1
CHAPITRE II : SANCTIONS ET AUTRES FORMES DES
MESURES INTERNATIONALES
Il est question dans la présente section de relever la différence
qui existe entre la notion de sanction internationale telle que décrite
dans la précédente section et celles des autres mesures internationales
qui s'apparentent à celle-ci.
Ainsi donc, nous différencierons premièrement la sanction
internationale des contre-mesures (Section I), puis, deuxièmement,
nous établirons le distinguo entre la sanction et la légitime défense, qui
se trouve être la seule mesure unilatérale internationale, permise par la
Charte, appelant à l'usage de la force par un Etat lorsqu'il fait l'objet
d'attaque de la part de ses pairs (Section II).
Ceci précisé, il y a lieu de noter qu'il ne s'agira ici d'autre
question que des circonstances qui excluent l'illicéité des certaines
actions dans les relations interétatiques et qui, en temps normal,
appellerait l'adoption des sanctions.
Autrement dit, nous allons examiner, dans les lignent qui
suivent, certaines mesures unilatérales prises à l'encontre de certains
États ou entités. Par mesures unilatérales, nous entendons des mesures
distinctes de celles prises par le Conseil de sécurité de l’Union
Européenne dans le cadre du système dit de sécurité collective instituée
par la Charte de l’U.E.
SECTION I : LA SANCTION ET LES CONTRE-MESURES
Il est important de commencer par fixer le contenu de la notion
des contre-mesures avant de procéder à une véritable distinction entre
cette notion et celle de sanction.
Paragraphe 1 Notion de Contre-mesures
Désignant une réaction étatique à un acte illicite, la notion de
contre-mesure est apparue au cours du 20 ème siècle, mais s'est précisée
dans les années [Link] contre-mesures, en droit, sont dotées d'un
régime juridique dont les grandes lignes ont été dégagées par la
Commission du droit international dans le cadre de ses travaux, qui se
2
sont soldés, en 2001, par l'adoption du Projet d'Articles sur la
responsabilité de l'État pour fait internationalement illicite 1.
Cette disposition est formulée comme suit: « L'illicéité d'un
fait d'un Etat non conforme à une obligation de ce dernier
envers un autre Etat est exclue si ce fait constitue une mesure
légitime d'après le droit international à l'encontre de cet
autre Etat, à la suite d'un fait internationalement illicite de
cet autre Etat ».
La Commission du droit international note que les contre-
mesures s'entendent de mesures prises à l'encontre d'un État
responsable d'un fait internationalement illicite, et qui visent à amener
cet État à s'acquitter de ses obligations internationales. Celle-ci précise
que celles-ci sont «... limitées à l'inexécution temporaire
d'obligations internationales de l'État prenant les mesures
envers l'État responsable ».
Les contre-mesures résulteraient donc des pouvoirs
intrinsèques des Etats, de réagir aux violations dont ils feraient l'objet.
Ainsi, comme la légitime défense, elles tirent leur légalité si non,
conformité au droit international par l'existence préalable d'une
violation.
Représailles modernisés, elles (contre-mesures) visent les
situations où les Etats peuvent violer une obligation internationale à
l'égard d'un autre Etat afin de répondre à une violation préalable du
droit international par ce dernier2.
Jurisprudentielle ment, la Cour internationale de justice, dans
le cadre de l'affaire Nicaragua contre les Etats-Unis d'Amérique,
cherchait à savoir si, hormis la justification tirée de la légitime défense
contre une agression armée, un Etat avait le « droit de prendre de
contre-mesure en riposte à un comportement» illicite non constitutif
1
Projet d'Articles sur la responsabilité de l'État pour fait internationalement illicite (2001), adopté par la
Commission à sa 53e session (2001), et soumis à l'Assemblée générale des Nations Unies dans le cadre de son
rapport sur les travaux de ladite Session, reproduit dans l'Annuaire de la Commission du droit international,
2001, vol. II
2
DENIS (A.), Les contre-mesures dans l'ordre juridique international. Etude théorique de la justice privée en
droit international public, Pedone, Paris, 1992, p. 243.
