Chaînes de Markov et Martingales
Chaînes de Markov et Martingales
CMMA
CHAÎNES DE MARKOV
&
MARTINGALES
2021–2022
2 CMMA
Table des matières
1 Conditionnement 5
1.1 Probabilité sachant un évènement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Espérance conditionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.1 Probabilité sachant une variable aléatoire discrète . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.2 Lois conditionnelles discrètes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.3 Lois conditionnelles à densité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2 Espérance conditionnelle 11
2.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.2 Exemples et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.3 Espérance conditionnelle dans L2 (Ω, F, P) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.4 Lois conditionnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.4.1 Définitions et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.4.2 Existence des lois conditionnelles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.4.3 Unicité des lois conditionnelles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.4.4 Cadres usuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.4.5 Retour au conditionnement sachant “Y = y” . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
3 Martingales et filtrations 29
3.1 Filtration et mesurabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.2 Temps d’arrêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.2.1 Définitions et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.2.2 Propriétés élémentaires des temps d’arrêts . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.2.3 Propriétés des tribus FT . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.3 Martingales, sous-martingales et sur-martingales . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.4 Propriétés des martingales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.5 Martingale arrêtée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
3.6 Décomposition de Doob . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
4 Convergences de martingales 43
4.1 Inégalités de martingales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.1.1 Inégalité maximale de Doob . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.1.2 Inégalité maximale Lp de Doob . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
4.1.3 Inégalité sur le nombres de montées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
4.2 Convergence presque sûre de martingale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
4.3 Convergence L1 de martingale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
4.3.1 Uniforme intégrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
4.3.2 Martingale fermée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
4.3.3 Applications des convergences presque sûres et L1 . . . . . . . . . . . . . 55
4.4 Convergence L2 de martingales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
4.5 Théorèmes d’arrêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
TABLE DES MATIÈRES
5 Dynamique markovienne 65
5.1 Probabilités de transition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
5.2 Exemples de chaînes Markov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
5.3 Probabilités trajectorielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
5.3.1 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
5.3.2 Approche récursive d’une chaîne de Markov . . . . . . . . . . . . . . . . 73
5.4 Chaîne canonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
5.5 Propriétés de Markov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
6 Récurrence et transciences 81
6.1 États récurrents et transitoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
6.1.1 Nombre de passages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
6.1.2 Potentiel ou fonction de Green . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
6.1.3 Temps passé sur un état. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
6.2 Ensemble clos et irréductible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
6.3 Classes de réccurence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
6.4 Absorption dans les classes de récurrence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
7 Invariance et équilibre 95
7.1 Mesures invariantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
7.2 Invariance et récurrence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
7.2.1 Théorème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
7.2.2 Construction de mesures invariantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
7.2.3 Cas d’une chaîne irréductible. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
7.2.4 Cas d’une chaîne non irréductible. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
7.3 Asymptotique d’une chaîne de Markov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
7.3.1 Périodicité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
7.3.2 Théorème ergodique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
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Chapitre 1
Conditionnement
P(A ∩ B)
P(A|B) = .
P(B)
Remarques. Dans la théorie des probabilités, il est préférable de s’intéresser à des probabilités
conditionnelles que d’essayer de déterminer P(A) ou P(A|B). Remarquons de plus que si A et
B ∈ F sont deux évènements indépendants, alors P(A|B) = P(A).
Exemple. On considère deux U1 et U2 dont l’une possède deux boules blanches (notées B)
et une boule noire (notée N ). L’autre possède une boule blanche et trois boules noires. On a
P(B|U1 ) = 2/3 et P(B|U2 ) = 1/4.
Bien évidemment, une probabilité conditionnelle porte bien son nom. Cela justifie la propo-
sition suivante.
Démonstration. Il est clair que la fonction P( · |B) est positive. La σ-additivité de P se transmet.
Soit (An )n∈N une famille d’évènements deux à deux disjoints. On a
∞ ∞
! F !
G P n∈N An ∩B G X P (An ∩ B) X
P An B = =P (An ∩ B) = = P(An |B).
P(B) P(B)
n∈N n∈N n=0 n=0
P(Ω∩B) P(B)
Enfin, P(Ω|B) = P(B) = P(B) = 1.
1.2. Espérance conditionnelle
À partir de maintenant, J ⊂ N désignera un ensemble qui sera soit N, soit de la forme [[1, n]].
(Bj )j∈J ∈ F J d’évènements deux à deux disjoints telle que j∈J P(Bj ) = 1. Le système
P
est dit fini ( resp. infini) si J est fini ( resp. infini).
a. Généralement appelé quasi-complet puisqu’ici la famille n’est pas une partition de Ω.
Proposition 1.1.3. Soit (Bj )j∈J un Ssystème complet d’évènements tel que P(Bj ) > 0
pour tout j ∈ J. Alors, pour tout A ⊂ j∈J Bj , on a
X
P(A) = P(A|Bj )P(Bj ).
j∈J
S
Démonstration. Posons Ω0 = j∈J Bj . On a P(A) = P(A ∩ Ω0 ). On termine avec la σ-additivité
de P.
Exemple. Reprenons le même exemple, en supposant de plus qu’on ait autant de chance de
piocher dans une urne que dans une autre. On a P(B) = 2/3 × 1/2 + 1/4 × 1/2 = 11/24.
Proposition 1.1.4 (formule de Bayes). Soit (Bj )j∈J un système complet tel que P(Bj ) >
0 pour tout i ∈ I. Alors, pour tout A ∈ F non négligeable, et j ∈ J, on a
P(A|Bj )P(Bj )
P(Bj |A) = P .
k∈J P(A|Bk )P(Bk )
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Chapitre 1. CONDITIONNEMENT
E[X1B ]
E[X|B] = .
P(B)
Démonstration. Lorsque X est une indicatrice, le résultat est immédiat (par définition). On
peut ensuite montrer par linéarité le résultat lorsque X est une fonction étagée positive. Par
convergence monotone, on peut montrer le résultat lorsque X est positive. Enfin, on traite le cas
de X en considérant les parties positive et négative de X.
P Si X est une variable aléatoire réelle discrète de support S(X) = {xj | j ∈ J}, alors X =
j∈J xj 1X=xj . On a donc
X
E[X|B] = xj P(X = xj |B).
j∈J
Si Y est une variable aléatoire discrète de support S(Y ) = {yk | k ∈ K}, on définit
X
E[X|Y = yk ] = xj P(X = xj |Y = yk ).
j∈J
Définition 1.2.2 (espérance conditionnelle discrète). Soit X une variable aléatoire inté-
grable et Y une variable aléatoire discrète de support S(Y ) = {yk | k ∈ K}. L’espérance
conditionnelle de X sachant Y est définie par
X
E[X|Y ] = E[X|Y = yk ]1{Y =yk } .
k∈K
Remarques.
— E[X|Y ] est une variable aléatoire.
— Avec les définitions données, on observe que E E[X|Y ] = E[X]. En effet, par linéarité de
l’espérance et la formule des probabilités totales données précédemment,
X X E[X1{Y =y } ]
k
E E[X|Y ] = E[X|Y = yk ]P(Y = yk ) = P(Y = yk ).
P(Y = yk )
k∈K k∈K
Ainsi,
" !#
X
E E[X|Y ] = E X 1{Y =yk } = E[X].
k∈K
P
En effet, k∈K 1{Y =yk } = 1 presque sûrement par définition des yk comme le support de
Y.
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1.2. Espérance conditionnelle
Puisque la définition de l’espérance conditionnelle assure E[1A |B] = P(A|B) pour un évè-
nement B non négligeable, on peut vérifier lorsque Y est discrète que l’espérance conditionnelle
E[ · |Y ] en définition de l’espérance conditionnelle discrète, et la probabilité conditionnelle P( · |Y )
définie ci-dessus sont naturellement liées par E[1A |Y ] = P(A|Y ). Dans le cas général, par exemple
lorsque Y est une variable à densité, la définition de P( · |Y ) est plus complexe car les condition-
nements par {Y = y} sont singuliers (évènements négligeables).
Définition 1.2.4 (loi conditionnelle). Soit y tel que P(Y = y) 6= 0. On appelle loi condi-
tionnelle de de X sachant Y = y l’application définie sur le support de X par
P(X = x, Y = y)
P(X = x|Y = y) =
P(Y = y)
pour tout x ∈ S(X).
PX ( · |Y = y) = PX .
Autrement dit, le conditionnement par une variable aléatoire indépendante est sans effet.
Dans cette situation, on a un analogue de la formule de Bayes pour les densités avec la notion
de densité conditionnelle.
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Chapitre 1. CONDITIONNEMENT
f (x, y)
fX|Y =y (x) =
fY (y)
pour tout x ∈ R.
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1.2. Espérance conditionnelle
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Chapitre 2
Espérance conditionnelle
2.1 Introduction
Définition 2.1.1. Soit G une sous-tribu de F et X une variable aléatoire positive ou inté-
grable. L’espérance conditionnelle E[X|G] est la presque sûrement unique variable aléatoire
Y telle que
(i) Y est G-mesurable ;
(ii) Pour tout A ∈ G, E[X1A ] = E[Y 1A ].
Remarque. Cette variable aléatoire est seulement définie presque sûrement. De plus, X doit
être intégrable positive ou intégrable pour donner un sens à E[X|G].
Démonstration. — On suppose que Y et Y 0 vérifient les points (i) et (ii). Le second point
assure que E[Y 1A ] = E[Y 0 1A ] pour tout A ∈ G. Soit ε > 0, on pose Aε = {Y −Y 0 ≥ ε} ∈ G.
On a
0 = E[(Y − Y 0 )1Aε ] ≥ E[ε 1Aε ] = εP(Aε ) ≥ 0.
Ainsi, P(Aε ) = 0. On en déduit que
[ X
0 ≤ P Aε ≤ P(Aε ) = 0.
ε∈Q+ ε∈Q+
| {z }
= {Y −Y 0 >0}
On en déduit que P(Y −Y 0 > 0) = 0. Par symétrie des rôles, on détermine l’inégalité stricte
inverse, et alors P(Y − Y 0 6= 0) = 0.
Proposition 2.1.1. Dans la définition précédente, le point (ii) est équivalent à demander :
(ii’) Pour toute variable aléatoire Z G-mesurable bornée, on a
— (ii) =⇒ (ii0 ). Par les arguments standards de la théorie de la mesure. En effet, (ii) assure
(ii0 ) pour une dans le cas où Z est une indicatrice.
Notations.
— Lorsque G = σ(Y ) (i.e que G est la tribu engendrée par la variable aléatoire Y ), on note
E[X|Y ] = E[X|σ(Y )].
— On note P(A|G) = E[1A |G].
p.s X E[X1Ωj ]
E[X|G] = 1Ωj ,
P(Ωj )
j∈J
E[X1Ωj ]
i.e que la variable aléatoire E[X|G] vaut P(Ωj ) sur Ωj . Le même énoncé reste vrai avec
un système complet.
Démonstration. Montrons cette formule dans le cas simple où Ω = BtB c . On montre uniquement
le résultat pour X = 1A . On pose
E[1A 1B ] E[1A 1B c ]
Y = 1B + 1B c .
P(B) P(B)
E[1A 1B ] E[1A 1B c ]
E[Y 1C ] = E[Y ] = E[1B ] + E[1B c ] = E[1A 1B ] + E[1A 1B c ].
P(B) P(B c )
Ainsi, E[Y 1C ] = E[1A (1B + 1B c )] = P(A) car 1B + 1B c = 1. Pour le cas général, on
utilisera la méthode habituelle (fonctions étagées, linéarité, convergence monotone, ...).
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Chapitre 2. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
De plus,
Démonstration. g(Y ) est bien σ(Y )-mesurable. Montrons maintenant que pour tout A ∈ σ(Y ),
Soit A ∈ σ(Y ), que l’on écrit sous la forme A = Y −1 (B) où B ∈ B(R) (tribu borélienne sur R).
Alors,
= g(y)dPY (y)
B
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2.2. Exemples et premières propriétés
Démonstration. D’abord, aE[X|G] + bE[Y |G] est bien G-mesurable. Pour tout A ∈ G,
= aE[1A X] + bE[1A Y ]
Démonstration. On montre d’abord que Y ≥ 0 implique E[Y |G] ≥ 0 presque sûrement. Soit
Aε = {E[Y |G] ≤ −ε} ∈ G où ε > 0. Alors,
E[|X|2 |G]
P(|X| ≥ ε|G) ≤ .
ε2
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Chapitre 2. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
Lemme 2.2.1 (Fatou conditionnel). Soit (Xn )n≥1 une suite de variables aléatoires po-
sitives telle que lim inf n→∞ Xn soit L1 . Alors,
h i
E lim inf Xn G ≤ lim inf E[Xn |G].
n→∞ n→∞
Démonstration. (i) On suppose d’abord (Xn )n≥1 bornée. On a, en remarquant que (inf k≥n Xk )n≥1
est une suite croissante bornée, que
h i
E lim inf Xn G = E lim inf inf Xk G
n→∞ n→∞ k≥n
= lim inf E inf Xk G par convergence monotone
n→∞ k≥n
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2.2. Exemples et premières propriétés
(ii) Dans le cas général, on applique le cas borné à (inf(Xn , p))n≥1 pour p ∈ N. On a ainsi
h i
E lim inf inf(Xn , p) G ≤ lim inf E [inf(Xn , p)|G] .
n→∞ n→∞ | {z }
≤ E[Xn |G]
La suite (inf(Xn , p))p≥1 est croissante, donc il en est de même pour (lim inf n→∞ inf(Xn , p))p≥1 .
Alors, (E [lim inf n→∞ inf(Xn , p)|G])p≥1 est croissante aussi. Ainsi, en faisant tendre p vers
l’infini dans l’inégalité précédente, on obtient le lemme.
Théorème 2.2.1 (convergence dominée conditionnelle). Soit (Xn )n≥1 une suite de va-
p.s
riables aléatoires avec |Xn | ≤ Z ∈ L1 (Ω, F, P) avec Xn −−−→ X. Alors,
n→∞
p.s
E[Xn |G] −−−→ E[X|G].
n→∞
Ainsi, lim supn→∞ E[|Xn −X||G] = 0 et donc limn→∞ E[|Xn −X||G] = 0. Le résultat est immédiat
car pour toute variable aléatoire Y positive ou aléatoire, on a |E[Y |G]| ≤ E[|Y ||G]. En effet,
E[Y |G] ≤ E[|Y || G],
−E[Y |G] = E[−Y |G] ≤ E[|Y ||G].
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Chapitre 2. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
Alors,
E[Y 2 |G]t2 + 2E[XY |G]t + E[X 2 |G] ≥ 0 pour tout t ∈ Q p.s.
On a donc presque sûrement un polynôme du second degré en t, positif pour tout t ∈ Q, donc
pour tout t ∈ R par continuité. Son discriminant est donc négatif, i.e que
Démonstration. L’inégalité est une égalité immédiate lorsque ϕ(x) = ax+b. Dans le cas générale,
ϕ étant convexe, elle est en dessous de ses tangeantes : pour x, y ∈ R, et dy ∈ [ϕ0g (y), ϕ0d (y)],
(ii) De plus,
E[|E[X|G]|p ] ≤ E[|X|p ].
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2.2. Exemples et premières propriétés
Démonstration. XE[Y |G] est un variable aléatoire G-mesurable. On montre en suite que pour
tout A ∈ G,
E[(XE[X|G])1A ] = E[XY 1A ].
