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Règlement Préventif : Procédure et Conditions

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Code Ohada - Partie II ACTES UNIFORMES - Titre II PROCEDURES PREVENTIVES

Chapitre II

REGLEMENT PREVENTIF

Section I

OUVERTURE DU REGLEMENT PREVENTIF

Art. 6 Le règlement préventif est ouvert au débiteur qui, sans être en état de cessation des paiements,
[mod.] justifie de difficultés financières ou économiques sérieuses.
La juridiction compétente est saisie par une requête du débiteur ou par une requête conjointe de ce
dernier avec un ou plusieurs de ses créanciers, déposée au greffe contre récépissé.
Dans cette requête, le débiteur expose ses difficultés financières ou économiques ainsi que les
perspectives de redressement de l'entreprise et d'apurement de son passif.
Aucune requête en ouverture d'un règlement préventif ne peut être présentée par le débiteur :
- si un concordat préventif ou de redressement est encore en cours d'exécution ;
- avant l'expiration d'un délai de trois (3) ans à compter de l'homologation d'un précédent concordat
préventif ;
- avant l'expiration d'un délai de dix-huit (18) mois à compter de la fin d'un règlement préventif n'ayant
pas abouti à un concordat préventif.

Obs. : L'ancien article 5 a été déplacé ici et modifié.

Art. 6-1 La requête du débiteur est accompagnée des documents suivants, datant de moins de trente (30)
[nouv.] jours :
1°) une attestation d'immatriculation, d'inscription ou de déclaration d'activité à un registre ou à un
ordre professionnel ou, à défaut, tout autre document de nature à prouver la régularité de l'activité
exercée par le débiteur ;
2°) les états financiers de synthèse comprenant le bilan, le compte de résultat, un tableau financier
des ressources et des emplois, l'état annexé et, en tout état de cause, le montant du chiffre d'affaires
et des bénéfices ou pertes des trois (3) derniers exercices ou, à défaut, tout autre document de nature
à établir la situation financière et économique du débiteur si la requête est introduite par un débiteur
répondant à la définition de la petite entreprise conformément à l'article 1-3 ci-dessus ;
3°) un état de la trésorerie et un état chiffré des créances et des dettes avec indication des noms,
qualités et adresses des créanciers et des dates d'échéance ou, à défaut, tout autre document de
nature à établir la capacité du débiteur de faire face à son passif exigible avec son actif disponible si la
requête est introduite par un débiteur répondant à la définition de la petite entreprise conformément à
l'article 1-3 ci-dessus ;
4°) un document indiquant le nombre de travailleurs et le montant des salaires et des charges
salariales à la date de la demande ou, à défaut, tout autre document de nature à permettre d'identifier
et de dénombrer les travailleurs du débiteur et d'estimer le montant des salaires et des charges
salariales si la requête est introduite par un débiteur répondant à la définition de la petite entreprise
conformément à l'article 1-3 ci-dessus ;
5°) une attestation émanant du débiteur par laquelle il déclare sur l'honneur ne pas être en état de
cessation des paiements ;
6°) l'état détaillé, actif et passif, des sûretés personnelles et réelles données ou reçues par l'entreprise
et ses dirigeants ;
7°) une attestation du débiteur indiquant qu'il ne bénéficie pas d'un accord de conciliation en cours
d'exécution et, en tout état de cause, qu'il n'est pas soumis à une procédure de règlement préventif,
de redressement judiciaire ou de liquidation des biens, qui ne serait pas clôturée et qu'il remplit les
conditions du dernier alinéa de l'article 6 ci-dessus ;
8°) l'inventaire des biens du débiteur avec indication des biens mobiliers soumis à revendication par
leurs propriétaires et de ceux affectés d'une clause de réserve de propriété ou, à défaut, un inventaire
provisoire si la requête est introduite par un débiteur répondant à la définition de la petite entreprise
conformément à l'article 1-3 ci-dessus ;
9°) un document indiquant les noms, prénoms et adresses des représentants du personnel ;
10°) s'il s'agit d'une personne morale, la liste des membres solidairement responsables des dettes de
celle-ci, avec indication de leurs noms, prénoms et domiciles, ainsi que des noms et adresses de ses
dirigeants ;
11°) si le débiteur propose une personne à la désignation en qualité d'expert au règlement préventif
conformément au premier alinéa de l'article 8 ci-dessous, un document indiquant les nom, prénoms,
qualités et domicile de cette personne et une attestation de cette dernière précisant qu'elle remplit les
conditions prévues aux articles 4-1 et 4-2 ci-dessus ;
12°) le cas échéant, un document indiquant les nom, prénoms, qualités et domiciles des personnes
qui envisagent de consentir un nouvel apport en trésorerie ou de fournir un nouveau bien ou service
dans les conditions de l'article 11-1 ci-dessous, avec l'indication du montant de l'apport ou de la valeur
du bien ou du service ;
13°) un projet de concordat préventif ;
14°) le cas échéant, un document indiquant les noms, prénoms et domiciles des créanciers qui se
joignent à la demande du débiteur, et le montant de leurs créances et des éventuelles sûretés dont
elles sont assorties.
Tous ces documents doivent être datés, signés et certifiés conformes et sincères par le requérant.
Les documents visés aux numéros 1° à 5° ainsi qu'aux numéros 7°, 8°, 10° et 13° doivent être fournis
à peine d'irrecevabilité de plein droit de la requête.
Dans le cas où l'un des documents visés aux numéros 6°, 9° et 11° ne peut être fourni, ou ne peut
l'être qu'incomplètement, la requête doit contenir l'indication des motifs de cet empêchement.

