Expérience de l'Habitat à Genève
Expérience de l'Habitat à Genève
I Les objectifs
LABEX - Laboratoire de l‘expression
L‘expérience de l‘habitat
II Le programme
Les types
>Logement modest-raffiné
>Logement généreux-urbain
>Logement luxueux-chic
Les thèmes
>Espace central
>Espace servant - Espace servi
>Espace de circulation
>Espace intérieur - Espace extérieur
III Le site
Artamis, Genève
Texte sur Genève
Plans historiques / Développement de la ville
Plan du cadastre avec mention des parcelles
Photographies des environs du site
IV Les textes
Organisation de l’espace
Caractère de l’espace
Les espaces en soi : espaces principaux-secondaires, espaces de service
Fenêtre, espaces extérieurs, relation intérieur - extérieur
Construction
Lieu
V Le calendrier
Semestre d‘automne 2008
Excursion, Genève, mercredi, 17 septembre 2008
Excursion, Corseaux-Vevey, jeudi, 30 octobre 2008
Voyage d‘étude, Paris - le logement, semestre de printemps 2009
VI LABEX
Administration
Biographies
2
I Les objectifs
3
Les objectifs >LABEX
A la recherche de l’expression
En raison de nos expériences et de nos centres d’intérêt dans nos activités1
professionnelles et de recherche, notre «Laboratoire de l’expression (LABEX)»
s’intéresse aux instruments de «contrôle de l’effet2» et pose la question de
la «création de l’expression3».
4
Les objectifs >LABEX
1
Voir curriculum vitae Astrid Staufer & Thomas Hasler en annexe, ainsi que [Link]
2
Effet: Impression produite sur quelqu’un, par quelque chose ou par quelqu’un. (selon définition du
dictionnaire Trésor de la langue française)
3
Expression: Action de rendre manifeste par toutes les possibilités du langage, plus
particulièrement par celles du langage parlé et écrit, ce que l’on est, pense ou ressent. (déf.
Trésor de la langue française)
4
Méthode: Ensemble des principes et des règles propres à faciliter l’apprentissage progressif d’une
matière. (déf. Trésor de la langue française)
5
Suggestif: Qui a le pouvoir d’évoquer des idées, des sentiments, des actes. (déf. Trésor de la
langue française)
6
Catalyseur: Agent de la catalyse* Catalyse: Modification de la vitesse d’une réaction chimique sous
l’influence d’une substance capable, par sa seule présence, de déclencher cette réaction sans subir
elle-même d’altération finale. (déf. Trésor de la langue française)
7
Analogue: Qui présente une analogie. Analogie: Rapport de ressemblance, d’identité partielle entre
des réalités différentes préalablement soumises à comparaison; trait(s) commun(s) aux réalités ainsi
comparées, ressemblance bien établie, correspondance. (déf. Trésor de la langue française)
8
Motiver: Faire naître le motif, les raisons de quelque chose; susciter. Motif: Élément d’ordre
(généralement) mental qui incite à agir ou, selon le cas, à réagir. (déf. Trésor de la langue
française)
9
Abstraction: Opération intellectuelle, spontanée ou systématique, qui consiste à abstraire.
Abstraire: Dégager d’un ensemble complexe les traits communs aux éléments ou aux individualités qui
le composent. Les résultats de cette opération intellectuelle sont : Une idée générale, un concept.
Un symbole. Une vue d’ensemble, une représentation simplifiée. (déf. Trésor de la langue française)
10
Interaction: Action réciproque de deux ou plusieurs objets, de deux ou plusieurs phénomènes. (déf.
Trésor de la langue française)
11
Simultané: Qui existe, qui a lieu dans le même temps, au même instant. (déf. Trésor de la langue
française)
12
Analyse: décomposition d’une chose en ses éléments, d’un tout en ses parties. (déf. Trésor de la
langue française)
13
Caractère: Trait(s) distinctif(s) d’une chose. (déf. Trésor de la langue française)
14
Contamination: Action exercée par un élément sur un autre élément (...) de façon à réaliser un
croisement. (déf. Trésor de la langue française)
15
Nature: Ensemble des qualités, des propriétés qui définissent un être, un phénomène ou une chose
concrète, qui lui confèrent son identité. (déf. Trésor de la langue française)
5
Les objectifs >L‘expérience de l‘habitat
L‘expérience de l‘habitat
Le cadre de notre travail nous est offert par la ville de Genève. Sur trois
différents sites et à travers 3 typologies de logements distinctes (modeste -
raffiné / urbain - généreux / luxueux - chic), nous allons aborder les princi-
pes de la construction de logements.
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II Le programme - les types
7
Le programme >Les types
Logement modeste-raffiné
Paramètres
Environ 120m2
Un espace inventif, flexible et simple, à proximité immédiate de toutes les
infrastructures
Un logement modeste et riche à la fois
Projet d‘un ensemble répondant à la pression des conditions économiques
Scénarios possibles
Famille modeste avec enfants, cheminements intérieurs multiples, dégagements
raffinés et relations visuelles entre les espaces, polyvalence et interaction
des lieux de jour et de nuit.
Logement généreux-urbain
Paramètres
Environ 180m2 - 200m2
Une typologie citadine recherchée
Projet d‘un immeuble de logement urbain de haut standing
Scénarios possibles
Couples sans enfants, médecins, avocats, photographes, salaires aisés, possi-
bilité d‘aménager un lieu de travail dans la maison, pas de limites claires
entre la vie professionnelle et la sphère privée, rapports sociaux soignés,
invitation de nombreux amis dans le cadre de repas gastronomiques.
