre de l’esprit avant de
lui accorder la protection légale. Ainsi, l’on ne tiendra compte ni des performances ni de la valeur d’une
œuvre pour la protéger. Ce qui importe c’est le caractère original de l’œuvre. De même, l’on ne fera pas
de distinction selon le genre ou la destination de l’œuvre. L’on ne tiendra pas compte également du
support sur lequel l’œuvre est fixée. L’indifférence du mérite et de la destination de l’œuvre est un
principe expressément prévu par la loi ivoirienne de 1996 (article 6).
B. L’ABSENCE DE FORMALITE
Le principe de l'absence de formalité découle de l’article 2 de la loi de 1996. Ce principe signifie que
l’auteur d’une œuvre n’a pas besoin de saisir une administration étatique pour se voir délivrer un titre
de propriété sur l’œuvre créée ou un quelconque document administratif y relatif. L’auteur n’a pas non
plus besoin d’effectuer un dépôt légal pour bénéficier des droits d’auteur sur son œuvre. C’est là une
grande différence avec le droit de la propriété industrielle où ces formalités sont requises. Le droit
d'auteur naît du seul fait de la création de l’œuvre originale. Ainsi, ce droit trouve son origine dans un
fait juridique qui est la création de l’œuvre. L’absence de formalité pour la protection des œuvres par le
droit d’auteur est une exigence majeure expressément prévue par la loi ivoirienne qui découle de la
convention de Berne de 1886.
La protection par le droit d’auteur ne prend pas en compte les simples idées, les procédures, les
méthodes de calcul, les concepts mathématiques. Ce principe de l’exclusion des idées marque de façon
nette la distinction qui est faite entre les idées contenues dans une œuvre et la forme de l’œuvre.
Selon les auteurs les idées sont par essence et par destination de libre parcours. Cela signifie que nul ne
peut s'approprier par un droit privatif de simples idées.
L’article 1er de la directive européenne du 14 Mai 1991 relative à la protection juridique des
programmes d’ordinateurs dispose que :<< les idées et principes qui sont à la base de n’importe quel
élément d’un programme d’ordinateur y compris ceux qui sont à la base de ses interfaces ne sont pas
protégés par le droit d’auteur…>>
La loi ivoirienne quant à elle n’a pas prévu expressément ce principe de l’exclusion des idées du champ
du droit d’auteur. Cependant, ce principe se déduit implicitement de l’article 6 de la loi de 1996 qui
impose le caractère original de l’œuvre pour sa protection.
L’exclusion des idées de la protection par le droit d’auteur se comprend aisément face à l’exigence du
caractère original de l’œuvre.
L’unique condition pour la protection légale des œuvres de l’esprit est le caractère original de l’œuvre.
Ainsi, pour être protégée par le droit d'auteur, l’œuvre de l’esprit doit être originale. Cette condition
d’originalité n’a pas été expressément prévue par la convention de Berne mais elle se déduit de l’esprit
de cette convention. Le législateur ivoirien a non seulement prévu la condition de l’originalité de l’œuvre
mais a également donné la définition de l’œuvre originale. Cette définition a été empruntée à la loi type
de Tunis de 1976. Selon l’article 10 de la loi de 1996, l’œuvre originale s’entend d’une œuvre qui, dans
ses éléments caractéristiques et dans sa forme ou dans sa forme seulement, permet d’individualiser son
auteur. A l’évidence l’originalité est une notion difficile à appréhender. Il convient donc de préciser le
contenu de cette notion avant d’examiner la particularité du programme d’ordinateur original.
A. LA NOTION D’ORIGINALITE
Les œuvres de l’esprit ne peuvent bénéficier de la protection par le droit de l’auteur que si elles sont
originales. Est originale, l’œuvre qui, dans sa forme ou dans ses éléments caractéristiques, constitue une
création intellectuelle propre à son auteur c’est-à-dire une création intellectuelle qui est le reflet de la
personnalité de l’auteur ou l’empreinte de sa personnalité. L’originalité est la condition sine qua non de
la protection des œuvres de l’esprit.
L’originalité est même qualifiée par certains auteurs de pierre angulaire du droit d’auteur.
L’originalité est une notion qui se distingue d’autres notions voisines notamment la notion de
nouveauté. La nouveauté est une notion utilisée en matière de brevet d’invention. Selon l’article 3 de
l’annexe 1 de l’accord de Bangui révisé: << une invention est nouvelle si elle n’a pas d’antériorité dans
l’état de la technique>>. La nouveauté est donc une notion objective mesurable sur l’échelle du temps.
L’originalité est une notion purement subjective. Elle est indissociable de la personne même de l’auteur
de l’œuvre. L’originalité exprime la vision du monde de l’auteur ses choix, ses goûts, sa personnalité.
L’originalité est donc la reconnaissance juridique de la créativité de l’auteur. L’originalité a pour
contraire la banalité, c’est -à -dire ce qui est commun, dépourvu de caractère propre, qui n’appartient à
personne. L’œuvre banale n’est pas protégeable par le droit d’auteur. L’originalité fait transparaître la
personnalité de l’auteur de l’œuvre. En France, où il n’existe pas de définition légale de la notion
d’originalité, le soin a été laissé à la jurisprudence de la définir. Il en est résulté une variété de
définitions suivant les juridictions. L’originalité s’apprécie in concreto, c’est-à-dire au cas par cas. Les
juges du fond ayant un pouvoir souverain d’appréciation des faits, sont tenus de motiver leur décision et
d’exprimer les raisons pour lesquelles ils accordent une protection juridique à telle ou telle autre œuvre.
On a pu lire dans certaines décisions françaises que l’originalité est le reflet de la personnalité du
créateur de l’œuvre (CA de paris 14novembre 1988), ou bien qu’une œuvre est originale si elle porte la
trace d’un effort personnel de création et de recherche d’esthétique dans la combinaison des éléments
caractéristiques.
Revenant à la définition légale ivoirienne, une œuvre originale est celle qui dans ses éléments
caractéristiques et dans sa forme ou dans sa forme uniquement permet d’individualiser son auteur. Que
faut-il entendre par cette définition légale ?
En effet, les règles de conception et de programmation des logiciels laissent très peu de place à la
subjectivité. On ne peut donc pas apprécier l’originalité d’un roman de la même manière que celle d’un
programme d’ordinateur. Ni l’Accord de Bangui révisé encore moins la législation ivoirienne n’ont prévu
de définition spécifique pour l’originalité des logiciels. L’accord de l’OMC sur les aspects de droit de
propriété intellectuelle qui touchent au commerce qui a introduit le logiciel dans la catégorie des
œuvres littéraires sans donner d’indication sur l’originalité des logiciels. En droit français, c’est la
jurisprudence qui est intervenue pour préciser la notion de logiciel original.
En France, la définition du logiciel original résulte de l’arrêt Pachot rendu par l’assemblée plénière de la
cour de cassation le 7 Mars 1986. Approuvant les motifs des juges du fond, la cour de cassation a estimé
que l’auteur d’un logiciel avait fait preuve d’un effort personnalisé allant au-delà de la simple mise en
œuvre d’une logique automatique et contraignante et que la matérialisation de cet effort résidait dans
une structure individualisée. Il résulte de cette décision que le logiciel original est celui qui porte la
marque d’un effort personnalisé de l’auteur. Sur le plan européen la directive 91/250/CEE du conseil du
14 Mai 1991 concernant la protection juridique des programmes d’ordinateur, définit le programme
d’ordinateur original comme celui qui est la création intellectuelle propre à son auteur. Cette définition
laisse entrevoir l’exigence d’un apport intellectuel de l’auteur du logiciel.
En CI c’est la définition de l’article 10 de l’œuvre originale qui sera appliquée au logiciel pour déterminer
son caractère original. L’originalité est donc la condition nécessaire et suffisante pour la protection des
œuvres de l’esprit. Cette originalité s’apprécie au cas par cas en fonction du genre de l’œuvre concerné.
Il convient d’examiner les différentes catégories d’œuvre protégeables.
Les œuvres de l’esprit s’expriment dans des formes diverses. Devant cette diversité, il importe de voir
les catégories des œuvres ayant vocation à être protéger par le droit d’auteur. En la matière, la doctrine
distinguent les œuvres absolument originales de celles qui sont relativement originales. Les œuvres
considérées comme absolument originales sont celles qui ne s’inspirent d’aucune œuvre préexistante. A
l’inverse, les œuvres relativement originales sont œuvres inspirées par des créations préexistantes. Il en
résulte donc 2 catégories d’œuvres à savoir les œuvres primaires ou œuvres premières et les œuvres
dérivées.
Les œuvres 1ères sont celles énumérées par l’article 6 de la loi de 1996. Cette nomenclature se retrouve
également à l’article 5 de l’annexe VII de l’accord de Bangui révisé. Elles se classent sous différentes
expressions dont les principales sont les œuvres littéraires, les œuvres artistiques et les œuvres
musicales et folkloriques.
Ce sont celles qui s’expriment à travers les mots. En effet, une œuvre littéraire est une œuvre relative à
la littérature, c’est-à-dire réalisée par les moyens du langage. Il peut s’agir d’œuvres orales ou œuvres
écrites. Les œuvres orales sont toutes celles qui sont exprimées par la parole de l’être humain tandis
que les œuvres écrites sont celles exprimées au moyen d’une écriture.
L’article de presse doit, cependant, être distingué des nouvelles ou des dépêches, qui sont des
informations brutes insusceptibles d’être protégés par le droit d’auteur. S’agissant des actes officiels,
tels que les textes législatifs et réglementaires, ils sont exclus du bénéfice du droit d’auteur. Ces actes
officiels sont destinés à être connu du citoyen, les protéger par le droit d’auteur reviendrait à entraver
leur libre circulation. S’agissant, enfin, des titres des œuvres, ils bénéficient d’une double protection,
l’une au titre du droit d’auteur et l’autre au titre de la concurrence déloyale. Aux termes de l’article 9 de
la loi du 25 juillet 1996, le titre d’une œuvre de l’esprit est protégé comme l’œuvre elle-même, dès lors
qu’il présente un caractère original. Nul ne peut, même si l’œuvre n’est plus protégée, dans les
conditions des articles 24 et 44, utiliser ce titre pour individualiser une œuvre du même genre, si cette
utilisation est susceptible de provoquer une confusion dans l’esprit du public.
L’article 6 de la loi de 1996 donne une liste non exhaustive des œuvres orales au nombre desquelles on
trouve : les contes, les légendes, les conférences, les allocutions, les sermons et toutes œuvres de même
nature, c'est-à-dire exprimée oralement. Toutes les expressions orales ont vocation à être protégées par
le droit d’auteur à condition d’être originales. Il existe, néanmoins, des limitations à cette protection
prévue par la loi de 1996. Aux termes de l’article 32 :<< les œuvres littéraires vues ou entendues au
cours d’un évènement d’actualité peuvent, dans un but d’information et par de courts extraits, être
reproduites et rendues accessibles au public à l’occasion d’un compte rendu de cet évènement.>> De
même, l’article 33 de ladite loi autorise la reproduction par voie de presse des discours prononcés dans
les assemblées délibérantes, dans les audiences publiques des tribunaux, dans les réunions politiques ou
lors de cérémonies officielles, sous réserve de la mention du nom de L'auteur et de la source .
Ce sont les œuvres qui se manifestent par la forme visuelle. Elles sont constituées en règle général
d’œuvres relevant des arts plastiques et graphiques, des œuvres dramatiques et des œuvres
audiovisuelles.
A. LES ŒUVRES GRAPHIQUES ET PLASTIQUES
Toutes les expressions graphiques et plastiques sont susceptibles d’être protégées par le droit d’auteur
à condition d’être originales. Il peut s’agir de dessins, de peintures, de gravures, de sculptures,
d’architecture, et de photographie. Les expressions graphiques et plastiques prennent en compte toutes
les représentations unidimensionnelles bi dimensionnelles ou tri dimensionnelles. Les personnages des
dessins animés, les cartes géographiques ou topographiques et les plans sont ainsi protégeables par le
droit d’auteur. Cependant, il convient de faire quelques remarques pour ce qui concerne les œuvres
d’architecture, les œuvres photographiques et les œuvres d’art appliqué. S’agissant des œuvres
architecturales, la protection par le droit d'auteur concerne, non seulement, les dessins et les maquettes
mais également la construction finale elle-même. Ces œuvres ne peuvent être reproduites sans l’accord
de l’architecte, sauf dans l’hypothèse prévue à l’article 34 de la loi de 1996.
Selon l’article 34, << les œuvres d’art, y compris les œuvres d’architecture placés de façon permanente
dans un lieu public peuvent être reproduites et rendues accessibles au public par le moyen de la
cinématographie ou par voie de télévision.>>
Pour les œuvres photographiques, la loi semble exiger un caractère artistique ou documentaire pour la
protection de ces œuvres. Cette exigence peut sembler en contradiction avec le principe de
l’indifférence du mérite et de la destination de l’œuvre. C’est la raison pour laquelle la doctrine estime
que l’exigence du caractère artistique ou documentaire doit être interprétée dans le sens d’une œuvre
photographique originale, sans tenir compte de la qualité artistique d’une telle œuvre.
S’agissant enfin des œuvres d’art appliqué, celles-ci bénéficient d’une double protection eu égard à leur
vocation utilitaire. Ainsi, elles peuvent être protégées par le droit d’auteur en tant que création de pure
forme, mais également par le droit des dessins et modèles industriels, sur le fondement de l’annexe IV
de l’accord de Bangui révisé.
Il s’agit des œuvres théâtrales qui sont créées pour la scène ou pour une télédiffusion sonne ou non. Les
pièces de théâtre exécutées sont protégées par les droits d’auteur lorsqu’elles sont originales. Les
sketches, les « one man show » sont considérés par la jurisprudence française comme étant des œuvres
dramatiques. Sont prises également en compte dans cette catégorie, les œuvres dramatico-musicales,
c’est-à-dire des œuvres dont l'exécution combine une représentation théâtrale et de la musique.
