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Jachère et fertilité des sols en Afrique

Jachère pdf

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Sommaire

Jachère
et fertilité
ROBIN DUPONNOIS
spécialiste du maintien de la fertilité et de l’intensification par des voies biologiques
IRD UR IBIS - 01 BP 182 Ouagadougou - Burkina Faso
(226) 30 67 37 - (226) 31 03 85 - Email : [Link]@[Link]

Préambule
En ce qui concerne le thème de « la jachère et la fertilité des sols », les différentes
équipes du programme « jachère » ont eu pour but de clarifier les processus de
changements d’états physiques, biologiques, chimiques qui modifient le milieu
cultivé au cours du cycle culture-jachère et de déterminer les conséquences de ces
modifications au niveau de la production à long terme. D’autre part, ils ont tenté
diverses manipulations sur le cycle jachère-culture tentant de « simuler » l’effet
jachère et ainsi réhabiliter des paramètres et des fonctions de la fertilité, ou de
trouver des alternatives à la jachère. Serpantié et Ouattara (2001) ont présenté une
synthèse sur ces sujets dans le cadre du Projet. Chotte et al. (2001) ont traité
particulièrement dans une synthèse l’effet de la jachère sur la biologie du sol.

À travers tous les travaux menés dans ce programme, il est possible de discerner
2 axes principaux qui rassemblent la majeure partie des résultats :

Le premier concerne l’acquisition de connaissances fondamentales sur des indicateurs


biologiques pertinents permettant d’évaluer l’état de fertilité globale d’un sol après
une phase de « jachère » avec comme objectif principal sous-jacent de hiérarchiser,
par exemple, dans des conditions environnementales données, l’importance de la
teneur en matière organique du sol, l’impact de certains groupes d’organismes ou
d’activités microbiennes sur le développement du couvert végétal et sur les processus
régissant le biofonctionnement du sol.

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Sommaire

La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

Le second concerne les diverses manipulations visant à définir des pratiques de


gestion du cycle culture/jachère ou des pratiques d’artificialisation des jachères en
introduisant des espèces locales ou exotiques qui optimisent certaines fonctions du
sol (Ex : mobilisation azotée ou phosphorée).
Ce rapport d’expertise ayant pour objectif principal de synthétiser les résultats
des travaux menés dans la 1re phase du programme et aussi de les confronter avec
d’autres, il sera organisé de la façon suivante : (i) l’analyse des connaissances acquises
lors de la 1re phase du programme jachère ; (ii) l’évolution du stock organique du
sol dans différents systèmes culture-jachère et (iii) alternatives à la gestion de la
fertilité des sols.

Analyse des connaissances


acquises lors de la 1 re phase
du programme jachère
Dans le cadre de la 1re phase du programme jachère, la majorité des résultats ont été
obtenus dans les zones agro-écologiques de type sahélien (300-600 mm), et soudanien
et soudano-guinéen (600-1 200 mm). Ces travaux ont décrit l’impact de la mise en
jachère sur l’évolution du stock de matière organique du sol, sur certains groupes
d’organismes telluriques appartenant à la macrofaune (termites vers de terre, fourmis),
la mésofaune (nématodes) et la microflore (bactéries, rhizobia, champignons
mycorhiziens) mais aussi l’influence de cette pratique culturale sur certaines
caractéristiques physiques du sol (ex : aggrégation) ou biologiques (activités enzy-
matiques). Toutes ces études visaient à identifier certains indicateurs biologiques
susceptibles de décrire l’état de réhabilitation d’un sol suite à une mise en jachère
ou de dégradation suite à une mise en culture trop longue, à partir de certains seuils.

Définitions et techniques d’évaluation


de la fertilité des sols
La fonction de gestion de la fertilité des sols par la jachère apparaît comme la
première raison invoquée par les paysans pour justifier le recours à cette pratique
culturale. Au sens écologique, la fertilité des sols est représentée par le potentiel de
production d’un écosystème où interviennent l’ensemble des êtres vivants, le sol
minéral et le climat. Par rapport aux agro-écosystèmes conventionnels, les écosystèmes
spontanés présentent généralement une bonne efficience des ressources minérales
internes ainsi que des fonctions efficaces de protection et d’auto-restauration vis- à-vis
des agressions climatiques ou biologiques. Ce sont des systèmes qui sont à la fois
productifs, résilients et durables. La notion de fertilité d’un écosystème n’est pas
limitée aux caractéristiques abiotiques et climatiques mais elle est aussi largement

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

dépendante de la composition biologique du milieu qui gouverne l’évolution des


propriétés physiques du sol et les processus aboutissant à l’alimentation en nutriments
des plantes.
L’évaluation de la fertilité des sols peut être mesurée soit par les résultats des systèmes
étudiés en termes de rendement, soit par l’évaluation de caractéristiques d’état ou de
fonctions du milieu, mesurables directement à travers des paramètres descriptifs ou
analytiques, et enfin indirectement par des caractères simples ou composés qui servent
d’indicateurs. Leur principal intérêt est de déterminer l’état et le fonctionnement
d’un système par rapport à des valeurs repères.