Par linéarité, on a donc le résultat lorsque X est étagée et G-mesurable. Pour continuer, on
suppose que Y ≥ 0. Si X est G-mesurable positive, on écrit X = limn→∞ Xn où (Xn )n est une
suite de variables aléatoires étagées croissante. Alors,
Puisque (1A Xn Y )n tend de manière croissante vers 1A XY , alors (1A Xn E[Y |G])n tend aussi de
manière croissante vers 1A XE[Y |G]. Par convergence monotone, on en déduit que le résultat
dans cas. Si X est de signe quelconque, on écrit X = X + − X − , et on applique le cas précédent
sur X + et X − . On a donc montré le résultat pour toute variable aléatoire X G-mesurable, et Y
positive. Finalement, si Y est de signe quelconque, on écrit Y = Y + − Y − et le cas précédent
s’applique à Y + et Y − .
Remarque. En général, il est impossible d’inverser les conditionnements, i.e écrire quelque
chose du genre “E[E[X|G1 ]|G2 ] = E[E[X|G2 ]|G1 ]”.
Contre-exemple. Prendre (Ω, F, P) = ([0, 1], B([0, 1]), λ1 ), G1 = σ([0, 1/2]) et G2 = σ([0, 1/3]),
et X = 1[1/4,1/3] .
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Chapitre 2. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
Démonstration. (i) E[X] en tant que fonction est constante, et donc G-mesurable. Si A ∈ G,
on a
par indépendance.
(ii) On note Y = E[X|G]. On pose
— Ω ∈ M.
— M est stable par différence : soient A et B ∈ M avec B ⊂ A. On a
Alors,
h i h i h i
E Y 1Sn∈N An = E lim Y 1An = lim E [Y 1An ] = E X1Sn∈N An .
n→∞ n→∞ | {z }
E[X1An ]
On considère P = {B∩C | (B, C) ∈ G×H}. C’est un π-système (car stable par intersection),
et P ⊂ M. Pour terminer, on observe que σ(P) = σ(G, H) car alors σ(G, H) ⊂ M, i.e que
pour tout A ∈ σ(G, H),
E[X1A ] = E[Y 1A ].
Remarque. Sans l’indépendance entre H et σ(X, G), la conclusion est fausse. Soit ε1 et ε2
indépendantes identiquement distribuées suivant une loi de Rademacher de paramètre 1/2.
Soit X = ε1 ε2 , H = σ(ε1 ) et G = σ(ε2 ). X est de même loi que ε1 et ε2 . De plus, H est
indépendant de G et de σ(X).
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2.3. Espérance conditionnelle dans L2 (Ω, F, P)
E[XY ] = hX, Y i .
Théorème 2.3.1. Soit X ∈ L2 (F). Alors, E[X|G] est la projection orthogonale de X sur
L2 (G).
En effet, E[(X − Y )(Y − Z)] = E[E[(X − Y )(Y − Z)|G]] = E[(Y − Z)E[X − Y |G]] = 0 car
Y = E[X|G]. On en déduit que l’infimum kX − Zk2 est atteint en Z = Y .
cov(X, Y )
E[X|Y ] = Y.
var(Y )
(ii) Dans le cas non centré,
cov(X, Y )
E[X|Y ] = (Y − E[Y ]) + E[X].
var(Y )
(iii) Soit Z = (Z1 , . . . , Zd ) un vecteur gaussien centré de matrice de covariance Pd Σ, i.e
T T d
que Z ∼ N (0, Σ). Soient a = (a1 , . . . , ad ) et b = (b1 , . . . , bd ) ∈ R X = i=1 ai Zi
et Y = di=1 bi Zi . Alors,
P
aT Σb
E[X|Y ] = Y p.s.
bT Σb
Remarque. Nous avions vu dans le cas L2 que l’espérance conditionnelle s’interprète comme
une projection orthogonale. Encore mieux, l’espérance E[X|Y ] conditionnelle dans le cas gaussien
centré non dégénéré s’interprète comme la projection orthogonale de X sur la droite portée par Y .
Dans le cas centré, un moyen simple de déterminer (sans apprendre de formule) E[X1 |X2 , . . . , Xn ]
est de voir que E[X1 |X2 , . . . , Xn ] ∈ Vect(X2 , . . . , Xn ).
E[XY ]
Démonstration. (i) Soit c = E[Y 2 ]
. Le vecteur (X − cY, Y ) est gaussien car
α(X − cY ) + βY = αX + (β − cα)Y
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Chapitre 2. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
Bilan : (X −cY, Y ) est gaussien et cov(X −cY, Y ) = 0, donc X −cY et Y sont orthogonaux.
Montrons maintenant que cY = PL2 (σ(Y )) (X). Soit Z ∈ L2 (σ(Y )). Selon le lemme de
Doob-Dynken, il existe une fonction mesurable h telle que Z = h(Y ). Ainsi,
(ii) (X − E[X], Y − E[X]) est un vecteur gaussien centré, le premier point nous affirme donc
que
cov(X, Y )
E[X|Y ] − E[X] = E[X − E[X]|Y ] = (Y − E[Y ]).
var(Y )
(iii) Soit X = ha, Zi et Y = hb, Zi deux combinaisons linéaires des variables coordonnées de Z.
Pour α, β ∈ R, on a
d
X
αX + βY = (αai + βbi )Zi .
i=1
cov(X, Y )
E[X|Y ] = Y p.s.
var(Y )
d
X
cov(X, Y ) = ai bj cov(Zi , Zj ) = aT Σb.
| {z }
i,j=1
Σi,j
CMMA 21
2.4. Lois conditionnelles
Définition 2.4.1. Soit (S, A) et (T, B) deux espaces mesurables. On appelle noyau de
probabilité (ou de transition) toute application
ν : A × T −→ [0, 1]
telle que
(i) pour tout y ∈ T , A 7−→ ν(A, y) est une probabilité sur (S, A) ;
(ii) pour tout A ∈ A, y 7−→ ν(A, y) est B-mesurable.
Exemples.
— Soit µ une mesure σ-finie sur (S, A) et h : S × T −→ R+ une fonction mesurable telle que
pour tout y ∈ T ,
Z
h(x, y) dµ(x) = 1.
S
Z
ν(A, y) = h(x, y) dµ(x)
A
— Soit (X, Y ) un couple sur R2 de densité (x, y) 7−→ f (x, y). On reprend le même exemple
avec (S, A) = (T, B) = (R, B(R)) et µ = λ la mesure de Lebesgue, et
f (x, y)
h(x, y) = .
fY (y)
Z
f (x, y)
dx lorsque fY (y) 6= 0,
ν(A, y) = f (y)
A Y
δs0 (A) sinon, où s0 ∈ S = R est quelconque.
P(X ∈ A|Y = y) lorsque P(Y = y) 6= 0,
ν(A, y) =
δs0 (A) sinon.
22 CMMA
Chapitre 2. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
(i) Si h = 1A , alors ϕ(y) = ν(A, y). C’est une fonction mesurable par P
rapport à y d’après la
définition 2.4.1. Supposons maintenant h étagée sous la forme h = ni=1 αi 1Ai . Alors par
linéarité,
n
X
ϕ(y) = αi ν(Ai , y).
i=1
On suppose cette fois h mesurable positive. Alors h est limite croissante d’une suite de
fonctions étages (hn )n pour lesquelles
Z
ϕn (y) = hn (x)ν(dx, y)
S
! Z !
G G
µ Ai = ν Ai , y dη(y)
i∈I T
Z X i∈I
= ν(Ai , y) dη(y)
T i∈I
XZ
= ν(Ai , y) dη(y)
i∈I T
X
= µ(Ai ).
i∈I
Enfin,
Z Z
µ(S) = ν(S, y) dη(y) = dη(y) = 1
T | {z } T
=1
CMMA 23
2.4. Lois conditionnelles
Théorème 2.4.1 (Jirina). Soient (S, A) et (T, B) espaces mesurables. On suppose que
S est un espace polonais (i.e métrique, complet, et séparable), et que A = B(S). Alors, il
existe une loi conditionnelle de X sachant Y comme dans la définition précédente.
On en déduit que pour tout A ∈ A, presque sûrement, ν(A, y) = ν 0 (A, y) pour PX -presque
chaque y ∈ T . Dans le cas où les mesures de probabilités sur (S, A) sont caractérisées par leurs
valeurs sur une famille dénombrables. On en déduit que
ν( · , y) = ν 0 ( · , y)
pour PY -presque chaque y ∈ T . C’est en ce sens qu’il y a unicité des lois conditionnelles.
Proposition 2.4.2 (loi conditionnelle à densité). Soit (X, Y ) un couple aléatoire de den-
sité f . La loi conditionnelle de X sachant Y est donnée par le noyau de probabilité définie
pour tout (A, y) ∈ A × T par
Z
f (x, y)
dx lorsque fY (y) 6= 0,
ν(A, y) = A fY (y)
δs0 (A) sinon, où s0 ∈ S = R est quelconque.
f (x,y)
Remarque. On a donc fX|Y =y (x) = fY (y) lorsque fY (y) 6= 0.
24 CMMA
Chapitre 2. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
" Z # Z
E h(x)ν(dx, Y ) g(Y ) = ϕ(y)g(y) dPY (y)
S S(Y )
| {z }
ϕ(Y ) Z
= ϕ(y)g(y)fY (y) d(y)
S(Y ) !
Z Z
= h(x)ν(dx, y) g(y)fY (y) dy
ZS(Y ) S(X)
Remarque. La valeur ν en (A, y) lorsque fY (y) = 0 n’a aucune importance, ce qui est pourquoi
on peut lui donner une quelconque valeur.
Proposition 2.4.3 (loi conditionnelle discrète). Soit (X, Y ) un couple discret. Alors, la
loi conditionnelle de X sachant Y est donnée par le noyau de probabilité définie pour tout
(A, y) ∈ A × T par
P(X ∈ A|Y = y) lorsque P(Y = y) 6= 0,
ν(A, y) =
δs0 (A) sinon, où s0 ∈ S = R est quelconque.
D’abord, ϕ(Y ) est bien σ(Y )-mesurable. Ensuite, pour tout A = Y −1 (B) ∈ S(Y ) (avec B ∈
B(R)), E[h(X)1A ] = E[ϕ(Y )1A ]. On en déduit que E[h(X)1B (Y )] = E[ϕ(Y )1B (Y )]. En effet,
X
E[ϕ(Y )1B (Y )] = ϕ(y)1B (y)P(Y = y)
y∈S(Y ) !
X Z
= h(x)ν(dx, y) 1B (y)P(Y = y)
y∈S(Y ) S(X)
X X
= h(x)P(X = x|Y = y) 1B (y)P(Y = y)
y∈S(Y ) x∈S(X)
X
= h(x)1B (y)P(X = x, Y = y)
(x,y)∈S(X)×S(Y )
= E[h(X)1B (Y )] = E[h(X)1A ].
CMMA 25
2.4. Lois conditionnelles
L (X|Y = y) = ν( · , y).
On a donc un noyau ν( · , y) = PX .
⇐= Réciproquement , si L (X|Y = y) = ν( · , y) ne dépend pas de y. On note donc
ν( · ) = ν( · , y). Pour tout A, B ∈ B(R), on a
Proposition 2.4.5 (désintégration des lois). Soient X et Y des variables aléatoires à va-
leurs respectivement dans (S, A) et (T, B), admettant un noyau ν qui définit la loi condi-
tionnelle de X sachant Y . Alors, pour tout (A, B) ∈ A × B,
Z
P(X ∈ A, Y ∈ B) = P(X ∈ A|Y = y) dPY (y).
B
Démonstration. On a
26 CMMA
Chapitre 2. ESPÉRANCE CONDITIONNELLE
(ii) Pour tout fonction f : (S×T, A⊗B) −→ R P(X,Y ) -intégrable, alors pour PY -presque
chaque y ∈ T , l’application f ( · , y) est PX (dx|Y = y)-intégrable. De plus,
Z
y 7−→ f (x, y)PX (dx|Y = y)
S
est PY -mesurable, et l’on a
Z Z Z
f (x, y)P(X,Y ) (dx, dy) = f (x, y)PX (dx|Y = y) dPY (y).
S×T T S
R
Remarque. En notant, ϕf (y) = S f (x, y)PX (dx|Y = y), alors pour toute fonction f mesu-
rable telle que f (X, Y ) ∈ L1 (A ⊗ B), alors
Lorsque pour une fonction h mesurable telle que h(f (X, Y )) ∈ L1 (A ⊗ B), par transfert, on
a
Z Z
E[h(f (X, Y ))|Y ] = ϕh◦f (Y ) = h(f (x, y))ν(dx, y) = ??????
S
CMMA 27
2.4. Lois conditionnelles
Par conséquent,
Proposition 2.4.7. On a
28 CMMA
Chapitre 3
Martingales et filtrations
Définition 3.1.1. Soit (Fn )n∈N une suite de sous-tribus de F. On dit que (Fn )n est une
filtration lorsque qu’elle est croissante pour l’inclusion.
Définition 3.1.2. Soit (Fn )n une filtration. On dit qu’une suite de variables aléatoires
(Xn )n∈N est adaptée à la filtration (Fn )n si pour tout n ∈ N, Xn est Fn -mesurable.
Remarque. Très souvent, on considéra les filtrations comme des suites indexées par N∗ (car
en général, F0 est la tribu grossière {∅, Ω}).
Exemples.
— Soit (Xn )n≥1 une suite de variables aléatoires. On pose Fn = σ(X1 , . . . , Xn ) (i.e la plus pe-
tite tribu rendant mesurable X1 , . . . , Xn ). On pose F0 = {∅, Ω}. Alors (Fn ) est clairement
une filtration, (Xn )n est adaptée à (Fn )n . La suite (Fn )n≥0 est appelée filtration canonique
de la suite (Xn )n≥1 .
— Filtration diadique. On considère ici (Ω, F, P) = ([0, 1], B([0, 1]), λ). On pose
!
i−1 i n
Fn = σ , : 1≤i≤2 .
2n 2n
| {z }
Dn
Définition 3.1.3. Une suite de variable aléatoire (Hn )n≥1 est dite prévisible pour la
filtration (Fn )n≥0 si pour tout n ≥ 1, Hn est Fn−1 -mesurable.
3.2. Temps d’arrêt
Définition 3.2.1. Une variable aléatoire T à valeurs dans N ∪ {∞} est un (Fn )n≥0 -temps
d’arrêt si pour tout n ≥ 0,
{T ≤ n} ∈ Fn .
Exemples.
— Soit T ≡ n0 . Alors, pour tout n ≥ 0,
∅ ∈ Fn si n < n0 ,
{T ≤ n} =
Ω ∈ Fn si n ≥ n0 .
— Temps d’attente. Soit (Xn )n≥1 une suite de variables aléatoires réelles, et (Fn )n≥1 la filtra-
tion canonique associée. Soit A ∈ B(R), on pose
— Dans le même contexte que l’exemple précédent, la variable aléatoire définie par Te
{T = n} = {T ≤ n} \ {T ≤ n − 1} .
| {z } | {z }
∈Fn ∈Fn−1 ⊂Fn
{T ≥ n} = {T ≤ n − 1}c ∈ Fn1 .
— Soit Hn = 1T ≥n . Alors, pour tout n ∈ N∗ , Hn est Fn−1 -mesurable, donc la suite (Hn )n≥1
est prévisible.