Exemple : notre dame de paris, les 10 commandements, les misérables.
Sont également prises en compte des œuvres chorégraphiques telles que les ballets et les œuvres
pantomimiques.
On note que les œuvres audiovisuelles sont protégées par le droit d’auteur si elles sont originales. On
entend par œuvre audiovisuelle toute œuvre consistant dans des séquences animées d’images
sonorisées ou non. Les œuvres audiovisuelles visées par la loi comprennent les œuvres télévisées,
radiodiffusées, et les œuvres cinématographiques. A ces catégories traditionnelles d’œuvres
audiovisuelles pourraient s’ajouter de nouvelles créations intellectuelles appelées œuvres multimédias
(site internet, jeux vidéo, base de données numériques)
Ce sont les œuvres les plus familières au grand public. La richesse de la création musicale en Côte
d'Ivoire est indéniable. Cependant, une bonne partie de cette créativité musicale constitue une mise en
évidence du folklore ivoirien.
Les œuvres musicales sont des compositions de sons avec ou sans paroles. Elles sont protégées par le
droit d'auteur lorsqu’elles sont originales. L’œuvre musicale comprend de façon très large la musique,
c’est-à-dire l’émission de son de manière harmonieuse, les partitions, c’est-à-dire les notes de musique
écrite, les chants, c’est-à-dire les paroles d’une composition musicale, les thèmes musicaux c’est-à-dire
les mélodies et le rythme. Les illustrations sonores de campagnes publicitaires sont aussi protégeables si
elles sont originales. L’originalité d’une œuvre musicale réside de façon générale dans la combinaison de
la mélodie et du rythme mais également dans les paroles d’une composition musicale.
Selon l’article 8 de la loi de 1996, le folklore s’entend de l’ensemble des productions littéraires et
artistiques, transmises de génération en génération, faisant partie du patrimoine culturel traditionnel
ivoirien dont l’identité de l’auteur est inconnue, mais pour lesquelles il y a tout lieu de présumer que cet
auteur est un ressortissant de Côte d'Ivoire. Le droit d’auteur protège non seulement les œuvres du
folklore mais également les œuvres inspirés du folklore. Le folklore appartient au patrimoine national
qui est régit par la loi n° 87-806 du 28 juillet 1987 portant protection du patrimoine culturel (journal
officiel du 17 septembre 1987 p 354). L’exploitation du folklore est soumise à l’autorisation du BURIDA
qui est chargé d’administrer ladite exploitation. L’exploitation du folklore est soumise au paiement
d’une redevance versée au BURIDA.
Sont désignés ainsi toutes les œuvres qui sont créées à partir de la métamorphose, c’est-à-dire de la
transformation, d’une œuvre préexistante. Cette transformation peut consister en des traductions, des
adaptations et des arrangements.
A. LES TRADUCTIONS
La traduction d’une œuvre en une autre langue est une nouvelle œuvre à part entière, si cette
traduction est originale. Pour que la traduction se réalise, le traducteur a besoin d'obtenir l’autorisation
de l’auteur de l’œuvre à traduire. Dès que, cette traduction est originale elle est protégée par le droit
d’auteur.
Le traducteur consciencieux et compétent met du sien dans l’œuvre traduite. Il ne se contente pas
d‘utiliser ou de consulter un dictionnaire. Il fait une véritable œuvre de création qui exprime sa
personnalité.
B. LES ADAPTATIONS
C’est l’emprunt à une œuvre préexistante qui se caractérise dans une nouvelle œuvre ayant une
existence autonome. Elle peut se faire d’un genre littéraire ou artistique à un autre ou dans le même
genre. Ainsi, un téléfilm peut être l’adaptation d’un roman. Ces dernières années, il a été donné
d’observer une prolifération d’œuvres dramatico-musicales qui constituaient des adaptations d’œuvres
littéraires (les misérables, Notre dame de Paris). L’adaptation des romans au cinéma est le mode le plus
connu du grand public. L’adaptation est protégeable au titre du droit d’auteur sous la condition du
respect des droits de l’auteur de l’œuvre première.
C. LES ARRANGEMENTS
Ce sont des formes d’œuvres dérivées que l’on rencontre essentiellement en matière musicale. C'est
une sorte d’adaptation d’une œuvre musicale écrite pour un instrument donné pour le jeu d’un autre
instrument. Il peut également s’agir d’une réduction de symphonie à l’usage d’un seul instrument.
L’arrangement bénéficie de la protection par le droit d’auteur. L’arrangeur a des droits d'auteur sur son
arrangement. L’arrangement doit être distingué de la variation du thème de la musique.
Le droit d’auteur est gouverné par un principe directeur qu’il convient d’avoir à l’esprit. Ce principe est
que le droit d’auteur est un droit personnaliste, c’est-à-dire un droit qui appartient en principe à l’auteur
de l’œuvre, qui est considéré comme le titulaire originaire du droit d’auteur. Ainsi, dès lors qu’une
œuvre de l’esprit est créée, le créateur devient le titulaire des droits d’auteurs. Cependant, il existe des
cas où les créateurs de l’œuvre ne sont pas les titulaires du droit d’auteur. La détermination de la
personne investie du droit d’auteur est donc une problématique importante en matière de propriété
littéraire et artistique. Cette détermination met en œuvre de nombreuses règles suivant la nature de
l’œuvre. Ces règles diffèrent selon que l’œuvre a été créée de façon indépendante, en collaboration, sur
commande, par un salarié ou encore par un auteur marié.
La personne investie du droit d’auteur peut être un titulaire originaire du droit d’auteur ou un titulaire
dérivé c’est-à-dire un ayant droit.
Selon l’article 11 de la loi de 1996 : « le ou les auteurs d’une œuvre sont, sauf preuve du contraire, celui
ou ceux sous le nom ou le pseudonyme desquels l’œuvre est divulguée. » Cet article rapproché de
l’article 2 de la même loi met en exergue le fait que les auteurs des œuvres de l’esprit sont les titulaires
du droit d’auteur. Le titulaire originaire du droit d’auteur est :
- Celui sous le nom duquel l’œuvre est divulguée ou celui qui a créé l’œuvre comme le dispose l’article 2
de l’annexe 7 de l’accord de Bangui ; la législation ivoirienne crée une présomption simple de la qualité
d’auteur, ainsi l’article 11 semble ne pas exclure les personnes morales de la qualité d’auteur d’une
œuvre de l’esprit, tandis que l’article 2 de l’annexe VII de l’accord de Bangui révisé reconnaît la qualité
d’auteur à la personne physique qui a créée l’œuvre. Une telle conception restrictive de la qualité
d’auteur ne semble pas en phase avec la réalité.
En effet, une personne morale peut être titulaire à titre originaire du droit d’auteur dans le cas de la
création d'une œuvre Collective si elle a fait divulguer l’œuvre sous son nom et si elle a « pris l’initiative
de l’éditer, la publier, et la divulguer sous sa direction et son nom ». Ainsi l’accord de Bangui semble
poser une règle de principe selon laquelle, l’auteur de l’œuvre est la personne physique qui a créé
l’œuvre. Mais exceptionnellement, l’auteur peut être une personne morale, si celle-ci a divulgué l’œuvre
sous son nom ou si elle a pris l’initiative de la création de l’œuvre et l’a éditée, publiée et l’a divulguée
sous son nom ; cette dernière hypothèse est confirmée par l’article 10 de la loi de 1996 qui définit
l’œuvre collective comme : « l’œuvre créée sur l’initiative d’une personne physique ou morale qui
l’édite, la publie et la divulgue sous sa direction et son nom, et dans laquelle la contribution des divers
auteurs participant à son élaboration se fond dans l’ensemble en vue duquel elle est conçue, sans qu’il
soit possible d’attribuer à chacun d’eux un droit distinct sur l’ensemble réalisé. » La qualité d’auteur de
l’œuvre s’induit d’éléments de fait sur lesquels le juge du fond conserve une entière liberté
d’appréciation. En cas de litige, il appartiendra à la personne qui conteste la qualité d’auteur d’une autre
de rapporter la preuve du contraire. Cette preuve peut être rapportée par tous moyens. L’auteur de
l'œuvre est donc le titulaire originaire du droit d’auteur, mais cette titularité varie selon qu’il s’agit d’une
œuvre indépendante, collective, salariée ou de collaboration.
Paragraphe I: LES TITULAIRES DU DROIT D’AUTEUR SUR UNE ŒUVRE CREEE DE FACON INDEPENDANTE
Une œuvre indépendante est une œuvre qui est créée par un seul auteur à sa propre initiative. Cet
auteur indépendant sera donc le titulaire du droit d'auteur sur l'œuvre ainsi créée. La personne sous le
nom de laquelle une œuvre est divulguée est présumée en être l’auteur. Il s’agit d’une présomption
simple de la qualité de l’auteur qui peut être combattue par la preuve du contraire; laquelle pourra être
administrée par tous les moyens. En matière de programme d’ordinateur, le titulaire des droits d’auteur
est celui qui a créé le programme de façon indépendante. Ainsi, les utilisateurs des programmes
d’ordinateur ne sont investis d’aucun droit d’auteur sur ceux-ci.
Paragraphe II : LES TITULAIRES DU DROIT D’AUTEUR SUR UNE ŒUVRE CREEE EN VERTU D’UN CONTRAT
DE TRAVAIL
Selon l’article 16 de la loi de 1996 : « l’existence ou la conclusion d’un contrat de louage d’ouvrage ou de
service, par l’auteur d’une œuvre de l’esprit n’emporte aucune dérogation à la jouissance du droit
reconnu à l’article 2 de la loi. » Ainsi dans le cas d’une œuvre produite par un auteur salarié à l'occasion
du service ou dans le cadre du travail, le droit d’auteur appartient à ce salarié, sauf convention contraire.
Même en vertu d’une convention ou clause de cession des droits d’auteur, le salarié reste titulaire du
droit moral de l’auteur sur l’œuvre produite, seuls les droits patrimoniaux seront cédés à l’employeur. Il
existe donc ici une différence avec le droit des brevets d’invention dans lequel les droits sur l'invention
sont dévolus à l’employeur par la loi, le salarié inventeur ne gardant que le droit à la paternité de son
invention.
L'article 31 de l’annexe VII de l'Accord de Bangui révisé semble unifier ces deux régimes en disposant
que: "lorsque l'œuvre est créée pour le compte d'une personne physique ou morale de droit privé ou de
droit public, les droits appartiennent à la personne morale sauf convention contraire.“
NB : il est envisagé dans le cadre de la réforme de la loi de 1996 de changer cette règle de dévolution en
matière de propriété littéraire et artistique afin de rendre l’employeur titulaire originaire des droits
d’auteur sur les programmes d'ordinateur créée par le salarié.
Paragraphe III: LES TITULAIRES DU DROIT D’AUTEUR SUR UNE ŒUVRE CREEE SUR COMMANDE
Elle obéit au même régime juridique que l’œuvre salariée en matière de titularité des droits. Ainsi, par
application de l’article 16, sauf convention contraire, les droits d’auteur appartiennent à l’entrepreneur
créateur de l’œuvre. Le contrat d’entreprise ne donne pas automatiquement au donneur d’ordre la
titularité des droits d’auteur sur l’œuvre réalisée pour son compte. Selon le paragraphe 3 de l’article 16,
lorsqu’il s’agit d’une œuvre plastique ou d’un portrait réalisé sur commande, par peinture, photographie
ou autrement, son auteur n’a pas le droit d’exploiter l’œuvre ou le portrait par n’importe quel moyen
sans l’autorisation expresse de la personne qui a commandé l’œuvre. En cas d’abus notoire du
propriétaire de l’œuvre empêchant l’exercice du droit de divulgation de l’auteur, le tribunal compétent
pourra, à la demande des auteurs, de leurs ayants droits ou du département chargé des affaires
culturels, ordonner toute mesure appropriée.
Paragraphe IV: LES TITULAIRES DU DROIT D’AUTEUR SUR UNE ŒUVRE COLLECTIVE
C’est l’article 10 de la loi de 1996 qui définit l’œuvre collective, elle est quasi identique à celle retenue
par l’accord de Bangui révisé l'article 2 de l'annexe 7. L’œuvre collective suscite de nos jours de
nombreuses controverses du fait de sa définition légale complexe et de son régime juridique largement
dérogatoire au droit commun. L’œuvre collective peut être caractérisée à partir de 3 éléments
importants. C'est d'abord, une œuvre créée sur l’initiative d’une personne qui est le promoteur du
projet de création de l’œuvre, ce promoteur peut être une personne physique ou morale. Cependant,
en pratique c’est très souvent une personne morale qui prend l’initiative de la création de l’œuvre
collective.
Ensuite, c’est une œuvre qui est créée, éditée, publiée et divulguée sous la direction et sous le nom du
promoteur. L’œuvre collective est créée dans une relation hiérarchique dans laquelle le promoteur
assure un rôle prépondérant dans la conception, la direction et la coordination des travaux de création.
Il intervient aux différents stades du processus de création pour préciser ses orientations et directives et
pour surveiller l’action des divers contributeurs.
Enfin, chacun des contributeurs à la création de l’œuvre ne fait pas une création isolée. La contribution
de chaque auteur participant à la réalisation de l’œuvre se fond dans l’ensemble en vue duquel l’œuvre
est créée sans qu’il soit possible d’attribuer à chacun d’eux un droit distinct sur l’œuvre ainsi créé. Cela
signifie qu’une fois achevée, l’œuvre ne permet pas de déterminée quelle est la part contributive de
chacun des participants ayant contribué à sa création. Selon l’article 15 de la loi de 1996 :« l’œuvre
collective est sauf preuve contraire, la propriété de la personne physique ou morale sous le nom de
laquelle elle est divulguée. Cette personne est réputée investie des droits de l’auteur ».