Logement luxueux-subtil/chic
Paramètres
Environ 260m2 - 280m2
Un espace généreux et chic
Chaque logement offre le confort et le luxe d‘une villa dans le cadre de vie
communautaire et dense d‘un immeuble
Scénarios possibles
Famille nombreuse, parents employés au sein d‘une grande institution interna-
tionale, avantages liés à la proximité de la ville et à la vie dans une maison
individuelle, espaces extérieurs de qualité.
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II Le programme - les thèmes
9
Le programme >Les thèmes
Espace central
Caractéristiques
Espace organisateur
Espace générant des configurations, des organisations
Espace ordonnant; force centrifuge
Espace rassemblant, force liant les autres espaces; force centripète
Espace en soi, constellation d‘espaces; hiérarchisation
Espace marquant, fondateur de l‘identité du logement
Rapport entre l‘espace principal et les espaces secondaires et périphériques
Circulations radiales et concentriques; mouvements tangentiels et périphé-
riques
Références
Otto Senn, Immeuble d‘habitation „Parkhaus Zossen“, Bâle, 1934-1935
Alvar Aalto, Immeuble d‘habitation, Hansaviertel, Berlin, 1957
Luigi Caccia Dominioni, Immeuble d‘habitation, Milan, 1960-1962
Kazuo Shinohara, The Uncompleted House, 1970
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
Caractéristiques
Espace fonctionnel; services (cuisine, bain, WC)
Espace servant
Machine, machine à habiter, machine d‘espaces
Relation entre espace servant et espace servi
Hiérarchie des espaces, réseaux et structure d‘espaces
Déplacements fonctionnels
Références
Pierre Chareau, Maison de Verre, Paris, 1928-1932
Rudolf Olgiati, Immeuble d‘appartements „Las Caglias“, Flims-Waldhaus, 1959-
1960
Louis I. Kahn, Maison Esherick, Chestnut Hill (Philadelphie), 1959-1961
Angelo Mangiarotti/Bruno Morasutti, Immeuble d‘habitation „Via Quadronno“, Mi-
lan, 1960
Paulo Mendes da Rocha, Maison Mendes da Rocha, Sao Paulo 1969
Peter Märkli, Immeuble d‘habitation, Trübbach, 1988
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
Espace de circulation
Caractéristiques
Promenade architecturale
Liaison entre les espaces, d‘espace à espace
Liaison typologique à travers un hall, un corridor, un couloir
Circulations internes ou externes; relation entre espaces intérieurs ou entre
l‘extérieur et l‘intérieur
Eclairage naturel ou artificiel; espace sombre ou éclairé
Cages d‘escaliers communes, escaliers privés, marches isolées, rampes
Circulations prédéfinies, orientées, régulières, fonctionnelles
Espaces de séjour, de calme, statique; espaces de déplacement, en mouvement,
dynamique
hiérarchie des cheminements
Références
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
Caractéristiques
Relation entre intérieur - extérieur
Fenêtre, porte, porte-fenêtre
Loggia, balcon, véranda, terrasse
Ouvert, fermé, franchissable, non franchissable
Vue ou/et apport de lumière ou/et apport d‘air
Sons, bruit
Relation directe, cachée, parcours
Références
Ignazio Gardella, „Casa al parco“, Milan, 1947-48
Luis Barragàn, Maison Antonio Galvez, Colonia San Angel (Mexico-City), 1955
José Antonio Coderch, Immeuble d‘habitation „Girasol“, Madrid, 1966
Paulo Mendes da Rocha, Immeuble résidentiel „Jaragua“, Sao Paulo 1984
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
Luis Barragàn, Maison Antonio Galvez, Colonia San Angel (Mexico-City), 1955
réf.: Raùl Rispa (ed.), Barragàn. Das Gesamtwerk, Bâle/Boston/Berlin: Birkhäuser Verlag, 1996.
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Le programme >Les thèmes
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Le programme >Les thèmes
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III Le site
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Le site
Artamis, Genève
Orthophoto
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Le site
Et quand je dis: Genève, c‘est aussitôt un grand vol de mouettes que je vois
se lever en moi. Poussant ces cris lancinants qui, dans la grisaille ensorce-
lée de novembre, vous déchirent les entrailles. Tout en tournoyant au-dessus
d‘un square - devenu parking aujourd‘hui - et où, enfants, on jouait au foot-
ball. Et par la suite, je les revoyais, ces mêmes mouettes, tout près des
anciens Abattoirs, disparus de nos jours, et déversant le sang des bêtes dans
l‘Arve, où lesdites mouettes plongeaient vers les eaux rougies, pour en re-
monter à tire d‘ailes. Emportant dans leur bec élégant et cruel des bribes
de chair sanguinolentes. Tandis que l’Arve, avec ses eaux basses, l‘hiver,
en leur lamento, et, lisses l‘été, comme les rivières de France, entre les
saules, et qu‘en raison de quelques suicides par noyade, j‘appelais, me rap-
pelle, la rivière des vies perdues, s‘en allait, on va voir dans un instant,
vers quelle destination.
Mais non sans longer auparavant une rive où s‘étendait, à perte de vue,
un village avec, pour demeures, les roulottes multicolores des manouches
et des romanichels ... Petites merveilles, chacune, avec leurs jardinets,
d‘architecture improvisée. Et reliées entre elles par des sentiers, entre deux
haies piquées ici et là de roses. Vie paisible, tour à tour, et tumultueuse
en ce royaume. Accordéon, le soir; vin rouge; quelques bagarres ... Tout cela
disparu également il y a belle lurette.
