Chapitre 8
Équations de Navier-Stokes
O. Thual, 26 mai 2013
Sommaire
1 Fluides newtoniens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1 Rhéologie des fluides newtoniens . . . . . . . . . . . 2
1.2 Conditions aux limites . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.3 Équations de Navier-Stokes incompressibles . . . . . 5
2 Équations de Navier-Stokes compressibles . . . . . 6
2.1 “Théorème” de l’énergie cinétique . . . . . . . . . . 6
2.2 Premier principe de la thermodynamique . . . . . . 8
2.3 Lois de conservation, de comportement et d’état . . 9
3 Du compressible à l’incompressible . . . . . . . . . . 11
3.1 Relation de Gibbs et entropie . . . . . . . . . . . . . 11
3.2 Ondes sonores . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
3.3 Filtrage des ondes sonores . . . . . . . . . . . . . . . 13
1
2 Chapitre 8. Équations de Navier-Stokes
Introduction
Contrairement aux solides élastiques, pour lesquels les contraintes ne dépendent
que de la déformation au temps considéré, la rhéologie des fluides dépend d’un
champ de pression et des vitesses de déformation, c’est-à-dire des gradients de
vitesses. La plupart des fluides comme l’air ou l’eau ont un comportement de
fluides newtoniens pour lequel le tenseur des contraintes visqueuses dépend de
manière linéaire, homogène et isotrope du tenseur des taux de déformations.
Dans le cadre de l’approximation incompressible, la contrainte d’écoulement
isochore suffit à compléter la loi de conservation de la quantité de mouvement
pour résoudre les équations, à condition de spécifier des conditions aux limites
et une condition initiale. Lorsque le fluide est considéré comme compressible,
le champ de pression dépend de ses propriétés thermodynamiques et l’on doit
compléter les lois de conservation de la masse et de la quantité de mouvement
par deux lois d’état et une équation de bilan de l’énergie interne issue du pre-
mier principe de la thermodynamique. L’introduction du champ d’entropie au
moyen de l’équation de Gibbs permet de décrire les ondes sonores, adiaba-
tiques. On explique alors comment l’approximation de fluide incompressible
se justifie dans la limite des nombres de Mach très petits.
1 Fluides newtoniens
La loi de comportement rhéologique d’un fluide newtonien exprime le ten-
seur des contraintes en fonction d’un champ de pression et d’un tenseur des
contraintes visqueuses fonction du tenseur des taux de déformation. La loi de
conservation de la quantité de mouvement constitue alors une équation aux
dérivées partielles pour le champ de vitesse que l’on complète par des condi-
tions aux limites aux frontière du domaine étudié. Dans le cas incompressible,
la contrainte isochore permet de déterminer le champ de pression.
1.1 Rhéologie des fluides newtoniens
Un fluide newtonien est défini par sa loi de comportement rhéologique
σ(x, t) = −p(x, t) I + τ (x, t) avec τ = λn (tr D) I + 2 µn D , (8.1)
où σ(x, t) est le tenseur des contraintes, p(x, t) le champ de pression,
τ (x, t) le “tenseur des contraintes visqueuses”, D(x, t) le tenseur des taux de
déformation et (λn , µn ) deux coefficients de Lamé. Le coefficient µn est appellé
“viscosité dynamique”.
Cette loi est obtenue en observant que le tenseur de contrainte est un tenseur
de pression lorsque λn et µn sont négligeables et que le tenseur des contraintes
visqueuses dépend de manière linéaire, homogène et isotrope des gradients de
Fluides newtoniens 3
vitesses locaux, et donc de D, en spécifiant que la loi de comportement ne
dépend pas du choix du repère (indifférence matérielle).
La loi de conservation de la quantité de mouvement
dU
ρ(x, t) (x, t) = f (x, t) + div σ(x, t) (8.2)
dt
fait intervenir la divergence du tenseur des contraintes dont les composantes
s’écrivent
!