L’œuvre de collaboration est définie à l’article 10 de la loi de 1996 comme étant une œuvre dont la
réalisation est issue du concours de deux ou plusieurs auteurs que ce concours puisse être individualisé
ou non. Pour prétendre à la qualité de coauteur d’une œuvre de collaboration, il faut avoir marqué
l’œuvre de l’empreinte de sa personnalité. Chaque coauteur conserve ainsi une certaine liberté dans la
création de l’œuvre sans subir le contrôle permanent d’un tiers. Les coauteurs sont animés d’une
inspiration commune qui les conduit à se concerter sur un pied d’égalité. L’œuvre de collaboration par
excellence est l’œuvre audiovisuelle pour laquelle plusieurs personnes physiques concourent à la
réalisation. Il s'agit des auteurs de :
scénario ;
texte parlé ;
l’adaptation ;
réalisation
Paragraphe VI : LES TITULAIRES DU DROIT D’AUTEUR SUR UNE ŒUVRE ANONYME, CREEE SOUS UN
PSEUDONYME ET SUR UNE OEUVRE ORPHELINE
Une œuvre anonyme est celle qui ne porte pas l’indication du nom de l’auteur soit par la volonté de ce
dernier soit parce ce nom n’est pas connu ; l’œuvre pseudonyme est celle où l’auteur se dissimule sous
un faux nom, un nom d’emprunt ou un nom de fantaisie. L’œuvre orpheline est une œuvre dont l’auteur
n’a pas été retrouvé ou identifié malgré des recherches diligentes et sérieuses.
Les droits d'auteur sur les œuvres anonymes et créées sous un pseudonyme sont exercés par l’éditeur
tant qu’ils n’auront pas fait connaître leur identité civile et justifier de leurs qualités. Toutefois, lorsque
le pseudonyme ne laisse aucune ambiguïté sur l’identité de l’auteur, celui-ci pourra exercer ses droits
librement.
Réservée
La protection d’une œuvre par le droit d’auteur confère à l’auteur des droits variés de diverses natures
dont il convient d’analyser la teneur. Les droits d’auteur sont des prérogatives reconnues à leur titulaire
qui peuvent être de nature patrimoniale ou extrapatrimoniale. Ces catégories sont reconnues par la loi
de 1996 qui les désigne sous les termes d’attributs du droit d’auteur. Ainsi, les droits d’auteur sont
classés en deux (2) grandes catégories, les droits patrimoniaux ou droits pécuniaires et les droits
extrapatrimoniaux ou droits moraux.
SECTION 1 : LES DROITS MORAUX OU EXTRAPATRIMONIAUX DE L’AUTEUR
Il faut noter que le droit moral de l’auteur ou attribut d’ordre intellectuel regroupe l’ensemble des droits
attachés à la personne même de l’auteur et qui ne sont pas évaluables en termes d’argent. Le droit
moral de l’auteur est donc un élément de sa personnalité juridique. Ces droits ne peuvent être détachés
de la personne à qui ils sont reconnus, ils sont perpétuels, inaliénables, imprescriptibles et insaisissables.
Ces droits moraux subsistent même après l’expiration des droits pécuniaires de l’auteur et ne peuvent
faire l’objet de renonciation ou de transfert par voie contractuelle Ces droits sont transmissibles à cause
de mort aux héritiers ou aux légataires. L’article 23 de la loi de 1996 distingue quatre (4) catégories de
droits moraux, il s’agit de :
C’est le droit qui permet à l’auteur de rendre public ou de ne pas le faire, l’œuvre qu’il a créée. L’auteur
reste ainsi le maître de la divulgation de son œuvre. En pratique, cela signifie que l’auteur de l’œuvre est
le seul à pouvoir autoriser la communication de son œuvre au public. Son consentement est obligatoire
pour tout type de divulgation. L’auteur a le pouvoir de déterminer le procédé de divulgation de son
œuvre et d’en fixer les conditions.
C’est le droit qui impose le respect du nom de l’auteur de l’œuvre. Cela signifie qu' à chaque fois qu’une
œuvre est communiquée au public, le nom de l’auteur doit être indiqué ou rappelé. Ainsi ce droit
permet à l’auteur d’une œuvre de l'esprit d’exiger la mention, non seulement de son nom, mais aussi de
ses qualités sur tout mode de divulgation de son œuvre. C’est aussi une obligation pour l’utilisateur
d’indiquer le nom de l’auteur de l’œuvre qu’il utilise en public. Cependant, le droit à la paternité de
l’œuvre ne peut s’exercer pour les œuvres anonymes ou orphelines.
Selon l’article 23 de la loi de 1996, l’auteur d’une œuvre de l’esprit a le droit de défendre l’intégrité de
son œuvre. Ainsi, l’auteur a le droit de s’opposer à toute déformation, mutilation et autre modification
de son œuvre sans son consentement. Ce droit lui permet, également, de s’opposer à toute atteinte à
l’œuvre qui serait préjudiciable à son honneur, à sa réputation. Le droit au respect de l'intégrité de
l’œuvre peut soulever quelques difficultés en matière de logiciel. En effet, le droit au respect de l’œuvre
permet à l’auteur du logiciel de s’opposer à la modification de son œuvre sans son consentement. Ainsi,
l’utilisateur même légitime d'un logiciel ne peut, en principe, procéder à sa modification pour, par
exemple l’adapter à ses besoins, sans le consentement de l'auteur. Une telle situation peut représenter
une gêne considérable pour l’utilisateur légitime du logiciel. C'est la raison pour laquelle, en France, la
loi a été modifiée (art L122-6), afin de permettre à la personne investie du droit d’utiliser un logiciel
d’opérer des modifications lorsqu’elles sont nécessaires pour l’usage envisagée. L’utilisateur légitime
peut ainsi, sans l’autorisation de l’auteur du logiciel, observer, étudier ou tester le fonctionnement du
logiciel, afin de déterminer les principes mis en œuvre dans le logiciel. La loi française permet également
de décompiler le logiciel (accès au code source) sous réserve pour l’utilisateur de ne pas reproduire le
même logiciel ou fabriquer un logiciel similaire dans sa structure et sans porter atteinte aux droits
moraux de l’auteur. En Côte d’Ivoire, en l’état actuel du dispositif légal, il est interdit sans le
consentement de l’auteur de modifier un logiciel.
(L’article 34 de la loi relative à la lutte contre la cybercriminalité autorise dans certains cas la
modification de l’œuvre sans l’accord de l’auteur.)
Le droit de retrait permet à l’auteur, nonobstant, la cession de ses droits d’exploitation, de faire cesser
l’exploitation de son œuvre par toute personne autorisée. C’est un droit qui permet à l’auteur de retirer
son œuvre de l’exploitation et donc du marché des œuvres. La loi exige, cependant, pour la mise en
œuvre de ce droit que l’auteur indemnise le cessionnaire de tout préjudice qu’il aura subi du fait de ce
retrait. L’abus du droit de retrait est sanctionné par les tribunaux.
D’une manière générale sont qualifiés de droits patrimoniaux, les droits subjectifs évaluables en argent,
c’est-à-dire qui ont une valeur pécuniaire. Selon l’article 25 de la loi de 1996 :« les attributs
patrimoniaux du droit d’auteur emportent le droit exclusif pour l’auteur d’autoriser l’exploitation de son
œuvre sous quelque forme que ce soit et d’en tirer un profit pécuniaire ». Les droits patrimoniaux sont
de loin ceux qui intéressent les auteurs d'œuvre de l'esprit compte tenu de leur valeur économique. En
pratique, les droits patrimoniaux permettent aux auteurs de percevoir de l’argent ou des revenus plus
ou moins importants sur l’exploitation de leurs œuvres. Selon l’article 25 alinéa 2, les droits
patrimoniaux qui constituent le droit d’exploitation de l’auteur comprennent :
le droit de représentation
le droit de reproduction
le droit de suite.
A ces droits traditionnels s’ajoutent de nouveaux droits reconnus par les conventions internationales
que sont le droit de location et de prêt et le droit de distribution.
L’accord de Bangui révisé retient pour sa part une définition plus large de la représentation considérée
comme plus moderne. Ainsi selon cet accord, la représentation ou exécution publique est le fait de
réciter, jouer, danser, interpréter, soit directement soit au moyen de tout dispositif ou procédé une
œuvre, et dans le cas d’une œuvre audiovisuelle, d’en montrer les images ou de rendre audible les sons
qui l’accompagnent.
Est assimilée à une représentation, l’émission d’une œuvre vers un satellite. La représentation est
toujours publique. Elle se réalise dans un ou plusieurs lieux publics et concerne le public que celui-ci soit
présent ou susceptible de l’être. Le public est l’ensemble des personnes étrangères au cercle de famille
ou de l’entourage le plus immédiat. La représentation nécessite le consentement de l’auteur de l’œuvre.
Ainsi, la représentation sans le consentement de l’auteur de l’œuvre, sans son autorisation ou de celui
de ses ayants droits ou encore sans l’autorisation de l’organisme de gestion collective des droits est une
contrefaçon.
La reproduction s’entend de la fixation d’une œuvre sur tout support et par tous procédés qui
permettent de la communiquer au public d’une manière directe. La reproduction peut s’effectuer par
voie d’imprimerie, de reprographie, dessin, gravure, enregistrement vidéo ou sonore, moulage, sur
support magnétique, analogique ou numérique. Il y a reproduction même en cas de reprise partielle
d’un fragment ou d’une partie de l’œuvre. Seul l’auteur a le droit de faire des reproductions de son
œuvre. Ce droit lui confère le pouvoir d’interdire à toute personne non autorisée la reproduction de son
œuvre. La reproduction sans le consentement de l’auteur de l’œuvre constitue une contrefaçon. Peu
importe que la fixation ne donne pas lieu à la fabrication d’exemplaire, le simple stockage d’une œuvre
sur un disque numérique constitue une reproduction de celle-ci.
Selon la loi, la traduction, l’adaptation, l’arrangement, l’imitation d’œuvre constitue une reproduction.
C’est un droit assez particulier reconnu aux seuls auteurs d’œuvres graphiques et plastiques. Selon
l’article 44 de la loi de 1996, les auteurs d’œuvres graphiques et plastiques ont, nonobstant toute
cession de l’œuvre originale, un droit inaliénable de participation aux produits de toute vente de cette
œuvre faite aux enchères publiques ou par l’intermédiaire d’un commerçant, quelles que soient les
modalités de l’opération réalisée par ce dernier. Ce droit persiste au profit des héritiers ou légataires au
décès de l’auteur. Malheureusement, la loi de 1996 n’a pas fixé le taux de participation applicable ni les
modalités de mise en œuvre du droit de suite.
Néanmoins, l’existence de ce droit est une avancé dans la mesure où cela profite pleinement aux
auteurs des œuvres concernée qui par le passé ont vu des sommes importantes leurs échapper. Ce droit
est donc à la charge du vendeur ou du professionnel intervenant dans la vente (commissaire-priseur).
L’acquéreur de l’œuvre et les vendeurs professionnels peuvent être condamnés solidairement au
paiement du droit de suite et de dommages-intérêts au profit de l’auteur de l’œuvre.
Les droits de location, de prêt ou de distribution sont de nouveaux droits reconnus aux auteurs des
œuvres de l’esprit par les conventions internationales telles que l’accord ADPIC (1994) et le traité de
l’OMPI de 1996 sur le droit d’auteur. L’auteur jouit du droit exclusif d’autoriser la location et le prêt de
l’original ou des exemplaires de son œuvre. Le droit de location ou de prêt ne s’applique pas à la
location d’un programme d’ordinateur dans le cas où ce programme n’est pas l’objet essentiel de la
location. L’auteur jouit également du droit exclusif d’autoriser la distribution des exemplaires de son
œuvre par le moyen de la vente au public ou par tout procédé de transfert de propriété.
La location s’entend de la mise à disposition pour usage, pour un temps limité et contre un avantage
économique ou commercial, directe ou indirecte d’une œuvre de l'esprit.
Ces limitations concernent essentiellement les droits patrimoniaux de l’auteur et portent sur
uniquement les droits de reproduction et de représentation. Lorsque ces limitations sont mises en
œuvre, l’auteur ne peut s’opposer à l’exploitation de son œuvre sans son consentement. Ces limitations
sont cependant enfermées dans des conditions strictes et leur justification varie selon le droit concerné.
Ainsi, pour le conseil constitutionnel français : « les finalités et les conditions d’exercice du droit de
propriété ont subi depuis 1789 (révolution française) une évolution caractérisée par une extension de
son champ d’application à des domaines nouveaux ; cette évolution qu’a connu le droit de propriété
s’est également caractérisé par des limitations à son exercice exigées au nom de l’intérêt général.». Pour
le conseil constitutionnel le droit de propriété qu’est la PI n’est ni un droit absolu ni un droit perpétuel.
Ce droit connaît donc des restrictions dans son exercice justifiées par l’intérêt général. Toutefois, la
convention de Berne pose la règle des trois (3) étapes pour la mise en œuvre des exceptions aux droits
des auteurs.
Selon l’article 9.2 de ladite convention, trois (3) conditions doivent être réunies pour qu’un Etat-membre
accorde des exceptions aux droits des auteurs :
D’abord la loi doit prévoir une exception, c’est-à-dire une disposition spéciale clairement identifiée et
qui repose sur une finalité particulière. En d’autres termes, cette disposition spéciale ne doit pas être
rédigée dans des termes trop larges.
