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Stabilité des digues maritimes en hydraulique

Cette thèse étudie la stabilité et le franchissement des digues maritimes sous l'action des vagues. Le document présente le contexte et les objectifs de recherche, la méthodologie expérimentale utilisée pour analyser l'influence de la perméabilité et de la remontée du niveau marin, et les principaux résultats concernant le comportement de l'ouvrage de référence sous différentes conditions.

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Stabilité des digues maritimes en hydraulique

Cette thèse étudie la stabilité et le franchissement des digues maritimes sous l'action des vagues. Le document présente le contexte et les objectifs de recherche, la méthodologie expérimentale utilisée pour analyser l'influence de la perméabilité et de la remontée du niveau marin, et les principaux résultats concernant le comportement de l'ouvrage de référence sous différentes conditions.

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Thèse

présentée pour l’obtention du grade de


Docteur de l’Université du Havre

Spécialité:
Mécanique des Milieux Fluides
par
Dang-Trinh NGUYEN

Laboratoire d’accueil : Laboratoire Ondes & Milieux Complexes – UMR CNRS 6294
École doctorale : Sciences Physiques, Mathématiques et de l’Information pour l’Ingénieur

Stabilité et franchissement des digues


maritimes
Soutenue le 7 novembre 2012 devant le jury composé de :

Rapporteurs
Stéphane ABADIE Professeur, Université de Pau et des Pays de l'Adour
Abdellatif OUAHSINE Professeur, Université de Technologie de Compiègne
Examinateurs
Philippe SERGENT HDR, CETMEF, Compiègne
Michel BENOIT HDR, EDF R&D et Laboratoire Saint-Venant (Université Paris-Est)
François ROPERT Docteur, REPORTEX, Compiègne
Jérôme BROSSARD Professeur, Université du Havre (directeur de thèse)
2
REMERCIEMENTS

Tout d’abord je voudrais remercier Jérôme BROSSARD qui m’a dirigé tout au
long de ces trois années de thèse. Il a toujours été disponible, à l’écoute de mes nombreuses
questions, et s’est toujours intéressé à l’avancée de mes travaux. Les nombreuses discussions que
nous avons eues ainsi que ses conseils sont pour beaucoup dans le résultat final de ce travail. Sa
capacité d’analyse et son enthousiasme m’ont montré que le monde de la recherche pouvait être
un univers passionnant. Enfin, ses nombreuses relectures et corrections de cette thèse ont été très
appréciables. Cette thèse lui doit beaucoup. Pour tout cela merci.
Je voudrais remercier tout particulièrement Philippe SERGENT directeur de
recherche du CETMEF pour d’avoir financé ma thèse pendant 3 ans avec la région Haute
Normandie.
Je souhaite également remercier l’ensemble des membres du jury d’avoir accepté
de juger ce travail. Tout d’abord je voudrais remercier Abdellatif OUAHSINE et Stéphane
ABADIE d’avoir accepté de relire cette thèse et d’en être rapporteurs. La version finale de ce
mémoire a bénéficié de leur lecture très attentive et de leurs remarques précieuses. Je tiens à
remercier Abdellatif OUAHSINE d’avoir accepté d’être président du jury. Je remercie également
tous les membres du jury d’avoir accepté d’assister à la présentation de ce travail,
particulièrement Stéphane ABADIE qui s’est déplacé depuis Pau.
Cette thèse a aussi été l’occasion de travailler en collaboration avec divers
laboratoires de Recherche dans le programme national SAO POLO. Ainsi, je tiens
particulièrement à remercier Michel BENOIT du Laboratoire Saint-Venant (Université Paris-Est)
pour m’avoir ouvert les portes de son laboratoire et l’aide de l’équipement expérimentale. Par la
même occasion, je tiens à remercier François ROPERT, pour son conseil à la fin de cette thèse.
J’adresse également mes remerciements à tous les participants du programme national GICC-
SAO POLO, pour leur contribution à l’élaboration et à la réalisation des campagnes
d’expérimentaux.
Je remercie tous les thésards de LOMC pour la bonne ambiance de travail mais
également pour les nombreux bons moments passés ensembles. Entre autres Adrien, Sylvain,
Chu Tien Dat, Hui, Mirey, Paul. . .
Enfin, je remercie également toutes les personnes qui m’ont permis d’oublier
momentanément le travail dans des soirées, repas, loisirs ou autres : Anh-chi Ha-Huyen, Hung-
Linh, Dat-Ha, Hanh-Quang, Hoang. . .

3
De toute évidence, si j’en suis arrivée là c’est aussi grâce à eux. Alors, merci à
mes parents qui m’ont toujours soutenu et ont été, sont et seront toujours fiers de moi. Merci à
mon amour Nhung et ma bébé qui a su me soutenir, me supporter, m’encourager grâce au
compagnon pendant le moment très difficile de ma thèse.

4
Table des matières

Chapitre I : Introduction générale ..............................................................................................................13

Chapitre II : Généralités sur les digues maritimes et leur comportement ..................................................19

2.1. Introduction .............................................................................................................................20

2.2. Différents types de digues .......................................................................................................20

2.3. Digue à talus et sa composition ...............................................................................................21

2.4. Performance hydraulique .........................................................................................................23

2.5. Modèles de franchissement .....................................................................................................26

2.6. Réponse structurelle aux actions hydrauliques et modèles de stabilité ...................................30

2.7. Effet de la perméabilité sur le comportement d’une digue ......................................................39

2.8. Synthèse ...................................................................................................................................40

Chapitre III : Conditions expérimentales et climats de houle obtenus dans le canal .................................41

3.1. Introduction .............................................................................................................................42

3.2. Dispositif expérimental............................................................................................................42

3.3. Variation de la hauteur de la houle lorsque celle-ci se propage du large à la côte


(Shoaling) ...........................................................................................................................................45

3.4. Evolution du spectre de vagues due au déferlement................................................................45

3.5. Variation spatiale des hauteurs de vague due à la réflexion ....................................................47

3.6. Variation des périodes caractéristiques le long du canal .........................................................51

3.7. Ondes longues dans le canal ....................................................................................................54

3.8. Limite des hauteurs des houles qu’on peut générer dans le canal ...........................................56

Chapitre IV : Influence de la perméabilité du noyau sur la stabilité d’une carapace naturelle ................59

5
4.1. Introduction .............................................................................................................................60

4.2. Mesure de la perméabilité des noyaux ....................................................................................60

4.3. Etude de stabilité .....................................................................................................................69

4.4. Conclusion ...............................................................................................................................84

Chapitre V : Comportement des ouvrages vis-à-vis de la remontée de niveau des mers ..........................87

5.1. Dimensionnement du modèle physique de référence ..............................................................89

5.1.1. Conditions d’entrée pour le dimensionnement de la digue de référence .............................89

5.1.2. Point de vue stabilité de la carapace ....................................................................................90

5.1.3. Point de vue franchissement ................................................................................................93

5.1.4. Choix de l’échelle et conséquences expérimentale ..............................................................94

5.1.5. Configuration du modèle physique et plages de variation des caractéristiques des


houles testées ......................................................................................................................................95

5.2. Dispositif expérimental et modélisation d’une digue à carapace artificielle ...........................96

5.2.1. Dispositif expérimental pour les mesures de franchissement et du taux de dommage ........96

5.2.2. Paramètres structuraux de la carapace .................................................................................98

5.3. Comportement de l’ouvrage de référence sous conditions initiales de niveau moyen ..........102

5.3.1. Conditions expérimentales .................................................................................................102

5.3.2. Résultats : franchissements ................................................................................................103

5.3.3. Résultats : stabilité de la carapace .....................................................................................110

5.4. Effets d’une surélévation du niveau moyen sur les franchissements ....................................112

5.5. Effets d’une surélévation du niveau moyen sur la stabilité ...................................................114

5.6. Solutions de renforcement .....................................................................................................115

5.6.1. Renforcement par rehausse du mur de couronnement .......................................................116

5.6.2. Renforcement par digue détachée submergée....................................................................121

5.6.3. Renforcement par construction d’une berme .....................................................................126

6
5.6.4. Renforcement par mise en place d’une troisième couche de BCR ....................................128

5.6.5. Renforcement par mise en place d’une troisième couche de BCR et d’une rehausse
du mur de couronnement ..................................................................................................................129

5.6.6. Conclusion générale sur les solutions de renforcement .....................................................132

5.6.7. Extrapolation de l’influence du mur de couronnement sur le franchissement


(paramètre γv)....................................................................................................................................133

5.7. Propositions de modification des formulations existantes pour l’estimation des


franchissements ................................................................................................................................136

5.7.1. Modification de la formule semi-empirique Owen – Besley (coefficient de


frottement γr) .....................................................................................................................................136

5.7.2. Nouvelle méthode d’estimation du coefficient de frottement γr ........................................139

5.7.3. Conclusion .........................................................................................................................143

5.8. Proposition de modifications des formulations existantes pour l’estimation du


dommage ..........................................................................................................................................143

5.8.1. Introduction ........................................................................................................................143

5.8.2. Formule finale et conclusion ..............................................................................................154

Chapitre VI : Conclusion et perspectives.................................................................................................157

6.1. Conclusion générale ..............................................................................................................158

6.2. Perspectives ...........................................................................................................................160

7
Notations

A Section érodée
Ae Surface érodée à la hauteur du niveau de l'eau au repos
Ac Revanche de la crête de la carapace
B Largeur de la crête
BB Largeur de la berme de la digue
Bt Largeur de la butée de pied de la digue
Cr Facteur de réduction prenant en compte de la largeur de berme de crête
c Constante que Ward propose de fixer à 0,550
d Densité solide de la carapace
D Taille des particules
Dn50 Diamètre nominal médian des blocs naturels ou artificiels
D85 Diamètre correspondant à l’ordonnée 85% de la courbe granulométrique
D15 Diamètre correspondant à l’ordonnée 15% de la courbe granulométrique
Dn50 noyau Diamètre nominal de matériau du noyau
DR Taux de dommage
E Échelle de maquette
Fr Nombre de Froude
fe Fréquence d’échantillonnage utilisé
f Fréquence de pic du mode basse fréquence
g Accélération de la pesanteur
G Facteur de gradation qui dépend de la gradation de l'enrochement
Gc Largeur de berme de crête
h Hauteur d’eau
hs (ou htoe) Profondeur de l'eau au pied de l'ouvrage

8
hb Hauteur d’eau au-dessus d’une berme
H Hauteur de la houle (chapitre II)
Ht Hauteur de la houle transmise (chapitre II)
Hi Hauteur de la houle incidente (chapitre II)
Hs Hauteur significative de la houle
Hs0 Hauteur significative de la houle au large
Hs0inc Hauteur significative de la houle incidente au large
Hm0 Hauteur significative spectrale de la houle
Hm0toe Hauteur significative spectrale de la houle au pied de l’ouvrage
Hmax Hauteur de vague maximum
Hmin Hauteur de vague minimum
H1/3 Hauteur significative statistique de la houle, moyenne des hauteurs du 1/3
supérieur des vagues
I Gradient hydraulique
kt Densité de pose (De Jong,1996)
k∆ Coefficient d'épaisseur de couche
Ks Coefficient de shoaling (chapitre V)
Ks Coefficient spécifique de perméabilité réel du milieu poreux
Ks(carapace) Coefficient de perméabilité réel du milieu poreux constituant la carapace
Kt Coefficient de transmission
Kr Coefficient de réflexion
K Coefficient sans dimension dépendant de la forme du bloc
K Coefficient de perméabilité (loi Darcy)
KD Caractérisant la performance hydraulique du bloc
k Nombre d’onde, k = 2π/λ
L Longueur d’éprouvette (loi Darcy)
m Pente bathymétrique
M Masse d’un bloc
Ne Nombre de donnés acquises
NS Nombre de stabilité

9
Nd Taux de dommage donné en % de blocs déplacés par rapport au nombre de blocs
Nod Nombre de dommage rapport du nombre de blocs déplacés par rapport au nombre
de blocs d’une tranche d’ouvrage de largeur Dn
N Nombre de vagues durant la tempête
NBL Nombre de blocs placés dans la zone définie de surface B x L de chaque couche
NPBL Volume du nombre de blocs maximum possible dans la zone de surface B x L par
couche
nv Porosité de la carapace
P Coefficient de perméabilité nominale, définie par Van der Meer
P Pression motrice
Pr Porosité réelle de la carapace
Q Débit de franchissement
Q* Débit franchissant spécifique adimensionnel
Q*exp Débit franchissant spécifique adimensionnel mesuré
Q*Ow-Be Débit franchissant spécifique adimensionnel estimé par la formule de Owen-Besley
Q*VdM-Be Débit franchissant spécifique adimensionnel estimé par la formule de VdM-Besley
Q0 Franchissement de la houle pour le cas Rc = 0
R* Revanche adimensionnelle
Rc Revanche de la crête (franc-bord)
Re Nombre de Reynolds
Ru Hauteur du run-up d’une vague par rapport au niveau de l’eau au repos
Run% Hauteur du run-up dépassée par seulement n% des vagues
RBN Nombre de blocs bougeant en restant sur place
RLBN Nombre de blocs se déplaçant de plus de Dn
t Épaisseur nominale de la carapace
T Période de la houle
Tc Temps caractéristique de l’écoulement dans le milieu poreux
Te Période énergétique de la houle
Tei Période énergétique du spectre incident
Tp Période pic de la houle

10
Top Période pic de la houle en eau profonde
Tm Période moyenne de la houle
Tmi Période moyenne du spectre incident
Tm-1;0 Période énergétique moyenne de la houle
Tm -1,0toe Période énergétique moyenne de la houle au pied de l’ouvrage
TBN Nombre de blocs se déplaçant de moins de Dn
TNOB Nombre de blocs total constituent la couche superficielle de la carapace
V Volume franchissant
W Poids du bloc
s Cambrure de la houle
sop Cambrure nominale de la houle définie à partir de la période de pic
som Cambrure nominale de la houle définie à partir de la période moyenne
S Niveau de dommage adimensionnel calculée par S = A/Dn50
α Angle du talus
αd Pente inférieure de la digue
αu Pente supérieure de la digue
αb Pente de la berme
β Angle d’incidence de la houle par rapport à l’ouvrage
∆ Densité déjaugée relative (∆ = ρs /ρw - 1)
φ Densité de pose (Günbak, 2000)
γ Facteur de forme du spectre
γb Facteur de correction pour prendre en compte la présence de la berme
γf (formule de VdM) ou γr (formule d’Owen)
Facteur de correction pour prendre en compte la rugosité du talus
γv Facteur de correction pour prendre en compte le mur de couronnement
γβ Facteur de correction pour prendre en compte l’angle d’incidence de la houle
λo Longueur d’onde au large (grande profondeur)
λm Longueur d’onde
µ Coefficient de frottement (Formule d’Iribarren - Chapitre II)

11
µ Coefficient de viscosité dynamique
µx Valeur moyenne de x
ν Coefficient de viscosité cinématique
ω Fréquence angulaire de la houle ω = 2π/Τ
ΨS Densité de pose
ρ Masse volumique
ρs Masse volumique du bloc
ρw Masse volumique de l'eau
σ Paramètre de propagation directionnel de la vague
σx Écart-type de x
ξm-1,0 Paramètre de déferlement, nombre d’Iribarren calculé à partir de Tm-1,0
ξm Paramètre de déferlement, nombre d’Iribarren calculé à partir de Tm
ξcr Valeur critique du nombre d’Iribarren proposée par Van der Meer

12
Chapitre I

Introduction générale

13
« Aujourd’hui, plus de 60 % de la population mondiale vit aujourd'hui en zone
côtière, ce qui représente environ 3,8 milliards d'individus vivant dans une bande terrestre qui
n'excède pas 100 kilomètres par rapport à la ligne de rivage. Si la tendance actuelle se confirme,
tant pour la démographie que pour l’urbanisation, nous serons en 2050 plus des trois quarts de
la population mondiale, soit environ 7 milliards de personnes sur ce même espace, presque deux
fois plus qu’aujourd’hui. Plus de 70 % de cette augmentation aura lieu dans les vingt pays les
moins développés du monde, là où la conservation et l’utilisation des ressources naturelles
côtières et marines permettent d’assurer une économie de subsistance » (Lefebvre, C., 2011).

A cette pression démographique décrite par Christophe Lefebvre, il faut associer les flux
de marchandises, matières premières, voyageurs, etc. Ainsi, quatre-vingt-dix pour cent du
commerce mondial s’effectue par voie maritime.
Comme conséquence ou comme moteur de ce qui précède, les activités économiques sur
les zones littorales s’intensifient ; activités qui présentent le plus souvent une forte valeur
ajoutée. Dans ces zones littorales, il faut aussi compter les grands estuaires qui, souvent,
concentrent des activités agricoles, piscicoles, etc. qui ont aussi un poids économique et social
très important. Cette description très sommaire montre la vulnérabilité des zones littorales vis-à-
vis des aléas marins.
Les littoraux maritimes sont des lieux très fragiles qui subissent les attaques incessantes
des courants marins et des vagues avec des évènements extrêmes conjonctifs (vagues scélérates,
tsunamis, surcotes, marées, tempêtes,…). Typiquement, pour la tempête Xynthia qui a frappé
plusieurs pays européens entre le 26 février et le 1er mars 2010, la conjonction de vents violents
et de fortes marées a donné lieu à une onde de tempête qui a occasionné d'importantes
inondations dans certaines régions littorales en France. La tempête a conduit à la rupture de
plusieurs digues dans plusieurs localités, conduisant à de fortes inondations et a provoqué près de
deux milliards d'euros de dommages.
En plus, le changement climatique pourrait avoir des conséquences importantes sur les
conditions hydrodynamiques futures en zone côtière et donc sur les ouvrages maritimes (côtiers
ou portuaires). Le 4ème rapport d'évaluation du GIEC (2007) synthétisé par l’ONERC (2010)
propose un scénario dit "optimiste" de surélévation de 0,40 m et un scénario "pessimiste" avec
une surélévation de 0,60 m à l’horizon 2100. Certains scénarios dits "extrêmes" proposent des
surélévations possibles de 1 à 2 m. L'augmentation du niveau moyen des mers et l'intensification
des tempêtes au large (impliquant des hauteurs de houles au large plus importantes) seraient les
conséquences de ce changement climatique et les causes directes des modifications des
conditions hydrodynamiques au droit des ouvrages de protection côtière ou portuaire.
Afin de protéger les littoraux maritimes de ces effets dévastateurs, les digues à talus
maritimes sont le plus souvent utilisées. Ce type de digue est intéressant, en plus de sa facilité de
réalisation, parce que le talus côté mer dissipe plus l’énergie de la houle que d’autres types
d’ouvrages. Une digue conventionnelle simple consiste souvent en trois parties : la carapace

14
constituée d’une ou deux couches en enrochement naturel ou artificiel de grande taille, la sous-
couche et le noyau qui est fait de gravier ou tout-venant. L’inconvénient majeur de ce type de
digue, par rapport à des digues verticales par exemple, est le volume important de matériau à
manipuler pour réaliser le noyau et ce d’autant plus que la hauteur d’eau est importante.
En France, les linéaires de digues portuaires sur le littoral métropolitain (hors Corse) sont
de l’ordre de 180 kilomètres dont 139 km de digues à talus qui se divisent en 113 km de digues à
talus en enrochement naturel et 26 km de digues à talus avec une carapace en blocs bétons
(Rapport Final SAO POLO, 2012).
Autre exemple, au Pays Bas, après les inondations de 1953, le plan de reconstruction du
Delta représente les plus grands travaux hydrauliques de l'après-guerre ayant l'ambition
d'améliorer la sécurité des zones de plus faible altitude des Pays-Bas contre les tempêtes les plus
violentes et les inondations. Cet énorme projet a coûté environ cinq milliards d’euros sur une
période de construction d’ouvrages de protection d'environ 40 ans. Le plan Delta est devenu un
modèle pour le reste du monde grâce à une technologie qui assure la protection de la population
et de la nature. Grâce à lui, les Pays-Bas ont une vision plus globale de la sécurité et de l’eau.
Les dysfonctionnements possibles de ce type d’ouvrage à talus sont :
• la rupture de la carapace conduisant ensuite à la rupture d’ensemble de la
structure (Fig. I.1)
• les franchissements dépassant le critère de sécurité pour les activités
économiques et humaines censées être protégées (Fig. I.2).

Fig. I.1 - Rupture de digue en enrochement naturel à Guérande, France sous l’effet de la tempête
Xynthia (Source: [Link]

15
Fig. I.2 - Franchissement d’une vague de tempête (EurOtop).

La vulnérabilité des territoires urbains soumis au risque de submersion marine


conduit à des stratégies d’adaptation susceptibles de diminuer cette vulnérabilité et les
dommages induits ; notamment par le renforcement des ouvrages de protection.
Les scénarios retenus pour l’estimation économique et la comparaison des stratégies
d’adaptation sont les suivants chronologiquement en fonction de la sévérité du changement
climatique :
– le laisser-faire (coût des dommages aux biens) ;
– le renforcement de l’ouvrage (coût de construction + coût des dommages à l’ouvrage +
coût des dommages aux biens) ;
– le repli stratégique (coût du repli + coût de dommages aux biens).
Avec une analyse coût-bénéfice, les décideurs ont à choisir la meilleure stratégie. Suite
aux événements récents (Tsunami au Japon, Xynthia en France,…) et à la perception des
populations, il apparaît évident qu’il faut améliorer la précision de l’estimation des coûts, des
dommages aux biens et des solutions de renforcement.

L’amélioration de la précision de prévision de comportement nécessite une


meilleure compréhension des phénomènes physiques à l’œuvre et leur intégration dans les
modèles. Les modèles de comportement de digues maritimes existants et les plus couramment
utilisés par les ingénieurs seront présentés au chapitre II de ce mémoire.
L’un des plus utilisé, le modèle semi-empirique de Van der Meer (1987), a été développé
pour décrire les conditions de stabilité des digues en enrochements sous l’action de la houle. Ce
modèle s’avère incapable de décrire précisément l’influence de la perméabilité réelle du noyau
sur la stabilité de la carapace. Cependant, la prise en compte de la perméabilité des multiples

16
types de noyaux possibles est indispensable pour mieux comprendre le mécanisme de la rupture
d’une digue ; ce travail fera l’objet du Chapitre IV.
L’aléa de remontée du niveau de la mer doit être examiné du point de vue des
conséquences sur les ouvrages existants. Pour une digue, un accroissement du niveau du plan
d’eau accompagné par des houles d’intensité accrue va conduire à des aléas de rupture et de
franchissement bien supérieurs à ceux prévus lors de la conception de l’ouvrage. Il convient alors
d’estimer le plus précisément ces aléas. Face à ces aléas des solutions de renforcement doivent
être proposées ; c’est l’objet du chapitre V. Ces solutions de renforcements doivent vérifier deux
critères : la conservation de la stabilité de la carapace et un seuil acceptable de débit de
franchissement. Le travail présenté dans ce chapitre V est une partie de notre contribution au
programme national SAOPOLO.
Dans le cadre de cette étude, notre outil d’analyse est expérimental. Les conditions
expérimentales et la méthode de mesure et de traitement des résultats que nous avons utilisées
sont présentées au chapitre III. Dans ce chapitre, nous présentons également une analyse
détaillée des climats de houle obtenus dans le canal avec une digue réfléchissante.

Notre manuscrit se décompose en cinq chapitres agencés de la manière suivante :


1. Le premier chapitre du manuscrit intitulé introduction, a logiquement été consacré
à présenter de façon générale le contexte de cette thèse.
2. Le deuxième chapitre, intitulé « introduction à l’étude de la stabilité des digues et
du franchissement », est une introduction générale sur les digues surtout les digues à talus en
enrochement. Les performances hydrauliques et la stabilité structurelle seront examinées et les
modèles empiriques pour la prédiction de ces phénomènes présentés. Particulièrement, les
modèles de prédiction du franchissement et de la stabilité de la carapace sont analysés
soigneusement.
3. Dans le troisième chapitre, nous présentons le dispositif expérimental relatif à nos
essais réalisés en modèle réduit et les moyens de mesures utilisés au cours de ces travaux de
recherche. En plus, ce chapitre est dédié au traitement les climats de houle obtenus dans le canal.
Les limites des modélisations à petite échelle sont aussi examinées dans cette partie.
4. Le quatrième chapitre est consacré à l’étude de la stabilité des ouvrages en
enrochement naturel pour des noyaux de différentes perméabilités. Les résultats obtenus sont
confrontés au modèle empirique de Van der Meer (souvent noté VdM dans la suite du
manuscrit). Le grand nombre de mesures réalisées nous permet de proposer une formulation
alternative à celle de Van der Meer, formulation prenant en compte beaucoup plus directement,
les caractéristiques de perméabilité du noyau.

17
5. Le cinquième chapitre traite du comportement des ouvrages vis-à-vis de la
remontée de niveau des mers. En premier lieu, la configuration de la digue avec l’état initial de la
mer est présentée. Puis, les effets d’une surélévation du niveau moyen de la mer sur la digue de
référence sont étudiés des points de vue du franchissement et du dommage sur la carapace. Ce
chapitre se terminera par non seulement des propositions de renforcement de la structure, mais
aussi par des propositions de modification des modèles semi-empiriques pour prendre en compte
les scénarios d’accroissement du niveau de la mer.
6. Enfin, le sixième chapitre, de conclusion, synthétise les différents résultats
obtenus lors de ces travaux de thèse et ouvre quelques voies à explorer en prolongement de ces
travaux.

18
Chapitre II

Généralités sur les digues maritimes et leur comportement

19
Habituellement, afin de protéger les côtes maritimes devant les effets dangereux
de la houle et des courants sur nos activités quotidiennes, des ouvrages artificiels sont construits.
Les dispositifs mentionnés ici sont les digues, les épis, les brise-lames, etc…qui sont destinés à
dissiper l’énergie des vagues, réfléchir les houles incidentes et contrer l’érosion côtière. La
conception des digues exige alors des études approfondies à cause des nombreux problèmes à
résoudre et la grande variété de types d’ouvrage et de compositions de ces ouvrages.
Cette partie est ainsi consacrée à présenter les différents types de digues et leur
composition. Il faut juger aussi de leur performance hydraulique et de leur réponse structurelle
aux actions de la houle.

2.2.

En général, en fonction de leur géométrie, on distingue les digues à talus, les digues
verticales, les digues mixtes, etc…Le choix du type de digues, dépend des conditions:
hydraulique, géotechnique, de construction, économique, d’exploitations du port… (voir Fig. II.
1).

Fig. II. 1 - Coupes de différents types de digues (Guide Enrochement)

Digue à talus : Afin d’atteindre la stabilité globale, la digue à talus présente un profil
trapézoïdal. Une digue conventionnelle simple consiste souvent en trois parties : la carapace

20
constituée d’une ou deux couches en enrochement naturel ou artificiel de grande taille, la sous-
couche et le noyau qui est fait de sable ou tout-venant (voir Fig. II. 2).

Ce type de digue est intéressant en plus de sa facilité de réalisation parce que le talus côté
mer dissipe plus l’énergie de la houle que les autres types. Pour diminuer les franchissements des
vagues et assurer la protection des biens et des piétons côté port, un mur de couronnement est
placé à la crête d’ouvrage. Dans certains cas, on réalise une digue à berme qui accroît la
dissipation d’énergie et qui peut, dans certaines limites, auto-adapter son profil aux conditions de
houle.
Toutefois, le désavantage majeur de l’utilisation de ce type d’ouvrage réside dans le coût
de construction (volumes importants de matériaux), et la sensibilité de la carapace qui toujours
posent problème pour le maître d’ouvrage. En conséquence, une digue à crête abaissée permet de
compenser les inconvénients ci-dessus. Dans les sites où la houle est moins violente et où le
franchissement est acceptable, ce type de digue peut être choisi. Parfois, il est utilisé comme
digue secondaire pour atténuer la hauteur de la houle dans une zone portuaire ou devant une
digue principale. Ce type de digue est généralement plus simple que la digue conventionnelle car
souvent homogène en enrochement naturel, ou quelques fois recouverte par une carapace
artificielle.
Digues en caisson ou digues verticales: Une digue verticale (Ojima et al., 1985 et
Oumeraci et al., 1994) est un ouvrage massif composé d’un mur vertical monolithique. Il pose
directement sur une fondation ou un tapis d’enrochements. Ce type de digue sert dans les zones
dont la profondeur est plus importante que dans le cas de digue à talus, principalement dans la
zone de protection portuaire. Néanmoins, cet ouvrage joue un rôle défavorable dans l’agitation
du plan d’eau et provoque une agitation résiduelle dangereuse pour l’accostage des navires.
Digue mixte : Il s’agit d’une combinaison entre les digues à talus et les digues verticales
dont la partie inférieure est une forme d’ouvrage à talus et la partie haute est une digue verticale.
L’avantage de ces digues réside dans l’aspect économique qui donne la valeur optimale en
termes de consommation d’enrochement naturel et de béton en comparaison à un ouvrage à talus
ou vertical de même hauteur. L’efficacité, d’une digue mixte est suffisante pour résister aux
efforts des vagues déferlantes, comme une digue verticale; et stable contre les phénomènes
d’affouillements, comme une digue à talus.

Les digues à talus sont les ouvrages de protection contre la houle les plus utilisés grâce à
leur caractère peu réfléchissant de la houle et à la facilité de leur réalisation. Elles sont
constituées de plusieurs parties dont le choix de la géométrie, des matériaux et la qualité de mise
en place déterminent les performances (Fig. II. 2).

21
Fig. II. 2 - Coupe-type d’une digue à talus (Guide Enrochement).

Carapace: Les matériaux utilisés en carapace sont constitués habituellement soit


d’enrochements naturels soit de blocs artificiels à grand taille en béton avec une forme spécifique
afin d’obtenir l’imbrication entre eux et donc d’augmenter la stabilité de l’ouvrage. Les blocs
artificiels qui constituent la carapace sont disposés sur deux couches comme dans le cas des
blocs Antifer, des Tétrapodes ou sur en monocouche comme le Core-loc, le Haro, l’Accropode…
En plus du rôle d’assurer la stabilité de la digue sous l’action de la houle, l’arrangement des
blocs de la carapace doit être optimisé pour aussi obtenir une porosité assurant un maximum de
dissipation de l’énergie et un minimum de franchissement de la houle. La stabilité des digues et
l’arrangement de carapace seront traités dans la section suivante.
Noyau: Il s’agit de partie centrale d’une digue à talus qui repose directement sur la
fondation ou le tapis d’enrochement. En général, le volume de noyau est l’élément le plus
important d’une digue à talus. Pour des raisons économiques il est constitué de la catégorie de
blocs la moins chère comme le tout-venant d’abattage. La taille et la porosité optimale des
matériaux sont encore discutées. Lorsqu’il est trop fin, le problème de l’exfiltration au travers la
carapace est évité par l’interposition d’une sous-couche ou filtre entre le noyau et la carapace.
Sous-couches: Cette couche est un intermédiaire entre la carapace et le noyau, et est
généralement composée d’enrochements de petite taille. Il réalise un tapis solide capable de
soutenir les gros enrochements constituant la carapace. L’autre fonction est de jouer le rôle de
filtre granulométrique qui permet d’empêcher de petits blocs du noyau de passer au travers de la
carapace. Dans certains cas, si la différence de taille entre les matériaux qui constituent la
carapace et le noyau est modérée, cette couche n’est pas nécessaire.
Mur de couronnement: Le mur de couronnement est une superstructure composée d’un
bloc de couronnement en béton ou d’un mur chasse mer qui surmonte la digue. Il a pour objet
d’assurer la protection de la partie supérieure de la digue et de protéger le talus arrière de
l’impact des franchissements. Aujourd’hui, les ingénieurs recherchent de nouvelles géométries
et des essais sont réalisés avec diverses formes spécifiques de mur capables de limiter
efficacement l’effet indésirable du franchissement. Dans le présent travail, deux formes
conventionnelles du mur de couronnement sont présentées dans le chapitre suivant.

22
La butée de pied: La fonction d’une butée de pied est de maintenir la stabilité de la
couche de carapace afin d’éviter son glissement global. Elle joue aussi un rôle important contre
les affouillements du fond de structure.
Berme: La berme est mise en place pour augmenter la dissipation de l’énergie de la
houle. Sa fonction secondaire est de réduire la longueur du talus, et donc empêcher les blocs de
la carapace de rouler jusqu’au pied de l’ouvrage.
Soubassement: Le soubassement est réalisé afin de limiter l’enfoncement et le
mouvement des fondations. Ce soubassement peut jouer un rôle de filtre entre le corps de digue
et le sol sous-jacent. Il est souvent constitué à matériaux de carrière de faible granulométrie ou
de matériaux extraits sur le site par dragage.

La performance hydraulique associée à l’effet de la houle sur la structure est estimée par
différents critères comme la transmission, la réflexion, le run-up et le franchissement. Ces
phénomènes physiques sont souvent quantifiés par des formules semi-empiriques avec
l’influence des incertitudes sur cette méthode de prédiction. Le Fig. II. 3 ci-dessous présente les
performances hydraulique liées à la houle sur la structure.

Fig. II. 3 - Interactions hydrauliques liées à la houle et paramètres dimensionnant (Guide


Enrochement).
Transmission: La transmission joue un rôle important pour la zone derrière l’ouvrage,
surtout pour les digues à crête abaissée qui transmettent beaucoup d’énergie de la houle dans la
zone de protection. Donc la quantification de la transmission de la houle est importante lors de la
conception, celle-ci peut causer des mouvements de navires inacceptables. La transmission est
exprimée par un coefficient Kt qui est défini par le rapport entre la hauteur de la houle transmise
Ht et la hauteur de la houle incidente Hi: Kt = Ht/Hi.

23
Ce coefficient de transmission dépend théoriquement, non seulement de la géométrie de
l’ouvrage comme la revanche de la crête Rc, de la largeur de la crête B, des matériaux constituant
la digue, le diamètre nominal médian des blocs de la carapace Dn50 et de la hauteur d’eau h mais
aussi des conditions de houle telles que la période de la houle T et la hauteur de la houle incident
Hi.
Plusieurs recherches ont été réalisées afin de prévoir le coefficient de transmission de la
houle par Powell et Allsop (1985); Ahrens (1987); Van der Meer (1990); D’Angremond et al.
(1996). Le travail le plus récent, à l’origine des données du projet européen DELOS
(Environmental Design of Low Crested Coastal Defence Structures - voir Fig. II. 4) est réalisé
par Van der Meer (2005) qui fait la synthèse et l’analyse de différents résultats d’essai sur la
transmission de la houle Kt. Il propose la formulation suivante :
Rc
Kt = a +b
Dn 50
(II. 1)
H H B 1,84
a = 0, 031 i − 0, 024 and b = − 5, 42 sop + 0, 0323 i − 0, 017( ) + 0,51
Dn 50 Dn50 Dn50

Pour des valeurs maximales et minimales de Kt = 0,75 et Kt = 0,075, les limites


respectivement sont les suivantes : 1 < Hs/Dn50 < 6 ; 0,01 < sop < 0,05 et -2 < Rc/Dn50 < 6.
Où : sop est la cambrure nominale de la houle définie à partir de la période de pic par :
sop = 2 Hs/(gTp2).
Ces relations donnent un modèle pratique qui associe à la performance hydraulique des
paramètres adimensionnels comme la hauteur relative de crête (Rc/Dn50), la hauteur relative de
vague (Hs/Dn50) et la cambrure de la houle (sop).

Fig. II. 4 - Transmission de la houle à travers les ouvrages à crête abaissée (base de données de DELOS).

24
Réflexion: La houle est réfléchie par la plupart des ouvrages à talus et joue un rôle
important pour la zone devant l’ouvrage. La réflexion de la houle est exprimée par le coefficient
de réflexion Kr, défini par le rapport entre la hauteur de houle réfléchie, Hr, et la hauteur de la
houle incidente Hi : Kr = Hr/Hi.
Les talus en enrochement sont souvent utilisés dans le but d’absorber l’énergie de la
houle. Ce type de talus réfléchit généralement moins que les talus imperméables. En raison de
cela, dans les formules de prédiction (Postma, 1989), pour les cas des talus lisses, imperméables
et rugueux, les influences de la perméabilité P, l’angle du talus α et la cambrure sop sont pris en
compte.
K r = 0, 081.P −0,14 .cot − 0,78
.s op −0,44 (II. 2)

Certains ouvrages peuvent intégrer une berme dans le talus en enrochement au niveau
proche de celui de l’eau au repos. La largeur de cette berme BB, a un effet sur la réflexion de la
houle dans ce type de configuration. Cette berme est plus efficace pour les ondes courtes.