3
d'agression armée. Elle semble avoir admis le principe des contre-
mesures, parallèlement à la légitime défense, mais n'impliquant pas
l'usage de la force.
Les contre-mesures sont rapprochées, par une partie de la
doctrine, aux mesures de rétorsion licite décidées en réponse à un
comportement inamical, ou aux mesures de représailles illicites.
Les contre-mesures sont constituées des mesures coercitives
que les Etats peuvent prendre eux-mêmes à l'encontre d'autres Etats,
sans recourir à un quelconque organe ou autorité, contrairement aux
sanctions qui, elles, pour être adoptées, outre la violation d'une
obligation internationale qui mettrait en mal la paix et la sécurité
internationale, nécessitent la reconnaissance d'une autorité, d'un organe
socialement compétent, ou d'une entité autre que l'Etat victime de la
violation, laquelle (autorité ou organe socialement compétent) doit
constater et qualifier ladite violation d'une menace contre la paix, d'une
rupture ou d'un acte d'agression périclitant la paix et la sécurité
internationales.
1. Catégories de contre-mesures:
La pratique démontre que ces mesures se répartissent en deux
grandes catégories à savoir, les mesures de rétorsion et les représailles
non armées.
A. Les mesures de rétorsion
Il convient d'entendre par mesures de rétorsion des actes
inamicaux, voire préjudiciables, mais intrinsèquement licites, qui
répondent à un acte antérieur qui pourrait lui aussi avoir été inamical
mais licite, ou illicite au plan international3.
La notion de rétorsion s'applique, en droit international, à une
conduite « inamicale» de la part d'un État à l'encontre d'un autre, mais
une conduite, s'il faudrait que l'on reprenne la définition avancée par la
Commission du droit international, qui ne doit pas être incompatible
avec une obligation internationale de l'État recourant à la mesure de
rétorsion, alors même qu'elle peut être une réponse à un acte
internationalement illicite posé par l'État cible de la mesure de
3
BULA BULA (S.), Droit international public, Notes de cours à l'usage des étudiants de G3, UNILU
4
rétorsion43. En d'autres termes, la mesure de rétorsion ne doit pas
comporter une
Nous pouvons soutenir que les actes de rétorsion sont des
mesures contraignantes prises par un Etat qui use rigoureusement de
son droit afin de répondre à des actes eux-mêmes licites mais inamicaux
commis à son égard par un autre Etat. Au regard du droit international,
ce sont des mesures licites et légales. Car, même si elles sont
contraignantes et dolosives, elles n'appellent cependant aucun usage de
la force. L'Etat auteur des rétorsions use de son droit d'autoprotection
que lui reconnait la société internationale mais d'une manière forte, ou
plutôt draconienne. On dit qu'« un Etat à l'égard duquel un autre
Etat a pris une mesure qui, tout en étant légale et licite, est
discourtoise, rigoureuse, dommageable, peut prendre à son
tour, à l'égard de celui-ci, des mesures ayant le même
caractère afin de l'amener à revenir sur le droit chemin. »
La mesure de rétorsion peut prendre des formes très variées.
Notamment:
Expulsion de diplomates
Le renvoi du personnel diplomatique de l'Etat accréditaire par
l'Etat accréditant, tel que cela est le cas, par exemple, de l'expulsion
d'étudiants russes et de certains membres du personnel diplomatique
Russes en poste en Ukraine lors du conflit entre la Russie et l’Ukraine
qui est toujours d’actualité
Rupture des relations diplomatiques
Dans le cadre de l'affaire du personnel diplomatique à Téhéran
ci-haut mentionnée, on a abouti à une rupture complète des relations
diplomatiques entre les deux Etats, suite à la décision de l’Union
Européenne4.
Interruption des négociations diplomatiques en cours ou refus de
ratifier des accords déjà signés
4
Sur la notion de rétorsion, voir notamment DAILLIER (P.) et FORTEAU (M.) et PELLET(A.), Droit International
Public, Paris, LGDJ, 2009, p. 1055.
