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Évasion de Saint-Lazare : Mauvaise foi de DG

Tetxte 8

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Explication 8 : l’évasion de Saint-Lazare

Projet de lecture : en quoi ce récit, digne d’un roman d’aventures, met-il en évidence la mauvaise foi de Des Grieux ?
Mouvements :
1) Lignes 1 à 15 : négociations avec le père supérieur
2) Lignes 16 à 28 : le récit de l’évasion
3) Lignes 28 à 33 : la sortie de prison
Explication :
1) Dans le premier mouvement, le narrateur relate la conversation avec le père supérieur. DG tente de
convaincre le vieil homme de lui ouvrir les portes
 Au début du passage, DG évoque la réaction du père supérieur lors de son irruption dans sa chambre
(DG vient d’entrer dans la chambre, alors que tout le monde dans la prison dort, et vient de lui
expliquer sa volonté de s’évader). Réaction du père supérieur = stupéfaction et sidération : cf
mutisme provoqué par la surprise (« sans me répondre »).
 Passage des lignes 2 à 15 essentiellement discours rapporté, au discours indirect et au discours
direct. Relate l’échange entre les deux hommes
 Paroles de DG au discours indirect (l. 2-4) : DG explique les motifs de son évasion. Accent mis sur le
raisonnement logique : concession (« j’étais touché …mais ») →DG reconnaît les bons traitements
dont il a bénéficié, amitié envers le vieil homme (cf « j’étais touché », pluriel « toutes ses bontés »),
DG met en avant ici ses sentiments vertueux pour atténuer la violence de son évasion. Justifie
ensuite son désir d’évasion au nom d’un principe philosophique et moral : la liberté (cf superlatif « le
plus grand de tous les biens »). Le passage rapporté au discours indirect met en évidence la
détermination de DG : « j’étais résolu », «à quelque prix que ce fût » -met aussi en valeur sa
mauvaise foi : cf emploi de l’adverbe « injustement » (ne reconnaît pas la légitimité de sa peine) +
emploi du verbe « ravir », qui suggère qu’on lui fait violence. Ce passage donne l’impression que DG
avant d’employer la violence, veut convaincre le père supérieur de l’aider par un raisonnement
logique.
 Mais argumentation associée à un geste de menace : cf périphrase : « je lui fis voir une honnête
raison de silence » (= pistolet). Emploi de l’adjectif « honnête » un peu ironique ici (signifie
littéralement, une bonne raison de se taire, mais le procédé employé par DG est tout sauf honnête,
sorte d’antiphrase ici qui souligne encore une fois la mauvaise foi du narrateur).
 Réponse du vieil homme traduit son incompréhension et son désarroi : cf phrases exclamatives,
interrogatives (lignes 7 à 12). En appelle aux sentiments de DG : l’appelle « mon fils » (vocabulaire
religieux ici), + lui rappelle la manière généreuse dont il a traité le jeune homme avec le terme
« considération ». Souligne ici le manque de reconnaissance de DG, son ingratitude, par la
contradiction entre « ôter la vie » et « considération » : cf « vous voulez m’ôter la vie pour
reconnaître la considération que j’ai eue pour vous ». Puis le vieil homme cherche à attendrir DG par
ses questions, l. 11 et 12, en insistant encore une fois sur la violence qui lui est faite (cf « vouloir ma
mort », vbe « vouloir » présente cette violence comme délibérée). Peur du vieil homme exprimée par
les deux adjectifs « pâle et effrayé ».
 Réponses de DG traduisent sa résolution, sa fermeté et son impatience. Le ton se durcit et devient
plus violent : cf ton direct, ≠ de celui du début : « je veux être libre » - cf aussi proposition
subordonnée de conséquence : « j’y suis si résolu (proposition principale) que c’en est fait de vous
absolument » ; l’adverbe ici traduit la détermination de DG. Rejette la responsabilité de cette
violence sur le vieil homme : cf « dans cette nécessité » (c’est-à-dire la nécessité de vous tuer) « si
mon projet manque par votre faute » et la proposition subordonnée de condition « si vous voulez
vivre, ouvrez-moi la porte ». Ici, DG, par la menace de tuer le vieil homme, met en valeur sa
détermination et sa mauvaise foi (s’il tue le père supérieur, c’est uniquement parce que celui-ci n’a
pas voulu l’aider). Détermination et dureté de DG, qui oublie ici tout sens moral : cf phrases
impératives, courtes. Cf aussi exclamation « Eh ! non », qui traduit son agacement, de même que
« avec impatience ». Insiste ici sur l’urgence de la situation, DG est nerveux et se montre rude avec le
père supérieur. Opposition entre douceur et vulnérabilité du vieil homme et dureté de DG, qui se
montre ici sans scrupule.
 Fin du mouvement (l. 14 et 15), fin du dialogue et passage à l’action : cf verbes au passé simple,
juxtaposition d’actions, enchaînement rapide des actions. DG prend l’initiative (« je les pris »).
→ Dans ce premier mouvement du passage, DG se montre entreprenant et déterminé, plein d’assurance et de
mauvaise foi. Il justifie sa mauvaise action en invoquant un principe moral (la liberté) et en rejetant la faute de sa
violence sur le vieil homme, il refuse de se présenter au lecteur comme coupable. Cherche à donner une bonne
image de lui.