Ensuite, cette exception ne doit pas constituer une atteinte ou un obstacle à l’exploitation normale de
l’œuvre de l’esprit. Cette dernière condition s’apprécie au regard des risques inhérents à
l’environnement de l’exploitation de l'œuvre, ce risque étant plus élevé dans un environnement
numérique. Ainsi, lorsque l’exception risque de mettre en cause l’amortissement nécessaire des coûts
de production de l’œuvre, celle-ci ne doit pas être mise en œuvre dans une législation.
Enfin, la mise en œuvre de l’exception ne doit pas causer un préjudice injustifié aux intérêts légitimes de
l’auteur. Lorsque, la mise en œuvre de l’exception crée un préjudice injustifié aux auteurs, les Etats
membres s’engagent :
-soit à mettre en place un droit à la rémunération au profit des auteurs concernés (la rémunération pour
copie privée);
Cette limitation est posée par l’article 31 de la loi de 1996 alinéa 1. Selon cet article : « lorsque l’œuvre a
été rendu licitement accessible au public, l’auteur ne peut en interdire les représentations ou exécutions
privées effectuées exclusivement dans un cercle de famille, si elle ne donne lieu à aucune forme de
recette. ». En France c’est l’article L. 122-5 du code de la PI qui prévoit ladite exception. Celle-ci couvre
les représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille. Pour
certains auteurs de la doctrine, la représentation de l'œuvre dans un cercle de famille ne constitue pas
véritablement une dérogation au droit de représentation. En effet, la représentation étant définie
comme la communication d’une œuvre au public, en absence du public, il ne saurait y avoir de
représentation. Trois conditions sont, néanmoins, posées par l’article 31 pour la mise en œuvre de
l’exception de représentation. D’abord, il doit y avoir au préalable une divulgation licite de l’œuvre par
l’auteur.
Ensuite, la représentation ou exécution de l’œuvre doit être privée, c’est-à-dire réalisée exclusivement
dans un cercle de famille. On entend par cercle de famille, l’entourage proche d’une personne composé
de parents et amis. Selon la jurisprudence française, le cercle de famille comprend les parents ou amis
très proches qui sont unis de façon habituelle par des liens familiaux ou d’amitié. La notion de cercle de
famille exclut donc les personnes sans lien de parenté, tels que les membres d’une association, les
collègues de travail, les fidèles d’une église.
Enfin, la représentation ne doit pas donner lieu à la perception de recettes, c'est-à-dire de façon
lucrative. Ces conditions sont cumulatives.
Ces hypothèses peuvent être regroupées en fonction de l’objet ou du but de cette reproduction.
Cette limitation concerne les reproductions, les traductions et les adaptations réalisées par une
personne physique et destinée à un usage strictement personnel et privé de celui-ci, et non destinée en
aucun cas à une utilisation collective.
Les reproductions des œuvres d’art ne sont pas concernées par cette exception.
L’exception de copie privée est mise en œuvre dans des conditions strictes imposées par la loi. D'abord,
pour ce qui concerne l’usage de l’œuvre, la reproduction doit être réservée à l’utilisation strictement
personnelle ou familiale. Cette condition exclue donc les copies privées à l’usage interne d’une
entreprise ou à l’usage collectif d’un groupe d’individus non lié par un lien de parenté (salariés d’un
même entreprise, agents de la mairie).
La 2e condition est liée à la fonction de copiste qui doit être entendu comme c’est celui-là même qui
réalise matériellement la reproduction. Toutefois, la jurisprudence française a considéré comme copiste
la personne qui met sans autorisation à la disposition du public des moyens de reproduire des œuvres
protégées par le droit d’auteur (exploitants entreprise de photocopie). Ainsi l’entrepreneur de
photocopie ne peut se prévaloir de photocopie privée dans la mesure ou les copies réalisées ne sont pas
destinées à son usage personnel mais à un usage collectif des clients peu important qu’il ait lui-même
actionné la machine ou laisser faire le client.
Une 3ème condition est que l’œuvre ne doit pas faire l’objet de recettes.
L’auteur ne peut interdire les analyses faites à partir de son œuvre et les courtes citations justifiées par
le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre. Ces analyses ou
courtes citations doivent être toujours accompagnées de la mention de la source ou du nom de l’auteur
si ce nom figure sur la source. Par ailleurs, la citation doit avoir un caractère accessoire par rapport à
l’œuvre dans laquelle elle est incorporée. La doctrine retient trois conditions d'exercice du droit de
citation:
la brièveté de la citation. L'appréciation de cette brièveté est laissée à la discrétion des juges du fond en
fonction de l'espèce;
la finalité. La citation n'est licite que si elle est faite à des fins pédagogiques, scientifiques, polémiques
ou d'information;
Le droit de citation n'est pas limité à la seule matière littéraire et peut concerner les autres domaines de
la création, notamment en matière d'audiovisuel par la citation d'un extrait de film.
Mais le droit de citation n'est pas un rempart contre une action de l'auteur pour atteinte à son droit
moral, notamment atteinte à son honneur et à sa réputation.
L’auteur ne peut s’opposer à ce que son œuvre soit utilisée à des fins d’enseignement par le moyen
d’une publication, d’une émission de radiodiffusion ou d’enregistrement sonore ou visuel. Une telle
utilisation ne doit pas être abusive et doit être dénuée de tout caractère lucratif. Le droit au respect du
nom de l’auteur doit être mis en œuvre dans le cadre de cette utilisation.
D. L’UTILISATION DE L’ŒUVRE A DES FINS D’INFORMATION
Dans un but d’information, les œuvres littéraires vues ou entendues au cours d’un évènement
d’actualité peuvent être reproduites et rendues accessibles à l’occasion d’un compte rendu de cet
évènement par le moyen de la photographie, de l’audiovisuel ou par voie de télédiffusion ou de
transmission par fil au public. Il en va de même pour les articles d’actualité portant des discussions
économique, politique ou religieuse, publiées dans des journaux ou périodiques ou télédiffusées. Sont
également couvertes par cette exception, les reproductions de discours prononcées dans les assemblées
délibérante, de sermon et de déclaration publique prononcées au cours de cérémonie officielle ou de
réunion politique. La condition principale exigée pour la mise en œuvre de cette exception est le but
d’information. En dehors de ce but, l’auteur du discours ou du sermon concerne la plénitude de son
droit d’auteur sur son œuvre.
Pour leurs émissions en différé, les organismes de télédiffusion peuvent faire des reproductions
éphémères des œuvres qu’ils sont autorisés à diffuser. Ces enregistrements éphémères doivent être
détruis dans le délai de deux (2) mois sauf convention contraire. En outre, ces enregistrements ne
peuvent être ni cédées, ni prêtées ni louées.
Par ailleurs les reproductions des émissions ou des œuvres présentant un caractère exceptionnel de
documentation ou ayant une valeur culturelle avérée peuvent être conservées dans des archives
officielles. Dans ce dernier cas, l’auteur a droit à une rémunération équitable.
D’ORDINATEUR
F.
Concernant les programmes d’ordinateur, il n’y a une nette différence entre le droit français et le droit
ivoirien. En droit ivoirien, toutes les reproductions, traductions et adaptations d’un logiciel, destinées à
un usage personnel et privé et non destinées à une utilisation collective sont autorisés par la loi. Il en
résulte qu’un logiciel peut être librement copié, traduit ou adapté pour un usage privé.
En pratique cette possibilité offerte par la loi revient à copier gratuitement des logiciels pour un usage
strictement personnel et privé. Il est évident qu’une telle situation est de nature à créer un préjudice
anormal pour les investisseurs et les créateurs de logiciels. C’est la raison pour laquelle, en France, la loi
a été modifiée pour n’autoriser que la seule copie de sauvegarde du logiciel. D’ailleurs la plupart des
fournisseurs de logiciel fournissent ladite copie de sauvegarde. Dans le cadre de la réforme de la loi sur
le droit d’auteur, il est prévu de créer un article autorisant les titulaires de logiciel à verrouiller leurs
logiciels, afin d’éviter toute copie ou de limiter la possibilité de copier ledit logiciel.
L’accord de Bangui révisé prévoit que les droits patrimoniaux sur une œuvre sont protégés pendant la
vie de l’auteur et 70 après sa mort.
Paragraphe I: LA DUREE DES DROITS SUR LES ŒUVRES CREEES DE FACON INDEPENDANTE
Pour l’auteur d’une œuvre de l’esprit créée de façon indépendante, c’est la règle des 99 ans post-
mortem qui s’applique. Ainsi, les droits patrimoniaux sur l'œuvre sont protégés durant toute la vie de
l’auteur et à son décès ils persistent au profit de ses héritiers ou ses ayants droits pendant l’année civile
en cours et les 99 années qui suivent. A l’expiration légale des droits patrimoniaux, l’organisme de
gestion collective des droits d’auteur est chargé d’assurer le respect des droits moraux de l’auteur
concurremment avec les héritiers.
Paragraphe II: LA DUREE DES DROITS D’AUTEUR SUR UNE ŒUVRE COLLECTIVE
Selon l’article 45 al.3 de la loi de 1996, les droits patrimoniaux d’auteur sur une œuvre collective durent
pendant les 99 années à compter de la fin de l’année civile au cours de laquelle l’œuvre a été licitement
rendue accessible au public. L’œuvre collective est définie à l’article 10 de la loi de 1996. Selon l’accord
de Bangui les 70 années de protection de l’œuvre collective sont comptées à partir de la fin de l’année
civile où une œuvre a été licitement publiée pour la 1e fois ou à défaut d’un tel évènement intervenu
dans les 70 ans ; à partir de la réalisation de cette œuvre, 70 ans à compter de la fin de l’année civile où
une telle œuvre a été rendue accessible au public ; ou à défaut 70 ans à compter de la réalisation de
l’œuvre.
Selon l’article 45 al. 2 de la loi de 1996: « les droits patrimoniaux pour les œuvres de collaboration
persistent au profit de tous les ayants droits pendant l’année civile de la mort du dernier survivant des
collaborateurs et les 99 années qui suivent. » Cela signifie que les droits patrimoniaux sur les œuvres de
collaboration durent pendant toute la vie des coauteurs et persistent au profit de tous leurs ayants
droits pendant l’année civile la mort du dernier survivant des coauteurs et les 99 années qui suivent.
Paragraphe IV: LA DUREE DES DROITS SUR LES ŒUVRES ANONYMES ET PSEUDONYMES
Selon l’article 45 al.3-b de la loi de 1996, « dans le cas des œuvres anonymes et pseudonymes les droits
patrimoniaux durent pendant les 99 ans à compter de la fin de l’année civile au cours de laquelle
l’œuvre a été licitement rendue accessible au public. Toutefois si le pseudonyme ne laisse aucun doute
sur l’identité civile de l’auteur ou si l’auteur révèle son identité avant l’expiration de ce délai, la durée
des droits est celle fixer par la règle des 99 ans post-mortem.
Elle dure 99 ans à compter de la fin de l’année civile au cours de laquelle l’œuvre a été rendue licitement
accessible au public. Sur ce point la législation ivoirienne est extrêmement généreuse puisque la
convention de Berne et l’Accord de Bangui révisé n’accordent que 25 ans pour la protection des droits
patrimoniaux sur une œuvre d’art appliquée à compter de la réalisation de celle-ci.
C’est la même durée de protection que pour les œuvres d’art appliquées c’est-à-dire 99 ans à compter
de la fin de l’année civile au cours de laquelle l’œuvre a été rendue licitement accessible au public.
Toutefois, ces droits appartiendront aux propriétaires des manuscrits ou des originaux de l’œuvre si
l’œuvre est divulguée après l’expiration de la période de 99 ans.
Les œuvres posthumes doivent faire l’objet de publication séparée, sauf dans le cas où elles ne
constituent qu’un fragment d’une œuvre précédemment publiée. Les œuvres posthumes ne peuvent
être jointes aux œuvres du même auteur précédemment publiées que si les ayants droits de l’auteur
jouissent encore du droit d’exploitation sur celles-ci.
Selon l’article 38 de la loi de 1996: « les droits d’auteur sont des droits mobiliers. A ce titre ils sont
transmissibles par succession, donation aux héritiers ou ayants droits de l’auteur. Ils sont également
cessibles par l’auteur lui-même, ses ayants droits ou ses héritiers. »
S’il n’y a point d’héritier ou légataire, ces droits demeurent acquis à l’Etat qui peut les affecter à
l’organisme de gestion des droits d’auteur (BURIDA).
En tant que bien mobilier, les droits patrimoniaux de l'auteur peuvent être cédés ou transmis en totalité
ou en partie, à titre onéreux ou gratuit à une personne physique ou morale. L’exploitation des droits
d'auteur est faite par le biais du contrat tel que définie par l’article 1101 du code civil.
Lorsque l’auteur est marié sous le régime de la communauté de biens, les droits d’auteur sont des biens
propres à l’époux. Toutefois, les revenus provenant de l'exploitation des droits d’auteur tombent en
communauté.
SECTION 1 : LES REGLES COMMUNES AUX CONTRATS D’EXPLOITATION DES DROITS D’AUTEUR
L’exploitation des droits d’auteur peut se faire de façon directe ou indirecte. Les personnes intéressées
par l’exploitation des droits d’auteur sur une œuvre quelconque doivent passer avec l’auteur des
contrats dits d’exploitation. Ces contrats sont au sens strict des contrats de cession des droits de
reproduction et des droits de représentation. En pratique, ils sont appelés « licence d’exploitation ».
Toutes les législations comportent des règles relatives aux contrats d’exploitation des droits de
reproduction et de représentation. Le contrat le plus connu en la matière est le contrat d’édition
d’œuvre littéraire et artistique.
