Systèmes dynamiques : orbites et flots
Systèmes dynamiques : orbites et flots
Il y a plusieurs contextes mathématiques que l’on peut qualifier de systèmes dynamiques. Dans tous les cas, il y
a un espace X qui décrit les états possible du système, et un temps T. On considérera les cas T = Z, N, R, R+ .
Le cas T = N. On se donne une application ϕ : X −→ X, et on étudie les suites définies par récurrence
xn+1 = ϕ(xn ). Une telle suite est déterminée par sa condition initiale x0 , on dit que c’est l’orbite du point x0 .
Dit autrement, on étudie la suite des applications ϕn (ϕ itérée n fois), pour laquelle xn = ϕn (x0 ). On a bien sur
ϕn+m = ϕn ◦ ϕm .
Si l’application ϕ est inversible, on peut définir ϕn pour tout n ∈ Z, la relation ci-dessus restant vérifiée. C’est le
cas T = Z.
Dans le cas T = R, on considère un flot ϕt (x) = ϕ(t, x) : R × X −→ X vérifiant la relation ϕt+s = ϕt ◦ ϕs .
L’une des manières les plus fréquentes de définir un tel flot est de se donner un champ de vecteurs V (x) sur X.
Ceci a un sens si X est une variété, ou un espace Rd . On considère alors l’équation différentielle x� (t) = V (x(t)). Si
V est assez régulier (C 1 ou même Lipschitz), alors pour toute condition initiale x0 , il y a une et une seule solution
maximale de cette équation vérifiant x(0) = x0 . Cette solution est définie sur un intervalle ]T− , T+ [ contenant 0. On
peut rassembler toutes ces solutions en une application
ϕ : R × X ⊃ U −→ X
telle que, pour chaque x ∈ X, L’application Ux � t �−→ ϕ(t, x) est la solution maximale de l’équation, où Ux =
{t : (t, x) ∈ U }. Le domaine de définition U est un ouvert de R × X, et l’application ϕ est C r si le champ V est
C r . On dit que le champ V est complet si U = R × X, c’est à dire si toutes les solutions maximales de l’équation
différentielle sont définies sur R. Alors, ϕt (x) = ϕ(t, x) est un flot sur X. On considérera principalement des champs
complets. On rappelle quelques résultats utiles à ce propos :
Proposition 1.1. Tout champ de vecteurs à support compact est complet. En particulier, tout champ de vecteurs
sur une variété compacte est complet.
Si V est un champ de vecteurs, il existe une fonction f , strictement positive et lisse, telle que f V est complet.
Si x0 est un point tel que le temps d’existence T+ de la solution maximale est fini, alors l’image x([0, T + [) ⊂ X
de l’orbite n’est pas relativement compacte.
Dans tous les cas, on considère donc une action du (semi)-groupe T sur l’espace X.
On parle de semi-flot lorsque T = R+ . Même si on considérera plus rarement ce cas, il apparaı̂t de manière
naturelle dans les cas suivants :
Dans l’études des équations aux dérivées partielles d’évolution, par exemple de type parabolique. De telles
équations induisent souvent un semi-flot sur un espace X de dimension infinie.
Dans l’étude des flots, on est souvent amené à considérer des parties positivement invariantes, c’est à dire des
parties Y ⊂ X pour lesquelles ϕt (Y ) ⊂ Y pour tout t � 0 (mais pas forcément pour t < 0). La famille des
applications ϕt|Y est alors un semi-flot. Si le flot ϕt provient d’un champ de vecteurs complet V et que Y est un
ouvert de X, le champ V|Y est complet vers le futur, mais pas vers le passé.
Nature des orbites
On dit que x est un point fixe de l’application ϕ si ϕ(x) = x. On dit que x est un point périodique si il existe
n � 1 tel que ϕn (x) = x. L’ensemble des entiers n pour lesquels ϕn (x) = x est l’ensemble des multiple d’un entier
T > 0, que l’on appelle la période minimale de x. Les points fixe sont donc les orbites périodiques dont la période
minimale est égale à 1. Il existe trois types d’orbites pour une application ϕ :
Les orbites périodiques.
Les orbites injectives.
Les orbites préperiodiques (x n’est pas périodique, mais son orbite contient un point périodique). Si ϕ est inversible,
toute orbite préperiodique est périodique.
Considérons maintenant le cas d’un flot engendré par un champ de vecteurs complet V de classe C 1 . On dit que
x est un point fixe (ou un point critique) si V (x) = 0, ou de manière équivalente si ϕt (x) = x pour tout t. On dit
que x est un point périodique si il existe t > 0 tel que ϕt (x) = x. L’ensemble des périodes est une sous-groupe fermé
de R, c’est donc ou bien R (cas d’un point fixe) ou bien T Z pour un réel T > 0, qui est appelé la période minimale
de x.
Il y a trois types d’orbites pour un flot :
Les points fixes (dits aussi points singuliers).
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Les orbites périodiques (de période minimale strictement positive). Si x(t) est une orbite de période T > 0, alors
la courbe x engendre un plongement du cercle R/T Z dans X. Plus précisément, en notant π : R −→ R/T Z, il existe
un plongement θ : R/T Z −→ X tel que x = π ◦ θ.
Les orbites injectives. Dans ce cas, l’application t �−→ ϕt (x) est une immersion injective de R dans X. En effet,
�
x (t) = V (x(t)), et ce vecteur est non-nul pour tout t, sinon l’orbite serait un point fixe.
Dans un semi-flot, il peut aussi exister des orbites prépériodiques.
Conjugaisons Soit φ : X −→ X � une bijection. Si ψ = φ−1 ◦ ϕ ◦ φ, alors φ envoie les orbites de ϕ sur les orbites
de ψ. L’existence d’une telle bijection φ implique que les dynamiques de ϕ et ψ ont certaines similarités (d’autant
plus si φ a certaines propriétés de régularité). On dit que φ conjugue ϕ et ψ.
On dit que φ conjugue les flots ϕt et ψ t elle conjugue les applications ϕt et ψ t pour tout t.
Dans le cas où X et X � sont des variétés, et où les flots ϕt et ψ t sont engendrés par des champs de vecteurs V
et W , le difféomorphisme φ est une conjugaison si et seulement si
pour tout x ∈ X (on dit que W est l’image directe de V par φ).
Une façon d’étudier une système dynamique est de le conjuguer à un système plus simple. C’est souvent difficile
globalement, mais la question est aussi intéressante au niveau local. On verra par exemple qu’au voisinage d’un point
fixe hyperbolique, un système est conjugué à son linéarisé par un homéomorphisme. En ce qui concerne les points
réguliers (points non fixes) des champs de vecteurs, le problème de conjugaison locale est facile :
Proposition 1.2. Soit V un champ de vecteurs C r sur la variété X, et soit x0 un point régulier de V , c’est à dire
que V (x0 ) �= 0. Il existe alors un difféomorphisme local φ : X ⊃ U −→ U � ⊂ Rd , où U est un ouvert contenant x0
et U � est un ouvert de Rd , qui conjugue V à un champ de vecteurs constant V � sur U � . On peut même demander
que V � = (1, 0, . . . , 0) et que U � =] − 1, 1[×B, où B est une boule de Rd−1 . On dit alors que U est une boite de
flot locale de V .
� Soit f : Rd−1 −→ X une application telle que f (0) = x0 et dfx0 · Rd−1 est un supplémentaire de V (x0 ) dans
Tx0 M . On considère alors l’application
est un isomorphisme linéaire de R × Rd−1 dans Tx0 M , donc ψ est un difféomorphisme local. Si B est un petite
boule ouverte centrée en 0 dans Rd−1 et I un petit intervalle ouvert contenant 0, alors ψ est un difféomorphisme de
U � := B × I sur son image U , qui est un ouvert de X. L’inverse φ : U −→ U � est le difféomorphisme cherché. �
On peut obtenir un résultat un peu moins local :
Proposition 1.3. Soit V un champ de vecteurs C r sur la variété X, et soit x(t) : [0, T ] −→ X un segment d’orbite
injectif. Il existe alors un tube de flot contenant x([0, T ]). Plus précisément, il existe un intervalle ouvert I contenant
[0, T ], une boule ouverte B de Rd−1 , un voisinage ouvert U de x([0, T ]) et un difféomorphisme φ : U −→ I × B qui
conjugue le champ V et le champ (1, 0).