30 CMMA
Chapitre 3. MARTINGALES ET FILTRATIONS
Démonstration. On a déjà montré le sens direct. Pour le sens réciproque, on remarque simplement
que
n
[
{T ≤ n} = {T = k} ∈ Fn .
| {z }
k=0 ∈F ⊂F
k n
Proposition 3.2.2. Soient T et S des (Fn )n -temps d’arrêt. Alors, min(T, S), max(T, S)
et T + S sont des (Fn )n -temps d’arrêt.
{min(T, S) ≤ n} = {T ≤ n} ∪ {S ≤ n} ∈ Fn ,
| {z } | {z }
∈Fn ∈Fn
{max(T, S) ≤ n} = {T ≤ n} ∩ {S ≤ n} ∈ Fn ,
| {z } | {z }
∈Fn ∈Fn
et
n
[
{T + S = n} = {T = i} ∪ {S = n − i} ∈ Fn .
| {z } | {z }
i=0
∈Fi ⊂Fn ∈Fn−i ⊂Fn
Démonstration. On a déjà montré qu’une variable aléatoire constante (à un entier) est un temps
d’arrêt. On conclue avec la proposition précédente.
Proposition 3.2.4. Soit (Tp )p≥1 une suite monotone de (Fn )n -temps d’arrêt. Alors, T =
limp→∞ Tp est un (Fn )n -temps d’arrêt.
CMMA 31
3.2. Temps d’arrêt
Proposition 3.2.5. Soit (Tp )p≥1 une suite quelconque de (Fn )n -temps d’arrêt. Alors,
supp≥1 Tp , inf p≥1 Tp , lim supp→∞ Tp , et lim inf p→∞ Tp , sont des (Fn )n -temps d’arrêt.
Remarques.
— FT désigne l’information disponible jusqu’à la date aléatoire T .
— FT est bien une tribu.
• Ω ∈ FT car Ω ∩ {T ≤ n} = {T ≤ n} pour tout n ≥ 0.
• Soit (Ai )i∈I une famille dénombrables d’éléments de FT . Alors, pour tout n ≥ 0,
!
[ [
Ai ∩ {T ≤ n} = (Ai ∩ {T ≤ n}) ∈ Fn .
| {z }
i∈I i∈I
∈Fn
Ac ∩ {T ≤ n} = {T ≤ n}\(A ∩ {T ≤ n}) ∈ Fn .
A ∈ FT ⇐⇒ ∀n ≥ 0, A ∩ {T ≤ n} ∈ Fn ⇐⇒ ∀n ≥ k, A ∈ Fn ⇐⇒ A ∈ Fk .
— Si n < k, {T ≤ n} = ∅, et donc A ∩ {T ≤ n} = ∅ ∈ Fn .
— Si n ≥ k, alors {T ≤ n} = Ω , et donc A ∩ {T ≤ n} = A.
32 CMMA
Chapitre 3. MARTINGALES ET FILTRATIONS
A ∩ {S ≤ n} = A ∩ {T ≤ n} ∩ {S ≤ n},
| {z } | {z }
∈Fn ∈Fn
car A∈FT car S t.a
d’où A ∈ FS .
{T ≤ p} ∈ FT .
On a pour tout n ≥ 0, {T ≤ p} ∩ {T ≤ n} ∈ Fn car
{T ≤ p} ∩ {T ≤ n} = {T ≤ p ∧ n} ∈ Fp∧n ⊂ Fn .
FT ∧S = FT ∩ FS .
Définition 3.3.1. Étant donné une filtration (Fn )n≥0 , on appelle (Fn )n≥0 -martingale
toute suite de variables aléatoires (Xn )n≥0 telle que
(i) pour tout n ∈ N, E[|Xn |] < ∞ ;
(ii) (Xn )n ≥0 est adaptée à (Fn )n≥0 ;
(iii) (propriété de martingale) pour tout n ≥ 0, E[Xn+1 |Fn ] = Xn .
CMMA 33
3.3. Martingales, sous-martingales et sur-martingales
Exemples.
— (Martingale fermée). Soit X ∈ L1 (F) et (Fn )n≥0 une filtration. Alors la suite de variables
aléatoires définie pour tout n ∈ N par
Xn = E[X|Fn ]
est une martingale, appelée martingale de Doob.
— (Marche aléatoire). Soit (Xn )n≥0 des variables aléatoires intégrables indépendantes cen-
trées. Soit pour tout n ∈ N,
n
X
Sn = Xk et Fn = σ(X0 , . . . , Xn ).
k=0
Alors pour tout n ≥ 0, Sn est intégrable comme somme finie de variables intégrables, et
est clairement Fn -mesurable. De plus,
1 1
E[Yn+1 |Fn ] = E[aXn + εn+1 |Fn ] = n+1 (aXn + E[εn+1 |Fn ]).
an+1 a
Or, E[εn+1 |Fn ] = E[εn+1 ] = 0. D’où E[Yn+1 |Fn ] = Yn .
— ( Galton-Watson). Soit (Xi,j )i,j≥1 une famille de variables aléatoires i.i.d à valeurs en-
tières de loi µ, intégrables et de moyenne m. On pose Z0 = 1, et par récurrence
Zn
X
Zn+1 = Xn+1,j
j=1
Zn+1
Ainsi, Zn+1 est Fn+1 -mesurable, d’où m n+1 est Fn+1 -mesurable. Montrons maintenant la
propriété de martingale (les espérances sont bien définies car les variables sont positives,
nous montrons l’intégrabilité plus tard). Pour tout n ∈ N,
34 CMMA
Chapitre 3. MARTINGALES ET FILTRATIONS
XZn Zn
X
E[Zn+1 |Fn ] = E Xn+1,j Fn = E[Xn+1,j |Fn ].
j=1 j=1
(La seconde égalité a été démontré en TD). Or, E[Xn+1,j |Fn ] = m car Xn+1,j est indépen-
dant de Fn . Ainsi,
Zn+1 Zn
E n+1
Fn = n .
m m
On en déduit que
Zn+1 Zn
E =E .
mn+1 mn
Par récurrence,
Zn Z0
E =E =x
mn m0
Zn
donc mn est intégrable.
Proposition 3.4.1. Soit (Xn )n≥0 une (Fn )n≥0 martingale. Alors, (Xn )n est une (Gn )n -
martingale, où pour tout n ∈ N,
Gn = σ(X0 , . . . , Xn ).
Démonstration. Par définition, les Xn sont intégrables. De plus, (Gn )n étant la filtration cano-
nique, il est évident que Xn est Gn -mesurable pour tout n ≥ 0. Enfin, par définition de (Xn )n ,
pour tout n ∈ N, X0 , . . . , Xn sont Fn -mesurables. Ainsi,
Gn = σ(X0 , . . . , Xn ) ⊂ Fn
car Gn est la plus petite tribu (pour l’inclusion) rendant X0 , . . . , Xn mesurables. Ainsi,
Démonstration. Le sens réciproque est clair. Montrons le sens direct par récurrence sur n > m.
Pour n = m + 1, c’est la propriété de martingale. Soit n > m, et supposons la propriété vraie au
rang n := m + k. Alors,
CMMA 35
3.4. Propriétés des martingales
Remarque. On peut démontrer des résultats similaires pour les sous-martingales et les sur-
martingales.
Démonstration. Par hypothèse, Yn est intégrable et est Fn -mesurable car Xn l’est et ϕ est me-
surable. Pour obtenir les propriétés de martingales et de sous-martingales, on utilise l’inégalité
de Jensen.
Conséquence 1. Soit (Xn )n une martingale telles que les Xn sont toutes de classe Lp avec p
un nombre pair non nul. Alors, (|Xn |p )n≥0 est une martingale. En effet, la fonction x 7−→ |x|p
est convexe.
Conséquence 2. Si a ∈ R et (Xn )n est une sous-martingale, alors ((Xn − a)+ )n est une
sous-martingale. Pour le montrer, on observe que la fonction x 7−→ (x − a)+ est convexe.
Conséquence 3. Si a ∈ R et (Xn )n est une sur-martingale, alors (Xn ∧ a)n est une sur-
martingale. Cette fois-ci, on utilise le second point de la proposition précédente à la sous-
martingale (−Xn )n et ϕ : x 7−→ max(x, −a).
Proposition 3.4.5. Soit (Xn )n une sous-martingale (resp. une sur-martingale), et (Hn )n
une suite prévisible bornée positive. Alors la suite H · X définie par (H · X)0 = 0 et
n
X
(H · X)n = Hk (Xk − Xk−1 )
k=1
pour tout tout n ≥ 1, est une sous-martingale (resp. sur-martingale). De plus, si H est de
signe quelconque et (Xn )n est de martingale, alors H · X est de martingale.
Démonstration. (dans le cas où (Xn )n est une sous-martingale). Pour tout n ∈ N, (H · X)n est
intégrale car pour tout k ∈ [[1, n]], Hk (Xk − Xk−1 ) est intégrale car Hk est bornée. De plus,
(H · X)n est Fn -mesurable de par sa définition. Enfin,
36 CMMA
Chapitre 3. MARTINGALES ET FILTRATIONS
E[(H · X)n+1 |Fn ] = E[(H · X)n + Hn+1 (Xn+1 − Xn )|Fn ] = (H · X)n + Hn+1 E[Xn+1 − Xn |Fn ].
Or, (Xn )n étant une sous-martingale, on sait que E[Xn+1 − Xn |Fn ] est une quantité positive.
Puisque Hn+1 est positive, on obtient l’inégalité recherchée.
Notons que la démonstration est la même dans le cas d’une sur-martingale en remarquant
que la quantité E[Xn+1 − Xn |Fn ] est négative. Dans le cas martingale et h de signe quelconque,
E[Xn+1 − Xn |Fn ] = 0.
Remarque. On peut voir cette formule comme une intégration par parties (comme la trans-
formée d’Abel est une forme d’intégration par parties dans le cas discret).
Proposition 3.5.1. Soit (Xn )n≥0 une suite (Fn )n -adaptée, et T un (Fn )n≥0 -temps d’ar-
rêt. La variable aléatoire 1{T <∞} XT est FT -mesurable.
Notation. Étant donnés un (Fn )n temps d’arrêt T et une suite (Xn )n , on pose
X T = (XT ∧n )n≥0 .
CMMA 37
3.5. Martingale arrêtée
Comme au point précédent, cette égalité permet de vérifier que H T est prévisible.
Définition 3.5.1. Si (Xn )n≥0 est une martingale, et T un temps d’arrêt, on appelle
martingale arrêtée la martingale
X T = (XT ∧n )n≥0 .
De même, on introduit des sur et sous-martingales arrêtées.
Remarque. Soit Hn = 1{T ≥n} (n ≥ 0). Cela définie une suite prévisible. De plus,
n
X T
X ∧n
(H · X)n = 1{T ≥k} (Xk − Xk−1 ) = (Xk − Xk−1 ) = Xn∧T − X0 .
k=1 k=1
k
X k
X
XT = XT 1{T =i} = Xi 1{T =i} .
i=0 i=0
Ainsi,
k
X
|XT | ≤ |Xi |1{T =i}
i=0
Xk
≤ |Xi | ∈ L1 (Ω, F, P).
i=0
38 CMMA
Chapitre 3. MARTINGALES ET FILTRATIONS
k
X k
X
E XT 1{T =i} ≤ E Xk 1{T =i} .
i=0 i=0
En effet, les i sont inférieurs à k et X est une sous-martingale (on a en fait utilisé la
propriété de sous-martingale). On en déduit que
k k
" # " #
X X
E XT 1{T =i} ≤ E Xk 1{T =i} .
i=0 i=0
Pk
Or, i=0 1{T =i} = 1, donc
(ii) Si X est une sur-martingale, on applique (i) à −X, et on rétablit les inégalités en multipliant
par −1.
(iii) Si X est un martingale, on a les inégalités des points (i) et (ii), qui ensemble deviennent
un égalité.
Contre-exemple. La propriété est fausse sans l’hypothèse que T est bornée. Par exemple, si
les Xi sont indépendantes identiquement distribuées selon une loi de Rademacher de paramètre
1/2, si S0 = 0,
n
X
Sn = Xi ,
i=1
{T ≥ n} ⊂ {X1 = · · · = Xn = 1}.
Ainsi,
n
1
P(T ≥ n) ≥ P(X1 = · · · = Xn = 1) = .
2
Théorème 3.5.1 (d’arrêt faible). Soit (Xn )n≥0 une sous-martingale et T un temps d’ar-
rêt. Supposons que (Xn )n et T vérifient l’une des trois conditions suivantes.
(i) T est bornée.
(ii) X est bornée, i.e qu’il existe un K > 0 tel que pour tout n ≥ 0, |Xn | ≤ K, et T est
finie presque sûrement.
(iii) E[T ] < ∞, et il existe K > 0 tel que pour tout n ∈ N, |Xn+1 − Xn | ≤ K presque
sûrement.
Alors XT est intégrale, et E[XT ] ≥ E[X0 ]. De plus, si X est une martingale, alors sous (i),
(ii), ou (iii), XT est intégrable, et E[XT ] = E[X0 ]. Enfin, si X est une sur-martingale,
alors sous (i), (ii), (iii), ou sous la condition
(iv) Xn est positive pour tout n ∈ N et T est finie presque sûrement.
alors XT est intégrable et E[XT ] ≤ E[X0 ].
CMMA 39
3.5. Martingale arrêtée
E[X0 ] ≤ E[XT ∧n ]
et on passe à la limite lorsque n tend vers l’infini. En effet, XT ∧n −−−→ XT presque
n→∞
sûrement car T est finie presque sûrement. Ainsi,
∞ ∞ ∞
!
X X X
|XT | ≤ |XT |1{T =i} ≤ |Xi |1{T =i} ≤ K 1{T =i} = K.
i=0 i=0 i=0
En passant à la limite dans l’inégalité E[X0 ] ≤ E[XT ∧n ], on en déduit que E[XT ] ≥ E[X0 ].
(iii) On applique encore une fois le point (i) à T ∧ n, qui est un temps d’arrêt borné. Alors,
E[XT ∧n ] ≥ E[X0 ].
Or, XT ∧n −−−→ XT car T intégrable donc finie presque sûrement. On a
n→∞
T
X ∧n
XT ∧n − X0 = (Xk − Xk−1 )
k=1
et donc
T
X ∧n
|XT ∧n − X0 | ≤ |Xk − Xk−1 | ≤ K(T ∧ n) ≤ KT.
k=1
Bilan, XT ∧n −X0 −−−→ XT −X0 presque sûrement, et XT ∧n −X0 est dominée indépendant
n→∞
de n. Par convergence dominée,
Or, E[XT ∧n − X0 ] est une quantité positive car E[XT ∧n ] ≥ E[X0 ]. On en déduit que
E[XT − X0 ] ≥ 0. De plus,
E[XT ∧n ] ≤ E[X0 ]
donc XT ∧n −−−→ XT car T est finie. Ainsi,
n→∞
40 CMMA
Chapitre 3. MARTINGALES ET FILTRATIONS
h i
E[XT ] = E lim XT ∧n
n→∞
≤ lim E[XT ∧n ] (lemme de Fatou)
n→∞
≤ E[X0 ].
De plus, XT ≥ 0, et E[X0 ] < ∞, donc XT est intégrable.
