FONCTIONS D’UNE VARIABLE (réelle ou complexe).
Limite et continuité
1 Limite
On trouve deux définitions qu’un enseignant se doit de distinguer, afin d’avoir des énoncés de théorèmes cohérents
avec le choix de définition. Voici un texte de Daniel Perrin à consulter sur le sujet :
A propos de la définition de la limite d’une fonction en un point
Dans tout ce qui suit, nous utiliserons la définition suivante, dans laquelle K = R ou C et K 0 = R ou C.
Définition. Soit E une partie de K. Soit f une fonction définie sur E et à valeurs dans K 0 . Soit a un point adhérent
à E. Soit ` ∈ K 0 . On dit que ` est une limite de f en a si
∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ E, |x − a| < η ⇒ |f (x) − `| < ε
Rappel pour comprendre cette définition : a est dit adhérent à E lorsque tout intervalle ouvert (ou boule ouverte)
contenant a contient au moins un élément de E, ou encore quand il existe une suite de points de E qui converge vers
a.
A savoir faire sur les limites de fonctions :
• énoncer la définition précédente (ou celle de votre choix).
• énoncer (pour K = R) la définition de limite à gauche, limite à droite.
• démontrer que lorsque f admet une limite en a, alors cette limite est unique.
• donner la définition de lim f (x) = +∞, lim f (x) = −∞ dans le cas où K 0 = R, que a soit un nombre ou, (dans le
x→a x→a
cas d’une fonction de variable réelle) +∞, ou −∞.
• énoncer les règles de calculs sur les limites et les démontrer (limite d’une somme, d’un produit, d’un quotient).
Lorsqu’il n’y a pas de règle (forme indéterminée), savoir donner des exemples illustrant différents cas.
• dans le cas K 0 = R, énoncer et démontrer les théorèmes de comparaison et encadrement.
• dans le cas K 0 = R, énoncer et démontrer un théorème de passage à la limite dans les inégalités.
• énoncer et démontrer : si f est bornée et si lim g(x) = 0, alors lim f (x)g(x) = 0.
x→a x→a
• calculer lim f (x) lorsque f est une fonction polynomiale ou rationnelle (et justifier la méthode).
x→±∞
• savoir lever des formes indéterminées diverses... (par exemple en multipliant par une quantité conjuguée).
2 Continuité
2.1 Définition
Définition. Soit E une partie de R ou C. Soit f une fonction définie sur E et à valeurs dans K 0 . Soit a ∈ E. on dit
que f est continue en a si
∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ E, |x − a| < η ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
On dit que f est continue sur E si elle est continue en tout a ∈ E.
Remarques :
• Si on utilise la définition de limite présentée ci-dessus, si a ∈ E, alors f est continue en a si et seulement si f admet
une limite en a ; cette limite est alors f (a).
• Cette définition permet de d’obtenir immédiatement :
K → K
∗ l’identité Id : est continue.
x 7→ x
∗ les fonctions constantes sont continues,
K → R
∗ la fonction valeur absolue (ou module) est continue.
x 7 → |x|
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2.2 Trois théorèmes
Théorème. Soit f : K → K 0 une fonction.
(i) f est continue sur K si et seulement si pour tout ouvert U de K 0 , l’image réciproque f −1 (U ) de U par f est un
ouvert de K.
(ii) f est continue sur K si et seulement si pour tout fermé D de K 0 , l’image réciproque f −1 (D) est un fermé de K.
Avant la démonstration, rappelons qu’on appelle ouvert de K toute partie U de K qui est voisinage de chacun de ses
points, c’est-à-dire tout U ⊂ K telle que pour tout a ∈ U , il existe une boule ouverte de centre a entièrement contenue
dans U . Un fermé de K est une partie de K dont le complémentaire est ouvert.
L’image réciproque d’une partie A de K 0 par une fonction f : K → K 0 est l’ensemble :
f −1 (A) = {x ∈ K/f (x) ∈ A}
Attention à la notation f −1 . Si f n’est pas bijective, elle ne désigne pas une fonction de K 0 dans K.
Démonstration du (i)
• Soit f une fonction continue de K dans K 0 . Montrons que pour tout ouvert U de K 0 , l’image réciproque de U par
f est un ouvert de K.
Soit a ∈ f −1 (U ). Comme f (a) ∈ U et U est ouvert, il existe ε > 0 tel que la boule ouverte centrée en f (a) et de
rayon ε soit entièrement contenue dans U .
∀y ∈ K 0 , |y − f (a)| < ε ⇒ y ∈ U
Comme f est continue en a, il existe η > 0 tel que
∀x ∈ K, |x − a| < η ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
on en déduit ∀x ∈ K, |x − a| < η ⇒ f (x) ∈ U ou encore ∀x ∈ K, |x − a| < η ⇒ x ∈ f −1 (U ), autrement dit, la boule
ouverte de rayon η centrée en a est entièrement contenue dans f −1 (U ), donc f −1 (U ) est un ouvert de K.
