Analyse bioénergétique en psychothérapie
Analyse bioénergétique en psychothérapie
- Des fiches sur les auteurs des présentations faites lors du colloque,
telles que produites par les auteurs
Bonne lecture,
Le comité organisateur
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L’analyse bioénergétique d’hier à aujourd’hui
Louise Fréchette, psychologue
Analyste bioénergéticienne et membre de la Faculty
de l’International Institute for Bioenergetic Analysis
Définition
“L’analyse bioénergétique est une forme de psychothérapie psychodynamique qui intervient sur les dimensions
somatique (corps), psychique, émotionnelle et interpersonnelle dans une perspective globale et unitaire.”
(trad. libre de Baum, 2015)
L’approche plonge ses racines dans les concepts psychanalytiques, énoncés par Freud :
• L’analyse des conflits infantiles
• L’attention apportée aux défenses et aux résistances
Elle les plonge également dans les concepts énergétiques énoncés par Reich :
• La notion d’identité fonctionnelle entre le système de défense au plan psychique et son pendant
somatique qui se retrouve dans les patterns de tension chronique chez l’individu
• L’analyse caractérielle qui tient compte de l’entité corps/psyché, l’organisation somatique constituant
le reflet d’un système complexe de traits défensifs au plan psychique (L’analyse caractérielle)
• La notion de pulsation vitale et la sexualité en tant que pierre angulaire des théories reichiennes.
L’abandon plein et entier au réflexe orgastique étant sensé, selon Reich, épuiser l’énergie résiduelle
investie dans le système défensif (La fonction de l’orgasme), ce qui l’amènera à délaisser de plus en plus
le travail analytique pour se concentrer sur la dimension purement somatique avec l’orgonothérapie.
Alexander Lowen, élève et patient de Reich, reprend les concepts fondamentaux développés par celui-ci et élabore une
typologie caractérologique de cinq types de caractères correspondant à des problématiques reliées aux diverses étapes
de développement et l’impact des difficultés vécues à chaque étape sur l’organisation somatique (patterns de tension) de
l’individu de même que sur son organisation psychique.
“En un mot, lorsque l’évolution de la croissance est contrariée ou perturbée de telle sorte que la personne ne peut tra-
verser avec succès l’une ou l’autre des étapes développementales, celle-ci élabore des stratégies défensives tant au plan
psychique que somatique afin de protéger le self de blessures futures. La conséquence de l’élaboration de ces patterns
défensifs en est la réduction de la capacité expressive de la personne, de sorte que la personne réprime l’expression de
certaines émotions ou réactions afin d’éviter de provoquer à répétition des réponses venant de l’environnement suscep-
tible d’infliger de nouvelles blessures.” (trad. libre de Baum, 2015)
Cette typologie a connu une première élaboration dans un ouvrage intitulé Language of the Body (Le langage du corps)
puis dans un autre ouvrage intitulé Bioenergetics (La bioénergie), où il synthétise les principaux traits caractérisant
chaque structure (étiologie, organisation somatique, enjeux) et la situant sur le continuum développemental
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-Caractère schizoïde : étape prénatale/postnatale
-Caractère oral : début de vie à 1 ½ an
-Caractère psychopathe : période intermédiaire 1 ½ an à 3 ans
-Caractère masochiste : période intermédiaire 1 ½ an à 3 ans
-Caractère rigide : période œdipienne 3 à 5 ans
Un peu plus tard, dans son ouvrage intitulé Narcissism. Denial of the True Self (Gagner à en mourir) publié en 1985, il
aborde la thématique des troubles narcissiques dans une perspective de continuum allant de troubles pathologiques
sévères (paranoïa) à une forme de problématique narcissique de nature davantage névrotique (structure phallique nar-
cissique), situant les structure états-limites environ à mi-chemin sur ce continuum.
À travers la lecture corporelle, l’analyste bioénergéticien cherche à mieux saisir dans leur complexité les enjeux exis-
tentiels vécus par la personne au moment de son développement et la manière dont ces enjeux ont façonné à la fois le
corps et la psyché de cette personne
Lowen s’est repenti plus tard d’avoir formulé sa typologie à cause de la tendance de bien des thérapeutes à « étiqueter »
les clients à partir de cette typologie. Il insistait plutôt sur l’importance de « voir la personne ».
« …and that’s what we mean by reading the body. Really understanding the person you’re dealing with, or looking at, or going
to be involved with. Now, you can’t do that in a mechanical way. You just can’t say: “Oh, look. One shoulder is higher than the
other”. It may be true, it may have some significance, but it is relatively meaningless, you know. Yes, you do look at the whole
shape of the body and all of that, you see. You look at the color of the skin. You look at every aspect of the body. But what you
are looking for is a sense of the person. That’s the first thing. » (transcription verbatim d’un exposé fait lors d’un atelier à
Pawling, New York, 1988)
Son modèle insiste sur l’importance d’intervenir sur la cuirasse musculaire, ce qui peut permettre d’aller tant du
côté de l’analyse des défenses (ego) que du côté des émotions refoulées (diagramme des cercles concentriques).
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“On peut résumer sommairement ces différentes couches comme suit, à partir de la plus extérieure:
La couche du Moi comprend les défenses psychiques, et c’est la couche la plus extérieure de la personnalité. Les
défenses typiques du Moi sont:
A. Dénégation
B. Projection
C. Blâme
D. Méfiance
E. Rationalisations et intellectualisations.
La couche musculaire, où se trouvent les tensions musculaires chroniques qui aident et justifient les défenses du
Moi, et protègent en même temps de la couche sous-jacente d’émotions refoulées qu’on n’ose pas exprimer.
La couche émotionnelle des émotions qui comprend les sentiments refoulés de rage, de panique ou de terreur, de
désespoir, de tristesse et de douleur.
l’approche thérapeutique ne peut se limiter à la première couche si importante qu’elle soit (...) ... travailler
seulement sur la troisième couche ne produit pas les résultats désirés. (...) Si l’on travaille directement au niveau
de la deuxième couche, on peut passer à la première ou à la troisième lorsque c’est nécessaire. On peut ainsi, en
travaillant sur les tensions musclaires, aider quelqu’un à comprendre comment la rigidité de son corps et la façon
dont il est cuirassé conditionnent ses attitudes psychologiques.”
(Lowen, La Bio-Énergie , pp. 105-106)
Au cours du développement de l’analyse bioénergétique sous Lowen, la position du thérapeute en est une d’ex-
pert qui doit se fier à ce qu’il voit dans le corps
« …it frequently happens that you see one thing and they tell you another. You may say: “Oh, you are a very frightened person.”
and they say: “I don’t feel frightened.” In that case, if you’re a therapist, you must trust your own feelings. If you don’t trust your
feelings, get out of the business, because you cannot guide anybody. » (transcription verbatim d’un exposé fait lors d’un atelier
à Pawling, New York, 1988)
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La spécificité de l’analyse bioénergétique aujourd’hui
Le corps professoral de la Faculté de l’institut international en analyse bioénergétique poursuit le travail du Dr. Lowen
et continue à développer le corpus théorique de l’analyse bioénergétique de même que sa pratique clinique et ses tech-
niques d’intervention.
J’aimerais ici faire référence à l’un de mes collègues Français de la Faculté, monsieur Guy Tonella, docteur en psychol-
ogie clinique et du développement, qui est l’un de ceux d’entre nous qui réussit sans doute le mieux à intégrer au plan
théorique et clinique les concepts provenant des courants de pensée récents en psychologie, dont nous nous inspirons
aujourd’hui pour enrichir la pratique de l’analyse bioénergétique, notamment les concepts liés aux théories de l’at-
tachement (Bowlby et Ainsworth), ceux nous provenant des neurosciences (Damasio, Ledoux, Cozolino), du courant
intersubjectif et du développement du Soi (Stern, Shore, Siegel), de même que ceux ayant trait au traitement des états
de stress post-traumatiques (Van Der Kolk, Porges, Ogden, Levine, Berceli).
À cet égard, je vais me référer ici à des éléments que mon collègue Guy Tonella a exposés dans un court texte de prop-
osition d’intervention à l’intention de l’université Mirail-Toulouse, et qui fait ressortir de quelle façon les apports des
courants de pensée plus récents viennent s’intégrer aux concepts de base développés par le Dr. Lowen dans l’enseigne-
ment comme dans la pratique clinique de l’analyse bioénergétique d’aujourd’hui.
« To read the body, you got to understand the person. Or you can put it this way: to understand the person, you got to read the
body. It goes together. » (transcription verbatim d’un exposé fait lors d’un atelier à Pawling, New York, 1988)
Aujourd’hui, en plus de porter attention à la cuirasse musculaire, nous prenons en compte d’autres aspects ayant rap-
port notamment à la dimension neurologique. Ainsi, lorsque nous aidons un client à comprendre et à élaborer ce qui
a pu se passer dans son histoire, nous portons attention à divers types d’information relevant de la dimension neu-
rologique, notamment :
1) sur les informations en provenance du corps (activation du métabolisme et affects de vitalité, activation du système
sensorimoteur et sensations, activations du système nerveux autonome et états émotionnels),
2) sur les informations sensorielles en provenance de l’environnement,
3) sur les informations sensori-émotionnelles relatives à la relation et aux interactions présentes.
C’est sur l’ensemble de ces informations, ou sur les plus pertinentes au moment présent, que se fonde le travail théra-
peutique « bioénergétique ».
À cet effet, nous nous inspirons de la théorie polyvagale de Stephen Porges, qui met en évidence l’existence chez l’être
humain de capacités autorégulatrices. Ainsi, dans le travail thérapeutique nous cherchons à aider le client à maintenir
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son organisme dans une « zone optimale d’activation physiologique ». C’est en effet à l’intérieur de cette zone qu’il
est possible pour la personne de traiter les informations reçues du monde extérieur et du monde intérieur, passées et
présentes, avec leur intensité émotionnelle et physiologique, sans cependant qu’elles n’altèrent l’équilibre du Soi.
Nous cherchons à mettre à profit les ressources du Soi permettant à la personne de réguler son système neurobi-
ologique. Ces ressources sont :
1) de nature psychologique (la conscience psychique, la parole, l’expression verbale des représentations présentes et
des sentiments les accompagnant)
2) de nature corporelle (la respiration, le relâchement musculaire, l’expression émotionnelle, l’enracinement dans la
réalité, la sexualité).
Ceci n’est pas très différent en soi de la pratique lowenienne qui accordait de l’importance à l’utilisation de ces ressou-
rces, mais ce l’est par rapport aux débuts de l’analyse bioénergétique, qui présentait des allures plus cathartiques. Low-
en, dans sa pratique clinique, cherchait à aller rapidement « au cœur du problème » qu’il identifiait chez ses patients,
ce qui donnait lieu à des expériences souvent intenses et cathartiques. La pratique de l’analyse bioénergétique d’aujo-
urd’hui, tout en n’excluant pas que certaines expériences vécues en thérapie puissent être cathartiques, porte beaucoup
plus attention à cette question d’autorégulation ainsi qu’à la capacité d’intégration des expériences par le client.
Nous croyons que le mode d’attachement de l’enfant à sa mère a des incidences profondes et durables chez la personne
en ce qui a trait à l’identité de soi, à son organisation corporelle et psychique, à sa sexualité et à ses relations futures. Ce
mode fonde les patterns d’attachement sécure ou insécure.
Par conséquent, dans nos interventions cliniques, nous portons attention à la façon dont les patterns d’attachement des
clients se rejouent au sein même du rapport thérapeutique. Notre collègue Guy Tonella a d’ailleurs opéré des rapproche-
ments intéressants entre les patterns d’attachement de Bowlby et les diverses structures caractérologiques de Lowen.
Par ailleurs, des auteurs tels que Stern et Schore nous ont éveillés à la complexité de la régulation interpersonnelle,
laquelle, de par sa nature relationnelle, met en jeu au sein de la relation thérapeutique plusieurs propriétés essentielles
constitutives de la relation sociale. Cela nous amène à porter attention à des dimensions tels que l’intentionnalité, la
synchronisation, l’accordage, la contention, la régulation sensori-émotionnelle et la réparation, et à les utiliser en tant
qu’outils thérapeutiques majeurs. En ce sens, la pratique de l’analyse bioénergétique aujourd’hui, prend beaucoup plus
en compte la nature guérissante de la dimension relationnelle elle-même, dans le rapport thérapeutique que cela n’était
le cas au temps de Lowen.
À cet effet, l’approche de ce type de problématique développée par des cliniciens tels que Peter Levine, Pat Ogden,
Stephen Porges, Daniel Siegel inspirent nos pratiques. Ainsi nous sommes attentifs à l’importance du « titrage » dans
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notre façon de travailler avec des personnes présentant des symptômes de stress post-traumatique, notamment en ce
qui a trait à la quantité excessive quantité d’excitation physiologique mobilisée par la situation traumatique, qui n’a
pu être libérée et qui se manifeste sous forme de stress post-traumatique chronique. Des situations et des techniques
spécifiques permettent de réguler progressivement ces diverses dysrégulations, tant au niveau corporel, qu’au niveau
psychique et relationnel.
L’un de nos collègues, David Berceli, a même développé une technique spécifique appelée TRE (Trauma/Tension
Releasing Exercises) basée sur les concepts développés par Bessel Van Der Kolk ainsi que sur la théorie polyvagale de
Stephen Porges. Il s’agit d’une technique purement physique/énergétique, permettant l’apprentissage d’une forme d’au-
torégulation somatique à travers l’abandon à des mouvements involontaires appelés « tremblements neurogéniques »
tout en demeurant dans une « zone optimale d’activation physiologique ».
Un deuxième mode de relation mis en jeu inconsciemment par le patient constitue la « relation de transfert ». Des
pensées ou émotions liées au passé et réactivées par la situation thérapeutique sont projetées (« transférées ») sur la per-
sonne du thérapeute, comme si celui-ci incarnait l’interlocuteur historique (sa mère, son père, etc.) auquel ces pensées
et émotions sont originellement liées. Son corollaire, la relation contre-transférentielle, fait aussi l’objet de beaucoup
d’attention au moment de la formation, et c’est ce pourquoi les aspirants-thérapeutes en analyse bioénergétique doivent
compléter minimalement 140 heures de thérapie personnelle, de manière à être conscients de leurs propres enjeux car-
actérologiques et des contre-transferts qui peuvent se manifester en lien avec ces enjeux.
Un troisième mode de relation, la « relation intersubjective », correspond au besoin du patient d’établir une relation
réelle avec une autre personne réellement présente : le thérapeute. Celui-ci doit alors être capable d’implication sub-
jective et de résonance affective, dans une juste distance continuellement évaluée. Ainsi se crée un espace de rencontre
dans lequel des modalités non verbales de communication sont également impliquées, et dans lequel le patient peut
construire, en s’appuyant sur des échanges intersubjectifs, sa propre subjectivité.
Conclusion
Le fondateur de l’approche d’analyse bioénergétique, le Dr. Alexander Lowen, a posé les bases d’une approche à la fois
dynamique et complexe. Tout comme l’avait fait Reich avant lui, Lowen a cherché à aborder l’être humain dans son unité
corps/psyché et dans son entièreté. L’orientation fondamentale de l’approche, tel que définie par Lowen, est axée vers la
reconquête d’une vitalité et d’une capacité accrues à jouir de la vie.
Alors qu’il continuait à développer son approche, à laquelle il croyait fermement, Lowen est malheureusement resté
trop longtemps à l’écart des découvertes qui émergeaient au fil des principaux courants psychologiques, le mainstream,
comme on l’appelle.
Depuis une vingtaine d’années, les successeurs de Lowen, tant les formateurs membres de la Faculté de l’Institut in-
ternational que les thérapeutes accrédités en analyse bioénergétique, ont à cœur de poursuivre et de développer l’ap-
proche d’analyse bioénergétique en y intégrant les apports des nouvelles découvertes et des nouvelles pratiques dans le
domaine psychothérapeutique sans pour autant répudier les fondements de base qui en font la spécificité.
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Ainsi, l’analyse bioénergétique continue d’être cette approche qui allie à la fois l’analyse des enjeux caractérologiques
(lutte existentielle de la personne) et le travail énergétique visant à aider la personne à assouplir ses patterns de tension
au plan corporel et à reconquérir un niveau de vitalité et d’expressivité accru. Elle y parvient en portant une attention
toute spéciale à la dimension intersubjective de la relation et à ses qualités régulatrices et réparatrices.
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Bibliographie sommaire
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anglaise dans le The Clinical Journal of the International Institute for Bioenergetic Analysis. 2008, No. 18, pp. 27-59
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La dimension corporelle de la Gestalt-thérapie
Introduction
La Gestalt thérapie repose sur un ensemble de racines historiques et théoriques.
Nous aborderons ici ceux qui ont davantage trait à la dimension corporelle de l’approche.
Arrivée au Québec
Au Québec, la GT arrive dans les années 1970. En 1972, Joseph Zinker, invité par Charles Smith, un professeur de
McGill qui a étudié au Gestalt Institute deCleveland, donne un premier atelier de sensibilisation à la Gestalt. D’autres
ateliers suivront; ils seront offerts par le même institut pendant quelques années. Des psychologues d’ici s’inscrivent à
ces ateliers; certains entreprendront une formation complète, soit à Cleveland, soit en Californie et ouvriront à leur tour
des centres de formation à la Gestalt, à Montréal et à Québec.
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Brève définition de la Gestalt-thérapie
La Gestalt-thérapie se classe dans le courant de la psychologie existentielle/humaniste. Ses objectifs thérapeutiques
visent l’épanouissement psychologique optimal de la personne plutôt que son ajustement pur et simple à la société. Elle
ne s’intéresse par spécialement à la disparition des symptômes, ces derniers étant plutôt vus comme étant au service de
la personne toute entière. Elle formule aussi le postulat que des individus en santé offrent une meilleure garantie d’une
société en santé.
Laura Perls qualifiera ainsi la GT : «une approche rebelle et humaniste/existentielle en ce qu’elle vise à endiguer chez la
personne le grand nombre de forces destructrices que la société lui inflige».
Le mot «gestalt» voulant dire «ensemble», la vision gestaltiste des phénomènes naturels porte sur les ensembles : tous
les éléments de l’univers coexistent au sein d’un processus continu d’interactions coordonnées, et l’être humain, sans
être au centre de cet univers, constitue un élément actif au sein de l’univers écologique complexe du cosmos.
La GT conçoit donc l’être humain comme un tout où le corps, les émotions et les expériences mentales forment un
ensemble auquel les diverses parties sont reliées à travers un processus de coordination au service du tout.
Comme toutes les approches psychocorporelles, la GT revêt un caractère expérientiel en ce qu’elle a recours à un en-
semble d’exercices non verbaux qui auront comme objectif l’intégration psychique de la personne, ainsi que l’expansion
de ses frontières psychologiques.
Les concepts eux-mêmes sont de nature expérientielle. La conscience au moment présent se comprend plus clairement
après qu’on l’a expérimentée soi-même.
Par ailleurs, si la psychothérapie a pour but de rendre les gens plus conscients de leur senti, le senti lui-même, sensoriel,
proprioceptif ou émotif n’est pas restreint à la séance de psychothérapie. Ce senti devrait idéalement être accessible à
la conscience de façon constante, donc, à l’état émotif toujours présent, ce qui constitue un critère et une condition de
santé tout à la fois.
-2) Awareness La seule réalité psychique réside dans le présent. Perls la définit ainsi : la capacité d’être totalement
présent à la réalité intérieure aussi bien qu’extérieure du moment présent. Aucun changement n’est possible sans cette
conscience du présent.