Run-up: Le niveau extremum atteint sur la carapace par chaque vague est appelé le run-
up et est défini par rapport au niveau de l’eau au repos et noté Ru. Pour la conception, le niveau
acceptable de run-up peut être utilisé comme critère pour déterminer le niveau de la crête d’un
ouvrage. L’estimation du run-up est souvent déduite d’équations semi-empiriques obtenues à
partir de résultats d’essais sur modèle physique (Battjes, 1971; Szmytkiewicz, 1994 et Hughes,
2005). Il est aussi, parfois, déterminé par modélisation numérique de l’interaction houle/ouvrage
(Dodd, 1998 et Hedges, 2004). Généralement, le run-up est présenté sous la forme Run% où
l’indice « n » (fréquemment n=2%) exprime le niveau de dépassement associé au nombre de
vagues incidentes.
Dans la plupart des types d’ouvrage, le phénomène de run-up est intimement lié au
franchissement. Si le niveau de run-up dépasse le niveau de la crête d’ouvrage, le franchissement
existe. Ainsi, les recherches des deux phénomènes sont souvent réalisées en parallèle. Les
travaux sur le run-up et le franchissement ont les mêmes approches pour divers types de digue,
de carapace en enrochement (naturelle, Antifer, Acropode…) et de houle (frontale, oblique,
déferlante…). Les modèles ci- dessous sont destinés à juger du franchissement de la houle.
Franchissement: Lors du dimensionnement de la cote d’arase de la crête, le seuil de
débit de franchissement de la houle doit être précisé. Un faible débit de franchissement peut être
accepté dans la zone protégée pour certains scénarios d’activité. Ce débit est souvent présenté
sous forme d’un débit spécifique par mètre de crête et seconde (m3/m/s). En général, le débit de
franchissement moyen q est fonction de différentes grandeurs comme:
q = f (Hs; Top; σ; Rc; hs; g; la géométrie d'ouvrage) (II. 3)

Hs : Hauteur significative de vague;
Top : Période pic de la houle en eau profonde ;

25
σ : Paramètre de propagation directionnel de la vague.
Rc : Revanche de la crête (franc-bord) ;
hs : Profondeur de l'eau au pied de l'ouvrage ;
g : Accélération de la pesanteur.

Autant que le run-up de la houle, il existe différentes méthodes pour prédire le


franchissement en fonction des types de carapace (talus lisses ou rugueux, perméable ou
imperméable) basées sur l'équation (II. 4). Il est également possible de prendre en compte des
configurations plus complexes, telles qu'une houle oblique, des conditions d'eau peu profonde ou
une berme dans le talus en utilisant des facteurs de correction.

2.5.1. Formulations générales

En pratique, la formule de franchissement est représentée par une des expressions


suivantes, basées sur des données expérimentales:
Q* = [Link](-b.R*) ou Q* = [Link](1 - R*)b (II. 4)

où Q* est un débit franchissant spécifique adimensionnel, R* est une revanche


adimensionnelle, Q0 décrit le franchissement de la houle pour le cas Rc = 0, et le coefficient b
dépend de paramètres qui se rapportent à l'ouvrage tels que l'angle du talus, la largeur de la
berme, etc. Les grandeurs caractéristiques pour l’adimensionalisation sont différentes suivant les
auteurs.
Méthode d’Owen (1980): Pour calculer le franchissement pour des talus lisses et des
talus rugueux (prenant en compte le facteur de correction de rugosité γf), la revanche
adimensionnelle, R*, et le débit franchissant spécifique adimensionnel, Q*, sont choisis par
Owen (1980) en utilisant la période moyenne de la houle Tm1, et la hauteur significative de la
houle Hs, au pied d’ouvrage. Rc est la revanche de l'ouvrage, c'est-à-dire la hauteur de la crête par
rapport au niveau de l'eau au repos, q le débit franchissant spécifique moyen (m3/s par m) et γ les
coefficients de réduction en cas de rugosité du talus, présence d’une berme, présence de houle
oblique..., som la cambrure nominale de la houle définie à partir de la période moyenne par :
som = Hs/λo = 2 Hs/(gTm2)
où λo : longueur d’onde au large (grande profondeur), ce paramètre ne dépend que des
conditions de houle.

R* = R c / (Tm gH s ) = R c / (Hs som / (2π )


(II. 5)
Q* = q / (Tm gH s )

1
Tm = Tm0,2 =

26
L’expression proposée par Owen est :

Q*= [Link](-bR*/γ) (II. 6)

Les paramètres a et b ci-dessus sont fixés de manière empirique en fonction de la


géométrie de l'ouvrage. L'équation (II. 6) est valable pour 0,05 < R* < 0,3 et 0,035< som < 0,055.
La méthode d’Owen a été développée pour une houle dont la cambrure est typique soit
0,035< som < 0,055.
Hawkes et al. (1998) ont découvert que la méthode d’Owen n’était pas applicable à la
houle océanique. Lorsque la cambrure de la houle est faible (cas som > 2,5), cette méthode tend à
surestimer le débit de franchissement.

Méthode du Taw (2002): La différence principale entre cette méthode et celle d’Owen
réside dans le domaine de validité relatif à la cambrure de la houle et à la définition du paramètre
de déferlement. La formulation adimensionnelle est aussi différente.
En fonction du paramètre de déferlement, ξm-1,0, le TAW (2002) a proposé deux formules
développées par Van der Meer : l'une pour les vagues déferlantes (γb.ξm-1,0 2) pour lesquelles le
franchissement de la houle augmente avec l'accroissement du paramètre de déferlement, et l'autre
pour les vagues non-déferlantes (γb.ξm-1,0 2), pour lesquelles le franchissement maximal est
atteint.
Pour la houle déferlante (γb.ξm-1,0 2) :
A R 1
q/ gH m0
3
= ξ m −1,0γ b exp( − B c ) (II. 7)
tan α H m 0 ξ m −1,0γ b γ v γ f γ β

avec un maximum (pour la houle non-déferlante (γb.ξm-1,0 2)


Rc 1
q/ gH m0
3
= C exp( − D ) (II. 8)
H m0 γ f γ β

où: ξm-1,0 est le paramètre de déferlement calculé à partir de la hauteur significative


spectrale Hm02, et la période énergétique moyenne Tm-1;03 de la houle au pied d'ouvrage:
tan α tan α
ξm−1,0 = = ; ce paramètre associe les conditions de houle (cambrure) à
H s / λo 2π H s / ( gTm−1,02 )
la pente du fond ou du talus de l’ouvrage. Comme pour l’équation d’Owen, des facteurs de
correction sont utilisées dans la méthode du TAW afin de prendre en compte diverses situations.
Ainsi, γb, γf, γv et γβ sont des facteurs de correction pour prendre en compte la présence de la
berme, de la rugosité du talus, du mur de couronnement et de l’angle d’incidence de la houle..

Moment d’ordre n du spectre d’énergie de densité S(f) : mn =


2
Hom = 4mo1/2 Hs : hauteur significative
3
Tm-1,0 = m-1/m0 : période énergétique

27
Dans le cadre du programme de recherche européen CLASH, des essais ont été réalisés
afin de calculer les coefficients de rugosité pour l'enrochement naturel et pour divers
enrochements artificiels sur des talus perméables présenté dans la Fig. II. 5 suivante:

Fig. II. 5 - Résutats des essais du programme CLASH pour les pentes lisses et rugueuses 1 : 1,5
(EurOtop 2007).

2.5.2. Effets de la partie supérieure de l’ouvrage


[Link]. Talus rugueux avec murs de couronnement:

Généralement, un talus à carapace inclut un mur de couronnement avec une largeur de


crête égale à 3 ou 4 fois le diamètre nominal médian, Dn50, des blocs naturels ou artificiels
permettant de réduire le franchissement de la houle et à retenir la carapace. Le franchissement est
réduit d'autant plus que l'énergie peut être dissipée sur une plus grande distance. Goda (2000) a
présenté des données complètes sur le franchissement des ouvrages avec mur de couronnement.
Il a montré que les caractéristiques géométriques d’ouvrage comme la largeur de la crête, Gc, et
la revanche, Rc, du mur de couronnement influencent fortement le débit franchissant. Au début,
des modèles de prédiction ont été développés par Bradbury et al. (1988) et Aminti et Franco
(1988) avec certains profils de digue afin de déterminer les valeurs de a et b dans le modèle
d’Owen qui correspondent à chaque profil. Plus récemment, Franco et .al (1994) ont étudié le
franchissement sur une digue composite avec un mur de couronnement. De plus, Kerpen et al.
(2012) développent une modèle physique en 3D afin de mieux comprendre l’influence de mur de
couronnement sur le franchissement. Toutefois, l’efficacité de la configuration des murs de
couronnement afin de déduire le débit franchissant n’est pas jugée dans ces travaux-là. La Fig. II.
6 suivante exprime le coupe-type d’une digue à talus rugueuse avec mur de couronnement.

28
Gc (berme)

Mur de couronnement

Rc

Fig. II. 6 - Coupe-type d’une digue à talus rugueuse avec mur de couronnement.

[Link]. Effet d’une berme:

Besley (1999), avec la publication de résultats d’essais dans le « Manual on Overtopping


of Seawalls » de l’Agence britannique de l’environnement, a décrit une méthode simple pour
estimer le débit franchissant sur un ouvrage avec mur de couronnement. Dans celle-ci, un facteur
de réduction Cr prenant en compte la largeur de berme de crête, Gc, jusqu’à 3Dn est calculé de la
façon suivante :
Cr = 3,[Link](-1,5Gc/Hm0) avec un maximum de Cr = 1 (II. 9)
L'équation (II. 9) a été déterminée à l'origine pour un talus en enrochement naturel et doit
être utilisée avec précaution dans le cas d'une carapace en enrochement artificiel comme les
blocs Antifer.

2.5.3. Modélisation par réseau de neurones

Les réseaux neuronaux artificiels sont utilisés dans le domaine de l'intelligence artificielle
et peuvent dans ce contexte être définis comme des systèmes qui simulent l'intelligence en
essayant de reproduire la structure du cerveau humain. Ces réseaux neuronaux artificiels ont des
applications dans les domaines variés et aussi dans des domaines du génie côtier pour la
prédiction de la stabilité, des efforts sur les parois, la transmission de la houle et le
franchissement. Le développement d'un réseau de neurones artificiels est utile lorsque:
+ il y a un grand nombre de paramètres déterminant le comportement de la structure,
+ il y a un grand nombre de données afin d’obtenir une bonne fiabilité dans le processus
d'étalonnage du réseau neuronal d’entrée.
Le franchissement des vagues sur tous types de structures ne peut pas être couvert par
une seule formule semi-empirique, néanmoins un réseau de neurones est capable de fournir une
bonne estimation. C’est dans ce cadre que le projet européen CLASH a été développé. Il s’agit
d’une base de données issues d’une grande quantité d’essais qui contient, aujourd’hui, environ

29
10.000 données. Deux réseaux neuronaux ont été développés, l'un par Delf Hydraulique dans le
cadre du projet CLASH (Van der Meer et al., 2007) et l'autre dans la thèse de Verhaeghe (2005).

Fig. II. 7 - Configuration du réseau neuronal pour franchissement de la houle (EurOtop 2007).
Dans les deux cas, la configuration du réseau de neurones est celle présentée sur la Fig.
II. 7, où la couche d'entrée a quinze paramètres de houle et structuraux (β, h, Hm0toe, Tm -1,0toe, ht,
Bt, γf, cotαd, cotαu, Rc, B, hb, tanαb, Ac, Gc) et un paramètre pour la couche de sortie estimant le
débit de franchissement spécifique moyen, q. L’avantage de cette méthode réside dans :
+ elle fonctionne bien pour presque toute les configurations de structure,
+ elle est capable de calculer les courbes de tendance en fonction de changements des
paramètres structuraux et hydrauliques dans le travail de conception au lieu d'un seul calcul avec
une seule réponse.

" # $ ! %

2.6.1. Les formules de stabilité existantes

Habituellement, une formule de stabilité exprime essentiellement une relation entre les
paramètres de la houle et les tolérances minimales sur les caractéristiques des blocs assurant leur
équilibre sous son action. Les actions hydrauliques telles que les écoulements externes et internes
à l'ouvrage variables dans le temps et dans l'espace sont difficiles à estimer précisément. De
même, les contacts entre les divers éléments de carapace qui dépendent des arrangements ou des
dispositions d'assemblage des éléments voisins, varient aléatoirement dans de larges proportions.
À cause de ces difficultés théoriques, les auteurs ont proposé des formulations globales sur la
stabilité des digues en enrochements naturels et artificiels assez simples fournissant des résultats
relativement fiables. En général, les formulations empiriques intègrent au moins les paramètres:
hauteur de la houle, poids ou masses volumiques des matériaux, caractéristiques dimensionnelles

30
des blocs, forme des blocs et angle du talus de pose. Dans cette section nous présentons une
étude bibliographique concernant ces modèles.
Formule d’Iribarren (1938, 1953): est la première formule de stabilité d’enrochement
proposée. Son expression résulte d'une approche théorique qui a considéré qu'une houle de
hauteur donnée générait une vitesse proportionnelle à la racine carrée de cette hauteur. Estimant
que l'effort hydrodynamique est proportionnel au carré de cette vitesse, il conclut à une
proportionnalité entre la hauteur de la houle et la force déstabilisatrice de l'enrochement.
Equilibrant cette force avec la projection sur le talus du poids déjaugé du bloc et le frottement de
ce dernier sur son assise, il a proposé l'expression suivante :
K ρ r gH 3
W ≥ (II. 10)
∆ 3 ( µ cos α ± sin α )

où W est le poids du bloc, H est la hauteur de la houle incidente au pied de la digue, µ un


coefficient de frottement, α l'angle du talus, K un coefficient sans dimension dépendant de la
forme du bloc, ρs la masse volumique du bloc, ρw la masse volumique de l'eau, ∆ la densité
déjaugée relative (∆ = ρs /ρw - 1) et g l'accélération de la pesanteur.
Iribarren a réalisé le calcul statique traduisant la limite d'équilibre au glissement d'un bloc
sous les efforts de la houle qui engendre des vitesses parallèles au talus de la digue. Bien qu'il
s’agisse d'une formule théorique, les coefficients K et µ sont obtenus à partir de travaux
expérimentaux.
Formule d’Hudson (1953, 1959): Hudson a amélioré la formule d’Iribarren ci-dessus en
réalisant des essais en modèle réduit. Cette amélioration consiste à prendre en compte l’influence
de la pente du talus et en prenant en compte une houle régulière non déferlante dans les cas de
digues en enrochements naturels et en tétrapodes. Ce modèle prend la forme suivante :

ρr gH 3
W≥ (II. 11)
∆3 K D tan α
Dans sa recherche de détermination expérimentale des coefficients à utiliser dans la
formule d'Iribarren, il a constaté qu’outre la dispersion du coefficient de frottement, il y a une
grande variabilité du coefficient K en fonction de la pente. Il a donc défini un coefficient sans
dimension KD caractérisant la performance hydraulique du bloc, qui dépend notamment de la
forme du bloc et du taux de dommage subi par la carapace. Cette formule peut être applicable
pour des ouvrages de pente allant de 5/4 à 4/1.
En notant Dn50 le diamètre nominal médian des blocs, NS est le nombre de stabilité, la
formule de Hudson peut être réécrite sous la forme suivante :
H
= 3 K D tan α = N s (II. 12)
∆ Dn 50
Dans la formule d’Hudson, la définition du nombre de stabilité H /∆Dn50 est encore très
utilisée à ce jour en raison de sa facilité d’utilisation et une représentation globale des éléments
31
contribuant à la stabilité de la carapace. De plus, l’accumulation des données relatives aux
valeurs de KD portant sur de multiples blocs et dans de nombreuses configurations différentes est
réalisée en étendant aux cas de houles régulières (Ahrens, 1975) ainsi qu’aux houles irrégulières
(Medina et McDougal, 1988; Carver et Wright, 1991).
Formule de Van der Meer (1987): Dans sa thèse publiée en 1987, il a présenté ses
études sur la stabilité de digues sur des talus sans berme en considérant des vagues déferlantes
(plongeantes et gonflantes) sur des talus de brise-lames et de digues constituées d’enrochements
pour des conditions en eau profonde.
Il a montré que l’action de la houle sur une digue à talus dépend des éléments suivants :
la durée de la tempête, le type de déferlement (vagues plongeantes ou gonflantes), le niveau du
dommage acceptable, la hauteur et période de la houle, la perméabilité du noyau de la digue et
l’angle du talus de l’ouvrage. Les deux principales formules proposées sont les suivantes:
1
+le déferlement plongeant : ( ξ m < ξ cr = (6.2 P 0.31 tan α ) P + 0.5 )

H s / ∆ Dn 50 = 6.2.P 0.18 ( S d / N ) 0.2 ξ m −0.5 (II. 13)

+ le déferlement gonflant : ( ξm ≥ ξcr )

H s / ∆ Dn 50 = P −0.13 ( S d / N ) 0.2 cot α .ξ m P (II. 14)



Hs : Hauteur significative au pied de la structure (m)
ξm : Paramètre de déferlement
α : Angle du talus qui doit être : 1,5 < cot α < 6
∆ : Densité relative déjaugée du bloc
N : Nombre de vagues durant la tempête
P : Coefficient nominal de perméabilité de l’ouvrage
Dn50 : Diamètre du bloc dépassé par au moins 50% des éléments de la carapace
S : niveau du dommage acceptable calculée par S = A/Dn50 où A est une section érodée
(m2).
Enfin, d’autres formules empiriques pour l’évaluation du nombre de stabilité ont été
proposées par Hanzawa et al. (1996); Torum et al. (2003); Sigurdarson et al. (2008) et Lykke
Andersen et Burcharth (2009). Ces formules de stabilité sont plus complexes que la formule
d’Hudson mais ont l’avantage d’inclure les effets de la durée de tempête, de la perméabilité de
l’ouvrage ainsi qu’un niveau de dommage clairement défini.
Formule de Van Gent (2004): Se basant sur les travaux de Van der Meer, Van Gent a
intégré l’influence de la perméabilité de l’ouvrage dans la même configuration d’essai par le
ratio Dn50 noyau/Dn50 qui est le ratio entre le diamètre nominal de matériau du noyau et celui de
l’enrochement utilisé en carapace.

32
Sd
H s / ∆Dn 50 = 1, 75. cot α .(1 + Dn 50 noyau / Dn 50 ) 2/3 .( ) 0.2 (II. 15)
N
On remarque que cette formulation ne fait pas intervenir le filtre alors que celui-ci
participe à la stabilité de la carapace. On peut en conclure que cette formulation est d’autant plus
juste que l’écart de granulométrie entre la carapace et le noyau est faible.
La Fig. II. 8, tirée du Guide enrochement (CIRIA, CUR et CETMEF, 2009), présente une
synthèse des formulations d’Hudson, de Van der Meer et de Van Gent. On constate que pour les
deux types d’ouvrage (noyau perméable et noyau imperméable), l’écart-type est très important
entre les valeurs de S mesurées et les valeurs estimées. Selon Van der Meer (1987), le
coefficient de variabilité (soit l’écart-type σ, divisé par la valeur moyenne, µ) pour les valeurs de
KD est de l’ordre de 18% et dans formulation de Van Gent (2004) est de l’ordre 13%.

Fig. II. 8 - Synthèse de la précision des formules d’Hudson, de Van der Meer et de Van Gent
(Guide enrochement).
Formule de stabilité pour des blocs artificiels: En générale, depuis les années 80, il
existe des recherches sur la description de l’effort causant le mouvement des blocs comme à
Delft Hydraulics-M1968 (1983), Hall et al. (1984), Baird et al. (1986), Nishigori et al. (1986)
and Scott et al (1986). Les autres recherches se concentrent sur la stabilité de la carapace sous
ces efforts (Desai, 1976 ; Burcharth, 1980, 1981, 1984 and Timco, 1983, 1984). Les ingénieurs
du nord de l'Europe ont développé une série de formules de stabilité de blocs artificiels sous la
forme générale suivante :
H /∆Dn50 = f (N; som; Nod; φ) (II. 16)
Ces formulations empiriques donnent l'influence de la durée de la tempête via le nombre
de vagues N, de la période par l'intermédiaire de la cambrure som, du nombre de dommage Nod et
la densité de pose φ (Günbak, 2000) déterminée essentiellement par la disposition des blocs. Les

33
coefficients et les exposants intervenant dans les formules sont déduits des résultats obtenus sur
modèles expérimentaux.
Par exemple, nous donnons ci-dessous les formulations (II. 17) et (II. 18) proposées,
respectivement, par Van der Meer (1988, 1999) et Chegini et Aghtouman (2001) pour des blocs
cubiques réguliers et pour des blocs de forme pyramidale mais proche d’un cube et rainurés
(appelés par la suite blocs cubiques rainurés ou BCR ou encore blocs Antifer) disposés en double
couches sur un talus de pente 3/2 avec 3 < ξm < 6.
Hs N 0,4
= (6.7 od0,3 + 1.0).som−0,1 (II. 17)
∆Dn50 N

Hs N 0,443 −0,082
= 6,951. od0,291 + 1,082 .som (II. 18)
∆Dn N

Le Fig. II. 12 ci-dessous exprime les configurations des blocs cubiques réguliers et des
blocs cubiques rainurés :

Fig. II. 9 – Présentation des différentes formes de blocs.

Pour un ouvrage à faible crête, De Jong (1996) a étudié l'influence de la hauteur de la


crête et la densité de pose kt sur la stabilité des tétrapodes pour une structure très peu
franchissante. La stabilité augmente si la hauteur de la crête diminue avec le ratio de
Rc
−0,61
Dn
1 + 0,17 . La formule finale de stabilité des tétrapodes devient:
0,5 Rc
Hs N −0,61
0,2 Dn
= 8,6. od + 2,64kt + 1, 25 .s . 1 + 0,17
om (II. 19)
∆Dn N

2.6.2. Technique de placement

La technique de placement des blocs de la carapace est l'un des paramètres les plus
significatifs affectant la stabilité (Hudson et al., 1979). Des recherches sur les techniques de
placement ont été menées dans le but d’améliorer la perméabilité et l'imbrication entre les unités

34
plutôt que sur le poids propre des blocs pour améliorer la résistance (Medina et al., 2011). Il
s'agit de proposer des formes permettant d'atteindre une forte stabilité d'équilibre des éléments
vis-à-vis des sollicitons hydrauliques générées par la houle. De la même façon, placée en deux
couches d'une porosité voisine de 50%, ces blocs présentent des performances remarquables en
matière de limitation de franchissement avec une porosité aussi grande que possible (Moline et
al., 2012).
Il y a un grand nombre de méthodes de placement pour des blocs Antifer proposées
récemment par les auteurs, et celles-ci sont divisées en trois types principaux: placement
irrégulier, placement régulier et placement alternatif.
En particulier, la méthode de placement irrégulier a été utilisée pour la construction des
digues au port d'Antifer, en France (Maquet, 1985). L’avantage de cette technique réside dans la
diminution des blocs utilisés pour la carapace et l’augmentation de la dissipation l’énergie de la
houle au sein de la couche intérieure. De plus, après chaque tempête, la rupture est facile à
réparer en ajoutant des blocs supplémentaires sur la carapace. La stabilité de la digue d’Antifer a
été étudiée par Günbak (1996 et 1999) en model 2D et à l’échelle prototype.
La méthode de placement alternatif a été étudiée par Yagci et Kapdasli, 2002. Les blocs
Antifer de la première couche ont été placés perpendiculairement à leurs rainures sur la couche
de filtre. La distance entre les blocs voisins est égale à ‘Dn/2'. Dans la deuxième couche, les
blocs voisins sont placés adjacents les uns aux autres irrégulièrement. Les résultats de ces
recherches ont montré que la `technique de placement alternatif' s'est avérée supérieure à d'autres
techniques existantes de placement. La Fig. II. 10 présente la technique de placement alternatif
de Yagci et Kapdasli, 2002.

Fig. II. 10 – Schéma de placement alternatif de blocs Antifer dans le cas de deux couches (Yagci
et Kapdasli, 2002).

En parallèle, Frens (2007) a évalué l'impact de 17 méthodes de placement différentes,


avec différentes densités de pose, avec des blocs Antifer. Chaque placement est déterminé par
trois critères : le motif de la première couche, le motif de la deuxième couche et l’ordre dans
lequel les blocs sont placés l’ordre par rangée ou par couche. Les quatre types de méthodes de

35
placement régulier ont été testés: la colonne, la pyramide remplie, la pyramide fermée et la
méthode double pyramide comme visualisé sur la Fig. II. 11 suivante:

Fig. II. 11 - Diverses méthodes de placement dans les essais de Frens (2007).
Lors de la comparaison entre ces dispositions des blocs, Frens analyse les avantages de
chaque méthode en se basant sur trois critères essentiels : la stabilité de la carapace, la
dissipation de l’énergie de la houle et l’existence de l’effet de la houle oblique (effet du modèle
3D) qui sont résumés dans la Tab. II. 1 ci-dessous :

Tab. II. 1- Comparaison entre les techniques de placement.

36
2.6.3. Critère de dommage

Le comportement de l’ouvrage est décrit par le nombre de blocs déplacés ou par


l’évolution du dommage, c’est-à-dire les différences de profil avant et après les tempêtes. Il
existe plusieurs façons de mesurer le dommage:
(a) Mesure du profil: décrire le dommage par la zone érodée du talus autour du niveau de
l'eau au repos. Cette méthode s'utilise efficacement pour des blocs naturels de petite taille, dans
ce cas-là, après la tempête, la zone érodée du talus est presque lisse. Cette zone lisse permet de
déterminer facilement l’évolution de la surface érodée qui est définie par Brodewick et Ahrens
(1982) :
S = Ae/(Dn50)2 (II. 20)

où S est le niveau de dommage adimensionnel, et Ae est la surface érodée autour du niveau de


l'eau au repos. Une description physique du dommage, S, est le nombre de carrés de côtés Dn50
qui entrent dans la surface érodée. Une autre description est le nombre d'enrochements cubiques
de côtés Dn50 perdus dans une bande de l'ouvrage ayant un largueur de Dn50. Le Fig. II. 12
présente la définition de la surface érodée à partir du profil érodé.

Fig. II. 12 - Profil d'un ouvrage endommagé représenté par le niveau de dommage S (Van der
Meer, 1987).

Les limites de S dépendent de l’angle de talus de l’ouvrage. Pour des enrochements


naturels en double couche, Van der Meer (1998) propose d’utiliser les valeurs du Tab. II. 2
suivant :

37
Tab. II. 2 - Valeurs de calcul de S pour un enrochement naturel en double couches (Guide
enrochement).

Dans l’évolution du dommage, Van der Meer (1987) propose de caratériser le début de
dommage pour la valeur S = 3 et l’état rupture de l’ouvrage pour S = 8 afin de déterminer deux
repères principaux pour bien décrire le comportement de l’ouvrage.
(b) Visuel : compter le nombre de blocs d'enrochements ou artificiels déplacés. Cette
méthode est pratique à utiliser pour des carapaces en enrochement artificiel ou parfois en
enrochement naturel et des blocs de grande taille. À cause de la difficulté de définir un profil de
surface, le coefficient de dommage, S, est remplacé par le nombre de blocs déplacés, Nod, ou
sous une autre forme, d’un pourcentage de dommage, Nd (%).
nombre de blocs déplacés hors de la carapace
N od = (II. 21)
largeur de la section testée / D n

nombre de blocs déplacés hors de la carapace


Nd = (%) (II. 22)
nombre total de blocs dans la surface de référence

La liaison entre les nombres de blocs déplacés Nod et le niveau de dommage en


enrochement naturel se traduit sous la fonction suivant:
Nod = G.(1 - nv).S (II. 23)

où nv est la porosité de la carapace et G le facteur de gradation qui dépend de la gradation


de l'enrochement ; G = 1 pour les blocs artificiels et G = 1,2 - 1,6 pour les enrochements naturels.
La porosité nv est dans la plage [0,45 – 0,55] pour les enrochements artificiels. En général, la
valeur de S est environ deux fois supérieure à la valeur de Nod.
Le mouvement des unités n'est pas uniformément réparti sur la pente. En général, les
mouvements ont lieu dans les niveaux SWL ± Hs (SWL est le niveau de la surface libre au
repos). De plus, si les déplacements ne sont pas évidents (déplacement inférieur à [Link]), la
définition du nombre de blocs en mouvement prend en compte les faibles déplacements pour
définir le nombre des dommages. Van der Meer (1988) a choisi tout le talus comme zone de

38
référence afin de faciliter la comparaison des différents résultats expérimentaux sur la définition
suivante pour le mouvement:
No,mov = Nod + No>0,5 (II. 24)

Yagci et al., 2003 quantifient l’endommagement de la carapace de façon différente. Trois


types différents de mouvements de blocs (blocs bougeant ; blocs se déplaçant de moins et plus de
Dn) ont été examinés et il a été supposé que chaque type avait une contribution différente au
dommage par un facteur de pondération. Cependant la stabilité globale de la carapace peut aussi
être affectée par des mouvements de blocs plus limités, mais en plus grand nombre. Les auteurs
proposent ainsi l’expression suivante pour caractériser l’endommagement :
0,25RBN + 0,5TBN + RLBN
DR = (II. 25)
TNOB
où :

•RBN est le nombre de blocs bougeant en restant sur place ;


•TBN est le nombre de blocs se déplaçant de moins de Dn ;
•RLBN est le nombre de blocs se déplaçant de plus de Dn ;
•TNOB est le nombre de blocs total constituent la couche superficielle de la carapace.
Une fois le niveau de dommage quantifié des règles semi-empiriques précisent les valeurs
seuils caractérisant la stabilité de la carapace. Ainsi le guide des enrochements (CIRIA; CUR;
CETMEF (2007)) prolongeant les travaux de Losada et al. (1986) proposent les valeurs critiques
suivantes :
+ Début de dommage (Nod = 0,2 – 0,5) : Lorsque un certain nombre d'unités de blocs sont
déplacés de leur position d'origine à une distance égale ou supérieure à un diamètre de blocs.
+ Dommage intermédiaire (Nod = 1) : Les blocs sont déplacés, mais sans découvrir la
sous-couche à cause de l’attaque directe des vagues.
+ Rupture (Nod = 2) : La défaillance est suffisamment forte pour pénétrer la sous-couche.
Les blocs sont éjecté de la carapace en permanence, et, si le test n'est pas arrêté, la section
transversale de la digue sera détruite après une durée assez longue.

& ' % (

L’écoulement dans les milieux poreux, que constituent le noyau d’une digue et la
carapace, joue un rôle important dans l’interaction vague-ouvrage lorsqu’il « pénètre » dans la
digue et qu’ainsi son énergie se dissipe. Notamment, ce phénomène a un impact sur la stabilité
de la carapace et sur le franchissement. C’est ce constat qui a conduit Van der Meer à introduire
un paramètre de perméabilité P dans ses formulations permettant de statuer sur la stabilité des
carapaces. Sur la base de ses travaux, l’influence de la granulométrie pour une digue homogène a
été étudiée par Hall et Kao (1991). Pour le cas d’une digue avec carapace en enrochement

39
naturel, Van Gent et al.(2004) ont pris en compte ce phénomène par le terme (1+ Dn50,core /
Dn50)2/3 dans l’équation (II. 15). En outre, Burcharth et al. (1998) ont réalisé des essais avec deux
types de noyau différents afin de juger l’effet de la perméabilité du noyau sur la stabilité de blocs
Accropode utilisés pour la carapace.

) * !

Nous avons vu dans les paragraphes précédents les notions permettant d’appréhender les
performances hydrauliques, le franchissement ainsi que la stabilité des blocs. Des formules
analytiques et empiriques ont été développées et des coefficients caractéristiques de chaque type
de digue ont été présentés. Ces coefficients des formules empiriques sont déterminés à partir
d’essais physiques pour des configurations avec des franchissements relativement limités
respectant les recommandations pour des usages normaux des zones protégées par les ouvrages
(exemple : EurOtop, 2007; Pullen et al., 2007).
Mais dans le cas de houles extrêmes ou/et de remontée importante du niveau moyen des
mers et océans, comment vont se comporter les ouvrages dimensionnés à partir de conditions
normales ? Jusqu’à quel point les valeurs des coefficients des formules empiriques sont-elles
valides pour ces conditions ? Les formules, elles-mêmes, ne doivent-elles pas être revues dans le
cas de très grands franchissements ?

En outre, la perméabilité du noyau de la carapace n’est représentée que globalement dans


les formules de stabilité. Les effets de perméabilité sont liés aux écoulements (et perte de charges
associées) dans les deux milieux : le noyau et la carapace. Ces écoulements sont déterminés,
d’une part, par les caractéristiques intrinsèques de ces milieux poreux et, d’autre part, par la
géométrie de ceux-ci associée au sens général de l’écoulement imposé par la houle interagissant
avec l’ouvrage.

Ce sont ces considérations qui ont motivé les travaux réalisés au cours de cette thèse.

40
Chapitre III

Conditions expérimentales et climats de houle obtenus dans le canal

41
Les modèles semi-empiriques utilisés pour dimensionner les digues maritimes
tant du point de vue de la stabilité de carapace que du point de vue du franchissement ont comme
données d’entrée les caractéristiques de houle en pied d’ouvrage (voir les calculs dans la partie
précédente). Le climat de houle en pied d’ouvrage est déterminé par le déferlement et par la
réflexion sur l’ouvrage. Les discussions entre les partenaires du programme SAOPOLO ont mis
en évidence que cette question méritait une analyse fine des conditions de sollicitations
réellement obtenues en modèle réduit. D’où une campagne de mesure dont les résultats sont
présentés ci-après.
Nous nous sommes intéressés principalement à trois phénomènes physiques. Les deux
premiers déjà mis en évidence par Goda (1985) et (2000), sont la décroissance des hauteurs de
vagues par déferlement devant l’ouvrage et la variation spatiale des hauteurs de vagues devant
l’ouvrage due à la réflexion. Ces deux phénomènes posent concrètement la question du
positionnement des sondes de mesures dans le canal pour les essais physiques. Il s’agit de bien
caractériser l’état de mer à l’ouvrage et surtout la hauteur des vagues incidentes qui doit être le
paramètre permettant de quantifier la sollicitation sur l’ouvrage. Le troisième phénomène
concerne l’établissement d’ondes longues dans un canal avec un ouvrage étudié très
réfléchissant. Les perturbations sur l’analyse du comportement d’un ouvrage liées à ce
phénomène, de type résonance, doivent être examinées.
Nous nous sommes aussi intéressés au phénomène de saturation sur les hauteurs de
vagues pouvant être générées dans le canal dû à la dissipation croissante d’énergie par
déferlement lors de la propagation des vagues dans le canal lorsqu’on fait croître la hauteur des
vagues générées par le batteur.

3.2. $

Cette partie est consacrée à la présentation du dispositif expérimental utilisé au cours des
essais ainsi que la technique d'acquisition et le traitement des données qui inclut tous les
éléments tels que le canal à houle, le générateur de houle et les sondes de mesure de surface
libre.
Canal à houle: Le canal à houle du laboratoire a une longueur totale de 34 m, une largeur
de 0,9 m et une profondeur de 1,2 m. Les parois latérales et le fond du canal sont munis, à deux
endroits, de vitres de 20 mm d'épaisseur permettant la visualisation des phénomènes
hydrodynamiques via l'utilisation de camera et la mesure de champs de vitesse par vélocimétrie
laser (Fig. III. 1).