L’indicateur « Matière organique »


La matière organique du sol (MOS) est fonction des conditions édaphiques (matériau
parental, degré d’hydromorphie, végétation, climat) et humaine. Elle peut même
être un indicateur (paramètre d’appréciation du milieu) de durabilité des systèmes
traditionnels de production généralement mixtes (agriculture, élevage) d’Afrique de
l’Ouest car (i) les besoins alimentaires des populations et les usages domestiques
sont satisfaits par les ressources organiques, (ii) l’alimentation des animaux est
traditionnellement assurée par les fourrages des parcours, en plus des résidus de
récoltes et des apports complémentaires, (iii) le bois couvre 90 % des besoins en
énergie domestique et (iv) la matière organique provenant des cultures des régions
tropicales semi-arides et subhumides.
La matière organique joue un rôle important dans le fonctionnement du sol en
est le premier réservoir d’azote et autres éléments nutritifs essentiels. Elle
influence la formation d’agrégats et d’autres propriétés du sol. La matière organique
détermine certaines propriétés agronomiques des sols (stabilité structurale). Des seuils
de MOS en zone semi-aride et subhumide favorisant la durabilité de la production
végétale, la conservation de l’eau et des sols ont été établis.
Une faible fertilité physique et chimique caractérise les sols des savanes d’Afrique
de l’Ouest. Par exemple, le taux de matière organique est généralement inférieur à
1 % dans les sols lessivés du Plateau central burkinabé. Au Sénégal, les taux de matière
organique dans les sols sableux à argile de type kaolinite sont également faibles.
Les ressources du terroir sont en disparition malgré des pratiques en mutation. La
disponibilité des ressources organiques des terroirs d’Afrique de l’Ouest diminue
depuis plusieurs décennies et cela pour plusieurs raisons :
– la croissance démographique entraîne une pression croissante sur les ressources ;
– les cultures de rente (coton, arachide) engendrent de fortes exportations de carbone
et de nutriments et n’offrent qu’un faible disponible en biomasse au champ ;
– la variabilité climatique et la baisse de la pluviosité réduisent la productivité végétale
et limitent le maintien de formations ligneuses denses.
La matière organique des sols est généralement considérée comme un indicateur de
durabilité des systèmes de cultures des régions tropicales semi-arides et sub-humides.
Toutefois, il convient de distinguer deux paramètres pour cet indicateur : (i) les

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

valeurs de seuils critiques en matière organique du sol et (ii) la qualité de la matière


organique (teneurs en azote, polyphénols) susceptible d’interférer avec les processus
microbiens libérant les nutriments assimilables par le couvert végétal.

LES SEUILS CRITIQUES EN MATIÈRE ORGANIQUE DU SOL


Certaines données expérimentales obtenues sur 600 parcelles cotonnières, expéri-
mentales ou paysannes, à texture sablo-limoneuse au Sud-Mali montrent qu’il
n’existe pas de relation générale entre la teneur en matière organique du sol et le
rendement. Toutefois, les rendements maximaux et minimaux ainsi que leur régula-
rité sont étroitement liés à cet indicateur. D’autre part, en fonction du système, il est
possible d’optimiser l’impact de cette teneur en matière organique sur le rendement.
En fonction du type de sol et du système de culture, des teneurs-seuil de matière
organique pourraient être déterminées. Serpantié et Ouattara (2000) identifient une
première teneur-seuil (« seuil pratique ») indiquant une teneur en matière organique
en dessous de laquelle le système de culture ne peut se développer et produire. La
seconde (« seuil de productivité ») indique le seuil au-delà duquel la matière
organique n’apparaît plus comme un facteur limitant. Enfin, un troisième seuil
(« seuil de régularité ») peut être défini comme indiquant la teneur à laquelle la
variabilité des rendements ne se réduit plus. Des effets défavorables peuvent se
manifester à partir du « seuil d’excès » à travers une accumulation excessive de
matière organique dans le sol, défavorable à la minéralisation et à la production
(acidité, hydromorphie).
Sur la première moitié de sa gamme de variation, et à travers ses différents seuils
relatifs à la texture, la matière organique du sol se révèle comme un bon indicateur
pour les composantes de la fertilité « rendements potentiels », « régularité » et
« durabilité », pour les systèmes cotonniers marqués par une fertilisation minérale
moyenne, mais son accumulation au-delà du seuil de durabilité, où elle est déjà
coûteuse, n’offre pas d’intérêt.
Cet indicateur est cependant loin de suffire : les éléments fins, le pH et les teneurs
du sol en bases échangeables, surtout potassium et calcium, sous l’effet de l’érosion
et du lessivage, des exportations et de l’acidification prévisible des terres sont aussi
des indicateurs incontournables car les apports organiques, qui proviennent de
milieux déjà appauvris, peuvent être eux-mêmes déficients en matière d’apport de
bases et de phosphore (Serpantié et Ouattara, 2000).

LA QUALITÉ DE LA MATIÈRE ORGANIQUE DANS LE SOL


Les fonctions énergétiques, nutritionnelles, structurales et tampon de la matière
organique dans le sol dépendent étroitement de ses caractéristiques physico-chimiques
mais aussi des propriétés du substrat.
La capacité de la matière organique à fournir des bases et sa composition sont
étroitement liées à la texture du sol. Parallèlement, diverses expériences ont été
réalisées afin d’évaluer les caractéristiques chimiques de la matière organique et ses
répercussions sur la croissance des plantes.
Les conditions environnementales (température, teneur en eau du sol, etc.) et la
qualité de la matière organique contrôlent la décomposition de la matière organique

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

dans le sol. Il est connu que la teneur en azote de la MOS (matière organique du sol)
constitue un paramètre favorable pour la libération d’azote dans le sol. De nombreux
travaux ont démontré qu’il existait un lien étroit entre la teneur en azote de la litière
et la minéralisation nette de l’azote. Au contraire, il est aussi connu qu’une haute
teneur en polyphénols peut inhiber les processus microbiens aboutissant à la miné-
ralisation de la MOS. En considérant tous ces paramètres chimiques, il est possible
d’établir un index de la qualité des résidus végétaux calculé de la façon suivante :
IQRV= 1 / [ (0.423 C/N + 0.439 Lignine + 0.138 Polyphénols) ] x 100 avec la teneur
en lignine (%) et en polyphénols (%) de la litière. Cette définition a été largement
discutée et reste critiquable dans sa conception. Toutefois, nous avons pu en conditions
contrôlées démontrer que cet indicateur était positivement corrélé à la croissance
d’une plante test. Nous avons pu aussi montrer qu’une litière de Cordyla pinnata,
ayant un fort IQRV, était largement favorable au développement de la plante. L’effet
de cette litière a aussi été observé au champ sur une culture de mil.

