Chapitre VI
INTERFÉRENCES
LUMINEUSES.
Joël SORNETTE vous prie de ne pas utiliser son cours à des fins professionnelles ou commerciales sans autorisation.
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d’ombres ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et
- O l’Oméga, rayon violet de Ses yeux !
Arthur Rimbaud
VI-1 Onde ou corpuscule ?
En 1675, Newton propose un modèle corpusculaire de la lumière ; en
1690, Huygens un modèle ondulatoire. Comment trancher ? En imaginant
une situation où les deux modèles conduisent à des conclusions différentes
et en concevant l’expérience qui réalise cette situation. En l’occurence, en
éclairant un écran avec deux sources lumineuses identiques. Si la lumière est
formée de corpuscules, il y en aura deux fois plus et l’écran sera deux fois plus
éclairé, bref rien de bien spectaculaire. Par contre si la lumière est onde, il peut
se faire qu’en certains points, les ondes soient en opposition et s’annulent, bref
que de la lumière plus de la lumière fasse du noir. Nous commencerons donc
2 OPTIQUE PHYSIQUE.
par étudier un exemple d’ondes mécaniques pour dégager le phénomène qu’il
s’agit de retrouver avec de la lumière, ce qu’a fait Young en 1810.
VI-2 Interférences à la surface de l’eau.
Observons la photogaphie suivante :
On y devine l’ombre de deux pointes qui affleurent à la surface d’un
récipient d’eau. Elles sont solidarisées et animées d’un même mouvement
périodique ; elles génèrent donc deux ondes circulaires qu’on visualise net-
tement, mais ce n’est pas cela qu’il faut voir. En certains points de la surface,
les ondes arrivent en phase et se renforcent, on dit qu’il y a des interférences
constructives. En d’autres, les ondes arrivent en opposition de phase et s’an-
nulent, on dit qu’il y a des interférences destructives. Comment voit-on ces
points sur la photo ? L’appareil est juste à la verticale et la surface est éclairée
par une lampe, sans doute à gauche, située en biais. La surface fait office de
miroir. Là où elle est immobile, les rayons sont renvoyés symétriquement, donc
en biais, et ne sont pas captés par l’appareil ; c’est ce qui ce passe au niveau
des six bandes sombres qu’on voit nettement et qui ont l’allure de droites
convergentes (la suite prouvera qu’il s’agit de portions d’hyperboles, ici pra-
tiquement confondues avec leurs asymptotes). Là où la surface est fortement
agitée, la surface de l’eau peut être orientée de façon à renvoyer la lumière
vers l’appareil, on voit donc des zones brillantes ; la structure périodique de
l’onde fait que ces zones bien orientées sont disposées périodiquement ; c’est
ce qui se passe entre les bandes obscures, dans d’autres bandes où s’alternent
points brillants et points sombres.
Cherchons à comprendre tout cela par un petit calcul.
Notons a cos(2 π t/T ) le mouvement commun aux points A et B. L’onde
issue de A arrive en un point M avec un retard de phase 2π AM/λ avec λ = c T
comme nous avons appris à le calculer dans le chapitre précédent. L’amplitude
réelle a vraisemblablement changé mais ne nous en occupons pas, ce n’est pas
là l’essentiel. Disons qu’à son arrivée en M , cette onde est :
a cos[2 π (t/T − AM/λ)]
De même l’onde issue de B est, à son arrivée en M :
a cos[2 π (t/T − BM/λ)]
INTERFÉRENCES LUMINEUSES. 3
Leur déphasage est donc :
AM − BM ∆
ϕ = 2π = 2π
λ λ
Il est d’usage d’appeler ∆ = AM −BM la différence de marche et d’appeler
ordre d’interférence le rapport ∆/λ.
On se convaincra aisément de l’encadré qui suit et on le considérera comme
essentiel.
L’ensemble des points où les interférences sont constructives correspond à
ϕ = 2 k π avec k entier, soit un ordre d’interférence entier, soit encore
∆ = k λ. De même, l’ensemble des points où les interférences sont destruc-
tives correspond à ϕ = 2 (k + 1/2) π avec k entier, soit un ordre d’interférence
semi-entier, soit encore ∆ = (k + 1/2) λ.
