Égalité en droit familial béninois
Égalité en droit familial béninois
Simone Honvou
JURY
Président :
Monsieur Noël A. GBAGUIDI, Professeur Titulaire, Université d’Abomey-Calavi
Directeurs de thèse :
Monsieur Roch Gnahoui DAVID, Maître de conférences, Agrégé, Université d’Abomey-Calavi
Monsieur Frédéric BICHERON, Professeur des Universités, Univsersité Paris-Est
Rapporteurs :
Monsieur Nanga SILUÉ0DvWUHGHFRQIpUHQFHV$JUpJp8QLYHUVLWpGH%RXDNp&{WHG ,YRLUH
Monsieur Akodah AYÉWOUADAN, 0DvWUHGHFRQIpUHQFHV$JUpJp8QLYHUVLWpGH/RPp7RJR
Membre :
Monsieur Romain BOFFA, Professeur des Universités, Université Paris-Est
Les Facultés de Droit et de Sciences Politiques des Universités Paris-Est et
d’Abomey-Calavi n’entendent donner aucune approbation ni improbation aux opinions
émises dans cette thèse : ces opinions doivent être considérées comme propres à leur
auteur.
3
DÉDICACE
REMERCIEMENTS
Ce travail ne peut se réaliser sans l’aide précieuse de certaines personnes que nous
ne saurions assez remercier.
Nos humbles remerciements s’adressent :
- aux professeurs Roch Gnahoui DAVID et Frédéric BICHERON qui ont accepté
malgré leurs multiples occupations, de diriger cette recherche. Vous n'avez
ménagé aucun effort à nous accorder toute l'assistance nécessaire. Trouvez ici
l'expression de notre profonde gratitude ;
- aux membres du jury pour avoir accepté de consacrer de leur précieux temps à
l’évaluation de cette recherche ;
- au professeur Noël GBAGUIDI, Titulaire de la Chaire UNESCO des droits de
la personne et de la démocratie, pour ses conseils avisés et pour la facilitation
dans les procédures administratives pendant toute cette recherche ;
- à Madame Gisèle DANTINNON et à tout le personnel de la Chaire UNESCO
des droits de la personne et de la démocratie de l’Université d’Abomey-Calavi,
de l’Institut des recherches en droit privé de la Faculté de droit et de sciences
politiques de l’Université de Nantes et du laboratoire Obligations-Biens-
Marchés de la Faculté de droit de l’Université Paris-Est.
- à M. le Doyen Djedjro MÉLÈDJE pour son parrainage, son soutien, ses conseils
et orientations ;
- à M. Jérôme BENZIMRA-HAZAN, pour son soutien, sa disponibilité et ses
relectures ;
- à Sar ELIEL et à Sgan YEKESKIEL pour leurs encouragements au travail,
leurs prières et leurs soutiens ;
- à M. Éric DÉWEDI, pour ses encouragements et son soutien ;
- à Pierre TOGBÉ, pour son soutien et ses prières
- à nos parents, nos frères et sœurs et à tous nos amis, en espérant qu’ils nous
pardonneront pour notre état pendant cette fin de recherche obstinée ;
- à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, nous ont aidé, soutenu, stimulé et
écouté.
5
PRINCIPALES ABRÉVIATIONS
aff. Affaire
AFJB Association des femmes juristes du Bénin
AJ fam Actualité juridique famille.
al. Alinéa
AN. Assemblée Nationale
Ann. afr. Annale africaine
art. Article
Ass. Plén. Assemblée plénière
avr. Avril
Bull. civ. Bulletin des arrêts de la Cour de cassation (chambre civile)
C. civ Code civil
C. Code
c. Contre
Cass. 1ere civ. arrêt de la première chambre civile de la Cour de cassation
Cass. 2e civ. arrêt de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation
Cass. 3e civ. arrêt de la troisième chambre civile de la Cour de cassation
Cass. ass. plén. arrêt de l’Assemblée plénière de la Cour de cassation
Cass. civ. chambre civil de la Cour de cassation
Cass. crim. chambre criminel de la cour de cassation
Cass. mixte chambre mixte de la Cour de cassation
Cass. req. chambre des requêtes de la Cour de cassation
CE Conseil d’État
CEDEF Convention sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes
CEDH Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales
CEFORP Centre de Formation et de Recherche en matière de Population
CEPREMAP Centre pour la recherche économique et ses applications
cf. Confer
ChADHP Charte africaine des droits de l’homme et des peuples
chap. Chapitre
chron. Chronique de doctrine
cir. Circulaire
6
J. -Cl. Juris-Classeur
JAF Juge aux affaires familiales
janv. Janvier
JCP G Jurisclasseur périodique. La semaine juridique, édition générale
JCP N Jurisclasseur périodique. La semaine juridique, édition notariale
JCP Juris-classeur périodique
JDI Journal du droit international (Clunet)
JO Journal officiel (décrets et lois)
juil. Juillet
Jurispr. Jurisprudence
lég. Législation
LGDJ Librairie générale de droit et de jurisprudence
Sirey Librairie du Recueil Sirey
loc. cit loco citato (à l’endroit cité)
LPA Les Petites Affiches
M. Monsieur
Mme Madame
n° Numéro
not. Notamment
nov. Novembre
obs. Observations
oct. Octobre
ONG organisation non gouvernementale
op. cit. opere citato (ouvrage précité)
p. Page
pp. Pages
Pacs Pacte civil de solidarité
PIDCP Pacte international relatif aux droits civils et politique
PMA Procréation médicalement assistée
préc. Précité
préf. Préface
Prés. afr. Présence africaine
PUAM Presses Universitaires d'Aix-Marseille
PUF Presses universitaires de France
8
SOMMAIRE
INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE
LE DROIT BÉNINOIS DE LA FAMILLE SOUS LE PRISME DU PRINCIPE
D’ÉGALITÉ : DE LEGE LATA
TITRE I
LA TRADITION COMME OBSTACLE Á L’ÉGALITÉ EN DROIT DE LA
FAMILLE
SECONDE PARTIE
LE DROIT BÉNINOIS DE LA FAMILLE SOUS LE PRISME DU PRINCIPE
D’ÉGALITÉ : DE LEGE FERENDA
TITRE I
LES MUTATIONS SOCIALES, VECTEUR DE PLUS D’ÉGALITÉ EN DROIT DE
LA FAMILLE
CHAPITRE I. La marche inachevée vers une égalité consacrée dans les différentes
formes de couples
CHAPITRE II. Les conséquences embryonnaires d’une égalité consacrée au sein des
couples
TITRE II
LES PROGRÈS DE LA MÉDECINE, VECTEUR DE PLUS D’ÉGALITÉ EN
DROIT DE LA FAMILLE
RÉSUMÉ EN FRANÇAIS
RÉSUMÉ EN ANGLAIS
Equality invested field of Benin family law for over a decade. It has enabled the
removal of legal and judicial pluralism that existed until 2004. It also allowed the
suppression of polygamy and loyalty has become an obligation to a single joint.
Discrimination in the appreciation and punishment of adultery also disappeared. The
marital power and its corollary, the inability of married women were also removed from
the Beninese law. The children now have an almost equal protection of the law regardless
of their gender few and origin of their affiliations.
Despite the openness of family law to equality, there remain significant gray
areas. These include the name of the spouses, the name of the transmission to children,
acquisition and transmission of nationality, the choice of the marital home and the waiting
period.
Besides these inequalities, social changes and medical advances are a stepping
stone for new claims of equality. It is possible to predict, in the very near future, the
organization of a status of concubinage, struggles for marriage of homosexuals and
transsexuals under the principle of equality. Similarly, the right to abortion and the right to
the child might have the same bases.
13
INTRODUCTION
1. L’égalité, un impératif démocratique. Selon Hobbes, « la nature a fait les
hommes si égaux pour les facultés du corps et de l’esprit que bien que l’on puisse parfois
trouver un homme manifestement plus fort physiquement ou d’esprit plus agile qu’un
autre, somme toute la différence entre un homme et un autre n’est pas si considérable
qu’un homme puisse en se fondant sur elle réclamer un quelconque avantage auquel un
autre ne puisse prétendre aussi bien que lui »1. Il existe certes un déséquilibre naturel entre
les personnes humaines qui tient à leurs caractéristiques personnelles. Les inégalités
naturelles ne sauraient toutefois justifier une prise en compte inégale par le droit. L’égalité
« sentiment passionné »2, constructeur de notre identité personnelle autant que d’être
humain, entretient une relation très intime avec chacun. Elle est l’un des « principes
particulièrement nécessaires à notre temps »3 et elle tend à « réguler l’organisation et
l’activité étatique »4. Son intégration dans le droit devient alors un impératif démocratique
puisque l’expansion rapide de la démocratie est associée à l’acceptation universelle de
l’idée d’égalité5 qui garantit, avant tout, l’État de droit6. Or la famille est le premier terrain
d’éclosion de la démocratie.
1
Th. HOBBES, Léviathan ou matière, forme et puissance de l’État chrétien et civil, par Gérard MAIRET, Paris,
Gallimard, 2000, chap. XIII, p. 220.
2
J. ANDRIANTSIMBAZOVINA, H. GAUDIN, J.-P. MARGUÉNAUD, S. RIALS et F. SUDRE (dir.), Dictionnaire des
Droits de l’Homme, Paris, PUF, 2008, p. 802.
3
Voy. le Préambule de la Constitution française de 1946.
4
V. MARTENET, Géométrie de l'égalité, Paris, LGDJ, 2003, n° 389.
5
C. J. FRIEDRICH, « La crise de l’égalitarisme », in L’égalité, Travaux du centre de philosophie du droit de
l’Université Libre de Berlin, Bruxelles, Bruylant, 1971, p. 306.
6
V. MARTENET, op. cit., n° 392, p. 173.
7
J. BODIN, De la République, Paris, Librairie de Médicis, 1949, livre I, chapitre 2, p. 7 ; H. MAZEAUD, « Une
famille "dans le vent", la famille hors mariage, (le projet de loi relatif à la filiation) », D. 1971, chron. p. 99.
8
Cf. art 16.3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, art 23§1er du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques, voy. également art. 18.1 de la Charte africaine des droits de l’homme et des
peuples.
9
Cf. Résolution 44/82 du Conseil de sécurité des Nations Unies du 8 décembre 1989.
14
entre les individus doit être ainsi étudiée dans le cadre familial parce que c’est là que gisent
les origines des inégalités10.
Malgré ces réflexions, l’égalité n’est entrée dans les textes juridiques qu’au siècle
des lumières dont « l’originalité […] fut de transporter le concept d’égalité sur le terrain
du droit »14. Cette transformation du concept philosophique d’égalité en norme juridique
ou, plus précisément sa juridicisation15, n’a pu se réaliser que parce qu’au début du XVIIe
siècle, des penseurs comme Thomas Hobbes et John Locke ont posé comme postulat que
dans « l’état de nature »16 les hommes étaient égaux entre eux et que les inégalités étaient
créées essentiellement par la loi. Ils dégageaient ainsi les bases du raisonnement que
Montesquieu et Rousseau mèneront en affirmant que, puisque les hommes naissent égaux
10
F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ, L’égalité des sexes, Paris, Dalloz, 1998, p. 17.
11
F. MÉLIN-SOUCRAMANIEN, Le principe d’égalité dans la jurisprudence du conseil constitutionnel, Paris,
Économica, 1997, n° 23 ; F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ, op. cit., p. 5.
12
ARISTOTE, Politique, Trad. Par J. Aubonnet, Paris, Les belles lettres, 1971, p. 156.
13
THOMAS D’AQUIN, Somme théologique, tome III, Paris, éd. du Cerf, 1990, question 61, p. 407.
14
S. GOYARD-FABRE, « L’égalité des droits en 1789. Un rêve d’impossible sur un horizon d’espérance », in
Égalité uguaglianza, éd. par J. Ferrari et A. Postigliola, Rome, Liguori, 1990, p. 113.
15
O. DUHAMEL et Y. MÈNY, Dictionnaire constitutionnel, Paris, PUF, 1992, p. 544.
16
J. LOCKE, Le second traité du gouvernement, Paris, PUF, 1994, chapitre 2, p. 6.
15
dans l’état de nature et qu’ils sont devenus inégaux par la loi, c’est à la loi qu’il appartient
de rétablir l’égalité originelle. Cette idée novatrice qui donne un nouveau sens au principe
d’égalité est clairement exprimée dans l’œuvre de Montesquieu lorsqu’il souligne que
« dans l’état de nature, les hommes naissent bien dans l’égalité ; mais ils n’y sauraient
rester. La société la leur fait perdre, et ils ne redeviennent égaux que par la loi »17.
Cependant, c’est surtout avec les écrits de Rousseau et en particulier Du Contrat social que
« l’idée d’égalité quitte le domaine de l’utopie où elle était confinée jusqu’alors pour
entrer dans celui du Droit »18.
4. Une égalité limitée aux personnes de sexe masculin. Même si les premières
réflexions sur l’idée d’égalité se trouvent dans l’Antiquité, il ne s’agissait que de l’égalité
entre les citoyens. Les femmes n’étaient évidemment pas considérées comme des citoyens.
Le monde antique était tout entier construit sur un modèle d’inégalité. Dans la Politique
d’Aristote, la femme se situe à un niveau intermédiaire entre l’esclave et le citoyen. On
peut aussi noter dans l’Ancien Testament le discours inégalitaire issu d’une civilisation
sémite où le père de famille concentrait tous les pouvoirs en ses mains, y compris celui de
sacrifier ses enfants21. Il n’était donc pas question d’une égalité entre les hommes et les
femmes. Le contenu de l’égalité a ainsi varié d’une période à l’autre. Il serait donc
important de fixer son contenu dans la présente recherche afin de mieux en discuter. Que
peut-on alors entendre par égalité ?
17
MONTESQUIEU, De l’esprit des lois, Paris, Garnier-Flammarion, t 1, 1979, livre III, chapitre III, pp. 245 et
246.
18
F. MÉLIN-SOUCRAMANIEN, Le principe d’égalité dans la jurisprudence du conseil constitutionnel, Thèse,
PUAM, 1997, n° 31.
19
Cf. art. 1er de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.
20
M. HAURIOU, La science sociale traditionnelle, Paris, Larose, 1896, p. 80.
21
Voy. par exemple 1 Corinthien 13. 3-15 ; Ephésiens 5. 22-33.
16
22
G. CORNU (dir.), Vocabulaire Juridique, Paris, PUF, 2014 : voy. l’entrée « égalité ».
23
H. KELSEN, La théorie pure du droit, traduction en français par C. EINSENMANN, Paris, 2è éd, Dalloz, 1962,
p. 190 ; C. LEBEN, « Le conseil constitutionnel et le principe d'égalité devant la loi », RDP 1982, pp. 285
et s. ; P.-Y. VERKINDT, « L'égalité au risque de la diversité », in Archive de philosophie de droit, t. 51,
L’égalité, Paris, Dalloz, 2008, p. 144 ; Conseil d'État, Sur le principe d'égalité, Extrait du Rapport public
1996, Paris, La documentation française, 1998, p. 81 ; Ch. PERELMAN, Justice et raison, éd. de l’Université
de Bruxelles, 1972, p. 187.
24
J. ANDRIANTSIMBAZOVINA, H. GAUDIN, J.-P. MARGUÉNAUD, ST. RIALS et F. SUDRE (dir.), Dictionnaire des
droits de l'homme, op. cit., p. 358 ; F. SUDRE, art. préc., p. 128.
25
L. HENNEBEL, La jurisprudence du Comité des droits de l'homme des Nations unies – Le pacte
international relatif aux droits civils et politiques et son mécanisme de protection individuel, Bruxelles,
Bruylant, 2007, p. 314.
17
la légalité26. Elle est également désignée « égalité matérielle »27 qui est « un principe
d’action selon lequel les êtres d’une même catégorie essentielle doivent être traités de la
même façon »28. Elle est sensiblement différente de l’égalité dans la loi.
8. L’égalité dans la loi. L’égalité dans la loi s’adresse au législateur et lui interdit
de « fonder une différence de traitement sur certaines distinctions très déterminées telles
que celles qui ont trait à la race, à la religion, à la classe sociale ou à la fortune »29.
L’égalité dans la loi apparaît alors dans la création du droit30 et serait une « égalité
formelle ». En revanche pour le Doyen Cornu, au sens large du terme, l’égalité civile,
l’égalité juridique, l’égalité de droit, l’égalité devant la loi, l’égalité de chance de départ,
l’égalité théorique et l’égalité abstraite ont un même contenu31 et signifieraient l’« égale
aptitude des citoyens a jouir des droits politiques et des droits civils »32.
26
H. KELSEN, La théorie pure du droit, traduction en français par Ch. Einsenmann, Paris, 2 è éd, Dalloz, 1962,
p. 190 ; O. JOUANJAN, Le principe d’égalité devant la loi en droit allemand, Thèse, Paris, Économica, 1992,
p. 10 ; Ch. LEBEN, « Le Conseil constitutionnel et le principe d’égalité devant la loi », RDP, 1982, p. 303.
27
O. JOUANJAN, Thèse préc., p. 10 ; Ch. LEBEN, art. préc., p. 301 ; Ch. PERELMAN, op. et loc. cit.
28
Ch. PERELMAN, op. cit., p. 190.
29
H. KELSEN, op. cit., p. 190.
30
O. JOUANJAN, Thèse préc., p. 10.
31
G. CORNU, « Rapport sur les notions d’égalité et de discrimination en droit civil français », in Travaux de
l’association Henri Capitant, t. XIV, Paris, Dalloz, 1965, p. 90 ; F.-C. BERNARD, « L'égalité d'accès aux
services publics », in Archive de philosophie de droit, t. 51, L’égalité, Paris, Dalloz, 2008, p. 64. Pour une
opinion opposée, voy. O. JOUANJAN, Thèse préc., p. 11 : « une égalité devant la loi ne peut être une égalité
dans la loi ».
32
G. CORNU, art. préc., p. 90.
33
En raison du fait que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples fait partie de la Constitution
béninoise par le renvoi de l’article 7 de cette dernière aux dispositions de la Charte africaine des droits de
l’homme et des peuples, l’article 3 de celle-ci fait partie intégrante de la Constitution du Bénin. Or le
Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes est une
18
cette dernière ne figurant pas dans la Constitution viennent s’y ajouter. Dans la Charte
africaine des droits de l’homme et des peuples34, les critères visés sont l'ethnie, la couleur,
la langue, toute autre opinion – en dehors des opinions politiques –, l'origine nationale ou
sociale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.
