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Chomsky : Propagande et démocratie moderne

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par Efstratios Chatzipantsoudis

Cours : « Espace public et démocratie »


Sophie Guérard de Latour
ENS de Lyon 2021 – 2022
« La propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à
l’État totalitaire »
— Noam Chomsky —

« Chomsky et la propagande médiatique en


tant qu’élément constitutif de la démocratie
contemporaine »

Introduction

Il serait illusoire de croire que dans une démocratie libérale la


population participe à la gestion de ses affaires et que les médias
de masse sont indépendants et fournissent l'information nécessaire
à la prise de décision d'intérêt public. Noam Chomsky et Robert
W. McChesney, décrivent dans des textes percutants un état de fait
alarmant pour la démocratie. Plus particulièrement, dans «
Propagande, médias et démocratie » [1], Chomsky explique
comment et pourquoi la démocratie libérale ne favorise pas
l'existence de médias de masse libres et indépendants et, par
extension, la participation des citoyens aux affaires publiques. De
son côté, Robert W. McChesney nous fait comprendre en quoi les
"géants des médias", résultant de la concentration de la propriété
des moyens de communication, constituent une grave menace
pour la démocratie. Au-delà de la désinformation, l'enjeu soulevé
dans cet ouvrage est : dans quel type de société voulons-nous
vivre ? Une démocratie véritable ou un totalitarisme déguisé ?
Reconnu comme étant l’un des intellectuels les plus importants de
notre époque et dont la réputation comme analyste des médias
n'est plus à faire, Noam Chomsky est également un militant qui a
constamment remis en question le discours dominant des élites
politiques et économiques. Son travail d’analyse a entre autres
porte sur le fonctionnement des médias de masse. Les critiques
qu’il a formulé à l’égard de l’industrie des médias ont été
présentées dans « Manufacturing Consent : The Political Economy
of the Mass Media » [2], un ouvrage rédigé en collaboration avec
Edward S. Herman en 1988. Chomsky et Herman proposent dans
cet ouvrage, un « modèle de propagande » pour comprendre la
mesure dans laquelle « les médias constituent un système qui sert
à communiquer des messages et des symboles à la population »[3]
et sont les instruments d'une vaste communication idéologique
visant notamment à promouvoir le libéralisme économique. Le
titre est un emprunt direct à l'expression « fabrication du
consentement », utilisée pour la première fois par Walter
Lippmann en 1922 dans l’« Opinion publique » [4]. Dans « La
fabrication du consentement », les deux auteurs avancent l'idée
que les médias diffusent avant tout une propagande au bénéfice
d'un groupe de dominants. Leur fonction principale est, selon eux,
de traiter et de manipuler l'information afin de servir les intérêts
des élites politiques et économiques. En outre, ces mêmes élites
possèdent et contrôlent les médias, soit directement à travers les
financements (possession du capital des entreprises de presse), soit
indirectement à travers les sources d'information reconnues par
eux-mêmes comme seules officielles et crédibles, constituant ainsi
ce qu'on appelle le « Parti médiatique » [5]. Il est donc plus
qu’évident que les médias de masse jouent un rôle primordial dans
la fabrication du consentement. Ces derniers sont les véhicules des
messages endoctrinant conçus par les élites politiques et
marchandes afin de persuader la population de diverses façons. La
logique derrière ce phénomène souligne que ce sont les
compagnies privées d’informations qui ont le pouvoir quasi-
absolu sur le contenu du message véhiculé. Comme l’affirme
Edward S. Herman, « C’est ainsi que la concentration des médias
en un nombre toujours décroissant de très grosses firmes s’est
accéléré sans opposition réelle de la part des « administrations »
[…] ou des autorités de contrôle » [6].

Démocratie : un cadre conceptuel

Étant donné que la question démocratique se trouve au cœur


du débat concernant l’organisation et le fonctionnement des
médias, il serait pertinent d’examiner d’abord la manière dont la
notion de la démocratie subit une profonde transformation dans le
cadre de deux conceptions complètement opposées.