� On poursuit la preuve précédente. Comme ψ(t + s, y) = ϕt ◦ ψ(s, y), on a dψ(t,0) = dϕtx0 ◦ dψ(0,0) , cette
application linéaire est donc un isomorphisme. On peut donc supposer, en choisissant I et B comme dans l’énoncé
assez petits, que ψ est un difféomorphisme local sur I × B. Montrons maintenant que l’on peut, quitte à diminuer
I et B, le supposer injectif. C’est alors un difféomorphisme sur son image, ce qui termine la preuve.
Si ψ n’est injectif sur aucun voisinage I × B, alors il existe deux suites (tn , xn ) �= (t�n , x�n )telles que ψ(tn , xn ) =
ψ(tn , x�n ) et tn −→ t ∈ [0, T ], t�n −→ t� ∈ [0, T ], xn −→ 0, x�n −→ 0. A la limite, par injectivité de l’orbite x|[0,T ] ,
�
on obitent que t = t� . Comme ψ est un difféomorphisme local au voisinage de (t, 0), ceci implique que les suites
(tn , xn ) et (t�n , x�n ) sont égales après un certain rang, une contradiction. �
Il y a plusieurs façons de faire des liens entre les systèmes à temps continu et à temps discret.
La plus évidente consiste, étant donné un flot ϕt , à considérer l’application ϕT pour un temps T donné. La
dynamique du flot ϕt et celle de l’application ϕT sont fortement reliées, on en verra plusieurs exemples.
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Une autre méthode pour associer une application à un flot consiste à considérer l’application de retour associée
à une section de Poincaré. Cette méthode à l’avantage de diminuer la dimension.
Une section de Poincaré est une sous variété Y de X, de codimension un, transverse au champ de vecteurs, c’est
à dire que Ty X = Ty Y ⊕ RV (y) pour tout y ∈ Y . Pour y ∈ Y , on dit que z ∈ Y est le premier retour de y dans Y
si il existe T > 0 tel que z = ϕT (y) et ϕt (y) �∈ Y pour tout t ∈]0, T [. On dit que z est un premier retour régulier si
de plus ϕt (y) �∈ Ȳ pour tout t ∈]0, T [.
Proposition 1.4. Soit Y une section de Poincaré pour le champ V de classe C r . L’ensemble des points de Y
admettant un premier retour régulier est un ouvert Y1 de Y , et l’application ψ : Y1 −→ Y qui a chaque point de Y1
associe son premier retour dans Y est C r . C’est un difféomorphisme sur un ouvert Y2 de Y .
En général, Y1 peut être vide. Il se peut même qu’aucun point de Y ne revienne dans Y . Toutefois, cette
construction est souvent très utile. Même si ψ n’est pas une application de Y1 dans lui-même, on peut souvent penser
à ψ comme engendrant un système dynamique discret dont l’étude aide à comprendre le flot de V .
� Soit y un point qui admet un premier retour régulier z = ϕT (y). Au voisinage de z, soit f une équation de
Y , c’est à dire une fonction f : X −→ R de classe C r telle que dfz �= 0 et telle que Y ⊂ f −1 (0). Pour chercher les
retours dans Y des points voisins de y, on résout l’équation g(t, x) := f ◦ ϕ(t, x) = 0 au voisinage de sa solution
(T, y). On constate que ∂t g(T, y) = dfz · V (z) �= 0. Il existe donc un voisinage U de y et une fonction τ : U −→ R,
de classe C r , telle que ϕτ (x) (x) ∈ Y pour tout x ∈ U . De plus, τ (x) est la seule solution de l’équation g(t, x) = 0
proche de T . L’application ψ(x) := ϕτ (x) (x) : U −→ Y est C r , elle associe à chaque point x ∈ U un de ses retours
dans Y .
Il reste à montrer que, si U est un voisinage de y assez petit, alors c’est bien le premier retour et qu’il est régulier.
Il faut donc montrer que ϕt (x) �∈ Ȳ pour tout x ∈ U et tout t ∈]0, τ (x)[. Supposons, par contradiction, que cette
propriété ne soit satisfaite sur aucun voisinage U de y. Il existe alors une suite xn tendant vers y, et pour chaque
n un temps tn ∈]0, τ (xn )[ tel que ϕtn (xn ) ∈ Y . En extrayant une sous-suite, on peut supposer que la suite tn
converge vers une limite s ∈ [0, T ], pour laquelle ϕs (y) ∈ Ȳ . Comme z est un retour régulier de y, on ne peut pas
avoir s ∈]0, T [. Si l’on a s = T , alors pour n grand tn est une solution de l’équation g(tn , xn ) = 0 qui est proche
de T , mais différente de τ (xn ), ce qui contredit la conclusion du théorème des fonctions implicites. Une application
similaire du théorème des fonctions implicites au voisinage de (0, y) montre que 0 est localement l’unique solution
de l’équation ϕt (x) ∈ Y . On ne peut donc pas avoir s = 0.
On peut renverser le temps en considérant le champ −V . Y est une section de Poincaré pour −V . Notons Y2
l’ensemble des points de Y qui admettent un premier retour régulier pour −V . On montre comme ci-dessus que Y2
est un ouvert de Y et que l’application de retour φ est C r . Il est clair que z est un premier retour régulier de y pour
V si et seulement si y est un premier retour régulier de z pour −V . On a donc Y2 = ψ(Y1 ) et φ = ψ −1 . �
Définition 1.5. Soit ϕ une application C 1 de la variété X. On dit que le point fixe x de ϕ est non dégénéré si le
linéarisé L = dϕx n’admet pas 1 pour valeur propre.
Le linéarisé L est un endomorphisme de l’espace tangent Tx X. Le système linéarisé vn+1 = Lvn est une approxi-
mation du système ϕ au voisinage du point fixe x.
Proposition 1.6. Soit ϕµ (x) = ϕ(µ, x) : R × X −→ X une application C 1 , que l’on voit comme une famille
d’applications C 1 de X. Soit x0 un point fixe non dégénéré de ϕ0 . Alors, il existe un voisinage U de x0 dans X, un
intervalle ouvert I contenant 0, et une application I � µ �−→ xµ ∈ U , de classe C 1 , telle que xµ est, pour chaque
µ ∈ I, le seul point fixe de ϕµ dans U .
� C’est le théorème des fonctions implicites pour l’équation F (µ, x) := ϕ(µ, x) − x = 0 (on se place dans une
carte en x0 pour écrire cette différence). L’hypothèse de non-degenerescence est en effet exactement l’inversibilité de
∂x F (0, x0 ). �
Le cas des orbites périodiques est similaire. On dit que x est un point périodique non dégénéré de période n si
c’est un point fixe non dégénéré de ϕn . Un point périodique non dégénéré de période n est isolé (parmi les points
périodiques de période n) et survit à une perturbation de l’application.
Dans les cas des flots, il est utile de distinguer les cas des points fixes et le cas des orbites périodiques.
Définition 1.7. Soit V un champ de vecteurs C 1 de la variété X. On dit que le point fixe x0 de V est non dégénéré
si le linéarisé L = dVx0 est inversible.