Art. 7 Le projet de concordat préventif précise les mesures envisagées pour le redressement de l'entreprise,
[mod.] notamment :
- les modalités de continuation de l'entreprise, telles que la demande de délais et de remises, la
cession partielle d'actif avec indication précise des biens à céder ; la cession ou la location-gérance
d'une branche d'activité formant un fonds de commerce ; la cession ou la location-gérance de la
totalité ou d'une partie de l'entreprise, sans que ces modalités soient limitatives et exclusives les unes
des autres ;
- les noms, prénoms, qualités et adresses des personnes tenues d'exécuter le concordat préventif et
l'ensemble des engagements souscrits par elles et nécessaires au redressement de l'entreprise ;
- les modalités du maintien et du financement de l'entreprise, du règlement du passif né
antérieurement à la décision d'ouverture du règlement préventif, ainsi que, s'il y a lieu, les garanties
fournies pour en assurer l'exécution ; ces engagements et garanties peuvent consister, notamment, en
la souscription d'une augmentation du capital social par les anciens associés ou par de nouveaux, une
conversion de créances en capital, l'ouverture de crédits par des établissements bancaires ou
financiers ou par toute autre personne, y compris tout nouvel apport en trésorerie ou sous forme de
nouveau bien ou service dans les conditions de l'article 11-1 ci-dessous ainsi que le montant de
l'apport ou la valeur du bien ou du service ; la poursuite de l'exécution de contrats conclus
antérieurement à la requête, la fourniture de cautions ;
- le niveau et les perspectives d'emploi ainsi que les licenciements pour motif économique qui doivent
intervenir dans les conditions prévues par les dispositions du droit du travail ;
- le remplacement de dirigeants.

JURISPRUDENCE OHADA

I. Rejet du concordat

A. Proposition non sérieuse


La proposition de concordat doit être sérieuse pour permettre l'ouverture d'une procédure de
redressement judiciaire ; à défaut, il y a lieu de prononcer la liquidation des biens au lieu du
redressement judiciaire demandé par le débiteur. Et pour être sérieuse et gagner la conviction du
tribunal, la proposition de concordat ne doit pas consister en des perspectives bien évaluées mais
plutôt en des mesures concrètes et des propositions réelles tout aussi bien quant au personnel qu'aux
ressources et à des remises des créanciers et délais obtenus en vue de redémarrer l'activité et apurer
collectivement le passif. Tel n'est pas le cas d'un projet de concordat consistant en des propositions
simplement théoriques (TGI Ouagadougou, n° 100 bis, 24-1-2001 : Requête des Etablissements
KORGO et Frères aux fins de redressement judiciaire, Ohadata J-04-182 ; TGI Ouagadougou, n° 100
bis, 24-1-2001 : Liquidation des biens des Etablissements Korgo Issaka et frères, Ohadata J-02-59,
obs. J. Issa-Sayegh).

Voir sous les art. 33 et 145, et sur les créanciers tenus d'exécuter le concordat, sous les art. 9 et 15.

L'offre de concordat proposé n'offre pas de sérieuses possibilités de redressement, lorsque le montant
maximal que peut rembourser le débiteur est en deçà du montant minimal que peut accepter le
créancier. Il s'ensuit que le jugement qui a prononcé la liquidation des biens doit être confirmé en
toutes ses dispositions (CA du Littoral (Cameroun), n° 040/C, 16-3-2012 : Ets BUT c./ Moulins
d'Afrique, Ohadata J-14-14).

B. Proposition impossible
Une proposition de concordat impossible à réaliser ne saurait être retenue pour envisager un
redressement judiciaire (TGI Ouagadougou, n° 224, 20-3-2002 : Requête aux fins de liquidation
judiciaire de la SOTRAO, Ohadata J-04-187).