12. Une stricte égalité en dépit des situations personnelles. La mesure de toute
chose tend aussi à être égale en raison du nombre et de la portée des critères d’inégalités
pris en compte par la Constitution. L’égalité exprime alors « l’essence dès lors qu’au-delà
de la distinction des sexes et des races, elle retient en tout être sa raison, unique titre de
participation à la vie civile »36. Elle serait ainsi « une mesure des relations humaines »37.
On peut donc affirmer avec le Doyen Cornu que l’égalité « consiste à traiter également en
droit des êtres différents en fait, abstraction faite de leurs dissemblances naturelles »38 et
l’égalité civile dite abstraite est ainsi construite sur la « négation de la nature »39. L’égalité
est alors obtenue dans la généralité ou l'universalité de la règle de droit applicable à des
sujets de droit abstraits40. Pour éviter de créer des discriminations, le législateur doit alors
prolongation de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Le Protocole à la Charte africaine
des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes fait donc partie de la Constitution. Les
dispositions de la Charte africaine des droits de droits de l’homme et des peuples et du Protocole à la Charte
africaine des droits de l’homme et des peuples relatif au droit des femmes ont ainsi une valeur
constitutionnelle.
34
Cf. art. 2 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
35
Ch. PERELMAN, « égalité et valeurs », in L’égalité, vol. 1, Bruxelles, Bruylant, 1971 ;
J. ANDRIANTSIMBAZOVINA, H. GAUDIN, J.-P. MARGUÉNAUD, S. RIALS et F. SUDRE (dir.), op. cit., p. 358.
36
G. CORNU, « Rapport sur les notions d’égalité et de discrimination en droit civil français », préc., p. 99.
37
J. ANDRIANTSIMBAZOVINA et al., op. cit., p. 357.
38
G. CORNU, « Rapport sur les notions d’égalité et de discrimination en droit civil français », préc., p. 96.
39
Ibid., p. 99.
40
J. ANDRIANTSIMBAZOVINA et al., op. cit., p. 355.
19
en légiférant se placer derrière le « voile d’ignorance »41. Mais, il ne peut toutefois pas
s’empêcher de procéder par catégorisation.
41
L’hypothèse du voile d’ignorance selon laquelle les principes organisateurs de la société sont choisis
derrière un voile qui cache à chacun sa place dans la société répond à la nécessité de débarrasser le contrat
de toutes les partialités qui l’empêcheraient de produire l’effet que l’on attend de lui, à savoir fonder
l’obligation morale des citoyens de se plier aux règles communes. Il faudrait donc que ces représentants y
réfléchissent dans l’ignorance de la manière dont leurs choix les affecteront personnellement et, pour cela, il
faut qu’ils ne sachent pas quelle sera leur place au sein de la société future ; voy. J. RAWLS, Théorie de la
Justice (trad. Française), Paris, Le seuil, 1989) ; J. RAWLS, La justice comme équité (trad. Française), Paris,
La Découverte, 2006 ; J.-F. SPITZ, « John Rawls et la question de la justice sociale », Études, 2011/1, t. 414,
p. 57 ;
42
Ch. LEBEN, « Le Conseil constitutionnel et le principe d’égalité devant la loi », RDP, 1982, p. 300.
43
L. FAVOREU, P. GAÏA, R. GHEVONTIAN, F. MÉLIN-SOUCRAMANIEN, A. PENA, O. PFERSMANN, J. PINI,
A. ROUX, G. SCOFFONI et J. TREMEAU, Droits des libertés fondamentales, Paris, 6è éd. Dalloz, 2012, n° 69.
Pour ces auteurs, il convient d'entendre par droits fondamentaux les « droits et libertés constitutionnellement
garantis ». Autrement dit, les droits fondamentaux sont l’« ensemble de droits et de garanties que l'ordre
constitutionnel reconnaît aux particuliers dans leurs rapports avec les autorités étatiques » ; voy.
R. BADINTER et B. GENEVOIS, « Normes de valeur constitutionnelle et degré de protection des droits
fondamentaux, Rapport d’Ankara », RFDA 1990, p. 317. L’insertion de l’égalité à l’article 26 de la
Constitution en fait un droit fondamental au Bénin.
20
devoirs de la personne humaine »44. L’égalité peut alors être revendiquée comme un droit
fondamental protégé par la Constitution. Un individu serait alors capable de se prévaloir de
l’égalité même s’il n’est pas en mesure de la coupler avec une norme qui lui attribue un
droit subjectif45. L’égalité peut donc être indépendante car elle dispose d’une « intensité
normative suffisante pour être invoquée de manière indépendante »46. L’égalité est ainsi
perçue comme un droit autonome. Elle peut aussi être un principe transversal.
15. L’égalité comme principe transversal. L’égalité peut dépendre d’un autre
droit ou d’une liberté. Il s’agira alors du principe d’égalité qui permet de se prévaloir de la
jouissance de tous les droits et libertés reconnus. Elle transcende le cadre de la Constitution
et serait une valeur, un principe à prendre en compte dans toutes les réglementations. Le
domaine de l’égalité abstraite se déterminerait ainsi par un principe. En tant que principe,
l’égalité ou la non-discrimination permettent d’assurer le respect des droits et libertés
garantis par la Constitution et par tous les autres textes, elle s’applique alors aux droits
civils, politiques, économiques et socio-culturels et aucune parcelle de l’activité de l’État
ne peut être à l’abri de ses foudres47. Elle s’impose également à toutes les autorités.
L’article 26 alinéa 1 et 2 de la Constitution et les articles 2 et 3 de la Charte africaine des
droits de l’homme et des peuples n’ajoutent donc pas, dans ce cas, à la liste des droits
garantis, mais renforcent leur protection48. On pourrait donc appliquer sur ce point le
principe « pas d’égalité sans droits subjectifs »49. Il ne faut toutefois pas oublier que
l’égalité n’est pas une coquille vide dépendant des autres droits50. La dualité du principe
d’égalité51 s’exprime ainsi puisqu’elle est à la fois un droit fondamental et un principe
régissant la structure, l’organisation et l’ensemble des activités de l’État. L’égalité se
retrouve ainsi dans la jurisprudence constitutionnelle qui en donne un contenu bien précis.
44
Voy. Titre II de la Constitution intitulé « Des droits et des devoirs de la personne humaine » qui comprend
les articles 7 à 40.
45
V. MARTENET, op. cit., n°s 197 et s.
46
V. MARTENET, op. cit., n° 199.
47
V. MARTENET, op. cit., n° 376.
48
F. SUDRE, « Commentaire sous l'article 2 de la ChADHP », in M. Kamto, (dir.), La Charte africaine des
droits de l'homme et des peuples et le protocole y relatif portant création de la Cour africaine des droits de
l'homme, commentaire article par article, Bruxelles, Bruylant, 2011, p. 127.
49
O. JOUANJAN, Le principe d’égalité devant la loi en droit allemand, Thèse, Paris, Économica, 1992,
pp. 401-402.
50
R. BRUNET, Le principe d’égalité en droit français, Thèse, Paris, Félix Alcan éditeur, 1910, p. 146 et s. ;
O. JOUANJAN, Le principe d’égalité devant la loi en droit allemand, Thèse, Paris, Économica, 1992, p. 74.
51
V. MARTENET, op. cit., n° 387.
21
personne humaine et les libertés publiques52. En vertu de ce pouvoir, elle se prononce sur
les violations des droits de la personne. Ses décisions sur l’égalité sont des plus
abondantes. Elle est ainsi souvent saisie sur des questions liées à l’égalité, que ce soit avant
la promulgation des lois53 ou après leur entrée en vigueur54. Du 7 juin 1993, date de son
installation, au 12 août 2010, sur les 921 décisions rendues par la Cour constitutionnelle
relatives aux droits de la personne humaine, 127 ont porté sur le principe d’égalité55. Ce
chiffre place le principe d’égalité en deuxième position par rapport aux décisions rendues
sur la garde à vue, la détention préventive et les traitements inhumains et dégradants qui
sont au nombre de 391. Ces recours fondés sur le non-respect du principe d’égalité portent
sur des domaines variés du droit, comme le droit du travail, le droit pénal, les lois
électorales, mais aussi et surtout le droit de la famille.
52
Cf. art. 114 de la Constitution : « la Cour constitutionnelle est la plus haute juridiction de l'État en matière
constitutionnelle. Elle est juge de la constitutionnalité de la loi et elle garantit les droits fondamentaux de la
personne humaine et les libertés publiques. Elle est l'organe régulateur du fonctionnement des institutions et
de l'activité des pouvoirs publics ».
53
La Constitution du Bénin donne le pouvoir à la Cour constitutionnelle de se prononcer, à la demande du
Président de la République ou de tout membre de l’Assemblée Nationale, sur la constitutionnalité des lois
avant leur promulgation en son article 121.
54
Les citoyens tiennent ce pouvoir des articles 3 et 122 de la Constitution du Bénin.
55
S. M. R. DOSSOU, « Les droits de l’homme dans la jurisprudence de la Cour constitutionnelle du Bénin »,
in Liber amicorum Michel Melchior, Liège, Strasbourg, Bruxelles : parcours des droits de l’homme,
Bruxelles, Anthémis, 2010, p. 326.
56
L’ensemble des décisions de la Cour constitutionnelle citées sont disponibles sur son site officiel :
[[Link]
57
Par cette décision, le juge constitutionnel saisi du contrôle de constitutionnalité du Code des personnes et
de la famille a déclaré une large partie de cette loi contraire à la Constitution.
58
Le juge constitutionnel a, par cette décision, déclaré les 336 à 339 du Code pénal appliqué au Bénin qui
définissent le régime pénal de l’adultère, contraires à la Constitution sur saisine par voie d’exception
d’inconstitutionnalité. Il s'agit de la plainte d'un époux contre son épouse et son présumé complice d'adultère.
Après abandon du domicile conjugal, elle introduit une demande en divorce devant le tribunal de première
instance de Porto-Novo en 2007. Après deux ans de séparation de fait, le mari engage une procédure pénale
en adultère devant le Tribunal de première instance de Cotonou sur la base des articles 336 à 339 du Code
pénal.
59
Le juge constitutionnel a eu l’occasion de déclarer les dispositions des articles 8, 12.2, 13 et 18 de la loi
n° 65-17 du 23 juin 1965 portant Code de la nationalité béninoise contraire à la Constitution.
22
femme ne peut être [. . .]»60. Dans la seconde décision, le juge constitutionnel a déclaré les
articles 336 à 339 du Code pénal appliqué au Bénin qui définissent le régime pénal de
l’adultère contraires à la Constitution sur saisine par voie d’exception d’inconstitutionnalité
en considérant que « toute différence de traitement [. . .] entre l'homme et la femme est
contraire aux articles 26 de la Constitution, 2 et 3 de la Charte africaine des droits de
l'homme et des peuples »61. Dans la troisième décision, il confirme sa jurisprudence sur
l’égalité en droit lorsqu’il affirme qu’« en offrant [. . .] la faculté de répudier la nationalité
béninoise [. . .] alors qu'elle n'offre pas les mêmes facultés [. . .] dans les mêmes
conditions . . . introduit une inégalité ; la loi offre à la femme étrangère qui épouse un
homme béninois la possibilité d'acquérir la nationalité béninoise sans que la même
possibilité ne soit offerte à l'homme étranger qui épouse une femme béninoise [. . .], il
s'ensuit que les articles [. . .] introduisent sans les justifier des distinctions [. . .] en raison
soit de la naissance au Bénin, soit de la filiation ou du mariage [. . .], qu'ils sont donc
discriminatoires »62. L’égalité ainsi définie serait l’égale considération par le droit objectif,
l’égalité de droit ou égalité devant la loi, égalité juridique ou même égalité formelle ont les
mêmes contenus63. Elle consisterait à traiter également en droit des êtres différents en fait,
abstraction faite de leurs dissemblances naturelles64. Il est donc possible d’employer
indifféremment toutes ces expressions. Il existe toutefois des notions qui, bien qu’étant des
formes d’égalités, sont diamétralement opposées à l’égalité en droit.
18. L’égalité réelle. Bien qu’étant des formes d’égalité, certaines notions ont un
sens opposé à celui de l’égalité de droit. L’égalité, envisagée au sens de l’égalité réelle,
serait une évolution de l’égalité abstraite65. Elle s’entend de toutes les politiques tendant à
rompre l’égalité des droits pour atteindre l’égalité de résultat au bénéfice d’individus ou
groupe d’individus ou de groupes défavorisés66. Elle permet alors de donner « à chacun
60
Cf. DCC 02-144 du 23 décembre 2002.
61
Cf. DCC 09-081 du 30 juillet 2009.
62
Cf. DCC 14 172 du 16 septembre 2014.
63
P. MARIN PEREZ, « Rapport sur la notion d’égalité en droit civil espagnol », in Travaux de l’association
Henri Capitant, t. XIV, Paris, Dalloz, 1965, p. 166.
64
G. CORNU, « Rapport sur les notions d’égalité et de discrimination en droit civil français », préc. p. 96 ;
P.-Y. VERKINDT, « L'égalité au risque de la diversité », in Archive de philosophie de droit, t. 51, L’égalité,
Paris, Dalloz, 2008, p. 151.
65
F.-C. BERNARD, art. préc., p. 64.
66
Conseil d'État, Sur le principe d'égalité, Extrait du Rapport public 1996, Paris, La documentation
française, 1998, p. 81-82 ; De SAINT PULGENT MARYVONNE, « Déclin de l'idée d'égalité ? », Le Débat,
2012/2 n° 169, p. 1344 ; G. CALVÈS, La discrimination positive, Paris, 3è éd. PUF, 2004, p. 7 ; E. FOREY,
23
selon ses besoins, à chacun selon ses moyens ».67 Elle vise à offrir à tous, la possibilité
d'un même accès aux biens de la société68. L’égalité réelle emprunte parfois la voie des
discriminations positives.
19. L’égalité réelle et les discriminations positives. L’égalité réelle est à la base
des discriminations positives69 désignée par l’École du droit américaine par affirmative
action70 qui recommande une égalité plus équitable71. Une discrimination positive peut être
définie comme étant « une différenciation juridique de traitement, créée à titre temporaire,
dont l’autorité normative affirme expressément qu’elle a pour but de favoriser une
catégorie déterminée de personnes physiques ou morales au détriment d’une autre afin de
compenser une inégalité de fait préexistante entre elles »72. Á l’origine, les discriminations
positives étaient des mesures prises en faveur des minorités ethniques au États-Unis.
L’idée qui la sous-tendait est de réduire les inégalités de fait73 dans certaines situations74.
Apparaîtra ainsi les discriminations justifiées75 plus larges que la notion de discrimination
positive. La discrimination justifiée recouvre « toutes les différences de traitement que la
jurisprudence admet lorsqu'elles sont décidées pour un motif d'intérêt général en rapport
avec l'objet de la règle »76. La discrimination positive est donc une catégorie particulière
de discrimination justifiée mise en œuvre par une politique volontariste dont l'objectif est
la réduction d'une inégalité.
« L'égalité des cultes : un principe en évolution », in C. Courvoisier et P. Charlot, (dir.), Actualité politique et
juridique de l'égalité, Paris, Nouvelle imprimerie Laballery, 2003, p. 55.
67
G. CORNU, « Rapport sur les notions d’égalité et de discrimination en droit civil français », préc. p. 90.
68
J. ANDRIANTSIMBAZOVINA, H. GAUDIN, J.-P. MARGUÉNAUD, S. RIALS ET F. SUDRE (dir.), op. cit., p. 355 ;
F.-C. BERNARD, art. préc., p. 65 ; G. CALVÈS, op. cit., p. 7.
69
G. CALVÈS, op. cit., 7 ; P. WACHSMANN, Libertés publiques, Paris, 7è éd., Dalloz, 2013, n° 304.
70
G. CALVÈS, op. cit p. 11.
71
J. RAWLS, Théorie de la Justice (trad. française), Paris, Seuil, 1989 ; J. RAWLS La justice comme équité
(trad. française), Paris, La Découverte, 2006) ; J.-F. SPITZ, « John Rawls et la question de la justice sociale »,
in Études, 2011/1, t. 414, p. 59 ; J.-P. Vernant, Les origines de la pensée grecque, Paris, PUF, 1995, p. 93 ;
O. JOUANJAN, « Réflexions sur l'égalité devant la loi », Droits n° 16, 1992, p. 131 ; S. GOYARD-FABRE et
R. SÈVE, Les grandes questions de philosophie du droit, Paris, PUF, 1986, p. 198.
72
F. MÉLIN-SOUCRAMANIEN, Thèse préc., n° 466.
73
G. CALVÈS, op. cit., p. 7. L’affirmative action à l’Américaine est légèrement différence de la
discrimination positive en France puisqu’elle vise à corriger les inégalités passés notamment celles liées aux
mouvements migratoires.
74
Conseil d'État, Sur le principe d'égalité, Extrait du Rapport public 1996, Paris, La documentation
française, p. 82.
75
M.-C. LAVAL-REVIGLIO, « Égalité et éducation : les discriminations justifiées », in C. Courvoisier et
P. Charlot (dir.), Actualité politique et juridique de l'égalité, Paris, Nouvelle imprimerie Laballery, 2003,
p. 115.
76
Conseil d'État, Sur le principe d'égalité, Extrait du Rapport public 1996, Paris, La documentation
française, 1998, p. 82.
24
21. La scolarisation gratuite des filles au Bénin. Depuis quelques années, il est
mis en œuvre une politique d’incitation à la scolarisation des filles par l’exonération des
frais de scolarité79. Celle-ci vise à corriger l’inégalité qui existe au sujet de la scolarisation
puisque le taux de scolarisation des filles est plus faible80 que celui des garçons en raison
des pesanteurs socio-culturels qui ont fait de la femme l'être inférieur, l'appendice de
l'homme81. Ces mesures de discrimination positive ont pour but de faire parvenir à une
égalité réelle en matière d’éducation scolaire. Or pendant que toutes les filles peuvent
désormais accéder à l’instruction – s’il était en cause les moyens financiers –, tous les
garçons ne le peuvent pas et peut-être, à long terme, cette discrimination dite positive,
conduira à l’inversion de sexe de l’inégalité qu’on essaye de corriger. On peut aussi
s’interroger sur la situation de certaines personnes visées à l’alinéa 3 et 4 de l’article 26 de
la Constitution du Bénin.
