Nouveau Management Public au Maroc
Nouveau Management Public au Maroc
ISSN: 2550-469X
Volume 7 : Numéro 3
Dr Naima BOUFERAS
Enseignant chercheur
Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Salé
Université Mohammed V de Rabat
Management Entrepreneuriat et Développement (MED), Maroc
[Link]@[Link]
Naima CHAKIR
Doctorante
Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Salé
Université Mohammed V de Rabat
Management Entrepreneuriat et Développement (MED)
Naima_chakir@[Link]
Résumé
Depuis son émergence au Royaume-Uni dans les années 1980, le Nouveau Management
Public (NMP) constitue la base des principales réformes pour la modernisation de la gestion
publique dans plusieurs pays du monde. Le Maroc s’est engagé dans ce chantier de réformes
dans une perspective de changer la gestion publique classique par la nouvelle gestion publique.
Le présent article a pour objectif d’abord, d’essayer de circonscrire le concept « Nouveau
Management Public », puis identifier les principales pratiques de ce nouveau mode de gestion
dans l’administration publique marocaine. À la lumière d’une revue de littérature des
recherches théoriques sur cette nouvelle doctrine managériale, suivie d’une étude mobilisant la
documentation existante sur les principales réformes du secteur public adoptées par le Maroc,
les résultats obtenus soulignent que le NMP consiste à transposer les principes et méthodes de
la gestion privée dans les organismes publics. Ces principes et méthodes commencent à
s’enraciner dans l’administration publique marocaine dans le but de moderniser la gestion
publique et atteindre la performance
Mots clés : NMP ; revue de littérature ; administration publique ; réformes
administratives ; nouvelles pratiques managériales.
Abstract
Since its emergence in the UK in the 1980s, New Public Management (NPM) has formed the
basis of major reforms to modernize public management in many countries around the world.
Morocco has embarked on this reform project with a view to replacing traditional public
management with New Public Management.
The aim of this article is firstly to define the concept of "New Public Management", and then
to identify the main practices of this new management style in Moroccan public administration.
In the light of a literature review of theoretical research on this new managerial doctrine,
followed by a study mobilizing existing documentation on the main public sector reforms
adopted by Morocco, the results obtained underline that NMP consists in transposing the
principles and methods of private management into public organizations. These principles and
methods are beginning to take root in Moroccan public administration, with the aim of
modernizing public management and achieving performance.
Key words: NMP; literature review; public administration; administrative reforms; new
managerial practices.
Introduction
Le New Public Management (NPM) ou Nouvelle Gestion Publique (NGP), selon l’adaptation
française, est un concept assez récent. Il est apparu pour la première fois dans un article du
britannique Christopher Hood en 1991. Par ce concept, ce professeur émérite entend énumérer
les profondes modifications dans le mode de gestion et d’administration des organisations
publiques, sous l’effet des réformes. Il vise à transposer aux organismes publics les méthodes
et pratiques managériales traditionnellement réservées au secteur privé.
Le (NPM) s'est développée à l'origine dans les pays anglo-saxons, en particulier au Royaume-
Uni, suite à la vague de rationalisation du gouvernement britannique après l'émergence du
néolibéralisme lorsque Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir en 1979. Il a été importé par
la suite dans les pays de l’Europe continentale dans le but de rationaliser le secteur et les deniers
publics.
Le nouveau management public est ainsi devenu un concept clé pour la réforme des
organisations publiques (Politt & Bouckaert, 2004), et «constitue un paradigme dominant dans
la discipline de l'administration publique,». (kalimullah, et al., 2012, p. 10).
Dans le but d’améliorer la performance de la gestion publique, le Maroc a adhéré à ce chantier
de modernisation en adoptant plusieurs réformes qui touchent à différents secteurs de
l’économie. La réforme de la loi organique relative à la loi de finances en 2016 constitue une
de ces principales réformes, dans la mesure où elle a permis d’instaurer les principes d’un
mangement de la performance.
Le (NPM) constitue un champ de recherche très riche surtout dans un pays en voie de
développement comme le Maroc, ou le bilan des impacts de cette nouvelle gestion sur la
performance de la gestion publique n’est pas encore déterminé.