Selon la première, une démocratie est une organisation


politique autonome dans laquelle l'ensemble des citoyens exercent
la souveraineté. Pour bien fonctionner serai doit répondre à trois
critères essentiels. Premièrement, il importe que la société ne
présente pas de disparités marquées dans la répartition de la
richesse et de la propriété car celles-ci affaiblissent la capacité des
citoyens d'agir sur un pied d'égalité. Deuxièmement, il importe
que les citoyens ressentent un sentiment d'appartenance à leur
communauté et soient conscients que le bien-être de chacun
dépend étroitement du bien-être de tous. Troisièmement, la
démocratie requiert l'existence d'un système de communications
efficace qui informe et mobilise l'ensemble des citoyens et les
amène à participer réellement à la vie politique. Alors que, par
définition, les sociétés démocratiques ont l'obligation de respecter
les libertés individuelles, celles-ci ne peuvent s'exercer que dans la
mesure où les citoyens sont informés, engagés sur le plan politique
et qu'ils participent réellement à la chose publique.

La deuxième conception de la démocratie réside dans ce qu’on


appelle aujourd’hui la « démocratie libérale », minutieusement
théorisée par Walter Lippmann qui pensait que la propagande n’est
qu’un moyen nécessaire pour garantir l’ordre sociale. En effet, ce
qu'il appelait « une révolution dans l'art d'exercer la démocratie »,
devait pouvoir, disait-il, être utilisé pour « fabriquer le
consentement », c'est-à-dire pour obtenir l'adhésion de la
population à des mesures dont elle ne veut pas, grâce à
l'application des nouvelles techniques de propagande. Lippmann
pensait que c’est une bonne idée et même une idée nécessaire, car,
selon lui, le bien commun est une notion qui échappe
complètement à l'opinion publique. Selon cette théorie, seule une
petite élite, une classe spécialisée, à savoir, le groupe
d'intellectuels peut comprendre en quoi consiste le bien commun
et savoir ce qui est important pour la collectivité. Ce qui est
particulièrement intéressant et qui mérite donc d’être remarqué,
c’est le fait que pour Chomsky, ce point de vue est également
caractéristique de la pensée de Lénine. Comme il affirme, « il est
très proche de la conception léniniste selon laquelle une avant-
garde d’intellectuels révolutionnaires s'empare du pouvoir de l'État
en tirant parti des révolutions populaires pour y accéder et
conduire ensuite les masses stupides vers un avenir qu’en raison
de leur bêtise et de leur incompétence, elles sont incapables de
concevoir elles-mêmes. Par conséquent, les prémisses
idéologiques qu'ils partagent confèrent à la théorie de la
démocratie libérale et au marxisme-léninisme une étroite parenté.
Pour Lippmann, ils existent deux catégories de citoyens dans une
société démocratique qui fonctionne bien. Au premier plan se
trouvent ceux qu'ils doivent participer activement à la gestion des
affaires d'intérêt général. Ils appartiennent à la classe des
spécialistes, ceux qui analysent, administrent, décident et dirigent
sur les plans politique, économique et idéologique. Cette classe
représente un très faible pourcentage de la population alors que
tous les autres faisant partie d’un groupe social que Lippmann
nommait le « troupeau dérouté », forment l’immense majorité de
la population. Leur rôle en démocratie c'est d'être tout simplement
des spectateurs et non des participants actifs. De temps en temps,
on leur permet de donner leur appui à tel ou tel membre de la
classe des spécialistes à travers des élections, mais dès qu'ils ont
donné leur appui à l'un ou l'autre des spécialistes, on attend des
membres du troupeau qu’ils se retirent et deviennent les
spectateurs de l'action sans y prendre part. Le principe, c'est que la
faculté de raisonner est si peu répandue, que seul un nombre
restreint de personnes la possède et que la plupart des gens se
laissant dominer par leurs émotions et leurs impulsions, sont de
fait et de nature incapables de saisir les enjeux. En coséquence,
par simple souci de morale, il est indispensable de faire en sorte
que les gens n’aient aucune possibilité d'agir en fonction de leur
appréhension fausse des choses. Dans ce qu'on qualifie de nos
jours d’État totalitaire ou d’État policier, c’est une tâche facile. Il
suffit juste de faire usage de la violence si la population s’écarte
du droit chemin. Cependant, à mesure qu'une société devient plus
libre et se démocratise, on est forcé d'abandonner cette option. Il
est donc nécessaire d’avoir recours à un moyen quelconque pour
dompter le « troupeau dérouté », de ne pas lui laisser l’occasion
d’exercer sa violence, de tout piétiner, de tout détruire et ce moyen
n’est rien d’autre que la fabrication du consentement par le biais
de diverses techniques de propagande. Bref, comme Noam
Chomsky l’affirme : « La propagande est à la société
démocratique ce que la matraque est à l’État totalitaire » [7], car
même dans les régimes démocratiques de droit, la population doit
être ramenée à l’ordre.