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Reich insiste sur le pendant physiologique des émotions.
Fritz découvre la notion d’armure caractérielle, laquelle est inscrite dans le corps.
Un auteur (E. Smith, 1976), énonce ce qu’il considère comme les principaux postulats reichiens que la théorie de la GT
retiendra
-a)- L’évocation du passé doit se faire de façon à impliquer les émotions qui, elles si situent dans le présent.
-b)-Le corps exprime directement via l’armure musculaire (Reich) la résistance, ce qui constitue et est identifié comme
une fonction organismique globale par la GT
-c)- Le travail thérapeutique implique une action corporelle directe et non plus seulement des interventions de type
verbal.
-d- La notion de rétroflexion propre à la GT est issue de la vision de Reich sur les blocages musculaires
-e)-La façon dont le propos est amené est révélatrice du caractère et de l’armure d’une personne.
-f)-Le corps garde en mémoire toutes les expériences émotives passées aussi bien que la répression de ces expériences.
F.S. et Laura Perls seront fascinés par cette façon d’envisager et d’inclure la dimension corporelle dans le processus de
changement thérapeutique. Cette perspective donne lieu à l’invention de techniques corporelles, d’exercices, de pra-
tiques, de mises en situation qui font partie de la tradition Gestalt.
-2- Toute action implique l’organisme dans sa totalité; elle se déroule simultanément aux plans cognitif, imaginatif, sen-
soriel moteur et proprioceptif. L’une ou l’autre de ces dimensions peut être mise à l’avant-plan suivant les circonstances
et ou les stratégies thérapeutiques du moment.
-3- Le corps est le non-dit, ou le pas encore dit. Il est, la plupart du temps, hors du champ de conscience. De le ramener
à l’avant-scène permet de donner accès au noyau central de la problématique.
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-4- Le corps est le lieu de l’émotion, du blocage, de la résistance. Toute résistance est inscrite dans le corps.
-5- Il est aussi le lieu du changement et constitue une partie incontournable du système de soutien interne.
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Les effets de la psychothérapie gestaltiste suivant les recherches1 Voir tableau 6
Les bienfaits de l’approche gestaltiste auprès d’une grande variété de problématiques psychologiques ont fait l’objet
d’un certain nombre d’études depuis les 40 dernières années.
Troubles psychiatriques,
Problèmes d’ordre psycho-social,
Populations dépendantes des drogues,
Personnes atteintes du Sida,
De douleurs chroniques,
De symptômes psychosomatiques, etc…
Environ la moitié des 3000 clients (environ 1500 patients) qui ont été objets de ces recherches au cours de ces études
ont été traitées avec la Gestalt-thérapie.
L’ensemble des résultats révèle que les effets bénéfiques de la GT sont égaux ou supérieurs aux autres approches util-
isées pour cette recherche.
Des comparaisons avec des patients d’un groupe contrôle qui ne furent pas traités ont démontré des changements
statistiquement différents dans la plupart des mesures, à l’exception de l’une des dix-huit échelles utilisées.
Les patients ont bénéficié de nettes améliorations dans leur perception d’eux-mêmes et des autres, les désordres de la
personnalité ont été réduits, particulièrement dans le fait pour eux de ressentir un mieux-être.
Le personnel infirmier a été en mesure de noter des comportements où les attaques verbales et physiques avaient di-
minué, et où la communication et le contact avec les autres s’étaient améliorés.
2-Elles mettent en évidence la conception unitaire de l’être humain et apportent un soutien scientifique à la vision
holistique de la GT. Tout est inter-relié dans l’activité cérébrale et accessible, donc accessible par des moyens thérapeu-
tiques. La psychothérapie consiste à intégrer ce qui a été divisé, ce qui a été supprimé à la conscience, en d’autres mots,
ce qui a été clivé.
3-Les recherches sur le nouveau-né remettent à l’honneur l’émotion, qui est au centre du mouvement et de la vie
psychique, et donc, du processus thérapeutique. « The prime mediator of social life, memory and culture » (Trevarthen,
2009, p. 54 et ss). Elles apportent un soutien scientifique aux intuitions de la Gestalt-thérapie et des autres approches
psychocorporelles sur l’importance de la dimension corporelle en psychothérapie. Elles fournissent l’explication scien-
tifique aux découvertes empiriques qui établissaient la supériorité thérapeutique des approches non verbales en théra-
pie. Voici ce que le même auteur écrit plus loin :
1: Uwe StrïmpfelRecherche en Gestalt-thérapie. Traduction et adaptation de l’Anglais par Claire Allard et Janine G.-Corbeil, Revue québécoise de Gestalt, 2007, Vol.10, 139-176.
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4-Les recherches faites auprès des enfants mettent en valeur l’utilisation des thérapies intersubjectives de type non
verbal comme la thérapie par le mouvement, par la danse, par le jeu dramatique, par l’art et les thérapies corporelles,
car toutes ces thérapies comprennent que nous sommes équipés pour une sensibilité au mouvement non seulement à
l’intérieur de notre propre corps, mais à celui des autres que nous touchons, voyons, entendons (Trevarthen, 2009, p. 84).
(
Extrait de L’Évolution du psychothérapeute et de son modèle d’intervention Boulanger, S. & Gagnon-Corbeil, J. (2014) P
109 et ss.
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3. BIBLIOGRAPHIE
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16
Atelier SPM3-A « Des outils de la PCI au service de la
prévention de l’épuisement professionnel »
Dans un premier temps, l’animatrice présentera des concepts spécifiques à cette problématique et les résultats de sa
recherche effectuée dans le cadre de sa Maitrise en Service social à l’UdeM sur une intervention de groupe en préven-
tion du burnout. Cette recherche a permis d’identifier significatifs sur l’échelle MBI (Maslach Burnout Inventory) chez
le groupe expérimental qui avait utilisé des outils de la PCI et de les comparer avec les résultats du groupe n’ayant reçu
que des informations théoriques sur le burnout. La deuxième partie de l’atelier permettra d’expérimenter les outils de
la PCI qui ont démontré leur efficacité dans cette recherche sur les stratégies de prévention du burnout. Pour conclure,
un partage de groupe est prévu afin de mettre en commun les commentaires des personnes présentes à cet atelier.
Mot de bienvenue
C’est un grand plaisir de vous accueillir à cet atelier intitulé : « Des outils de la PCI au service de la prévention de
l’épuisement professionnel ». Je suis travailleuse sociale et je travaille en psychothérapie avec les outils de la Psycho-
thérapie Corporelle Intégrée depuis plus de vingt ans. J’ai aussi pratiqué la massothérapie, le Qi Gong, le Tai Chi, le
yoga, la danse et le travail avec la voix. Pour moi, tenir compte du corps, c’était naturel. L’approche de la PCI, outre le
fait d’avoir changé ma vie, m’a permis d’avoir une base solide en psychothérapie en intégrant deux éléments tout à fait
essentiels : le corps comme baromètre de l’expérience et la dimension transpersonnelle.
Origine de la recherche
Outre la pratique de la psychothérapie, j’enseigne en travail social depuis 1994. J’ai commencé au Cégep de Jonquière,
maintenant, je suis chargée de cours à l’UQAC. Je me suis intéressée à la problématique du burnout, suite à des ob-
servations et à des discussions avec des intervenants sociaux. C’est dans le cadre de mes fonctions de superviseure en
milieu de stage que je me suis aperçue que plusieurs de mes collègues souffraient d’épuisement ou étaient partis en
congé de maladie et ce, tant dans les établissements du réseau que dans des organismes communautaires. Plus près
de moi, il y a eu aussi trois amis qui ont craqué... C’est l’expression qu’ils ont utilisée, craquer. C’est aussi difficile pour
l’entourage d’être témoin de la souffrance de ses collègues et amis. J’ai donc été sensibilisée aux conséquences du
burnout: la résistance à lâcher prise, l’incapacité à travailler, le suivi médical, la prise obligatoire d’antidépresseurs et les
inconvénients jusqu’au bon dosage, les problèmes avec les assurances, la fatigue, le sentiment de vide et le doute quant
à ses capacités de pouvoir recommencer à travailler un jour, le retour au travail parfois progressif, souvent trop rapide,
l’appréhension des remarques des collègues et des dossiers qui se sont accumulés, la fragilité intérieure, le sentiment
de ne plus pouvoir être performant comme avant, la peur de craquer à nouveau ou d’avoir à démissionner. Le burnout
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est une crise personnelle qui peut aussi mener à une profonde remise en question, à un changement d’emploi et à
une ‘’opportunité de croissance’’ comme on dit en intervention de crise. Mais ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir?
Comme j’avais terminé ma formation en PCI, je me suis demandé si les outils propres à cette approche pourraient être
utiles pour prévenir le burnout?
Cet atelier comporte deux parties :
Dans la partie didactique, il sera question de la recherche que j’ai menée dans le cadre de ma maitrise en service social
à l’Université de Montréal. Elle a pour titre : La prévention du burnout auprès des professionnels de la relation d’aide :
analyse d’une intervention psychocorporelle.
Dans la partie expérientielle, je vous proposerai quelques uns des outils de la PCI que j’ai utilisés. Par la suite, je ferai
des liens avec les résultats de ma recherche et nous mettrons en commun nos impressions. À la fin, il y aura une péri-
ode accordée à vos questions.
Définition de la problématique
Le mot « burn out » est un terme emprunté à l’aéronautique qu’on utilise quand une fusée brûle la totalité de son car-
burant et qu’elle se met à brûler elle-même. Le concept est apparu dans la littérature américaine dans les années soix-
ante-dix. En 1974, le psychiatre Herbert Freudenberger, après avoir observé un sentiment d’épuisement et de vide chez
des bénévoles oeuvrant dans les services sociaux, utilise ce concept dans le sens d’un déficit énergétique. Lorsqu’une
personne n’a plus de carburant, plus d’énergie, elle subit un burn out dans le sens d’un déficit énergétique. Dans son
livre sur l’épuisement professionnel écrit dans les années 80, Freudenberger traduit le mot burn out en français par
l'expression : "Brûlure interne". Il explique :
" En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d'incendie, tout
comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en
viennent à se consommer comme sous l'action des flammes, ne laissant qu'un vide immense à l'intérieur, même si l'en-
veloppe externe semble plus ou moins intacte." (L'épuisement professionnel : La brûlure interne, page 3)
Il définit le concept en français dans une édition publiée en l987 : « un affaiblissement et une usure de l’énergie vitale
provoqués par des exigences excessives qu’on s’impose ou qui sont imposées de l’extérieur […] qui minent nos forces,
nos mécanismes de défense et nos ressources. C’est un état émotif qui s’accompagne d’une surcharge de stress et en
vient à influencer notre motivation, nos attitudes et notre comportement » (Freudenberger, l987:30).
Voici quelques autres définitions du burnout proposées par les principales équipes de recherche qui ont façonné ce
champ d’étude.
« Un état d’épuisement physique, émotionnel et mental causé par une implication de longue durée dans des situations
émotionnellement exigeantes » (Pines et Aronson; 1988 :11)
« Le burnout est un syndrome d’épuisement émotionnel et physique comprenant une image négative de soi-même,
une attitude négative envers le travail ainsi qu’une perte d’intérêt et de préoccupation envers la clientèle » (Maslach et
Jackson; 1978 :223)
« Un processus par lequel un individu, qui au départ engagé dans sa profession, se désengage en réponse au stress et à
la pression vécus au travail » (Cherniss; 1980 :18)
Grosch et Oslen (1998) décrivent le burnout en termes d’érosion pénible du moral et de l’esprit.
« Le burnout est lié à une perte de la foi dans le travail d’aide lui-même ».
Bien que les premières recherches aient associé cette problématique aux professions à vocation sociale (service social,
médecine, enseignement), l’épuisement professionnel, communément appelé burnout, peut se produire dans tous les
secteurs du marché du travail.
Toutefois, certaines études ont démontré que sont davantage à risque de burnout, « les personnes qui travaillent de
façon permanente dans une relation d’aide auprès d’une clientèle en situation de problème (Bibeau et al.; 1989 :15)
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Trois composantes associées au burnout
Maslach et Jackson ont construit le Maslach Burnout Inventory, un instrument servant à mesurer l’épuisement profes-
sionnel. Désigné aussi sous l’appellation ‘’échelle de Maslach’’, ce questionnaire comprend 22 items et évalue selon leur
fréquence et leur intensité des indicateurs de trois composantes associées au burnout soit :
• l’épuisement émotionnel (le sentiment d’être épuisé et vidé par son travail)
• la dépersonnalisation (le développement de sentiments et d’attitudes négatives voire
cyniques envers les clients)
• le manque d’accomplissement personnel (les sentiments d’incompétence et de non
réalisation au travail).
Toutefois, cet instrument ne permet pas d’évaluer les indicateurs physiologiques de l’épuisement qui, selon l’avis de
plusieurs, sont des symptômes importants pour situer l’évolution du burnout.
Le burnout est l’aboutissement d’un processus plus ou moins long qui mène l’individu vers une incapacité à accomplir
son travail. Toutefois, ce processus cyclique plutôt que linéaire, peut être enrayé par une intervention à n’importe quelle
étape. Étant donné que le problème prend place dans la vie des gens de façon insidieuse, il s’avère important de déceler
rapidement ses signes avant-coureurs et il est nécessaire de réagir dès l’apparition des premiers symptômes de stress
professionnel. Il est impossible de parler de burnout sans évoquer le concept de stress au travail.
PARTIE EXPÉRIENTIELLE
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Les stratégies de protection
Dans une perspective de prévention, il s’avère nécessaire de fournir une information complète et adéquate quant aux
signes précurseurs du burnout qui sont liés à des changements d’attitudes et à des symptômes de nature physiologique.
Dans la littérature, quelques stratégies de protection sont fréquemment mentionnées à l’intention des professionnels de
la relation d’aide telles que:
Plusieurs auteurs sont d’avis que les interventions en matière de prévention du burnout devraient viser l’interaction
mutuelle entre les comportements des personnes et le système dans lequel elles travaillent. À l’heure actuelle, il n’existe
que très peu d’interventions pour prévenir le burnout dans les organisations; les principales stratégies utilisées « visent
surtout le développement des habiletés individuelles en vue d’une meilleure adaptation aux exigences du milieu »
Exercice: Fermez les yeux, prenez le temps d’être avec vous-mêmes quelques minutes. Pensez à quelque chose que vous
avez fait dernièrement et dont vous êtes fiers. Visualisez le bon coup que vous avez fait et demandez-vous si vous avez
pris le temps de vous féliciter personnellement, de vous à vous-mêmes. Sinon, il est grand temps d’y remédier. Alors je
vous suggère de vous féliciter sur le champ, en vous faisant, par un geste, un signe d’auto appréciation. Démo.
- Les motivations inconscientes: Plusieurs auteurs font référence au concept de Compulsive Care Giver qui s’apparente,
en PCI, au concept de l’agence et à celui d’identification projective dans la théorie des relations objectales de Winn-
icott. Compulsion viscérale à sauver les autres.
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Pratiquer des techniques de respiration et d’auto-ouverture; focus sur l’expiration.
•D’autres stratégies: Les quatre principes selon Alexander Lowen: respirer, s’exprimer, régler ses conflits, s’entourer de
gens positifs et de belles choses.
Dans le cadre d’un stage de pratique spécialisée à la maîtrise de l’École de service social de l’Université de Montréal,
nous avons conçu un modèle théorique de prévention du burnout et expérimenté un programme de formation élaboré
à partir des outils de la Psychothérapie Corporelle Intégrée. Nous avons réalisé une intervention (individuelle et de
groupe), auprès de professionnels de la relation d’aide oeuvrant dans un Programme d’Aide aux Employés, dans le but
de leur permettre de développer des compétences spécifiques afin qu’ils puissent adopter et maintenir des stratégies
de protection pour se prémunir contre le burnout. Nous avons cherché à évaluer, l’impact de cette intervention (groupe
expérimental et groupe contrôle) sur l’adoption de stratégies de protection face au burnout. La formation donnée au
groupe expérimental, répartie en trois rencontres de trois heures, comportait un volet informatif d’une durée de deux
heures et un volet expérientiel d’une durée de sept heures. Le volet informatif (niveau du savoir) consistait à donner de
l’information théorique sur la problématique du burnout. Le volet expérientiel (niveaux de savoir-faire et du savoir-être)
comportait l’apprentissage et l’expérimentation des outils de la PCI. Une quatrième rencontre, située trois mois plus
tard, visait à vérifier le maintien des acquis par l’évaluation de l’intervention. Le groupe contrôle, pour sa part, n’a reçu
que le volet informatif en une rencontre d’une durée de deux heures. Diane Bernier, l’auteure du livre La crise du burn-
out, a été ma directrice de recherche et Louise Prud’homme, une t.s. d’expérience, a été ma superviseure de stage.
Nous avons donc expérimenté l’approche de la Psychothérapie Corporelle Intégrée (PCI) afin de connaître son inci-
dence sur l’adoption de stratégies de protection face au burnout. Développée par Jack Rosenberg et Marjorie Rand
(1989), la Psychothérapie Corporelle Intégrée tire ses origines de plusieurs sources et s’inspire principalement de deux
courants soit la théorie des relations objectales de Winnicott et l’approche énergétique de Wilhelm Reich. Cette ap-
proche thérapeutique se préoccupe de la personne dans sa globalité et de l’interaction complexe entre le corps, les
émotions et l’esprit; elle s’intéresse également à l’individu en interaction avec son environnement. La Psychothérapie
Corporelle Intégrée offre des outils concrets (techniques de respiration et d’auto-ouverture, utilisation des frontières,
reconnaissance de son agence, scénario originel) qui permettent le développement de la conscience corporelle et l’ap-
prentissage de la présence à soi. La conscience corporelle est l’habileté à ressentir des sensations dans son corps ainsi
que les variations de son niveau de vitalité et d’énergie et, par conséquent, à reconnaître ses propres indicateurs de
stress. La présence à soi est une habileté et une attitude qui permet de ressentir dans son corps sa propre expérience
au moment présent. Le travail avec les frontières en PCI «vise le développement des capacités de la personne à mieux
délimiter son territoire, à mieux prendre soin de ce qui est interne et à entretenir des échanges favorables à soi, dans le
rapport avec les autres» (Ouaknine, l999 :3). «Les frontières sont les bornes énergétiques du Soi» (Rosenberg et Rand,
l989 :391). L’agence s’apparente au concept de self agency de Stern (l989) et à celui de compulsive care giver de Bowlby
(l980). Rosenberg explique l’agence en ces termes : « Une personne en agence est une aidante qui ressent une obligation
de répondre aux besoins de l’autre, de le réparer, de l’aider, de lui plaire ou de stabiliser son état. Le problème avec la
personne en agence n’est pas son désir d’aider l’autre, c’est la perte de son Self. L’agence est un comportement con-
duit par un désespoir interne ». La PCI permet également à la personne de reconnaître ses propres blessures, son style
défensif et de mieux comprendre les enjeux dans les interactions avec les autres et dan ses relations de travail. En ré-
sumé, la PCI s’adresse à différentes dimensions de la personne (physiologique, cognitive, émotionnelle, comportemen-
tale et sociale) et l’apprentissage de ses concepts et de ses outils s’articule autour de différents niveaux tels le savoir, le
savoir-faire et le savoir-être.
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21
indicateurs corporels.
Le programme de formation a eu un impact significatif sur cette dimension du burnout qu’est la dépersonnalisation.