C. Concordat rejeté par l'ensemble des créanciers


Lorsque le concordat préventif ne remplit pas les conditions de validité et a été rejeté par l'ensemble
des créanciers, l'ordonnance de suspension des poursuites individuelles doit être annulée (TGI,
Ouagadougou, n° 286, 3-11-2004 : Requête de la Sté Boulangerie 2000 aux fins de règlement
préventif, Ohadata J-05-233).

II. Ouverture d'une procédure collective en l'absence de concordat


Une société qui ne présente aucune offre de concordat peut être mise en liquidation des biens, peu
important que la création de ladite société résultât d'un traité, tel celui de Yaoundé portant création de
la compagnie aérienne multinationale Air Afrique (CA Abidjan, n° 723, 7-6-2002 : A. D. c./ Cie
Multinationale Air Afrique, Ohadata J-03-29).

Voir cependant la position de la CCJA sur pourvoi contre cet arrêt, sous l'art. 2, al. 4.

Dans le même sens, TGI Ouagadougou, n° 423, 25-4-2001 : Liquidation des biens de la sté FASO
FANI, Ohadata J-02-60 ; TGI Ouagadougou, n° 423, 25-4-2001, Ohadata J-03-94, obs. J. Issa-
Sayegh ; Ohadata J-04-183 et J-04-186).

Voir sous les art. 33 et 145.

Art. 8 Si le projet de concordat préventif lui paraît sérieux, le président de la juridiction compétente ouvre la
[mod.] procédure et désigne un expert au règlement préventif, qui satisfait aux conditions et critères de
l'article 4-2 ci-dessus, pour lui faire rapport sur la situation financière et économique de l'entreprise
débitrice et les perspectives de redressement, compte tenu des délais et remises consentis ou
susceptibles de l'être par les créanciers et toutes autres mesures contenues dans le projet de
concordat préventif.
L'expert désigné est soumis aux dispositions et exigences du titre I du présent Acte uniforme.
Il est informé sans délai de sa mission par le président de la juridiction compétente par lettre au
porteur contre récépissé ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par tout
moyen laissant trace écrite.
Le président de la juridiction compétente peut lui accorder dans sa décision de désignation, une
provision sur sa rémunération conformément à l'article 4-18 ci-dessus.

JURISPRUDENCE OHADA

Obs. : Décisions antérieures à la réforme, mais transposables.

I. Suspension des poursuites

A. Suspension accordée à un débiteur qui s'est engagé à déposer un concordat dans les trente jours
La suspension des poursuites a été accordée à une société connaissant des difficultés sérieuses mais
passagères, qui détient un portefeuille de marchés très important susceptible d'assurer son
fonctionnement normal et de générer dans un futur de trois années, des bénéfices conséquents et qui
s'est s'engagée à déposer un concordat préventif au plus tard dans les trente jours du dépôt de sa
requête (T. com. Bamako (Mali), ord. n° 135/08, 6-3-2008 : SIPAL-SUARL, Ohadata J-08-49).

B. Durée de la suspension

1° Suspension préliminaire de trois mois


Aucune disposition de l'AUPCAP n'autorise le Président de la juridiction compétente à ordonner, sur
requête, la suspension des poursuites individuelles pour une période de trois ans. L'ordonnance
envisagée par le législateur de l'article 8 de l'AUPCAP permet seulement au président de la juridiction
compétente de suspendre les voies d'exécution pour une durée maximale de trois mois, période
pendant laquelle l'expert désigné évalue la situation du débiteur et contacte les créanciers aux fins de
conclusion d'un concordat préventif. C'est la raison d'être de l'article 6-4 [devenu 6-1, 3e] de l'AUPCAP
qui prévoit « l'état chiffré des créances et des dettes avec indication du nom et du domicile des
créanciers et des débiteurs ». Ce n'est qu'après que l'expert désigné a trouvé un accord avec les
créanciers et soumis son rapport à la juridiction compétente que les poursuites d'exécution peuvent
être suspendues par cette dernière (First Trust Savings and Loans Ltd v. Vestus Communication Ltd.,
Suit n° HCMB/11S/2013 of 2nd April 2013).

2° Suspension directement accordée


Pour une décision ayant admis une société au règlement préventif, prononcé une suspension de deux
ans, désigné un expert chargé d'établir un rapport sur la situation économique et financière de la
débitrice et ses perspectives de redressement, et désigné un mandataire ad' hoc pour contrôler
l'exécution du concordat, voir : T. com. Pointe-Noire (Congo), ord. réf. n° 432, 12-10-2010 : P. M.,
Ohadata J-13-98.

Obs. : Décision rendue sur le fondement des art. 5, 6 et 5 de l'AUPCAP, mais transposable.

