Biologie et répartition des Pentastomides
Biologie et répartition des Pentastomides
255 à 277
REVUE CRITIQUE
INTRODUCTION
(*) Ce travail a fait l’objet d’un rapport au ler Congrès international de Parasitologie, Rome,
1964.
D euxième pa r tie
(*) Nous adoptons ici, malgré les discussions dont elle peut être l’objet et à titre d’hypothèse
de travail, la théorie gondwanienne précédemment émise en 1922 par L. Giglioli pour les Pentasto
mides.
(*) Il semble bien, de plus, que G. Neumann, 1899, ait observé une jeune larve de stade II
d’Armillifer armillatus parasitant accidentellement un chien.
BIOLOGIE DES PENTASTOMIDES 257
Extension nord-Amérique
Homéothermes définitifs
Amérique du sud
Afrique du sud
Cosmopolite
Madagascar
Australie
Pacifique
Indes
C ephalobaenida :
Cephalobaenidae ............
Cephalobaena R. Heymons,
1922 ......................... 1 + +
Raillietiella L. W. Sambon,
1910......................... 20 + + + + + (+) + + +
? Megadrepanoïdes J. Self
et R. E. Kuntz, 1957 . . . 2 + +
Mahafaliella E. R. Brygoo,
1963 ......................... 1 + +
Reighardiidae ................
Reighardia Ward, 1899 . . . 1 + +
POROCEPHALIDA :
Sebekiidae ....................
Diesingia L. W. Sambon,
1922 ........................ 1 + +
Sebekia L. W. Sambon,
1922........................... 7 + + + +
Alofia G. Giglioli, 1922 . . 5? + + + ?+ ?+
Leiperia L. W. Sambon,
1922 ......................... 2 + + +
Subtriquetridae ..............
Subtriquetra L. W. Sambon,
1922 ......................... 2 + + +
Samboniidae ..................
Sambonia F. Noc. G.
Giglioli, 1922 ................ 1 + + + ?+
Elenia R. Heymons, 1932 . 2 + + +
Waddycephalus L. W.
Sambon, 1922 ........... 2 4 + +
Porocephalidae ..............
Porocephalus A. von Hum
boldt, 1809 ................ 5 + + +
Kiricephalus L. W. Sambon,
1922 ......................... 3 + + + + + +
Armillifer L. W. Sambon,
1922 ......................... 3 + + + +
Cubirea K. Kishida, 1929 . 2 + +
Gigliolella A. G. Chabaud
et M. T. Choquet, 1954 . 1 + +
Ligamifer R. Heymons,
1922 ......................... 1 + + ?+ +
Linguatulidae.................
Linguatula J. A. Frölich,
1789 ........................ 4 + +
Annales de Parasitologie humaine et comparée (Paris), t. 41, 1966. n° 3 18
258 R.-M. NICOLI ET J. NICOLI
Linguatula serrata (J. A. Frölich, 1789), étudiée en 1860 par R. Leuckart à la
suite des travaux de P. J. Van Beneden (1848) et T. D. Schubaert (1853).
Porocephalus clavatus (J. Wyman, 1845), étudié par C. W Stiles (1891) L.
Giglioli (1927), L. Van den Berghe (1939), G. H. Penn Jr (1942) et tout
récemment J. H. Esslinger (1962) à la suite d’infestations expérimentales sur
le rat.
Sambonia lohrmanni (L. W. Sambon, 1910), dont les stades élémentaires sont
connus depuis l’observation de A. Fain et J. Mortelmans (1960).
Mais, le plus souvent, nous ne connaissons bien que les adultes, les embryons et
les larves infestantes, les stades intermédiaires étant inconnus.
I. L’adulte sexué est inféodé aux voies respiratoires supérieures des reptiles, par
fois des Amphibiens, exceptionnellement des oiseaux (genre Reighardia) et des Mam
mifères (genre Linguatula).
Il y aurait polyspermie : 2 à 4 spermatozoïdes pour un ovule. La copulation, de
longue durée, en tête-bêche, avec pénétration des deux filaments péniens, a été décrite
par F. Noc et G. Curasson, 1920, chez Armillifer armillatus.
Ces œufs à membrane externe mince présentent une segmentation totale et sont
probablement déméroblastisés. Ils sont rejetés à l’extérieur.