CONCLUSION
Ces résultats montrent que la teneur de la MOS peut être considérée comme un
bon indicateur pour les composantes de la fertilité « rendements potentiels »,
« régularité » et « durabilité ». Toutefois, sa qualité doit aussi être prise en compte
et l’index IQRV doit être évalué en conditions naturelles puisque les éléments fins,
le pH et les teneurs du sol en bases échangeables interagissent avec les processus de
minéralisation de la MOS.

Description de l’effet de la mise en jachère


sur le développement de différents groupes
d’organismes telluriques
LES ORGANISMES DE LA MACROFAUNE
En Afrique tropicale, la macrofaune du sol est représentée par des invertébrés dont
certains bâtissent des structures organo-minérales (ex : termites). Leurs activités et les
répercussions observées sur les caractéristiques du milieu environnant font que ces
organismes sont appelés les « ingénieurs de l’écosystème ». Ils sont principalement
représentés par les termites, les vers de terre et les fourmis.
Les termites
Les termites constituent le groupe dominant de la pédofaune en milieu tropical. Ces
organismes sont surtout connus pour les dégâts qu‘ils provoquent sur les plantes
vivantes. Pourtant, ils ont aussi un rôle très important dans la structuration physique
des sols (aération, porosité, agrégation), dans la dégradation de la matière organique
(cellulolyse, ligninolyse) et la concentration et le stockage des nutriments (azote,
phosphore). Leur activité a une importance considérable sur la dynamique de la
matière organique dans certains écosystèmes comme dans la savane sub-sahélienne,
où leur impact sur la décomposition des tissus végétaux est du même ordre que celui
des herbivores.
Au Sénégal, des études sur la densité et la diversité des termites ont été menées sur
2 sites, Sonkonrong (13° 46’ N, 15° 32’ O) et Saré Yorobana (12° 49’ N, 14° 53’ O).

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

Elles ont été conduites en mode synchrone dans des parcelles expérimentales installées
dans le cadre du programme. Les résultats ont montré que les termites représentaient
la pédofaune dominante dans les 2 sites. À Sonkorong, l’augmentation de l’âge de
la jachère s’accompagne d’une augmentation de la diversité mais pas de la densité.
La répartition des principaux groupes trophiques a aussi été caractérisée dans ces
2 sites. Les termites champignonnistes représentent le groupe trophique le plus
important dans les jachères jeunes, mais leur fréquence d’apparition tend à diminuer
dans les jachères anciennes ou peu perturbées. La densité des termites humivores
augmente lorsque la période de jachère est longue.
Il a aussi été observé que l’augmentation de la phase de jachère entraînait une
augmentation de la richesse spécifique des peuplements de termites. Dans une parcelle
de jachère âgée de 2 ans, 8 espèces de termites ont été identifiées, alors que dans une
parcelle en jachère depuis 11 ans, 11 espèces ont été détectées.
Au Cameroun, les conséquences de la mise en jachère et, inversement, de la mise en
culture sur la diversité de la macrofaune du sol ont aussi été caractérisées. Il a aussi
été clairement démontré que la jachère augmentait la diversité spécifique de la
macrofaune mais n’avait aucun impact sur sa densité et que, au contraire, la mise en
culture entraînait des effets inverses.
Des tendances similaires ont été obtenues dans d’autres travaux menés dans des zones
agro-écologiques différentes (milieu humide, Cameroun, Nigeria), à savoir (i) l’absence
de perturbations liées au surpâturage et aux prélèvements de bois augmente signifi-
cativement la richesse spécifique et (ii) la densité des termites diminue avec l’âge de
la jachère.
Les vers de terre
Les vers de terre sont surtout abondants dans des zones humides où la pluviométrie
dépasse 1 000 à 1 100 mm. En Afrique de l’Ouest, le groupe dominant est constitué
par les vers de terre géophages qui absorbent la matière organique du sol. Ces orga-
nismes ont un impact significatif sur la structure du sol et sur la dynamique de la
matière organique. Ils augmentent la macroporosité du sol et l’infiltration de l’eau
suite à la construction de galeries et, enfin, ils rejettent des déjections (turriculés) qui
sont en général riches en carbone organique, azote total et cations échangeables.
Deux groupes fonctionnels ont été étudiés : les vers de terre épigés qui évoluent
principalement dans la litière dont ils se nourrissent et les vers de terre endogés qui
se trouvent dans le sol et se nourrissent de matière organique du sol. Dans les 2 sites
retenus au Sénégal, les densités de vers épigés et endogés (nombre d’individus
par m2) augmentent dans des jachères âgées de 10 et 15 ans.

LES ORGANISMES DE LA MÉSOFAUNE


Ce groupe est composé par une faune très diverse comprenant majoritairement des
micro- et macro-arthropodes (myriapodes, isopodes). Dans le cadre de ce programme,
l’impact de la mise en jachère sur le développement des nématodes libres ou phyto-
parasites a été plus particulièrement abordé. Ces travaux ont été menés principalement
dans les 2 sites précédemment cités au Sénégal. Il apparaît que la mise en jachère ne
modifie pas significativement la densité de nématodes extraits du sol et des racines.

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

Par contre, la structure spécifique des peuplements de nématodes phytoparasites


évolue avec l’âge des jachères. En effet, des espèces abondantes dans les sols des
champs cultivées et reconnues comme pathogènes disparaissent au profit d’espèces
moins pathogènes. Par exemple, des espèces comme Scutellonema cavenessi et
Tylenchorhynchus gladiolatus, très abondantes dans des champs cultivés, sont
progressivement remplacées en fonction de l’âge de la jachère par les espèces
Criconemella curvata, Tylenchorhynchus mashoodi, Aphasmatylenchus variabilis et
Pratylenchus pseudopratensis. La mise en défens des parcelles de jachère accroît
aussi la taille des peuplements de nématodes et amplifie les modifications dans leur
structure spécifique.