L’analyse de la littérature sur ce sujet met en évidence que le Nouveau Management Public
(NMP) est un concept complexe, difficile à étudier ou à définir. Il s'est répandu largement à
travers le monde sous différentes formes, comme le soulignent (Osborne & Gaebler, 1992). Sa
portée et ses principes peuvent varier en fonction du pays ou du contexte dans lequel il est
appliqué. De plus, ses fondements et ses principes ont des racines dans divers courants.
Partant du constat que le nouveau management public consiste à introduire des pratiques
managériales privées dans les organisations publiques, son implantation dans la sphère publique
tient compte aussi du contexte et de la culture de chaque pays.
Dans cet article nous ambitionnons de nous intéresser au contexte marocain en vue de répondre
à la question suivante : quelles pratiques du nouveau management public dans
l’administration publique marocaine ?
Pour répondre à cette problématique nous la décomposons en deux questions de recherche
suivantes :
-Q1 : Qu’est-ce que le NMP, et quels sont ses origines, ses fondements théoriques et ses
principes ?
- Q 2 : Quel lien entre les nouvelles pratiques managériales dans l’administration publique
et le NMP ?
Pour traiter notre problématique, nous avons adopté une méthode mobilisant la littérature de
gestion essentiellement celle qui traite le NMP, afin de répondre à la première question de
recherche qui porte sur l’identification du concept NMP, et la détermination de ses origines, ses
fondements théoriques et ses principes. Puis à travers une étude de la documentation existante
sur les principales réformes adoptées par le Maroc dans une perspective de moderniser son
administration publique, nous essayerons de répondre à la deuxième question de recherche qui
porte sur la relation entre le NMP et les nouvelles pratiques managériales dans l’administration
publique au Maroc.
Notre article s’articulera autour de deux axes. Le premier axe traitera la première question de
recherche. Bien qu’il soit un concept difficile à définir, le NMP s'inspire de plusieurs courants :
la théorie néolibérale, la théorie économique néo institutionnelle, et l'incarnation contemporaine
du management scientifique tayloriste, l’étude de ces courants nous permettra de comprendre
les différentes conceptions du NMP et dresser la liste de ses différents principes ou pratiques.
Cette identification nous permettra par la suite de repérer les pratiques managériales inspirées
du NMP dans l’administration publique marocaine.
Le deuxième axe traitera la deuxième question de recherche en mobilisant la documentation
existante sur les réformes de l’administration publique marocaine dans l’objectif d’identifier
les principales pratiques de gestion mises en application par ces réformes et qui s’inspirent du
courant du NMP.
1. Cadre conceptuel et théorique du nouveau management public
1.1. Qu’est-ce que le nouveau management public
Depuis son apparition au début des années 1980, le concept du nouveau management public
s’est déployé en suite dans la grande majorité des pays de l’OCDE. Il est utilisé à l’échelle
internationale dans les discours des politiciens, des échanges gouvernementaux et
organisationnels. Le NPM diffère en effet des autres modèles de réformes des organisations
publiques qui l’ont précédé, essentiellement le « Planning Programming and Budgeting
System »(PPBS), apparu aux Etas Unis dans les années 1960, et le modéle « Rationalisation
des Choix Budgétaire » (RCB) adopté en France depuis 1968.
La dénomination " new public management "est proposée par Christopher Hood dans un
article publié en 1991. Pour cet auteur « Le nouveau management public est avant tout un
slogan désignant un ensemble d’outils et de réformes administratives développées dans les pays
de l’OCDE depuis la fin des années 1970, et accompagnant une vague idéologique favorable
à l’intégration de mécanismes de marché dans l’action publique et une réduction de
l’interventionnisme étatique ». (Fallon & Ficet, 2017, p.16). Les outils et les méthodes de cette
nouvelle approche managériale ont conduit à une transformation du fonctionnement du secteur
public en passant du vieux paradigme traditionnel de l'« administration publique » ou du modèle
« wébérien » à ce qu'on nomme le « Nouveau Management Public (NMP) » ou encore la «
nouvelle gouvernance publique », tel que décrit par (Osborne, 2006).
