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La Mort de Raphaël : Désir et Fatalité

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LL7 : La Mort de Raphaël

/Raphaël tira de dessous son chevet le lambeau de la peau de chagrin, fragile et petit
comme

la feuille d’une pervenche, et le lui montrant : « […] Ceci est un talisman qui accomplit mes

désirs, et représente ma vie. Vois ce qu’il m’en reste. Si tu me regardes encore, je vais

mourir... » La jeune fille crut Valentin devenu fou, elle prit le talisman, et alla chercher la

lampe. Éclairée par la lueur vacillante qui se projetait également sur Raphaël et sur le
talisman,

elle examina très attentivement et le visage de son amant et la dernière parcelle de la peau

magique. En la voyant belle de terreur et d’amour, il ne fut plus maître de sa pensée : les

souvenirs des scènes caressantes et des joies délirantes de sa passion triomphèrent dans son

âme depuis longtemps endormie, et s’y réveillèrent comme un foyer mal éteint. / « Pauline,

viens ! Pauline ! » Un cri terrible sortit du gosier de la jeune fille, ses yeux se dilatèrent, ses

sourcils violemment tirés par une douleur inouïe, s’écartèrent avec horreur, elle lisait dans
les

yeux de Raphaël un de ces désirs furieux, jadis sa gloire à elle ; mais à mesure que grandissait

ce désir, la peau, en se contractant, lui chatouillait la main. Sans réfléchir, elle s’enfuit dans
le

salon voisin dont elle ferma la porte. « Pauline ! Pauline ! cria le moribond en courant après

elle, je t’aime, je t’adore, je te veux ! Je te maudis, si tu ne m’ouvres ! Je veux mourir à toi ! »

Par une force singulière, dernier éclat de vie, il jeta la porte à terre, et vit sa maîtresse à demi

nue se roulant sur un canapé. Pauline avait tenté vainement de se déchirer le sein, et pour
se

donner une prompte mort, elle cherchait à s’étrangler avec son châle. « Si je meurs, il
vivra !»

disait-elle en tâchant vainement de serrer le nœud. Ses cheveux étaient épars, ses épaules
nues, ses vêtements en désordre, et dans cette lutte avec la mort, les yeux en pleurs, le
visage

enflammé, se tordant sous un horrible désespoir, elle présentait à Raphaël, ivre d’amour,
mille

beautés qui augmentèrent son délire ; il se jeta sur elle avec la légèreté d’un oiseau de proie,

brisa le châle, et voulut la prendre dans ses bras. /Le moribond chercha des paroles pour

exprimer le désir qui dévorait toutes ses forces ; mais il ne trouva que les sons étranglés du

râle dans sa poitrine, dont chaque respiration creusée plus avant, semblait partir de ses

entrailles. Enfin, ne pouvant bientôt plus former de sons, il mordit Pauline au sein. Jonathas

se présenta tout épouvanté des cris qu’il entendait, et tenta d’arracher à la jeune fille le

cadavre sur lequel elle s’était accroupie dans un coin. /

Honoré de Balzac, La Peau de chagrin, Partie 3, 1831


Introduction : Le texte que je vais vous présenter est extrait de la PC, écrit par Honoré de
Balzac et publié en 1831, Balzac, chef de file des Réalistes, a pour projet de tracer l’histoire
des mœurs et de dépeindre tous les aspects de la société française du XIXe siècle. Dans ses
œuvres regroupées sous le nom de la Comédie Humaine, il établit une galerie de portraits,
de personnages de différentes classes sociales et de tout caractère, afin de décrire la réalité
telle qu’elle est. Par conséquent les défauts des hommes et de la société sont mis en avant
et critiqués. Dans la PC, Balzac combine réalisme et fantastique pour montrer aux lecteurs
qu’une vie raisonnable et sage permet de vivre longtemps. Dans cet extrait, Balzac propose
sa philosophie du désir, à travers la scène de la mort de Raphael, en présence de Pauline, ce
dénouement suscite la terreur du lecteur. Ainsi nous pouvons nous demander dans quelle
mesure ce dénouement illustre- t-il la philosophie balzacienne selon laquelle « l’excès de
désir tue » ?