La privatisation de l’espace public

Lorsqu’on parle de la démocratie, on se rend facilement


compte que le concept de l’espace public en tant que lieu
privilégié de discussion, de délibération, d’échanges, de mise en
examen de chaque point de vue individuel par la collectivité, bref,
de débat démocratique, comme l’envisage Jürgen Habermas, est
absolument central. Plus particulièrement, lorsqu’on parle de la
démocratie contemporaine, on se rend aussi compte que cet espace
public est largement et étroitement lié au système médiatique
d’informations et de communications. En effet, dans les sociétés
démocratiques, la structure des médias, leur contrôle et leur
financement sont d'une importance politique capitale. La maîtrise
des moyens de communication fait partie intégrante du pouvoir
politique et économique. Ces dernières années, divers travaux,
dont ceux de Jürgen Habermas, ont ouvert la voie à la naissance
d'une théorie des médias démocratiques [8]. Bien que le modèle
d'Habermas corresponde à une vision idéalisée, la notion d'espace
public fournit un cadre de référence utile aux partisans d'un
système démocratique des médias. Pour Habermas, l’espace
public perd sa capacité de nourrir la vie démocratique lorsqu’il est
pris en charge soit par l'État, soit par le milieu des affaires, soit par
une quelconque association des deux.

Malheureusement, comme l’affirme R. W. McChesney, « Il est


évident qu’aux États-Unis, comme nulle part ailleurs dans le
monde, les valeurs du milieu des affaires et du commerce sont
parvenues à dominer les médias » [9]. En effet, le marché s’est
organisé en un oligopole constitué d'un petit groupe de
compagnies privées qui domine tous les secteurs de l'industrie
médiatique des États-Unis, de la radio, la télévision, la musique et
le cinéma jusqu'aux journaux, aux magazines et à l’édition de
livres. Cette structure oligopolistique du marché qui englobe toute
la gamme des médias, est en train de se cristalliser et il devient
extrêmement difficile de s’y tailler une place. En plus, pour James
Squires par exemple, l’ancien rédacteur en chef du Chicago
Tribune, la prise de contrôle des médias par les compagnies a
entraîné la « mort du journalisme » [10].

Ce qui est particulièrement absurde, selon McChesney, c’est


que la majorité de la population qui croit toujours à l’existence
d’une « presse libre », considère encore le gouvernement comme
le seul ennemi possible de cette liberté. Il n'est pas étonnant que
les « géants » des médias, à savoir, des conglomérats colossaux
qui contrôlent actuellement le marché des médias, ont fait et font
toujours la promotion de cette conception de la liberté de la presse
bien que cela demeure un fait rarement remarqué. Autrement-dit,
l’élite économique essaie constamment de présenter l’État comme
le principal ennemi de la presse par le biais d’une stratégie de
diabolisation méticuleusement orchestrée, justement pour
dissimuler sa propre prise de contrôle totale de l’ensemble du
système d’informations et de communications.

En fin de compte, le système commercial des communications


américain trouve sa justification dans l’idéologie de l’infaillibilité
du marché, véritable religion civique dans le pays. L’argument
généralement invoqué fait valoir que l’autodiscipline du marché
est le mécanisme connu le plus parfait, le plus rationnel et le plus
équitable pour réglementer toutes les affaires sociales. Tous les
efforts entrepris par des gouvernements pour intervenir ne feront
qu’affaiblir ses sublimes pouvoirs. Cependant, selon McChesney,
le marché ayant tendance à reproduire l’inégalité sociale,
économique, politique et idéologique, est un mécanisme
ploutocratique plutôt que démocratique. En matière de
communications, cela signifie que le système qui en résulte est
taillé sur mesure pour servir le milieu des affaires et les élites
marchandes [11].