LES MICRO-ORGANISMES

Les champignons mycorhiziens à arbuscules et le potentiel infectieux mycorhizogène (PIM)


L’association mycorhizienne est une symbiose racinaire faisant intervenir deux
partenaires, une plante supérieure et un champignon. Cette symbiose fongique est
une règle générale, puisque toutes les plantes se développent en symbiose avec des
champignons mycorhiziens, à l’exception de quelques familles telles que les
Crucifères, les Chénopodiacées, les Joncacées et les Cypéracées. Cette relation, qui
se traduit par la formation d’un nouvel organe mixte appelé mycorhize, permet au
champignon de profiter des métabolites racinaires nécessaires à son métabolisme de
base et à sa fructification. Parallèlement, le champignon colonisant le sol à distance
de la racine, prélève l’eau et mobilise des éléments nutritifs (ex : phosphore, azote)
qu’il transférera à la plante.
Des dénombrements de spores de champignons mycorhiziens ont été réalisés dans les
sols des différentes jachères du site de Sonkorong. Deux espèces ont été identifiées :
Scutellospora verrucosa (spore blanche à jaune, ronde, diamètre inférieur à 400 µm)
et Scutellospora gregaria (noire, ronde, diamètre inférieur à 500 µm). Ces deux
espèces sont fréquemment observées en Afrique de l’Ouest. Le genre Glomus, dont
les spores sont marron à marron foncé, est le plus abondant ; il représente plus de
quatre-vingt-treize pour cent du nombre total moyen de spores qui est de 116,4 spores
par cent grammes de sol dans la jachère de douze ans anthropisée et de 418,8 spores
pour cent grammes de sol dans la jachère de quatre ans protégée. Pour Glomus, le
nombre moyen de spores le plus élevé a été enregistré dans les jachères de quatre ans
(de 224 à 382,4 spores.100 g-1 de sol) et le plus bas dans la jachère de douze ans
(110,4 spores.100 g-1 de sol). S. verrucosa a été détecté en abondance dans le sol de la
jachère protégée la plus ancienne (20 ans, protégée). Il a été démontré que l’abon-
dance des spores est fortement corrélée à la texture et aux caractéristiques chimiques
du complexe d’échange des sols des différentes jachères. La présence de S. verrucosa
est liée aux sols à texture grossière (pourcentage de sables supérieur à 60 p. cent ;
pourcentage d’argile inférieur à 10 p. cent) alors que les glomales sont observées dans
des sols les plus argileux (pourcentage de sables inférieur à 60 p. cent ; pourcentage
d’argile supérieur à 10 p. cent). L’abondance de ces groupes est aussi liée à certains
éléments chimiques du sol ; la présence des glomales est corrélée positivement aux
teneurs en magnésium, en calcium et en phosphore, alors que celle de S. verrucosa
et de S. gregaria est corrélée positivement à la teneur en phosphore.

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

De longues périodes d’abandon des cultures aboutissent généralement à une dimi-


nution de la présence et de l’activité de la symbiose mycorhizienne. Les résultats
obtenus dans ce programme indiquent que le nombre de spores est maximal dans les
jachères de moins de cinq ans. Cela suggère que le phénomène symbiotique peut
être optimisé sur une courte période lorsque la végétation est protégée de l’impact
des populations (feux de brousse, passage de troupeaux, etc.)
Le potentiel infectieux mycorhizogène (PIM) d’un sol colonisé par un peuplement
de champignons mycorhiziens représente son aptitude à mycorhizer une population
de plantes mycotrophes (ex : mil). Dans cette démarche, l’inoculum fongique est
soumis à l’influence des composants physico-chimiques et biologiques du sol. La
mesure du PIM est réalisée à l’aide d’un test biologique permettant d’obtenir une
régression de type dose (concentration de sol infesté par les symbiotes fongiques)
réponse (pourcentage de plants mycorhizés). La résolution de cette régression pour
une mycorhization de 50 % de la population de plantes mycorhizées aboutit à la
détermination du nombre d’unités de potentiel infectieux mycorhizogène 50 (PIM 50)
par gramme de sol. Les résultats obtenus montrent que le PIM ne varie pas en
fonction de l’âge de la jachère mais est fortement dépendant de la couverture végétale.
En effet, la mise en défens de certaines parcelles expérimentales, se traduisant par
la recolonisation du milieu par un couvert végétal, augmente de manière spectaculaire
ce potentiel. Cette observation montre qu’il est alors possible de modifier ce potentiel
en gérant la couverture végétale.
Les Rhizobia
Malgré l’importance de la symbiose fixatrice d’azote dans le développement d’un
couvert végétal sur des sols dégradés, peu de travaux ont été développés sur ce sujet
dans le cadre du programme « jachère » dans les zones agro-écologiques sahélienne
et soudano-sahélienne. Les principaux résultats portent sur la structure des peuplements
de rhizobia associés à Tephrosia bracteolata, T. lathyroides, Zornia glochidiata et
Crotalaria spp. ainsi que sur le potentiel fixateur d’azote de ces souches bactériennes
compatibles avec ces espèces végétales. Ce sont des légumineuses herbacées
fréquemment rencontrées dans les sols de jachères des zones semi-arides. Grâce à
leur capacité à fixer l’azote atmosphérique, elles peuvent se développer sur des sols
carencés en azote et servir d’engrais vert, contribuant ainsi à la restauration des sols
mis en jachère.
D’autres travaux ont déterminé la capacité de différentes espèces ligneuses à
croissance rapide (ex : acacias australiens) au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Mali.
Les résultats ont montré que ces essences ligneuses (A. mangium, A. holosericea,
A. auriculiformis) développaient une fixation symbiotique de l’azote (estimée par la
quantité d’azote fixée dans les feuilles) importante car le plus souvent supérieure à
60 % de l’azote totale des parties aériennes.