• Soit f : K → K 0 une fonction. Supposons que pour tout ouvert U de K 0 , f −1 (U ) est un ouvert de K. Pour toute
boule ouverte B de K 0 , f −1 (B) est donc un ouvert.
Soit a ∈ K. Soit ε > 0. Notons B la boule ouverte de K 0 centrée en f (a) et de rayon ε. Comme f −1 (B) est ouvert
et contient a, il existe η > 0 tel que la boule ouverte de centre a et de rayon η soit entièrement contenue dans
f −1 (B), c’est-à-dire
∃η > 0/∀x ∈ K, |x − a| < η ⇒ f (x) ∈ B
Finalement, on a démontré que pour tout a ∈ K
∀ε > 0, ∃η > 0/∀x ∈ K, |x − a| < η ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
autrement dit, f est continue en tout point a ∈ K.
Démonstration du (ii)
Soit f : K → K 0 une fonction.
f est continue sur K ⇔ pour tout U ouvert de K 0 , f −1 (U ) est un ouvert de K
⇔ pour tout U ouvert de K 0 , K\f −1 (U ) est un fermé de K
⇔ pour tout U ouvert de K 0 , f −1 (K 0 \U ) est un fermé de K
⇔ pour tout D fermé de K 0 , f −1 (D) est un fermé de K
Théorème (Recollement). Soit E une partie de K, soit f : E → K 0 une fonction continue. Si F et G sont deux
fermés de K tels que E = F ∪ G, si f est continue sur F et continue sur G, alors f est continue sur E.
Démonstration
• Soit a ∈ E\F , soit ε > 0.
F est fermé, son complémentaire dans K est ouvert, donc il existe α > 0 tel que ∀x ∈ E, |x−a| < α ⇒ x ∈ E\F ⊂ G.
Comme f est continue sur G et a ∈ G,
∃δ > 0/∀x ∈ G, |x − a| < δ ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
En posant η = min(α, δ), on a
∀x ∈ E, |x − a| < η ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
ainsi
∀ε > 0, ∃η > 0/∀x ∈ E, |x − a| < η ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
donc f est continue en a.
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• De la même manière, si a ∈ E\G, alors f est continue en a.
• Soit a ∈ F ∩ G, soit ε > 0. Comme f est continue sur F et a ∈ F ,
∃δ1 > 0/∀x ∈ F, |x − a| < δ1 ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
comme f est continue sur G et a ∈ G,
∃δ2 > 0/∀x ∈ G, |x − a| < δ2 ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
Posons δ = min(δ1 , δ2 ), on a alors
∀x ∈ E, |x − a| < δ ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
Ainsi
∀ε > 0, ∃δ > 0/∀x ∈ E, |x − a| < δ ⇒ |f (x) − f (a)| < ε
autrement dit, f est continue en a.
Finalement, pour tout a ∈ E, f est continue en a.
Remarque. Si F ou G n’est pas fermé, le résultat n’est plus vrai.
Voici un contre-exemple : F =] − ∞, 0[, G = [0 ; +∞[, et f : R → R définie par
−1 si x < 0
f (x) =
1 si x > 0
Cette fonction f n’est évidemment pas continue en 0.
Exemple. Soit f : C → C la fonction définie par
p
1 − |z|
si |z| 6 1
f (z) = z−3
0 si |z| > 1
On peut montrer que cette fonction est continue sur C grâce au théorème de recollement ci-dessus. Quels fermés F et
G prendre ?
La proposition suivante mènera au théorème de caractérisation de la continuité par les suites.
Proposition. Soit f : E → K 0 une fonction. Soit a un point adhérent à E. Soit ` ∈ K 0 . On a l’équivalence :
lim f (x) = ` si et seulement si pour toute suite (un ) d’éléments de E qui converge vers a, la suite (f (un )) converge
x→a
vers `.
La démonstration sera faite en cours.
Théorème (Caractérisation de la continuité par les suites). Soit f : E → K 0 une fonction. Soit a ∈ E. La fonction
f est continue en a si et seulement si pour toute suite (un ) d’éléments de E qui converge vers a, la suite (f (un ))
converge vers f (a).
L’une des implications est particulièrement utile pour démontrer le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème
indiquant que toute fonction continue sur un segment est bornée et atteint ses bornes.
2.3 Opérations sur les fonctions continues
Les opérations sur les limites se traduisent par le théorème suivant :
Théorème. Soient f, g : E → K 0 des fonctions. Soit a ∈ E. Si f et g sont continues en a alors f + g, f − g et f g
f
sont continues en a. De plus, si g(a) 6= 0, alors est continue en a.
g
Conséquences :
• Les fonctions polynomiales de K dans K sont continues.
• Les fonctions rationnelles sont continues sur leur ensemble de définition.
Théorème (composition et continuité). Soient E et F des parties de R ou C.
Soient f : E → K et g : F → K 0 des fonctions continues. Si f (E) ⊂ F , alors g ◦ f est (définie et) continue sur E.