∂Ul 1 ∂Ui ∂Uj
σij = −p δij + λn δij + 2 µn Dij avec Dij = + . (8.3)
∂xl 2 ∂xj ∂xi
Un calcul similaire au cas de la loi de Hooke des solides élastiques permet de
résumer le comportement rhéologique des fluides newtoniens par les relations
σ = −p I + λn (div U ) I + 2 µn D ,
div σ = −grad p + (λn + µn ) grad (div U ) + µn ∆U . (8.4)
À titre d’exemple, on mesure µn = 10−3 kg.m−1 .s−1 pour l’eau et µn =
1.8 10−5 kg.m−1 .s−1 pour l’air. Pour tous les fluides, “l’hypothèse de Stokes”
3 λn + 2 µn = 0 est expérimentalement valide.
1.2 Conditions aux limites
La loi de conservation de la quantité de mouvement des fluides newtoniens
s’écrit
dU
ρ = f − grad p + (λn + µn ) grad (div U ) + µn ∆U . (8.5)
dt
C’est une équation aux dérivées partielles d’ordre deux en espace pour les
fluides visqueux et d’ordre un pour les fluides inviscides (λn = µn = 0) aussi
appelés “fluides parfaits” (à ne pas confondre avec les gaz parfaits). Il faut
donc lui adjoindre trois conditions aux limites dans le cas général, une seule
étant requise dans le cas inviscide (fluide parfait).
n
U =0 U .n = 0
couche limite visqueuse couche limite visqueuse
U (x, t) U (x, t)
a) b)
Figure 8.1 – Conditions aux limites sur un paroi solide. a) Fluide visqueux.
b) Fluide parfait.
Si les frontières qui délimitent l’écoulement sont solides, la vitesse du fluide
doit être égale à celle des parois. On considère ici le cas particulier où ces
4 Chapitre 8. Équations de Navier-Stokes
parois sont immobiles, le cas général s’en déduisant facilement. Dans le cas
visqueux, les conditions aux limites s’écrivent
U =0, sur les parois solides. (8.6)
Dans le cas inviscide (fluide parfait), seule la vitesse normale à la paroi peut-
être imposée et les conditions aux limites s’écrivent, dans le cas d’une paroi
immobile,
U ·n=0, sur les parois solides de normale n. (8.7)
Le passage entre le cas visqueux et le cas inviscide peut être compris en
considérant la couche limite visqueuse qui existe au voisinage des parois.
Lorsque les coefficients λn et νn tendent vers zéro, l’épaisseur de la couche
limite, où les effets visqueux sont influents, tend également vers zéro. La vi-
tesse y varie très rapidement en espace et on observe des vitesses tangentielles
non nulles très près des parois, c’est-à-dire sur les parois d’un point de vue
mathématique dans le cas inviscide (figure 8.1).
N N
dF dF
=0 =0
dt p = N . σa . N dt
σ . N = σa . N
=0 =0
F (x, t)
c
F (x, t)
o
u
c
couc h se
he limite visqueuse
e ueu
isq
limite v
U (x, t) U (x, t)
a) b)
Figure 8.2 – Conditions aux limites sur une surface libre. a) Fluide visqueux.
b) Fluide parfait.
Une partie des frontières de l’écoulement peut être constituée d’une surface
libre en contact avec un autre fluide, par exemple l’air. Dans ce cas, l’équation
F (x, t) = 0 de la surface libre fait partie des inconnues du problème. Cette
nouvelle inconnue doit être compensée par une condition aux limites que l’on
obtient en spécifiant que les trajectoires x(t) des particules fluides de la surface
vérifient F [x(t), t] = 0. En dérivant par rapport au temps cette relation, on
obtient la condition aux limites cinématiques qui s’écrit
dF ∂F
(x, t) = + U · grad F = 0 , sur la surface libre F (x, t) = 0. (8.8)
dt ∂t
Cette condition aux limites peut aussi s’écrire U · N = W · N où W =
− ∂F
∂t /kgrad F k N et N = grad F/kgrad F k sont respectivement la vitesse
et la normale de la surface libre.
Les conditions aux limites dynamiques s’obtiennent en écrivant les relations de
saut à travers la surface libre considérée comme une surface de discontinuitée.
Comme U · N = W · N , ces relations de saut s’écrivent, dans le cas visqueux,
σ · N = σa · N , sur la surface libre F (x, t) = 0, (8.9)
Fluides newtoniens 5
où σa est le tenseur des contraintes du fluide extérieur au domaine considéré.