Etant un nouveau paradigme de gestion publique, le nouveau management public a changé
l’approche managériale, en utilisant de nouvelles pratiques et outils pour résoudre le
dysfonctionnement du secteur public en vue d’atteindre la performance. Dans cette perspective
(Borins, 1995) estime que le NMP est : «une conceptualisation normative de l'administration
publique comprenant plusieurs éléments interdépendants : fournir des services de haute qualité
auxquels les citoyens attachent de la valeur ; accroître l'autonomie des gestionnaires publics;
récompenser les organisations et les individus en fonction de l'atteinte d'objectifs de
performance exigeants ; mettre à disposition les ressources humaines et technologiques dont
les gestionnaires ont besoin pour bien réussir; et reconnaitre les vertus de la concurrence, en
maintenant une attitude ouverte quant aux finalités publiques qui devraient être remplies par
le secteur privé plutôt que par le secteur public » (kalimullah, et al., 2012, p. 8).
Dans la littérature relative à la gestion administrative, il n’y a pas de définition précise du NMP.
L’idée générale de celui-ci, admise d’ailleurs par la majorité des auteurs, consiste à transposer
les méthodes de gestion du secteur privé dans les organismes publics en vue d’atteindre la
performance. Mais d’après (Pesqueux, 2020), il existe un lien fort ou une divergence entre le (NPM)
et le management public « classique ». Cela permet de le définir comme « l’ensemble des
processus de finalisation, d’organisation, d’animation et de contrôle des organisations
publiques visant à développer leurs performances générales et à piloter leur évolution dans le
respect de leur vocation ». (Bartoli, 2005. p 98)
Le NMP puise ses fondements dans plusieurs courants de pensée. Il s'inspire d'une part des
théories du néolibéralisme, de l'autre de la nouvelle économie institutionnelle et des avatars
contemporains de la gestion scientifique de Taylor :
Tableau n°2 : Tableau récapitulatif des fondements théoriques du NMP
Théories néo libérales : Théories de la nouvelle économie
institutionnelle et les avatars contemporains
de la gestion scientifique taylorienne
-La science administrative classique ; -Le taylorisme ou le mouvement de la Gestion
-La science administrative néo-classique Scientifique (Taylor)
inspirée des travaux d’H.A. Simon ; -L’école classique de la science administrative
-L’économie des choix publics ; (Fayol)
-La nouvelle économie institutionnelle -Le paradigme comportemental : il s’agit de la
pensée du Max weber
(théories de l’agence et des coûts de
transaction) ;
-La nouvelle science administrative (intégrant
le constitutionnalisme et le communautarisme
; L’analyse des politiques publiques ;
-Le management public rationaliste et
organique ;
-La théorie de l’échange volontaire et la
théorie des biens collectifs Wicksell (1898)
-Les travaux de Buchanan et Tullock (1962)
Source : auteurs
Le tableau ci-dessus synthétise les différents courants qui fondent le NMP et distingue entre
celles qui relèvent des théories néolibérales et celles qui appartiennent aux théories de la
nouvelle économie institutionnelle et les avatars contemporains de la gestion scientifique
taylorienne. Malgré cette diversité de courants, (Hood, 1994) souligne la prépondérance de
deux doctrines dans la fondation du concept du NMP et de ses méthodes à savoir le néo-
libéralisme et le taylorisme :
Le néolibéralisme se base sur la théorie des choix publics, qui se réfère essentiellement aux
travaux de (Buchanan & Tullock, 1962). Elle s’évertue d’expliquer les comportements
politiques en s’appuyant sur des postulats empruntés à l’économie néoclassique. Elle suppose
que les politiciens se comportent de la même façon que les agents du marché. Leur motivation
principale se limite à leur élection et leur accès au pouvoir (hypothèse de maximisation du
profit). Pour arriver à cette fin, ils se fixent comme objectif principal la satisfaction des
revendications des groupes de pression à travers l’orientation des finances publics vers le
financement des dépenses voulues par cette catégorie dans le but d’ avoir son soutien lors des
élections. Par conséquent, l’augmentation des dépenses publiques dépend davantage des
intérêts particuliers que de l’intérêt général.