Si X = Rd , le champ de vecteurs V est simplement une application V : Rd −→ Rd , on définit alors le linéarisé par
la formule L = dVx0 , c’est un endomorphisme de Rd . On a alors (dϕt )x0 = etL pour tout t, ceci explique pourquoi
la valeur propre 1 dans le cas des applications correspond à la valeur propre 0 pour le champ de vecteurs. Dans le
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cas où X est une variété, il n’est pas clair que le linéarisé L est bien défini en tant qu’endomorphisme de Tx X (en
d
fait, il n’est bien défini que lorsque V (x) = 0). Une façon de le définir est de poser L = dt |t=0
dϕtx en remarquant
t t
que dϕx est bien un endomorphisme de Tx M pour tout t (car ϕ (x) = x). Plus classiquement, on peut calculer le
linéarisé L en exprimant le champ de vecteurs V dans des cartes. Soient W 1 et W 2 les expressions de V dans deux
cartes différentes
Proposition 1.8. Soit Vµ (x) = V (µ, x) : R × Rd −→ Rd une application C 1 , que l’on voit comme une famille de
champs de vecteurs C 1 de X = Rd . Soit x0 un point fixe non dégénéré de V0 . Alors, il existe un voisinage U de x0
dans X, un intervalle ouvert I contenant 0, et une application I � µ �−→ xµ ∈ U , de classe C 1 , telle que xµ est,
pour chaque µ ∈ I, le seul point fixe de Vµ dans U .
� C’est le théorème des fonctions implicites pour l’équation V (µ, x) = 0. �
Considérons maintenant le cas d’une orbite périodique d’un champ de vecteurs V , de période minimale T > 0.
Les points de cette orbite sont des points fixes de l’application ϕT . Il faut noter cependant que ce ne sont jamais des
points fixes non dégénérés. En effet, comme chacun des points de l’orbite périodique du flot est un point fixe de ϕT ,
ils ne sont pas isolés. Plus directement, l’hypothèse de non dégénerescence n’est pas satisfaite en raison de l’égalité
suivante :
dϕTx · V (x) = V (x).
V (x) est donc un vecteur propre de dϕTx associé à la valeur propre 1. Pour démontrer l’égalité, on observe que
ϕT ◦ ϕt (x) = ϕt (x) pour tout t, et on dérive par rapport à t en t = 0.
Il est utile pour décrire cette situation d’introduire une section de poincaré locale en x, c’est à dire un petit disque
plongé Y ⊂ X, centré en x et transverse à V . Comme l’orbite O de x est une partie compacte de X on peut supposer
que Ȳ ∩ O = {x}, c’est à dire que T est le temps de premier retour de x dans Y , et que ce retour est régulier. Il
existe alors un voisinage Y1 de x dans Y est une application de premier retour régulière ψ : Y1 −→ Y , qui vérifie
ψ(x) = x.
Propriété 1.9. La multiplicité de 1 en tant que valeur propre de dϕTx est exactement un de plus que la multiplicité
de 1 en tant que valeur propre de dψx .
On dit que x est une orbite périodique non dégénérée si c’est un points fixe non dégénéré de ψ, c’est à dire si la
multiplicité de 1 en tant que valeur propre de dϕTx est égale à 1.
� On a ϕT (x) = ϕT −τ (x) ◦ ψ(x) pour tout x ∈ Y . On a déjà vu que dϕTx · V (x) = V (x). Dans une base de Tx X
constituée de V (x) et d’une base de Tx Y , on a la décomposition par blocs
� �
1 −∂x τ (x)
dϕTx = .�
0 dψx
Proposition 1.10. Soit Vµ (x) = V (µ, x) : R × Rd −→ Rd une application C 1 , que l’on voit comme une famille de
champs de vecteurs C 1 de X = Rd . Soit x0 un point périodique non dégénéré de V0 de période minimale T > 0.
Alors, il existe un voisinage U de x0 dans X, un intervalle ouvert I contenant 0, un intervalle ouvert J contenant
T , et une application I � µ �−→ (xµ , Tµ ) ∈ U × J, de classe C 1 , telle que xµ est, pour chaque µ ∈ I, un point
périodique de période minimale Tµ de Vµ . De plus, l’orbite de xµ est la seule orbite périodique de Vµ qui entre dans
U et dont la période minimale appartient à J.
� Soit Y une section de Poincaré locale en x0 . Le point x0 est un point fixe non dégénéré de l’application de
premier retour ψ. Montrons que l’application de retour ψµ (x) = ψ(µ, x) et le temps de retour τ (µ, x) sont C 1 .
On peut considérer l’application V (µ, x) comme une champ de vecteurs Ṽ sur R×Rd dont la première composante
est nulle. Son flot est alors ϕ̃t (µ, x) = (µ, ϕtµ (x)), où ϕtµ est le flot du champ Vµ sur Rd . Si I est un intervalle ouvert
contenant 0, alors Ỹ := I × Y est une section de poincaré locale pour Ṽ en (0, x0 ), qui est une orbite périodique de
période T . Les fonctions τ (µ, x) et ψ(µ, x) sont les temps et les applications de retour associées à la section Ỹ . De
plus, si J est un petit intervalle contenant T , pour tout (µ, y) ∈ I × Y , τ (µ, y) est l’unique temps t ∈ J pour lequel
ϕt (µ, y) ∈ Ỹ .
Comme x0 est un point fixe non dégénéré pour ψ0 , il existe une application µ −→ xµ et un voisinage W de x0
dans Y tel que xµ est le seul point fixe de ψµ dans W , c’est alors un point périodique de période Tµ = τ (µ, xµ )
pour Vµ .
Il existe un voisinage U de x dans X qui a la propriété que toute orbite de U passe par W (on peut prendre par
exemple une petite boite de flot). La propriété d’unicité de l’énoncé en découle : Si x ∈ U est périodique pour Vµ ,
de période S contenue dans J, alors l’orbite de x intersecte W en un point y qui est lui aussi S-périodique. Il vérifie
donc ϕSµ (y) = y, ce qui implique que y = ψ(y) et donc y = xµ . �
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2 Points fixes asymptotiquement stables des systèmes discrets
Notion de stabilité d’un point fixe. On se place dans le contexte d’une application continue ϕ : X −→ X où X
est un espace métrique.
Le point fixe x0 est dit Lyapounov stable si, pour tout voisinage U de x0 , il existe un voisinage V de x0 tel que
ϕn (V ) ⊂ U pour tout n ∈ N.
Le point fixe x0 est dit asymptotiquement stable si il est Lyapounov stable et si, de plus, il existe un voisinage
W de x0 tel que toute orbite partant dans W converge vers x0 .
Le bassin de x0 est l’ensemble des points x tels que ϕn (x) −→ x0 en +∞. Si x0 est un point fixe asymptotiquement
stable, alors son bassin est un voisinage ouvert de x0 .
La stabilité de Lyapounov est une hypothèse nécessaire (le point fixe ci-dessous n’est pas asymptotiquement
stable).
Les contractions ( applications de constante de Lipschitz strictement inférieure à 1) fournissent des exemples de
points asymptotiquement stables :
Théorème 2.1. Soit X un espace métrique complet et ϕ une contraction. Alors ϕ admet un unique point fixe x0 .
Ce point fixe est asymptotiquement stable et son bassin est X entier.
Quand on s’intéresse au comportement asymptotique, ces dynamiques sont les plus simples que l’on puisse
imaginer : toutes les orbites convergent vers x0 .
� On considère n’importe quel point y0 , et la suite yn = ϕn (y0 ) associée. On a alors d(yn+1 , yn ) � bd(yn , yn−1 ),
où b est la constante de Lipschitz de ϕ. Ceci implique que
� bn
d(yn , ym ) � bi d(y0 , y1 ) � d(y0 , y1 )
1−b
i�n
pour tout m � n. On en déduit que la suite yn est de Cauchy, et donc qu’elle a une limite x0 . En passant à la limite
dans l’égalité yn+1 = ϕ(yn ), on obtient que x0 = ϕ(x0 ) : x0 est un point fixe. Si z est une autre condition initiale,
alors d(zn , x0 ) � bn d(z, x0 ) −→ 0 : toutes les orbites convergent vers x0 . Pour vérifier la stabilité de Lyapounov de
x0 , il suffit de constater que les boules centrées en x0 sont invariantes par ϕ. �
Exercice 2.1. Soit ϕ une application continue de X. Supposons que il existe N tel que ϕN est une contraction.
Posons
d1 (x, y) = d(x, y) + d(ϕ(x), ϕ(y)) + · · · + d(ϕN −1 (x), ϕN −1 (y)).