Rappelons que la dépersonnalisation a trait à des attitudes cyniques, déshumanisantes et de détachement envers la
clientèle. La dépersonnalisation est un mécanisme de défense qui s’inscrit parallèlement à la dimension de l’épuise-
ment émotionnel dans le développement du syndrome du burnout. Parmi les outils de la PCI expérimentés, la frontière
est perçue par les participants comme étant un de ceux qui leur ont été le plus utile. Nous établissons un lien entre le
fait que les sujets du groupe expérimental aient fréquemment pris conscience de leur frontière et leur niveau de déper-
sonnalisation significativement plus faible, suite à l’intervention lors du post-test. L’utilisation de la frontière leur a
également permis de ressentir plus clairement leurs limites personnelles et celles des autres et, par conséquent, d’être
capable d’établir une saine distance émotive avec les autres. Rappelons que les frontières permettent de délimiter des
territoires physique, psychologique et émotionnel en lien avec des notions de temps, d’espace et d’intensité. En outre,
les résultats significatifs nous indiquent, que, même si les deux groupes ont reçu un contenu théorique similaire sur le
burnout (volet informatif), le volet expérientiel a permis une meilleure intégration des connaissances théoriques chez
le groupe expérimental. L’expérience nous démontre le peu d’impact d’un volet uniquement informatif sur l’acqui-
sition des stratégies de protection face au burnout. En résumé, les résultats révèlent que les objectifs du programme
de formation ont été atteints. L’expérience nous démontre que les participants qui ont expérimenté l’approche de la
Psychothérapie Corporelle Intégrée sont mieux outillés que ceux du groupe contrôle pour identifier leurs indicateurs
de stress ainsi que les signes avant-coureurs de l’épuisement. Les résultats significatifs obtenus sur l’échelle MBI, les
commentaires positifs des participants au groupe expérimental et leurs témoignages quant aux changements importants
produits dans leur vie suite à l’intervention, confirment la pertinence et l’efficacité des outils de la PCI dans le domaine
de la prévention du burnout.
Conclusion
Le burnout demeure un problème individuel et social qui nous interpelle. Quand les intervenants s’épuisent et cra-
quent, c’est toute la société qui en souffre. Nos expériences nous ont démontré que les professionnels de la relation
d’aide ont besoin, eux aussi, de moyens concrets et d’outils pratiques pour prendre soin d’eux-mêmes. Ils ont également
besoin que leurs organisations et les directions des ressources humaines prennent leurs responsabilités face à la santé
mentale de leur personnel et face aux changements organisationnels et structurels nécessaires qu’il est plus que temps
d’instaurer. La prévention du burnout reste un domaine à explorer, collectivement.
Ainsi, outre les stratégies individuelles de protection, des changements de nature organisationnels et structurels sont
nécessaires, voire incontournables, pour rectifier une situation qui perdure depuis de nombreuses années et assurer
aux professionnelles de la relation d’aide et de la santé mentale, des conditions qui favorisent le maintien de leur santé
psychologique.
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7. Êtes-vous plus irritable, plus colérique ou plus déçu face à votre entourage?
8. Voyez-vous de moins en moins vos amis intimes et votre famille?
9. Êtes-vous trop occupé pour vaquer à des occupations régulières telles que faire des appels
téléphoniques, lire des rapports ou envoyer des cartes de souhaits?
10. Souffrez-vous de malaises physiques (douleur, mal de tête, rhume persistant)?
11. Vous sentez-vous perdu lorsque la journée de travail prend fin?
12. La gaieté semble-t-elle vous fuir?
13. Êtes-vous incapable d'accepter les blagues qu'on peut faire à votre endroit?
14. L’activité sexuelle vous paraît-elle une nuisance plus qu’une source de plaisir?
15. Découvrez-vous que vous n'avez rien à dire aux autres?
Bibliographie
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L’épuisement professionnel, mal bien connu dans les établissements publics, semble se manifester maintenant dans
le milieu communautaire. Il y a quelques années, ce secteur semblait permettre des conditions d’interventions plus
stimulantes que celles du secteur public. Pourtant de récentes recherches démontrent l’apparition du burnout dans
le domaine communautaire. D’où l’intérêt de cerner le spécifique de l’intervention communautaire et des difficultés
particulières associées à ce contexte de travail. La présence forte des femmes avec une culture du don? L’insertion de
jeunes diplômées sans expérience et avec une durée de travail plus longue dans l’organisme? Une clientèle plus lourde
avec une mission de ne rien refuser? La précarité? Le débat est lancé!
Une étude de cas menée en 2001 auprès des intervenants sociaux du Café-Jeunesse, un organisme communautaire situé
à Chicoutimi, a mis en évidence les facteurs de risque suivants :
• Le premier emploi: la jeune intervenante fait ses premières armes elle est donc plus fragile,
moins expérimentée. Il est plus difficile de mettre ses limites d’autant plus que le Café est
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un organisme de dernier recours. De plus le personnel ne dispose pas derrière lui d’une
infrastructure, d’un personnel spécialisé qui pourrait être en appui comme dans un CLSC
par exemple.
• L’alourdissement de la clientèle: la pression s’exerce tant par le nombre que par la gravité
des problèmes : une clientèle lourde à problèmes multiples avec de grands besoins.
• La course au financement: le cercle vicieux du financement par projet.
• Les horaires brisés: c’est un travail de 35 heures mais avec un étalement sur presque 7 jours
• La non reprise du temps supplémentaire accumulé: c’est difficile de reprendre ses heures
• Des tensions dans l’équipe: les problèmes surgissent dans l’équipe à cause de la lourdeur
de la tâche. Les mouvements de personnel contribuent aussi à la tension. La coordination
est débordée par la situation. Même si la convention de travail prévoit que la coordonnatrice
doit proposer des temps de réflexion, d’évaluation et d’orientation, favoriser un bon climat
de travail dans la coopération; superviser et ajuster les horaires, il semble qu’avec le
développement des services, les mouvements du personnel, cette dimension a été annihilée :
• La violence au travail: c’est un facteur important pour enlever le goût d’aller travailler
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La respiration dans le processus de vie, de réparation
et d’expansion du sentiment de soi
André Duchesne et Ginette Lépine,
psychologues, formateurs en PCI, co-directeurs de l’institut de PCI
Les psychologues Jack Rosenberg et Marjorie Rand, à l’instar de beaucoup d’autres auteurs, cliniciens et chercheurs ont
fait ressortir l’importance du corps et de la respiration dans le travail de conscience de soi. Aujourd’hui, l’apport gran-
dissant des neurosciences vient confirmer les liens entre la régulation affective et le corps, plus directement connecté à
l’hémisphère droit du cerveau, lieu des mémoires émotives. Allan Shore affirme clairement ‘’En d’autres mots, l’affect
tourne le cerveau droit des neurosciences et le psychisme de l’hémisphère droit de la psychanalyse vers le corps.’’
Ces énoncés appuient clairement les intuitions de Jack Rosenberg et Marjorie Rand concernant l’importance du corps
dans le processus thérapeutique. Notre propre expérience clinique nous le confirme jour après jour.
Le travail avec la respiration, le mouvement, les frontières et la présence, dans le cadre de la relation thérapeutique,
permet de stimuler et de soutenir une nouvelle expérience de Soi et du sentiment d'être vivant. Ce sont des conditions
nécessaires pour sortir l’organisme de ses vieux réflexes de survie devenus souvent périmés et privant d’un plus grand
éventail de modes de gestion de son expérience. Une approche multi-modale fait intervenir plusieurs dimensions de
l’expérience au cours d'une même séance de thérapie afin de permettre une intégration somatique de la conscience.
C'est essentiellement à travers le corps que l'expérience psychologique (ancienne et nouvelle) se vit et est mise en
mémoire. La signification vient compléter la prise de conscience somatique, elle ne peut pas la remplacer.
La grille suivante (tirée de Rosenberg-Rand) illustre les différentes dimensions qui font partie du travail de réparation
et d’expansion du soi. Nous mettrons ici le focus sur la respiration.
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La respiration
La première fonction qui est altérée par notre vécu émotif est la respiration. Un enfant content ou en détresse
modifie instantanément et involontairement son rythme et l’amplitude de sa respiration. C’est à la fois une fonction
volontaire et involontaire qui permet de réguler et qui est influencée par la régulation de notre système nerveux
autonome. Nos habitudes respiratoires proviennent le plus souvent de nos réflexes de survie, ceux qui nous protègent
de ressentir l’intolérable, lorsqu’on est enfant, et nous empêchent plus tard de percevoir et de ressentir l’intensité des
blessures et des peurs profondément enfouies. Ces schémas d’adaptation psychosomatique sont maintenus par un
manque de conscience corporelle; ils sont automatiques et se manifestent avant que notre conscience puisse choisir
volontairement et n’identifie la nature et la cause du réflexe de protection. Notre culture nous a souvent appris à
essayer de comprendre notre vécu et de la changer à partir de cette compréhension. Nous ignorons alors l’importance
des patterns appris dans notre corps et enregistrés dans nos cellules, notre hémisphère droit, dans notre armure
corporelle et les schémas respiratoires utilisés. Quand nous en prenons conscience, nous avons accès à une source
riche de feed back sur notre façon de gérer les expériences en cours.
Un peu de physiologie
La respiration est un mouvement à la fois volontaire et réflexe nécessaire au maintien et à l’expansion de la vie.
Elle est le résultat de deux mouvements, l’inspiration et l’expiration. À l’inspiration, le diaphragme se contracte en
s’abaissant; il exerce ainsi une poussée sur les organes et viscères en-dessous entraînant un gonflement du ventre.
Dans la suite de ce mouvement d’expansion, les muscles intercostaux aident à élever les côtes supérieures, créant ainsi
une expansion plus grande de la cage thoracique vers les côtés et le haut. Cette expansion de la cage thoracique crée
un appel d’air plus important qui remplit les poumons de l’oxygène nécessaire à notre vitalité. Dans les conditions
optimales de sécurité, ce mouvement sert aussi à réguler l’équilibre entre le système sympathique et le système
parasympathique, entre la disposition à l’action et le repos en fonction de nos besoins et des exigences de la situation.
L’adulte que l’on devient porte les mémoires de ces expériences et les schémas utilisés sont inscrits en lui souvent de
façon chronique; on ne les remarque plus, ils font partie de qui on est et de notre façon d’être.
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27
Une respiration superficielle peut restreindre notre vitalité et notre liberté à nous vivre pleinement.
La conscience corporelle de notre expérience, de nos sensations, le mouvement, les techniques d’ouverture, les
positions de stress, différentes méthodes de relaxation représentent des moyens pouvant nous soutenir à retrouver
une respiration naturelle, une respiration qui est en harmonie avec les lois physiologiques et psychologiques du corps
et de l’esprit. La respiration favorise la santé globale. Elle améliore le fonctionnement et l’efficacité de notre cœur, de
nos poumons et des autres organes et systèmes internes. La respiration permet également de maintenir l’équilibre dans
nos émotions et notre psyché; une respiration appropriée nous aide à gérer les vagues émotives et les intensités
affectives plus adéquatement au lieu de rester coincés dans des patterns de survie.
Certains affirment que respirer, c’est vivre, respirer pleinement, c’est vivre pleinement. Quand nous inspirons
pleinement, nous nous remplissons d’énergie vitale et quand nous expirons, nous vidons l’air vicié pour rendre notre
organisme disponible à une nouvelle respiration, à une nouvelle expérience. On pourrait ajouter que la respiration
permet d’actualiser toute la gamme de notre potentiel de vitalité dans tout ce que nous percevons, ressentons,
pensons et faisons.
Retrouver sa respiration naturelle ne se fait pas à travers des techniques à maîtriser par la seule force de la volonté mais
plutôt à travers une expérience d’expansion nous permettant d’explorer notre réalité psychocorporelle, voie privilégiée
de notre ressenti. Une respiration efficace au soutien du soi et de la vitalité est une respiration consciente.
Il s’agit d’arriver à trouver des conditions qui vont nous permettre de « faire respirer plus naturellement notre
perception étriquée de nous-mêmes et notre armure caractérielle afin de pouvoir nous vivre plus pleinement »
( Rosenberg-Rand; Le corps, le Soi et l’Âme).
La respiration fait la jonction entre le système autonome (sympathique et parasympathique) et le système volontaire.
Elle recourt à ces deux systèmes et elle permet de faire la jonction entre le conscient et l'inconscient.
En thérapie, on travaille ce qui est sous-jacent à l’émotion et qui se situe au niveau de l’énergie, c’est-à-dire au niveau
des systèmes sympathique et parasympathique en termes de modes privilégiés d’adaptation. La respiration optimale
est celle qui permet à l’organisme de sortir de son mode de protection somatique avec assez de sécurité pour que le
cerveau droit soit disponible à intégrer une nouvelle expérience de soi. Les significations émergent de ces
expériences et viennent compléter une nouvelle expérience d’intégration dans l’organisme.
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28
• De favoriser la conscience de l’expérience de re-parentage thérapeutique dans laquelle
le client ressent la permission d‘être comme il est sans perdre le lien thérapeutique
• De mieux prendre conscience de l’armure (les endroits retenus, éteints ou trop chargés)
• De faire ressortir d’une façon plus évidente et vivante les styles défensifs, thèmes,
schémas répétitifs, enjeux de survie
• De donner accès aux enjeux relationnels plus profonds non résolus
• De déclencher la mémoire cellulaire
• De rester en contact avec l’ici maintenant
• D’aider à rejoindre le vécu émotionnel et l’affect
• De se donner une expérience d’expansion et d’unité plus grande avec la vie
La respiration est un soutien au processus de vie et de thérapie. Toutes les techniques de méditation et de pleine
conscience peuvent aider en ce sens; ce ne sont pas des approches thérapeutiques pour autant, car il y manque d’au-
tres aspects. Dans le processus thérapeutique, nous devons rechercher les conditions et les outils qui vont permettre à
l’organisme de faire une expérience somatique d’intégration en profondeur.
Plus qu’un outil, la respiration consciente est nécessaire à l’expansion enracinée du sentiment de soi en relation.
Sur le site de l’Institut de psychothérapie corporelle intégrée, vous trouverez d’autres articles développant les outils utilisés en PCI pour
favoriser le développement d’une nouvelle expérience de soi et de régulation affective. Vous trouverez également une bibliographie.
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29
Enracinement, respiration et conscience de soi
Atelier en analyse bioénergétique
Préalables
La nature du diagnostic en analyse bioénergétique
En analyse bioénergétique, le type de diagnostic que nous établissons est de nature structurelle, à l’instar de celui
pratiqué dans les approches de type psychodynamique analytique (dans la foulée desquelles, d’ailleurs, l’analyse
bioénergétique s’inscrit). Cette perspective est différente de celle proposée par le DSM 5, qui procède d’une approche
diagnostique davantage liée à l’observation des symptômes. Évidemment ces deux approches ne s’excluent pas mu-
tuellement. Bien au contraire, elles se complètent. L’analyse structurelle vient en effet apporter une compréhension
dynamique aux éléments symptômatiques, qui, pour leur part permettent d’établir un diagnostic différentiel selon
différents axes.
De plus, pour l’analyste bioénergéticien, le diagnostic n’est pas quelque chose de figé et d’établi une fois pour toutes.
C’est plutôt quelque chose qu’il faut continuellement réviser et mettre à jour à la lumière de nouvelles informations qui
ne manquent pas d’émerger au fil du processus thérapeutique. Il n’est pas rare en effet qu’une fois que certains enjeux
de surface aient été travaillés, voire résolus, d’autres plus profonds apparaissent et avec cela, des traits caractérologiques
qui pouvaient ne pas être apparents en tout début de thérapie.
Enfin, le thème du diagnostic à l’aide de la lecture corporelle soulève également des questions au plan éthique pour
l’analyste bioénergéticien/ne : il faut être à la fois en mesure de dire clairement au client ou à la cliente qu’il/elle devra
porter une tenue appropriée permettant au thérapeute de voir ce qui se passe dans le corps, au moment de faire du
travail corporel. Par ailleurs, le choix d’une tenue appropriée devra également tenir compte des limites que le client
ou la cliente sent le besoin de poser afin de se sentir suffisamment à l’aise durant le travail. Enfin, la manière dont le
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30
thérapeute commentera ce qu’il/elle remarque, au moment de la lecture corporelle de même que durant le travail, doit
être empreinte de respect, de tact et de sensibilité à l’égard de la personne qui consulte, tout en étant à la fois franche et
honnête.
Un psychothérapeute qui n’est pas bioénergéticien peut néanmoins utiliser l’observation du langage corporel chez le
client et mettre à profit les points de repères offerts par la typologie caractérologique en analyse bioénergétique afin
d’approfondir sa compréhension des enjeux fondamentaux en présence chez le client ou la cliente. En effet, divers pat-
terns de tension et divers traits physiques sont reliés à divers types de problématiques particulières et, bien que n’étant
pas outillé pour effectuer des interventions de type bioénergétique, tout psychothérapeute utilisant quelle qu’approche
que ce soit, peut apprendre à porter attention à ces indices corporels (patterns de tension, qualité du mouvement et de
l’expression) et à en décoder le sens.
Dans la suite des travaux de Lowen, l’analyse bioénergétique poursuit son développement tant au plan théorique qu’au
plan des applications cliniques. Ainsi, sans pour autant renier les apports fondamentaux de Reich et de Lowen, qui de-
meurent le terreau principal dans lequel « s’enracine » l’approche – pour reprendre un terme et un thème-clé en anal-
yse bioénergétique – l’analyse bioénergétique intègre maintenant des apports venus d’autres courants tels la psycholo-
gie du Soi, les théories de l’attachement de même que la neuropsychologie. L’un de nos collègues Français, Guy Tonella,
a consacré un effort particulier à l’articulation entre ces nouveaux apports et les concepts fondamentaux originellement
développés par Lowen. Ainsi, de nos jours, sans renier l’importance de la dimension sexuelle dans l’organisation de la
personnalité, on accorde maintenant beaucoup plus d’importance qu’auparavant au développement du Soi, de même
qu’à la dimension psychoneurologique de ce développement en prenant en compte la dimension intersubjective et
relationnelle du travail thérapeutique. Cela s’observe particulièrement en ce qui a trait aux problématiques liées aux
traumas ou aux déficits sévères vécus durant les premiers mois et les premières années de vie.
On pourra apprécier l’effort d’intégrer ces nouveaux apports aux principes fondamentaux de l’analyse bioénergétique, à
la lecture du texte d’une communication livrée par Guy Tonella, lors de la XIXème Conférence Internationale d ́Analyse
Bioénergétique tenue à Séville, Espagne, en 2007, intitulée Paradigmes pour l’analyse bioénergétique à l’aube du 21e
siècle. On pourra également consulter en Addendum un extrait d’un texte de Tonella (2010) portant sur la construction
du Soi.
La typologie lowenienne, maintenant enrichie par des apports théoriques et cliniques plus récents, notamment en ce
qui a trait aux structures de type états-limites et aux structures narcissiques (peu ou pas développés dans la typologie
originale), demeure un outil diagnostic précieux. En effet, à partir de l’observation de certains patterns somatiques
inscrits dans le corps (coupures, blocages, morphologie), on peut avoir rapidement accès à des éléments de compréhen-
sion de conflits profonds dont la personne qui consulte ne peut elle-même faire état car ils demeurent, par leur nature
même, hors de son champ de conscience. À cela, s’ajoute la prise en compte des avancées de la recherche en ce qui a
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31
trait à l’importance de l’intersubjectivité. À cet égard, dès la phase initiale du diagnostic, on considère comme essentiel
le fait de porter une attention particulière à la qualité de la communication et de l’accordage comme il est d’ailleurs
nécessaire de le faire tout au long du processus thérapeutique. De là l’importance de s’assurer que thérapeute et client
partagent au départ, du moins en partie, une compréhension commune du diagnostic, même si le thérapeute note des
éléments qui demeurent inconscients aux yeux du client, éléments dont il sera appelé à devenir conscient au fil de son
processus thérapeutique.