Dans le cas inviscide, le tenseur des contraintes du fluide considéré est une
tenseur de pression σ = −p I et la condition aux limites dynamique se réduit
à la relation scalaire
−p = N · σa · N , sur la surface libre F (x, t) = 0, (8.10)
l’existence d’une couche limite infiniment mince permettant de justifier qu’une
seule des relations de saut soit vérifiée.
1.3 Équations de Navier-Stokes incompressibles
Lorsque l’écoulement est suffisamment lent, le fluide peut être considéré comme
étant incompressible et la contrainte d’écoulement isochore
div U (x, t) = 0 (8.11)
peut être imposée en tout point x et pour tout temps t. Dans ce cas, la loi de
conservation de la masse s’écrit
dρ
=0, (8.12)
dt
ce qui signifie que la masse volumique reste constante le long des trajectoires.
En supposant ρ(x, 0) = ρ0 , c’est-à-dire que la masse volumique du fluide est
homogène, la loi de comportement rhéologique et la loi de conservation de la
quantité de mouvement s’écrivent respectivement
dU
σ = −p I + 2 µn D et ρ0 = f − grad p + µn ∆U . (8.13)
dt
En notant νn = µn /ρ0 la “viscosité cinématique”, la contrainte d’incompres-
sibilité et l’équation de conservation de la masse constituent le système des
équations de Navier-Stokes incompressibles qui s’écrivent
dU 1 1
div U = 0 , = f− grad p + νn ∆U . (8.14)
dt ρ0 ρ0
Lorsque le fluide est parfait, c’est-à-dire si l’on peut négliger νn , les équations
inviscides correspondantes sont appelées ici les équations d’Euler incom-
pressibles.
En ajoutant les conditions aux limites et en spécifiant une condition initiale
pour le champ de vitesse, ce sytème d’équation est fermé, c’est-à-dire qu’il
ne nécessite pas d’information supplémentaire pour trouver une solution. En
particulier, la pression n’est pas reliée à la thermodynamique du fluide, l’ap-
proximation d’incompressibilité l’obligeant à s’adapter instantanément à la
dynamique, c’est-à-dire au champ de vitesse.
On peut se convaincre du rôle asservi de la pression, dont le rôle est de s’adpa-
ter pour maintenir la contrainte d’incompressibilité, en faisant abstraction des
6 Chapitre 8. Équations de Navier-Stokes
conditions aux limites et en prenant respectivement la divergence l’équation
de quantité de mouvement ce qui conduit, en tenant compte de la relation
div U , à l’expression
1 1
∆p = div f − div (U · grad U ) . (8.15)
ρ0 ρ0
En inversant l’opérateur ∆ (opération mathématique classique), on voit que
la pression dépend uniquement du forçage f et du champ de vitesse U . La
pression peut être éliminée en prenant le rotationnel de l’équation de quan-
tité de mouvement ce qui conduit à la relation (après quelques manipulations
algébriques) :
d(rot U ) 1
= [(rot U ) · grad ] U + rot f + νn ∆(rot U ) . (8.16)
dt ρ0
En écrivant que les solutions des équations de Navier-Stokes incompressibles
minimisent une fonctionnelle (non détaillée ici) sous la contrainte d’incom-
pressibilité div U , on peut aussi interpréter p comme un “multiplicateur de
Lagrange” associé à cette contrainte. Il est surtout important de retenir que,
contrairement au cas compressible, la pression n’est pas un champ thermody-
namique dans le cas incompressible.
2 Équations de Navier-Stokes compressibles
Le “théorème” de l’énergie cinétique, qui est en fait un axiome de base pour
la mécanique des milieux continus, permet de déterminer l’expression de la
puissance des forces de contact intérieures à un domaine transporté par le
mouvement. On peut alors formuler le premier principe de la thermodyna-
mique qui conduit à l’équation de bilan de l’énergie interne. L’ajout de deux
lois d’état permet de compléter le système des équations de Navier-Stokes
compressible.