5
A la suite de la répression en Russie, l’Ukraine A décidé en
2023 de ne pas renouveler leur accord bilatéral avec ce dernier et de
soumettre à des restrictions l'admission des organisations coopératives
à partir de janvier 2024
Réduction ou suspension de l'aide publique à l'Etat en question
En décembre 1982, en réaction contre les tueries commises par
la milice et autres violations des droits de l'homme au Suriname, les
Pays-Bas ont suspendu la mise en œuvre d'un programme d'aide à ce
pays. Récemment aussi la Belgique a suspendu son aide humanitaire en
faveur de la République Démocratique du Congo.
Le principe en cette matière reste le non usage de la force mais
il faut noter que peu importe qu'elle réponde à un acte licite ou illicite, la
mesure de rétorsion est par nature licite et légale au regard du droit
international tel que déjà relevé précédemment. C'est, d'ailleurs, cette
licéité par nature qui fait la différence d'avec des mesures de représailles,
qui ne sont licites que par définition5.
2. Mesures de Représailles
Les représailles est un terme qui, à ce jour, a quelque peu perdu
la faveur de la doctrine, sans doute, parce qu'il évoque l'idée de
vengeance et du recours à la force armée.
Les représailles sont des actes qui, par leur nature même, sont
illicites mais exceptionnellement justifiés à la lumière d'un acte illicite
antérieur commis par l'Etat contre lequel elles sont dirigées. La
Commission du droit international, qui emploie le terme «contre-
mesures» pour désigner de tels actes, considère que l'illégalité initiale
constitue une circonstance qui exclut d'avance l'illégalité de la réponse 6.
5
Sur la notion de rétorsion, voir notamment DAILLIER (P.) et FORTEAU (M.) et PELLET(A.), Droit
International Public, Paris, LGDJ, 2009, p. 1055.
6
L'usage des représailles armées est strictement interdit par le droit international. Elles ne peuvent découler que
d'un cas de légitime défense ou être décidées que par le Conseil de Sécurité de l'ONU en application du chapitre
VII de la Charte (art. 42). Par ailleurs, la CDI a exclu la légitimité des représailles armées dans sa définition des
contre-mesures. Toutefois, dans un aspect terminologique, le terme "représailles" tend aujourd'hui à n'être utilisé
que pour désigner, en général, les politiques de contrainte comportant un recours à la force (rapport 2001 de la
CDI, p. 181).
6
A. Restrictions et/ou embargo commercial sur la vente des armes, la
technologie militaire et la coopération scientifique
Le 4 août 1990, les Communautés européennes ont pris une
série de décisions à l'égard de l'Irak qui comprenaient notamment un
embargo sur la vente d'armes et d'autres équipements militaires, et la
suspension de toute la coopération technique et scientifique.
Ces mesures ne peuvent constituer des contre-mesures que si à
la base, comme cela était le cas dans chaque cas d'espèce, il existait des
accords de coopération.
B. Restrictions aux exportations et/ou importations à destination et en
provenance de l'Etat qui commet des violations : interdiction totale
de relations commerciales
A la suite de l'invasion de l'Afghanistan en 1979, les Etats-Unis
ont décrété un embargo céréalier à l'encontre de l'URSS; les
Communautés européennes ont imposé une interdiction totale sur les
importations en provenance de l'Argentine pendant le conflit des
Falkland-Malvinas en 1982; les Etats-Unis ont suspendu leurs relations
commerciales avec l'Ouganda en 1978, en réaction contre les violations
des droits de l'homme.
Toutes ces mesures avaient été prises en violation des accords
commerciaux existants entre différents Etats.
C. Interdiction des investissements
En 1985, la France a interdit tous les nouveaux investissements
en Afrique du Sud, suite à un durcissement de la répression liée à
l'apartheid. Cette mesure avait été prise alors même qu'il existait un
engagement entre les deux Etats dans le domaine des investissements 7.