RECHERCHE D’INDICATEURS BIOLOGIQUES


SUSCEPTIBLES DE DÉCRIRE L’ÉTAT D’UN SOL DE JACHÈRE

La description des changements induits par la mise en jachère permet l’identification


d’indicateurs dont les variations pourront décrire l’état et le fonctionnement du

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

système considéré, et dans le cas de la mise en jachère, de l’état de restauration des


propriétés du système (cf. partie « Recherches complémentaires »). Le rôle que pourrait
jouer la matière organique dans le sol, que ce soit au niveau quantitatif ou qualitatif,
a été décrit précédemment. Pour le reste, et afin de déterminer ces indicateurs, deux
approches peuvent être entreprises :
– une basée sur les connaissances des mécanismes régissant le fonctionnement d’un sol ;
– l’autre fondée sur des liens significatifs entre différentes composantes du sol.
Dans le cas du fonctionnement biologique des sols, l’objectif principal de la mise en
jachère est (i) de donner aux microorganismes telluriques impliqués dans les cycles
biogéochimiques les conditions favorables à leur développement et à leur activité
biologique, afin de libérer dans le milieu les éléments nutritifs nécessaires au
développement de la plante, et (ii) de limiter la pullulation d’organismes pathogènes
(ex : nématodes phytoparasites) pouvant limiter l’absorption des nutriments par les
végétaux.
Dans le cadre du programme « jachère », ces 2 types d’indicateurs ont été recherchés
en respectant (i) une démarche corrélative afin de déterminer des niveaux seuils et
(ii) une démarche explicative visant à identifier des espèces ou des taxa clés repré-
sentatifs d’un état donné de l’écosystème. Les résultats obtenus pour les niveaux
seuils sont généralement peu fiables (pour les types d’organismes choisis dans ces
travaux, à savoir les termites, les nématodes phytoparasites, la biomasse microbienne
totale, les champignons mycorhiziens). Par contre, les résultats obtenus sur les évo-
lutions spécifiques des termites ou des nématodes phytoparasites semblent beaucoup
plus pertinents.
Pour les termites, certains groupes trophiques semblent beaucoup plus sensibles
au temps de jachère. Ainsi, les xylophages stricts (ex : Ancistrotermes crucifer)
disparaissent sous l’effet de la pression anthropique. La présence de ce groupe dans
le milieu est donc un indicateur pertinent des jachères âgées ou protégées. Les autres
groupes ayant un régime alimentaire plus diversifié (litière, bois, plante sur pied)
semblent beaucoup moins sensibles aux modifications induites sur le milieu par les
activités anthropiques. Des espèces comme Microtermes grassei sont indicatrices des
jachères jeunes. Les termites humivores sont très sensibles à l’âge de la jachère et leur
présence est donc représentative des jachères âgées ou protégées. Tous ces exemples
montrent que l’analyse spécifique relative des peuplements de termites dans un
écosystème donné permet d’évaluer de manière fiable son état de réhabilitation ou
de dégradation.
Les espèces qui se développent au cours de la phase de jachère, comme
Helicotylenchus dihystera, Pratylenchus pseudopratensis, Tylenchorhynchus
mashhoodi et Xiphinema spp., sont généralement considérées comme parasites du
mil et des autres plantes cultivées ou de rotation. Leur disparition dans les jachères
âgées serait consécutive à des phénomènes de compétitions inter-spécifiques ou de
perturbation du milieu tellurique (destruction de la structure du sol par les techniques
culturales). En conséquence, ces espèces, en particulier celles du genre Xiphinema,
sont de bons indicateurs de réhabilitation de l’écosystème. De plus, l’augmentation
de la fréquence relative de Helicotylenchus dihystera, faiblement pathogène, semble

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

être un indicateur de la diminution de la pathogénie du peuplement et cette espèce


pourrait jouer un rôle modérateur au sein du peuplement auquel elle appartient.

Évolution du stock organique du sol


dans différents systèmes culture-jachère
(extraits de Serpantié et Ouattara, 2001)
Les systèmes culture-jachère sont non seulement nombreux, mais ils ne peuvent être
isolés de leur contexte pédo-climatique et de gestion : non seulement ils répondent
en principe à une logique d’ensemble, d’abord sociale (mode d’accès à la terre,
densité démographique, système de production), mais aussi ils existent au sein d’un
paysage historiquement constitué et d’un système de pratiques culturelles et d’usages,
feux, pâturages ou prélèvements, qui ont des répercussions sur les résultats du système
de culture. Les cas d’espèce sont donc très nombreux et, dans chacun, une analyse
spécifique pourrait être faite. Une typologie est pourtant incontournable. Il convient
de faire d’emblée la différence entre trois systèmes, liés à trois pressions sur la terre :
– ceux qui minimisent la phase de culture, nommée culture itinérante (intensité cul-
turale inférieure à 0,33), et dans lesquels la culture courte perturbe seulement un
écosystème établi sans le déstabiliser. Le paysan ouvre un champ puis l’abandonne,
le désir de retour est collectif (clanique ou villageois) et non individuel ;
– ceux qui donnent aux cultures et aux jachères un poids similaire, l’intensité cultu-
rale variant entre 0,33 et 0,66 (système à jachère) ; les caractères des jachères sont
alors éloignés de ceux des milieux initiaux. Il existe des intentions individuelles de
retour, ou de transmission à la descendance, suivant les rythmes d’alternance qui
peuvent être courts (l’année) ou longs (la dizaine d’années) ;
– ceux qui privilégient la phase de culture (intensité culturale supérieure à 0,66), au
détriment du milieu initial (systèmes permanents), la jachère étant éventuellement
pilotée par des introductions ou des protections pour remplir certaines fonctions de
fertilité de façon optimale. Dans ce cas, il est fondamental de distinguer les jachères
dégarnies, qui viennent sur des milieux appauvris, des jachères pourvues d’une
végétation dense et vigoureuse, qui viennent sur des milieux encore riches.