Mais pour en revenir à la destination de l‘Arve, elle est très simple re-
joindre, avec ses eaux grises, celles, couleur d‘émeraude et profondes, du
Rhône, et dont la jonction précisément a donné son nom au quartier envi-
ronnant. L‘un des derniers quartiers populaires de cette ville effectivement
cette Jonction. Avec ses cafés; ses petits commerces: épiciers, marchands de
graines; ses artisans: cordonniers, petits imprimeurs etc. Et où j‘ai même vu
une fois, héritage des temps révolus, un commis boulanger, sa hotte sur le
dos, allant livrer le pain à domicile. Mais plus encore ce qui m‘attirait,
c‘était ce vaste dépôt où les trams, après leur labeur, venaient dormir. Ce-
pendant que d‘autres restaient dans leur coin, fatigués, comme ces personnes
de grand âge, dans les asiles, prostrées, ne partant quasi plus, repliées
sur elles mêmes et ressassant à la fois leurs misères physiques et leur vie.
De même, pour moi, tes vieux trams dont quelques-uns portaient encore à leur
flanc une affichette vantant les mérites d‘un apéritif relégué lui aussi dans
les oubliettes : Buvez Byrrh. Mais dans ce même quartier le silencieux petit
jardin attenant au Musée d‘Ethnographie, d‘où l‘on entend le murmure de la
ville. Et tout d‘un coup, à l‘heure de la récréation, dans la cour de l‘école
voisine, tes cris des enfants aussi lancinants dans un léger brouillard que
celui des mouettes. Tout se tient dans une ville !
Et pour les quartiers aperçus à vol d‘oiseau, commençons par celui, situé au
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Le site
bord du lac, populaire par excellence lui aussi. Et dont le nom à lui seul -
les Eaux Vives - est loin d‘être indifférent. Première caractéristique : au
bout de chacune de ses petites rues latérales, on entrevoit une légère tache
bleue, qui est le lac. Et confère à cette partie du quartier une note ra-
fraîchissante. Mais autre caractéristique - du moins à l‘époque dont je par-
le ici - : dans le haut du quartier, les petites industries du bois avec des
entrepôts fleurant bon la sciure. Et non loin d‘eux, des estaminets dotés de
jeux de quilles ou de boules. Et c‘était une fête, ce samedi, me rappelle,
durant la belle saison, de voir, au soleil, le matin déjà, de solides autant
que paisibles personnages, en bras de chemise - bretelles ancrées sur leurs
épaules et tenant haut les pantalons - jouer à la pétanque. Leur verre de Ri-
card attendant patiemment sur les tables, à l‘ombre de la tonnelle. Cependant
que, dans une ruelle voisine, on entendait Piaf, à la radio, chanter La vie en
rose ou J’ai fait le tour du Monde... Et il semblait, un instant, que le mal
ici-bas - injustice, guerres etc. - était conjuré, laissant émerger, dans la
vie populaire, quelques îlots d‘innocence. Bien sûr, ce n‘était pas, comme on
le dit sottement, la belle époque - il n‘y a jamais eu en fait, sur terre, de
belle époque - mais c‘était, disons, par rapport à aujourd‘hui, une vie plus
lente. Apéritif, à midi, le soir, aux terrasses des cafés. Moins de voitures
et plus de vélos pour les gars allant à leur travail. Airs d‘accordéon dans
les cours et les rues. Et dans les cafés toujours, le soir - pas de TV encore
- des conversations à n‘en plus finir, pendant que se produisaient de petits
orchestres. Bref, un autre monde.
Non sans passer parfois par le Centre-Ville où se trouve entre autres la Place
dite du Molard, Avec sa Tour. Et, en son milieu, le Marché aux fleurs... Sous
des platanes où, matin et soir, c‘est un délire de cris de moineaux. Et juste
à côté, jadis, trois établissements, bondés toujours, avec, chacun, sa clien-
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Le site
Le plus curieux ici étant que, de cette place animée, se détache une rue mi-
nuscule, dite Rue Neuve du Molard, qui était à elle seule, un secteur de quar-
tier chaud. Bars et troquets où, dans l‘un, Chez Pierrot, avec son escalier en
colimaçon, les Dames, vers les cinq heures de l‘après-midi, se réunissaient
comme en conclave. Et je ne peux pas ne pas rapporter ici - comme je l‘ai fait
une fois déjà - une menue mais désopilante péripétie dont j‘ai été le témoin.
A savoir que l‘une de ces Dames, de haute stature et souveraine, en son tail-
leur bleu ciel, cheminait au milieu de la petite rue par une rayonnante fin
de journée d‘été, lorsque le tonnelier du coin, sur son pas de porte, avec
son tablier de cuir et sa casquette sur l‘oreille, la voyant passer, ne put
s‘empêcher de lui lancer en guise d‘hommage, rieur, à la fois, et chaleureux :
«Ce que t‘es belle, Yvonne !». A quoi celle-ci, avec un demi-sourire, de lui
répondre: «Eh va donc, grossiste». Telle était la gouaille, un peu, des gens
d‘ici, à mi-chemin entre la pesanteur vaudoise et la légèreté française.