42
Fig. III. 1- Canal à houle (LOMC).

Le batteur à houle: La houle est générée par un batteur de type piston conçu par HR
Wallingford. L'intérêt le plus remarquable de cet outil est qu’il peut générer des houles régulières
ou des houles aléatoires.
Sondes résistives: Les variations du niveau de la surface libre au cours du temps sont
mesurées à l'aide de sondes résistives. Elles sont constituées de deux fines tiges verticales d'inox.
Le courant électrique qui circule a une amplitude proportionnelle à la longueur d'électrode
immergée reproduisant ainsi les variations du niveau de la surface libre; mais sa valeur dépend
aussi de la conductivité du fluide ce qui nécessite des étalonnages assez fréquents. A cause de la
sensibilité de la sonde aux conditions extérieures (température, sel dissous, particules en
suspension,…), avant d'effectuer une série d'essais, il est nécessaire de procéder à un étalonnage
statique pour connaître la relation linéaire entre le niveau d’immersion et la tension de sortie. Les
conditionneurs utilisés pour alimenter les sondes et convertir la variation de niveau d’immersion
des sondes en tension sont de marque CHURCHILL-CONTROLS. Ceux-ci peuvent générer une
tension de sortie entre -10V et +10V. Ces conditionneurs fonctionnent comme des ponts de
Wheatstone avec la particularité que les tiges immergées sont alimentées par un courant
alternatif pour éviter la polarisation et donc l’effet d’électrolyse.
Méthode à quatre sondes fixes: La séparation des vagues incidentes et réfléchies des
données expérimentales obtenues en laboratoire, impliquant l'interaction des structures
immergées avec les vagues, est complexe. Il n'y a aucune méthode directe pour mesurer les
caractéristiques des vagues réfléchies, puisque celles-ci se combinent avec les vagues incidentes
formant un système de vagues partiellement stationnaires. Une méthode possible consiste à
déplacer une sonde de surface libre suivant la direction de propagation de l'onde pour mesurer

43
l'enveloppe du battement. Ceci donne alternativement les hauteurs de vague maximum (Hmax) et
minimum (Hmin) à partir desquelles les hauteurs des vagues incidentes et réfléchies peuvent être
calculées. La hauteur de vague incidente (Hi) et le coefficient de réflexion Kr sont alors obtenus à
partir des formules:
H max + H min H max − H min
Hi = Kr = (III. 1)
2 H max + H min

Cependant cette méthode n’est applicable que pour des houles régulières. Un certain
nombre d'études ont été publiées pour la mesure de la réflexion de vagues en utilisant des sondes
fixes dans le contexte d'une mesure de la houle aléatoire (Goda et Suzuki (1976), Mansard et
Funke (1980)). La discrimination des spectres incident et réfléchi nécessite au minimum deux
sondes de mesure mais, l’utilisation d’un plus grand nombre de sondes améliore la précision des
résultats (méthode de Mansard et Funke, 1980). La limite de ce nombre de sondes provient de la
place occupée par l’ensemble des sondes. En effet, plus le nombre de sondes est élevé, moins on
peut considérer la mesure comme ponctuelle et moins on sait définir la position réelle du point de
mesure (on choisit en général le milieu des sondes extrêmes) ; de plus, une bathymétrie variable
induit une imprécision sur la quantification de la hauteur d’eau à prendre en compte. Ce
paramètre de profondeur est important car la méthode de Mansard et Funke a besoin de calculer
les longueurs d’onde via l’équation de dispersion. Ces considérations nous ont conduits à limiter
le nombre de sondes d’un système de mesure à quatre.
Pour la méthode de Mansard et Funke avec les houles irrégulières pour quatre sondes, les
quatre spectres des quatre signaux enregistrés sont discrétisés en N tranches. Pour chaque
tranche, on applique la procédure des houles régulières avec une valeur de fréquence. Les
expressions suivantes décrivent les amplitudes complexes de houle incidente Ani et de houle
réfléchie Anr (tranche de fréquence fn) en fonction des amplitudes complexes Anj tranches de
fréquence fn des quatre signaux issus des quatre sondes positionnées en x1, x2, x3 et x4 :
4 4 4
− ik n x j ik n x j −2 ik n x j
4 Anj e − Anj e e
j =1 j =1 j =1
Anr = 4 4
(III. 2)
2 ik n x j − 2 ik n x j
16 − e e
j =1 j =1

4 4 4
ik n x j − ik n x j 2 ik n x j
4 Anj e − Anj e e
j =1 j =1 j =1
Ani = 4 4
(III. 3)
2 ik n x j −2 ik n x j
16 − e e
j =1 j =1

avec kn tel que ω n2 = gk n tanh[ k n h ]


Le calcul des modules de ces expressions permet de déterminer les distributions
spectrales des houles incidente et réfléchie anr = Anr et ani = Ani .

44
4 4
2 ik n x j − 2 ik n x j
Il y a indétermination si les dénominateurs: D = 16 − e e sont nuls et une
j =1 j =1

grande sensibilité aux incertitudes de mesures si ces dénominateurs sont proches de zéro. Ce
dénominateur D prend la forme explicite suivante :
D = 4 [sin 2 k n ( x2 − x1 ) + sin 2 k n ( x3 − x1 ) + sin 2 k n ( x3 − x2 ) + sin 2 k n ( x4 − x2 ) + sin 2 k n ( x4 − x3 )]
la valeur de D est déterminée par les espacements entre sondes et que ceux-ci doivent être choisis
soigneusement.
Le système d’acquisition: Les appareils de mesure décrits précédemment et utilisés au
cours de nos essais délivrent une tension de sortie entre ±10V. Le signal de chaque voie est
enregistré par une carte d'acquisition analogique « National Instrument ». Pour la plupart des
essais réalisés la fréquence d’échantillonnage utilisé est de l’ordre de fe = 7 à 10 Hz et le nombre
de donnés acquises est de Ne = 8192 ce qui permet d’obtenir une bonne résolution spectrale de
l’ordre de fe/Ne = 8,5.10-4 à 12.10-4 Hz.

3.3. + ,
- . /

Le shoaling est une variation de la hauteur de la houle lorsque celle-ci se propage du


large à la côte avec une hauteur d’eau variable. Cet effet de réfraction est exprimé par le
coefficient de shoaling, Ks, qui est défini par le rapport entre la hauteur locale de la houle et la
hauteur de la houle au large (Shore Protection Manual, 1984):
−1 2
2kh
K S = tanh(kh) 1 + (III. 4)
sinh(2kh)

Où k est le nombre d’onde local pour une hauteur d’eau locale h.


Il permet de déduire la hauteur de la houle locale, pour une hauteur d’eau h, en fonction
de celle au large ou la profondeur est supposée infinie, soit : Hs = Ks.H0s. Ce coefficient est
déduit de l’hypothèse de conservation du flux d’énergie associé à la houle lors de sa propagation.
Cependant, Ks ne peut atteindre de très hautes valeurs à cause du déferlement de la houle.
Dès lors si l’ouvrage est situé dans la zone de déferlement, le shoaling est accompagné
par une dissipation d’énergie qui elle a tendance à diminuer la hauteur de houle.

'0 0

Il y a déferlement de la houle lorsque la cambrure (s = H/λ) ou la hauteur relative de la


houle (H/h) deviennent trop importantes. La hauteur maximale de la houle est limitée par la

45
profondeur et par la cambrure. En eau peu profonde, le déferlement induit par la profondeur est
généralement le facteur dominant tandis que la limite de cambrure est à prendre en compte
essentiellement dans le processus de formation de la houle (au large de l’ouvrage). Le principal
effet du déferlement est une diminution de la hauteur significative de la houle au pied grâce à la
dissipation de l’énergie de la houle.

La propagation de vagues sur une bathymétrie décroissante s’accompagne de déferlement


dans la zone de surf. Les vagues les plus hautes déferlent en premier ce qui modifie continûment
la forme du spectre au cours de la propagation.

Se basant sur des observations, Van der Meer (1990) a déterminé la hauteur significative
Hm0 au sens spectral en pied d’ouvrage. Le coefficient de shoaling Ks n’intervient pas dans ce
modèle. En outre, un modèle théorique assez simple développé par Goda (1985 et 2000) permet
d’estimer l’évolution spatiale de la hauteur des vagues prenant en compte le déferlement. Les
formulations retenues par le Rock Manual (2009) sont issues de ce modèle théorique. Ces
formulations permettent d’estimer la hauteur significative en fonction des conditions de houle au
large et en fonction de la bathymétrie.

Dans le cadre du programme SAOPOLO, les expériences ont été réalisées avec une pente
de la bathymétrie de 2%. Pour un état de mer au large à l’échelle prototype tel que Hs = 7 m et
Tm = 8 s, la formulation de Goda donne l’évolution de la hauteur des vagues en fonction de la
profondeur représentée sur la Fig. III. 2.
7

3
Hs (m)

0
6 8 10 12 14 16 18
Profondeur h (m)

Fig. III. 2- Evolution de la hauteur des vagues en fonction de la profondeur.

Dans la zone de déferlement, les formes des spectres de la houle en eau peu profonde
changent. Le pic s’atténue et le spectre s’étale vers les hautes et basses fréquences. En cas de
déferlement très important, le spectre devient si plat que la période de pic est difficile à identifier.
Dans ce cas-là, la période moyenne énergétique, Tm-1,0, est plus représentative du climat de
houle. Cette période caractéristique est plus fiable pour les études d’interactions houle – ouvrage
comme le franchissement et la stabilité.

46
Lors de l’élaboration du cahier des charges du programme SAOPOLO nous avions utilisé
cette formulation pour déterminer les conditions de houle au pied de l’ouvrage et donc pour le
pré-dimensionner. Il s’est posé pourtant le problème de positionnement des sondes de mesure de
houle dans le canal permettant de déterminer les conditions de houle incidente près de l’ouvrage,
ayant un coefficient de réflexion de l’ordre de 0,5. Or, le modèle de Goda ci-dessus fut élaboré
pour une réflexion nulle. Ce constat nous a conduits à réaliser les tests présentés dans le
paragraphe suivant.

3.5. + 0 $

Devant l’ouvrage la composition des vagues incidentes et réfléchies induit une


modulation des amplitudes d’oscillation de la surface libre avec la présence de ventres et de
nœuds partiels. Goda en 1985 et 2000 donnait un exemple de cette modulation (Fig. III. 3).

Fig. III. 3- Goda (2000), p.104.

Cette conclusion est confirmée par les calculs théoriques ainsi que les travaux
expérimentaux du Klopman et Van der Meer (1999). Ils ont observé une forte oscillation dans la
zone qui s’étend sur une distance, par rapport à la structure, jusqu’à deux fois la longueur
d’onde. Ce phénomène pose le problème du placement des sondes de mesure à proximité d’un
ouvrage réfléchissant.
Afin de statuer sur les conditions réelles régnant dans notre canal avec la structure à tester
et de choisir la position adéquate des sondes de mesure, nous avons réalisé une série
d’expériences pour les conditions expérimentales suivantes :
• Couples hauteurs Hs0 et périodes Tm au large 6m-8s ; 7m-8s et 6m-12s avec des spectres
de Jonswap de coefficient γ = 3,3
• Profondeur en pied d’ouvrage : h = 7 m

47
• Profondeur au large 18,8 m
• Ouvrage à talus de pente cotα = 3/2
• Bathymétrie avec pente constante m = 2%.
• Échelle de maquette E = 30,5.

Les valeurs de consigne imposées au batteur pour générer la houle prennent en compte
les conditions de profondeur non « infinie » devant le batteur en calculant le coefficient de
shoaling pour chacun des cas. Nous avons mesuré la houle composée en 19 endroits le long du
canal (Fig. III. 4). Les positions des sondes de mesure sont indiquées dans le Tab. III. 1.
sonde sonde 19

0,615 m (18,8 m)
12,1 m (369 m)
14,1 m (430 m)
23,4 m (712,5 m)

Fig. III. 4- Disposition des sondes de mesure de houle.

sonde 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
x(m)
6,1 18,3 19,8 37,3 41,8 67,8 72,3 82,8 90,8 105,8
prototype
x(m)
0,2 0,6 0,65 1,22 1,37 2,22 2,37 2,71 2,98 3,47
maquette
sonde 11 12 13 14 15 16 17 18 19
x(m)
124,3 147,3 209,8 263,3 296,8 333,3 412,3 583,3 607,8
prototype
x(m)
4,08 4,83 6,88 8,63 9,73 10,93 13,52 19,12 19,93
maquette
Tab. III. 1- Positions des sondes dans le canal.

Dans le Tab. III. 1 ci-dessus et sur les Fig. III. 5 ; Fig. III. 6 ; Fig. III. 7, l’abscisse x
représente la distance du relevé par rapport à l’ouvrage (position « zéro » définie par
l’intersection de la surface libre au repos et du talus).
Ces dernières figures donnent les résultats de vagues pour les trois climats de houle [Hs0,
Tm] : 6m-8s, 7m-8s et 6m-12s.

48
Sur ces figures nous présentons les hauteurs significatives définies par H1/3 et Hm0 afin de
vérifier que ces deux valeurs issues de l’analyse statistique et de l’analyse spectrale restent
proches y compris dans la zone de surf.

!" # !$

Fig. III. 5- Hs de la houle composée le long du canal pour Hs0 =6 m et Tm = 8 s.

!% # !$

Fig. III. 6- Hs de la houle composée le long du canal pour Hs0 =7 m et Tm = 8 s.

49
!" # ! &'

Fig. III. 7- Hs de la houle composée le long du canal pour Hs0 =6 m et Tm = 12 s.

Les écarts entre les estimations statistique et spectrale des hauteurs significatives sont
assez faibles avec une régulière surestimation des hauteurs par l’analyse statistique au moins loin
de l’ouvrage.
Les évolutions des hauteurs significatives le long du canal confirment les résultats
présentés par Goda, Fig. III. 2. Elles sont marquées par des oscillations à proximité de l’ouvrage.

λ ()

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Fig. III. 8- Variations des valeurs de Hs mesuré près de l’ouvrage.

50
La Fig. III. 8 montre (par exemple, pour le cas Hs0 = 7 m et Tm = 8 s) que ces oscillations
des hauteurs de vagues composées (incidentes et réfléchies) semblent corrélées à la longueur
d’onde λm (ici calculée pour la profondeur en pied d’ouvrage, h = 7 m et une période Tm = 8 s).
Dans cette même logique de raisonnement, nous avons mesuré les hauteurs significatives
des vagues incidentes et réfléchies dans une zone située à environ 60 m de l’ouvrage et de façon
analogue à ce qu’on fait dans le cas d’un système d’ondes monochromatiques nous avons reporté
la somme et la différence des hauteurs incidente et réfléchie. De ces résultats, peut-être trop
partiels, il est difficile de tirer une conclusion générale quant à ce que représente la mesure locale
des hauteurs de vagues composée. Néanmoins, il apparaît que la variation est très importante à
proximité du pied de l’ouvrage et qu’une mesure locale des vagues composées dans cette zone ne
permet pas de quantifier la sollicitation de l’ouvrage. C’est ainsi que Goda, 2000 (p.103)
conseille de placer les sondes de mesure au-delà d’une longueur d’onde de l’ouvrage.

3.6. +

Le déferlement lors de la propagation des vagues dans la zone de profondeur décroissante


induit des variations des périodes caractéristiques. Ce phénomène est illustré sur le Fig. III. 9 où
nous présentons différentes valeurs caractéristiques de période pour les périodes au large Tm0 = 8
s et 12 s :
• Période moyenne . C’est, en général, cette grandeur
spectrale que nous utilisons pour caractériser la houle dans le canal ; entre autres,
parce que sa valeur est proche de la moyenne statistique.
• Période moyenne incidente Tmi déduite du spectre incident lorsqu’on discrimine la
houle incidente et la houle réfléchie (méthodes de Mansard et Funke avec 4
sondes, 1980). Cette mesure a été réalisée en deux points à une distance d’environ
60 m de l’ouvrage et en un point devant le batteur.
• Période énergétique Te = T-10= m-1/m0.
• Période énergétique incidente Tei.
• Période de pic : Tp. Ce paramètre est utilisé comme consigne au batteur pour
générer la houle dans le canal.

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Fig. III. 9- Valeurs de période le long du canal.

51
L’examen des résultats montre que les valeurs des grandeurs caractéristiques spectrales
de la période restent stables jusqu’à environ une longueur d’onde et demie du pied de l’ouvrage
et que certaines varient beaucoup à proximité de l’ouvrage.

• Rapport Tm/Tp .

Généralement on considère l’approximation (Molin, 2002) :


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où γ est le coefficient de forme de Jonswap (γ = 3,3 dans notre cas, soit Tm/Tp = 0,78).
La Fig. III. 10 donne l’évolution du rapport Tm/Tp le long du canal.

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Fig. III. 10- Evolution du rapport Tm/Tp.

Pour les plus faibles périodes (ici Tm0 = 8 s), assez loin de l’ouvrage, la valeur du rapport
est proche de la valeur attendue : 0,78. Par contre dans la zone proche de l’ouvrage, jusqu’à
environ deux longueurs d’onde, la valeur de ce rapport varie beaucoup. Cette variation est
essentiellement due à la variation de la période moyenne Tm (mesurée sur le spectre composé)
alors que la période de pic Tp garde une valeur assez constante.
Pour les périodes les plus importantes (ici Tm0 = 12 s), la valeur du rapport Tm/Tp est
globalement plus faible que la valeur attendue et varie aussi plus fortement devant l’ouvrage.
Contrairement au cas des plus faibles périodes, la période de pic Tp varie plus fortement.
La variation de Tm dans la zone proche de l’ouvrage montre que les spectres mesurés sont
influencés par le pic basse fréquence qui apparaît avec des intensités faibles et variables le long
du canal.

• Rapport Tp/Te

La Fig. III. 11 donne l’évolution de ce rapport.

52
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Fig. III. 11- Evolution du rapport Tp/Te.

Dans la zone éloignée du pied de l’ouvrage, on constate que les valeurs de période de pic
et de période énergétique sont proches donc un rapport Tp/Te voisin de 1. Devant l’ouvrage ce
rapport décroît s’éloignant de la valeur 1,1 couramment admise pour un spectre de Jonswap
(Dingemans, 1987). Cette variation du rapport est essentiellement due à la variation de la période
énergétique Te. Cependant la séparation des vagues incidentes et réfléchies donne pour la plus
faible période Tm0 = 8 s (pour les trois spectres mesurés en x=37,3m ; x=67,8m ; x=607,8m) des
valeurs du rapport Tp/Tei toutes très proches de la valeur attendue de 1,1 y compris dans la zone à
proximité de l’ouvrage (nous avons constaté que les valeurs de Tp de la houle composée et de la
houle incidente sont très proches). Ces résultats nous conduisent à penser que les variations des
grandeurs caractéristiques de période à proximité de l’ouvrage sont largement déterminées par
les interférences entre les vagues incidentes et réfléchies. Le rapport Tp/Te peut constituer un très
bon marqueur de cette zone d’interférence.
Ces interférences ne semblent pas avoir d’impact sur la période de pic Tp mais, par
contre, les périodes moyenne Tm et énergétique Te sont affectées lorsque celles-ci sont déduites
du spectre composé (une seule sonde) mais semblent y être beaucoup moins sensibles
lorsqu’elles sont déduites du spectre incident surtout pour les périodes pas trop élevées. La Fig.
III. 11 montre des valeurs de Tmi et Tei quasi constantes aux trois points de mesure où l’on
disposait de quatre sondes pour discriminer les spectres incident et réfléchi pour la période Tm0 =
8 s.
Par conséquent, pour les plus faibles périodes, les grandeurs spectrales pertinentes pour
estimer la période sont :
• la période de pic Tp du spectre composé ou incident ;
• la période moyenne Tmi du spectre incident ;
• la période énergétique Tei du spectre incident.
Ces paramètres représentatifs de la période de la houle nous permettent de négliger
l’influence des houles longues dues à la résonnance dans le canal. Pour les périodes les plus

53
fortes, les variations des différentes périodes caractéristiques sont plus importantes le long du
canal sauf pour la période Tei.

Ces constats valident les choix différents d’Owen (1980) et de Van der Meer (1998) pour
l’estimation des débits de franchissement. Owen retient les valeurs de Tmi au large et Van der
Meer les valeurs de Tp au large ou Tei au pied proposé par Taw (2002) plus facile à mesurer en
nature.

& 1

L’analyse des spectres de houle montre la présence de pics à basse fréquence comme
dans l’exemple donné sur la Fig. III. 12 correspondant à une mesure en x = 0,6 m de l’ouvrage.
Dans cet exemple, la fréquence de pic du mode basse fréquence est f = 0,0855 Hz soit une
période de pic T = 11,7s (échelle maquette). Le rapport des densités spectrales d’énergie de pic
entre le pic basse fréquence et le pic principal vaut 0,07. Sur tous les spectres mesurés ce pic
basse fréquence apparaît avec des intensités faibles et variables le long du canal.

0,0012 spectre en x=18,3 m


pour Hs0=6m et Tm=8s
0,001
densité spectrale

0,0008

0,0006

0,0004

0,0002

0
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5
fréquence (Hz)

Fig. III. 12- Spectre de houle en x=0,6 m (échelle maquette) ou x=18,3 m (échelle prototype).
Avec une profondeur moyenne de 0,52 m (échelle maquette) ce mode basse fréquence a
une longueur d’onde de 26 m. Or, la distance entre le batteur et l’ouvrage est de 23,4 m dans le
canal. Ce rapprochement nous conduit à penser que dans le canal s’établit une onde longue
correspondant au deuxième mode de résonnance.
Des tests réalisés pour étudier le franchissement d’une digue à talus (dont les résultats
seront présentés au chapitre V) nous avons extrait les hauteurs significatives ∆hs des modes basse
fréquence pour différentes hauteurs significatives Hs des vagues en pied d’ouvrage et pour quatre
période moyennes Tm différentes (échelle prototype); les résultats obtenus (à l’échelle maquette)
sont présentés sur la Fig. III. 13.

54
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∆+

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Fig. III. 13- Hauteur significative d’ondes longues dans le canal.

Nous constatons que les modes basse fréquence ont une énergie croissante lorsque la
hauteur significative du train de vagues croît et lorsque la période croît. Donc plus la houle
produite dans le canal est énergétique et plus les modes basse fréquence. Ce phénomène ne
change pas beaucoup à la hauteur significative de la houle incidente Hsi grâce à une contribution
faible (moins de 10%) à la hauteur totale de la houle.
Pour l’étude du comportement d’un ouvrage en termes de stabilité de carapace et de
franchissement, ces ondes longues induisent principalement un effet de variation de niveau d’eau
devant l’ouvrage avec une période grande devant celle du train de vagues.
La stabilité, dépendant essentiellement de la période grande et de la hauteur significative
et pas de la cote d’arase, n’est pas affectée par cette variation de niveau d’eau.
Par contre, le débit de franchissement est directement dépendant du niveau d’eau en pied
d’ouvrage ; il convient donc d’examiner les conséquences de la présence de ces ondes longues
sur les débits de franchissement.
Les ondes longues ont une période de l’ordre de dix fois la période des trains de vagues
ce qui autorise une réflexion simplifiée en quasi-stationnaire pour ces ondes longues relativement
aux trains de vagues. Pendant la phase de creux des ondes longues en pied d’ouvrage, la hauteur
d’eau peut être assimilée à h-∆hs (ou encore une cote d’arase Rc+∆hs) induisant une diminution
des franchissements par rapport à la hauteur d’eau modéré h (ou à la cote d’arase Rc). Pendant la
phase de crête des ondes longues la hauteur d’eau peut être assimilée à h+∆hs (ou encore une
cote d’arase Rc-∆hs) induisent une augmentation des franchissements. La non linéarité des débits
de franchissement relativement à la cote d’arase impliquent que les effets décrits précédemment
ne s’annulent pas.
Afin de quantifier la plage d’erreur sur l’estimation des débits de franchissement nous
pouvons considérer, pour tous les trains de vagues, les trois niveaux d’eau différents: h, h+∆hs, et

55
h-∆hs qui donnant trois valeurs de débit théoriques (issus de la formule d’Owen modifiée par
Besley par exemple).
La Fig. III. 14 présente des résultats de mesure de franchissement (présentés
ultérieurement au Chapitre V) avec les valeurs extrêmes déduites de modèle semi-empirique
pour les trois scénarios de hauteur d’eau précédents ; sur cette figure sont représentés les débits
de franchissement adimensionnés théorique Q*Ow-Be= [Link](-bR*/γ) et expérimentaux Q*exp
R* = R c / (Tm gH s ) = R c / (Hs som / (2π )
Avec : .
Q* = q / (Tm gH s )

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Fig. III. 14- Débit de franchissement dans trois scénarios.

Nous constatons, sur cette figure, que les valeurs extrême théoriques (pour h+Dhs et h-
Dhs) encadrent bien les valeurs théorique moyennes (pour h) et que l’écart reste inférieur à 10%
et que l’allure de la relation entre les débits mesurés Q*exp et ceux estimés Q*Ow-Be par la formule
de Owen-Besley est conservée.

3.8. 2 (

Les hauteurs de la houle qu’on peut générer dans le canal sont limitées par le déferlement
en amont même du fond incliné et non pas par les capacités du batteur. Il y a donc un phénomène
de saturation des hauteurs de houle qu’on peut générer dans le canal. La Fig. III. 15 présente
l’évolution des hauteurs de houle incidente mesurées à une distance de 140 m (4,6 m en canal)
devant le batteur et devant l’ouvrage. A travers cette figure on constate que pour une période
moyenne Tm de 8 s (échelle prototype) et une hauteur d’eau en pied d’ouvrage de 7 m, la hauteur
de houle incidente devant l’ouvrage ne peut pas dépasser la valeur de 3,9 m.

56
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1#
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3

Fig. III. 15- Phénomène de saturation.


Cette saturation, liée au déferlement entre le batteur et l’ouvrage, apparaît d’autant plus tôt
(en augmentant progressivement les valeurs de consigne) que la période est faible et que la
hauteur d’eau est faible. Dans les essais réalisés pour étudier le franchissement et la stabilité de
la carapace pour différentes périodes nous avons limité les plages de variation des hauteurs de
houle de façon à éviter ce phénomène de saturation. La Fig. III. 16 donne les valeurs de hauteur
de houle obtenues au niveau du batteur et à l’ouvrage en fonction des valeurs de consigne.

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Fig. III. 16- Valeurs de hauteurs de houle générées dans le canal.

57
3.9. 3

Les résultats des tests présentés dans ce chapitre III nous permettent de préciser les
plages de variations de hauteur de houle à prendre pour réaliser les études ultérieures de
franchissement et de stabilité.
Ces résultats nous permettent de choisir la position du groupe de quatre sondes pour une
mesure contrôlée de la houle incidente.
Ces résultats indiquent aussi que les périodes moyennes Tmi et énergétique Tei des
spectres incidents sont des caractéristiques pertinentes pour caractériser les sollicitations sur
l’ouvrage.

58
Chapitre IV

Influence de la perméabilité du noyau sur la stabilité d’une carapace


naturelle

59
L’écoulement dans le milieu poreux, qui constitue le noyau d’une digue, joue un
rôle important dans l’interaction vague-ouvrage ; principalement en ce qui concerne la stabilité
de la carapace et secondairement le franchissement. L'influence du paramètre structurel le plus
important dans cette étude est l'influence de la perméabilité.
C’est ce constat qui a conduit Van der Meer à introduire un paramètre de perméabilité P
dans ses formulations pour trois types différents de structures permettant de statuer sur la
stabilité des carapaces (formules II. 13 et II. 14 du chapitre II). Plus la perméabilité d’une
structure est grande et plus il y a d’énergie dissipée ce qui réduit le poids des blocs de la carapace
pour assurer la stabilité.
Dans ce chapitre, notre objectif est de trouver une relation empirique entre ce paramètre P
et le coefficient de perméabilité Ks (homogène à une surface) réel du milieu poreux. Ce
coefficient de perméabilité est une fonction intrinsèque du milieu poreux. Il ne dépend pas, en
première approximation, des conditions hydrodynamiques de vitesse et de pression. De façon
générale, ce coefficient est fonction de la porosité, de la granulométrie, de la forme des grains, de
la rugosité de surface des grains et de la tortuosité.
À partir de la détermination de la perméabilité de divers types du noyau, nous
poursuivons de développer deux directions d’analyse : le modèle semi-empirique de Van der
Meer, et d’autre part, un modèle plus détaillé, basé sur tous nos résultats de mesure de dommage,
représentant une relation physique entre le caractère de la perméabilité du noyau et la stabilité de
la carapace.

% $

4.2.1. Modèle physique de la digue en enrochement naturel


Depuis Darcy, 1856, les coefficients de perméabilité sont mesurés à partir de relations
entre les conditions de pression aux limites d’un domaine poreux et le débit obtenu. Ces relations
sont déterminées pour des régimes de l’écoulement, laminaire, turbulent ou transitoire,
stationnaire ou instationnaire régnant à l’intérieur du milieu.
Les hydrogéologues utilisent souvent un autre coefficient de perméabilité qui n’est plus
intrinsèque au seul milieu poreux mais qui prend aussi en compte les caractéristiques du fluide
en terme de viscosité dynamique µ et de masse volumique ρ conduisant à un coefficient de
perméabilité : K = Ks ρg/µ ; ce coefficient est donc homogène à une vitesse (m/s).

Écoulement laminaire et stationnaire: En 1856, Darcy a décrit empiriquement la


relation entre le gradient hydraulique, I, et la vitesse débitante, V, dans le sable et le grès :
V = KI (IV. 1)

60
• I = P/ρgL avec P la pression motrice : P = p + ρgz
• L : longueur d’éprouvette
• K : coefficient de perméabilité (m/s)
Cette formule, connue comme la loi de Darcy, s’applique aux cas d’écoulements
laminaires sans la force d'inertie convective. La Fig. IV. 1 exprime les régimes d’écoulement
dans chaque plage du nombre de Reynolds.

Fig. IV. 1 - Les régimes d’écoulement dans le milieu poreux en fonction du nombre de Reynolds
(Burcharth et Chritensen, 1995).

Écoulement dans le régime de Forchheimer: Lorsque les vitesses de l’écoulement dans


le milieu poreux deviennent assez grandes, tout en restant limitées (soit un nombre de Reynolds
limité) on rajoute au terme de Darcy, représentant les effets visqueux, un terme quadratique de la
vitesse représentant les effets d’inertie ; c’est la formulation de Forchheimer (1901) de la forme
I = a V + b V². Fand et al. (1987) ont proposés des expressions empiriques différentes pour les
coefficients a et b.
Ergun (1952) a présenté une formule prenant en compte la porosité n et la taille des grains
d pour une plage de variation du nombre de Reynolds 1 < Re < 130

(1 − n)2 ν 1− n 1
I = 150 3 2
V + 1.75 3 VV (IV. 2)
n gd n gd
Engelund (1953) propose une formulation très proche de celle d’Ergun mais avec des
coefficients, αE et β à déterminer par lissage de données expérimentales :

(1 − n)3 ν 1− n 1
I = αE 2 2
V +β 3 VV (IV. 3)
n gd n gd
Engelund et Ergun ont expérimenté avec un écoulement dans un milieu sableux.

61
Ward (1964) propose une formule dans le régime de Forchheimer sans dépendance de la
porosité et du diamètre des grains. A partir d’une analyse dimensionnelle et d’observations
expérimentales il propose la formule suivante, qui reprend explicitement le terme visqueux de
Darcy.
υ c
I= V+ VV (IV. 4)
gK s g Ks

Dans cette formule, Ks (m2) est la perméabilité spécifique et c est une constante que Ward
propose de fixer à 0,550. Quelques auteurs appliquent cette formule dans le régime d’écoulement
turbulent avec une valeur de la constante c plus petite.
C’est cette dernière expression que nous retenons pour caractériser expérimentalement les
différents matériaux utilisés pour réaliser les noyaux.

4.2.2. Système de mesure la perméabilité du noyau

Pour étudier l’effet de la perméabilité du noyau sur la stabilité de la carapace, nous avons
effectué plusieurs séries de tests avec des noyaux réalisés avec différents matériaux (billes de
verre, gravier, mousses) dont il fallait déterminer très précisément les caractéristiques en tant que
milieux poreux, notamment la perméabilité. Nous avons donc réalisé un montage expérimental
dédié à cette tâche.
Il s’agit d’un système de circulation d’eau avec un tube de grande longueur (Fig. IV. 2 et
Fig. IV. 3). Le système de circulation d’eau, avec un réservoir à trop plein, nous permet de
maintenir des conditions de pression motrice, donc d’écoulement, constantes au cours du temps.
La conduite utilisée a une longueur de 4 m et un diamètre intérieur de 94mm. Les prises de
pression pariétales sont distantes de 3,85 m.

Fig. IV. 2 - Système de mesure de la perméabilité.

62
Fig. IV. 3 - Schéma explicatif montrant le système de circulation à pression motrice constante.

4.2.3. Résultats pour la perméabilité

Nous avons réalisé cinq séries de mesures pour cinq milieux poreux différents ; l’un
constitué de billes de verre de diamètre 9 mm environ, deux autres constitués de mousses
synthétiques à cellules ouvertes à grande taille (polyéthane 10 PPI) et petite taille (45 PPI) et
deux derniers en matériaux granulaires (Dn50 = 23,5mm et Dn50=8,5mm).
Pour chacun de ces cinq milieux, nous avons imposé 8 à 11 gradients hydrauliques et
pour chacun de ceux-ci, nous avons réalisé trois mesures de débits que nous avons moyennés.
Les points de mesures sont approximés par une méthode des moindres carrés selon la formule de
Ward pour déterminer les valeurs de la perméabilité spécifique Ks et du coefficient c
correspondant au terme non linéaire

+Pour le milieu poreux en bille verre : (D = 9mm)


Les caractéristiques statistiques géométriques des billes de verre sont représentées sur la
Fig. IV. 4:

63
2

2
4
2 2 3
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2

2
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5

Fig. IV. 4 - Distribution des diamètres moyens des billes.

J’en déduis un diamètre moyen des billes : DN = 8,94mm et un écart type sur le diamètre
moyens de σΝ= 0,008mm. La courbe théorique est presque une gaussienne ce qui confirme le
caractère aléatoire de distribution du diamètre des billes constituant le noyau de la digue.
Les résultats de mesure de la vitesse débitante pour le milieu poreux en bille de verre sont
présentés sur la Fig. IV. 5 suivante :

0,5
0,45
0,4
0,35
nos résultats
∆ x (m H2O/m)

0,3
Ward
0,25
0,2
∆ p/∆

0,15
0,1
0,05
0
0 0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06
V (m/s)

Fig. IV. 5 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
au cas de billes en verre.
Le lissage par la formule de Ward nous donne les valeurs : c = 0,29 et Ks = 0,052.10-6 m2
avec une très bonne approximation.

64
+Pour le milieu poreux en mousse à cellules de grande taille:
Ce milieu poreux n’est pas granulaire. Il est formé de cellules ouvertes à fines parois de
polyuréthane. On trouve dans le commerce des mousses avec différentes densités volumiques de
cellules (de 10 PPI à 45 PPI, 10 à 45 cellules par pouce carré) qui conduisent à des perméabilités
variables. Celles, choisies ici, 10 PPI et 45 PPI, sont la plus perméable et la moins perméable
respectivement (Fig. IV. 6 et Fig. IV. 8).

Fig. IV. 6 - Spécimen de mousse avec 10 cellules par pouce carré.

Les résultats de mesure de la vitesse débitante pour le milieu en mousse de grande taille
sont présentés sur la Fig. IV. 7 suivante :
0,5
0,45
0,4
nos résultats
0,35
Ward
∆ x (m H2O/m)

0,3
0,25
0,2
Ι=∆p/∆

0,15
Ι=∆

0,1
0,05
0
0 0,02 0,04 0,06 0,08 0,1 0,12 0,14
V (m/s)

Fig. IV. 7 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
avec la mousse synthétique en grande taille.

65
Nous obtenons les valeurs : c = 0,21 et Ks = 0,545.10-6 m2 avec, là encore, une bonne
approximation par le modèle de Ward.

+Pour le milieu poreux en mousse à cellules de petite taille:


Les résultats de mesure de la vitesse débitante pour le milieu en mousse de petite taille 45
PPI I (voir la Fig. IV. 8), (la moins perméable) sont présentés sur la Fig. IV. 9 comme suite:

Fig. IV. 8 - Spécimen de mousse avec 45 cellules par pouce carré.

0,5
0,45
0,4 nos résultats

0,35 Ward
∆ x (m H2O/m)

0,3
0,25
0,2
∆ p/∆

0,15
0,1
0,05
0
0 0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06
V (m/s)

Fig. IV. 9 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
avec la mousse synthétique en petite taille.