Le régime juridique des contrats d’exploitation des droits d’auteur sera analysé à travers les règles
régissant les contrats d’édition et les contrats de représentation. Il existe certains contrats tels que les
contrats de commande de publicité, et les contrats de création de site web ou des contrats
d’hébergement de contenu, qui comportent des éléments de cession des droits de PI à des conditions
spécifiques, mais ces contrats spécifiques ne seront pas étudiés.
Les règles régissant les contrats d’exploitation des droits d’auteur concernent la formation des dits
contrats, leur exécution et leur fin.
Les contrats d’exploitation des droits de reproduction et de représentation sont soumis aux règles
générales qui président à la formation de tout contrat. La particularité des droits d’auteur a cependant
nécessité l’élaboration de règles spécifiques incorporées dans les législations nationales.
Para I: LES REGLES GENERALES APPLICABLES A TOUT CONTRAT D'EXPLOITATION DES DROITS D'AUTEUR
Les contrats d’exploitation des droits d’auteur sont des conventions soumises aux conditions générales
exigées pour la formation de tout contrat ; ces conditions de fond sont énumérées à l’article 1108 du
code civil qui dispose que : « 4 conditions sont essentielles :
Sa capacité de contracter;
Le droit d’auteur renvoie donc au droit commun des obligations pour la formation des contrats
d’exploitation des droits d'auteur.
A. LE CONSENTEMENT ET LA CAPACITE
Comme dans tout contrat, les contrats d’exploitation des droits d’auteur requièrent le consentement
personnel, libre et éclairé des parties que sont en l’occurrence le titulaire des droits (l’auteur et ses
ayants droits) et le ou les cessionnaires. L’auteur ne peut être contraint comme en matière de brevet
d’invention à concéder des licences légales. Son consentement est donc indispensable à la formation
régulière du contrat. Ce consentement doit être, non seulement personnel, mais aussi donné librement.
La théorie des vices du consentement s’applique ainsi en matière de droit d’auteur (articles 1109 et
suivants du code civil). Néanmoins, l’auteur peut autoriser un mandataire à contracter en son nom et
pour son compte. L’incapacité de l’auteur de l’œuvre ne fait pas obstacle à la mise en œuvre de
l’exigence légale de consentement. L’incapable est suppléé en cela par son représentant légal.
Cependant, lorsque l’incapable majeurs a des moments de lucidité, il doit luimême donner son
consentement à l’acte.
B. L’OBJET ET LA CAUSE
Les contrats d’exploitation des droits d’auteur doivent avoir un objet certain, c’est-à-dire une chose sur
laquelle porte les obligations des parties. Cette chose doit exister. Il s’agit des droits de reproduction et
de représentation sur l’œuvre. Ce qui suppose que l’œuvre doit être nécessairement une œuvre
originale. La chose objet du contrat d’exploitation des droits d’auteur n’est pas l’objet matériel sur
lequel est fixée l’œuvre ou dans lequel elle s'incorpore. Ainsi la cession de l’objet matériel (un tableau
contenant une peinture) ne vaut pas cession des droits d’auteur sur ladite œuvre. L’objet doit exister au
moment de la signature du contrat mais la loi peut autoriser dans certains cas la cession des droits
d’auteur sur des œuvres futures. En contrepartie de la cession des droits de reproduction et de
représentation, le cessionnaire s’oblige à payer le prix de la cession lorsque le contrat a été conclu à titre
onéreux. De manière générale l’exploitation des droits d’auteur a pour contrepartie la rémunération de
l’auteur de l’œuvre. La loi lui reconnaît donc un droit à la rémunération. La cause du contrat doit être
licite, c’est-à-dire elle ne doit pas contrarier les lois, l’ordre public ou les bonne mœurs. La cause du
contrat est, en règle générale la raison personnel qui a poussé les contractants à donner leur
consentement. L’immoralité de la cause du contrat pourra être considérée comme une atteinte à
l’honorabilité de l’auteur, ou une atteinte à son droit moral.
Para II: LES REGLES SPECIFIQUES AUX CONTRATS D’EXPLOITATION DES DROITS D’AUTEUR
Les contrats d’exploitation des droits d’auteur comportent des règles spécifiques pour leur formation. Le
législateur a introduit un certain formalisme dans la formation desdits contrats. Ces règles spécifiques
mettent en exergue le souci de protection renforcée des auteurs des œuvres de l'esprit. Ainsi, la loi
prévoit quatre (4) exigences spécifiques qui viennent renforcer les règles générales applicables. Ces
exigences sont contenues dans l’article 40 de la loi de 1996. Il s’agit de :
Les contrats d’exploitation des droits d’auteur sont des contrats solennels, l’écrit est donc une exigence
fondamentale, c’est ce formalisme qui fait la particularité des contrats d’exploitation des droits
d’auteur.
1. L’exigence de l’écrit
Cette exigence est posée par l’article 40 1°) de la loi de 1996 qui dispose que « la cession doit être
constatée par écrit à peine de nullité. » L’Accord de Bangui révisé reprend cette même exigence avec la
même vigueur en disposant que « sous peine de nullité, les contrats de cession des droits patrimoniaux
ou de licence pour accomplir des actes visés par les droits patrimoniaux sont passés par écrit>>. L’écrit
en droit d'auteur ivoirien est donc une exigence ad validitatem. En plus de l’écrit, la loi impose des
mentions obligatoires.
La loi ivoirienne exige des mentions obligatoires pour la formation des contrats d’exploitation des droits
d’auteur. ces mentions concernent la nature des droits cédés, la délimitation du domaine d’exploitation
ainsi que les types de support de ladite exploitation. Chaque droit cédé doit donc faire l’objet d’une
mention distincte dans l’acte de cession. Le contrat doit également préciser l’étendue, la durée et le lieu
d’exploitation des droits cédés. Cette exigence de mentions obligatoires est sanctionnée par la nullité du
contrat en cas de défaut. Cette nullité est relative car il s’agit d’une nullité de protection (de l’auteur).
La règle de l’indépendance des droits cédés est une vieille règle affirmée dans la plupart des législations
en matière de droit d’auteur, elle signifie que la cession d’un droit quelconque de l’auteur n’emporte
pas cession d’un autre. Ainsi si l’auteur a cédé son droit de reproduction, cela n’entraine pas
automatiquement la cession de son droit de représentation. Les droits d’auteur sont donc indépendants
les uns des autres.
Selon le principe la cession des droits d’auteur a une portée limitée. Cela signifie que lorsqu’un mode
d’exploitation a été prévu dans le contrat, les parties doivent s’en tenir qu’à ce seul mode d’exploitation.
Les autres modes non prévus dans le contrat ne sont pas couverts par l’exploitation. Il en va de même
de la portée territoriale ou des moyens de l’exploitation. Le cessionnaire commettrait un acte de
contrefaçon s’il méconnaissait cette règle. En la matière, il n’existe pas de cession implicite ni tacite.
La loi ivoirienne interdit en son article 40 alinéa 5 la cession globale des œuvres futures, cette
interdiction est sanctionnée par une nullité relative. Il faut entendre par cession globale, la cession des
droits portant non seulement sur l’ensemble des œuvres de l’auteur mais également sur une pluralité
d’œuvre dudit auteur. Cependant en matière de contrat d’édition et de contrat de représentation, il
existe une dérogation à cette prohibition. Ainsi, dans le cas des contrats d’édition, les parties peuvent
conclure un pacte de préférence portant sur des œuvres futures, toutefois le droit de préférence pour
l’édition des œuvres futures n’est valable qu’à une double condition :
Les contrats d’exploitation des droits d’auteur mettent à la charge des parties un certain nombre
d’obligations qu’elles doivent exécuter.
Certaines obligations du cessionnaire sont communes à l’ensemble des contrats d’exploitation des droits
d’auteur, d’autres sont spécifiques à certain contrats. Les principales obligations d’un cessionnaire porte
sur la rémunération de l’auteur, la reddition de compte et le respect du droit moral de l’auteur. Avant
d’examiner ces obligations, il convient de poser la question de l’existence ou non d’une obligation
d’exploiter les droits cédés.
Contrairement aux brevets d’invention, le droit d’auteur n’impose pas une obligation générale
d’exploiter l’œuvre ou les droits acquis sur l’œuvre. Mais cette absence d’obligation d’exploiter les
droits d’auteur n’est pas absolue, on retrouve dans certains législations mais également dans certains
contrats, l’existence d’une obligation d’exploiter les droits cédés mis à la charge du cessionnaire de
façon directe ou indirecte, c’est le cas en matière d’édition ou l’éditeur s’oblige non seulement à
fabriquer des exemplaires de l’œuvre mais également en assurer une exploitation permanente. D’un
autre côté, l’existence d’une rémunération au profit de l’auteur impose implicitement une obligation
d’exploiter les droits cédés au cessionnaire.
B. LA REMUNERATION DE L’AUTEUR
La rémunération de l’auteur est la contrepartie de la cession des droits d’exploitation sur l’œuvre. En
effet, l’exploitation à titre onéreux de l’œuvre comporte au profit de l’auteur une rémunération qui peut
être soit proportionnelle soit forfaitaire. Le droit à la rémunération de l’auteur est un droit fondamental,
inaliénable.
2. La rémunération forfaitaire
C’est l’article 43 al. 2 qui prévoit ce mode de rémunération de l’auteur de façon exceptionnelle. La
rémunération de l’auteur peut donc être évaluée forfaitairement, dans certains cas limitativement
prévue par la loi.
En cas d’absence de base calcul, ainsi la rémunération de l’auteur est évalué forfaitairement si la base de
calcul de la rémunération proportionnelle ne peut être pratiquement déterminée ;
L’impossibilité de contrôle, c’est le cas lorsque l’auteur n’a pas les moyens de contrôler sérieusement
l’application de la rémunération proportionnelle ;
La rémunération peut être forfaitaire lorsqu’il s’agit de publication dans des journaux ou périodique, de
même lorsqu’il s’agit de cession des droits d’auteur sur un logiciel.
C’est une obligation spécifique que l’on rencontre aussi bien matière d’édition qu’en matière de
représentation générale, cette obligation de reddition de compte est un corolaire au principe de la
rémunération proportionnelle. Les modalités de reddition de compte varient d’un contrat à un autre
mais dans tous les cas, il s’agit pour le cessionnaire de rendre compte de sa gestion et de l’exploitation
de l’œuvre. Cette obligation, lorsqu’elle existe, impose au cessionnaire de fournir à l’auteur toute
justification propre à établir l’exactitude de ses comptes. En matière d’édition, dans le silence du
contrat, l’auteur peut exiger au moins une fois l’an la production par l’éditeur d’un état, mentionnant le
nombre d’exemplaires fabriqués, inutilisables ainsi que les montants des redevances dues, ou versées
en cours d’exercice.
En matière de contrat général de représentation, l’entrepreneur est tenu de déclarer à l’auteur ou à
l’organisme de gestion collective le programme exact de représentation ou exécution publique et de
fournir un état justifié de ses recettes.
Bien que le droit moral de l’auteur n’entre pas en ligne de compte dans l’exploitation des droits
d’auteur, il n’en demeure pas moins que le cessionnaire est obligé de respecter ce droit qui est
inaliénable et perpétuel. Ainsi dans le cadre de l’exploitation de l’œuvre, le cessionnaire ne doit pas
nuire aux droit moral de l’auteur, il est tenu non seulement de respecter l’intégrité de l’œuvre mais
également le droit au respect du nom de l’auteur. A ce titre il doit faire figurer sur chacun des
exemplaires de l’œuvre, le nom, le pseudonyme ou la marque de l’auteur. Cependant en matière de
programme d’ordinateur, le droit moral de l’auteur peut être mis à mal notamment en droit français,
dans la mesure où l’auteur ne peut s’opposer à la modification du logiciel par le cessionnaire des droits
lorsqu’une telle modification n’est pas susceptible de porter préjudice, ni à son honneur ni à sa
réputation.
Les obligations de l’auteur de l’œuvre sont similaires à celles qui pèsent sur un vendeur de biens lorsque
celuici décide de céder ses droits d’exploitation. Il est donc soumis à une double obligation.
A. OBLIGATION DE DELIVRANCE
La délivrance est entendue ici dans le sens de la mise à la disposition du cessionnaire de l’œuvre afin que
celui-ci puisse exercer les droits de reproduction et de représentation, objet de la cession.
Dans le contrat d’édition, l’auteur doit remettre le manuscrit objet de l’édition dans une forme qui
permet sa fabrication normale en plusieurs exemplaires. La remise de l’objet de l’édition doit se faire
dans le délai prévu au contrat, à défaut dans un délai raisonnable eu égard aux circonstances de la
cause. L’objet de l’édition doit être conforme à ce qui avait été prévu au contrat, le défaut de conformité
pouvant être sanctionné par une action en nullité du contrat, mais l’appréciation de la conformité d’une
œuvre peut s’avérer difficile en pratique, surtout lorsqu’il s’agit d’une œuvre future.
En matière de contrat d’édition, la clause par laquelle l’éditeur se réserve le droit d’apprécier, lors de la
remise du manuscrit la conformité de celle-ci par rapport au public cible ou au but visé est nulle car elle
soumet l’engagement de l’éditeur à une condition purement potestative.
B. L’OBLIGATION DE GARANTIE
En tant que contrat de cession, les contrats d’exploitation des droits de l’auteur mettent à la charge de
l’auteur une obligation de garantie, cette obligation apparaît en matière de contrat d’édition au travers
de l’article 52 de la loi de 1996 qui dispose que : « l’auteur est tenu de garantir à l’éditeur l’exercice
paisible et sauf convention contraire, exclusif du droit cédé, de faire respecter ce droit et de le défendre
contre toute atteinte qui lui serait portée. »
Il s’agit de la garantie d’éviction comme en matière de vente prévue par les articles 1625 et suivants du
code civil. La garantie d’éviction a un double objet à savoir la garantie contre le fait personnel de
l’auteur et la garantie contre le fait des tiers.