II. L’embryon, sur le point d’éclore, est enfermé dans trois enveloppes, dont la
moyenne présente au pôle dorsal de l’embryon une petite plaque discoidale l'Operculum
(L. Giglioli, 1927) ou facette de Schubärt (facette dorsale, croix dorsale de Leuckart,
pore) dont la nature reste énigmatique. Il est probable que cette plaque correspond à
un canalicule mettant en rapport les tissus embryonnaires et la grande cavité de l’œuf
(L. Giglioli, 1927).
L’embryon (λ I = larve acariforme = larve tardigradiforme - larve primaire)
après éclosion montre un aspect bien caractéristique : trois sillons transversaux divi
sent le corps en quatre segments (C. W. Stiles), deux de ces segments étant pourvus
chacun d’une paire de « pattes » terminées par deux griffes.
Au pôle antérieur de l’embryon, existent plusieurs pièces chitineuses constituant
l’appareil perforant (= perforatorium).
Au pôle postérieur, un prolongement caudal plus ou moins bifide, et que F. Noc,
1923, a considéré comme l’ébauche d’une 3e paire de pattes.
En fait, il existe de grosses différences entre les embryons des Céphalobaenides et
les embryons des Porocéphalides. Nous les résumons dans le tableau suivant (A. Fain,
1961) =
L’organisation des embryons est déjà assez complexe (ganglion nerveux double,
intestin borgne, cellules glandulaires, deux grosses cellules génitales).
En fait, l’embryon des Pentastomides reste assez mal connu et l’unanimité reste
souvent à faire entre les divers observateurs : les divergences portent d’ailleurs essen
tiellement sur les homologies pouvant exister entre les organes embryonnaires vestigiaux
et les organes correspondants des Arthropodes supérieurs. Ainsi, récemment (1959-
BIOLOGIE DES PENTASTOMIDES 259
Cephalobaenida Porocephalida
larve primaire :
λ I : primary larva .................................................... 1re mue
260 R.-M. NICOLI ET J. NICOLI
larve secondaire :
λ II : nymph I ......................................................... 2e mue
λ III : nymphII ........................................................ 3e mue
λ IV : nymphIII ........................................................ 4e mue
λ V : nymphIV ........................................................ 5e mue
λ VI : nymphV ........................................................ 6e mue
larve infestante :
λ VII : nymph VI.
adulte ( ou ).
(*) C’est le stade que nous avions désigné par ailleurs, à regret, sous le terme λш et connu
souvent sous le nom de «nymphe » en raison de son enkystement fréquent.
(**) L’orifice génital mâle est antérieur et ventral. L’orifice génital femelle est antérieur et
ventral chez les Cephalobaenida (femelles progynes), postérieur sur l’anneau distal (femelles
opisthogynes) ou sur les anneaux précédents (femelles hétérogynes) chez les Porocephalida.
BIOLOGIE DES PENTASTOMIDES 261
ne note ni appareil circulatoire (la circulation est lacunaire), ni appareil respiratoire (la
respiration est transcutanée), ni même d’appareil excréteur réellement différencié.
Quant aux organes sensoriels, ils sont eux aussi excessivement réduits.
Fonction de relation.
Les téguments présentent une cuticule superficielle à nombreux pores et un épi
derme unistratifié profond montrant de place en place des cellules excrétrices groupées
sous la forme classique des « glandes en bouteilles ».
La musculature striée est développée, ce qui constitue une acquisition importante
(R. M. Nicoli, 1963).
Le système nerveux est complexe et différemment développé chez les Cephalo-
baenida (ganglions non fusionnés) et chez les Porocephalida (masse nerveuse indivise).
Les organes sensoriels sont réduits à des papilles.
Fonction de nutrition.
L’appareil digestif très simple et linéaire provient d’une triple origine : stomodaeum
ectodermique, mesenteron endodermique et proctodaeum ectodermique ; en annexe,
existent deux « glandes frontales » de rôle absolument inconnu.
L'appareil excréteur est limité à des « cellules vésiculaires » (« cellules parié
tales ») dans la région sous-dermique.
Fonction de reproduction.
L’appareil génital ne montre en général qu’un testicule (deux dans le genre
Linguatula).
L’appareil génital ? comprend un ovaire impair, deux oviducte s se rendant à un
confluent où aboutissent deux spermathèques, un utérus large et sacciforme (Cephalo-
baenida) ou au contraire étroit et allongé (Porocephalida).
L’ontogénèse des Pentastomides est donc particulièrement compliquée. Ceci nous
amène à évoquer deux types de phénomènes bien différents et tous deux sous la
dépendance de la vie parasitaire : l’involution et la convergence.