L’ensemble des points tels que |AM − BM | = C te est une hyperbole 1
de foyers A et B. On a tracé avec Maple, dans le cas où AB = 3 λ, valeur
suggérée par la photo, les hyperboles correspondant à un ordre entier (en noir)
et semi-entier (en gris) et on remarquera la belle concordance entre courbes
calculées et courbes observées.
Voilà ici l’essence même de la physique. De l’expérience seule, c’est de
la leçon de choses ; du calcul seul, ce sont des mathématiques ; les deux en
synergie de la physique, de la vraie.
1. Le traité le plus important des mathématiciens grecs sur les coniques est l’oeuvre
d’Appolonius de Perge, mathématicien alexandrin qui vivait au IIe siècle avant Jésus-Christ,
qui écrivit 8 volumes sur le sujet.
4 OPTIQUE PHYSIQUE.
VI-3 Le cas particulier de l’optique. Cohérence.
VI-3.a Nécessité du monochromatisme.
La période de la houle est de l’ordre de quelques secondes, il est dès lors
aisé de suivre le mouvement de l’eau et d’observer d’éventuelles interférences.
Grâce à un microphone et un oscilloscope, et parce que la période est de
l’ordre de la milliseconde, on peut étudier l’amplitude du son et visualiser des
interférences sonores. En optique, par contre, on ne peut pas mesurer l’ampli-
tude car les périodes sont de l’ordre de 10−15 s ; la seule donnée accessible est
l’intensité.
Commençons par étudier l’addition en un point M de deux ondes, l’une
émise en un point A avec une amplitude a1 cos(ω1 t + ϕ1 ), l’autre émise du
point B avec l’amplitude a2 cos(ω2 t + ϕ2 ). A leur arrivée en M , ces ondes on
subi un retard de propagation et leurs amplitudes, en notant r1 = kAM k et
r2 = kBM k, et leurs amplitudes complexes sont :
s1 (M, t) = a1 cos(ω1 (t − r1 /c) + ϕ1 )
s2 (M, t) = a2 cos(ω2 (t − r2 /c) + ϕ2 )
L’amplitude totale en est la somme et on passe à l’intensité avec la formule
I = 2 hs2 (t)i (cf chapitre précédent) :
D E
I(M ) = 2 [a1 cos(ω1 (t − r1 /c) + ϕ1 ) + a2 cos(ω2 (t − r2 /c) + ϕ2 )]2
I(M ) = 2 a21 cos2 (ω1 (t − r1 /c) + ϕ1 ) +2 a22 cos2 (ω2 (t − r2 /c) + ϕ2 ) +· · ·
· · · 4 a1 a2 hcos(ω1 (t − r1 /c) + ϕ1 ) cos(ω2 (t − r2 /c) + ϕ2 )i
Les cosinus au carré ont une moyenne de 1/2, reportons et linéarisons le
troisième terme :
I(M ) = a21 +a22 +2 a1 a2 hcos((ω1 + ω2 ) t + · · · )i+2 a1 a2 hcos((ω1 − ω2 ) t + · · · )i
Il n’est pas utile de détailler l’argument des cosinus dont la moyenne est
nulle. On a donc
I(M ) = a21 + a22
La conclusion est double :
– I(M) est une constante et il n’y a donc pas d’interférences.
– I1 = a21 est l’intensité qu’on aurait s’il n’y avait que la première onde
et même chose pour I2 = a22 . Il y a donc additivité des intensités (I =
I1 + I2 ).
Le seul cas où cette conclusion soit fausse est lorsque ω1 = ω2 auquel cas
le second cosinus obtenu par linéarisation ne dépend plus du temps. Retenons
donc qu’une condition nécessaire (mais pas forcément suffisante) pour observer
des interférences est qu’il faut travailler à une fréquence unique, donc à une
longueur d’onde unique.
INTERFÉRENCES LUMINEUSES. 5
VI-3.b Nécessité de la cohérence.