En ce qui a trait à l’observation de la dimension corporelle, il faut « savoir regarder ». Toutefois, « savoir regarder » suppose
qu’on n’est pas dans l’effort pour « tout voir », mais bien plutôt dans un état d’être où l’on est enraciné dans son propre «
centre de gravité » et où on laisse l’information venir à soi. En d’autres termes, on se laisse affecter par ce que l’on observe
chez la personne qui est devant soi et on demeure ouvert à ce que la personne nous communique, tant verbalement que
non verbalement. Le processus diagnostique est en effet un processus profondément relationnel. L’autre personne n’est
pas un objet que l’on décortique ou que l’on observe tel un insecte sous le microscope, mais bien un sujet.
Il est par conséquent important de se rappeler que l’observation à laquelle on se livre, lors de l’établissement d’un
diagnostic, est au service d’une compréhension que l’on partage avec cette personne afin de l’aider à mieux compren-
dre ce qui se passe en elle. Inversement, l’apport de cette personne peut tout autant nous aider à affiner notre diag-
nostic. Et cet apport est précieux. On doit donc s’intéresser à la manière dont la personne ressent les choses tant au
plan physique (sensations et tensions dont elle fait mention) qu’émotionnel (par ex. ce qu’elle éprouve à être regardée,
les interrogations ou les inquiétudes qu’elle peut manifester, etc.). La manière dont elle les comprend et les interprète
(plan intellectuel) est également important. Pour cette raison, il ne faut pas hésiter à poser des questions relativement
à certains détails qui peuvent piquer notre curiosité. Dans la mesure où cela est fait avec tact et respect, ces questions
pourront même être ressenties par la personne comme étant le signe d’un authentique intérêt pour ce qu’elle vit. En ce
sens, on pourra parler de « curiosité bien placée ».
Enfin, les éléments que le thérapeute observera relativement aux dimensions qui suivent, devront se greffer à la trame
de l’histoire personnelle du client ou de la cliente. C’est en effet l’histoire de la personne qui viendra donner un sens à
ce qui est observé, qui viendra permettre de cerner quel est le drame existentiel avec lequel celle-ci est aux prises (en-
jeux fondamentaux), de même que les mécanismes privilégiés qu’elle a dû mettre en place pour survivre.
Éléments à observer au plan corporel Éléments à observer au plan émotionnel
-Niveau d’énergie dans le corps -Amplitude du registre émotionnel (émotions exprimées/
-Qualité de l’énergie émotions réprimées ou supprimées)
-Capacité de contenir la charge énergétique et émotionnelle -Capacité de contenir les émotions sans s’en couper, et
sans non plus se laisser envahir par elles
-Coupures et blocages dans les différentes parties du corps
-Patterns émotionnels qui se répètent
-Qualité de la respiration
-Métaphores, fantasmes suscités chez le thérapeute
-Qualité de la charge énergétique au niveau du bassin
(découlent des perceptions intuitives du thérapeute.
et qualité de la relation du bassin avec le reste du corps
Peut aussi toucher des éléments contre-transférentiels)
-Qualité de l’enracinement dans les jambes et les pieds
-Sentiments suscités chez le thérapeute (contre- transfert
-Qualité de présence dans le regard du thérapeute, à moins qu’il ne s’agisse d’un mécanisme
-Texture de la voix d’identification projective, i.e. des émotions que le client ne
-Qualité du contact avec l’environnement peut gérer et qu’il « dépose » inconsciemment dans
l’inconscient du thérapeute)
-Où se situent les forces (parties plus vivantes et mobiles) et
les faiblesses (parties plus contractées et plus statiques) -Etc.
dans le corps?
-Sensations corporelles suscitées
-Etc.
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Éléments à observer au plan cognitif Éléments à observer au plan relationnel
-Patterns de langage -Capacité à maintenir le contact avec le thérapeute
-Qualité du vocabulaire pour rendre compte de l’expérience vécue -Fréquence et qualité du contact visuel
-Degré de rigidité ou flexibilité du système de pensée -Manœuvres pour s’approcher ou s’éloigner
-Logique personnelle physiquement et/ou émotionnellement du thérapeute
-Croyances -Tensions/relâchement dans le rapport avec le thérapeute ou
selon les thèmes abordés
-Valeurs
-Mécanismes privilégiés pour gérer la charge générée par
-Etc.
la relation
-Etc.
Il n’en demeure pas moins que la typologie lowenienne avait déjà constaté à juste titre que le niveau de maturité de
l’organisme, au moment où surgit un déficit ou un trauma, est déterminant dans le type d’organisation défensive que
cet organisme sera à même de développer pour survivre. Concrètement parlant, cela signifie que plus ces déficits ou ces
traumas surgissent tôt dans la vie, plus l’organisme en est affecté globalement et en profondeur au plan somatique. Plus
ils surgissent tard, mieux l’organisme est équipé, somatiquement et psychiquement parlant, pour élaborer des patterns
de tension qui se situeront davantage en surface, préservant malgré tout une circulation énergétique en profondeur.
Ceci ne signifie pas pour autant que les problèmes qui découlent d’un parentage déficient survenant plus tard dans le
développement de l’enfant seront moins importants. Il faut en effet considérer également d’autres variables qui peuvent
avoir un effet sur la gravité des problèmes causés par les défauts de parentage : l’intensité du déficit ou du trauma, le
type de perturbation des patterns d’attachement et l’apport des soutiens disponibles (grands-parents, oncles ou tantes,
voisins) pouvant compenser ces perturbations, de même que les ressources de résilience innées qui peuvent varier d’un
organisme à un autre.
Il reste que, de façon générale, un bébé en tout début de vie, disposant d’un organisme encore peu développé, aura plus
de mal à se défendre d’agressions ou à composer avec des déficits importants, qu’un enfant de 3 ou 5 ans. Ainsi, tant au
plan somatique qu’au plan psychique, le type de défenses auquel le bébé pourra recourir seront de nature plus rudi-
mentaire et primitive comparativement à celles dont pourra disposer l’enfant de 3 ans ou de 5 ans dont l’organisme est
plus développé au plan moteur et qui dispose déjà de plus de ressources aux plans émotionnel et cognitif.
Les enjeux auxquels l’enfant aura à faire face au fil de son développement seront également de nature différente. De
même, le type de lien intersubjectif qu’il établira ainsi que les patterns somato- psychiques qui seront appelés à se
structurer, évolueront durant ces différentes phases de développement.
Tout ceci fait en sorte que l’établissement d’un diagnostic, du moins dans les approches de type psychodynamique telles
que l’analyse bioénergétique, doit prendre en compte ces facteurs développementaux complexes afin d’en arriver à une
compréhension la plus claire et la plus fine possible de la problématique apportée par le client ou la cliente qui vient en
consultation. Les enjeux entourant cette problématique plongent la plupart du temps leurs racines dans les conflits et
des expériences douloureuses vécues durant la phase la plus vulnérable de l’existence : les premières années de la vie,
de la naissance jusqu’à l’adolescence.
On trouvera ci-dessous un aperçu des étapes critiques dans le développement d’une personne, de la naissance à l’ado-
lescence, selon divers auteurs.
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Âge Phases développementales Enjeux (typologie Type de lien et de
lowenienne) patterns adaptatifs
du Soi
(Tonella)
0-2 mois - Phase « autistique » de 0 à 2 mois (Mahler) Droit à l’existence Lien existentiel
- Sentiment de «soi émergent» de 0 à 2 Patterns somato- sensoriels
mois (Stern)
- Phase de « pré-attachement » de 0 à 5 mois
(Bowlby & Ainsworth)
- Phase orale de 0 à 24 mois (Freud)
2-7 mois - Phase symbiotique de 2 à 5 mois (Mahler) Droit d’être nourri, soutenu, Lien interactionnel Patterns
- Sentiment de soi fondamental de 2 à 7 mois rassuré sensori-moteurs
(Stern)
5-10 mois - Processus de séparation/individuation – 1ère sous- Droit d’exister avec un Soi Lien intersubjectif Patterns
phase : différenciation et développement de l’image différencié et authentique posturo-tonico- émotionnels
corporelle de 5 à 10 mois (Mahler)
- Sentiment de Soi subjectif vers 9 mois (Stern)
- Phase de formation du lien de 5 à 10 mois (Bowlby
& Ainsworth)
10-22 mois - Processus de séparation/individuation – 2e sous- Idem Lien discursif Patterns cog-
phase: Pratique de 10 à 15 mois, suivie de la 3e sous- nitifs
phase : Rapprochement de 15 à 22 mois (Mahler)
- Sentiment de soi lié à la dimension verbale de 12 à
18 mois (Stern)
- Phase du lien clairement établi de 10 à 24 mois
(Bowlby & Ainsworth)
22-36 mois - Processus de séparation/individuation – 4e sous- Droit à l’autonomie, à son Poursuite de l’intégration des
phase : Individuation de 22 à 36 mois (Mahler) mouvement propre liens et patterns précédents
- Partenariat avec objectifs modifiés de 24 à 36 mois
(Bowlby & Ainsworth)
- Phase anale (ou intermédiaire) (Freud)
3- 5 ans - Phase phallique et phase œdipienne (Freud) Droit à sa sexualité Poursuite de l’intégration des
- Développement de la pensée opératoire liens et patterns précédents
concrète vers 5 ans (Piaget)
5-10 ans - Période de latence (Freud) Poursuite de l’affir- mation Poursuite de l’intégration des
10- 16 ans - Développement de la pensée opératoire formelle des droits précédents liens et patterns précédents
vers 14 ans (Piaget)
- Adolescence : début d’intégration d’une sexualité
adulte (Freud & autres auteurs)
Afin d’identifier les enjeux fondamentaux, il importe de se demander contre quel genre d’émotions et/ou d’expériences
insoutenables un client ou une cliente a-t-il/elle dû se défendre ? À quelle période du développement ces émotions ou
ces expériences sont-elles apparues ? Comment l’organisme s’est-il défendu afin de survivre ?
Voici une liste non exhaustive de ce contre quoi une personne peut chercher à se défendre en mettant en place divers
mécanismes à la fois au plan psychique et au plan somatique. Nous verrons un peu plus loin à partir de courtes histoires
fictives, à quel moment dans le développement et dans quel contexte les émotions suivantes sont susceptibles d’émerger
:
- Rage meurtrière
- Haine
- Peur
- Terreur
- Besoin de contact (longing)
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- Colère
- Vulnérabilité
- Douleur profonde (grief) - Désespoir
- Mépris
- Jalousie
- Honte
- Peine profonde
- Excitation sexuelle
- Etc.
Il n’est pas toujours facile d’identifier quels sont les enjeux en présence, ni quel est le genre d’émotions ou d’expérienc-
es insoutenables contre lesquelles une personne a dû apprendre à se défendre pour survivre. C’est ici que l’apport des
indices au plan corporel peut nous guider et nous aider à approfondir le diagnostic que nous devons poser en début
de thérapie, diagnostic que nous devrons revisiter tout au long du processus thérapeutique au fil du relâchement (ou
du resserrement) des patterns de défense et de résistance, de même qu’au fil des éléments d’information nouveaux qui
surgissent au fur et à mesure que le narratif de l’histoire personnelle s’enrichit et prend davantage sens. Dans les pages
qui suivent, on trouvera un aperçu des mécanismes psychiques et somatiques liés à différents registres d’expériences
ou d’émotions insoutenables contre lesquelles une personne a pu devoir apprendre à se défendre afin de survivre. Les
éléments descriptifs qui suivent sont inspirés de la grille caractérologique de Lowen, enrichie d’apports plus récents,
notamment dans des cas de trauma ou de déficits importants relatifs au développement du Soi.
Alice était la troisième d’une famille de trois filles, née d’une mère qui ne voulait pas d’en-
fant mais ayant cédé au désir du père qui souhaitait à tout prix avoir un garçon. Le père,
déçu, s’est peu occupé de ses filles. La mère, une personne peu affectueuse, a pris soin phy-
siquement des enfants mais sans offrir de contacts physiques rassurants et chaleureux. Les
regards parfois chargés de haine de la mère, signifiaient à Alice qu’elle n’était pas désirée, ni
la bienvenue dans ce monde. Alice a grandi en ayant peu de soutien, sauf pour une grand-
mère maternelle qui la gardait parfois et de laquelle elle se sentait aimée. Une fois adulte,
Alice a du mal à établir des relations de confiance avec autrui. À 23 ans, elle s’est réfugiée
dans les études en philosophie et s’investit dans le militantisme altermondialiste, mais elle
se sent un peu comme une « extraterrestre » et constate qu’elle n’arrive pas à établir de rela-
tions affectives satisfaisantes avec les gens qui l’entourent.
Stratégies défensives contre la terreur de même que contre la haine et la rage meurtrière, face à une expérience où le
droit à l’existence a été menacé dès les premières semaines ou mois de vie, alors que l’organisme de l’enfant est en état
de grande vulnérabilité, ne disposant que de ressources défensives très primitives. Lowen a décrit ce caractère comme
étant le caractère schizoïde.
1 Toutes les histoires sont fictives. Elles décrivent chacune un cas-type d’histoire qui peut par ailleurs se décliner de bien des façons différentes
2 Les schémas représentent des personnages asexués et visent surtout à donner un aperçu des zones corporelles où se situent la charge de même que
les coupures au plan énergétique.
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Plan corporel Plan psychologique
Pattern général au plan énergétique : « tenir ensemble » : hold together Patterns de comportement, pensées, émotions :
Jean est le cinquième d’une famille de six enfants. Suite à sa naissance, sa mère est tombée
gravement malade et a dû être hospitalisée durant quelques semaines. Jean a alors été pris
en charge avec deux de ses frères et sœurs par une famille de la parenté ayant déjà deux
enfants, donc ne disposant pas de beaucoup de temps ni d’énergie à consacrer à chacun.
Peu de temps après que la mère soit revenue à la maison et que les enfants aient réintégré
la famille d’origine, celle-ci est de nouveau tombée enceinte. Jean a donc grandi dans une
famille où ce n’était jamais « son tour » de recevoir attention et affection. À 40 ans, il vit seul,
suite à trois relations amoureuses qui se sont mal terminées, ses compagnes se plaignant du
fait qu’il soit trop dépendant et qu’il n’arrive pas à conserver un emploi stable.
Stratégies défensives contre les sentiments d’abandon et de manque affectif (longing) de même que contre la colère et le
dépit de ne pas avoir reçu les soins et l’appui nécessaires à un moment où l’organisme de l’enfant est en état de besoin et
de grande dépendance, durant la première année de vie. Lowen a décrit ce caractère comme étant le caractère oral.
- Organisme présentant un faible niveau d’énergie et un - Tendance à s’accrocher aux autres ou, à l’inverse,
manque de tonus contre-dépendance
- Corps peu énergisé, manque d’énergie - Manque d’agressivité
- Respiration superficielle - Critiqueur (agressivité indirecte, remarques « mordantes »)
- Corps d’enfant, plutôt frêle - Sentiment de « creux/vide » intérieur
- Musculature flasque, peu tonique - En veut toujours plus
- Poitrine affaissée - Alternance entre des états dépressifs et des états euphoriques
- Épaules voûtées - Le monde lui doit tout
- Regard avide ou implorant - Difficulté à se tenir debout dans la vie, à
- Jambes longues et maigres s’affirmer, à aller chercher ce dont ils ont besoin
- Genoux bloqués ayant tendance à pivoter vers l’intérieur - Mécanismes de déplacement (addictions),
- Pieds étroits et fins d’identification (donner pour sentir qu’on
- Arches des pieds affaissées reçoit, par procuration)
- Etc. - Etc.
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3. Histoire d’Annie: avoir été utilisée comme objet de réconfort et objet sexuel (0-3 ans)
Annie est la première d’une famille de deux enfants. Avant de tomber enceinte, la mère
éprouvait déjà des problèmes de consommation (alcool, drogue) et avait de multiples parte-
naires au plan sexuel. Femme instable, la mère alternait entre des états de rage contre sa fille
qui la dérangeait par ses pleurs, des moments d’élan d’affection intenses où elle la serrait
contre elle (ce qui contribuait à aider la mère à calmer ses angoisses), et de longs moments
où elle laissait le bébé à elle-même tandis qu’elle écoutait de la musique à tue-tête. Alors
qu’elle avait 3 ans, l’un des partenaires sexuels de la mère s’est livré à des attouchements
sexuels sur Annie à quelques reprises. Maintenant, à l’âge de 34 ans, Annie se sent facile-
ment débordée par ses émotions. Bien que fonctionnelle au travail dans un emploi où elle
est responsable de 3 autres employés, elle se sent souvent sur le point de « craquer » et tente
de remédier à cet état de fragilité en prenant de l’alcool et en fumant un joint. Elle vit des
relations amoureuses chaotiques et généralement abusives Dans ce genre de relation, elle se
« perd » souvent dans l’autre.
Stratégies défensives primitives et précaires pour lutter contre le débordement émotionnel et la perte des frontières
suite à des expériences d’intrusion ou d’abus physique, sexuel et/ou psychologique en début de vie, notamment à l’étape
où l’enfant est à se différencier et à construire son « sentiment de soi » en tant qu’être distinct. Ce type d’expérience
peut survenir dans les tout premiers mois de vie (agression) comme à l’étape où l’enfant commence à s’individuer alors
que la personne maternante ne supporte pas que l’enfant cherche à s’extraire de la « bulle symbiotique ». Lowen n’a pas
décrit à proprement parler cette structure, mais il en parle un peu lorsqu’il aborde la thématique borderline dans son
ouvrage sur le narcissisme : Gagner à en mourir (en anglais : Narcissism. The Denial of the True Self).
But de ces stratégies : éviter l’envahissement interne et externe tout autant que l’anxiété de séparation
Besoin: poser ses limites, apprendre à autoréguler ses états émotionnels, intégrer la dimension agressive dissociée par-
fois tournée contre soi (autodestruction), parfois tournée contre l’autre (désir de faire mal).
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4. Histoire de Charles : avoir été utilisé comme un objet de valorisation (1-3 ans)
Charles est l’enfant unique de deux parents extrêmement performants qui ont cultivé
beaucoup d’attentes face à leur « petit prodige » de fils. Tôt dans la vie, les parents vant-
ent ses mérites à la garderie. Un peu plus tard alors que Charles est inscrit à toutes sortes
d’activités, ses parents réagissent à ses rares échecs (par ex. une fausse note lors d’un petit
concert de flûte, l’incapacité de marquer un but lors d’une partie de hockey Pee-Wee) par
une grande déception et par des encouragements à « toujours faire mieux ». En grandissant,
Charles développe une relation privilégiée avec sa mère qui l’appelle affectueusement son «
petit mari », ce qui ne manque pas d’attirer sur Charles les commentaires désobligeants de
son père qui se révèle être de plus en plus dur et critique face à lui à mesure qu’il grandit.
À 45 ans, Charles est un homme d’affaires accompli qui a multiplié les conquêtes féminines.