Évolution des teneurs en matière organique du sol


selon les systèmes
CULTURE ITINÉRANTE EN ZONE FORESTIÈRE HUMIDE

Le sol est peu travaillé et conserve mieux ses caractéristiques de fin de jachère qu’en
culture labourée. La teneur en matières organiques du sol diminue de dix à cinquante
pour cent pendant la culture pour se rétablir pendant la jachère, généralement en

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

moins de dix ans. En forêt, la reconstitution de la matière organique du sol est rapide
les dix premières années, car cette période produit un enracinement et une litière
très abondante, et l’ambiance humide favorise l’humification Le brûlis au moment
de la défriche laisse sur le sol une quantité considérable de nutriments minéraux
pour les quelques cycles culturaux qui suivent. L’abandon cultural est surtout dû au
développement des adventices.

CULTURE ITINÉRANTE EN ZONES DE SAVANE SOUDANIENNE

En savane, la perte de matières organiques du sol sous culture et les gains sous jachère
sont plus faibles et plus lents qu’en forêt. La remontée de matières organiques du sol
débute rapidement et finit avant dix ans. Au cours des vieilles jachères, il arrive de
constater une stabilisation, voire une très légère diminution, de la matière organique
du sol et aussi une baisse des quantités de phosphore assimilable des sols. Le brûlis
au moment de la défriche fournira cependant des éléments minéraux utiles durant
quelques cycles culturaux ; mais ces éléments disparaissent rapidement par érosion
et lessivage. Les racines des ligneux défrichés, qui se décomposent, sont la « clé de
voûte » du système. Le brûlis, qui est un gaspillage énergétique et minéral immense,
se justifie pourtant ; d’une part, par la diminution du travail et, d’autre part, par son
effet positif sur le pH du sol et sur la mobilisation rapide des éléments minéraux
contenus dans la biomasse. Les apports de matière organique au moment de la défriche
se font dès lors principalement par les racines, plus ou moins rapidement suivant
l’intensité de la disparition des souches. Un effet qui n’a pas été encore abordé et qui
reste à étudier est l’effet sur la répartition des vides : les racines en se décomposant
libèrent des conduits qui pourront participer à la porosité globale du sol et à la
circulation de l’eau et de l’air. La jachère puis la défriche contribueraient ainsi à
accroître la profondeur utile du sol.
Les caractéristiques de la défriche, en particulier dans leur capacité à maintenir ou
à éliminer la présence de certaines communautés, organes végétatifs ou séminaux
de régénération, et organismes qui jouent un rôle fonctionnel dans la fertilité de
l’écosystème cultivé interviennent d’autre part dans cette perspective. Il y aurait
avantage à utiliser les résidus organiques des défriches comme mulch plutôt que de
les brûler, à maintenir les souches vivantes le plus longtemps possible et à accroître
la densité du parc arboré dans le dessein de produire plus de bois et de favoriser la
régénération.

LA JACHÈRE COURTE NATURELLE À GRAMINÉES PÉRENNES

Si une variation positive de matière organique et d’indicateurs physico-chimiques


est observable pendant la jachère (seulement sous faible intensité culturale), cette
variation est consommée pendant la culture, au bénéfice seulement des premières
cultures. La jachère courte régulière à graminées pérennes ne permet donc pas de
maintenir la teneur en matières organiques stables ni d’accroître fortement les
rendements moyens. Dans une dynamique de dégradation à partir d’une teneur
élevée du sol en matières organiques (défriche forestière par exemple), elle représente
seulement une période neutre, sauf lorsqu’elle est particulièrement longue.

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

LA CULTURE QUASI PERMANENTE À JACHÈRE NATURELLE D’ANNUELLES

Les essais décrits ne sont donc pas convaincants sur le plan de l’effet intrinsèque de
restauration de ces jachères courtes après cultures longues, sauf si les jachères,
du fait de leur répartition adéquate, captent des apports organiques ou minéraux
exogènes et attirent le bétail, comme ce peut être le cas lorsqu’elles se raréfient dans
des paysages agraires dominés par les cultures. Les jachères se comportent en
principe comme des périodes neutres, qui maintiennent simplement l’état initial, ce
qui donne l’illusion de leur utilité à l’échelon de la parcelle ; elles présentent cepen-
dant un effet d’amélioration structurale, mais très transitoire. À durée cumulée de
culture égale, les cultures se comportent généralement indifféremment avec ou sans
jachère.

En revanche, à l’échelon du paysage, les jachères jouent des rôles essentiels de


pâturage, de production locale de matériaux et de protection des versants, et permet-
tent indirectement d’accroître les pratiques de fertilisation par parcage. Elles peuvent
représenter des surfaces d’absorption d’eaux de ruissellements et de leur charge
organo-minérale, ayant alors un effet fertilisant local. De même, leurs rôles dans
l’exploitation sont bien identifiés : volant foncier, conservation des droits d’accès à
la terre, souplesse dans la réalisation de l’assolement, pâturage de proximité. Une
meilleure gestion consisterait donc à raisonner leur distribution dans le paysage pour
optimiser ces fonctions pastorales, de production de matériaux et anti-érosives.

LA CULTURE QUASI PERMANENTE À JACHÈRE ARTIFICIELLE SEMÉE

Une sole fourragère de légumineuses correctement fertilisée en phosphore, exploitée


seulement en saison sèche, peut contribuer à la fourniture en azote de deux années
de culture, et à condition que les cations et certains micro-éléments (soufre, cuivre)
ne soient pas limitants. Les contributions au stock organique sont du même ordre
qu’avec les graminées naturelles. C’est en jumelant l’effet de complément alimentaire
pour des animaux et l’effet sur la fertilité que la jachère fourragère peut se révéler
la plus appropriée dans les situations d’intensification.