Cependant que, non loin de là, au Victoria Hall, quelques années aupara-
vant, Maurice Chevalier venait chanter Ma Pomme, Pigalle, Donnez-moi la main,
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Le site
Mais en fait de respiration rien n‘égale, tout près de là, la Plaine de Plain-
palais. Enfin, rien. Pas de jardins. Pas de baraques. Pas de parcs pour en-
fants. L‘air, le ciel, l‘espace. Et où chaque année le cirque Knie arrive,
annonciateur de l‘automne. Mais le petit miracle, si d‘aventure, fin décembre,
vous traversez cette plaine, juste avant l‘aube, et tandis qu‘il fait nuit
encore, c‘est d‘entendre, soudain, le premier chant velouté d‘un merle soli-
taire. En avance sur son temps. Et en cela prophète ! Après quoi, continuant
sur votre lancée, vous vous retrouverez à nouveau devant l‘Arve. Dont il faut
suivre le cours, non plus en le descendant, cette fois, mais en le remontant
jusqu‘à ce pont qui donne accès à la petite ville sarde de Carouge, aux mai-
sons basses, et dont les deux places font penser, l‘été, à la Provence. Cette
du Marché particulièrement, ombragée, il n‘y a pas si longtemps encore, par de
magnifiques platanes. Que des Conseillers municipaux irresponsables ont fait,
d‘un coup, abattre. Tous. Sous prétexte de maladie. Un crime contre le monde
végétal !
match ou pas match, on voyait soudain, derrière les gradins sud, s‘élever les
flocons d‘une fumée blanche, émanant d‘où ? Tout simplement de la locomotive
de l‘express Genève Paris passant tout près. Et dirai-je, question locomoti-
ve, qu‘on me pardonne, que je revois encore mon père, à notre retour de Grèce,
m‘emmenant à la Gare de Cornavin, l‘ancienne, pour voir et admirer une locomo-
tive précisément sur le point de partir. Cette du PLM (Paris Lyon Méditerra-
née). Etincelante, haletante, redoutable, à la fois, et familière, fraternelle
presque pour moi. Et après le départ du convoi, en descendant la rampe de la-
dite gare qu‘est-ce que l‘on voyait, en lieu et place des taxis actuels? Sinon
des calèches avec leur cocher, plus ou moins bougon, attendant le touriste.
Et le soir, sur la Place, près de la petite fontaine, un vieil homme aux mou-
staches tombantes, criant d‘une voix dolente: «La Tribune, achetez La Tri-
bune». Et moi je comprenais «La Bibune, achetez la Bibune».
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Le site
Genève 1899
Genève 1916
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Le site
Genève 1928
Genève 1945
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Le site
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Le site
Vue depuis la rue du Belvédère vers le quartier Artamis, Photographie Nicolas Rossier
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Le site
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Le site
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IV Les textes
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Les textes
„Ceci, cher Phèdre, est le plus important: Pas de géométrie sans la parole.
Sans elle, les figures sont des accidents; et ne manifestent, ni ne servent,
la puissance de l’esprit. Par elle, les mouvements qui les engendrent étant
réduits à des actes nettement désignés par des mots, chaque figure est une
proposition qui peut se composer avec d’autres; et nous savons ainsi, sans
plus d’égards à la vue ni au mouvement, reconnaître les propriétés des combi-
naisons que nous avons faites; et comme construire ou enrichir l’étendue, au
moyen de discours bien enchaînés.“
Paul Valéry, Eupalinos ou l’Architecte, 1921
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Les textes >Organisation de l‘espaces
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Les textes >Organisation de l‘espaces
Dans l’espace de la perception immédiate [...] l’égalité des lieux et des di- espace abstrait;
prise de
rections n’existe pas, mais chaque lieu a sa propre nature et sa propre va- conscience de
leur. L’espace visuel et l’espace tactile sont, au contraire de l’espace de l’espace;
la géométrie Euclidienne, des espaces anisotropes et inhomogènes : dans les lieux et
deux espaces physiologiques les directions principales, devant – derrière, directions dans
l’espace;
en haut – en bas, droite – gauche, sont stigmatisément inéquivalents. Ceci devant-derrière
dit : l’espace mythique est familier à l’espace de la perception et opposé à en haut-en bas
l’espace pensé de la géométrie. droite-gauche
Ernst Cassirer, Philosophie der symbolischen Formen, Teil 2: Das mythische Denken, Berlin 1925, S. 108. (trad GM)
[Au sujet du Palais des Nations] Les plans de Le Corbusier sont comme des cou- espace découpé
teaux qui découpent l’espace en tranches précises. S’il nous était possible de en tranches
conférer à l’espace les qualités de l’eau, son bâtiment serait comme un barra-
ge qui, ceint par l’espace, retenu, traversé, éclusé, est finalement déversé
dans les jardins informels qui bordent le lac.
Colin Rowe et Robert Slutzky, Transparence réelle et virtuelle, Les Editions du demi-cercle Paris 1992, p. 76. [orig.
Transparenz, Basel 1968]
Un zoologiste Suisse, Adolf Portmann a mis en évidence une différence caracté- relation entre
ristique entre les formations internes et externes des structures organiques, intérieur et
particulièrement chez les animaux. A l’intérieur, la tendance directrice est extérieur;
un besoin d’espace. “Les organes abandonnent leur symétrie; ils sont lovés intérieur : be-
soin d’espace;
comme dans le tube digestif, ou unis en grappes comme dans les poumons et les organisation
reins. Tous les moyens sont bons pour agrandir leur surface et l’espace inté- spatiale de la
rieur est utilisé au mieux, de la même manière que nous faisons notre valise valise;
asymétrie de
pour partir en voyage, sans tenir compte de considérations esthétiques ou de l’organisation
l’effet produit sur les organes sensoriels.” L’extérieur suit des principes de l’espace;
différents. Il crée une symétrie. L’esthétique de la surface revêt des formes symétrie de la
géométriques qui façonnent les organes externes. De façons qui ne s’expliquent forme;
différence entre
par aucune utilité pratique, l’organisme exprime son existence particulière formes intéri-
dans l’espace qui l’entoure et qui est exposé à la lumière. Cette différence eure et extéri-
fondamentale entre intérieur et extérieur apparaît nettement dans le corps eure;
multiplicité des
humain, qui est symétrique à l’extérieur et étroitement replié à l’intérieur. principes forma-
Dans les organismes primitifs uniquement, et dans les organismes transparents teurs
en particulier, un même principe formateur gouverne l’ensemble du corps.