Il a constamment besoin de briller et de dominer la situation, mais il sent confusément un
grand vide en lui.
Stratégies défensives contre les sensations/sentiments de vulnérabilité, de douleur (grief) et de manque affectif
profond, suite à des expériences de manipulation et d’instrumentalisation à des fins narcissiques de la part d’un (des)
parent(s) à l’étape où l’enfant est à se différencier et à construire son « sentiment de soi » en tant qu’être distinct. Lowen
a décrit ce caractère comme étant le caractère psychopathe. Toutefois, il s’agit d’un extrême. Ces mêmes traits, dans une
version moins perturbée, peuvent s’appliquer à ce que nous qualifierions de structure de type narcissique.
But de ces stratégies : se maintenir « au-dessus » à tout prix pour éviter de se sentir vulnérable et pour éviter de som-
brer dans un sentiment de vide, de désespoir et de non-sens dû au manque affectif pour le«vraiSoi».
Besoin : contacter sa vulnérabilité, apprendre à accepter ses limites, retrouver son « vrai Soi », son humanité.
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5. HistoiredeJeannine:avoirété«cassée»danssondésird’expressionetdeliberté(2ans)
Jeannine est l’aînée d’une famille de 4 enfants. Elle a été désirée et bien entourée durant les
deux premières années de sa vie. Puis un 2e enfant est arrivé, un frère qui s’est avéré être
un peu trop turbulent. Tant le père que la mère de Jeannine sont des personnes pour qui
la politesse et les bonnes manières sont importantes. L’un de leurs buts dans la vie est de «
bien élever » leurs enfants. Déjà, au moment de l’entraînement à la propreté, Jeannine a vite
appris à « se retenir » pour « faire dans son petit pot ». Elle devait également s’assurer de
bien vider son assiette et de ne jamais faire honte à la famille lors des sorties. Toute petite,
lorsqu’elle a commencé à marcher et à jouer à l’extérieur, on lui faisait honte et on la punis-
sait si elle criait trop fort ou si elle se salissait. Elle devait donner l’exemple à son petit frère,
puis plus tard, à ses petites sœurs. Elle a bien essayé de se rebeller à quelques reprises, mais
ses tentatives de protestation ont vite été écrasées sous les réprimandes et les moqueries
parentales. Aujourd’hui, à 55 ans, Jeannine est une personne hyper- responsable, mais très
soumise à l’autorité de son mari et de ses patrons. Elle a du mal à être spontanée et particu-
lièrement à exprimer sa colère et son désagrément.
Stratégies défensives de répression des sentiments de colère qui s’expriment plutôt en mépris, bloquant par le fait
même l’expression des sentiments tendres, suite à des expériences de contrôle, notamment par l’humiliation à un âge
où l’enfant ayant acquis la maîtrise de sa motricité cherche à affirmer son autonomie. Lowen a décrit ce caractère com-
me étant le caractère masochiste.
But de ces stratégies : retenir ses émotions au-dedans afin d’éviter la honte d’exploser ou de s’exposer, risquant ainsi
la désapprobation et l’humiliation
Besoin: apprendre à exprimer ouvertement et directement sa colère, retrouver son expressivité spontanée.
[Link]@[Link]
39
6. Histoire d’André: avoir eu le cœur brisé par son « premier amour » (3-5 ans)
André est le quatrième d’une famille de quatre enfants. Il était désiré, bien qu’étant le
quatrième enfant à naître dans la famille, et ses parents ont su lui offrir la tendresse et
l’affection nécessaires de même que le soutien dont il avait besoin, lorsqu’il a été en âge
de marcher, pour « aller explorer le monde » et s’amuser librement avec ses frères et sœurs
ainsi qu’avec les petits voisins. Avec une petite voisine de son âge, il s’est initié à des jeux
sexuels en « jouant au docteur » et a découvert de nouvelles sensations fort agréables. En
même temps, il a commencé à voir sa mère différemment et s’est mis à rêver qu’il voulait
être son « prince charmant ». Un jour qu’il était dans ses bras, il s’est collé très fort contre
elle en se tortillant et en cherchant à l’embrasser sur la bouche. Du coup, elle l’a posé par
terre et s’est fâchée en lui laissant savoir sur un ton furieux à quel point « cela » était laid et
sale, ajoutant qu’il ne s’avise surtout pas de recommencer. André n’a pas compris ce qui se
passait. Comment sa maman si aimante et si câline pouvait-elle ainsi le rejeter dans son élan
amoureux de « prince charmant » ? Il en a eu le cœur brisé. Aujourd’hui, à 30 ans, André a
du mal à « tomber amoureux ». Il arrive bien à avoir des rapports sexuels avec des femmes,
mais il ne parvient pas à ouvrir son cœur et à s’abandonner à un élan passionné.
Stratégies défensives contre les sentiments de trahison et de peine profonde (cœur brisé), suite au rejet parental des
premiers « élans amoureux » imprégnés d’une sexualité naissante, au moment où l’enfant parvient à l’étape de l’Œdipe.
Lowen a décrit ce caractère comme étant le caractère rigide.
But de ces stratégies : retenir ses élans amoureux afin d’éviter de s’abandonner à l’élan du cœur de peur d’avoir à
nouveau le cœur brisé.
Besoin : apprendre à relier le cœur et le sexe, prendre le risque de rouvrir son cœur et d’aimer passionnément
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40
Structure caractérologique fondamentale et traits secondaires
La grille typologique détaillée ci-haut ne constitue qu’un point de repère, un raccourci ou, si l’on veut, un canevas pour
aider le thérapeute à situer quels sont les enjeux fondamentaux auxquels sont confrontés ses clients.
Alexander Lowen lui-même a dit regretter avoir formulé cette grille typologique en voyant les thérapeutes l’utiliser
pour tenter en quelque sorte « d’étiqueter » leurs clients. Il a alors insisté pour dire que l’on devait d’abord et avant tout
« voir la personne » et chercher à saisir quelle est la lutte existentielle particulière de cette personne, au-delà de l’éti-
quette diagnostique.
De fait, on risque peu de rencontrer un client ou une cliente qui présenterait un « type pur ». La personne humaine
est un tout bien complexe, un organisme disposant d’un équipement génétique unique, façonné par d’innombrables
jeux de forces et d’influences. Il est donc bien plus courant de se retrouver face à un client ou une cliente présentant
généralement une problématique caractérologique dominante avec un ensemble de traits secondaires appartenant à un
ou deux autres types de caractères.
Et il n’est pas rare que, comme cela a été mentionné plus haut, une fois une première couche d’enjeux ayant été tra-
vaillée et parfois même solutionnée, d’autres couches d’enjeux plus profonds apparaissent. De là l’importance de faire
du diagnostic, un exercice continu.
Au moment d’établir un diagnostic à l’aide de la « lecture corporelle », on se rappellera donc, tout comme le martelait
Lowen lui-même, qu’il faut avant toute chose chercher à « voir la personne ». On se centrera donc sur les différents
détails qui retiennent notre attention, alors que nous regardons la personne qui est devant nous. On s’intéressera
également à ce qu’elle nous raconte au sujet de ses sensations, de ses préoccupations, de la manière dont elle voit son
histoire. Ainsi, en même temps que nous chercherons à « voir la personne », nous chercherons également à « être avec
la personne » dans ce processus qu’est l’établissement du diagnostic. L’apport de la grille typologique sera utile plutôt
ultérieurement, c’est-à-dire après la séance ou entre deux séances, alors que l’on essaiera d’affiner notre compréhen-
sion des éléments qui auront retenu notre attention.
Il faudra, afin d’aider le client à assouplir les tensions chroniques qui constituent son mode de défense. Cela se fera pas
à pas, au fil de « petits diagnostics » permettant une compréhension de l’émergence des défenses et des résistances de
la personne au fil d’un travail thérapeutique ponctué d’avances et de reculs. Chaque thérapeute aura sa manière bien
personnelle de comprendre le genre de travail à faire pour solutionner la problématique posée par un client ou une cli-
ente, en tenant compte des particularités du système défensif de celui-ci ou de celle-ci. Mais une chose est certaine, c’est
[Link]@[Link]
41
que l’ouverture d’esprit, la patience, la bienveillance et l’acceptation de ces défenses et de ces résistances comme mode
de survie privilégié – en même temps qu’on cherche à les assouplir – sont des qualités essentielles qui en facilitent la
dissolution.
Parlant de ces « petits diagnostics » qui s’imposent, au-delà du diagnostic initial permettant de formuler des objectifs
thérapeutiques à long terme, il faut bien comprendre que ceux-ci sont également liés aux différentes étapes du travail
thérapeutique. Ainsi, par exemple, après avoir travaillé des éléments relatifs à des enjeux de sécurité et d’enracinement
(dans les sensations du corps propre et dans la relation thérapeutique), on pourra évaluer que la personne est mainte-
nant prête à aborder des thèmes et des ressentis plus intenses au niveau de la charge agressive ou de la charge sexuelle,
par exemple.
De la même façon, il n’est pas rare qu’en cours de thérapie, des réactions, des mémoires et/ou des vécus surgissent de
manière inattendue, tant pour le thérapeute que pour le client ou la cliente. C’est ce qu’un de mes formateurs, Denis
Royer, appelait « la pièce du casse-tête qui ne cadre pas avec le reste ». En travaillant avec un client ou une cliente, nous
développons une compréhension de son histoire, de ses enjeux, des aspects importants à travailler à partir du diagnos-
tic initial. Or, en cours de thérapie, il surgit parfois un élément inattendu qui ne semble pas du tout cadrer avec notre
diagnostic initial. Nous pourrions alors être tenté d’ignorer cet élément, de rejeter cette « pièce de casse-tête » qui vient
en quelque sorte déranger le portrait d’ensemble. Toutefois, c’est souvent lorsque nous acceptons de remettre en cause
notre compréhension des choses, c’est-à-dire notre diagnostic initial, que se produisent les avancées les plus intéres-
santes, car ces remises en question sont bien souvent des occasions d’ouverture vers une compréhension des choses
offrant plus de profondeur.
Conclusion
Enfin, pour terminer, rappelons qu’au-delà des habiletés techniques, c’est la résonnance émotionnelle et intuitive au
vécu de la personne qui permet au thérapeute de mieux diagnostiquer quel est le problème et, par la suite, d’orienter
ses interventions. C’est ce qu’on pourrait en quelque sorte décrire comme étant la capacité de « voir avec les yeux du
cœur ».
Tout cela relève donc bien plus de l’art et de la sensibilité que de la stricte science ou des habiletés techniques... Et c’est
à force de chercher à développer notre capacité à « voir avec les yeux du cœur » ce qui se passe chez la personne, corps
et âme, et à tenter d’en comprendre la signification avec son aide, que l’on développe peu à peu ses talents de diagnos-
ticien/ne et de thérapeute, quelle que soit notre approche.
Encore faut-il demeurer humble dans nos ambitions et accepter de ne pas « tout voir » au départ. Ainsi, si l’on se sur-
prend à devenir tendu dans notre regard qui scrute intensément l’autre, si l’on s’aperçoit que l’on cesse de respirer et
que l’on est en train de s’exiger de « tout voir »... alors il vaut mieux faire une courte pause, fermer les yeux l’espace d’un
instant afin de reprendre contact avec notre respiration et notre enracinement. De cette manière nous pourrons redeve-
nir ouvert et disponible à laisser « venir vers soi » les éléments d’information.
Bien sûr, le tableau ne sera pas complet, bien sûr nous ne saisirons pas tout d’un coup, mais c’est justement cette in-
capacité à tout saisir qui permettra que nous fassions de ce travail diagnostique et thérapeutique une œuvre commune
avec la personne que nous aidons. Surtout - et cela est essentiel - c’est ce qui lui laissera l’espace disponible pour être
active dans son processus et pour se l’approprier.
Leonard Cohen chantait : « There is a crack in everything...that’s how the light gets in » (trad. Libre : « Il y a une fissure
dans toute chose...c’est par là que peut entrer la lumière »)
Peut-être alors nous faut-il accepter d’emblée ces « imperfections » dans l’établissement de notre diagnostic, qui peu-
vent constituer autant d’occasions de laisser la porte entre-ouverte sur une vision des choses encore plus profonde que
nous ne l’avions soupçonné au départ.
[Link]@[Link]
42
Approche: analyse bioénergétique Nom:: Louise Fréchette,
Adresse: 4916, rue Jean-Brillant,
Montréal (Quévec)
H3W 1T7
Tél. bureau: 514-739-6737
Adresse courriel: louisefrechette@[Link] Site web personnel: [Link]
Site web Société québécoise d’analyse bioénergétique:
[Link]
Note: Les traductions françaises des ouvrages d’Alexander Lowen sont malheureusement épuisées et n’ont pas été
réédités. On peut par contre obtenir les versions originales en anglais de ses ouvrages auprès de la Alexander Lowen
Foundation à l’adresse courriel suivante info@[Link]
Ouvrages directement reliés au thème de l’atelier
Keleman, S. (1985) Emotional Anatomy. Berkeley, CA. Center Press.
Lowen, A. (1977) Lecture et langage du corps. Les Éditions Saint-Yves Inc. Sainte Foy, Québec. (éd. originale anglaise :
The Language of the Body, 1958)
Lowen, A. (1985) La Bio-Énergie. QC. . France-Amérique Montréal. (Édition préalable par Tchou, 1984) (éd. originale
anglaise : Bioenergetics, 1975. Penguin Books, New York.)
Lowen, A. (1985) Narcissism. Denial of the true Self. MacMillan. New York. Collier Books. 228 pages.
Reich, W. (1976) Character Analysis. New York, NY. Pocket Book.
(1992) L’analyse caractérielle. Paris. Coll. Science de l’homme. Payot.
Johnson,S.M.(1987)HumanizingtheNarcissisticStyle. [Link]. Johnson, S. M. (1994) Character Styles. W.W.
Norton. New York
Ouvrages complémentaires ajoutant à la compréhension des enjeux fondamentaux identifiés chez les clients, suite à
l’établissement d’un diagnostic
Bergeret, J. (1974). La personnalité normale et pathologique Dunod. Collection Psychismes. Paris. 283 pages.
Bergeret,J.(1974)Ladépressionetlesétats-limites. Payot.
Bowlby, J. (1969), Attachment and Loss. Attachment, Vol. I, The Tavistock Institute of Human Relations.
(1978) Attachement et Perte. Attachement, Vol. I, Paris, PUF
Cozolino, L. (2002, 2nd edition 2010) The Neuroscience of Psychotherapy. New York, NY, W.W. Norton & Company,
(2012) La neuroscience de la psychothérapie, 2e édition, Montréal, Les éditions du CIG.
Damasio, A. (1999) The feeling of what happens, body and emotions in the making of consciousness. New York. NY. Har-
court Brace and Company.
(1999) Le sentiment même de soi, corps, émotion, conscience. Paris. Odile Jacob.
17
[Link]@[Link]
43
Hilton, R. (2007) Relational Somatic Psychotherapy. Collected Essays of Robert Hilton. Santa Barbara, CA. Michael
Sieck, Editor.
Kernberg, O. (1980) La personnalité narcissique. Privat. Coll. Domaines de la psychiatrie. Toulouse, France.
Kohut, H. (1974) Le Soi. P.U.F. Fil Rouge.
Lowen, A. (2015)La pratique de l‘Analyse Bioénergé[Link], France. Enrick B. Éditions.
Lowen, A. (1993) La spiritualité du corps. St Jean-de-Braye, France. Éditions Dangles. Collection Psycho-soma.
Lowen, A. (1995) La joie retrouvée . St Jean-de-Braye, France. Éditions Dangles. Collection Psycho- soma.
Malher, M. S., Pine, F. & Bergman, A. (1975) The Psychological Birth of the Human Infant. New York, NY. Basic Books Inc.
(1980), La naissance psychologique de l’être humain. Paris. Payot,
Miller, A. (1983) Le drame de l’enfant doué. P.U.F. Fil Rouge.
Reich, W. (1975) The Function of the Orgasm. New York, NY. Pocket Book.
(1970) La fonction de l’orgasme. 2e édition française revue et corrigée. Paris. L’Arche éditeur.
Shane, M., Shane, E. & Gales, M. (1997), Intimate Attachements. Towards a New Self Psychology. New-York, NY. The
Guilford Press.
Schore, A. N. (2003), Affect Regulations and the Repair of the Self. W.W. Norton & Company, New York. (Version
française disponible chez Les éditions du CIG, Montréal)
Siegel, D. J. (2010), The Mindful Therapist. New York, NY. W.W. Norton & Company. Siegel, D. J. (2011), Mindsight. The
New Science of Personal Transformation. New York. NY.
Bantam Books Trade Paperbacks.
Stern, D. ( 1985), The interpersonal world of the infant. New-York, NY. Basic books, Inc., Publishers.
(1989), Le monde interpersonnel du nourrisson. Paris. PUF.
Tonella, G. (2007) Paradigmes pour l’analyse bioénergétique à l’aube du 21e siècle. XIXe congrès
de l’International Institute for Bioenergetic Analysis, Séville. Espagne.
Winnicott, D. (1980) Processus de maturation chez l’enfant . Paris. Petite bibliothèque Payot.
[Link]@[Link]
44
Le relâchement des tensions en analyse bioénergétique
Quelques exercices
Atelier Colloque Approches corporelles
21 avril 2017
En analyse bioénergétique, le travail corporel a pour but d’aider la personne à assouplir les patterns de tension qui
forment une « cuirasse musculaire » afin d’aider la personne à accéder au vécu émotionnel qu’elle a dû réprimer pour
s’adapter et survivre aux pressions de même qu’aux situations dysfonctionnelles présentes dans son environnement en
début de vie, puis durant l’enfance et l’adolescence.
Le but de ce travail est de permettre à la personne de retrouver sa capacité expressive dans le plus large registre possi-
ble, de même qu’une sensation accrue de vitalité dans son organisme. Pour ce faire, les stratégies de travail corporel sont
axées sur l’amélioration de la circulation énergétique, ce qui suppose un bon enracinement de même que l’accès à une
respiration plus ample et plus fluide.
Le travail corporel en analyse bioénergétique doit prendre en compte la capacité d’auto- régulation des affects de même
que des sensations. Chez certaines personnes, il convient « d’augmenter la charge » à travers des « postures de stress »
afin de permettre l’accès à des sensations et des émotions auxquelles la personne n’a pas facilement accès tant qu’elle
reste à l’intérieur de sa « zone de confort ». Chez d’autres personnes, par contre, dont l’organisation caractérologique
fait en sorte qu’elles risquent d’être ou sont régulièrement facilement débordées, on cherchera plutôt à les aider à «
consolider leur contenant », en graduant l’exposition aux sensations et au ressenti émotionnel intense à l’aide du travail
corporel, en mettant l’accent sur l’enracinement et la capacité à contenir l’expérience.
D’une façon ou d’une autre, l’accompagnement d’une personne avec laquelle on fait un travail corporel exige que l’un
cultive une attitude de respect du processus de l’autre ainsi qu’une bonne capacité d’accordage, la capacité d’observer
ce qui se passe chez l’autre, de lui en faire part, et de l’aider à se réguler ou à aller un peu au-delà de sa zone de confort
pour explorer un vécu nouveau, selon son besoin.
Chez les analystes bioénergéticiens, c’est l’analyse caractérologique qui les guide dans la compréhension des enjeux
existentiels des clients de même que dans l’utilisation d’outils d’intervention appropriés, au plan corporel, afin de les
aider à évoluer dans leur processus thérapeutique.