Reprenons les calculs avec la même pulsation et profitons de l’occasion
pour mener les calculs en notation complexe ; même si l’on reprend en fait les
mêmes calculs, ça nous fera un entraı̂nement. Pendant la durée des calculs, on
pose Φ1 = ϕ1 − ω r1 /c et Φ2 = ϕ2 − ω r2 /c
stot = a1 exp[(ω t + Φ1 )] + a2 exp[(ω t + Φ2 )]
Itot = stot s∗tot =
{a1 exp[(ω t + Φ1 )] + a2 exp[(ω t + Φ2 )]}×
{a1 exp[−(ω t + Φ1 )] + a2 exp[−(ω t + Φ2 )]} =
a21 + a22 + 2 a1 a2 cos(Φ1 − Φ2 )
soit en reportant I1 = a21 et I2 = a22 et les expressions de Φ1 et Φ2 et en
introduisant la différence de marche ∆M = r2 − r1 :
p
Itot (M ) = I1 + I2 + 2 I1 I2 cos(ϕ1 − ϕ2 + ω ∆M /c)
ou encore, puisque ω/c = 2 π f /c = 2 π/c T = 2 π/λ
p
Itot (M ) = I1 + I2 + 2 I1 I2 cos(ϕ1 − ϕ2 + 2 π ∆M /λ)
Au vu de ce résultat, on devrait donc observer des interférences dès qu’on
éclaire un écran avec deux sources monochromatiques de même longueur
d’onde. On devrait, . . .mais on n’observe rien ! Si l’on éclaire un tableau
noir avec deux ampoules électriques, personne n’y a jamais vu d’interférences.
Pourquoi ?
La réponse réside dans le processus d’émission de la lumière : une source
lumineuse n’émet pas et nous l’avons déjà entrevu, une sinusoı̈de éternelle
mais une succession de trains d’onde séparés par des intervalles de repos (petit
schéma au tableau et en marge). Mathématiquement, on peut présenter les
choses en disant que ϕ1 et ϕ2 changent régulièrement et prennent à chaque
changement de train d’onde une valeur parfaitement aléatoire. Or pour les
sources usuelles, la durée d’un train d’onde est certes grande devant la période
(de l’ordre de 10−15 s, avons nous vu) mais reste très petite devant le temps
d’intégration des récepteurs (puisqu’une moyenne cache une intégration). Avec
une lampe spectrale, la durée d’un train d’onde est de l’ordre de 10−11 s et
pendant le temps d’intégration (0,1 ms à 1 s des récepteurs les plus rapides
aux plus lents), ϕ1 − ϕ2 varie plusieurs millions de fois et le cosinus prend des
valeurs tantôt positives, tantôt négatives et, statistiquement, sa moyenne est
nulle et l’on retrouve donc l’additivité des intensités. On dit que les sources
sont incohérentes. Rappelons que ce problème est typique de la lumière, il ne
se pose pas ni pour la houle, ni pour le son, ni même pour les ondes radio dont
les trains d’onde sont plus longs.
Comment donc observer des interférences lumineuses ? C’est simple sur
le papier : rendre les sources synchrones, c’est-à-dire faire en sorte que, pour
chaque train d’onde, on ait ϕ1 = ϕ2 . La seule façon pratique est de permettre
6 OPTIQUE PHYSIQUE.
à l’aide d’un dispositif optique, appelé diviseur d’onde, qu’une même source
envoie vers chaque point M de l’écran deux rayons suivant deux chemins
différents, ou ce qui revient au même, qui forme de la source unique deux
images différentes. On réalise ainsi deux sources dites cohérentes et l’on a
alors : p
I = I1 + I2 + 2 I1 I2 cos(2 π ∆M /λ)
VI-3.c Quelques dispositifs historiques.
La connaissances de ces dispositifs n’est pas exigible ; on les cite ici pour
mémoire et on les étudiera en exercice.
Le premier est le dispositif des trous d’Young, le plus simple, mais le
moins lumineux. Il utilise le fait que, lorsqu’un faisceau lumineux travers un
tout petit trou, il ressort en un faisceau fortement élargi qui semble provenir du
trou ; on dit que la lumière diffracte (ce phénomène sera étudié dans le prochain
chapitre). Les deux trous se comportent comme deux sources cohérentes.