Montrer que d1 est une distance sur X, équivalente à d, que (X, d1 ) est complet, et que ϕ est une contraction pour
d1 . Conclure qu’il existe un unique point fixe de ϕ, qui est asymptotiquement stable et attire X entier.
On peut poursuivre l’étude des contractions en s’intéressant au problème de conjugaison :
Proposition 2.2. Soit X un espace métrique complet et soit ϕ un homéomorphisme de X qui est une contraction.
Soit ψ un homéomorphisme qui est une contraction égale à ϕ en dehors d’une boule de rayon fini. Alors ψ est
conjuguée à ϕ, c’est à dire qu’il existe un homéomorphisme h de X tel que h ◦ ϕ = ψ ◦ h.
On peut penser à h comme à un changement de coordonnées qui transforme ϕ en ψ. Si l’on ne suppose pas que ψ
est un homéomorphisme, on obtient quand même une application continue h, on dit que c’est une semi-conjugaison.
� Soit x0 le point fixe de ϕ, y0 le point fixe de ψ. Il existe R > 0 tel que ψ = ϕ en dehors de la boule B(x0 , R).
Pour tout x �= 0, on a d(ϕ−1 (x), x0 ) � d(x, x0 )/b donc ϕ−n (x) n’appartient pas à la boule B(x0 , R) pour n assez
grand. On déduit que la suite ψ n ◦ ϕ−n (x) se stabilise pour n grand. Posons h(x) := lim ψ n ◦ ϕ−n (x) pour x �= x0 ,
et h(x0 ) = y0 . Montrons que h est continue. Pour tout � > 0, il existe N tel que h = ψ N ◦ ϕ−N en dehors de
B(x0 , �). La continuité de h dans le complémentaire de x0 en découle. Il reste à montrer que h(xn ) −→ y0 lorsque
xn −→ x0 . On note kn le plus grand entier pour lequel ϕ−kn (xn ) ∈ B(x0 , R). La suite kn tend vers l’infini. Pour
7
tout i � 0, on a ψ i ◦ ϕ−i ◦ ϕ−kn (x) = ϕ−kn (xn ), donc h(xn ) = ψ kn ◦ ϕ−kn (xn ) donc d(x0 , h(xn )) � bkn R où
b = Lip (ψ). On déduit que h est continue.
On a ψ ◦ h(x0 ) = ψ(y0 ) = y0 = h(x0 ) = h(ϕ(x0 ). Pour x �= x0 , il existe N tel que h(x) = ψ n ◦ ϕn (x) pour
tout n � N . Pour x �= x0 , on a
On a montré que h est une semi-conjugaison. Dans le cas où ψ est un homéomorphisme, on pose de la même façon
g := lim ϕn ◦ ψ −n . C’est une application continue.
On a g ◦ h(x0 ) = x0 et, pour x �= x0 , il existe N tel que h(x) = ψ N ◦ ϕ−N (x) et g(h(x)) = ϕN ◦ ψ −N (h(x)),
ce qui implique que g ◦ h(x) = x. On montre de même que h ◦ g = id. Donc h est un homéomorphisme. �
Pour montrer que le point fixe x0 d’une contraction est asymptotiquement stable, on a utilisé la fonction f (x) :=
d(x, x0 ). On a f ◦ ϕ � bf , ce dont on conclut que f (xn ) −→ 0. On peut généraliser un peu cette méthode.
Théorème 2.3. Supposons que X est localement compact et que x0 est un point fixe de ϕ. Supposons de plus qu’il
existe une fonction de Lyapounov stricte en x0 , c’est à dire une fonction continue f : U −→ [0, ∞), où U est un
voisinage de x0 , telle que les fonctions f et f − f ◦ ϕ sont strictement positives sur un voisinage pointé V − {x0 }
de x0 .
Alors x0 est asymptotiquement stable.
Quelques digressions sont utiles avant de démontrer ce résultat. On dit que f est une fonction de Lyapounov si
f ◦ ϕ − f � 0. Le point x est dit strict si f ◦ ϕ(x) < f (x), il est dit neutre en cas d’égalité. Le point x est dit
totalement neutre si f ◦ ϕn (x) = x pour tout n ∈ N. On dit que a ∈ R est une valeur (totalement) neutre de f si il
existe un point (totalement) neutre x de f tel que f (x) = a.
On définit, pour tout point x, l’omega-limite ω(x) ⊂ X comme l’ensemble des points d’accumulation de la suite
ϕn (x), n ∈ N. Autrement dit, c’est l’ensemble des limites de sous-suites de la forme ϕnk (x), nk −→ ∞. Dans le cas
inversible, on définit α(x) comme l’ensemble des points d’accumulations en −∞.
Lemme 2.4. L’ensemble ω(x) est fermé et positivement invariant. Si l’espace X est compact, alors ω(x) est non-vide
pour tout x.
� Tout point y de ω(x) est la limite d’une suite de la forme ϕnk (x). Alors, ϕ(y) est la limite de la suite ϕnk +1 (x),
il appartient donc à ω(x). On a
ω(x) = ∩n�0 {ϕn (x), ϕn+1 (x), . . .},
c’est donc une intersection de fermés, et, dans le cas où X est compact, une intersection décroissante de compacts
non vides. �
Proposition 2.5. Si f est une fonction de Lyapounov, chaque ensemble limite ω(x) est contenu dans un niveau
totalement neutre de f .
� Si ω(x) est vide, il n’y a rien à démontrer. Sinon, on considère un point y ∈ ω(x) qui est donc la limite d’une
sous-suite ϕnk (x). La suite f ◦ ϕn (x) étant décroissante, elle tend vers a := f (y). L’ensemble ω(x) est donc contenu
dans f −1 (a). Comme c’est un ensemble positivement invariant, ses points sont donc totalement neutres. �
Revenons à la démonstration du théorème.
� On considère la fonction f : U −→ [0, ∞) et le voisinage V ⊂ U tel que f > 0 et f − f ◦ ϕ > 0 sur V − {x0 }.
On considère un voisinage compact K ⊂ V de x0 . On considère un voisinage ouvert W de x0 tel que ϕ(W̄ ) ⊂ K.
On pose a = minK−W f , on a a > 0. On pose Y = {x ∈ W̄ , f (x) � a}, qui est un voisinage compact de x0 .
L’ensemble Y est positivement invariant. En effet, si x ∈ Y , alors ϕ(x) ∈ K et f ◦ ϕ(x) < f (x) = a. Ceci implique
que x est dans W , donc dans Y . En appliquant la proposition à ϕ|Y , on conclut que ω(x) ⊂ {x0 } pour tout x ∈ Y .
Comme Y est compact, on a donc ω(x) = {x0 }, c’est à dire que toutes les orbites de Y tendent vers x0 . Si U �
est un voisinage de x0 contenu dans U , on construit comme ci-dessus un voisinage de x0 positivement invariant Y �
contenu dans U � , ce qui montre la stabilité de Lyapounov. �
Exercice 2.2. Supposons qu’il existe une fonction de Lyapounov continue f : X −→ [0, ∞) telle que f (x0 ) = 0 et
f > 0 sur X − {x0 }. Supposons de plus que f est propre (c’est à dire que les ensembles f −1 ([0, a]) sont compacts)
et stricte en dehors de x0 . Montrer que x0 est asymptotiquement stable de bassin X entier.
8
Exercice 2.3. Supposons qu’il existe une fonction de Lyapounov continue f : X −→ [0, ∞) telle que f (x0 ) = 0 et
f (x) � h(d(x0 , x)), où h : [0, ∞) −→ [0, ∞) est une fonction continue strictement croissante. Supposons de plus qu’il
existe une fonction continue φ :]0, ∞) −→]0, ∞) telle que f ◦ ϕ � f − φ ◦ f . Montrer que x0 est asymptotiquement
stable de bassin X entier.
Le théorème admet une réciproque :
Théorème 2.6. On suppose X localement compact. Soit x0 un point fixe asymptotiquement stable, de bassin B.