[Link]@[Link]
45
- Un pied en avant, un pied en arrière, pieds parallèles comme s’ils étaient posés
sur deux rails de chemin de fer. On étire l’arrière de la jambe d’en arrière en avançant le bassin tout en
gardant le talon collé au sol, on maintient durant 2 ou 3 bonnes respirations
- Rotations du bassin
droit dans les yeux, en imagination, tout en respirant profondément. On essaie de se “faire le plus grand possible”, com-
me si un fil était fixé au sommet de notre tête et étirait notre colonne vertébrale vers le haut. On prend garde de ne pas
bloquer les genoux et de les garder légèrement fléchis.
Affirmation: on peut alors dire intérieurement ou à haute voix, à la personne quon imagine devant nous, quelque chose
qui affirme notre droit à vivre et à être qui l’on est, comme par exemple: “J’ai le droit de vivre” “J’ai le droit d’être qui je
suis”, “J’ai le droit de me tromper”.
[Link]@[Link]
46
[Link] de la respiration en position couchée
En position couchée sur le dos, jambes repliées et pieds à plat, une couverture
roulée sous le dos
b. transversalement, sous le diaphragme ou sous un anneau de tension particulier, pour permettre à la respiration d’aller jusqu’au bas du ventre. Là
encore, on peut placer une serviette pliée sous la tête si le stress est trop grand dans le
cou;
[Link]@[Link]
47
Ressentir et respecter mes frontières, mes limites dans
mon rapport à moi-même et à l’autre
Cheryl Waddell Infirmière Psychothérapeute waddellch @[Link]
Ginette Quevillon Infirmière Psychothérapeute gquevillon @[Link]
Dans le cadre de ce colloque, nous vous proposons de vivre un bref moment du processus psychothérapeutique selon
l’analyse bioénergétique. Nous avons choisi pour ce faire, un exercice portant sur les frontières, les limites.
La notion de frontières/limites s’inscrit dans le pattern relationnel de la personne issu de son pattern d’attachement.
Elles témoignent de ses défenses (psychiques et corporelles) mises en place lors des premières relations significatives,
particulièrement durant les premières années de vie, période de développement préverbale.
Lowen était convaincu que le corps porte les traces de l’histoire de la personne et qu’il était un acteur d’envergure dans
le processus psychothérapeutique. Inclure le corps signifiait l’enraciner : éveiller la conscience du corps et la vie qu’il
reflète, le faire parler à travers la respiration, les mouvements expressifs et les postures, les sons, et enfin le libérer de ses
blocages énergétiques.
Dans cette perspective le but visé par l’analyse bioénergétique est de favoriser la libre expression, psychique et soma-
tique, de la personne et restaurer sa vitalité.
Le travail psychothérapeutique prend en compte les plans corporel, émotionnel et psychique. C’est dans l’intégration
de ces 3 plans que peut s’opérer une transformation, une meilleure appropriation du vrai Soi et un sentiment identi-
taire moins soumis inconsciemment à l’influence du passé, donc une conscience accrue dans le présent.
Malgré le maintien de la plupart des principes et pensées décrites par Lowen, les recherches contemporaines ont enri-
chi l’héritage du passé de l’Analyse bioénergétique. Guy Tonella (2007), psychologue français et analyste bioénergéticien,
propose une actualisation des « concepts de référence en tenant compte des recherches actuelles en neurobiologie et en
psychophysiologie ... et des théories du développement de l’enfant et de l’adulte » (p.2). En effet, les découvertes liées à
l’attachement, à l’importance de l’aspect relationnel en psychothérapie et celles, plus récentes, amenées par les neuro-
sciences éclairent, entre autres, le thème de cet atelier, soit la notion de frontières et de limites.
Un des aspects évoqués par Tonella (2007), dérivé des neurosciences, est que dès les premières années de vie : « les
expériences sensori-perceptives, émotionnelles, motrices, interactionnelles, sont encodées dans la mémoire procédura-
le, sans représentations mentales associées » (p10). De son côté, Cozolino (2010) explique que le cerveau est un organe
social et d’adaptation qui se développe à travers les expériences précoces d’interactions. La capacité d’accordage et
de résonnance des premières figures d’attachement avec l’enfant jouent un rôle dans la formation d’un Self sain et
équilibré et dans la formation des réseaux neuronaux de l’attachement et de la régulation émotionnelle. Il ajoute que
[Link]@[Link]
48
si la qualité du système d’attachement fait défaut « l’enfant/adulte reste dans un état de conscience de soi limité et un
réseau neuronal dissocié » (p.129). Il précise que c’est dans la synapse sociale, l’espace entre les personnes, que se joue
ce développement et que l’accès à cet espace est sensoriel et inclus les messages inconscients du langage corporel. Dans
un contexte bienveillant, Cozolino (2010) stipule que dans la psychothérapie, particulièrement dans le face à face, les
neurones miroirs donnent accès au thérapeute à l’état émotionnel interne du client et permet ainsi de cheminer vers
l’intégration des réseaux neuronaux dissociés. Ce que l’on nomme en neurosciences la neuroplasticité.
Jacques Tosquellas (2003), psychiatre et analyste bioénergéticien, parle de la notion de « contact » et la relie à la base de
sécurité menant au système d’attachement. D’un point de vue qualitatif, il énonce que ce contact conditionne « le rap-
port à moi-même et à l’autre » (p.40). Il ajoute que le contact soulève la question du fonctionnement des barrières issus
de ce contact : comment le sujet va-il : « ... parer à la quantité, la supporter, la retenir, la fractionner » (p.44). Le trop ou le
pas assez pouvant avoir un effet de traumatisme.
De ces points de vue, les souvenirs liés aux premières expériences d’attachement, encodés dans la mémoire procédura-
le, déterminent le schéma relationnel de la personne avec ses frontières et limites et il est possible d’accéder à cette
mémoire dans le corps à corps, thérapeute/client.
En présence d’un système d’attachement sécure, les frontières/limites déterminent un espace de « confort » : une zone à
partir de laquelle la personne peut tolérer la présence à soi et présence de l’autre. Au-delà ou en de ça de cette zone, les
défenses apparaissent et elles se traduisent par des réactions corporelles et psychiques (Tonella, 2010). Enfin, les fron-
tières et limites se manifestent dans le présent et elles sont ressenties en terme énergétiquesous forme de sensations
corporelles, émotionnelles et psychiques (images, mots), témoignant des blocages et dysrégulations affectives.
Il s’agit ici de faire l’expérience de l’une des étapes du processus thérapeutique en analyse bioénergétique. Quoique
principalement utilisés pour l’évaluation psychologique de la personne, ces exercices comportent un volet lié à la
réparation/transformation (Cozolino, 2010). En effet, vous verrez comment l’échange verbal qui s’ensuit peut donner au
client une impression « d’être vu », élément essentiel au développement de soi et à l’apprentissage de l’autorégulation
émotionnelle.
Lorsque les défenses de la personne sont mises à l’épreuve, et c’est le cas dans ces exercices de contact, des modifica-
tions psychosomatiques apparaissent et ce sont celles-ci que nous vous invitons à ressentir et par la suite, à exprimer
sans toutefois les analyser dans le contexte de cet atelier. Par ailleurs, le contact dont il est ici question permet d’amener
le client à porter attention à ses frontières et ses limites sans qu’il y ait contact physique.
3. Psychique : Conscience des défenses psychiques, les enjeux fondamentaux : leurs fonctions dans la
lutte existentielle
[Link]@[Link]
49
4. Analytique : Intégrer les données psychiques, somatiques, relationnelles, émotionnelles dans un langage
réflexif : représentations mentales conscientes afin de mettre des mots, donner un sens, une signification
avec l’histoire de la personne et une construction d’une représentation mentale de Soi.
Les données issues des exercices sont d’ordre corporel, émotionnel et psychique. Dans un contexte de psychothérapie
celles sont soumises à la partie analytique du processus, donc la possibilité d’intégration menant à réparer les dysrégu-
lations neuronales et permettre la neuroplastie du cerveau de s’opérer.
Références
- Cozolino, L., (2010). La neuroscience de la Psychothérapie – Guérir le cerveau social. Montréal : Éditions du CIG.
- Fréchette, L., (2014). Le langage du corps : un outil diagnostique précieux. Document remis dans le cadre d’une forma-
tion continue.
- Heinrich-Clauer, V., (2015). Le thérapeute, corps de résonnance. Quelles cordes sont activées. Articles parus dans le
livre : Aux fondements des thérapies psychocorporelles. L’analyse bioénergétique de Lowen à nos jours. Traduction
IIBA, Paris : Enrick Editions.
- Lowen, A., (1995). La joie retrouvée, France : Éditions Dangles.
- Tonella, G. (2015). Préface Aux fondements des thérapies psychocorporelles. L’analyse
bioénergétique de Lowen à nos jours. Traduction IIBA. Paris : Enrick Editions.
- Tonella, G., (2010). Une mémoire pour le corps. Document remis dans le cadre d’une formation continue.
- Tonella, G., (2007). Paradigmes pour l’Analyse Bioénergétique à l’Aube du 21ième siècle. Présentation Congrès IIBA,
Séville.
-
- Tosquellas, J., 2003. Racines et Contact – Base et Fondement. Article paru dans la revue : Le
Corps & l’Analyse, SFABE , vol 4 no.1.
[Link]@[Link]
50
Le corps du psychothérapeute
en résonance à son client*
Réjean Simard psychologue, analyste bio-énergéticien
L'analyse bioénergétique est une psychothérapie d’orientation psycho dynamique et existentielle qui intervient à dif-
férents niveaux, soit au plan somatique (corps), les émotions, la pensée et les phénomènes interpersonnels. Tout cela
faisant partie d’un tout indissociable (Baum 2015). Puis c'est une approche psychothérapeutique qui part de l'idée centrale
de l'unité fonctionnelle du corps et de l’esprit (Reich, Lowen). Il existe des relations complexes entre son type de person-
nalité, son organisation somatique et l’expression sur le plan corporel. De plus, les structures de l’organisation somatique,
comme les systèmes de tensions musculaires (postures, contractions chroniques), et le type de respiration, correspondent à
des états, attitudes psychologiques, des styles interactionnels et des structures cognitives. (Reich, Lowen)
L'analyse bioénergétique est une théorie du développement du Soi qui est également corporelle. Le développement
psychologique est issu d’une interaction complexe entre la dimension physique, psychique, émotionnelle, cognitive,
des relations interpersonnelles et de l’environnement social. Lorsqu’une de ces dimensions est perturbé et que la
personne ne peut y faire face correctement, des défenses psychologiques et somatiques se développent afin de protéger
le Self face à d’autres dommages potentiels. Le système de défense de la personne est organisé dans tout holistique et
inter relié Cela fait référence à l’organisation caractérielle, le type de personnalité de l’individu. Cela veut dire que la
structure de caractère est stable et réfère au système de défense habituel d’une personne. L’organisation du caractère
s’exprime dans ses dimensions somatiques, psychologiques et cognitives. Enfin, la personnalité, qui est l’organisation
du caractère d'une personne, est unique, ce qui fait que le travail en psychothérapie est singulier.
En analyse bioénergétique on tient compte de l’organisation du caractère sous-jacente, ses structures et ses modes de
fonctionnement. Cela se fait par une compréhension expérientielle et théorique des processus corporels comme la res-
piration, la vitalité, la flexibilité, la capacité d’expansion et de contraction, du fonctionnement musculo squelettique et
neuromusculaire dans leurs relations avec les processus énergétiques, en relation avec le fonctionnement psychologique
et émotionnel de la personne.
Notre approche favorise un contact plus grand avec la réalité émotionnelle de l'individu qui nous consulte. Est priv-
ilégié l’expérience immédiate, vécue dans le moment présent, que ce soit sous forme de sensations, de tensions ou
d’émotions. C'est également une recherche d'une
*Résumé de l'atelier donné dans le cadre du colloque: le corps au cœur du processus psychothérapeutique à Mon-
tréal en avril 2017 et donné également dans le cadre du congrès international de l'institut international d'analyse
bioénergétique (IIBA), à Toronto, en mai 2017
expérience émotionnelle intense, dans le sens que la force de l’expérience subjective se fait en référence avec la capacité
de tolérance de l’individu et que cette expérience soit vue comme utile pour celui-ci. Est recherché par ce moyen un
meilleur enracinement dans sa vie émotionnelle. Nous croyons que ressentir et exprimer une émotion intense en au-
tant qu’elle soit reliée à quelque chose, contenue, dans un cadre relationnel, comprise comme étant une manière d’avoir
accès à soi-même et de développer une tolérance visant une vie émotionnelle plus profonde.
Cette façon d'intervenir permet un meilleur contact avec la réalité. L’expérience et l’expression d’une émotion signifi-
cative et puissante signifie connaître sa réalité en lien avec ce qu’une personne ressent dans le moment présent. L’ex-
pression forte et en profondeur d’une émotion est cette habileté qui, avec la pratique et le raffinement, devient un outil
sophistiqué de communication envers soi-même et les autres. C’est être « enraciné » face à soi-même et son environne-
ment.
L’alliance thérapeutique est un outil essentiel pour parvenir à ce résultat. Créer l’alliance thérapeutique avec un client
est ce qui va permettre un support dans le but d’établir un attachement, qui va soutenir l’éveil et l’expression de senti-
ments difficiles et douloureux. Tous les deux, le thérapeute et son client participent à la construction de la relation qui
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va supporter le processus thérapeutique. L'analyse bioénergétique d'aujourd'hui a intégré le phénomène d’intersubjec-
tivité en psychothérapie. Le psychothérapeute et son client créent ensemble une relation qui est unique et spécifique,
de nature intersubjective, entre deux personnes, dont le but est de créer un espace vivant dans lequel le client peut être
lui-même, authentique et s’exprimer librement. (Boston Study Group of Change,Stern and all, 1998) Bob Hilton (2007).
Ces recherches ont permis de mieux comprendre les fondements et ce qui permet la guérison dans la relation psycho-
thérapeutique. De plus, les modes de relation entre soi et les autres qui émergent des premières expériences formatri-
ces dans l’enfance se répètent dans la relation psychothérapeutique et peuvent être regardés et modifiés différemment.
(Stern, 1985, 2004).
Les recherches récentes en neurosciences, portant sur les émotions, confirment les intuitions qu'ont eu les auteurs
à la base de notre approche, Reich et Lowen. La contribution des neurosciences nous éclaire sur comment les êtres
humains se sont adaptés, dans le cadre de leur évolution, pour un attachement et un ajustement empathique les uns
envers les autres. Également ils ont confirmé que Le Self est enraciné dans le corps; Schore (2003), Cosolino (2012),
Damasio (2012)
Les recherches portant sur les critères reliés à l’efficacité de la psychothérapie démontrent également que les interve-
nants qui ont de meilleurs résultats en psychothérapie sont ceux qui sont: A) attentifs et sensibles à l’expérience sub-
jective du client et à leur propre expérience, B) attentifs à l’expérience interactive: la relation C) Flexibles pour ajuster
leurs interventions aux besoins du client (Lambert 2007, Lecomte, 2015, 2016)
Être en résonance en psychothérapie se définit comme suit: C'est cette capacité pour le psychothérapeute de ressen-
tir ce qui se passe chez son client, sans nécessairement que celui-ci en soit conscient. Différents concepts ont été
développés au cours du vingtième siècle afin de mieux comprendre ce phénomène. On réfère alors aux concepts tels
le transfert, le contre transfert, du savoir relationnel implicite, des neurones miroirs qui y joueraient un rôle, des re-
cherches portant sur les nourrissons et les liens d’attachement (Stern, 2002, Schore 2002), de l'espace physique et des
phénomènes corporels à la base de l’empathie. Car c'est au niveau corporel également qu'on ressent et avons accès à
des informations qui nous permettent de mieux comprendre la personne qui se trouve devant nous dans notre bureau
de consultation.
Être en résonance avec son client est également un exemple du processus de développement de la conscience réflex-
ive de soi et de son client, en interaction (Lecomte 2015). En psychothérapie, dans notre bureau, comment nous nous
sentons, le type de lien que nous avons avec notre client, ce qui se passe chez celui-ci, tout cela a un impact majeur sur
la régulation de la tension physique et psychique, à la fois du client et du psychothérapeute. (Stern, 2004)
L'identification des états internes du psychothérapeute facilite la capacité d'empathie, de résonance au client et se fait à
différents niveaux: A- Au plan corporel: ils se définissent comme des sensations, un niveau d’énergie, des tensions dans
le corps. Celui-ci peut les nier plus ou moins, se sentir envahi par ces états somatiques ou ces sensations, ou les utiliser
comme signaux. B- Au plan affectif: cela peut signifier que je ressens dans le moment présent en relation avec mon cli-
ent On peut avoir un contrôle excessif, se dissocier sur le plan affectif, vivre de l'hyperémotivité, de la fragmentation ou
bien les affects sont utilisés adéquatement comme signaux. C- Au plan cognitif: c'est ce à quoi je pense dans le moment
présent, mes perceptions, mes réflexions, mes associations. On peut réagir en termes de rigidité, de confusion ou de
flexibilité et avoir une intégration différenciée de ce que l'on pense. D- Au plan comportemental: c'est qui se passe sur
le plan physique. Ce qui est en lien avec le mouvement; ou bien se sentir paralysé, être effacé ou agressif ou bien avoir
une affirmation de soi adaptative. E- Au plan relationnel et contextuel: se situe dans la relation psychothérapeutique.
On peut se mettre à retrait, distant, évitant, dépendant du regard de l’autre, préoccupé ou avoir une intimité soutenue,
être présent à l’autre tout en étant distinct (Lecomte 2016).
La résonance corporelle au client signifie concrètement pour le psychothérapeute ressentir de la tension dans la nuque,
au niveau du bassin, de la difficulté à respirer, être trop "dans sa tête", se sentir fatigué en présence d'un client, fatigué,
lourd, alors qu'avec un autre client, un peu plus tard, on ressent de l'énergie, on se sent léger. Tenir compte de ces qui se
passe sur le plan corporel en le présentant comme hypothèse de ce qui se passe chez le client peut aider ce dernier à être
plus conscient de ce qui se passe dans son propre corps. Ainsi je ressentais à un moment donné de la lourdeur au niveau
de mes épaules et j'ai vérifié si le client sentait une douleur à ce niveau, ce qui l'a aidé à en prendre conscience et tenir
compte de cela en lien avec ce qu'il me racontait. De la difficulté à respirer est souvent en lien avec un phénomène d'anx-
iété dont le client n'a pas toujours conscience. L'aider à connecter avec son corps l'aide à s'enraciner dans cette réalité.
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Afin de développer une conscience réflexive de soi en interaction, il faut non seulement reconnaître ses états internes,
mais également les réguler. De plus il ne faut pas oublier que tout processus thérapeutique implique des interruptions,
des changements soudains et des impasses relationnelles (Lecomte 2015), d'où le besoin du thérapeute de s'ajuster
continuellement à son client. Cela aide à la fois le thérapeute à réguler ses états internes mais également est utile pour
aider le client à réguler ses propres états internes.
Cette régulation des états internes, utile autant pour le thérapeute que son client, peut se faire à quatre niveaux: A- au
plan cognitif comme en exprimant ce que l’on pense. B- au plan affectif comme être en contact avec ses émotions, C-
au plan corporel: comme être en contact avec les sensations, la tension dans le corps, les mouvements du corps. D- Au
plan relationnel: l’échange verbal et le phénomène d’intersubjectivité qui sont en présence un de l'autre.