Bien sûr ce n’est que dans la zone où les deux faisceaux issus de deux
trous se superposent qu’ont lieu les interférences ; cette zone s’appelle le champ
d’interférences.
Les miroirs de Fresnel sont deux miroirs rectangulaires, accolés par l’un
de leur côtés et dont les plans font un tout petit angle ; ils sont éclairés en
lumière presque rasante. Ils forment deux images de la même source qui servent
INTERFÉRENCES LUMINEUSES. 7
de sources cohérentes. Sur le schéma ci-dessous, on a visualisé les deux fais-
ceaux qui émergent des deux miroirs et tracé le champ d’interférences.
Les bilentilles de Billet sont obtenues en sciant une lentille selon un plan
passant par son axe optique et en décalant les deux moitiés latéralement, selon
le schéma.
Enfin, le biprisme de Fresnel consiste en un prisme isocèle de petit angle,
qu’on considère comme deux prismes rectangles isocèles accolés par leurs petits
côtés. Chaque prisme dévie la lumière vers sa base selon le schéma.
VI-3.d Contraste.
L’ensemble des points où l’intensité est maximale correspond à ∆M /λ
entier ou à ∆M égal à un nombre entier de longueurs d’onde. On dit√que cet
ensemble
√ √ est2 une frange brillante. On a alors Imax = I1 + I2 + 2 I1 I2 =
( I1 + I2 ) .
De même on a une intensité minimale et des franges √ sombres √ pour
√ des
valeurs semi-entières de l’ordre et alors Imin = I1 +I2 −2 I1 I2 = ( I1 − I2 )2 .
Si Imin est nul, les franges sont bien visibles et on dit qu’on a un bon
contraste. Si au contraire Imax = Imin , I est alors constant et on ne voit plus
rien, on dit qu’on a un contraste nul. Pour chiffrer les choses on définit un
contraste γ ou une visibilité V par la formule
Imax − Imin
γ ou V =
Imax + Imin
ce qui définit un contraste compris entre 0 et 1 (ou 0% et 100 %).
8 OPTIQUE PHYSIQUE.
On a ici : √
2 I1 I2 2 a1 a2
γ ou V = = 2
I1 + I2 a1 + a22
Cela dit, sauf circonstances exceptionnelles, qui relèveraient d’un dispositif
mal conçu, a1 ≈ a2 et une simple application numérique montre que pour
0, 5 < a2 /a1 < 2 le contraste reste supérieur à 80%, c’est-à-dire très bon alors
que les extrémités de cet intervalle (a2 /a1 = 2 ou 0, 5 relèvent d’un défaut de
conception). Ce qui permet dans les exercices ou problèmes de se placer dans
la situation idéalisée où a1 = a2 .
VI-3.e Mise en place du formalisme.
Soit un écran dont les points M sont éclairés par deux sources S1 et S2 . La
première question à se poser est : sources cohérentes ou non ? Si la réponse
est non, on calculera les intensités qu’on obtiendrait avec la première source
seule et avec la seconde seule et on les additionne. Même démarche dans toute
situation de non-cohérence (deux longueurs d’onde par exemple). Si la réponse
est oui (source unique et monochromatique), on procède comme suit :
1. On calcule la différence de marche ∆ = [S2 M ] − [S1 M ] à partir des
images de la source S unique, ou encore ∆ = [SM ]2 − [SM ]1 , différence
de marche entre les deux rayons partant de S et arrivant en M ; les deux
méthodes donnent le même résultat et l’on choisit la mieux adaptée au
problème.
Cette étape nécessite la connaissance du dispositif expérimental et c’est
la seule. La suite est donc commune à tous les dispositifs.
2. On appelle s1 l’amplitude du premier rayon quand il arrive en M ; le
∆
second déphasé de ϕ = 2 π a donc pour amplitude s2 = s1 exp(−ϕ)
λ
3. Comme les sources sont cohérentes, on additionne les amplitudes soit
stot = s1 (1 + exp(−ϕ))
4. L’intensité en est le carré du module
I = stot s∗tot = s1 s∗1 (1 + exp(−ϕ)) (1 + exp(ϕ)) = 2 s1 s∗1 (1 + cos ϕ)
soit en notant que le maximum quand ϕ varie est Imax = 4 s1 s∗1
∆
(1 + cos ϕ) (1 + cos(2 π λ ))
I = Imax = Imax
2 2
Il va de soi qu’il faut absolument savoir cela par cœur.