C. Juridiction compétente

1° Compétence exclusive du président du tribunal


Selon l'article 8, al. 1 de l'AUPCAP, seul le Président du Tribunal Régional est compétent pour
ordonner la suspension des poursuites individuelles ; il s'agit d'une règle de compétence ratione
materie, par conséquent d'ordre public. Il s'ensuit, en l'espèce, que le Tribunal régional statuant au
fond ne peut connaître que de la demande relative à l'ouverture d'une procédure de redressement
judiciaire, mais non de celle relative à la suspension des poursuites (TRHC Dakar, n° 1373, 11-7-2000
: Sté GPL Dakar frais SARL, Ohadata J-04-340).
La décision de suspension des poursuites individuelles, qui est avant tout une phase préparatoire au
règlement préventif, requiert en principe célérité, toute chose qui ne peut s'accommoder du
formalisme préalable à un jugement. Si le législateur OHADA avait effectivement voulu que ce soit la
juridiction compétente qui statue par voie de jugement et non son président par voie d'ordonnance,
l'article 8 de l'AUPCAP aurait été autrement libellé (TGI Ouagadougou, n° 286, 3-11-2004 : Requête
de la Sté Boulangerie 2000 aux fins de règlement préventif, Ohadata J-05-233).
Une société admise au bénéfice du règlement préventif bénéfice également de la suspension des
poursuites individuelle et est protégée même contre les mesures provisoires. Lorsqu'un créancier
ayant fait inscrire son hypothèque après la mise en règlement préventif, il y a manifestement urgence
pour le débiteur de faire cesser une situation privilégiant un créancier au détriment des autres. Le juge
des référés est compétent pour une telle décision, car il n'a nullement besoin d'examiner la convention
des parties, n'étant saisi que pour constater que l'inscription a été faite malgré l'interdiction des
poursuites individuelles (CA Abidjan, 5e ch. civ. et com. B, n° 255, 26-5-2011 : SGBCI c./ CI rue des
pêcheurs, Juris-Ohada, 2011, n° 4, oct.-déc. 2011, p. 50, Ohadata J-13-18).

2° Compétence d'une juridiction voisine en cas de fermeture de la juridiction normalement


compétente
La cour d'appel de Bouaké, normalement compétente, étant fermée à cause de la guerre, celle
d'Abidjan doit retenir sa compétence (CA Abidjan, ch. civ. et com., n° 383, 1-4-2005 : Sté D.L.H.
NORDISK c./ Sté H.B.E., Le Juris-Ohada, n° 4/2006 p. 40, Ohadata J-07-35).

II. Appel de la suspension des poursuites


Qualité pour agir des organes dirigeants de la personne morale. Il résulte des dispositions de
l'article 8 de l'AUPCAP que la décision d'admettre une personne morale en état de règlement préventif
ne rend pas inaptes à ester en justice, les organes normaux de direction de celle-ci, qui restent viables
et conservent leur capacité d'ester en l'absence de désignation d'un syndic (CA Abidjan, 5e ch. A, n°
540, 24-5-2005 : Sté SMMG et SA Clinique du Belvédère, Le Juris-Ohada, n° 3/2006, p. 45 ; Ohadata
J-07-22).
Art. 8-1 Dès qu'il est informé de sa désignation, l'expert au règlement préventif atteste qu'il remplit les
[nouv.] conditions énoncées par les articles 4-4 et 4-5 ci-dessus. A tout moment, durant le déroulement du
règlement préventif, s'il lui apparaît qu'il ne remplit plus ces conditions, il en informe sans délai le
président de la juridiction compétente, qui met fin à sa mission et nomme un remplaçant.
Le débiteur ou tout créancier peut demander, à tout moment, au président de la juridiction compétente
le remplacement de l'expert qui tombe sous le coup de l'une des incompatibilités énoncées aux
articles 4-4 et 4-5 ci-dessus, ou qui n'agit pas avec diligence dans l'exercice de sa mission. Dans ce
cas, le président de la juridiction compétente, saisi sur opposition, entend, en audience non publique,
les explications du ou des demandeurs et de l'expert. Sa décision, prononcée en audience publique,
est assortie de l'exécution provisoire de droit. Elle est susceptible d'appel dans les quinze (15) jours de
son prononcé. Le greffe de la juridiction compétente communique, le cas échéant, cette décision à
l'autorité nationale prévue à l'article 4 ci-dessus, qui peut agir en matière disciplinaire conformément
au présent Acte uniforme.
L'expert qui cesse ses fonctions rend compte sans délai à son successeur et lui remet tous documents
dont il serait en possession en présence du débiteur et du président de la juridiction compétente.