Rudolf Arnheim, Dynamique de la forme architecturale, Pierre Mardaga éditeur , Bruxelles 1986, p.98-99. [orig. Lon-
dres 1977]
Wulf Herzogenrath, Oskar Schlemmer – Die Wandgestaltung der neueren Architektur, München 1973, S. 134. (trad. GM)
Car il y avait autour de Combray deux „côtés“ pour les promenades, et si op-
posés qu’on ne sortait pas, en effet, de chez nous par la même porte, quand
on voulait aller d’un côté ou de l’autre. […] Alors, “prendre par Guermantes” perception et
direction: deux
pour aller à Méséglise, ou le contraire, m’eût semblé une expression aussi sens contraires
dénuée de sens que prendre par l’est pour aller à l’ouest. […], je leur don-
nais, en les concevant ainsi comme deux entités, cette cohésion, cette unité
qui n’appartiennent qu’aux créations de notre esprit ; […] Et cette démarca- unité malgré les
différences
tion était rendue plus absolue encore parce que cette habitude que nous avions
de n’aller jamais vers les deux côtés un même jour, dans une seule promenade,
[…] les enfermait pour ainsi dire loin l’un de l’autre, inconnaissables l’un
à l’autre, dans les vases clos et sans communication entre eux, d’après-midi
différents.
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, A la recherche du temps perdu, Ed. Gallimard 1987 +1988. [orig. Grasset 1913]
48
Les textes >Organisation de l‘espaces
Francis Ponge, Le parti pris des choses, Extrait de Notes pour un coquillage, Ed. Gallimard 1942, pp. 76-77.
« La maison est un corps d’images qui donnent à l’homme des raisons ou des
illusions de stabilité. Sans cesse on réimagine sa réalité : distinguer toutes
âme, caractère
ces images serait dire l’âme de la maison ; ce serait développer une véritable vivant
psychologie de la maison.
Pour mettre en ordre ces images, il faut croyons-nous, envisager deux thèmes
principaux de liaison :
verticalité
La maison est imaginée comme un être vertical. Elle s’élève. Elle se différen-
cie dans le sens de sa verticalité. Elle est un des appels à notre conscience
de verticalité ;
La maison est imaginée comme un être concentré. Elle nous appelle à une con- centralité
science de centralité.
Ces thèmes sont sans doute énoncés bien abstraitement. Mais il n’est pas
difficile, sur des exemples, d’en reconnaître le caractère psychologiquement
concret. »
Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, Presses Universitaires de France, 1957, pp. 34-35.
49
Les textes >Organisation de l‘espaces
Cees Nooteboom, Une année allemande, Chroniques berlinoises, Actes Sud 1990, p.39.
Dans le petit matin d’hiver, le bois du lit grince au-dessus de moi. Bientôt
tu vas descendre l’escalier. Lentement. L’escalier n’est pas qu’un endroit de l’espace de cir-
culation
passage : miroirs encadrés de bois peint, dessins d’Hansi, albums pour les
enfants. Si le papier peint se décolle un peu le long des murs humides, on ne
le voit pas trop sous les cartes postales d’autrefois, les boîtes anciennes de
pastilles pour la toux, les affiches de musée.
Philippe Delerm, Le bonheur, Tableaux et bavardages, Ed. Gallimard, coll. Folio, 1986, p.115 .
50
Les textes >Caractère de l‘espaces
Michel Foucault, „Des espaces autres“, conférence donnée le 14 mars 1967 au Cercle d’Etudes Architecturales à Paris.
[* shôji : pans de fenêtres ou portes formés par une grille de bois recouverte
de papier blanc translucide. De nos jours, le papier est normalement remplacé
à l’extérieur par des verres translucides.]
Tanizaki Junichiro, Eloge de l’ombre, Publications orientalistes de France 1977, pp.21-22. [orig. In’ei raisan, Tokyo
1933]
51
Les textes >Caractère de l‘espaces
Chez moi : un appartement dans une grande et sombre maison de la Goethestras- pièces immenses
poêles plus
se. Des pièces immenses, garnies de poêles en faïence plus hauts que moi mais hauts qu’une
désaffectés, quadrangulaires idoles. Avant moi a résidé ici pendant des années personne
un écrivain chilien qui, pour le moment, a regagné sa lointaine patrie. Tempo-
ra mutantur. Il a laissé ici une partie de sa bibliothèque. [...]
Les meubles me regardent fixement et je le leur rend bien. Ce sont des meubles effet des meu-
de rencontre, on les déplace, on les pousse ou on les tire, ils ne réagissent bles
pas. Ils ne vous ont pas choisi, ni vous eux, ils ont leur mot à dire sur la
vie des exilés et ce n’est pas pour me déplaire. Pour moi qui passe ma vie
dans les hôtels, cela finit par devenir une situation normale – coucou tou-
jours logé dans le nid d’autrui.
Cees Nooteboom, Une année allemande, Chroniques berlinoises, Actes Sud 1990, pp. 26-27.
Dans la Maison rouge, c’était une demeure sombre, plus grande au-dedans qu’au- petite à
dehors qui changeait lentement de forme, se multipliait en couloirs, galeries l’extérieur,
grande à
et mansardes impossibles, en escaliers sans fin qui ne conduisaient nulle part l’intérieur
et donnaient sur des chambres obscures qui apparaissaient et disparaissaient
en une nuit, emportant avec elles les sortilèges qui les habitaient sans qu’on
les revoie jamais.