77
P. WACHSMANN, op. et loc cit.
78
Voy. F. MÉLIN-SOUCRAMANIEN, Thèse préc., n° 464.
79
Après la Conférence mondiale sur l’éducation tenue en Thaïlande en 1990 et au Forum mondial sur
l’ « Éducation Pour Tous » tenu à Dakar en avril 2000, la loi d’orientation de l’éducation nationale a été
votée en 2003 au Bénin. En 2004, le gouvernement béninois a adopté le plan d’action nationale en faveur de
l’Éducation pour tous dont l’objectif est de limiter l’augmentation sans cesse du nombre des filles non
scolarisées en procédant par la gratuité de l’enseignement pour les filles. Il s’agit d’une mesure de
discrimination positive
80
En 2002, 45,3 % des filles de 6-14 ans sont scolarisées contre 56,9 % des garçons de 6-14 ans, voy.
Synthèse des analyses du troisième recensement général de la population et de l’habitat de février 2002,
p. 28, disponible sur le site [[Link]
81
A.-F. NGOMO, « Commentaire sous l'article 18 de la ChADHP », in M. Kamto, (dir.), La Charte africaine
des droits de l'homme et des peuples et le protocole y relatif portant création de la Cour africaine des droits
de l'homme, commentaire article par article, Bruxelles, Bruylant, 2011, p. 417.
82
Cf. article 26 al. 3 et 4 de la Constitution : « l'État protège la famille et particulièrement la mère et l'enfant.
Il veille sur les handicapés et les personnes âgées ».
83
Cf. la décision DCC 01-005 du 11 janvier 2001.
25
condition d'administrer la preuve qu'ils remplissent les obligations légales et sont aptes à
la fonction pour laquelle ils postulent »84. Il est ainsi nettement montré que les
discriminations positives sont parfois encouragées pour des raisons d’intérêt général et de
continuité du service public85 alors même qu’elles supposent la mise à l’écart du principe
d’égalité. L’égalité implique donc l’absence de discrimination pour des personnes se
trouvant dans des situations identiques. Toute inégalité doit ainsi être justifiée par des
raisons d’intérêt général ou de continuité du service public. La logique de la parité est
pareille avec une certaine distinction.
23. La parité et l’égalité de droit. La parité est une « égalité numérique ».86 Elle
est une forme de discrimination qui vise l’égale représentation des hommes et des femmes.
Pendant longtemps, les femmes étaient absentes des instances de décisions, la parité vise
donc à la représentation égale des sexes. Elle est un modèle d'une politique de rattrapage
entre les hommes et les femmes87. L’égalité de droit ne s’entend donc pas comme la parité
qui est une sorte de discrimination justifiée par le sexe. Le juge constitutionnel a en effet
les mêmes conceptions de la parité.
84
Cf. la décision DCC 01-005 du 11 janvier 2001 de la Cour constitutionnelle du Bénin.
85
Cf. décision DCC 01-005 du 11 janvier 2001.
86
J. ANDRIANTSIMBAZOVINA, H. GAUDIN, J.-P. MARGUÉNAUD, ST. RIALS ET F. SUDRE (dir.), Dictionnaire
des Droits de l’Homme, Paris, PUF, 2008, p. 355.
87
A. LE BRAS-CHOPARD, « Égalité, droits : la puissance du référent animal », in C. Courvoisier et P. Charlot,
(dir.), Actualité politique et juridique de l'égalité, Paris, Nouvelle imprimerie Laballery, 2003, p. 21 et s. ;
G. CALVÈS, op. cit., p. 82 ; E. LÉPINARD, L'égalité introuvable. La parité, les féministes et la République,
Paris, Presses de Sciences Po, 2007, p. 81 et s.
88
Cf. art. 3. al 4 de la loi portant règles particulières pour l’élection des membres de l’Assemblée nationale au
Bénin.
89
Cf. la déc. DCC 10-117 du 8 septembre 2010.
26
s’est posée en France et il a fallu introduire une disposition spéciale90 dans la Constitution
pour la mise en œuvre de la parité91.
26. Conception retenue de l’égalité. L’égalité visée ici est l’égalité de droit qui
signifie que les individus sont soumis aux mêmes droits et aux mêmes obligations et il ne
peut y avoir de distinction basées sur des critères que sont l'origine, la race, le sexe, la
religion, l'opinion politique, toute autre opinion, la position sociale, l'ethnie, la couleur, la
langue, l'origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance ou toute autre situation,
critères dégagés de la lecture combinée de l’article 26 de la Constitution et des articles 2 et
3 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Seuls l’intérêt général et la
continuité du service public peuvent néanmoins limiter son application au profit de
certaines catégories visées dans la Constitution. Le sens de l’égalité ayant été fixé, il
convient de préciser son domaine d’étude.
90
La loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 a inscrit à l’article 1 er de la Constitution que « la loi favorise
l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux
responsabilités professionnelles et sociales ».
91
P. WACHSMANN, op. cit., n° 311, spéc. p. 345.
92
G. CALVÈS, op. cit., p. 82.
93
G. CALVÈS, op. cit. et loc. cit.
94
G. CORNU, « Rapport sur les notions d’égalité et de discrimination en droit civil français », préc., p. 90.
95
J. ANDRIANTSIMBAZOVINA, H. GAUDIN, J.-P. MARGUÉNAUD, ST. RIALS et F. SUDRE (dir.), op. cit., p. 355.
96
G. CORNU, Droit civil, introduction au droit, Paris, Montchrestien, 13è éd., 2007, n° 16.
27
A. La notion de famille
28. La notion générale de famille. Au sens large, « la famille englobe toutes les
personnes qui descendent d'un auteur commun, unies par un lien de parenté, une
communauté biologique jusqu'aux limites reconnaissables »97. Elle comprend les
collatéraux, oncles ou tantes, neveux ou nièces, cousins, mêmes éloignés. Les alliés aussi
s'ajoutent au groupe des parents pour former la famille. Assurément, la famille africaine est
« une communauté d'individus qui se réclament d'un ancêtre commun, unis les uns aux
autres par des liens de parenté qui ne sont pas nécessairement fondés sur la consanguinité,
pratiquant le même culte en observant les mêmes interdits qu'il comporte, soumis à
l'autorité d'un chef qui est à la fois représentant du groupe et administrateur de son
patrimoine commun »98. La famille africaine est donc la plus élargie possible et ne se
définit pas comme l'union formée par les époux et leurs enfants 99. Le couple et ses
descendants ne sont qu’un petit cercle de la famille africaine, le cercle conjugal ne serait
donc qu’un petit maillon de la chaîne familiale.
29. La famille protégée par le droit béninois. D’abord en disposant que « chacun
des futurs époux, même mineur, doit consentir personnellement au mariage »100, la loi
essaye de soustraire le mariage à la volonté des parents. Elle fait donc du mariage un
engagement entre les époux. Ensuite, dans le fonctionnement du couple, la loi fait
97
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, introduction, les personnes, la famille, l’enfant, le couple, Paris, PUF,
2004, n° 386, spéc. p. 758.
98
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 211.
99
A. G. KOUASSIGAN, [Link] loc. cit.. ; R. DECOTTIGNIES, art. préc., p. 251.
100
Cf. art. 119 du CPF.
28
obligation aux époux et à eux seuls d’entretenir, d’élever, de nourrir et d’éduquer 101 leur
enfant. Elle ne consacre non plus une obligation entre un époux et les membres de la
famille de l’autre102. Enfin, la dissolution du mariage ne tient compte que des raisons liées
aux deux époux, qu’il s’agisse du divorce par consentement mutuel 103 ou du divorce pour
faute104. La famille serait ainsi fondée sur la volonté et la liberté des époux qui acceptent
librement de se marier ou de divorcer. L’aspect contractuel de la famille est aussi ici
nettement perceptible. L’esprit de la nouvelle loi serait donc de créer une famille
centralisée sur les époux et les enfants. Le Code des personnes et de la famille envisage
ainsi de créer une famille nucléaire basée uniquement sur le mariage civil. Ce fut très
différent sous les anciens régimes.
101
Cf. art. 158 du CPF : « le mariage crée la famille légitime. Les époux contractent ensemble, par leur
mariage, l’obligation de nourrir, entretenir, élever, et éduquer leurs enfants. Les modalités d’exécution de
l’obligation d’entretenir les enfants sont réglées en même temps que les charges du mariage par le présent
Code ».
102
Cf. art. 384 à 396 du CPF.
103
Cf. art. 223 du CPF au terme duquel : « le consentement de chacun des époux n’est valable que s’il émane
d’une volonté libre, éclairée et exempte de vice. Ce consentement doit porter non seulement sur la rupture du
lien conjugal, mais aussi sur la situation des époux quant aux biens qu’ils possèdent et sur le sort réservé
aux enfants issus du mariage. Les époux ont toute liberté pour régler ces questions, sous réserve du respect
dû à l’ordre public et aux bonnes mœurs. Sont considérées comme relevant de l’ordre public, toutes les
dispositions concernant l’intérêt des enfants, telles que les obligations qui incombent aux parents quant à
l’entretien, la garde, l’éducation, la sécurité et la moralité des enfants ».
104
Cf. art. 234 du CPF : « le divorce peut être prononcé pour :
- absence déclarée de l’un des époux ;
- adultère de l’un des époux ;
- condamnation de l’un des époux à une peine afflictive et infamante ;
- défaut d’entretien ;
- refus de l’un des époux d’exécuter les engagements résultant de la convention matrimoniale ;
- rupture ou interruption prolongée de la vie commune depuis quatre (4) ans au moins ;
- abandon de famille ;
- mauvais traitements, excès, sévices ou injures graves rendant l’existence en commun impossible. Le divorce
peut également être prononcé pour impuissance et/ou stérilité médicalement établie antérieure au mariage et
non révélée au moment de la célébration ».
105
A. G. KOUASSIGAN, Quelle est ma loi ? Tradition et modernisme dans le droit privé de la famille en
Afrique Noire francophone, Paris, éd. Pedone, 1974, p. 44.
29
Mais cette assimilation qualifiée d’outrancière110 n’a pas abouti compte tenu de la
résistance des peuples négro-africains à « l'invasion du droit civil français »111. C’est ainsi
qu’on a assisté au maintien des coutumes aux côtés du droit moderne grâce au décret du 20
mai 1857112 rendu applicable dans la colonie du Dahomey le 16 décembre 1894113. Les
coutumes internes sont donc applicables depuis cette période. La Circulaire A. P. 128 du
19 mars 1931 portant Coutumier du Dahomey était ainsi rendu applicable. Il y avait alors
deux textes qui s’appliquaient en matière civile selon le statut des individus avec une
primauté certaine du Code civil français.
Après les indépendances, plusieurs voies s’offraient aux législateurs africains. Ils
pouvaient, soit maintenir le statu quo en conservant le droit coutumier aux côtés du droit
colonial, soit abolir les coutumes en conservant uniquement le droit colonial, soit encore
choisir la voie médiane qui consistait à combiner de manière savante le droit moderne et le
droit coutumier. Le Bénin a préféré maintenir le statu quo jusqu’en 2004, même si ce choix
de politique législative est qualifié d’extrême114
106
M. AHANHANZO-GLÉLÉ, « La République du Dahomey », in Encyclopédie politique et constitutionnelle,
série Afrique, Paris, éd. Berger-Levrault, 1969, p. 23
107
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 16 ; R. DECOTTIGNIES, « L'apport européen dans l'élimination du droit
privé sénégalais », Ann. afr. 1964, p. 83 ; M. Thioye, « Part respective de la tradition et de la modernité dans
les droits de la famille des pays de l’Afrique noire francophone », RIDC, n° 12, 2005, p. 373.
108
Cf. art. 1er du décret du 24 avril 1833.
109
M. AHANHANZO-GLÉLÉ, art. préc., p. 23.
110
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 25.
111
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 22.
112
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 17 ; M. THIOYE, op. cit., p. 371.
113
J. DJOGBÉNOU, « Les personnes et la famille en République du Bénin : de la réalité sociale à l’actualité
juridique », in La personne, la famille et le droit en République du Bénin, Contribution à l'étude du Code des
personnes et de la famille, Cotonou, éd. Juris Ouanilo, 2007, p. 17.
114
M. THIOYE, « Part respective de la tradition et de la modernité dans les droits de la famille des pays de
l’Afrique noire francophone. », RID Comp., n° 12, 2005, p. 381 ; G. CONAC, op. cit., p. XXII.
30
Le Code civil français avec ses modifications jusqu’en 1958 était donc applicable
au Bénin115 jusqu’en 2004. Il sera désigné ici par le Code civil français rendu applicable au
Bénin afin d’éviter les confusions possibles avec le Code civil français actuel. Il existait
ainsi au Bénin un système de pluralisme juridique116 qualifié de pluralisme juridique
parallèle117 caractérisé par la coexistence du droit colonial et du droit traditionnel118. Le
pluralisme juridique au Bénin serait alors né de l'application parallèle du droit d'origine
française appelé droit moderne et des droits africains dits droits traditionnels ou
coutumiers119. En conséquence de ce pluralisme juridique, il y avait deux cercles de
formalisation du mariage.
115
A. N. GBAGUIDI, Pluralisme juridique et conflit de lois en Afrique Noire Francophone, Thèse, Université
Bordeaux IV, 1998, p. 101.
116
J. CARBONNIER, Sociologie juridique, Paris, 2è éd., PUF, 2004, p. 356 ; J. CARBONNIER, Flexible droit.
Pour une sociologie du droit sans rigueur, Paris, 10è éd., LGDJ, 2014, pp. 16 et s. ; A. SOW-SIDIBÉ, Le
pluralisme juridique en droit sénégalais des successions ab intestat, Thèse, Paris, 1987, p. 11 ;
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 1 ; A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 44 ; J. VANDERLINDEN, « Le pluralisme
juridique, essai de synthèse », in J. Gilissen (dir.), Le pluralisme juridique, Bruxelles, éd. de l'Université de
Bruxelles, 1971, p. 19 ; J. VANDERLINDEN, « Trente ans de longue marche sur la voie du pluralisme
juridique », in Cahiers d'anthropologie du droit, 2003, p. 31.
117
J. VANDERLINDEN, art. préc., pp. 44-45.
118
J. CARBONNIER, Flexible droit. Pour une sociologie du droit sans rigueur, pp. 16 et s. ; A. SOW-SIDIBÉ,
Thèse préc., p. 11.
119
R. DECOTTIGNIES, « Requiem pour la famille africaine », Ann. afr. 1965, p. 259 ; P.-F. GODINEC, (dir.),
Les droits africains : évolution et sources, t. 1, Paris, LGDJ, 1968, p. 36.
120
Jusqu’en 2004, le Bénin a conservé la dualité juridique en matière familiale. Le Coutumier du Dahomey et
le Code civil étaient encore appliqués.
121
Cf. art. 143 du CPF : « seul le mariage monogamique est reconnu ».
122
Cf. art. 1030 du CPF selon lequel « les coutumes cessent d’avoir force de loi en toutes matières régies par
le présent Code ».
123
Une bonne partie de la population béninoise est dépourvue de document d’état civil exigée pour contracter
le mariage. Ensuite, une certaine somme est exigée. Ces deux éléments font qu’il y a certaines personnes,
bien qu’attirer par le mariage, se voient limiter.
124
Cf. les résultats de l’enquête, voy. annexe I, question n° 14.
31
34. La famille basée sur le concubinage. Le législateur béninois porte dans cette
mesure une certaine attention au concubinage en tenant compte des enfants. Mais il arrive
aussi qu’il vise expressément les concubins. Dans ce cas, la famille considérée n’est pas
uniquement celle fondée sur le mariage. Les concubins aussi formeraient une famille et
l’on peut ainsi distinguer entre les familles légitimes et celles hors mariage. La définition
de la famille évolue donc et ne se limite plus au cadre du mariage. La famille serait alors
basée sur le couple.
35. La famille basée sur le couple. Le couple, notion très en vogue a un contenu
qu’il convient de préciser. L’origine simple du couple est celle de lien, d’attachement en
général127. Ce n’est que par la suite qu’elle est devenue « plus spécialement union entre les
êtres et encore plus spécialement, une union entre un homme et une femme »128. Elle est
une notion d’une particularité rare en français puisqu’elle est susceptible d’être employée
au masculin comme au féminin suivant le sens que l’on retient. Au féminin, le mot couple
désigne un lien pour attacher deux ou plusieurs choses pareilles ou de même espèce 129 et le
mot couple au masculin désignerait « deux personnes unies ensemble par amour ou par le
mariage ; il se dit de deux animaux unis pour la propagation »130. Traditionnellement
125
Ibid.
126
Un certain auteur qualifie les familles qui ne sont pas fondées sur le mariage de « famille dans le vent »,
Voy. H. MAZEAUD, « Une famille dans le vent : la famille hors mariage, (le projet de loi relatif à la
filiation) », D. 1971, chron. p. 99. Cependant, plus récemment, M. Xavier LABBÉE démontre plutôt que
l’élément fondateur de la famille est le couple ; X. LABBÉE, Le droit commun du couple, Villeneuve d’Ascq,
Presse Universitaire du Septentrion, 2012, p. 17.
127
J. HAUSER, « Couple et différence de sexe », in [Link]-Pons, (dir.), La notion juridique de couple,
Paris, Économica, 1998, p. 95.
128
Ibid.
129
Le Grand Littré, Dictionnaire de la langue française, t. 2, Monte-Carlo, éd. du Cap, 1999, voy.
« couple ».
130
Le Grand Littré, Dictionnaire de la langue française, t. 2, Monte-Carlo, éd. du Cap, 1999, voy.
« Couple ».
32
appliqué aux êtres humains, le couple se limiterait aux personnes mariées 131 puisque ses
racines étymologiques se trouvent dans le terme copula qui désigne dans le latin classique
« lien, liaison, groupe de deux personnes liées par l’amitié, l’amour »132, le mariage étant
jusqu’à un passé récent le seul mode d’union sexuelle reconnue par le droit français. Plus
évolutive est la définition proposée par le Vocabulaire juridique selon lequel le couple
désigne l’« union que forment un homme et une femme entre lesquels existent des relations
charnelles (copula carnalis) et en général une communauté de vie, soit en mariage (couple
légitime, union conjugale), soit hors mariage (union libre) ; se dit parfois de deux
individus du même sexe qui vivent ensemble »133.
