Revalorisation du patrimoine religieux
Revalorisation du patrimoine religieux
DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
UNIVERSITE DE CONSTANTINE 3
N° d’Ordre…………………….
Série……………………………
MEMOIRE
POUR L’OBTENTION DU DIPLOME DE MAGISTERE
THEME :
SOUTENUE LE : …/2014
DEDICACES
Auxquels je dois tout. Que Dieu ait leur âme dans son vaste paradis.
REMERCIEMENTS
Je remercie Dieu le tout puissant pour m’avoir donné toute cette force et
ce courage pour faire aboutir ce travail.
Je remercie, le Pr. DEBACHE-BENZAGOUTA Samira pour avoir
méticuleusement dirigé ce travail, pour sa confiance, sa patience et ses
encouragements de tous les instants ;
Je tiens à remercier aussi mes enseignants de graduation et de post-
graduation option "préservation du patrimoine architectural" ;
Je remercie chaleureusement les professeurs membres du jury
d’évaluation pour m’avoir fait l’honneur d’expertiser ce travail.
En fin je remercie toutes celles et tous ceux qui ont contribué de prés ou
de loin à l’élaboration de ce travail.
SOMMAIRE
Sommaire ………………………………………………………………………………………I
Introduction générale…………………………………………………………………………...1
Problématique …………………………………………………………………………............3
Hypothèses de la recherche…………………………………………………………………….4
Objectifs de la recherche ………………………………………………………………………5
Méthodologie d’approche ……………………………………………………………………..6
I
III.5. Ornementation dans l’architecture islamique…………………………………………...25
[Link]…………………………………………………………………………………27
III.6.2. Minbar………………………………………………………………………………...28
III.6.3. Minaret………………………………………………………………………………..28
[Link]………………………………………………………………………………..31
III.7.1. Mosquée……………………………………………………………………………..32
III.7.2. Medersa……………………………………………………………………………….33
III.7.3. khankah……………………………………………………………………………….33
III.7.4. Kouttab………………………………………………………………………………..33
III.7.5. Zaouïa…………………………………………………………………………………34
Conclusion……………………………………………………………………………………34
[Link]écificité de sa revalorisation…………………………………………………………...39
[Link]çu historique…………………………………………………………………….41
[Link] architecturale…………………………………………………………….41
II
[Link] préconisée pour la revalorisation de la medersa……………………………...43
[Link]çu historique………………………………………………………………….....47
[Link] architecturale…………………………………………………………….48
[Link]çu historique…………………………………………………………………….51
[Link] architecturale…………………………………………………………….52
III
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser
Introduction…………………………………………………………………………………...65
[Link] architecturaux…………………………………………………………………74
[Link] Syriennes……………………………………………………………………..75
[Link] Égyptiennes…………………………………………………………………..78
[Link] Maghrébines………………………………………………………………….81
V. Medersas d’Algérie………………………………………………………………………84
IV
V.3. Medersas en Algérie indépendante …………………………………………………….87
Conclusion……………………………………………………………………………………87
Conclusion……………………………………………………………………………………88
V
Chapitre II : Présentation de la medersa de Sidi El Kattani
Introduction………………………………………………………………………………….117
[Link]…………………………………………………………………………….145
II.3.1.2. Piliers……………………………………………………………………………….148
II.3.1.3. Murs………………………………………………………………………………...149
VI
II.3.2. Eléments Horizontaux………………………………………………………………..151
II.3.2.1. Arcs………………………………………………………………………………...151
II.3.2.2. Planchers…………………………………………………………………………...153
II.4.1. Mihrab………………………………………………………………………………..156
II.4.5. Turbans……………………………………………………………………………….163
Conclusion…………………………………………………………………………………..164
A. Carreaux de céramique…………………………………………………………………..170
VII
C. Modification de la répartition spatiale……………………………………………………173
II. Recommandations………………………………………………………………………186
Conclusion…………………………………………………………………………………..192
Conclusion générale………………………………………………………………………..193
Annexes……………………………………………………………………………………...196
Bibliographie………………………………………………………………………………...210
VIII
Liste des tableaux……………………………………………………………………………223
Résume en arabe…………………………………………………………………………….225
Résume en français………………………………………………………………………….226
IX
Introduction générale
Introduction générale
La ville de Constantine est considérée comme une des cités les plus anciennes du monde. Il ne
s’agit guère d’une réputation usurpée, mais d’un statut incontestable prouvé et confirmé par
un nombre incalculable d’études historiques et archéologiques élaborées par d’éminents
chercheurs de différentes nationalités. Elle est classée, à juste titre d’ailleurs, comme le
berceau d’une civilisation millénaire, de l’antique Cirta capitale de la Numidie à
Constantine capitale de l’est algérien.
En plus de la beauté exceptionnelle de son site naturel, immortalisée par des écrivains arabes,
britanniques et français, Constantine se distingue aussi par sa richesse culturelle qui a traversé
les siècles. Amazigh, numide, phénicien, romain, islamique, français et même juif, son statut
intellectuel et son identité culturelle ont constitué une source d’inspiration pour de nombreux
artistes de réputation internationale.
D’illustres voyageurs tels que Léon l’Africain1, revisité par l’écrivain franco-libanais Amine
malouf2, l’ont cité à travers leurs récits.
Leurs témoignages attestent de la grandeur d’une cité dans le rayonnement a dépassé les
frontières actuelles du Maghreb arabe. Elle est revendiquée et convoitée à la fois par
Benbadis, le pionnier de la renaissance, Alexandre Dumas, l’écrivain français et l’historien
Benjamin Stora qui y est né. Ce dernier lui a attribué notamment le titre de « Jérusalem du
Maghreb ».
Mais, de toutes les civilisations, c’est l’apport culturel, social et spirituel islamique qui l’a
profondément marqué, particulièrement durant la période ottomane. La période des beys a, en
effet, métamorphosé la structure urbaine et architecturale de la ville où la mosquée, en tant
qu’institution religieuse, juridique et éducative, s’est illustrée par son rôle central dans la vie
sociale et politique.
L’intérêt grandissant accordé à la mosquée et aux medersas a fini par imprégner tout un
mode de vie dominé par un Islam conquérant. Un Islam, dont l’influence a été consolidée par
la mise en place d’un vaste réseau composé de mosquées et de medersas-annexes.
1
Léon l’Africain fut le nom chrétien d’Hassan bin Muhammed al-WazzanalFasi, né à Grenade vers 1488.
Sa famille a dû se réfugier à Fès au moment de la Reconquête chrétienne. Il y a fait ses études et est rapidement
devenu diplomate, aidé par son oncle maternel. Il a aussi été négociant et grand voyageur, impressionné par la
ville de Constantine.
2
Né à Beyrouth, un écrivain franco-libanais. Auteur de plusieurs livres et romans dont le plus célèbre est celui
de l’histoire de L’éon l’Africain
1
Introduction générale
Nous allons essayer, à travers ce mémoire, d’apporter un éclairage sur ces structures
urbanistiques, en mettant l’accent sur leurs apports scientifiques et civilisationnels. Un intérêt
particulier sera notamment accordé aux medersas, ces écoles coraniques que l’association des
Ulémas musulmans, avec à sa tête un homme de pensée et d’action de la dimension du
cheikh Abdelhamid Benbadis, a mis en valeur afin de faire face à la politique colonialiste et
lutter pour la sauvegarde de l’identité algérienne. Nous allons essayer de mettre en exergue
les caractéristiques architecturales ainsi que la valeur historique de ces édifices qui font
aujourd’hui partie d’un patrimoine religieux à préserver et à sauvegarder.
Parmi les medersas qui ont marqué de leur empreinte l’histoire contemporaine de la région du
Constantinois, on cite celle de Sidi El Kattani dont le rôle majeur et éminent qu’elle avait joué
dans l’enseignement de la langue arabe et la diffusion d’un Islam débarrassé des lacunes.
Construite sur ordre de Salah Bey, cette medersa a été réalisée selon un modèle architectural
qui a fait d’elle un modèle et un joyau du genre qu’il serait fort regrettable de ne pas
récupérer, en s’employant à préserver son cachet authentique. Sur le plan architectural, la
mise en valeur d’une institution de cette dimension devrait être confiée à des spécialistes dans
la revalorisation du patrimoine religieux qui pourraient s’inspirer des schémas originaux.
En toute logique, cela ne devrait pas poser de problèmes majeurs. Mais sur le plan
fonctionnel, il serait pertinent d’engager une réflexion approfondie afin de trouver les
meilleures opportunités d’utilisation en conformité avec le statut de la medersa et le contexte
social actuel. Si on veut absolument redonner une seconde vie à cet établissement ; il faut
impérativement effectuer cette opération dans un esprit de renouveau en ce qui concerne
l’emploi de cet édifice qui devrait être adapté à la physionomie de la structure et au statut
d’une véritable école à la dimension symbolique bien ancrée dans l’histoire de Constantine.
La revalorisation de la medersa de Sidi El Kattani ne doit pas constituer un simple alibi
aux yeux de ses concepteurs, mais une véritable initiative visant à la doter d’une
fonctionnalité appropriée.
2
Problématique
Problématique
Les medersas ont vu le jour dès le 10ème siècle. Depuis, elles n’ont cessé de prendre de
l’ampleur tant sur le plan architectural que sur le plan fonctionnel qui a été élargi au fil des
ans pour englober l’enseignement du coran, la charia, le fiqh, la langue arabe et même les
sciences. Certaines de ces écoles, à l’instar de la medersa de Sidi El Kattani, ont réussi à offrir
à Constantine des arguments supplémentaires pour consolider sa notoriété et sa célébrité en
tant que cité du savoir et des savants. Réalisée selon une conception architecturale qui épouse
parfaitement son statut fonctionnel, elle constitue un modèle exemplaire de ce type d’édifices.
Plus qu’un symbole religieux et culturel, la medersa ainsi que la mosquée-annexe
constituèrent la clé de voute de la restructuration urbaine de la ville de Constantine.
Construite dans un style ottoman pur et sans fioritures, la bâtisse présente un air sobre et
assez austère, conçu subtilement afin de préserver une beauté intérieure sublime et sereine
d’un site de grande valeur urbaine et historique. Son nom demeure lié à l’histoire
contemporaine de Constantine et à celle des hommes qui ont marqué de leur empreinte
l’époque coloniale et la période post- indépendance. Malgré cette dimension, cette institution,
au sens propre du terme, n’a pas hélas été épargné par le mauvais sort. Elle fut fermée pendant
de longues années pour qu’ensuite les responsables concernés l’utilisent comme une solution
d’urgence dans l’hébergement des élèves- stagiaires de « l’institut national de formation
spécialisée des corps chargés de l’administration des affaires religieuses».
Afin de répondre à toutes ces questions, nous avons procédé à l’élaboration d’une thématique
englobant tous les éléments susceptibles de nous orienter objectivement vers les réponses
adéquates : contexte historique dans lequel a été réalisée la medersa, les différentes situations
qu’elle a vécues, son rôle culturel, scolaire et cultuel, sa marginalisation par l’administration
coloniale et sa dégradation structurelle.
3
Problématique
Hypothèses :
Après plusieurs visites sur le lieu d’étude, et suite à des recherches approfondies sur la
medersa, nous avons relevé certains indices et aspects aggravant l’état de banalisation de cette
institution et sa rétrogradation au rang de dortoir :
Echelle urbaine
- La medersa est entourée par un ensemble de vieux bâti en état de délabrement avancé.
Ce cadre a fortement accentué la dégradation de l’image spirituelle de l’école.
- La proximité d’un marché populaire et la propagation d’un milieu insalubre autour de
la medersa, en plus des nuisances sonores, constitue un élément de « profanation »
d’un lieu qui a perdu sa sacralité.
- La construction d’une école coloniale au niveau du même endroit a-t-elle contribué à
la marginalisation de la medersa de Sidi El Kattani ?
Echelle architecturale :
- La medersa de Sidi El Kattani représente à juste titre un espace urbain d’une immense valeur
architecturale qui continue de défier les années et les siècles, mais que l’on tarde
malheureusement à mettre à niveau.
- L’édifice en question avait fait l’objet d’une opération de restauration en 2001, mais les
résultats n’ont pas été à la hauteur des espoirs soulevés. Dans quelles conditions a-t-on entamé
les travaux ? A-t-on respecté les normes exigées pour ce genre d’intervention?
Echelle fonctionnelle :
- Le déploiement de cet héritage datant de l’époque ottomane comme une structure
d’hébergement destinée à accueillir les élèves-stagiaires de « l’institut national de formation
spécialisée des corps chargés de l’administration des affaires religieuses» lui a enlevé son
cachet spirituel, pour ne pas dire sacré.
- Sa transformation en internat a contribué à la banalisation de l’édifice.
Echelle socioculturelle :
Abandonnée à son sort dans l’anonymat le plus total, la medersa de Sidi El Kattani ne
mobilise presque plus l’élite intellectuelle constantinoise. Mis à part quelques articles de
4
Problématique
presse sans écho, rien n’est fait sur le plan médiatique afin d’alerter l’opinion publique sur la
situation d’un des repères historiques et culturels de Constantine. Le constat est plutôt amer :
- Le sujet de la medersa est englouti par une actualité factuelle qui n’offre aucun répit à un
citoyen pris dans la tourmente des préoccupations existentielles : le logement, l’emploi, la
santé et les services publics, etc.
- Le déclassement de l’intérêt patrimonial par rapport aux autres priorités induites par des
situations politiques et économiques instables et parfois troubles a influé négativement sur la
prise en charge de cette medersa au même titre que d’autres lieux historiques éparpillés dans
le pays.
- L’absence d’une culture patrimoniale partagée par l’ensemble des couches sociales a
nettement retardé toute prise de conscience en faveur de la préservation des sites historiques.
Objectifs :
Le but assigné à ce mémoire est d’identifier les causes et les raisons fondamentales qui ont
contribué dans la décadence matérielle et spirituelle de ce monument historique qu’est la
medersa.
Sidi El Kattani n’est pas une simple structure architecturale, mais un espace culturel par
excellence qui renferme en son sein une partie de la mémoire constantinoise. Notre espoir est
que cette institution retrouve son rayonnement à travers une restructuration fonctionnelle et
cultuelle qui prendra en compte la fragilité de l’édifice et la nécessité de sa remise en valeur
de façon méthodique et professionnelle. Dans ce contexte, l’avènement de « Constantine,
capitale de la culture arabe 2015 ne pourrait être qu’une grande opportunité pour que la
medersa Sidi El Kattani retrouve sa place en tant qu’élément révélateur de la richesse du
patrimoine constantinois.
5
Méthodologie d’Approche
Méthodologie d’Approche
Simultanément, plusieurs visites ont été effectuées dans des établissements et directions
spécialisés, qui nous ont permis d’accéder aux divers documents et informations sur la
thématique de la medersa. Une étude détaillée des données s’en est suivie avec une analyse
méthodique et objective, pour les présenter sous la forme actuelle.
1. Une première partie consistant en une étude globale du thème dans le but d’une
compréhension aisée des éléments de base relatifs au patrimoine architectural islamique.
2. Une seconde partie analytique axée sur le cas de la medersa de Sidi El Kattani.
6
Méthodologie d’Approche
comme leitmotiv, d’en déduire les principales méthodes et approches existantes et les
solutions proposées aux nombreux problèmes liés à de telles entreprises, dans le but de s’en
inspirer pour la remise en valeur de notre cas d’étude, la medersa de Sidi El Kattani.
Le troisième chapitre de la première partie sera intégralement dédié à un type particulier du
patrimoine religieux islamique, en l’occurrence les medersas. Nous explorerons leur
historique détaillé et ce, depuis l’apparition des premières medersas au dixième siècle
grégorien jusqu’à nos jours, en mettant en exergue les caractéristiques de ces éléments
architecturaux à travers les temps, les espaces et les civilisations.
7
Vers une revalorisation du patrimoine religieux précolonial
Introduction
La revalorisation du patrimoine architectural religieux est un sujet qui a toujours suscité
l’intérêt des chercheurs et des universitaires. Restaurer les anciens monuments et
particulièrement ceux qui portent un caractère religieux est certes un acte matériel qui exige
beaucoup de savoir-faire, mais c’est surtout sa dimension spirituelle qui requiert des
connaissances multidisciplinaires.
Il s’agit en quelque sorte d’une tentative de « résurrection » qui doit être conçue et menée par
des spécialistes maitrisant à la fois les techniques modernes et les anciens mécanismes de
construction sur la base desquels ont été bâtis les édifices à revaloriser. Pour insuffler une
seconde vie à une construction qui date de plusieurs siècles, il est impératif de commencer
d’abord par réunir toutes les informations concernant l’époque concernée sur les différents
plans, historique, social, politique, économique et religieux. Car il ne suffit pas de procéder à
une « réincarnation » monumentale au sens architectural du terme, mais de l’adapter à un
environnement qui n’est plus le sien. Et c’est cet aspect qui fausse parfois la donne et
transforme aujourd’hui un ambitieux projet de restauration en une vulgaire opération de
rafistolage. En optant pour ce sujet et prenant comme exemple le cas de la medersa Sidi El
Kettani, en tant qu’échantillon représentatif du patrimoine architectural constantinois, nous
mesurons déjà toute la difficulté à laquelle nous nous exposons.
Certes, il s’agit d’un thème qui suscite beaucoup plus que de la curiosité ; de la passion même.
Seulement, il ne faut pas que l’enthousiasme nous fasse perdre de vue la nécessité absolue de
jalonner notre travail. En conséquence, et afin de proposer un travail utile historiquement et
scientifiquement, nous sommes tenus à respecter quelques règles d’ordre méthodologique.
Nous sommes donc dans l’obligation, pour ainsi dire, de mettre à jour la question de la
terminologie et des concepts spécifiques à ce thème. Pour mieux saisir la portée scientifique et
culturelle de l’acte de « réhabilitation » ou de « restauration » d’un monument portant la griffe
authentique de l’histoire, nous estimons qu’il est indispensable de consacrer la première partie
de ce mémoire aux fondements théoriques, non en tant qu’introduction classique faisant office
de présentation générale, mais en tant que soubassement dans le but d’assurer à ce travail une
assise structurelle solide. La revalorisation d’un monument historique comme la medersa Sidi
El Kettani nous impose donc de chercher à définir d’abord ce genre de patrimoine à travers
deux niveaux : la sphère religieuse et la sphère universelle. Et ensuite détailler les méthodes et
les mécanismes utilisés dans la revalorisation du patrimoine architectural d’une manière
9
Introduction Première partie
10
Vers une revalorisation du patrimoine religieux précolonial
CHAPITRE I : LE PATRIMOINE
RELIGIEUX ISLAMIQUE
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
Introduction
Le patrimoine culturel et civilisationnel islamique constitue un fragment essentiel de la
mémoire vivante incarnant le génie créateur d’une nation, et un répertoire véhiculant ses
valeurs pérennes ainsi que les fondements de son identité. La tradition architecturale
représente un des aspects les plus lumineux de la contribution apportée par la civilisation
islamique au patrimoine universel.
Avec ce qu’elle recèle comme valeurs esthétiques et artistiques, l’architecture islamique
témoigne de façon éclatante de la splendeur d’une civilisation qui a su s’inspirer
intelligemment des autres civilisations qui l’ont précédée et dont l’influence a marqué des
générations d’architectes, non musulmans y compris, grâce au talent et à l’esprit inventif mis
en valeur par des dizaines de constructeurs agissant beaucoup plus par conviction que par
ambition personnelle à démontrer la grandeur de la religion islamique. Ce génie créateur hors
du commun hérité d’une foi inébranlable a donné naissance au fil des siècles à des
monuments et autres merveilles architecturales défiant souverainement le temps que l’on peut
admirer un peu partout dans le monde. Qu’il s’agisse de sites religieux, culturels, scientifiques
ou éducatifs, cet ensemble de constructions, mosquées et medersas à titre d’exemple,
constitue un apport à la richesse inestimable1.
L’importance du patrimoine islamique réside dans le fait que cette richesse historique exprime
en plus de l’apport matériel, une vision et une philosophie spirituelle profondément liée à la
foi islamique. En effet, mosquées et medersas représentent certes une réalité traduisant un
savoir-faire impressionnant. Mais ce n’est pas tout dans la mesure où ces réalisations
matérielles expriment aussi une autre dimension liée à la croyance et à l’univers du sacré.
C’est à travers ce lien fondamental existant entre la réalité concrète et le sacré que nous avons
cherché à saisir l’importance de la préservation de ce patrimoine architectural religieux, selon
des règles et des méthodes scientifiques, tout en prenant en compte les aspects culturels et
identitaires d’une telle entreprise. Notre souci de revaloriser ce patrimoine ne doit pas
s’arrêter au seuil de l’esthétique, mais le dépasser afin de réunir tous les ingrédients d’une
remise en l’état alliant les préoccupations contemporaines au devoir de mémoire.
1
BAHNASSI Afif, L’Architecture islamique et ses spécificités dans les programmes d’enseignement,
Publications de l'Organisation Islamique pour l'Éducation, les Sciences et la Culture -ISESCO- 1424H/2003, p01
12
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
Le site du centre national des ressources textuelles et lexicales,2 définit le terme patrimoine
comme étant un « ensemble des biens des ascendants ou réunis et conservés pour être
transmis aux descendants ». A travers cette définition, on remarque que le rapport entre
ascendants et descendants est subordonné à la continuité. Les termes « hérité », « conservé »
et « transmis » traduisent un souci de continuité qui dépasse l’individu ou les groupes
d’individus pour traverser des générations entières par un processus de transmission qui
répond à des préoccupations multiples : historiques, politiques, culturelles et
civilisationnelles.
La notion de patrimoine telle qu’on la conçoit aujourd’hui a connu une grande évolution à
travers les siècles. Au moyen-âge par exemple, le cadre bâti avait sa propre gestion et le droit
urbain était un droit coutumier. Chaque entité spatiale avait une législation qui lui était propre.
La codification de l’ensemble des constructions ou des ornementations n’est apparue qu’au
XVI ème siècle. Elle a été mise en œuvre au XVII ème et au XVIII ème siècle lorsque
l’Europe entama une véritable transformation urbaine, notamment par le développement de la
réglementation des différents éléments se rapportant à la ville : hygiène, sécurité, extensions
et emploi de matériaux. Au XVIII ème siècle, l’Europe connut de nombreuses transformations
des centres-villes traditionnels à travers des plans d’embellissement. C’est dans ce cadre que
l’appréciation du patrimoine et des édifices a connu un saut qualitatif, en raison notamment de
la renaissance, et surtout du développement des recherches archéologiques à la lumière d’une
nouvelle vision historico- philosophique du passé. A travers cette optique, le monument prend
davantage de valeur et devient le témoignage vivant d’une époque.3
2
[Link]
3
CHOAY, Françoise. « L’ALLEGORIE DU PATRIMOINE », Edition du seuil 27, rue Jacob, Paris VIe, P09-10
13
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
4
Cette tendance est confirmée plus tard par la Charte d’Athènes qui accorde une grande
importance à l’idée de la protection du monument historique, avant d’être revue et
approfondie lors du deuxième congrès international des architectes et des techniciens des
monuments historiques organisé du 25 au 31 mai 1964 dans la ville italienne de Venise. Ainsi,
le monument est désormais non seulement vu sous l’angle purement matériel, mais prend
toute sa valeur de ce qu’il représente sur les plans culturel, historique et spirituel.
Il englobe donc les traditions et expressions orales, les langues comme vecteur, les arts du
spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances pratiques
concernant la nature et l’univers, et les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
4
La charte d’Athènes pour la restauration des monuments historiques fut adoptée lors du premier congrès
international des architectes et techniciens des monuments historiques, à Athènes 1931.
5
Anthropologue, Post doctorante dans l’École des hautes études en sciences sociales(EHESS)
6
Bortolotto Chiara, « La patrimonialisation de l'immatériel selon l’UNESCO » Résumé de la communication, à
la réunion des conseillers à l’ethnologie et des ethnologues régionaux, juin 2006.
7
UNESCO, convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, 32éme session, Paris, oct. 2003.
14
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
Les sites : Œuvres de l’homme ou œuvres conjuguées de l’homme et de la nature ainsi que les
zones y compris les sites archéologiques qui ont une valeur universelle exceptionnelle du
point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique
15
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
Dans les langues où le terme est issu du latin, la religion est souvent envisagée comme une
relation entre l’humanité et Dieu.
Dans le Coran, le terme « dîn » qui peut être considéré comme équivalent de celui de religion
désigne avant tout les prescriptions et les ordres de Dieu destinés à l’humanité.
Selon Pierre Gisel, « la question de savoir ce qu’est une religion est une question ouverte :
faut-il se contenter de penser que les religions ont toujours une forme institutionnelle avec un
clergé, des pasteurs, des imams, des moines ou des gourous, ou considérer aussi comme de la
religion les pratiques de développement personnel touchant des domaines allant du sport à la
philosophie, ainsi que ce que les libraires regroupent sous le terme générique
d’ésotérisme10 »
A partir de ces définitions, il apparaît que la religion est un système de croyances partagées
par une communauté de fidèles en des forces supérieures à l’homme. Cette croyance est
intime, personnelle : c’est un sentiment intérieur que l’on appelle la foi. Pour certains
penseurs, elle est synonyme d’interdits alors que pour d’autres elle est assimilée à la
superstition. Une religion est une croyance pratiquée. Lorsqu’elle est oubliée et n’est plus
pratiquée, on parle plutôt de mythologie. C’est le cas par exemple des religions anciennes des
Celtes, des Egyptiens, des Grecs et des Romains de l’antiquité. Mais lorsque les croyants sont
« embrigadés » dans une croyance jusqu’à perdre tout ou une partie de leur liberté, on parle de
secte. A travers les siècles, on a remarqué que les religions ont marqué profondément les
sociétés dans lesquelles elles sont et se sont développées. Ainsi, des musiciens, les peintres,
les sculpteurs, les architectes et les écrivains n’ont pu échapper à l’influence religieuse ou ont
carrément mis leur don et leur savoir au service de celle-ci. Les icônes réalisées par les
moines orthodoxes depuis le moyen-âge illustrent parfaitement cette idée. On parle alors d’art
religieux juif, chrétien, musulman, bouddhique, etc.