Alors il existe une fonction de Lyapounov continue f : X −→ [0, 1] qui a les propriétés suivantes : f = 1 sur X − B,
f ∈]0, 1[ sur B − {x0 }, f (x0 ) = 0, f ◦ ϕ − f < 0 sur B − {x0 }.
On commence par quelques lemmes :
Lemme 2.7. On suppose X localement compact. Le point fixe x0 est asymptotiquement stable si et seulement si
il existe un voisinage U de x0 qui converge uniformément vers x0 au sens suivant : pour tout voisinage W de x0 il
existe N tel que ϕn (U ) ⊂ W pout tout n � N .
� Supposons que U existe. Il est alors clair que toutes les orbites de U tendent vers x0 . Fixons maintenant un
voisinage W de x0 . Il existe N tel que ϕn (U ) ⊂ W pour tout n � N . D’autre part, la continuité de ϕ implique
l’existence d’un voisinage V ⊂ U de x0 tel que ϕn (V ) ⊂ W pour tout n � N . On a donc ϕn (V ) ⊂ W pour tout
n � 0, donc x0 est Lyapounov stable.
Réciproquement, supposons que x0 est asymptotiquement stable. Soit B le bassin de x0 , et U un voisinage
compact de x0 contenu dans B. Soit W un voisinage de x0 , et V un voisinage ouvert de x0 tel que ϕn (V ) ⊂ W pour
tout n � 0. Pour tout voisinage ouvert W de x0 , les préimages ϕ−n (V ), n ∈ N recouvrent B, donc elles recouvrent
U . Par compacité, il existe N tel que les préimages ϕ−n (V ), n � N recouvrent U . Pour tout x ∈ U , il existe donc
k � N tel que ϕ( x) ∈ V , et alors ϕn (x) ∈ W pour tout n � k, en particulier pour tout n � N . �
Lemme 2.8. Soit U un ouvert. Supposons que ϕ(U ) ⊂ U et notons A := ∩n�0 ϕn (U ) et B := ∪n�0 ϕ−n (U ).
Alors il existe une fonction de Lyapounov continue f : X −→ [0, 1] qui vérifie les propriétés suivantes : f −1 (0) = A,
f −1 (1) = X − B, f ◦ ϕ − f < 0 sur B − A.
� Pour chaque n, on considère ne fonction continue gn : X −→ [0, 1] telle que gn−1 (0) = ϕn (U ) et gn−1 (1) =
X − U . On constate que gn ◦ ϕn � gn , avec une inégalité stricte sur ϕ−n (U ) − ϕn (U ). En effet, si x ∈ U , alors
gn ◦ ϕn (x) = 0 � gn (x), et cette inégalité est stricte si x ∈ U − ϕn (U ). Si x �∈ U , alors gn (x) = 1 � gn ◦ ϕn (x), et
cette inégalité est stricte pour x ∈ ϕ−n (U ).
Pour chaque n, on pose fn := (gn + . . . + gn ◦ ϕn−1 )/n. La fonction fn : X −→ [0, 1] est continue, elle vérifie
fn ◦ ϕ − fn = (gn ◦ ϕn − gn )/n � 0, avec inégalité stricte sur ϕ−n (U ) − ϕn (U ). De plus, fn (x) = 1 si et seulement si
gn (x) = gn ◦ ϕ(x) = · · · = gn ◦ ϕn (x) = 1, c’est à dire si et seulement si x ∈ X − ϕ−n (U ). D’autre part, fn (x) = 0
si et seulement si gn (x) = gn ◦ ϕ(x) = · · · = gn ◦ ϕn (x) = 0, c’est à dire si et seulement si x ∈�ϕn (U ).
On�considère maintenant une suite an , n � 0, à terme strictement positifs, et telle que an = 1. On pose
f := an fn . Comme f (x) est une somme de termes positifs, f (x) = � 0 si et seulement si fn (x) = 0 pour tout n,
c’est à dire si et seulement si x ∈ A. De la même � façon, on a f (x) � an = 1 sauf si gn (x) = 1 pour tout n, c’est
/ ∪ϕ−n (U ). Finalement, f ◦ ϕ − f =
à dire si x ∈ an (fn ◦ ϕ − fn ) � 0. Cette inégalité est stricte si et seulement
si l’un des termes est strictement négatif, c’est à dire pour x ∈ B − A. �
Concluons la preuve du théorème :
� Soit x0 un point fixe asymptotiquement stable. Il existe alors un voisinage relativement compact U qui converge
uniformément vers x0 . En particulier, il existe N tel que ϕN (U ) ⊂ U , ∩ϕnN (U ) = {x0 }, et ∪ϕ−nN (U ) = B, le
bassin de x0 .
Il existe alors une fonction de Lyapounov continue g : X −→ [0, 1] pour ϕN , telle que g −1 (0) = {x0 }, g◦ϕN −g <
0 sur B − A, g −1 (1) = X − B.
La fonction f := (g + g ◦ ϕ + · · · + g ◦ ϕN −1 )/N vérifie alors f ◦ ϕ − f = (g ◦ ϕN − g)/N � 0, avec inégalité
stricte sur B − A, ainsi que les autres propriétés demandées. �
Si X est une variété, la fonction de Lyapounov peut être choisie de classe C ∞ . C’est une conséquence du résultat
suivant :
Proposition 2.9. Soit X une variété C ∞ de dimension finie et ϕ : X −→ X une application continue. Soit
f : X −→ [0, 1] une fonction de Lyapounov continue. Supposons que les ensembles A := f −1 (0), et B := X −f −1 (1)
son positivement invariants. Supposons finalement que f est stricte sur B − A. Alors il existe une fonction de
Lyapounov g, de classe C ∞ , telle que g −1 (1) = X − B, g −1 (0) = A et g est stricte sur B − A.
9
� Comme f ◦ ϕ < f sur l’ouvert B − A, il existe une fonction g̃ : B − A −→]0, 1[ de classe C ∞ et telle que
f ◦ ϕ < g̃ < f . Ceci implique que g̃ ◦ ϕ < f ◦ ϕ < g̃, donc g̃ est une fonction de Lyapounov stricte sur B − A.
On prolonge g̃ par les valeurs 1 sur X − B et 0 sur A. On obtient une fonction de Lyapounov continue sur X,
qui est stricte et C ∞ sur B − A.
Il existe alors une fonction φ : [0, 1] −→ [0, 1] continue, strictement croissante, lisse sur ]0, 1[, et telle que g := φ◦g̃
est C ∞ (il faut prendre φ très plate en 0 et en 1). Cette fonction remplit toutes les conditions demandées. �
Dans le cas où X = Rd (ou plus généralement une variété) et où ϕ est C 1 , on considère le linéarisé L = dϕx0 .
On note R le rayon spectral de L, c’est à dire le maximum des modules de ses valeurs propres complexes (L est
un endomorphisme réel).
Théorème 2.10. Si R < 1, alors x0 est asymptotiquement stable. On dit que le point fixe est linéairement stable.
Si R > 1, alors x0 n’est pas Lyapounov stable (donc pas asymptotiquement stable).
Comme le montre la preuve ci-dessous, il suffit de supposer que ϕ est différentiable en 0 (pas necessairement
C 1 ).
On rappelle la formule du rayon spectrale : R = lim �Ln �1/n .
Nous baserons la preuve du théorème sur le lemme suivant, qui est important en lui-même :
Lemme 2.11. Soit L : B −→ B un endomorphisme de l’espace de Banach (B, |.|), soit R le rayon spectral de L et
b > R. Il existe une norme �.� de Banach sur B, équivalente à la norme |.|, pour laquelle �L� � b. Si la norme |.|
est Hilbertienne, alors la norme �.� l’est aussi.
Si L est un isomorphisme de Banach, si r est l’inverse du rayon spectral de L−1 (c’est donc l’infimum des modules
des éléments du spectre de L), et si 0 < a < r, alors il existe une norme [.] pour laquelle
pour tout v ∈ B.