Scène très intense, marquée par l’excès, par l’hyperbole jusqu’à la folie. Raphaël est tué par
son désir, ce qui nous ramène à la problématique de la PC : « + le désir augmente, + la peau
rétrécie » → - de vie → mort du personnage.
Ce dénouement éclaire l’ensemble du roman, car le désir est mortel, mais dans ce désir
mortel paradoxalement Raphaël se sent bien/vivant.
+ éléments d’introduction : Balzac et son temps, le fantastique, le pacte faustien, la situation
du passage

3 mouvements :
1) Crainte du désir (1-9)
2) Puissance incontrôlable du désir (9-23)
3) La fatalité du désir jusqu’à la mort(23-fin)

Prblm : Dans quelle mesure ce dénouement illustre-t-il la philosophie balzacienne selon


laquelle « l’excès de désir tue » ?

Bilan : Le désir finit par tuer Raphaël, ce qui illustre bien la philosophie générale de l’œuvre
de Balzac. Cependant, il n’y a pas de commentaire de la part du narrateur, ce qui permet au
lecteur d’interpréter cette scène très visuelle, presque picturale assez librement. (Dire son
interprétation sur cette lecture. Désir, mort, relation, destin de Raphaël)

Ouverture : ouvrir sur des passages du roman qui soulignent l’alliance du principe de vie
(Éros) et du principe de mort (Thanatos).
1er mvmt : Crainte du désir

Raphaël tira de dessous son chevet le lambeau de la peau de chagrin, fragile et petit comme

la feuille d’une pervenche, et le lui montrant : « […] Ceci est un talisman qui accomplit mes

désirs, et représente ma vie. Vois ce qu’il m’en reste. Si tu me regardes encore, je vais

mourir... » La jeune fille crut Valentin devenu fou, elle prit le talisman, et alla chercher la

lampe. Éclairée par la lueur vacillante qui se projetait également sur Raphaël et sur le talisman,

elle examina très attentivement et le visage de son amant et la dernière parcelle de la peau

magique. En la voyant belle de terreur et d’amour, il ne fut plus maître de sa pensée : les

souvenirs des scènes caressantes et des joies délirantes de sa passion triomphèrent dans son

âme depuis longtemps endormie, et s’y réveillèrent comme un foyer mal éteint.

Scène très théâtrale, qui dramatise l’exhibition de la PC qui s’est rétrécie.


La peau réapparait pour accomplir la prédiction de l’antiquaire.
Comparaison « fragile et petit comme la feuille d’une pervenche » adjectifs → fragilité de la
P
« le lui montrant » associé au déictique « ceci » → scène + vivante/tendue.
« Ceci est un talisman qui accomplit mes désirs, et représente ma vie. Vois ce qu’il m’en
reste. Si tu me regarde encore je vais mourir… » → discours direct, cmplmt circonstanciel de
manière
Cette peau qui a diminué reflète la fragilité du personnage. Raphaël révèle, à travers sa prise
de parole, le fonctionnement de cette peau à l’aide de propositions subordonnées relative
puis coordonnées « qui accomplit mes désirs et représente la vie »
& il lui explique aussi que sa présence accélère son dépérissement puisque cela accentue son
désir lorsqu’il utilise la proposition hypothétique « si tu me regardes encore je vais mourir »
et met donc ainsi sur le même plan le désir pour Pauline et la mort.
« La jeune fille crut Valentin devenu fou, elle prit le talisman » : succession de verbes
d’action au passé simple → plonge à nouveau ds univers fantastique.
Raphaël sait bien que c’est la peau qui lui fait se sentir comme il est, tandis que Pauline
pense qu’il a tout simplement perdu la raison.
« Peau magique » basculement ds fantastique ; cette lumière « lueur vacillante » éclaire la
« peau magique » même que celle qui éclairait le talisman dans la boutique, c’est ici que l’on
retrouve l’atmosphère fantastique.
Le dernier fragment de la PM (superposition des destins) ↔ dernier lien : Raphaël/vie &
Raphaël/Pauline
Association oxymorique entre « terreur » et « amour » → tension créé dans ce texte,
antithèse → tiraillement de Pauline (sentiments contradictoires → désir violent de Raphaël)
Lexique de la volupté « amour », « scènes caressantes », « sa passion ».
Comparaison finale : passion/feu « foyer mal éteint » → désire ne peut jamais être
totalement éteint : on peut s’embraser à tout moment.