La régulation des états internes peut se faire au plan corporel à trois niveaux: Le travail sur la respiration, L’enracine-
ment corporel et Le contact physique avec le client. Le travail sur la respiration doit toujours être fait en relation avec
l'enracinement dans le corps, autant en contact avec sa réalité interne qu'externe.
La respiration est un pont entre le corps et l’esprit, entre le corps et le cœur; Elle est physique, tout en étant reliée aux
émotions et la pensée. La modification de la respiration peut aider à la régulation de la tension psychique et des émotions,
aux niveaux corporel et mental. Cela a un impact également au niveau des pensées et de la relation thérapeutique.
Il existe différents types d'exercices qui facilitent la respiration, souvent inspirés des philosophies orientales. J'utilise
une technique que j'ai développé et nommé: 4/2, 4/2. Concrètement il y a un rythme régulier instauré dans la séquence
suivante: quatre temps d'inspirations, dont deux au niveau thoracique et deux autres au niveau abdominal, puis arrêt
de la respiration en deux temps. Puis il y a 4 temps d'expiration, deux au niveau abdominal puis deux au plan thoraci-
que et deux temps où on ne respire pas. On recommence cette technique à 5 ou 6 reprises avant d'arrêter et de voir ce
qui se passe en termes de modifications corporelles et mentales chez la personne. Cela se fait toujours en s'assurant
que la personne est bien enraciné dans son corps, comme les pieds bien ancrés sur le sol. Cela va dans le sens des liens
constants entre le corps et la dimension psychologique.
Pourquoi respirer est-il aussi important? Respirer est une source de vie et d’énergie; si on ne respire pas on meurt.
C'est un phénomène à la fois volontaire et involontaire, conscient et inconscient sur lequel on a un certain pouvoir.
C'est un phénomène à la fois corporel et mental, car il influence nos pensées, nos sensations, nos émotions. La respi-
ration permet une régulation du système nerveux autonome, une régulation de la tension qui est autant mentale que
physique, dans une recherche d'(homéostasie, d'équilibre. Enfin ce travail sur la respiration permet le phénomène de
concordance cardiaque en lien avec le cerveau
L'enracinement dans le corps, en même temps que le travail sur la respiration est important parce que cela aide à di-
minuer, mieux réguler la tension et le stress qui sont toujours présents en psychothérapie et interfèrent lorsque la per-
sonne vit des émotions intenses. Cela permet l'équilibre nécessaire du haut et du bas du corps. Cela permet le travail
au niveau du bassin; soit la connexion entre le haut et le bas du corps. L’importance de sentir ses jambes; fortes, faibles,
les renforcir, se sentir plus solide dans tous les sens du terme.
L’enracinement améliore le contact avec la réalité dans le sens d'être plus présent au moment présent, d'être plus en
contact avec soi-même, d'être plus en contact avec ses émotions et ses pensées, d'être plus en contact avec les autres,
d'être plus capable de s’affirmer, mettre ses limites, développer ses « frontières », d'être plus capable de « contenir » une
charge émotionnelle et de l’exprimer. Enfin le type d'enracinement d'une personne nous donne des indices sur son
type de personnalité du type d’alliance thérapeutique en présence, des accordages, dés-accordages et sur-accordages
inhérentes au processus psychothérapeutique (régulation interactive), de nos interventions psychothérapeutiques et de
l’impact de nos actions sur le client
La question du contact physique est reliée à ce sentiment de sécurité où l'autre permet un rapprochement, cette dis-
tance qui fait qu'on ne perd pas nos frontières ou qu'on ne se sent pas isolé, perdu et dans la perspective d'aider le
client à être plus en possession de lui-même.
En conclusion: les croyances à la base de l’analyse bioénergétique sont que le psychologique est autant relié au mental,
le psychique, que le corps et le cerveau. Les propriétés de guérison d’une personne sont reliées aux relations interper-
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sonnelles. Il est important de développer la capacité de tolérer et d’exprimer ses émotions, à accompagner et rendre
tolérable l’expérience subjective du client. Aussi de rechercher un sens à la vie et de s’y rattacher. Enfin, de vivre des
expériences agréables avec d’autres personnes et dans son environnement.
Le travail au niveau corporel mobilise le Self de la personne, une dimension fondamentale qui touche aux « racines » de
la personne. Le Self est avant tout corporel. Le travail sur le respiration, combiné aux exercices physiques, en régulant
les tensions et les émotions, facilite une plus grande conscience de soi, mobilise la personne tant au niveau physique
que mentale et l’aide à développer une plus grande vitalité.
Bibliographie
Clauer J. (2011/) Neurobiology and Psychological Development of grounding and Embodiment. Journal of Bioenergetic
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Rand, M. (2013) Regulation of Self an Others. Somatic Psychotherapy Today, vol. 3 number 1
Simard R. (2007) Passer des eaux troubles à une rivière tranquille. Revue Corps et analyse, volume 8, numéro 2
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Simard R. (2015) Le corps, le Self et la construction de l'identité. Revue Corps et analyse , Volume 15
Simard R. (1992, 2015) Au delà de l'inceste à la recherche de son identité. Revue Corps et analyse Volume 15
Stern, D. (1985) The Interpersonal World of Infant. Basic Book, New York
Stern,D. (2004) The Present Moment in Psychotheray and Everyday Life. Northon
L'auteur:
Réjean Simard est psychologue clinicien depuis 1975 et analyste bio énergéticien certifié depuis 1983. Il est membre de
l'institut québécois d'analyse bioénergétique (SOQAB) et de l'institut International d'analyse bioénergétique (IIBA). En
plus de son travail clinique en bureau privé, il fait de la supervision pour les psychologues et psychothérapeutes, donne
des conférences, ateliers et formations depuis des années.
simfre@[Link]
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L’abandon corporel :
une démarche et une recherche ontologique
Cette recherche est née des questions et des perplexités éveillées dans diverses pratiques psychothérapeutiques qui
habitaient quelques chercheurs regroupés autour d’Aimé Hamann, psychothérapeute de Montréal. Les sciences hu-
maines et les théories psychologiques le laissaient insatisfait et il était habité par la nécessité de chercher à partir de
bases différentes.
Instinctivement ces chercheurs ont tenté de se placer en-deça du connu et de l’agir. Si on ne faisait rien, si on n’agissait
pas le mouvement, si on ne le prédéfinissait pas, que se passerait-il ? Ils ont adopté l’attitude de se placer dans une posi-
tion où rien de commandé et de volontaire n’était fait. On ne provoque rien et on n’empêche rien.
Ils ont adopté l’attitude de se placer dans une position où ils ne faisaient rien de commandé et de volontaire. Ne rien
provoquer, ne rien empêcher. Alors, il est arrivé que le corps se mette en mouvement de lui-même (spasmes, pleurs, cris,
tremblements et d’autres manifestations non prévues), ou tout simplement absolument rien d’apparent sauf une vie in-
térieure faite d’images, de pensées, d’émotions, d’ennui et de vide. Et ça s’arrêtait si on décidait d’arrêter, ou ça s’arrêtait
de soi-même. Ce qui est arrivé à une personne s’est reproduit avec d’autres.
En suivant ces événements et ces intuitions, en prenant cette position intérieure, ils ont observé que le corps se révélait
être une organisation de rapports à soi, aux autres, à l’humanité toute entière.
Ils ont aussi observé que l’involontaire, ce n’est pas nécessairement un mouvement extérieur ou intérieur qui nous
prend ; c’est plutôt le non-arrêt de quoi que ce soit. C’est le consentement à être placé avec tout soi-même, avec qui
nous sommes., avec quoi que ce soit de nous. C’est toujours volontaire de prendre cette position. C’est volontaire de me
placer dans la position de faire de la place à tout moi-même. Quand on prend cette position, tout ce qui est peut être
mais tout n’est pas entièrement accessible.
En suivant ces événements et ces intuitions, en prenant cette position intérieure, les chercheurs ont observé que le
corps se révélait être une organisation unique, particulière, propre à chaque être. Le corps était une organisation de
rapports à soi, aux autres, à l’humanité toute entière.
Et le toucher
Intuitivement, aussi, les chercheurs ont tenté un mode de toucher qu’ils ont alors nommé toucher-présence. Le touch-
er qui est sans intention de produire quoi que ce soit. Un toucher qui ne dirige pas la vie de l’autre, qui ne l’empêche
ni ne la provoque. Le toucher au début, portait quelque chose de technique : on essayait des formes de toucher. C’est
progressivement que le toucher est devenu une manière de présence à soi et à l’autre.
Il a fallu expérimenter plusieurs fois ce toucher-présence avec différents types de personnes avant de commencer à
comprendre sa véritable nature et ses implications. Ce toucher échappe à toute forme d’intervention et demeure une
simple présence de soi à l’autre. Une telle expérience favorise l’accès à la globalité de l’être de chacun des partenaires.
Cette forme de toucher ne dirige pas la vie de l’autre, ne l’empêche pas et ne la provoque pas. Elle lui donne plutôt
accès à sa vie telle qu’elle est et à lui-même tel qu’il est.
Progressivement s’est fait jour que toutes les formes de toucher, y compris celle du langage, traduisent l’organisation
propre de chacun et de son rapport aux autres. On touche comme on est, on parle comme on est et on n’a pas le choix.
Il n’y a pas de magie dans le non-verbal. Le verbal et le non-verbal sont des modes d’expression d’une même organ-
isation d’être. Ils expriment la vie de chacun dans ses distances, ses refus, ses coupures, ses qualités d’être et ils vont
rejoindre les autres de la même manière
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Cette position de recherche qui veut recevoir la vie, la sienne, celle de l’autre, telle qu’elle est sans intention de la
changer, s’est progressivement nommée recherche ontologique ou position de recherche ontologique. Une position qui
n’est ni facile, ni évidente. Elle est l’inverse de ce que nous nous demandons habituellement et que nous demandons
constamment aux autres, c’est-à-dire de changer, d’être autrement, mieux, différents, etc. Dans cette position on-
tologique, c’est-à-dire centrée sur l’être comme il est, la meilleure manière de toucher l’autre, d’être avec lui, c’est d’être
ce que l’on est réellement.
D’une intuition de départ, cette position prise nous a elle-même pris en charge et elle sous-tend toute la recherche que
poursuivent plusieurs psychothérapeutes d’ici et d’ailleurs. Cette position prise ne laissait pas présager ce qui a été mis
à jour par la suite.
Le corps humain
Prenant et reprenant cette position, le corps humain nous est apparu d’une manière nouvelle et inusitée. Nous sommes
des corps très différents des corps animaux. Entre l’animalité et l’humanité il y a une différence fondamentale qui a fait
que les humains pour devenir ont dû se couper d’avec eux-mêmes, et d’avec la nature. Ils ont, par nécessité, créé des
institutions, des conventions, des formes qu’ils ont modelés, formés, Ils se sont développés à partir de connivences, de
visions communes du monde adoptées comme des vérités (sciences, religions, manières de vivre), etc. Les humains sont
entrés progressivement dans ces processus institutionnels pour vivre et se développer. Ainsi l’humanité est apparue
sous la forme des corps que nous sommes. Chacun de nous, dans ce processus, est une organisation unique qui porte
toutes les traces de cette humanité en devenir ; une organisation dont nous n’avons pas le choix. Nous sommes des
corps devenus et en devenir.
Là où nous n’avons pas ou peu d’existence, l’autre ne peut pas être un autre pour nous. De plus, dans ce manque, nous
avons besoin que le sens vienne d’ailleurs, d’en dehors de nous. Les institutions nous sont non seulement très utiles,
mais nécessaires en ce sens. Elles portent ce que nous ne pouvons pas porter. La vérité, en ce sens, est une institution,
peu importe qu’elle prenne la forme d’une croyance, d’un dogme, d’une théorie. Elle est l’énoncé de ce qu’il faut croire,
la norme d’existence, la bonne forme de vie. Elle éveille des adhésions ou des oppositions. Quand la vérité n’est pas en
dehors de nous pour que nous y adhérions, elle peut être en nous, en ces sens que nous nous posons comme étant la
norme, la vérité, Nous sommes pour nous-mêmes des institutions.
Nous avons peu de choix dans la manière dont nous voyons la réalité. Nous l’appréhendons avec l’organisation de
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rapports que nous sommes. Et cette manière de l’aborder et de nous approprier la réalité est la meilleure qui ait pu être
prise pour être, pour exister, pour habiter ce monde. Il n’y qu’une manière qui m’est propre de voir la réalité, le monde,
les autres. Chacun de nous a une manière qui lui est propre de voir, de ressentir la réalité, le monde et les autres. Aucun
de nous n’a le choix de cette manière de voir la vie et de la ressentir.
La position de recherche ontologique, la position en abandon corporel, veut faire toute la place à ce qui est, à ce corps
institué, à cette subjectivité qui n’est pas la vérité.
Se recevoir, ce n’est pas nouveau. L’humanité est devenue en se recevant minimalement, mais en se recevant tout de
même. Ce que la démarche de recherche ontologique fait, c’est peut-être de pousser plus loin cette expérience de se re-
cevoir, globalement, de s’habiter et d’avoir toujours à le faire et de ne jamais y parvenir, mais d’avoir toujours à le refaire.
Une recherche qui part, non pas d’un a priori, mais du recevoir la vie comme elle est. Une recherche qui, reconnaissant
que nous sommes des êtres subjectifs, nous oblige à renoncer à la vérité. Et ce renoncement, les institutions ne peuvent
le faire. Ce saut, de la vérité à la subjectivité, est réellement le propre de l’individu.
De se mettre dans la position de recevoir de soi le plus terrible de l’humanité, le plus inacceptable et ainsi découvrir
que cela même qui a fait l’humanité si douloureuse et si souffrante, reçu et habité, c’est la rencontre. Et tout dans ces
moments, même le pire, donne à être. Et cela fait réaliser que nous sommes des êtres ambivalents : nous portons tous le
bien et le mal, l’amour et la haine, la douceur et la violence etc. Il n’y a pas à rejeter l’un des pôles de cette ambivalence
car alors c’est nous-mêmes et les autres que nous rejetons. Il y a plutôt à recevoir, à consentir à être tout cela comme
étant nous-mêmes. Paradoxalement, si cela est reçu, ce qui était le pôle négatif de l’ambivalence peut exister et peut
même donner la vie. Comme psychothérapeutes-chercheurs, nous pensons que c’est la responsabilité du thérapeute de
prendre cette position, ce qui fait dire que la démarche thérapeutique est centrée d’abord sur le chercheur.
C’est fondamentalement une position pour être. Progressivement de prendre cette position nous a fait entrevoir que la
connaissance ne remplacera jamais l’être. Peut-être que l’avenir de l’humanité passe par l’accès à l’être d’abord. Etre
serait connaître et non l’inverse. Les sciences humaines ne feront pas savoir l’humain, l’humain n’est pas une science, il
est à advenir.
Le groupe
Toutes ces prises de conscience ont été le fait d’un long chemin fait dans un rapport de psychothérapie et dans des
expériences de groupes.
En effet, le groupe a été d’une très grande importance pour avoir accès à la réalité du rapport et des rapports. Il a, par
exemple, mis en évidence que quand quelqu’un accède à lui-même, momentanément et pas nécessairement, personne
n’a le sentiment d’être oublié ou d’être de trop. Il y a de l’espace pour tous. Chacun peut être amené dans la présence à
lui-même. Personne ne peut avoir accès à lui-même sans un autre. La réalité de l’interdépendance est devenue palpable
en groupe.
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Le groupe est le lieu par excellence où la subjectivité de l’un est constamment sollicitée par les autres subjectivités. La
subjectivité de l’un contient toutes les subjectivités qu’elle éveille dans les autres et que les autres éveillent dans l’un.
Consentir à sa subjectivité, c’est consentir à être interdépendant, c’est faire de la place à toutes les subjectivités. Con-
sentir à être singulier permet à toutes les singularités d’être. A ce compte, l’universel serait non pas une généralisation,
mais la place faite à tous les singuliers.
Avec le temps en groupe, on va de plus en plus loin dans des lieux de grande intimité, de profonde subjectivité : des
lieux d’être impossibles à porter seul. Rencontrer ces lieux nécessite une alliance des subjectivité que, souvent, seul le
groupe permet. Dans ce lieu, on pourrait dire que la présence à l’autre, ce n’est pas le recevoir dans sa profonde subjec-
tivité, c’est plutôt se recevoir dans le rapport à lui approchant ces lieux d’être très particuliers.
En donnant accès à la subjectivité de chacun des partenaires de la rencontre, le psychothérapeute aussi bien que le
client, la psychothérapie individuelle ouvre sur la possibilité de la psychothérapie de groupe. Lorsque cette dernière est
accessible, elle se présente comme un complément souhaitable et parfois nécessaire à la psychothérapie individuelle.
En ouvrant la subjectivité de quelqu’un à l’interaction avec les subjectivités de plusieurs autres personnes, il devient
possible d’accéder à des lieux très profonds et très peu connus qui échappent à la psychothérapie individuelle. Ces
ouvertures ont lieu dans une expérience d’interdépendance entre tous les participants. Il suffit que quelqu’un accède à
sa propre subjectivité pour que cette dernière éveille les subjectivités de quelques autres personnes. C’est en prenant le
risque d’être la personne qu’il est que l’un ouvre à l’autre la possibilité de prendre le risque de tout lui-même. C’est en
étant celui qu’il est que l’un donne à l’autre la possibilité d’être celui qu’il est. Il s’agit d’une expérience d’interdépen-
dance et de rencontre qui accomplirait un moment psychothérapeutique. Une telle expérience sort la psychothérapie de
l’univers des vérités et la place dans l’univers des subjectivités. Le processus psychothérapeutique devient singulier et
différencié pour chacun et n’est pas le même pour chacun. C’est ainsi qu’une telle compréhension de la psychothérapie
ouvre sur une démarche et s’appuie sur une recherche dite ontologique.
Une telle compréhension de la psychothérapie implique le psychothérapeute dans un rôle inédit et des responsabilités
différentes de celles auxquelles la littérature dite scientifique fait état. Premièrement, le psychothérapeute, en devenant
chercheur ontologique, ne se situe plus dans la position d’un savant qui maîtrise des connaissances sur l’humain et l’ex-
périence humaine ; il se situe plutôt comme un apprenti soucieux d’apprendre chaque personne qui le consulte dans
toute sa singularité. Il n’est plus là non plus en se fondant sur ses compétences ; il est plutôt là en tentant d’être présent
à lui-même dans son rapport à tous les autres. Et même si c’est lui qui est le plus responsable de la position de se recev-
oir, il la partage ave les membres du groupe dont certains peuvent aussi adopter cette position. Donc, le psychothéra-
peute n’est plus seul ; les membres du groupe ont la possibilité de devenir des collaborateurs ou des co-thérapeutes.
En se situant dans une position pour apprendre, le psychothérapeute se place en formation continue, formation qui
peut se poursuivre pendant toute sa carrière ; formation aussi qui se situe non seulement au plan professionnel, mais
aussi au plan personnel et global tout aussi bien. C’est ainsi que la psychothérapie, bue sous l’angle de l’abandon corpo-
rel, peut durer toute la vie si quelqu’un le désire et est bénéfique aussi bien au psychothérapeute qu’à ses clients.
Ainsi la psychothérapie peut devenir une démarche et une recherche ontologique. Chercher ontologiquement, c’est
chercher indéfiniment sans jamais atteindre la certitude et la vérité. Elle s’appuie sur des données révélantes et non des
données probantes.