� Il existe N tel que �AN � � bN (par la formule du rayon spectral). On pose
�N −1 �1/2
�
�v� := b−2i |Ai v|2 ,
i=0
de sorte que
N
� −1 N
�
�Av�2 = b−2i |Ai+1 v|2 = b2 b−2i |Ai v|2 = b2 (�v�2 − |v|2 + b−2N |AN v|2 ) � b2 �v�2 .
i=0 i=1
Dans le cas où L est inversible, on choisit M tel que �A−M � � a−M et on pose
M
� −1
[v]2 := a2i �A−i v�2 .
i=0
Par un calcul identique au précédent, on obtient que [A−1 v] � a−1 [v] pour tout v, donc que a[v] � [Av]. Par ailleurs,
M
� −1 M
� −1
[Av]2 = a2i �A ◦ A−i v�2 � a2i b2 �A−i v� = b2 [v]2 . �
i=0 i=0
10
dimension infinie). On fixe a et b > 1 tels que RF < b < a < R. En appliquant le Lemme, on trouve une norme
Euclidienne �.�E sur E telle que �Lv�E � a�v�E pour tout v dans E et un norme Euclidienne �.�F sur F telle que
�Lv�F � b�v�F pour tout v ∈ F . On pose alors �v�2 = �vE �2E + �vF �2F , où vE et vF sont les composantes de v
suivant E et F . C’est une norme Euclidienne sur Rd , pour laquelle E et F son orthogonaux, et qui coı̈ncide avec
�.�E sur E et �.�F sur F .
Pour tout δ > 0, il existe � > 0 tel que les inégalités suivantes sont satisfaites pour x ∈ B(0, �) :
En choisissant δ assez petit pour que b+2δ < a−2δ, nous allons en conclure que tout voisinage de 0 contient un point
dont l’orbite sort de B(0, �), contredisant la stabilité de Lyapounov. On prend une condition initiale x = xE +xF telle
que �xE � � �xF �. Ceci implique que �ϕE (x)� � (a − 2δ)�xE � et �ϕF (x)� � b�xF � + 2δ�xE � � (b + 2δ)�xE �.
En notant xn = xnE + xnF l’orbite de x, on obtient donc par récurrence que, tant que xn ∈ B(0, �), �xnE � � �xnF � et
�xnE � � (a − 2δ)n �xE �. Comme a − 2δ > 1, l’orbite sort de B(0, �). �
On peut se poser les mêmes questions dans le cas où X est un espace de Banach de dimension infinie. On
remarque que la preuve ci-dessus n’utilise jamais la finitude de la dimension pour la partie stabilité, qui reste donc
vraie en dimension infinie. La partie instabilité est un peu plus délicate. Pour que la preuve fonctionne, il faut supposer
un peu plus sur le linéarisé afin de pouvoir décomposer l’espace comme nous l’avons fait dans la preuve. Il suffit par
exemple de supposer l’existence d’un réel R� ∈ [1, R[ tel que le spectre du linéarisé ne contient aucun point de module
R� . Cette hypothèse supplémentaire n’est pas nécessaire si ϕ est supposée C 2 , mais il faut une autre démonstration.
Revenons à la questions de la conjugaison topologique au voisinage du point fixe :
Proposition 2.12. Soit ϕ : Rd −→ Rd une application continue fixant l’origine. Supposons que L = dϕ0 existe, est
inversible, et de rayon spectral strictement inférieur à 1. Alors ϕ est localement conjuguée à L. Plus précisément il
existe deux voisinages ouverts U et V de 0 et un homéomorphisme h : U −→ V tel que h ◦ L = ϕ ◦ h sur U .
� On choisit une norme Euclidienne |.| pour laquelle L est une contraction. On écrit ϕ = L + φ, où φ(x) = o(|x|).
On considère une fonction de troncature f : Rd −→ [0, 1] qui est égale à 1 sur la boule B(0, 1) et à 0 hors de la
boule B(0, 2). En notant f� (x) = f (x/�), on considère l’application ψ := L + f� φ. On va montrer que c’est, pour
� > 0 petit, un homéomorphisme et une contraction, ce qui implique la conclusion par la Proposition 2.2. Il suffit
pour ceci de montrer que Lip(f� φ) peut être rendu arbitrairement petit. Il existe une fonction δ(�) qui tend vers 0 en
0 et a les propriétés suivantes : φ est δ(�)-Lipschitz sur B(0, 2�), et |φ| � �δ(�) sur B(0, 2�). On a alors
Exercice 2.4. Soit ϕ et ψ deux homéomorphismes de X et Y , respectivement. Soient x0 et y0 des points fixes
asymptotiquement stables de ϕ et ψ. Supposons que ϕ au voisinage de x0 est topologiquement conjugué (c’est à
dire conjugué par un homéomorphisme) à ψ au voisinage de y0 . Si B et B � sont les bassins d’attraction de x0 et y0 ,
montrer que ϕ|B est topologiquement conjugué à ψ|B � .
En particulier, les bassins B et B � sont homéomorphes. Le bassin d’un point fixe linéairement stable d’un
difféomorphisme est donc homéomorphe à Rd .
Sous des hypothèses supplémentaires, on obtient une conjugaison plus régulière.
Proposition 2.13. Soit ϕ un difféomorphisme C k+2 (k ∈ {0, 1, . . . , ∞}) d’une variété X, fixant x0 . Supposons
que les modules des valeurs propres du linéarisé L = dϕx0 sont contenues dans l’intervalle [r, R], avec R2 < r <
R < 1. Alors, en notant B le bassin de 0, l’application ϕ|B : B −→ B est globalement conjuguée à son linéarisé
L : Tx0 X −→ Tx0 X par un difféomorphisme C k .
En dimension 1, l’hypothèse de pincement est toujours satisfaite.
� On fixe a et b tels que b2 < a < r < R < b. On choisit une norme Euclidienne sur Tx0 X telle que |L| < b et
|L | < 1/a. On pose hn = L−n ◦ ϕn . On va montrer que, au voisinage de x0 , la suite hn converge uniformément
−1
vers une limite continue h, qui vérifie automatiquement h ◦ ϕ = L ◦ h. On identifie un voisinage de x0 à l’espace
tangent Tx0 X. Au voisinage de 0, ϕ est b-Lipschitz, et il existe une constante C telle que |ϕ−1 (x)−L−1 (x)| � C|x|2 .
On a donc |L−1 (ϕn+1 (x)) − ϕ−1 (ϕn+1 (x))| � Cb2n |x|2 . En appliquant L−n , on déduit que |hn+1 (x) − hn (x)| �
C(b2 /a)n |x|2 . Comme b2 /a < 1, cette inégalité implique la convergence uniforme de la suite hn dans un voisinage
de x0 , vers une limite continue h qui vérifie de plus dh0 = id, et donc est un homéomorphisme local. Il existe
11
donc un voisinage ouvert U de x0 dans X tel que hn converge, uniformément sur U , vers h : U −→ V qui est un
homéomorphisme, où V est un voisinage ouvert de 0 dans Tx0 X.
En fait, la convergence uniforme de hn sur un voisinage de x0 implique que cette convergence a lieu sur tout
B, uniformément sur les compacts. En effet, si K est un compact de B et si U est un voisinage de x0 sur lequel
la convergence uniforme a lieu, il existe N tel que ϕN (K) ⊂ U . Ceci implique que hn ◦ ϕN converge uniformément
sur K, il en est donc de même de hn+N = L−N ◦ hn ◦ ϕN . La limite h vérifie h = L−N ◦ h ◦ ϕN , c’est donc un
homéomorphisme de K sur son image. Si K � est un compact de Tx0 X, alors il existe N tel que LN (K � ) ⊂ V , donc
h−1 (K � ) = ϕ−N (h−1 (LN (K � ))) est compact. L’application h : B −→ Tx0 M est une bijection continue et propre,
c’est donc un homéomorphisme.