VI-4 Interféromètre de Michelson
VI-4.a Réduction à une lame ou un coin d’air
L’étude des dispositifs diviseurs d’onde utilisant des lentilles ou des prismes
est hors programme ; on utilise en effet dans les laboratoires des dispositifs
plus lumineux comme l’interféromètre de Michelson ou de Fabry-Pérot.
INTERFÉRENCES LUMINEUSES. 9
Le premier sera du reste étudié dans un TP-cours spécifique. Contentons-nous
d’en donner les grandes lignes dans le cadre d’une utilisation avec une source
ponctuelle.
Les rayons issus de la source S arrivent sur une lame semi-réfléchissante,
appelée séparatrice sous une incidence voisine de 45˚, la lame est conçue pour
qu’une moitié de l’énergie se réfléchisse vers un premier miroir et que l’autre
traverse la lame vers un second miroir. Les rayons arrivent sur les miroirs sous
incidence quasi-nulle et repartent vers la séparatrice où une partie de l’énergie
est renvoyée vers la source et n’est pas utilisée et l’autre donnent des rayons
susceptibles d’interférer.(voir figure ci-dessous)
Considérons sur la figure ci-dessous à gauche, un rayon SIJKM ; si S 0
est le symétrique de S par rapport à la séparatrice, tout se passe comme si
un rayon issu se S 0 se réfléchissait en J sur le miroir. Au milieu, considérons
SIJKM et traçons, en plus de S 0 , le symétrique du miroir par rapport à la
séparatice, et J 0 le symétrique de J ; tout se passe cette fois comme si un rayon
issu se S 0 se réfléchissait en J 0 sur le symétrique du miroir. Il est donc d’usage
de ne dessiner que cette première réduction de l’interféromètre, à savoir S 0 ,
un miroir et le symétrique de l’autre. Dans la pratique ces deux miroirs sont
presque confondus en position et en orientation ; s’ils sont parallèles, on dit
qu’on a affaire à une lame d’air, sinon à un coin d’air (figures à droite).
Enfin, dans les deux cas, tout se passe comme si l’on avait deux sources
synchrones : les images S1 et S2 , presque confondues, de S 0 dans les deux
10 OPTIQUE PHYSIQUE.
miroirs de la réduction. Bien sûr, on ne verra d’interférences que dans le
cône de sommet S1 s’appuyant sur le miroir ; cette zone s’appelle le champ
d’interférences, c’est un volume et on dit que les franges sont non localisées.
On verra en TP-cours qu’avec une source large, le champ d’interférences se
réduit à une surface et que les franges sont alors localisées.
Un ensemble de points de même intensité lumineuse correspond à la même
différence de marche, c’est à dire une même différence entre les distances aux
point S1 et S2 . Il s’agit donc d’hyperboloı̈des de révolution, de foyers S1 et S2 .
Leur trace sur un écran plan est une conique, ellipse ou hyperbole. Si l’écran
est orthogonal à la droite S1 S2 , on aura, par symétrie, des cercles et si l’écran
est parallèles à S1 S2 , on a affaire à des hyperboles, mais, en général, on n’en
perçoit pas la courbure et elles ressemblent à des droites.
VI-4.b Etude des franges circulaires ou anneaux
Montrons comment on peut calculer la différence de marche en tout point
d’un écran placé orthogonalement à la droite S1 S2 , à une distance D de ces
points, distants entre eux de a (avec D a) ; on appelle O l’intersection de
S1 S2 avec le plan et r la distance d’un point M du plan à O. Il est d’ores
et déjà clair que la symétrie de révolution entraı̂ne que les franges sont des
cercles concentriques.
C’est ce qu’on obtient (voir la figure précédente) avec une lame d’air et
en plaçant un écran parallèle aux miroirs de la réduction, donc orthogonal à
S1 S2 .
−−−→ −−−→
On a ∆M = kS1 M k − kS2 M k.