9
GRONDIN Jean. La Philosophie de la religion, Paris, 2009, p. 66-73.
10
GISEL Pierre, Qu’est-ce qu’une religion ?, Paris, 2007, pp. 7-9.
16
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
qu’il y’a une présence, un mémorial sans cesse renouvelé et pourtant identique »,11 dans les
reliques, celles-ci sont considérées comme étant la propriété de l’ensemble des croyants et
sont donc transmis d’une génération à une autre. La croyance en une religion exige
l’observance (le respect) de pratiques codifiées qui peuvent être individuelles ou collectives.
A titre d’exemple, le culte ou l’hommage rendu à un dieu peut être observé par la prière ou le
pèlerinage.
Les lieux de culte sont soit privatifs (prier chez soi) ou collectifs : les fidèles se rassemblent
dans une synagogue (pour les juifs), une mosquée (pour les musulmans), une église (pour les
chrétiens catholiques et orthodoxes), dans un temple (pour les protestants et autres), dans un
sanctuaire, etc. Pour la majorité des religions, ces lieux sont sacrés autant par l’aspect
cérémonial qui s’y déroule que par l’aspect architectural. Ce dernier est considéré comme un
élément fondamental indissociable de la pratique religieuse ; et de ce fait, il acquiert une
importance esthétique et symbolique qui lui offre un statut particulier. Ainsi, une mosquée
pourra avoir une valeur spirituelle en tant que lieu d’expression d’un culte, une valeur d’usage
en tant que lieu de rassemblement ou d’utilité publique, une valeur historique liée aux
événements qui y ont eu lieu et une valeur esthétique en raison de la qualité de sa
construction.
Les lieux de culte, en plus de leur caractère sacré aux yeux des croyants, possèdent une
architecture particulière propre à chaque religion. Il y’a lieu d’ajouter ici que même les lieux
destinés à recevoir les morts ont été entourés d’une certaine vision mystique et mystérieuse, et
cela depuis l’antiquité. Aussi, des sépulcres, des sépultures et des caveaux ont fait l’objet de
soins similaires à ceux accordés aux lieux de culte. Comme il est utile de rappeler que des
lieux de culte destinés à pratiquer des religions d’origine philosophique et non monothéiste
ont eux aussi bénéficié d’une aura identique à celle des églises, des synagogues et des
mosquées. Ces deniers sont sacralisés par l’Islam, dernière religion monothéiste
révélée.(fig.01).
11
BABELON Jean-Pierre, CHASTEL André, la notion de patrimoine. Paris, Ed Liana Levi, 1994.
17
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
18
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
Selon Solange Lefebvre 13, « le patrimoine religieux doit être abordé en tant que mémoire,
support et médiation de l’expérience et de la foi religieuses. Les lieux et les objets du
patrimoine, même quand ils deviennent commémoratifs ou historiques, conservent des
significations profondes et sont des canaux de transmission religieuse, culturelle et éthique. »
La vision du monde chez les musulmans a été marquée au début par deux courants
philosophiques majeurs. Il y’avait d’un côté, les philosophies hellénistiques, et de l’autre, la
conception purement théologique de Dieu ; une conception d’inspiration coranique. Ces deux
tendances étaient opposées. La conception hellénistique considère que « ce qui compte par-
dessus tout dans la nature et chez l’homme, c’est la Vérité, la Beauté et le Bien qui ne forment
12
MAYASSIS, S. Architecture, religion, symbolisme: origines, formation et évolution de l'architecture, Volume
4, B.A.O.A., 1964, p IX
13
Est une théologienne, une anthropologue et une professeure québécoise. Elle enseigne à la Faculté de théologie
et de sciences des religions de l'Université de Montréal. Elle est souvent consultée dans les médias pour éclairer
sur les questions religieuses.
14
BOUSSORA-CHIKH, Kanza. Histoire de l’architecture en pays islamiques cas de Maghreb, CASBAH
Edition, Alger, 2004, p : 06
19
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
qu’une seule essence. Dieu et l’intelligence ». Cette vision est dominée par la primauté du
« nous ». A l’opposé, la conception islamique interprète la réalité divine par la « Volonté, la
Puissance et la liberté absolue de sorte que la Vérité, le Bien et la Beauté sont une création
de Dieu » 15. Cette dualité conceptuelle de la réalité matérielle laisse apparaître en filigrane
une complexité des idées philosophiques que les musulmans ont réussi à fusionner dans le
cadre d’une pensée fortement influencée par l’univers coranique.
C’est cette capacité de synthèse qui a donné un poids et une valeur à la philosophie islamique
dans sa vision du monde, des lieux et de la manière de leur utilisation. L’influence de
certaines idées philosophiques grecques sur la vision islamique du monde est apparue sous
plusieurs formes. Afin de mieux illustrer cette influence, nous prenons l’exemple de la théorie
d’Aristote selon laquelle, il n’existe pas de vide et que la « nature a horreur du vide » et de sa
matérialisation à travers l’art architectural islamique où on trouve beaucoup de surfaces
décorées et entièrement remplies d’éléments. Cette fusion a créé à son tour une nouvelle
approche du monde et de l’espace chez les musulmans.
15
CHERIF, Taoufik. Elément d’esthétique Arabo islamique, L’harmattan, 2005, p : 31
20
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
21
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
L’art islamique englobe tous les types d’expression et pas seulement celles à caractère
religieux
D’essence symbolique, libérée de toute contrainte physique, l’art islamique se distingue par sa
capacité phénoménale à réunir et à synthétiser un nombre illimité d’expressions artistiques de
diverses origines culturelles. Il détermine, par l’usage de symboles, une manière particulière
de considérer les rapports entre contenu et forme.21
Une grande partie de cet art, que ce soit dans l'architecture, la céramique, les textiles ou les
livres, est liée à la décoration, à la transformation, à la transfiguration. Il s'agit essentiellement
d'un reflet de la préoccupation islamique basée sur la nature transitoire de l'être. Les vastes
édifices de mosquées sont transformés inconsidérément, les pages décorées du Coran peuvent
devenir des fenêtres sur l'infini, et, la parole exprimée dans d'interminables variations
calligraphiques, transmet toujours l'impression qu'elle est plus durable que les objets sur
lesquels elle est inscrite.
21
AYADA. Souad, op-ct. p : 120.125
22
L'iwan est un élément architectural qui consiste en un vaste porche voûté ouvert de face par un grand arc.
Ses origines seraient à chercher dans l'architecture des maisons et palais du Proche-Orient. Quoi qu'il en soit, il
semble avoir été mis réellement au point à la période sassanide, et est demeuré un élément essentiel de
l'architecture perse depuis cette époque sassanide. Un des premiers exemples est celui du palais d'Ardéchir Ier.
L'iwan combiné avec le plan carré des palais achéménides a donné le modèle du plan de mosquée dit iranien
(quatre iwans s'ouvrant sur une cour), que l'on retrouve dans tout l'Iran et au-delà (Ouzbékistan, Pakistan, etc.).
Les madrasas, dont le type est né en Iran, utilisent aussi cet élément, et ont permis sa diffusion en Syrie, en
Égypte et au Maghreb. De nombreux autres bâtiments utilisent l'iwan : (hôpitaux), palais, comme celui du
khirbat al-Mafjar, où l'iwan marque une forte influence iranienne.
23
Les muqarnas (en castillan) sont des éléments de l'architecture islamique médiévale. Il s'agit d'éléments
décoratifs en forme de nids d'abeilles et réalisés en stuc peint, en bois, en pierre ou en brique. Ces éléments
dégringolent en stalactites ou garnissent les voûtes ou l'intérieur des coupoles de nombreux bâtiments
musulmans
22
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
calligraphie arabe et de l’arabesque, tantôt géométrique et florale24, tantôt gravée sur le bois,
la pierre et le métal. Ce développement prit d’autres formes comme le changement de la
forme du minaret, pièce maîtresse de l’architecture islamique.
Plus tard, le minaret cylindrique fit son apparition, surplombant sur les deux côtés la façade
des mosquées d’Ispahan et de Boukhara. Sous les Mamelouks, le Caire et Damas virent naître
un nouveau type de minaret à la forme effilée et à créneaux. Ce fut le cas des minarets turcs
d’Istanbul, d’Aderna, de Konia et de Bursa, qui se pointent vers le ciel comme de véritables
fers de lance.
L’architecture moghole a été marquée par l’édification d’imposants mausolées comme le Taj
Mahal à Agra et le mausolée Akbar. Sous les Séfévides, l’architecture se distingua par
l’élévation de grands blocs de bâtiments comme ceux de Maydan Shah à Ispahan. En Turquie,
s’érigèrent les facultés qui comprennent une grande mosquée, une école, une bibliothèque et
un mausolée. Quand à l’architecture Seldjoukide, elle se caractérisa par la construction de
grandes medersas dont la plus célèbre était la Nizamiya.
En résumé, on peut dire que l’architecture islamique a réussi à préserver une certaine
homogénéité dans les formes en dépit des changements et des multiples influences qu’elle
avait connus à travers les diverses époques qu’elle a traversées, des Abbassides jusqu’à
aujourd’hui en passant par les Omeyades et les Ottomans. Ceci est dû en grande partie à la
profondeur spirituelle d’une religion qui prônait l’unicité et la cohérence.
24
TABBAA Yasser, the Muqarnas Dome: Its Origin and Meaning, Muqarnas: An Annual on Islamic Art and
Architecture, Leyde, E.J. Brill, vol. III, 1985. P:21
25
BAHNASSI Afif ; op-cit. P : 23
23
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
Figure.02
Figure.03 Figure.04
24
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
L’ornementation est l’une des caractéristiques les plus marquantes de l’art architectural
islamique. Il est vrai que la mosquée du prophète, premier édifice dans l’histoire de l’islam,
avait été édifiée dans un style dépouillé et sobre, composée simplement d’un toit aménagé
avec des feuilles de palmier et monté sur des troncs de palmier. Dépourvue à l’origine de tout
motif de décoration, l’architecture islamique a largement tiré profit de l’expansion de l’Islam
durant les grandes conquêtes, et s’est grandement inspirée des diverses cultures que les
musulmans ont côtoyées avant de faire de l’art du décor un de ses aspects les plus marquants.
«Dieu est beau et aime la Beauté.» A dit le prophète Mohammed il y a quelque 1400 ans. Il a
également dit: «Dieu aime que lorsque vous faites quelque chose, vous le fassiez bien.»26 Ces
paroles prophétiques ont fourni aux musulmans l’impulsion qui les mena à embellir leurs
lieux de culte, leurs maisons et les outils de la vie quotidienne.
L’architecture islamique et les arts décoratifs sont encore très vivants et appréciés dans de
nombreuses parties du monde musulman. Depuis son début l’art musulman a rendu compte de
manière équilibrée et harmonieuse de sa vision du monde. L’art islamique de construction
s’inspire des plans conçus dans la pure tradition de l’architecture islamique et conformément
aux impératifs de fonctionnalité. Il repose aussi sur la création de motifs ornementaux qui sont
à la fois d’inspiration florale (fig.05), géométrique27 (fig.06) ou calligraphique28 (fig.07). Les
techniques d’ornementation se sont développées à tel point qu’elles ont fini par occulter le
plan lui-même29
26
Hadit nabawi (Rapporté par Mouslim)
27
Les Ont toujours eu un attrait particulier pour les concepteurs et les artisans musulmans. Ils véhiculent une
certaine aura de spiritualité, ou du moins d'angélisme, sans relation avec une doctrine spécifique.
Dans un contexte Islamique, ils sont également tout à fait libres de toute signification symbolique. Le décor Les
droites rectilignes créent des encadrements rectangulaires et carrés, qui circonscrivent les portes et les fenêtres, et
divisent les espaces à décorer en panneaux, registres, frises et bandeaux décoratifs. Les combinaisons
géométriques sont obtenues par le chevauchement de plusieurs motifs de base, tels que le carré, le rectangle, le
cercle, le triangle, le losange et le polygone
28
Parce que les musulmans ont un profond respect et amour pour le Coran, l’art de la calligraphie a été élaboré
dès le début de l’ère islamique et a atteint un très haut niveau. Dans le monde musulman, les versets coraniques
embellissent les mosquées, les palais, les maisons, les entreprises et certains endroits publics. Le plus souvent la
calligraphie fait corps avec les motifs décoratifs, venant embellir ce qui est le plus sacré et précieux.
Au cours des siècles, de nombreux type de calligraphie ont évolué dans les différentes régions du monde
musulman.
29
Dr BAHNASSI Afif. Op-cit. P : 05
25
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
Figure.05 Figure.06
Figure.07
26
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
[Link]
Le mihrab est une niche qui indique la qibla, des mosquées arabes de proche orient, c’est-a-
dire de toute la région allant de l’Irak à la Tunisie en passant par l’Arabie, la Syrie, le Liban,
la Palestine ; l’Egypte. Il répond à l’archétype inventé pour la mosquée du prophète à Médine
lors de sa reconstruction en 707-70930 par le calife Omar Ibn Abd El Aziz, où il avait
rassemblé les érudits de Médine, et les hommes de religion pour désigner la qibla, pour la
nouvelle construction, ainsi il innova le creux du mihrab dans le mur de la qibla.
On doit cependant souligner que cette forme de niche n’a jamais été modifiée dans ces pays et
que jusqu’à présent les mihrabs sont toujours conçus de la même manière
En outre dans tous les pays conquis par les Arabes et où ils ont construit des mosquées, les
mihrabs ont toujours été conformes au modèle original de la niche, ce dont témoignent les
plus anciennes mosquées dans tous les pays Musulmans.
Cette conformité au modèle d’origine n’a cependant pas empêché les architectes musulmans à
y apporter quelques distinctions dans la forme et à travers l’utilisation de différents matériaux,
dans la mesure où cette niche peut prendre la forme curviligne (circulaire, ovale, etc.) ou
rectiligne (carrée, polygonale, etc.) ;
Le mihrab est mis en valeur par une nef centrale perpendiculaire au mur de la qibla. Il peut
être réalisé en pierre (marbre, tuf, …), en stuc ou en bois, sculpté ou dénué de décoration. Il a
aussi une fonction acoustique (rediffusion du son de l’imam).
30
PAPADOPOULO, Alexandre. LE MIHRAB dans l’architecture et la religion, actes du colloque international
tenu à Paris en mai 1980, BRILL, 1988. P : 25
27
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
III.6.2. Minbar
Une des principales cérémonies qui se déroulent à la mosquée est la Prière du Vendredi où est
prononcé le prêche, auquel tout musulman adulte doit assister31. Il est obligatoire selon le
texte coranique et la sunna.
Aux premiers temps de l'Islam, la Prière du Vendredi et donc le minbar étaient l'apanage de
quelques villes ou localités ; par la suite ce privilège a été accordé à un grand nombre de
mosquées. Le minbar se présente comme un escalier très raide, avec une entrée décorée, posé
sur une base triangulaire. Il est souvent surmonté d'un dais ornementé et, pendant la Prière du
Vendredi, au cours des premiers siècles de l'Islam, le guide, l'imam, était entouré par les
bannières du califat. Depuis très longtemps, les minbars sont richement décorés de panneaux
de bois sculpté, de marbre ou de travertin sculpté ou, plus récemment, de revêtements de
céramique. Cependant, la hauteur de la chaire, le nombre de marches, l'inclinaison de
l'escalier et même la présence ou l'absence de dais semblent déterminés uniquement par des
questions de goût.
III.6.3. Minaret
Le minaret (fig.08), mot dérivé de l'arabe ﻣﻨﺎرة, généralement ﻣﺌﺬﻧﺔmanara32 (phare) est un
élément architectural des mosquées. Le terme s'appliqua d'abord aux tours à feu avant de
désigner les tours près des mosquées. Il s'agit généralement d'une tour élevée dépassant tous
les autres bâtiments. Son but est de fournir un point élevé au muezzin pour les 5 appels à la
prière. Son but est aussi politique : il a pour vocation, par sa visibilité dans la cité et au-delà
de la cité, de proclamer l'appel à la prière et l'humilité de l'être humain devant Dieu.
Au début, les premières Mosquées dont celle de Médine, étaient bâties d’une façon très
simple et ne comportaient pas de minarets. Ce n’est qu’ultérieurement – quand l’Islam s’est
31
ATASOY Nurhan, BAHNASSI Afif, ROGER Michaes. XIVe Exposition itinérante de reproductions
D'œuvres d'art de l'Unesco, Unesco, France 1984, p31.32
32
Le mot arabe "manara" qui veut dire en arabe l'emplacement d'où provient la lumière, définit le phare, le
cierge, comme elle indique aussi les ermitages. Pour les musulmans, le mot "manara" est utilisé pour indiquer les
tours construites dans toutes Mosquées qui servaient auparavant au "Muezzin", qui montait à l'aide d'une échelle
en haut du minaret et faisait appel à la prière ; c'est par là qu'est venue l'appellation de "mi'dhana".
28
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
répandu sur une grande partie du monde, et en particulier pendant l’empire Omeyyade - que
les musulmans -, s’inspirant des tours construites sur les églises, ont commencé à construire
les premiers minarets.
Plusieurs dates sont avancées par les historiens pour indiquer l'évènement de l'apparition des
premiers minarets. Biladhri indique que le premier minaret fut construit en pierre durant
l'année 54 AH, pendant l'époque du Wali Omeyyade de Bassora Zyad Ibn Oubayah qui était
chargé par l'Emir [Link] minaret, - par son élancement et sa beauté -, est considéré
comme un symbole de l’Islam et ses victoires, et une expression pratique des sens de l’unicité
« El tawhid ».34
33
ABI EL HASSEN El Biladhri, " Les conquêtes des nations" (Maison des Livres Scientifiques, Beyrouth-
Liban 1398H/1978EC)
34
MERZOUG, Noureddine Abdellatif, MINARETS DES MOSQUEES DE TLEMCEN. Étude architecturale et
artistique, thèse de magister Universités de Tlemcen 2012, p : 83-84
29
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
L'arc en ogive à deux ou plusieurs centres, apparu dans l'Islam dès le VIIIe siècle, fut adopté
partout comme un moyen efficace d'augmenter la hauteur des arcades. Dans l'Islam occidental
les arcs en fer à cheval, cintrés ou lancéolés, continuèrent à être largement employés. Dans de
nombreuses aires islamiques, les arcs sont lobés, avec des intrados ou des bordures finement
décorées pour donner de l'intérêt à la surface et au profil35.
Les arcades, qui peuvent être étendues indéfiniment, devinrent une caractéristique des
mosquées à plan basilical, bien qu'elles exigent souvent des renforts artificiels tels que des
tirants de bois qui peuvent eux aussi être abondamment décorés. Les arcades et les coupoles
de l'architecture massive ont besoin de piliers de brique et de pierre. Toutefois, dans de
nombreux édifices islamiques, les arcades sont des murs ajourés légers. Ceci, à quoi s'ajoute
le goût de la décoration luxueuse, explique l'importance des colonnes (souvent faites de
marbres romains ou byzantins réutilisés) ayant des socles et des chapiteaux décorés, Un grand
nombre de ces derniers sont aussi réutilisés, ou sont des adaptations des chapiteaux
corinthiens romains ; mais le revêtement de stalactites, en bois ou en pierre, est un thème
décoratif original de l'art islamique. L'architecture musulmane chinoise adopte généralement
des formes architecturales traditionnelles. Enfin, dans la grandiose architecture en brique crue
de nombreuses aires islamiques, les arcs jaillissent non pas des colonnes mais du sol, en une
courbe majestueuse.
Ces arcs se distinguant par leurs courbes superbes ainsi que par leurs formes sublimes ont fait
l’objet d’innovation. Les architectes musulmans ont du faire preuve de génie pour arriver à
inscrire ce style dans une dynamique spatiale qui dégage une impression d’aération et offre à
la mosquée toute sa grandeur.
35
ATASOY Nurhan, BAHNASSI Afif, ROGER Michaes, Op-cit. p:16.17
30
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
[Link]
L'Islam, comme les autres grandes civilisations, a été conscient de l'effet majestueux des
espaces surmontés de coupoles, tant de l'extérieur, pour que le bâtiment soit visible de loin,
que de l'intérieur, pour impressionner le visiteur. Les premières coupoles étaient construites
avec précaution, au-dessus de travées à section carrée36. Cependant, il s'est révélé plus simple
de rehausser la base rectangulaire de la coupole que d'accroître sa portée37.
Les premières grandes coupoles étaient en bois. Ensuite, la technique de brique cuite de la
Mésopotamie abbaside se répandit à travers l’ensemble du territoire musulman. Dès le XVe
siècle, les coupoles en pierre étaient courantes, de Syrie et d'Egypte jusqu'au sous-continent
36
[Link]
37
ATASOY Nurhan, BAHNASSI Afif, ROGER Michaes, op-cit. p:12
31
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
indien. Cependant, même les grands architectes ottomans du XVI' siècle ne réussirent pas à
égaler la portée de l'église de Justinien (aujourd'hui mosquée), l'Haghia Sophia à Istanbul.
Plus récemment, l'architecture islamique d'Afrique centrale a utilisé ingénieusement la brique
en terre séchée en se servant d'échafaudages complexes en bois.
III.7.1. Mosquée
Étymologiquement, la mosquée désigne le lieu où se prosternent les fidèles musulmans
(masjid) ou celui où ils se rassemblent (jami’) pour célébrer l’office religieux. Outre les
fonctions religieuses qui lui sont inhérentes, il arrive également que la mosquée accueille des
manifestations profanes.
Avec sa typologie multiple et son architecture originale, la mosquée est, de par sa centralité
dans la vie du musulman, devenue par ailleurs un espace de confrontation et un enjeu de
convoitise que se disputent acteurs religieux et pouvoirs publics38
La première construite pendant le règne de l’islam serait la mosquée de Quba à Médine. Elle
aurait été édifiée lors de l’hégire, migration de Mahomet ()ص39, et ses compagnons de la
Mecque à Médine. Quelques jours après avoir commencé sa construction, Mahomed ()ص
38
ADAMA. Hamadou. La mosquée au Cameroun : espace public ou espace privé ?, L’anthropologue africain,
Vol. 17, Nos. 1&2, 2010, pp. 41
39
(( )صQue le salut d'Allah soit sur lui)
32
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
aurait entamé la construction d’une deuxième mosquée à Médine, connue aujourd’hui sous le
nom de masjid al-Nabawi40, depuis cette date, le nombre des mosquées n’a cessé d’augmenter
au point où aujourd’hui, et grâce à l’expansion de la religion islamique, il n’y a pas un lieu où
n’existe pas une mosquée.
III.7.2. Medersa
C'était un établissement d'enseignement (proche des facultés et universités actuelles) créé
pour la première fois aux alentours du Ve siècle de l'Hégire pour assurer l'enseignement
supérieur religieux en général et diffuser les doctrines sunnites en particulier. Habituellement,
les élèves étaient logés dans l'établissement, et les services du waqf les prenaient en charge
pour leur permettre de se consacrer à leurs études41.
Une medersa est généralement considérée comme une école coranique, cependant, c'est
principalement un lieu où l'on étudie le droit. Certes, celui-ci est basé sur la Charia, la loi
islamique telle qu'expliquée dans le Coran, mais dans le monde islamique, il faut se rendre
compte que le Coran régit la plupart des aspects de la vie quotidienne. Les madrasas
enseignent un ou plusieurs des quatre rites orthodoxes islamiques (hanafite, chaféite, malékite
et hanbalite), qui correspondent à quatre écoles de droit différentes. De plus, on enseigne
également dans les madrasas la philologie, la linguistique arabe, la science (sauf la médecine,
qui est enseignée dans des écoles spécialisées). Souvent, la madrasa sert de mosquée de
quartier, et vice versa. Elles sont toujours administrées en waqf (fondation pieuse).
III.7.3. khankah
Une khankhas est le lieu de vie de mystiques musulmans, mais aussi un lieu de retraite
temporaire pour des personnages « civils ». Elle peut se trouver en ville ou en rase campagne,
selon l'ordre qui y vit, et comporte généralement une ou plusieurs mosquées et des cellules.
Elle peut également abriter une école et sert souvent de lieu funéraire pour son fondateur.
III.7.4. Kouttab
C’est une sorte d’école primaire, où les enfants apprennent l’écriture et la lecture, en plus du
Coran. Elle est souvent annexée à une mosquée ou une médersa.
40
JANINE Sourdel Thomine. Op-cit, pp. 97
41
Ibid. p : 114
33
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
III.7.5. Zaouïa
Un édifice qui abrite principalement les pratiques religieuses des confréries musulmanes. Il
comporte nécessairement dans son enceinte, le mausolée qui en constituera l’élément central
et invariable et qui abrite la sépulture (Darih) du fondateur, ou l’un de ses disciples dans une
continuité lignagère. Il existe aussi des mausolées, édifices principalement funéraires dédiés à
des personnages vénérés, des saints, sans affiliation à une quelconque confrérie religieuse,
édifiés en tant que construction isolée42.