Xn = Mn + An .
Or, Mn = Xn − An . Ainsi les suites (Mn )n et (An )n sont uniquement déterminées par (Xn )n . Il
suffit donc de s’assurer ces suites ainsi définies sont telles que (An )n est prévisible et (Mn )n est
un martingale. Soit n ∈ N∗ , alors
Remarque. Par convexité de x 7−→ x2 , si X est un martingale alors X 2 = (Xn2 )n est une
sous-martingale qui se décompose selon Doob sous la forme
Xn2 = Mn + An
avec (Mn )n une martingale et (An )n une suite prévisible croissante.
CMMA 41
3.6. Décomposition de Doob
En effet, le calcul montre que E[(Xk − Xk−1 )2 |F k−1 ] = E[Xk2 |Fk−1 ] − Xk−1
2 .
Proposition 3.6.1. Soit X une martingale L2 (i.e que les Xn sont L2 ). Alors, la suite
X est bornée dans L2 si et seulement si E[hX, Xi∞ ] < ∞.
X 2 = X + hX, Xi .
En arrêtant,
(X 2 )T = (M + hX, Xi)T .
Or,
(X T )2 = M T + hX, XiT .
(X T )2 est une sous-martingale, M T est une martingale en tant que martingale arrêtée, et hX, XiT
est une suite prévisible croissante. Par unicité de la décomposition de Doob, on en déduit le
résultat.
42 CMMA
Chapitre 4
Convergences de martingales
X n = max Xk .
0≤k≤n
Proposition 4.1.1 (Inégalité maximale de Doob). Pour toute sous-martingale (Xn )n≥0 ,
n ∈ N, et x > 0,
h i
E Xn 1{X n ≥x} E[Xn+ ]
P(X n ≥ x) ≤ ≤ .
x x
E[XT ] ≤ E[Xn ],
Or, sur Ac on a X n < x, donc S < n et T = n. Ainsi, E[XT 1Ac ] = E[Xn 1Ac ]. On a donc
E[XT 1A ] ≤ E[Xn 1A ].
Sur A, on X n ≥ x, T = S, et XT = XS ≥ x. On a donc
Remarque. Lorsque (Xn )n est une martingale, (|Xn |)n est une sous-martingale. De ce fait, on
déduit le corollaire suivant.
Démonstration. (Sn )n est une martingale, donc (Sn2 )N est une sous-martingale pour laquelle
l’inégalité maximale de Doob conclut que
var(Sk )
P(|Sk | ≥ x) ≤ ≤ var(Sn )
x2
dès lors que k ≤ n et x > 0. Ainsi,
var(Sn )
max P(|Sk | > x) ≤
k≤n x2
et donc que
n
!
[
max P(|Sk | ≥ x) ≤ P {|Sk | ≥ x} = P max |Sk | ≥ x .
k≤n k≤n
k=1
Proposition 4.1.3. Soit (Xn )n une sous-martingale avec X0 ≥ 0 et soit p > 1. Alors,
p
p p
E[X n ] ≤ E[(Xn+ )p ].
p−1
44 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
"Z #
X n ∧M
E[(X n ∧ M )p ] = E pxp−1 dx
0
Z M
= E 1{X n ≥x} pxp−1 dx
0
Z M
= E[1{X n ≥x} ]pxp−1 dx.
0
Ainsi,
Z M
p
E[(X n ∧ M ) ] ≤ pxp−2
0
Z M
= E Xn+ p 1{X n ≥x} x p−2
dx
0
" #
Z M ∧X n
= E Xn+ p xp−2 dx
0
p
= E Xn+ (M ∧ X n )p−1 .
p−1
p
Par l’inégalité de Hölder avec l’indice α = p−1 (on note β son conjugué), on a
p 1 α 1
E[(X n ∧ M )p ] ≤ E[(Xn+ )β ] β E[(M ∧ X n )(p−1) ] α .
p−1
p 1
1− 1
E[X n ∧ M )p ] ≤ E[(Xn+ )p ] p E[(M ∧ X n )p ] p .
p−1
En simplifiant, on a.
p
p p
E[X n ∧ M ) ] ≤ E[(Xn+ )p ].
p−1
p
p
lim E[(M ∧ X n )p ] = E lim M ∧ X n = E[X n ].
n→∞ M →∞
CMMA 45
4.1. Inégalités de martingales
et
2
E sup |Xk | ≤ 4E [hX, Xi∞ ] .
n≥0
Démonstration.
2 2
E sup |Xk | = E lim max |Xk |
n≥0 n→∞ k≤n
2
= lim E max |Xk |
n→∞ k≤n
(On remarquera qu’on a utilisé le théorème de convergence monotone pour faire sortir puis
rentrer la limite en n).
46 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
n−1
[ n−1
[ n−1
[
{N2 = n} = ({N1 = j} ∩ {N2 = n}) = {N1 = j} ∩ {Xk < b} ∩ {Xn ≥ b} .
j=1 j=1 k=j+1
De cet égalité, on en déduit que N2 est un temps d’arrêt. Supposons maintenant que Np est un
temps d’arrêt pour tout p ≤ 2k. Montrons que N2k+1 et N2k+2 en sont aussi. On a
n−1
[ n−1
[ n−1
\
{N2k+1 = n} = {N2k = j} ∩ {N2k+1 = n} = {N = j} ∩ {Xl > a} ∩ {Xn ≤ a} .
| 2k{z } | {z } | {z }
j=1 j=1 l=j+1 ∈F ⊂F
∈Fj ⊂Fn−1 l n ∈Fn
Comme XN2k−1 ≤ a et XN2k ≥ b, entre les dates N2k−1 et N2k , la suite (Xn )n≥0 monte
exactement une fois d’au dessous de a vers au dessus de b. En notant Un ([a, b]) le nombre de
montées d’au dessous de a à au dessus de b pour les Xk avec 1 ≤ k ≤ n, on a
Théorème 4.1.1. Pour une sous-martingale X, on a pour tout a < b des réels,
E[(Xn − a)+ ]
E[Un ([a, b])] ≤ .
b−a
CMMA 47
4.1. Inégalités de martingales
car tous les termes dans l’espérance de la dernière ligne sont positifs. Le lemme précédent
nous assure donc que
n
X N1
X
Yk (Xk − Xk−1 ) = Yk (Xk − Xk−1 ) = XN1 − X1 .
k=2 k=2
48 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
(ii) Si Un ([a, b]) > 0, i.e qu’il y a au moins un montée, on distingue encore deux cas. Si N1 > 1,
alors Yk = 1 pour tout k ∈ [[1, N1 ]], Yk = 0 pour tout k ∈ [[N1 + 1, N2 ]], et par définition de
N1 , on a XN1 ≤ a et X1 > a puisque N1 > 1. Alors,
n
X N1
X n
X
Yk (Xk − Xk−1 ) = (Xk − Xk−1 ) + Yk (Xk − Xk−1 ).
k=2
|k=2 {z } k=N2 +1
XN1 −X1 <0
On en déduit que
n
X n
X
Yk (Xk − Xk−1 ) ≤ Yk (Xk − Xk−1 ).
k=2 k=N2 +1
n
X
Yk (Xk − Xk−1 ) = (XN3 − XN2 ) +0
| {z }
k=N2 +1
≤a−b
+ (XN5 − XN4 ) +0
| {z }
≤a−b
+ ···
Xn
+ (XN2t+1 − XN2t ) + Yk (Xk − Xk−1 ) .
| {z } k=N +1
2k+1
≤a−b | {z }
0
n
X
Yk (Xk − Xk−1 ) = (XN3 − XN2 ) +0
| {z }
k=N2 +1
≤a−b
+ (XN5 − XN4 ) +0
| {z }
≤a−b
+ ···
Xn
+ (XN2t0 +1 − XN2t0 ) + Yk (Xk − Xk−1 ) .
} k=N
2k+1 +1
| {z
≤a−b | {z }
Xn −XN
2t0
CMMA 49
4.2. Convergence presque sûre de martingale
n
X
Yk (Xk − Xk−1 ) ≤ t0 (a − b) + (Xn − a)+ ≤ (a − b)Un ([a, b]) + (Xn − a)+ .
k=N2 +1
Théorème 4.2.1 (condition nécessaire presque sûre de sous-martingale). Soit (Xn )n une
sous-martingale telle que
Alors, (Xn )n converge presque sûrement vers une variable aléatoire X intégrable.
Démonstration. Soient a < b des réels. Puisque Un ([a, b]) est croissante en n, on note sa limite
(on peut remplacer la limite par un supremum puisque la suite est croissante). Par le théorème
de convergence monotone et selon l’inégalité sur le nombre de montée, on a
1
E[U∞ [(a, b)]] = sup E[Un ([a, b])] ≤ sup E[(Xn − a)+ ].
n∈N | {z } b − a n≥0
1
≤ b−a E[(Xn −a)+ ]
En effet, dans le premier évènement, {lim inf n→∞ Xn < a} signifie que les Xn passent une infinité
de fois sous a, et {b < lim supn→∞ Xn } signifie que les Xn passent une infinité de fois au dessus
de b. On en déduit que l’évènement
lim inf Xn < a < b < lim sup Xn
n→∞ n→∞
50 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
presque sûrement et donc que (Xn )n converge presque sûrement. Notons X sa limite. On a
h i
E[Xn+ ] = E lim Xn+
n→∞
Or, E[Xn− ] = E[Xn+ ] − E[Xn ], et E[Xn ] ≥ E[X1 ] car (Xn )n est une sous-martingale. On a donc
E[Xn− ] ≤ E[Xn+ ] − E[X1 ]. Ainsi,
h i
E[Xn− ] = E lim Xn−
n→∞
Corollaire 4.2.1. Soit (Xn )n une martingale (ou une sous-martingale, ou une sur-
martingale) telle que
alors (Xn )n converge presque sûrement vers une variable aléatoire X intégrable.
Démonstration. Pour tout n ≥ 0, Xn+ ≤ |Xn |. L’hypothèse assure celle du théorème précédent
lorsque X est une sous-martingale. Le corollaire est donc vrai pour une martingale (qui est aussi
une sous-martingale). Pour une sur-martingale, on considère (−Xn )n qui est une sous-martingale
vérifiant les hypothèses du théorème précédent, et alors (−Xn )n converge presque sûrement vers
une variable aléatoire intégrable.
Corollaire 4.2.2. Soit (Xn )n une sur-martingale positive, i.e que Xn ≥ 0 pour tout
n ∈ N, alors (Xn )n converge presque sûrement vers une variable aléatoire X telle que
E[X] ≤ E[X0 ].
X = lim Xn .
n→∞
CMMA 51
4.3. Convergence L1 de martingale
Alors,
h i
E[X] = E lim inf Xn
n→∞
≤ E[X0 ]
(la dernière inégalité étant justifiée par le fait que (Xn )n est une sur-martingale).
Attention. Les martingales que l’on manipule converge presque sûrement vers des variables
aléatoires, mais en aucun cas nous n’avons affirmé que la convergence pouvait être L1 . Par
exemple, si (Xn )n est i.i.d de loi 21 δ−1 + 12 δ1 . Alors, si S0 = 1 et Sn+1 = Sn + Xn+1 pour tout
n ≥ 0, et
T = inf{n ≥ 1 | Sn = 0}.
La variable T est un temps d’arrêt. En posant Yn = SnT = Sn∧T pour tout n ≥ 0, alors Y reste
une martingale car c’est une martingale arrêtée positive. Ainsi, Y converge presque sûrement
vers une certaine variable Y∞ . On a Y∞ = 0, car Yn est à valeurs dans N et si Yn = k, alors Yn+1
vaut soit k + 1, soit k − 1. Pour converger, il faut que Y atteigne 0. Sur {T = ∞}, il n’y a pas
convergence. En effet,
|Yn+1 − Yn | = |Sn+1 − Sn | = 1,
donc la suite (Yn )n n’est pas de Cauchy, donc pas convergente en L1 . Ainsi, T < ∞ presque
sûrement, et il n’y a pas de convergence L1 car si elle avait lieu, on aurait
Définition 4.3.1. Une suite de variables aléatoires intégrables (Xi )i∈I est dite unifor-
mément intégrable si
Exemples.
— Si card I = 1 ou card I < ∞, c’est toujours le cas.
— S’il existe Z ∈ L1 (Ω, F, P) une variable aléatoire telle que pour tout i ∈ I, |Xi | ≤ Z, alors
(Xi )i∈I est uniformément intégrable.
— S’il existe δ > 0 tel que
52 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
Proposition 4.3.1 (critère d’uniforme intégrabilité). Une famille (Xi )i∈I est uniformé-
ment intégrable si et seulement si
(i) pour tout ε > 0, il existe η > 0 tel que pour tout A ∈ F,
(ii) et
Théorème 4.3.1 (Vitali). Soit (Xn )n une suite variables aléatoires intégrables. Alors,
les assertions suivantes sont équivalentes.
(i) (Xn )n converge en L1 .
(ii) (Xn )n converge en probabilité et (Xn )n est uniformément intégrable.
(E[X|G]) G⊂F
sous-tribu
Définition 4.3.2. Une (Fn )n -martingale (Xn )n est dite fermée s’il existe une variable
aléatoire L1 (Ω, F, P) telle que pour tout n ∈ N,
Xn = E[X|Fn ].
CMMA 53
4.3. Convergence L1 de martingale
donc
Notation. On note
!
_ [
Fn = σ Fn .
n∈N n∈N
On notera généralement cette tribu F∞ . Dans la suite, W lorsque l’on affirmera que Fn croît en
l’infini vers F∞ si (Fn )n est une filtration avec F∞ = n∈N Fn .
Théorème 4.3.3. Soit (Fn )n une filtration croissant vers F∞ et X ∈ L1 (Ω, F, P). Alors,
p.s,L1
E[X|Fn ] −−−−→ E[X|F∞ ].
n→∞
Démonstration. On pose Xn = E[X|Fn ]. Alors, la suite (Xn )n est une martingale fermée donc
est uniformément intégrable et converge presque sûrement et en L1 . Notons Z sa limite. Alors,
Z est une variable aléatoire F∞ mesurable car Z est limite de (Xn )n et Xn est F∞ -mesurable
pour tout n ≥ 0. Soit A ∈ Fn , on a.
L1 S
puisque Xn −−−→ Z. Ainsi, pour tout A ∈ n≥0 Fn , E[X1A ] = E[Z1A ]. Soit
n→∞
M = {A ∈ F | E[X1A ] = E[Z1A ].
S S
Nous avons monté que n∈N Fn ⊂ M, et n∈N Fn est un π-système (il est stable par intersection
car (Fn )n est une filtration). De plus, M est une classe monotone. En effet,
— Ω ∈ M car E[X] = E[Z] ;
— M est stable par différence symétrique : pour tout A, B ∈ M avec A ⊂ B, on a
E[X1B\A ] = E[X(1B − 1A )]
= E[X1B ] − E[X1A ]
= E[Z1B ] − E[Z1A ]
= E[Z(1B − 1A )] = E[Z1B\A ];
54 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
h i h i
E X1Sn∈N An = E X lim 1An
n→∞
= lim E[X1An ]
n→∞
= lim E[Z1An ]
n→∞
h i
= E Z1Sn∈N An ,
S
donc n∈N An est élément de M.
Par le théorème de classe monotone, on a
!