L’involution apparaît à deux niveaux :
a) chez la larve secondaire, la vie parasitaire impose la disparition d’un certain
nombre d’organes embryonnaires (griffes, anneau buccal, perforatorium) ;
b) chez la larve infestante et chez l’adulte, nous assistons à des faits d’un autre
ordre :
— Involution de la métamérisation primitive.
Il apparaît, en retour, une augmentation de la partie postérieure du corps, elle-
même conséquence de l’énorme développement des organes génitaux.
Chez les Céphalobaenidés, il existe encore des ganglions séparés : une masse
nerveuse céphalique formée par deux ganglions cérébroïdes unis par une commissure
262 R.-M. NICOLI ET J. NICOLI
T roisièm e pa r tie
Les Pentastomides présentent donc une vie parasitaire complexe presque tou
jours dihétéroxène. Contrairement à l’opinion classique, la monoxénie paraît très
peu fréquente.
Enfin, chez un certain nombre de genres, les hôtes intermédiaires sont encore
inconnus : parmi les Céphalobaenides les Cephalobaena (adultes chez les Ophidiens),
les Raillietiella des groupes I et II (adultes chez les Sauriens) et V (adultes chez les
Sauriens et les Ophidiens), les Megadrepanoïdes (adultes chez les Sauriens), les Maha-
faliella (adultes chez les Ophidiens) ; parmi les Porocéphalides, les Diesingia (adultes
chez les tortues), les Sambonia et Elenia (adultes chez les Sauriens).
Une espèce ne semble connue que par sa larve infestante : Raillietiella indica du
Bufo melanostichus.
(*) Ajoutons, dans un autre ordre d’idées, qu’il n’existe apparemment aucun rapport entre la
taille des parasites et celle de l’hôte les hébergeant (A. Broden et J. Rodhain, 1908-1910; R. Mou-
chet, 1914 ; R.-M. Nicoli, 1963).
Toutefois Armillifer armillatus ne parvient à complet développement que chez les grands
serpents. Chez les Bothrophtalmus et les Boaedon le parasite reste immature (A. Fain, 1961).
BIOLOGIE DES PENTASTOMIDES 263
I. La monoxénie
Nous venons de voir que de nombreux Raillietiella ne possèdent pas encore d’hôtes
intermédiaires reconnus. Aussi, a-t-on pensé que ces Céphalobaenides parasites de
lacertiniens insectivores devaient présenter un développement direct (Raillietiella
geckonis et Raillietiella mabuyae en particulier).
Cette hypothèse a été récemment reprise par Ed. R. Bryg'oo (1963).
La monoxénie n’a réellement été prouvée que chez le Porocéphalide Sambonia
lohrmani, parasite du Varanus komodoensis des îles de la Sonde. A. Fain et J. Mor-
telmans (1960) ont, en effet, chez un varan provenant d’un jardin zoologique, décou
vert à la fois des formes adultes libres dans les cavités bronchiques, et tous les stades
de l’embryon à la nymphe enkystés dans la muqueuse trachéale. De nombreux œufs
se trouvaient dans le mucus trachéal.
Ces mêmes auteurs soulignaient que la découverte chez un même hôte, d’adul
tes et de formes infestantes n’est pas une preuve suffisante de développement direct,
notion qui souvent a été méconnue (*).
Π. L’hétéroxénie
L’hétéroxénie paraît au contraire beaucoup plus répandue. Toutefois, chez les
Céphalobaenides, seuls les Raillietiella du groupe III (adultes chez les Ophidiens, lar
ves chez les Ophidiens et les Sauriens) et IV (adultes chez les Ophidiens, larves chez
les Amphibiens) et les Reighardia (adultes chez les oiseaux, larves chez les poissons
probablement) sont considérés comme dihétéroxènes.
Le tableau ci-dessous résume l’ensemble de nos connaissances et amène un cer
tain nombre de remarques :
I. Les Reptiles, essentiellement Sauriens pour les Céphalobaenides et Ophidiens
pour les Porocéphalides constituent l’axe central du groupe : presque tous les adultes
se rencontrent ainsi chez ces reptiles (R. M. Nicoli, 1963).
II. Les larves des Céphalobaenides se rencontrent, soit chez les Amphibiens (plus
rarement chez les Sauriens et même les Ophidiens), soit chez les Actinoptérygiens.