Nous obtenons les valeurs : c = 0,14 et Ks = 0,018.10-6 m2 avec une bonne approximation
par le modèle de Ward.

66
+Pour le milieu poreux granulaire raffiné:
La Fig. IV. 10 précise la granulométrie de ce milieu.
100

80 Courbe de
granulométrie
60
%

40

20

0
4 6 8 10 12 14 16
Diamètre (mm)

Fig. IV. 10 - Courbe de granulométrie pour le milieu poreux de granulaire raffiné (Dn50=8,5mm).

Nous obtenons une taille moyenne Dn50 = 8,5mm pour ce milieu. La Fig. IV. 11 présente
les résultats de vitesse débitante obtenus.

0,5
0,45
nos résultats
0,4
Ward
0,35
∆ x (m H2O/m)

0,3
0,25
0,2
0,15
∆ p/∆

0,1
0,05
0
0 0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06
V (m/s)

Fig. IV. 11 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
avec la granulaire raffiné (Dn50=8,5mm).

Nous obtenons les valeurs: c = 0,32 et Ks = 0,032.10-6 m2 avec une bonne approximation.

+Pour le milieu poreux granulaire grossier:


Afin de retenir les résultats d’essais sur la stabilité de la carapace de Van der Meer
surtout avec la digue homogène (même matériau pour la carapace et le noyau), nous effectuons
les mesures de la perméabilité du gravier grossier (voir la Fig. IV. 12) qui constituent la carapace
de notre modèle de digue en enrochement.

67
100
Courbe de
80 granulométrie

% 60
40
20
0
16 20 24 28 32
Diamètre (mm)

Fig. IV. 12 - Courbe de granulométrie pour le milieu poreux de granulaire (Dn50=23,5mm).

Nous en déduisons une taille moyenne des grains Dn50 = 23,5mm. La Fig. IV. 13 présente
les résultats de vitesse débitante obtenus.

0,50
0,45
nos résultats
0,40 Ward
0,35
0,30
∆ x (m H2O/m)

0,25
0,20
0,15
∆ p/∆

0,10
0,05
0,00
0 0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06 0,07 0,08 0,09 0,1
V (m/s)

Fig. IV. 13 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
avec le milieu granulaire grossier (Dn50=23,5mm).

Nous obtenons les valeurs : c = 0,018 et Ks = 0,196.10-6 m2 avec une bonne


approximation.

+Tableau récapitulatif (par valeurs croissantes de perméabilité) :

Ks (m²) c Re
Mousse synthétique 45PPI 0,018. 10-6 0,14 -
Milieu granulaire (Dn50=8,5mm) 0,032.10-6 0,32 ~ 1000
Billes de verre 0,052. 10-6 0,29 ~ 1600
Milieu granulaire (Dn50=23,5mm) 0,196. 10-6 0,18 ~ 2700
Mousse synthétique 10PPI 0,545. 10-6 0,21 -
Tab. IV. 1- Perméabilité des milieux poreux constituant le noyau de la digue testée.
68
Les valeurs du coefficient c, en comparaison avec la valeur 0,55 proposée par Ward pour
les faibles valeurs du nombre de Reynolds où la loi de Darcy est vérifiée, laissent penser que
l’écoulement est assez turbulent dans les milieux poreux testés avec un Reynolds de l’ordre de
2000. Pour la mousse, il est très difficile de choisir une longueur caractéristique donc nous
n’avons pas calculé le nombre de Reynolds pour ce cas.
Pour ces cinq milieux poreux, la plage de variation du coefficient de perméabilité Ks est
assez large puisque celui-ci varie dans un rapport de 1 à 15. Cette large plage nous permettra de
tester la formulation de Van der Mer sur un domaine beaucoup plus large que celui utilisé par lui-
même au cours de ses essais.

' %

4.3.1. Modèle physique de la digue en enrochement naturel

Afin de reproduire au mieux les conditions d’essais de VDM et en fonction des


caractéristiques du canal à houle à notre disposition d’une longueur totale de 34 m, une largeur
de 0,9 m et une profondeur de 1,2 m nous avons choisi pour la carapace un gravier naturel de
diamètre moyen Dn50 = 2,35cm. Nous avons donc dimensionné la structure en partant des
caractéristiques ci-dessus des blocs constituant la carapace en respectant la similitude des poids
relatifs entre les essais de VDM et les nôtres. Cette loi de similitude permet de déterminer
l’échelle dimensionnelle E = L0/L :
3
1 W ρ − ρe ρ0
3
= 0 0 (IV. 5)
E W ρ − ρe ρ

Où : W0 est le poids d’un bloc de la carapace dans l’expérience de VDM


W est le poids d’un bloc de la carapace dans notre expérience
ρ0 est la masse volumique des blocs de la carapace dans l’expérience de VDM
ρ est la masse volumique des blocs de la carapace dans notre expérience
ρe est la masse volumique de l’eau dans les canaux.
Les caractéristiques des matériaux utilisés par VDM, pour réaliser une carapace
d’épaisseur 0,08m en 2 couches, étaient :

W50 = 0.123 kg
ρ a = 2620 kg / m 3
Dn 50 = 0.036 m

Ce qui conduit à une échelle E de l’ordre de: 1,57. Nous choisissons pour la suite la
valeur E = 1,6. On peut voir dans les données ci-dessus que l'épaisseur de la couche de carapace
est deux fois Dn50 comme pour les tests de Van Der Meer [1988]. En plus, afin de limiter le

69
nombre d’essais, nous effectuons une campagne d’essais avec une pente de talus constante mais
assez conventionnelle égale à 1:2. Les dimensions de la structure sont présentées sur la Fig. IV.
14 comme suit:

Fig. IV. 14 - Section droite de la digue.


Pour déterminer le niveau de dommage de la carapace, nous relevons la topographie avec
une résolution de 5cm de dix profils du haut au bas de la digue. Les dix profils sont
uniformément répartis sur la largeur avec un premier et un dernier profil situé à 0,1m des parois
du canal (pour éviter les effets de bord).

4.3.2. Analyse de la stabilité de carapace par Van der Meer

Après avoir effectué tous ses tests, Van der Meer a analysé les résultats et a constaté les
influences des paramètres adimensionnels sur la stabilité de la carapace.
La relation entre la durée de la tempête N et les dommages S qui est décrit par le
paramètre S/N0,5 est le résultat de l'étude de Thompson et Shuttler (1975). Ils ont examiné les
dommages après 1000 vagues et répété la mesure jusqu'à 5000 vagues. Cela a conduit finalement
à une relation décrivant l'influence de la durée d’exposition sur le dommage par le rapport S/N0,5.
Van der Meer a trouvé pour ses tests une relation similaire et a conclu que S/N0.5 est un bon
paramètre adimensionnel pour décrire cette influence.
Lorsque Van der Meer a analysé les influences combinées des caractéristiques de la houle
et de la pente de talus en présentant les résultats sous la forme Hs/ Dn50 en fonction de m. Une
distinction forte entre les vagues gonflantes et plongeantes a été observée (référence chapitre II).
Il l’a expliqué par le rapide run-up obtenu avec les vagues plongeantes gouvernant la stabilité.
Pour les vagues gonflantes, le run-down est le facteur le plus important pour l'instabilité. Ainsi, il
est nécessaire de considérer différentes plages de valeurs pour le nombre d’Iribarren pour statuer
sur la stabilité.
Dans les essais de Van der Meer, différentes largeurs de spectres de vagues ont été
testées. Après analyse, il s’avère que la forme des spectres a peu d’influence sur la stabilité. Les
grandeurs les plus influentes étaient la période moyenne ou la période de pic de la houle.

70
L'influence de la densité relative des éléments du milieu granulaire constituant la
carapace a été déterminée en testant trois densités différentes (légère: 1950 kg/m3, moyenne:
2620 kg/m3 et lourde: 3050 kg/m3). En général, il a conclu que l’influence de la densité des
enrochements était correctement décrite par le rapport Hs/ dn50.
L'influence des paramètres structurels la plus importante notée dans les travaux de VdM
est l'influence de la perméabilité. Les essais de Van der Meer ont été effectués avec trois types
différents de structures (noyau perméable, noyau imperméable et digue homogène: même
matériaux pour la carapace et le noyau). On peut facilement reconnaître que la stabilité des
structures perméables est plus élevée que la structure imperméable.
Van der Meer déduit trois valeurs pour le paramètre nominal P à partir de ses essais sur
trois types de noyaux de perméabilité différents. Le lissage par une loi puissance conduit aux
valeurs P = 0,6 ; P = 0,5 et P = 0,1. Ces valeurs de P sont censées être représentatives de la
perméabilité du noyau mais sans lien direct avec les caractéristiques réelles du milieu.

4.3.3. Résultats de nos essais et analyse

Notre objectif est d’introduire directement la perméabilité dans les relations semi-
empiriques dans deux procédés: l’un conserve les formulations de VdM, en cherchant une
relation entre le paramètre nominal P et la perméabilité réelle Ks et c du noyau ; l’autre propose
une formulation semblable à celle de VdM prenant en compte plus directement la perméabilité
Ks du noyau.
Pour nos essais, les limites de la plage de la perméabilité du noyau sont élargies à une
structure infiniment perméable, d'une part et à une structure totalement imperméable, d'autre
part. Toutes les conditions d’essais sont exprimées dans le Tab. IV. 2 ci-dessous en y intégrant
les résultats de VdM pour une digue homogène que nous n’avons pas testée. Les résultats de
mesures sont synthétisés dans le tableau de l’annexe A.

Nombre des vagues Nombre Forme du Nombre Dommage


Type du noyau (N) spectre d’essais S(N=3000)
d’Irribaren (ξm)
Imperméable 1000 & 3000 2,6 – 5,0 Jonswap 14 3 – 21
Mousse petite taille 1000 & 3000 2,2 – 5,3 Jonswap 16 6 – 18
Granulaire
1000 & 3000 2,2 – 5,3 Jonswap 16 5 – 16
(Dn50=8,5mm)
Billes de verre 1000 & 3000 2,4 – 5,0 Jonswap 19 2 – 16
Homogène (Tests de
1000 & 3000 2,0 – 4,9 Jonswap 13 1–7
Van der Meer)
Mousse grand taille 1000 & 3000 2,5 – 4,9 Jonswap 15 3 – 20
Infiniment perméable 1000 & 3000 2,2 – 4,0 Jonswap 15 2 – 13
Tab. IV. 2- Conditions des tests menés par la présente recherche.

71
[Link]. Relation P-Ks pour le modèle semi-empirique de Van der Meer

En suivant la méthode expérimentale de Van der Meer, chaque série d’essais a consisté
généralement en cinq tests de même période de houle, mais en variant la hauteur significative de
la houle incidente. La période moyenne Tm varie sur la plage 1,0 s à 2,1 s et la hauteur
significative Hs varie de 0,49 m à 0,12 m. Le niveau d’eau est égal à 0,47 m en pied d’ouvrage
pour tous les tests.
Les courbes d’évolution du dommage sont tracées pour N=1000 et N=3000 vagues, pour
chaque série d’essais caractérisée par le type de noyau et la période Tm, comme présenté sur la
Fig. IV. 15. Une courbe moyenne a été déduite des points de mesure. Les évolutions du
dommage peuvent être discrétisées en choisissant les niveaux S = 2, 3, 5, 8, 12 et 17. Avec cette
procédure, deux niveaux de dommage S=3 (début dommage) et S=8 (moyen dommage) seront
retenus en suivant la démarche de VdM. Dans l’exemple de résultats présentés sur la Fig. IV. 15,
nous obtenons les triplets de valeurs présentés dans le Tab. IV. 3:

N=3000
S N Hs/∆Dn50
N=1000 3 1000 1,49
8 1000 2,09
3 3000 1,25
8 3000 1,77

Tab. IV. 3

Fig. IV. 15 - Les courbes d’évolution du dommage typiques


(cas Tm=1,44 s, noyau en billes de verre).

Les valeurs de Tm et Hs correspondantes aux cas S=3 et S=8 permettent de déterminer ξm.
Toutes les valeurs couplées du Hs/∆Dn50 et de ξm des tests avec la digue en enrochement sont
exprimées dans un graphique donnant Hs/∆Dn50 en fonction de ξm. C’est cette procédure que nous
avons suivi pour analyser les résultats de nos essais. Certains graphes sélectionnés seront utilisés
dans les sections suivantes afin de décrire l'influence des variables relatives à la stabilité (Ex :
perméabilité du noyau P, granulométrie de la carapace D85/D15, type de la houle, niveau d’eau

72
d…). Pour étudier l’influence de la perméabilité du noyau P sur la stabilité, Van der Meer a
effectué les tests avec différents types de noyaux.
Tout d’abord, au cours de nos tests prémilitaires, nous avons vérifié la formule de
stabilité de Van der Meer pour un noyau imperméable (P= 0,1) pour lequel les résultats de
mesures sont présentés sur la Fig. IV. 16 et comparés à ceux de VdM pour un même noyau
imperméable.
On rappelle ici les formules de VdM qui sont tracées sur les figures donnant Hs/∆Dn50 en
fonction de ξm ci-dessous avec les paramètres : tanα=0,5; S=3 et 8; N=3000; P=0,1.
1
+ le déferlement plongeant : ( ξ m < ξ cr = (6.2 P 0.31 tan α ) P + 0.5 )

Hs / ∆Dn50 = 6.2.P0.18 (S / N )0.2 ξm−0.5 = C1.ξm−0.5 (IV. 6)

+ le déferlement gonflant : ( ξm ≥ ξcr )

Hs / ∆Dn50 = P−0.13 (S / N )0.2 cot α .ξm P = C2 .ξm0,1 (IV. 7)


a)
4 4
S=3 S=8

3 3
y = 2,8.ξm-0,5
∆ Dn50

∆ Dn50

y= 2,3.ξm-0,5
Hs/∆

Hs/∆

2 2 y = 1,3ξm0,1
y = 1,1.ξm0,1

1 1
0 1 2 3 4 5 6 7 0 1 2 3 4 5 6 7
ξm ξm
b)

Fig. IV. 16 - Vérification de notre modèle physique (a) en comparant avec celui de Van der Meer
(b) au cas de noyau imperméable (P=0,1) pour la pente de talus tanα = 0,5 et N=3000.

73
Le bon accord de nos résultats avec ceux de Van der Meer pour un noyau imperméable
nous encourage à poursuivre les essais avec un noyau perméable réalisé avec des milieux poreux
différents.
Pour chaque type de noyau, on réalise les tests afin de déterminer 4 valeurs couplées de
Hs/∆Dn50 et ξm dans le graphe donnant Hs/∆Dn50 en fonction de ξm (souvent 2 valeurs pour ξm<ξcr
dans la zone de déferlement plongeant et 2 valeurs pour ξm>ξcr dans la zone de déferlement
gonflant).
En retenant des formules IV.6 et IV.7 du modèle de Van der Meer avec les paramètres
tanα=0,5; S=3 et 8; N=3000, la valeur nominale du coefficient P dans ces formules reste
inconnue pour la digue constituée par le nouveau type de noyau. Une approximation par les
formules de VdM pour les deux zones de déferlement permet de déterminer la valeur de ce
coefficient. Pour chaque type de noyau, nous obtenons une valeur de P différente comme
présenté dans la Fig. IV. 17 suivante et le Tab. IV. 4 .

74
3,0 3,0
S=3 S=8
2,5 y = 2,8ξm-0.5 2,5

∆ Dn50
2,0
∆ Dn50

2,0
y = 0,9ξm0.29

Hs/∆
y = 3,4ξm-0.5
Hs/∆

1,5 1,5 y = 1,1ξm0.29


1,0 1,0
0 2 4 6 0 2 4 6
a) ξm ξm
3,0 3,0
S=3 S=8
2,5 2,5
y = 2,9ξm-0.5

∆ Dn50
2,0
∆ Dn50

2,0 y = 0,9ξm0.35 y = 3,5ξm-0.5

Hs/∆
y = 1,1ξm0.35
Hs/∆

1,5 1,5

1,0 1,0
0 2 ξm 4 6
b) 0 2 ξm 4 6

3,0 3,0
S=3 S=8
2,5 y = 3ξm-0.5 2,5
y = 3,6ξm-0.5
∆ Dn50
∆ Dn50

2,0 y = 0,89ξm0.41 2,0


y = 1,1ξm0.41
Hs/∆
Hs/∆

1,5 1,5

1,0 1,0
0 2 ξm 4 6 0 2 4 6
c) ξm
3,0 3,0
S=3 S=8
2,5 2,5
y = 3,9ξm-0.5 y = ξm0.63
∆ Dn50

∆ Dn50

2,0 -0.5 2,0


y = 3,2ξm y= 0,8ξm0.63
Hs/∆

Hs/∆

1,5 1,5

1,0 1,0
0 2 ξm 4 6 0 2 ξm 4 6
d)
3,0 3,0
S=3 S=8
2,5 2,5
y = 3,9ξm-0.5 y = ξm0.65
∆ Dn50

y = 3,2ξm-0.5 0,8ξm0.65 2,0


∆ Dn50

2,0 y=
Hs/∆
Hs/∆

1,5 1,5

1,0 1,0
0 2 4 6 0 2 4 6
ξm ξm
e)
Fig. IV. 17 - Meilleure approximation des mesures (carrés) par la formule théorique de Van der Meer
pour N=3000, S=3 et 8 pour cinq types de noyau divers: a) Mousse petite taille; b) Gravier raffiné
Dn50=8,5mm; c) Billes de verre; d) Mousse grand taille; e) Infiniment perméable.

75
No Type de noyau Valeur approchée de P
1 Imperméable 0,1
2 Mousse petite taille 0,29
3 Gravier raffiné (Dn50=8,5mm) 0,35
4 Billes de verre 0,41
5 Homogène (VDM) 0,6
6 Mousse grand taille 0,63
7 Infiniment perméable 0,65
Tab. IV. 4- Récapitulation des valeurs de P pour la formulation de VdM.
Une comparaison pour les six structures est présentée dans la Fig. IV. 18 suivante :

Infiniment perméable Mousse grand bille verre Gravier raffiné Mousse petite Imperméable
3,0
S=3

2,5
∆ Dn50
Hs/∆

2,0 ξmP
y = C.ξ
ξm
y = f(P).ξ -0.5

1,5

1,0
0 1 2 3 4 5 6
ξm

Infiniment perméable Mousse grand bille verre Gravier raffiné Mousse petite Imperméable
3,0
S=8

2,5
ξmP
y = C.ξ
∆ Dn50

2,0
Hs/∆

ξm-0.5
y = f(P).ξ

1,5

1,0
0 1 2 3 4 5 6
ξm

Fig. IV. 18 – Synthèse sur l’influence du coefficient P sur le nombre de stabilité Hs/∆Dn50
(N=3000, cotα=2).

76
L’influence de la période de la houle dans la zone de déferlement plongeant ξm < ξcr
(partie gauche des courbes sur la Fig. IV. 18) montre la même allure pour les six structures, avec
une stabilité d’autant meilleure que la perméabilité est grande. Dans la zone de déferlement
gonflant ( ξm ≥ ξcr ), la structure la plus perméable est aussi la plus stable, mais la stabilité croît
avec la longueur d’onde des vagues avec des pentes plus raides pour les noyaux de plus grande
perméabilité.
Le phénomène dans la zone de déferlement gonflant est expliqué physiquement par les
sollicitations des vagues sur le talus. Pour le talus avec un noyau imperméable, l’écoulement est
concentré dans la carapace causant de grandes forces sur les blocs au cours du run-down. Pour le
talus avec un noyau perméable, la houle se dissipe au sein du noyau et donc l’écoulement devient
moins violent. Avec une houle longue, l’eau s’infiltre plus et s’écoule vers le bas du noyau. Ceci
réduit les forces et stabilise le talus.
Ces analyses nous permettent d’établir une relation entre le paramètre P de Van der Meer
et les coefficients de perméabilité réels du noyau, Ks et c. L’ouvrage avec un noyau infiniment
perméable est le plus stable auquel VdM associe la valeur maximale Pmax = 0,65. De l’autre côté,
le noyau imperméable peut être considéré comme une limite inférieure de la perméabilité P=0,1.
Aux types de noyau différents testés correspondent des valeurs intermédiaires entre 0,1 et 0,65
présentées dans le Tab. IV. 5 ci-dessous:

No Type de noyau Ks (10-6) c P (VDM)


1 Imperméable 0 - 0,1
2 Mousse petite taille 0,018 0,14 0,29
3 Gravier raffiné (Dn50=8,5mm) 0,032 0,32 0,35
4 Billes de verre 0,052 0,29 0,41
5 Homogène (VDM) 0,196 0,18 0,6
6 Mousse grand taille 0,545 0,21 0,63
7 Infiniment perméable + - 0,65
Tab. IV. 5- Le coefficient nominal P de VdM et les coefficients de perméabilité réelle du noyau.

)! 06
)

) 0"
) )
6 &

Fig. IV. 19 - Relation entre la valeur nominale de P et chaque coefficient (Ks et c).

77
La Fig. IV. 19 ci-dessus nous conduit à penser que la relation entre P et Ks est évidente et
peut être exprimée en loi exponentielle. Par contre, par la variation aléatoire de valeur de P en
fonction de c, on déduit que le deuxième terme dans la formule de Ward, terme non linéaire,
n’influence pas clairement la perméabilité nominale P du noyau.
La prise en compte du seul terme linéaire (de Darcy), auquel est associé le coefficient Ks,
conduit à considérer que la formule de VdM est d’autant moins valide que la perméabilité et la
cambrure de la houle est grande.
Il est à noter aussi que dans cette étude nous avons négligé l’aspect instationnaire de
l’écoulement dans le noyau. Une étude plus complète nécessiterait d’utiliser un modèle comme
celui de Polubarinova-Ko ina (1952) introduisant un troisième coefficient caractérisant la
perméabilité associé à l’accélération de l’écoulement. Ceci conduit aussi à limiter la validité du
modèle de base de VdM à des cambrures pas trop importantes.
Afin de lisser les valeurs discrètes expérimentales par une loi mathématique et généraliser
la relation entre les deux coefficients de perméabilité Ks et P, on propose d’introduire un terme
adimensionnel Ks/Ks(carapace) qui permet de prendre en compte la perméabilité de la carapace et
appliquer ce résultat à d’autres travaux quelle que soit l’échelle. La loi proposée a la forme
suivant (IV.8 et Fig. IV. 20):
P = a – [Link](-c * Ks/Ks(carapace)) (IV. 8)
avec dans notre cas Ks(carapace) = 0,196. 10-6 (m2) et a, b et c des coefficients déterminés par
régression à partir des résultats expérimentaux.

)
7 2
) 8

$ ) ) ) )
6 (6 3 3

Fig. IV. 20 - Ajustement des mesures par une loi exponentielle.

Avec les résultats expérimentaux issus de nos cinq tests avec des noyaux différents et les
deux résultats de VdM pour les cas d’une digue homogène et un noyau imperméable, nous
obtenons les valeurs : a = 0,65; b = 0,5 et c = 2,5.

78
On remarque que l’évolution de P en fonction de Ks est asymptotique et tend vers 0,65
pour les forts Ks ; ce qui confirme la valeur retenue pour VdM pour les digues infiniment
perméables.

La formule de Van der Meer modifiée par la relation P = f(Ks) devient donc:
1
+Pour le déferlement plongeant : ( ξ m < ξ cr = (6.2 P 0.31 tan α ) P + 0.5 )

H s / ∆Dn50 = 6.2.P0.18 (S / N )0.2 ξm−0.5 (IV. 9)

+Pour le déferlement gonflant : ( ξm ≥ ξcr )

H s / ∆Dn50 = P−0.13 (S / N )0.2 cot α .ξm P (IV. 10)

tan α tan α
Où: ξm = = : paramètre de déferlement (nombre d’Iribarren)
sm 2π H s
gTm 2

Avec la relation entre P et Ks:

P = 0,65 – 0,[Link](-2,5 * Ks/Ks(carapace)) (IV. 11)

Pmax = 0,65
Pmin = 0,1 (noyau imperméable)

[Link]. Proposition d’estimation directe du niveau de dommage S

La procédure de traitement de données de Van der Meer exige de déterminer deux


niveaux de dommage S spécifiques (S=3 et S=8). Cela conduit à réduire la validité des formules
de VdM qu’au voisinage des niveaux de dommage S=3 (début de dommage) et S=8 (dommage
moyen).
En réalité, lorsque l’érosion de la carapace est forte (S >8), la différence entre les valeurs
de mesure et de prédiction est importante.
En conséquence, une approche plus explicite, qui montre une relation directe entre le
niveau de dommage S (quel qu’il soit) et les paramètres de la structure et de la houle, est
intéressante à développer.
Pour établir cette relation, nous utilisons tous les tests réalisés quels que soient les
niveaux de dommage observés. Nous considérons que le niveau de dommage est dépendant: du
forçage externe (houle), des caractéristiques de la carapace et de la capacité de dissipation de
l’énergie au sein du noyau de la digue.
Sur la base de cette analyse, on propose les grandeurs adimensionnelles suivantes :
79
S/N0,5: Niveau de dommage S du talus après N vagues.
Hs/∆Dn50 : nombre de stabilité de la carapace déduit de la taille, du poids et du forçage
externe.
ξm : paramètre de déferlement associé au forçage et à la géométrie de l’ouvrage.
ν Hs
Tm/Tc : dont Tc = est le temps caractéristique de l’écoulement dans le milieu
4 gK s
poreux qui constitue le noyau. Cette expression nous paraît plus intéressante que celle du nombre
adimensionnel Ks/Ks(carapace) introduit précédemment (équation IV.8). En effet, dans cette
dernière expression, on laisse supposer que la carapace a autant d’effet que le noyau quelle que
soit son épaisseur. Dans une carapace peu épaisse par rapport au noyau et de grande perméabilité
par rapport à celui-ci (cas général) a probablement très peu d’effet sur l’écoulement interne au
noyau. Aussi, il nous apparaît plus opportun de ne prendre en compte que la perméabilité du
noyau et de qualifier le comportement de celui-ci par un temps caractéristique lié à la
perméabilité intrinsèque Ks et à un gradient hydraulique associé au forçage extérieur caractérisé
par la hauteur des vagues Hs. Le temps « d’exposition » à la vague (forçage), caractérisée par la
période moyenne Tm des vagues, est alors comparé à un temps, Tc, de propagation de
l’écoulement dans le noyau.
On cherche une expression du dommage S/N0,5 sous la forme:
S Hs b T
= A.( ) .(ξ m ) c .( m ) d (IV. 12)
N ∆ Dn 50 Tc

Les coefficients A, b, c et d sont déterminés par une méthode des moindres carrés entre
les valeurs expérimentales et le modèle théorique pour toutes les valeurs de mesure de S et pour
N=3000 vagues.
Durant la campagne d’essais, on a constaté que pour des déferlements plongeants, le
rapide run-up apparaissant est le phénomène physique dominant pour la stabilité. Pour des
déferlements gonflants, le run-down est le facteur le plus important pour l'instabilité. Pour les cas
entre deux, les forçages de run-up et run-down sont forts et causent le maximum d’instabilité.
Toutefois, la séparation entre les deux zones n’est pas encore évidente. Van der Meer a supposé
que la valeur critique du nombre d’Iribarren ξcr = 2,5 – 4 distingue deux façons d’agir de la houle
vis-à-vis de la carapace de la digue en enrochement. Pour chaque type de noyau, la valeur
critique ξcr dépend de la perméabilité P et est une intersection les deux expressions semi-
empiriques de Van der Meer.
Pour l’étude présente, la valeur de ξcr est déterminée par une méthode statistique. On
conserve l’idée des deux comportements en fonction de la houle : l’un avec une croissance
d’instabilité en fonction de ξm et l’autre avec une décroissance du dommage. Cette valeur
séparatrice des deux comportements varie dans la plage [2,5 – 4]. La valeur critique ξcr optimale
doit satisfaire la condition de moindres carrés de l’ensemble des points de mesure. Ensuite, les

80
coefficients A, b, c, d sont déterminés aussi par une méthode des moindres carrés entre les
valeurs expérimentales et le modèle théorique pour les deux cas. Les valeurs suivantes présentées
Tab. IV. 6 sont obtenues:

Zone A b c d
Déferlement plongeant (1) 1,0.10-3 5,24 2,49 -0,36
Déferlement gonflante (2) 6,0.10-2 3,15 -0,14 -0,26
Tab. IV. 6- Coefficients obtenus pour la nouvelle formule de stabilité.

Le Fig. IV. 21 ci-dessous compare les résultats expérimentaux à ceux issus de la nouvelle
modélisation avec les valeurs des coefficients obtenus ci-dessus.

'9ξ 9:
+

a)

:9ξ 9 ;*:
+

b)

'9ξ 9 ;*:
+

c)
Fig. IV. 21- Comparaison de nos résultats expérimentaux avec le nouveau modèle:
a) Déferlement plongeant ; b) Déferlement gonflant ; c) Tous les résultats.

81
4.3.4. Discussion
a) Modèle de Van der Meer modifié par la relation P = f(Ks):

Bien que les formules de Van der Meer soient considérées comme les plus précises pour
la stabilité de la carapace par les ingénieurs, seuls trois types de noyau ont été utilisés pour
l’établir.
Nous avons étendu la procédure de VdM à cinq types de noyaux différents et nous avons
cherché à exprimer le coefficient P de la formule de VdM en fonction de la perméabilité réelle Ks
du noyau. Afin d’évaluer la précision des deux formulations semi-empiriques de prédiction de la
stabilité, nous utilisons l’expression de l’écart type σ sur les valeurs de S:

N
1
σ= (Sthéorique − Smesuré )2
N 1

La Fig. IV. 22 compare les résultats expérimentaux à ceux issus du nouveau modèle de
Van der Meer.
S theorique

50 6 4 1 3 7*6 8
# 50 %!!
#4

S mesuré

Fig. IV. 22- Comparaison des valeurs expérimentales aux valeurs théoriques de Van der Meer modifiées.

L’écart type σ entre les valeurs mesurées de S dans nos expériences (points « o » dans la
Fig. IV. 22) et celles issues du modèle est de l’ordre de 4,44.
En outre, l’écart type σ entre les deux séries d’essais réalisés par Van der Meer (points
« » dans la Fig. IV. 22 ) pour une digue imperméable (P=0,1) et une digue homogène (P=0,6)
est de 3,06.

82
Cette formule généralisée nous permet de mieux comprendre la relation physique entre le
paramètre nominal de la perméabilité P et le paramètre intrinsèque de perméabilité milieu poreux
du noyau Ks. Mais les écarts entre valeurs mesurées et valeurs théoriques restent importants.

b) Nouveau modèle semi-empirique en approche directe:


Sur la Fig. IV. 22, on constate que le modèle de Van der Meer prédit efficacement les cas
de faible dommage. En revanche, cette méthode ne marche pas bien lorsque le niveau
d’endommagement de la carapace est supérieur à S=10. Cette erreur provient de la procédure de
choix des deux niveaux représentatifs S=3 et S=8. Afin d’améliorer ce désavantage, le nouveau
modèle est développé en retenant toutes les valeurs de dommage mesuré. Ainsi, l’écart type σ
entre les valeurs mesurées et celles issues du nouveau modèle (voir Fig. IV. 21) est réduit jusqu’à
1,50. Remarquons que ce modèle n’est pas applicable aux cas du noyau imperméable et du
noyau infiniment perméable, lorsque le terme Tm/Tc devient zéro ou + .
La Fig. IV. 23 compare les résultats expérimentaux de Van der Meer au cas d’une digue
homogène, en retenant le rapport de l’échelle entre notre modèle et celui de Van der Meer de
E=1,6 (voir 4.3.1). L’écart type σ entre les valeurs mesurées et celles théoriques est égal à 3,06
(pour 2,51 avec la méthode de Van der Meer). Pour tous les niveaux de dommage, l’écart entre
Sthéorique et Smesuré est stable. On peut donc en conclure que ce nouveau modèle, non seulement
donne une meilleure précision, mais aussi un plus grand intervalle de confiance dans la
prédiction de stabilité de la carapace que le modèle classique de Van der Meer.

'9ξ 9 ;*:
+

Fig. IV. 23- Comparaison des résultats expérimentaux de Van der Meer (1988) et des prédictions
par le nouveau modèle.

Nos expériences Expériences de VdM Ensemble des expériences


Modèle
Van der Meer modifié 4,44 3,06 4,16
Approche directe 1,50 2,51 1,73
Tab. IV. 7- Tableau récapitulatif de l’estimation de précision (σx) de chaque modèle proposé.

83
3

a) Modèle semi-empirique Van der Meer modifié par la relation P=f(Ks):

Dans cette étude, nous avons réalisé plusieurs essais sur une digue en enrochement
naturel, constituée d’un noyau de différentes perméabilités. Le but de ces essais est de
comprendre le comportement de stabilité de la carapace et l’influence de la perméabilité du
noyau sous l’attaque de la houle. Finalement, on a atteint cet objectif avec les conclusions
suivantes :
• Réussir à prendre en compte le seuil de perméabilité infinie du noyau P égale à
0,65 dans le modèle de Van der Meer.
• Compléter la plage de perméabilités P testées par rapport à VDM en utilisant des
noyaux constitués de divers types de milieux poreux: mousse, granulats et billes de verre.
• Améliorer le modèle bien connu de Van der Meer en établissant une relation
générale entre le paramètre nominal de la perméabilité P de VdM et les perméabilités
intrinsèques des milieux poreux du noyau Ks et de la carapace Ks(carapace) par la formule :
P = 0,65 – 0,[Link](-2,5 * Ks/Ks(carapace)) (IV. 13)

• À partir de la formule ci-dessus, l’ingénieur peut trouver la valeur optimale de


perméabilité du noyau dans l’analyse coût-bénéfice de la construction d’un ouvrage.
• Franchir l’obstacle de l’échelle par l’utilisation du terme adimensionnel
Ks/Ks(carapace) dans la relation IV.13.
A noter, en particulier, la difficulté de reproduire les valeurs de perméabilité nominale P
dans la plage de [0,1÷0,3] car ce coefficients varie beaucoup en fonction de la perméabilité
intrinsèque Ks sur cette plage (Fig. IV. 19) d’où la nécessité d’une très bonne estimation de la
perméabilité intrinsèque du noyau.

b) Nouveau modèle semi-empirique en approche directe:

Cette approche est dite directe car elle permet d’estimer le niveau de dommage, quel qu’il
soit, en fonction des caractéristiques de l’ouvrage et du forçage hydrodynamique. Cette
procédure est plus proche des phénomènes physiques.
• Lorsque la hauteur de la houle Hs est grande où la taille (Dn50) et le poids (∆) de
blocs sont faibles, l’endommagement de la carapace S est significative et peut dépasser les
valeurs S=3 ou S=8 retenues par VdM ; ceci peut correspondre à des évènements extrêmes.
• Le comportement de déferlement quantifié par (ξm) est séparé en deux zones.
Dans la zone de déferlement plongeant, le rapide run-up après le déferlement est responsable de
l’instabilité. Dans la zone de déferlement gonflant, le run-down est le facteur le plus important

84
pour l'instabilité. Dans la zone entre deux, les forçages de run-up et run-down sont forts et
causent le maximum d’instabilité.
• L’influence de la perméabilité du noyau est représentée par un temps
caractéristique Tc du milieu poreux qui constitue le noyau. Lorsque le milieu du noyau est moins
perméable, le temps de propagation de l’écoulement dans le noyau est long (Tc grand). Dans ce
cas-là, la rupture de la carapace est favorisée.
A partir d’un total de 82 points d’essais dont 16 résultats issus des travaux de Van der
Meer, les coefficients du nouveau modèle proposé sont déterminés par une méthode de
moindres carrés entre les valeurs expérimentales et le modèle théorique et on obtient les
formules finales suivantes :
+Pour le déferlement plongeant : ( ξm < 3 )
& ./ 97 ,* -;
) *+ )*,- + 3 45
+ 67 4 58 + (IV. 14)
'( 0123* 9:

+Pour le déferlement gonflant : ( ξm ≥ 3 )


& ./ 97 ,* 4;
; *+ )*,4 + - )3
+ 67 ,* )5 + (IV. 15)
'( 0123* 9:

ν Hs
avec le temps caractéristique Tc = .
4 gK s

En général, ce modèle non seulement donne une plus grande précision mais donne aussi
un plus grand intervalle de confiance dans la prédiction de la stabilité de la carapace que le
modèle classique de Van der Meer pour la plupart des types d’ouvrage. Toutefois, ce modèle
n’est pas applicable à des digues imperméables et infiniment perméables.