Avec le surpâturage et l’excès de prélèvements, et surtout l’épuisement minéral


préoccupant des terres, les jachères courtes, même « améliorées » par des légumi-
neuses ou des graminées pérennes, sont aussi moins efficaces à remplir leurs rôles,
et peuvent avoir des impacts négatifs ressemblant à ceux des cultures. Le paradoxe
est que, dans ces conditions, la fertilisation minérale des pâturages et des jachères
devient souhaitable pour que leur exploitation n’ait pas de conséquences plus graves
sur le milieu. C’est le mode de gestion (fertilisations, enrichissements ou cultures
fourragères, adaptation de la charge animale, durée) qui optimisera l’efficacité globale
de la jachère à produire matières premières et fertilité, en fonction des intérêts du
système de production dans son environnement.

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

La jachère et la gestion
de la fertilité des sols. Alternatives
(Philippe Jouve)
Cette fonction apparaît dans un certain nombre d’études comme la première raison
invoquée par les paysans pour justifier la pratique de la jachère. Plusieurs de ces
études signalent qu’un bon indicateur de la nécessité d’abandonner la culture par
suite d’une baisse de fertilité des sols est la présence de Striga hermontica.
Pour bien analyser le rôle de la jachère dans la restauration de la fertilité des sols,
un certain nombre de points nous paraissent devoir être précisés. La capacité
productive d’un sol, c’est-à-dire sa fertilité, dépend de plusieurs composantes : son
état physique, son statut minéral et organique (fertilité chimique), son activité bio-
logique et le niveau de pression des adventices. La jachère joue sur ces différentes
composantes, mais, là aussi, de façon variable suivant sa nature ; ainsi, la protection
du sol contre l’érosion hydrique ou éolienne suppose une jachère couvrant le sol.
Les jachères travaillées peuvent au contraire accentuer ce type de dégradation
physique des sols.
C’est surtout vis-à-vis de la gestion de la fertilité minérale et organique des sols que
le rôle de la jachère doit être restitué par rapport aux autres moyens de gestion de
cette fertilité. L’analyse comparée des systèmes agraires montre que les agriculteurs
utilisent quatre grands moyens de gestion de la fertilité minérale et organique des
sols :
– la jachère longue arborée, qui permet un recyclage des éléments minéraux entraînés
par lixiviation dans les couches profondes du sol. Les arbres associés aux cultures
(agro-foresterie) peuvent jouer un rôle similaire. Ce premier moyen correspond à un
transfert vertical de fertilité ;
– l’association de l’agriculture et de l’élevage, lorsque celle-ci permet un transfert
horizontal de fertilité des terres de parcours vers les terres cultivées par la pratique
du parcage. Cette pratique, très courante en Afrique de l’Ouest, permet de concentrer
les fèces des animaux sur les parcelles à fertiliser. Lorsque l’association agriculture-
élevage ne se pratique qu’au sein de l’ager, on ne peut plus parler de transferts
horizontaux de fertilité mais de recyclage de matière organique (résidus de culture)
par le bétail ;
– l’introduction de légumineuses dans les rotations ou associations culturales : les
légumineuses, sous certaines conditions, enrichissent le sol dans l’élément le plus
nécessaire à la croissance des plantes, et en même temps le plus labile, l’azote. Ces
légumineuses peuvent être annuelles ou pérennes, herbacées, arbustives ou arborées
(Faidherbia albida) ;
– l’apport d’amendements minéraux (engrais) ou organiques provenant de l’extérieur
de l’espace concerné par la gestion de la fertilité (exploitation ou village).
Lors des premiers stades de mise en culture d’un milieu, lorsqu’il est possible de
pratiquer la jachère longue arborée, celle-ci, associée à la pratique de l’abattis-brûlis,

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La GMV. Capitalisation des recherches et valorisation des savoirs locaux

permet d’assurer une gestion satisfaisante de la fertilité minérale et organique des


terres pendant les premières années de culture.
Cela étant, ces mêmes recherches confirment que, dans ces systèmes de culture, ce
qui conduit les agriculteurs à abandonner leurs cultures pour aller défricher de
nouvelles terres, c’est d’abord l’envahissement par les mauvaises herbes. Lorsque,
par suite de la pression foncière, le temps de culture s’allonge et que celui de la
jachère se raccourcit, celle-ci perd de sa capacité d’extinction des mauvaises herbes,
alors les agriculteurs malgaches recourent au feu pour détruire les graines d’adventices.
Il leur arrive même d’introduire dans leurs successions culturales de courtes périodes
de jachère (1 à 2 ans) afin de permettre une production de biomasse suffisante pour
que le feu soit efficace dans le contrôle de l’enherbement.
Au fur et à mesure de l’évolution des systèmes agraires, on assiste à une diminution
du rôle de la jachère dans la gestion de la fertilité des sols au profit d’abord de
l’association de l’agriculture et de l’élevage. En Haute-Casamance, on trouve des
situations où sont associés les deux premiers moyens de gestion de la fertilité des
sols ; certains agriculteurs n’ayant pas de bétail invitent des éleveurs à venir avec
leurs troupeaux pâturer leurs jachères.
Lorsque les jachères régressent, la propension des agriculteurs à utiliser des engrais
s’accroît, comme on a pu le constater dans la région de Maradi. Inversement, lorsque
l’acquisition d’engrais est facilitée par le développement des cultures de rente
comme le coton, on observe une réduction, voire une disparition des jachères avec
le développement de la fertilisation minérale.
On voit bien que la jachère est un moyen de gestion de la fertilité des sols parmi
d’autres, dont l’importance relative varie en fonction des stades d’évolution des
systèmes agraires.
De même à l’échelle locale, celle du territoire villageois, le rôle de la jachère par
rapport aux autres moyens de gestion de la fertilité des sols varie suivant les diffé-
rents systèmes de culture pratiqués sur ce territoire. Dans le cas d’une structuration
auréolaire de l’espace villageois comme celle que l’on observe dans de nombreuses
régions du Sahel, le rôle respectif des différents moyens de gestion de la fertilité
minérale et organique peut être schématisé comme indiqué dans le tableau 1.
Tout en relativisant le rôle de la jachère dans l’entretien de la fertilité des sols, il faut
cependant reconnaître le rôle essentiel qu’elle a joué, jusqu’à une date récente dans
la reproduction de nombreux systèmes de culture d’Afrique tropicale. Quand la terre
n’est pas un facteur limitant, elle reste le moyen le moins onéreux pour entretenir ou
restaurer la fertilité du sol ; c’est peut-être ce qui explique que lorsque la pression
foncière la réduit ou la fait disparaître, il se passe un certain temps avant que les
agriculteurs lui substituent d’autres moyens de gestion de la fertilité des sols. Il en
résulte une baisse de productivité des terres qui peut être l’amorce d’un cercle
vicieux car la baisse des rendements limite le recours à d’autres moyens de gestion
de la fertilité tels que les engrais minéraux ou organiques.
Ces travaux fournissent une base scientifique solide pour évaluer les effets de la jachère
sur l’entretien de la fertilité des sols. Dans la perspective de mettre ces recherches
au service du développement, il reste à élaborer une méthode de valorisation des