_ [
F∞ = Fn = σ Fn = M,
n∈N n∈N
donc pour tout A ∈ F∞ , E[X1A ] = E[Z1A ], ce qui signifie exactement que Z = E[X|F∞ ].
Proposition 4.3.2 (Loi du 0-1 de Lévy). Soit (Fn )n une filtration croissant vers F∞ .
Alors, pour tout A ∈ F∞ ,
p.s,L1
E[1A |Fn ] −−−−→ 1A .
n→∞
On a aussi la loi du 0-1 de Kolmogorov qui concerne la tribu asymptotique d’une suite de
variables aléatoires indépendantes (Xn )n . On appelle tribus du futur les tribus
Proposition 4.3.3 (loi du 0-1 de Kolmogorov). Pour des variables aléatoires (Xn )n
indépendantes, la tribu asymptotique est triviale. Ainsi, pour tout A ∈ F (∞) , P(A) ∈ {0, 1}.
Pour tout n ≥ 1 et A ∈ F (∞) . Alors, (X0 , . . . , Xn ) est indépendant de 1A car F (∞) ⊂ F (n+1) .
Ainsi,
CMMA 55
4.3. Convergence L1 de martingale
On en déduit que
Théorème 4.3.4 (convergence dominée pour l’espérance conditionnelle). Soit (Fn )n une
filtration croissant vers F∞ . Soit (Xn )n une suite de variables aléatoires convergeant
presque sûrement vers une variable aléatoire X, et telle qu’il existe Z une variable aléatoire
intégrable aléatoire telle que |Xn | ≤ Z pour tout n ∈ N. Alors,
p.s
E[Xn |Fn ] −−−→ E[X|F∞ ].
n→∞
On a donc
Or, (WN )N tend vers 0 presque sûrement de manière décroissante, donc (E[WN |F∞ ])N ≥1 décroit
vers une limite U ≥ 0. Puisque WN est intégrable, et (WN )N tend vers 0, on a (E[WN ])N tend de
manière décroissante vers 0. De plus, pour tout N ∈ N, E[WN |F∞ ] ≤ 2E[Z|F∞ ] ∈ L1 (Ω, F, P).
Par convergence dominée,
Ainsi, E[U ] = 0 donc U = 0 par positivité. En faisant tendre N vers l’infini dans l’inégalité
0 ≤ lim inf E[|Xn − X||Fn ] ≤ E[WN |F∞ ] ≤ lim sup E[|Xn − X||Fn ] ≤ E[WN |F∞ ] = 0.
n→∞ n→∞
p.s
On en déduit que E[|Xn − X||Fn ] −−−→ 0, donc
n→∞
56 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
Ainsi,
p.s
E[Xn |Fn ] −−−→ E[X|F∞ ].
n→∞
Alors,
p.s,L1
Xn −−−−→ X.
n→∞
Dans le cas où (Xn )n est une martingale, alors la convergence est aussi Lp vers X avec
E[X] = E[Xn ] pour tout n ≥ 0.
Démonstration. On a supn≥1 E[|Xn |p ] < ∞ donc (Xn )n est uniformément intégrable puisque
p > 1, on a donc la convergence L1 . De plus, l’inégalité de Hölder donne que supn≥1 E[|Xn |] <
∞ donc la convergence est presque sûre. Dans le cas où (Xn )n est une martingale, l’inégalité
maximales des moment de Doob pour p > 1 donne
" # p p
p p p p
E sup |Xk | ≤ E[|Xn | ] ≤ sup E[|Xn |p ] < ∞.
k≤n p−1 p−1 n≥1
Or, (supk≤n |Xk |p )n tend de manière croissante vers supk≥0 |Xk |p lorsque n tend vers l’infini.
Ainsi, on
" # p
p p
E sup |Xk | ≤ sup E[|Xn |p ] < ∞.
k≤0 p−1 n≥1
|Xk − X|p ≤ 2p Z p .
Or 2p Z p est intégrable, et (Xk )k converge presque sûrement donc (|Xk − X|)k converge presque
sûrement vers 0. Par convergence dominée,
donc (Xk )k converge vers X en Lp . Puisque (Xn )n converge en L1 , on a E[X] = E[Xn ] car (Xn )n
est une martingale.
CMMA 57
4.4. Convergence L2 de martingales
lim Xn (ω)
n→∞
existe.
(ii) Si (Xn )n a des accroissements bornés, i.e qu’il existe K > 0 tel que pour tout n ≥ 0,
|Xn+1 − Xn | ≤ K,
alors pour presque chaque ω ∈ Ω tel que limn→∞ Xn (ω) existe dans R, on a
De plus, la suite ASk = (ASk ∧n )n est aussi une suite prévisible. En effet, c’est le compen-
sateur de X Sk car
E[(XnSk )2 ] = E[ASk ∧n ] ≤ k
car ASk ∧n ≤ ASk ≤ k par définition de Sk . Ainsi, (XnSk )n est bornée L2 donc ans L1 , d’où
la convergence presque sûre de X Sk . Puisque
[
{A∞ < ∞} = {Sk = ∞},
k≥0
pour tout ω ∈ Ω tel que hX, Xi∞ (ω) = A∞ (ω) < ∞, il existe k(ω) tel que Sk(ω) (ω) = ∞.
Pour un tel ω, on a Sk(ω) (ω) = ∞ et donc X Sk (ω) = X converge.
58 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
(ii) On montre que la convergence de (Xn (ω))n dans R implique que hX, Xi∞ (ω) < ∞. Par
l’absurde, on suppose que que
P A∞ = ∞, sup |Xn | < ∞ > 0.
n≥0
Soit
On a
P(A∞ = ∞, Tc = ∞) = P A∞ = ∞, sup |Xn | < c > 0.
n≥0
Or,
lim P A∞ = ∞, sup |Xn | < c = P A∞ = ∞, sup |Xn | < c .
c→∞ n≥0 n≥0
P (A∞ = ∞, Tc = ∞) > 0.
Par le théorème d’arrêt avec Tc ∧ n ≤ n appliqué à X 2 − A, on a
Conséquence. Si X est une martingale L2 et hX, Xi∞ < ∞ alors (Xn )n converge presque
sûrement.
Xn p.s
−−−→ 0.
hX, Xin n→∞
Pn
Remarque. Soient (Yn )n des variables i.i.d de carrés intégrables, et soit Sn = i=1 Yi . Alors,
Sn p.s
−−−→ E[Y1 ]
n n→∞
(c’est la loi des grands nombres forte L2 ). En effet, en notant Zi = Yi − E[Yi ] et Sn0 = ni=1 Zi ,
P
alors (Sn )n est une martingale (S00 = 0) avec hS 0 , S 0 in = n var(Z). D’après la loi des grands
nombres pour les martingales, on a
CMMA 59
4.4. Convergence L2 de martingales
Ainsi,
Sn0 Sn − nE[Y1 ]
0 0
=
hS , S in n var(Y1 )
donc
Sn p.s
−−−→ E[Y1 ].
n n→∞
Démonstration (de la loi des grands nombres martingale). Soit Hn = (1 + hX, Xin )−1 pour tout
n ∈ N. La suite (Hn )n est prévisible. On s’intéresse à W = H · X avec W0 = 0. On a pour tout
n≥1
n
X Xk − Xk−1
Wn = (H · X)n = .
1 + hX, Xik
k=1
(Xn − Xn−1 )2
hW, W in − hW, W in−1 = E |Fn−1
(1 + hX, Xin )2
1
E (Xn − Xn−1 )2 |Fn−1 .
= 2
(1 + hX, Xin ) | {z }
= hX,Xin −hX,Xin−1
1
En effet, (1+hX,Xin )2
est Fn−1 -mesurable. On en déduit que
1 1
hW, W in − hW, W in−1 = − .
(1 + hX, Xin−1 )2 (1 + hX, Xin )2
Ainsi, en sommant,
n
X 1 1
hW, W in = (hW, W ik − hW, W ik−1 ) ≤ − ≤1
1 + hX, Xi0 1 + hX, Xin
k=1
(la dernière égalité est due au fait que hX, Xin ≥ 0). On a donc hW, W i∞ ≤ 1 donc la martingale
W converge presque sûrement. Ainsi, la suite
n
!
X Xk − Xk−1
1 + hX, Xik
k=1
60 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
Lemme 4.4.1 (Kronecker). Soit E un espace vectoriel normé, (xn )n≥1 une suite d’élé-
ments de E, et (an )n≥1 une suite de réels positifs croissante vers l’infini. On suppose que
la suite
n
!
X xk
ak
k=1 n≥1
converge. Alors,
n
1 X
xk −−−→ 0.
an n→∞
k=1
Pk xi
Démonstration. Soit Sk = i=1 ai . On a
n
X n
X
xk = ak (Sk − Sk−1 )
k=1 k=1
xk
car ak = Sk − Sk−1 . On a donc
n
X n−1
X
xk = (ak − ak+1 )Sk + an Sn .
k=1 k=1
On a donc
n n−1
1 X 1 X
ak = (ak − ak−1 )Sk + Sn .
an an
k=1 k=1
n
1 X p.s
(Xk − Xk1 ) = hXn , 1 + hX, Xin i −−−→ 0.
1 + hX, Xin n→∞
k=1
CMMA 61
4.5. Théorèmes d’arrêt
Théorème 4.4.2 (théorème central limite pour les martingales). Soit X une martingale
L2 . On suppose qu’il existe (an )n une suite de réels positifs croissante vers l’infini telle
que
(i) Il existe l ∈ R∗ tel que
hX, Xin P
−−−→ l ;
an n→∞
Xn L
−−−→ N (0, 1).
hX, Xin n→∞
Remarque. Ce théorème central limite couvre le théorème central limite habituel pour les va-
riables [Link]ées de carrés intégrables. En effet, si (Yn )n est une famille de telles variables, alors
(Sn )n = ( nk=1 Yi )n (avec S0 = 0) est une martingale L2 , et hS, Sin = n var(X1 ). L’hypothèse
(i) est vérifiée avec an = n. De plus, on a
Sn L
p −−−→ N(0, 1).
n var(X1 ) n→∞
62 CMMA
Chapitre 4. CONVERGENCES DE MARTINGALES
Par le théorème d’arrêt avec le temps d’arrêt avec le temps d’arrêt borné T ∧ n ≤ n, on a
(car (Xn )n est uniformément intégrable). AInsi, (XT ∧n )n converge presque sûrement vers XT et
XT est L1 . Soit c > 0,
E[|XT ∧n |1{XT ∧n >c} ] = E[|XT |1{XT >c} 1{T ≤n} ] + E[|Xn |1{Xn >c} 1{T >n} ] .
| {z } | {z }
≤ E[|XT |1{XT >c} ] ≤ E[|Xn |1{Xn >c} ]
Or, E[|XT |1{XT >c} ] tend vers 0 lorsque c tend vers l’infini par convergence dominée puisque
XT est intégrable, et E[|Xn |1{Xn >c} ] tend aussi vers 0 lorsque c tend vers l’infini car X est
uniformément intégrable. Ainsi,
sup E[|XT ∧n |1{XT ∧n >c} ] ≤ sup(E[|XT |1{XT >c} ] + E[|Xn |1{Xn >c} ]) −−−→ 0.
n≥1 n≥1 c→∞
Proposition 4.5.2. Soit (Xn )n une sous-martingale uniformément intégrable. Alors, pour
tout temps d’arrêt T ,
Démonstration. On montre le résultat dans le cas d’une sous-martingale. Soit (Xn )n une sous-
martingale uniformément intégrable convergente presque sûrement et L1 vers X∞ une variable
aléatoire intégrable. Soit n ∈ N. Alors, 0 ≤ T ∧ n ≤ n est un temps d’arrêt borné. On a par le
théorème d’arrêt dans le cas borné,
Or, E[Xn ] −−−→ E[X∞ ] car (Xn )n converge en L1 . On a vu précédemment que (XT ∧n )n est une
n→∞
sous-martingale uniformément intégrable donc elle converge presque sûrement et L1 vers XT .
Ainsi, E[XT ∧n ] −−−→ E[XT ]. On conclut en faisant tendre n vers l’infini dans l’inégalité
n→∞
Théorème 4.5.1 (théorème d’arrêt de Doob). Soit (Xn )n une sous-martingale unifor-
mément intégrable, et S et T des temps d’arrêts tels que S ≤ T . Alors, E[XS ] ≤ E[XT ] et
XS ≤ E[XT |FS ] presque sûrement.
CMMA 63
4.5. Théorèmes d’arrêt
Remarques.
— On a vu que la propriété de sous-martingale s’écrit aussi “Xk ≤ E[Xn |Fk ]” pour tout k ≤ n.
Le résultat XS ≤ E[XT |FS ] presque sûrement n’est donc pas surprenant.
— Pour une sur-martingale (Xn )n uniformément intégrable, on a dès lors que S ≤ T que
— Pour une martingale (Xn )n uniformément intégrable, on a dès lors que S ≤ T que
{U ≤ n} = ({S ≤ n} ∩ |{z} Ac ) ∈ Fn .
A ) ∪ ({T ≤ n} ∩ |{z}
∈FS ∈FS ⊂FT
| {z } | {z }
∈Fn ∈Fn
Puisque U ≤ T , la première inégalité (déjà montrée) assure que E[XU ] ≤ E[XT ]. On a donc que
E[(Z − XS )1A ] ≥ 0
mais par le choix de A, on a Z − XS ≤ 0 donc E[(Z − XS )1A ] = 0. Ainsi, (Z − XS )1A = 0
presque sûrement car cette variable aléatoire est de signe constant et d’espérance nulle. Or sur
A, (Z − XS )1A < 0. Ainsi, A est négligeable donc on en déduit que XS ≤ Z presque sûrement.
64 CMMA
Chapitre 5
Dynamique markovienne
On considère un système qui peut être dans un nombre au plus dénombrable d’états. L’en-
semble de ces états sera noté E, appelé espace d’états. E sera possiblement de la forme [[1, n]],
E = N, ou E ⊂ N. On suppose le système observé à des dates n ∈ N, et l’état du système à la
date n est décrit par Xn . Pour étudier le système aléatoire (Xn )n≥0 , il est nécessaire des faire
des hypothèses sur les variables Xn . La propriété la plus simple est l’indépendance des variables
aléatoires Xn , mais une telle hypothèse s’avère trop restrictive pour être intéressante. En fait, de
nombreux systèmes évoluent au cours du temps de la façon suivante : le système à un date n + 1
ne dépend que des valeurs précédentes Xk pour k ≤ n, qu’à travers n. Une telle façon d’évoluer
dans le temps est appelée propriété de Markov et un tel système est dit markovien.
Exemple. Prenons l’exemple simple d’un système markovien (ou chaîne de Markov) prenant
deux valeurs (généralement 0 et 1). On considère une machine qui soit fonctionne (état 1), soit
est en panne. Chaque jour (n), l’état de la machine est décrit par Xn ∈ {0, 1}. On suppose que
— si la machine est panne le jour n, elle est réparée et fonctionne le jour n + 1 avec probabilité
p;
— si la machine fonctionne le jour n, il y a une probabilité q qu’elle tombe en panne et ne
fonctionne pas le jour n + 1.
p
1−p 0 1 1−q
q
On en déduit que
q p
Remarque. Si µ0 (0) = p+q et µ0 (1) = p+q , alors selon nos calculs dans le cas général, on a
q p
P(Xn = 0) = et P(Xn = 1) = .
p+q p+q
q p
Ainsi, µn = µ0 pour tout n ≥ 0. On dit que la loi asymptotique p+q , p+q est une loi invariante
(ou stationnaire).