85
86
Chapitre V

Comportement des ouvrages vis-à-vis de la remontée de niveau des


mers

87
De nos jours, une grande densité de population vit dans les zones côtières où les
activités économiques sont très importantes avec une grande dépendance aux risques marins.
Ainsi, les structures défensives sont construites afin de protéger ces zones côtières contre les
tempêtes et les grosses vagues. Toutefois, en raison des effets de serre dans les nombreuses
régions côtières, les gens font face au changement climatique. Une des conséquences attendues
de celui-ci est la remontée du niveau des mers et océans. Le 4ème rapport d'évaluation du GIEC
(2007) synthétisé par l’ONERC (2010) propose un scénario dit "optimiste" de surélévation de
0,40 m et un scénario "pessimiste" avec une surélévation de 0,60 m à l’horizon 2100. Certains
scénarios dits "extrêmes" proposent des surélévations possibles de 1 à 2 m. Cette variation de
niveau moyen, en elle-même, et les effets induits sur l’augmentation des hauteurs de vagues à
l’ouvrage conduisent à des franchissements accrus des ouvrages maritimes de protection et donc
à des aléas d’inondation ainsi qu’à des aléas sur l’exploitation des zones abritées non pris en
compte dans les cahiers des charges de conception initiaux.
Dès lors, les formules utilisées pour des conditions « normales » sont probablement à
revoir pour pouvoir mieux estimer le comportement des ouvrages notamment en vue de mieux
décrire les aléas pour les comparer avec les enjeux sociétaux.
En outre, la question est : quelles solutions de renforcement des ouvrages existants peut-
on envisagées pour retrouver un comportement acceptable ? Celle-ci a fait l’objet, en 2010 et
2011 du programme national de recherche GICC - SAOPOLO (GICC : Gestion et Impacts du
Changement Climatique, programme piloté par le Ministère de l’Ecologie, du Développement
Durable, des Transports et du Logement ; SAOPOLO : Stratégies d’adaptation des ouvrages de
protection marine ou des modes d’occupation du littoral vis-à-vis de la montée du niveau des
mers et des océans, coordonné par le CETMEF).
Le travail présenté ici a fait partie du programme national de recherche SAOPOLO avec
comme :
• Objectifs : L’étude vise à définir des stratégies de réduction de la vulnérabilité de
ces zones à risque, notamment par l’adaptation des ouvrages, et à proposer des techniques de
renforcement optimisé de ces structures de protection contre l’action marine. Le décideur se
trouvera confronté au choix entre plusieurs options. Il pourra être tenté de se contenter
d’intensifier la maintenance de son ouvrage sans en changer les caractéristiques, mais sans
doute au prix de restrictions d’utilisation des zones protégées et d’une diminution du niveau de
sécurité. L’étude vise à donner aux décideurs économiques ou politiques un système cohérent
d’outils techniques leur permettant d’orienter leur stratégie d’adaptation. L’analyse inclura de
plus une évaluation sur les sites pilote des impacts et des dommages potentiels sur les zones
vulnérables du territoire littoral pour les différentes stratégies envisageables, et permettra
notamment de comparer le coût d’intervention sur les ouvrages au regard du coût du dommage
socio-économique en cas de non intervention. (CETMEF, 2008).
• Participants : MEEDDAT/CETMEF – EDF/LNHE – REPORTEX -– Université
de Technologie de Compiègne (GSU) – Université du Havre (LOMC) – IFREMER -
• Durée : de 12/2009 à 1/2012.
Une des missions du programme SAO POLO est d’examiner les effets de la remontée du
niveau marin sur la tenue des digues maritimes en enrochement et le franchissement. Dans le
cadre de ce programme le Laboratoire Ondes et Milieux Complexes de l’université du Havre a
été chargé d’étudier expérimentalement des solutions de renforcement d’un ouvrage maritime
type pour un scénario de surélévation dit "modéré" de 0,5 m et un scénario "extrême" de 1 m.
Les objectifs de ce chapitre sont de trouver des solutions de renforcement et de proposer
de nouvelles formulations de prédiction pour le franchissement et pour la stabilité.

L’objectif d’étudier différentes solutions


de renforcement de digues maritimes existantes
nous a conduit à choisir comme ouvrage de
référence type une digue à talus avec carapace en
blocs artificiels type BCR (blocs cubiques
rainurés dits aussi d’Antifer).
Le choix de ce type d’ouvrage a été
convenu par l’ensemble des participants du
programme SAOPOLO. Il a semblé assez
représentatif du point de vue de la variété des digues existantes et des solutions de renforcement
envisagées.
Plutôt que de partir des plans d’un ouvrage existant, nous avons choisi de dimensionner
une digue « virtuelle », dite de référence, en utilisant les règles de l’art actuelles à partir de
conditions de bathymétrie et de climat de houle données qui ont été, elles aussi, définies dans le
cadre du programme SAOPOLO.

5.1.1. Conditions d’entrée pour le dimensionnement de la digue de référence


Houle au large
Pour dimensionner l’ouvrage nous considérons les conditions extrêmes suivantes :
• Hauteur Hs0 = 8m
• Période Tm = 12 s
• Spectre : JONSWAP avec γ = 3,3

89
Géométrie
• Bathymétrie : pente constante de 2%
• Profondeur en pied d’ouvrage : h = 7 m
• Pente de talus 3/2
Carapace
Utilisation de blocs cubiques rainurés (BCR) en deux couches.
Endommagement
Avec les conditions précédentes on suppose être au tout début d’endommagement soit :
• Nombre de dommage : N0d = 0,2 (Van Der Meer 1998)
Franchissement
Est retenue la valeur de débit de franchissement q = 50 l/s/m = 0,05 m3/s/m correspondant
à aucun endommagement de la digue si la crête et le talus arrière sont bien protégés (EurOtop,
2007). Ce débit est acceptable aussi pour une activité de manutention portuaire contrôlée.
Ce sont ces conditions qui vont nous permettre de dimensionner la digue de référence sur
la base des règles actuelles.

5.1.2. Point de vue stabilité de la carapace


Nous utilisons la formulation empirique de Van Der Meer (VDM, 1988) permettant de
pré-dimensionner les digues avec une carapace en blocs cubiques rainurés en deux couches sur la
base d’un critère de stabilité de la carapace.
La formulation de VDM est la suivante :
N 00d, 4
H s / ∆ Dn = 6,7 0,3
+ 1 S0−m0,1 (V. 1)
N

2π H S
Où : S 0 m = est la « cambrure » de la houle calculée avec la longueur d’onde au large et
g Tm2
la hauteur significative au pied de l’ouvrage. Avec le nombre de vagues incidentes N = 900 soit
3h de tempête.

Dans le cas des ouvrages côtiers, il faut tenir compte des effets sur la houle incidente de
la diminution de la hauteur d’eau et de la forme des côtes. Ces géométries vont engendrer une
modification de la houle incidente à cause des phénomènes de réfraction, de diffraction et
finalement de déferlement de la houle. Dans le cas d’essai en laboratoire en canal à houle seuls le
shoaling et le déferlement influencent clairement le climat de houle.

90
Détermination de la hauteur significative en pied de l’ouvrage avec la formulation
de Goda: A partir du climat de houle au large on peut déterminer la hauteur significative au sens
statistique H1/3 en pied d’ouvrage par la formulation de Goda (2000) (Tab. V. 1):
Le climat de houle au large (grande profondeur) donne une longueur d’onde :
g 2 9.81 2
L0 ≈ T ≈ 12 ≈ 225 (m)
2π 2π
La profondeur en pied d’ouvrage h = 7 m, la pente constante de la bathymétrie m = 2%
et la hauteur significative au large HS0 = H’0 = 8 m donnent les valeurs des divers coefficients.
En outre, Goda (2000) propose des graphiques et formules afin de déterminer l’effet du
shoaling et du déferlement dans le cas de fonds en pente constante et sans ouvrage réfléchissant
installé. Cette formulation est rappelée dans le Guide Enrochement (P.394-396, CIRIA, CUR,
CETMEF, 2009) comme le Tab. V. 1 ci-dessous :

Tab. V. 1 - Formules d’estimation de la hauteur de la houle dans la zone de déferlement (Guide


Enrochement).

À partir des conditions de houle et de la géométrie de la structure présente, on déduit les


coefficients suivants:

β0 = 0,11; β1 = 0,57 et βmax = 0,92.

91
D’où une hauteur significative en pied d’ouvrage :

HS = H1/3-pied = min (4.8, 7.36, 12.96) = 4.8 (m)

Détermination de la hauteur significative au pied de l’ouvrage avec la formulation


de Van der Meer:
On peut aussi déterminer la hauteur significative Hm0 au sens spectral en pied d’ouvrage
par la formulation de Van der Meer (1990) rappelée dans le Guide Enrochement (P.394-395,
CIRIA, CUR, CETMEF, 2009) ci-dessous :

92
La relation entre Tm et Tp est fonction du facteur de forme γ du spectre. On peut retenir la
relation (Molin, 2002) :
Tm/Tp = 0,6063 + 0,1164 γ0,5 – 0,01224 γ (V. 2)
Avec nos paramètres :
• Hauteur Hs0 = 8m
• Période Tm = 12 s
• Spectre : JONSWAP avec γ = 3,3
• Profondeur en pied d’ouvrage : h = 7 m
• Pente de talus 3/2
• Bathymétrie : pente constante de 2%.
1) Tm/Tp = 0,78 => Tp = 15.44 s. Les conditions de houle au large donnent une cambrure
sop=0,0215. Ainsi, il faut utiliser les graphiques pour lesquels sop = 0,02 et 0,03.
2) Hauteur d’eau relative local : h/Lop = 0,019.
3) La pente des fonds m = 0,02
4) Interpoler la valeur entre deux courbes sop = 0,02 (on trouve Hm0/h = 0,6) et sop=0,03 (on
trouve Hm0/h = 0,69), on déduit Hm0/h = 0,614
5) Avec h = 7 m on obtient Hm0 = 4,3 m.
On retient la valeur prédite la plus importante, c’est-à-dire celle de Goda, car elle
conduira à un comportement en stabilité plus conservatif.

N 00d, 4
La formule de la stabilité H s / ∆ Dn = 6,7 + 1 S0−m0,1
N 0,3

avec Hm0 = 4,3 m; ∆=1,4; N=900 et un nombre de dommage Nod = 0,2 donne les valeurs de
diamètre nominal et de masse des blocs cubiques suivantes :
• Diamètre nominal de bloc : Dn (m) = 1,39 ;
• Masse d’un bloc : M (T) = 6,5.

5.1.3. Point de vue franchissement


La limitation du franchissement permet de déterminer la cote d’arase de l’ouvrage.
Nous utilisons ici la formule empirique du TAW(2002) adaptée au cas d’une carapace en blocs
cubiques rainurés posés sur une pente à 3/2. Le coefficient de rugosité de la carapace γf, est égal
à 0,47 dans le cas de blocs cubiques en deux couches.
Rc 1
q / gH m03 = C exp(−D ) (V. 3)
H m0 γ f γ β

93
Avec la valeur seuil retenue q = 50 l/s/m = 0,05 m3/s/m et la hauteur significative en pied
d’ouvrage HS = 4,8 m on obtient la côte d’arase : Rc = 4,14 m.
Soit une hauteur initiale de digue de +11,14m. Les conditions de houle et le
dimensionnement de l’ouvrage à l’échelle naturelle nous permettent de choisir l’échelle du
modèle physique en fonction des caractéristiques du canal à houle utilisé.

5.1.4. Choix de l’échelle et conséquences expérimentales


Les modèles de laboratoire devraient idéalement se comporter à tous égards comme une
structure à l’échelle prototype. Ce comportement similaire est atteint lorsque tous les facteurs
influents sont en proportion entre le prototype et le modèle. Les exigences de la similitude
varient avec le problème étudié et le niveau de la précision souhaité. En mécanique des fluides,
la similitude comprend généralement trois classifications: la similitude géométrique, la
similitude cinématique et la similitude dynamique [De Vries, 1977 et Hughes, 1993].
La similitude dynamique entre deux systèmes similaires géométriquement et
cinématiquement exige que les rapports entre toutes les forces vectorielles les deux systèmes
sont les mêmes. Pour atteindre une similitude complète tous les paramètres adimensionnels
doivent avoir les mêmes valeurs pour le modèle et le prototype. Pratiquement, pour tous les
problèmes de génie côtier, les forces associées à la tension de surface et compression élastique
sont relativement petites, ils peuvent donc être négligeables devant celles de gravité par exemple.
Les nombres adimensionnels de Froude et de Reynolds sont les plus utilisés en mécanique des
fluides.
Pour ce modèle, on utilise la similitude de Froude qui conserve entre prototype et modèle
le rapport des forces d’inertie sur les forces de pesanteur.

U U
Fr = = (V. 4)
g.L Pr ototype
g .L Maquette

LPr ototype TPr ototype


Avec : = E; = E (V. 5)
LMaquette TMaquette

car l’accélération de pesanteur g est la même


Où : U (m/s) est une vitesse caractéristique; L (m) représente une longueur caractéristique et T
(s) représente le temps caractéristique.

Le canal à houle du Laboratoire Onde Milieux Complexes (LOMC) a une longueur hors
tout de 34 m, 1,20 m de profondeur et 0,9 m de large. Les caractéristiques déterminant le choix
de l’échelle sont la profondeur du canal et la distance utilisable (23 m) entre le batteur et
l’ouvrage qui doit être construit au niveau des vitres de visualisation sachant qu’on a intérêt à

94
avoir l’échelle la plus grande possible. Ces contraintes nous conduisent à choisir une hauteur
d’eau maximale dans le canal h = 0,648 m qui doit donc correspondre à une hauteur d’eau en
pied de 8 m en nature (pour pouvoir simuler une surélévation du niveau moyen de 1 m) et une
échelle E = 30,5.
La contrainte de hauteur d’eau dans le canal implique que nous ne pouvons pas obtenir
des conditions de grande profondeur au batteur. Cette hypothèse nous conduit à présenter les
résultats pour les différentes configurations d’ouvrages en fonction des conditions de houle au
large alors que les mesures de houle sont réalisées, entre autres, devant le batteur où règnent des
conditions de profondeur intermédiaire. La transposition des valeurs obtenues devant le batteur
en valeurs du « large » sera réalisée en appliquant le coefficient de shoaling Ks( Ce coefficient
sera aussi utilisé pour choisir les consignes données au générateur de houle. Par ailleurs, nous
faisons l’hypothèse que la surélévation du niveau moyen n’a pas d’effet sur les climats de houle
au large.

5.1.5. Configuration du modèle physique et plages de variation des caractéristiques


des houles testées
Afin de comparer les résultats expérimentaux obtenus avec les modèles semi-empiriques
utilisés aujourd’hui par les concepteurs d’ouvrages et, éventuellement, proposer des
modifications de ces modèles prenant en compte les renforcements, nous avons choisi de ne pas
seulement réaliser des mesures correspondant aux conditions extrêmes de houle mais de faire des
campagnes de mesures pour quatre valeurs de période moyennes et plusieurs hauteurs de houle
pour chacune de ces périodes.
Les conditions de houle testées seront donc :
+ Plage de période moyenne de la houle au large Tm = T02 :
réelle : [7 s ; 11 s]
modèle : [1,3 s ; 1,9 s]
+ Plage de hauteur significative de la houle au large Hs0
réelle : [4 m ; 8 m]
modèle : [0,13 m ; 0,25 m]
+ Plage de profondeur en pied :
réelle : [7 m ; 8 m]
modèle : [0,23 m ; 0,262 m]

Les paramètres de l’ouvrage et du fond sont les suivants :


Échelle : E = 30,5
Pente des fonds : 2%
Longueur du fond incliné : 14,1 m
Cote d’ouvrage initial par rapport au fond du canal : 0,765 m

95
Pente de talus : 3/2
Durée d’essai dans modèle : 1956s (soit environ 3h en prototype).

Le Fig. V. 1 présente le schéma de la structure installée dans le canal du LOMC.

m)0.615 m (18.8
3/2
0,23 m (7 m)
2%

m)12.1 m (369
m)14.1 m (430
m)23.4 m (712.5
m)

Fig. V. 1 – Schéma du canal avec l’ouvrage et cotes principales.

$ (
5.2.1. Dispositif expérimental pour les mesures de franchissement et du taux de
dommage

Les éléments tels que le canal à houle, le générateur de houle ainsi que les systèmes des
sondes et leur système d’acquisition sont utilisés de la même manière que pour la digue à
carapace en enrochement naturel qui a été analysée dans le chapitre III.
Cette partie est consacrée à la présentation des différents instruments de mesure de
franchissement et de visualisation utilisés au cours des essais.
Dispositif de mesure du franchissement: le volume de franchissement est mesuré par
un bac de réception installé derrière la digue et associé à une pompe de vidange avec un
débitmètre. Grâce à la pompe, l’eau franchie est vidangée continuellement et redirigée vers le
canal à houle ; ainsi le niveau d’eau moyen reste constant sur la durée d’essai. Le débitmètre
permet de compter le volume d’eau franchie pendant la durée d’une tempête. Ce système (voir
Fig. V. 2) est capable de contenir et évacuer jusqu’au maximum 800 litres sur un temps de 1956s
qui correspond à la durée d’un test.

96
Fig. V. 2 – Vue du système de mesure du débit de franchissement.
La méthode de mesure du débit de franchissement est la même pour tous les tests. Les
volumes de franchissement ont été mesurés avec un réceptacle situé sur toute la largeur (0,88 m)
du canal. Ainsi, la mesure de débit moyen de franchissement par mètre linéaire de la structure, q
(m3/m/s), est calculée par:
V
q= (V. 6)
tB

• V : le volume franchissant
• t : durée de l’essai
• B : la largeur du réservoir de franchissement.

Dispositif de visualisation: Afin de surveiller visuellement le comportement de la


carapace, l’enregistrement vidéo est une méthode potentiellement avantageuse par rapport à
d’autres systèmes de mesure; notamment elle permet la collecte de données pendant le processus
de rupture de la digue à talus et les changements du profil de la digue. Ainsi une caméra placée
au-dessus de l’ouvrage enregistre les mouvements des blocs dus à l’interaction vagues-carapace.
Pour estimer la tenue en stabilité de la carapace, deux photographies en vue de dessus sont
réalisées, une avant l’essai et l’autre à la fin de l’essai. La comparaison des deux photographies
permet de quantifier les déplacements des blocs.
La caméra que nous utilisons est une caméra SONY-DFW-SX900 avec des options HD
et VGA. Pour visualiser le régime de franchissement sur l’ouvrage, une caméra a été placée sur
le côté du canal.

97
5.2.2. Paramètres structuraux de la carapace

Le dimensionnement du bloc est réalisé à partir du calcul pré-dimensionnel de la


stabilité de la carapace recommandée. La géométrie des blocs à l’échelle maquette est la
suivante4 (voir le Tab. V. 2 et la Fig. V. 3):

Fig. V. 3 - Schéma d’un bloc Antifer.

: :
3 3 + 3 3 3 8 3 ρ < (
( ( ( ( ( !

Tab. V. 2 – Dimensions des blocs Antifer.

Technique de pose: les différents arrangements existants sont analysés dans le chapitre
II. Pour notre étude, on propose d’agencer régulièrement les blocs de la première couche (voir le
Fig. V. 4). Cette méthode évite le glissement de la carapace vers le bas au tout début de l’essai et
stabilise totalement la carapace durant toute la période de tempête. En outre, on a réalisé
plusieurs essais pour trouver une bonne distance entre les blocs (espace) afin que les blocs de la
couche supérieure puissent s'insérer dans l'espace inter-blocs de la première couche. Si cette
distance est faible, les blocs de la deuxième couche ne peuvent pas entrer dans l'interstice entre
les deux blocs de la couche inférieure. Par contre, si cette distance est trop grande, le bloc placé
dans cet espace peut bouger facilement, et donc l'imbrication entre les blocs est diminuée. La
distance entre deux blocs voisins sur chaque ligne est égale 1,[Link] afin d’obtenir la meilleure
porosité de la carapace.

4
Nous remercions vivement EDF R&D pour le prêt de ces blocs pour toute la durée des essais.
98
Fig. V. 4 - Vue du plan de pose de la 1ère couche.

La deuxième couche est mise en œuvre de façon irrégulière afin d’obtenir une carapace la
plus poreuse possible (Voir le Fig. V. 5). Les blocs de la deuxième couche se positionnent dans
le « creux » des blocs situés en dessous. Cette pose fournit une bonne imbrication et le maximum
de points contacts entre les blocs voisins. Ce placement technique « mixte » a pour but
d’améliorer la perméabilité ainsi que la stabilité locale et globale des blocs.

Fig. V. 5 - Vue du plan de pose de la 2ème couche.

Caractéristiques du plan de pose:


La technique de pose est un paramètre important qui influe sur la stabilité. Ainsi, les
coefficients de stabilité diffèrent par la méthode de placement. Avec le coefficient de stabilité, le
volume de bloc exigé peut être calculé. Le volume des blocs détermine l'épaisseur de la carapace
et le nombre de blocs nécessaire par unité de surface conduit à la détermination de la porosité.
Par conséquent, un plan de pose est souvent caractérisé par : la densité de pose ΨS, l’épaisseur de
la carapace t et sa porosité P.

99
Une méthode de calcul de la porosité et de la densité sur la base du taux d'occupation de
surface ΨS sera utilisée pour cette recherche. Un avantage de cette méthode est la simplicité du
calcul du volume total de béton et le nombre de blocs. Cette définition caractérise la technique de
pose.

+ La densité de pose ΨS : est le rapport entre la surface occupée par les blocs réels et la
surface totale de la couche :

NBL N.Dn2
Ψ9 * = (V. 7)
NPBL B.L

• NBL (ou N): nombre de blocs placés dans la zone définie de surface B x L (voir le
Fig. V. 6) de chaque couche
• NPBL: volume du nombre de blocs maximum possible dans la zone de surface B x
L par couche
• Dn: diamètre nominal des blocs.

Fig. V. 6 - Définition de la surface parallèle au talus.

Pour chaque couche, on peut calculer séparément la densité de pose Ψ9 et Ψ9 et


déterminer une densité de pose moyenne par :

Ψ9 * (Ψ9 "Ψ9 /2 (V. 8)

+ Épaisseur nominale de la carapace t: elle peut être calculée à partir de la formule


t = n.k∆.Dn (V. 9)
où n est le nombre de couches et k∆ est une coefficient en fonction de l’imbrication des couches.
En ce qui nous concerne, nous avons mesuré cette épaisseur et trouvé la valeur t = 12,5 cm.

+ Densité solide de la carapace d: est calculée à partir de l’épaisseur nominale de la


carapace t comme suit :

100
N .V
d= .100
B.L.t
(V. 10)

où V est le volume d’un bloc.

+ La porosité réelle Pr: À cause du vide dans la carapace elle n’est pas le même pour
chaque technique de pose. Ainsi, la densité solide de la carapace d doit être déterminée pour
chaque essai lorsque la porosité réelle pour les techniques de pose Pr est exprimée comme suit:
P = 1 - d = 1 - (ΨS/k∆) (V. 11)

Le Tab. V. 3 exprimé les caractéristiques de notre plan de pose avec la 1ère couche
construite de façon régulière et la 2ème couche construite de façon irrégulière.
Nombre de blocs NBL 274
Densité de pose, Ψs 57%
Epaisseur de la carapace, t 12,5cm
Coefficient d’épaisseur de la carapace, k∆ 1,24
Densité solide, d 46%
Porosité réelle) Pr 54%
Tab. V. 3 - Le nombre de blocs, porosité et densité de pose values.

Selon Gunbak (2000), il est très difficile de placer irrégulièrement les blocs Antifer afin
d’atteindre une porosité prévue de Pr = 46%. En raison du glissement des blocs sur la pente, la
porosité de la carapace se révèlent plus petite (parfois 40%). Ainsi, plus de volume de béton
utilisé pour des blocs sont nécessaires que prévu. Pour une digue à talus avec une pente de 1:1,33
à 1:1,5 (la pente utilisée dans cette thèse), la mise en place de la première couche est très
importante pour obtenir la porosité et la rugosité satisfaisantes de la carapace.
La technique de pose utilisée ici conduit à une porosité égale à Pr = 54%, il s'agit d'un
plan de pose optimal.

Dimensionnement des matériaux de sous-couche et de noyau: Il y a deux avantages à


ce que la taille de l'enrochement de la sous-couche soit relativement importante. Premièrement,
la surface de la sous-couche est moins lisse lorsqu'elle est constituée d'enrochement de grande
taille, ce qui permet une meilleure imbrication avec la carapace notamment en enrochement
artificiel. L’autre fonction est de jouer le rôle de filtre granulométrique qui permet d’empêcher
des blocs petits du noyau de passer au travers de la carapace.
La granulométrie de la sous-couche est déterminée suivant un principe de base
recommandé par SPM (1984). Van Gent et Spaan (1998) ont montré que, pour le rapport entre la
masse de l'enrochement naturel de la carapace Ma et la masse des enrochements de la sous-
couche, M50u d’une valeur comprise entre 10 et 20 donne des résultats fiables. En résumé, la

101
relation entre la masse de l'enrochement naturel de la sous-couche M50u, et celle de l'enrochement
de la carapace Ma proposée est:
M50u =Ma/10 à Ma/20 (V. 12)

Les Tab. V. 4 et Tab. V. 5 précisent les granulométries du filtre et du noyau choisies pour
la réalisation de notre modèle physique.

3 4
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Tab. V. 4 – Granulométrie du filtre $

Tab. V. 5 - Granulométrie du noyau


Nous obtenons ainsi un ratio de masses nominales entre la sous-couche et la
Ma
carapace: = 19,5
M 50u

3 ( 0
0
5.3.1. Conditions expérimentales

Afin de comparer les différentes configurations imaginées de renforcement entre elles


pour les cas d’une surélévation du niveau moyen et vérifier si elles permettaient de retrouver le
comportement initial en termes de franchissement et de stabilité, il était nécessaire de caractériser
le comportement de l’ouvrage de référence dans les conditions normales de niveau d’eau moyen.
Le niveau d’eau moyen initial est tel que la hauteur d’eau en pied d’ouvrage est h = 7 m
en nature et 0,23 m en canal. La Fig. V. 7 présente la section de la digue de référence :

102
150mm (4.6m)
Rc initial = 134mm (4.09 m)
20mm (0.6m)

BCR
2/3

h initiale = 23mm (7 m)
54mm x 51mm x 54mm

filtre
noyau 50mm

Fig. V. 7 – Section droite de la digue (en italique : valeurs à l’échelle nature).

La Fig. V. 8 précise la disposition dans le canal avec, notamment, la position des sondes
de mesures de houle en deux groupes de quatre. Chacun de ces groupes permet de séparer la
houle incidente et la houle réfléchie devant le batteur et devant l’ouvrage. Les conditions de
houle au large sont déduites des mesures de la houle incidente devant le batteur via le coefficient
de shoaling.

sondes sondes
0.95 m
2.8 m
(29 m) 8 7 6 5 1 2 3 4
(85.4 m)
0.615 m (18.8

2%
0.23 m
(7
m)sonde 12.1 m (369
14.1 m (430
23.4 m (712.5

Fig. V. 8 – Disposition dans le canal (en italique les valeurs à l’échelle nature).

Les résultats donnés dans ce manuscrit sont les hauteurs de vague significatives au large
incidentes Hs0inc = Hm0inc et les périodes moyennes au large Tm = T02 testées et les valeurs de
débit de franchissement q en m3/m/s ; toutes ces valeurs sont données à l’échelle nature.
Les différents tests sont menés en augmentant la hauteur de houle. Ils sont arrêtés soit
parce qu’il y a saturation des houles arrivant sur l’ouvrage par déferlement soit parce que le
dommage est estimé trop important.

5.3.2. Résultats : franchissements

103
La Fig. V. 9 présente l’évolution du débit de franchissement en fonction de la hauteur de
houle incidente au large pour les quatre périodes testées : 7 s, 8 s, 9,3 s et 10,4 s. Dans cette
analyse, les courbes montrent une diminution du franchissement avec la diminution de période.
Les points montrent aussi que le débit de franchissement augmente à mesure que la hauteur de
vague incidente augmente.

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Fig. V. 9 – Débits de franchissement pour la digue et le niveau d’eau de référence.


Il est constaté que les vagues sont plus cambrées lorsque la période diminue. Dans cette
condition, il existe deux conséquences distinctes. Si les vagues se brisent avant la digue, les
vagues perdent une grande partie de leur énergie et donc ne peuvent pas induire de valeurs
importantes de franchissement. Par contre, si les vagues déferlent sur la carapace, elles donnent
des jets d'eau très rapides qui peuvent accentuer le franchissement.
Ces résultats sont comparés à ceux obtenus par les trois modèles semi-empiriques
fréquemment utilisés dans les paragraphes suivants.

[Link]. Comparaison avec le modèle d’Owen (1980) corrigé par Besley (1999)

Besley (1999) propose de corriger la formulation d’Owen en prenant en compte les effets
de la berme perméable en partie haute de la carapace par l’intermédiaire d’un coefficient Cr
(relation II.9) de la forme suivante :

Rc 1
q / gHsTm = Cr .a0 exp −b0 (V. 13)
Tm gHs γ r

Rc
dans le domaine de validité : 0,05 < < 0,3
Tm gHs

104
Où :
• q est le débit de franchissement ;
• Hs est la hauteur des vagues incidentes au pied ;
• Tm = T02 = Tmi est la période au large (ici mesurée devant le batteur) déduite du spectre
incident ;
• a0 = 8,84 10-3 et b0 = 19,9 pour une pente de talus de 2/3 (EurOtop 2007) ;
• γr (notation d’Owen) est un coefficient de frottement qui prend une valeur voisine de 0,5
pour une carapace en enrochement.
q Rc 1
Notons: Q * exp = et Q *Ow− Be = Cr .a0 exp −b0 les valeurs mesurées du
gH m 0 Tm Tm gH s γ r
débit de franchissement adimensionné et les valeurs issues du modèle d’Owen pour lequel le
meilleur ajustement est obtenu pour la valeur de coefficient de rugosité γr = 0,4. La Fig. V. 10
compare les valeurs expérimentales aux valeurs théoriques.

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Fig. V. 10 – Comparaison des résultats expérimentaux au modèle de Owen – Besley.

[Link]. Comparaison avec le modèle de Van der Meer (1998) corrigé par Besley (1999)

L’un des modèles les plus utilisés est celui de Van der Meer (1998) modifié pour prendre
en compte la période énergétique Tm-10 au pied plutôt que la période de pic au large dans le
calcul du nombre d’Iribarren (TAW, 2002) :

0, 067 R 1 1
q / g H s3 = C r ξ m −10 exp( −4, 75 c ) (V. 14)
tan α H s ξ m −10 γ s γ f

105
Van der Meer précise que cette formulation est valable pour des nombres d’Iribarren de
ξm-10 inférieurs à environ 2. Pour des valeurs supérieures, Van der Meer propose une formulation
simplifiée qui ne dépend pas de la période :

Rc 1
q / g H s3 = 0, 2 exp( −2, 6 ) (V. 15)
Hs γ f
Avec notre configuration expérimentale le nombre d’Iribarren varie dans la plage [3 ; 6] ;
cependant les valeurs mesurées pour le débit de franchissement adimensionné Q * exp = q / g H s3
Rc
en fonction de R *exp = sont clairement fonction de la période comme l’illustre la Fig. V. 11.
Hs

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Fig. V. 11 – Dépendance des débits de franchissement à la période.

Ainsi nous sommes amenés à retenir la formulation de Van der Meer (V. 14) dépendante
de la période via le nombre d’Iribarren. Mais pour prendre en compte l’effet de la berme en
partie supérieure de la digue nous corrigeons cette relation par le coefficient Cr de Besley
(relation II.9).
0, 067 R 1 1
q / g H s3 = C r ξ m −10 exp( −4, 75 c ) (V. 16)
tan α H s ξ m −10 γ f

q
Notons : Q *exp =
g H 3s
0, 067 R 1 1
et Q *VdM − Be = C r . ξ m −10 exp( −4, 75 c )
tan α H s ξ m −10 γ f

106
Les débits adimensionnés mesurés et ceux théoriques de Van der Meer – Besley, en
retenant le même coefficient de rugosité γf = 0,4 que dans le cas précédent. La Fig. V. 12
compare les valeurs expérimentales aux valeurs théoriques.
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Fig. V. 12 – Comparaison des résultats expérimentaux au modèle de Van der Meer – Besley.
La formule de Van der Meer – Besley surestime la prédiction de franchissement. Il est
nécessaire de diminuer la valeur de γf dans les prochaines recherches. L’utilisation de la formule
du TAW, avec une valeur de γf diminué de 30-35% comme proposé sur la Fig. V. 13 suivante
permet un meilleur ajustement avec les points expérimentaux.

Fig. V. 13 – Comparaison des résultats expérimentaux au modèle de Van der Meer – Besley (γf =
q Rc
0,4 - ligne solide et γf = 0,26 - ligne pointillé, Q = , R= ).
3
gH m 0 H m0ξ m−1,0

107
[Link]. Vérification par la mesure de franchissements d’une digue type d’Antifer
in situ

En fait, il y a de nombreuses recherches dans le but de déterminer le facteur de rugosité γf


(ou γr) à utiliser pour les modèles semi-empiriques. Les ouvrages de type Antifer ont été étudiés
à différentes échelles, mais les résultats restent contradictoires. L'effet d'échelle du modèle entre
les essais semble être l'une de ces principales raisons (Geeraerts et al, 2004).
Troch et al., (2004) ont effectué des mesures de franchissement des vagues en prototype
sur une digue type Antifer à Zeebrugge, en Belgique au cours de la période 1999-2003.
En conservant la valeur de rugosité γf = 0,5 telle que proposée par de nombreux
scientifiques, les auteurs constatent une bonne corrélation entre la valeur mesurée et celle prévue
lorsque les deux formules d’Owen - Besley et de Van der Meer - Besley sont utilisées avec cette
configuration de digue.
Dans notre modèle, la similitude de Froude a été utilisée pour avoir les mêmes valeurs
correspondantes pour le modèle et le prototype. Donc, on ne respecte pas la similitude de
Reynolds qui conserve le rapport entre les forces d’inertie et les forces visqueuses (Re = U.L/ν).
L’effet principal est que le fluide modèle est beaucoup plus visqueux que le fluide réel. Afin de
surmonter l'effet d'échelle dans les tests en maquette, Lykke Andersen et al. (2011) ont examiné
cet effet en comparant les débits de franchissement à petite échelle et des tests à grande échelle.
Ils ont proposé un coefficient d'effet de l’échelle γs pour résoudre les difficultés dans la
reproduction exacte des conditions de prototype en canal à houle.
Avec la méthode des moindres carrés pour le modèle de Owen - Besley, on a déduit de
nos expériences la valeur γr (à petite échelle) = 0,4. Des résultats de Lykke Andersen et al.
(2011), pour le cas de digues en enrochement avec un mur bas de couronnement pour une plage
de cambrure s0p de 0,01 à 0,03 correspondant à notre cas, la valeur de γs = 0,82 peut être retenue.
Par conséquent, la valeur de la rugosité γr = 0,4 à petite échelle conduit à γr = 0,4 x 0,82 = 0,49 à
l’échelle prototype. Ainsi, notre résultat est proche de l’observation in situ à Zeebrugge.
De ce qui précède il apparaît clairement que le modèle ci-dessous de Owen corrigé par
l’effet de berme perméable en haut de digue (Besley) et corrigé par l’effet d’échelle (Lykke
Andersen et al.) est le plus adapté aux conditions testées avec un niveau de référence en pied
d’ouvrage h = 7 m.