III. Au contraire, les larves des Porocéphalides sont plus diversifiées.
Sebekïidae et Subtriquetridae chez les Actinoptérygiens (plus accessoirement chez
les Chéloniens, les Ophidiens et les Crocodiliens) ;
Porocephalidae chez les Amphibiens, les Sauriens, les Ophidiens et même les
Mammifères ;
Armilliferidae chez les Oiseaux et surtout les Mammifères ;
(*) F. Noc, 1922, découvrant dans le tissu graisseux d’un Ophidien des embryons d'Armillifer
armillatus avait cru à l’existence d’un développement direct possible chez cette espèce, observation
reprise par G. Curasson, 1929.
264 R.-М. NICOLI ET J. NICOLI
Rhynchocephaliens
Actinopterygiens
Mammifères
Crocodiliens
Chéloniens
Ophidiens
Urodèles
Sauriens
Anoures
Oiseaux
Cephalobaenidae :
Cephalobaena ....... A
Raillietiella :
Cephalobaenida
I ........................ L A
I I ..................... A
III ...................... L LA
IV ...................... L A
V .................... A A
Megadrepanoïdes . . . A
Mahafaliella ........ A
Reighardiidae :
Reighardia ........... A
Sebekiidae :
Diesingia ............ A
Sebekia ................ L A
Alofia .................. ? A
Leiperia .............. L L L LA
Subtriquetridae :
Subtriquetra ......... L A
Samboniidae :
Porocephalida
Sambonia ............. A
Waddycephalus .... LA
Porocephalidae :
Porocephalus ........ L LA L
Kiricephalus......... L LA
Armilliferidae :
Armillifer............. A (L) L
Cubirea................ A L
Gigliolella ........... A L
Ligamifer ............. A L
Linguatulidae :
Linguatula ........... LA
BIOLOGIE DES PENTASTOMIDES 265
(*) Le genre Diesinga n’a été trouvé que chez le Chélonien Hydraspis.
266 R.-M. NICOLI ET J. NICOLI
des Ophidiens et des Sauriens. Kiricephalus se rencontre chez des Ophidiens et même
des Amphibiens.
Quant aux Armilliferidae, leur euryxénie larvaire paraît très large et nous connais
sons plus de soixante espèces de Mammifères (et même d’Oiseaux) susceptibles d’hé-
berger les larves d’Armillifer armillatus (R. M. Nicoli, 1963).
Linguatula serrata se rencontre également chez de très nombreux Mammifères à
l’état larvaire.
(*) L. van den Berghe (1939), chez Porocephalus clavatus, a montré que l’élimination des
oeufs est plus importante dans le mucus pulmonaire que dans les excréments.
BIOLOGIE DES PENTASTOMIDES 267
Les enveloppes de l’œuf sont lysées par les enzymes digestifs et l’embryon libéré
va subir alors une véritable migration. Grâce à son appareil perforant, la larve pri
maire perfore le tube digestif et est entraînée par le sang ou la lymphe vers de nom
breux organes. L. Van den Berghe (1939), chez Porocephalus clavatus, a pu suivre
(*) A ce titre, les cadavres de serpents dépouillés et rejetés peuvent contaminer bien des
animaux, surtout domestiques. Il n’est peut-être pas inutile de rapporter, à ce sujet, l’opinion de
L. van den Berghe, 1939. L’homme et les primates s’infesteraient par l’eau de boisson, ce qui
expliquerait la fréquence des infections légères : les œufs flottant en surface seraient dispersés.
Les antilopes (Silvicapra grimmi excepté), buvant rarement de l’eau, ne se contamineraient que
par le mucus et les déjections des serpents. Mais alors, les ingestions d’œufs seraient massives et
les infections très graves.
268 R.-M. NICOLI ET J. NICOLI
ainsi cette migration (infection expérimentale de rats blancs et de souris) : les œufs
administrés par sondage gastrique sont soumis à l’action du suc duodénal et les larves
pénètrent activement à travers la paroi intestinale « vers les espaces péritonéaux où
on retrouve les larves six jours après l’infection ». Ces larves avancent par saccades
successives.
Le nombre des larves hébergées ainsi par l’hôte intermédiaire est excessivement
variable : de quelques unités à plusieurs milliers. A. Fain (1960) signale ainsi chez
une antilope de Djolu (Congo ex-belge) plus de 5.000 larves d’Armillifer armillatus.
L’évolution est de durée variable, mais souvent encore mal connue : F. Noc et
G. Curasson (1920) prélèvent des œufs d’Armillifer armillatus dans la graisse d’un
Python sebae et les administrent à un Cercopithecus patas qui meurt au 86e jour. 30 à
40 larves sont alors données à un python qui présente au 106e jour des adultes sexués
dans l’arbre pulmonaire et des œufs dans la cavité générale et la paroi du tube digestif.