Selon les partants du néolibéralisme, le marché représente le mécanisme le plus optimal pour
assurer une adéquate répartition des biens, services et capitaux. L’action de l’Etat dans le
secteur public est perçue comme une perturbation de l’équilibre du marché. Ils considèrent aussi
que le libre jeu du marché génère des défaillances, mais les considèrent moins influentes que
celles du système politique et de la bureaucratie.
Les partisans de la théorie des choix publics défendent clairement la nécessité pour l’Etat de se
retirer de plusieurs secteurs qui lui sont traditionnellement dévolus. Dans ses recherches,
(Niskanen, 1971), l'un des pionniers de cette théorie, a mis en évidence que les larges
dimensions des bureaucraties publiques, conjuguées à leur position de monopole isolé des
pressions concurrentielles et des critères de performance, les conduisaient à être à la fois
inefficaces et peu performantes. La solution à ces maux selon (Boyne, 2003) était de les
fragmenter en unités plus petites, de les ouvrir à la concurrence et d'introduire des données de
performance accessibles au public.
Le taylorisme, aussi appelé "Mouvement de la Gestion Scientifique est la deuxième source
d’inspiration du NMP. Selon ce courant, si on arrive à adopter un certain nombre de règles et
de techniques relatives à l'administration du personnel, telles que la décomposition des tâches,
la définition du contenu du poste, la capacité maximale de contrôle, etc., les difficultés
rencontrées dans la direction de larges groupes de travailleurs seront en grande partie résolues.
Selon (Taylor, 1911) Quatre principes doivent être à la base de toute organisation scientifique
du travail pour atteindre cet objectif et qu’on peut résumer comme suit : «1) L’étude de toutes
les connaissances traditionnelles, leur enregistrement, leur classement et la transformation de
ces connaissances en lois scientifiques. 2) La sélection scientifique des ouvriers et le
perfectionnement de leurs qualités et connaissances. 3) La mise en application de la science du
travail par des ouvriers scientifiquement entraînés. 4) La répartition presque égale du travail
réalisé dans l’entreprise entre les ouvriers et les membres de la direction » (Taylor, 1911. p70).
Plusieurs principes du NMP trouvent leur origine dans le taylorisme comme la rémunération à
la performance, la séparation entre les fonctions de conception et d’exécution, la délégation des
services publics à des agences spécialisées, la séparation entre les fonctions de conception et
d’exécution, ou encore la multiplication des procédures de contrôle interne et externe. Dans le
secteur public, le taylorisme se complète par le fayolisme (Fayol Henri), un mode
d’organisation humaine de l’entreprise qui vise son meilleur fonctionnement global et qui
concerne davantage les dirigeants que les exécutants.
Une étude contemporaine réalisée par (Guenoun, 2009), ayant pour objet de déterminer les
différentes pratiques managerielles du nouveau management public, a pu établir la distinction
entre celles qui s’inspirent du néolibéralisme et celles qui relèvent du taylorisme. Les résultats
issus de cette étude sont synthétisés dans le tableau suivant :
Figure n°1 : Néo-libéralisme, taylorisme et New Public Management
budgétaires importants dans les années précédant les réformes, en raison de l’accroissement des
dépenses de fonctionnement, qui ont conduit à une croissance exponentielle de la dette
publique. La refonte des finances publiques était une nécessité pour optimiser la gestion des
deniers publics et restreindre les déficits budgétaires. D’autre part, la modernisation de la
gestion publique a été entreprise dans le but d’améliorer la qualité des services publics offerts.
En effet, de nombreux secteurs du service public, tels que la santé, l'éducation et les transports,
ont été confrontés à des problèmes de qualité suite à la rigidité du système bureaucratique, et à
la forte concentration des pouvoirs de décisions au niveau des autorités centrales, ce qui a
conduit à une insatisfaction croissante des citoyens. La modernisation de ces services a
nécessité l’amélioration des infrastructures du secteur public et l’instauration des normes de
qualité. Enfin, la modernisation du secteur public a également été motivée par une intention de
renforcer la transparence et la responsabilité dans la gestion des affaires publiques
En effet, le gouvernement marocain a souhaité garantir une utilisation des deniers publics de
manière efficace et efficiente, et que les décideurs publics soient responsables de leur
rendement.
