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Rousseau : Bonheur et Mémoire dans la Nature

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Avec Les Confessions, autobiographie écrite entre 1765 et 1770, Rousseau est le premier à

être allé aussi loin dans la peinture et l’analyse de soi. Il expose au lecteur tous les aspects de
son existence d’où son besoin de se confesser en sollicitant le pardon du lecteur et de Dieu.
Dans cet extrait du Livre VI, Rousseau propose sa conception du bonheur dans le vallon des
Charmettes sur les hauteurs de Chambéry où il a résidé quelques années sous la protection de
sa mère adoptive. Il célèbre la Nature comme un refuge nécessaire à l’épanouissement de
l’homme et idéalise ce bonheur passé en le fixant par l’écriture.

L. 1 à 10 : un état privilégié difficilement descriptible


L. 10 à 15 : un bonheur simple en harmonie avec la nature
L. 16 à la fin : le rôle de la mémoire

Un état privilégié difficilement descriptible


Dès la 1ère phrase Rousseau évoque un bonheur lié à une période précise de sa vie à l’aide de
l’anaphore de l’adverbe « ici ». Ce bonheur est éphémère (« court bonheur », « rapides
moments » l.1 et « fugitive succession » l.4) mais intense (« moments précieux et si
regrettés » l.2). Dans la 2ème phrase Rousseau interpelle ces moments d’intense bonheur dans
une exclamation lyrique. Il s’adresse directement à ses souvenirs à l’aide de deux impératifs :
« recommencez » et « coulez » l.3 afin de rattraper ce temps perdu et de revivre par l’écriture
ce bonheur qu’il assimile à un flot d’où la métaphore de la rivière à la ligne 3. Les deux
questions rhétoriques qui suivent traduisent la difficulté qu’il rencontre à écrire cet état
heureux qu’il ne parvient pas à définir. Dans la 1ère question rhétorique, Rousseau fait allusion
à l’ennui potentiel du lecteur face à « ce récit si simple » l.5 et dans la 2ème question
rhétorique, il sépare le bonheur de ce qui est dit ou fait : « encore si tout cela consistait en
faits, en actions, en paroles » l.7 au profit de la sensibilité : « goûté, senti, sentiment » l.9 et
10.

Un bonheur simple en harmonie avec la nature


Des lignes 10 à 15, le bonheur décrit par Rousseau est un bonheur simple en harmonie avec la
nature : « soleil » l.10, « bois, coteaux, vallons » l.12, « jardin et fruits » l.13. On peut définir
le bonheur de Rousseau comme un état de sensibilité comblée avec la conscience aigüe du
caractère privilégié, rare et éphémère de certains moments de sérénité, de paix dans un
environnent humain, naturel et harmonieux. Ces moments-là sont si rapides et inestimables
que seules la mémoire et l'écriture peuvent les sauvegarder et leur donner une véritable
existence.
A partir de la ligne 13 ces moments sont énumérés dans une succession d’actions qui se
terminent toutes de manière lyrique par l’anaphore « j’étais heureux ». On remarque par le jeu
des oppositions entre « je voyais maman » et « je la quittais » l.11, entre « je parcourais »,
« j’errais » et « j’étais oisif » l.12 que le bonheur n’est pas lié à des catégories définies mais à
une aptitude à profiter de moments anodins (banals). Cette attitude face au quotidien assure,
selon lui, un bonheur permanent (« le bonheur me suivait partout (…) il était tout en moi-
même, il ne pouvait me quitter un seul instant » l.13 à 15) et inclassable l.14 : « il n’était dans
aucune chose assignable ».

Le rôle de la mémoire
Le dernier paragraphe souligne l’importance de la mémoire dans la persistance du bonheur.
Elle est présente dans tout le texte, à travers des termes faisant allusion à la réminiscence du
souvenir, à travers le rappel des moments heureux. On note les termes « souvenir, mémoire, je
me les rappelle, retour du passé ».
Rousseau rapproche ces deux notions et souligne à quel point la mémoire est sélective car ce
sont les moments heureux que la mémoire fait revenir. L’anaphore « rien de » l.16 englobe la
totalité des souvenirs de cette période. Cette idée est reprise aux lignes 18 et 19, grâce au
pronom démonstratif « celui-là » dans l’expression « mais je me rappelle celui-là comme s’il
durait encore ». Ainsi, si la mémoire est capricieuse à d’autres moments (lignes 17 et 18), elle
restitue entièrement cette époque « chérie » l.16. Les deux dernières phrases de l’extrait
comparent le passé, le présent et le futur. L’évocation du futur est marquée par le pessimisme
l.20 : « imagination rétrograde », l.21 : « espoir que j’ai pour jamais perdu. Je ne vois plus
rien dans l’avenir qui me tente ». Finalement, seule l’écriture du passé lui permet d’affronter
un présent malheureux, constat représenté par le verbe « compenser » à la ligne 20. On se
rend compte également que le bonheur passé est revécu de manière plus dense, en effet, la
répétition de l’adverbe intensif « si » l.22 devant les adjectifs « vifs » et « vrais » marque les
souvenirs de manière exceptionnelle et l’adverbe « souvent » à la ligne 23 marque leur effet
dans la durée.

En conclusion, dans cet extrait, l'écriture se met au service du plaisir de la réminiscence. Le


mouvement rétrospectif n'est pas employé pour juger des actes passés comme dans d'autres
extraits mais sert à l'expression des moments heureux et les sauvegarde.

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