La propagande médiatique comme une stratégie de


fabrication du consentement

Noam Chomsky et Edward S. Herman mettent en évidence


dans « La fabrication du consentement » l’existence d’une
propagande visant à diffuser la vision du monde des dominants.
Les médias, étant au cœur de cette mission, font régner une forme
particulière de désinformation qui sert les intérêts des élites
politiques et économiques. La fabrication de l’opinion publique
permet donc de consolider et de fortifier le pouvoir. Cet ouvrage
amène le lecteur à réfléchir sur le véritable rôle des médias dans la
société. Il critique vivement les rapports que les entreprises
médiatiques entretiennent avec les pouvoirs politiques et
économiques. Dès la première phrase du livre, la table est mise : «
Des années de recherches consacrées aux médias nous ont
convaincu que les médias sont utilisés pour mobiliser un vaste
soutient aux intérêts particuliers qui dominent les sphères de l’État
et le secteur privé ». Chomsky et Herman s’en prennent aux
médias qui se prétendent indépendants et qui se décrivent comme
étant « le quatrième pouvoir », c’est-à-dire une forme de contre-
pouvoir pouvant faire contrepoids à l’État et ses trois principaux
pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. Les auteurs constatent
plutôt qu’un système de propagande s’est très bien établi, système
visant à assurer la cohésion sociale et à maintenir l’ordre établi.
Selon eux, les médias filtrent les informations et livrent un produit
conforme aux intérêts de la classe dominante. Ils reconnaissent
que les médias expriment parfois des critiques à l’égard du
pouvoir politique et économique, mais ils insistent à plusieurs
reprises sur la nature limitée de ces critiques.

La fabrication du consentement repose principalement sur la


connivence du pouvoir et des médias. Cette relation privilégiée
est tout d’abord entretenue par la prédominance des sources
officielles. En effet, les médias protègent leur image d’objectivité
en tirant leur information de sources qui peuvent être présentées
comme au-dessus de tout soupçon. Ce choix a aussi un fondement
économique : préférer des sources présélectionnées réduit les
coûts d’enquête, alors qu’un travail journalistique minutieux est
beaucoup plus long et plus onéreux. Concentrant leur enquête sur
les États-Unis, Chomsky et Herman soulignent que la Maison-
Blanche, le Pentagone et le Département d’État à Washington sont
les épicentres de la production de l’information « labellisée ». Les
grandes entreprises sont également des producteurs réguliers
d’informations jugées crédibles, c’est-à-dire dignes d’être
publiées. « En matière de relations publiques et de propagande,
écrivent les auteurs, seul le monde des affaires dispose des
moyens de rivaliser avec le Pentagone et les autres services
gouvernementaux » (La fabrication du consentement). Les sources
les plus puissantes contrôlent également les médias en les
subventionnant directement ou indirectement. Ainsi, l’État
américain les fait bénéficier financièrement, ce qui lui garantit un
accès privilégié et même un droit de regard sur la production de
l’information.

La fabrication du consentement passe aussi par le contrôle de


l’expertise. Quand les sources les plus puissantes n’inondent pas
simplement les médias d’informations biaisées, elles leur livrent
des « experts » indépendants seulement en apparence. En effet,
ceux-ci sont souvent rémunérées comme consultants, ou par le
biais du financement de leurs recherches. Chomsky et Herman
évoquent ainsi la création d’une communauté d’experts comme
une technique de propagande mise en œuvre à grande échelle.
L’industrie de l’information a notamment usé de cette expertise
artificielle pour décrédibiliser les sensibilités politiques
dissidentes.