2.1 “Théorème” de l’énergie cinétique
L’énergie cinétique K[D(t)] d’une ensemble de particules fluides contenue dans
le domaine D(t) transporté par le mouvement du champ de vitesse U (x, t) est
définie par la relation
1
ZZZ
K[D(t)] = ρ U 2 d3 x . (8.17)
D(t) 2
Par extrapolation du cas des masses ponctuelles ou des solides indéformables,
le théorème de l’énergie cinétique, qui est ici, pour le cas des milieux continus,
un postulat, s’écrit
d
K[D(t)] = Pextvol [D(t)] + Pextcont [D(t)] + Pintcont [D(t)] (8.18)
dt
Équations de Navier-Stokes compressibles 7
Ω(t)
∂D(t) U
D(t) x x dS
n σ(x, t) . n
f (x, t) Q
Figure 8.3 – Domaine D(t) transporté par le mouvement U .
où seule la puissance Pintvol [D(t)] des forces intérieures de volumes, que l’on
suppose négligeables, est absente. En explicitant les expressions des puissances
de tous les systèmes de forces, l’équation de bilan de l’énergie cinétique s’écrit
alors
d 1
ZZZ ZZZ ZZ
ρ U 2 d3 x = f · U d3 x + ( σ · n) · U dS
dt D(t) 2 ZZZD(t) ∂D(t)
+ πint d3 x , (8.19)
D(t)
où πint (x, t) est la densité volumique de la puissance des forces de contact
intérieures au domaine D(t). La modélisation Pint [D(t)] = D(t) πint d3 x sous la
RRR
forme d’une intégrale de volume est moins riche qu’une éventuelle modélisation
sous la forme d’une intégrale de surface dans la mesure où elle ne nécessite
qu’un champ scalaire πint au lieu du champ vectoriel que constituerait un
éventuel vecteur flux. Cette modélisation volumique est suffisante ici.
L’application du théorème de Reynolds à dK
dt [D(t)] et le rappel de l’équation
de conservation de la quantité de mouvement, s’écrivent respectivement
d 1 dU dU
ZZZ ZZZ
ρ U 2 d3 x = ρ · U d3 x et ρ = f + div σ . (8.20)
dt D(t) 2 D(t) dt dt
En reportant ces relations dans l’équation (8.19) et en simplifiant le terme
f · U , on obtient la relation
ZZZ ZZZ ZZ
πint d3 x = (div σ) · U d3 x − ( σ · U ) · n dS (8.21)
D(t) D(t) ∂D(t)
où l’on a utilisé la relation ( σ · n) · U = n · σ · U = ( σ · U ) · n qui découle
de la symétrie de σ à travers l’égalité σij nj Ui = ni σij Uj . En appliquant la
formule de la divergence à cette dernière relation, on obtient finalement
∂σij ∂(σij Ui ) ∂Ui
πint = Ui − = −σij = − σ : tK = − σ : D , (8.22)
∂xj ∂xj ∂xj
8 Chapitre 8. Équations de Navier-Stokes
où Kij = ∂U
∂xj sont les composantes du gradient du champ de vitesse qui se
i
décompose sous la forme K = Ω + D. On a utilisé la nullité σ : Ω = σij Ωji =
−σji Ωij = − σ : Ω = 0 du produit contracté d’un tenseur symétrique σ et
d’un tenseur antisymétrique Ω.
2.2 Premier principe de la thermodynamique
Une hypothèse essentielle de la mécanique des milieux continus consiste à
supposer que les particules fluides, à l’échelle hmic de l’hypothèse du continu,
sont localement en équilibre thermodynamique. Cette hypothèse d’équilibre
thermodynamique local permet de définir le champ d’énergie interne spécifique
e(x, t) et l’énergie interne d’une domaine D(t) de particules par la relation
ZZZ
Eint [D(t)] = ρ(x, t) e(x, t) d3 x . (8.23)
D(t)
Le premier principe de la thermodynamique relie alors l’énergie totale
Etot [D(t)] = Eint [D(t)] + K[D(t)] à la puissance thermique Pthe [D(t)] et à la
puissance des forces extérieures à travers la relation
d
{Eint [D(t)] + K[D(t)]} = Pthe [D(t)] + Pextvol [D(t)] + Pextcont [D(t)] , (8.24)
dt
la puissance thermique étant définie par la relation
ZZZ ZZ
Pthe [D(t)] = r(x, t) d3 x − Q(x, t) · n dS (8.25)
D(t) ∂D(t)
où r(x, t) est le taux de chauffage volumique (par exemple dû au rayonnement
électromagnétique) et Q(x, t) le flux de chaleur sortant du domaine. En sous-
trayant le “théorème” de l’énergie cinétique (8.18) à la loi de conservation de
d