Si K � 1, on considère maintenant l’application T ϕ(x, v) := (ϕ(x), dϕx · v). Elle fixe le point (0, 0) et sa
différentielle est T L(v, w) = (Lv, Lw). Les valeurs propres de T L sont les mêmes que celles de L. On montre
donc comme ci-dessus que la suite Hn = (T L)−n ◦ (T ϕ)n converge vers une limite continue H sur B × Tx0 X,
uniformément sur les compacts. Comme Hn = T hn , on conclut que h est C 1 , avec T h = H. Dans le cas k > 1, on
termine la preuve par récurrence. �
La méthode ci-dessus est due à Nelson 1 . Il l’utilise pour démontrer qu’il existe une conjugaison régulière, sans
hypothèse de pincement sur les valeurs propres de L, mais en supposant que |ϕ − L| = O(|x|r ) avec r assez grand,
ce résultat étant originalement du à Sternberg.
La régularité des conjugaisons est une question assez subtile, comme l’illustre les exercices ci-dessous :
Exercice 2.5. Considérons l’application ϕ(x, y) = (x/2, y/5 + x2 ) et son linéarisé φ(x, y) = (x/2, y/5).
Montrer qu’il existe une conjugaison C ∞ entre ϕ et φ, qui est de la forme h(x, y) = (x, y + ax2 ).
Exercice 2.6. Considérons l’application ϕ(x, y) = (x/2, y/4 + x2 ) et son linéarisé φ(x, y) = (x/2, y/4).
Montrer qu’il existe une conjugaison entre ϕ et φ de la forme h(x, y) = (x, y + ax2 ln x). Quelle est la régularité
de h ?
Montrer qu’il n’existe pas de conjugaison C 2 au voisinage de 0.
12
3 Points fixes asymptotiquement stables des champs de vecteurs
On considère maintenant le cas où X est une variété (ou juste X = Rd ) et où V est un champ de vecteurs C 1
et complet sur X. On note ϕt le flot. Les points fixes Lyapounov stables et asymptotiquement stables se définissent
exactement comme dans le cas des applications :
Le point fixe x0 est dit Lyapounov stable si, pour tout voisinage U de x0 , il existe un voisinage V de x0 tel que
ϕt (V ) ⊂ U pour tout t � 0.
Le point fixe x0 est dit asymptotiquement stable si il est Lyapounov stable et si, de plus, il existe un voisinage
W de x0 tel que toute orbite partant dans W converge vers x0 .
Le bassin de x0 est l’ensemble des points x tels que ϕt (x) −→ x0 en +∞. Si x0 est un point fixe asymptotiquement
stable, alors son bassin est un voisinage ouvert de x0 .
Propriété 3.1. Le point fixe x0 est Lyapounov (resp. asymptotiquement) stable pour V si et seulement si il existe
T > 0 tel que x0 est Lyapounov (resp. asymptotiquement) stable pour ϕT . De plus, le bassin de x0 en tant que
point fixe de ϕT est égal au bassin de x0 en tant que point fixe de V .
� Il est clair que les propriétés de stabilité pour V entreine les mêmes propriétés pour chacun des flots ϕt , t > 0.
Réciproquement, supposons que x0 est Lyapounov stable pour ϕT , avec T > 0. Pour tout voisinage U de x0 ,
il existe un voisinage W tel que ϕt (W ) ⊂ U pour tout t ∈ [0, T ]. Ceci découle de la compacité de [0, T ] et de la
continuité de l’application (t, x) �−→ ϕt (x).
Comme x0 est Lyaounov stable pour ϕT , il existe un voisinage W � tel que ϕnT (W � ) ⊂ W pour tout n � 0. On
déduit que ϕt (W � ) ⊂ U pour tout t � 0.
Finalement, si l’orbite x(t) = ϕt (x) converge vers x0 , il en est clairement de même de la suite n �−→ x(nT ).
Réciproquement, supposons que la suite x(nT ) converge vers x0 . Pour tout voisinage U de x0 , on a vu qu’il existe
un voisinage W pour lequel ϕt (W ) ⊂ U pour tout t ∈ [0, T ]. Il existe N tel x(nT ) ∈ W pour tout n � N , ce qui
implique que x(t) ∈ U pour tout t � N T . �
On manipulera dans la suite des inégalités différentielles, et on utilisera le résultat suivant (Lemme de Gronwall) :
Lemme 3.2. Soit f (t, x) : R × R −→ R une fonction mesurable, croissante par rapport à x. Soient x(t) et y(t) des
fonctions mesurables satisfaisant
� t
x(t) � x0 + f (s, x(s))ds
0
� t
y(t) = y(0) + f (s, y(s))ds.
0
13
— Le flot ϕt est etb -Lipschitz pour tout t � 0
— �V (x) − V (y), x − y� � 2b�x − y�2 pour tous x et y.
� Un calcul simple montre que
d t
�ϕ (x) − ϕt (y)�2 = �V (ϕt (x)) − V (ϕt (y), ϕt (x) − ϕt (y)�.
dt
Si l’on suppose le premier point, alors �ϕt (x) − ϕt (y)�2 � e2tb �x − y�2 pour tout t � 0, donc
d
�V (x) − V (y), x − y� = �ϕt (x) − ϕt (y)�2 � 2b�x − y�2 .
dt |t=0
Réciproquement, en supposant le second point, la fonction f (t) := �ϕt (x) − ϕt (y)�2 vérifie l’inégalité f � (t) � 2bf (t),
ce qui entraine que f (t) � f (0)e2bt par le Lemme de Gronwall. �
Proposition 3.5. Soit V un champ de vecteur de l’espace de Hilbert E. Supposons qu’il existe a > 0 tel que
pour tous x, y. Alors Le champ V admet un unique point fixe, qui est asymptotiquement stable et attire toutes les
orbites. Le champ V est positivement complet et ses flots ϕt , t > 0 sont des contractions.
� Soit x(t) : [0, T [−→ E une orbite maximale. Montrons pour commencer que T = +∞. Si T est fini, on écrit
par exemple �x(S + t) − x(S)� � e−aS �x(t) − x(0)� � �x(T − S) − x(0)� pour tout t ∈ [0, T − S[. Comme la
fonction t �−→ �x(t) − x(0)� tend vers 0 en 0, ceci implique que la courbe x(t) a une limite en T , ce qui contredit
la maximalité.
Le champ V est donc positivement complet, ses flots ϕt , t > 0 sont e−ta -Lipschitz par les calculs ci-dessus. Soit
x0 l’unique point fixe de ϕ1 . C’est alors l’unique point fixe de ϕ1/n pour tout n ∈ N. Autrement dit, l’orbite x(t)
associée est périodique de période 1/n pour tout n, c’est donc un point fixe : V (x0 ) = 0. Il est alors évident que
toutes les orbites convergent vers x0 . �
Si f est une fonction de classe C 1 , alors les points suivants sont évidemment équivalents :
— f ◦ ϕt � f pour tout t � 0.
— df · V � 0.
On dit alors que f est une fonction de Lyapounov. Il n’est donc pas nécessaire de déterminer le flot pour vérifier que
f est une fonction de Lyapounov.
Théorème 3.6. Soit x0 un point fixe du champ de vecteurs V .
Si il existe une fonction de Lyapounov f : U −→ [0, ∞), de classe C 1 sur un voisinage U de x0 , qui vérifie
f (x0 ) = 0 et telle que les fonctions f et −df ·V sont strictement positives sur U −{x0 }, alors x0 est asymptotiquement
stable.
Réciproquement, si x0 est asymptotiquement stable, de bassin B, alors il existe une fonction de Lyapounov
f : X −→ [0, 1], de classe C ∞ , telle que f (x0 ) = 0, f ∈]0, 1[ sur B − {x0 }, df · V < 0 sur B − {x0 }, et f = 1 sur
X − B.
� Le premier énoncé découle du cas des applications.
Montrons le second énoncé. Le point x0 est un point fixe asymptotiquement stable pour ϕ1 dont le bassin est
B. Il existe donc une fonction de Lyapounov g : X −→ [0, 1], de classe C ∞ , pour ϕ1 , telle que g ◦ ϕ1 − g < 0 sur
B − {x0 }, g −1 (0) = {x0 }, g −1 (1) = X − B.