En somme, le Maroc est un des pays prédécesseurs en Afrique au sujet de la modernisation du
secteur public. Il a réalisé des progrès substantiels dans la mise en œuvre du nouveau
management public, notamment par la création en 2011 d’un ministère spécifiquement dédié à
la réforme de l’administration et de la fonction publique. De plus plusieurs réformes ont été
mises en place, comprenant en particulier la réforme de la constitution, la réforme des finances
publiques et les reformes liées à la gestion des ressources humaines.
Dans ce qui suit, nous essayerons d’identifier les principales pratiques du NMP dans
l’administration publique marocaine à partir d’une analyse mobilisant la documentation
existante sur la modernisation du secteur public au Maroc.
2-1-Principales réformes pour la modernisation de la gestion publique au Maroc.
Depuis l’indépendance, le Maroc cherche à moderniser son administration afin de faire la
transition d’une structure administrative traditionnelle marquée par la prévalence de pratiques
héritées des régimes de « makhzen » ou du protectorat à une administration moderne, citoyenne
au service de développement.
A partir des années 1990, le Maroc a traduit sa volonté ferme de moderniser l’administration
par l’adoption du « Pacte de Bonne Gestion » PBG, en 1998. Le (PBG) est issu d’un colloque
national rassemblant les représentants des administrations, les intervenants du secteur privé
ainsi que les représentants de la magistrature. Il forme un cadre directeur pour l'incorporation
de valeurs et d'une approche stratégique dans l'établissement d'une administration orientée vers
les citoyens, logique et en harmonie avec son environnement extérieur. L’ensemble des
orientations apparues du PGB a été regroupé dans « un livre blanc sur la réforme
administrative » qui constitue un support de prise de décision et une base d’autres réformes.
Le plan de développement économique et social 2000-2004, engagé par le Maroc pour mettre
en place les conditions d’une croissance durable et forte, favoriser l’emploi et réduire les
déficits sociaux, a fait de la modernisation de l’administration un de ses principaux
déterminants pour atteindre : l’amélioration du processus de préparation et d’exécution de
budget de l’Etat, la décentralisation , la déconcentration et la régionalisation de l’administration
et la modernisation de la justice. Durant cette période, le Programme d’Appui à la Réforme de
l’Administration Publique (PARAP) de 2003 a accompagné les réformes sectorielles du plan
de développement économique et social 2000-2004, et a tracé comme objectifs principaux : la
simplification et la flexibilité des procédures du secteur public, l’amélioration de la gestion des
ressources humaines et la réduction de la masse salariale et la consolidation des finances
publiques. De même la modernisation et la performance de l’administration marocaine a fait
l’objet de plusieurs initiatives. C’est le cas du colloque national sur « l’administration
marocaine et les défis de 2010 » en 2012 ou 162 mesures pour moderniser l’administration ont
été proposées.
Malgré toutes ces initiatives de modernisation de l’administration marocaine, la phase
marquante dans ce processus commence à partir de 2011, suite à l’engagement du Maroc dans
un grand chantier de réformes en vue de moderniser la gestion du secteur public pour s’ouvrir
sur les nouvelles pratiques managériales inspirées du nouveau management public à l’instar
d’autres pays du monde. « Ce grand chantier de réforme nécessite l’amélioration des structures
organisationnelles, le développement des méthodes de gestion, la moralisation du service
public et le perfectionnement du cadre juridique. Pour cela, il est souhaitable et utile de
s’inspirer du modèle managérial du secteur privé» d’’après le message de SM le Roi
Mohammed VI à l’occasion de l’ouverture du forum national de la haute fonction publique, du
27 février 2018. Dans la même perspective SM le Roi Mohammed VI a rappelé dans son
discours adressé à la nation à l’occasion du 20ème anniversaire de son accession au trône de ses
Glorieux Ancêtres qui « ...Il convient de renforcer l’efficacité des institutions et de faire évoluer
les mentalités des responsables.