En appliquant deux fois une formule classique dans un triangle :
p p
∆M = L2 + a L cos α + a2 /4 − L2 − a L cos α + a2 /4
En se limitant au premier ordre :
p p
∆M ≈ L 1 + a cos α/L − L 1 − a cos α/L = · · · = a cos α
D
∆M ≈ a √
D2 + r2
Un développement limité vis-à-vis de r conduit rapidement à :
1 r2
∆M ≈ a 1 −
2 D2
INTERFÉRENCES LUMINEUSES. 11
La valeur de a est arbitraire et dépend du réglage de l’appareil. Supposons
pour fixer les idées qu’on ait a = p λ avec p entier et donc ∆(r) = p λ (1 −
r2 /2D2 ). Alors l’intensité est maximale au point O où ∆ est égal à a. Le rayon
r1 du cercle correspond au maximum d’intensité le plus proche correspond p à
∆p = (p − 1) λ d’où p λ 2 2
/ (1 − r1 /2D ) = (p − 1) λ/ et finalement r1 = D 2/p =
D 2 λ/a . De même le kème cercle d’intensité maximale p correspond
p à ∆ =
(p√− k) λ et le même type de calcul conduit à rk = D 2 k/p = D 2 k λ/a =
r1 k, ce qui correspond à la figure ci-dessous.
VI-4.c Défilement des franges
Reprenons cette étude d’un autre point de vue : le rayon ρ` correspondant
à l’ordre
p `, c’est à dire à ∆ = ` λ est tel que a(1 − ρ2` /2D2 ) = ` λ soit ρ` =
D 2 (1 − ` λ/a), ce qui suppose ` < a/λ. Si l’on déplace l’un des miroirs,
donc l’une des sources, a varie et donc ρ` , on dit que les franges défilent ; par
exemple si a diminue, le rayon des franges diminue et la frange d’ordre ` finit
par disparaı̂tre quand a/λ devient inférieur à `.
VI-4.d Longueur de cohérence
La différence des temps mis par les rayons pour parvenir des sources
−−−→ −−−→
S1 et S2 au point M est kS1 M k/c − kS2 M k/c = ∆M /c. S’il s’avère que
cette différence est plus grande que la durée τ d’un train d’onde, on perd
la corrélation de phase entre les rayons donc la cohérence. Il n’y a alors
plus d’interférences possibles. Un critère supplémentaire pour l’observation
de franges est donc ∆ soit inférieur à c τ . On appelle cette grandeur longueur
de cohérence. Avec τ de l’ordre de 10−11 s pour une lampe spectrale, elle
est de l’ordre du millimètre. En pratique donc, pas d’interférences tant que
les miroirs sont séparés de plus de quelques millimètres. Avec une lampe à
incandescence, c’est encore moins, avec un laser, bien plus.
Retenons qu’en plus de la cohérence classique dite cohérence temporelle
(source unique), il faut placer l’écran là où la différence de marche n’est pas
trop grande ; on parle de nécessité d’une cohérence spatiale.
VI-4.e Franges rectilignes
Pour obtenir ce type d’interférences, le plus simple est de se placer en coin
d’air d’un petit angle α ; la distance angulaire, vue de O entre les sources
12 OPTIQUE PHYSIQUE.
secondaires est alors 2 α, c’est suffisamment petit pour qu’on dise que S1 S2
est parallèle au (et même aux) miroir(s). Il suffit alors de placer l’écran pa-
rallèlement aux miroirs et le tour est joué !
L’écran est donc placé comme sur la figure ci-dessous qui définit les nota-
tions ; Oy est perpendiculaire au plan de figure.
p p
Cette fois ∆ = D2 + (x + a/2)2 + y 2 − D2 + (x − a/2)2 + y 2 , on fac-
torise D et on effectue un développement limité qui conduit à ∆ = a x/D ∀y
et une intensité :
ax
I(x, y) ∝ 1 + cos 2 π
λD
ce qui correspond à la figure ci-dessous :
La périodicité vis-à-vis de x s’appelle l’i nterfrange et vaut donc i = λ D/a.