On peut dénommer aussi le contenant par le contenu, Sidi est souvent usité pour designer un
sanctuaire .L’édifice dans un sens général, portera le plus souvent des noms en rapport avec sa
nature et diverses appellations existent au Maghreb43 : « Haouch » ou « Beit », maison,
« Houita » enclos, mais le terme le plus courant et la construction la plus répandue est
certainement la « Qoubaa », coupole qui désignera pour le commun, le mausolée du saint.
Conclusion
Le patrimoine religieux occupe une place prépondérante dans toutes les civilisations. Cette
réalité est visible chez les chrétiens, les juifs, les bouddhistes, les incas, les aztèques et les
musulmans. L’importance de ce patrimoine est due essentiellement à la valeur spirituelle qu’il
véhicule au-delà de sa physionomie et le style architectural qui le distingue. Et c’est à travers
cet aspect liant l’individu à la divinité que sa considération prend toute son ampleur. Lorsque
le prophète Mohamed que le salut de Dieu soit sur lui est arrivé à Médine, fuyant les
exactions et les abus de sa propre tribu, il avait ordonné la construction de la première
mosquée dans l’histoire de l’Islam. Elevée avec des moyens rudimentaires ; tronc de palmier
et argile séchée, cette mosquée devint le centre de rayonnement religieux et culturel à partir
de laquelle le prophète entama l’éducation de toute une génération de musulmans. Durant
treize ans, la mosquée joua un rôle cardinal dans la vie de cette communauté en formation.
Elle fut tour à tour, un lieu de prière, une école et un centre du pouvoir représenté par le
prophète et ses compagnons. Au contact des autres civilisations, la société islamique a
entrepris un long cycle d’évolution dont l’impact s’est répercuté sur la vie économique et
social des musulmans. La construction des mosquées a connu dans ce contexte un certain
42
[Link]/revue/globe/2008/v11/n1/[Link]
43
MAYEUR-JAOUEN Catherine .Tombeau, mosquée et zâwiya : La polarité des lieux saints musulmans. P :
03
34
Chapitre I : Le patrimoine religieux islamique Première partie
35
Vers une revalorisation du patrimoine religieux précolonial
CHAPITRE II : REVALORISATION
DU PATRIMOINE RELIGIEUX
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
Introduction
La question du patrimoine se trouve depuis les années soixante au centre des préoccupations
des Etats et des organisations internationales et suscite un intérêt grandissant des spécialistes.
Dans ce contexte, il est nécessaire de rappeler que c’est grâce à l’engagement des
universitaires et des intellectuels sans distinction d’obédience religieuse ou idéologique que
des sites millénaires menacés par la disparition pure et simple ont non seulement été sauvés
d’un anéantissement irréversible mais ont été inscrit sur la liste du patrimoine de l’humanité.
La question de la revalorisation du patrimoine est donc motivée par des considérations
multiples dépassant le simple cadre de l’attachement identitaire à un héritage séculaire. Les
spécialistes de différentes nationalités qui ont consacré leurs efforts à la restauration du
patrimoine matériel et qui continuent leur travail dans le but de réunir les meilleures
conditions pour une réhabilitation adaptée au contexte actuel ont donné suffisamment de
preuves pour démontrer toute l’utilité d’une telle opération dont les dimensions sont
multiples. Des dimensions culturelles, identitaires et pragmatiques liées à des besoins
actualisés qui confèrent à la réhabilitation un statut économique, social et scientifique.
La revalorisation du patrimoine architectural religieux islamique constitue en ce sens une
entreprise fonctionnelle visant à redonner vie et activité à des sites distingués qui ont marqué
l’histoire et non à des lieux communs dont la prise en charge répond à des intentions
passéistes. Vue sous cet angle, elle doit tirer ses attributs d’une réflexion approfondie basée
sur une approche théorique idoine. La redynamisation de tels lieux sacrés par la religion
représente un sérieux défi que les musulmans ont intérêt à aborder en s’armant d’arguments
scientifiques. Pour réussir cette tâche, ils sont dans l’obligation de s’inspirer des différentes
expériences de revalorisation menées un peu partout dans le monde afin d’en tirer le
maximum de profit. Nous allons exposer quelques expériences réussies dans le domaine de la
revalorisation du patrimoine religieux et leur impact positif à des niveaux divers. Dans ce
contexte, nous allons aborder ces expériences réussies à travers la revalorisation de la medersa
Ben Salah de Marrakech, la mosquée Ibn Toulon et la medersa Al Amiriya au Yémen, sans
omettre d’évoquer au passage, et avec suffisamment de détails, la démarche de mise en valeur
patrimoniale initiée par le Québec qui est considéré à juste titre comme un pays en avance
dans ce domaine.
Les nombreux travaux théoriques et pratiques engageant historiens, architectes, sociologues,
anthropologues et spécialistes dans les différents domaines de l’art qui ont été réalisés dans
cette partie du monde ont fait de ce pays, un exemple et une référence observés avec un grand
37
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
intérêt par des pays développés notamment en Europe occidentale. Considérés comme de
véritables pionniers dans le domaine de la sauvegarde du patrimoine architectural religieux,
les spécialistes du Québec ont atteint ce statut grâce à leur apport original en matière de
restauration et de protection des hauts lieux religieux existant dans ce pays. Leur démarche
basée sur une approche globale tenant compte simultanément des paramètres macro et micro
ainsi que la nécessité de prise de conscience chez le simple citoyen est devenue un cas d’école
à étudier dans les universités et les grandes écoles. Leur conception de la revalorisation du
patrimoine architectural religieux constitue l’aboutissement d’un long processus auquel ont
contribué des spécialistes en urbanisme, des universitaires, des intellectuels et des faiseurs
d’opinion.
La revalorisation du patrimoine architectural religieux représente en ce sens un ensemble de
tâches et de mesures dépassant le cadre d’une simple opération de rénovation. En effet,
redonner vie à un vestige religieux datant de plusieurs siècles est un travail que l’on ne
pourrait accommoder à des intentions de rafistolage ou de lifting répondant à des soucis
conjoncturels. Elle ne doit en aucun cas être assimilée à une simple opération de
renouvellement structurelle dont l’objectif se réduit à une remise à niveau de la valeur d’usage
de la construction. La réhabilitation, la restauration et la rénovation de l’ancien bâti sont trois
concepts qui renvoient certes à la même thématique. Cela est valable pour le large public,
mais pour les spécialistes, chacun de ces trois termes est porteur d’une spécificité technique
qui le distingue des autres termes. Réhabiliter, restaurer et rénover sont en apparence trois
verbes qui possèdent les mêmes caractéristiques. Cela est vrai lorsqu’ils sont manipulés dans
une optique de vulgarisation, mais quand il s’agit d’identifier le processus de remise en valeur
d’un patrimoine architectural ancien en adaptant cette opération à une réalité urbanistique
contemporaine, la précision conceptuelle devrait être de rigueur.
38
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
1
Dictionnaire Larousse
39
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
40
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
[Link]çu historique
La Medersa Ben Saleh est située au cœur de la Médina, derrière la Mosquée du même nom
(fig.01). Elle est l’une des plus anciennes medersas de Marrakech. La mosquée et la zaouïa
qui la jouxtent furent édifiées par les Mérinides, ce qui laisse présumer que la Medersa elle-
même ou du moins son noyau, serait l’œuvre de cette dynastie. Néanmoins, c’est au sultan
alaouite, Moulay Rachid, réputé pour son engouement pour les savants et les étudiants, qualité
souvent soulignée par les chroniqueurs, notamment par Ifrani2, qu’est attribuée la fondation
en 1669 de la Medersa Ben Saleh par de nombreuses sources historiques. Elle a subi de
nombreuses rénovations au fil du temps, et sans doute récemment au début du 20ème siècle3.
Depuis sa construction vers 1671, la Medersa Ben Saleh a donc occupé une place significative
dans la vie culturelle, intellectuelle, sociale, religieuse et idéologique de la Médina de
Marrakech. Les étudiants vivaient parmi les habitants du quartier et étaient en contact avec le
milieu laborieux, bouillonnant et créatif des artisans et des commerçants, attestant ainsi de son
ouverture vers le monde extérieur. Subissant les affres du temps et de l’abandon, son état
connut une grave détérioration au point où elle dût être fermée pendant plus de deux
décennies. Tombée en désuétude, les seuls qui pouvaient encore se rappeler de sa grandeur
étaient les anciens habitants du quartier où elle est située, et qui étaient en mesure de restituer
de mémoire les éléments de son histoire.
2
Mohammed al-Ifrani (1670-1747) était un historien marocain.
3
LABYED Rémi. VON SCHRAMM Cécile. La medersa Ben Salah « espace de cultures et de savoirs ouvert
vers le monde ». P: 05. Web : medersa-bensaleh@[Link]
41
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
42
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
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Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
L’objectif annoncé est de faire de cette medersa une vitrine des arts et traditions marocaines et
un lieu de rencontres et d’activités pour l’ensemble des artistes qui en sont démunis.
La première étape de restauration étant finie (fig.04), les animateurs du projet comptent aussi
sur le soutien des habitants du quartier Ben Salah qui, selon eux, enregistrent un taux élevé de
chômage. Tout en sauvegardant le cachet original de la medersa, les membres de
l’association prévoient d’y installer des salles de spectacle, des galeries d’exposition, des
espaces de détente et des chambres équipées de toutes les commodités. Le projet est
conçu dans l’esprit d’une ville qui accueille plus d’un million de touristes par an, c'est-à-
dire en joignant la culture à la rentabilité financière.
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Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
Cette manière de concevoir la revalorisation de la medersa, défendue par l’association qui met
en avant l’impact positif de cette opération sur l’emploi des jeunes chômeurs et l’activité
générale d’un quartier délaissé, rencontre néanmoins quelques résistances de la part de ceux
qui la considèrent comme un bradage pur et simple d’un haut lieu historique. Jusqu’à
aujourd’hui, la question n’a pas encore été tranchée définitivement, et quoi qu’il en soit, le cas
de la réhabilitation de la medersa Ben Salah et les différentes étapes traversées par les
promoteurs de ce projet montrent suffisamment à quel point la mobilisation citoyenne est
primordiale pour la concrétisation d’une telle entreprise. Conçue comme un projet de
sauvegarde dont la commercialité est mise en exergue, la réhabilitation de cette medersa a été
au centre d’une vaste campagne de sensibilisation qui a fini par inciter les pouvoirs publics
marocains à répondre favorablement aux doléances des membres des associations engagées
pour la mise en valeur d’un édifice rongé par le laisser-aller et le temps. Elle fut entamée par
une étude des lieux et clôturée par l’élargissement des fonctions de cette medersa qui aspire à
devenir une destination touristique de premier plan. Il est nécessaire de souligner à ce propos,
l’émergence du mouvement associatif et le rôle extrêmement important joué par des
associations qui se sont mobilisées et ont réussi grâce à cette mobilisation à faire impliquer
directement les pouvoirs publics dans le processus de revalorisation. Les animateurs du
45
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
mouvement ont eu recours aux réseaux sociaux et à l’apport des médias pour mener une
véritable campagne de sensibilisation dont l’impact a été productif (fig.05). La dynamique
créée par les associations a porté ses fruits, et l’exemple de la revalorisation de la medersa
Ben Salah est édifiant. Des associations comme ASM5 de Tunis ou encore les Amis de Fès6
ont démontré que la société civile est en mesure de prendre en charge de grandes questions
d’ordre culturel et civilisationnel et de se mettre à la pointe du « combat » pour la préservation
de la mémoire collective représentée entre autres par le patrimoine architectural religieux.
Figure .05 : Exemples de revues et journaux qui ont traité le sujet de la medersa
Source : [Link]
5
L’Association de Sauvegarde de la Médina de Tunis (A.S.M) a vu le jour au mois de juin 1967 avec pour objet
«d’œuvrer pour la protection des ensembles urbanistiques traditionnels, des monuments historiques et de tous les
objets à caractère de patrimoine culturel et de mener toute action susceptible d’assurer la préservation et la mise
en valeur de la Médina ».
6
Cette association créée à l'initiative de Marcel Vicaire en 1932 fut une des premières (sinon la première)
associations culturelles et artistiques du Maroc regroupant personnalités européennes et marocaines, d'où l'intérêt
des témoignages écrits que l'on peut retrouver.
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Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
[Link]çu historique
Cette mosquée, qui est une des plus anciennes du Caire, fut construite de 876 à 879 par
Ahmed ibn Toulon, fondateur de la dynastie égyptienne des Tulunides (868-905). Ce dernier,
joua un rôle important dans le développement artistique et politique du Caire. C'est au cœur
de sa nouvelle ville (fig.06), el-Qata'i, sur la colline de Yeshkur, qu'il construisit sa mosquée.
Avec une superficie totale d'environ 26 000 m2, elle est la 3ème plus grande mosquée du
monde. La plus ancienne mosquée du Caire est celle d'Amr ibn el-'Âs, à Fustat, mais celle-ci
ayant été considérablement remaniée, la mosquée d'Ibn Toulon peut être considérée comme la
plus ancienne qui nous soit parvenue pratiquement dans son état d'origine.
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Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
La mosquée d'ibn Toulon est un bon exemple de l'architecture de l'époque abbasside. Par un
certain nombre d'éléments, elle rappelle la mosquée de Samarra, en Iraq, où ibn Toulon
séjourna dans sa jeunesse : minaret à rampe hélicoïdale, arcs brisés reposant sur des piliers à
colonnes d'angle engagées, motifs décoratifs de stuc7.
L'édifice est compris dans une enceinte de 118 m par 138m ; il est flanqué sur trois côtés par
des ailes étroites d'environ 19 m de large, ou Ziyada, le quatrième côté étant occupé par la
qibla. Le minaret, avec sa rampe hélicoïdale extérieure, prend place dans la Ziyada nord. Le
rôle des Ziyada était entre autres d'assurer une transition entre l'extérieur et l'espace sacré. Le
mur d'enceinte et ceux des Ziyada sont surmontés d'un crénelage décoratif continu, ce qui
traduit sans doute une fois encore l'influence mésopotamienne de Samarra. Dans la partie
supérieure des murs s'ouvrent des fenêtres rondes (fig.07).
7
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Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
La valeur historique prouvée de la mosquée Ibn Touloun a été déterminante dans le choix de
sa revalorisation après une dernière opération de restauration ayant abouti à la préservation du
caractère architectural de cet édifice. Sensibles à tout ce qui touche au passé ancestral de leur
pays, les Egyptiens se sont appuyés sur une main d’œuvre qualifiée dirigée par des
spécialistes de talent pour reproduire dans le détail les moindres caractéristiques de cette
mosquée en utilisant minutieusement les mêmes matériaux d’origine. La revalorisation de
cette mosquée fut étudiée et mise en œuvre en respectant scrupuleusement l’authenticité de ce
monument historique. Le résultat des travaux a été fabuleux dans la mesure où les concepteurs
de la revalorisation de cette mosquée ont poussé le sens du détail jusqu’à la reproduction de
l’esprit qui a régné dans le passé (fig.08).
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Chapitre II : Revalorisation
evalorisation du patrimoine religieux première partie
Sa mise en lumière artificielle contribue davantage à sa symbolisation. Elle inclue cet édi
édifice
dans une stratégie globale de mise en scène urbanistique et architecturale des monuments
historiques du Caire. Elle a été décidée dans le but de soigner l’ambiance nocturne d’une ville
cosmopolite riche et variée. L’éclairage de l’une des plus anciennes
anciennes mosquées du monde
traduit le souci des institutions chargées de la protection de cet héritage, d’introduire des
techniques visuelles dans la mise en valeur des espaces publics (fig.09).
Figure.09 : Mise
ise en lumière artificielle de la mosquée Ibn Touloun. Source :
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8
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9
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Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
[Link]çu historique
Cette medersa a été fondée en 910 de l’hégire par le sultan Amer Ibn Mansour Ibn
Abdelouahab considéré comme l’un des plus prestigieux monarques de la dynastie Attahiria
qui a dirigé le Yémen pendant 90 ans. La gouvernance du sultan Amer Ibn Mansour Ibn
Abdelouahab a duré de 894 à 923 selon le calendrier de l’hégire. Sur cette période, il ne
subsiste que cette medersa dont l’architecture reflète le niveau avancé de la civilisation de la
dynastie Attahiria, particulièrement sous le règne du sultan Amer. Composée d’une aire
construite destinée à la prière, de salles de cours, d’une aile consacrée à l’hébergement des
étudiants, de hammams et de cours spacieuses, elle fut jusqu’à la décadence de la dynastie
Attahiria, un centre de rayonnement culturel et scientifique assurant l’enseignement de
l’exégèse du Coran, la langue arabe, la jurisprudence islamique et l’histoire à de nombreux
étudiants venus des quatre coins de l’empire musulman (fig.10).
51
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
[Link] architecturale
Dotée de coupoles, de moucharabieh en bois et décorée avec soin par des motifs sculptés, la
medersa traduit le haut degré de distinction architectural atteint à l’époque. Tous ces
paramètres font d’elle, comme le fait remarquer M. Yahia An Naciri, directeur d’un
organisme chargé du patrimoine dans la ville yéménite de Rida, un livre ouvert sur l’art
architectural yéménite et les différentes influences qui ont contribué à son développement.
L’architecture de cette medersa est, en effet, une mosaïque de style d’inspiration ottomane,
maghrébine, chinoise et nippone (fig.11). Pour sa construction, le sultan Amer avait sollicité
le service des meilleurs artisans de l’époque et avait investi d’énormes sommes d’argent à son
approvisionnement en matériaux nobles et chers. Et c’est ce qui explique pourquoi cet édifice
a résisté plus de 500 ans malgré l’état d’abandon dans lequel il végétait.
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Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
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Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
Malgré le fait qu’elle répond à des considérations plus ou moins éloignées des nôtres,
l’expérience québécoise en matière de revalorisation du patrimoine architectural religieux
pourrait constituer une référence académique et une source d’inspiration. En tant que
musulmans, nous sommes beaucoup plus tenus à prendre en compte les expériences réussies
émanant des autres communautés, au lieu de les rejeter au motif qu’elles sont le produit de
non musulmans. L’essentiel est qu’elles ne soient pas incompatibles avec nos convictions
spirituelles. Sur ce plan, la méthode de revalorisation mis en œuvre par les Québécois mérite
d’être étudiée de près en raison de son originalité d’abord, et en raison de son succès par la
suite. Comprendre l’expérience québécoise en lui accordant une attention particulière, c’est
contribuer même modestement à élever les différentes opérations de revalorisation qui ont
lieu un peu partout dans le monde à un niveau d’universalité pouvant servir de modèle.
54
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
10
Turgeon, Laurier et Saint-Pierre, Louise : Le patrimoine immatériel religieux au Québec : sauvegarder
l’immatériel par le virtuel, Ethnologies, vol. 31, n° 1, 2009, p. 228. Web : [Link]
11
Ibid. p. 228.233
12
Héritage Montréal : Le patrimoine religieux au Québec Enjeux montréalais dans un cadre d’action nationale –
Mémoire à la Commission de la Culture de l’Assemblée nationale sur le patrimoine religieux au Québec,
Septembre 2005. P : 10
55
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
Mais où mettre les priorités ? On ne dénombre pas moins de 4000 bâtiments cultuels et
ensembles institutionnels à vocation religieuse au Québec. Il faut donc faire des choix. Les
inventaires demandent à être révisés et complétés si l'on veut avoir une vision claire de ce
patrimoine à protéger et à mettre en valeur. Il en est de même pour l'inventaire,
l'informatisation et la numérisation des objets religieux. Ce travail est déjà entamé auprès de
plusieurs communautés religieuses et il est diffusé sur Internet.
La responsabilité de la sauvegarde du patrimoine religieux doit aussi être partagée.
Depuis 1999, deux ententes ont été signées sur les moyens à prendre pour assurer la
conservation des lieux de culte d'intérêt patrimonial et pour définir les modalités de
désaffectation des édifices excédentaires de Québec et de Montréal.
Malgré les efforts considérables consentis au cours des dernières années, la sauvegarde du
patrimoine religieux demeure préoccupante. Pour relever ce défi, les milieux doivent se
mobiliser, explorer de nouvelles pistes de solution et établir des partenariats. 13
Des religions ancrées depuis longtemps, comme le catholicisme et le protestantisme,
disposent d’un patrimoine bâti, mobilier et immobilier, important, surtout pour la religion
catholique.
13
Groulx, Jocelyn : Des fois, un patrimoine. Continuité, n° 94, 2002, p. 54, Web :
[Link]
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Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
Dans ce cas se pose la question de savoir comment gérer le passage entre la baisse de la
pratique, et l’utilisation nouvelle à donner au patrimoine matériel. Pour la religion catholique
en particulier, la baisse du nombre des pratiquants et des membres du clergé s’accompagne
d’une baisse de la fréquentation des églises, qui entraîne leur fermeture, leur transformation,
ou leur destruction. Luc Noppen et Lucie K. Morisset estiment que durant cette période, 135
paroisses ont été supprimées, et que 25 % (soit 453) du total des églises et chapelles
catholiques ont été désaffectées14.
Face à cette situation récente, se pose le problème de l’utilisation et/ou du devenir des
bâtiments. Le cas-repoussoir est, au Québec même, l’église Saint-Vincent-de-Paul, sur la côte
d’Abraham, à l’entrée du centre-ville historique : il n’en reste plus aujourd’hui que la façade,
le reste ayant été détruit par un promoteur, sans autorisation préalable, dans l’espoir de
construire un hypothétique hôtel de tourisme. 15
Ce cas est extrême, et traduit, semble-t-il, des difficultés de coordination entre les différentes
parties responsables de la valorisation du bâtiment.
En effet, des mesures ont été prises ces vingt dernières années pour sauvegarder ce
patrimoine. Par exemple, en 1999, une déclaration conjointe a été signée entre l’Archevêché
du Québec, la Ville de Québec et le ministère de la Culture et des Communications
« concernant la sauvegarde et la mise en valeur des églises situées sur le territoire de
l’ancienne Ville de Québec ».
C’est dans ce cadre que s’est opérée la rénovation de l’église Saint-Esprit, dans le quartier de
Limoilou au Québec, construite en 1941, désaffectée, et qui abrite depuis 2002 l’École de
cirque du Québec. L’intérieur de l’église a été réaménagé pour permettre aux élèves de
pratiquer leur art, tout en respectant l’esprit du lieu. Cette réalisation, due au cabinet ABCP
architecture et urbanisme, a été saluée de manière unanime. (fig.13)
14
Noppen, Luc et Morisset, Lucie K. Les églises du Québec : un patrimoine à réinventer. Sainte-Foy : Presses
de l’Université du Québec, 2005, p 1.
15
Sylvie Grenet, « Histoire, patrimoine immatériel et identité : la question religieuse au Québec », In Situ [En
ligne], 11 | 2009, mis en ligne le 18 avril 2012, consulté le 16 avril 2013. URL : [Link] ;
DOI : 10.4000/insitu.4548
57
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
Créée en 2005, la Chaire de recherche du Canada en patrimoine religieux bâti s’est donnée
comme mandat d’améliorer la compréhension de la création et de l’évolution de
l’environnement bâti et des paysages culturels du Québec et du Canada. Privilégiant la
recherche-action, la Chaire travaille de concert avec les citoyens, les autorités publiques, les
architectes et les divers intervenants en patrimoine, dont les activités dépendent
58
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
16
Martin, Tania et Audy, Diane : Chaire de recherche du Canada en patrimoine religieux bâti. Rabaska : revue
d'ethnologie de l'Amérique française, vol. 6, 2008, p. 242-246. URL : [Link]
17
Charte de Burra sur le Site Internet : [Link]/australia/[Link]
59
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
cultuels, conventuels ou institutionnels. Leur position dans le tissu urbain justifie, pour nous,
une telle attitude.
Si le patrimoine religieux est devenu une préoccupation sociale et, donc, que sa prise en
charge revient en partie à la société civile, il serait urgent que les églises et les communautés
religieuses montrent plus de collaboration avec les laïques afin que l’héritage culturel
religieux soit reconnu à sa juste valeur et, non, dans une compétition de l’instance municipale
avec de futurs acheteurs ou promoteurs immobiliers.
Le ministère de la Culture et des Communications du Québec, par la création d’un programme
de subvention administré par la Fondation du patrimoine religieux du Québec, a permis que
les autorités religieuses puissent répondre aux besoins urgents d’entretien et de restauration
des lieux de culte.
À un autre niveau, la Politique du patrimoine de la Ville de Montréal, contient une suite de
recommandations qui visent un meilleur encadrement des projets de recyclage des lieux de
culte.
Ces efforts devraient être soutenus dans le cadre d’une révision de la LBC. Même si les
communautés religieuses relèvent du droit canonique et, souvent, les décisions ultimes sont
prises hors Québec, il n’en demeure pas moins que ces dossiers d’importance stratégique sont
traités au niveau de l’arrondissement.
Or, plusieurs spécialistes insistent sur un important chantier qui reste à mener, celui de faire
connaître. Bien entendu, les projets de mise en valeur ont comme objectif de faire connaître le
patrimoine religieux. Dès lors qu’on a affaire à des générations fortement pénétrées par le
progrès technologique, tout effort de réflexion pour amener les publics ciblés à s’intéresser et
à mieux apprécier la valeur ancienne d’un objet ou d’un lieu doit obligatoirement exploiter
cette tendance, en initiant une éducation muséale dynamique et attrayante.
60
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
Plusieurs chercheurs ont dit avec raison qu’on ne peut pas protéger et promouvoir ce qu’on ne
connait pas.
La question qui se pose serait donc : comment rendre lisible le patrimoine religieux aux
générations montantes ? Comment leur faire connaître ce patrimoine qui a marqué l’histoire et
qui définit en partie la société?