7
DE BRICHAMBAUT.M., Leçons de droit international public, Paris; Presses de Sciences PO et Dalloz, 2002,
p.52.
7
D. Gel des capitaux
Le 4 août 1990 les Communautés européennes ont décidé de
geler les avoirs irakiens sur le territoire des Etats membres.
E. Suspension des accords relatifs au transport aérien (ou autres
accords)
Le 26 décembre 1981, les Etats-Unis ont suspendu l'US-Polish
Air Transport Agreement (accord sur le transport aérien entre les Etats-
Unis et la Pologne) de 1972 à la suite de la répression du mouvement
Solidarité par le gouvernement polonais.
Il parait jusqu'ici judicieux de noter la différence entre ces deux
notions qui réside dans le caractère licite ou illicite des moyens mis en
œuvre pour faire cesser l'illicéité. En ce qu'en cas de représailles, les
mesures sont illicites et, en cas de mesures de rétorsion, les moyens mis
en œuvre sont licites.
3. Conditions de licéité de mise en œuvre de Contre-mesures
Contrairement à la sanction, la licéité des contre-mesures,
notamment en ce qui concerne leur contenu et leur mise en œuvre, est
déterminée non seulement en fonction des limites que leur dictent la
civilisation et l'humanité, mais aussi en fonction de leur but. Le but
poursuivi n'est ni de punir ni de chercher des compensations, mais
uniquement d'obliger l'Etat responsable d'avoir violé le droit à cesser de
le faire, en lui infligeant des dommages, et de le dissuader de
recommencer à l'avenir.
Formellement, dans le projet d'Articles sur la responsabilité de
l'État pour fait internationalement illicite adopté en 2001, la
Commission du droit international a relevé les conditions tant
procédurales que substantielles du recours aux contre-mesures. A ce
sujet, il suffit de rappeler que pour être licites les contre-mesures doivent
satisfaire à trois conditions de base. Ainsi, pour rester licites, les contre-
mesures doivent :
Etre dirigées contre l'Etat responsable de l'acte illicite proprement
dit;
8
Etre précédées d'un avertissement adressé à l'Etat en question, lui
demandant de mettre fin audit acte;
Etre proportionnelles à l'acte illicite dénoncé et toutes les mesures
qui ne seraient pas proportionnelles à l'acte qui est à leur origine
seraient excessives, et donc illicites;
Respecter les principes humanitaires fondamentaux, comme le
prévoient le droit international public et le droit international
humanitaire, selon lesquels il est interdit de prendre ce type de
mesures à l'encontre de certaines catégories de personnes ;
Etre provisoires et par conséquent cesser dès que l'Etat en question
cesse de violer le droit.
Les analyses ci-haut révèlent que les contre-mesures sont des
mesures coercitives et correctives unilatérales, aux mains des Etats, mais
conformes au droit international. Cette conformité nous l'avons vu,
repose sur leur respect des principes fondamentaux du droit
international public. Les contre-mesures respectent et maintiennent en
effet le principe du non usage de la force armée d'une manière
unilatérale dans les relations interétatiques et les principes de l'égalité et
de la souveraineté des Etats. Ceux-ci ne font d'elles cependant pas une
sanction internationale suivant l'esprit de la Charte, pour le simple fait
que la sanction est plus spécifiquement prise par les instances de
décision d'une organisation internationale à l'encontre de ses membres
qui ne respecteraient pas leurs engagements.
En effet, d'après les rédacteurs de la Charte, on peut parler de
sanction que dans le cadre d'une communauté internationale organisée
en vue du maintien de la paix et capable d'obtenir de ses membres un
comportement tendant à ce résultat. Donc, il serait incorrect dans la
société internationale de qualifier de sanction les mesures prises
unilatéralement par les Etats8.