L’auteur ne doit pas troubler le cessionnaire dans l’exercice ou la jouissance de ses droits de
reproduction et de représentation qui ont été cédés. Lorsque la cession a été faite à titre exclusif,
l’auteur engage sa responsabilité contractuelle ou sa responsabilité pénale en cas de trouble manifeste
de son fait. Il est alors comparé à un contrefacteur puisque par la cession il s’est dépouillé de ses droits.
Il doit garantir le cessionnaire des troubles juridiques engendrés par des tiers.
Comme tout contrat, les contrats d’exploitation des droits de reproduction et de représentation de
l’auteur peuvent prendre fin suivant les modalités convenues par les parties ou par application des
règles légales. En matière de droit d’auteur, il existe, cependant, des particularismes, aussi bien pour la
fin des contrats que pour leur circulation.
Les contrats d’exploitation des droits d’auteur peuvent prendre fin dans des conditions normales et dans
certains cas dans des conditions anormales. La fin normale du contrat est celle qui intervient par suite
de l’arrivée du terme qui l’affecte ou de son exécution définitive. Le contrat peut prendre fin dans des
conditions anormales lorsque l’une des parties n’a pas exécuté sa prestation ou l'a mal exécuté. Dans un
tel cas, la fin n’est pas automatique, le contrat doit être résilié ou résolu. Il peut arriver qu’un
évènement considéré comme incompatible mette fin à l’exécution de celui-ci. C’est le cas par exemple
du décès de l’un des cocontractants lorsque le contrat a été conclu intuitus personae. En dehors de ces
règles générales qui affectent la fin des contrats, chaque type de contrat peut contenir ses propres
conditions pour la fin de la relation contractuelle. Ainsi dans le contrat général de représentation, le
contrat prend fin lorsque le nombre de communication ou d’exécution publique a été respecté.
L’interruption des représentations pendant deux (2) années consécutives mettent fin de plein droit au
contrat général représentation.
Enfin le contrat d’édition prend fin lorsque le l’éditeur procède à la destruction totale des exemplaires
fabriqués ou lorsqu’il ne fait pas une exploitation permanente de l’œuvre.
Les contrats d’exploitation des droits d’auteur sont marqués par le caractère intuitu personae c’est-à-
dire qu’ils sont conclus en considération de la personne du cocontractant. Il en découle que leur
transmission à des tiers n’est pas entièrement libre. Les sous-cessions des contrats d’exploitation des
droits d’auteur sont soumises à l’accord préalable de l’auteur de l’œuvre. Le principe de l’interprétation
restrictive des clauses du contrat et le contrôle de la destination du contrat font obstacle au transfert du
bénéfice des contrats d’exploitation à des personnes non initialement prévues. Ainsi en matière
d’édition, l’éditeur ne peut transférer à titre gratuit ou onéreux ou par voie d’apport en société le
bénéfice de son contrat à des tiers sans l’assentiment préalable et formel donné par écrit de l’auteur de
l’œuvre ou de son représentant ; la même règle vaut pour l’entrepreneur de spectacle qui ne peut
transférer le bénéfice de son contrat ou de son autorisation à un tiers.
Ces règles liées à la circulation des contrats apparaissent rigides dans un environnement caractérisé par
la rapidité des échanges et leur dématérialisation. Il apparaît donc judicieux de modifier la loi afin de
tenir compte des exploitations des œuvres dans l’environnement numérique.
La gestion des droits d’auteur peut se faire directement par l’auteur lui-même ou par l’entremise de
l’organisme de gestion collective (en Côte d’Ivoire, le BURIDA). Cet organisme peut conclure soit des
contrats généraux de représentation et d’édition. Ce mandat légal est fondé sur l’article 62 de la loi de
1996 qui dispose que « l’exploitation et la protection des droits des auteurs tels que définis par la loi
sont confiées à un organisme d’auteur et compositeur dont les attributions, l’organisation et le
fonctionnement sont fixés par décret, cet organisme a à l’exclusion de toute autre personne physique
ou morale qualité pour agir comme intermédiaire pour la délivrance des autorisations et pour la
perception des redevances y afférentes entre l’auteur ou ses héritiers et les usagers d’œuvre littéraire
ou artistique. » Le BURIDA agit donc comme mandataire légal entre les auteurs ou leurs héritiers et les
usagers pour la défense de leurs intérêts en matière de propriété littéraire et artistique , pour la
conclusion des contrats généraux de représentation et d’édition, et pour la perception des droits y
afférents.
Selon l’article 46 de la loi de 1996, le contrat général de représentation s’entend de la convention par
laquelle l’organisme de gestion collective confère à un entrepreneur de spectacle, la faculté de
représenter, pendant la durée du contrat, les œuvres actuelles ou futures constituant le répertoire dudit
organisme aux conditions déterminées par l’auteur ou ses ayants droits. Le contrat général de
représentation est conclu pour une durée déterminée ou pour un nombre déterminé d’exécution. Il met
à la charge de l’entrepreneur de spectacle un certain nombre d’obligations.
Mettre à la disposition de l’entrepreneur de spectacle son répertoire incluant les œuvres actuelles et
futures ;
Garantir à l’entrepreneur une jouissance et une exploitation paisible des droits cédés.
l’interruption des représentations pendant deux (2) années consécutives met fin de plein droit au
contrat.
C’est une convention écrite par laquelle, l’auteur d’une œuvre ou ses ayants droits cède à des conditions
ou pour une durée déterminée à une personne physique ou morale appelé éditeur, le droit de fabriquer
ou de faire fabriquer en un nombre défini d’exemplaires de l’œuvre à charge pour elle de faire la
publication et la diffusion.
Ne constitue pas un contrat d’édition au sens de la loi, le contrat dit à compte d’auteur qui est la
convention par laquelle l’auteur ou ses ayants droits verse à l’éditeur une rémunération convenue à
charge pour ce dernier de fabriquer en nombre, dans la forme et suivant les modes d’expression
déterminées au contrat, des exemplaires de l’œuvre et d’en assurer la diffusion et la publication. Ce type
de contrat constitue un contrat d’entreprise (louage d’ouvrage) régit par le code civil.
Le contrat d’édition doit être distingué d’un autre type de contrat appelé « contrat de compte à demi »
qui est la convention par laquelle l’auteur ou ses ayants droits charge un éditeur de fabriquer à ses frais
et en nombre des exemplaires de l’œuvre dans la forme et suivants les modes déterminés au contrat et
d’en assurer la publication et la diffusion, moyennant l’engagement réciproquement contracté de
partager les bénéfices et les pertes d’exploitation dans la proportion prévue. Ce type de contrat
constitue une association en participation régit par la volonté des parties et les usages en vigueur.
Le contrat d’édition doit déterminer la forme et le mode d’expression, les modalités d’exécution du
contrat et éventuellement les clauses de résiliation. Il doit mentionner le nombre minimum
d’exemplaires constituant le premier tirage, sauf convention contraire. Il doit prévoir également au
profit de l’auteur ou ses ayants droits une rémunération proportionnelle au produit d’exploitation de
l’œuvre, sauf dans le cas où la rémunération est forfaitaire (publication dans des journaux périodiques).
Par ailleurs, le contrat d’édition peut comporter un pacte de préférence, c’est-à-dire un accord par
lequel l’auteur concède un droit de préférence à l’éditeur pour l’édition de ses œuvres futures. il n’est
licite qu’à condition de porter sur un genre déterminé d’œuvre et d’être limité à 5 ouvrages nouveaux à
compte de la date de signature d’un contrat et d’être limité dans un délai de 5 ans.
S’agissant des obligations à la charge des parties, elles sont équivalentes à celles qu’on peut rencontrer
en matière de contrat général de représentation, ainsi s’agissant de l’auteur, il est tenu de:
Garantir à l’éditeur l’exercice paisible et sauf convention contraire, exclusif du droit cédé ;
Faire respecter ce droit et de le défendre contre toute atteinte qui lui serait portée ;
Permettre à l’éditeur de remplir ses obligations et notamment de lui remettre dans le délai prévu au
contrat, l’objet de l’édition en forme permettant la fabrication normale des exemplaires. Toutefois,
l’objet de l’édition reste la propriété de l’auteur (manuscrit).
Effectuer ou faire effectuer la fabrication des exemplaires de l’œuvre selon les conditions, la forme et les
modes prévues au contrat ;
respecter le droit moral de l’auteur en veillant à l’intégrité de l’œuvre et au respect du nom de l’auteur ;
Réaliser l’édition selon les usages en vigueur dans la profession et selon les règles de l’art ;
Assurer une exploitation permanente et suivi de l’œuvre, ainsi qu’une diffusion commerciale de celle-
ci ;
Restituer à l’auteur l’objet de l’édition après l’achèvement de la fabrication des exemplaires de l’œuvre.
Le contrat d’édition ne peut être transféré librement, son transfert à un tiers nécessite l’autorisation de
l’auteur. Il possède sur tout ou partie des exemplaires un droit de préemption, à défaut d’accord entre
les parties, le prix d’achat des exemplaires sera fixé à dire d’expert. Le contrat d’édition prend fin à
l’arrivée du terme, après l’exécution normale du contrat ou encore lorsque l’éditeur procède à la
destruction totale des exemplaires. Le contrat est résilié de plein droit lorsque sur mise en demeure de
l’auteur, l’éditeur n’a pas procédé à la publication de l’œuvre ou en cas d’épuisement du stock.
La protection des droits d’auteur ne sera complète et efficace que si des mesures visant à empêcher les
atteintes aux droits d’auteur et, le cas échéant à sanctionner lesdites atteintes sont mises en œuvre. Ces
mesures peuvent être préventives ou coercitives suivant les cas.
Il s’agit de procédure provisoire prévue par la loi de 1996 qui permettent de prévenir les atteintes ou de
les faire cesser. Nous avons, d’une part, la procédure de saisie contrefaçon et d’autre part, la procédure
de saisie description. Hormis ces deux 2 procédures, le titulaire de la propriété intellectuelle peut utiliser
les procédures rapides de droit commun, telles que les procédures de référé heure à heure et les
procédures d’injonction du tribunal.
A la faveur du développement technologique, les auteurs peuvent désormais utiliser des mesures
techniques de protection pour empêcher toute atteinte à leurs droits de DPI, ainsi l’auteur ou ses ayants
droits peuvent faire obstacle à la reproduction de leurs œuvres par la mise en œuvre de mesure
technique de protection lorsque cette reproduction porte atteinte à l’exploitation normale de l’œuvre
ou cause un préjudice injustifié aux intérêts légitimes de l’auteur. Selon l’article 35 de la loi relative à la
lutte contre la cybercriminalité, on entend par mesure technique de protection, toute technologie,
dispositif, composant, qui, dans le cadre normal de son fonctionnement, accomplit la fonction de
contrôle des utilisations de l’œuvre ou de limitation des copies de œuvre considérée.
Est considéré comme une mesure préventive, le fait de soumettre les supports d’œuvre de l’esprit à
l’authentification préalable de l’organisme de gestion collective avant toute importation, vente, tout
échange, location ou prêt de ces œuvres ou de ces copies au public.
Cette mesure provisoire est prévue par l’article 65 de la loi de 1996, la saisie contrefaçon peut être
décrite comme une procédure rapide et non contradictoire par laquelle la victime d’une contrefaçon ou
son ayant droit va obtenir le concours de l’autorité compétente afin de faire placer en tout ou partie
sous-main de justice, le matériel, les supports et les recettes afférents à la contrefaçon. Ainsi à la
requête de tout titulaire de droit d’auteur ou ses ayants droit ou encore à la requête de l’organisme de
gestion collective, les OPJ et ou tout agent assermenté sont tenus de saisir les exemplaires constituants
une reproduction illicite de l’œuvre de l’esprit.
Le président du tribunal de 1e instance ou le juge de section détachée peut à la requête des titulaires de
droit et moyennant caution s’il y a lieu, ordonner :
La saisie en tout lieu et même en dehors des heures prévues par le code de procédure civile des
exemplaires fabriqués ou en cours de fabrication d’une œuvre illicitement reproduite ;
Le saisi ou le tiers saisi peut demander au tribunal qui l’a ordonné de prononcer la main-levée de la
saisie ou d’en cautionner les effets ou encore d’autoriser la reprise de la fabrication ou des
représentations en nommant un administrateur séquestre qui devra donc garder les produits de
l’exploitation. La saisie est levée de plein droit à défaut de poursuite pénale ou par faute pour le
demandeur d’avoir saisie la juridiction civile compétente dans les 30 jours de la saisie contrefaçon.
En France, la loi du 11 mars 2014 sur le renforcement de la lutte contre la contrefaçon prévoit que:
« Art. L. 332-1.-Tout auteur d’une œuvre protégée par le livre Ier de la présente partie, ses ayants droit
ou ses ayants cause peuvent agir en contrefaçon. A cet effet, ces personnes sont en droit de faire
procéder par tous huissiers, le cas échéant assistés par des experts désignés par le demandeur, sur
ordonnance rendue sur requête par la juridiction civile compétente, soit à la description détaillée, avec
ou sans prélèvement d’échantillons, soit à la saisie réelle des œuvres prétendument contrefaisantes
ainsi que de tout document s’y rapportant. L’ordonnance peut autoriser la saisie réelle de tout
document se rapportant aux œuvres prétendument contrefaisantes en l’absence de ces dernières.