La fabrication du consentement consiste enfin, dans le filtrage


de l’information. Chomsky et Herman théorisent ce mécanisme
par le biais d’un « modèle de propagande » comportant cinq
filtres. Le premier est la dimension économique du média. En
effet, les moyens permettant de couvrir ses coûts dépendent de sa
taille, de son actionnariat et de son orientation lucrative. Les
médias les plus puissants forment ainsi une strate supérieure qui
produit et diffuse une information sélectionnée vers les strates
inférieures et le public. « […] les groupes multimédias dominants,
écrivent Chomsky et Herman, sont donc de très grosses
entreprises, contrôlées par des gens très riches ou des
administrateurs sous étroite surveillance de propriétaires et autres
forces orientées vers le profit » (La fabrication du consentement).
Le deuxième filtre réside dans une sorte de régulation par la
publicité. En effet, puisque la majorité des revenus des médias
provient de la publicité, ils ne sont pas économiquement viables
sans le soutien des annonceurs qui agissent, par conséquent,
comme une autorité de régulation permettant à tel ou tel média
d'opérer ou non. Le troisième filtre est le poids des sources
officielles, jugées les plus crédibles, qui sélectionnent et formatent
l’information pour les journalistes. En effet, les grandes
entreprises et agences gouvernementales subventionnent les
principaux médias et réduisent pour eux le coût d'accès à
l'information en produisant eux-mêmes et de manière routinière de
l'information. Ainsi les médias ont-ils facilement accès à une
information régulière qui satisfait le rythme de leurs productions
éditoriales et les pourvoyeurs de cette information gagnent eux
accès aux contenus éditoriaux ainsi produits et massivement
diffusés. Les sources d'information donc qui ne sont pas
considérées comme habituelles ou propres à suivre le rythme de
travail des médias de masse sont pénalisées. Le quatrième filtre
réside dans les « contre-feux », à savoir, des divers types
d’organisations, voire d’individus qui ont pour fonction de faire
pression sur certains médias sortis du rang, ou sur certaines lignes
éditoriales. Plus particulièrement, les « contre-feux » sont des
réactions négatives au contenu éditorial produit par un média et
qui peuvent prendre la forme de déclarations ou de poursuites
judiciaires par exemple. Plus la personne ou l'institution qui
organise le contre-feu est puissante, plus le contre-feu peut être
coûteux et dévastateur pour le média ciblé. L’éventualité seule de
provoquer un contre-feu de la part de certaines personnes ou
institutions suffit à causer un phénomène d'autocensure parmi les
médias. Par conséquent, les opinions qui seraient de nature à nuire
aux intérêts de personnes ou institutions puissantes sont
pénalisées. Enfin, il existe un cinquième filtre idéologique (par
exemple l'anticommunisme, la guerre contre le terrorisme, etc.).
Ce dernier, consiste en la pression subie par les médias pour ne
pas exprimer d'opinions qui puissent être, plus ou moins,
considérées comme favorables au communisme. La pression
provient tant des agences gouvernementales que des grandes
entreprises et conduit les médias, sinon à promouvoir, au moins à
ne pas questionner le libéralisme économique et la politique
étrangère des États-Unis.

Internet

Noam Chomsky et R. W. McChesney reconnaissent le fait


qu’Internet a ouvert des possibilités importantes dans le champ
des communications démocratiques et progressistes, notamment
pour les militants dont les médias commerciaux traditionnels
limitaient l’expression. A lui seul, cet élément a fait de l’apparition
de ce média une contribution technologique extrêmement positive.
Malgré tout, en déduire qu’Internet est en train de devenir le
média démocratique par excellence pour la société dans son
ensemble ne va pas de soi. L’idée qu’il permettra à l’humanité de
se passer du capitalisme et des compagnies de médias entre en
contradiction flagrante avec ce que l’on observe actuellement, à
savoir sa commercialisation rapide. De toute façon, Internet et les
réseaux numériques de télécommunications n’empêcheront pas le
développement d'un oligopole mondial des communications. Dans
l'économie de marché, Internet sera façonné pour satisfaire les
besoins du milieu des affaires et des consommateurs riches. Même
si au début, on pensait qu’Internet en tant qu’espace public hors du
contrôle des compagnies ou du gouvernement, favorisera la
participation populaire aux affaires publiques et servira ses
intérêts, ce dernier est en train de devenir un média de diffusion où
les compagnies injectent de l’information orientée vers la
consommation [12].
La lutte pour un système d’information et de
communication démocratique