18
Ibid. p : 02
19
Forest, Michel : Éducation et action culturelle, politique et activités (guide pratique), SSIM. MCCCF, 2008, p. 11
61
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
20
DUFOUR, Mario « Le patrimoine religieux au Québec : difficultés et défis de transmission », dans Sous la
direction de Solange Lefebvre, Le patrimoine religieux du Québec. Éducation et transmission du sens, Québec :
Presses de l'Université Laval, 2009, p.43.44, selon les précisions de la Commission des biens culturels du
Québec
21
LAMPRON, Nathalie : La transmission du sens par l’éducation. Colloque de Mission patrimoine religieux –
10 juin 2011, Nicolet. p : 04
62
Chapitre II : Revalorisation du patrimoine religieux première partie
Conclusion
Dans ce chapitre, nous avons voulu mettre en valeur des exemples réussis de traitement du
problème de la revalorisation du patrimoine architectural religieux, au niveau de plusieurs
régions du monde islamique et au Québec.
Plusieurs leçons peuvent être tirées de ses exemples réussis à plusieurs égards, sur la manière
de « penser » et mettre en œuvre une politique de réhabilitation du patrimoine religieux en
général, et pour notre cas d’étude en particulier.
La « remise » en valeur du patrimoine architectural religieux apparaît à la lumière de cette
étude comme l’aboutissement d’une multitude d’actions et ce à plusieurs niveaux :
- L’édifice lui-même, avec une batterie d’action à même de lui donner la santé et le
rayonnement qui doit être le sien,
- Les citoyens du voisinage et de la ville, ainsi que les touristes étrangers, avec des
actions à même de les attirer vers le site et d’éveiller leur attachement à ce patrimoine,
- Les autorités à tous les niveaux de responsabilités, et les différents secteurs
ministériels (Affaires religieuses, Culture, Tourisme,…) en relation avec une batterie
de lois, décisions et autres actions pour la sauvegarde et la mise en valeur de cette
richesse de la société.
- Le recyclage fonctionnel adapté aux besoins actuels comme c’est le cas de la medersa
Al Amiriya.
- L’apport précieux du mouvement associatif et le rôle des associations dans la prise de
conscience vis-à-vis de l’importance du patrimoine.
- Le rôle joué par les médias et leur influence.
63
Vers une revalorisation du patrimoine religieux précolonial
« UN PATRIMOINE RELIGIEUX
ISLAMIQUE A REVALORISER »
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
Introduction
La Medersa a joué un rôle incontournable dans le développement et l’essor de la
civilisation musulmane. Apparue dès le IVème siècle de l’hégire, pour l’enseignement des
préceptes de la religion islamique, elle était souvent construite en annexe de la mosquée. Au
début, on y dispensait un enseignement strictement religieux basé sur les doctrines sunnites en
particulier, avant de connaître une grande évolution imposée par le développement de la
société islamique dont les besoins ont été multipliés. La medersa devint alors une véritable
école du savoir universel avec l’extension de ses programmes d’enseignement vers d’autres
domaines tels que la littérature arabe, la philosophie, les sciences naturelles, la médecine et
l’astronomie.
La multiplication des medersas et leur extension sur toutes les contrées musulmanes,
avec ce qu’elles portent de différences sociales, rituelles et architecturales a fortement
influencé et varié les styles architecturaux et les plans de conception de ces édifices religieux.
Bénéficiant d’une véritable vénération et d’un respect profond, dans le peuple avoisinant,
avec souvent aussi la présence de tombes de quelque saint homme ou uléma, le rôle de cette
institution était très important dans sa région, dépassant le domaine religieux à celui social et
politique.
Dans ce chapitre nous allons aborder une étude historique de la medersa avec la présentation
de différents types de medersas du monde islamique selon la région et les différents rites.
Cette étude permettra de faire le lien avec les développements qu’ont connu les medersas
Algérienne en générale et celle de Sidi El Kattani à Constantine, en particulier.
65
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
ﻋﻠﻢ اﻹﻧﺴﺎن ﻣﺎ، اﻟﺬي ﻋﻠﻢ ﺑﺎﻟﻘﻠﻢ، اﻗﺮأ ورﺑﻚ اﻷﻛﺮم، ﺧﻠﻖ اﻹﻧﺴﺎن ﻣﻦ ﻋﻠﻖ، "اﻗﺮأ ﺑﺴﻢ رﺑﻚ اﻟﺬي ﺧﻠﻖ
"1ﻟﻢ ﯾﻌﻠﻢ
De nombreux versets consacrent de façon claire la priorité du savoir et de « ceux qui savent »
par rapport à « ceux qui ne savent pas ».
2
""وھﻞ ﯾﺴﺘﻮي اﻟﺬﯾﻦ ﯾﻌﻠﻤﻮن واﻟﺬﯾﻦ ﻻ ﯾﻌﻠﻤﻮن
Dans ce contexte, tous les musulmans reconnaissent unanimement, le rôle accompli par le
prophète en sa qualité de premier enseignant dans l’histoire de l’Islam.
Dès l’apparition de la religion musulmane, c’est dans la célèbre demeure « Al Arqam », à la
Mecque, que le prophète entama son travail d’enseignement au profit du premier groupe de
croyants. Ensuite, lorsque les pionniers de l’Islam quittèrent la Mecque pour fuir la répression
qui s’était abattue sur eux durant 13 ans, en allant s’installer à Médine, c’est dans la mosquée
que le prophète disait la prière et s’asseyait pour enseigner les fondements de l’Islam.
Plusieurs hadiths expriment le grand intérêt accordé par le prophète au savoir. « L’instruction
est une obligation religieuse pour chaque musulman et chaque musulmane », a-t-il assuré
avant de motiver les musulmans et les inciter à chercher le savoir « même en Chine ». « Celui
qui emprunte une voie en quête du savoir, Dieu lui facilite le chemin du paradis », avait-il
promis à l’ensemble des fidèles.
66
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
religion à nos jours. Jusque là, nous estimons avoir développé assez d’arguments pour
montrer le statut privilégié que l’Islam a réservé au savoir et aux savants.
"و ﻣﺎ ﻛﺎن ﻟﺒﺸﺮ أن ﯾﺆﺗﯿﮫ ﷲ اﻟﻜﺘﺎب و اﻟﺤﻜﻢ و اﻟﻨﺒﻮة ﺛﻢ ﯾﻘﻮل ﻟﻠﻨﺎس ﻛﻮﻧﻮا ﻋﺒﺎدا ﻟﻲ ﻣﻦ دون ﷲ و ﻟﻜﻦ
6
"ﻛﻮﻧﻮا رﺑﺎﻧﯿﯿﻦ ﺑﻤﺎ ﻛﻨﺘﻢ ﺗﻌﻠﻤﻮن اﻟﻜﺘﺎب و ﺑﻤﺎ ﻛﻨﺘﻢ ﺗﺪرﺳﻮن
Le mot medersa n’est apparu qu’après les grandes conquêtes islamiques menées par les
dynasties omeyyades et abbassides. Il fut introduit dans la langue arabe sous sa forme
nominale après le IVème siècle de l’hégire7, lorsque les mosquées en tant que premier lieu de
diffusion du savoir religieux particulièrement furent relayées dans leur mission
d’enseignement par ces nouvelles annexes construites le plus souvent dans un prolongement
horizontal ou vertical des mosquées. Au début, la medersa fût soumise au pouvoir des
religieux qui ont fait d’elle une structure indépendante dispensant un enseignement religieux
basé sur les doctrines sunnites en particulier, financée grâce aux revenus du waqf avant de
connaître une grande évolution imposée par le développement de la société islamique dont les
besoins ont été multipliés. Le programme pédagogique de la medersa connut alors une
3
TRIKI, H. DOVIFAT, A. « Medersa de Marrakech », La Croisée des chemins, (1999) Maroc. p : 27
315 ﺻﻔﺤﺔ. ﻣﻌﮭﺪا ﻵﺛﺎر, ﺟﺎﻣﻌﺔ ﺑﻮزرﯾﻌﺔ,رﺳﺎﻟﺔ دﻛﺘﻮراه,( )ﻣﺪﯾﻨﺔ ﻗﺴﻨﻄﯿﻨﺔ ﺧﻼل اﻟﻌﮭﺪ اﻟﻌﺜﻤﺎﻧﻲ دراﺳﺔ ﻋﻤﺮاﻧﯿﺔ و أﺛﺮﯾﺔ. ﻋﺒﺪ اﻟﻘﺎدر, دﺣﺪوح4
67
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
extension vers d’autres domaines tels que la littérature arabe, la philosophie, les sciences
naturelles, la médecine et l’astronomie.
Depuis cette date, de nombreuses medersas virent le jour principalement sous le règne du
sultan seldjoukide Nizam al-Mulk 12 , et se développèrent à travers la Perse et l’Irak
notamment.
Plusieurs écoles furent construites aussi au Cham et en Egypte. Cette période a connu une
remarquable expansion des medersas (écoles) à Bagdad, Bassora ou Ispahan à titre
d’exemple.
11
GODARD, André. Op-cit, p : 09
12
arabe ( ﻧﻈﺎم اﻟﻤﻠﻚNizām 'al-Mulk), farsi ( ﻧﻈﺎماﻟﻤﻠﮏNezâm-ol-Molk) : « ordre du royaume », grand politicien,
vizir des sultans seldjoukides Alp Arslan et Malik Shah Ier. Il est né le 4 avril 1018 à Noqan près de Tus (Iran) et
mort assassiné en 10921. Il descend d'une importante famille de propriétaires fonciers1, fonctionnaires iraniens
ayant servi sous les Ghaznévides.
Il réorganise le sultanat après l'arrivée des Turcomans. Il paye les troupes en attribuant des revenus fiscaux. Il
fonde et généralise la madrasa afin d'allier les ulémas à la gestion de l'État. La madrasa se développe dans
plusieurs villes en tant qu'institution et sert à la diffusion du droit sunnite et des sciences telles que les
mathématiques et l'astronomie. Cette tendance à diffuser une doctrine religieuse par des moyens intellectuels et
éducatifs fut inspirée plus tôt par les missionnaires Fatimides. La première fut la Nizamiya de Bagdad, dans
laquelle enseigna le penseur musulman Al-Ghazali.
68
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
Plusieurs medersas qui datent de cette époque existent jusqu’à aujourd’hui à Fès, Tlemcen ou
Tunis. La création des medersas s’est poursuivie pendant la période ottomane avec la
contribution matérielle des différentes couches sociales, particulièrement les pachas et les
beys.
De nombreux chercheurs se sont intéressés à ce thème sans arriver pour autant à identifier
avec précision l’origine architecturale de la medersa. Certains à l’image de Max van
Berchem 16 , sont arrivés à déduire que le plan sur lequel ont été bâties les medersas, les
premières du moins, a été inspirée des églises byzantines en Syrie, c'est-à-dire sous forme de
croix17.
D’autres chercheurs à l’image de Creswell18 estiment que le plan de la medersa a été inspiré
de la forme dans laquelle étaient construites les habitations de l’époque, c'est-à-dire avec une
cour intérieure découverte (maison a patio).
121 ﺻﻔﺤﺔ،1986 رﺳﺎﻟﺔ دﻛﺘﻮراه،دراﺳﺔ أﺛﺮﯾﺔ ﻣﻌﻤﺎرﯾﺔ،ﻣﺤﻤﺪ )اﻟﻜﺤﻼوي( اﻟﻌﻤﺎرة اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ ﻓﻲ اﻟﻤﻐﺮب اﻹﺳﻼﻣﻲ14
15
122 ﺻﻔﺤﺔ,ﻧﻔﺴﮫ
16
Max van Berchem (1863 - 1921) est un Suisse orientaliste spécialiste aux inscriptions islamiques.
17
120 ﺻﻔﺤﺔ.2008 ﺟﺎﻣﻌﺔ اﻟﺠﺰاﺋﺮ، ﻣﻌﮭﺪ اﻵﺛﺎر، رﺳﺎﻟﺔ دﻛﺘﻮراه، اﻟﻤﻨﺸﺂت اﻟﺪﯾﻨﯿﺔ ﺑﺎﻟﺠﺰاﺋﺮ ﺧﻼل اﻟﻌﮭﺪ اﻟﻌﺜﻤﺎﻧﻲ.ﺑﻦ ﺑﻠﺔ ﺧﯿﺮة
18
Keppel Archibald Cameron Creswell (13 septembre 1879–8 avril 1974) est un historien de l'art et de
l'architecture islamiques
69
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
Un nombre assez important de chercheurs ont cependant opté pour une troisième hypothèse, à
l’image de Hrtesfld19. Selon cette approche, le plan de la medersa a été inspiré du style perse
après que le vizir Nizam al-Mulkeut sollicité l’apport d’un certain nombre d’architectes
d’origine perse. C’est dire que le débat fait autour de l’origine architecturale des medersas fut
intense et les hypothèses nombreuses20.
Des penseurs arabes comme Abbas Hilmi relèvent que les premières medersas ont vu le jour
au sein des habitations, et que de ce fait, leur architecture fut grandement influencée par le
style de ces résidences.
Le penseur Ahmed Fikri considère que le plan architectural de la medersa trouve son origine
dans la mosquée. Ainsi, la medersa est vue comme le prolongement naturel du lieu de culte
islamique et que par conséquent elle en épouse le style. Ce qui est tout à fait logique pour le
penseur Ahmed Fikri.
Celui-ci est rejoint par l’avis de Hassen Bacha qui soutient que le plan des medersas a été
élaboré selon leur fonction réparties en trois tâches principales : la prière, l’enseignement et
l’hébergement des élèves. Si la medersa et la mosquée se partagent les fonctions cultuelles et
éducatives, celles relatives à l’hébergement sont cependant propres aux medersas.
La prière
Medersa L’enseignement
L’hébergement des
élèves
19
Ernst Emile Hrtesfld, (1879 - 1948 AD) est un Allemand orientaliste, archéologues spécialisé aux effets de
patio dans l'Irak et la Perse.
20
GOLVIN, L. Architecture Musulmane La Madrasa Médiévale, EDISUD, Aix-en-Provence, P22.
70
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
En plus de ces éléments d’analyse concernant le style architectural des medersas, il est un
facteur déterminant qui a largement influencé la conception de ces bâtisses dédiées à
l’enseignement. Il s’agit du facteur climatique. En Turquie ottomane où le climat est froid, les
medersas se distinguent par leurs cours intérieures couvertes, alors que dans les autres régions
à l’instar du Maghreb arabe où le climat est moins rugueux, les cours intérieures des medersas
sont spacieuses et découvertes21.
-La construction de ces medersas et leurs plans sont basés sur le mur de la qibla. Leurs limites
intérieures sont déterminées sous forme de carré ou de rectangle perpendiculaire à ce mur22.
-Existence d’une salle de prière dans chaque medersa. C’est généralement la salle la plus
spacieuse. Elle est orientée vers la qibla.
-Une cour intérieure qui permet l’aération et la pénétration de la lumière dans toutes les pièces
et les dépendances. Elle est toujours située en continuité avec la salle de prière afin de servir,
au cas où la prière du vendredi a lieu exceptionnellement dans la medersa, d’annexe servant à
contenir le surplus de fidèles23.
-La cour intérieure découverte est entourée de salles de tous genres construites sur un ou deux
étages. On y trouve des salles de cours, des dépôts, des pièces conçues pour l’hébergement et
des salles de séjour.
- Si la mosquée remplit plusieurs fonctions dont l’enseignement, la Medersa sera créée pour
répondre à un enseignement unique à tendance précise.
118 ﺻﻔﺤﺔ.1965 ، ﻣﺼﺮ، دار اﻟﻤﻌﺎرف،2 ج، ﻣﺴﺎﺟﺪ اﻟﻘﺎھﺮة وﻣﺪارﺳﮭﺎ، ﻓﻜﺮي أﺣﻤﺪ22
26 ﺻﻔﺤﺔ1995 .1 ط، ﺑﯿﺮوت، دار اﻟﻔﻜﺮ اﻟﻠﺒﻨﺎﻧﻲ، اﻟﻌﻤﺎرة اﻟﻌﺮﺑﯿﺔ اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ، ﻛﺎﻣﻞ ﺣﯿﺪر23
71
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
-Elle est donc au même titre que la mosquée un édifice religieux et d’enseignement, mais de
plus, il s’agit d’une institution qui prend en charge les « Tullabs » qui la fréquentent et parfois
leur « Shaïkh ».
-La Medersa fonctionnait comme annexe à la mosquée et servait dans certains cas d’institut
de préparation des «Tullabs» qui devaient y acquérir une formation de bases avant d’aller
parfaire leurs connaissances à la mosquée.
- Généralement, les Medersas furent construites par les princes ou de pieux personnages qui
se dépossédaient de leur bien en sa faveur.
- La typologie de la Medersa est différente des autres espaces destinés à l’enseignement, elle
est généralement composée de :
•« La Salle de prière » : il s’agit de l’élément principal d’une Medersa dont les limites
intérieures s’agencent dans un rectangle ou dans un carré dessiné par rapport au mur de la
«Qibla». Lieu de rencontre du « Shaïkh » et des « Tullabs », il constitue la pièce la plus
grande de l’édifice. C’est une pièce hypostyle, à l’instar des « Mesjeds » publics dont la
hauteur est bien plus importante que pour les autres espaces.
72
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
chambres
salle de
patio
priére
salle
mausolé
d'ablution
25
TRIKI, H. DOVIFAT, A. op-cit. p : 07
73
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
26
Ibid. p: 07
74
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
Le second élément non moins important est la salle de prière. Cette dernière occupe une place
charnière que ce soit au niveau de la mosquée ou au niveau de la medersa, sauf qu’en ce qui
concerne la medersa, la salle de prière est moins imposante que celle de la mosquée. Le
troisième élément est la cour intérieure ; elle remplit les mêmes fonctions dans la mosquée et
dans la medersa.
La medersa est destinée à accueillir des élèves en vue de leur assurer un enseignement
académique dans plusieurs domaines. En plus de cette fonction essentielle, chaque medersa
est dotée aussi d’une salle de prière où pourrait avoir lieu à titre exceptionnel la prière du
vendredi. D’un point de vue fonctionnel, les deux structures sont considérées comme des
lieux de prière et d’études, à cette différence près, que les études au niveau de la mosquée
n’ont pas toujours cette régularité qu’elles possèdent au niveau de la medersa.
[Link] Syriennes
Les medersas syriennes se distinguent par plusieurs caractéristiques. En ce qui concerne les
medersas qui dispensaient leur enseignement selon les principes de l’un des quatre rites, le
plan comportait une salle de prière, une cour intérieure rectangulaire avec au milieu une
fontaine. Pour ce qui est des medersas qui diffusaient le savoir selon les fondements de deux
des quatre rites, le plan est systématiquement composé de deux iwans entre lesquelles il y a
75
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
des salles réservées pour l’hébergement des élèves, un iwan étant une sorte de hall
d’inspiration persane28.
Elle fut construite par le roi Noureddine l’Equitable en l’an1167 JC/ 563 H, et compte parmi
les plus importants vestiges de l’ère Seldjoukide à Damas ; Elle se trouve toujours dans un
bon état de conservation. Son plan architectural est constitué d’une assiette centrale
découverte au centre de laquelle se trouve un bassin d’eau, et est entourée de trois iwans, dont
le plus grand et l’iwan de la qibla, qui se trouve au côté sud de l’assiette. La medersa contient
aussi des annexes dont la coupole du tombeau où a été enterré le sultan Noureddine29.
Et parmi les medersas les plus connues en Syrie, et qui gardent encore leur spécificité
architecturale on peut citer la medersa Âdiliya30bâtie en 1222 JC par un souverain Ayyoubide
(fig.01, fig.02).
1398 ص8 اﻟﻤﻮﺳﻮﻋﺔ ج, 325 , 324 ص1 ﻣﻮﺳﻮﻋﺔ اﻟﻌﻤﺎرة واﻵﺛﺎر واﻟﻔﻨﻮن اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ ج: ﺣﺴﻦ اﻟﺒﺎﺷﺎ28
29
124ﺻﻔﺤﺔ,ﻧﻔﺴﮫ
30
JANINE, Sourdel Thomine. La mosquée et la madrasa. In: Cahiers de civilisation médiévale. 13e année (n°50),
Avril-juin 1970. pp. 105. [Link]
76
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
Figure 01
Figure 02
77
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
En Egypte, la plupart des medersas étaient fondées sous le règne de Salah Eddine Al Ayoubi
et étaient conçues dans le but d’enseigner un seul et unique rite. Elles comprenaient dans la
plupart des cas deux iwans (halls) opposés séparés par une cour intérieure. Les deux parties de
la medersa étaient liées entre elles grâce à des pièces communicantes. Il est supposé que
l’iwan se trouvant du côté Est était utilisé comme une salle de prière dans le cas où la medersa
dispensait ses cours selon un seul rite, alors que l’autre iwan (hall) était réservé à
l’enseignement.
Au cas où une medersa englobait l’enseignement de deux rites, l’iwan se trouvant du côté
oriental était utilisé comme une mosquée à l’heure de la prière seulement pour retrouver
ensuite sa vocation originale qui était l’enseignement. A l’inverse des medersas syriennes, les
medersas égyptiennes étaient dotées de minarets.
Et à l’ère des Mamlouks, la majorité des medersas égyptiennes se mirent à enseigner les
quatre rites se qui entraina l’apparition des medersas aux iwans perpendiculaires, tels que
l’iwan du mihrab était le plus grand, comme c’est le cas de la medersa de Muhammad ibn
Qala'un (fig.03, fig.04).
Au début (ère Ayyoubide), elle contenait deux iwans entre lesquels se situait une assiette, les
iwans étant liés par des salles contigües. Il est probable que l’iwan de la qibla, était utilisé
comme mosquée dans le cas du rite unique, mais dans le cas de deux rites, il était utilisé pour
la prière à son heure seulement, et autrement comme salle d’enseignement, et à l’opposé des
medersas syriennes, la medersa égyptienne comportait un minaret qui dominait l’entrée de la
medersa, sous l’influence probable de l’architecture de la mosquée.
Et avec l’architecture Salahienne sous le roi Salah Nadjmouddine Ayyoub 640H, la medersa
comporta quatre iwans, mais ils n’étaient pas perpendiculaires, car ils étaient séparés par la
place des Bons « » ﺣﺎرة اﻟﺼﺎﻟﺤﯿﻦet ce fut la première medersa égyptienne qui enseignait les
quatre rites après la medersa Moustansiria « » اﻟﻤﺴﺘﻨﺼﺮﯾﺔà Bagdad, puis se développèrent les
medersas aux iwans perpendiculaires à l’ère des Mamlouks.
L’iwan de la qibla était le plus important, alors que les deux iwans de cotés étaient les plus
petits. Au centre des iwans se trouvait l’assiette découverte avec un jet d’eau. En annexe de la
medersa il y avait le tombeau de son constructeur à l’exemple de la medersa syrienne, et elle
comportait des logements et une bibliothèque32.
78
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
Figure 03
Figure 04
79
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
La création des medersas au Yémen date du dernier quart du sixième centenaire hégirien / le
douzième siècle JC ; soit sous la domination des Ayyoubides (569-626 H / 1174-1229 Jc). En
effet, les sultans et émirs Ayyoubides ramenèrent les avancées civilisationnelles prises de
l’état seldjoukide –idée du lancement des medersas d’enseignement- dont le but était
d’enseigner le rite de la Sunna pour contrer le rite ismaélite qui s’était développé au Maghreb
arabe puis s’était étendu en Egypte, en Syrie et au Yémen sous l’ère des Fatimides31.
Et au temps du roi Elmouiz Ismail Tahatkine ben Ayyoub, commença l’apparition des
medersas au Yémen, avec la construction de deux écoles, l’une à Teez appelée (Medersa
Seifienne) en hommage à son père Seifeddine Tahatkine ben Ayyoub ; et l’autre à Zebid en
594H/1198JC appelée Medersa du Mouiz, en son nom, qui fut connu plus tard sous
l’appellation de la medersa des Mayline « » ﻣﺪرﺳﺔ اﻟﻤﯿﻠﯿﻦ. Puis, se développèrent les medersas
particulièrement sous l’ère de l’Etat Rassoulien (626-858H / 1229-1454 JC) et sous l’ère de
l’Etat Dahérien (858-923H / 1454 -1526 JC). La plupart de ces medersas enseignaient le rite
Chiite, et peu d’entre elles enseignaient le rite Hanafite. La construction des medersas se
développa aussi sous l’ère des Djarakissas, sous l’imam Charaf Eddine (877-965H /
147361558) l’opposant au Djarakissas, qui lança les medersas pour enseigner le rite Zeidi
Hadaoui, le rite des imams du Yémen.
Et sous l’ère de l’influence Turque sur le Yémen (950-1050H / 153261635 JC) ses walis et
ses émirs lancèrent des medersas à Zebid et Sanaa, pour enseigner le rite Hanafite, puis cessa
la construction de ses medersas depuis lors jusqu’à la moitié du quatorzième siècle32.
31
848 :846 اﻟﻤﻮﺳﻮﻋﺔ اﻟﯿﻤﻨﯿﺔ ص
48 ﻣﺪﺧﻞ اﻟﻌﻤﺎرة واﻟﻔﻨﻮن اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ ﻓﻲ اﻟﺠﻤﮭﻮرﯾﺔ اﻟﯿﻤﻨﯿﺔ ص: ﻣﺼﻄﻔﻰ ﻋﺒﺪ ﷲ ﺷﯿﺤﺔ32
80
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
Les Almoravides33, les Mérinides34 et les Hafsides35 eurent leur heure de gloire à des étapes
différentes de Fès à Tunis en passant par Tlemcen et Constantine avant de connaître le déclin
et la désintégration suite à des conflits fratricides aggravés par des interventions étrangères.