PARAGRAPHE II : SANCTION, LEGITIME DEFENSE ET MESURES
CORPORATIVES
La légitime défense est une notion très bien connue en droit
international. En plus, elle est même connue en droit interne, même si
8
RUZIE (D.), Organisations internationales et sanctions internationales, Paris Colin 1971, p.67.
9
les réalités internes et internationales diffèrent quelque peu. Nous allons
commencer par préciser la notion de légitime défense.
1. Notion de légitime défense
Prévue expressément à l'article 51 de la Charte, qui en
substance dispose: «Aucune disposition de la présente Charte ne
porte atteinte au droit naturel de légitime défense,
individuelle ou collective dans le cas où un Membre des
Nations Unies est l'objet d'une agression armée... ». Elle serait,
dans cette hypothèse, une réaction face à un acte d'agression et se
bornerait à tenter d'arrêter cette violation. Suivant une logique
comparable au droit interne, il est en principe interdit de se faire justice
à soi-même. Cependant, le droit à la légitime défense est reconnu à
chacun : il est permis de se défendre entre le moment de l'agression et le
moment de l'intervention des autorités publiques. Elle fait partie de
circonstances qui excluent l'illicéité d'un comportement en soi
dérogatoire en droit.
Toutefois, comme en droit interne, tant que l'autorité publique
n'a pas utilisé la force, l'Etat agressé peut de façon provisoire, dans
l'urgence, se défendre. Il s'agit d'une possibilité de recours à la force
unilatérale, sans autorisation. Ce droit à la légitime défense, cependant,
n'est pas absolu; car, il vaut « [...] jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait
pris les mesures nécessaires ».
La légitime défense s'exerce en droit contre une agression.
Celle-ci est définie comme l'attaque armée déclenchée par un Etat
agissant le premier contre un autre Etat en violation des règles du droit
international.
La liberté d'action dont les Etats jouissent au moment où ils
sont victimes d'une agression armée n'est, du point de vue de la Charte,
que temporaire. En effet, lorsque le Conseil de sécurité se saisit d'une
affaire, il peut adopter toute décision en vertu des pouvoirs qu'il détient
de la Charte. Cela vise essentiellement la préservation du rôle du Conseil
de sécurité en tant qu'organe ayant la responsabilité principale pour le
maintien de la paix et de la sécurité internationale.
10
Concernant le contrôle exercé par le Conseil de sécurité, tout
Etat est tenu de porter à sa connaissance les mesures prises au titre de la
légitime défense, même si, en pratique, il est relativement rare qu'un
Etat le fasse. A notre avis, cela serait constitutif de mauvaise foi de l'Etat
qui prétendrait exercer la légitime défense9.
2. Conditions de mise en œuvre
La Cour Européenne de justice et le Conseil de sécurité se
réfèrent à cette résolution, pour définir ce qu'est une attaque armée.
Etant une réaction ou une riposte à une action matérialisée, en cours ou
du moins à un début d'exécution mais pas avant celle-ci, la légitime
défense exclue toute légitime défense « préventive », qui n'est en réalité
qu'une agression camouflée en légitime défense si l'on s'en tient à
l'article 2 de la définition de l'agression.
La légitime défense ne peut être interdite, mais elle peut être
encadrée. On considère, en effet, que l'utilisation de la force est le
problème de tous les Etats.
Les mesures de légitime défense doivent être proportionnées
par rapport à leur objectif qui est de mettre fin à l'agression armée. La
force utilisée en légitime défense doit en conséquence être
proportionnelle, ou plutôt elle ne doit pas être disproportionnée par
rapport à l'agression elle-même et aux moyens utilisés pour la perpétrer.
Autrement, elle dépassera sa fonction d'arrêter et de repousser
l'agression et changera de qualification juridique. Cette condition
vaudrait qu'il y ait une équivalence des moyens utilisés entre l'action et la
réaction10.
3. Types de légitimes défenses
L'article 51 de la Charte dit que la légitime défense peut être : -
individuelle :
Reconnue à l'Etat agressé ou collective : l'état agressé
peut demander l'aider d'autres pays. Chacune avec ses exigences
propres.