l’énergie totale (8.24) on obtient l’équation dt Eint = Pthe − Pintcont qui s’écrit
d
ZZZ ZZZ ZZ ZZZ
3 3
ρed x = rd x− Q · n dS − πint d3 x . (8.26)
dt D(t) D(t) ∂D(t) D(t)
En remplaçant la densité volumique par son expression πint = − σ : D, le bilan
local d’énergie interne s’écrit finalement
de
ρ = r − div Q + σ : D . (8.27)
dt
On peut alors rassembler les équations de bilans dans la table 8.1 en les écrivant
sous la forme
d
ZZZ ZZ ZZZ
3
ρφd x + Qc · n dS = fc d3 x . (8.28)
dt D(t) ∂D(t) D(t)
Cette table indique que les équations concernant la masse (m), la quantité de
mouvement (p) et l’énergie totatle Etot sont des lois de conservation (C) tan-
dis que celles concernant l’énergie interne Eint et l’énergie cinétique K sont de
Équations de Navier-Stokes compressibles 9
C[D(t)] ρφ Qc fc
Grandeur Densité Flux Production
C m[D(t) ρ 0 0
C p[D(t)] ρU −σ f
B Eint [D(t)] ρe Q r+ σ:D
1 2
B K[D(t)] 2 ρU −σ · U f ·U − σ :D
C Etot [D(t)] = (Eint + K)[D(t)] ρ e + 2 ρ U2
1
Q− σ·U r+f ·U
Table 8.1 – Équations de bilan (B) ou lois de conservation (C).
simples équations de bilan (B). Une équation de bilan est une loi de conserva-
tion si la grandeur C considérée est invariante dans le temps lorsque le système
est isolé de son extérieur, ce qui signifie que les termes de production f = 0 et
r = 0 sont nuls et que les flux σ · n et Q · n sont nuls sur les frontières. On voit
que dans ce cas, seul le terme πint = − σ : D subsiste et permet un échange
entre l’énergie interne et l’énergie cinétique. Par exemple, les effets de compres-
sibilité peuvent être responsables d’un échange entre les énergies cinétique et
interne d’un fluide, en l’absence de toute interaction avec l’extérieur. Même en
l’absence d’effets compressibilité, les forces de frottements peuvent diminuer
l’énergie cinétique au profit de l’énergie interne par échauffement interne.
2.3 Lois de conservation, de comportement et d’état
Les lois de conservation de la masse et de la quantité de mouvement ainsi que
l’équation de bilan de l’énergie cinétique s’écrivent respectivement
dρ dU de
= −ρ div U , ρ = f + div σ , ρ = r − div Q + σ : D . (8.29)
dt dt dt
La loi de comportement rhéologique des fluides newtoniens et la loi de Fourier
s’écrivent respectivement
σ = −p I + λn (div U ) I + 2 µn D , Q = −k grad T . (8.30)
Contrairement au cas incompressible, la pression est ici une variable thermo-
dynamique qu’il convient de relier aux autres variables thermodynamiques que
sont la température T et la masse volumique ρ. On complète donc le système
d’équations par les deux lois d’état
p = PT (ρ, T ) , e = ET (ρ, T ) , (8.31)
qui expriment la pression et l’énergie interne en fonction de la masse volumique
et de la température.
En reportant l’expression des lois de comportement dans les équations de bilan,
on obtient un système fermé pour les quatre champs scalaires (ρ, T, e, p) et le
10 Chapitre 8. Équations de Navier-Stokes
champ vectoriel U constitué des quatre équations scalaires et d’une équation
vectorielle qui s’écrit
dρ
= −ρ div U , p = PT (ρ, T ) , e = ET (ρ, T ) ,
dt
dU
ρ = −grad p + f + (λn + µn ) grad div U + µn ∆U ,
dt
de
ρ = r + k ∆T − p div U + λn (div U )2 + 2 µn D : D . (8.32)
dt
Ces équations de Navier-Stokes compressibles sont appellées les équations
d’Euler compressibles lorsque le fluide est parfait. Dans tous les cas doivent
être complétées par une condition intiale pour les cinq champs et par des condi-
tions aux limites aux frontières. Les conditions aux limites en vitesse ou en
contraintes sur des parois rigides ou des surfaces libres ont été détaillées ci-
dessus. Le couplage avec la thermodynamique à travers l’équation de bilan de
l’énergie interne requiert des conditions aux limites thermiques aux frontières.