« 1° La saisie des exemplaires constituant une reproduction illicite d’une œuvre de l’esprit protégée par
le livre Ier de la présente partie ou de tout exemplaire, produit, appareil, dispositif, composant ou
moyen portant atteinte aux mesures techniques et aux informations mentionnées, respectivement, aux
articles L. 331-5 et L. 331-11 ;
« 2° La saisie, quels que soient le jour et l’heure, des exemplaires constituant une reproduction illicite de
l’œuvre, déjà fabriqués ou en cours de fabrication, ou des exemplaires, produits, appareils, dispositifs,
composants ou moyens, fabriqués ou en cours de fabrication, portant atteinte aux mesures techniques
et aux informations mentionnées, respectivement, aux articles L. 331-5 et L. 331-11, des recettes
réalisées, ainsi que des exemplaires illicitement utilisés ;
« 3° La saisie des recettes provenant de toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque
moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit, effectuée en violation des droits de l’auteur ou provenant
d’une atteinte aux mesures techniques et aux informations mentionnées, respectivement, aux articles L.
331-5 et L. 331-11 ;
« 4° La saisie réelle des œuvres illicites ou produits soupçonnés de porter atteinte à un droit d’auteur ou
leur remise entre les mains d’un tiers afin d’empêcher leur introduction ou leur circulation dans les
circuits commerciaux.
« Elle peut, dans les mêmes formes, ordonner les mesures prévues au présent article à la demande des
titulaires de droits voisins définis au livre II de la présente partie. » ;
Elle n’a pas été expressément prévue par la loi de 1996, c’est une procédure provisoire que l’on
rencontre en matière de propriété industrielle pour décrire les contrefaçons en matière d’invention, de
dessin et modèle industriel. Elle consiste à décrire les actes de contrefaçon sur les objets de création
industrielle. A la différence de la saisie contrefaçon, les objets visés ne font pas l’objet d’une scellé. La loi
ivoirienne reconnaît au président du tribunal de première instance ou au juge du tribunal de section
détachée, le pouvoir de prendre toute mesure jugée nécessaire, parmi ces mesures figures la saisie
description qui est un bon moyen de collecter les preuves de la contrefaçon.
En France, la loi du 11 mars 2014 prévoit que: "1° L’article L. 332-1 est ainsi rédigé :
« Art. L. 332-1.-Tout auteur d’une œuvre protégée par le livre Ier de la présente partie, ses ayants droit
ou ses ayants cause peuvent agir en contrefaçon. A cet effet, ces personnes sont en droit de faire
procéder par tous huissiers, le cas échéant assistés par des experts désignés par le demandeur, sur
ordonnance rendue sur requête par la juridiction civile compétente, soit à la description détaillée, avec
ou sans prélèvement d’échantillons, soit à la saisie réelle des œuvres prétendument contrefaisantes
ainsi que de tout document s’y rapportant. L’ordonnance peut autoriser la saisie réelle de tout
document se rapportant aux œuvres prétendument contrefaisantes en l’absence de ces dernières.
« La juridiction peut ordonner la description détaillée ou la saisie réelle des matériels et instruments
utilisés pour produire ou distribuer illicitement les œuvres.
« « Art. L. 332-4.-La contrefaçon de logiciels et de bases de données peut être prouvée par tout moyen.
« « A cet effet, toute personne ayant qualité pour agir en contrefaçon est en droit de faire procéder en
tout lieu et par tous huissiers, le cas échéant assistés d’experts désignés par le demandeur, en vertu
d’une ordonnance rendue sur requête par la juridiction civile compétente, soit à la description détaillée,
avec ou sans prélèvement d’échantillons, soit à la saisie réelle du logiciel ou de la base de données
prétendument contrefaisants ainsi que de tout document s’y rapportant. La saisie-description peut se
concrétiser par une copie des logiciels ou des bases de données prétendument contrefaisants.
«
« « La juridiction peut ordonner, aux mêmes fins probatoires, la description détaillée ou la saisie réelle
des matériels et instruments utilisés pour produire ou distribuer un logiciel ou une base de données
prétendument contrefaisants, ainsi que de tout document s’y rapportant.
« « L’ordonnance peut autoriser la saisie réelle de tout document se rapportant aux logiciels, bases de
données, matériels et instruments mentionnés aux deuxième et troisième alinéas en l’absence de ces
derniers.
« « La juridiction peut subordonner l’exécution des mesures qu’elle ordonne à la constitution par le
demandeur de garanties destinées à assurer l’indemnisation éventuelle du défendeur si l’action en
contrefaçon est ultérieurement jugée non fondée ou la saisie annulée.
« « A défaut pour le demandeur, dans un délai fixé par voie réglementaire, soit de s’être pourvu au fond,
par la voie civile ou pénale, soit d’avoir déposé une plainte devant le procureur de la République,
l’intégralité de la saisie, y compris la description, est annulée à la demande du saisi ou du tiers saisi, sans
que celui-ci ait à motiver sa demande et sans préjudice des dommages et intérêts qui peuvent être
réclamés. » ;
Mais, quelle que soit son utilité, la saisie description constitue une mesure provisoire et n’a pas un
caractère dissuasif d’où la nécessité pour une protection efficace de mettre en œuvre des mesures
coercitives.
La défense des droits d’auteur met en œuvre différentes mesures coercitives, aussi bien en matière
civile qu'en matière pénale. En matière civile, c’est la responsabilité civile délictuelle qui s’applique, elle
est fondée sur les articles 1382 et suivants du code civil et donne lieu, si les conditions sont réunies à
l’application d’une sanction civile consistant en des dommages-intérêts au profit de l’auteur ou de ses
ayants droits. La particularité en matière de mesure coercitive se retrouve donc en matière pénale où il
existe des règles spécifiques prévues par diverses législations. Le point commun à toutes ces législations,
c’est l’incrimination du délit de contrefaçon. S’agissant de la loi de 1996 (article 64) ; le code pénal
(articles 322 et suivants) ; la loi relative à la lutte contre la cybercriminalité (articles 33 et suivants). Ces
différents textes prévoient tous l’incrimination du délit de contrefaçon et des délits connexes et des
sanctions variées consistant en des peines d’emprisonnement, des amendes et des peines
complémentaires.
Aux termes de l’article 322 du code pénal : « Toute édition d’écrit, de composition musicale, de dessin,
de peinture ou de toute autre production publiée en Côte d’Ivoire ou à l’étranger, imprimée ou gravée
en entier ou en partie, faite de mauvaise foi et au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété
artistique ou littéraire est une contrefaçon. » Le code pénal incrimine des actes dans le sillage de la
contrefaçon, il s’agit des délits connexes de débit, d’exportation et d’importation d’ouvrage contrefait,
de même que les reproduction, représentation, adaptation, diffusion, traduction par quelque moyen
que ce soit d’une œuvre de l’esprit en violation des droits d’auteur.
La loi relative à la cybercriminalité prévoit en son article 33, la sanction de toutes les atteintes à la
propriété intellectuelle commise au moyen d’un système d’information. Ainsi selon cette loi constitue
une atteinte à la propriété intellectuelle :
Le fait sans autorisation de l’auteur ou de ses ayants droits de reproduire, de représenter ou de mettre à
la disposition du public sur un système d’information ou un support numérique ou analogique
entièrement ou partiellement une œuvre de l’esprit protégée par le droit d’auteur ou un droit voisin. Il
en est de même des traductions ou adaptations d’œuvre sur un tel système ou support.
Enfin selon la loi n°2013 du 23 décembre 2013 relative à la lutte contre la contrefaçon ou le piratage et à
la protection des droits de PI dans les opérations d’importation, d’exportation et de commercialisation
de biens et services. La contrefaçon est l’acte par lequel une personne physique ou morale utilise ou
exploite un droit de PI sans l’autorisation préalable du titulaire ou de ses ayants droits. Tous les actes de
contrefaçon sont pénalement sanctionnables mais les sanctions varient en fonction du type d’acte de
contrefaçon commis et de la gravité de celui-ci.
En matière civile, la sanction de la contrefaçon est constituée par l'allocation de dommages et intérêts à
l'auteur ou à ses ayants droit.
Le montant de l'indemnisation est fixé en fonction de l'ampleur de l'atteinte. Mais cette détermination
du montant a soulevé quelques difficultés, dans la pratique. C'est pourquoi, en France, la loi du 11 mars
2014 renforçant les moyens de lutte contre la contrefaçon prévoit une nouvelle rédaction de L’article L.
331-1-3 du code de la propriété intellectuelle, qui est ainsi rédigé :
« Art. L. 331-1-3.-Pour fixer les dommages et intérêts, la juridiction prend en considération
distinctement :
« 1° Les conséquences économiques négatives de l’atteinte aux droits, dont le manque à gagner et la
perte subis par la partie lésée ;
« 3° Et les bénéfices réalisés par l’auteur de l’atteinte aux droits, y compris les économies
d’investissements intellectuels, matériels et promotionnels que celui-ci a retirées de l’atteinte aux
droits.
« Toutefois, la juridiction peut, à titre d’alternative et sur demande de la partie lésée, allouer à titre de
dommages et intérêts une somme forfaitaire. Cette somme est supérieure au montant des redevances
ou droits qui auraient été dus si l’auteur de l’atteinte avait demandé l’autorisation d’utiliser le droit
auquel il a porté atteinte. Cette somme n’est pas exclusive de l’indemnisation du préjudice moral causé
à la partie lésée. »
Cette même rédaction à été reprise aux articles L. 521-7, L. 615-7, L. 623-28, L. 716-14, L. 722-6 du CPI.
Si les sanctions civiles ne posent aucun problème d’application, il n’en est pas de même des sanctions
pénales qui varient en fonction de la gravité de la contrefaçon et du support sur le lequel ces actes sont
commis. ainsi lorsque les actes de contrefaçon sont commis en dehors des réseaux numériques ou des
systèmes d’information, les sanctions applicables sont celles prévues par le code pénal. Pour les
contrefaçons commises sur les réseaux numériques ou au moyen d’un système d’information, les
sanctions applicables sont celles prévues par la loi relative à la lutte contre la cybercriminalité.
Cependant, que l’infraction soit commise sur les réseaux numériques ou au moyen d’un système
d’information, ou encore en dehors d’un tel réseau ou système, le code pénal et la loi relative à la lutte
contre la cybercriminalité prévoit non seulement des peines d’emprisonnement et des amendes, mais
également des peines complémentaires.
S’agissant du code pénal, l’article 322 prévoit une amende de 100 000f CFA à 1 000 000f CFA pour le
délinquant occasionnel ; en cas d’infraction d’habitude la sanction est portée par l’article 323 du code
pénal à 2 000 000 d’amende et une peine d’emprisonnement d’1 mois à 1 an.
L’article 33 de la loi relative à la lutte contre la cybercriminalité prévoit quant à lui une peine
d’emprisonnement de 1 à 10 ans et une amende de 500 000 à 100 000 000 f CFA.
La disproportion entre les peines des deux lois s’explique par l’impact de la contrefaçon commise sur les
réseaux numériques d’où la nécessité de sanctionner plus lourdement les auteurs de telle contrefaçon.
S’agissant des peines complémentaires, la loi relative à la lutte contre la cybercriminalité renvoie à celles
prévues par le code pénal. Ainsi les auteurs de contrefaçon pourront également faire l’objet
d’application de peine complémentaire consistant en la confiscation des exemplaires contrefaits, des
recettes, du matériel ayant servi à la réalisation de l’infraction. Les recettes ou une partie de ces recettes
confisquées seront remis à l’auteur ou à ses ayants droits ou reversées à l’organisme de gestion
collective pour les indemniser du préjudice qu’ils ont subi.
Selon l'article 36 de la loi relative à la lutte contre la cybercriminalité:" le titulaire d'un service d'accès à
Internet ou à tout réseau de communication électronique est tenu de veiller à ce que cet accès ne soit
pas utilisé à des fins manifestement illicites, notamment de reproduction ou de représentation d'œuvre
de l'esprit sans l'autorisation de leurs auteurs ou leurs ayants droit. En cas de non-respect de cette
obligation, il peut être poursuivi pour complicité par fourniture de moyen."
Les conventions internationales relatives au droit d’auteur que la Côte d’Ivoire a ratifiées sont la
convention de Berne signée le 9 septembre 1886 dont la dernière révision est intervenue le 24 juillet
1971 à Paris, l’accord de Bangui révisé signé le 2 mars 1977 et qui a institué l’Organisation Africaine de la
Propriété Intellectuelle dont la dernière révision du 24 février 1999 et enfin le Traité de Marrakech du
15 avril 1994 portant création de l’Organisation Mondiale du Commerce et dont l’annexe 2 porte Accord
sur les Aspects de Droits de Propriété Intellectuelle touchant au commerce (ADPIC). Toutes ces
conventions ont pour but de protéger les droits d’auteur au niveau international afin de créer un
marché des œuvres littéraires et artistiques mondial. À ces conventions ratifiées, il convient d'ajouter le
traité de l'OMPI sur le droit d'auteur et les droits voisins.
Nous passerons donc en revue ces différentes conventions afin d’examiner les règles qu’elles instituent.
LITTERAIRES ET ARTISTIQUES
Cette convention fait partie des grandes conventions en matière de PI signées au XIXe siècle (3 ans après
la convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle du 20 mars 1883). Afin de prendre
en compte le niveau de développement et les besoins des pays en voie de développement, une annexe
a été ajouté à cette convention lors de sa révision à Paris. Cette annexe autorise sous certaines
conditions les pays en développement à accorder des licences de traduction et de reproduction. La
convention de Berne s’articule autour d’un certain nombre de règles ayant pour finalité une meilleure
protection des œuvres littéraires et artistiques. Ainsi l’article 1er de la convention dispose que : «
chaque Etat contractant s’engage à prendre toute disposition nécessaire pour assurer une protection
suffisante et efficace des droits d’auteur et tout autre titulaire de ces droits sur les œuvres littéraire,
scientifique et artistique… »
Pour ce faire, la convention de Berne dresse une liste limitative des œuvres protégées et institue un
niveau minimum de protection.
La convention de Berne contient une nomenclature des œuvres protégées au titre du droit d’auteur.