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Démonstration. On souhaite démontrer que pour tout a ∈ E,
∀ε > 0, ∃δ > 0/∀x ∈ E, |x − a| < δ ⇒ |g ◦ f (x) − g ◦ f (a)| < ε
Soit a ∈ E.
Soit ε > 0. Comme f (E) ⊂ F , on sait que f (a) ∈ F . La fonction g est continue sur F , donc en f (a). Il existe donc
α > 0 tel que
∀y ∈ F, |y − f (a)| < α ⇒ |g(y) − g ◦ f (a)| < ε
Maintenant, la fonction f est continue sur E, donc en a. Il existe donc δ > 0 tel que
∀x ∈ E, |x − a| < δ ⇒ |f (x) − f (a)| < α
Or pour tout x ∈ E, f (x) ∈ F car f (E) ⊂ F . Ainsi
∀x ∈ E, |x − a| < δ ⇒ |f (x) − f (a)| < α ⇒ |g ◦ f (x) − g ◦ f (a)| < ε
Cela achève de démontrer que g ◦ f est continue en a.
2.4 Lien dérivabilité/continuité
Définition. Soit a ∈ K. Soit f une fonction à valeurs dans K 0 définie au moins sur un ouvert (de K) contenant a.
f (x) − f (a)
f est dérivable en a si a une limite ` ∈ K 0 lorsque x tend vers a.
x−a
Dans ce cas, cette limite s’appelle le nombre dérivé de f en a et est noté f 0 (a).
f (x) − f (a)
Remarque. La fonction x 7→ n’est pas définie en a. En notant U l’ouvert de K dont il est question dans
x−a
la définition, cette fonction est bien définie sur U \{a}.
Proposition. Soit f une fonction à valeurs dans K 0 définie au moins sur un ouvert U (de K) contenant un nombre
a. La fonction f est dérivable en a si et seulement s’il existe une fonction ε définie sur U et un nombre da tels que
∀x ∈ U, f (x) = f (a) + (x − a)da + (x − a)ε(x) et lim ε(x) = 0
x→a
Dans ce cas, f 0 (a) = da .
Démonstration. Si f est dérivable en a, posons
f (x) − f (a) − f 0 (a) si
x 6= a
ε(x) = x−a
0 si x=a
cette fonction est continue et on a
∀x ∈ U, f (x) = f (a) + (x − a)f 0 (a) + (x − a)ε(x) et lim ε(x) = 0
x→a
Réciproquement, supposons qu’il existe une fonction ε définie sur U et un nombre da tels que
∀x ∈ U, f (x) = f (a) + (x − a)da + (x − a)ε(x) et lim ε(x) = 0
x→a
f (x) − f (a) f (x) − f (a)
alors = da + ε(x) pour tout x 6= a. Par opération sur les limites, on en déduit que lim = da ,
x−a x→a x−a
0
donc f est dérivable en a et f (a) = da .
Proposition. Soit f une fonction à valeurs dans K 0 définie au moins sur un ouvert (de R ou C) contenant un nombre
a. Si f est dérivable en a, alors elle est continue en a.
Démonstration. D’après la proposition précédente, si f est dérivable en a, alors lim f (x) = f (a) (opérations sur les
x→a
limites).
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2.5 Théorème des valeurs intermédiaires
Théorème. Soient a, b ∈ R tels que a < b. Soit f : [a, b] → R une fonction continue. Pour tout d entre f (a) et f (b),
il existe c ∈ [a, b] tel que f (c) = d.
La démonstration sera faite en cours. Il faut se souvenir des idées et savoir la refaire.
Le théorème des valeurs intermédiaire sert souvent à démontrer l’existence de solution(s) pour certaines équations.
Corollaire. L’image d’un intervalle par une fonction continue à valeurs réelles est un intervalle.
Démonstration. Soit I un intervalle sur lequel une fonction f à valeurs réelles est continue. Soit J = f (I).
Pour tous α, β ∈ J tels que α 6 β, il existe a, b ∈ I tels que α = f (a), β = f (b). D’après le théorème des valeurs
intermédiaires, pour tout d compris entre f (a) et f (b), il existe c entre a et b, donc dans I, tel que f (c) = d. Ainsi
d ∈ J.
Finalement, pour tous α, β ∈ J tels que α 6 β, pour tout d tel que α 6 d 6 β, on a d ∈ J, donc J est un intervalle.
2.6 Fonction continue sur un segment
Rappel : un segment de R est un intervalle fermé borné, c’est-à dire un intervalle [a, b], où a, b ∈ R et a 6 b.
Théorème. Toute fonction à valeurs réelles, définie et continue sur un segment, est bornée sur ce segment et atteint
ses bornes.
Ce théorème sera démontré en cours.
Corollaire. L’image d’un segment par une fonction continue à valeurs réelles est un segment.
Démonstration. Sur un segment I, une fonction continue est bornée et atteint ses bornes m et M ∈ R. De plus l’image
d’un segment est un intervalle d’après le corollaire ci-dessus. Ainsi l’image de I est [m, M ]. C’est bien un segment.