2) Dans le second mouvement, le narrateur fait le récit de son évasion, récit lui aussi empreint de mauvaise foi.
 D’abord montre que la progression vers la sortie est rendue difficile par les réticences du vieil
homme : cf voix passive « il fut obligé » + verbe « se résoudre », qui souligne la réticence. Cf aussi
interjections + question l. 17 qui traduisent l’inquiétude et l’incrédulité. Le verbe « répéter » à
l’imparfait met aussi l’accent sur la résistance du père supérieur, résistance qui crée chez DG une
forme d’inquiétude : cf discours direct, phrase nominale et impérative : « point de bruit, mon père ».
Indications temporelles accentuent l’idée de la difficulté de la progression : « à mesure que nous
avancions », « il me répétait », « répétais-je » « à tout moment »
 L’adverbe « enfin » marque un changement, l’aboutissement, de même que l’adverbe « déjà », qui
traduit l’impatience de DG de sortir. Crée un effet d’attente, de suspens, en évoquant la sortie toute
proche : « une espèce de barrière qui est avant la grande porte de la rue ». Dernier obstacle à
franchir. Mais annonce par anticipation les difficultés par l’emploi du verbe « croire » (« je me croyais
déjà libre »)
 Accélération du mouvement : l. 20, rappelle la situation des deux hommes avant d’introduire
l’intervention inattendue du domestique. Utilisation du présent de narration pour marquer
l’accélération du rythme (« se lève et met la tête à sa porte »).
 Appel à l’aide du père présenté comme responsable du meurtre. DG souligne le manque de
jugement du vieil homme : cf « le crut apparemment capable de m’arrêter » (verbe « croire » traduit
l’erreur) + « il lui ordonna avec beaucoup d’imprudence » - cet appel du père, dans le récit de DG, est
présenté comme responsable de son crime. Encore un moyen de se dédouaner et de minimiser sa
culpabilité. De même, souligne l’irréflexion du domestique par le groupe prépositionnel « sans
balancer ».
 Enchaînement rapide d’actions : cf propositions juxtaposées (ligne 25). Action présentée ici comme
réaction à l’appel du vieil homme et mouvement du domestique. Rapidité soulignée aussi par
l’emploi du verbe « marchander » à la forme négative (signifie ici, je n’hésitai point). La primauté
accordée ici à l’action suggère que DG agit sans réfléchir, comme un automate. Ce point corrobore
l’idée que dans ce passage, DG s’est dépouillé de tout sens moral.
 De même, absence de culpabilité : cf emploi du mot « coquin » montre qu’il n’accorde aucune valeur
à l’homme qui intervient, mépris de l’aristocrate à l’égard de l’homme du peuple. De plus, lorsqu’il
s’adresse au père supérieur, il le fait « fièrement » (adverbe signifie ici avec hauteur, fierté, dédain,
orgueil – attention, cela ne signifie pas qu’il est fier du meurtre qu’il a commis, mais qu’il garde une
certaine dignité). Mise en accusation du père pour se dédouaner de sa responsabilité (« voilà de quoi
vous êtes cause ») = la réplique ici montre un singulier manque de remords et de sens moral.
 Sang froid de DG qui ne se laisse pas arrêter par ce crime : cf ordre donné au vieillard (« que cela ne
vous empêche pas d’achever »), ironie du propos. L’attitude de DG apparaît ici froide, sans émotion. Il
traite le père supérieur avec rudesse : cf « en le poussant vers la dernière porte ». l’attitude du vieil
homme traduit sa peur face à l’attitude criminelle de DG : « il n’osa refuser de l’ouvrir »

3) Dans le troisième mouvement, DG narrateur évoque sa sortie de prison. Les événements se sont précipités et
la sortie traduit à la fois le soulagement et la précipitation.
 Soulagement : cf adverbe « heureusement » (qui signifie sans malheur) ; cf aussi dernière phrase :
« cette précaution sans laquelle j’étais sans doute à Saint-Lazare pour longtemps ». Soulagement
aussi de retrouver Lescaut : précise « qui m’attendait avec deux amis, suivant sa promesse ».
Présence rassurante.
 Mauvaise foi encore de DG dans la conclusion de l’épisode : refuse d’endosser la responsabilité de
son acte cf « c’est votre faute […] pourquoi me l’apportiez-vous chargé ? » [rappel : il avait demandé
à Lescaut un pistolet non chargé] Façon de plaider son innocence auprès du lecteur puisqu’il ignorait
que le pistolet était chargé – mais mauvaise foi, parce qu’il a tout de même eu le réflexe de tirer.
Absence de culpabilité, personnage dénué de scrupules.

CCL : cette évasion de prison s’apparente à un épisode de roman d’aventures. L’homme de qualité se comporte ici
comme un « fripon » (cf Montesquieu) et oublie tout sens moral, au prétexte d’aller délivrer Manon de l’Hôpital. On
voit ici comment le personnage narrateur tente, dans le récit, de minimiser ses fautes et de justifier des actes
criminels. Dans le roman, gradation des crimes commis par Manon et DG au nom de l’amour.

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