36. Le couple fondé sur les relations charnelles. De ces définitions, on peut
retenir que les relations charnelles constituent l’élément déterminant et commun137 aux
couples, que ce soit le couple fondé sur le mariage ou sur le concubinage. En revanche, le
couple ne se limite plus aux personnes unies par le mariage et la différence de sexe n’est
plus déterminante dans le couple. La famille autrefois élargie se réduit au modèle européen
de type conjugal138 construit autour du mariage. Une telle famille a également connu de
profondes mutations. Ainsi, la définition de la famille ne se limite pas aux personnes unies
par le mariage, il suffit d’être dans les liens de couple pour constituer une famille.
131
J. HAUSER, art. préc., p. 96.
132
Le Grand Robert de la langue française, t. 2, 2è éd., 2015, voy. « Couple ».
133
G. CORNU, (dir.), Vocabulaire juridique, Paris, PUF, 2014, voy. « Couple ».
134
Voy. sur la notion de couple, C. BRUNETTI-PONS, « L'émergence d'une notion de couple en droit civil »,
RTD civ. 1999, p. 27. Sur la situation dans les autres États européens, voy.
F. GRANET-LAMBRECHTS, « L'enregistrement des couples non mariés en Europe », Dr. fam., Hors-série, déc.
1999, p. 58.
135
H. LECUYER, « Rapport introductif », in C. Brunetti-Pons (dir.), La notion juridique de couple, Paris,
Économica, 1998, p. 2.
136
I. THÉRY, Couple, filiation et parenté aujourd’hui. Le droit face aux mutations de la famille et de la vie
privée, Rapport à la ministre de l’Emploi et de la Solidarité et au Garde des Sceaux, ministre de la Justice,
La documentation française, Paris, Odile Jacob, 1998 ; C. BRUNETTI-PONS, (dir.), La notion juridique de
couple, Paris, Économica, 1998.
137
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 405.
138
A. G. KOUASSIGAN, Quelle est ma loi ? Tradition et modernisme dans le droit privé de la famille en
Afrique Noire francophone, Paris, éd. Pedone, 1974, p. 235.
33
leur enfant. D’ailleurs une seule personne peut aussi former une famille en adoptant un
enfant. La présence de deux personnes suffirait alors à former une famille, qu’il s’agisse de
deux époux, de deux concubins ou d’une personne avec un enfant. La famille se réduirait
alors à au moins deux personnes liées par le mariage, le concubinage ou la filiation. Le
principe d’égalité étant transversal, elle a une influence considérable dans le droit de la
famille.
38. Le droit de la famille comme droit objectif. Le droit objectif est l’ensemble
des règles tendant à régir l’homme dans la vie en société139. Il est organisé par branche
dont l’une d’elle est le droit de la famille. Le droit en tant que règle organisant la famille
est le droit objectif désigné droit de la famille. L’examen de l’égalité revêt un caractère
tout particulier dans le droit de la famille.
39. Le caractère particulier des liens de famille. Il est tout à fait délicat de parler
du droit au sein de la famille avant même de penser à y intégrer le principe d’égalité. La
famille est sensible aux « influences religieuses, philosophiques, politiques et
économiques, au poids de la tradition et de celui des contingences »140. Il n’est donc pas
toujours aisé au droit de saisir les relations humaines. Il existe en effet des relations dont
l’appropriation échappe à l’individu. Il en est le cas notamment en matière de sentiment.
La famille est construite sur des sentiments. Mais que le droit appréhende les sentiments141,
ou l’amour est assez complexe142. Le droit ne peut contraindre deux personnes à s’aimer ou
le contraire, quel que soit les intérêts ou les inconvénients imminents. Des personnes
mariées mettent parfois fin à leur union par le divorce. Dans le même moment, l’inverse
est possible car deux personnes divorcées se remarient entre eux parfois. Les relations
entre parents et enfants sont tout aussi délicates. Les parents sont souvent guidés par le
perpétuel souci du bien-être de leur enfant.
139
G. MARTY et P. RAYNAUD, Droit civil, introduction générale à l’étude du droit, t.1, Paris, 2è éd., Sirey,
1972, n° 2, p. 4 ; G. CORNU, Droit civil, introduction au droit, Paris, 13è éd., Montchrestien, 2007, n° 10.
140
D. ALLAND et S. RIALS (dir.), Dictionnaire de la culture juridique, Paris, PUF, 2003, p. 698.
141
J. ROCHFELF, Les grandes notions du droit privé, Paris, 2è éd., PUF, 2013, n° 18, spéc. p. 103.
142
R. SAVATIER, Le droit, l'amour et la liberté, Paris, 2è éd., LGDJ, 1963, p. 11.
34
sans chef »143 ou une famille a deux têtes tandis que d’autres réfléchissent à son avenir144.
L’intégration du principe d’égalité dans le droit de la famille est ainsi tiraillée entre deux
tendances. La première rejette une parfaite égalité en droit de la famille par le maintien de
certaines traditions. La seconde prône une égalité de plus en plus grande en droit de la
famille. C’est ainsi qu’on constate au Bénin que le juge constitutionnel tend à la
reconnaissance d’une plus grande égalité en droit de la famille tandis que le législateur est
quant-à lui tourné vers le maintien de la famille traditionnelle par la transposition des
traditions dans le nouveau droit de la famille en dépit des inégalités qu’elles peuvent
comporter.
143
H. MAZEAUD, « Une famille sans chef », D., 1951, chron, p. 141 ; C. KUYU, op cit, p. 101.
144
G. SALAMÉ, Le devenir de la famille en droit international privé, une famille postmoderne, Thèse, Paris,
2005 ; voy. également F. KAUDJHIS-OFFOUMOU, L’avenir de la famille à travers des instruments juridiques
internationaux et régionaux relatifs aux droits humains, in D. Maugenest et Th. Holo, (dir.), L’Afrique de
l’Ouest et la tradition universelle des droits de l’homme, Colloque d’Abidjan, les éd. du CERAP, mars 2006,
p. 233.
145
S. K. HONVOU, « Regard du juge constitutionnel béninois sur le principe d’égalité en droit de la famille »,
in La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : Un modèle pour l'Afrique ?, Mélanges en l'honneur de
Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L'Harmattan, 2012, pp. 567-586.
146
Cf. art. 213 du C. civ français de 1958 applicable au Bénin et art. 122 du Coutumier du Dahomey ; voy.
aussi R. SAVATIER, Le droit, l'amour et la liberté, Paris, 2è éd., LGDJ, 1963, p. 80 ; S. NANGA, L'égalité
entre l'homme et la femme en Afrique noire francophone : essai sur la condition juridique de la femme en
droit social ivoirien, Thèse, Paris-Nanterre, 2008, n° 369 ; M. HOFFERT, L'évolution des droits des femmes
conditionnée par la protection de la famille, Thèse, Laval, 2007, p. 63 ; R. M’BAYE, Crises entre époux en
droit sénégalais, Thèse, Dakar, 1988, p. 73.
147
Cf. art. 122 du Coutumier du Dahomey.
148
R. SAVATIER, op. cit., p. 80 ; J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 414 ; D. HUET-WEILLER, « De la
puissance paternelle à la responsabilité parentale », in R. Ganghofer, Le droit de la famille en Europe. Son
évolution depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, Strasbourg, PUS, 1992, p. 405 ; R. LEGEAIS, « Les
ajustements égalitaires de l’autorité parentale », Defrénois 1988, art. 34243, p. 625 ; M.-L. MORANÇAIS-
DESMEESTER, « Vers l'égalité parentale », in D. 1988, Chron. p. 7 et s ; A. SOW-SIDIBÉ, « L’évolution de
l’autorité dans les familles sénégalaises », in l’Afrique juridique et politique, la revue du CERDIP, vol. 2,
n° 1, janv.-juin 2003, p. 126.
149
R. C. G. DAVID, Le droit international privé sénégalais des successions, Thèse, Dakar, 1999, p. 59 ;
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 3 ; A. SOW-SIDIBÉ, Le pluralisme juridique en droit sénégalais des
successions ab intestat, Thèse, Paris, 1987, p. 19 ; R. SAVATIER, « Le contrôle de la puissance paternelle »,
D. 1947, Chron. p. 21.
35
43. Les points d’inégalité dans le droit béninois de la famille. Le maintien des
traditions comme la dot160, le délai de viduité et la prééminence du mari dans le choix du
domicile conjugal161 sont quelques points d’inégalités dans le droit béninois de la famille.
Le mari continue de fixer le domicile conjugal même si l’accord les deux époux est
suggéré en premier lieu. L’inégalité persiste également sur certains éléments identifiants
150
Voy. infra n°s 334 et s.
151
Voy. infra n° 357.
152
Voy. infra n°s 360 et s.
153
Voy. infra n°s 392 et s.
154
Voy. infra n°s 415 et s.
155
Cf. art. 605 du CPF ; voy. infra n°s 281 et s.
156
Voy. déc. DCC 02-144 du 23 décembre 2002 : « il y a traitement inégal entre l’homme et la femme en ce
que l’option prévue à l’alinéa 2 de l’art. 143 permet à l’homme d’être polygame alors que la femme ne peut
être que monogame » ; voy. aussi infra n°s 290 et s.
157
L’idée d’élaborer un Code des personnes a été déjà émise pendant à la Conférence Nationale des Forces
Vives de la Nation du 19 au 28 février 1990, voy. Synthèse des travaux de la commission constitutionnelle et
des décisions prises en séances plénière, p. 6 ; cf. art. 1030 du CPF ; voy. aussi infra n°s 239 et s.
158
J. CARBONNIER, Essais sur les lois, Paris, Defrénois, 1979, p. 260.
159
A. SOW-SIDIBÉ, Thèse préc., p. 16 ; A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 8.
160
Voy. infra n°s 75 et s.
161
Voy. infra n°s 124 et s.
36
162
Voy. infra n°s 145 et s.
163
Voy. infra n°s 197 et s.
164
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 222 ; F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ, L'égalité des sexes, Paris, Dalloz,
1998, p. 47 ; J. HAUSER, « Le nom des enfants : une législation discriminatoire et obsolète », RTD civ. 1994,
p. 829 ; G. GOUBEAUX, « Le nom », in Droit de l'enfant et de la famille, Études réunies en hommage à
Marie-Josèphe Gebler, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1998, p. 24 ; É. MICOU, L’égalité des sexes
en droit privé. De quelques aspects essentiels, Thèse, Préf. Y. Saint-Jours, Paris, Presses Universitaires de
Perpignan, 1997, n° 353 ; M. LAMARCHE, « Le nom, l'égalité des époux et le droit suisse, exemple de
simplicité ? », Dr. fam. n° 1, janv. 2013, p. 1 ; F. DOUJET-THOMAS, « Quelques nouveautés à propos du nom
et de l’égalité des sexes », in Mélanges en l’honneur à la Professeure Françoise Dekeuwer-Défossez, Paris,
Montchrestien, 2012, p. 258 ; M. GOBERT, « Le nom ou la redécouverte d’un masque », JCP 1980, I. 2966.
165
En Afrique de l’Ouest, les législateurs de certains États comme le Burkina-Faso (art. 134 224 du CPF du
Burkina-Faso) et le Mali (art. 218 à 277 du CPF du Mali) l’ont intégré dans le Code des personnes et de la
famille ; J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, introduction, les personnes, la famille, l’enfant, le couple, Paris,
PUF, 2004, n° 219.
166
En France, les articles 17 à 33 du Code civil réglementent la nationalité qui est placée dans le livre 1 er sur
les personnes. Au Burkina-Faso, les articles 22 à 134 du Code des personnes et de la famille régissent la
nationalité. Également en Côte d’Ivoire, les règles régissant la nationalité sont incorporées au Code civil.
167
Beaucoup d’auteurs ont écrit sur la crise de la famille. En ce sens, voy. notamment C. KUYU, Écrits
d’anthropologie juridique et politique, Louvain-la-Neuve, 2008, p. 101 ; J. POUSSON-PETIT, La mutation des
principes fondamentaux dans les droits des personnes et de la famille en Europe, in J. Krynen et
M. HECQUARD-THERON (dir.), Regards critiques sur quelques (r)évolutions récentes du droit, Presses de
l’Université des sciences sociales de Toulouse, t. 1, 2005, p. 35.
37
multiples facteurs liés aux changements des mœurs et à l’économie monétaire168. Il s’agit
notamment de l’urbanisation rapide, de l’explosion démographique, de la paupérisation des
parents, de la perte de pouvoir d’achat des maris et de l’évolution marquée du rôle des
femmes dans la vie familiale. La crise de la famille entraîne la hausse dramatique du taux
de divorces, la baisse du taux de polygamie, la scolarisation des femmes, l’autonomisation
professionnelle et financière des femmes, l’augmentation du nombre des unions de fait et
des familles monoparentales et les recompositions de famille. Les bouleversements sociaux
et le mouvement des idées ont ainsi brisé la famille traditionnelle169. L’intégration du
principe d’égalité dans le droit de la famille tend aussi à bouleverser les fondements établis
de la famille.
168
M.-L. RENAUT, Histoire du droit privé. Personnes et biens, Paris, Ellipses, 2008, p. 131.
169
C. LABRUSSE-RIOU, Thèse préc., p. 242.
170
I. DASTUGUC, La procréation artificielle, droit à l’enfant ou droits de l’enfant, Thèse, Clermont I., 1987,
p. 1.
171
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, Traité de droit civil, la famille, fondation et vie de la famille, Paris, 2è
éd., LGDJ, 1993, n° 892.
172
La maîtrise négative de la procréation est le contrôle de la procréation grâce à la contraception et à
l’avortement. Quant à la maîtrise positive, elle consiste à avoir recours à la procréation assistée ; voy.
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 462.
38
Le choix a été fait d’opter pour une voie médiane en choisissant de faire référence
aux solutions du droit comparé, non pas de manière systématique, mais seulement lorsqu’il
173
Voy. infra n°s 599 et s.
174
F. DREIFUSS-NETTER, « L'accouchement sous X », in Droit des personnes et de la famille – Mélanges à la
mémoire de Danièle HUET-WEILLER, Paris, LGDJ, 1994, p. 105.
175
Voy. infra n°s 679 et s.
39
est apparu véritablement fructueux de le faire. De même, il est difficile en écrivant sur la
question de l’égalité de prendre en compte l’ensemble des secteurs du droit de la famille,
d’où les incapacités et la tutelle seront écartées de l’étude. L’examen de l’égalité dans le
droit de la famille englobe alors non seulement les relations au sein des couples mariés que
celles des couples non mariés mais aussi les relations inter-couples. Il s’agit en effet de
rechercher l’intégration et l’application de l’égalité entre les membres de la famille
respectant non seulement l’éthique et les bonnes mœurs mais aussi l’espace et le temps.
Elle sera envisagée entre enfants176, entre parents au sein de la famille et entre familles.
Cependant, l’égalité entre enfants est presque réalisée dans le droit béninois de la famille
et la tendance sera d’examiner plus largement les autres points d’inégalité. L’analyse
prendra en compte aussi bien les relations patrimoniales qu’extrapatrimoniales.
50. Des pays les plus développés aux plus pauvres, l’égalité en droit de la famille
demeure une quête177 et il existe ainsi plusieurs textes juridiques qui la reconnaissent.
Toute la nécessité de la recherche se rattache à son actualité et à son intérêt dans la mesure
où les prescriptions de ceux-ci confortent la lecture du principe d’égalité faite par le juge
constitutionnel béninois.
176
Au milieu des nouveaux développements de l’égalité en droit de la famille, la question que l’on peut se
poser est celle de savoir si l’enfant a les mêmes droits et les mêmes obligations que les autres membres de la
famille. Á s’en tenir à la grande dimension du principe d’égalité et en considérant qu’aucune situation ne
doive constituer un motif de discrimination, l’on est en droit de s’attendre à ce que les enfants soient
considérés comme toute personne humaine et la minorité ne devrait pas empêcher l’application du principe.
Cependant, en raison de la protection qu’il est réservée à l’enfant (art. 26 al. 3 de la Constitution), ses droits
sont limités dans le droit de la famille. D’ailleurs, il faut remarquer que l’âge ne figure pas parmi les critères
d’inégalité expressément visés. Les enfants ont un statut particulier et peuvent alors être soumis à un droit
différent de celui de leurs parents sans qu’on ne puisse parler de discrimination puisqu’ils sont appelés à
vivre sous l’autorité parentale. Et même au-delà de leur majorité ils doivent respect et honneur à leur père et
mère (art. 405 du CPF). En revanche, la naissance, l’origine et le sexe font partie des critères énumérés et
ainsi, toute différence de droits entre les enfants basée sur ces critères porte atteinte au principe d’égalité.
177
Pour preuve, c’est en janvier 2013 que le débat sur l’égalité en droit de la famille a poussé le parlement
français a voté la loi sur le « mariage pour tous » consacrant le mariage homosexuel.
40
178
La République du Bénin a accédé à la souveraineté internationale le 1er août 1960.
179
Cf. art. 124 de la loi fondamentale de la République Populaire du Bénin du 26 août 1977 promulguée par
l’ordonnance n° 77-32 du 9 septembre 1977 et abrogée le 1 er mars 1990.
180
Cf. la loi nº 90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin, publiée au
journal officiel de la République du Bénin, 102è année, n° 1, 1er janv. 1991.
181
Cf. l’art. 26 de la Constitution du Bénin.
182
La reconnaissance de l’égalité de droit à la femme a commencé par les droits politiques que sont le droit
de vote, le droit d’éligibilité…..Voy. J. FOYER, « Allocution d'ouverture du colloque », in Archive de
philosophie de droit, t. 51, L’égalité, Paris, Dalloz, 2008, p. 3.
183
Ph. JESTAZ, « L’égalité et l’avenir du droit de la famille », in Autour du droit civil (Écrits dispersées,
Idées convergentes), Paris, Dalloz, 2005, p. 289.
184
Ibid. N’est-ce pas pour montrer la difficulté d’application du principe d’égalité en droit de la famille que
l’auteur parle de corps étranger ?
185
Le Bénin s’est doté du Code des personnes et de la famille le 24 août 2004.
186
C’est notamment en 2002 que le juge constitutionnel béninois a mis un accent particulier sur le principe
d’égalité à travers la décision DCC 02-144 du 23 décembre 2002.
187
Cf. la loi n° 2002-07 portant Code des personnes et de la famille, votée par l’Assemblée Nationale le 14
juin 2004, publié au journal officiel du 1er décembre 2004.
188
Cf. art. 1er al. 1er du CPF : « toute personne humaine, sans distinction aucune, notamment de race, de
couleur, de sexe, de religion, de langue, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou
sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation, est sujet de droit, de sa naissance à son décès ».