En effet, le secteur public doit, sans tarder, opérer un triple sursaut en termes de simplification,
d’efficacité et de moralisation.
D’ailleurs, J’ai d’ores et déjà appelé à la nécessité de moderniser les méthodes de travail, de
faire preuve d’ardeur créative et d’innovation dans la gestion de la chose publique »
Le rapprochement de la gestion des services publics à celle du privé en vue d’améliorer la
performance des institutions publiques constitue le principal objectif des réformes engagées par
le Maroc, sous les orientations de sa majesté le Roi Mohammed VI.
La refonte de la constitution constitue la base de la mise en place des mécanismes de la bonne
gouvernance et la base d’autres réformes essentiellement la réforme des finances publiques et
les réformes liées à la gestion du personnel de l’Etat dont l’amendement du statut du personnel
qui seront l’objet de notre étude.
2.1.1-Refonte de la constitution et renforcement des principes de NMP au MAROC :
La constitution de 2011 a consacré une bonne partie au renforcement des principes de la bonne
gouvernance, et de la nouvelle gestion publique dans les services publics marocains.
Le titre XII de la constitution (Maroc, 2011. P 98), stipule que les services publics doivent
fournir aux citoyens des services de qualité, tout en respectant les principes de transparence de
responsabilité et de réédition de compte. Ce même titre, prévoit aussi la création d’organes ou
institutions chargées de suivi de la bonne gouvernance et d’évaluation des services publics.
La constitution de 2011 a affirmé la séparation entre les pouvoirs législatifs et exécutifs. Le
parlement en sa qualité de voix de peuple dispose des prérogatives pour voter le budget,
contrôler l’action du gouvernement, et évaluer les politiques publiques dans le but de maintenir
l’équilibre des finances publiques. Ainsi, suivant l’article 76 de la constitution, le gouvernement
doit soumettre annuellement au parlement une loi de règlement de la loi de finances relative à
l’exercice précédent pour évaluation.
La mission du contrôle de finances publiques est attribuée à la cour des comptes selon l’article
147 de la constitution. Cette dernière assure le contrôle des deniers publics et la fourniture de
toute information financière.
De même, le titre IX de la constitution relatif à la région consolide la création d’organisations
décentralisées fondées sur « la régionalisation avancée ». Le but de la décentralisation au Maroc
est de transférer des compétences et des ressources de l’administration centrale vers les
collectivité territoriales pour assurer une meilleure prise en charge des besoins locaux et
renforcer le principe de la gestion participative permettant aux citoyens des régions de participer
au processus de développement économique et social.
2.1.2-La loi organique n°130-13 relative à la loi de finances et changement des principes
de la gestion des finances publiques au Maroc
Historiquement, au Maroc les dépenses de fonctionnement ont toujours pesé lourds sur le
budget de l’Etat. Par exemple, le montant de la masse salariale inscrit à la loi de finances en
2004 été de 53.57 milliard de DH ce qui représente près de 12.8 % du PIB.
De nombreuses réformes ont été adoptées en vue de moderniser la gestion des ressources
humaines et alléger le poids de la masse salariale sur le budget.
En 2004, le Maroc s’est engagé dans l’opération du départ volontaire « INTILAKA »,
introduite par le décret n° 02.04.811 du 23 décembre 2004 a permis de réduire les effectifs de
7.6% et un rajeunissement des cadres occupant les protes de responsabilité. Le rapport réalisé
par le ministère de la modernisation des secteurs publics en novembre 2005 montre que
l’opération de départ volontaire a réalisé une économie d’environ 1 % du PIB. De ce fait la
masse salariale en 2006 représenterait environ 11,8% du PIB au lieu de 12.8 % en 2004.
En 2005 la mise en exécution du décret n° 02.05.1369 du 02 décembre 2005 a favorisé la mise
en œuvre de schémas directeurs pour assurer une meilleure répartition des compétences et leur
redéploiement au sein des services déconcentrés.