9
CORTEN (O.), Droit international public, ULB, faculté de Droit, Année académique 2017-2017, p. 52.
10
KISHIBA (G.), Droit international public, ULB, faculté de Droit, Année académique 2015-2016, p. 52.
11
On peut l'exercer de manière unilatérale jusqu'à ce que le
Conseil de sécurité prenne des mesures nécessaires. À partir de ce
moment, les Etats doivent s'aligner par rapport aux mesures prises par le
Conseil. Il n'est pas nécessaire qu'il ait interdit d'utiliser la légitime
défense, ainsi, une simple décision de sa part entraîne l'obligation de
l'Etat de s'y conformer.
Les autres mesures coercitives individuelles qui se développent
à côté de la sanction internationale suivant le système de la sécurité
collective précisées, il sied avant de conclure ce premier chapitre de
relever que les sanctions ne peuvent pas être imposées en fonction de
l'un quelconque des autres objectifs et principes des Nations Unies
énoncés à l'article premier de la Charte, à moins qu'on ne soit en
présence d'un phénomène manifeste de menace pour la paix, de rupture
de la paix ou d'acte d'agression. Pour ce faire, il suffirait de se poser la
question de savoir si les sanctions sont-elles prises pour des raisons
valables telles que définies par la Charte11.
Dans les relations interétatiques, on ne peut parler des
sanctions que lorsqu'il existe une menace de rupture ou une rupture
effective de la paix et de la sécurité internationales, qualifier comme tel
par le Conseil de sécurité. On ne peut donc pas parler de sanctions
lorsque certains Etats puissants soient-ils, décident des mesures
coercitives ou privatives des certains avantages pour des motifs
politiques non valables (rancœurs personnelles, politiques de bloc "est-
ouest", "nord-sud", "gauche contre droite" et autres motifs similaires).
Les sanctions ne doivent pas procéder de la volonté d'un État ou groupe
d'États de s'assurer un avantage économique au détriment de l'État
sanctionné ou d'autres États, ni avoir pour résultat un tel avantage. Les
sanctions ne doivent pas porter indûment atteinte aux droits souverains
d'un État tels qu'ils sont consacrés en droit international.
SECTION II. LES MESURES CORPORATIVES
Apparues à la fin du XIXème siècle, les organisations
internationales sont définies par Olivier Corten comme « collectivité
composée d'Etats ou autres collectivités publiques, créée par des Etats,
dotée de compétences particulières dans l'ordre international et
11
Article 215 du TFUE, ancien article 301 TCE, in Journal officiel de l'Union européenne.
12
d'organes propres susceptibles d'exprimer une volonté distincte de ses
Etats membres. Elle possède en principe une personnalité juridique
distincte de ceux-ci ».
C'est suite à leur apparition et développement (via
l'institutionnalisation progressive) que la société internationale s'est
constituée, par le biais d'une vision idéaliste, en vue de créer du droit et
de développer la coopération entre Etats. L'idée dans cette démarche est
que chaque Etat a besoin des autres Etats pour survivre. Il y a une
nécessité d'interagir et cela vise des domaines les plus vastes : juridique,
commercial, postal ou encore politique, etc.
A ce jour, on compte une centaine d'organisations
internationales et cela est le signe des progrès des conceptions
idéalistes : la paix par le droit, sous l'égide des organisations
internationales, se retrouve en particulier dans le discours des
organisations internationales, notamment l'ONU12.
Les organes des organisations internationales sont tenus de
fonctionner dans les limites de pouvoirs qui leur sont reconnus dans les
actes constitutifs. Le droit qui découle de la mise en œuvre de l'acte
constitutif doit être accepté par les Etats et doit se conformer au droit
international général, en particulier à la Charte de l'ONU.
Contrairement aux relations entre Etats ut singuli qui sont
horizontales, au sein de chaque organisation, on a donc une structure
plutôt verticale qu'horizontale.