T
couche limite thermique
couche limite thermique
TDirichlet qN eumann
∂ΩDirichlet ∂ΩN eumann
Figure 8.4 – Conditions aux limites en température sur ∂ΩDirichlet et en flux
sur ∂ΩN eumann .
On peut par exemple spécifier le flux Q · n = qN eumann sur une partie
∂ΩN eumann de la frontière et la température T = TDirichlet sur une autre partie
∂ΩDirichlet . Ces conditions aux limites de Neumann ou de Dirichlet s’écrivent
alors
−k grad T (x, t) · n = qN eumann (x, t) pour x ∈ ∂ΩN eumann
T (x, t) = TDirichlet (x, t) pour x ∈ ∂ΩDirichlet . (8.33)
Lorsque la conductivité thermique k est négligeable (fluide parfait), ces condi-
tions aux limites disparaissent, ce que l’on explique par l’existence d’une
couche limite thermique dont l’épaisseur tend vers zéro.
Du compressible à l’incompressible 11
3 Du compressible à l’incompressible
La relation de Gibbs permet de définir l’entropie en fonction des autres va-
riables thermodynamiques. On peut alors utiliser cette grandeur dans l’expres-
sion des lois d’état pour décrire les mouvements adiabatiques. On examine
alors l’exemple des ondes sonores à partir des petits oscillations autour de
l’équilibre, régies par les équations de Navier-Stokes compressibles. La com-
paraison entre la vitesse du son et la vitesse du fluide permet d’expliquer le
passage à la limite de fluide incompressible.
3.1 Relation de Gibbs et entropie
Le champ d’entropie s(x, t) est une grandeur thermodynamique définie par
l’intermédiaire de la relation de Gibbs que l’on peut écrire sous la forme
1 1 p
de = T ds − p d ⇐⇒ ds = de − 2 dρ . (8.34)
ρ T ρ T
Plutôt que de considérer les lois d’état p = PT (ρ, T ) et e = ET (ρ, T ) en
choisissant ρ et T comme variables de base, il est utile ici de considérer les lois
d’état p = Pe (ρ, e) et T = Te (ρ, e) en choisissant ρ et e comme variables de
base. La d’état s = S(ρ, e) est alors définie par
∂S 1 ∂S p
(ρ, e) = , (ρ, e) = − . (8.35)
∂e ρ T ∂ρ e ρ2 T
L’entropie étant ainsi définie, on peut considérer finalement les lois d’état
p = Ps (ρ, s) et e = Es (ρ, s) et T = Ts (ρ, s) où ρ et s sont les variables de base.
L’équation de bilan de l’entropie qui s’écrit sous la forme
de ds p dρ
=T + 2 . (8.36)
dt dt ρ dt
En écrivant le tenseur des contraintes sous la forme σ = −p I + τ , où τ est
le tenseur des contraintes visqueuses, et en utilisant la loi de conservation de
la masse et l’équation de bilan de l’énergie interne du système (8.29), on en
déduit
ds r div Q τ : D
ρ = − + . (8.37)
dt T T T
Le second principe de la thermodynamique stipule que la production d’entro-
pie d’une particule transportée par le mouvement est supérieure à celle qui
serait produite par une transformation réversible recevant la même puissance
thermique. On en déduit (non développé ici) des contraintes sur les lois de
comportement comme par exemple k ≥ 0 pour la loi de Fourier ou µn ≥ 0 et
3 λn + 2 µn ≥ 0 pour la loi des fluides newtoniens.
12 Chapitre 8. Équations de Navier-Stokes
Dans le cas d’un écoulement adiabatique (r = 0, Q = 0) et inviscide (τ = 0),
les équations de d’Euler (fluide parfait) peuvent se réduire au système
dρ
= −ρ div U , p = Ps (ρ, s) ,
dt
dU ds
ρ = −grad p + f , ρ =0. (8.38)
dt dt
où seule la loi d’état Ps de la pression, exprimée en fonction de ρ et s est
nécessaire pour fermer les équations de conservation de la masse et de la
quantité de mouvement et l’équation de conservation de l’entropie qui est
équivalente à l’équation de bilan de l’énergie interne.