L’article 2 de la convention donne une définition limitative des termes, œuvres littéraires et artistiques.
Ainsi les œuvres littéraires et artistiques comprennent toutes les productions du domaine littéraire,
scientifique et artistique, quel qu'en soit le mode ou la forme d’expression tel que :
Les livres ;
Les conférences ;
Les allocutions ;
Les œuvres cinématographiques, auxquelles sont assimilées les œuvres exprimées par un procédé
analogue ;
Les œuvres photographiques auxquelles sont assimilées les œuvres exprimées par un procédé analogue
à la photographie ;
Les illustrations, les cartes géographiques, les plans, les croquis, les œuvres plastiques relatives à la
géographie ou à la topographie, à l’architecture et aux sciences.
La convention de Berne prévoit que les législations des pays membres de l’union ont la faculté d’exiger
pour leur protection que ces œuvres soient fixées sur un support matériel. Toutefois, certaines
productions intellectuelles sont exclues du bénéfice de la protection. C'est le cas des textes officiels,
d’ordre législatif, administratif ou judiciaire ainsi que les traductions officielles de ces textes. Néanmoins,
les législations peuvent se réserver les conditions dans lesquelles ces textes seront protégés.
La convention de Berne prévoit les niveaux minima de protection des œuvres littéraire et artistique en
instituant la règle du traitement national, en déterminant les contenus des droits d’auteur et en fixant
les durées de protection.
Elle est prévue par la convention de Berne, selon cette convention : « la protection dans le pays d’origine
est réglée par la législation nationale. Toutefois, lorsque l’auteur ne ressortit pas du pays d’origine de
l’œuvre pour laquelle il est protégé par la présente convention, il aura dans ce pays les mêmes droits
que les auteurs nationaux. »
La règle du traitement national signifie pour simplifier que les Etats membres de l’union doivent
accorder aux auteurs étrangers la même protection qu’ils accordent à leurs propres ressortissants. En
d’autres termes, la règle du traitement national interdit aux Etats membres de faire une discrimination
entre leurs ressortissants et les ressortissants des autres Etats. Ainsi, les auteurs étrangers sont assimilés
aux auteurs nationaux en vue de leur protection.
Lorsqu’un pays étranger à l’union ne protège pas de manière suffisante les œuvres des auteurs
ressortissants de l’un des pays de l’union, ce dernier pays membre de l’union pourra restreindre la
protection des œuvres des auteurs étrangers ou mettre en œuvre des conditions supplémentaires pour
ladite protection.
La convention de Berne reconnaît aux auteurs un certain nombre de droits exclusifs que les législations
nationales doivent mettre en œuvre. Ces droits sont reconnus d’office aux auteurs des œuvres de
l’esprit sans formalité aucune.
Elle prévoit aussi bien des droits moraux que des droits patrimoniaux pour les auteurs. Ainsi,
indépendamment des droits patrimoniaux des auteurs et même après la cession desdits droits, l’auteur
conserve le droit de revendiquer la paternité de l’œuvre et de s’opposer à toute déformation, mutilation
ou autre modification de cette œuvre ou à tout autre atteinte à la même œuvre, préjudiciable à son
honneur ou sa réputation. L’auteur d’une œuvre de l’esprit bénéficie des droits suivants :
Le droit de traduction ;
Le droit de reproduction ;
Le droit d’adaptation ;
La convention de Berne prévoit des limitations aux droits des auteurs dans des cas spéciaux, pourvu que
la mise en œuvre de ces exceptions ne porte pas atteinte à l’exploitation normale de l’œuvre, ni ne
cause un préjudice injustifié aux intérêts légitimes de l’auteur. Ces limitations concernent
principalement le droit de reproduction, elles sont fondées généralement sur les besoins
d’enseignement et d’information.
Ils sont aux nombres de trois, il s’agit d’abord de la règle du traitement national, ensuite du traitement
de la nation la plus favorisée, et enfin la règle de l’épuisement des droits.
A. LE TRAITEMENT NATIONAL
Ce principe n’est pas nouveau en matière de PI, il existait déjà dans les conventions précédentes de Paris
et de Berne. C’est l’article 3 de l’accord ADPIC qui pose la règle du traitement national. Selon cet article,
les Etats membres, s’oblige à accorder aux ressortissants des autres Etats membres, un traitement non
moins favorable que celui qu’il accorde à leur ressortissant en ce qui concerne les accords de la PI. Le
principe de l’assimilation posée par la règle du traitement national s’exerce sans l’exigence d’une double
protection ni de réciprocité matérielle sauf, les cas de réserve exprimes par les accords de Paris et de
Berne.
L’accord prévoit expressément ou implicitement que la règle du traitement national ne s’applique pas
dans certains cas. C'est le cas des procédures administratives et judiciaires y compris la constitution,
d’un mandataire dans le ressort territorial d’un état membre.
Toutefois, ces limitations ou exceptions ne sont applicables que pour assurer le respect des lois et
règlementations qui ne sont pas incompatibles avec les dispositions de l’accord ADPIC, ou ne constitue
pas des pratiques visant à restreindre de façon déguisée le commerce.
La règle de la nation la plus favorisée est assortie d’un certain nombre d’exceptions, ne sont pas
concernés par l’extension des avantages, faveurs, privilèges ou immunités, les Etats membres qui
appliquent des dispositions qui découlent des accords internationaux en matière d’entraide judiciaire ou
d’exécution de loi, lorsqu’elles ne s’appliquent pas en particulier à la propriété intellectuelle. Le
traitement de la nation la plus favorisée ne s’applique pas pour les Etats signataires de la convention de
Berne ou de la convention de Rome qui autorise que le traitement accordé soit fonction non pas du
traitement national mais du traitement accordé dans un autre pays.
L’accord ADPIC ne tranche pas la question de l’épuisement des droits de PI qui a été l’objet de débats
contradictoires et de position divergente. Ainsi, aucune disposition de l’accord ADPIC ne sera utilisée
pour traiter la question de l’épuisement des droits de PI. Cette question étant laissée aux Etats membres
et aux communautés des Etats.
Para 2: LES MOYENS MIS EN ŒUVRE POUR LA PROTECTION EFFECTIVE DES DROITS DE PROPRIETE
INTELLECTUELLE
L’accord ADPIC contient des dispositions qui offrent aux Etats les moyens juridiques de faire respecter
les droits de PI. Ainsi, selon l’article 41 de l’accord ADPIC, les Etats membres feront en sort que leur
législation comporte des procédures destinées à faire respecter les droits de PI de manière à permettre
une action efficace contre tout acte qui porterait atteinte aux droits de PI couvert par ledit accord. Les
moyens dont il est question sont des mesures coercitives ou des mesures préventives rapides destinées
à prévenir toute atteinte aux droit de PI. Les Etats ne doivent donc pas se contenter d’une
reconnaissance formelle des droits de PI mais ont l’obligation de prévoir dans leur législation, des
mesures appropriées pour la protection effective desdits droits. Il s’agit pour l’essentiel des mesures de
protection judiciaire et des mesures administratives et policières aux frontières des Etats membres.
L’accord ADPIC bien que se référant à la convention de Berne contient des dispositions spécifiques
nouvelles pour la protection des œuvres littéraires et artistiques. Ainsi, l’article 9 dudit accord dispose
que la protection du droit d’auteur s’étendra aux expressions et non aux idée, procédure, méthode de
fonctionnement ou concept mathématique en tant que tel. En outre, l’accord reconnaît de nouvelles
œuvres de l’esprit non prévues par l’accord de Berne. Il exclut le droit moral de l’auteur mais reconnaît
un nouveau droit patrimonial qui est le droit de location. L’accord ADPIC ne remet pas en cause la règle
des 50 ans post mortem, mais fixe des modalités de calcul de ladite durée différentes.
Para 1: LES NOUVELLES ŒUVRES PROTEGEABLES PREVUES PAR L’ACCORD ADPIC
L’accord ADPIC inclut dans le champ du droit d’auteur 2 nouvelles créations intellectuelles que sont les
programmes d’ordinateur et les bases de données (compilation de données). Selon l’article 10 de
l’accord ADPIC, les programmes d’ordinateur qu’ils soient exprimées en code source ou en code objet,
seront protégées en tant qu’œuvre littéraire en vertu de la convention de Berne. Quant aux
compilations de données ou d’autres éléments qu’elles soient reproduites sur support exploitable par
machine ou sous tout autre forme, qui par le choix ou la disposition des matières, constituent des
créations intellectuelles seront protégées comme telles. Toutefois, cette protection ne s’étendra pas aux
données ou éléments eux-mêmes.
Tenant compte de la dimension économique des droits d’auteur, l’accord ADPIC exclut de son champ la
reconnaissance du droit moral de l'auteur et ne prend en compte que la reconnaissance des droits
patrimoniaux de celui-ci. L’accord reconnaît un nouveau droit patrimonial à l’auteur qui est le droit
exclusif de location. Selon l’article 11 de l’accord ADPIC, les Etats membres s’obligent à accorder au
titulaire des droits portant sur les programmes d’ordinateur et les œuvres cinématographiques un droit
d’autoriser ou d’interdire la location commerciale au public d’originaux ou de copie, des œuvres
protégées par le droit d’auteur. Toutefois, pour ce qui concerne les programmes d’ordinateur, le droit
exclusif de location n’est pas accordé si le programme lui-même n’est pas l’objet essentiel de la location.
Selon l’article 12 de l’accord ADPIC, chaque fois que la durée de protection d’une œuvre autre que
photographique ou d’art appliqué est calculée sur une base autre que la vie de la personne physique,
cette durée sera d’au moins 50 ans à compter de la fin de l’année civile de la publication autorisée ou à
compter de la réalisation de la dite œuvre.
Le traité de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle sur le droit d'auteur a été conclu le 20
décembre 1996 à Genève soit 4 mois après l’adoption de la loi ivoirienne du 25 juillet 1996 relative à la
protection des œuvres de l’esprit. Ce qui signifie que la loi ivoirienne n’incorpore pas les dispositions du
traité, notamment la reconnaissance de nouvelles créations et de nouveaux droits aux auteurs. Le 20
décembre 1996 a été également conclu sous l’égide de l’OMPI le traité sur les interprétations et
exécutions.
Le Traité de l’OMPI sur les droits d’auteur applique mutatis mutandis (même chose), les dispositions des
articles 2 à 6 de la convention de Berne. Cependant, le Traité ajoute 2 catégories d’objet aux droits
d’auteur.
Il s’agit des programmes d’ordinateur et les compilations de données ou d’autres éléments, il faut noter
que la protection prévue par le Traité s’applique aux programmes d’ordinateur quelque en soit le mode
ou l’expression c’est-à-dire que le programme d’ordinateur soit fixé sur support physique ou virtuel.
Toutefois, la protection ne s’étend pas aux idées, méthode de fonctionnement, procédure ou concept
mathématique en tant que tel. Quant aux bases de données elles sont protégées de la même manière
que la protection prévue par l’accord ADPIC.
Le traité de l’OMPI reconnaît de nouveaux droits aux auteurs des œuvres de l’esprit en plus des droits
reconnus par la convention de Berne. Il s’agit des droits de distribution, de location, et de
communication des œuvres au public y compris sur les réseaux numériques. Le Traité reconnaît une
utilisation de mesure technique des œuvres et fait obligation aux parties contractantes de prévoir des
sanctions juridiques efficaces contre la neutralisation des mesures techniques mises en œuvre par les
auteurs ou les titulaires des droits.
Le Traité de l’OMPI tenant compte des NTIC impose des obligations aux Etats contractants visant à
prévoir des sanctions contre les actes de suppression ou de modification sans droit de toute information
relative au régime des droits d’auteur se présentant sous forme électronique.
Le droit d’auteur qui constitue l’élément principal de la propriété littéraire et artistique a pour
appendice les droits dits voisins du droit d’auteur, qui concernent les droits des artistes interprètes ou
exécutant et des producteurs de phonogramme et vidéogramme, le droit des entreprises audiovisuelles.
En effet, les œuvres littéraires et artistiques sont souvent portées, exécutées ou interprétées par des
artistes interprètes ou financés par des maisons de disque ou des entreprises audiovisuelles pour la
production de phonogramme ou de vidéogramme, il est donc apparu normal de reconnaître des droits
de PI voisins des droits d’auteur à ces auxiliaires de la création artistique. Les droits voisins du droit
d’auteur sont régis par la 2e partie de la loi de 1996 relative aux œuvres de l’esprit, il s’agit des articles
75 à 108. Ces dispositions prévoient des droits exclusifs pour les artistes interprètes et pour les
producteurs de phonogramme et vidéogramme. Comme on peut le voir, les titulaires des droits voisins
sont limitativement énumérés par la loi.
THEMES DE RECHERCHE :
T1 : la protection des œuvres de l’esprit sur les réseaux numérique : enjeux et perspectives. Les
bénéfices pour l'auteur de l'exploitation légale des œuvres de l'esprit sur les réseaux numériques.
T2 : la protection des programmes d’ordinateur en droit ivoirien. Dans le cadre de la réforme de la loi
relative à la protection de d'œuvres de l'esprit et aux droits des auteurs, des artistes-interprètes et des
producteurs.
T3 : la protection des inventions dans l’espace OAPI. La réforme de l'accord de Bangui, enjeux et
perspectives
T4 : la protection des indications géographiques et des marques collectives en Côte d’Ivoire. (voir JO de
la CI du jeudi 1er nov 2012 ; P988). Le statut, l'organisation et les missions du CMC: forces et faiblesses
T7 : la protection des marques sur les réseaux numériques. La protection des logiciels sur les réseaux
numériques
T10: état des lieux de la jurisprudence en matière d'originalité des œuvres de l'esprit.
T12: la protection des droits d'auteur dans le cadre de la numérisation des cours d'enseignement
supérieur.