J. FL Esslinger (1962), étudiant l’évolution de Porocephalus crotali expérimentale
ment chez les rongeurs de laboratoire (rats blancs), observent les chiffres suivants :
apparition de la larve secondaire λ II 8 jours après l’infection — λ III 19 jours — λ IV
28 jours — λ V 39 jours — λ VI 50 jours — λ VII 79 jours.
La larve infestante enkystée chez l’hôte intermédiaire peut survivre semble-t-il
relativement longtemps, mais les chiffres précis sont rares. J. H. Esslinger (1962) a pu
contaminer l’hôte définitif Agkistradon piscivorus de Porocephalus crotali à l’aide de
rats contaminés depuis neuf mois.
En l’absence de passage à l’hôte définitif, et ce cas est peut-être assez fréquent,
en particulier lorsque l’hôte intermédiaire est un mammifère ou l’homme, les larves
finissent par mourir et se calcifier. C’est grâce à ce fait que l’on a pu proposer la
radiographie comme procédé de dépistage de la Porocéphalose humaine (G. C. Low
et G. R. M. Cordinier, 1935 ; V. Schilling et Kuhlmann, 1937 ; P. E. Stock, 1946 ;
G. Ardran, 1948; Van Vymeersch et Wanson, 1945-1955; G. Woithelet, 1956).
Ceci nous amène à évoquer la question du réencapsulement chez les Pentasto-
midés.
Quelques auteurs ont admis l’existence de ces phénomènes. F. Noc (1922), étu
diant Armillifer armillatus, parasite du Proteles cristatus, a cru pouvoir admettre
l’existence d’un réencapsulement entraînant une modification de la courbure des larves,
ce qui est très discutable.
Dans leur traité, de même E. Brumpt (1936) et M. Neveu-Lemaire (1938) accep
taient sans grande discussion de tels faits.
Il semble bien pourtant que nous n’ayons aucun fait certain en faveur du réencap
sulement (A. Fain, 1960).
a) Trouver chez un hôte intermédiaire des larves infestantes libres n’est pas
démonstratif, les larves pouvant se libérer de leur enveloppe kystique.
b) Aucune expérience de passage n’a donné à ce sujet de résultats. Mais il s’agit
d’expériences anciennes (A. Broden et I. Rodhain, 1908-1910 ; F. Noc et G. Curasson,
1920) et il ne semble pas que de telles expériences aient été reproduites récemment.
BIOLOGIE DES PENTASTOMIDES 269
(*) Armillifer armillatus a été cité à l’état adulte chez le lion par A. E. Shipley, 1898, et
R. Mouchet, 1914, mais il s’agit vraisemblablement d’un lapsus.
270 R.-M. NICOLI ET J. NICOLI
VII. Hyperparasitisme
Nous ne connaissons aucun exemple d’hyperparasitisme chez les Pentastomidés.
Elle est certainement à peu près constante mais les documents valables sont peu
nombreux :
a) chez l’hôte définitif on a pu relever une hypersécrétion muqueuse trachéale ou
nasale (Linguatula) ;
b) chez l’hôte intermédiaire les premières observations remontent à C. Wadl
(1863) et Bruckmüller 1864. Elles sont très limitées.
En 1920, F. Noc et G. Curasson infestent expérimentalement et massivement avec
Armillifer armillatus Erythrocebus patas : ces auteurs relèvent alors plus de 1.000 lar
ves dans la cavité thoraco-abdominale, l’intestin, le foie, le mésentère, le poumon, le
rein droit : les ganglions inguinaux sont tuméfiés.
En 1922, F. Noc infeste de la même manière avec le même Pentastomide mas
sivement Genetta pardina. Les parasites se localisent au péritoine. Il existe une conges
tion légère et des taches pétéchiales sur le tube digestif. L’auteur admet l’existence
d’une faible poussée leucocytaire à l’arrivée des larves. Plus tard, la larve s’enveloppe
d’une cuticule sécrétée par les glandes pariétales hypodermiques : il n’existe que rare
ment une capsule conjonctive. A la mort de la larve, il apparaît une abondante infil
tration hypodermique.
En 1925, F. Larrousse signale que Raillietiella mediterranea chez Bufo mauri
taniens entraîne l’apparition de granulations miliaires à la surface du poumon et du
péritoine.