Art. 9 La décision d'ouverture du règlement préventif suspend ou interdit toutes les poursuites individuelles
[mod.] tendant à obtenir le paiement des créances nées antérieurement à ladite décision pour une durée
maximale de trois (3) mois, qui peut être prorogée d'un (1) mois dans les conditions prévues à l'article
13, al. 2, sans préjudice de l'application de l'article 14, al. 3 ci-dessous.
La suspension des poursuites individuelles concerne aussi bien les voies d'exécution que les mesures
conservatoires, y compris toute mesure d'exécution extrajudiciaire.
Elle s'applique à toutes les créances chirographaires et à celles garanties par un privilège général, un
privilège mobilier spécial, un gage, un nantissement ou une hypothèque, à l'exception des créances
de salaires et d'aliments.
Elle ne s'applique pas aux actions tendant à la reconnaissance des droits ou des créances
contestées, ni aux actions cambiaires dirigées contre les signataires d'effets de commerce autres que
le bénéficiaire de la suspension des poursuites individuelles.
Les personnes physiques coobligées ou ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant affecté ou
cédé un bien en garantie peuvent se prévaloir des dispositions du présent article.
Les délais impartis aux créanciers à peine de déchéance, prescription ou résolution de leurs droits
sont suspendus pendant toute la durée de la procédure en cours.
Lorsqu'il est mis fin au règlement préventif dans les conditions de l'article 9-1 ci-dessous et, en tout
état de cause, à l'expiration des délais visés au premier alinéa du présent article, la suspension des
poursuites individuelles prend fin de droit, sans préjudice de l'application de l'article 14 ci-dessous.

JURISPRUDENCE OHADA

I. Caractère provisoire de l'ordonnance de suspension des poursuites individuelles


L'ordonnance de suspension des poursuites individuelles n'est qu'une mesure provisoire et transitoire
à l'effet de recueillir les données sur la situation économique réelle de l'entreprise avant l'ouverture
d'une procédure collective (CCJA, ass. plén., n° 050, 27-4-2015 ; P n° 119/2011/PC du 2-12-2011 :
Banque Européenne d'Investissement (BEI) c/ Sté Fils et Tissus Naturels d'Afrique (FITINA SA),
Ohadata J-16-50).

Obs. : Sur les conséquences à tirer du caractère provisoire de la suspension des poursuites individuelles, notamment sur
le droit d'agir des créanciers disposant d'une créance certaine, liquide et exigible, voir sous l'art. 28.

Caducité de l'ordonnance de suspension des poursuites. Une ordonnance portant suspension de


poursuites individuelles ne peut plus produire ses effets dès lors que sa caducité a été prononcée par
une autre ordonnance, exécutoire sur minute avant enregistrement, nonobstant l'appel formé contre
cette dernière. En l'espèce, l'action en paiement du créancier est fondée et la cour d'appel n'a pas
violé les articles 8, 9 et 22 de l'AUPCAP visés au moyen, l'ordonnance prononçant la caducité, non
soumise à la censure de la CCJA, étant intervenue à la suite d'une action intentée devant le juge des
référés portant sur le non-accomplissement dans les délais des missions prescrites à l'expert (CCJA,
3e ch., n° 097/2016, 2-6-2016 : Sté Euro-Africaine pour le Commerce, l'Industrie et le Développement
c/ Sté CIMBENIN, Ohadata J-17-37. CCJA, 3e ch., n° 098/2016, 2-6-2016 : Sté Euro-Africaine pour le
Commerce, l'Industrie et le Développement c/ Sté CIMBENIN, Ohadata J-17-38 ; décisions rendues
sur le fondement des articles anciens de l'AUPCAP mais transposables à la version actuellement en
vigueur).
II. Créances visées

A. Exclusion des créances de salaires


La suspension des poursuites individuelles ordonnée dans le cadre d'une procédure de règlement
préventif ne s'applique pas aux créances de salaires (CA Abidjan, n° 272, 26-2-2002 : ASH
International Disposal c./ Mlle D. S. S., Ohadata J-02-156 ; CA Abidjan, civ. et com., n° 89, 16-1-2001 :
Sté WORLD CITY c./ G. D. J., Ohadata J-02-80), en raison de leur caractère alimentaire (TPI
Nkongsamba (Cameroun), ord. n° 10/CE, 31-10-2007 : Sté LACHANAS FRERES TRANSPORTS SA
c./ MM. M. J., note Yvette Kalieu Elongo, Ohadata J-09-245).
C'est en violation de l'article 9, al. 3 de l'AUPCAP qu'un juge refuse la mainlevée d'une saisie
attribution réalisée par un employé créancier de dommages-intérêts sur les comptes bancaires de son
employeur, une société placée sous administration provisoire (CA Ouagadougou, ord. réf. n° 62, 21-
12-2000 : Faso Fani c./ G. B. J. C., Ohadata J-02-56).