Approche matricielle. Soit µn = (P(Xn = 0), P(Xn = 1)) pour tout n ∈ N. Soit la matrice
1−p p
P = .
q 1−q
Le vecteur colonne (1, 1)T est vecteur propre de P associé à la valeur propre 1. Ainsi, on trouve
que Sp(P ) = {1, 1 − p − q}. Soit alors
1−p 0
D= .
0 1−p−q
1 est valeur propre dont un vecteur propre est (1, 1)T et 1 − p − q admet comme vecteur propre
(p, −q)T . Ainsi, un matrice de passage pour diagonaliser P est
1 p
A= ,
1 −q
et
−1 1 q p
A = .
p+q 1 −1
(1 − p − q)n p −q
n 1 0 −1 1 q p
P =A A = + .
0 (1 − p − q)n p+q q p p+q −q p
66 CMMA
Chapitre 5. DYNAMIQUE MARKOVIENNE
Définition 5.1.1. Soient (E, E) et (F, F) deux espaces mesurables. On appelle noyau de
probabilité de E dans F toute application
ν : E × F −→ [0, 1]
telle que
(i) pour tout x ∈ E, ν(x, · ) est un probabilité sur (F, F) ;
(ii) pour tout A ∈ F, ν( · , A) est une fonction mesurable sur (E, E).
Définition 5.1.2. On appelle matrice stochastique sur E toute famille (P (x, y))x,y∈E des
réels positives tels que
(i) pour tout x, y ∈ E, 0 ≤ P (x, y) ≤ 1 ;
(ii) pour tout x ∈ E,
X
P (x, y) = 1.
y∈E
Bien évidemment, une matrice stochastique peut être vue comme une. . . matrice (infinie).
Remarque. Dans notre cas, la donnée d’une matrice stochastique est équivalente à la donnée
d’une noyau de probabilité. Étant donné une matrice stochastique P , la formule
X
ν(x, A) = P (x, y)
y∈A
Notations.
— Si f : E −→ R est une fonction, on note P f la fonction
P f : E −→ RX
x 7−→ P (x, y)f (y).
y∈E
On interprète les fonctions f comme des vecteurs colonnes. Alors, on peut écrire
(P f ) = (P )(f ).
On peut aussi écrire pour tout x ∈ E, P f (x) = EP (x, · ) [f ].
CMMA 67
5.2. Exemples de chaînes Markov
— Soit µ une mesure sur E. On interprète µ comme un vecteur ligne et on définit µP par
X
µP (y) = µ(x)P (x, y)
x∈E
(µP ) = (µ)(P ).
P Q est une matrice stochastique. Dans la suite, on notera (Pn )n la suite définie par
P0 (x, y) = 1x=y , P1 = P , et Pn = P n pour tout n ∈ N∗ .
P(X0 = x0 , X1 = x1 , . . . , Xn = xn ) 6= 0,
alors pour tout y ∈ E,
P(X0 = x0 , X1 = x1 , . . . , Xn = xn ) 6= 0,
alors pour tout y ∈ E,
68 CMMA
Chapitre 5. DYNAMIQUE MARKOVIENNE
Exemple 2. Marche aléatoire sur Zd . Soit (Xn )n une suite de variables aléatoires i.i.d de loi
n
µ sur Zd . On considère (Sn = i=0 Xi )n appelée marche aléatoire de position initiale X0 de pas
P
de loi µ. Ici, (Sn )n est une chaîne de Markov de matrice stochastique P (x, y) = µ(y − x). On
a en fait
= P(Xn+1 = y − xn )
= µ(y − xn ).
De même,
???
Proposition 5.3.1. Soit (Xn )n une chaîne de Markov. Alors (Xn )n est de matrice
stochastique P si et seulement si pour tout n ∈ N et pour tout x0 , . . . , xn ∈ E, on a
Cette propriété donne un lien entre propriété de Markov, et probabilité initiale et dynamique
de transition.
CMMA 69
5.3. Probabilités trajectorielles
P(X0 = x, Xn = y)
Pn (x, y) = P(Xn = y|X0 = x0 ) = .
P(X0 = x)
Or, on a la partition
G
{X0 = x, Xn = y} = {X0 = x, X1 = x1 , . . . , Xn−1 = xn−1 , Xn = y}.
xk ∈E
1≤j≤n−1
On a donc que
70 CMMA
Chapitre 5. DYNAMIQUE MARKOVIENNE
Ainsi,
X
Pn (x, y) = P (x, x1 )P (x1 , x2 ) · · · P (xn−1 , y) = P n (x, y).
xk ∈E
1≤j≤n−1
Autrement dit, Pn = P n .
µn = (P(Xn = x))x∈E ,
alors
X
P(Xn = y) = P(X0 = x)Pn (x, y).
x∈E
Ainsi, µn = µ0 P n. De plus,
X
P(Xn = y) P(Xn+1 = x)P (x, y).
x∈E
Ainsi, µn = µn−1 P .
Notation. On note P0 pour indiquer que la loi initiale de la chaîne est µ0 = ν, et Px = Pδx
pour indiquer que la chaîne part de x ∈ E.
CMMA 71
5.3. Probabilités trajectorielles
Proposition 5.3.4 (boîte à outils). Soit X une chaîne de Markov de matrice stochas-
tique P . Lorsque les probabilités conditionnelles sont bien définies, on a les expressions
suivantes.
(i) Pour x1 , . . . , xn , y1 , . . . , ym ∈ E, on a
En effet,
P(Xn+m = ym |X0 = x0 , . . . , Xn = xn )
X
= P(Xn+1 = y1 , . . . , Xn+m = ym |X0 = x0 , . . . , Xn = xn ).
yk ∈E
1≤j≤n−1
Démonstration. C’est pénible, peut-être un jour aurai-je le temps d’écrire cette démonstration.
72 CMMA
Chapitre 5. DYNAMIQUE MARKOVIENNE
Proposition 5.3.5. Soit X0 une variable aléatoire dans E loi ν et (Un )n≥0 une suite
de variables aléatoires i.i.d de loi µ dans F indépendante de X0 . Pour toute fonction
f : E × F −→ E mesurable, alors la suite suite (Xn )n définie récursivement pour tout
n ∈ N par
= P (xn , xn+1 )
(le passage de la première à la seconde ligne étant dû au fait que les (Un )n sont indépendantes
de X0 ). On a donc bien une chaîne de Markov de matrice P .
Pn
Exemple. Marche aléatoire. Soit (Xi )i∈N une suite variables aléatoires i.i.d, et Sn = i=0 Xi
pour tout n ∈ N, et soit la fonction f : R2 → R, (x, y) 7→ x + y. Alors,
Proposition 5.3.6. Une chaîne de Markov homogène à valeurs dans E ⊂ R peut être
vue en loi comme une suite récursive du type Xn+1 = f (Xn , Un+1 ) comme dans la pro-
priété précédente.
Rappel. Soit Z une variable aléatoire de fonction de répartition F . On définit l’inverse géné-
ralisé par
Démonstration. Soit (Xn )n une chaîne de Markov de matrice stochastique P . Il s’agît de trouver
L
une fonction f mesurable et une variable aléatoire U telles que X1 = f (x, U1 ) lorsque X0 = x.
On définit f (x, · ) comme l’inverse généralisé de la fonction de répartition P (x, · ) (qui est la loi
de X sachant X0 = x). Dans notre cas, si U1 suit une loi uniforme sur ]0, 1[, alors f (x, U1 ) ∼ U1
sachant que X0 = x. On définit la suite (Xn )n par récurrence avec
CMMA 73
5.4. Chaîne canonique
X
en+1 = f (X
en , Un+1 )
pour tout n ∈ N, où f (x, · ) est l’inverse généralisé de la fonction de répartition P (x, · ), et (Un )n
est une suite [Link] de loi uniforme sur ]0, 1[. Alors, X
e a pour matrice stochastique
e F,
(Ω, e = ([0, 1], B([0, 1]), λ)
e P)
e F,
et une suite (Un )n i.i.d de loi uniforme sur [0, 1] sur (Ω, e Puisque E est dénombrable, notons
e P).
E = {yn | n ∈ N}, et on construit une chaîne de Markov (Xnx )n≥0 partant de x ∈ E de matrice
stochastique P (donc X0x = x).
Démonstration. Soit (yj )j une énumération de E. Soit (Un )n uniforme i.i.d de loi uniforme sur
[0, 1], X0x = x et pour tout n ∈ N, Xn+1
x = yk avec yk tel que
X X
P (Xnx , yj ) < Un+1 ≤ P (Xnx , yj ).
j≤k j≤k
On a
x
P(Xn+1 = yk |X0x = x, . . . , Xnx = xn )
X X
= P Yn+1 ∈ P (Xnx , yj ), P (Xnx , yj ). X0x = x, . . . , Xnx = x
j≤k j≤k
X X
= P (xn , yj ) − P (xn , yj ) = P (xn , yk ).
j≤k j<k
Puisque la probabilité obtenue ne dépend pas des xk pour k < n, on a établi la propriété de
Markov. On observe d’ailleurs que P est la matrice stochastique de (Xnx )n .
Autre construction. On propose une seconde construction sur l’espace dit canonique de la
chaîne Ω = E N . Sur Ω, on considère la tribu F = C la plus petite tribu rendant mesurables les
applications coordonnées définies par Xn (ω) = ωn pour tout n ∈ N et ω ∈ Ω. En fait, C est la
tribu engendrée par la famille Cyl des cylindres, i.e des ensembles C de la forme
C = {ω ∈ E N | ∀i ∈ [[0, n]] , ωi = xi }
74 CMMA
Chapitre 5. DYNAMIQUE MARKOVIENNE
où n ∈ N, et (xi )0≤i≤n ∈ E n+1 . Montrons donc que C = σ(Cyl). Soit C un cylindre (de forme
donnée ci-dessus). On remarque que
n
\
C= Xi−1 ({xi }) ∈ C
i=0
donc Cyl ⊂ C , donc σ(Cyl) ⊂ C . De plus, chaque application coordonnée Xi est mesurable pour
σ(Cyl). En effet,
Démonstration. Le sens direct est immédiat par composition d’applications mesurables. Pour la
réciproque, on suppose que Xn ◦ ψ est mesurable pour tout n ∈ N. On pose
G = {A ∈ F | ψ −1 (A) ∈ Fe}.
G est une tribu qui contient tous les cylindres. En effet, Xn−1 ({y}) ∈ G pour tout y ∈ E et n ∈ N
car Xn−1 ({y}) ∈ Cyl ⊂ F = C , donc
et est donc élément de G. On en déduit que Cyl ⊂ G, donc que F = σ(Cyl) ⊂ G ⊂ F. On a ainsi
montré que G = F et donc que ψ est mesurable.
e F)
ψx : (Ω, e −→ (Ω, F)
ω̃ 7−→ (Xnx (ω̃))n .
D’après le lemme précédent, ψx est mesurable puisque pour tout n ∈ N, Xn ◦ ψx = Xnx
e ◦ ψ −1 la
est une variable aléatoire donc mesurable. Sur (Ω, F) on considère alors Px = P x
mesure image de P e par ψx . On a {X0 = x} = C0 = {ω ∈ E N | ω0 = x}, donc
CMMA 75
5.5. Propriétés de Markov
e −1 (C0 )) = P((X x e x
P(X0 = x) = Px (C0 ) = P(ψ n )n ∈ C0 ) = P(X0 = x) = 1
e
x
Cn = {ω ∈ Ω | ω0 = x, ω1 = x1 , . . . , ωn = xn } ∈ Cyl .
On a
Px (X0 = x, X1 = x1 , . . . , Xn = xn ) = Px (Cn )
e −1 (Cn ))
= P(ψ x
x
= P((X n ) n ∈ Cn )
e
e x = x, X x = x1 , . . . , X x = xn )
= P(X 0 1 n
= P (x, x1 )P (x1 , x2 ) · · · P (xn−1 , xn ),
ce qui montre que (Xn )n est bien une chaîne de Markov de matrice stochastique P .
— Unicité. Si Px et P0x sont deux mesures de probabilités vérifiant la conclusion du théorème.
Alors, pour tout C ∈ Cyl, Px (C) = P0x (C). Or, Cyl est un π-système donc en vertu du
théorème de classe monotone, Px et P0x coïncident sur σ(Cyl) = F donc sont égales.
P
Remarque. Étant donné une probabilité ν sur E, on définit Pν = x∈E ν({x})Px . C’est une
probabilité sur (Ω, F) = (E N , C ). Sous la probabilité Pν , on a X0 ∼ ν. En effet,
X X
Pν (X0 ∈ A) = ν({x}) Px (X0 ∈ A) = ν({x}) = ν(A).
| {z }
x∈E x∈A
1A (x)
Θk (ω) = (ωn+k )n .
Ex [G ◦ Θn | Fn ] = EXn [G].
De manière équivalente, pour toute fonction F : Ω −→ R Fn -mesurable,
Ex [F × (G ◦ Θn )] = Ex [F EXn [G]].
76 CMMA
Chapitre 5. DYNAMIQUE MARKOVIENNE
Remarque. EXn [G] est la composée de Xn et de x 7→ Ex [G]. EXn [G] est donc une variable
aléatoire σ(Xn )-mesurable (donc Fn -mesurable).
Ey [G] = Py (X0 = y0 , . . . , Xp = yp )
= δy,y0 P (y, y1 )P (y1 , y2 ) · · · P (yp−1 , yp )
et
Ex [F × (G ◦ Θn )] = Ex (1{X0 =x0 ,...,Xn =xn } , 1{Xn =y0 ,Xn+1 =y1 ,...,Xn+p =yp } )
= Px (X0 = x0 , . . . , Xn = xn , Xn = y0 , . . . , Xn+p = yp )
= δx,x0 P (x1 , x2 )P (xn−1 , xn )δxn ,y0 P (yp−1 , yp ).
On a
Ex [F EXn [G]] = Ex [1{X0 =x0 ,...,Xn =xn } δXn ,y0 P (y0 , y1 ) · · · P (yp−1 , yp )]
= Px (X0 = x0 , . . . , Xn = xn ) δxn ,y0 P (y0 , y1 ) · · · P (yp−1 , yp ),
| {z }
δx,x0 P (x,x1 )···P (xn−1 ,xn )
Théorème 5.5.2 (Markov fort). Soit T un temps d’arrêt pour la filtration canonique
(Fn )n de (Xn )n . Alors, pour tout fonction mesurable G : Ω −→ R,
CMMA 77
5.5. Propriétés de Markov
En sommant sur n ≥ 0, on a
Corollaire 5.5.1. Soit T un temps d’arrêt tel que Px (T < ∞) = 1. On suppose qu’il
existe y ∈ N tel que P(XT = y) = 1. Alors, sous Px , la variable ΘT est indépendante de
FT et sa loi est Py .
Ex [G ◦ ΘT ] = Ey [G]
qui une fois réinjecté dans nos calculs permet de dire que Ex [F × (G ◦ ΘT )] = Ex [F ]Ex [G ◦ ΘT ].
Ceci étant vrai pour toutes fonctions bornées FT -mesurable F et G mesurable, ceci montre que
ΘT et FT sont indépendantes sous Px . Enfin, la dernière égalité signifie Px ◦Θ−1 = Py , c’est-à-dire
que ΘT est de loi Py sur E N .