Rc 1
q / gH s Tm = C r .a 0 exp − b 0 (V. 17)
Tm gH s γ s γ r

108
[Link]. Comparaison avec l’outil de réseau neuronal CLASH
Le modèle de réseau neuronal est utilisé afin d’estimer le débit moyen franchissant ; il est
basé sur environ 10.000 tests de franchissement avec des structures diverses (Steendam et al.,
2004). L'efficacité de la base de données CLASH et l'outil de réseau neuronal sont évalués par la
comparaison entre nos résultats et ceux de la base de données CLASH.
Le cas de structures avec carapace en BCR est inclu dans cette base de données, 93 tests
concernent cette géométrie. Pour utiliser le modèle CLASH NN (voir la Fig. V. 14), l'utilisateur
doit spécifier les valeurs de paramètres du climat de houle et celles de quelques paramètres
géométriques. Dans le modèle CLASH, la digue avec BCR ou Cubes (2 couches) prend un
facteur de rugosité f = 0,5.

Fig. V. 14 – Exemple de calcul avec le réseau neuronal CLASH (source: [Link]

Il se trouve que le rapport entre la profondeur d'eau au pied d’ouvrage htoe et la cote
d’arase Rc influe sur les comportements de franchissement de la houle. Si htoe/Rc > 5, la structure
devient une digue à crête basse pour laquelle il y a franchissement permanent. Si htoe/Rc <1,
l'influence de la hauteur de la houle incidente Hsi sur le franchissement est plus importante que
l’influence de la période des vagues Tm. Au contraire, pour la plage de 1 < htoe/Rc < 5, la
structure est sensible à la houle longue c’est-à-dire avec une la période moyenne Tm assez
grande.
Pour le scénario de niveau d’eau au pied d’ouvrage h = 7 m, le rapport testé htoe/Rc est
1,7. Avec cette géométrie, le volume de franchissement est extrêmement élevé dans le cas de la
période moyenne de la houle Tm = 9,3s et 10,4s. A l’origine de la base de données CLASH, dans
la plage de 1 < htoe/Rc < 5, il y a un total de 31 résultats expérimentaux réalisés par des auteurs

109
différents. Ces résultats sont comparés avec nos résultats en configuration corrélative. La
comparaison entre nos résultats de test avec les valeurs issues de la base de données CLASH est
exposée dans la Fig. V. 15

Fig. V. 15 - Comparaison du modèle CLASH NN par rapport à nos tests (h = 7m et 2 couches de


BCR)

Le modèle CLASH NN semble sous-estimer le franchissement des vagues, notamment en


cas de houle longue ayant la période moyenne Tm = 9,3 s et 10,4 s. Ce résultat peut être expliqué
par le facteur de fiabilité plus faible (CF = 3) des 31 tests de la base de données pour une digue
avec carapace en BCR utilisé dans cette interpolation. Il peut être conclu que trop peu de
données avec les digues BCR ont été utilisées comme entrées dans cette base programme, le
réseau ne donne donc pas de prévisions fiables pour ce type de structure.
Ainsi, notre base de résultats a été utilisée pour évaluer l’outil de réseau neuronal
CLASH. Ce modèle s’accorde beaucoup moins à nos résultats que la formule semi-empirique
d’Owen - Besley. Ceci est dû au faible nombre de tests répertoriés dans la base de données pour
les cas de digues de type Antifer. On pense que l'estimation sera plus fiable si le modèle CLASH
est mis à jour avec de nouveaux résultats. Toutefois, les résultats encourageants obtenus avec une
condition de houle modérée (Tm = 7 s) pour une mer fermée conduisent à l'utilisation raisonnable
du modèle CLASH dans le but de concevoir la structure. Afin d’avoir une estimation plus fiable,
il est préférable à l'avenir de continuer à mener plus de tests avec des hauteurs d’eau en pied
différents et pour des porosités de carapace différentes.

5.3.3. Résultats : stabilité de la carapace

Des photographies du talus de la digue sont prises au cours de tout le test pour étudier la
stabilité de la carapace comme la mesure des déplacements des blocs placés sur la carapace. En

110
outre, plusieurs photos de la carapace sont capturées après chaque série de test afin de mesurer la
progression des dommages (avant, pendant et après dommages). Pour décrire et observer ce qui
se produit pendant une expérience, des photos et des films ont été réalisés. Pendant tous les
essais, on a pris des notes afin de décrire les phénomènes particuliers concernant la stabilité
(glissement total de la carapace, rupture du filtre ou de la berme...).
Nous allons décrire un processus type de dégradation de la carapace depuis le début de
l’essai jusqu’à la rupture de la carapace. Les observations montrent que la hauteur de vague est
suffisante pour déstabiliser un ou plusieurs blocs. A ce moment, l'imbrication diminue et une
zone de faiblesse se crée dans la carapace. En augmentant la hauteur de la houle, plus de blocs
bougent hors de leur point d’équilibre et se déplacent vers le bas. Il y a une accélération des
dommages qui se manifestent souvent par des glissements autour de la surface libre au repos qui
se propagent jusqu'à la crête à berme. C'est pourquoi, le processus de la rupture est assez rapide.
La Fig. V. 16 montre deux photos l’une avant le test et l’autre après la rupture de carapace.

(a) Avant le test (b) Après le test


Fig. V. 16 - Évolution de la rupture de carapace.

Le degré d’endommagement d’une carapace en enrochement est souvent quantifié par ce


qu’on appelle le « nombre d’endommagement » noté Nod = Ndépl.* Dn/Louvr.. C’est cette définition
que nous avons utilisée pour dimensionner la digue de référence.
Cependant la stabilité globale de la carapace peut aussi être affectée par des mouvements
plus limités, mais en plus grand nombre, des blocs. Yagci et al. (2003) propose de quantifier
l’endommagement par le taux :
0, 25RBN + 0,5TBN + RLBN
DR(ou S ) = (V. 18)
TNOB

Pour comparer le comportement du point de vue de la stabilité de la carapace pour les


différentes configurations nous avons choisi cette définition du taux de dommage.

111
La Fig. V. 17 présente les évolutions du taux de dommage en fonction de la hauteur des
vagues au large pour les quatre périodes testées pour le cas de la digue de référence avec le
niveau d’eau initial.

Fig. V. 17 – Taux de dommage de la carapace pour la digue et niveau moyen de référence.

Les résultats précédents montrent que les variations du taux de dommage S dans la plage
de [0,01–0,1] ne sont pas aléatoires mais sont déterminées par les valeurs de certaines grandeurs
physiques (période Tm et hauteur de la houle Hsi). Il est logique de constater que le dommage
croît avec la hauteur des vagues et la période de la houle.

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Des essais ont été réalisés pour mesurer les effets d’une élévation du niveau moyen de
0,5m sur les franchissements pour la digue de référence sans renforcement. La hauteur d’eau
passe donc de 7 m à 7,5 m en pied d’ouvrage (Fig. V. 18).

Fig. V. 18 - Configuration dans le canal.


112
La Fig. V. 19 présente les résultats obtenus pour les quatre périodes testées

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Fig. V. 19 – Comparaison des débits de franchissement pour une surélévation du niveau moyen de 0,5 m

Les débits de franchissement sont fortement accrus pour cette surélévation de 0,5 m du
niveau moyen. Les formules semi-empiriques de franchissement montrent qu’effectivement le
débit de franchissement croît exponentiellement avec la diminution du franc bord Rc de
l’ouvrage.
Dans la section précédente, le modèle d’Owen-Besley a été la meilleure corrélation avec
les résultats du test pour l'état initial de la mer, avec la configuration initiale de la digue. Sur la
Fig. V. 20 sont comparés les résultats de mesures de franchissement pour les hauteurs d’eau en
pied d’ouvrage h = 7 m et h = 7,5 m avec les résultats théoriques donnés par le modèle de Owen-
Besley avec le coefficient de rugosité γf égal à 0,4.

113
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Fig. V. 20 – Comparaison des débits de franchissement mesurés avec le modèle de Owen-Besley


pour les deux niveaux d’eau moyen h = 7 m et h = 7,5 m.

Les lissages des points par des lois puissance pour le cas de surélévation du niveau h =
7,5 m montrent que la dispersion des points n’est pas aléatoire. Ce constat conduit à penser que
le modèle d’Owen modifié par Besley ne reproduit pas correctement tous les phénomènes
physiques notamment ceux sensibles à une variation de la hauteur d’eau en pied d’ouvrage.
Deux méthodes ont été utilisées pour améliorer la représentativité de la formulation issue
du modèle d’Owen. La première consiste à conserver les mêmes grandeurs adimensionnelles que
dans la formulation d’Owen modifiée par Besley et à trouver de nouvelles valeurs aux
coefficients Cr, a0 et b0 (notés par la suite C’r, a’0 et b’0) ; c’est ce que nous développons au
paragraphe 5.7.1. La deuxième, plus physique, consiste à introduire de nouvelles grandeurs
adimensionnelles associées à la période et à la hauteur d’eau en pied d’ouvrage dont dépend le
coefficient de frottement γr ; c’est ce que nous développons au paragraphe 5.7.2.

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L’élévation du niveau moyen a des conséquences importantes sur la stabilité de la


carapace comme le montre la Fig. V. 21.

114
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Fig. V. 21 – Comparaison des taux d’endommagement pour la digue de référence pour une
surélévation du niveau moyen de 0,5 m.

Les taux de dommage sont fortement accrus pour cette surélévation de 0,5 m du niveau
moyen. Les formules semi-empiriques de De Jong (1996) montrent que la stabilité décroît en
fonction non seulement de la hauteur de la houle mais aussi de la remonté du niveau marin.
Les résultats présentés aux paragraphes 5.4 et 5.5 montrent bien la nécessité de renforcer
le type d’ouvrage étudié ici dans l’éventualité d’une remontée du moyen des mers et océans.

5.6. *

Un recensement des ouvrages de protection réalisé dans le cadre du programme SAO


POLO a mis en évidence que plus des trois quarts des ouvrages sont des digues à talus (Chapitre
1 du rapport provisoire SAOPOLO). Parmi ceux-ci, le programme a distingué les ouvrages dits
"maritimes" et les ouvrages côtiers comme les hauts de plage. Les moyens et la durée du
programme étant limités il a été décidé d’étudier les perrés imperméables et les carapaces en
enrochement naturel dans le cadre des ouvrages côtiers et les carapaces en blocs artificiels dans
le cas des digues maritimes implantées dans des zones à plus grande profondeur. Pour ces
différents ouvrages, des bathymétries et des sections types ont été définies. Celles-ci ont été
jugées représentatives des ouvrages du littoral français par les experts participant au programme.

115
Dans le cadre de ce programme, le Laboratoire Ondes et Milieux Complexes de
l’université du Havre a été chargé d’étudier expérimentalement des solutions de renforcement
d’un ouvrage maritime type pour un scénario de surélévation dit "moyen" de 0,5 m et un scénario
"extrême" de 1 m.
Cinq solutions de renforcement ont été choisies pour lesquelles des essais avec mesures
de franchissements et de dommages de la carapace ont été réalisés. Le choix des solutions de
renforcement est le résultat de discussions au sein du programme SAOPOLO.
Les cinq solutions de renforcement examinées sont :
• rehausse du mur de couronnement ;
• construction d’une digue détachée immergée devant l’ouvrage principal ;
• construction d’une berme en pied d’ouvrage ;
• mise en place d’une troisième couche de blocs sur la carapace ;
• mise en place d’une troisième couche de blocs sur la carapace et rehausse du mur de
couronnement.
Pour chacune de ces solutions, nous cherchions à retrouver le comportement initial de
l’ouvrage de référence sur la plage de période [Tm= 7 s ; Tm= 10,5 s] et de hauteurs de vagues au
large [Hs0inc= 4 m ; Hs0inc= 8 m] en présence d’une surélévation du niveau moyen.

5.6.1. Renforcement par rehausse du mur de couronnement


La première solution venant à l’esprit pour limiter le franchissement est de surélever le
mur de couronnement. Cette solution est évidemment efficace mais elle présente deux
inconvénients majeurs :
• l’augmentation de hauteur est limitée pour des causes de résistance et de coûts de
construction associés. La contrainte d’esthétique et d’acceptabilité sociale est beaucoup moins
forte pour une digue maritime que pour une protection côtière comme une structure de haut de
plage par exemple ;
• la réflexion sur une paroi imperméable peut entraîner des effets indésirables sur la
stabilité des blocs en crête d’ouvrage.
Pour cette solution de renforcement nous avons testé deux scénarios de surélévation du
niveau moyen : 0,5 m et 1 m. Pour chacun d’eux nous avons fait varier le niveau de la rehausse
du mur de couronnement jusqu’à retrouver des débits de franchissement voisins de ceux
observés pour la digue de référence avec le niveau moyen initial. Nous ne présentons ci-dessous
que les résultats correspondants aux solutions optimales obtenues.

[Link]. Surélévation du niveau moyen de 0,5 m


Pour ce niveau de surélévation de niveau moyen la profondeur en pied d’ouvrage est
donc h = 7,5 m.

116
Les tests réalisés avec différentes valeurs de rehausse du mur de couronnement nous
conduisent à proposer un accroissement de hauteur du mur de 1,5 m pour cette surélévation du
niveau moyen de 0,5 m pour s’approcher des valeurs de débit obtenues dans les conditions
initiales.
La configuration dans le canal est précisée sur la Fig. V. 22.

Fig. V. 22 – Configuration avec une rehausse de 1,5 m


La Fig. V. 23 donne l’évolution des débits de franchissement obtenus avec le
renforcement en comparaison avec le comportement initial de la digue et le niveau de référence.

Fig. V. 23 – Comparaison des débits de franchissement pour une surélévation de 0,5 m et une
rehausse du mur de couronnement de 1,5 m.

117
Il faut noter que les résultats présentés ici sont relatifs aux couples (Hs,Tm) incidents
déduits des spectres incidents et réfléchis mesurés juste devant l’ouvrage. Des consignes
identiques imposées au générateur de houle pour les différents tests ne conduisent pas
exactement aux mêmes couples (Hs,Tm) incidents à cause de conditions de réflexion de l’ouvrage
légèrement différentes suivant le niveau d’eau et les multi-réflexions entre batteur et ouvrage.
Avec ce renforcement par rehaussement du mur de couronnement de 1,5 m les débits de
franchissement sont voisins de ceux obtenus dans les conditions de référence sur les plages de
variation de hauteurs et de périodes de vagues. Dans ces conditions, nous avons constaté que la
stabilité de la carapace était assurée.

[Link]. Surélévation du niveau moyen de 1 m


Une surélévation du niveau moyen de 1 m conduit à une hauteur d’eau en pied d’ouvrage
h = 8 m.
Comme précédemment nous avons réalisé des essais pour différentes surélévations du
mur de couronnement. Il est évident, pour des questions de résistance, que cette surélévation doit
être limitée. Pour atteindre l’objectif de conservation des débits de franchissement sur toute la
plage de variation de la période, nous avons dû envisager de modifier la géométrie de la partie
supérieure du mur de couronnement en adjoignant un becquet.
Pour les plus faibles périodes [Tm = 7 s ; Tm = 8 s], une rehausse du mur de
couronnement de 1,8 m auquel on adjoint un becquet permet de retrouver les conditions initiales
de franchissement. Par contre, pour les plus fortes périodes, cette solution de renforcement est
insuffisante ; il a fallu surélever le mur de 2,1 m en adjoignant un becquet.
La Fig. V. 24 précise la solution de renforcement permettant de satisfaire les conditions
initiales de franchissement sur toute la plage de période vis-à-vis d’une surélévation du niveau
moyen de 1 m.

Fig. V. 24 – Configuration avec une rehausse de 2,1 m et becquet à 45°.


118
Contrairement au cas précédent, il a été impossible, pour la plupart des tests, de mesurer
les débits de franchissement avec la digue non renforcée et la surélévation de 1 m. En effet,
ceux-ci étaient beaucoup trop importants pour être "évacués" suffisamment vite par le système
réservoir de récupération-pompe ; des volumes de plus de 2 m3 peuvent être atteints sur la durée
d’un essai de l’ordre de 2000 s (échelle modèle).

Comportement en franchissement de l’ouvrage renforcé :


La Fig. V. 25 représente les évolutions du débit de franchissement obtenues en
comparaison avec ceux correspondant à la digue de référence avec un niveau moyen normal (h =
7 m).

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Fig. V. 25 - Comparaison des débits de franchissement pour une surélévation du niveau moyen
de 1 m et une rehausse du mur de couronnement de 1,8 m et/ou 2,1 m avec becquet.
Pour cette condition "extrême" nous avons constaté qu’un rehaussement du mur de
couronnement de 2,1 m avec un béquet de déflexion permettait de limiter les franchissements
aux valeurs de référence.

119
Comportement en stabilité de l’ouvrage renforcé :
L’endommagement de la carapace a été observé pour un rehaussement du mur de
couronnement de 1,8 m avec becquet pour les périodes 7 s et 8 s et pour un rehaussement de 2,1
m avec becquet pour les périodes 9,4 s et 10,4 s. Les résultats sont présentés sur la Fig. V. 26.

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Fig. V. 26 – Comparaison des taux d’endommagement pour une surélévation du niveau moyen
de 1 m et une rehausse du mur de couronnement de 1,8 m ou 2,1 m avec becquet.

Ce type de solution accroît fortement la réflexion sur l’ouvrage et engendre des vitesses
importantes autour des blocs de la carapace. Ces phénomènes induisent alors une augmentation
importante des mouvements des blocs conduisant à des taux d’endommagement dépassant les
seuils admissibles à 10%.

[Link]. Bilan pour le renforcement par rehausse du mur de couronnement :


Le rehaussement du mur de couronnement est une solution de renforcement très efficace
du point de vue du franchissement. Cependant, une augmentation importante des mouvements
des blocs notamment au pied de mur de couronnement. Cette solution de renforcement est donc
défaillante sur la base du critère de stabilité.
Ce constat conduit à envisager d’autres solutions de renforcement qui suivent deux
logiques différentes : diminution de l’énergie de la houle à l’ouvrage en construisant une digue

120
détachée submergée en amont de l’ouvrage ou renforcement de la carapace de la digue principale
par ajout de blocs soit sous forme de berme en pied d’ouvrage soit sous forme d’une troisième
couche.
Ces solutions ont été testées pour le scénario d’une remontée du niveau moyen de 1 m.
Les résultats obtenus sont présentés dans les paragraphes suivants.

5.6.2. Renforcement par digue détachée submergée


La mise en place d’une digue détachée en amont de l’ouvrage principal a pour objectif de
réduire l’énergie des vagues impactant l’ouvrage principal et ainsi réduire les franchissements et
l’endommagement de la carapace.
Une première solution d’une digue constituée d’enrochements naturels a été testée. Le
résultat, comme cela est présenté ci-dessous, n’a pas permis d’atteindre l’objectif de retrouver les
conditions de franchissement initiales. Une solution dérivée, plus coûteuse mais plus efficace, a
été testée ; elle a consisté à renforcer la digue précédente par une carapace de blocs artificiels
(BCR) en une couche.

[Link]. Configuration expérimentale


La Fig. V. 27 présente la disposition de la digue détachée dans le canal ; ainsi que la
disposition des trois ensembles de quatre sondes permettant de mesurer les climats de houle
devant le batteur, devant la digue détachée et entre les deux ouvrages.
h = 0.262 (8 m)

-rc = 0.12 (3.7 m)

Sondes Sondes Sondes


Rc=0.101 0.34 (Jeu b) (Jeu c) 2.8
(Jeu a)
(3.08m)
0.2 8 7 6 5 4 3 21
12 11 1 9
batteu
0.654 (20 m)

2/3
2/3
2%
b = 0.14 (4,3 m)

2.0 (61 m)
(521 m)

(582 m)

(865 m)
17,09

19,08

28,35

Fig. V. 27 – Disposition dans le canal pour la digue détachée.

La géométrie, les matériaux utilisés et la position de la digue détachée ont été déterminés
sur la base des travaux de Kiran (2006), Burcharth et al. (2006) et Van der Meer (1994). La
granulométrie des enrochements de la digue détachée est précisée sur la Fig. V. 28.

121
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Fig. V. 28 – Granulométrie des enrochements de la digue détachée (à l’échelle modèle).

[Link]. Résultats pour une digue détachée en enrochement naturel seul


Le coefficient de transmission de la digue détachée détermine les sollicitations de la
digue principale. La Fig. V. 29 donne les évolutions de ce coefficient Kt en fonction des hauteurs
de vague incidente au large et pour les quatre périodes testées. Ce coefficient a pu être déterminé
par l’utilisation d’un troisième jeu de quatre sondes placé juste en amont de la digue détachée
(jeu b sur la Fig. V. 27).

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Fig. V. 29 – Coefficient de transmission de la digue détachée en enrochement.

Cette figure montre que la digue submergée est d’autant plus « transparente » que la
longueur d’onde est grande. La transmission diminue lorsque la hauteur des vagues croît et de ce
quelle que soit la période; ceci est dû à une dissipation d’énergie par déferlement plus
importante.

122
La hauteur de la digue détachée réduit assez peu la transmission de la houle donc les
débits de franchissement. La Fig. V. 30 montre que ceux-ci restent très supérieurs à ceux de la
configuration de référence (h = 7 m et digue principale seule).
Par ailleurs, le suivi de l’évolution de la géométrie de la digue détachée montre une
érosion de celle-ci; sa hauteur décroît de l’ordre de 1 m pour les plus fortes houles.
Pour améliorer l’efficacité, en termes de réduction du franchissement de la digue
principale, il y a deux possibilités : augmenter la largeur de la digue et/ou augmenter sa hauteur.
La première solution conduirait à mettre en place un très grand volume de matériau. La
deuxième serait beaucoup plus économique mais il est certain que si on utilise les mêmes
enrochements il y aura un problème de stabilité. Pour améliorer cette dernière nous avons choisi
de rehausser la digue détachée avec des blocs artificiels de mêmes dimensions que ceux de la
digue principale. Ce choix peut paraître moins économique que l’utilisation de blocs naturels ;
mais comme nous avons (voir plus loin) testé des configurations de renforcement de la carapace
de la digue principale elle-même par des blocs artificiels nous avons préféré comparer ces
différentes solutions pour des coûts sensiblement identiques.

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Fig. V. 30 – Débits de franchissement de la digue principale en présence d’une digue détachée.

123
[Link]. Résultats pour une digue détachée en enrochement recouverte de BCR
Une monocouche de blocs BCR identiques à ceux de la digue principale a été installée
pour constituer une carapace de renforcement de la digue détachée (voir le Fig. V. 31). Ces blocs
permettent d’augmenter la hauteur de la digue de 1,7 m tout en assurant sa stabilité.
h = 0.262 (8 m)

-rc = 0.065 (1.98


sondes sondes 2.8
0.34 sondes

12 11 10 9 0.2 8 7 6 5 4 3 21

batteur
1 couche BCR
2/3

0.654 (20 m)
2/3
2%
b = 0.14 (4,3 m)

2.0 (61 m)

(521 m)

(582 m)

(865 m)
17,09

19,08

28,35
Fig. V. 31 – Configuration avec une digue détachée renforcée par des BCR.

Par rapport au cas précédent, la plus grande hauteur de la digue détachée induit une
transmission moindre de l’agitation comme le montre la Fig. V. 32 représentant les évolutions du
coefficient de transmission Kt de la digue détachée en fonction de la hauteur et de la période
moyenne de la houle incidente. Le coefficient de transmission décroît lorsque l’amplitude
augmente comme précédemment. Le coefficient de transmission au travers d’une digue en
enrochement naturel seul est de 67% à 78% à comparer avec celui une digue en enrochement
recouverte de BCR qui est de 56%-68% (voir Fig. V. 30). Ainsi, l’augmentation de la hauteur de
la digue de 1,7 m non seulement assure sa stabilité mais aussi diminue globalement de 17% le
coefficient de transmission Kt.

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Fig. V. 32 – Coefficient de transmission de la digue détachée avec carapace en BCR.

Néanmoins, la présence de la digue détachée ne permet pas de retrouver les conditions


initiales de franchissement comme le montre la Fig. V. 33. Il apparaît que la digue détachée
ainsi rehaussée et renforcée par la carapace en BCR est suffisamment efficace pour les plus
faibles périodes mais pas pour les plus grandes.

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Fig. V. 33 – Débits de franchissement avec une digue détachée renforcée par BCR.

125
[Link]. Conclusions sur le renforcement par digue détachée
Nous pressentons que pour retrouver un comportement acceptable il faudrait une digue
détachée beaucoup plus ample, notamment en largeur. Cette solution paraît économiquement
moins intéressante que des renforcements de la digue principale elle-même.

5.6.3. Renforcement par construction d’une berme


Nous avons testé une solution de renforcement de la digue principale elle-même en
installant une berme en pied d’ouvrage. Afin de comparer les différentes solutions, tout en
conservant un coût approximativement constant, nous avons choisi de réaliser la berme avec les
mêmes blocs artificiels BCR que pour le renforcement de la digue détachée et en quantité
sensiblement égale. Cela conduit à une berme assez étroite atteignant le voisinage de la surface
libre au repos. Le profil de la digue est précisé sur la Fig. V. 34.
-rc=0.015

0.18 (5.49m)
(0.46m)

h = 0.262 (8 m)

berme : BCR sur 2 couches

Fig. V. 34 – Profil de la digue principale avec une berme de BCR sur 2 couches

Les résultats obtenus pour les débits de franchissement sont présentés Fig. V. 35. Ce type
de solution de renforcement n’est pas du tout efficace du point de vue du franchissement. Pour
qu’une berme soit efficace il faudrait qu’elle soit beaucoup plus large d’où des volumes
importants. Dans un tel cas des enrochements naturels de plus petites tailles seraient
économiquement plus intéressants à condition que cette berme ne soit pas trop haute.

126
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Fig. V. 35 – Débits de franchissement pour une digue renforcée par une berme.

Les résultats sur le coefficient de réflexion de l’ouvrage montrent qu’une berme permet
de réduire assez fortement la réflexion. Sur la Fig. V. 36 sont présentées les évolutions du
coefficient de réflexion pour les conditions initiales de digue et de profondeur (h = 7 m en pied)
et pour le cas de la digue renforcée par la berme et une profondeur h = 8 m. Ce comportement
peut s’expliquer par la perméabilité accrue et une dissipation plus importante.

127
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Fig. V. 36 – Coefficient de réflexion de la digue renforcée par une berme et comparaison avec la
digue de référence dans les conditions de référence (h = 7 m).

5.6.4. Renforcement par mise en place d’une troisième couche de BCR


Une troisième couche de blocs artificiels identiques à ceux constituant les deux couches
sous-jacentes ont été installées sur la carapace de la digue principale. Le nombre de blocs
installés est sensiblement identique à celui du renforcement par berme vu précédemment. La
disposition dans le canal est présentée sur la Fig. V. 37.
(4.76m)

sondes
h = 0.262 (8

0.165 (5m) sondes sondes 2.8


0.156

12 11 10 9 8 7 6 5 4 3 21
batteur
0.654 (20

3ème couche de BCR 2%

0.34
2.6 (79.3 m)
(521 m)

(582 m)

(865 m)
17,09

19,08

28,35

Fig. V. 37 – Disposition dans le canal de la digue renforcée par une troisième couche de BCR.

128
La Fig. V. 38 présente les résultats de franchissement obtenus.
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Fig. V. 38 – Débits de franchissement pour une digue avec carapace à 3 couches de BCR.

Cette solution de renforcement ne permet pas de retrouver les conditions initiales en


terme de franchissement. Mais elle est plus efficace qu’une solution avec berme en pied
d’ouvrage pour toutes les périodes.
Cependant, pour les périodes les plus faibles, la digue détachée avec carapace en BCR est
plus efficace que la troisième couche sur la carapace de la digue principale mais, pour les
périodes les plus élevées, c’est l’inverse.
Comme les franchissements sont plus importants pour les périodes les plus grandes il est
préférable de retenir la solution de la troisième couche sur la carapace plutôt que la digue
détachée. A noter, que d’un point de vue économique, la solution d’une troisième couche sur la
digue principale est sans doute plus intéressante que la digue détachée renforcée par une
carapace monocouche en BCR car cette dernière nécessite un noyau.

5.6.5. Renforcement par mise en place d’une troisième couche de BCR et d’une
rehausse du mur de couronnement
[Link]. Configuration expérimentale
Afin d’améliorer le comportement de la solution précédente du point de vue du
franchissement, nous avons rehaussé le mur de couronnement de 1,5 m pour l’amener au niveau
de la berme supérieure de la carapace constituée des trois couches de BCR. La Fig. V. 39 précise
la section de la digue ainsi réalisée.

129
h = 0.262 (8 m)
Rc=0.151
Rehausse du mur de 0.165 (5m)

(4.6m)
couronnement

0.05 (1.5 m)

3ème couche de BCR

Fig. V. 39 – Section de la digue avec carapace de 3 couches de BCR et rehausse du mur de


couronnement de 1,5 m.

[Link]. Débits de franchissement


Les résultats pour le franchissement sont présentés sur la Fig. V. 40. Ils montrent que
cette solution de renforcement permet de retrouver des débits de franchissement légèrement
inférieurs que ceux correspondant aux conditions initiales de digue de référence et de niveau
moyen normal.
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Fig. V. 40 – Débits de franchissement pour une carapace à 3 couches de BCR et une rehausse du
mur de couronnement de 1,5 m

130
Au vu des résultats on pourrait envisager des blocs moins gros. Cependant la marge doit
être relativement faible pour deux raisons. D’une part des blocs de dimension moindre pour la
troisième couche réduirait la porosité et donc la dissipation d’énergie et donc favoriserait les
franchissements. D’autre part des blocs de poids moindre poseraient probablement des
problèmes de stabilité.

[Link]. Comportement en réflexion

Du point de vue de la réflexion de l’ouvrage nous obtenons des coefficients légèrement


supérieurs à ceux correspondants à la solution de renforcement de la carapace par la troisième
couche seule comme le montre la Fig. V. 41. Cependant la réflexion reste inférieure à celle
observée pour la digue de référence (carapace à deux couches) et le niveau moyen normal (h = 7
m). Ces résultats confirment que la carapace avec trois couches de BCR accroît la perméabilité et
la dissipation par rapport à la carapace initiale à deux couches. Le rehaussement du mur permet
de réduire nettement les débits de franchissement en augmentant peu le coefficient de réflexion.
Avec la géométrie testée le mur n’émerge pas au-dessus de la berme supérieure de la digue ; il
est protégé par les blocs de la troisième couche. Cette solution doit permettre de réduire assez
fortement les efforts sur le mur de couronnement par rapport à la configuration du paragraphe
[Link].

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Fig. V. 41 – Coefficients de réflexion pour différentes configurations.

131
[Link]. Comportement en stabilité de carapace

La Fig. V. 42 présente les taux de dommage de la carapace à trois couches par rapport à
la configuration initiale (deux couches et h = 7 m). Ces résultats montrent que, du point de vue
stabilité, la carapace à trois couches de BCR est surdimensionnée. La présence d’un mur de
couronnement de grande hauteur ne créé pas de problème de stabilité des blocs lorsqu’il est
« masqué » par les blocs de la berme supérieure.

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3 3

Fig. V. 42 – Taux de dommage de la carapace.

5.6.6. Conclusion générale sur les solutions de renforcement


De l’ensemble des résultats présentés sur les solutions de renforcement testées on peut
déduire les éléments de conclusion suivants :
• Pour une surélévation du niveau moyen de 0,5 m, une surélévation du mur de
couronnement de l’ordre de 1,5 m permet de limiter les débits de franchissement à des valeurs
proches de celles, initiales, de la configuration initiale de digue et de niveau d’eau. Cependant,
pour renforcer la stabilité, notamment en haut de digue, et pour limiter les efforts sur le mur de
couronnement il faut envisager de mettre en place des blocs supplémentaires en pied de mur.
• Pour une surélévation du niveau moyen de 1 m, parmi les solutions envisagées, seul le
renforcement de la digue par une troisième couche de BCR et une rehausse du mur de
couronnement jusqu’au niveau de la berme supérieure permet de limiter les débits de

132
franchissement aux valeurs initiales. Avec des blocs de mêmes dimensions que ceux des deux
couches initiales, la stabilité de la carapace est nettement améliorée par rapport à la configuration
initiale ; cette observation peut éventuellement conduire à un choix de blocs de dimensions
légèrement inférieures pour la troisième couche. Cependant cette diminution de dimension doit
être limitée pour ne pas trop réduire la perméabilité et la dissipation de la carapace qui semblent
jouer un rôle déterminant sur les franchissements, la stabilité et la réflexion de l’ouvrage.

5.6.7. Extrapolation de l’influence du mur de couronnement sur le franchissement


(paramètre γv)
Dans la partie précédente, plusieurs solutions de renforcement ont été proposées dans le
but de conserver le débit de franchissement de l’ouvrage de référence. Parmi elles, le
renforcement par élévation de la crête de digue avec un mur de couronnement vertical ou
recourbé parait être la solution la plus intéressante pour l’ingénieur en raison de la facilité
construction. L'élévation de la crête d'une structure côtière est un paramètre de conception
important, car elle est directement liée à la quantité de franchissement de la houle; l'influence de
l’élévation de la côte d’arase est donc analysée.
En ce qui concerne l’influence du mur de couronnement sur le franchissement, le but est
de répondre à comment la formule de prédiction peut être extrapolée dans le cas de la nouvelle
configuration de la crête du mur. L'influence du mur vertical existant au-dessus de la structure est
représentée par le coefficient γv dans la formule d’Owen-Besley rappelée ci-dessous (équation
V.19).
Rc 1
q / gH sTm = Cr .a0 exp −b0 (V. 19)
Tm gH s γ r γ v

[Link]. Rehausse du mur vertical pour une surélévation du niveau moyen de 0,5m

Pour cette surélévation du niveau moyen la rehausse du mur de couronnement a été fixée
à 1,5m (voir paragraphe [Link]) et Fig. V. 43 ci-dessous.
crest wall rise
level rise :
mean sea
1.5 m

0.5 m

Tm, Hs

initial wall crest


initial h = 7m

BCR

Fig. V. 43 – Résultat de renforcement pour une surélévation de 0,5m.

133
Nous estimons par une méthode des moindres carrés, la valeur optimale qui doit prendre
le produit γvγr pour que les résultats issus de la formule d’Owen-Besley (V.19) s’accordent au
mieux avec les résultats expérimentaux (Fig. V. 44 ( Ce produit prend la valeur γvγr = 0,42.
q
Sur cette figure les grandeurs représentées sont le débit adimensionnel Q* = en
gH m 0Tm
0,5
R s0 m 2π H m 0
fonction de la revanche adimensionnelle R* = c ou s0 m = .
H m 0 2π gTm2

Fig. V. 44 - Comparaison entre les résultats expérimentaux et ceux issus du modèle d’Owen -
Besley pour une hauteur d’eau en pied de 7,5m et γ#γ1 = 0.42.

Dans la section précédente, la valeur γr = 0,4 est déterminée pour le cas de la digue sans
rehausse du mur de couronnement. Par conséquent, le facteur γv associé à la modification de la
crête prend la valeur γv = 1,05.
A partir du modèle d’Owen-Besley, le coefficient γv > 1 conduit à une augmentation du
débit de franchissement q. Ce paradoxe s’explique par le fait qu’une berme, perméable, plus
haute est plus efficace qu’un rehaussement du mur de couronnement imperméable. Ce
phénomène est probablement dû à une plus grande dissipation d’énergie dans le cas d’une berme
perméable.

[Link]. Surélévation du niveau moyen de 1m- Rehausse du mur de couronnement


adjoint d’un becquet

L’utilisation d’un mur de couronnement recourbé dans le cas une surélévation extrême du
niveau moyen diminue plus le franchissement que la solution de renforcement précédente. De la
même manière que précédemment, nous cherchons la valeur optimale de γv dans la formule

134
d’Owen-Besley pour cette configuration. Cependant, on constate que cette évaluation est
différente en fonction de deux plages de variation du nombre d’Iribarren ξm .

(a) (b)

Fig. V. 45 - Comparaison entre les résultats expérimentaux et ceux issus du modèle d’Owen - Besley
pour une hauteur d’eau en pied h = 8 m: (a) γrγv = 0,33 pour ξm < 3,5 et (b) γrγv = 0,42 pour ξm 3,5.