41
principe d’égalité entre l’homme et la femme en son article 1er alinéa 1er mais il est
également l’exemple même de la prise en compte de l’égalité dans l’élaboration de la
loi189. En plus du Code des personnes et de la famille, il y a d’autres lois internes qui
reconnaissent l’égalité entre l’homme et la femme190.
189
Cf. la décision déc. DCC 02-144 du 23 décembre 2002.
190
Il y a par exemple la loi n° 2011-26 portant prévention et répression des violences faites aux femmes,
adoptée le 27 septembre 2011 qui dispose en son article 5 alinéa 1 er que « la lutte pour l’égalité entre les
hommes et les femmes, constitue une priorité nationale ». Son article 17 prévoit que « l’État doit rendre
effective la jouissance de leurs droits à l’intégrité physique et morale, à la liberté, à la sûreté ainsi qu’à
l’égalité et à la non-discrimination pour des raisons de sexe ». Cette consécration de l’égalité les lois internes
est possible en raison d’un ensemble de facteur dont sa reconnaissance internationale.
191
J. COMBACAU ET S. SUR, Droit international public, Paris, 11e éd., LGDJ, 2014, pp. 53 et s.
192
Cf. art. 7 de la DUDH.
193
Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques a été adopté et ouvert à la signature, à la
ratification et à l’adhésion par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 2200 A (XXI) du
16 décembre 1966, entré en vigueur le 23 mars 1976 conformément aux dispositions de l’article 49.
194
Cf. art. 3 PIDCP : « les États Parties au présent Pacte s’engagent à assurer le droit égal des hommes et
des femmes de jouir de tous les droits civils et politiques énoncés dans le présent Pacte »
195
Cf. art. 26 du PIDCP : « toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à
une égale protection de la loi. À cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les
personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de
sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de
fortune, de naissance ou de toute autre situation ».
196
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes a été adoptée
et ouverte à la signature, à la ratification et à l’adhésion par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa
résolution 34/180 du 18 décembre 1979, entrée en vigueur le 3 septembre 1981 conformément aux
dispositions de l’article 27 (1).
197
Cf. art. 9 de la CEDEF : « 1. Les États Parties accordent aux femmes des droits égaux à ceux des hommes
en ce qui concerne l’acquisition, le changement et la conservation de la nationalité. Ils garantissent en
particulier que ni le mariage avec un étranger, ni le changement de nationalité du mari pendant le mariage
ne change automatiquement la nationalité de la femme, ni ne la rend apatride, ni ne l’oblige à prendre la
nationalité de son mari.
2. Les États Parties accordent à la femme des droits égaux à ceux de l’homme en ce qui concerne la
nationalité de leurs enfants ».
198
Cf. art. 15 de la CEDEF : « 1. Les États Parties reconnaissent à la femme l’égalité avec l’homme devant
la loi. 2. Les États Parties reconnaissent à la femme, en matière civile, une capacité juridique identique à
celle de l’homme et les mêmes possibilités pour exercer cette capacité. Ils lui reconnaissent en particulier
des droits égaux en ce qui concerne la conclusion de contrats et l’administration des biens et leur accordent
le même traitement à tous les stades de la procédure judiciaire. 3. Les États Parties conviennent que tout
contrat et tout autre instrument privé, de quelque type que ce soit, ayant un effet juridique visant à limiter la
capacité juridique de la femme doivent être considérés comme nuls. 4. Les États Parties reconnaissent à
l’homme et à la femme les mêmes droits en ce qui concerne la législation relative au droit des personnes à
circuler librement et à choisir leur résidence et leur domicile ».
42
font expressément mention. La Convention relative aux droits de l’enfant199 fait également
allusion à l’égalité en son article 2200.
199
Adoptée et ouverte à la signature, à la ratification et à l’adhésion par l’Assemblée générale des Nations
Unies dans sa résolution 44/25 du 20 novembre 1989, entrée en vigueur le 2 septembre 1990, conformément
aux dispositions de l’article 49.
200
Cf. art. 2 de la Convention relative aux droits de l’enfant : « 1. Les États Parties s’engagent à respecter les
droits qui sont énoncés dans la présente Convention et à les garantir à tout enfant relevant de leur
juridiction, sans distinction aucune, indépendamment de toute considération de race, de couleur, de sexe, de
langue, de religion, d’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents ou représentants légaux, de
leur origine nationale, ethnique ou sociale, de leur situation de fortune, de leur incapacité, de leur naissance
ou de toute autre situation. 2. Les États Parties prennent toutes les mesures appropriées pour que l’enfant
soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation
juridique, les activités, les opinions déclarées ou les convictions de ses parents, de ses représentants légaux
ou des membres de sa famille ».
201
On peut observer que l’article 3 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples n’est qu’une
réécriture de l’article 7 de la Déclaration universelle des droits de l’homme amputée de sa partie qui énonce
le droit de tous « à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et
contre toute provocation à une telle discrimination » ; voy. M. KAMTO, « Introduction générale », in
M. Kamto, (dir.), La Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et le protocole y relatif portant
création de la Cour africaine des droits de l'homme, commentaire article par article, Bruxelles, éd. Bruylant,
2011, p. 5.
202
M. KAMTO, « Commentaire du préambule de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples », in
M. Kamto, (dir.), La Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et le protocole y relatif portant
création de la Cour africaine des droits de l'homme, commentaire article par article, Bruxelles, Bruylant,
2011, p. 71.
203
La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples a été adoptée par la 18è Conférence des chefs
d’État et de gouvernement le 27 juin 1981 à Naïrobi (Kenya), (OUA, Doc CAB/LEG/67/3, ILM, 5.21, 58,
1982), entrée en vigueur le 21 octobre 1986, ratifiée par le Bénin le 20 janvier 1986.
204
Cf. art. 3 de la ChADHP ; Voy. A. ONDUA, « Commentaire de l’article 3 de la Charte africaine des droits
de l’homme et des peuples », in M. Kamto (dir.), La Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et
le protocole y relatif portant création de la Cour africaine des droits de l'homme, commentaire article par
article, Bruxelles, Bruylant, 2011, pp. 132-139.
205
Le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des femmes a été
adopté par la 2ème session ordinaire de la Conférence de l’Union à Maputo le 11 juillet 2003, entré en vigueur
le 25 novembre 2005, signé par le 11/02/2004 et ratifié le 30/09/2005.
206
Cf. art. 6 du Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des
femmes : « les États veillent à ce que l’homme et la femme jouissent de droits égaux et soient considérés
comme des partenaires égaux dans le mariage. Á cet égard, les États adoptent les mesures législatives
appropriées pour garantir que :
43
a) aucun mariage n’est conclu sans le plein et libre consentement des deux ; b) l’âge minimum de mariage
pour la fille est de 18 ans ; c) la monogamie est encouragée comme forme préférée du mariage. Les droits de
la femme dans le mariage et au sein de la famille y compris dans des relations conjugales polygamiques sont
défendus et préservés ; d) tout mariage, pour être reconnu légalement, doit être conclu par écrit et enregistré
conformément à la législation nationale. ; e) les deux époux choisissent, d’un commun accord, leur régime
matrimonial et leur lieu de résidence ; f) la femme mariée a le droit de conserver son nom, de l’utiliser à sa
guise, séparément ou conjointement avec celui de son mari ; g) la femme mariée a le droit de conserver sa
nationalité et d’acquérir la nationalité de son mari ; h) la femme a le même droit que l’homme en ce qui
concerne la nationalité de leurs enfants sous réserve des dispositions contraires dans les législations
nationales et des exigences de sécurité nationale; i) la femme et l’homme contribueront conjointement à la
sauvegarde des intérêts de la famille, à la protection et à l’éducation de leurs enfants ; j) pendant la durée du
mariage, la femme a le droit d’acquérir des biens propres, de les administrer et de les gérer librement ».
207
La Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant a été adoptée par la 26ème Conférence des chefs
d'État et de gouvernement de l'OUA à Addis-Abeba (Éthiopie) en juillet 1990, elle est entrée en vigueur le 29
Novembre 1999. Elle est signée la République du Bénin le 27 février 1992 et ratifiée le 17 avril 1997.
208
Cf. art. 18 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant : « 1. La famille est la cellule de base
naturelle de la société. Elle doit être protégée et soutenue par l’État pour son installation et son
développement. 2. Les États à la présente Charte prennent des mesures appropriées pour assurer l’égalité de
droits et de responsabilités des époux à l’égard des enfants durant le mariage et pendant sa dissolution. En
cas de dissolution, des dispositions sont prises pour assurer la protection des enfants ;
3. Aucun enfant ne peut être privé de son entretien en raison du statut marital de ses parents ».
209
Cf. art. 5 du Protocole n° 7 de la CEDH : « Les époux jouissent de l'égalité de droits, et de responsabilité,
de caractère civil entre eux et dans leurs relations avec leurs enfants au regard du mariage, durant le
mariage et lors de sa dissolution ».
210
Cf. art. 8 de la CEDH : « Droit au respect de la vie privée et familiale.
1/ Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.
2/ Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette
ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est
nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de
l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la
protection des droits et libertés d’autrui ».
211
Cf. art. 14 de la CEDH : « Interdiction de discrimination. La jouissance des droits et libertés reconnus
dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée sur le sexe, la race, la
couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou
sociale, l’appartenance à une minorité, la fortune, la naissance ou toute autre situation ».
44
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dépasse le cadre strict de
la famille fondée sur le mariage.
57. Le principe retenu par la Cour européenne des droits de l’homme. Parmi
les décisions rendues par la Cour sur la base des articles 8 et 14 combinés de la Convention
européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, il serait
intéressant d’en étudier au moins deux, afin de dégager le principe retenu par la haute
juridiction. Dans les arrêts Mazurek c. France212 du 1er février 2000 et Abdulaziz, Cabales
et Balkandali c. Royaume-Uni213 du 28 mai 1985, la Cour européenne des droits de
l’homme a eu, une fois de plus, l’occasion d’appliquer les articles 8 et 14 de la Convention
européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, tout en
précisant le sens de l’égalité. La Cour dégage le principe selon lequel, au regard de l'article
14 de la Convention, une distinction est discriminatoire si elle manque de justification
objective et raisonnable214.
Cette actualité bien riche du principe d’égalité dans le droit de la famille justifie
l’intérêt de cette recherche.
212
Le requérant, M. Claude MAZUREK a été assigné devant le tribunal de grande instance de Nîmes par son
demi-frère, Alain MAZUREK, pour demander que soit ordonné le partage de la succession par notaire à la
suite du décès de leur mère. Il recherche qu’il soit jugé que Claude, enfant adultérin, ne pouvait prétendre
qu’à un quart de la succession conformément à l’article 760 du Code civil. M. Claude a accepté la
désignation du notaire pour liquider la succession, mais soutient cependant que l’article 760 est incompatible
avec les dispositions de l’article 8 et 14 de la Convention. Non satisfait après avoir épuisé les voies de
recours interne, M. Claude saisit la Cour EDH qui a condamné la France. Sur l’article 760 du C. civ., voy.
J. MASSIP, G. MORIN et J.-L. AUBERT, La réforme de la filiation, commentaire de la loi n° 72-3 de janvier
1972, Paris, Defrénois, 1976 ; V.M. NICOD, « La vocation successorale de l'enfant adultérin », LPA, 2002, n°
195, p. 29 ; R. SAVATIER, « Le projet de loi sur la filiation, mystique ou réalisme ? », JCP 1971, I, 2400 ;
A. Seriaux, « L’égalité des filiations depuis la loi du 3 janvier 1972 », in Mélanges offerts à Alain Colomber,
Paris, Litec, 1993, p. 437 ; J. CARBONNIER, « La naissance et la grâce. Á propos du projet de loi sur la
filiation », D. 1971, chron. p. 32 ; J. RUBELLIN-DEVICHI, « Réflexions sur la réforme attendue de la
filiation », in Mélanges offerts à Alain Colomber, Paris, Litec, 1993, p. 408 ; M. MAYMON-GOUTALOY, « De
la conformité du droit français des personnes et de la famille aux instruments internationaux protecteurs des
droits de l'homme », D. 1985, chron. pp. 213 et s.
213
Les requérantes contestent devant la Cour EDH les règles anglaises de l'époque qui permettaient plus
aisément à un homme installé au Royaume-Uni qu'à une femme dans la même situation, d'obtenir pour le
compte de son conjoint non national, l'autorisation d'entrer ou de rester dans le pays ; J.-M. LARRALDE,
« L'égalité des sexes », in A. Batteur, Les grandes décisions du droit des personnes et de la famille, Paris,
LGDJ, Lextenso, 2012, n°s 372 et 373 ; F. VASSEUR-LAMBRY, La famille dans la Convention européenne des
droits de l'homme, Thèse, Paris, L'Harmattan, 2000, n° 268.
214
Abdulaziz, Cabales et Balkandali c. Royaume-Uni du 28 mai 1985 ; F. SUDRE, « Commentaire sous
l'article 2 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples », in M. Kamto (dir.), La Charte
africaine des droits de l'homme et des peuples et le protocole y relatif portant création de la Cour africaine
des droits de l'homme, commentaire article par article, Bruxelles, Bruylant, 2011, p. 123 ; J.-M. LARRALDE,
art. préc., p. 336 ; G. COHEN-JONATHAN, La Convention européenne des droits de l'homme, Paris,
Économica, 1989, pp. 539 et s ; Defrénois, 2000, art. n° 37179, n° 29, p. 654, obs. J. MASSIP ; Dr. fam. 2000,
n° 2, p. 20, obs. B. de Lamy ; JCP G, 2000, II. 10286, note A. Gouttenoire-Cornut et F. Sudre ; D. 2000. 157
et 322, note J. Thierry ; LPA n° 93, 10 mai 2000, p. 11, note S. Hocquet-Berg ; Droit et Patrimoine, n° 82,
mai 2000, p. 56, note Ph. Stoffel Munck ; obs. P. Rolland, JDI 1986, p. 1084.
45
59. L’intérêt pratique. Les praticiens du droit auront à travers cette étude une
compréhension plus nette du principe d’égalité afin que l’égalité reconnue en droit
s’applique effectivement et sans préjugé, ceci conduira certainement à l’effectivité de
l’application du principe d’égalité en droit de la famille. La connaissance du vrai sens du
principe d’égalité permettra également à chaque citoyen béninois de connaître les limites
de ses droits car l’égalité est la moralisatrice de la liberté. Cette étude aura donc atteint son
objectif si, à son terme, le principe constitutionnel d’égalité apparaît aux yeux de tous – les
lecteurs, les praticiens du droit et le législateur – ne serait-ce qu’un peu plus simple et
moins contestable dans le droit de la famille.
215
Ph. JESTAZ, « Le principe d’égalité des personnes en droit privé », in La personne humaine, sujet de droit :
quatrième journée René SAVATIER, Poitiers, 25 et 26 mars 1993, Paris, PUF, 1994, p. 255.
46
V. PROBLÉMATIQUE
La question de l’égalité se pose par ailleurs dans tous les États, des plus riches aux
moins avancés comme le Bénin. De nombreuses actions sont entreprises, à des niveaux
divers, et avec une efficacité relative pour lutter contre les inégalités. À cet effet, des
recours, nombreux, y relatifs portés devant le juge constitutionnel en sont la preuve. Au
Bénin, la question de l’égalité reste évidemment d’actualité et le droit de la famille est l’un
des domaines dans lesquels la préoccupation est particulièrement grande. Le droit béninois
de la famille connaît en conséquence une certaine évolution. En effet, ces évolutions qui
touchent le droit béninois de la famille en raison du principe d’égalité conduisent à
rechercher son impact réel sur ce droit et à en présager l’avenir. On se pose alors la
question suivante : quel est et quel sera le droit béninois de la famille sous l’effet de la
prise en compte croissante du principe d’égalité ? Il est évident que la recherche d’un
dénouement à cette question conduira évidemment aux réponses apportées à un ensemble
de questions qui y sont dérivées. Le principe d’égalité a-t-il une connotation positive en
droit béninois de la famille ? Devrait-on prendre en compte le temps pour légiférer ?
Quelle est la place des progrès scientifiques dans le droit positif ? Comment parvenir à un
droit de la famille adapté aux aspirations de l’égalité de l’époque contemporaine ? En
somme, l’étude de l’égalité en droit de la famille tend à l’examen de la constitutionnalité
du droit de la famille ou à la constitutionnalisation du droit de la famille au regard du
principe d’égalité.
216
C. AGOSSOU, Liberté et égalité en droit de la famille dans les États francophones d'Afrique de l'Ouest :
Approche comparative entre le Bénin, le Burkina-Faso, le Sénégal et le Togo, Thèse, Abomey-Calavi, 2012.
217
Ph. GÉRARD, L’esprit des droits. Philosophie des droits de l’homme, Bruxelles, Publication des Facultés
Universitaires de Saint-Louis, 2007.
47
finalité du droit218. Il est alors indispensable de relever les acquis du droit applicable en
matière d’intégration du principe d’égalité et d’entrevoir l’impact du temps sur la nouvelle
tendance du droit de la famille en ayant comme valeur l’épanouissement de chaque
membre de la famille individuellement et collectivement. Il ne s’agit donc pas d’une
obstination à rejeter systématiquement les traditions au point de faire le « requiem pour le
droit de la famille »219. Pour atteindre le but fixé, il convient d’exposer la démarche à
suivre.
Lorsqu’il a été nécessaire dans la réflexion sur ce sujet, de faire référence à des
domaines scientifiques autres que le droit, pour conforter les analyses, on n’a pas hésité. Il
en est ainsi de la sociologie et de la biologie. L’égalité constitue en effet l’exemple d’une
notion au carrefour de plusieurs disciplines.
63. Justification et plan. Il est alors possible de suivre une démarche permettant
d’examiner les rapports personnels au sein de la famille à la lumière du principe d’égalité
et ceux patrimoniaux tout en analysant simultanément les avancées et les faiblesses du
droit positif de la famille. Cette démarche est purement descriptive et n’offre pas une vue
complète et évolutive des acquis et des attentes de la législation familiale.