Carlos Ruiz Zafón, L’ombre du vent, Ed. Grasset 2001, p.545. [orig. La sombra del viento, Barcelone, 2001]
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Les textes >Les espaces en soi : espaces principaux-secondaires, espaces de service
D’où vient cette scène, cet isolement, au milieu de cet enchevêtrement de enfermé
exclu
voix, tout à la fois? Du bois échauffé par le soleil, du claquement des ser-
viettes de bain trempées, d’un filet d’eau sous les pieds, de voisins invi- perception
sibles, d’eau, d’urine, de glace fondue ? Une brise estivale, même dans cet sensuelle des
espace minimal, le bourdonnement d’un taon débusqué, ce déshabillement et matériaux, des
odeurs, des sons
habillement presque fébrile, tant est la joie de se jeter au lac ou à la mer,
scandée de petits retardements, du regard soudain sur soi-même, sans confi-
dence, l’écoute attentive aux appels depuis dehors, de même exclue et im-
prégnée par ceux-ci, le pressentiment joyeux de l’intrépidité des profondeurs
des eaux.
Gertrud Leutenegger, „Kabine“, in: Neue Zürcher Zeitung 2002 [Beilage zu Soloth. Literaturtagen]. (trad. GM)
Elles vivaient dans une étroite maison en bois de deux étages qui ne se diffé-
renciait pas des autres maisons de Washingtonville. Le repas du dimanche était
servi dans une chambre à l’arrière qui occupait la totalité de la largeur de chambre à
la maison et qui était assez grande pour une table à laquelle nous pouvions, l’arrière
tous les quatre, nous tenir. Elle se trouvait à quelque distance de la cuisine
où elles prenaient d’habitude leur repas et il y avait beaucoup de va et vient
lorsqu’elles amenaient et ramenaient à nouveau les assiettes, à tel point
qu’il me sembla que des années d’attente s’écoulaient entre les minutes pen-
dant lesquelles nous mangions effectivement.
Paula Fox, In fremden Kleidern, Deutscher Taschenbuch Verlag, S.18. (trad. AER)
Le couloir de la cuisine était clair, vitré des deux côtés, et un soleil bril- les objets sous
lait de chaque côté, car Coli aimait la lumière. Il y avait des robinets de la lumière
laiton soigneusement astiqués, un peu partout. Les jeux des soleils sur les
robinets produisaient des effets féeriques. Les souris de la cuisine
aimaient danser au son des chocs des rayons de soleil sur les robinets, et
couraient après les petites boules que formaient les rayons en achevant de se
pulvériser sur le sol, comme des jets de mercure jaune.
Boris Vian, L’écume des jours, Union générale d’éditions, coll. 10 / 18, Paris 1963, pp. 10-11.
53
Les textes >Les espaces en soi : espaces principaux-secondaires, espaces de service
Mais c’est aux petits coins qu’on juge les maisons. Mon frère possède en ce le petit coin
domaine délicat une petite merveille, à antichambre-vestibule, à siège caré-
né de bois chaud, dans sa maison d’ancienne bourgeoisie. La chasse d’eau est
très lointaine. On ne peut l’actionner que debout, dans une déférence hiéra-
tique pour la solennité des lieux. Ailleurs, j’en ai connu d’horriblement dou-
ceâtres, moquettés, chargés d’effluves de violette ou de rose alanguie, d’un
écoeurant confort qui vient impudemment vous reprocher la barbarie de l’acte
en en minimisant les conséquences. Chez moi, pas de danger. L’humilité du lieu
vous ramène d’emblée à la simplicité originelle. L’espace est si réduit qu’il
faut modestement courber la tête pour y pénétrer. A l’intérieur, un coulis de
vent frais passe sous le petit carreau mal dépoli. Quelques très vieux jour-
naux et magazines vous invitent narquoisement à prolonger l’opération, ce qui
serait bien héroïque. Enfin, je possède en ce lieu un baromètre indiscutable
pour juger de la délicatesse de mes invités : à la moindre violence, la chasse
d’eau s’ébranle en furieuses saccades de reproche hydraulique.
Philippe Delerm, Le bonheur, Tableaux et bavardages, Ed. Gallimard, coll. Folio, 1986, pp. 34-35.
L’escalier tournait trois fois sur lui-même et amplifiait les sons dans sa l’escalier tour-
cage, comme les ailettes dans le résonateur cylindrique d’un vibraphone. nant
Boris Vian, L’écume des jours, Union générale d’éditions, coll. 10 / 18, Paris 1963, p.33.
54
Les textes >Fenêtres, espaces extérieurs, relation intérieur-extérieur
[...] tout perplexe et craintif, je levais les yeux vers la maison, et remar-
quais alors seulement l’aspect étrange qu’elle présentait. Elle était, tout image d’un songe
comme un ancien et noble ouvrage de menuiserie et de lambrissage, bâtie tout
entière en noyer sombre, avec d’innombrables corniches, retraits, panneaux et
galeries, le tout du travail le plus fin, et polie comme un miroir. C’était, intérieur tourné
vers l’extérieur
en quelque sorte, l’intérieur d’une maison tourné vers le dehors. Sur les cor-
niches et les galeries, s’alignaient des cruches et des gobelets d’argent de ordre
forme archaïque, des vases de porcelaine et des figurines de marbre. Des vi-
eclat des fe-
tres de cristal resplendissaient d’un mystérieux éclat, devant un fond sombre, nêtres, transpa-
entre des portes de chambres ou d’armoires en bois madré, auxquelles se vo- rence de la
yaient des clés d’acier luisant. Par dessus cette étrange façade se voûtait le maison
ciel bleu sombre, et un soleil à demi-nocturne se mirait dans la sombre splen-
deur du noyer, dans l’argent des cruches et dans les vitres.