�1
On pose alors f = 0 g ◦ ϕs ds, c’est une fonction C 1 . On a
� 1 � 1 � 1
d
(df · V )(x) = dgϕs (x) ◦ dϕsx · V (x)ds = dgϕs (x) · V (ϕs (x))ds = (g ◦ ϕs (x))ds
0 0 0 ds
= (g ◦ ϕ1 − g)(x).
Si V n’est que C 1 , la fonction f n’est a priori que C 1 , mais elle peut être régularisée, comme dans le cas des
applications. Pour ceci, on considère d’abord une fonction continue strictement positive � : B − A −→]0, ∞) telle
que df · V < −2�|V |, f > 2� et f < 1 − 2� sur B − A. Alors, il existe une fonction f1 , de classe C ∞ , telle que
|f − f1 | � � et |df − df1 | � �. La fonction f1 vérifie encore df1 · V < 0 sur B − A, et elle se prolonge en une
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fonction continue sur X par les valeurs 0 sur A et 1 sur X − B. On régularise alors f1 en posant f2 = φ ◦ f1 , où
φ : [0, 1] −→ [0, 1] est une fonction strictement croissante ”assez plate” en 0 et en 1. �
Comme dans le cas des applications, le linéarisé L := dVx0 donne des informations utiles sur la dynamique au
voisinage du point fixe x0 . L’équation différentielle linéaire v � (t) = L(V (t)) est en effet une bonne approximation de
l’équation x� (t) = V (x(t)) au voisinage du point x0 . Le flot de cette équation linéarisée est etL . Comme les valeurs
propres de etL sont etλ , où λ est une valeur propre de L, on s’attend à un comportement asymptotiquement stable
si |etλ | < 1 pour toute valeur propre λ de L, c’est à dire si toutes les valeurs propres de L ont des parties imaginaires
strictement négatives.
Dans le cas où X est une variété, il n’est pas complètement évident que L est bien défini en tant qu’endomorphisme
de Tx0 X. Si φ et ψ sont deux cartes de X en x0 , on peut considérer les représentants Vφ = φ∗ V et Vψ = ψ∗ V
de V dans ces cartes. On peut alors calculer les linéarisés dans les cartes, Lφ = d(Vφ )0 et Lψ = d(Vψ )0 . Ce sont
des endomorphismes de Rd et la question est de savoir si ils représentent le même endomorphisme de Tx0 X, c’est à
dire si Lψ ◦ df0 = df0 ◦ Lφ , en notant f = ψ ◦ φ−1 . On a Vψ = f∗ Vφ , c’est à dire que Vψ (f (x)) = dfx · Vφ (x). On
différentie en x = 0, ce qui donne
Lψ ◦ df0 = df0 · Lφ + d2 f0 · Vφ (0).
On a donc bien l’égalité voulue si (et seulement si) Vφ (0) = 0, c’est à dire si V (x0 ) = 0. Il résulte des considération
ci-dessus que le linéarisé L d’un champ de vecteur est bien défini en tant qu’endomorphisme de Tx0 X lorsque x0 est
un point fixe de V .
On peut aussi définir ce linéarisé L sans passer par les cartes en utilisant le flot ϕt (x), qui est défini pour tout
t dans un voisinage de x0 . Comme ϕt (x0 ) = x0 , on peut définir Gt := dϕtx0 . C’est un groupe d’isomorphismes de
Tx0 X, c’est à dire que G0 = Id et Gt+s = Gt ◦ Gs . Il existe donc un endomorphisme L de Tx0 X tel que Gt = etL ,
c’est le linéarisé de V en 0. Au delà de ces questions de définitions, on retiendra l’expression
d(ϕt )x0 = etL
qui relie le linéarisé du champ de vecteur à la différentielle de son flot.
Théorème 3.7. Soit x0 un point fixe du champ de vecteur V . Soit L le linéarisé de V en x0 , et soit χ le supremum
des parties réelles des éléments du spectre de L.
Si χ < 0, alors x0 est asymptotiquement stable. On dit que le point fixe est linéairement stable.
Si χ > 0, alors x0 n’est pas Lyapounov stable, donc pas asymptotiquement stable.
Comme dans le cas des applications, on utilise une norme adaptée à la dynamique.
Lemme 3.8. Soit L une application linéaire continue de l’espace de Hilbert H. Supposons qu’il existe un intervalle
[a� , b� ] qui contient les parties réelles des éléments du spectre de L, et soit ]a, b[ un intervalle ouvert contenant [a� , b� ].
Alors il existe un produit scalaire (., .) sur H, qui engendre une norme équivalente à la norme initiale, et tel que
a(v, v) � (Lv, v) � b(v, v)
pour tout v ∈ H.
La conclusion implique en particulier que le champ de vecteurs linéaire V (x) = Lx vérifie les hypothèse de
l’énoncé précédent si b < 0. Le point fixe 0 est alors asymptotiquement stable pour l’équation ẋ = Lx. Pour faire le
lien avec le cas des applications, on remarque que le flot etL de cette équation est une application linéaire dont le
�
rayon spectral est majoré par etb (qui est < 1 pour b� < 0). Dans la norme donnée par l’énoncé, on a |etL | � etb
(qui est < 1 si b < 0).
� Le rayon spectral de eL est strictement inférieur à eb donc par la formule du rayon spectral il existe T > 0
pour lequel �eT L � < eT b (norme initiale sur E). On pose
� T
[v, w] = e−2tb �etL v, etL w�dt
0
et on calcule
� T � T
d tL tL
2[Lv, v] = 2 e−2tb �etL Lv, etL v�dt = e−2tb �e v, e v�dt
0 0 dt
� T
−2tb tL tL −2T b
= 2b e �e v, e v�dt + e �eT L v, eT L v� − �v, v�
0
� 2b[v, v].
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Ensuite, on choisit S > 0 tel que |e−SL | < e−Sa (norme associée à [., .]) et on pose
� S
(v, w) = e2ta [e−tL v, e−tL w]dt.
0
Le même calcul que ci-dessus montre que (−Lv, v) � −a(v, v). De plus,
� S � S
(Lv, v) = e2ta [Le−tL v, e−tL v]dt � be2ta [e−tL v, e−tL v]dt = b(v, v). �
0 0
où ϕ est le flot de V1 . Cette application induit une bijection de R × S dans U1∗ , qui est un difféomorphisme local et
donc un difféomorphisme.
Montrons la bijectivité. Il s’agit de vérifier que toute orbite x(t) dans le bassin coupe S une fois et une seule. On
constate d’abord que tout orbite qui contient des points dans B et des points hors de B coupe S, par connexité.
Comme toute orbite tend vers x1 , toute orbite du bassin contient des points dans B. Donc les seules orbites
qui pourraient ne pas couper S sont les orbites entièrement contenues dans B. On utilise finalement l’inégalité
�V1 (x), x� � b�x, x�, satisfaite dans un voisinage de B̄, pour montrer, à la fois que toute orbite différente de celle de
x1 sort de B (en grand temps négatif), et aussi que chaque orbite intersecte S au plus une fois.
De la même façon, l’application
est donc un difféomorphisme. Comme 0 est asymptotiquement stable pour V1 , l’application φ qui est égale à F ◦ G−1
hors de 0 et à 0 en 0 est un homéomorphisme de Rd dans U1 . On constate que
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c’est à dire que φ conjugue les flots de V1 et de V0 .
On trouve de la même façon une conjugaison topologique ψ : Rd −→ U2 entre V0 et V2 , et donc une conjugaison
topologique φ ◦ ψ −1 : U2 −→ U1 entre V2 et V1 . �
L’analogue naturel de cet énoncé pour les applications n’est pas vrai comme le montre l’exercice ci-dessous.
Exercice 3.1. Montrer que les dynamiques des applications x �−→ x/2 et x �−→ −x/2 sur R ne sont pas topologi-
quement conjuguées.
Exercice 3.2. Considérons le champ de vecteurs V (x, y) = (y, −x − y 3 ).
Le linéarisé permet-il de statuer sur la stabilité asymptotique de 0 ?
En considérant la fonction f (x, y) = x2 + y 2 , montrer que le point fixe 0 est asymptotiquement stable.
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