En Algérie et en Tunisie à un degré moindre, leur présence a été effacée par les Ottomans et le
colonialisme français, alors qu’au Maroc certains aspects des civilisations Almoravides et
Mérinides subsistent toujours et en particulier les medersas. « Dans ce cortège de fondations
pieuses, les medersas mérinides occupent une place à part car ces créations mérinides sont de
loin les plus nombreuses, les mieux conservées et incomparablement les plus belles. Fès en
particulier a dans ses sept medersas mérinides les plus purs joyaux de sa parure millénaire »,
note Henri Bressolette. « Si l’on met à part la medersa Ceffarin qui date de la fin du XIII ème
siècle, la construction des autres medersas s’échelonne sur une période de 35 ans à peine
entre 1320 et 1355 », affirme le même auteur. Il s’agit des médersas de Fès-Djedid, la
medersa Sahrij, la medersa Sbaiyin, la medersa Attarine, la medersa Mechaiya, la medersa de
Taza, la medersa de Salé et la medersa El Eubbadde Tlemcen.
Les principales medersas hafsides ont toutes été construites à Tunis. La medersa Al-
Shammaiyaa été fondée en 1238 par Abou Zakaria Yahia ; la medersa Attaoufikia a été
fondée par sa veuve ; la medersa Al Maridh a été fondée en 1280 sans qu’aucun auteur ne
donne le nom de son fondateur, de même que la medersa Al Onkia fondée en 1341 ou Al
Moutassiria fondée en 1437. Ce qu’il faut retenir c’est que ces medersas se sont consacrées à
l’enseignement exclusif du rite orthodoxe malékite.
Et parmi les medersas les plus célèbres du grand Maghreb, on peut citer la medersa de Ben
Youssef.
33
Les Almoravides (en arabe ( اﻟﻤﺮاﺑﻄﻮنal-Murābitūn), « les gens du ribat » sont une dynastie berbère
sanhajienne, originaire de l'Adrar et qui nomadisaient entre l'actuel Sénégal et le sud du Maroc. Du XIe siècle au
XIIe siècle, ils constituent un empire englobant l'ouest du Sahara, la partie occidentale du Maghreb et une partie
de la péninsule Ibérique.
34
Les Mérinides (ou Marinides, Banû Marin, Bénî Marin, en arabe: ﻣﺮﯾﻨﯿﻮن, constituent une dynastie d'origine
berbère Zénète qui règne sur une partie de l'Afrique du Nord entre le XIIIe siècle et le XVe siècle.
35
Les Hafsides (arabe : )اﻟﺤﻔﺼﯿّﻮنsont une dynastie d'origine berbère masmoudienne qui gouverne puis règne sur
l'Ifriqiya, soit la Tunisie, le Constantinois et la Tripolitaine, entre 1207 et 1574
81
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
A. Aperçu historique
La medersa Ben Youssef est une medersa, joyau de l'architecture amazigho-arabo-andalouse
situé à Marrakech. La medersa fut fondée par Abu al-Hasan, sultan mérinide. La structure
actuelle de cette école coranique fut édifiée vers 1570 par les Saadiens et restaurée en 1950.
Elle est l'œuvre du sultan Saadien Abdallah el-Ghalib qui en acheva la construction en 1564-
[Link] nom Ben Youssef vient du sultan amazigh almoravide Ali Ben Youssef.
La medersa fut durant plus de quatre siècles un foyer d'accueil pour les étudiants en soif de
connaissances dans diverses sciences, notamment en théologie.
Elle disposait de 132 chambres destinées aux étudiants non originaires de Marrakech et
pouvait accueillir jusqu'à 900 étudiants.
36
TRIKI, H. DOVIFAT, A. p : 23
37
Ibid. p : 33
82
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
LEGENDE
Plan de toiture
83
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
V. Medersas d’Algérie
1° La grande majorité des enfants arabes, citadins et ruraux, recevait une instruction primaire
durant laquelle ils apprennent les premiers fondements de la religion. L’apprentissage
s’effectuait dans des écoles attenant aux mosquées;
Il rappela que dans la province de Constantine, les medersas les plus connues étaient celles de
Constantine, de Sidi Okba et de Si-ben-Ali-Chérif. 39
Concernant les medersas construites en Algérie, les ouvrages qui abordent ce sujet sont très
rares. Certains livres écrits par des Français versent carrément dans l’apologie du colonialisme
en lui attribuant le rôle majeur dans la revitalisation des medersas algériennes. La
monographie intitulée les medersas algériennes, réalisée en juin 2010 par Charles Janier se
présentant comme le fils d’Emile Janier, dernier directeur de la medersa de Tlemcen et
premier proviseur du lycée d’enseignement franco-musulman de Tlemcen traduit fidèlement
l’esprit négationniste élevé en ligne de conduite par de nombreux auteurs français. « En 1850,
et après 20 années de présence intensifiée dans ces territoires, la France comprend que les
musulmans sont très attachés à leurs coutumes et souhaitent que le droit musulman, et non pas
38
Benoist, G. (1886) : « De l’instruction et de l’éducation des indigènes dans la province de Constantine ».Ed.
Hachette, Paris. P : 26.
39
Ibid. P : 27
84
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
le droit français, continue à leur être appliqué en ce qui concerne le statut des personnes, les
successions et les immeubles. A cet effet, un décret du 30 septembre 1850 crée trois medersas
en Algérie ; à Médéa, à Constantine et à Tlemcen. Ces medersas ont pour but de donner un
enseignement juridico-religieux ainsi que littéraire, et de permettre à de jeunes gens d’occuper
de hautes fonctions administratives, judiciaires ou religieuses dans l’Etat »40. Selon cet auteur,
l’Algérie n’existait pas. D’après lui, il s’agissait de territoires habités par des populations qui
étaient pourtant attachées aux mêmes « coutumes » et que la France s’était donné la peine de
venir civiliser. Présenter les medersas algériennes comme une grande réalisation française,
constitue sans aucun doute la preuve d’une énorme malhonnêteté intellectuelle qu’il est
impératif de dénoncer en remettant aux Zianides, aux Hafsides et autres souverains
musulmans qui gouvernèrent au Maghreb arabe ce qui leur appartient. Déjà au XVème siècle,
la ville de Tlemcen décrite par des historiens comme la cité la mieux civilisée de son époque
comptait cinq medersas renommées. Le célèbre Ibn Khaldoun y a enseigné. Ibn Hammou
Moussa et Ibn Hammou Moussa II ont fondé plusieurs medersas dont la medersa Al
Yacoubia.
La fermeture des medersas au début de la conquête coloniale ayant eu pour résultat le boycott
par la population indigène de la justice française, l’administration de l’occupant avait voulu
rectifier le tir en rouvrant les medersas existantes, comme celle de Sidi El Kettani à
Constantine, rouverte en 1870, puis la construction de nouveaux établissements du genre qui
avaient pour mission de former des «adels» et des «bachadels» pour la justice musulmane, des
40
JANIER, Charles. LES MEDERSAS ALGERIENNES de 1850 à 1960, Monographie écrite en juin 2010. P 11
85
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
imams et des muftis modérés pour l’enseignement de l’arabe, et les «khodjas», commis de
l’administration.
Les medersas furent reconstituées en Algérie par un décret du 30 Septembre 1850, pour
former des candidats aux emplois dépendant des services de culte, de la justice, de
l’instruction publique et des bureaux arabes. Elles furent installées au début à Tlemcen, à
Constantine et à Médéa ; la medersa de Médéa fut transférée d’abord à Blida en 1855, puis à
Alger, où son siège fut définitivement fixé en 1880. Un arrêté du 16 Février 1876 réorganisa
les medersas et substitua l’autorité académique à l’autorité militaire pour leur surveillance et
leur direction.
Lorsque la commission sénatoriale de 1891 eut à s’occuper des medersas, elle constata
qu’elles étaient à tous les points de vue dans une situation assez précaire et n’atteignaient
qu’imparfaitement leur but.
L’administration française a créé 3 écoles bilingues (à Alger, Constantine et Tlemcen) pour
former le personnel religieux et judiciaire dont elle avait besoin.
Véritable temple du savoir, ce lieu réservé à l'élite de la population musulmane, dispensait des
cours de grammaire et littérature arabes, droit et jurisprudence, théologie, langue française,
arithmétique et géométrie. Au terme de trois années d'étude, les candidats admis aux examens
recevaient un diplôme intitulé " Brevet d'Etudes Musulmanes ".
Ils possèdent une institution spéciale, celle des medersas, où ils entrent en qualité de
boursiers, à la suite d'un concours, après avoir obtenu le certificat d'études primaires. Les
medersas sont au nombre de trois, celles d'Alger, de Constantine et de Tlemcen. Elles
comprennent chacune quatre années d'études arabes et françaises, mais celle d'Alger possède
en outre une division supérieure comportant une 5me et une 6me année d'études, où sont
admis ceux qui ont fait preuve des aptitudes nécessaires dans la division inférieure des trois
medersas.
Les medersas sont destinées, en principe, à préparer aux fonctions du culte musulman et de
l'enseignement des mosquées, comme à celles de la justice musulmane. En fait, elles ne
86
Chapitre III : La medersa, un patrimoine religieux islamique à revaloriser Première partie
fournissent guère de candidats qu'à la justice. Les élèves formés par elles ne recherchent pas
les emplois du culte. Mais quelques-uns deviennent professeurs de mosquée, ou mouderrès,
fonctions qui, d'ailleurs, en vertu de la loi de séparation, appartiendraient désormais à
l'enseignement, et non plus au culte.
Les élèves des medersas ont été au nombre de 219 pendant l'année 1906-1907, savoir : 60 à
Constantine, 57 à Tlemcen et 102 à Alger.
Si plusieurs medersas ont vu leur action diminuer, déviée ou disparaître après l’indépendance,
sous l’effet de la concurrence des écoles classiques développée par le gouvernement, dans
toutes les contrées du pays, beaucoup ont pu garder leur activité d’enseignement par les
efforts des fidèles et des citoyens, et aussi par l’aide octroyée par le ministères des affaires
religieuses et du wakf, qui a permis d’introduire les diplômés de ces medersas dans les cycles
de recrutement des imams et fonctionnaires.
Il faut noter aussi, que plusieurs medersas ont vu le jour après l’indépendance pour répondre
aux besoins de formations religieuse et coranique, qui reste très prisées en Algérie, à l’instar
de l’Ecole coranique Mihoubi A. à Skikda, qui a récemment ouvert ses portes pour accueillir
les étudiants et apprenants venant de toutes les régions du pays.
Conclusion
Cette étude permettra de bien situer la medersa de Sidi El-Kattani dans le contexte de ces
véritables institutions de diffusion du savoir et de l’éducation, et de mieux appréhender le rôle
qui était le sien et ses différentes particularités architecturales.
87
Conclusion Première partie
Conclusion
Le patrimoine architectural religieux islamique constitue une des formes le mieux aboutie de
l’apport matériel des musulmans à la civilisation universelle. C’est une vérité connue et
reconnue par de nombreux auteurs occidentaux qui n’ont pas hésité à mettre en exergue la
richesse et la diversité de l’architecture islamique en général et l’influence de son style sur
une échelle planétaire. Nous avons essayé, à travers la première partie du mémoire, d’aborder
ce patrimoine en faisant apparaître ses caractéristiques fondamentales, ses différents
composants architecturaux et son évolution historique. Une évolution que l’on pourrait en
aucun cas extraire de l’expansion de l’Islam et l’apport des peuples convertis à cette religion.
Ceci est apparu durant la gouvernance des proches compagnons du prophète qui lui ont
succédé et a pris de l’ampleur pendant le règne des Abbassides et des Omeyyades.
L’architecture musulmane typique n’a pas cherché à éviter les civilisations auxquelles elle a
été confrontée militairement ou pacifiquement. Bien au contraire, elle en a tiré un énorme
profit en ouvrant son cœur et ses bras aux musulmans de différentes origines, et en leur
permettant de mettre leur expertise au service de la nouvelle Ouma dominante. C’est dans ce
contexte marqué par le brassage des races qu’est née l’architecture islamique. Une
architecture privilégiant certes l’aspect spirituel, mais qui avait le mérite de tolérer le génie
humain d’où qu’il vienne. Damas, Bagdad, Cordoue, Samarkand et Tolède, pour ne citer que
ces cités plusieurs fois millénaires, offrirent ainsi au monde une formidable synthèse
architecturale dont la grandeur n’a jamais été égalée, malgré l’extraordinaire avancée
technologique menée par un Occident conquérant et superpuissant. Hélas, une grande partie
de ce patrimoine a été soit anéantie, soit dégradée sous l’effet des guerres ou à cause de
l’impact régressif du sous-développement. Ayant été occupés militairement pendant des
décennies pour ne pas dire des siècles, la plupart des pays musulmans se sont retrouvés
impuissants et démunis. Cette situation les a contraint à adopter une attitude négative à l’égard
de leur patrimoine architectural religieux tombant en ruines, car ils avaient d’autres priorités:
lutter contre la pauvreté, les maladies et l’ignorance. Le réveil des consciences pour la
sauvegarde d’un héritage matériel dont la valeur demeure inestimable fut tardif. L’élan
salvateur a été cependant concluant dans de nombreux cas où des mosquées et des medersas
antiques furent sauvées in-extremis d’une déchéance annoncée. Les exemples ne manquent
pas. On peut les constater au Caire, à Marrakech, à Tunis, à Sanaa et à Bagdad entre autres.
88
Vers une revalorisation du patrimoine religieux précolonial
Introduction
Le patrimoine architectural comme on a vue a la première partie est défini comme un
ensemble de constructions héritées d’une époque révolue et représentant une certaine valeur
historique à préserver et à perpétuer dans le but d’offrir aux générations qui se succèdent un
lien et une filiation. Cette valeur historique qui se rapporte à une période, à un évènement ou
même à des personnalités marquantes constitue un support mémorial crédible aux éventuelles
représentations identitaires et culturelles d’une société, d’un peuple ou d’une nation. Il s’agit
en effet d’un héritage communautaire dont la transmission d’une génération à une autre revêt,
en raison des caractéristiques civilisationnelles qui lui sont liées, une importance capitale. La
question du patrimoine architectural concerne aujourd’hui toutes les nations et les sociétés
qui, tout en nourrissant des ambitions futuristes, n’en restent pas attachées à un passé glorifié
et sanctuarisé. Elle n’est plus considérée comme un simple phénomène sociétal parrainé par
des intellectuels plus ou moins nostalgiques, mais comme un programme d’intérêt national
dont le but est de consolider une vision politique et idéologique. Le patrimoine architectural
religieux joue dans cette optique un rôle primordial visant à perpétuer le sentiment
d’appartenance réel ou supposé à une religion ou a des croyances dont la perpétuation pourrait
servir comme un motif de cohésion sociale ou un prétexte d’affirmation collective. Il est
instructif de constater aujourd’hui que même dans les sociétés postindustrielles, on accorde de
plus en plus d’intérêt au patrimoine architectural religieux dans le but d’amarrer la civilisation
occidentale moderne à l’héritage judéo-chrétien en niant l’apport des autres religions. Ayant
été pour la plupart colonisés par cet Occident qui prétend s’être libéré des « contraintes »
religieuses, mais dont l’esprit hégémonique ne s’est jamais départi de l’emprise biblique, la
plupart des pays musulmans ont commencé à prendre conscience de la nécessité de sauver ce
qui reste à sauver de leur propre patrimoine architectural religieux. Malgré le manque de
moyens pours certains pays et la rareté des compétences techniques pour la majorité des pays,
des succès dans la revalorisation du patrimoine architectural islamique ont été enregistrés.
Considérées comme de hauts lieux ayant joué un grand rôle dans la préservation de l’identité
culturelle et religieuse des peuples musulmans, des médersas anciennes ont été sauvées d’une
déchéance annoncée ou d’une disparition pure et simple. Nous avons essayé tout au long de la
partie précédente de jeter toute la lumière sur ces véritables institutions qui ont exercé une
influence certaine sur l’éducation de générations entières. Dans cette partie, nous allons
mettre en exergue le cas de la médersa Sidi El Kattani et son rôle dans la protection de
l’identité arabo-islamique en Algérie. En mettant en relief l’apport historique de ce
90
Introduction Deuxième partie
prestigieux édifice situé en plein cœur de la vieille ville de Constantine, notre objectif est de
tirer la sonnette d’alarme sur les risques de voir cette médersa « dévorée » par une
urbanisation irréfléchie qui ferait perdre à la ville un de ses symboles culturels les plus
importants. Notre contribution est certes modeste. Elle nous offre cependant l’occasion
d’appeler la communauté constantinoise à engager une sérieuse réflexion sur les moyens à
mettre en œuvre pour préserver cette institution dans le cadre d’un véritable plan de
revalorisation qui prendrait en compte tous les paramètres propres à une telle opération. Pour
une meilleure lecture, nous avons consacré le premier chapitre à la présentation de la ville de
Constantine, à la localisation et à la description architecturale de cette médersa dans son
environnement originel. Le second chapitre comprend, en plus d’une définition historique,
fonctionnelle et architecturale, une observation temporelle et spatiale du lieu d’implantation
de la médersa dans le but d’une meilleure compréhension des différentes phases de son
développement avec comme objectif d’aboutir à un état des lieux complet. Le troisième et
dernier chapitre est dédié à l’étude des causes de la dégradation de cet important édifice
culturel et religieux qui a vu son rôle spirituel et culturel rétrécir considérablement ; et à la
recherche d’une voie de salut pouvant rendre à cette institution son éclat d’antan.
91
Vers une revalorisation du patrimoine religieux précolonial
CHAPITRE I : CONSTANTINE
CITE MILLENAIRE ET BERCEAU
DES CIVILISATIONS
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Introduction
La sauvegarde du patrimoine s’inscrit dans une dimension à deux niveaux, autochtone et
universelle, de conservation des « témoins » matériels civilisationnels et des valeurs
identitaires culturelles et ou cultuelles qui y sont liées. Elle est aujourd’hui intégrée dans une
politique de développement durable impliquant les reconversions économique, sociale et
culturelle indispensables à la survie de ce patrimoine. Ainsi, la revalorisation de l’ancien bâti
qui consiste à lui rendre une valeur d’usage adaptée à un environnement donné n’est plus
considérée comme une simple opération conjoncturelle imposée par une volonté passéiste.
Elle fait appel à des techniques et à des matériaux traditionnels qui ne sont pas toujours
disponibles ou leur substitue, le cas échéant, des techniques nouvelles éprouvées et en
adéquation avec l’environnement concerné. La revalorisation de la medersa Sidi El Kattani,
objet de notre étude devrait s’intégrer dans un schéma. Une telle opération ne pourrait
s’accommoder avec l’improvisation. Pour qu’elle aboutisse, il est d’abord impératif de saisir
le rôle et la fonctionnalité de cette medersa au fil de l’évolution de la société constantinoise. Il
est donc primordial de situer cette institution dans son contexte architectural, social et
historique. Notre démarche permettra de retracer le cheminement historique de cette ville
millénaire à travers les différentes et nombreuses périodes qu’elle a connues : romaine,
vandale, byzantine, arabe et berbère jusqu’à la domination turque, qui verra la naissance de
cet édifice.
Nous nous pencherons ensuite sur la période de la régence ottomane où Constantine fût la
capitale du Beylik de l’Est. Nous exposerons la situation aussi bien politique que sociale de la
ville sous la régence des beys et plus particulièrement sous le règne de Salah Bey dont
l’image est encore présente dans la mémoire collective des constantinois et à qui revient le
mérite d’avoir érigé cette medersa. Ses actions et contributions les plus importantes dans le
domaine politique mais aussi et surtout dans le domaine architectural seront revisitées afin de
mieux présenter le contexte de l’apparition de la medersa de Sidi El Kattani, et de constituer
un référentiel documentaire, prélude à son étude architecturale.
93
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
94
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Certes, les phéniciens ont établi des comptoirs de commerce tout au long de la côte et ont
même réussi à pénétrer jusqu’à Tiddis (carte.01) et la future Cirta qu’ils désignèrent sous le
nom de Sarim Batim. Il est cependant évident que certains historiens ont tenté, pour des
raisons subjectives, de mettre en valeur la civilisation carthaginoise au dépend des coutumes
berbères autochtones.
« Il est hors de doute que ces colonies ont, à la longue, formé autant de foyers d’une
civilisation mixte qui, de proche en proche, s’est propagée du littoral vers le continent et a
fait prévaloir sur toute l’Afrique du nord, et pour des millénaires, l’esprit de Carthage », écrit
Jérôme Carcopino, universitaire français et historien spécialiste de la Rome antique.
Récupérée par les numides, Sarim Batim devint Cirta, et entama une phase de développement
qui fit d’elle un centre commercial gigantesque et un important carrefour africain à même de
rivaliser avec Carthage.
1
[Link], «Le Ravin de Constantine et les origines de Cirta», in: Recueil des Notices et Mémoires de la
société Archéologique de la province de Constantine, N° LXIV, P10-17.
2
Ces deux grottes superposées se situent sur le coté nord de Sidi M'cid .Leur fouille , d'ailleurs incomplète ,
révéla des restes humaines , des instruments paléolithiques , des grattoirs , des pointes en silex et des restes
d'animaux (rhinocéros ours des cavernes , sangliers , zèbres , gazelles , antilopes et panthères ). La grotte de
l'ours abrite aujourd'hui les nids des pigeons qui y trouvent la quiétude
3
A. Bouchareb, Cirta Ou Le Substratum Urbain De Constantine, thèse de doctorat d’état, Université Mentouri
Constantine, 2006, p444.
4
Baal est une appellation générique d'un dieu, accompagnée d'un qualificatif qui révèle quel aspect est adoré :
Baal Marcodés, dieu des danses sacrées ; Baal Shamen, dieu du ciel ; Baal Bek, le Baal solaire ; et surtout, Baal
Hammon, le terrible dieu des Carthaginois. Ainsi, chaque région avait son dieu, son Baal local. Baal est devenu
l'appellation punique de nombreux dieux d'origine sémite dont le culte a été célébré depuis le IIIe millénaire av.
J.-C. jusqu'à l'époque romaine.
95
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
La montée en puissance de Massinissa5, né dans une tribu massyle6, qui s’allia dans un
premier temps à Carthage dans sa guerre contre les Romains et leur allié Syphax roi des
Massaessyles7 avant de rejoindre le camp de Rome, conféra à Cirta le statut d’une grande
capitale d’un Etat puissant doté d’institutions inspirées de celles de Rome et de Carthage
comme les grands palais, les grands temples et aussi les grands marchés8.
5
Massinissa, est un roi Amazigh, et le premier roi de la Numidie unifiée.
6
Les Massyles sont un peuple qui a habité le nord-est de l'actuelle Algérie vers le IIIe siècle av. J.-C. Virgile,
dans l'Enéide, en fait des alliés de la reine Didon. Ils sont alors établis dans la région allant de Cirta jusqu'à
l'actuelle Tunisie.
7
Les Massaesyles sont un peuple libyque. C'était, avec les Massyles, l'un des deux peuples numides qui vivaient
dans l'actuelle Algérie et une petite portion du nord du Maroc jusqu'au fleuve Moulouya
8
LESCHI. L. «De la Capitale Numide à la colonie Romaine», in: Recueil des Notices et Mémoires de la société
Archéologique de la province de Constantine, N° LXIV, P29-30.
96
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Exploitant la décadence du royaume numide chancelant sous le poids des divisions et tirant
profit des rivalités opposant Jugurtha à ses deux cousins dont Adherbal, les Romains ont
réussi à s’introduire profondément en Afrique du nord, et se sont emparés de Constantine en
46 avant J.C. Les Romains furent chassés une première fois par une résistance locale avant de
réussir une seconde fois à s’emparer de Constantine et de son territoire9.
En l’an 27, les Romains procèdent à une réorganisation administrative territoriale en créant
l’union de Cirta englobant les villes de Milev (Mila), Khulu (Collo) et Rusicada (Skikda) et
ayant pour capitale Cirta (carte.02). Chacune de ces villes bénéficiait d’une certaine
autonomie et avait son propre gouverneur dans le cadre d’une sorte d’union fédérative qui a
duré jusqu’en 251.10
Carte.02 :L’union de Cirta. Source : A. Bouchareb. Thèse de Doctorat d’Etat, Université Mentouri
Constantine, 2006.
9
MERCIER, Ernest. Histoire de Constantine, J. Marle et F. Biron. Constantine, 1903. P:P26-28
10
JOLEAUD.L, «Les Origines de la Ville de Constantine(Algérie)», in: Bulletin de la Société de Géographie d
Alger et de l Afrique du Nord, 1918.P :10-11
97
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Cirta avait joui d’une période de stabilité et de sécurité avant de faire les frais d’un conflit au
sommet de l’empire romain et à l’issue duquel, elle fut partiellement détruite par l’armée de
Domitius Alexander et son armée en 31111. Elle demeura dans cette situation jusqu’à la venue
de Constantin 1er en triomphateur. Celui-ci entrepris, dès l’année 313, une vaste opération de
rénovation de la ville et de ses remparts, et lui donna le nom sous lequel elle est connue
jusqu’à aujourd’hui : Constantine12.
La cité avait connu alors un développement urbain et démographique sans précédent
transformant radicalement son visage d’agglomération provinciale à une ville dotée
d’institutions militaires, civiles et religieuses.