CCL : Ce 1er mvmt montre que Raphaël tente de lutter contre son désir pour rester en vie
mais ne peut résister face à la beauté de Pauline et finalement cette révélation peut faire
songer à
2ème mouvement : Puissance incontrôlable

« Pauline, viens ! Pauline ! » Un cri terrible sortit du gosier de la jeune fille, ses yeux se dilatèrent, ses

sourcils violemment tirés par une douleur inouïe, s’écartèrent avec horreur, elle lisait dans les

yeux de Raphaël un de ces désirs furieux, jadis sa gloire à elle ; mais à mesure que grandissait

ce désir, la peau, en se contractant, lui chatouillait la main. Sans réfléchir, elle s’enfuit dans le

salon voisin dont elle ferma la porte. « Pauline ! Pauline ! cria le moribond en courant après

elle, je t’aime, je t’adore, je te veux ! Je te maudis, si tu ne m’ouvres ! Je veux mourir à toi ! »

Par une force singulière, dernier éclat de vie, il jeta la porte à terre, et vit sa maîtresse à demi

nue se roulant sur un canapé. Pauline avait tenté vainement de se déchirer le sein, et pour se

donner une prompte mort, elle cherchait à s’étrangler avec son châle. « Si je meurs, il vivra !»

disait-elle en tâchant vainement de serrer le nœud. Ses cheveux étaient épars, ses épaules

nues, ses vêtements en désordre, et dans cette lutte avec la mort, les yeux en pleurs, le visage

enflammé, se tordant sous un horrible désespoir, elle présentait à Raphaël, ivre d’amour, mille

beautés qui augmentèrent son délire ; il se jeta sur elle avec la légèreté d’un oiseau de proie,

brisa le châle, et voulut la prendre dans ses bras.