Gottfried Keller, Henri le Vert, Editions l’âge d’homme, Lausanne 1987, pp. 302-303. [orig. Der grüne Heinrich,
Frankfurt M. 1961]
La fenêtre du coin a ses deux battants ouverts – en partie, toutefois. Celui la fenêtre
de droite n’est qu’entrebâillé, si bien qu’il masque encore sensiblement la les battants
le paysage
moitié de l’embrasure. Le gauche au contraire est poussé en arrière vers le
mur, mais pas à fond non plus : il ne s’écarte guère, en fait, de la perpen-
diculaire au plan du chambranle. La fenêtre présente, de cette façon, trois
panneaux d’égale hauteur qui sont de largeur voisine : au milieu l’ouverture
béante et, de chaque côté, une partie vitrée comprenant trois carreaux. Dans
l’une comme dans les autres s’encadrent des fragments du même paysage : la
cour caillouteuse et la masse verte des bananiers.
Alain Robbe-Grillet, La jalousie, Les éditions de Minuit, Paris, 1957, p.73.
Au lieu de servir la glace, elle continue à regarder vers la vallée. De la vue fragmentée
terre du jardin, fragmentée en tranches verticales par la balustrade, puis
jalousie
en tranches horizontales par les jalousies, il ne reste que de petits carrés
représentant une part très faible de la surface totale – peut-être le tiers du
tiers.
Alain Robbe-Grillet, La jalousie, Les éditions de Minuit, Paris, 1957, p.52.
La maison de Paulette était une petite bonne femme carrée qui se haussait les éléments du
du col et vous accueillait les mains bien calées sur les hanches avec l’air bâtiment person-
entendu des fausses mijaurées. Celles qui baissent les yeux et font les mo- nifiés
destes alors que tout en elles suinte le contentement et la bonne satis-
faction.
La maison de Paulette était une grenouille qui avait voulu devenir aussi gros-
se que le bœuf. Une petite bicoque de garde-barrière qui n’avait pas peur de
rivaliser avec Chambord et Chenonceaux.
Rêves de grandeur, petite paysanne vaniteuse et fière disant :
-regardez bien ma sœur. Est-ce assez, dites-moi. Mon toit d’ardoises avec ce
tuffeau blanc qui rehausse les encadrements de la porte et des fenêtres, j’y
suis, n’est-ce point ?
-Nenni.
-Ah bon ? Et mes deux lucarnes-là ? Elles sont jolies mes lucarnes ouvragées
en pierre de taille ?
-Point du tout.
-Point du tout ? Et la corniche ? C’est un compagnon qui me l’a taillée !
-Vous n’en approchez point, ma chère.
La chétive pécore se vexa si bien qu’elle se couvrit de treille, se farda de
pots de fleurs dépareillés et poussa le dédain jusqu’à se piercer un fer à
cheval au-dessus de la porte. Tatata, elles n’avaient pas ça les Agnès Sorel
et autres dames de Poitiers !
La maison de Paulette existait !
Anna Gavalda, Ensemble, c’est tout, Ed. J’ai lu, Paris 2004, pp. 494-495.
55
Les textes >Fenêtres, espaces extérieurs, relation intérieur-extérieur
Je peins les jours, c’est un peu plus qu’ouvrir la porte de chez moi. La mai-
son tout entière se sent gagnée de transparence, et veut jouer dans la lumiè-
re. Elle reste une maison pourtant, et donne seulement ce qu’elle a su cacher
– trois pommes rouges sur la table, un bouquet d’anémones, la silhouette de
Vincent qui finit ses devoirs. Elle reste une maison ancienne de village, avec
beaucoup de murs pour donner envie des fenêtres. Les gens qui marchent dans la
rue lui volent une image en passant, un geste sous la lampe, la courbe l’image par la
ambrée d’une guitare, une sécurité d’épaule et le chat dort sur un cahier. fenêtre
C’est cette image un peu flottante, la couleur de nos jours et quelque chose
en plus que le passant s’invente, et l’image lui appartient ; dans quelques
pas elle va lui ressembler. C’est tout à fait le bonheur, et c’est chez vous
quand même.
Ce livre est à travers mes murs comme une pièce imaginaire, si douce à vivre
dans la pluie de Normandie, comme une grande pièce claire ouverte au jardin
de la rue, une pièce magique où l’on pourrait enfin tout donner, tout gar-
der, dans le verger des lampes et les fruits de papier. C’est un théâtre lent
d’images arrêtées dans le soir, qu’on cueille en avançant sur son chemin, à
peine un peu plus loin. C’est une pièce imaginaire, dans la couleur des jours
au jardin qui s’achèvent, le bonheur dans la véranda.
Philippe Delerm, Le bonheur, Tableaux et bavardages, Ed. Gallimard, coll. Folio, 1986, pp. 71-72.
56
Les textes >Construction
Les grands édifices d’aujourd’hui comportent une ossature, une charpente en Ossature;
Squelette
acier ou en béton de ciment armé. L’ossature est à l’édifice ce que le sque-
lette est à l’animal. De même que le squelette de l’animal, rythmé, équilibré, Charpente
symétrique, contient et supporte les organes les plus divers et le plus diver-
sement placés, de même la charpente de l’édifice doit être composée, rythmée, Organes et orga-
nismes
équilibrée, symétrique même. Elle doit pouvoir contenir les organes, les orga-
nismes les plus divers et le plus diversement placés, exigés par la fonction.
Et la destination.
Auguste Perret, Contribution à une théorie de l’architecture, Paris 1952.