78 CMMA
Chapitre 5. DYNAMIQUE MARKOVIENNE
La propriété de Markov justifie également que pour une chaîne de Markov, passé et futur
sont indépendants sachant le présent.
Remarque. Puisque ΘT est mesurable, {Θ−1 (A) | A ∈ F} est une tribu qui contient les
évènements réalisés après T . C’est une manière adéquate pour remplacer σ((Xk )k≥T ) puisque
{(X1 , . . . , Xn ) ◦ ΘT ∈ B} = {(XT +1 , . . . , XT +n ) ∈ B}.
CMMA 79
5.5. Propriétés de Markov
80 CMMA
Chapitre 6
Récurrence et transciences
On considère une chaîne de Markov (Xn )n de matrice de transition P sur un espace d’état
E. Sauf mention contraire, cette chaîne sera la chaîne canonique construite à la fin du chapitre
précédent. On note pour tout y ∈ E,
Remarque.
P∞ Le nombre de passages sur l’état x ∈ E est donné par la variable aléatoire N (x) =
k=0 1{Xk =x} .
1
Ex [N (x)] = .
1 − ρx,x
k−1
Px (N (x) ≥ k) = ρx,x .
Si x est un état récurrence, alors Px (N (x) ≥ k) pour tout k ≥ 1 et on conclut par convergence
monotone. Si x est un état transitoire, alors pour tout k ≥ 1,
Soit y ∈ E et Ñ (y) = ∞
P
k=1 1{ Xk = y} le nombre de passage de la chaîne par l’état y après
le départ. Si elle part d’un état x ∈ E\{y}, alors Ñ (y) = N (y) et T̃y = Ty . Si elle part de l’état
x = y alors Ñ (y) = N (y) − 1, et le temps d’arrêt T̃y est le temps de premier retour en y. Soit
(k) (0)
alors la suite de temps d’arrêt (Ty )k≥0 définie récursivement par Ty = 0, et
pour tout k ∈ N.
(n)
Proposition 6.1.2. Soient y ∈ E et n ∈ N. Sur l’évènement {Ty < ∞}, les variables
(k) (k) (k−1)
aléatoires ∆y = Ty − Ty pour tout k ∈ [[1, n]] sont indépendantes et identiquement
distribuées sous Py .
(n) Tn (i)
Démonstration. Puisque {Ty < ∞} = i=1 {∆y < ∞}, il suffit de montrer pour tout k ∈ [[1, n]]
que
k k
" #
Y Y h i
Ey g(∆(i)
y )1{∆(i) <∞} = Ey g(∆y(i) )1{∆(i) <∞}
i=1 i=1
pour toutes fonctions (gi )1≤i≤k mesurables et bornées sur R+ . Pour cela, on travaille par récur-
rence sur k ∈ [[1, n]]. Le cas k = 1 étant évident, on montre directement l’hérédité. Soit k ∈ [[2, n]],
supposons la relation vraie au rang k − 1 et montrons là au rang k + 1. Observons avant tout les
faits suivants :
(1) (k−1)
— les variables aléatoires ∆y , . . . , ∆y sont FT (k−1) -mesurables ;
y
— la variable aléatoire ΘT (k−1) est indépendante de la tribu FT (k−1) et est de loi Py (d’après
y y
la propriété forte de Markov) ;
(k) (1)
— ∆y = ∆y ◦ ΘT (k−1) .
y
82 CMMA
Chapitre 6. RÉCURRENCE ET TRANSCIENCES
k
" #
Y
Ey gi ∆(i)
y 1{∆(i) <∞}
y
i=1
k−1
Y
= Ey gi ∆(i)
y 1{∆(i) <∞} g ∆(1)
y ◦ ΘT
(k−1) 1
y y ∆(1) ◦Θ (k−1) <∞
i=1 Ty
"k−1 #
Y
(i)
= Ey gi ∆y 1{∆(i) <∞}
y
i=1
× Ey gk ∆(1)
y ◦ ΘT (k−1) 1
y ∆(1) ◦Θ(k−1) <∞
Ty
"k−1 #
Y
(i) (k)
= Ey gi ∆y 1{∆(i) <∞} Ey gk ∆y 1 ∆(k) <∞
n o
y y
i=1
k−1
Y
(i) (k)
= Ey gi ∆y 1 ∆(i) <∞ Ey gk ∆y 1 ∆(k) <∞ .
n o n o
y y
i=1
P
N (y) ∼x (1 − ρx,y )δ0 + ρx,y G(1 − ρy,y )
et Px (N (y) < ∞) = 1 ;
(ii) si y est récurrent et la chaîne part de x, ou bien elle ne rejoint jamais y (i.e N (y) =
0), ou bien elle le rejoint une fois, puis une infinité de fois (i.e N (y) = ∞). De plus,
P
N (y) ∼x (1 − ρx,y )δ0 + ρx,y δ∞ ,
Py (N (y) = ∞) = 1, et Px (N (y) = ∞) = ρx,y .
Remarque. Les propositions 6.1.1 et 6.1.3 permettent de décrire et différencier les états ré-
currents et transitoires.
— Si y est transitoire, alors peu importe l’état initial de la chaîne, le nombre de passage en y
est fini. Le nombre moyen de passage en y est aussi fini.
— Si y est récurrent, alors si la chaîne part de cet état, elle y repasse un infinité de fois. Si elle
ne part pas de y, ou bien elle n’y va jamais, ou bien elle y passe une fois puis une infinité
de fois.
CMMA 83
6.1. États récurrents et transitoires
Définition 6.1.3. Une chaîne est dite transitoire (resp. récurrente) si tous ses états sont
transitoires (resp. récurrents).
Interprétation foireuse. Un élément est récurrent positif s’il arrive souvent (récurrent) et
qu’on attend généralement pas trop longtemps pour revenir à l’état x. Au contraire un élément
récurrent est récurrent nul s’il arrive souvent mais qu’il faut attendre le dégel entre deux passages
en x.
84 CMMA
Chapitre 6. RÉCURRENCE ET TRANSCIENCES
Exemple. Un état x ∈ E est dit absorbant lorsque P (x, x) = 1. Un tel état est récurrent
positif puisque dans ce cas, Tex = 1 Px -presque sûrement.
Définition 6.1.5. Une chaîne de Markov est dite récurrente positive (resp. récurrente
nulle, resp. transitoire) si tous ses états sont récurrents positifs (resp. récurrents nuls, resp.
transitoires).
Exemple. Lorsque E est fini, alors la chaîne ne peut pas être transitoire car au moins un état
est récurrent. En effet, on rappelle que si y est un état transitoire, alors
∞
X
G(x, y) = P n (x, y) < ∞
n=0
Gn (x, y) ρx,y
lim = .
n→∞ n my
CMMA 85
6.1. États récurrents et transitoires
(n) n
Ty 1 X (k)
lim = lim ∆y = Ey [∆(1)
y ] = Ey [Ty ] = my
e
n→∞ n n→∞ n
k=1
(Py -presque sûrement). Si my < ∞, l’utilisation de loi des grands nombres est licite (car alors
(k) (k)
∆y est intégrable). Si my = ∞, on applique la loi des grands nombres à ∆y ∧ a (variable
aléatoire tronquée au niveau a > 0). On aurait dans ce cas
n
1 X (k)
= (∆y ∧ a) −−−→ Ey [∆(n)
y ∧ a].
n n→∞
k=1
On a donc
(1) (n) n
∆y + · · · + ∆ y X
lim inf ≥ lim inf (∆y(k) ∧ a) = Ey [∆(1)
y ∧ a].
n→∞ n n→∞
k=1
Ey [∆(1) (1)
y ∧ a] −−−→ Ey [∆y ] = my = ∞.
a→∞
Ainsi,
(1) (n)
∆y + · · · + ∆ y
lim = ∞.
n→∞ n
Or, on a
86 CMMA
Chapitre 6. RÉCURRENCE ET TRANSCIENCES
Démonstration. Il existe n ≥ 1 tel que P n (x, y) > 0 et m ≥ 1 tel que P m (y, z) > 0. Alors,
CMMA 87
6.2. Ensemble clos et irréductible
car Py (Tx = ∞) puisque x y. On a donc Py (Tx < ∞) = 1, i.e ρy,x = 1. On montre enfin que
y ∈ ER en établissant G(y, y) = ∞. Il existe n1 , n1 ≥ 1 des entiers tels que P n1 (x, y) > 0 et
P n2 (y, x) > 0. On a pour tout k ≥ 0,
Ainsi,
X2 −1
n1 +n
G(y, y) − P j (y, y) ≥ P n2 (y, x)G(x, x)P n1 (x, y).
j=0
Démonstration. Comme précédemment, il existe n1 , n2 ≥ 1 deux entiers tels que P n1 (x, y) > 0
et P n2 (y, x) > 0. Pour tout k ∈ N,
Ainsi,
Gn1 +n2 +n (y, y) − Gn1 +n2 −1 (y) ≥ P n2 (y, x)Gn (x, x)P n (x, y).
88 CMMA
Chapitre 6. RÉCURRENCE ET TRANSCIENCES
En divisant par n,
Définition 6.2.2. Un ensemble d’états C ⊂ E est dit clos si aucun état de C ne mène à
l’extérieur de C. Autrement dit, pour tout x ∈ C et y ∈ E\C, ρx,y = 0.
Démonstration. On ne montre que le point (ii). Si tous les états états y de C sont transitoires,
alors pour tout x ∈ E,
P n (x, y) −−−→ 0
n→∞
CMMA 89
6.3. Classes de réccurence
X
0= lim P n (x, y)
n→∞
y∈C
X
= lim P n (x, y)
n→∞
y∈C
= lim Px (Xn ∈ C)
n→∞ | {z }
=1
= 1.
Px (N (y) = ∞, ∀y ∈ E) = 1,
Px (N (y) < ∞, ∀y ∈ E) = 1.
90 CMMA
Chapitre 6. RÉCURRENCE ET TRANSCIENCES
où I+ désigne les indices des classes de récurrence positive, et I0 les classes de récurrence nulle.
On a donc
G G
E = ET t ERi t ERj .
i∈I+ j∈I0
Xn ∈ ERj .
Démonstration. (i) Soit x ∈ ERi . Alors, G(x, y) = 0 pour tout y 6∈ ERi . En effet, si y ∈ ET
alors G(x, y) = 0 et si y ∈ ER \ERi alors x et y ne communiquent pas, et donc G(x, y) = 0.
On en conclut que N (y) = 0 Px -presque sûrement. S y ∈ ERi , on a Px (Tey < ∞) = 1. On a
donc
Exemple. Marche aléatoire simple sur Z. Une marche aléatoire sur Z est dite simple si la
probabilité de passer de la marche n à la marche n + 1 est p, et de n à n − 1 est 1 − p. On a donc
pour tout x, y ∈ E = Z,
p si y = x + 1 ;
1 − p si y = x − 1 ;
0 sinon.
Cette chaîne est irréductible puisque pour tout x, y ∈ E, P |x−y| (x, y) > 0. Par irréductibilité
de la chaîne, tous les états sont de même nature. On cherche la nature de l’état 0 en calculant
G(0, 0). On a
CMMA 91
6.4. Absorption dans les classes de récurrence
∞
X ∞
X
k
G(0, 0) = P (0, 0) = P 2k (0, 0).
k=0 k=0
En effet, on ne peut revenir à un état qu’en un nombre pair d’étapes. De plus, P 2k (0, 0) =
2k k k
k p (1 − p) (un chemin de 0 à 0 se fait en choisissant k pas à droite et k pas à gauche, chemin
uniquement déterminé par le nombre de pas à droite). On a donc
∞
X (2k)!
G(0, 0) = (p(1 − p))k .
(k!)2
k=0
Selon Stirling, on a
Si p 6= 1/2, alors G(0, 0) < ∞ : la marche est transitoire. Si p = 1/2, alors G(0, 0) = ∞ car
P ∞ √1 2
k=1 πk = ∞, et la marche est récurrente
la probabilité d’absorption. Enfin on pose τi (x) = Ex [Si 1{Si <∞} ] le temps moyen d’absorption.
On a aussi Ex [Si |Si < ∞] = ρτii(x)
(x) . On a facilement les faits suivants : pour tout x ∈ ERi , Si = 0,
ρi (x) = 1 et τi (x) = 1 ; pour tout x ∈ ERj (j 6= i), Si = ∞, ρi (x) = 1, et τi (x) = 0.
et
X
τi (x) = ρi (x) + P (x, y)τi (y).
y∈E
2. Seulement lorsque p = 1/2, la chaîne est en équilibre et aucun côté (gauche ou droite) n’est préféré.
92 CMMA
Chapitre 6. RÉCURRENCE ET TRANSCIENCES
De plus,
CMMA 93
6.4. Absorption dans les classes de récurrence
94 CMMA
Chapitre 7
Invariance et équilibre
Définition 7.1.1. Une mesure π (positive) sur E telle que π(x) < ∞ pour tout x ∈ E
est dite invariante pour une matrice stochastique P si π est solution de l’équation de
Chapman-Kolmogorov
π = πP
(au sens du produit matriciel).
Proposition 7.1.1. Soit (Xn )n une chaîne de Markov. La loi de Xn ne dépend pas de
n si et seulement si la loi initiale µ0 est invariante.
Exemples.
— Soit E = {0, 1} et P la matrice de transition
1−p p
P = .
q 1−q
q p
Alors, (q, p) est une mesure invariante pour P , et p+q , p+q est une probabilité invariante.
— Marche aléatoire symétrique sur Z. On considère une marche aléatoire sur Z avec probabilité
1/2 de passer de x à x + 1 et probabilité 1/2 de passer de x à x − 1. Une mesure invariante
π vérifie
X π(y − 1) + π(y + 1)
π(y) = π(x)P (x, y) = ,
2
y∈E
i.e π(y + 1) − π(y) = π(y) − π(y − 1). On en déduit que la mesure est invariante si et
seulement si elle est de la forme π(y) = αy + β. Nécessairement α = 0 (car si α > 0 alors π
7.1. Mesures invariantes
devient négative lorsque y tend vers −∞,si α < 0 alors π devient négative lorsque y tend
vers ∞). On en déduit qu’une telle mesure invariante π est une mesure uniforme, mais
ne peut être une probabilité. Cette chaîne de Markov n’a pas de probabilité invariante.
Remarquons par ailleurs que pour une matrice bistochastique, les mesures uniformes sont
invariantes (par définition d’une matrice stochastique).
— E = N. On considère la matrice stochastique telle que P (x, xP+ 1) = 1 pour tout x ∈ E.
Soit π une mesure invariante pour P donc telle que π(y) = x∈E π(x)P (x, y). Si y > 0,
π(y) = π(y − 1) et π(0) = 0. Nécessairement, π = 0. Il n’y a donc pas de mesure invariante
dans ce système.
— E = N. On considère la dynamique markovienne de matrice stochastique P définie par
P (n, n + 1) = pn et P (n, 0) = 1 − pn pour tout n ∈ N où 0 < pn < 1 et ∞ i=1 (1 − pi ).