Elle était protégée d’une grande muraille comportant des portails donnant sur deux quartiers
dont l’un s’étendait du nord au sud alors que l’autre s’étendait d’est en ouest, entrecoupés de
rues secondaires selon un plan sous forme de damier romain dont le centre était occupé par
une grande place publique (forum) où se rencontraient deux artères principales.
Selon A. Berthier, le forum est situé entre la casbah et l’emplacement où a été érigé plus tard
le palais du Bey ou il y avait aussi un capitole et des temples13.
Parmi les infrastructures publiques qui lui renforçaient son aspect sédentaire, on cite les
théâtres, les ponts, les châteaux d’eau et les bains alimentés par les nombreuses sources d’eau
chaude découvertes en quantité au centre de la ville et en dehors des murailles qui
l’entouraient14 (carte.03).
Les Romains ont mis en œuvre tout leur savoir-faire pour assurer l’approvisionnement de la
ville en eau potable grâce au système des aqueducs dont l’unique trace tangible est
aujourd’hui visible sous la forme d’arcades en ruines situées à proximité de l’actuelle gare
routière.
Cette évolution urbaine et architecturale, fruit d’une stabilité politique et sécuritaire, n’a pas
duré longtemps, et Constantine dut faire face, entre 455 et 539, à des incursions vandales puis
byzantines qui rencontrèrent une vive résistance de la part de la population. Mais vaincu en
Egypte et en Syrie et miné par des conflits internes, l’empire byzantin en déclin ne résista
guère devant la poussée des Arabes.
11
Lucius Domitius Alexander est un vicaire d'Afrique, patron du diocèse sous la tétrarchie.
12
JOLEAUD.L, «Les Origines de la Ville de Constantine(Algérie)».op-cit. P : 11
13
MERCIER, Ernest, op-cit, P71-72.
14
Les restitutions élaborées concernant Cirta à l’époque romaine restent des propositions superficielles,
manquant de détails et ne montrant aucun appui sur la réalité
98
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Carte .03 : Croquis de Constantine sous les romains selon Ernest Mercier. Source : Benidir Fatiha Thèse de
Doctorat d’Etat, université de Constantine, 2007
99
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
La chute de Rome, la défaite des Vandales et le recul des Byzantins au Maghreb eut comme
conséquence directe la reconstitution de nombreuses principautés berbères notamment dans
les Aurès. La résistance des tribus berbères devant les menées des Omeyades est dirigée par
Dihya, « El Kahina », une femme d’une grande autorité dont on dit qu’elle pratiquait le
judaïsme. De 688 à 708, elle réussit à réunifier plusieurs tribus berbères avant d’être vaincue
par l’armée de Hassan Ibn Nu’man. En 708, les Omeyades sont maitres de l’ensemble de la
région qui s’étale jusqu’à Tanger.
L’islamisation du Maghreb commence alors avec la reconversion de plusieurs tribus berbères
et à leur tête les Maghraouas15.
Un fait est cependant sûr : Constantine, si bien fortifiée par sa propre situation géographique,
n’ouvrit pas facilement ses portes aux arabes conquérants que lorsque toute résistance berbère
fut vaine.
D’après P.L. Cambuzat, Constantine fût occupée par les arabes musulmans au début du VIII
ème siècle. Ils en firent par la suite un lieu stratégique pour essayer de soumettre les tribus
environnantes. Elle fût réellement conquise plus tard et devint « la citadelle de l’Ifriqiya
Fatimide »16.
Il a dû exister, sous les Fatimides, à Constantine, une communauté latine et chrétienne
coexistant avec les berbères arabisés.
Les Zirides en firent probablement, « le siège du gouverneur ». Leur pouvoir fût maintenu sur
la citadelle malgré la fréquence des rebellions des tribus environnantes.
C’est sous le règne des Hammadites que Constantine fût intégrée dans le territoire commandé
par Bejaïa, siège du gouvernement. Parmi les édifices célèbres de Constantine à cette époque,
on cite la grande mosquée.17
Islamisée à l’instar de l’ensemble de la région du Maghreb, la population constantinoise
adopta progressivement l’Arabe, la langue du Coran. Après sa soumission, la ville connut une
période faste où le commerce était florissant. Sous les Hafsides, elle constitua un centre
urbain d’égale importance avec Bougie la Hammadite.
15
Maghraouas sont une tribu berbère médiévale faisant partie de la confédération des Zénètes
16
MERCIER, Ernest, op-cit, P71-72.
17
[Link], «Inscriptions arabes de la province de Constantine», in : Annuaire de la société
archéologique de la province de Constantine, 1856-1857, P81-82.
100
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Les hafsides avaient établi les institutions politiques, militaires, religieuses et commerciales.
Ils avaient réalisé de gros œuvres tels que l’agrandissement de la Casbah pour en faire un
centre d’administration et de défense, la fortification des remparts, la création de nouveaux
parcs et jardins et le renforcement du système de défense de la ville. Ceci est clairement
indiqué dans le passage suivant de Mahfoud Kaddache :
« L’aspect de Constantine a été modifié par l’islamisation. Constantine a été l’une des villes
principales de l’État hafside et a rivalisé avec Bougie pour la prédominance dans l’Algérie
occidentale. La casbah était Construite à l’époque almohade, fut restaurée à deux reprises
sous les Hafsides. (…) A l’extérieur de la ville, les princes hafsides avaient leur parc de
plaisance (Ryad), il y avait même un hippodrome officiel. La masse de la population était
essentiellement berbère, et la ville se partageait en quartiers ou çoffsinféodés à des familles
puissantes appartenant à une vieille et riche bourgeoisie. »18
18
KADDACHE, Mahfoud. L'Algérie médiévale, Entreprise nationale du livre, 1992.p : 153
19
GAFFAREl, P ; L’Algérie, histoire, conquête et colonisation, Librairie de Firmin- Didot et Cie, Paris, 1883,
p.611.
20
VAYSSETTES, E. Histoire de Constantine sous la domination Turque, Editions Bouchene, 2002. P39.44
101
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
pour les nouveaux maîtres des lieux. Il a fallu plusieurs étapes pour que l’institution beylicale
arrive à étendre son autorité sur l’ensemble du territoire constantinois : c’est le constat auquel
ont abouti de nombreux historiens21.
La mainmise totale des Ottomans sur Constantine ne fut effective qu’aux alentours de 1560
après une longue période marquée par une instabilité chronique durant laquelle pas moins de
vingt beys se sont succédé à la tête du beylik de l’Est22.
Entre 1530 et 1560, Constantine était le théâtre d’intrigues, d’alliances et de contre-alliances
avant l’éviction définitive des notables qui manifestèrent leur opposition aux Turcs, à l’image
des Ouled Abdelmoumen, au profit d’une élite autochtone qui s’était ralliée au nouveau
pouvoir, à l’instar des Ouled Bencheikh Lefgoun. Certains membres de cette caste familiale
connurent une ascension sociale et politique remarquable.
Après avoir stabilisé son pouvoir grâce au soutien précieux d’une grande partie de la
bourgeoisie locale, l’oligarchie ottomane s’attela à transformer le visage d’une ville prévue
pour devenir la capitale d’un territoire s’étalant de Tabarka à Bejaïa, et de la côte
méditerranéenne au Souf.
L’évolution urbanistique de la ville à cette époque a été caractérisée par l’augmentation du
nombre des mosquées. Elle en totalisait pas moins de 69 de différentes dimensions et dont
l’intérêt architectural variait de l’une à l’autre23.
Quant aux autres infrastructures destinées à l’éducation, un rapport consacré à l’enseignement
général à Constantine durant cette époque, établi en 1948, a recensé 7 établissements
secondaires (medersas) et 90 établissements primaires (katatib ou kouttab)24. Cette situation
prévalait jusqu’à la veille de l’occupation française. Parmi les medersas les plus célèbres, on
peut citer celle de Sidi El Kattani et celle de Djamaa Souk El ghazel.
S’agissant des zaouïas, l’historien Mercier en a catalogué onze (11) dont El Hanafia,
Tlemçani, Moulay Tayeb, Ben Redouane et Benabderrahmane…25
Selon le registre destiné au foncier inscrit au waqf et établi par Salah Bey, il existait 13
zaouïas à Constantine 26(carte.04).
21
MERCIER, Ernest. Histoire de Constantine, Marle J et Biron F, Constantine. 1903. P193.
22
E. VAYSSETTES, «Histoire de Constantine sous la domination Turque de 1517 à 1837», in: Recueil des
Notices et Mémoires de la société Archéologique de la province de Constantine, 1867, P275-285.
23
[Link], les anciens établissements, «les anciens établissements religieux musulmans de Constantine», in
Revue Africaine, 1968. P130.
102
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Quoi qu’il en soit, le nombre des zaouïas, ces structures dispensant un enseignement
essentiellement religieux appuyé par un apprentissage de la langue arabe selon des méthodes
traditionnelles, demeure un indice fiable de l’évolution du bâti architectural religieux pendant
cette période. En plus de ces infrastructures, la ville se distinguait déjà par un ensemble de
bâtisses dont les plus prestigieuses étaient indiscutablement le palais du Bey, Dar El Bey, la
garnison de la Casbah et Dar El Imama. Le Vieux rocher était compartimenté en quatre
quartiers : Ettabia au sud, la Casbah au nord-ouest, Bab El Kantara au nord-est et Bab El Jabia
au sud-est, et réunissait en intra-muros plusieurs commerces dont 24 souks, des hammams et
des foudouks (carte.05).
103
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
104
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
27
BENIDIR.F, Urbanisme et Planification Urbaine le cas de Constantine, Thèse de Doctorat d’état, Option :
Urbanisme, Département d’Architecture et d Urbanisme, Université de Mentouri-Constantine, 2007.P :44
28
Ibid.
105
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
29
DAHDOUH, A. Op-cit. P : 96
30
MERCIER, E. histoire de Constantine. Op-cit. P : 221-229
31
VAYSSETTES, E. Histoire de Constantine sous la domination turque. Op-cit, P : 117-120.
32
MERCIER, E. histoire de constantino. P : 304-308.
33
VAYSSETTES, E. Histoire de Constantine sous la domination turque. Op-cit. p : 145.246
106
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Tableau 01 : Liste des Beys ayant gouverné Constantine pendant la domination turque
107
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Moustafa-el-Ouznadji 1209-1795
Osman-Bey 1218-1803
Ahmed-Chaouche-El-Kebaïli 1223-1808
Mhammed-TchakeurBey 1229-1814
108
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
34
VAYSSETTES, E. l’histoire de Constantine depuis l'invasion turque jusqu'à l'occupation de 1835-1837,
l'arndet Paris, 1900, p : 333.
35
GACHI, FA. Constantine durant le règne de Salah bey le bey des beys, Media plus. P : 89
36
BERBROGER, documents sur Alger a l'époque du consulat et de l'empire, in Revue Africaine N° 32 / N°38,
p : 35.
37
BENIDIR,F. Op-cit. p: 47
109
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Il écrasa plusieurs rébellions nées dans des régions lointaines comme Aflou, Laghouat, Biskra
ou Touggourt. Et il fit régner l’ordre dans toutes ces contrées qui reconnurent son immense
courage et aussi son grand talent de négociateur38. Doté de grandes capacités militaires, il fut
appelé en renfort à Alger pour lutter contre une tentative d’incursion menée par l’armée
espagnole soutenue militairement par d’autres nations européennes39. Son implication directe
permit aux Ottomans de remporter une victoire éclatante contre l’envahisseur.
Comme indiqué précédemment, Salah Bey avait un don inné pour l’administration et était un
homme politique par excellence. Il a révisé l’ensemble des lois d'intérêt public existantes et
les a réorganisées, introduisant ainsi la loi sur les Houbous (Wakf) qui a eu une incidence
certaine sur la ville de Constantine et son développement. Cette loi permettait d’immobiliser
des biens déterminés par leurs propriétaires au profit de tel ou tel établissement [Link]
très nombreuses fondations avaient reçu, dans l'origine ou postérieurement, des dotations
consistant en immeubles, dont les revenus étaient affectés à leur entretien. Mais un grand
nombre de ces Houbous remontaient à une époque reculée; leur entretien avait été plus ou
moins négligé ; certains étaient tombés en ruines ou avaient été réédifiés par des particuliers,
de sorte que la tradition du Houbous s'était perdue et que les établissements bénéficiaires,
n'ayant plus de revenus fixes, s'étaient écroulés ou ne pouvaient servir.
38
FERAUD, ([Link]). La Sahara de Constantine, notes et souvenirs, Alger 1979, p 65.
39
GAID, Mouloud. Cornique des beys de [Link]. Alger S.D, p : 163
40
MERCIER, E. histoire de Constantine. Op-cit. P : 294
110
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Salah-Bey fit procéder à une longue et minutieuse enquête, dans le but de rechercher et de
remettre en vigueur ces fondations. Les cadis, muftis et administrateurs des mosquées en
furent spécialement chargés et le résultat de ce grand travail fut consigné dans quatre registres
identiques, dont l'un fut déposé chez le cheikh El-Blad, un autre au Beït El-Mal et les deux
autres, chez les cadis des deux rites.
L'arrêté prescrivant le recollement des houbous date du mois d'avril 1776, et les opérations
continuèrent pendant un certain nombre d'années. Ces documents ont été retrouvés par le
colonisateur et ont permis de reconstituer une fortune publique, dont l'administration a été
confiée au Service des Domaines41.
Le quartier de la place actuelle de souk El Acer et des maisons qui l'environnent était demeuré
dans son état primitif, couvert de masures habitées, en grande partie, par des Juifs. Salah-Bey
le choisit pour y construire sa demeure particulière et le doter d'établissements divers. Il
racheta, à cet effet, les propriétés particulières, soit aux Juifs, soit aux Musulmans, auxquels
elles appartenaient et cela au moyen d'actes réguliers qui existent encore sur les vieux
registres42.
Au centre de ce pâté informe de maisons, se trouvait le tombeau d'un saint personnage, Sidi-
El-Kettani. Le bey commença par lui édifier une fort belle mosquée, dont le corps subsiste,
mais dont la façade sur la place, et celle formant l'angle de la rue Guignard, ont été
reconstruites par les français. A la mosquée, il adjoignit une medersa, placée, également, sous
le vocable de Sidi-El-Kettani que nous allons étudier en détail au prochain chapitre.
41
Ibid. P : 295
42
BENIDIR,F. Op-cit. p: 46
111
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
La place était, autrefois, beaucoup moins large. En face de la mosquée, et sur la partie latérale
de droite, il établit un grand nombre de boutiques entourant l'emplacement libre, qui devint un
marché appelé Souk-El-Djemâa (du vendredi), actuellement Souk-El-Acer.
Dans le cadre de la réorganisation urbaine de la ville, Salah Bey entreprit une vaste opération
de regroupement des juifs au niveau d’un seul secteur qui se prolongeait de Bab El Oued à
Bab El Kantara. Auparavant, les juifs vivaient dispersés au sein de la population, et cette
situation était souvent l’origine d’un certain nombre d’incompatibilités qui se transformaient
parfois en conflits latents. C’est donc dans le but de mettre fin à ce « dysfonctionnement »
social, qu’il prit la décision de réserver le quartier Echaraâ à cette communauté considérée
certes comme constantinoise à part entière, mais dont les particularités étaient clairement
affichées43.
Le règlement de la question juive de cette manière valu au Bey de nombreuses critiques de la
part de certains historiens qui ont vu dans ce mouvement démographique une simple et
vulgaire tentative de ghettoïsation à peine dissimulée. Le regroupement des juifs dans un seul
et même lieu avait largement contribué à l’évolution urbaine et commerciale du quartier
Echaraâ, mais cela n’empêcha nullement certains esprits étriqués d’en tirer des conclusions
fantaisistes en assimilant cette opération à une volonté du Bey de mieux contrôler les juifs.
Le quartier Echaraâ constituait une des périphéries les plus proches de la demeure et du palais
du Bey, c'est-à-dire le centre du pouvoir. A cette époque, il était encombré de ruines et
quelques misérables masures donnant au ravin sur lequel elles étaient entassées une image de
désolation44. Salah Bey y entreprit des travaux de nivèlement et l’assigna comme lieu de
résidence pour les juifs. Ces derniers y construisirent une artère principale formant la rue
Grand telle qu’elle était dans son état original, et des ruelles adjacentes. Le tout constitua le
quartier Echaraâ affecté aux juifs auxquels il était défendu de loger ailleurs.
43
GACHI, F. Op-cit. P : 77
44
CHERBONNEAU, A .inscription arabe de la province de Constantine. Annuaire archéologique de
constantine.p355-356
112
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Parmi les grands travaux d’utilité publique inscrits sur le registre des réalisations de Salah
Bey, figure en premier plan la restauration du grand pont d’El Kantara (fig.02), unique voie
de communication entre la ville (le Vieux rocher) et la rive droite du Rhumel.
Composé de quatre arches superposées en deux rangs de deux, ce pont construit par les
Romains avait subi des dommages. Deux de ses arches étaient écroulées ou avaient été
démolies durant des périodes de siège, et le passage était interrompu depuis cinq siècles ! La
réparation et la mise en service d’un ouvrage d’une telle nature étant au dessus des facultés
des artisans locaux, Salah Bey fit appel à ses nombreuses relations en Europe avant de
s’entendre avec un ingénieur originaire de Mahon que les chroniques autochtones désignent
sous le nom de Bartolomeo. Le chantier fut ouvert en 1792, mais une première difficulté faillit
l’hypothéquer définitivement. Confronté au retard accusé par le transport des pierres conçues
pour ce genre de restauration provenant des Baléares jusqu’au petit port de Stora avant leur
acheminement à Constantine, le Bey décida de se rabattre sur des matériaux puisés
localement. Ainsi, on procéda à la démolition d’une construction romaine dont l’arc était
intact et qui donnait vraisemblablement accès à un ancien amphithéâtre appelé « Ksar El
Ghoula » ou le palais de l’ogresse afin d’en récupérer les structures en pierres. On procéda
aussi à la récupération des grosses pierres ayant servi à la construction d’un immense ouvrage
qu’on appelait la Batterie tunisienne dans le but d’accélérer les travaux. Grâce à la
persévérance du Bey et au savoir-faire de l’architecte chargé des travaux, la restauration du
pont fut menée dans des conditions jugées satisfaisantes, et cette importante voie de
communication fut rétablie et rouverte à la circulation après une interruption de plusieurs
siècles45.
Exécuté sur ordre du pouvoir central et à la suite d’une série de provocations menées contre
lui par les sectes maraboutiques, Salah Bey n’eut pas la chance d’assister à l’inauguration du
pont, mais son œuvre agrémenté de la mise en service de l’aqueduc romain approvisionnant la
ville d’une eau potable ramenée de Djebel El Ouahch témoigna de son apport. En 1857, le
pont d’El Kantara s’écroula en partie avant d’être reconstruit.
45
MERCIER, E. histoire de Constantine. Op-cit. P : 295-296
113
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Carte 06 : Zones d’intervention urbaines et architecturales de Salah bey. Source : GACHI, FA. « Kasantina fi
ahd Salah bey bey des beys », Constantine durant le règne de Salah bey le bey des beys, Media plus. P : 79,
avec modification de l’auteur
114
Chapitre I : Constantine cité millénaire et berceau des civilisations Deuxième partie
Conclusion
L’histoire de Constantine remonte loin dans le passé. Même si aucun historien n’est en
mesure de situer le premier peuplement de cette cité, de nombreux écrits prennent comme
point de départ le III ème siècle avant J C et l’époque punique. Ainsi, elle apparut dans un
contexte marqué par le conflit mortel opposant Carthage à Rome. L’épopée de Massinissa roi
de Numidie qui fit la guerre aux côtés des Carthaginois avant de devenir l’allié de Rome
constitue un pan important de l’histoire de cette ville. Elle fut punique, romaine, vandale et
byzantine avant de se soumettre à l’influence musulmane. C’est en quelque sorte le résumé
historique de cette cité millénaire qui connut des périodes très agités et que Chanoine R
Charlier décrit comme une « ville étrange en effet, où des peuples, des croyances, des mœurs,
des civilisations variées et différentes se frôlent, se coudoient, sans cependant jamais se
pénétrer réellement ». De cette image qui fut réelle par le passé, il ne subsiste plus que
l’héritage matériel colonial et quelques vestiges datant de l’époque ottomane. Parmi ces
vestiges, la mosquée Sidi El Kattani et la medersa portant le même nom occupent une place
de choix, au regard du rôle cultuel et culturel accompli par ces deux véritables institutions
sous le règne des beys, durant la période de colonisation et après l’indépendance. Edifiées par
Salah Bey, le plus illustre des beys, la mosquée et la medersa avaient, à leur époque, renforcé
grandement le cachet religieux et culturel de Constantine, tout en apportant une modification
notable à son aspect architectural. Selon Georges Marçais, « cette medersa pourrait être
assimilée dans une certaine mesure aux collèges maghrébins du moyens âge ». Pour nous,
l’apport historique de cette medersa à la sauvegarde des aspects identitaires algériens
constitue un argument valable pour qu’elle soit préservée en tant que patrimoine national. La
meilleure manière de conserver la charge émotionnelle qu’elle véhicule consiste à la
revaloriser, il s’agit surtout de faire perpétuer l’esprit civilisationnel et éducatif divulgué par
cette medersa durant des décennies, en l’adaptant à l’évolution du contexte actuel.
C’est ainsi que nous allons présenter cette medersa et étudier ses différentes facettes, dans le
prochain chapitre.
115
Vers une revalorisation du patrimoine religieux précolonial
CHAPITRE II : PRESENTATION
DE LA MEDERSA D SIDI EL
KATTANI
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Introduction
Nous avons abordé dans le précédent chapitre les principales réalisations architecturales
effectuées sous l’ère ottomane et leur impact sur l’organisation du centre-ville de Constantine,
en mettant en exergue deux infrastructures, la medersa et la mosquée Sidi El Kattani, qui
constituent aujourd’hui un témoignage encore vivant de l’apport de Salah Bey dans la
nouvelle orientation urbaine de l’antique Cirta. Nous allons procéder dans la première partie
du présent chapitre à la présentation de la dite medersa, à travers un aperçu d’ensemble sur la
date de sa création, son implantation, ses multiples usages ainsi que les différentes
transformations qu’elle a subie depuis sa fondation.
La deuxième partie du chapitre sera consacrée à la description architecturale de ce monument
afin de mieux comprendre son organisation spatiale et ses multiples éléments architecturaux
et architectoniques. Cette description nous permettra aussi de saisir toute la dimension
esthétique d’inspiration religieuse dégagée par le style de décoration utilisé dans la réalisation
de cette medersa, dont certains aspects, qui demeurent toujours intacts, reflètent encore toute
la valeur historique de cet édifice incarnée par l’existence mitoyenne d’une nécropole dédiée à
Salah Bey et aux membres de sa famille.
En optant pour cette approche à deux niveaux, nous avons voulu cerner toute la problématique
matérielle et spirituelle liée à ce lieu historique dans le but d’identifier ses caractéristiques
architecturales et sociologiques tout au long de son évolution, depuis sa fondation jusqu’à nos
jours. Nous n’avons nullement l’intention de faire parler les pierres ou d’implorer les
« esprits », mais d’essayer de réinventer l’« atmosphère » qui a régné dans cette institution
pendant des décennies, en interrogeant des faits et des évènements liés à l’histoire d’une
medersa dont l’apport cultuel et intellectuel a marqué des générations d’Algériens qui ont
réussi à inscrire leurs noms en lettres d’or sur le registre du nationalisme et de la lutte contre
le colonialisme. En raison du rôle important joué par cette medersa dans la prise de
conscience nationale, nous n’insisterons jamais assez sur la nécessité de sa revalorisation en
tant que symbole et en tant que lien mémoriel. Notre objectif ne se limite guère à revisiter
l’histoire d’une medersa qui a fait son temps, mais d’alerter l’ensemble des parties qui se
sentent concernées par son devenir afin qu’elles agissent dans le cadre d’une dynamique de
remise à niveau d’un patrimoine ancestral usé par le temps et l’indifférence.
117
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Selon un texte sculpté sur une plaque commémorative en marbre fixée au-dessus de l’entrée
principale de l’édifice, façade sud, la medersa Sidi El Kattani fut fondée en 1190 de l’hégire
correspondant à 1776 du calendrier grégorien. Après consultation des registres (wakf) de
Salah Bey, il ressort que la date inscrite sur cette plaque, encadrée et décorée à l’aide de
motifs floraux ainsi que d’une écriture de style maghrébin ,serait celle annonçant la fin des
travaux. En conséquence, sa construction aurait démarré avant 1189 correspondant à 1775.
Dans un document (wakf) daté du mois de ramadhan de l’année 1188 correspondant au mois
de novembre 1774, il est stipulé la mise par Salah Bey d’un ensemble de neuf (9) boutiques,
situées au souk El Djemââ, à la disposition de la « grande mosquée » fondée par ses soins au
niveau du souk cité plus haut. Le poème en langue arabe que nous rapportons ci-dessous
illustre parfaitement les objectifs visés par le fondateur de la medersa Sidi El Kattani (fig.01).
1
[Link]/wiki/_أﺑﻮ_اﻟﻔﯿﺾ
118
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Traduction du poème :
1. Au non d’Allah, le bienfaiteur miséricordieux. Que dieu répand ses grâces à celui dont
Mohamed
2. le siècle fut heureux grâce à celui dont les bienfaits comblèrent les musulmans, et
dépassèrent les plus extrêmes limites.
3. ce fut un prince qui accumula les bonnes œuvres avec persévérance, il préféra les avantages
de l’autres vie à ceux d’ici-bien
4. Il a fait revivre l’enseignement de la science après qu’il fut tombé dans le néant, et construit
dans ce but un édifice, pieuse fondation.