En 1939, L. van den Berghe infeste expérimentalement à l’aide de Porocephalus
clavatus :
La souris : les nymphes se retrouvent à la surface de l’épiploon, du diaphragme,
du foie, de la rate et du poumon, entraînant souvent une exsudation hémor
ragique de la plèvre ou du péricarde.
Le rat : les nymphes s’enkystent essentiellement dans la plèvre mais parfois dans
le poumon, le diaphragme, le foie, la rate, l’épiploon, la vaginale, le testi
cule, le tube digestif.
Le chat : le porocéphale se retrouve essentiellement sous la capsule hépatique,
272 R.-M. NICOLI ET J. NICOLI
sur la plèvre viscérale, dans le parenchyme pulmonaire, et dans le mésen
tère, entraînant l’apparition d’un hémopéritoine.
Le cynocéphale qui, infesté massivement, présente une péritonite (avec de volu
mineuses tumeurs parasitaires caecales, rectales, intestinales (localisation
sous-muqueuse) et de nombreuses autres localisations (sous-durmérienne,
pleurale, etc...). Dans tous les cas, une poussée éosinophilique à 11-28%
permet le diagnostic.
Enfin, en 1962, J. H. Esslinger administre par gavage Porocephalus crotali à des
rats et des souris blanches.
Le stade larvaire migrant à travers le tube digestif laisse dans son sillage une
traînée de neutrophiles. Dans le foie, après arrêt des mouvements et commencement
du développement, à travers la série de six stades nymphaux (λ ΙΙ-λ VII), il se forme
une lésion granulomateuse. La première phase (1-3 semaines) est caractérisée par la
prolifération des macrophages, la production cellules épithéliales géantes (epithelioïd
and giant cells) et une accumulation d’éosinophiles. Durant le deuxième et le troi
sième mois, un type de lésion chronique se constitue avec proportions croissantes de
fibroblastes, plasmocytes (plasmacells) et de lymphocytes.
Au quatrième mois, l’inflammation aiguë a disparu et le dernier stade nymphal
est entouré d’une capsule fibreuse dense et hyaline. Tous ces phénomènes s’accom
pagnent d’une inflammation périportale et de zones de nécrose parenohymateuse.
En somme, les phénomènes inflammatoires observés avec les Pentastomides sont
similaires à ceux provoqués par les autres larves migrantes.
2. — Réponse cellulaire et tissulaire.
variable selon l’endroit. Toute la tumeur était envahie de travées cellulaires d’aspect
atypique et souvent nécrotique... L’épithélioma bronchique était greffé en apparence
sur un papillome très villeux de la muqueuse. Des larves de Sambonia plus ou moins
évoluées se trouvaient dans plusieurs villosités ou dans la profondeur de la muqueuse
trachéale, les formes adultes étant libres dans la lumière des bronches (**). La présence
des larves à l’intérieur même des villosités papillomateuses suggérait le rôle inducteur
de ces dernières, les larves secondaires étant peut-être les plus dangereuses.
La relation entre la dégénérescence maligne de l’épithélium bronchique de ce
Varan et le parasitisme à Sambonia est donc très vraisemblable.
De façon générale, il est permis, à la suite de A. Fain, de se demander si Armil-
lifer armillatus ne joue pas un rôle carcinogénétique essentiel chez les populations
négroïdes, ce qui, dans une certaine mesure, ramènerait le relativement fréquent can
cer primitif du foie du noir à un cancer parasitaire d’origine ethnique.
CONCLUSION.
Ainsi, les Pentastomides constituent-ils un clade hautement spécialisé, ayant
donné une réponse originale au problème des interrelations biotiques.
Il existe toutefois entre les Pentastomides et les Cestodes une homologie biolo
gique très particulière, homologie que nous avons déjà relevée (R.-M. Nicoli, 1963),
mais les Pentastomides sont à l'état adulte essentiellement des parasites de localisation
respiratoire, et ceci constitue une acquisition très particulière. Il existe d’ailleurs un
véritable balancement Cestodes-Pentastomides. En nous limitant à l’état adulte, la
généralité des Pentastomides parasitent les Reptiles, groupe dédaigné par les Cestodes,
préférant presque toujours les Poissons (des Sélaciens aux Actinoptérygiens), les Oiseaux
et les Mammifères.
Il est probable que les Pentastomides sont un groupe en voie de régression, dont
l’intérêt pour nous comme groupe relicte est alors considérable.
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BIOLOGIE DES PENTASTOMIDES 277