Cette dynamique est irréductible car il est clair que tout n ∈PN mène à tout m ∈ N. Une
mesure invariante π de P ce système est solution de π(y) = x∈E π(x)P (x, y) pour tout
y ∈ E. On Q a π(0) = ∞ i=1 (1 − p )π
i i et π(i) = p i−1 π(i − 1) pour tout i > 0. On a donc
i−1
π(i) = π(0) j=1 pj , et alors
∞
X i−1
Y
π(0) = π(0) (1 − pi ) pj .
i=1 j=1
∞
X i−1
Y ∞
X
1= (1 − pi ) pj ≤ (1 − pi ) < 1.
i=1 j=1 i=1
| {z }
≤1
On en déduit que pour cette chaîne de Markov (irréductible), il n’y a pas de mesure
invariante.
Définition 7.1.2. Une mesure positive π non nulle sur E avec π(x) < ∞ pour tout x ∈ E
est dite réversible pour P si pour tout x, y ∈ E,
Proposition 7.1.2. Une probabilité π est réversible pour P si et seulement si pour toute
chaîne de Markov de noyau P de loi initiale π, on a
96 CMMA
Chapitre 7. INVARIANCE ET ÉQUILIBRE
Exemples.
— Marche aléatoire sur Z. On considère la dynamique markovienne définie par
p si y = x + 1 ;
P (x, y) = 1 − p si y = x − 1 ;
0 sinon.
i
p
Alors, la mesure définie π(i) = 1−p est réversible.
— Urne d’ Ehrenfest. On considère sur l’espace d’états E = [[0, d]] la dynamique marko-
vienne de noyau
d−x
d si y = x + 1 ;
x
P (x, y) = d si y = x − 1 ;
0 sinon.
Lemme 7.2.1 (convergence dominée). Soit (a(x))x∈E une suite de réels positifs sommable
et (bn (x))x∈E une suite telle que bn (x) ≤ 1 pour tout x ∈ E et n ∈ N. Et on suppose que
Théorème 7.2.1 (support d’une mesure invariante). Soit π une mesure invariante pour
une chaîne de Markov de matrice stochastique P .
— Si x ∈ E est tel que π(x) > 0, alors on a aussi π(y) > 0 pour tout y ∈ E tel que
x y.
— Si la chaîne est irréductible, le support de π et E.
— Si π est une probabilité, alors π(x) = 0 dès que x est transitoire ou récurrent nul.
Une probabilité invariante ne charge que les états récurrents positifs. Le support d’une
probabilité invariante est une union de classes de récurrence positives.
CMMA 97
7.2. Invariance et récurrence
Si la chaîne est irréductible, tous les états communiquent. La mesure étant non nul, au moins un
état est charge la mesure π.
Pour le dernier point, supposons que π est une probabilité et x est transitoire ou récurrent
nul. Alors, mx = Ex [Tex ] = ∞. On a vu que pour tout z ∈ E,
Gn (z, x) ρz,x
−−−→ =0
n n→∞ mx
Proposition 7.2.1. Soit x ∈ ER . Alors, νx est une mesure invariante, et avec νx (x) = 1
de support la classe de récurrence de x (i.e νx (y) > 0 si et seulement si x y).
PTex −1
Démonstration. On a νx (x) = 1 car k=0 1{Xk =x} = 1 Px -presque sûrement. Si y n’est pas
dans la classe de x,
∞ x −1
TeX
" #
X
0 = G(x, y) = Ex 1{Xk =y} ≥ Ex 1{Xk =y} = νx (y).
k=0 k=0
Soit y ∈ E, on a
98 CMMA
Chapitre 7. INVARIANCE ET ÉQUILIBRE
XTex
νx (y) = Ex 1{Xk =y}
k=1
∞
" #
XX
= Ex 1{Tex ≥k} 1{Xk =y} 1{Xk−1 =z}
z∈E k=1
∞
XX h h ii
= Ex Ex 1{Tex ≥k} 1{Xk =y} 1{Xk−1 =z} |Fk−1
z∈E k=1
Permettez moi d’interrompre cette démonstration pour observer quelques secondes le tableau
que j’essaye de copier ici.
Lemme 7.2.2. Soit x ∈ E un état récurrent et π une mesure invariante. Pour tout y ∈ E,
Théorème 7.2.2. On considère une classe de récurrence ERi (donc close irréductible). Il
y a unicité à multiple près d’une mesure invariante concentrée sur cette classe (i.e dont le
support est ERi ). De plus,
— Si ces mesures sont finies, alors il y a unique probabilité invariante sur ERi . Cette
probabilité est donnée pour tout x ∈ E par
1
π(x) = .
Ex [Tex ]
Dans ce cas, la classe est récurrente positive.
— Si ces mesures sont infinies, il n’y a pas de probabilité invariante sur ERi et la classe
est récurrente nulle.
Démonstration. Soit x ∈ ERi . Cet état est donc récurrent et on considère la mesure invariante
νx qui lui est associé (de support ERi ). D’après le lemme, on sait que pour tout y ∈ ERi , x y
CMMA 99
7.2. Invariance et récurrence
et π(y) = π(x)νx (y). Puisque νx et π ont pour support ERi , on a π = π(x)νx . On étudie deux
cas.
— Si ces mesures sont de poids fini, il existe une unique probabilité invariante notée π telle
1
que π = π(x)νx . On a donc 1 = π(E) = π(x)νx (E) donc π(x) > 0 et π(x) = νx (E) . Cela
signifie que x est récurrent positif. Ainsi, ERi est une classe récurrente positive. On a
X
νx (E) = νx (y)
y∈E
X x −1
TeX
= Ex 1{Xk =y}
y∈E k=0
x −1 X
TeX
= Ex 1{Xk =y}
k=0 y∈E
= Ex [Tex ] = mx .
— Si ces mesures sont infinies, il n’y a pas de probabilité. De plus, pour tout x ∈ ERi ,
∞ = νx (E) = mx .
Ainsi, x est récurrent nul et la classe donc récurrente nulle.
1
π(x) = .
Ex [Tex ]
Corollaire 7.2.1. Pour une chaîne de Markov irréductible, on a équivalence entre les
assertions suivantes.
(i) Il existe une unique probabilité invariante.
1
(ii) La mesure définie par π(x) = pour tout x ∈ E est une probabilité invariante.
Ex [Tex ]
(iii) Il existe un état récurrent positif.
(iv) Tous les états sont récurrents positifs.
Exemple. On considère maintenant une marche aléatoire sur N avec P (n, n + 1) = p pour
n ≥ 1, P (n, n − 1) = q = 1 − p pour tout n ≥ 2, et P (0, 1) = 1. La mesure définie par π(0) = q
n−1
et π(n) = pq pour tout n ≥ 1, est réversible. Si p < q, π est finie et la chaîne est récurrente
positive. Si p ≥ q, π est de poids infini et la chaîne est récurrente nulle ou transitoire.
100 CMMA
Chapitre 7. INVARIANCE ET ÉQUILIBRE
On a toujours
G G
E = ET t ERi t ERj
i∈I+ j∈I0
F F
et ER = i∈I+ ERi t j∈I0 ERj .
Proposition 7.2.2. Pour une chaîne non irréductible, on a les propriétés suivantes.
— Sur chaque classe de récurrence, il existe une mesure invariante (unique à un facteur
multiplicatif près).
— Sur une classe de récurrence, il existe une unique probabilité invariante si et seule-
ment si elle récurrente positive. Dans ce cas, elle est donnée pour tout x dans cette
classe par
1
π(x) = .
Ex [Tex ]
— L’ensemble des probabilités est donné par les combinaisons convexes des probabilités
invariantes de chaque classe récurrente positive.
Démonstration. Les deux premiers points découlent de résultats précédents. On montre que toute
probabilité invariante π est combinaison convexe des uniques probabilités invariantes de chaque
classe de récurrence positive. Soit ERi une classe de récurrence positive telle que π(ERi ) > 0,
donc il existe un état dans ERi chargé par la mesure pour π. On en déduit que pour tout x ∈ ERi ,
π(x) > 0. De plus, π|ER est toujours invariante car pour tout y ∈ ERi ,
i
X X
π(y) = π(z)P (z, y) = P (z, y).
z∈E z∈ERi
En effet, π(z) = 0 si z n’est pas récurrent positif, et seuls les z ∈ ERi sont tels que P (z, y) > 0.
π|ER est proportionnelle à νx et πERi = π(x)νx = π(x)νx (ERi )ν̃x,i , où ν̃x,i = νx /νx (ERi ) est la
i
mesure normalisée de sorte que ν̃x,i soit une probabilité sur ERi . On a
X X
π= π|ER = π(x)νx (ERi )ν̃x,i .
i
i∈I+ i∈I+
C’est bien une combinaison convexe de probabilités invariantes chacune sur une classe de récur-
rence positive
CMMA 101
7.3. Asymptotique d’une chaîne de Markov
Remarque. On considère sur Z la marche aléatoire de matrice stochastique P telle que P (n, n+
1) = p ∈]0, 1[ et P (n, n − 1) = 1 − p. Pour tout x ∈ Z, dx = 2. Cela est dû à un fait plus général.
Démonstration. Si x y, il existe n, m ≥ 1 tels que P n (x, y) > 0 et P m (y, x) > 0. Alors, pour
tout N, k ∈ N,
Pour k ≥ 1 tel que P k (y, y) > 0, alors P m+n+N k (x, x) > 0. Ainsi, dx divise m + n + N k pour
tout N ≥ 1. Cela signifie donc que dx divise k mais P k (y, y) > 0. On a donc montré que dx
divise dy . On conclut par symétrie des rôles.
Définition 7.3.2. Si une chaîne de Markov est irréductible, on appelle période la chaîne
la période de tous ses états. Lorsque cette période est de 1, la chaîne est dite apériodique.
Remarque. Soit P une matrice stochastique et p ∈]0, 1[. La matrice stochastique perturbée
Pp = (1 − p)P + pI avec I = (δx,y )x,y . Perturber de cette façon la matrice P consiste à rajouter
à chaque état une boucle. Pp est une matrice de transition apériodique.
102 CMMA
Chapitre 7. INVARIANCE ET ÉQUILIBRE
Remarques.
— On a P n (x, y) = Px (Xn = y) −−−→ π(y) pour tout y ∈ E (et la convergence est uniforme
n→∞
en y) : (L (Xn |X0 = x))n converge en loi vers la loi π. On en déduit que (P n )n tend vers
une matrice dont les lignes sont toutes π.
— En fait, on a la convergence en variation totale de (L (Xn |X0 = x))n vers la mesure
invariante π.
P
Démonstration. C’est long. Cependant, on peut montrer le second résultat. On a Pν = x∈E ν(x)Px .
On a donc
!
X X
Pν (Xn = y) − π(y) = ν(x)P(Xn = y) − ν(x)π(y)
x∈E x∈E
X
= ν(x)(Px (Xn = y) − π(y)).
x∈E
On a donc
X XX
|Pν (Xn = y) − π(y)| ≤ |Px (Xn = y) − π(y)|
y∈E y∈E x∈E
X X
= |Px (Xn = y) − π(y)| ν(x).
x∈E y∈E
P P
Soit alors a(x) = ν(x) et bn (x) = y∈E |Px (Xn = y) − π(y)|. On a bien x∈E |bn (x)| ≤ 2 et
alors
X X
a(x)bn (x) −−−→ a(x) × 0 = 0.
n→∞
x∈E x∈E
Théorème 7.3.2 (convergence d’une chaîne périodique). Soit (Xn )n une chaîne irré-
ductible récurrente positive et périodique de période d. On note π l’unique probabilité in-
variante. Alors, pour toute pair d’états x 6= y, il existe r ∈ [[0, d − 1]] un entier tel que
P n (x, y) = 0 si n 6≡ r mod d. Si (ϕ(n))n désigne la suite croissante des entiers valant r
modulo d, alors
Théorème 7.3.3 (ergodique). Soit (Xn )n une chaîne de Markov irréductible récurrente,
et soit π une mesure invariante. Soient f, g ∈ L1 (π) avec E g dπ = x∈E g(x)π(x) 6= 0.
R P
Alors, pour tout x ∈ E,
Pn R
k=1 f (Xk ) f dπ
lim Pn = RE
k=1 g(Xk ) E g dπ
n→∞
Px -presque sûrement. Pour n’importe quelle loi initiale, on a le même résultat Pν -presque
sûrement.
CMMA 103
7.3. Asymptotique d’une chaîne de Markov
Corollaire 7.3.1 (ergodique). Soit (Xn )n une chaîne de Markov irréductible récurrente
positive, d’unique probabilité invariante π. Pour tout f ∈ L1 (π), on a pour tout x ∈ E
(resp. pour toute loi initiale ν),
n Z
1X
lim f (Xk ) = f dπ
n→∞ n E
k=1
Si pour tout ∈ E, Px (A) = 1, alors Pν (A) = 1. Un évènement Px -sûre pour tout x ∈ E est Pν
sûre pour toute loi initiale ν. Pour la première partie, on fixe x ∈ E. On observe que π(x) > 0
et on dispose de la mesure invariante νx . Par unicité à un facteur près, il existe α > 0 tel que
(k)
π = ανx (en fait, α = π(x) car νx (x) = 1). On suppose que la chaîne part de x et on note Tx
(0) (n+1) (n)
les dates de retours successifs en x : Tx = 0 et Tx = inf{k > Tx | Xk = x}. Puisque x est
(n)
récurrent, les Tx sont finis Px -presque sûrement. On note
(k)
TxX−1
Zk (f ) = f (Xi )
(k−1)
i=Tx
pour tout k ≥ 1. Montrons avant tout que les Zk (f ) sont i.i.d lorsque k parcourt N∗ . Soit (gi )1≤i≤k
une famille de fonctions mesurables bornées. On montre par récurrence sur k que
k k
" #
Y Y
Ex gi (Zi (f ))) = Ex [gi (Z1 (f ))] .
i=1 i=1
"k+1 # " k
! #
Y Y
Ex gi (Zi (f )) =Ex gi (Zi (f )) × gk+1 (Z1 (f ) ◦ ΘT (k) w)
x
i=1 i=1
k
" ! #
Y h i
= Ex gi (Zi (f )) Ex gk+1 (Z1 (f ) ◦ ΘT (k) ) FT (k)
x x
i=1
" k #
Y
= Ex gi (Zi (f )) × EX (k)
[gk+1 (Z1 (f ))] .
Tx
i=1
On conclut en remarquant que XT (k) = x. Pour appliquer la loi des grands nombres aux variables
x
aléatoires Zk (f ) (k ≥ 1), on montre que Z1 (f ) ∈ L1 (Px ). On a
104 CMMA
Chapitre 7. INVARIANCE ET ÉQUILIBRE
(1)
TxX−1
Ex [|Z1 (f )|] = Ex f (Xk )
k=0
(1)
Tx −1
X
≤ Ex |f (Xk )|
k=0
(1)
TxX−1 X
= Ex |f (y)| 1{Xk =y}
k=0 y∈E
(1)
X TxX−1
= Ex 1{Xk =y} |f (y)|
y∈E k=0
X π(y)
= |f (y)|
π(x)
y∈E
R
E|f | dπ
= < ∞.
π(x)
R
|f | dπ
Le même calcul sans valeurs absolues montre que Ex [Z1 (f )] = E
π(x) . En appliquant la loi des
grands nombres,
n R
1X Px −p.s f dπ
Zk (f ) −−−−→ E .
n n→∞ π(x)
k=1
PN
On s’intéresse à N1 k=1 f (Xk ). J’arrête cette démonstration subitement puisque le tableau a
commencé à ressembler à Guernica.
CMMA 105