5. C’est une école qui projette les rayons de la lumière ; comment serait-il autrement : c’est
bien une perle, en propre terme.
6. Due à la magnanimité du Très magnifique Salah, ce combattant a la guerre sainte, qui veut
gagner les faveurs de son maitre
7. Dieu le gratifiera d’une félicité éternelle ; au jour de la résurrection il comblera ses désirs
8. la date est indiquée par ces paroles : la plus glorieuse des belles actions est de l’avoir bâti
en paix. Ce poème renferme, en des termes codés, selon la classification du système
abécédaire arabe, la date d’inauguration de cette medersa, la numération abjad2.
2
Un abjad, ou alphabet consonantique, est un alphabet ne notant que des consonnes (ou notant principalement
les consonnes), comme en arabe ou en hébreu
119
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Cet édifice se trouve dans un site chargé de symboles culturels musulmans, juifs et chrétiens
se côtoyant à travers les différents bâtiments institutionnels et culturels qui entouraient la
place : mosquées, consistoire, ex-tribunal……
120
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Figure 2 : Plan de situation de la medersa de Sidi El Kattani. Source : PPSMVSS vieille ville de
Constantine. Février 2011. BET [Link]
L’ex tribunal
L’ex tribunal
La mosquée
La medersa
La mosquée
Figure 3 : Plan de masse de la medersa de Sidi El Kattani. Source : PPSMVSS vieille ville de Constantine.
Février 2012. BET [Link]
121
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
I.3.1Période Ottomane
Depuis sa création, la medersa Sidi El Kattani n’a cessé de prendre de l’ampleur en raison du
rôle qu’elle avait commencé à assumer dans la société constantinoise. En peu de temps, sa
réputation a dépassé les frontières du pays. Devenue un véritable pôle pour la diffusion du
savoir et des sciences religieuses, elle n’a pas tardé à avoir un grand impact sur la formation
d’une nouvelle élite qui ne manquera pas, plus tard, d’influencer sur le cours des évènements.
Grâce à la qualité de son enseignement et à son système d’organisation, la medersa Sidi El
Kattani avait fini par acquérir une notoriété certaine dont l’écho est arrivé jusqu’au Machrek.
Rendues célèbres pour plusieurs raisons, la medersa Sidi El Kattani et la mosquée portant le
même nom ont grandement contribué à la consolidation de l’image désormais collée à
Constantine en tant que cité du savoir et des savants. Une image nullement usurpée au vu de
l’évolution de la société constantinoise à cette époque marquée par une immense activité
culturelle assurée par une multitude de medersa dont la plus célèbre était sans conteste la
medersa Sidi El Kattani. Parmi tous les intellectuels qui ont évoqué dans leurs travaux,
l’histoire de Constantine, qui mieux qu’Abdelkrim Badjadja pourrait attester de la portée
d’une medersa ayant contribué à pérenniser le nom de Salah Bey ? « A Constantine, la plus
célèbre Medersa est celle de Sidi El Kattani qui fut construite en 1775-1776, à l’époque de
Salah bey », avait-il reconnu.3
3
BADJADJA Abdelkrim. Un regard constantinois suite aux confessions d’un archiviste algérien, Constantine
une ville trois fois millénaire, tome 2. 2008. P : 33
4
GEANGAUD, Isabelle. La ville Imprenable, une histoire sociale de Constantine au 18éme siècle. Media plus,
2008. P266
5
MERCIER, Ernest. Histoire de Constantine, op-cit. P294.
122
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
La medersa était dotée d’une administration composée d’un agent responsable du budget (Un
oukil), et d’un autre agent chargé de l’entretien et de la garde (chaouch).6
Ce personnel percevait un salaire fixe provenant des recettes des biens wakf. « Le salaire de
l’enseignant était fixé à 30 riyals annuels, celui de l’agent responsable du budget était à
hauteur de 8 riyals, celui de l’agent d’entretien était à hauteur de 7 riyals annuels. Quant aux
élèves, ils percevaient chacun une somme de 6 riyals annuels.»
Le programme pédagogique de la medersa était axé autour de l’apprentissage du Coran et son
exégèse, la sunna ou la tradition du prophète, le fiqh ou la jurisprudence selon le rite malékite,
la théologie et la grammaire de la langue arabe.
Les cours étaient étalés sur toute la journée à raison de trois séances par jour. La première
séance commence après la prière du matin (sobh), la seconde débute après la prière de la mi-
journée (dohr) et se termine avant la prière de l’après-midi (Asr) et la troisième jusqu’à
l’approche de la prière de fin de journée ou crépuscule (Maghreb). En plus de la lecture et de
la récitation du Coran qui était biquotidienne, les élèves étaient soumis à la révision chaque
jeudi et vendredi de « Dalayel El Khayrate » ou « les indices du bien », un livre phare de la
doctrine malékite. Certaines matières comme le hadith, c'est-à-dire les récits rapportant la
tradition du prophète, étaient programmées selon un calendrier précis englobant Rajab,
Chaâbane et Ramadhan, trois mois de l’hégire7.
La medersa n’acceptait que les élèves célibataires qu’ils soient issus d’un milieu urbain ou
d’un milieu rural. Ces derniers étaient soumis à un règlement intérieur strict que chacun était
tenu à respecter scrupuleusement au risque de se voir infliger une sanction qui pourrait aller
jusqu’à l’expulsion pure et simple de la medersa. Parmi les points relevés, nous citerons à titre
d’exemple ce qui suit :8
- Il était strictement interdit de passer la nuit hors de la medersa sans justification
majeure.
- Les fonctionnaires et les élèves externes n’avaient le droit de passer la nuit à
l’intérieur de la medersa.
- L’exclusion définitive de tout élève qui passe dix ans dans la medersa sans que son
niveau ne s’améliore.
- Les vacances annuelles sont d’une durée de 20 à 30 jours. Tout élève qui ne rejoint
pas la medersa après la durée fixée est exclu en cas d’absence de justification.
6
Ibid
7
Ibid. p : 127
8
Ibid. p : 127
123
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
A travers ce règlement intérieur, on s’aperçoit clairement que Salah Bey était d’une grande
exigence concernant l’ordre et la discipline ; des paramètres essentiels à la bonne marche
d’une medersa qui avait l’ambition de devenir une institution respectable formant une
véritable élite instruite et éclairée.
I-3-2Période coloniale
L’administration coloniale n’a pas tardé à sceller le sort de cette medersa et l’a annexée
comme un bien appartenant aux domaines de l’Etat français, sous prétexte qu’elle faisait
partie des propriétés du Bey et que par conséquent, il n’y avait pas lieu à lui accorder le statut
d’un bien « waqf » comme cela fut le cas pour la mosquée Sidi El Kattani. La décision fut
prise le 13 octobre 1837, avec la prise de Constantine9.
C’est d’ailleurs dans un imbroglio juridico-administratif que la medersa cessa toute activité
éducative et culturelle. Treize ans plus tard, et à l’occasion de la célébration du 65 ème
anniversaire de la révolution française, l’administration coloniale décide d’ouvrir six écoles
dites franco-arabes à Alger, Oran, Annaba, Blida, Mostaganem et Constantine.
L’enseignement dans ces écoles était bilingue en français et en arabe. C’est dans ce contexte
que la medersa Sidi El Kattani fut remise en activité le 30 septembre 1850 dans le but
d’assurer la formation d’agents d’administration algériens qui seront appelés à servir l’Etat
français. Des enseignants français et algériens, à l’image de Mohamed Chadli Ben Issa El
Bouzidi, furent employés afin d’atteindre cet objectif. Il va sans dire que durant toute cette
période et jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, la medersa était régie selon les lois de l’Etat
français laïc.
On l’appelait alors Medersa « Enseignement Supérieur Musulman » (fig.04)
Parmi le personnel, directeur et enseignant, qui ont exercé dans cette medersa durant la
période coloniale, nous citerons 10 :
129 ص،" ﻋﻦ" ﻣﺠﻠﺔ اﻟﺘﺮاث، اﻟﻤﻌﮭﺪ اﻟﻜﺘﺎﻧﻲ ﺑﻘﺴﻨﻄﯿﻨﺔ، أﻣﻘﺮان اﻟﺴﺤﻨﻮﻧﻲ9
10
Direction des affaires religieuses de Constantine
124
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
125
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
une image civilisatrice comme elle le prétendait dans ses différents discours. Mais la réalité
était tout autre ; Car sous cette couverture qui donnait l’impression que la France s’engageait
à offrir aux enfants algériens une instruction digne de ce nom, se dissimulait le véritable
objectif : créer les conditions favorables à l’émergence d’une catégorie d’Algériens sans
mémoire et dont l’allégeance à la puissance coloniale serait totale. Cette politique éradicatrice
au sens propre du mot offrit peut-être à la France des dizaines d’agents autochtones serviles,
mais n’entama en rien l’attachement de cette medersa aux valeurs islamiques qui constituaient
de véritables vecteurs d’une conscience patriotique exprimée par de nombreux élèves qui ne
tardèrent pas à devenir d’illustres combattants pour l’indépendance de l’Algérie à l’image de
Houari Boumediene qu’il est inutile de présenter et Ali Kafi qui a été membre du Haut
Conseil d’Etat avant d’en assurer la présidence, de juin 1992 à janvier 1994. Il est à préciser
que c’est le HCE qui a dirigé l’Algérie après la démission de Chadli Bendjedid. La medersa
Sidi El Kattani a été un réservoir inépuisable de moudjahidines ayant combattu dans les rangs
de l’Armée de Libération Nationale. La quasi-totalité de ces anciens élèves ont été d’un
apport précieux d’une révolution armée qui avait besoin d’encadrer ses militants de base par
des éléments lettrés.
126
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
La medersa a fait l’objet d’une opération de restauration à l’époque de Napoléon III. Celui-ci
avait procédé en effet à la doter d’un étage avant sa réouverture. La medersa était constituée
auparavant d’un rez-de-chaussée comme le montre le dessin réalisé par Sourdeval en 1875.
(fig.05)
Figure 5 : Photo de la medersa prise par SOURDEVAL, en 1857. Source : photo ancienne
127
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Figure 7 : Medersa de sidi el Kattani avant la restauration. Figure 8 : Medersa à l’ère actuelle. Source :
Source : photos ancienne. 1837 auteur
128
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Après plusieurs décennies d’abandon, la medersa a fait l’objet d’une opération de restauration
entamée en 2001 et terminée en 2003. Il a donc fallu attendre 39 ans après l’indépendance
pour que les pouvoirs publics daignent regarder ce monument historique menaçant en ruines
et décider de le reconstituer dans le cadre d’une opération d’embellissement qui a touché en
même temps l’ex-tribunal mitoyen à la medersa. Aussi, nous ne manquerons pas d’aborder
tous les changements qui ont été apportés à cet édifice au prochain chapitre.
Les travaux à entreprendre sur des bâtiments existants, exigent une planification soignée et,
avant tout, des plans précis. Mais, fréquemment, les plans anciens n’existent plus ou sont très
incomplets. Un relevé exact de l’ouvrage est alors, la plupart du temps, inévitable.
Dans le relevé d’architecture, on trouve une documentation technique (plan, coupe, façade et
détails) grâce à laquelle, il est aisé de corriger les éventuelles déformations qui auraient pu se
produire. Le relevé d’architecture pourrait être comparé à une fiche d’identification
permettant au chercheur une vision précise de l’édifice concerné. Grâce au relevé
architectural, le personnel chargé de la restauration ou de la revalorisation se trouve en
possession d’un outil de mesure indispensable. Le relevé architectural offre en conséquence
une lecture précise des différentes données. Pour mieux se familiariser avec l’édifice, nous
avons pris l’initiative d’élaborer notre propre relevé architectural, au lieu de se limiter à
l’unique consultation des relevés existants au niveau des différentes directions comme la
DLEP ou la direction des Affaires religieuses.
Pour relever la medersa, nous avons eu recours à la méthode directe (triangulation), elle a été
effectuée à l’aide d’instruments de mesures simples, Le travail été effectué selon deux phases
distinctes, l’une appelée de compagne et l’autre d’étude (restitution).
La première partie fut consacrée au mesurage de la medersa tandis que la seconde s’attachait à
représenter cet édifice sous forme graphique.
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Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
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Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
La medersa prend la forme d’une bâtisse rectangulaire composée d’un rez-de-chaussée et d’un
étage. Sa surface totale est de 693,37 m2 dont 108,50 m2 découvert et le reste construit sur
deux niveaux, soit un volume de 4386,53 m3 constitués de 04 corps de bâtiment s’articulant
autour d’un patio.
La façade principale de la medersa surplombe le marché Souk El Asser du côté est. L’actuelle
Dar El Imam la limite au nord et la mosquée Sidi El Kattani au sud. Du côté Ouest les
habitations prennent le relais.
La porte principale de la medersa est séparée du patio par un petit jardin menant vers une
seconde porte à deux battants ouvrant sur une galerie de 12m de longueur et 2m de largeur
donnant sur quatre portes. La première porte donne sur la chaudière, alors que la seconde
porte ouvre sur la loge du gardien. Les deux autres portes mènent vers la medersa. Les murs
de ce couloir sont mis en valeur par des écriteaux contenant des versets coraniques, des
hadiths du prophète et un poème.
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Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Chaudière
Galerie d’entrée
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Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Marbré de forme carrée avec une superficie de 70m², entouré de trois couloirs soutenus par
douze colonnes en marbre. Au milieu du patio, on trouve un bassin en marbre et un oranger
planté au centre. Comme pour toutes les constructions de style arabe, le patio de la medersa
constitue la source principale de lumière et d’aération. Très riche en ornementation, il sert non
seulement d’espace de transition entre les différentes parties de la bâtisse, mais aussi d’espace
de vie.
De forme rectangulaire avec une superficie de 63m², située au rez-de-chaussée, elle est
utilisée aussi comme une salle de prière, et est dotée d’un mihrab orienté vers la qibla. On
accède à cette salle par une porte sculptée.
Les Chambres :
Une salle de conférence : située au premier étage dont les dimensions sont similaires à celles
de la salle de prière.
Un espace sanitaire : rénové à la place de l’ancienne installation ottomane utilisée pour les
ablutions.
Une nécropole :
C’est pratiquement l’unique partie composant la medersa qui a gardé son authenticité. Elle est
située à un niveau supérieur à celui du patio de 1m. On y accède en montant trois marches et
une porte en fer forgé sur laquelle est écrit : nécropole Salah Bey. Quatorze tombes dont neuf
sont identifiées par des pierres tombales se trouvent dans cet espace dont la superficie est de
2,30m². Les tombes, dont certaines sont couvertes de marbre alors que d’autres sont couvertes
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Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
en bois, appartiennent à Salah Bey, des membres de sa famille et aussi des magistrats et des
enseignants ayant exercé dans la medersa. Au fond de cette nécropole, se trouve une porte par
laquelle on accède à un réduit où sont enterrées l’épouse et la fille de Salah Bey. L’ensemble
de cet espace, classé patrimoine national (1913), est aujourd’hui propriété du ministère de la
Culture.
141
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
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Figure19 : Organisation spatiale de la medersa de Sidi El Kattani -1er étage .Source : auteur
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II.3.1.2Les piliers
Il existe quatre supportant la coupole des tombeaux de Salah Bey et les membres de sa
famille. De forme rectangulaire et mesurant 80cm de côté, ils ont été instaurés lors de la
restauration effectuée sous le règne de Napoléon pour remplacer les anciennes colonnes
(fig.21).
80 cm
3 2
1
148
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
II.3.1.3 Murs
En plus des illustrations relatives à la dernière restauration de la medersa qui ont été mises à
notre disposition, les explications qui nous été prodiguées par les spécialistes qui ont mené
cette restauration (madame Hanachi, Sou3ad -chef du projet-, monsieur Mebarki – chef de
service au bureau d'études l’SAU-) nous ont permis de comprendre le système sur lequel a
été basée la construction de la medersa (fig.22).
Murs du RDC :
La construction d’une grande partie de ces murs date de l’époque de Salah Bey.
Murs porteurs :
Construits avec deux matériaux différents : le bois et le moellon, ces murs sont composés de
plusieurs rangées de moellon intercalées par des raidisseurs en bois. La distance entre les
deux matériaux varie entre 60 et 80cm. La pose est assurée par le mortier de chaux. Les
dimensions du moellon sont de 25 jusqu’à 40cm inscrits dans un cube ou un parallélépipède.
Il s’agit des murs extérieurs, des murs de la salle de prière et de la nécropole.
Cloisons : elles sont construites entièrement en brique pleine dont l’épaisseur est de 30cm. Le
mortier utilisé entre les pièces de la brique est à base de chaux hydraulique. D’autres cloisons
construites en brique creuse ont été rajoutées récemment.
Réalisée durant l’époque coloniale, la construction de cet étage s’inscrit parfaitement dans le
style de la structure originale de la bâtisse. Ses concepteurs se sont basés sur les mêmes
méthodes que leurs prédécesseurs ottomans.
La seule différence réside dans l’utilisation de la brique creuse pour la construction des
cloisons
149
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Moellon
Bois
50cm
50cm
Mur porteur de la nécropole Mur porteur de la salle de prière Mur de la salle de conférence
150
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
II.3.2.1. Arcs.
Tableau 2 : Identification des types d’arcs de la medersa de Sidi El Kattani.
Kattani
01
L’arc outre passé se trouve dans : les arcades qui donnent sur le patio, l’encadrement
des portes extérieures
02
L’arc plein cintre se trouve dans : Le mihrab de la salle de prière, L’encadrement des
fenêtres extérieures
151
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
03
152
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Planchers en voutains :
Ce type de planchers a été ajouté dans la période colonial. Dans ce type de planchers Les
éléments porteurs sont des IPN métalliques. Le plancher est constitué de voûtains construits
en brique pleine, avec un revêtement en carrelage de 20/20 cm y compris Chappe de
compression en mortier.
Charpente
Dans le 2ème étage, la couverture est en charpente. Le versant est formé par une double
charpente de poutres principales et secondaires. Ces dernières sont des poutrelles simples,
deux éléments en bois jumelés de section inférieure par rapport aux premières, Le plan incliné
est soutenu par des petits piliers de briques d’hauteur variable qui s’appuient sur des poutres
horizontales jumelées et auxquelles elles sont fixées avec des cordes. Un faux plafond ferme
les combles qui assument ainsi qu’une indispensable fonction d’isolant thermique. Le
plancher des combles est réalisé avec des nattes de roseaux enduites et liées à une légère
charpente de poutrelles.
Il est nécessaire de noter que la charpente qui surmonte les galeries du deuxième étage a été
complètement rajoutée lors de la dernière restauration.
153
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Charpente de l’époque
coloniale
154
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
155
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Le mihrab occupe le milieu du mur de la salle d’enseignement orienté vers la qibla. D’une
hauteur de 2,04m et d’une profondeur de 55cm, le mihrab est chapeauté par un motif décoratif
en demi-cercle dont la forme ressemble à un coquillage. Incrusté à la paroi intérieure du
mihrab avec une profondeur de 89cm, ce demi-cercle est décoré à sa base par une étoile d’où
partent des rayons aboutissant à bande extérieure décorée à l’aide de versets coraniques. Le
mihrab est soutenu en hauteur par deux piliers en marbre noir posés sur deux cubes en marbre
aussi. Cette méthode est utilisée dans de nombreuses mosquées en Algérie (fig.25).
156
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
157
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Certaines parties de la medersa de Sidi el Kattani sont merveilleusement mises en valeur par
l’usage de carreaux de céramique qui gardent encore toute leur beauté d’origine,
particulièrement ceux utilisés dans la nécropole qui se distinguent par leur variété (fig. 27).
Modèles de carreaux en
céramique utilisés dans la
02 nécropole.
Modèles de carreaux en
céramique avec une
03 décoration florale.
158
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Modèles de carreaux en
céramique dont
l’assemblage a donné
04
une belle figure
Modèles de carreaux en
céramique aux motifs
05 floraux.
Modèles de carreaux en
céramique aux couleurs
06 vives (orange, vert et
bleu)
Modèles de carreaux en
céramique décorant le
07 mihrab.
Modèles de carreaux en
céramique avec le motif
de losange. Le même
08
type de carreau a été
utilisé au niveau du palais
du Bey.
159
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Carreaux de céramiques
10 recouvrant les tombeaux
de la nécropole
160
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
161
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
162
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Des turbans en marbre chapeautent certaines tombes de la nécropole. Ces turbans pourraient
constituer un indice quant à la place hiérarchique du défunt et sa position dans
l’organigramme du personnel servant le bey. Toujours bien conservés, les turbans démontrent
le savoir-faire des artisans et la noblesse des matériaux utilisés.
Tableau05 : Turbans ottomans de différentes formes en marbre placés sur quelques tombeaux.
163
Chapitre II : Présentation de la Medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Conclusion
Nous avons essayé, à travers ce chapitre, de donner un aperçu des spécificités historiques et
architecturales de la medersa de Sidi El Kattani et de ce qui a fait d’elle un monument très
célèbre de Constantine à l’époque ottomane. En effet, cet édifice occupe une place
importante dans le patrimoine constantinois,
En effet, la medersa a été conçue d’une manière très étudiée par Salah Bey et son plan
présente une ordonnance architecturale équilibrée.
Nous avons également étudié les éléments porteurs de l’ensemble de l’édifice et le rôle joué
par ces derniers dans le maintien de l’équilibre de la medersa.
Les méthodes constructives des différents supports ont été étudiées et qui ont la diversité des
matériaux de constructions utilisés.
Notons aussi que les espaces intérieurs de la medersa présentent un respect du modèle de la
medersa maghrébine.
Cependant, deux étapes de stratification ont été mises en évidence par ce travail : la 1ère est
l’originelle et elle date de l’époque ottomane, la deuxième relève de l’époque coloniale
française durant laquelle, la medersa avait subie plusieurs transformations qui ont cependant
respecté la conception structurelle de la medersa. Les Français ont réussi à apporter des
changements sans modifier l’organisation spatiale du RDC. Ils ont respecté le type de
matériau utilisé dans la construction des murs.
En somme, cette étude nous a permis de mettre en lumière l’originalité de l’architecture de cet
espace religieux, tant au niveau de l’harmonie de sa répartition et organisation spatiale qu’au
niveau de la richesse des modes et matériaux de construction utilisés, sans oublier la
décoration caractéristique des lieux.
164
Vers une revalorisation du patrimoine religieux précolonial
Introduction
La medersa de Sidi El Kattani est l’un des rares hauts lieux cultuels et culturels constantinois
qui porte encore l’empreinte ottomane, malgré les multiples changements opérés par
l’administration coloniale française, et en dépit des longues périodes d’abandon dans
lesquelles elle s’est retrouvée. En plus de son impact sur l’évolution intellectuelle et militante
d’une bonne partie de l’élite constantinoise, à la veille de l’insurrection de novembre 54 et
durant la guerre de libération nationale, cette medersa renferme en son sein l’essence même
de son historicité. Elle est le lieu où sont enterrés Salah Bey, un des symboles les mieux
achevés de la présence ottomane en Algérie, son épouse, sa fille et quelques-uns de ses
proches. Cet aspect ne constitue-t-il pas un élément en sa faveur ? Cette question mérite d’être
posée, car au-delà de sa valeur architecturale et esthétique, le site est bel et bien porteur d’une
histoire riche en événements qui ont marqué Constantine et sa région. Son état actuel laisse
apparaître une grande désolation qui ne reflète pas le statut que ce site aurait dû occuper.
A travers ce chapitre, nous allons mettre en lumière toutes les causes qui ont contribué à la
détérioration architecturale, fonctionnelle, urbaine et sociale de ce monument. Nous allons,
dans le même contexte, essayer de profiter des expériences de revalorisation du patrimoine
religieux réussies traitées dans la partie précédente afin d’en tirer des enseignements utiles
pouvant être exploités dans la revalorisation matérielle et culturelle de la medersa de Sidi El
Kattani.
Sortir cette medersa de l’oubli n’est pas une simple question de réhabilitation ou d’une
restauration, mais il s’agit de redonner une autre dimension, aussi bien cultuelle que
culturelle, à cet édifice.
166
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
167
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Nous ne le rappellerons jamais assez que la restauration opérée durant la période s’étalant entre 2001
et 2003 a certes sauvé la medersa d’une dégénérescence annoncée et d’un sort peu enviable, (fig.02),
mais elle a aussi introduit des changements qui ont modifié l’authenticité de certains éléments de ce
monument. Notons cependant que le seul lieu qui ait préservé son originalité est la nécropole.
Figure.02 : Etat de la medersa (intérieur et extérieur) avant la restauration. Source ETB TCE Hariki
Mohamed Ali.2002
168
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
-Lots: Charpente sous plafond, planchers, revêtement sol et murs, lambrissage des
murs, menuiserie, électricité (filerie).
Etude: 1.035.872,20 DA
Réalisation: 2.661.325,61 DA+ 624.036,84 DA
- Lot: Chauffage plomberie sanitaire.