3.2 Ondes sonores
En l’absence de forces extérieures f = 0, on considère l’état d’équilibre U = 0
de masse volumique ρ0 , d’entropie s0 et de pression p0 = Ps (ρ0 , s0 ).
On s’intéresse aux petites oscillations autour de ces équilibres, que l’on appelle
“ondes sonores”. On pose alors
p = p0 + pe ρ = ρ0 + ρe s = s0 + se (8.39)
et on suppose que pe, ρe, se et U sont petits. On suppose que ces petites oscil-
lations sont adiabatiques (r = 0, Q = 0) et inviscides (τ = 0). En reportant
cette décomposition dans les équations de d’Euler (8.38) et en négligeant les
termes d’ordre deux U · grad ρ, U · grad U , U · grad s, on obtient le système
∂ ρe ∂U ∂ se
= −ρ0 div U , ρ0 = −grad pe , =0, pe = c20 ρe (8.40)
∂t ∂t ∂t
où l’on a linéarisé l’équation d’état p = Ps (ρ, s) autour du couple de valeur
(ρ0 , s0 ) en définissant c0 par la relation
∂Ps
c20 (ρ0 , s0 ) = . (8.41)
∂ρ s
En éliminant se, pe et U du système d’équations, on obtient une équation
d’évolution pour ρe qui s’écrit
∂ 2 ρe
− c20 ∆ρe = 0 . (8.42)
∂t2
Cette équation admet des solutions de la forme
ρe(x, t) = 2 ρm cos(k · x − ω t + ϕ) avec ω = c0 kkk (8.43)
où ρm est une amplitude quelconque mais petite et k un vecteur d’onde quel-
conque. Les champs de pressions et de vitesse associés sont alors
pe = 2 c20 ρm cos(k · x − c0 kkk t + ϕ) ,
Du compressible à l’incompressible 13
x2
0.1
!0.1
!0.2
!0.3
!0.4
!0.5
!0.6
x1
!0.5 !0.4 !0.3 !0.2 !0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5
Figure 8.5 – Ondes sonores, donc longitudinales.
ρm k
U = 2 c0 cos(k · x − c0 kkk t + ϕ) k . (8.44)
ρ0 kkk
On voit que ces ondes planes sont longitudinales (figure 8.5) et on démontre
facilement que les trajectoires parcourent des segments de droites dans la
direction du vecteur d’onde k.
3.3 Filtrage des ondes sonores
On cherche maintenant à justifier le recours à l’approximation de fluide in-
compressible pour certains écoulements. Si c0 et U0 sont respectivement les
vitesses caractéristiques du son et de l’écoulement, on définit le nombre de
Mach par la relation
U0
M= . (8.45)
c0
Si le nombre de Mach M 1 est très petit devant un, on peut considérer
que la vitesse du son devient infinie. La pente de la loi d’état p = Ps (ρ, s) à
s fixée devient infinie (figure 8.6). On voit qu’il n’est alors plus possible de
déterminer p à partir de ρ qui ne peut pas s’écarter d’une valeur constante
ρ0 . La pression, qui n’est alors plus une grandeur thermodynamique, devient
un champ dépendant uniquement du champ de vitesse qui satisfait alors la
contrainte d’incompressibilité div U = 0.
En pratique, un écoulement incompressible est tel que des ondes sonores infini-
ment rapides et donc d’amplitude toujours très faibles, se propagent constam-
ment pour maintenir la masse volumique ρ à la valeur constante ρ0 . Les
équations d’Euler incompressibles ne décrivent pas explicitement ces ondes
sonores, contrairement aux équations d’Euler compressibles. On dit que l’ap-
proximation incompressible à permis de “filtrer” les ondes sonores. Cette ap-
proximation permet en effet de se concentrer sur les échelles de temps lents de
l’écoulement de vitesse caractéristique U0 en laisse de côté les ondes sonores
de vitesses c0 très grandes.
14 Chapitre 8. Équations de Navier-Stokes
p p c20
s c20
p0
s0
ρ0 ρ
ρ
a) b) ρ0
Figure 8.6 – a) Vitesse du son c0 et loi d’état p = Ps (ρ, s). b) Limite c0
infinie et absence de loi d’état pour la pression.