218
A. CISSÉ, « Introduction générale. Pour une approche plurale du droit africain », préc., p. 7.
219
R. DECOTTIGNIES, « Requiem pour la famille africaine », Ann. afr. 1965, p. 253.
220
G. FARJAT, Pour un droit économique, Paris, PUF, p. 107 et s. ; P. REIS, « Les méthodes d’interprétation,
analyse formelle, analyse substantielle et sécurité juridique », in L. BOY, J.-B. RACINE et F. SIIRIAINEN, (sous
la coordination de), Sécurité juridique et droit économique, Bruxelles, Larcier, 2008, pp. 189-205
48
Il faut toutefois reconnaître que cette approche n’est pas dépourvue d’artifices
puisque certains aspects du droit de la famille intéressant à la fois ses aspects présents et
ceux futurs pourraient prêter à des redites. On choisira pourtant de s’en tenir à cette
présentation qui a pour avantage de permettre la critique de la législation et d’offrir une
perspective générale du droit de la famille. Elle permet de tenir compte de la manière dont
les contemporains pensent les éléments déterminants qui façonnent la famille et met en
exergue les frictions du droit et sa confrontation avec les faits. Elle permet aussi d’éluder
les difficultés posées par chaque aspect des relations familiales afin d’en trouver des
solutions. La recherche se fera en deux temps :
Partie I : Le droit béninois de la famille sous le prisme du principe d’égalité : de lege lata
PREMIÈRE PARTIE :
« La décision législative est d'abord un choix de principe entre statu quo et réforme »221
221
J. CARBONNIER, Essais sur les lois, Paris, Defrénois, 1979, p. 243.
222
Le Dahomey est proclamé République le 4 décembre 1958 et a accédé à la souveraineté nationale le 1 er
août 1960 ; voy. le Préambule de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990.
223
H. MAZEAUD, « Une famille sans chef », D. 1951, Chron. p. 141 ; A.-M. BOURGEOIS, « La loi du 13 juillet
1965 et les séquelles du statut d’infériorité de la femme mariée », RTD civ. 1968, p. 69 ; C. BRUNETTI-PONS,
« Réflexions autour de l’évolution du droit de la famille », Dr. fam. 2003, Chron. n° 15 et n° 17 ;
J. CARBONNIER, « Terre et ciel dans le droit français du mariage », in Le Droit privé français au milieu du
XXe siècle : études offertes à Georges Ripert, t. 1, études générales. Droit de la famille, Paris, LGDJ, 1950,
p. 328 ; R. DECOTTIGNIES, « Requiem pour la famille africaine », Ann. afr. 1965, p. 251 ; P. GANNAGÉ, « Le
principe d’égalité et le pluralisme des statuts personnels dans les États multicommunautaires », in L’avenir
du droit, Mélanges en hommage à François Terré, Paris, Dalloz, 1999, p. 437 ; A. N. GBAGUIDI, « Égalité
des époux, égalité des enfants et le projet de Code de la famille et des personnes », RBSJA, n° spécial oct.
1995, p. 3-24 ; J. POUSSON-PETIT, « La mutation des principes fondamentaux dans les droits des personnes et
de la famille en Europe », in J. Krynen ET M. Hecquard-Théron (dir.), Regards critiques sur quelques
(r)évolutions récentes du droit, Presses de l’Université des sciences sociales de Toulouse, t. 1, 2005,
pp. 35-83.
224
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 27.
225
R. SAVATIER, Le droit, l'amour et la liberté, Paris, 2è éd., LGDJ, 1963, p. 82.
50
aspirations démocratiques du temps. Cependant, les objectifs fixés n’ont pas été atteints
dans le Code des personnes et de la famille qui conserve des inégalités entre les époux.
65. Justification du plan. Afin d’examiner au mieux l’état actuel du droit béninois
de la famille, deux approches sont possibles. On peut s’efforcer de balayer tout le droit de
la famille avec le faisceau du principe d’égalité et analyser au fur et à mesure les avancées
et les inégalités qui y demeurent. Ainsi, on aurait pu, d’une part, examiner les relations
personnelles en droit de la famille et les inégalités qu’elles comportent et, d’autre part, les
relations pécuniaires et les inégalités qui y persistent. Cette approche ne semble pas
présenter beaucoup d’intérêt car elle amènerait, sans doute, à la description d’un état, celui
du droit de la famille. Cependant, l’étude de l’actualité de l’égalité en droit béninois de la
famille peut être intéressante si elle permet de grouper les points d’inégalité en droit de la
famille en même temps que les raisons qui en sont à la source. Une telle approche
permettrait en même temps de revisiter l’état du droit de la famille avant l’avènement du
Code des personnes et de la famille. Il est assez naturellement tentant d’aller vers les
nouveautés puisque le passé est déjà connu. Au demeurant, cette approche paraît avoir une
portée limitée.
L’option est donc prise de rechercher les institutions du droit traditionnel qui sont
pour l’essentiel le frein à l’égalité en droit de la famille et de montrer les avancées du droit.
Ainsi, avant tout, la tradition sera examinée comme un frein à l’égalité en droit de la
famille à travers la transposition de l’ancien régime du nom et de la nationalité, d’une part,
et par l’étude de la dot, du délai de viduité226 et du choix du domicile conjugal, d’autre
part. Après viendra la recherche et l’examen d’un ensemble de régimes juridiques
consacrant une large ouverture à l’égalité en droit béninois de la famille. C’est comme un
schéma d’égalité parfaite en droit au sein de la famille. Cette dernière approche a pour
mérite d’être dynamique et permet ainsi d’avoir une vue d’ensemble du présent du principe
d’égalité en droit de la famille.
66. Plan. Cette démarche est celle que suivra cette recherche en montrant, dans un
premier temps, que la tradition est un obstacle à l’égalité en droit de la famille (Titre I) et,
dans un second temps, la loi comme ouverture à plus d’égalité en droit béninois de la
famille (Titre II).
226
Voy. infra n°s 107 et s.
51
TITRE I :
68. Les coutumes transposées dans le nouveau droit. Le régime des éléments
identifiants l’individu, à savoir le nom de la personne et la nationalité, sont calqués sur le
modèle du droit coutumier229. Le délai de viduité et le choix du domicile conjugal sont
également des institutions traditionnelles dont le régime était organisé par le Coutumier
juridique et Code civil français rendu applicable au Bénin230. Ces coutumes sont
maintenues dans le Code des personnes et de la famille du Bénin. Ce syncrétisme juridique
constitue parfois un frein à l’égalité entre époux dans le couple.
227
Cf. art. 1029 et 1030 du CPF.
228
Ph. MALAURIE et P. MORVAN, Introduction au droit, Paris, 5è éd., Defrénois, 2014, n° 376 ;
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 6, spéc. p. 18 ; G. CORNU, Droit civil, introduction au droit, Paris, 13è
éd., Montchrestien, 2007, n° 82 ; F. ZÉNATI-CASTAING, « Le Code civil et la coutume », in Libres propos sur
les sources du droit : Mélanges en l'honneur de Philippe Jestaz, Paris, Dalloz, 2006, p. 607.
229
Même si on peut remettre en cause, avec certains auteurs, l’existence d’une coutume qui prévoit la
transmission patrilinéaire du nom à l’enfant, il y a des siècles que les enfants portent, par priorité, le nom de
leur père. Ainsi, le Doyen Carbonnier affirme que l'enfant légitime prend le nom de son père en vertu d'une
coutume supposée, plutôt que légalisée par les textes ; voy. Droit civil, t. 1, n° 222. Alors que pour
M. Menjucq, la coutume à laquelle se réfère la doctrine n'est qu'une coutume supplétive puisque, sous
l'Ancien droit, l'enfant pouvait porter le nom de sa mère ; voy. J. MENJUCQ, L'attribution du nom par
filiation, Thèse, Paris 2, t. 1, 1975, p. 187.
230
Cf. art. 108 du C. civ. : « La femme mariée n'a point d'autre domicile que celui de son mari. Le mineur
non émancipé aura son domicile chez ses père et mère ou tuteur ; le majeur interdit aura le sien chez son
curateur » ; art. 214 du C. civ : « la femme est obligée d'habiter avec le mari, et de le suivre partout où il
juge à propos de résider le mari est obligé de la recevoir, et de lui fournir tout ce qui est nécessaire pour les
besoins de la vie, selon ses facultés et son état ».
52
CHAPITRE I :
70. Un écart entre le droit de la famille et son esprit. L’esprit du nouveau droit
de la famille est en somme de créer une famille nucléaire231. Or le Code des personnes et
de la famille a repris certaines traditions qui sont des piliers de la famille dans sa
conception large. Il y a ainsi un écart entre le droit tel qu’il est vécu – qui consacre la
famille au sens large – et son esprit – qui prône la famille nucléaire –. Cette rupture
observée dans le droit consacre une différence dans les droits et les obligations des époux
ou futurs époux. Si la dot est en général versée par le futur époux ou sa famille à la famille
de la future épouse, le délai de viduité est imposé seulement à la femme qui veut se
remarier. Aussi constate-t-on que les coutumes consacrent la priorité du choix du domicile
conjugal par l’époux.
71. Plan. Tout en cherchant des solutions pour pallier cet écart entre le Code des
personnes et de la famille et son esprit, l’étude conduira à décrypter l’inégalité qui affecte
les hommes dans le mariage (section 1) et à examiner celle que subissent les femmes dans
le mariage (section 2).
231
Voy. supra, n° 29.
53
SECTION 1 :
L’EXISTENCE D’UNE EXIGENCE UNILATÉRALE POUR L’HOMME
74. Plan. L’institution de la dot en droit béninois de la famille sera donc examinée
(§1) afin de préciser la place de la tradition dans le nouveau droit de la famille. On pourra
en déduire la preuve d’un détournement de l’esprit du Code des personnes et de la famille
(§2).
232
J. BITOTA MUAMBA, Thèse préc., p. 93.
233
B. DJOBO, « La dot chez les Kotokoli de Sokodè », Penant, 1962, p. 33.
234
La dot est notamment interdite en Côte d’Ivoire, au Burkina-Faso, au Gabon, en Centrafrique. En Côte
d’Ivoire, l’art. 20 de la loi ivoirienne dispose ainsi : « l’institution de la dot, qui consiste dans le versement au
profit de la personne ayant autorité sur la future épouse, par le futur époux ou la personne ayant autorité sur
lui, d’avantages matériels conditionnant la réalisation du mariage traditionnel, est immédiatement abolie ».
Au Burkina-Faso, l’art. 244 consacre la suppression de la dot. En effet, aux termes de cette disposition, « le
versement d’une dot soit en espèce, soit en nature, soit en prestation de service est illégal ». Le Gabon a
supprimé la dot par la loi n° 20-63 du 31 mai 1963 et le Centrafrique avec l'ordonnance n° 66-25 du 31 mars
1966 ; voy. N. OKOUMA, La polygamie dans le Code civil gabonais de 1972, Thèse, Montpellier I, 1981,
p. 25.
235
I. A. ANANI, « La dot dans le Code des personnes et de la famille au Bénin, Burkina-Faso, Côte d'Ivoire et
Togo », in S. Lagoutte (dir.), Les droits de la femme et de l'enfant. Réflexions africaines, Paris, Karthala,
2011, p. 242.
236
Cf. art. 142 du CPF.
54
75. Le but de la dot. La dot peut être définie comme étant une somme d’argent ou tout
bien donné par le mari (ou sa famille) et impliquant de sa part le ferme désir de contracter
mariage en vue de créer et vivre dans les liens d’une affection mutuelle. Elle symbolise
l’union d’un homme et d’une femme et de leur famille. La dot serait ainsi « la valeur qu'il
convient de remettre à la famille de la future épouse pour que le mariage soit valable »237.
Elle consacre donc non seulement le mariage mais va au-delà et crée un lien entre les deux
familles.
76. Plan. La place qu’occupe la dot dans le droit béninois de la famille (A) renseigne
davantage sur son régime (B).
77. Plan. La place traditionnelle de la dot dans le droit de la famille (1) sera précisée
avant celle actuelle (2).
78. Les formes de la dot. La dot existe sous des formes variées. Si en France, le
régime dotal était un ensemble de biens destiné au couple visant surtout à suppléer à la
défaillance du mari dans son obligation d’entretien du ménage238, la dot en Afrique est en
revanche un ensemble de biens, une prestation de service ou une somme d'argent 239. Les
biens consomptibles – biens qui se perdent par le premier usage qu’on en fait et qui sont en
général des biens consommables – ou non-consomptibles d’une valeur particulière peuvent
servir de dot. En tant que bien consomptible, la dot peut être constituée des produits
alimentaires tels que l'huile, le poisson, les poulets, le sel, le sucre, les boissons, etc. Il peut
aussi y avoir des biens consomptibles d’une importance particulière comme des colas et
des épices240. La dot se constitue également des biens non-consomptibles comme des
pagnes, des ustensiles de cuisine, des appareils électroménagers, des bœufs ou d’autres
237
K. M’BAYE, « introduction », in K. M’Baye, (dir.), Le droit de la famille en Afrique noire et à
Madagascar, études préparées à la requête de l'Unesco, Paris, Larose, 1968, p. 17.
238
Cf. art. 1540 du C. civ. de 1804 : « la dot, sous ce régime comme sous celui du chapitre Il, est le bien que
la femme apporte au mari pour supporter les charges du mariage » ; P. RAYNAUD, La nature juridique de la
dot. Essai de contribution à la théorie générale du patrimoine, Paris, Sirey, 1934.
239
A. HOUNGBÉDJI, Le droit de la famille dans les coutumes du bas-Bénin, Thèse, Paris, 1967, p. 180.
240
I. A. ANANI, art. préc., p. 243 ; J. BITOTA MUAMBA, Recherches sur le statut juridique des femmes en
Afrique, Thèse, Toulouse, 2003, pp. 90-91 ; A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., pp. 180-188.
55
241
I. A. ANANI, art. préc., p. 243 ; L. V. THOMAS, « La parenté au Sénégal », in K. M’Baye, (dir.), Le droit
de la famille en Afrique noire et à Madagascar, études préparées à la requête de l'Unesco, Paris, Larose,
1968, p. 75 ; J. BITOTA MUAMBA, Thèse préc., pp. 90-91.
242
Ibid.
243
A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., pp. 181-182, selon lui « chez les Goun, la dot était composée de deux
parties. La première est "hanyigban" qui marque l'accord de la famille de la jeune fille à la demande
formulée par celle du garçon et qui est versée juste après cet accord. Son montant ? Quatre petites jarres de
vin de mil (lihan) et deux sacs de cauris, soit l'équivalent de 10 francs CFA (valeur en 1938). La seconde
partie "Agbangbo" (grosse dot) versée la veille du départ de la jeune fille pour le domicile conjugal, se
compose de cinq jarres de vin de mil, des noix de colas, une ceinture de toile "Adokin" symbolisant celle dont
s'est servie la mère de la fille pour maintenir cette dernière au dos lorsqu'elle était bébé, quatre pagnes et
cinq sacs de cauris équivalent au total à 25 francs CFA de l'époque ». Cet exemple révèle ainsi qu’il y a des
biens consomptibles et des biens non-consomptibles qui en font partie. De la même manière, il a été relaté
que « chez les fon d'Abomey, la "dot" était composée de trois partie : le "hongbokoué" payé à la naissance
(ou au plus tard) versé en cauris représentant 17 centimes, le "Assikoué" composé d'un pagne, d'une mesure
de maïs, et auxquels s'ajoute un nombre de cauris équivalent à 10 francs CFA ; le "Howé hennou ma gba"
qui marque l'indissolubilité des liens qui rattachent la femme à ses ancêtres et à sa famille et qui est
constitué d'un cabri ou d'un poulet, d'un récipient d'huile de palme et d'une somme de 1,50 francs CFA ».
244
Les articles 21 et 22 de la loi n° 64-381 du 7 octobre 1964 relative aux dispositions diverses applicables
aux matières régies par les lois sur le mariage organisent la sanction de la dot. En effet, aux termes des
dispositions de l’art. 21 : « sera puni d’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende double de
la valeur des promesses agréées ou des choses reçues ou demandées, sans que ladite amende puisse être
inférieure à 50 000 francs, quiconque aura, en violation des dispositions de l’article précédent, soit
directement, soit par personne interposée, que le mariage ait eu lieu ou non : 1° Sollicité ou agréé des offres
ou promesses de dot, sollicité ou reçu une dot ; 2° Usé d’offres ou de promesses de dot ou cédé à des
sollicitations tendant au versement d’une dot ». Quant à l’art. 22, il prévoit que « sera puni des peines
portées à l’article précédent, quiconque, agissant comme intermédiaire, aura participé à la réalisation des
infractions prévues audit articles ».
245
En 1963, le versement de la dot a été interdit au Gabon. Malgré cette interdiction, sa pratique est toujours
de mise, dans le mariage coutumier ; voy. N. OKOUMA, La polygamie dans le Code civil gabonais de 1972,
Thèse, Montpellier I, 1981, p. 25.
246
F. LAROCHE-GISSEROT, « L'échec du mariage occidental en Afrique francophone : l'exemple de la Côte
d'Ivoire », RTD comp. 1999, p. 74 et s ; voy. aussi H. RAULIN, « Le droit des personnes et de la famille en
Côte d'Ivoire », in K. M’Baye, (dir.), Le droit de la famille en Afrique noire et à Madagascar, études
préparées à la requête de l'Unesco, Paris, Larose, 1968, p. 231.
56
versement de la dot247 lorsqu’ils décident de se marier. Il paraît que cette pratique perdure
en raison du fait que la dot constitue une preuve du mariage248. La dot matérialise et assure
la publicité du mariage249. La dot est au centre du mariage coutumier qui « n’a de valeur et
n’est prouvé que par l’institution de la dot »250. Elle est aussi un élément de protection de
la femme mariée
81. La dot, un sacrifice. La dot est aussi « une offrande aux dieux du clan, auquel est
enlevée une génitrice »255. Elle paraît être le seul moyen par lequel les futurs époux
reçoivent l’onction des deux familles avec les sacrifices aux ancêtres. Elle permet ainsi de
créer une alliance entre deux familles256. Le mariage coutumier accorde ainsi un intérêt
particulier au consentement des familles.
247
E. ABITOL « La famille conjugal et le nouveau droit de la famille en Côte d'Ivoire », Journal of African
Law, vol.10, n° 3, 1966, p. 152.
248
K. M’BAYE, art préc., p. 18 ; voy. également C. BOUNANG MFOUNGUE, Le mariage africain, entre
tradition et modernité. Étude socio-anthropologique du couple et du mariage dans la culture gabonaise,
Thèse, Montpellier III, 2012, p. 144 ; A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 183.
249
A. HOUNGBÉDJI, op. cit., p. 183.
250
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 211.