ETP: BELATTAR AHMED
Engagements : 1.121.413,50 DA (ancien compte)
Paiements : 874.654,64 DA
1
Bureau d’étude, l’SAU de Constantine
169
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
L’opération de restauration n’a pas modifié la structure initiale de la medersa composée d’un
rez-de-chaussée et d’un étage, ni sa configuration fonctionnelle originale formée par le patio
et la salle de cours. Les changements les plus remarquables ont été apportés aux éléments
suivants :
A. Carreaux de céramique
La medersa a conservé une grande partie des carreaux de céramique datant de l’époque
ottomane. Le fait mérite d’être signalé. Il est cependant fort regrettable de préciser que les
parties renouvelées et que l’on retrouve au niveau de la galerie d’entrée, la salle de prière et
les galeries donnant sur le patio ne sont pas identiques, sur le plan esthétique, aux anciens
modèles. Comme le montrent les photos prises avant la restauration, plusieurs anciens
carreaux de céramique étaient en bon état et auraient donc pu être récupérés, au lieu d’être
remplacés d’une manière expéditive. Par ailleurs, nous ne manquerons pas de signaler
quelques modifications à caractère fantaisistes qui ont altéré l’originalité de certaines parties
de l’édifice, comme par exemple le fait d’ajouter des carreaux de faïence sur les murs donnant
sur le patio de l’étage supérieur et sur la cursive, alors que par le passé, ni ces murs, ni la
cursive n’étaient pourvus de ces éléments. Durant notre enquête, nous avons pu récolter
quelques indiscrétions à propos de carreaux de céramiques authentiques qui auraient été volés.
Et que c’est pour cette raison qu’ils ont été remplacés par des modèles récents. Sans
prétention aucune et sans jugement de notre part, le fait est édifiant sur l’état de négligence
subi par cette medersa. (Tableau 1)
170
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Salle de
prière
Galerie du
RDC
Galerie
d’entrée
171
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Galeries du
1er étage
Douze colonnes portant la charpente qui couvre les quatre galeries de l’étage supérieur, ont
été rajoutées aux structures de la medersa. (fig.03)
172
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
5
1
6
2 3 4
3 7 2
4 1
8 5
Plan de 1er étage. Source : agence nationale Plan du 1er étage actuel. Source : auteur
d’archéologie
173
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
3
3
2
2 2
1 2 2
2 3 3
Décollement des carreaux de céramiques, y compris ceux qui ont été nouvellement installés
3
174
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
175
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
1
1
1
1
2 1 1
1 1 2
Taches d’humidité, décollement des enduits à cause de l’infiltration des eaux pluviales et
1 problèmes d’étanchéité.
176
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
2 2
3 3
177
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Carte.01 : Etat de conservation de la medersa de Sidi El Kattani. Source : BET KRIBECHE, Octobre 2012.
Modifié par l’auteur
178
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Dans une autre correspondance relative au même sujet et adressée au wali, le Service de
l’orientation, des rites et du wakf dépendant de la Direction des Affaires religieuses de la
wilaya de Constantine a suggéré une exploitation de la medersa conforme aux buts pour
lesquels elle a été construite (voir [Link]).
179
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Jusqu’à la veille de la colonisation française, la medersa de Sidi El Kattani occupait une place
prépondérante dans la diffusion du savoir et des sciences islamiques. Sa notoriété basée
essentiellement sur la qualité de son enseignement avait déjà dépassé les frontières de la
région. C’est donc dans le but de limiter l’influence de cette medersa que l’occupant français
a entrepris de construire une autre medersa dont l’orientation était contrôlée intégralement par
l’administration française. Cette medersa, conçue et réalisée par des architectes français, fut
inaugurée en 1909. Elle incarnait parfaitement la politique coloniale de récupération initiée
par l’administration française dans le but de pouvoir gérer les valeurs culturelles et spirituelles
des Algériens dans le cadre d’une sorte de domination pacifique. Située au 54 de l’actuelle rue
Larbi Ben M’hidi, elle bénéficiait du soutien matériel et politique d’une administration
coloniale décidée à réorganiser l’enseignement de la langue arabe au sein d’une démarche
compatible avec le fait colonial. En même temps, la medersa de Sidi El Kattani était
marginalisée.
Malek Benabi2, penseur émérite qui a vécu à Constantine durant cette époque, a évoqué dans
un de ses livres la déchéance programmée de la medersa de Sidi El Kattani au profit de la
nouvelle medersa coloniale conçue à des fins stratégiques de domination3. Et à l’instar des
medersas coloniales de Tlemcen et d’Alger, celle de Constantine fut érigée en une véritable
institution au moment où la medersa de Sidi El Kattani était assiégée par la dure réalité de
l’indigénat. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, après avoir été un centre de formation
aux auxiliaires travaillant pour le compte de l’administration coloniale, la medersa de
l’actuelle rue Larbi Ben M’hidi fut mise en évidence même au lendemain de l’indépendance.
Elle a non seulement préservé sa position de repère culturel, alors que la medersa de Sidi El
Kattani était fermée, mais elle a vu son statut rehaussé par sa transformation en annexe de
l’université de Mentouri.
2
BENNABI. Malek. Mémoires d’un témoin du siècle, Alger, ENAL, 1990 (2ème édition). P : 70.
3
BENACHOUR Nedjma. Eléments de la vie sociale et culturelle de Constantine des années 1920 dans
mémoires d’un témoin du siècle de Malek BENNABI, Département de Langue et Littérature françaises Faculté
des Lettres et des Langues Université Mentouri Constantine (Algérie).p39
180
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
figure.09 : Impact de la proximité de la medersa coloniale sur l’influence culturelle de la medersa de Sidi
El Kattani. Source : BET KRIBECHE, Octobre 2012. Modifié par l’auteur
181
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
A tous ces désagréments, s’ajoutent le désordre régnant dans le souk et les nuisances sonores
privant la medersa d’un environnement paisible et tranquille. Dans un tel « décor » où les
immondices s’étalent à ciel ouvert devant des immeubles délabrés et des échoppes mal
entretenues, il devient impossible de préserver l’éclat de la medersa et son rayonnement.
(fig.10-11), (carte.02).
182
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
1 2
3 3
2 2
3 Prolifération des détritus et des débris sur les toits des maisons environnantes
183
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Carte.02 : Type de commerce informel installé à proximité de la medersa Source : PPSMVSS, BET Kribèche,
2012. Modifié par l’auteur
184
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
185
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
II. Recommandations
Au vu de tout ce que nous avons exposé, la situation de la medersa de Sidi El Kattani parait
plus que problématique. Toute tentative visant à lui rendre son rayonnement spirituel et son
éclat du passé serait vouée à l’échec, si elle ne prendrait pas en compte un certain nombre de
facteurs endogènes et exogènes liés à la medersa et à son environnement immédiat. Nous
proposons ici quelques mesures pour une meilleure prise en charge de la medersa.
L’événement de Constantine capitale de la culture arabe qui sera organisé durant l’année 2015
constitue un cadre propice et opportun pour une réhabilitation réfléchie et progressive de la
medersa de Sidi El Kattani.
Retenue parmi un nombre d’anciens édifices à restaurer, à réhabiliter ou à rénover en vue de
cette manifestation internationale, la medersa a déjà fait l’objet d’une proposition de
restauration légère avec la restitution de sa typologie d’origine. (Carte.03).
Une restauration bien étudiée et exécutée méticuleusement dans le strict respect des
spécificités de cet édifice lui rendrait certainement une bonne partie de son éclat perdu.
Pour atteindre cet objectif, les chargés de cette opération doivent absolument résoudre les
problèmes suivants :
-déterminer l’origine des fissures et leur gravité avant le traitement du problème
- reconstituer l’étanchéité du toit
- reconstruire le plancher de la seconde chambre de la nécropole avec des matériaux d’origine
- rénover les sépultures touchées par la dégradation en restituant les carreaux de céramique
encore en bon état et en remplaçant les autres par des carreaux identiques
- enlever les carreaux de céramique collés sur les murs des galeries entourant le patio et de la
salle de cours et les remplacer par d’autres carreaux plus conformes au modèle original
- solliciter des artisans chevronnés pour ce genre d’ouvrage
- éliminer tous les éléments rajoutés au niveau de l’étage supérieur : les colonnes et la
charpente qui n’existaient pas avant la restauration de 2001
- réfectionner les descentes des eaux pluviales défectueuses
- reprendre les enduits et la peinture des plafonds et de la façade
- déposer le revêtement de sol et le remplacer par un revêtement traditionnel
186
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
- enlever les climatiseurs dénaturant la façade et leur remplacement, le cas échéant, par un
système plus discret
- assurer un meilleur entretien du jardin en le dotant d’une nouvelle ferronnerie.
Carte.03 : Type d’intervention préconisée pour la medersa de Sidi El Kattani. Source : BET KRIBECHE,
Octobre2012. Modifié par l’auteur
187
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
188
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
190
Chapitre III : Mise en valeur de la medersa de Sidi El Kattani Deuxième partie
Conclusion
La remise en valeur d’un édifice est une opération lourde qui exige beaucoup d’efforts au
niveau théorique et pratique. Afin de réunir toutes les conditions pour sa réussite, elle doit être
précédée d’un diagnostic détaillé du site concerné ainsi que d’un plan directeur mentionnant
avec précision la nature de l’intervention et les objectifs recherchés. S’agissant souvent de
monuments fragilisés, partiellement ou en grande partie endommagés, leur sauvegarde dans le
but de les préserver comme un témoignage d’une époque et d’une civilisation révolue
nécessite des moyens matériels appropriés doublés d’un savoir-faire prouvé. Le cas posé par
la medersa de Sidi El Kattani résume en lui seul toute la problématique liée à ce genre
d’opération et les obstacles techniques que les promoteurs de la réhabilitation sont tenus à
aplanir. Comme nous l’avons constaté tout au long de ce chapitre, cette medersa fait face à
une multitude de problèmes et non des moindres. En plus de son état détérioré, elle continue
de subir les effets néfastes d’un environnement vétuste et délabré. En conséquence, tout effort
visant sa revalorisation devrait s’élargir à l’ensemble de l’espace urbain qui l’entoure.
Il s’agit dans tous les cas de figure, d’une opération complexe et multiforme devant tenir
compte des dimensions urbaines, environnementales et sociales. La medersa de Sidi El
Kattani, et malgré l’état de déliquescence dans lequel elle végète depuis des lustres, est
considérée comme un des bastions avancés qui ont joué un rôle majeur dans la protection de
l’identité culturelle du peuple algérien. Elle mérite à cet égard d’être non seulement
sauvegardée et embellie, mais d’exister au sein d’un environnement « amélioré ». Sa
promotion devrait, à notre sens, faire partie intégrante de l’ambitieux programme de
modernisation mis en œuvre depuis plus de dix ans pour hisser la ville de Constantine au rang
de capitale régionale. Sa réactivation ne pourrait s’effectuer que dans le cadre d’une démarche
moderniste, mais qui soit être en mesure de récupérer à bon escient tous les éléments anciens
de la cité du savoir et des savants. Elle ne devrait pas constituer un objectif isolé, mais une
œuvre de renaissance inscrite dans un programme d’envergure englobant l’ensemble de la
vieille ville. Il est essentiel que les responsables chargés de la revalorisation de la medersa de
Sidi El Kattani s’imprègnent de cette vision globalisante pour ne pas réduire la
« réanimation » de ce monument à une banale intervention de rafistolage qui sera, à son tour,
livrée à l’inconnu et à l’inconscience.
191
Conclusion Deuxième partie
Conclusion
192
Conclusion générale
Conclusion générale
193
Conclusion générale
Grâce à leurs efforts soutenus, des medersas condamnées à l’oubli ont retrouvé une seconde
jeunesse après avoir été restaurées et revalorisées suite à de longues campagnes de
sensibilisation. Malheureusement, ce gigantesque travail de récupération mémorielle n’a pas
rencontré un intérêt suffisant auprès de la majorité des auteurs spécialisés dans ce domaine. A
l’inverse des mosquées qui ont fait le « plein » éditorial et en plusieurs langues, les medersas
sont demeurées de loin le parent pauvre des spécialistes. Cette situation motivée certainement
par des choix éditoriaux n’a pas manqué d’avoir des effets négatifs en termes de publicité
pour les medersas. Peu d’ouvrages ont, en effet, été consacrés à ces édifices religieux et
culturels qui sont souvent restés à l’ombre des mosquées.
Afin de réaliser notre étude selon les règles d’objectivité, nous avons du consulter un nombre
importants de livres écrits essentiellement en arabe susceptibles de nous proposer la moindre
information sur les medersas, sa réalisation, sa configuration architecturale et le rôle qu’elle a
joué dans la préservation de l’identité des musulmans.
La medersa de Sidi El Kattani de Constantine, malgré l’influence du temps et sa
marginalisation par l’administration coloniale tout au long de la période d’occupation, a réussi
à garder sa posture altière. Au lendemain de l’indépendance, l’espoir de voir cette institution
reprendre sa place et son rang magistral a été grandement contrarié pour des raisons multiples,
objectives et subjectives. Il a donc fallu attendre l’année 2001 pour la voir bénéficier d’une
opération de restauration qui, au vu de la situation actuelle, n’a pas été très concluante, mais
ce qu’il faut retenir au-delà de cette remise à niveau matérielle, c’est l’énorme préjudice moral
subi par cette médersa qui a été transformée en lieu d’hébergement au profit des filles
stagiaires. Est-ce une manière judicieuse pour préserver un des monuments historiques les
plus symboliques de Constantine ? La réponse est assurément non, car la revalorisation d’une
medersa, d’une mosquée ou de n’importe quel site appartenant au patrimoine architectural
religieux est d’abord tenue à répondre à deux paramètres : infrastructurel et fonctionnel. Le
moindre déséquilibre au niveau de l’un ou de l’autre paramètre entrainera obligatoirement une
multitude de carences dont certaines pourraient devenir irréversibles.
Il s’agit d’une thèse d’école que l’on inculque maintenant aux élèves des classes primaires
dans de nombreux pays avancés, où la question du patrimoine architectural requiert une
importance capitale au même titre que les activités économiques, culturelles ou sportives.
C’est ce qu’on appelle une sensibilisation précoce afin de faire naitre chez l’enfant un intérêt
réel et conscient pour le patrimoine. Si nous voulons préserver les supports matériels de notre
histoire, nous n’avons qu’à nous inspirer de ces expériences menées ailleurs dans le but
d’instaurer une véritable culture « patrimoniale » en l’instituant dans les programmes
194
Conclusion générale
195
Annexe
Annexe. I :
196
Annexe
Annexe. II :
197
Annexe
Annexe. III :
198
Annexe
Annexe. IV :
199
Annexe
200
Annexe
201
Annexe
202
Annexe
203
Annexe
204
Annexe
205
Annexe
Annexe. V
Article publié le 03.03.2003 surla restauration de la merdesa de Sidi El Kattani.(journal El
Khabar)
206
Annexe
Annexe. VI :
Ce document représente la transcription originale écrite sous l’autorité de Salah Bey, à travers
la quelle, celui-ci place 10 fonds de commerce sous séquestre, waqf ou habous en langue
arabe, et dont le produit en recettes sera versé en donation inaliénable au profit exclusif de la
mosquée et de la medersa. Ce procédé servant à financer des activités d’utilité publique est
reconnu par le droit islamique.
207
Annexe
208
Annexe
Annexe. VII :
Carte des monuments programmés pour des travaux de restauration et de réhabilitation : la médersa Sidi El Kattani est
programmée dans la zone 8 - Bureau d’étude responsable des travaux de restauration BET Ynineb
209
Bibliographie
Ouvrage
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Scientifiques, Beyrouth- Liban 1398H/1978EC)
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1969، ﻣﺼﺮ، دار اﻟﻤﻌﺎرف،( ﻣﺪارﺳﮫ، ﻓﻠﺴﻔﺘﮫ، اﻟﻔﻦ اﻹﺳﻼﻣﻲ )أﺻﻮﻟﮫ، اﻷﻟﻔﻲ أﺑﻮ ﺻﺎﻟﺢ.51
1995 .1 ط، ﺑﯿﺮوت، دار اﻟﻔﻜﺮ اﻟﻠﺒﻨﺎﻧﻲ، اﻟﻌﻤﺎرة اﻟﻌﺮﺑﯿﺔ اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ،ﻛﺎﻣﻞ ﺣﯿﺪر.54
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218
Liste des figures
Première Partie.
Chapitre I.
Chapitre II.
Figure .05 : Exemples de revues et journaux qui ont traité le sujet de la medersa
219
Liste des figures
Chapitre III.
Deuxième Partie.
Chapitre I.
Chapitre II.
Figure.05 : Photo de la medersa prise par SOURDEVAL, en1857Figure .06 : Deux styles
architecturaux différents
220
Liste des figures
Chapitre III.
221
Liste des figures
Figure 10: Extension « anarchique » du marché de« Souk El Asr ».Figure14 : Détérioration de
l’environnement immédiat de la medersa.
Deuxième Partie.
Chapitre I.
Chapitre II.
222
Liste des figures
Deuxième Partie.
Chapitre I.
Tableau 01 : Liste des Beys ayant gouverné Constantine pendant la domination turque
Chapitre II.
Chapitre III.
223
SUMMARY:
Islamic architectural heritage is part of the rich heritage of all humanity. And its contribution
to wealth is undeniable mainly because of its quality and its geographical distribution from
the borders of China in the far east to the Atlantic coast to the west, and Central Europe north
up in the heart of Africa to the south. This heritage is indicative of an ancient civilization that
has not only managed to avoid frustration, but hopes to regain its former glory built by the
pioneers of Islam.
Among the many historical monuments that includes the madrasas are considered, since their
appearance in the tenth century as the most important institutions because of their highly
strategic role in the dissemination of knowledge and religious and experimental sciences.
In Algeria, as elsewhere where Islam imposed its reign, madrasas have marked the history.
And the Sidi El Kattani’s madrasa realized during the Ottoman era and under the authority of
Salah Bey, is undoubtedly one of these madrasas which have successfully assumed the
cultural and scientific development in Constantine, and in the whole eastern part of the
Beylik.
It forms with the mosque of Sidi El Kattani, a historical landmark in the urban development of
the ancient city. Despite this historical, aesthetic and religious value, the madrasa has lost
much of its gleam due to, letting go and marginalization.
Today, the revaluation of this symbolic site is the duty of, authorities, associations and private
citizens. The opportunity offered by the event of Constantine, capital of Arab culture2015,
should be apprehended to upgrade this monumental site and all historical and religious
heritage who has always been a pride of the inhabitants of Constantine.
224
ﻣﻠﺨﺺ
ﺗﻜﺘﺴﺐ اﻵﺛﺎر اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ أھﻤﯿﺘﮭﺎ ﻣﻦ آﺛﺎر اﻟﻌﺎﻟﻢ و اﻣﺘﺪاد رﻗﻌﺘﮭﺎ اﻟﺠﻐﺮاﻓﯿﺔ ﻓﮭﻲ ﺗﺘﺴﻊ ﻟﺘﺸﻤﻞ ﻣﻌﻈﻢ اﻟﻌﺎﻟﻢ
اﻟﻘﺪﯾﻢ ﻣﻦ ﺣﺪود اﻟﺼﯿﻦ ﺷﺮﻗﺎ إﻟﻰ اﻟﻤﺤﯿﻂ اﻷطﻠﻨﻄﻲ ﻏﺮﺑﺎ وﻣﻦ وﺳﻂ أوروﺑﺎ ﺷﻤﺎﻻ ﺣﺘﻰ وﺳﻂ أﻓﺮﯾﻘﯿﺎ
ﺟﻨﻮﺑﺎ .ﺑﺎﻹﺿﺎﻓﺔ إﻟﻰ ذﻟﻚ ﻓﺈن اﻟﺤﻀﺎرة اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ ﺣﻀﺎرة ﻗﺪﯾﻤﺔ ﻣﺴﺘﻤﺮة ﻓﻲ اﻟﻮﻗﺖ ذاﺗﮫ ﻓﮭﻲ ﺗﺒﺪأ ﻣﻨﺬ
ظﮭﻮر اﻹﺳﻼم وﺣﺘﻰ اﻟﻌﺼﺮ اﻟﺤﺪﯾﺚ و ﺗﺸﻤﻞ اﻵﺛﺎر اﻟﺪﯾﻨﯿﺔ اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ اﻟﻌﺪﯾﺪ ﻣﻦ اﻟﻤﺆﺳﺴﺎت.
وﺗﻌﺪ اﻟﻤﺪارس اﻟﻘﺮآﻧﯿﺔ واﺣﺪة ﻣﻦ أھﻢ ھﺬه اﻟﻤﺆﺳﺴﺎت ﻋﻤﻠﺖ ﻣﻨﺬ ظﮭﻮرھﺎ ﻓﻲ اﻟﻘﺮن اﻟﻌﺎﺷﺮ ﻣﯿﻼدي ﻋﻠﻰ
ﻧﺸﺮ اﻟﻌﻠﻮم اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ ﺑﺎﻹﺿﺎﻓﺔ إﻟﻰ اﻟﻌﻠﻮم اﻟﻮﺿﻌﯿﺔ.
ﻣﺪرﺳﺔ ﺳﯿﺪي اﻟﻜﺘﺎﻧﻲ ﺑﻘﺴﻨﻄﯿﻨﺔ واﺣﺪة ﻣﻦ ھﺬه اﻟﻤﺪارس اﻟﺘﻲ ﺑﻨﯿﺖ ﻓﻲ اﻟﻌﮭﺪ اﻟﻌﺜﻤﺎﻧﻲ وﻓﻖ ﺗﻌﻠﯿﻤﺎت أﺷﮭﺮ
ﺑﯿﺎﺗﮭﺎ ـ ﺻﺎﻟﺢ ﺑﺎي ـ ھﺬه اﻷﺧﯿﺮة ﻟﻌﺒﺖ دورا ھﺎﻣﺎ ﻓﻲ إﻋﺎدة ﺑﻌﺚ اﻟﺘﻄﻮر اﻟﺜﻘﺎﻓﻲ و اﻟﻤﻌﺮﻓﻲ ﻓﻲ اﻟﻤﺪﯾﻨﺔ
وﻓﻲ ﺑﺄﯾﻠﻚ اﻟﺸﺮق ﻛﻠﮫ .ﻛﻤﺎ أن ﺑﻨﺎءھﺎ ھﻲ و ﻣﺴﺠﺪ ﺳﯿﺪي اﻟﻜﺘﺎﻧﻲ ﻏﯿﺮ ﻣﻦ ﻣﻼﻣﺢ وﺳﻂ ﻣﺪﯾﻨﺔ ﻗﺴﻨﻄﯿﻨﺔ و
زاد ﻣﻦ ﺗﻄﻮرھﺎ اﻟﻌﻤﺮاﻧﻲ واﻟﺤﻀﺎري.
ورﻏﻢ اﻟﻘﯿﻤﺔ اﻟﺘﺎرﯾﺨﯿﺔ ،اﻟﺠﻤﺎﻟﯿﺔ واﻟﺪﯾﻨﯿﺔ اﻟﺘﻲ ﺗﺰﺧﺮ ﺑﮭﺎ ھﺬه اﻟﻤﺪرﺳﺔ إﻻ أﻧﮭﺎ ﻓﻲ اﻟﻮﻗﺖ اﻟﺮاھﻦ ﺗﻌﺎﻧﻲ ﻣﻦ
اﻟﺘﮭﻤﯿﺶ وﻻ ﻣﺒﺎﻻة ﻣﻤﺎ أﻓﻘﺪھﺎ اﻟﺼﯿﺖ اﻟﻜﺒﯿﺮ اﻟﺬي ﻋﺮﻓﺘﮫ ﻓﻲ ﻋﺼﺮھﺎ اﻟﺬھﺒﻲ.
إﻋﺎدة اﻟﻘﯿﻤﺔ ﻟﮭﺬه اﻟﻤﺪرﺳﺔ ﻻ ﯾﻜﻮن إﻻ ﻣﻦ ﺧﻼل ﺗﻜﺎﺛﻒ وﺗﻜﺎﻣﻞ ﺟﮭﻮد ﻛﻞ اﻟﻤﻌﻨﯿﯿﻦ ﻣﻦ ﺳﻠﻄﺎت ،ﺟﻤﻌﯿﺎت و
ﻣﻮاطﻨﯿﻦ ﻓﺎﻟﺤﻔﺎظ ﻋﻠﯿﮭﺎ وﺑﻌﺚ اﻟﺤﯿﺎة ﻓﯿﮭﺎ ﻣﻦ ﺟﺪﯾﺪ ﯾﻌﺪ ﻣﺴﺆوﻟﯿﺔ اﻟﺠﻤﯿﻊ.
وﺗﺸﻜﻞ ﺗﻈﺎھﺮة ﻗﺴﻨﻄﯿﻨﺔ ﻋﺎﺻﻤﺔ اﻟﺜﻘﺎﻓﺔ اﻟﻌﺮﺑﯿﺔ اﻟﻤﺰﻣﻊ اﻧﻄﻼق ﻓﻌﻠﯿﺎﺗﮭﺎ ﻓﻲ 2015ﻓﺮﺻﺔ ﻹﻧﻘﺎذ اﻟﻤﺪرﺳﺔ
وﻛﻞ اﻟﻤﻌﺎﻟﻢ اﻟﺘﺎرﯾﺨﯿﺔ و اﻟﺪﯾﻨﯿﺔ اﻟﺘﻲ ﺗﻤﺜﻞ ﺗﺎرﯾﺦ وﻓﺨﺮ ﻛﻞ اﻟﻘﺴﻨﻄﻨﯿﯿﻦ .
اﻟﻜﻠﻤﺎت اﻟﺮﺋﯿﺴﯿﺔ :اﻵﺛﺎر اﻟﺪﯾﻨﯿﺔ اﻹﺳﻼﻣﯿﺔ ،ﻣﺪرﺳﺔ ﺳﯿﺪي اﻟﻜﺘﺎﻧﻲ ،إﻋﺎدة اﻟﻘﯿﻤﺔ ،إﻋﺎدة اﻻﻋﺘﺒﺎر ،اﻟﺘﺮاث
اﻟﺪﯾﻨﻲ ﻗﺒﻞ اﻻﺳﺘﻌﻤﺎر
225
RESUME :
226