La paroi droite et verticale avec sa surface limitée et rectangulaire, possède la paroi verti-
une direction: elle monte, vainquant l’attirance de la terre. [...] Evidem- cale;
ment, les énergies ascendantes sont prépondérantes dans une paroi verticale la superposition
horizontale
de surface rectangulaire, cependant un mur pareil se construit par la super-
position de couches horizontalement posées. [...] L’union particulière dans la
création architecturale entre la forte tension énergétique et la restriction
extrême des motifs prescrits à ce but, se montre le plus clairement dans le
façonnage, qu’elle donne à l’opposition entre direction et aspiration. Finale- les trois direc-
ment, l’art de la construction ne connaît que trois directions de base, la di- tions princi-
rection purement verticale de l’aspiration en hauteur et la direction purement pales: hauteur,
profondeur,
horizontale doublement utilisée pour l’aspiration en profondeur et en largeur. largeur
Celles-ci contrôlent toujours la structure, la disposition des masses, et même
la formation des éléments singuliers utilisés pour la construction.
Hans Hildebrand, „Die Wand, ihr Aufbau und ihre Gliederung“, dans: Wasmuths Monatshefte für Baukunst, Heft 7-10, Ber-
lin 1919/1920, p. 59f. ([Link])
dissociation
[...] et même là où les murs solides deviennent nécessaires, ceux-ci restent entre le mur
le châssis intérieur et invisible des représentants véritables et légitimes de (structure) et
l’idée spatiale, à savoir des parois textiles artificielles, cousues ensemble. la parois (élé-
ment spatial)
Gottfried Semper, Der Stil, Frankfurt M. 1860, p. 229. (trad. GM)
57
Les textes >Lieu
Ces rues font penser à une sorte de bibliothèque, avec ses allées courant contenant-conte-
nu
entre de gigantesques rayons couverts de livres. Vue de la rue, chaque ran-
gée de fenêtres fermées constitue la porte vitrée donnant sur d’autres rayons
de la bibliothèque. Les portes de bois vernis sont les tiroirs fermés con-
tenant ses catalogues. Derrière les murs de ces rues, tout attend d’être lu. ordre extérieur
Ce sont ce que j’appelle les rues-archives de Genève. Elles n’ont rien à voir diversité inté-
avec les immenses archives de la ville – rapports de comités, mémorandums ou- rieure
bliés, résolutions votées, minutes de millions de réunions, rapports d’obscurs
chercheurs, pétitions publiques sans espoir, dossiers top secret, premières
esquisses de discours aux marges couvertes de gribouillis amoureux, prophé-
ties si exactes qu’on a dû les enterrer, plaintes à propos d’interprètes et
d’innombrables budgets annuels. Tous ces documents sont conservés ailleurs,
dans les bureaux des organisations internationales. Ce qui attend d’être lu
sur les rayons des rues-archives est privé, sans précédent et d’un poids
presque nul.
John Berger, A la recherche de Jose Luis Borges, portrait de Genève, le monde diplomatique, janvier 2004, p.26.
Genève sur sa colline avec ses inutiles fortifications qui la ressèrent, ses conquête
d‘espace
maisons étagées gagnant sur le ciel ce qu’elles ne peuvent prendre sur la
terre, Genève avec ses rues étroites et montueuses, ressemble beaucoup à une ordre
ruche bien organisée où chaque habitant travaille sans bruit et avec zèle à
grossir le trésor commun en richesses et en sciences.
Alexandre Philippe Andryane, Souvenirs de Genève, Ed. Coquebert, 1839, pp. 76-77
58
Les textes >Lieu
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V Le calendrier
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Le calendrier >Semestre d‘automne
mer, 8.10. 4 Atelier: "analyse des références" Conférence 3 "Pierre Chareau" GMJ
jeu, 9.10. Atelier: "analyse des références" Lunchcinéma "Himmel über Berlin"
mer, 15.10. 5 Rendu de l'exercice "analyse des références" Explication du choix de la Plans schématiques TH/ASS.
référence
jeu, 16.10. Explication de l'exercice "configuration d'espace" TH
mer, 22.10. 6 Atelier: "configuration d'espace" Conférence 4 "Marc Saugey" par Catherine INVITE
Dumont d'Ayot
jeu, 23.10. Atelier: "configuration d'espace" Lunchcinéma "angel-a"
mer, 29.10. 7 Rendu de l'exercice "configuration d'espace" Description de la Représentation dessinée Maquette de l'espace 1:20 TH/ASS.
configuration de l'espace (plans/images) de la
spécifique configuration de l'espace
jeu, 30.10. Explication de l'exercice "expression Visite de la petite maison du Corbusier et pièce TH
architecturale extérieure" de théâtre avec Jean Winiger, Vevey
mer, 12.11. 9 Rendu de l'exercice "expression architecturale Description de l'expression Plans/coupes/élévations; Maquette de la façade 1:20
extérieure" extérieure esquisses, collages,
jeu, 13.11. Explication de l'exercice "développement de rendering TH
l'unité et mise en série"
mer, 19.11. 10 Atelier: "développement de l'unité et mise en Conférence 6 "Fernand Pouillon" GMJ
série"
jeu, 20.11. Atelier: "développement de l'unité et mise en
série"
mer, 26.11. 11 Rendu intermédiaire Texte Plans/Image Maquette
mar, 16.12. 14 Critiques finales Texte de synthèse Plans/Image Maquette volumétrique TH/AS/
1:500; maquette de ASS./
l'espace 1:20; Maquette de INVITE
la façade 1:20
mer, 17.12. Critiques finales TH/AS/
ASS./
INVITE
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Le calendrier >Excursion Genève
2
Artamis
1
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Le calendrier >Excursion Genève
63
Le calendrier >Excursion Genève
64
Le calendrier >Excursion Genève
65
Le calendrier >Excursion Genève
66
Le calendrier >L‘excursion
67
VI LABEX
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LABEX >Administration
Administration
[Link]
69
LABEX >Biographies
Biographies
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LABEX >Biographies
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