251
G. ARRIGHI, « Le droit de la famille au Sénégal », in K. M’Baye, (dir.), Le droit de la famille en Afrique
noire et à Madagascar, études préparées à la requête de l'Unesco, Paris, Larose, 1968, p. 105.
252
Ibid.
253
K. M’BAYE, art. préc., p. 17.
254
A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 182.
255
G. ARRIGHI, art. préc., p. 105.
256
A. G. KOUASSIGAN, Quelle est ma loi ? Tradition et modernisme dans le droit privé de la famille en
Afrique noire francophone, Paris, Pedone, 1974, p. 256 ; R. DECOTTIGNIES, « Requiem pour la famille
africaine », Ann. afr. 1965, p. 260 ; A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 181.
257
A. HOUNGBEDJI, op. cit., p. 293 ; A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 216.
57
258
Voy. infra n° 418.
259
A. G. KOUASSIGAN, op. et loc. cit.
260
Cf. art. 142 du CPF.
261
E. GNANVO-YEDEDJI, « Le mariage nouveau est-il arrivé ? », in La personne, la famille et le droit en
République du Bénin, Contribution à l'étude du Code des personnes et de la famille, Cotonou, éd. Juris
Ouanilo, 2007, p. 75 ; J. DJOGBÉNOU, « Les personnes et la famille en République du Bénin : de la réalité
sociale à l’actualité juridique », in La personne, la famille et le droit en République du Bénin, Contribution à
l'étude du Code des personnes et de la famille, Cotonou, éd. Juris Ouanilo, 2007, p. 21. En écrivant que le
caractère symbolique attaché à la dot est l’expression de l’égalité entre futur époux, l’auteur oriente vers le
caractère facultatif de la dot puisque la dot est obligatoire et doit être versée par le futur époux.
262
Cf. le dictionnaire le Petit Robert de la langue Française, 2015, voy. « Symbolique ».
263
Cf. le dictionnaire le Petit Robert de la langue Française, 2015, voy. « Facultatif ».
58
nature ou en espèce ou sous les deux (02) formes. Son montant ne peut excéder la somme
de dix mille (10 000) francs »264. C’est également le cas au Mali où la loi dispose que « la
dot est obligatoire et a un caractère symbolique. Elle ne peut en aucun cas excéder la
somme de 15 000 francs. Elle ne peut donner lieu à restitution qu’en cas de non
consommation du mariage du fait de l’épouse »265. On remarque ainsi, qu’en plus de
maintenir le caractère symbolique de la dot, ces États ont fixé la dot dans son quantum.
En revanche, la dot peut être très élevée et devenir une source d’appauvrissement du
futur époux au profit de la famille de la future épouse. Cette « commercialisation de la
dot »269 est introduite au Bénin avec la colonisation. La dot, avec toutes les spéculations270
qu’elle engendre n’est plus, dans ces cas, un « moyen d'expression et symbole de
l'engagement au mariage »271. Elle devient un « ensemble d'avantages matériels procurés
aux parents de l'épouse »272.
Le caractère symbolique de la dot impacte sur sa consistance par le refus d’en fixer les
bornes ; un maximum et un minimum. Le législateur béninois semble laisser libre choix
aux futurs époux qui sont conviés à verser la dot selon leurs capacités. Cette position
264
Cf. article 26 du CPF du Togo.
265
Cf. art. 288 de la loi n° 2011-087 du 30 décembre 2011 portant Code des personnes et de la famille du
Mali.
266
A. HOUNGBÉDJI, Le droit de la famille dans les coutumes du bas-Bénin, Thèse, Paris, 1967, p. 182.
267
A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 182
268
Ibid.
269
A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 183.
270
K. M’BAYE, art. préc., p. 19 ; voy. aussi A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 256.
271
A. G. KOUASSIGAN, op. et loc. cit.
272
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 260.
59
rejoint exactement les coutumes qui ne fixaient pas rigoureusement le montant de la dot
273
puisque la dot « n'avait qu'une valeur infirme et symbolique » . Au demeurant, cette
option ne signifie pas que la dot a un caractère facultatif car des conséquences juridiques
s’y attachent au Bénin.
86. Plan. La dot est une obligation du mariage. Mais, elle a une certaine particularité
notamment en ce qui concerne son débiteur. Le versement de la dot constitue une condition
de mariage que le futur époux doit respecter et dont la violation est sanctionnée par la loi.
Elle constitue ainsi une obligation unilatérale du mariage (1) dont la violation peut
entraîner des sanctions du mariage (2).
273
A. HOUNGBEDJI, Thèse préc., p. 183.
274
Cf. art. 57 du Code des personnes et de la famille du Togo.
275
Cf. art. 288 al. 3 du Code des personnes et de la famille du Mali.
60
88. La recherche du débiteur de la dot à travers la législation des États qui l’ont
supprimée. Dans certains États, la dot a été purement et simplement supprimée. C’est ainsi
que la loi ivoirienne précitée dispose que « par exception à ce qui est dit à l’alinéa 2 de
l’article premier, l’institution de la dot, qui consiste dans le versement au profit de la
personne ayant autorité sur la future épouse, par le futur époux ou la personne ayant
autorité sur lui, d’avantages conditionnant la réalisation du mariage traditionnel, est
immédiatement abolie »276. Même si cette loi proscrit la dot, elle oriente sur ce que fut sa
pratique et permet de déterminer son débiteur qui est le futur époux ou sa famille au profit
de la famille de la future épouse, la créancière. La dot est donc bien versée par le futur
époux ou par sa famille. Pour conforter cette affirmation, il convient d’interroger les
coutumes au Bénin qui, pour la plupart, acceptent la dot. Le Coutumier du Dahomey
évoque avec précision le débiteur de la dot lorsqu’il y est écrit que la dot « est versée à la
famille de la femme par le jeune homme au moyen de paiements échelonnés qui doivent en
principe être terminés le jour du mariage »277.
89. Le futur époux comme principal débiteur de la dot. Presque partout en Afrique
de l’Ouest, on peut affirmer que le débiteur de la dot est le futur époux ou sa famille 278. Au
Bénin, la dot revenait normalement à la famille de la future épouse et non à cette
dernière279. Même réduite à son minimum et augmentée à son maximum, la dot revenait
toujours à la famille de la future épouse et était quasiment un rituel280.
276
Cf. art. 20 de la loi ivoirienne.
277
Cf. art. 109 du Coutumier du Dahomey : « elle est versée à la famille de la femme par le jeune homme au
moyen de paiements échelonnés qui doivent en principe être terminés le jour du mariage » et art. 111 : « la
dot appartient à la famille de la femme et non à celle-ci ».
278
H. RAULIN, art. préc., p. 230.
279
Cf. art. 111 du Coutumier du Dahomey ; A. HOUNGBEDJI, Thèse préc., p. 186.
280
A. HOUNGBEDJI, Thèse préc., p. 186.
281
P.-F. GODINEC (dir.), Les droits africains : évolutions et sources, Paris, LGDJ, 1968, p. 21.
282
A. HOUNGBEDJI, Thèse préc., p. 282 ; P.-F. GODINEC (dir.), op. cit., pp. 19 et s.
283
P.-F. GODINEC (dir.), op. cit., pp. 19-20.
61
devient le débiteur principal284 même si c’est sa famille qui se déplace pour accomplir les
formalités de la dot.
Ainsi, « la dot versée par le futur époux aura pour but de prouver à sa future femme,
le prix qu’il attache à sa personne, en même temps qu’il sera pour lui l’occasion de faire
montre de son aisance matérielle »285. La future épouse aussi installe une concurrence
autour de la dot et cherche non seulement à en agrandir son patrimoine mais aussi à
concurrencer ses amies ou sœurs mariées avant elle286. C’est ainsi que le montant de la dot
n’a cessé de monter et peut être examiné comme une source d’inégalité entre époux.
De même, la fixation d’un montant de la dot sera un échec puisque le futur époux agit
en général en tenant compte de ses moyens, la dot pouvant être un moyen de prouver ses
possibilités financières289. C’est ainsi que parfois les futurs époux se cotisent pour le
paiement de la dot290. Il arrive que la future épouse remplisse les valises de ses propres
effets personnels et contribue à d’autres dépenses occasionnées par la dot. Á l’issue de la
cérémonie, ses effets personnels lui reviennent. Á cette condition, une égalité s’établit sur
la dot. De même, lorsque la dot versée est vraiment symbolique et ne devient pas une
dépense très onéreuse, on peut considérer qu’il n’y a pas d’inégalité à son sujet. C’est
d’ailleurs le seul moyen de réduire l’inégalité qui existe entre futurs époux en raison de
284
G. ARRIGHI, art. préc., p. 105.
285
A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 302.
286
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 302.
287
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 215 et s. ; R. DECOTTIGNIES, art. préc., pp. 260-261 ; G. ARRIGHI, art.
préc., pp. 105-107 ; J. BITOTA MUAMBA, Thèse préc., p. 95 ; L. V. THOMAS, art. préc., pp. 75-76.
288
Á l’issue de l’enquête menée, sur 1000 personnes interrogées, 783 sont attachées à la dot et l’ont déjà
versé, reçu ou la projette en vue du mariage. Seuls 217 personnes pensent qu’elles peuvent s’en passer ; voy.
annexe I, question 4.
289
Au Bénin, les cérémonies au sein de la belle-famille donnent l’occasion aux futurs époux, ou même aux
époux de démontrer leur puissance financière, afin d’appeler le respect de la société. Ainsi en général, le
paiement de la dot, les funérailles et très d’autres choses sont organisés de façon grandiose. Cette manière de
démontrer la capacité financière est bien répandue au Bénin et est même véhiculée dans les chansons
populaires.
290
A. HOUNGBEDJI, Thèse préc., p. 304.
62
l’obligation unilatérale du versement de la dot imposé au futur époux. La dot est donc
effectivement une obligation unilatérale du mariage imposée au futur mari puisque
l’inobservation de cette condition est sanctionnée.
92. La dot est une condition de forme du mariage au Bénin. La dot figure au
chapitre III – Des conditions de forme du mariage – du titre 1er – Du mariage – du livre
deuxième du Code des personnes et de la famille. Elle est une condition de forme du
mariage, à l’instar du caractère monogamique du mariage291 ou de l’obligation de faire
célébrer le mariage par l’officier de l’état civil292. En tant que tel, on peut normalement
recourir à deux types de sanctions en cas d’inobservation de l’une de ses conditions de
formation à savoir la nullité ou l’inexistence. Quelles sanctions peut alors encourir un
mariage au cas où le futur époux n’aurait pas versé la dot ?
291
Cf. art. 143 du CPF.
292
Cf. art. 126 du CPF.
293
S. GUINCHARD et TH. DEBARD, Lexique des termes juridiques, Paris, 22e éd., Dalloz, 2014, voy.
« nullité ».
294
J. POUSSON-PETIT, Le démariage en droit comparé. Étude comparative des causes d'inexistence, de nullité
du mariage, de divorce et de séparation de corps, dans les systèmes européens, préf. Rigaux et Nerson,
Bruxelles, Larcier, 1981, p. 55.
295
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 252 ; A. BÉNABENT, Les obligations, Paris, LGDJ, 2014,
n° 200 ; J. GHESTIN, G. LOISEAU et Y.-M. SERINET, Traité de droit civil, La formation du contrat, t. 2,
L'objet et la cause. Les nullités, J. GHESTIN (dir.), Paris, LGDJ, 2013, n° 2005 ; R. NERSON et
J. RUBELLIN-DEVICHI, « Jurisprudence française en matière de droit civil », RTD civ. 1981, p. 137 ; J. FLOUR,
J.-L. AUBERT et E. SAVAUX, Les obligations, t. 1, L'acte juridique, Paris, 16e éd., Sirey, 2014, n° 322.
63
absolues et des nullités relatives296. Mais en général, il n’y a pas de nullité sans texte en
droit.
94. Pas de nullité sans texte. Le régime des nullités obéit au principe « pas de nullité
sans texte »297. Ce principe signifie qu’il ne peut pas avoir de nullité sans qu’un texte ne la
prévoit. Or, le Code des personnes et de la famille n’a pas prévu expressément de sanction
en cas d’inobservation de la condition de versement de la dot. Il est cependant
généralement admis en droit commun qu’il puisse exister des nullités virtuelles298, c’est-à-
dire des nullités sans textes. Le mariage est un acte juridique et peut normalement être
soumis au régime général des nullités. L’acte juridique que constitue le mariage peut ainsi
être sanctionné de nullité299 en cas de manquement à l’une de ses conditions de formation,
même si la loi ne prévoit pas une telle sanction. Ceci reviendrait à l’admission des nullités
virtuelles en mariage. Au demeurant, le mariage bénéficie d’un régime spécial.
95. L’exception au principe. Le mariage fait exception au droit commun parce que le
mariage est un acte juridique dérogatoire et qu’il serait dangereux d’admettre des nullités
sans textes300. Il en est ainsi « par faveur pour le mariage »301. Le mariage est un acte
juridique qui a des particularités302, car le mariage n’est pas seulement un acte juridique,
mais il est aussi une institution, un sacrement303. La particularité des nullités du mariage
tient également aux conséquences que celles-ci peuvent entraîner304. Le cadre général des
sanctions des actes juridiques est certes maintenu, mais il connaît une atténuation en raison
296
A. WEILL et F. TERRÉ, Droit civil, les obligations, n° 285 ; G. MARTY et P. RAYNAUD, Droit civil, II-1,
1962, n°s 196 et s ; J. FLOUR, J.-L. AUBERT et E. SAVAUX, op. cit., n°s 325, 326 et 328, spéc. p. 336 ;
Ph. MALAURIE, L. AYNÈS et Ph. STOFFEL-MUNCK, op. cit., n°s 701 et 702 ; M. BOUDOT, « Nullité, annulation
et validation des actes dans la doctrine française des 19è et 20è siècles », in M. Boudot et P. M. Vecchi (dir.),
La théorie des nullités, Paris, LGDJ, 2008, n°s 19-20 ; RIPERT et BOULANGER, Traité élémentaire de droit
civil, t. 2, 1943, n° 818, p. 277 ; J. CARBONNIER, Droit civil, t. 2, n° 1019 ; D. FENOUILLET, « Les sanctions
en droit de la famille. Incohérences ou politique résolument diversifiée ? », in C. Chainais et D. Fenouillet
(dir.), Les sanctions en droit contemporain, vol 1. La sanction, entre technique et politique, Paris, Dalloz,
2012, n° 3, spéc. p. 152 ; D. SADI, Essai sur un critère de distinction des nullités en droit privé, Thèse, Paris
sud, 2013.
297
AUBRY et RAU, Droit civil français, 7è éd. par ESMEIN et PONSARD, t. VII, § 461, n° 58 ; P. ESMEIN, Le
mariage en droit canonique, I, p. 227 et s. ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 308 ; J. GHESTIN,
G. LOISEAU et Y.-M. SERINET, op. cit. n° 2020 ; M. LAMARCHE, « Nullités, sanctions pénales et civiles pour
violation des conditions de formation du mariage », préc., n°s 115.32 et 115.33 ; A. BENABENT, Les
obligations, n° 203.
298
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 308 ; J. GHESTIN, Les obligations, les contrats, n° 728 ;
M. LAMARCHE, « Nullités, sanctions pénales et civiles pour violation des conditions de formation du
mariage », n°s 115.32 et 115.33 ; Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, n° 254, spéc. p. 136 ; A. BÉNABENT, Les
obligations, op. cit., n° 203, spéc. p. 162 ; J. GHESTIN, G. LOISEAU et Y.-M. SERINET, op. cit., n°s 2018 et
2019.
299
M. LAMARCHE, op. cit., n° 115.21, spéc. p. 132.
300
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 308.
301
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 252.
302
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 303 ; D. FENOUILLET, art. préc., n° 2, spéc. p. 151.
303
AUBRY et RAU, op. cit., § 461, n° 58 ; Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 252.
304
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 303.
64
96. Le recours possible à l’inexistence du mariage. Il existe des cas manifestes dans
lesquels le mariage ne saurait se maintenir alors qu’il n’y a pas de sanctions prévues. Un
305
M. LAMARCHE, art. préc., n° 115.11 ; Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 252.
306
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 252 ; la jurisprudence a fixé depuis longtemps le principe
selon lequel il ne saurait avoir de nullité sans texte ; voy. Cass. req., 12 nov. 1844. I. 98 ; S. 1845. I. 246 :
« Le mariage tient trop essentiellement à l'ordre social pour avoir été imprudemment livré à toutes les
attaques des mauvaises passions ; la nullité ne peut en être prononcée que sur un texte formel, et seulement à
la requête de ceux que la loi autorise spécialement à invoquer le texte ; c'est pourquoi un chapitre entier est
consacré aux demandes en nullité de mariage ; il est composé de 23 articles, et tous les droits y sont prévus ;
d'où il résulte que l'article 184, le seul qui admette tous ceux qui y ont intérêt à attaquer un mariage, est
essentiellement restrictif et limitatif ; on ne saurait l'étendre d'un cas à l'autre » ; cf. aussi Cass. Civ., 8
janvier 1821. L’autonomie de la théorie des nullités du mariage est ainsi affirmée (R. NERSON et
J. RUBELLIN-DEVICHI, art. préc., p. 135 ; Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 254, spéc. p. 136).
Cependant, le droit moderne admet qu’il puisse exister des nullités virtuelles en mariage (Ph. MALAURIE et
H. FULCHIRON, op. cit., n° 254, p. 136). Ainsi un mariage peut encourir nullité alors même qu’il n’existe pas
de disposition législative qui le prévoit expressément. C’est ainsi qu’en 2007, le mariage dit de Bègles a été
sanctionné de nullité absolue ; Cass. Civ. 1ère, 13 mars 2007, GAJC, n° 32. Le maire de Bègles a fait célébrer
un mariage homosexuel en 2004 malgré l'opposition du Parquet. Le tribunal de grande instance de Bordeaux
a prononcé la nullité du mariage le 26 juillet 2004. (TGI Bordeaux, 26 juillet 2004, JCPG 2004. II. 10169,
note G. Kessler ; D. 2004, p. 2342, note F. Agostini ; D. 2004, chron. p. 2965, obs. J.-J. LEMOULAND ;
RTD civ. 2004. 719, note J. Hauser ; Dr. fam, 2004, p. 166, note H. Azavant). La Cour d'appel de Bordeaux a
confirmé cette décision le 19 avril 2005 ; Dr. fam. 2005, note H. Azavant, n° 124 ; Cette solution fut
consacrée par la Cour de cassation le 13 mars 2007. Or il n’existait pas en droit français une disposition qui
prévoit cette sanction. Le mariage dit de Bègles encourait normalement inexistence selon le principe qu’il ne
puisse avoir de nullité sans texte en mariage. (D. FENOUILLET, op. cit., n° 24, spéc. p. 173. ; Ph. MALAURIE et
H. FULCHIRON, op. cit., n° 171). Au demeurant, il n’en est pas le cas. Il s’agit là d’une décision qui revient
sur la solution consacrée par la jurisprudence antérieure et on peut constater qu’il s’agit d’un revirement de
jurisprudence. Les anciennes décisions rendues en matière de mariage de personnes de même sexe se sont
prononcés sur l’inexistence du mariage ; voy Trib. civ. Alais, 23 janvier 1873, D. 1882, 3, pp. 71-72 qui
retient « Par ces motifs déclare radicalement nul et inexistant le mariage intervenu entre les parties » ; voy
aussi Caen, 16 mars 1882. L’arrêt de la Cour suprême a observé un début de ce revirement de la
jurisprudence antérieure en n’assimilant plus les défauts de conformation à l’identité de sexe et renonce à
l’idée d’inexistence (Civ., 6 avril 1903, D. 1904, 395 ; voy. J. POUSSON-PETIT, op. cit., p. 68).