En sens contraire, l'exception ne concerne que les créances purement salariales. Tel n'est pas le cas d'une décision
sociale portant certes sur des créances des salaires mais en quasi-totalité sur des condamnations au paiement de
dommages-intérêts en réparation de préjudices subis découlant d'agissements fautifs. Lesdites réclamations de
dommages-intérêts impriment manifestement une nature complexe au bloc de créance poursuivie, de sorte que celui-ci ne
saurait être exclu du champ de suspension ou d'interdiction des poursuites individuelles prévue à l'article 9 de l'AUPCAP.
En conséquence, la mainlevée des saisies réalisées sur cette base doit être ordonnée sous astreinte de 250 000 FCFA
par jour de retard à compter du prononcé de la décision, notamment lorsque la société débitrice qui ne conteste guère la
créance revendiquée, entend organiser sa solvabilité par la reprise certaine et imminente de ces activités grâce à
l'implication directe des pouvoirs publiques et des opérateurs économique privés de la filière coton (TPI Bouaké (Côte
d'Ivoire), section de Dimbokro, n° 138, 18-5-2005 : Sté UTEXI c./ K. K., Ohadata J-09-207).

B. Créances antérieures au jugement d'ouverture


L'ordonnance de règlement préventif n'entraîne pas systématiquement la suspension de l'exécution de
toutes les créances ; seules celles qui sont antérieures à la décision de suspension des poursuites
sont concernées, à condition d'avoir été visées dans la requête du débiteur (CA Abidjan, n° 1030, 22-
7-2003 : K.B c./ Sté EQUIP-AGRO CI, Le Juris-Ohada n° 1/2005, janv.-mars 2005, p. 35, Ohadata J-
05-193).
L'interdiction des poursuites individuelles, qui concerne également les mesures conservatoires, est
opposable au créancier qui a fait inscrire sa garantie postérieurement au règlement préventif (CA
Abidjan, 5e ch. civ. & com. B, n° 255, 26-5-2011 : SGBCI c./ SCI rue des pêcheurs, Juris-Ohada, 2011,
n° 4, oct.-déc. 2011, p. 50, Ohadata J-13-18).
La suspension des poursuites individuelles ne s'applique qu'aux poursuites tendant à obtenir le
paiement des créances désignées par le débiteur dans le concordat proposé et nées antérieurement à
ladite décision. Il en résulte que la société débitrice ne peut se prévaloir de l'ordonnance de règlement
préventif pour contester la saisie vente réalisée par les créanciers dont la créance n'a pas été incluse
dans le concordat (CA Abidjan (Côte d'Ivoire), 5e ch. civ. et com., n° 842, 11-7-2006 : Sté TBT c./ 1)
Mlle T, 2) M. K., 3) M. D., Le Juris-Ohada n° 3/2007, p. 42, Ohadata J-08-84).
Dans le même sens, retenant que la décision qui suspend les poursuites individuelles doit indiquer
nommément les créanciers visés par la suspension des poursuites. La mention « tous créanciers » («
all creditors ») dans la décision ne la rend pas opposable ipso facto à tout créancier du seul fait de sa
notification audit créancier et la suspension est inopposable à tout créancier qui n'a pas été cité à
comparaître (High Court of Mezam Holden in Bamenda (Cameroun), Suit n° HCMB/11S/2013 of 2nd
April 2013 : First Trust Savings and Loans Ltd v. Vestus Communication Ltd.).
Aux termes de l'article 9 de l'AUPCAP, la décision de suspension des poursuites individuelles ne
suspend ou n'interdit que des actions tendant à obtenir le paiement des créances désignées par le
débiteur et antérieures à cette décision. La suspension des poursuites n'est que le prélude à
l'ouverture de la procédure de règlement préventif devant intervenir à la suite de l'homologation du
concordat préventif. Aux termes de l'article 18 de l'Acte uniforme précité, seule l'homologation dudit
concordat rend celui-ci obligatoire pour tous les créanciers antérieurs à la décision de règlement
préventif. La suspension des poursuites ne peut influer sur l'inscription de l'hypothèque convenue
entre la demanderesse et la défenderesse, dès lors que la créance de la demanderesse n'est pas
désignée dans la requête introduite par la défenderesse aux fins d'ouverture du règlement préventif.
C'est donc en violation des dispositions de l'article 9 précité qu'une cour d'appel a approuvé la
radiation de l'inscription hypothécaire sur le fondement de la suspension des poursuites, exposant
ainsi sa décision à la cassation. Sur l'évocation, l'ordonnance initiale doit être infirmée en toutes ses
dispositions et statuant à nouveau, il y a lieu de constater que la créance de la demanderesse n'est
pas désignée dans la requête aux fins d'ouverture de la procédure de règlement préventif initiée par la
défenderesse ; en conséquence, il n'y a pas lieu à radiation de l'inscription de l'hypothèque
conventionnelle sur le titre foncier en cause (CCJA, 2 e ch., n° 014, 2-4-2015 ; P n° 070/2011/PC du
23-8-2011 : Sté Générale de Banques en Côte d'Ivoire (SGBCI) c/ SCI Rue des Pêcheurs, Ohadata J-
16-14).

