La vache rousse
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Un des commandements le plus étrange et mystérieux de la Torah est
celui de la vache rousse dont les cendres servaient à la purification du
contact avec les morts.
Le Midrash Rabbah affirme que le Roi Salomon avait réussi à déceler
et comprendre tous les commandements sauf celui-ci. Devant
l’impossibilité d’expliquer ce commandement il s’est exclamé :
"Je voudrais me rendre maître de la sagesse ! Mais elle s'est tenue loin
de moi." (Ecclésiastes 7:23).
Les explications de nos Sages ne nous éclairent pas outre mesure. La
plus fréquente est d’associer le rouge au péché comme le fait Rashi en
se basant sur Isaie I:18 " …vos fautes sont comme l’écarlate ". Le
Ramban (Nahmanide) contredit cette interprétation en affirmant que le
rouge symbolise l’attribut (sephira) de Justice (Hessed).
Pourtant ce commandement devient moins inexplicable si nous le
soumettons à une comparaison avec des rites semblables ou
équivalents dans d’autres religions. Il s’agit d’une démarche hétérodoxe
dont nos Sages se seraient défendus.
Je me bornerai à essayer d’expliquer le pourquoi de la couleur rouge ou
plutôt rousse.
Le sacrifice de la vache rousse existait en Egypte. Les lois égyptiennes
concernant la pureté de la vachette sont encore plus contraignantes que
celles de la Torah, un seul poil noir ou blanc aurait suffi pour rendre
impur l'animal tandis que pour la Torah il en faut deux.
Les sacrifices égyptiens de la vache rousse remplacent des sacrifices
plus anciens d'humains roux qu'ils faisaient pour le culte d'Osiris.
En Mésopotamie (Harran) il y avait un rite semblable où des hommes
roux aux joues rouges étaient offerts en sacrifice par des prêtres, aussi
habillés en rouge, à Mars, le dieu rouge.
Ailleurs dans les cultures méditerranéennes et du Proche Orient toutes
sortes d'animaux roux étaient sacrifiées. Les romains sacrifiaient même
des poupées rousses pour se neutraliser la mauvaise influence de
certaines étoiles.
La couleur rouge qui est le trait distinctif de ces sacrifices, n'est pas le
rouge des pommes ou des fleurs mais la couleur rousse du poil animal,
la couleur des terres fertiles et riches en argile d'Eretz Israel et d'Egypte
et celle du blé au moment de la récolte.
Cette couleur est associée aux plus primitives préoccupations
religieuses : La fertilité (la couleur de la terre et des champs de blé) mais
aussi la mort, la naissance et la résurrection.
La fin de la récolte était pour les anciens non seulement un motif de joie
mais aussi d'angoisse à cause de la mort des champs, la fin du cycle de
vie du blé. Pou cela ils exécutaient des rites pour assurer la résurrection
de ces plantes.
Dans l'antiquité les fêtes religieuses les plus importantes avaient lieu à
la fin de l'été qui coïncide avec la fin des récoltes. Roch Hachanah, Yom
Kippour et Succoth ont aussi lieu à cette époque de l'année.
La fin et le commencement de l'année coïncident avec la récolte et la
nouvelle semence du blé. Dans l'esprit des anciens cette époque était
ambivalente, elle pouvait à la fois signifier la vie ou la mort. Cette
ambivalence nous la retrouvons dans le rite de la vache rousse dont les
cendres purifient ceux qui ont été au contact des morts mais rendent
impurs ceux qui les ont préparées. Nous la retrouvons plus clairement
dans la fête de Kippour, qui selon la tradition est le moment où [Link]
décide qui doit vivre dans la nouvelle année et qui doit y mourir.
Le cycle de la mort et la résurrection était omniprésent dans les religions
anciennes, et bien sur nous le retrouvons dans le Christianisme avec la
mort et résurrection de Jésus. Dans les religions anthropomorphes
l'idée qu'un dieu puisse mourir était naturelle. La mort de certains dieux
était même nécessaire au fonctionnement du cycle de croissance et
maturation des plantes. Dans des sociétés agricoles anciennes on
croyait que la mort du dieu Osiris provoquait la renaissance du blé.
Comme on ne pouvait pas tuer le dieu directement, les victimes des
sacrifices étaient des humains ou des animaux considérés comme des
incarnations d'Osiris. Avec le temps les sacrifices humains sont
devenus des sacrifices d'animaux et le sacrifice d'Osiris est devenu un
sacrifice à Osiris.
Cette croyance dans le dieu du blé qui meurt et ressuscite s'étendait de
l'Egypte à l'ouest : Dyonyse en Grèce, Bacchus à Rome, et al est :
au-delà de l'Euphrate Tammuz, et Adonis (Adon, Adonai) en
Mésopotamie occidentale, Phénice et Canaan.
Dans leur ouvrage Les Secrets de l’Exode, Sabbah et Sabbah
affirment que le rite de la vache rousse existe aussi chez les Massaï. Je
n’ai pas pu confirmer ceci par d’autres sources.
Dans le Coran nous trouvons un vestige de ce commandement. Le
rouge devient safran vif et l’os de la génisse sacrifiée permet de
ressusciter la victime d’un meurtre non avoué:
Sourate II appelée "Al Baqr" -La Génisse- Traduction Chouraqui.
67. ...Mûssa dit à son peuple:
" Voici, Allah vous ordonne d’immoler une génisse ", ... " Une génisse
entre deux âges, ni vieille ni vierge, ... " Une génisse safran vif, d’une
couleur agréable à voir. "
...
une génisse non asservie, qui n’a pas soulevé la glèbe ni arrosé les
labours, parfaite, sans marque sur elle. " ... 72. Quand vous avez tué un
homme, tout en le niant, Allah a fait apparaître ce que vous cachiez. 73.
Nous avons dit: " Frappez le cadavre avec un membre de la génisse. "
Allah ressuscite ainsi les morts et vous montre ses Signes.