Une organisation internationale, quelle qu'elle soit, n'est pas en
droit de prendre des sanctions à l'égard de tiers lorsque ses droits
propres ne sont pas en cause. Il lui revient exclusivement en pareille
hypothèse d'exécuter, à la limite des pouvoirs que lui confère son acte
constitutif, la décision de sanction prise par le Conseil de sécurité de
l'ONU. On comprendra que l'exception serait le cas où un tiers mettrait
en mal les droits de l'organisation internationale.
Cependant, la mise en place de ces organisations régionales ne
doit pas être confondue avec les organisations régionales de défense
12
Article 47 Charte de droits fondamentaux de l’U.E
13
mutuelle. Car, aux termes de l'article 53 précité, le Conseil peut déléguer
ses compétences à ces organisations régionales. Tout chercheur averti
ressortira de la lecture de cet article que le régionalisme a été donc
traditionnellement conçu, dans le cadre onusien, comme la duplication
de la sécurité collective. Ceci est relever à titre d'informations, car le
présent paragraphe aborde la question relative au pouvoir propre aux
organisations régionales à adopter de sanctions internationales. C'est-à-
dire comment, quand et qui elles peuvent décidés de sanctions13.
A. L'Union européenne
Arrivé à ce point, la complétude voudrait qu'il soit précisé que
les termes sanction et mesures restrictives sont employés de manière
synonyme. Mais avec cette petite différence que le terme « sanctions»
relève davantage du droit international, alors que l'expression« Mesures
restrictives » est consacrée en droit de l'Union européenne depuis
l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne14.
Par ailleurs, en droit de l'Union européenne, le terme «
sanctions» peut être considéré comme plus extensif: car non seulement il
englobe les mesures restrictives dénommées comme telles et adoptées
sur fondement de l'article 215 Traité sur le fonctionnement de l'union
Européenne, mais est également susceptible d'en faire partie toute
mesure prise par l'union en réaction à un comportement illicite d'un Etat
tiers, soit la suspension d'un accord sur le fondement de l'article 218§9
du même traité, soit la mise en œuvre de mesures coercitives en
application de dispositions conventionnelles. Cela peut être le cas, par
exemple, des mesures de mise en œuvre de l'article 96 de l'Accord de
Cotonou, s'agissant du partenariat entre l'Union européenne et les pays
dits ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).
C'est au titre de la Politique de Sécurité et de Défense
Commune que l'Union européenne décide de sanctions. Ce pouvoir lui
est attribué par le Traité sur le Fonctionnement de l'Union Européenne
en son article 215 du titre IV sur les mesures restrictives, qui fournit la
base légale à ces mesures : « 1. Lorsqu'une décision, adoptée
13
Article 47 Charte de droits fondamentaux de l’U.E
14
NEFRAMI (E.), L'Action extérieure de l'Union européenne. Fondements, moyens, principes, Paris, LGDJ,
2010.
14
conformément au chapitre 2 du titre V du traité sur l'Union
européenne, prévoit l'interruption ou la réduction, en tout ou en partie,
des relations économiques et financières avec un ou plusieurs pays
tiers, le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, sur proposition
conjointe du haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères
et la politique de sécurité et de la Commission, adopte les mesures
nécessaires. Il en informe le Parlement européen.
2. Lorsqu'une décision, adoptée conformément au chapitre 2
du titre V du traité sur l'Union européenne, le prévoit, le Conseil peut
adopter, selon la procédure visée au paragraphe 1, des mesures
restrictives à l'encontre de personnes physiques ou morales, de groupes
ou d'entités non étatiques ».
Généralement, les sanctions appliquées par l'Union européenne
visent à obtenir un changement de politique ou d'activité de la part des
entités visées.
Comme déjà noté précédemment, l'Union européenne
transpose les décisions du Conseil de sécurité de l'ONU dans son droit
communautaire, mais peut également appliquer des sanctions plus
restrictives (dites « mixtes »), ou même autonomes 15. Ces mesures
restrictives de l'Union européenne ont but de soutenir la lutte contre le
terrorisme, la lutte contre la prolifération des armes de destruction
massive, ainsi que de faire respecter les droits humains, la démocratie, la
loi et la bonne gouvernance.