Les valeurs de ξm > 3,5 correspondent à la houle non-déferlante avec des périodes Tm =
9,4 s et 10,3 s et les valeurs ξm < 3,5 correspondent à la houle déferlante avec des périodes Tm =
7 s et 8 s. En résultat d’analyse (Voir Fig. V. 45), la valeur de γv = 1,05 peut être appliquée pour
la houle non-déferlante. Au cas des ondes courtes, la valeur de γv = 0,83 (< 1) montre que; grâce
au becquet du mur, cette configuration de renforcement diminue plus efficacement le
franchissement qu’avec une crête de la carapace Ac plus élevée.
C’est pour cette raison, que dans le cas d’une « mer fermée » avec des vagues courtes, le
mur de couronnement recourbé doit être considéré comme une solution de conception très
intéressante en raison de son coût et de la commodité de construction.
Le Tab. V. 6 présente un guide de choix du facteur γv selon divers types de murs de
couronnement (Configurations de digue proposées par Lykke Andersen et al., 2011).

Digue avec le mur de Digue avec le mur de Digue avec le mur de couronnement
couronnement bas couronnement haut + becquet
Structure
Factor

Déferlant: γv = 0.83 soit ξm < 3.5


γv = 1 γv = 1.05
Non-déferlant: γv = 1.05 soit ξm 3.5

Tab. V. 6 - Récapitulatif du coefficient γv.


135
& $ (

Dans la partie précédente, les comparaisons de nos résultats d’essais avec le modèle
d’Owen-Besley et ce de Van der Meer-Besley ont été menées. On rappelle ici que le modèle
d’Owen corrigé par l’effet de berme perméable en haut de digue (Besley) et corrigé par l’effet
d’échelle (Lykke Andersen et al.) est le plus adapté aux conditions testées avec un niveau de
référence en pied d’ouvrage h = 7 m. Ce modèle est utilisé comme une « base » afin d’extrapoler
les coefficients qui décrivent l’influence du mur de couronnement et le frottement de la carapace.
Les nombreux essais que nous avons réalisés avec des plages de variation des débits de
franchissement importantes nous conduisent à proposer de nouvelles valeurs pour les
coefficients du modèle d’Owen-Besley et aussi une nouvelle méthode d’estimation de coefficient
γr. Le but principal du travail présenté dans cette partie consiste à ajuster les modèles semi-
empiriques afin d’obtenir une description précise du volume de franchissement sur la digue
maritime en blocs artificiels type BCR pour deux scénarios de remontée du niveau moyen de la
mer.

5.7.1. Modification de la formule semi-empirique Owen – Besley (coefficient de


frottement γr)

La comparaison des résultats expérimentaux sur les franchissements d’une digue


maritime dans le cadre du programme SAOPOLO avec les prévisions de la formule d’Owen
montre que dans le cas d’un niveau d’eau « standard » en pied d’ouvrage l’accord est bon.
Cependant dans le cas d’une surélévation du niveau moyen cette formule surestime les faibles
débits de franchissement et sous-estime les débits en cas de forts franchissements.
Dans la perspective d’une augmentation du niveau moyen associée aux changements
climatiques il est nécessaire d’estimer assez correctement les débits de franchissement des
structures de protection marines existantes afin de quantifier les conséquences économiques des
risques associés. Cette quantification est nécessaire pour une démarche coûts-bénéfices
d’éventuelles solutions de renforcement d’ouvrages.
On rappelle ici le modèle d’Owen - Besley qui est le plus en adéquation avec nos
résultats expérimentaux:
Rc 1
q / gH s Tm = C r .a 0 exp − b 0 (V. 20)
Tm gH s γ r

136
Posons :
q
Q * exp = : le débit réduit mesuré et
gH m 0 Tm
Rc 1
Q *Ow−Be = C r .a 0 exp − b 0 : le débit prédit par la formule d’Owen
Tm gHs γ r
modifiée par Besley.

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Fig. V. 46 - Comparaison des résultats expérimentaux au modèle de Owen – Besley pour un


scénario du remontée du niveau de la mer de 0,5 m.

La Fig. V. 46 permet de comparer les débits de franchissement mesurés à ceux prédits par
le modèle. En ajustant au mieux la valeur du coefficient de frottement γr, on obtient γr = 0,4. Le
lissage des points par des lois puissance pour le cas de surélévation du niveau de 0,5 m montre
que la dispersion des points n’est pas aléatoire. Ce constat conduit à penser que le modèle
d’Owen modifié par Besley ne reproduit pas correctement tous les phénomènes physiques
notamment ceux sensibles à une variation de la hauteur d’eau en pied d’ouvrage.
Deux méthodes ont été utilisées pour améliorer la représentativité de la formulation issue
du modèle d’Owen. La première consiste à conserver les mêmes grandeurs adimensionnelles que
dans la formulation d’Owen modifiée par Besley et à trouver de nouvelles valeurs aux
coefficients Cr, a0 et b0 (notés par la suite C’r, a’0 et b’0). La deuxième, plus physique, consiste à
introduire de nouvelles grandeurs adimensionnelles associées à la période et à la hauteur d’eau
en pied d’ouvrage dont dépend le coefficient de frottement γr.
Dans cette démarche, les coefficients Cr, a0 et b0 de l'équation (V. 20) deviennent C'r, a'0
et b'0 comme suivant:

137
Rc 1
Q'*Ow−Be = C 'r .a'0 exp − b'0 (V. 21)
Tm gH s γ r

Dans cette expression, le coefficient de rugosité est supposé être γr = 0,4 comme dans
l'analyse précédente.
Il apparaît que le meilleur lissage des points de mesure de débit pour les forts
franchissements correspond à une loi puissance de la forme (voir Fig. V. 47):

Q *Ow−Be = A.(Q *exp )B (V. 22)

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Fig. V. 47 $ Lissage des points expérimentaux.

Par la méthode de moindres carrés, les coefficients A = 0,016 et B = 0,54 ont été
déterminés pour un bon accord avec les données expérimentales. Les nouveaux coefficients C'r,
a'0 et b'0 deviennent :
1 1
0,54
• C 'r . = Cr B
= Cr
1 1
B 0,54
a a0 1
• a '0 = 0 =
A 0,016 3
b0 b
• b '0 = = 0 36,85
B 0,54
La Fig. V. 48 compare les résultats expérimentaux à ceux issus du modèle d’Owen
modifié par Besley avec les nouveaux coefficients ci-dessus.

138
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Fig. V. 48 - Comparaison des valeurs expérimentales aux valeurs théoriques d’Owen-


Besley avec modification des coefficients Cr, a0 et b0.

L’écart type entre les valeurs mesurées et celles issues du modèle relativement à la valeur
maximale de franchissement est 12%. Il y a une surestimation des franchissements du modèle
modifié pour les fortes valeurs de débit. C’est l’inverse de ce qu’on obtenait avec la formule
initiale.

5.7.2. Nouvelle méthode d’estimation du coefficient de frottement γr


Un examen plus détaillé des résultats précédents pour une hauteur d’eau de 7,5 m en
fonction de la période (Fig. V. 49) montre que l’effet de la période sur les franchissements n’est
pas totalement pris en compte. Une analyse en fonction de la hauteur des vagues conduit à la
même conclusion.
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Fig. V. 49 - Comparaison des débits expérimentaux et théoriques en fonction de la période.

139
Ces remarques nous conduisent à penser que le coefficient γr associé au frottement du
fluide sur la carapace, donc représentant une dissipation d’énergie, n’est pas constant et dépend
des conditions géométriques et hydrauliques.
Un examen de la littérature montre une certaine diversité des valeurs de γr selon les
auteurs. Ainsi, Troch et al. (2004) ont trouvé un accord entre les données prédites et mesurées in
situ à Zeebrugge avec γr = 0,5. Contrairement, l’Eurotop (2007) recommande la valeur γr = 0,47
pour une carapace de digue de type Antifer dans le cadre du projet CLASH. Mais, Bruce et al.
(2009) a effectué des essais avec différents blocs de carapace ; à partir des résultats obtenus les
auteurs proposent la valeur γr = 0,52 pour des blocs de type Antifer. Enfin, Lykke Andersen et al.
(2011) ont obtenu des valeurs inférieures de γr que celles proposées par Van der Meer pour un
niveau moyen de la mer plus élevé.

Ces dépendances peuvent être mises en évidence en cherchant les valeurs de γr à imposer
pour que le modèle théorique d’Owen-Besley corresponde exactement aux résultats
expérimentaux. L’expression de ces valeurs de γr est déduite de l’expression suivante :

Rc 1
Q *th = C r .a 0 exp − b 0 = Q *exp
Tm gHs γ r
Rc 1
γ r = b0 (V. 23)
Tm gHs Ln(Cr .a0 ) − Ln(Q *exp )

La Fig. V. 50 montre l’évolution de γr en fonction de la période pour les deux


configurations confondues (h = 7 m et h = 7,5 m). Il apparaît que les plages de variation du
coefficient γr varient en fonction de la période.

)
γ

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#

Fig. V. 50 - Valeurs de γr en fonction de la période.

140
La Fig. V. 51 montre l’évolution de γr en fonction de la hauteur de vague pour la
configuration h = 7,5 m. Il apparaît clairement que la valeur du coefficient γr croît très
sensiblement avec la hauteur de vague.

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γ

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Fig. V. 51 - Valeurs de γr en fonction de la hauteur de vague pour h=7,5 m.

Les résultats précédents montrent que les variations du coefficient de frottement γr ne sont
pas aléatoires mais sont déterminées par les valeurs de certaines grandeurs physiques. La fixation
de la valeur de γr, si on accepte la formulation d’Owen, ne dépend pas seulement des
caractéristiques de rugosité de la carapace.
En considérant que ce coefficient de frottement est associé à une dissipation d’énergie il
est logique de penser que la longueur de la carapace soumise au run-up, sa perméabilité,
l’intensité des vitesses du fluide sont des facteurs déterminants.
Ainsi γr peut être considéré comme fonction des grandeurs physiques suivantes :
• période moyenne Tm
• hauteur des vagues incidentes en pied d’ouvrage Hsi
• cote d’arase Rc
• hauteur d’eau au pied de l’ouvrage h
• perméabilité de la carapace.
De ces grandeurs, on peut construire les nombres adimensionnels suivants :
• Hsi/Rc associé à la géométrie, notamment la longueur disponible pour le run-up
• gT²m/h associé l’hydrodynamique (vitesse, gradient de vitesse, fréquence).
Le dernier nombre adimensionnel peut s’écrire sous la forme :

141
2
gTm2 ghTm2 L2toe L 1
= 2 = 2 = toe = (V. 24)
h h h h β2
où Ltoe est la longueur d’onde en pied d’ouvrage avec une condition de faible profondeur.
On remarque que le nombre adimensionnel β2 est le paramètre de dispersion de Boussinesq. Ce
paramètre caractérise la distribution verticale plus ou moins uniforme de l’écoulement en pied
d’ouvrage.
On cherche une expression de γr sous la forme :

b c
H si gTm2
γr = A (V. 25)
Rc h
dans la formulation de Owen modifiée par Besley :

Rc 1
Q *th = C r .a 0 exp − b 0 (V. 26)
Tm gHs γ r

en conservant les valeurs des coefficients a0 et b0 proposées par EurOtop, 2007 : a0 = 8,84 10-3 et
b0 = 19,9.
Les coefficients A, b et c sont déterminés par une méthode des moindres carrés entre les
valeurs expérimentales et le modèle théorique pour les deux cas h = 7 m et h = 7,5 m. Les
valeurs suivantes sont obtenues: A = 0,086; b = 0,35 et c = 0,32.
La Fig. V. 52 compare les résultats expérimentaux à ceux issus de la nouvelle
modélisation avec les valeurs des coefficients mises à jour.

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Fig. V. 52 - Comparaison résultats expérimentaux et nouveau modèle.

142
L’écart type entre les valeurs mesurées et celles issues du modèle relativement à la valeur
maximale de franchissement est : 7,4%.
Ce modèle est globalement plus précis que le modèle présenté en section précédente.

5.7.3. Conclusion
Dans cette étude, nous avons analysé plusieurs modèles sur une digue perméable,
constituée d’une carapace d’enrochement en BCR. Le but de ces travaux est de comprendre
l’influence de comportement de la carapace et du mur de couronnement du point de vue du
franchissement de la houle.
Les résultats expérimentaux montrent l’influence de chaque partie de la digue (rugosité
de la carapace, cote du mur de couronnement…) qui supporte la houle incidente et franchissant.
C’est la raison pour laquelle nous avons étudié trois configurations de murs de couronnements
(bas, haut, recourbé) et deux niveaux moyens de la mer :
• En général, on peut conclure que le mur de couronnement recourbé a une
meilleure résistance que celui vertical pour résister au franchissement de la houle. En outre, le
mur avec un becquet est plus efficace pour les ondes courtes que pour les ondes longues.
Finalement, nous présentons un facteur γv qui exprime l'influence de la configuration de crête sur
le débit de franchissement. Néanmoins, il est recommandé de mener plus de tests avec
différentes solutions de type de crête.
• En cas d'élévation du niveau marin, la formulation de prédiction du
franchissement a été modifiée pour s'adapter au type de digue spécifique et à la profondeur de
l'eau. Deux propositions ont été présentées: toutes les deux basées sur la formulation d’Owen. La
première proposition conserve les valeurs habituellement retenues pour le coefficient de
frottement γr et consiste à réévaluer les coefficients Cr, a0 et b0 de la formule d’Owen. La
deuxième proposition consiste à rendre dépendante des conditions hydrodynamiques la valeur du
coefficient de frottement. Cette proposition s’apprécie plus sur la physique du phénomène de
franchissement que sur l’empirisme.

) $
(
5.8.1. Introduction

Dans la grande diversité des facteurs qui conditionnent le dimensionnement d’une digue à
talus, la stabilité apparaît comme un élément déterminant. C’est pourquoi, à partir des mesures
obtenues en modélisation physique, la stabilité de la carapace est étudiée dans ce chapitre.
Le plan de pose de la carapace est l'un des paramètres les plus importants affectant la
stabilité. Pour les digues de type Antifer, des méthodes de placement différents ont été étudiés

143
afin d’exprimer la meilleure méthode de placement. Le choix de la technique de placement a été
abordé en section 5.2.2 de ce manuscrit. Mais les diverses manières d’évaluer le taux de
dommage Nod dans le modèle de Van der Meer pour des cubes (expression V. 27) et dans la
nouvelle formule de la stabilité doivent être discutées.

N 00d, 4
H s / ∆ Dn = 6,7 0, 3
+ 1 S0−m0,1 (V. 27)
N

L’objectif de notre travail n’était pas seulement d’étudier le franchissement dans le cadre
du projet SAO POLO, mais aussi d’analyser et modéliser le processus de rupture de carapace
dans les scénarios du changement climatique, qui est modélisé par l'élévation du niveau d’eau au
pied d’ouvrage de +0,5 m dans la condition moyenne et +1 m dans la condition extrême. À partir
de ces formulations habituellement utilisés, on va proposer une nouvelle formulation prenant en
compte d’autres paramètres et de nouvelles valeurs pour les coefficients et exposants.
Dans le modèle de Van der Meer pour des cubes et le modèle de Chegini et Aghtouman
pour des blocs d’Antifer, le taux de dommage Nod est utilisé. A partir de cette définition, le seul
déplacement significatif (supérieur de [Link]) est pris en compte. Dans nos essais actuels, afin de
comparer les comportements du point de vue de la stabilité de différents ouvrages ou les effets de
conditions différentes, nous avons considéré que le taux de dommage global de la carapace peut
aussi être affecté par des mouvements (à partir de distance Dn/2) limités des blocs, mais en grand
nombre. Yagci et al. (2004) et Frens (2007) proposent de quantifier l’endommagement par le
taux :

0, 25RBN + 0,5TBN + RLBN


Nd = (V. 28)
TNOB
où :

• RBN est le nombre de blocs bougeant en restant sur place ;


• TBN est le nombre de blocs se déplaçant de moins de Dn ;
• RLBN est le nombre de blocs se déplaçant de plus de Dn ;
• TNOB est le nombre de blocs total constituent la couche superficielle de la carapace.

Comme présenté dans le Chapitre II, sur la base de recherches précédentes, des formules
semi-empiriques ont été développées pour décrire la stabilité des carapaces de digues. La
stabilité de la carapace est influencée par les variables suivantes:
• Hauteur de la houle incidente au pied d’ouvrage : Hs
• Période moyenne de la houe : Tm
• Nombre de vagues : N
• Profondeur d’eau h ou cote d’arase de l’ouvrage Rc
• Diamètre nominal du bloc : Dn50
• Densité de masse relative : ∆

144
• Pente de talus : tanα
• Perméabilité de la structure…
La formule générale donnée ci-dessous exprime la relation entre le nombre de stabilité de
la carapace Hs /∆Dn50 et d'autres groupes de variables relatives comme le niveau de dommage
Nd ; le nombre de vagues N; la cambrure de la houle som (comme une seule pente de talus a été
étudiée, la cambrure som remplace le nombre d’Irribaren ξm dans cette formule) et le nombre
adimensionnel associé à la cote d’arase de la structure Rc/Dn avec les coefficients a, b, c, d… à
déterminer.

Hs Nc e
= a. dd + b .som . f ( Rc / Dn ) (V. 29)
∆Dn N

Il faut noter qu’on utilise les valeurs à l’échelle de la maquette pour développer la
nouvelle formule semi-empirique à partir de ce moment.
Nos résultats de mesure sont synthétisés dans le tableau de l’annexe B.

Durée de tempête

Beaucoup de recherches ont montré l’importance de la durée de tempête représentée par


le nombre de vagues incidentes N sur la stabilité. Dans le cas d’une digue en enrochement
naturel, Thomson et Shuttler (1976) et Van der Meer (1987) ont étudié cette dépendance pour
une plage du nombre de vagues N<7000. L’influence du nombre de vagues incidentes sur la
stabilité est décrite simplement par le groupe de paramètres S/'<.
Pour une digue artificielle, Chegini et Agtuman (2001) ont établi pour une digue en BCR
que le rapport à prendre en compte avait la forme Nod0.443/N0.291. De Jong (1996) pour un
ouvrage à faible crête confirme que le rapport Nod/'< exprime précisément l’influence de la
durée de tempête sur la stabilité.
Pour nos tests, l’image de la carapace est enregistrée par la camera après un nombre de
vagues fixé à N=1000 et nous effectuons aussi quelque essais avec 3000 vagues afin de valider le
rapport de dommage Nd/'<. Nous retenons donc la forme du rapport Nd/'< comme paramètre
déterminant; nous retenons aussi la forme générale suivante inspirée des travaux de De Jong
(1996) qui a étudié l'influence de cinq hauteurs différentes de la crête sur la stabilité des
tétrapodes :
c
Hs Nd d
= a. + b .som . f ( Rc / Dn ) (V. 30)
∆Dn N

145
L’intérêt de nos essais réside dans le fait que nous avons réalisé des essais pour trois
valeurs différentes de hauteur d’eau en pied d’ouvrage pour une même digue donc pour trois
valeurs du rapport Rc/Dn. Cette influence est analysée dans la partie suivante.

[Link]. Cambrure de la houle som

Une seule pente de talus a été étudiée, l'influence de la période de la houle, par
conséquent, sera donnée par la cambrure: som = 2π H s /( gTm2 )

Tous les tests ont été effectués avec une cambrure som variant de 0,02 à 0,06 qui est la
même plage de variation que pour les essais de De Jong (1996). Dans cette plage de cambrure de
la houle correspondant à un déferlement plongeant, la période de la houle Tm (ou cambrure)
détermine le nombre de stabilité Hs /∆Dn50, c’est-à-dire qu’une houle longue va engendrer plus de
dommages sur la carapace que les ondes courtes. La zone de rupture apparaît clairement à
proximité du niveau de l’eau au repos et de la berme supérieure du talus.
L’influence de la hauteur de la houle (représentée par le paramètre Hs /∆Dn50) et de la
période de la houle (par som) sont illustrées par les courbes Hs /∆Dn50 en fonction de som dans la
plupart des études. Nous suivons la même procédure pour déterminer les valeurs des coefficients
et exposants de la formule V. 30. Les valeurs des taux de dommages obtenus lors de nos tests
sont présentées dans les paragraphes : 5.3.3 (faible profondeur h = 0,23m); 5.5 (moyenne
profondeur h = 0,247m) et 6.1.2 (grande profondeur h = 0,263m). Pour nos tests, nous retenons
comme dommage admissible (Nd =5%) interpolé de toutes les valeurs de Nd comprises entre 0 et
7,5% et nous retenons comme dommage modéré (Nd = 10%) déduite de toutes les valeurs de Nd
comprise entre 7,5% et maximale de 14%. Les Fig. V. 53, Fig. V. 54 et Fig. V. 55 présentent la
relation entre le nombre de stabilité Hs/∆Dn et la cambrure après N = 1000 vagues fixes pour les
trois valeurs du rapport Rc/Dn donc pour les trois valeurs de la fonction f(Rc/Dn) qui reste, pour
l’instant, inconnue.

146
2,1
2
1,9 y = 3,6874x0,2122
1,8
1,7
Hs/∆ Dn

1,6
y = 3,1508x0,1976
1,5
1,4
1,3 Nd=5% Nd=10%
1,2
0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06
Som
Fig. V. 53 - Résultat pour cas de la faible profondeur h=0,23m (N=1000).

1,9
y = 3,4423x0,1972
1,8

1,7
Hs/∆ Dn

1,6
y = 3,1091x0,1991
1,5

1,4

1,3 Nd=10% Nd=5%

1,2
0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06

Som
Fig. V. 54 - Résultat pour cas de la moyenne profondeur h=0,247m (N=1000).

1,9

1,8 y = 3,3147x0,1921
1,7
Hs/∆ Dn

1,6
y = 3,3153x0,2206
1,5

1,4

1,3 Nd=10% Nd=5%

1,2
0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06
Som

Fig. V. 55 - Résultat pour cas de la grande profondeur h=0,263m (N=1000).

147
Ces figures montrent la même tendance que celle trouvée par De Jong (1996) dans le cas
de la digue type Tétrapode. Les tendances présentées dans les figures ci-dessus peuvent être
expliquées physiquement car la houle longue se propage beaucoup plus haut sur le talus que la
houle courte. Donc la partie supérieure de l’ouvrage ; notamment la berme, est beaucoup plus
exposée à l’attaque de la houle.
Les résultats présentés sur ces figures peuvent être généralisés par des relations
fonctionnelles ; une procédure d'ajustement de la courbe par la méthode de moindres carrés est
utilisée afin de trouver ces relations. La valeur de l’exposant d de som peut être établie pour les
différentes valeurs du Nd retenues et pour chacune des valeurs du rapport Rc/Dn correspondantes
aux trois valeurs de hauteur d’eau en pied d’ouvrage dans le Tab. V. 7.

Rc/Dn
2,85 2,51 2,2
Nd
0,05 d = 0,21 d = 0,2 d = 0,19

0,1 d = 0,2 d = 0,2 d = 0,22

Tab. V. 7 - Les valeurs de d pour les diverses conditions (N=1000).

Ces valeurs de d sont assez cohérentes pour les différents cas et la moyenne de d est égale
à 0,2. L’équation V. 30 peut maintenant être écrite comme suit:

Hs 0,2
= g ( N d / N ). f ( Rc / Dn ).som (V. 31)
∆ Dn

[Link]. Influence de la hauteur de la crête relative Rc/Dn

Pour les cas de forts franchissements, lorsque la revanche Rc est de 1 à 3 fois le diamètre
nominal Dn, la zone sensible d’endommagement de la carapace se situe autour de la berme
supérieure de la digue ; par conséquence, les blocs dans cette zone bougent donc plus et se
déplacent sur la durée de l’essai. Nous avons observé que la stabilité de l’ensemble des blocs
diminue lorsque le niveau d'eau monte. La fonction f(Rc/Dn) dans ces cas doit vérifier les
conditions suivantes (De Jong, 1996):
• Faible hauteur d’eau f(Rc/Dn) 1 où la condition de non-franchissement peut se
traduire par Rc/Dn > 4, une illustration est donnée par le cas de « high crest » de De Jong (1996)
dans la Fig. V. 56.

148
Fig. V. 56 - Influence de la hauteur de la crête sur la stabilité des Tetrapods (De Jong, 1996).

• Hauteur modérée d’eau f(Rc/Dn) > 1 avec 2 < Rc/Dn < 4 avec une réduction de la
stabilité des blocs lorsque le niveau d'eau approche la crête de la structure. Ceci correspond à nos
conditions d’essai.
• Grande hauteur d’eau avec 0 < Rc/Dn < 2, la structure devient presque immergée.
Dans ce cas-là, la carapace de la digue ne participe presque pas à la réduction du débit de
franchissement. Par conséquent, pour cet état extrême du niveau d'eau la fonction f n’apparaît
plus dans la formule de stabilité.
• Digue immergée Rc/Dn < 0 : De Jong (1996) a étudié ce cas dans la zone « crest at
SWL » présenté dans la Fig. V. 56

La relation V. 31 peut s’écrire :


Hs
0,2
= g ( N d / N ). f ( Rc / Dn ) (V. 32)
∆.Dn .som

Pour chacune des valeurs retenues (Nd = 0,05 et Nd = 0,1) pour le taux de dommage, la
valeur de g(Nd/'=) est une constante A1 ou A2.
Hs
Soit : A1.f(Rc/Dn) = 0,2
pour Nd = 0,05
∆.Dn .som
Hs
A2.f(Rc/Dn) = 0,2
pour Nd = 0,1
∆.Dn .som

La Fig. V. 57 présente, pour les trois valeurs du rapport Rc/Dn testé (par modification du
Hs
niveau d’eau moyen), les valeurs obtenues pour 0,2
c’est-à-dire les valeurs que doivent
∆.Dn .som
prendre les fonctions A1.f(Rc/Dn) et A2.f(Rc/Dn).

149
4

3,5
∆ /Dn/s0m0,2
Hs/∆

"Nod=5%"
"N0d=10%"
2,5
1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5
Rc/Dn

Fig. V. 57 - Influence de la hauteur de la crête sur la stabilité des BCR.

Un lissage de ces points, en prenant en compte que la fonction f est la même, donne :
A1.f(Rc/Dn) = 3,63.[1 – 1,[Link](-1,3Rc/Dn)] pour Nd = 0,05

A2.f(Rc/Dn) = 3,27.[1 – 1,[Link](-1,3Rc/Dn)] pour Nd = 0,1.

Ainsi nous proposons la forme suivante pour la fonction f((Rc/Dn) :


f(Rc/Dn) = [1 – 1,[Link](-1,3Rc/Dn)] (V. 33)

Nous obtenons ainsi les trois valeurs de f(Rc/Dn) présentées dans le Tab. V. 8 suivant :

Rc/Dn 2,2 2,51 2,85

f(Rc/Dn) 0,937 0,958 0,973

Tab. V. 8 5aleurs de f(Rc/Dn) pour les diverses conditions.

A partir du tableau ci-dessus, on constate que la relation f(Rc/Dn) est croissante. Cette
conclusion semble contraire aux résultats obtenus par De Jong(1996). De Jong fait une analyse
sur une plage de variation du franc bord beaucoup plus importante (-1,5 < Rc/Dn < 6) que nous
(2 < Rc/Dn < 3) à partir de laquelle il déduit une loi générale telle que f(Rc/Dn) est décroissante.
Cependant, l’examen attentif de De Jong montre une relative dispersion des résultats qui ne
permettent d’exclure une partie croissante de la fonction f(Rc/Dn) sur la plage réduite
2 < Rc/Dn < 3.

150
1,1

1
f(Rc/Dn)

0,9

0,8

0,7
1 1,5 2 2,5 3 3,5 4
Rc/Dn

Fig. V. 58 - Influence de la hauteur de la crête sur la stabilité des BCR (f(Rc/Dn)).

A partir de la Fig. V. 58 ci-dessus, on peut expliquer notre résultat sur la fonction


f(Rc/Dn) de la façon suivante :
Pour la digue immergée (Rc/Dn < 0), lorsque sa hauteur de crête diminue, la dissipation
d’énergie diminue. En conséquence, la stabilité de la carapace de la digue émergée est plus
grande ce qui correspond à une valeur de f(Rc/Dn) supérieure de 1. À l’opposé, dans le cas d’une
crête plus élevée (non franchissement), la variation de la hauteur d’eau n’influence pas la
stabilité ce qui est correspond à une valeur constante f(Rc/Dn) =1. Ceci est dû à la zone d’érosion
causée par les déplacements des blocs qui ne se produisent que sur le talus de l’ouvrage.
Enfin, dans le cas d’une hauteur d’eau modérée avec franchissement, la zone d’érosion
apparaît soit sur le talus soit sur la berme supérieure soit sur les deux. Ainsi, l’élévation de la
houle va élargir la zone d’érosion conduisant à la rupture de la carapace. Ce phénomène est
représenté par la valeur f(Rc/Dn) inférieure à 1 dans le Tab. V. 8

[Link]. Critère de non-dommage (N0d=0)

L'analyse de ce critère montre que l'influence de la durée de la tempête (nombre de


vagues) est négligeable pour le cas de non-dommage, N0=0. Ceci peut également être prévu: si
1000 vagues ne déplacent aucun bloc, on peut s'attendre à ce que 1000 ou 2000 autres vagues ne
sont pas capables de déplacer plus d'unités. Lorsque quelques déplacements apparaissent le
dommage est fonction de la durée de la tempête N et de la cambrure som. La Fig. V. 59 donne les
courbes de dommages pour quatre périodes moyennes Tm de houle testée.

151
12%
Tm=1,27s
10% Tm=1,45s
Tm=1.87s
8% Tm=1.68s

6%
Nd

4%

2%

0%
1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 1,7 1,8 1,9 2,0
∆Dn
Hs/∆

Fig. V. 59 - Les courbes des dommages pour 4 périodes de houle Tm ; durée de tempête
t=1956s; h=0,23m.

Dans la campagne d’essais, on constate que le non-dommage, critère Nd = 0, est obtenu


lorsque le nombre de stabilité Hs/∆Dn est égal à environ 1 quelle que soit la période moyenne de
la houle ; dans ce cas de faible profondeur du niveau marin, f(Rc/Dn) = 1. La fonction générale de
la stabilité prend une forme plus simple comme suit:

c
Hs Nd 0,2 0,2
= a. + b .som . f ( Rc / Dn ) = [Link] (V. 34)
∆Dn N

Avec la période des vagues dans la plage de Tm = 1,27s à 1,87s, on obtient une valeur
moyenne pour b de 1,7.

[Link]. Niveau de dommage relatif Nd/'(

Dans la cadre du programme SAO POLO, tous les essais avaient une durée de 1956s (3h
à l’échelle prototype) pour quatre périodes différentes de la houle Tm = 1,27s; 1,45s; 1,66s et
1,87s ce qui conduit à des nombres de vagues N variant de 980 à 1580 vagues sur cette durée
fixe. On détermine les différentes valeurs de Nd de taux de dommage de la carapace après chaque
test, dans les trois scénarios de surélévation de la mer. Ainsi, avec les séries de la période Tm des
vagues; la hauteur de la houle incidente et la profondeur d’eau h, nous avons un total de 49
points de mesure.

L’expression générale V. 32 permet d’exprimer la fonction g( Nd / N ) :


Hs 1
g (Nd / N)= 0,2
(V. 35)
∆.Dn .som f ( Rc / Dn )

152
Les valeurs déduites de l’expérience du nombre de stabilité Hs/∆Dn, et de la cambrure som
et l’estimation précédente du la fonction f(Rc/Dn) nous permettent d’évoluer expérimentalement
la fonction g( Nd / N ) comme présenté sur la Fig. V. 60.

2,5

2,0
g(Nd/ N)

1,5
y = 12,06x0,31

1,0

0,5

0,0
0 0,001 0,002 0,003 0,004 0,005

Nd/ N

Fig. V. 60 - Influence du niveau de dommage relatif sur la stabilité des BCR.

La procédure d'ajustement de la courbe par la méthode de moindres carrés est utilisée afin
de déterminer les coefficients a et c dans la formule d’origine V. 30 de la stabilité. Une fonction
pratique en loi de puissance f(Nd/'<) = 12,06.(Nd/'<)0,31 est une bonne approximation pour les
séries de tests.
Avec les valeurs a=12,06 et c=0,31, nous obtenons une formulation assez proche de
celles des autres auteurs comme le montre le Tab. V. 9 récapitulant les différents modèles.

153
Auteur Type de bloc de carapace Expression

Van der Hs N 0,4


Cubes = 6, 7 od0,3 + 1,0 .som −0,1
Meer (1988) ∆Dn50 N
Chegini et
Hs N 0,443 −0,082
Aghtouman Antifer = 6,951. od0,291 + 1,082 .som
∆Dn N
(2001)
Tétrapode (influences de la 0,5
De Jong Hs N 0,2 Rc
densité de pose et de la = 8, 6. od + 2, 64 kt + 1, 25 .som . 1 + 0,[Link]( −0, 61 )
(1996) ∆Dn N Dn
hauteur relative de la crête)
Déferlement plongeant :
0,5
Hs N
= 9, 2. od + 3, 25 .ξ z−0,4
Suh K.D. et ∆Dn N
Tétrapode (influence de
Kang J.S.
l’angle de talus α) Déferlement gonflant :
(2012) 0,5
Hs N
= 5, 0. od + 0,85 .(cos α )0,45 .ξ z0,4
∆Dn N

./ (@ * -) H:
Antifer (influence de la
>)4 *;+ ? A ) BC + /**7
4
+ D) $ ) )+ EFG ?$) - AI
Notre
012 12
hauteur relative de la
proposition '(
crête)
Tab. V. 9 - Tableau récapitulatif des formules proposées par différents auteurs.

5.8.2. Formule finale et conclusion

La campagne de mesures réalisée nous a permis d’étudier une digue perméable,


constituée d’une carapace avec deux couches de BCR placés de façon mixte (1er couche régulière
et 2ème couche irrégulière) afin d’atteindre une grande porosité et une stabilité globale de la
carapace. Le but principal de ces essais est de comprendre le comportement des blocs soumis à la
houle. Les remarques suivantes peuvent être faites:
A partir d’un total de 49 points de mesure, nous utilisons les ajustements de courbes pour
déterminer les influences des variables principales N, Nd, Rc/Dn et som sur le nombre de stabilité
Hs/∆Dn de la carapace. Les coefficients et les exposants a, b, c, d et e sont déterminés par la
méthode des moindres carrés entre les valeurs expérimentales et le modèle théorique et
conduisent à l’expression finale suivante :
0,31
Hs Nd 0,2 Rc
= 12, 06. + 1, 7 .som .[1 − 1,1exp(−1,3 )] (V. 36)
∆Dn N Dn

154
L’écart type entre les valeurs du taux de dommage Nd mesurées et celles issues du
modèle est d’environ 1,1%. L’estimation de cette approximation du modèle théorique est
exprimée dans la Fig. V. 61 ci-dessous :

18%
16%
14%
12%
10%
Nd exp

8%
h=0,23ms
6% h=0,247m
h=0,263
4%
2%
0%
0% 2% 4% 6% 8% 10% 12% 14% 16% 18%
Nd model

Fig. V. 61 - Comparaison des résultats expérimentaux avec le nouveau modèle semi-empirique.

La valeur positive de l’exposant de som montre que la stabilité de la carapace diminue


lorsque la période Tm des vagues augmente. La même conclusion est retenue dans l'expérience
de De Jong(1996) avec une carapace en Tétrapodes. Yagci et al. (2004) ont la même conclusion
à partir d’essais avec des blocs de type Antifer.
Dans cette étude, l'influence de la profondeur d’eau au pied d’ouvrage sur la stabilité de
la carapace est exprimée par le rapport entre le niveau de la crête Rc et le diamètre nominal de Dn
du bloc artificiel utilisé. La variation de la revanche, dans la plage de 2Dn < Rc < 4Dn est due à
l'influence sur la digue de l'élévation du niveau marin à cause de l'évolution du climat, la zone
d’érosion apparaît soit sur le talus soit sur la berme supérieure soit sur les deux. Ainsi, l’élévation
de la houle va élargir la zone d’érosion conduisant à plus de risque de rupture de la carapace. Il
est remarqué ici clairement un développement du dommage de la carapace lorsque le niveau
d'eau s’approche de la berme et de la structure de crête. Cet effet est pris en compte dans la
formule finale par l’expression de la fonction f(Rc/Dn):
f(Rc/Dn) = 1 – 1,[Link](-1,3Rc/Dn)

En outre, il y a différentes manières de définir le niveau de dommage Nd (Nomouv, DR,


S…) afin d’exprimer exactement le dommage réel de la digue à talus. Il est nécessaire de fournir
des méthodes d’évaluation précise du dommage après chaque tempête en génie côtier.