Aussi la digitalisation des systèmes de gestion était toujours un choix pour le Maroc afin
d’assurer une gestion optimale des ressources humaines dans le secteur public. Plusieurs
techniques ont été introduites à l’instar du secteur privé : le système de Gestion Prévisionnelle
des Effectifs, des Emplois et de Compétences (GPEEC). La création d’un nouveau système de
rémunération et la mise en œuvre d’un Référentiel des Emplois et des Compétences communs aux
Administrations Publiques (RECAP) en 2008.
Dans le même ordre d’idées, l’amendement en 2011 du statut général de la fonction public a
apporté des nouveautés comme : l’obligation d’accéder à la fonction publique par concours, et
la mise en œuvre d’un dispositif de contractualisation dans le secteur public.
2.2 Principaux principes du NMP au MAROC
L’étude des principales réformes du secteur public au Maroc dans la section précédente, nous
permet d’identifier les principales pratiques inspirées du NMP intégrées par les dites réformes
pour moderniser la gestion publique, qu’on peut récapituler dans le tableau suivant :
GPEEC, RECAP…
personnel
Source : auteurs
Ce tableau nous permettra d’identifier quelques principes du NMP instaurés par les principales
réformes du secteur public au Maroc, qui nous permettent d’identifier les principales pratiques,
outils et méthodes de la gestion privée intégrées dans l’administration publique marocaine.
La constitution est le texte de base pour la mise en place du management public au Maroc dans
la mesure où il a introduit les principes de la décentralisation, de la bonne gouvernance, de
responsabilisation et de la participation de toutes les parties prenantes pour améliorer la qualité
des services publics.
A l’instar de la France la loi organique relative à la loi de finances constitue un référentiel du
management de la performance dans le secteur public marocain puisqu’ elle a règlementé et
instauré les nouvelles pratiques de management de la performance : gestion axée sur les
résultats, programmation budgétaire triennale, suivi de la démarche et des indicateurs de
performance, mesure du résultat, amélioration de la comptabilité, autonomie de gestion,
réédition des comptes et le contrôle.
Les réformes du système de gestion des ressources humaines s’inscrivent dans cette logique de
promotion de la performance dans l’administration publique. Elles visent à instaurer un
nouveau système de recrutement par compétences par concours, avec l’introduction d’un
système de contractualisation pour renforcer le principe de la rémunération à la performance.
L’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la
gestion administrative et financière au Maroc est aussi une des principes de la nouvelle gestion
publique au Maroc. La création d’un ministère chargé de la transition numérique et de la
Conclusion
Le nouveau management public est une approche managériale adaptée par plusieurs pays dans
le monde pour moderniser le secteur public. Il a fait l'objet de nombreux travaux de recherche
visant à l'identifier, à déterminer ses fondements théoriques, son évolution et à évaluer sa
contribution au secteur public. Nous avons tenté dans cet article à travers l’étude de la littérature
de rendre compte de la complexité du concept du nouveau mangement public. En fait, il n’y a
pas un consensus sur sa portée ou son utilité dans la communauté des chercheurs. Nous avons
par la suite présenté les origines, les fondements théoriques et les principes de ce nouveau mode
de gestion publique pour pouvoir traiter le cas de l’administration Marocaine
L’étude de l’expérience du Maroc confirme les principaux résultats de notre étude de la revue
de littérature. Ainsi, malgré la différence du contexte et de la culture marocaine, l’objectif des
réformes inspirées du NMP est moderniser le secteur public, à travers l’introduction de la
logique du marché. Plusieurs pratiques de la gestion privée ont été intégré dans l’administration
publique marocaine : la contractualisation, la mesure de résultat, le management de personnel,
l’amélioration de la comptabilité, l’utilisation des nouvelles technologies de l’information
…etc.
Le résultat de notre étude de l’expérience marocaine est qu’on a pu déterminer les principales
pratiques managériales intégrées dans l’administration publique marocaine sous l’effet de
reformes et les synthétisées dans un tableau récapitulatif qui dresse la correspondance de chaque
pratique avec celles qui relèvent du courant du NMP
La recherche scientifique dans ce domaine reste une initiative très importante pour
accompagner ce changement managériale et répondre aux questions qui interpellent les
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