Lien 1 & 2eme mvmt : Après cette faim du désir qui l’envahit, on entre dans la puissance de
ce désir qui est matérialisée par le discours direct « Pauline, vient ! Pauline ! » et par
l’apostrophe avec cette répétition du prénom presque comme une incantation
Succession : 1er mvmt : tentation de l’éloignement → 2ème mvmt : désir de rapprochement
qui s’impose à lui → force & impossibilité de résister à la puissance de ce désir physique.
La dimension primaire et instinctive de son désir, se répercutent sur sa communication qui
est simple, évidente et brutale.
Énumération au passé simple « ses yeux se dilatèrent, ses sourcils (…) s’écartèrent avec
horreur » → description violente & terrifiante du corps torturé de Pauline → terreur, témoin
physique du fonctionnement magique de la P, elle sent physiquement Raphaël mourir en
elle. + Raphaël exprime son désir, + la peau se rétrécie.
Retour discourt direct avec l’apostrophe répétée « Pauline » → basculement ds la
confrontation des 2 personnages, car Raphaël est dépossédé de son identité désormais
appelé « le moribond »
Il perd une partie de son identité & affirmation à travers la gradation sur un rythme ternaire
« je t’aime, je t’adore, je te veux ! » → renforce la montée du désir de Raphaël.
De +, ses exclamations « Je te maudis, si tu ne m’ouvres ! Je veux mourir à toi ! » →
interpellation du lecteur, construction grammaticale incorrecte & non classique → souhait
de mourir en l’appartenant → recherche d’une dernière étreinte charnelle avec Pauline.
« Je veux mourir à toi » → recherche de la mort, exclamation associative desir pr
Pauline/mort Ce paroxysme devient paradoxalement son dernier élan de vie « dernier éclat
de vie ».
« Pauline avait tenté vainement de se déchirer le sein, et pour se donner une prompte mort,
elle cherchait à s’étrangler avec son châle. « Si je meurs, il vivra ! » disait-elle en tâchant
vainement de serrer le nœud. » → champ lexical du suicide → détermination de Pauline.
Elle comprend qu’elle est la cause du désir & de la mort de Raphaël.
Elle reprend cette hypothèse « si je meurs, il vivra », elle est prête à se sacrifier pour lui,
pour le sauver de ce destin funeste.
« Ses cheveux étaient épars, ses épaules nues, ses vêtements en désordre, et dans cette lutte
avec la mort, les yeux en pleurs, le visage enflammé, se tordant sous un horrible désespoir,
elle présentait à Raphaël, ivre d’amour, mille beautés qui augmentèrent son délire ; il se jeta
sur elle avec la légèreté d’un oiseau de proie, brisa le châle, et voulut la prendre dans ses
bras. » Raphaël découvre la scène dont le désir lui a permis de briser la porte (lien avec
partie précédente).
Énumération avec champ lexical érotisme → décrit la folie de Raphaël envers pauline & sa
beauté.
Adj « enflammé » ; « horrible désespoir » participe présent « se tordant » ; « lutte » →
énergie destructrice/inefficace de Pauline → violence animant la scène.
Antithèse eau & feu « les yeux en pleurs, le visage enflammé » → l’un peut éteindre l’autre
→ association des contraires → désir + violent chez Raphaël.
Hyperbole « mille beautés » → Raphaël cède à ses folies/délires « il se jeta sur elle »
→dernier pouvoir de la peau lui permettant de faire ce qu’il veut.
Comparaison entre un « oiseau de proie » (emblème fort) et Raphaël → sa férocité du désir
de sa volonté s’oppose à sa faiblesse → comparaison avec l’oiseau sur le point de sa
faiblesse et non de sa force « légèreté » → déconstruction du corps, il est en train de mourir
→ introduction au 3ème mouvement : « et voulut la prendre dans ses bras » → désir charnel
des fusions des 2 corps → dernier élan vital du désir/fusion amoureuse dans cette scène si
brutale.

CCL : Contrairement à ce que Balzac voudrait nous faire comprendre à travers sa philosophie
du désir, ici le désir sucité par la beauté de ce corps torturé à finalement aboutit à un dernier
élan vital et une sorte d’énergie assez étonnante pour Raphaël qui n’en avait point fait
preuve au début du texte. Cette énergie de désir le porte dans ce dernier élan de survie.
3ème mouvement : La fatalité du désir jusqu’à la mort

Le moribond chercha des paroles pour exprimer le désir qui dévorait toutes ses forces ; mais

il ne trouva que les sons étranglés du râle dans sa poitrine, dont chaque respiration creusée

plus avant, semblait partir de ses entrailles. Enfin, ne pouvant bientôt plus former de sons, il

mordit Pauline au sein. Jonathas se présenta tout épouvanté des cris qu’il entendait, et tenta

d’arracher à la jeune fille le cadavre sur lequel elle s’était accroupie dans un coin.

Lexique du corps « poitrine », « respiration », « entrailles » → témoin scène


violente/charneuse
Gradation → effet de pénétration dans le corps de Raphaël, il agonise → il s’éteint avec le
son d’un « râle »
Dimension érotique prend + de sens au moment de son expiration « il mordit Pauline au
sein » → point culminant du désir qui entraîne sa mort
Dimension du « sein » → autre interprétation le sein maternel qui rassure
Lexique violent & intense « épouvanté » ; « cris » ; « arracher » ; « cadavre » → marque
cette agonie. Raphaël est passé de « moribond » à « cadavre »
Désir par le plaisir & mort définitivement lié → image de Pauline qui enlace le cadavre de
Raphaël → fusion funeste & fatale.
Raphaël n’a plus de nom, il n’existe plus, c’est un corps inerte, dépossédé de son identité, il
est désigné par le groupe nominal « le cadavre ».

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