155
La relation entre le nombre de vagues incidentes N et le niveau de dommages Nd est
exprimée en loi de puissance comme suit : Nod0,4/N0,3 pour les bloc cubique; Nod/'< pour les
Tétrapodes et Nd/'< au cas d’une digue de type Antifer avec de forts franchissements.
Par ailleurs, les recherches de nombreux auteurs sur les effets de diverses techniques de
placements des blocs Antifer sont présentées et discutées dans le paragraphe 2.6.2. Une bonne
technique de placement est nécessaire pour que l’ouvrage satisfasse la double condition
d’atténuer l’impact sur la carapace et le franchissement de la houle en arrière de la structure. En
plus, la méthode de placement doit être choisie afin d’éviter le phénomène de glissement vers le
bas de l'ensemble des blocs dès le départ de l’essai. Dans la campagne d’essais, on observe que
l'influence de la technique de pose des blocs; qui est représentée par la densité de pose de la
carapace φ, sur la stabilité est évidente. De Jong (1996) a proposé une expression afin d’exprimer
cette relation :
f(φ) = 0,40 + 0,61φ/φSPM
La densité de pose φSPM est donnée dans le Shore Protection Manual (1984) au cas de la
carapace en Tétrapode. Des recherches plus détaillées sur l’effet de la densité de pose pour une
digue de type Antifer; qui manque dans cette étude, sont recommandées.

156
Chapitre VI

Conclusion et perspectives
" 3

Dans cette thèse, un modèle physique de digue en enrochement est mis en place pour
l’étude de la stabilité de la carapace et du franchissement de la houle sous chargement
hydrodynamique et surélévation de niveau marin. Le but de cette étude est de découvrir les
influences des éléments constituant une digue sur le débit de franchissement et sur la stabilité de
la carapace de la digue.

1. Le premier modèle physique étudié est une digue en enrochement naturel. Pour ce
modèle physique nous avons cherché une relation empirique entre la stabilité de la carapace et le
coefficient de perméabilité Ks (homogène à une surface) réel du milieu poreux constituant le
noyau par les deux approches suivantes :
Premièrement, en retenant les formules de VdM(1987), nous proposons une
expression du paramètre P en fonction de Ks permettant de mieux comprendre la relation
physique entre le paramètre nominal de perméabilité P de VdM et la grandeur intrinsèque de
perméabilité du noyau. On a aussi réussi à compléter la plage de variation du paramètre P testée
par VdM en utilisant des noyaux constitués de divers types de milieux poreux: mousse, granulats
et billes de verre et prendre en compte le seuil de perméabilité infinie du noyau P égale à 0,65.
Deuxièmement, les formules semi-empiriques de VdM, classiquement utilisées
pour prédire le dommage de la carapace, ne marchent pas lorsque l’érosion de la carapace est
forte (S >8). Aussi, nous proposons une estimation directe du niveau de dommage S (quel qu’il
soit) en fonction des paramètres de la structure et de la houle. Ce modèle non seulement donne
une plus grande précision mais donne aussi un plus grand intervalle de confiance dans la
prédiction de la stabilité de la carapace que le modèle classique de Van der Meer.
2. Le deuxième modèle physique étudié est une digue en enrochement artificiel (blocs
Antifer) pour analyser l’efficacité de différentes solutions de renforcement de digues maritimes
existantes vis-à-vis de la remontée du niveau des mers et océans due au changement climatique.
Nous validons les modèles classiques de prédiction de franchissement pour le scénario initial de
niveau marin et des propositions de modifications des formulations existantes pour des scénarios
de surélévation du niveau moyen des points de vue du franchissement et de dommage sont
présentées.
Les solutions de renforcement proposées sont: rehausse du mur de couronnement,
digue détachée submergée, construction d’une berme et mise en place d’une troisième couche de
BCR. Pour une surélévation modérée de 0,5 m, une surélévation du mur de couronnement
permet de limiter les débits de franchissement aux valeurs initiales. Par contre, pour une
surélévation extrême de 1,0 m, le renforcement de la digue par une troisième couche de BCR et
une rehausse du mur de couronnement s’avèrent nécessaires pour limiter les débits de
franchissement aux valeurs initiales et assurer la stabilité de la carapace.
Du point de vue du franchissement, deux modifications de la formule semi-
empirique d’Owen-Besley sont proposées prenant en compte la rugosité de la carapace et les
nouvelles configurations du mur de couronnement dans le nouveau scénario de niveau marin.
L’analyse de l’influence des éléments constituant la digue sur le franchissement permet de
dégager les constatations suivantes:
Pour le mur de couronnement : l’utilisation d’un mur de couronnement
recourbé dans le cas une surélévation extrême du niveau moyen diminue
plus le franchissement que la solution d’un mur vertical. En plus, un mur
avec un becquet est plus efficace pour les ondes courtes que pour les
ondes longues.
Pour la rugosité de la carapace : en cas d'élévation du niveau marin, la
formulation classique de prédiction du franchissement n’est pas valable.
Deux propositions ont été présentées: toutes les deux basées sur la
formulation d’Owen. La première proposition conserve les valeurs
habituellement retenues pour le coefficient de frottement γr et consiste à
réévaluer les coefficients Cr, a0 et b0 de la formule d’Owen. La deuxième
proposition consiste à rendre dépendante des conditions
hydrodynamiques la valeur du coefficient de frottement. Cette proposition
s’appuie plus sur la physique du phénomène de franchissement que sur
l’empirisme.
Du point de vue de la stabilité : les deux couches de BCR constituant la carapace
d’une digue perméable doivent être placées de façon mixte (placement régulier de la première
couche et placement irrégulier de la deuxième couche) afin d’atteindre une grande porosité et
une bonne stabilité globale de la carapace.
La stabilité de la carapace diminue lorsque la période Tm des vagues
augmente,
Pour une élévation du niveau marin, la zone d’érosion apparaît soit sur le
talus soit sur la berme supérieure soit sur les deux. Le dommage de la
carapace augmente lorsque le niveau d'eau s’approche de la berme et de
la superstructure constituant la crête.
Pour une digue avec une carapace constituée de blocs type Antifer, le
dimensionnement est déterminé par une loi puissance du rapport Nd/'<
ou Nd est le niveau de dommage et N le nombre de vagues.

159
" 0

En termes de perspective, il serait intéressant d’examiner :


L’utilisation de modèles plus complexes pour la perméabilité du noyau : pour la
digue en enrochement naturel, dans notre étude, nous avons négligé l’aspect instationnaire de
l’écoulement dans le noyau. Une étude plus complète nécessiterait d’utiliser un modèle comme
celui de Polubarinova-Ko ina (1952) introduisant un troisième coefficient caractérisant la
perméabilité associé à l’accélération de l’écoulement. Ceci conduit aussi à limiter la validité du
modèle de base de VdM à des cambrures pas trop importantes.
L’intégration de la densité de pose dans la formule de stabilité pour la digue type
Antifer : dans la campagne d’essais, nous avons observé que l'influence de la technique de pose
des blocs, qui est représentée par la densité de pose φ de la carapace, sur sa stabilité est évidente.
Ainsi, des recherches plus détaillées de l’effet de la densité de pose pour la digue type Antifer
sont recommandées.
L’adéquation de la formule d’Owen-Besley : nous présentons un facteur γv dans la
formule d’Owen-Besley qui exprime l'influence de la configuration de la crête sur le débit de
franchissement. Néanmoins, il est recommandé de mener plus de tests avec différentes solutions
de type de crête pour alimenter le modèle de prédiction de franchissement.
La stabilité du mur de couronnement en fonction de sa forme. Ce travail,
consistant à évaluer le champ de pression des efforts globaux auxquels est soumise la structure
de couronnement, nécessite des essais sur modèles physiques à des échelles plus importantes que
celles utilisées lors de nos études.

160
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169
170
Table des figures

Fig. I.1 - Rupture de digue en enrochement naturel à Guérande, France sous l’effet de la tempête
Xynthia (Source: [Link] ................................... 15
Fig. I.2 - Franchissement d’une vague de tempête (EurOtop). ................................................................ 16

Fig. II. 1 - Coupes de différents types de digues (Guide Enrochement) .................................................. 20


Fig. II. 2 - Coupe-type d’une digue à talus (Guide Enrochement). ......................................................... 22
Fig. II. 3 - Interactions hydrauliques liées à la houle et paramètres dimensionnant (Guide
Enrochement). .......................................................................................................................................... 23
Fig. II. 4 - Transmission de la houle à travers les ouvrages à crête abaissée (base de données de
DELOS). .................................................................................................................................................. 24
Fig. II. 5 - Résutats des essais du programme CLASH pour les pentes lisses et rugueuses 1 : 1,5
(EurOtop 2007). ....................................................................................................................................... 28
Fig. II. 6 - Coupe-type d’une digue à talus rugueuse avec mur de couronnement. ................................. 29
Fig. II. 7 - Configuration du réseau neuronal pour franchissement de la houle (EurOtop 2007). ........... 30
Fig. II. 8 - Synthèse de la précision des formules d’Hudson, de Van der Meer et de Van Gent
(Guide enrochement). .............................................................................................................................. 33
Fig. II. 9 – Présentation des différentes formes de blocs. ........................................................................ 34
Fig. II. 10 – Schéma de placement alternatif de blocs Antifer dans le cas de deux couches (Yagci
et Kapdasli, 2002). ................................................................................................................................... 35
Fig. II. 11 - Diverses méthodes de placement dans les essais de Frens (2007). ...................................... 36
Fig. II. 12 - Profil d'un ouvrage endommagé représenté par le niveau de dommage S (Van der
Meer, 1987). ............................................................................................................................................. 37

Fig. III. 1- Canal à houle (LOMC). .......................................................................................................... 43


Fig. III. 2- Evolution de la hauteur des vagues en fonction de la profondeur. ........................................ 46
Fig. III. 3- Goda (2000), p.104................................................................................................................. 47

171
Fig. III. 4- Disposition des sondes de mesure de houle. .......................................................................... 48
Fig. III. 5- Hs de la houle composée le long du canal pour Hs0 =6 m et Tm = 8 s. ................................... 49
Fig. III. 6- Hs de la houle composée le long du canal pour Hs0 =7 m et Tm = 8 s. ................................... 49
Fig. III. 7- Hs de la houle composée le long du canal pour Hs0 =6 m et Tm = 12 s. ................................. 50
Fig. III. 8- Variations des valeurs de Hs mesuré près de l’ouvrage. ........................................................ 50
Fig. III. 9- Valeurs de période le long du canal. ...................................................................................... 51
Fig. III. 10- Evolution du rapport Tm/Tp. ................................................................................................. 52
Fig. III. 11- Evolution du rapport Tp/Te. .................................................................................................. 53
Fig. III. 12- Spectre de houle en x=0,6 m (échelle maquette) ou x=18,3 m (échelle prototype). ............ 54
Fig. III. 13- Hauteur significative d’ondes longues dans le canal. .......................................................... 55
Fig. III. 14- Débit de franchissement dans trois scénarios. ...................................................................... 56
Fig. III. 15- Phénomène de saturation. ..................................................................................................... 57
Fig. III. 16- Valeurs de hauteurs de houle générées dans le canal. .......................................................... 57

Fig. IV. 1 - Les régimes d’écoulement dans le milieu poreux en fonction du nombre de Reynolds
(Burcharth et Chritensen, 1995)............................................................................................................... 61
Fig. IV. 2 - Système de mesure de la perméabilité. ................................................................................ 62
Fig. IV. 3 - Schéma explicatif montrant le système de circulation à pression motrice constante. .......... 63
Fig. IV. 4 - Distribution des diamètres moyens des billes. ...................................................................... 64
Fig. IV. 5 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
au cas de billes en verre. .......................................................................................................................... 64
Fig. IV. 6 - Spécimen de mousse avec 10 cellules par pouce carré. ........................................................ 65
Fig. IV. 7 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
avec la mousse synthétique en grande taille. ........................................................................................... 65
Fig. IV. 8 - Spécimen de mousse avec 45 cellules par pouce carré. ........................................................ 66
Fig. IV. 9 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
avec la mousse synthétique en petite taille. ............................................................................................. 66
Fig. IV. 10 - Courbe de granulométrie pour le milieu poreux de granulaire raffiné
(Dn50=8,5mm). ......................................................................................................................................... 67
Fig. IV. 11 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
avec la granulaire raffiné (Dn50=8,5mm). ................................................................................................ 67

172
Fig. IV. 12 - Courbe de granulométrie pour le milieu poreux de granulaire (Dn50=23,5mm). ............... 68
Fig. IV. 13 - Relation entre la vitesse débitante V et le gradient hydraulique I=∆P/∆x selon Ward
avec le milieu granulaire grossier (Dn50=23,5mm). ................................................................................. 68
Fig. IV. 14 - Section droite de la digue. ................................................................................................... 70
Fig. IV. 15 - Les courbes d’évolution du dommage typiques .................................................................. 72
Fig. IV. 16 - Vérification de notre modèle physique (a) en comparant avec celui de Van der Meer
(b) au cas de noyau imperméable (P=0,1) pour la pente de talus tanα = 0,5 et N=3000. ....................... 73
Fig. IV. 17 - Meilleure approximation des mesures (carrés) par la formule théorique de Van der
Meer pour N=3000, S=3 et 8 pour cinq types de noyau divers: a) Mousse petite taille; b) Gravier
raffiné Dn50=8,5mm; c) Billes de verre; d) Mousse grand taille; e) Infiniment perméable. .................... 75
Fig. IV. 18 – Synthèse sur l’influence du coefficient P sur le nombre de stabilité Hs/∆Dn50
(N=3000, cotα=2). ................................................................................................................................... 76
Fig. IV. 19 - Relation entre la valeur nominale de P et chaque coefficient (Ks et c). ............................. 77
Fig. IV. 20 - Ajustement des mesures par une loi exponentielle. ............................................................ 78
Fig. IV. 21- Comparaison de nos résultats expérimentaux avec le nouveau modèle: ............................. 81
Fig. IV. 22- Comparaison des valeurs expérimentales aux valeurs théoriques de Van der Meer
modifiées. ................................................................................................................................................. 82
Fig. IV. 23- Comparaison des résultats expérimentaux de Van der Meer (1988) et des prédictions
par le nouveau modèle. ............................................................................................................................ 83

Fig. V. 1 – Schéma du canal avec l’ouvrage et cotes principales. ........................................................... 96


Fig. V. 2 – Vue du système de mesure du débit de franchissement. ....................................................... 97
Fig. V. 3 - Schéma d’un bloc Antifer....................................................................................................... 98
Fig. V. 4 - Vue du plan de pose de la 1ère couche. ................................................................................... 99
Fig. V. 5 - Vue du plan de pose de la 2ème couche. .................................................................................. 99
Fig. V. 6 - Définition de la surface parallèle au talus. .......................................................................... 100
Fig. V. 7 – Section droite de la digue (en italique : valeurs à l’échelle nature). ................................... 103
Fig. V. 8 – Disposition dans le canal (en italique les valeurs à l’échelle nature). ................................. 103
Fig. V. 9 – Débits de franchissement pour la digue et le niveau d’eau de référence. ............................ 104
Fig. V. 10 – Comparaison des résultats expérimentaux au modèle de Owen – Besley. ........................ 105
Fig. V. 11 – Dépendance des débits de franchissement à la période. .................................................... 106

173
Fig. V. 12 – Comparaison des résultats expérimentaux au modèle de Van der Meer – Besley. ........... 107
Fig. V. 13 – Comparaison des résultats expérimentaux au modèle de Van der Meer – Besley (γf =
q Rc
0,4 - ligne solide et γf = 0,26 - ligne pointillé, Q = , R= ). ...................................... 107
gH 3 m0 H m0ξ m−1,0

Fig. V. 14 – Exemple de calcul avec le réseau neuronal CLASH (source: [Link] .... 109
Fig. V. 15 - Évaluation du modèle CLASH NN par rapport à nos tests (h = 7m et 2 couches de
BCR) ...................................................................................................................................................... 110
Fig. V. 16 - Évolution de la rupture de carapace. .................................................................................. 111
Fig. V. 17 – Taux de dommage de la carapace pour la digue et niveau moyen de référence. ............... 112
Fig. V. 18 - Configuration dans le canal. ............................................................................................... 112
Fig. V. 19 – Comparaison des débits de franchissement pour une surélévation du niveau moyen
de 0,5 m .................................................................................................................................................. 113
Fig. V. 20 – Comparaison des débits de franchissement mesurés avec le modèle de Owen-Besley
pour les deux niveaux d’eau moyen h = 7 m et h = 7,5 m. .................................................................... 114
Fig. V. 21 – Comparaison des taux d’endommagement pour la digue de référence pour une
surélévation du niveau moyen de 0,5 m................................................................................................. 115
Fig. V. 22 – Configuration avec une rehausse de 1,5 m ........................................................................ 117
Fig. V. 23 – Comparaison des débits de franchissement pour une surélévation de 0,5 m et une
rehausse du mur de couronnement de 1,5 m. ......................................................................................... 117
Fig. V. 24 – Configuration avec une rehausse de 2,1 m et becquet à 45°. ............................................ 118
Fig. V. 25 - Comparaison des débits de franchissement pour une surélévation du niveau moyen
de 1 m et une rehausse du mur de couronnement de 1,8 m et/ou 2,1 m avec becquet. ........................ 119
Fig. V. 26 – Comparaison des taux d’endommagement pour une surélévation du niveau moyen
de 1 m et une rehausse du mur de couronnement de 1,8 m ou 2,1 m avec becquet. ............................. 120
Fig. V. 27 – Disposition dans le canal pour la digue détachée. ............................................................. 121
Fig. V. 28 – Granulométrie des enrochements de la digue détachée (à l’échelle modèle). ................... 122
Fig. V. 29 – Coefficient de transmission de la digue détachée en enrochement. .................................. 122
Fig. V. 30 – Débits de franchissement de la digue principale en présence d’une digue détachée. ........ 123
Fig. V. 31 – Configuration avec une digue détachée renforcée par des BCR. ...................................... 124
Fig. V. 32 – Coefficient de transmission de la digue détachée avec carapace en BCR. ........................ 125
Fig. V. 33 – Débits de franchissement avec une digue détachée renforcée par BCR............................ 125

174
Fig. V. 34 – Profil de la digue principale avec une berme de BCR sur 2 couches ................................ 126
Fig. V. 35 – Débits de franchissement pour une digue renforcée par une berme. ................................. 127
Fig. V. 36 – Coefficient de réflexion de la digue renforcée par une berme et comparaison avec la
digue de référence dans les conditions de référence (h = 7 m). ............................................................. 128
Fig. V. 37 – Disposition dans le canal de la digue renforcée par une troisième couche de BCR.......... 128
Fig. V. 38 – Débits de franchissement pour une digue avec carapace à 3 couches de BCR. ................ 129
Fig. V. 39 – Section de la digue avec carapace de 3 couches de BCR et rehausse du mur de
couronnement de 1,5 m. ......................................................................................................................... 130
Fig. V. 40 – Débits de franchissement pour une carapace à 3 couches de BCR et une rehausse du
mur de couronnement de 1,5 m.............................................................................................................. 130
Fig. V. 41 – Coefficients de réflexion pour différentes configurations. ................................................ 131
Fig. V. 42 – Taux de dommage de la carapace. ..................................................................................... 132
Fig. V. 43 – Résultat de renforcement pour une surélévation de 0,5m.................................................. 133
Fig. V. 44 - Comparaison entre les résultats expérimentaux et ceux issus du modèle d’Owen -
Besley pour une hauteur d’eau en pied de 7,5m et γrγv = 0.42. ............................................................. 134
Fig. V. 45 - Comparaison entre les résultats expérimentaux et ceux issus du modèle d’Owen -
Besley pour une hauteur d’eau en pied h = 8 m: (a) γrγv = 0,33 pour ξm < 3,5 et (b) γrγv = 0,42
pour ξm 3,5. ......................................................................................................................................... 135
Fig. V. 46 - Comparaison des résultats expérimentaux au modèle de Owen – Besley pour un
scénario du remontée du niveau de la mer de 0,5 m. ............................................................................. 137
Fig. V. 47 - Lissage des points expérimentaux. ..................................................................................... 138
Fig. V. 48 - Comparaison des valeurs expérimentales aux valeurs théoriques d’Owen-Besley
avec modification des coefficients Cr, a0 et b0. ...................................................................................... 139
Fig. V. 49 - Comparaison des débits expérimentaux et théoriques en fonction de la période. .............. 139
Fig. V. 50 - Valeurs de γr en fonction de la période. ............................................................................. 140
Fig. V. 51 - Valeurs de γr en fonction de la hauteur de vague pour h=7,5 m. ....................................... 141
Fig. V. 52 - Comparaison résultats expérimentaux et nouveau modèle. ............................................... 142
Fig. V. 53 - Résultat pour cas de la faible profondeur h=0,23m (N=1000). .......................................... 147
Fig. V. 54 - Résultat pour cas de la moyenne profondeur h=0,247m (N=1000). .................................. 147
Fig. V. 55 - Résultat pour cas de la grande profondeur h=0,263m (N=1000). ...................................... 147
Fig. V. 56 - Influence de la hauteur de la crête sur la stabilité des Tetrapods (De Jong, 1996). ........... 149

175
Fig. V. 57 - Influence de la hauteur de la crête sur la stabilité des BCR. .............................................. 150
Fig. V. 58 - Influence de la hauteur de la crête sur la stabilité des BCR (f(Rc/Dn)). ............................. 151
Fig. V. 59 - Les courbes des dommages pour 4 périodes de houle Tm ; durée de tempête t=1956s;
h=0,23m. ................................................................................................................................................ 152
Fig. V. 60 - Influence du niveau de dommage relatif sur la stabilité des BCR. .................................... 153
Fig. V. 61 - Comparaison des résultats expérimentaux avec le nouveau modèle semi-empirique........ 155

176
Liste des tableaux

Tab. II. 1- Comparaison entre les techniques de placement. ................................................................... 36


Tab. II. 2 - Valeurs de calcul de S pour un enrochement naturel en double couches (Guide
enrochement)............................................................................................................................................ 38

Tab. III. 1- Positions des sondes dans le canal. ....................................................................................... 48

Tab. IV. 1- Perméabilité des milieux poreux constituant le noyau de la digue testée. ............................ 68
Tab. IV. 2- Conditions des tests menés par la présente recherche. .......................................................... 71
Tab. IV. 3 ................................................................................................................................................. 72
Tab. IV. 4- Récapitulation des valeurs de P pour la formulation de VdM. ............................................. 76
Tab. IV. 5- Le coefficient nominal P de VdM et les coefficients de perméabilité réelle du noyau. ....... 77
Tab. IV. 6- Coefficients obtenus pour la nouvelle formule de stabilité. .................................................. 81
Tab. IV. 7- Tableau récapitulatif de l’estimation de précision (σx) de chaque modèle proposé. ............ 83

Tab. V. 1 - Formules d’estimation de la hauteur de la houle dans la zone de déferlement (Guide


Enrochement). .......................................................................................................................................... 91
Tab. V. 2 – Dimensions des blocs Antifer. .............................................................................................. 98
Tab. V. 3 - The block number, porosity values and packing density values. ........................................ 101
Tab. V. 4 – Granulométrie du filtre ....................................................................................................... 102
Tab. V. 5 - Granulométrie du noyau ...................................................................................................... 102
Tab. V. 6 - Récapitulatif du coefficient γv. ............................................................................................ 135
Tab. V. 7 - Les valeurs de d pour les diverses conditions (N=1000)..................................................... 148
Tab. V. 8 Valeurs de f(Rc/Dn) pour les diverses conditions. ................................................................. 150
Tab. V. 9 - Tableau récapitulatif des formules proposées par différents auteurs. ................................. 154

177
178
Annexe A

Tableau de résultats pour les essais sur le dommage de digues en


enrochement naturel

Colonne Description
1 Numéro de test
2 Type du noyau
3 Hauteur significative de la houle au pied d’ouvrage, Hs (m)
4 Période moyenne de la houle, Tm (m)
5 Nombre de stabilité, H s / ∆Dn 50
6 Paramètre de déferlement, ξm = tanα/(2πHs/gTm2)
7 Niveau du dommage, S, après 1000 vagues
8 Niveau du dommage, S, après 3000 vagues

1 2 3 4 5 6 7 8

1 Imperméable 0,062 1,44 1,81 3,61 10,41 17,73


2 Imperméable 0,050 1,44 1,46 4,02 5,91 8,92
3 Imperméable 0,043 1,44 1,25 4,34 3,08 5,68
4 Imperméable 0,059 1,44 1,72 3,70 6,65 11,37
5 Imperméable 0,049 1,64 1,43 4,63 3,85 6,43
6 Imperméable 0,060 1,64 1,75 4,18 9,12 12,87
7 Imperméable 0,057 1,64 1,66 4,29 7,35 10,35
8 Imperméable 0,062 1,64 1,81 4,11 10,09 15,11
9 Imperméable 0,074 1,96 2,16 4,50 11,88 20,54
10 Imperméable 0,060 1,96 1,75 5,00 3,03 9
11 Imperméable 0,067 1,96 1,95 4,73 5,69 12,91
12 Imperméable 0,055 1,07 1,60 2,85 5,2 8,87
13 Imperméable 0,064 1,07 1,87 2,64 8,7 13,58

179
14 Imperméable 0,049 1,07 1,41 3,04 1,6 3,23

15 Mousse petite taille 0,060 1,39 1,73 3,56 2,68 6,38

16 Mousse petite taille 0,067 1,39 1,94 3,37 5,33 11,92

17 Mousse petite taille 0,063 1,39 1,84 3,45 4,53 8,82

18 Mousse petite taille 0,069 1,39 2,02 3,30 8,1 15,01

19 Mousse petite taille 0,069 1,64 2,01 3,90 5,07 10,32

20 Mousse petite taille 0,072 1,64 2,10 3,81 7,75 13,62

21 Mousse petite taille 0,064 1,64 1,86 4,05 3,88 9,23

22 Mousse petite taille 0,069 1,64 2,02 3,89 5,25 12,08

23 Mousse petite taille 0,067 2,08 1,96 5,01 3,91 9,78

24 Mousse petite taille 0,074 2,08 2,16 4,77 10,44 14,7

25 Mousse petite taille 0,060 2,08 1,75 5,30 - 6,11

26 Mousse petite taille 0,072 2,08 2,09 4,85 7,94 12,83

27 Mousse petite taille 0,064 1,02 1,87 2,52 1,21 6,01

28 Mousse petite taille 0,075 1,02 2,17 2,33 5,45 10,82

29 Mousse petite taille 0,081 1,02 2,37 2,23 7,56 17,76

30 Mousse petite taille 0,069 1,02 2,01 2,43 3,78 7,78

31 Gravier 0,060 1,39 1,73 3,56 2,21 5,41

32 Gravier 0,067 1,39 1,94 3,37 3,95 10,13

33 Gravier 0,063 1,39 1,84 3,45 3,48 8,34

34 Gravier 0,069 1,39 2,02 3,30 6,32 12,86

35 Gravier 0,069 1,64 2,01 3,90 4,53 9,05

36 Gravier 0,072 1,64 2,10 3,81 8,25 15,3

37 Gravier 0,064 1,64 1,86 4,05 2,99 8,15

38 Gravier 0,069 1,64 2,02 3,89 5,15 10,06

39 Gravier 0,067 2,08 1,96 5,01 4,21 7,61

40 Gravier 0,074 2,08 2,16 4,77 9,27 12,79

41 Gravier 0,060 2,08 1,75 5,30 - 5,01

180
42 Gravier 0,072 2,08 2,09 4,85 6,97 10,5

43 Gravier 0,064 1,02 1,87 2,52 0,88 4,62

44 Gravier 0,075 1,02 2,17 2,33 5,73 9,58

45 Gravier 0,081 1,02 2,37 2,23 6,85 13,52

46 Gravier 0,069 1,02 2,01 2,43 2,9 7,09

47 Bille de verre 0,062 1,44 1,81 3,61 5,11 8,3

48 Bille de verre 0,050 1,44 1,46 4,02 3,06 5,58

49 Bille de verre 0,068 1,44 1,98 3,45 6,46 11,47

50 Bille de verre 0,043 1,44 1,25 4,34 - 2,73

51 Bille de verre 0,078 1,44 2,27 3,22 11,05 15,46

52 Bille de verre 0,059 1,44 1,72 3,70 4,02 6,93

53 Bille de verre 0,072 1,64 2,10 3,82 4,89 8,33

54 Bille de verre 0,049 1,64 1,43 4,63 2,02 3,28

55 Bille de verre 0,060 1,64 1,75 4,18 3,87 7,02

56 Bille de verre 0,057 1,64 1,66 4,29 - 5,09

57 Bille de verre 0,062 1,64 1,81 4,11 4,82 7,36


4,50147 5,5
58 Bille de verre 0,074 1,96 2,16 7,87
4
4,35669 6,99
59 Bille de verre 0,079 1,96 2,30 11,27
4
4,99913 1,34
60 Bille de verre 0,060 1,96 1,75 3,71
7
61 Bille de verre 0,067 1,96 1,95 4,73 3,19 6,31

62 Bille de verre 0,055 1,07 1,60 2,85 - 2,19

63 Bille de verre 0,073 1,07 2,13 2,47 6,01 10,14

64 Bille de verre 0,064 1,07 1,87 2,64 2,81 4,54

65 Bille de verre 0,049 1,07 1,41 3,04 - 1,21

66 Mousse grande taille 0,073 1,39 2,12 3,22 2,37 5,57

67 Mousse grande taille 0,086 1,39 2,49 2,97 5,35 11,77

68 Mousse grande taille 0,079 1,39 2,30 3,09 3,33 9,42

69 Mousse grande taille 0,059 1,39 1,71 3,58 1,03 2,91

181
70 Mousse grande taille 0,086 1,15 2,50 2,45 4,13 7,61

71 Mousse grande taille 0,095 1,15 2,78 2,33 6,15 12,18

72 Mousse grande taille 0,079 1,15 2,30 2,56 2,64 6,19

73 Mousse grande taille 0,092 1,15 2,67 2,37 4,86 10,22

74 Mousse grande taille 0,091 1,7 2,66 3,52 6,52 15,46

75 Mousse grande taille 0,081 1,7 2,36 3,73 3,23 8,06

76 Mousse grande taille 0,086 1,7 2,52 3,61 4,23 10,51

77 Mousse grande taille 0,075 1,7 2,18 3,89 1,79 4,18

78 Mousse grande taille 0,094 2 2,74 4,08 12,71 20,28

79 Mousse grande taille 0,087 2 2,53 4,24 4,62 10,02

80 Mousse grande taille 0,083 2 2,41 4,34 3,78 7,42

81 Infiniment perméable 0,067 1,42 1,94 3,44 3,06 4,98

82 Infiniment perméable 0,084 1,42 2,45 3,06 7,97 12,77

83 Infiniment perméable 0,075 1,42 2,19 3,24 4,83 7,22

84 Infiniment perméable 0,080 1,42 2,32 3,14 5,43 8,45

85 Infiniment perméable 0,069 1,13 2,02 2,68 1,1 2,04

86 Infiniment perméable 0,087 1,13 2,54 2,39 3,69 5,98

87 Infiniment perméable 0,098 1,13 2,87 2,25 4,92 8,73

88 Infiniment perméable 0,105 1,13 3,06 2,18 6,23 9,42

89 Infiniment perméable 0,083 1,68 2,40 3,65 5,38 9,12

90 Infiniment perméable 0,078 1,68 2,29 3,75 3,17 5,5

91 Infiniment perméable 0,073 1,68 2,13 3,88 2,47 4

92 Infiniment perméable 0,087 1,68 2,52 3,57 9,09 12,62

93 Infiniment perméable 0,074 1,29 2,16 2,96 2,78 5,41

94 Infiniment perméable 0,083 1,29 2,42 2,80 8,15 12,06

95 Infiniment perméable 0,081 1,29 2,35 2,84 6,15 8,75

182
Annexe B

Tableau de résultats pour les essais sur le dommage de digues en


enrochement artificiel

Colonne Description

1 Numéro de test
2 Hauteur de la crête relative Rc/Dn
3 Hauteur significative de la houle au pied d’ouvrage, Hs (m)
4 Période moyenne de la houle, Tm (m)
5 Nombre de stabilité, H s / ∆Dn 50
6 Cambrure de la houle, som = 2πHs/gTm2
7 Niveau du dommage, Nd, après 1956 secondes d’essai

1 2 3 4 5 6 7

1 2,85 0,08789 1,23 1,20 0,037 0,0076


2 2,85 0,1073 1,27 1,47 0,043 0,0152
3 2,85 0,1165 1,29 1,59 0,045 0,0303
4 2,85 0,1241 1,3 1,69 0,047 0,0417
5 2,85 0,08787 1,45 1,20 0,027 0,0076
6 2,85 0,09648 1,42 1,32 0,031 0,0114
7 2,85 0,1042 1,42 1,42 0,033 0,0189
8 2,85 0,1111 1,45 1,52 0,034 0,0265
9 2,85 0,1131 1,45 1,54 0,034 0,0341
10 2,85 0,12 1,44 1,64 0,037 0,0492
11 2,85 0,08553 1,85 1,17 0,016 0,0076
12 2,85 0,1012 1,85 1,38 0,019 0,0379

183
13 2,85 0,117 1,87 1,60 0,021 0,0909
14 2,85 0,09131 1,66 1,25 0,021 0,0114

15 2,85 0,1085 1,66 1,48 0,025 0,0341

16 2,85 0,1184 1,66 1,62 0,028 0,0606

17 2,85 0,125 1,66 1,71 0,029 0,0985

18 2,51 0,09393 1,45 1,28 0,029 0,0114

19 2,51 0,1085 1,45 1,48 0,033 0,0303

20 2,51 0,1236 1,46 1,69 0,037 0,0568

21 2,51 0,1318 1,47 1,80 0,039 0,0909

22 2,51 0,1328 1,46 1,81 0,040 0,0909

23 2,51 0,0915 1,94 1,25 0,016 0,0265

24 2,51 0,1079 1,92 1,47 0,019 0,0682

25 2,51 0,1196 1,87 1,63 0,022 0,1061

26 2,51 0,09083 1,24 1,24 0,038 0,0076

27 2,51 0,11 1,24 1,50 0,046 0,0227

28 2,51 0,121 1,27 1,65 0,048 0,0379

29 2,51 0,128 1,28 1,75 0,050 0,0530

30 2,51 0,09392 1,63 1,28 0,023 0,0227

31 2,51 0,1126 1,64 1,54 0,027 0,0530

32 2,51 0,1232 1,67 1,68 0,028 0,0909

33 2,51 0,1309 1,67 1,79 0,030 0,1174

34 2,2 0,09162 1,24 1,25 0,038 0,0076

35 2,2 0,114 1,27 1,56 0,045 0,0265

36 2,2 0,1238 1,28 1,69 0,048 0,0417

37 2,2 0,128 1,29 1,75 0,049 0,0568

38 2,2 0,09 1,68 1,23 0,020 0,0227

39 2,2 0,1174 1,67 1,60 0,027 0,0682

40 2,2 0,1293 1,67 1,77 0,030 0,1061

184
41 2,2 0,1391 1,67 1,90 0,032 0,1364

42 2,2 0,09965 1,44 1,36 0,031 0,0227

43 2,2 0,1168 1,45 1,60 0,036 0,0417

44 2,2 0,1337 1,45 1,83 0,041 0,0833

45 2,2 0,1412 1,46 1,93 0,042 0,1212

46 2,2 0,1378 1,47 1,88 0,041 0,1136

47 2,2 0,09266 1,94 1,27 0,016 0,0417

48 2,2 0,112 1,91 1,53 0,020 0,0985

49 2,2 0,1235 1,89 1,69 0,022 0,1402

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