En guise de conclusion, le règne du capitalisme mondial et


des intérêts privés évolue vers la domination totale au détriment
non seulement de la sphère publique et de la démocratie elle-
même, mais aussi de la souveraineté nationale. Les valeurs
commerciales s’imposant comme étant des valeurs « naturelles »
imprègnent de manière déterminante l’espace public et en
particulier le système médiatique provoquant ainsi une véritable
crise identitaire pour la démocratie. Il est alors grand temps que
nous réfléchissions sur les responsabilités individuelles et
collectives qui découlent du rôle social que chaque citoyen est
urgemment appelé à jouer. Il s’agira surtout d’une prise de
conscience collective de l’importance d’un changement du statut
ontologique du peuple qui doit se transformer, en ce qui concerne
la participation aux affaires publiques, de spectateur passif en
acteur engagé. Cela présuppose la volonté des citoyens de
s’organiser et de s’associer, de se lancer à la recherche de la vérité,
à savoir, la validité et la rationalité de leurs idées qui ne peuvent
être vérifiées que par le biais d’un processus discursif et
délibératif. Cela passe bien évidemment par la valorisation du
débat public et démocratique et le développement d’outils
d’identification des différentes techniques de propagande. Il s’agit
entre autres de reconnaître le fait que le caractère oligopolistique,
lucratif et fallacieux du système médiatique n’est pas une fatalité.

Car l’enjeu, selon Chomsky, est « de savoir si nous voulons


vivre dans une société libre ou bien dans ce qui est ni plus ni
moins qu’une forme de totalitarisme […] La solution de ce
problème repose principalement entre les mains de gens comme
vous et moi » [13].
NOTES
[1] Noam Chomsky et Robert W. McChesney, « Propagande,
médias et démocratie », Canada, éditions : écosociété, 2005, 216
p.

[2] Noam Chomsky et Edward S. Herman (trad. de l'anglais), La


fabrication du consentement : de la propagande médiatique en
démocratie, Marseille, Agone, 16 octobre 2008, 653 p.

[3] ibid, p. 25

[4] Dans « Public Opinion » (1922), Lippmann étudie la


manipulation de l'opinion publique en décrivant la propagande
comme une nouvelle pratique de la démocratie

[5] Le concept de parti médiatique, inventé par le théoricien


marxiste Antonio Gramsci au milieu du XXe siècle, est une notion
désignant l'hégémonie culturelle de la classe bourgeoise
dominante sur l'ensemble de la société grâce aux médias. Dans «
La Fabrication du consentement » (1988), Edward Herman et
Noam Chomsky reprennent les principes d'hégémonie culturelle et
du Parti médiatique énoncés par Gramsci, avançant l'idée que les
médias diffusent avant tout une propagande au bénéfice du groupe
social dominant qui les possèdent

[6] Herman, S. Edward, La fabrique de l’opinion publique, Paris,


France, Le Serpent à Plumes, 2003, p. 13

[7] Noam Chomsky et Robert W. McChesney, « Propagande,


médias et démocratie », Canada, éditions : écosociété, 2005, 216
p., p. 26
[8] Jürgen Habermas, The structural Transformation of the Public
Sphere, Cambridge, MIT Press, 1989. Traduction anglaise de
l’œuvre originale parue en Allemagne en 1962

[9] Noam Chomsky et Robert W. McChesney, « Propagande,


médias et démocratie », Canada, éditions : écosociété, 2005, 216
p., p. 109

[10] James Squires, Read All About It! The Corporate Takeover of
America’s Newspapers, New York, Times Books, 1993

[11] Noam Chomsky et Robert W. McChesney, « Propagande,


médias et démocratie », Canada, éditions : écosociété, 2005, 216
p., p. 161-163

[12] Frank Beacham, « Net Loss », Extra!, mai-juin 1996, p. 16

[13] Noam Chomsky et Robert W. McChesney, « Propagande,


médias et démocratie », Canada, éditions : écosociété, 2005, 216
p., p. 67

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