15
Article 39 de la Charte de l’Union Européenne
15
L'Union européenne en tant qu'une organisation internationale
à l'instar de ses Etats membres, ne peut adopter des mesures coercitives
dites communément « sanctions » à l'endroit d'un Etat membre ou tiers
que dans trois hypothèses :
En participant à la mise en œuvre de sanctions décidées par le
Conseil de sécurité;
En recourant à des mesures de rétorsion, c'est-à-dire à « des actes
de contrainte qui n'impliquant pas l'usage de la force armée et qui
seraient licites en elles-mêmes au regard du droit international »;
ou
En adoptant des contre-mesures en réponse à un fait
internationalement illicite d'un Etat ou d'une organisation
internationale;
Y a lieu à faire remarquer que l'Union européenne cherche à
s'affirmer sur la scène internationale comme un acteur global, doté d'une
influence normative, capable de jouer « un rôle stabilisateur au plan
mondial et d'être un repère pour un grand nombre de pays et de peuples
». Pour ce faire, elle dispose d'une palette instrumentale quasi égale à
celle d'un Etat, dans la mesure où elle peut, dans ses relations
extérieures, mobiliser aussi bien ses instruments diplomatiques que
politiques, ses instruments unilatéraux (telles que les mesures
restrictives ou les instruments d'assistance économique, financière et
technique) ou ses instruments conventionnels. Si elle est formellement
très vaste, son action est cependant, d'un point de vue matériel, limitée
par le principe d'attribution des compétences. En effet, la spécificité de
l'Union consiste réside en ce qu'elle « aspire à acquérir sur le plan
16
international une existence propre sous les traits d'un Etat, sans pour
autant revendiquer de traits étatiques d'un point de vue interne »16.
En somme il sied de retenir qu'au sein de l'Union européenne,
la base légale dépend de la nature des mesures restrictives. Lorsqu'il
s'agit d'adopter une nouvelle mesure restrictive, il convient d'approuver
à l'unanimité une décision du Conseil dans le domaine de la Politique
Etrangère et de la Sécurité Commune62 dont toutes les composantes sont
obligatoires pour les États membres. Lorsqu'une décision politique
étrangère et sécurité commune prévoit l'interruption ou la réduction, en
tout ou en partie, des relations économiques et financières avec un ou
plusieurs pays tiers, le Conseil adoptera, en vertu de l'article 215 du
Traité sur le fonctionnement de l'union européenne, un Règlement union
européenne est adopté à la majorité qualifiée, sur proposition conjointe
de la Commission et du Haut-représentant de l'Union aux Affaires
étrangères et à la Politique de sécurité, dont toutes ses composantes sont
obligatoires pour ses destinataires généraux.
Il convient de retenir également qu'au sein de l'Union
européenne, il existe trois différents types de régimes des mesures
coercitives notamment : ceux qui impliquent une simple transposition
des mesures convenues dans le cadre des Nations unies (mesures de
transposition), ceux qui sont adoptés de façon complémentaire pour
étoffer les mesures prises par le Conseil de sécurité (mesures
supplémentaires) et ceux qui sont approuvés sur initiative propre
(mesures autonomes).
Les mesures autonomes ne devraient être dirigées que contre
ses Etats membres, et même dans ce cas, pour des violations prévues
dans le Traité constitutif et son droit dérivé et conformément à la Charte
de l'ONU. Les supplémentaires sont des violations du droit international,
parce que ajoutées aux mesures du Conseil de sécurité, sans qu'elles ne
soient prévues par ce dernier. Seules les mesures de transposition, les
contre-mesures et les mesures de rétorsion peuvent être licites s'agissant
de l'UE.
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GAJA (G.), « Réflexion sur le rôle du Conseil de sécurité dans le nouvel ordre mondial », RGDIP, 2005, p.
297.
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