Pour D de l’ordre du mètre, a du millimètre et λ du micromètre, i est de l’ordre
du millimètre.
INTERFÉRENCES LUMINEUSES. 13
VI-5 Deux exemples de lumière non monochroma-
tique
VI-5.a Le doublet du sodium
On ne précise pas ici le dispositif qui conduit en tout point M à une
différence de marche ∆. La source est une lampe au sodium qui émet deux
radiations jaunes de même puissance, de longueurs d’onde très voisines λ1 et
λ2 (typiquement (λ2 − λ1 )/λ1 est proche de 10−3 ). On introduira les nombres
d’onde σ1 = 1/λ1 et σ2 = 1/λ2 . On a vu qu’avec des pulsations différentes, il y
a additivité des intensités ; on additionne donc les intensités des phénomènes
d’interférences que donnerait seule chacune des radiations et donc à une
constante multiplicative près :
I(∆) ∝ (1 + cos(2 π σ1 ∆)) + (1 + cos(2 π σ2 ∆))
on transforme la somme de cosinus en produit et l’on pose σm = (σ1 +
σ2 )/2 ≈ σ1 ≈ σ2 et ∆σ = (σ1 − σ2 )/2 σm , donc, en escamotant un facteur
2:
I(∆) ∝ 1 + cos(2 π ∆σ ∆) cos(2 π σm ∆)
Formellement un figure d’interférences correspondant à σm modulé par le fac-
teur en ∆σ, la courbe est la suivante (pour plus de lisibilité, on a augmenté
considérablement le rapport ∆σ/σm ).
VI-5.b Profil spectral rectangulaire
Soit cette fois une source idéalisée émettant avec une égale puissance toutes
les radiations de nombres d’onde compris entre σ1 et σ2 . (Ce profil est bien sûr
irréaliste, un profil plus correct serait une puissance nulle avant σ1 , croissant
continûment jusqu’au milieu puis redécroissant pour s’annuler en σ2 et au
delà ; mais les calculs seraient alors bien plus ardus.)
La seule différence avec le doublet, c’est qu’il faut ici faire une somme
continue, c’est à dire une intégrale, donc :
Z σ2
I(∆) = (1 + cos(2 π σ ∆)) dσ
σ1
14 OPTIQUE PHYSIQUE.
σ2
sin(2 π σ ∆)
I(∆) = σ +
2π∆ σ1
(sin(2 π σ2 ∆) − sin(2 π σ1 ∆))
I(∆) = (σ2 − σ1 ) +
2π∆
soit avec les mêmes notations que pour le doublet :
sin(2 π ∆σ ∆) cos(2 π σm ∆)
I(∆) = 2 ∆σ+ = 2 ∆σ [1 + snc(2 π ∆σ ∆) cos(2 π σm ∆)]
π∆
où l’on retrouve la fonction sinus cardinal. La courbe est la suivante :
On peut y définir un contraste local entre un maximum et un minimum
successifs, obtenus pour deux valeurs très proches de ∆ et confondues dans
le calcul qui suit. Imax ∝ 1 + |snc(2 π ∆σ ∆)| et Imin ∝ 1 − |snc(2 π ∆σ ∆)|
conduisent à γ = |snc(2 π ∆σ ∆)|, qui devient négligeable quand ∆ dépasse
disons 2/∆σ.
Remarque 1 : On n’oublie pas de mettre le sinus cardinal en valeur absolue
car il peut être négatif, ce qui inverse les valeurs du cosinus pour lesquels
l’intensité est maximale et minimale.
Remarque 2 : Avec un profil plus réaliste, on n’observerait pas les re-
bonds du sinus cardinal qui ne sont que des artefacts> de notre modélisation
et le contraste décroı̂trait de façon monotone en s’éloignant de l’ordre d’in-
terférences nul.
Remarque 3 : La transformée de Fourier nous apprend qu’un train d’onde
de durée τ à un spectre de largeur inversement proportionnelle à τ , c’est en
fait ce qui a été modélisé ici avec 1/∆σ proportionnel à τ . L’abaissement
du contraste quand ∆ augmente provient du fait qu’on se rapproche de la
longueur de cohérence c τ définie plus haut. Tout cela concorde bien.