Clémence Dubé
Gilles Deshaies
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59
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La démarche ontologique : une expérience de recherche. Orford, Québec, 27-30 août 2015.
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60
L’abandon corporel :
La parole ontologique
La position et la responsabilité du thérapeute en démarche ontologique
Martine Cinq-Mars
Martine5mars@[Link]
Jimmy Ratté
[Link]@[Link]
Introduction
Le paradigme pour comprendre les dimensions qui fondent la relation thérapeutique est différent en démarche on-
tologique de beaucoup de modèles contemporains. Ses prémisses ne reposent pas essentiellement sur les critères
généralement associés aux données probantes, ce qui n’en fait pas moins une pratique d’une grandre rigueur. Au-delà
des comportements à modifier, de l’identification des problématiques de santé mentale et de leur amoindrissement,
d’une recherche sur l’humain abordé en phénomènes quantifiables, nous cherchons surtout à déployer chez le psycho-
thérapeute une disposition à se recevoir et un accueil de l’être du client sans autre intention que d’être présent à l’exis-
tence telle qu’elle s’exprime et se révèle en lui. La parole du thérapeute qui émerge de cette position est profondément
issue de l’habitation de son expérience telle qu’elle lui apparaît, tandis que ses a priori, théoriques ou autres, sont mis
entre parenthèses et compris comme émanant de sa propre subjectivité. Depuis cette position prise par le thérapeute,
nous assistons alors à un mouvement qui permet à l’aidé de se déployer progressivement dans la profondeur de tout
son être. L’espace ainsi créé par le thérapeute qui reçoit et habite sans jugement sa propre expérience, offre à l’aidé un
filet de sécurité émotionnelle qui lui permet de plonger dans son être et de saisir de façon expérientielle des réalités qui
le perturbent et le figent.
Dans ce qui suit, nous allons aborder quelques fondements essentiels du paradigme de l’abandon corporel, appelé
maintenant démarche ontologique. Nous parlerons en particulier de la position du psychothérapeute consistant d’abord
à se recevoir dans sa propre expérience subjective pour ensuite faire une place à l’autre pour être. Nous montrerons
comment la position de se recevoir donne une assise particulière à la parole du psychothérapeute de sorte à instaurer
un rapport interdépendant. En conclusion, nous essaierons d’expliciter comment la position de se recevoir est avant
tout la responsabilité du thérapeute et comment elle instaure en contrepartie une compétence à faire être.
« L’involontaire » peut être compris comme l’expression de manifestations corporelles spontanées s’exprimant au-delà du
contrôle habituel et intentionnel qu’exerce la personne. Ces manifestations sont de toutes sortes, depuis l’immobilisme
jusqu’à de forts ressentis, en passant par l’apparition de mouvements spontanés, de pleurs ou de cris, de tremblements,
de sensations de chaleur ou de froid, etc. Au-delà de ce que nous pourrions craindre, aucune crise d’hystérie ni aucune
déconnexion ne s’ensuit lorsqu’on laisse le mouvement s’exprimer de lui-même, sans chercher à l’arrêter ni à le contrôler.
Plutôt, chaque chercheur ontologique qui s’abondonne à son involontaire découvre qu’en prenant la position de se recev-
oir, il peut se laisser toucher par quelque chose issu des profondeurs de son être, qu’il lui reste à apprendre et à nommer.
Nous avons peu à peu compris que les mouvements involontaires témoignaient d’une organisation corporelle qui,
quand on suspend le contrôle conscient, révèle ce que chacun porte en lui-même mais auquel il n’a eu accès jusqu’ici
que partiellement. Aimé Hamann disait que, « … plus l’être humain est devenu, plus le bagage du non-reçu s’est accu-
mulé 1» . Les institutions destinées à porter notre réalité humaine, là où aucun « soi » ne pouvait le faire, ont conduit à
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cumuler ce qui ne pouvait être reçu. De génération en génération, le corps, cette matière que l’on est, a néanmoins gar-
dé en mémoire l’empreinte de ce qui a été exclu, souvent associé à ce qui est « mal », inacceptable, voire immoral. C’est
ainsi que le corps de chacun porte à la fois le reçu de son humanité et aussi l’irrecevable.
Il ressort des 40 ans de démarche ontologique une compréhension très riche de l’expérience humaine et en l’occurrence
une intuition fondamentale d’Aimé Hamann sur la fonction des institutions dans l’histoire de l’humanité. Le mouvement
humain spontané consistant à devoir mettre l’expérience hors de soi jusqu’à ce qu’il y ait un soi pour la porter, est fait et
refait sans cesse par chaque humain depuis le début de l’humanité. La recherche, d’abord sur le corps, qu’est l’abandon
corporel, a permis de mieux comprendre comment chacun de nous est sa propre institution qui garde hors de son expéri-
ence perçue ce qu’il ne peut porter de lui-même. Ce corps porte aussi en lui une vie qui lui est propre, rejoignable nota-
mment par l’involontaire, qu’on associe à l’être, au soi profond, lequel est au moins en partie distinct de la manière dont
chacun expérimente ou symbolise subjectivement sa vie, mais qui n’en demande pas moins à être reçu.
2. La subjectivité constitutive
Dans la vie quotidienne, cette vie profonde que l’on redécouvre à travers les mouvements involontaires est moins
recevable. En fait, tout être humain est contraint de garder enfermé malgré lui ce qui pourrait se manifester et émerger
de son involontaire. Pourtant, notre histoire, nos manques et nos souffrances enfouis dans notre expérience profonde
et souvent inconnue, n’en sont pas moins présents dans le corps. Peu à peu, nous avons compris que ces lieux enfouis
dans le corps s’exprimaient dans les mouvements involontaires, mais aussi à travers l’expérience subjective que l’on fait
de soi et de notre lien aux autres. Notre subjectivité se présente généralement sous des repères connus et qui semblent
fiables; mais ces repères sont des filtres qui reflètent surtout une manière dont sont organisés nos manques, nos souf-
frances non reçues, nous conduisant alors à une expérience de soi qui nous épargne de ce qui constitue notre substance
complète. Un récit protecteur sur soi est ainsi organisé, nous permettant de vivre, parfois de survivre. Mais il laisse aussi
enfermé au fond de notre être l’irrecevable de soi et la souffrance qu’il contient.
Aussi, la manière spécifique dont notre subjectivité est organisée contient-elle l’inaccessible de soi. Les manques de
nous-mêmes inscrits dans notre corps cherchent néanmoins à être reçus. On pourrait dire que chacun entretient au
fond le désir « d’être tout lui-même ». Tant que nous restons dépossédés de notre vie souterraine, elle continue de se
manifester souvent de manière nonsouhaitée dans la vie de chacun, au-delà de nos repères subjectifs connus, à travers
des répétitions nocives, des conduites destructrices, des somatisations, des dépendances, du consumérisme, un besoin
de performance, etc. Ce que nous appelons les maladies mentales peuvent aussi être vues comme des manifestations de
dimensions oblitérées de l’être, protégeant d’une souffrance irrecevable en attendant qu’il y ait quelqu’un pour nous
permettre de nous y accueillir. On ne peut échapper aux déterminismes qui ont présidé à notre structuration et il ne
sera jamais possible de porter entièrement notre organisation. Mais, l’on peut se rendre disponibles à ce qui échappe de
soi à son insu. Dans la mesure où on ne peut le porter soi-même, faut-il encore qu’il y ait un filet de sécurité propice, un
lien avec une personne qui se reçoit à l’occasion de nous afin que l’on puisse se réapproprier son être.
Chacun se révèle dans son rapport à l’autre et aux autres en donnant accès à la manière dont il se perçoit et expéri-
mente sa vie, mais en laissant filtrer malgré lui l’inaccessible ou le refusé de soi, souvent pressenti par l’autre ou sollicité
par son propre refus de soi. La rencontre des diverses subjectivités, pour peu que chacun consente à faire sienne ses
propres réactions éveillées à l’occasion de l’autre, permet progressivement d’entrer en contact avec ce que l’on sait de
soi, mais aussi avec ce qui échappe à notre insu et qui témoigne souvent davantage de notre être authentique.
Nous avons tous fait l’expérience d’une personne qui s’exprime en ignorant ce que l’autre dit ou en oubliant une partie du
contenu de l’échange. Ou d’une personne qui s’exprime en accusant et en disqualifiant l’autre tout en portant peu de sa
propre implication. Ce sont des manifestions d’une expérience subjective qui s’exprime au-delà de ce que la personne sait
d’elle-même et qui ont indubitablement un impact sur l’autre. Ce qui échappe révèle pourtant la dépossession de parties
1 Hamann, Aimé (2003). Conférence d’ouverture. De la relation thérapeutique à l’expérience ontologique.
Nantes, 21-24 août.
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de soi. Il n’est pas rare d’ignorer mutuellement ces expériences pour limiter le rapport à l’intérieur des zones confortables
parce que connues des sujets du rapport. Mais l’impact du refusé dans le rapport peut pourtant devenir un chemin pour
se l’approprier, pour autant que l’autre laisse émerger ce qu’éveille cette expérience dans sa propre subjectivité et l’offre
comme quelque chose qu’il ressent et non dont il accuse son partenaire de la relation. Quand quelqu’un s’arrête et se
reçoit ainsi, cette présence sensible peut faire basculer vers les vulnérabilités, les sensibilités sousterraines éveillées, les
zones ignorées depuis trop longtemps, les blessures enfouies dans la mémoire de notre corps.
Prenant la position de se recevoir, comme lorsque nous nous recevons dans un état d’abandon corporel qui fait émerger
les mouvements involontaires, le rapport à l’autre devient une occasion de se laisser éveiller dans toutes ses réactions,
les plus agréables comme les moins enviables, et de les faire siennes. Une fois reçues, ces parties oblitérées deviennent
de l’être. Chaque passage à l’être permet ainsi que, petit à petit, des parcelles d’abord exclues de nous-mêmes fassent
sens, soient légitimées et qu’il y ait élargissement de notre expérience de soi.
L’expérience de se recevoir ouvre ainsi non pas une perspective de changement causal mais bien plus, une possibilité
de s’apprendre ontologiquement. C’est-à-dire qu’elle nous rend progressivement capable de réaliser que ce que l’on
porte, et qui nous paraît au premier abord indésirable, est le fondement même de notre existence. De cette position,
la souffrance de chaque humain demande à être reçue plutôt qu’enrayée. Mais pour ce faire nous devons abandonner
nos repères habituels, émerger de l’institution qu’est notre subjectivité enfermée et faire des incursions dans l’univers
paradoxal où ce qui était d’abord refusé de soi devient son être.
C’est un mouvement sans fin de découverte de soi et de mouvement paradoxal dans l’accès à soi, tel que c’est, qui fait
bouger en profondeur. Plutôt que de viser le changement, la personne en démarche ontologique qui apprivoise et reçoit
peu à peu son vécu tel qu’il émerge, trouve dans l’habitation plus profonde et authentique de soi une occasion d’an-
crage à son être et à sa vie, qui la remet en mouvement.
Aussi, que ce soit dans le travail corporel qui fait une place à l’involontaire ou dans l’échange verbal relié à l’expérience
subjective que l’on fait de soi, la pierre d’assise du travail en démarche ontologique est la « position de se recevoir ».
Faire de la position de se recevoir la pierre angulaire du travail du thérapeute en démarche ontologique s’inscrit en rup-
ture avec plusieurs préceptes habituels de la relation thérapeutique. La démarche ontologique, telle que vécue dans le con-
texte thérapeutique, représente une « approche centrée sur le thérapeute » plutôt que sur le client. Plus qu’une technique,
la position adoptée par le thérapeute dans la démarche ontologique pose l’exigence d’être en posture d’accès à lui-même.
Cela exige du thérapeute qu’il soit rigoureusement présent à lui-même et tout autant habité par une conscience intime de
son implication dans le rapport. C’est par sa subjectivité reçue que le thérapeute crée ainsi les conditions pour que se vive
l’expérience ontologique i.e. une expérience qui permet à son tour au client, dans la mesure de ses possiblités et de son
rythme, de découvrir, apprivoiser et apprendre progressivement à habiter sa propre organisation d’être.
Cette posture est très différente de celle qui est préconisée dans les approches voulant que le psychothérapeute se
dégage de son vécu subjectif et l’objective, la plupart du temps à partir de compréhensions préétablies ou d’explica-
tions théoriques concernant ce qui se passe dans la rencontre avec le client. En psychothérapie ontologique, il s’agit
plutôt d’une position dans laquelle le thérapeute se base tout d’abord sur ce qu’il expérimente de son être en rapport
avec l’aidé. Le thérapeute aborde ce vécu expérientiel non pas en étant muni d’une compréhension préalable pour
décortiquer cette expérience, mais plutôt en restant attentif à ce qui émerge profondément en lui, depuis ses sensations
corporelles et ses ressentis, pour ouvrir un chemin vers la parole ontologique.
La posture consiste ainsi à faire de la reconnaissance du vécu subjectif du thérapeute une occasion pour celui-ci de
devenir un apprenant de lui-même, en rapport avec une personne qui cherche à comprendre qui elle est et ce qu’elle
peut devenir de façon concrète. Transposée en psychothérapie, la posture ontologique porte le psychothérapeute à ac-
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cueillir par exemple son sentiment d’impuissance et à l’ontologiser, i.e. à reconnaître et porter cette expérience comme
relevant de son vécu singulier, puis à se mettre davantage en résonnance avec le vécu authentique amené par son client
: le thérapeute devient d’abord le fils ou la fille de son client. Ceci veut dire qu’au lieu de devenir un lieu de pouvoir ou
de savoir qui ferait changer l’autre, le thérapeute s’apprend de son client; une fois qu’il s’habite, qu’il devient présent à
son être, il peut davantage déployer une parole qui valide et donne d’être à son client. C’est ce que nous appelons : être
et faire être.
Dans le mouvement d’aider la personne qui consulte, le thérapeute n’essaie pas de modifier par exemple son sentiment
d’impuissance par telle ou telle technique ou en utilisant tel ou tel instrument, mais essaie d’être un hôte bienveillant
de ce qui émerge en lui, en cherchant à consentir à ce sentiment d’impuissance et à se l’approprier comme un lieu
privilégié d’expérience de soi en rapport avec l’aidé. Entendant alors plus clairement en lui son vécu et se l’appropriant
davantage, il est ensuite plus à même d’écouter son client et de l’entendre au-delà des construits, théorisations et des
réactions positives ou négatives que le client éveille en lui.
Mais aucune situation n’est idéale et la posture ontologique ne peut être conservée tout le temps. Il est fréquent par
exemple que le psychothérapeute ne comprenne pas tout de suite ce qu’il vit ou reste embrouillé par ce qui le mobil-
ise intérieurement dans des situations qui éveillent chez lui une tension ou ses propres conflits intérieurs; il peut alors
tomber dans des réactions peu propices au rapport interdépendant. Mais s’il reste avec lui-même, il pourra les repérer
et reprendre la position de se recevoir. Il pourra alors davantage se laisser toucher, par exemple, par l’impuissance vécue,
ou par l’intolérable qui émerge en lui, ou encore par la connivence négative qu’éveille son client en son être. Il essaiera
de s’approprier tout d’abord ces réactions comme étant siennes. Le recevant mieux lui-même, il peut alors inviter son
client à habiter son ressenti refusé ou sa peur de lui-même, au-delà de toute intention de l’en priver ou de l’en soulager.
Ce faisant, le psychothérapeute commence à offrir un accueil plus grand et plus sensible au sujet aidé.
En position ontologique, il est possible de devenir de plus en plus sensible à un espace interdépendant se situant au-
delà des constructions et de nos appréhensions premières. Ce lieu, lorsque nous y parvenons, nous fait appréhender
autrement les rapports humains et tout particulièrement les sympathies naturelles et les aversions que nous ressentons
à certains moments envers nos clients. Avant même de parler, il est crucial de s’approprier nos réactions et même d’en
tolérer les manifestations comme étant liées à des dimensions de notre être qui sont interpelées par ces rapports. Sinon,
nous devenons envahis par nos réactions ou bien nous nous mettons à distance en théorisant. Malgré soi, les paroles
avec lesquelles on s’adresse aux personnes que l’on cherche pourtant à aider peuvent alors être savantes, mais aussi ac-
cusatrices voire invalidantes. Mais y être, c’est-à-dire, habiter ces mêmes envies de théoriser ou de moraliser ou d’ensei-
gner à l’autre ce qu’il devrait être, fait basculer le thérapeute en lui-même. Ce qu’il a alors à dire s’ancre dans son être et
ne s’amène pas comme une vérité, en l’occurrence sur l’autre.
Conclusion
La posture ontologique n’est pas une position qui s’apprend théoriquement pour ensuite être à même de l’appliquer.
Plutôt, il faut en faire l’expérience soi-même et idéalement aussi dans le contexte de sa thérapie personnelle. Ce n’est
pas non plus une posture qui s’apprend une fois pour toute, ni un savoir qui constituerait une vérité, mais plutôt un
point de coïncidence avec soi qui survient de plus en plus souvent grâce à l’expérience qu’on en fait. Ainsi, malgré
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notre bonne volonté d’aider, nous entrons malgré tout continuellement dans des espaces de rapports autres que l’inter-
dépendance. Et même si le thérapeute y est, il n’est pas assuré que la personne aidée consente à être autant accueillie
ou qu’elle puisse plonger en elle de façon continue.
Dans cette position ouverte, qui consiste plutôt à s’apprendre de l’autre, en l’occurrence du client, le psychothérapeute
a la responsabilité d’instaurer et de maintenir les conditions d’accueil et ce dans chacun des rapports d’aide avec des
clients. C’est une grande responsabilité. Mais ce n’est pas une prise en charge de la vie de l’autre, sauf dans des mo-
ments où le client est dans une détresse telle qu’on doit le protéger pour un temps. Cette responsabilité repose donc en
grande partie sur la rigueur avec laquelle le thérapeute se place lui-même en position de se recevoir et donc en posture
d’accueil ontologique.
C’est depuis cette position de se recevoir que le psychothérapeute, assumant toutes ses réactions comme subjectives,
peut ouvrir le chemin pour que l’autre, le client, s’engage à son tour sur le sentier de la découverte de lui-même et ainsi
l’aider à mieux comprendre les réalités fondamentales qui le constituent.
Textes en référence
Deshaies, G. (2013). Quelques repères à propos de la recherche ontologique. Actes du Septième colloque
biennal sur la recherche ontologique, 47-59, Wendake, Québec, août.
Dubé, C. (2011). Se recevoir : un processus éminemment corporel. Actes du Sixième colloque biennal sur
la recherche ontologique, 213-216, Val-David, Québec, août.
Ratté, J. (sous presse). Superviser dans une posture ontologique. Goyer, L. et Dubois, A. Éds. No spécial
sur la supervision professionnelle de la revue Carriérologie. Prévu pour le printemps 2017.
Ratté, J. (2013) La vie enfouie par là où elle arrive. Actes du Septième colloque biennal sur la recherche
ontologique, pp. 203-208, Wendake, Québec. Les Actes ont été produits sous forme de livre et remis
aux participants internationaux, août.
Ratté, J. (2011). Voyage paradoxal à l’ancre du corps. Actes du Sixième colloque biennal sur la recherche
ontologique, pp. 153-160, Val-David, Québec. Les Actes ont été produits sous forme de livre et
remis aux participants internationaux, août.
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