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Tableau 1.
Diversité des moyens de gestion de la fertilité des sols suivant l’éloignement des champs.
Moyens de gestion de la fertilité Champs 1re auréole 2e auréole 3e auréole
minérale et organique des sols de case champs champs champs
proches intermédiaires éloignés
Résidus domestiques +++
Fumier + +++ +
Parcage + + +
Légumineuses cultivées + + +
Arbres (Faidherbia albida) +++ +
Jachère longue arbustive ou arborée + +++
Engrais minéraux + +++
Combinaison
des 4 grands moyens de gestion
de la fertilité + recyclage (5) 5, 2, 3 2, 3, 1, 5 4, 3, 2 1
par ordre d’importance
1 : jachère ; 2 : association agriculture-élevage ; 3 : légumineuses ; 4 : engrais.
N.B. : ce tableau n’a qu’une valeur schématique ; il ne prend pas en considération les bas-fonds où la jachère est
peu pratiquée.

acquis de ces recherches permettant de les mobiliser de façon sélective pour analyser
les situations auxquelles sont confrontés les agriculteurs et faire des propositions
concrètes en vue de résoudre les problèmes posés par la régression des jachères.
Des techniques transférables pour améliorer la fertilité du sol en remplacement de
la jachère naturelle sont présentées par ailleurs (soles fourragères, agroforesterie,
zaî, paillage, etc.).
La description de l’évolution de ces groupes d’organismes dans le sol en fonction de
l’âge de la jachère donne des bases solides pour élaborer la 2e phase du programme
en s’appuyant sur certains groupes (ex : termites, nématodes, etc.) dont la présence
ou l’absence sont très représentatives de l’état de réhabilitation d’un sol et qui, en
conséquence, peuvent être considérés comme des indicateurs biologiques pertinents.
Ces recherches ont eu pour principale vocation de décrire l’évolution d’un système.
Il est nécessaire maintenant d’aborder certains aspects fonctionnels qui compléteront
ces descriptions et qui pourront amener diverses explications quant à la réalisation
de tels ou tels phénomènes dans ces phases de jachère.
Il est regrettable que certains microorganismes du sol comme les rhizobia ou les
champignons mycétophiles, connus pour leur rôle dans le développement du
couvert végétal dans des zones dégradées, n’aient pas été étudiés plus précisément
dans les zones agro-écologiques de type sahélien et soudanien. De nombreux
exemples montrent dans des régions plus humides que l’inoculation contrôlée par
des souches de rhizobia d’arbres à croissance rapide (ex : acacias australiens)

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stimule de manière significative le développement de la plante hôte. Il en est de


même pour le développement de certaines espèces d’eucalyptus, qui est fortement
accéléré lorsqu’elles sont associées à des souches de champignons mycorhiziens
préalablement sélectionnées. Une recherche en réseau sur ce thème est proposée
(cf. Conclusions et recommandations).

Références
Chotte J.L., Duponnois R., Cadet P., Adiko A.,
Villenave C., Agboba C., Brauman A. 2001.
Jachère et biologie du sol en Afrique tropicale.
In Floret Ch. et Pontanier R. (eds), pp 85-121.
La jachère en Afrique tropicale.
De la jachère naturelle à la jachère améliorée.
Paris. John Libbey. Eurotext, 339 p.
Serpantié G., Ouattara B. 2001.
Fertilité et jachères en Afrique de l’Ouest,
in Floret Ch. et Pontanier R. (eds).
La jachère en Afrique tropicale.
De la jachère naturelle à la jachère améliorée.
Paris. John Libbey. Eurotext, 339 p.

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Capitalisation des recherches
et valorisation de savoirs locaux

Coordination scientifique

Professeur Abdoulaye DIA


Docteur Robin DUPONNOIS

IRD
INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DÉVELOPPEMENT
Coordination
Corinne Lavagne

Mise en page
Alain Doudiès Conseil

Maquette de couverture
Michelle Saint-Léger

Maquette intérieure
Pierre Lopez

La loi du 1er juillet 1992 (code de la propriété intellectuelle, première partie) n'autorisant, aux
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strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective» et,
d'autre part, que les analyses et les courtes crtations dans le but d'exemple ou d'illustration,
« toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de
l'auteur ou de ses ayants drort ou ayants cause, est illicite» (alinéa 1er de l'article L 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce sort, constrtuerait donc une
contrefaçon passible des peines prévues au titre III de la loi précrtée.

© IRD,2012
ISBN: 978-2-7099-1738-4

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