III. Actions non visées


L'ordonnance interdisant toute poursuite individuelle tendant à obtenir le paiement de créances
désignées dans le cadre d'une procédure de règlement préventif ne s'applique pas :
- à une action en reconnaissance de créance (CA Abidjan, ch. civ. et com., n° 633, 11-6-2004 : Sté
DAFNE c./ SGBCI CI, Ohadata J-05-261) ;
- à une action cambiaire dirigée contre les signataires d'effets de commerce autre que le bénéficiaire
de la suspension des poursuites individuelles (High Court of Mezam Holden in Bamenda (Cameroun),
Suit n° HCB/22M/11, 12-12-2012 : Tourism Promoters Savings and Loans Cooperative Finance Plc
(TROPOC) v. All Creditors of TROPOC (Micro Business), Ohadata J-13-217). Dans le même sens,
retenant que c'est l'AUPCAP, et non les dispositions du Règlement n° 15/2002/CM/UEMOA relatif aux
systèmes de paiement, qui traite de la suspension des poursuites individuelles ; aux termes de l'article
9, al. 4 de cet Acte uniforme, « la suspension des poursuites individuelles ne s'applique ni aux actions
tendant à la reconnaissance des droits ou des créances contestées ni aux actions cambiaires dirigées
contre les signataires d'effets de commerce autres que le bénéficiaire de la suspension des poursuites
individuelles ». C'est donc en violation de ces dispositions qu'un arrêt d'appel a confirmé l'ordonnance
entreprise et étendu la suspension des poursuites individuelles aux sociétés-clientes de la
défenderesse au motif que « le premier juge en estimant que [la défenderesse] est bien fondée à
obtenir la cessation de toutes poursuites en recouvrement forcé à l'encontre de ses clients qui ont
accepté les traites par elle escomptées n'a pas violé les dispositions du Règlement n°
15/2002/CM/UEMOA relatif au système de paiement… ». Cet arrêt encourt la cassation sans qu'il soit
nécessaire d'examiner les autres moyens. Sur évocation, il y a lieu de dire que les sociétés tirés-
accepteurs ne bénéficient pas de la suspension des poursuites individuelles accordée à la société
défenderesse (CCJA, 2e ch., n° 061, 25-7-2013 ; P n° 097/2010/PC du 18-10-2010 : Sté Générale de
Banque en Côte d'Ivoire dite SGBCI c/ Cie Africaine de Transit dite CATRANS, Ohadata J-15-62) ;
- à une action en expulsion du local faisant l'objet d'un bail commercial. Il en est ainsi car la
suspension individuelle des poursuites n'empêche pas une action tendant à la reconnaissance d'un
droit, mais s'applique aux voies d'exécutions et aux mesures conservatoires, lesquelles constituent «
toutes procédures légales qui permettent à un créancier impayé, soit de saisir les biens de son
débiteur pour les vendre et se faire payer, soit de se faire délivrer ou restituer un bien mobilier corporel
». Il en résulte que l'action en expulsion ne peut être considérée ou assimilée à une voie d'exécution
forcée ou à une mesure conservatoire, comme l'a décidé la cour d'appel ; le règlement préventif dont a
bénéficié la débitrice ne peut avoir aucune conséquence sur la demande en expulsion formulée par sa
créancière à son encontre. C'est donc par une mauvaise interprétation de l'article 9 de l'AUPCAP
qu'une cour d'appel a assimilé cette demande en expulsion à une voie d'exécution forcée ou à une
mesure conservatoire pour ensuite la rejeter et son arrêt encourt la cassation (CCJA, 2 e ch., n°
025/2013, 18-4-2013 ; P n° 044/2008/PC du 3-6-2008 : SCI DE GANDILLAC dite SCI DE GANDILLAC
c/ Clinique Gynécologique Obstétricale dite GOCI, Recueil de jurisprudence n° 20, Vol. 2, jan.-déc.
2013, p. 30-32, Ohadata J-15-25).

Obs. : Cet arrêt doit être approuvé, car il faut distinguer l'action en expulsion de la mise en œuvre de l'expulsion elle-même,
qui constitue une voie d'exécution.

IV. Parties liées par le concordat


En raison de sa nature contractuelle, qui demeure même après son homologation par le tribunal, le
concordat préventif n'est opposable qu'aux créanciers qui y ont consenti (CA Abidjan, n° 1129, 8-11-
2002 : J. M. c./ GOMP - CI, Ohadata J-03-291).
L'article 9 de l'AUPCAP rend le concordat préventif homologué obligatoire pour tous les créanciers
antérieurs à la décision de règlement préventif, que leurs créances soient chirographaires ou
garanties par une sûreté. Le jugement qui a homologué un concordat préventif, fixé sa durée 3 ans à
compter du 30 octobre 2000 et constaté les délais consentis par les créanciers n'ayant fait l'objet
d'aucune voie de recours, la décision de règlement préventif a donc acquis force de chose jugée et
doit être exécutée conformément aux prescriptions de l'article 9 précité. Dès lors, l'obligation édictée
par ledit article s'imposait à toutes les parties litigantes, mais surtout aux requérantes, et ce, pendant
une durée de trois ans à compter du 30 octobre 2000, délai que ces dernières ont elles-mêmes
librement consenti, selon les termes du jugement d'homologation sus-énoncé. Il s'ensuit que les
requérantes ne pouvaient remettre en cause ledit concordat en initiant une saisie conservatoire sur les
aéronefs de la société débitrice, la décision de suspension des poursuites individuelles interdisant,
aux termes de l'alinéa 2 de l'article 9 précité, « aussi bien les voies d'exécution que les mesures
conservatoires ». Ces dernières n'auraient été possibles que si les requérantes avaient obtenu
l'annulation ou la résolution dudit concordat, conformément aux articles 139 à 143 de l'AUPCAP, ce
qui n'est pas le cas en l'espèce. Par conséquent, en décidant que « la saisie conservatoire du 19 avril
2001 viole les dispositions de l'article 9 [de l'AUPCAP] et qu'il échet par conséquent, d'infirmer
l'ordonnance déférée et, statuant à nouveau, ordonner la mainlevée de la saisie conservatoire
d'aéronef du 19 avril 2001 et débouter les sociétés [créancières] de leurs demandes », l'arrêt attaqué
n'encourt pas les reproches visés au moyen qui n'est pas fondé et doit être rejeté (CCJA, n° 023/2006,
16-11-2006 : SAFCA et SAFBAIL c./ Sté Air Continental, Recueil de Jurisprudence n° 8/2006, p. 27,
Le Juris-Ohada, n° 1/2007, p. 19, Ohadata J-08-96).

V. Point de départ de la suspension des poursuites


La suspension des poursuites prend effet à compter de la signification de la décision l'ayant ordonnée
(High Court of Mezam Holden in Bamenda (Cameroun), Suit n° HCB/22M/11, 12-12-2012 : Tourism
Promoters Savings and Loans Cooperative Finance Plc (TROPOC) v. All Creditors of TROPOC (Micro
Business), Ohadata J-13-217).

VI. Nullité des actes accomplis en violation de la suspension des poursuites


Le jugement d'adjudication prononcé postérieurement à une ordonnance de règlement préventif
rendue au bénéfice du débiteur poursuivi après l'audience éventuelle doit être infirmé (CA Abidjan, n°
254, 7-3-2002 : Sté Comptoir Ivoirien c./ SGBCI, Ohadata J-03-294).
La suspension prévue par l'article 9 de l'AUPCAP s'applique aussi bien aux demandes en paiement
qu'à l'exercice de voies d'exécution intéressant les créanciers munis de sûretés réelles spéciales ou
possédant un titre exécutoire. Il en résulte que la procédure de saisie immobilière réalisée après la
suspension des poursuites individuelles doit être annulée (TGI Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), n°
138, 26-4-2006 : BCB c./ CISPLUS SARL, Ohadata J-09-87).
C'est en violation de l'article 9, al. 1 de l'AUPCAP du 10 avril 1998, aux termes duquel la décision de
suspension des poursuites individuelles « suspend ou interdit toutes les poursuites individuelles
tendant à obtenir le paiement des créances désignées par le débiteur et nées antérieurement à ladite
décision… », qu'une cour d'appel a fait droit à une ordonnance d'injonction de payer nonobstant la
suspension des poursuites individuelles contre le débiteur, exposant ainsi son arrêt à la cassation. Sur
l'évocation et pour les mêmes motifs que ceux ayant entraîné la cassation, il échet d'infirmer le
jugement entrepris, et de déclarer la requête tendant à l'injonction de payer irrecevable (CCJA, 2 e ch.,
n° 128, 18-5-2017 : Ets KETCHADJI Daniel c/ CIFC).

Code Ohada - Partie II ACTES UNIFORMES - Titre II PROCEDURES PREVENTIVES


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