307
Cf. art. 145 du CPF : « la nullité relative du mariage célébré par l’officier de l’état civil peut être
prononcée : - pour vice de consentement de l’un des conjoints si son accord a été obtenu par la violence ou
donné à la suite d’une erreur ; - pour défaut d’autorisation parentale, pour les mineurs ; - pour impuissance
du mari non révélée au préalable ; - pour maladie grave et incurable dissimulée au moment du mariage par
un conjoint, ce qui, portant préjudice à l’autre conjoint, rend la cohabitation intolérable ».
308
Cf. art. 145 du CPF : « la nullité du mariage doit être prononcée :- lorsqu’il a été contracté sans le
consentement de l’un des époux ;- lorsque les conjoints ne sont pas de sexes différents ;- lorsque l’un des
époux n’avait pas l’âge requis en l’absence de dispense ;- lorsqu’il existe entre les conjoints un lien de
parenté ou d’alliance prohibant le mariage ;- lorsque l’un des conjoints était dans les liens d’une union
antérieure non dissoute ».
309
Cf. art. 151 du CPF ; Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n°s 267-269.
65
acte inexistant « est atteint d’un vice tellement radical qu’il devient monstrueux et est
rejeté du droit »310. C’est l’exemple dans le Code des personnes et de la famille où le
défaut de célébration du mariage devant l’officier d’état civil compétent n’est pas un cas de
nullité du mariage311. La théorie de l’inexistence du mariage a été justement inventée par
Aubry et Rau parce que le mariage ne peut être considéré comme existant en l’absence des
conditions qui lui sont essentielles312. Le principe « pas de nullité sans texte » en mariage
peut ainsi conduire au recours à la théorie de l’inexistence du mariage pour sanctionner un
mariage en cas d’inobservation de l’une de ses conditions de formation313.
310
J. POUSSON-PETIT, op. cit., p. 57.
311
Cf. art. 145 et 148 du CPF sur les causes des nullités.
312
AUBRY ET RAU, op. cit., § 461, n° 58, spéc. p. 92 ; A. POSEZ, L'inexistence du contrat, Thèse, Paris II,
2010 ; J. POUSSON-PETIT, op. cit., pp. 62 et s.
313
M. LAMARCHE, « Nullités, sanctions pénales et civiles pour violation des conditions de formation du
mariage », art. préc., n° 115.34 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 309 ; J. POUSSON-PETIT, op.
cit., p. 57.
314
J. POUSSON-PETIT, op. cit., p. 79.
315
J. POUSSON-PETIT, op. cit., p. 63.
66
En effet, il peut arriver que les droits des époux viennent en concurrence avec ceux des
ascendants ou collatéraux. C’est le cas, par exemple, de l’un des époux qui est prédécédé
sans descendance alors que la succession de l’un de ses parents s’ouvrait à ce moment
même. Les droits successoraux de son conjoint se trouvent en concurrence avec ceux de
son ascendant survivant et de ses collatéraux. En pareil cas, la loi prévoit ceci : « lorsqu’à
défaut de descendants, le défunt laisse des ascendants et/ou des collatéraux, son conjoint
survivant a droit à la moitié de la succession »319. La moitié de la part de l’héritage de
l’époux prédécédé revient normalement à son conjoint survivant et l’autre moitié à son
parent vivant et à ses collatéraux. Cette situation pourrait être particulièrement difficile à
résoudre au Bénin au cas où c’est l’épouse qui est décédée et le mari qui, n’ayant pas
précédemment au mariage versé de dot, se prévaut de son droit à succession de son épouse
comme conjoint survivant. Le parent dont la succession est ouverte n’ayant pas auparavant
reconnu cet homme comme son gendre, il sera considéré comme un étranger à la
succession. Son mariage, bien que valide, peut être inopposable à la famille de son épouse.
L’inverse aussi est possible. En droit béninois de la famille, on peut conclure que la dot
consacre ainsi la reconnaissance du mariage à l’égard de la famille. L’absence de dot
316
S. GUINCHARD et Th. DEBARD, Lexique des termes juridiques, Paris, 22e éd., Dalloz, 2014,
voy. « Inopposabilité ».
317
A. BÉNABENT, Les obligations, op. cit., n° 201, spéc. p. 160.
318
J. FLOUR, J.-L. AUBERT et E. SAVAUX, op. cit., n° 322 ; D. BASTIAN, Essai d'une théorie générale de
l'inopposabilité, Thèse, Paris, 1929 ; A. G. COUTURIER, La confirmation des actes nuls, Thèse, Paris II, 1969,
LGDJ, 1972 ; J. DUCLOS, L'opposabilité – essai d'une théorie générale, Paris, LGDJ, 1984 ; R. WINTGEN,
Étude critique de la notion d'opposabilité. Les effets des contrats à l'égard des tiers en droit français et
allemand, LGDJ, 2004.
319
Cf. art. 633 du CPF.
67
n’affecte pas l’acte juridique de mariage mais entache sa reconnaissance par les familles.
La dot a donc une place dans le mariage et en constitue de toute évidence une condition
importante. Son maintien conduit nécessairement au détournement de l’esprit de la loi sur
le mariage nouveau qui, au lieu de créer une famille nucléaire, se place au cœur de la
famille étendue.
98. Plan. Il s’agit d’un détournement de l’esprit du Code des personnes et de la famille
par le versement de la dot comme recherche du consentement des familles. Il existe donc
un paradoxe dans le droit de la famille (A) qui traduit le retour à l’ancienne famille
africaine (B)
consentir personnellement au mariage »320. Le mariage moderne n’a aucune validité si les
époux n’ont pas donné leur accord. Cette importance accordée au consentement des époux
se vérifie notamment à travers la sanction prévue en cas de l’inobservation de cette
condition dans la formation de l’union. Le défaut de consentement est une condition de
nullité du mariage321. Dans le cas d’une union conclue sans le consentement des personnes
concernées, l’acte conclu ne peut être assimilé à un mariage. Il est nul, d’une nullité
absolue322. Le consentement des futurs époux est ainsi non seulement le « centre de
gravité »323 du mariage, mais aussi son essence324.
101. L’opposition des idées. Le Code des personnes et de la famille exige à la fois le
consentement des familles et le consentement des futurs époux pour formaliser le mariage.
Les futurs époux doivent donc requérir le consentement des deux familles avant la
célébration du mariage par le versement de la dot qui est le signe de l’accord des familles.
Ils doivent aussi consentir personnellement au mariage325. Les consentements des familles
se superposent ainsi aux consentements des futurs époux – avec une force moindre – pour
la validité du mariage. Ainsi, on ne peut normalement pas se marier au Bénin sans le
consentement des familles respectives des futurs époux. C’est alors la raison fondamentale
qui pousse les futurs époux à rechercher l'aval de la famille tout en consentant au mariage.
La question est alors celle de savoir si le mariage nouveau ne crée pas une famille élargie
plutôt qu’une famille nucléaire.
320
Cf. art. 119 du CPF.
321
Cf. art. 148 du CPF.
322
A. N. GBAGUIDI, Family and succession law, Wolters Kluwer, 2011, n°s 44 et s.
323
J. CARBONNIER, Droit civil, t 1, n° 531.
324
Pour M. GBAGUIDI, « consent is the essence of marriage »: A. N. GBAGUIDI, Family and succession law,
préc. n° 45.
325
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., n° 45.
326
R. DECOTTIGNIES, « Requiem pour la famille africaine », Ann. afr. 1965, p. 251.
327
J. D. BOUKONGOU, « L'esprit des droits africains », in De l'esprit du droit africain : mélanges en l'honneur
de Paul Gérard Pougoué, Cotonou, Wolters Kluwer, 2014, p. 166.
328
J. COMMAILLE, « Une sociologie politique du droit de la famille. Des référentiels en
tension : émancipation, institution, protection », in Droit comparé des personnes et de la famille – Liber
69
Aussi, parmi les règles qui organisent la famille africaine, on trouve notamment la
puissance maritale et paternelle. La femme et les enfants portent à ce titre le nom de la
famille du mari et la femme est soumise au devoir d’obéissance. La polygamie334 fait aussi
partie du jeu avec le droit de correction de l’époux. N’est-ce pas au cœur de ce régime que
le nouveau droit issu du Code des personnes et de la famille place la famille ? La dot étant
amicorum Marie Thérèse Meulders-Klein, Bruylant, Bruxelles, 1998, p. 83 ; P. GANNAGÉ, art. préc.,
pp. 430-440 ; R. SAVATIER, Les métamorphoses économiques et sociales du droit privé aujourd’hui, Paris, 3è
éd., Dalloz, 1964 ; G. CONAC, « Introduction », in G. Conac (dir.), Dynamiques et finalités des droits
africains : « La vie du droit en Afrique », Paris, Économica, 1980, p. XII ; A. G. KOUASSIGAN, Quelle est ma
loi ? Tradition et modernisme dans le droit privé de la famille en Afrique noire francophone, Paris, Pedone,
1974, p. 198.
329
F. BOULANGER, « Fraude, simulation ou détournement d'institution en droit de la famille », JCP,
1993, I, 3665 ; N. CORDIER-DUMONNET, Le détournement d'institution, Thèse, Université de Bourgogne,
2010.
330
M. ALLIOT, « Problèmes de l’unification des droits africains », in Journal of African Law, vol 11, n° 2,
pp. 86-98.
331
A. CISSÉ, « Introduction générale. Pour une approche plurale du droit africain », in De l'esprit du droit
africain : mélanges en l'honneur de Paul Gérard Pougoué, Cotonou, Wolters Kluwer, 2014, p. 19.
332
A. G. KOUASSIGAN, op. et loc. cit.
333
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 210.
334
Certains auteurs considèrent la polygamie comme la conséquence de la dot, voy. notamment
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 215 ; J. Binet, Le mariage en Afrique Noire, Paris, les éd. du Cerf, 1959,
pp. 61 et s.
70
le nœud du système patriarcal, il semble bien que la nouvelle loi fait retour à la famille
traditionnelle. Certes, dans le cas du Code des personnes et de la famille, il s’agit d’une dot
symbolique, quoique les futurs époux ou leurs familles décident de son quantum. La
femme entrant donc dans la famille de son époux, les deux familles ont désormais un droit
de regard sur le fonctionnement du nouveau ménage.
Il existe clairement une obligation unilatérale dans les conditions du mariage pour
l’époux. Parallèlement, le Code des personnes et de la famille de 2004 fait une part
d’obligation unilatérale à la future épouse.
335
K. M’BAYE, « Droit et développement en Afrique Francophone de l'Ouest », in Revue Sénégalaise du
droit, 1967, p. 60 ; G. LEDUC, « Structures familiales et développement économique en Afrique
intertropicale », in revue juridique et politique, indépendance et coopération, 1967, pp. 136 et s.
336
A. CISSÉ, art. préc., p. 7.
337
P.-F. GODINEC, (dir.), op. cit., p. 42.
338
M. THIOYE, art. préc., p. 381 ; S. MELONE, « Le poids de la tradition dans le droit africain
contemporain », Penant, 1971, p. 421.
339
Voy. E. GNANVO-YÈDÉDJI, « Le mariage nouveau est-il arrivé ? », in La personne, la famille et le droit en
République du Bénin, Contribution à l'étude du Code des personnes et de la famille, Cotonou, éd. Juris
Ouanilo, 2007, pp. 71-82.
71
SECTION 2 :
L’EXISTENCE D’UNE EXIGENCE UNILATÉRALE
POUR LA FEMME
105. Une tradition. Il existe au Bénin une tradition qui oblige la femme dont le mari
est décédé à respecter un certain délai avant de pouvoir se remarier. Cette tradition a été
aménagée par le Code civil français rendu applicable au Bénin et impose le délai de
"viduité" à la femme dans tous les cas de dissolution du mariage. Le législateur béninois a,
en instaurant ce délai repris, non seulement une disposition séculaire du Code civil français
rendu applicable au Bénin inscrite à l’article 228, mais aussi la tradition340. Or ce délai de
viduité peut constituer une forme d’inégalité dans les conditions de formation du mariage.
106. Plan. On traitera, d’une part, du maintien de la tradition du délai de viduité (§1)
et, d’autre part, de la perpétuation de la tradition concernant le choix du domicile conjugal,
et ce, comme autant d’inégalités imposées aux femmes dans le mariage (§2).
107. Notion de délai de viduité. Sous un nom qui évoque le deuil341, le délai de
viduité est le délai d’attente de trois cents jours que la femme doit respecter après la
dissolution de son mariage avant de pouvoir se remarier342. La durée de ce délai
correspond en réalité au temps de la plus longue grossesse343. Au sens du Lexique des
termes juridiques, le délai de viduité est le « délai que doit respecter la veuve ou la femme
divorcée avant de se remarier ; ce délai a pour but d’éviter la confusion de part,
c’est-à-dire l’incertitude relative à la paternité de l’enfant à naître »344. Le délai de viduité
340
Cf. art. 173 du Coutumier du Dahomey.
341
G. CORNU, Droit civil, La famille, Paris, 9è éd., Montchrestien, 2007, n° 183.
342
Cf. art. 124 du CPF ; A. BÉNABENT, Droit de la famille, Paris, 2è éd., Montchrestien, 2014, n° 144 ;
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 222 ; P. COURBE et A. GOUTTENOIRE, op. cit., n°s 84 et 608 ;
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 137 ; G. CORNU, Droit civil. La famille, op. cit, n° 183.
343
G. ARRIGHI, art. préc., p. 102 ; G. CORNU, op. et loc. cit.
344
S. GUINCHARD et Th. DEBARD, Lexique des termes juridiques, Paris, 22e éd. Dalloz, 2014, voy. « Délai de
viduité ».
72
est consacré par le Code des personnes et de la famille en son article 124 qui dispose
que « la femme ne peut se remarier qu’à l’expiration d’un délai de viduité de trois cents
(300) jours à compter de la dissolution du précédent mariage »[Link] selon l’article
124 du Code des personnes et de la famille, « le Président du tribunal dans le ressort
duquel le mariage a été célébré peut, par ordonnance, sur simple requête, le Ministère
public entendu, abréger le délai de viduité lorsqu’il résulte avec évidence des
circonstances que, depuis trois cents (300) jours, le précédent mari n’a pas cohabité avec
sa femme. En toute hypothèse ce délai prend fin en cas d’accouchement »346.
108. Plan. Si les fondements du délai de viduité (A) sont certains, le maintien de cette
institution paraît ne plus répondre aux besoins du temps quels que soient ses buts. Elle
constitue ainsi une tradition en conflit avec l’esprit de la loi nouvelle (B).
109. Plan. Le délai de viduité a des fondements différents selon ses origines. Il
organise le veuvage et permet de limiter la confusion de paternité (2) qui pourra découler
du recoupement des présomptions de paternité347.
110. Les origines du délai de viduité. Les origines du délai de viduité sont à chercher,
soit dans le droit traditionnel348, soit dans les droits coutumiers. Deux thèses sont en
présence. Selon la première, le délai de viduité n’a jamais été imposé aux veufs mais
uniquement aux veuves : il était d’ailleurs inconnu des traditions africaines avant le contact
avec le christianisme, l’islam et le droit colonial. Ainsi serait-elle d’origine coutumière –
une coutume née de la rencontre avec l’Occident. Les tenants de cette thèse sont
notamment Kéba M’Baye349 et G. Arrighi350. L’imposition d’un délai de viduité aurait
ainsi surtout pour objectif de prévenir les confusions de paternité.
345
Cf. art. 124 al. 1er du CPF.
346
Cf. art. 124 al. 2 du CPF.
347
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 539, spéc. p. 1193.
348
Une différence est ici faite entre tradition et coutume. La tradition existerait avant la colonisation alors que
la coutume serait née du contact avec d’autres cultures et notamment après la colonisation. Pour une étude
détaillée de cette distinction, voy. A. N. Gbaguidi, Thèse préc., pp. 91 et s.
349
K. M’BAYE, « Introduction », in K. M’Baye, (dir.), Le droit de la famille en Afrique noire et à
Madagascar, études préparées à la requête de l'Unesco, Paris, Larose, 1968, p. 18.
350
G. ARRIGHI, art. préc., p. 102.
73
Selon les penseurs de la seconde thèse, le délai de viduité est imposé à toute personne
dont le conjoint est décédé pour lui permettre avant tout de faire son deuil. Il s’agit
clairement d’aménager le veuvage, sans considération du sexe de l’époux survivant. Cette
idée serait attribuée à la tradition africaine et à l’Église, qui n’autorise pas les divorces et
les remariages351. Le décès d’une personne nécessite, dans les traditions, des rituels352 et il
en existe des formes particulières en ce qui concerne les personnes unies par un lien
conjugal. Or autant pour le veuf que pour la veuve, le deuil du conjoint décédé exige un
certain délai. C’était le but traditionnel du délai de viduité.
111. Le but du délai de viduité au Bénin. De tradition au Bénin, il est imposé un tel
délai correspondant à la période de solitude provoquée par le décès du conjoint353.
D’ailleurs, le délai de viduité traditionnel au Bénin ne saurait avoir d’autres fondements
que cette organisation du veuvage : la détermination de la paternité a rarement posé
problème dans les traditions béninoises, la filiation paternelle de l’enfant étant en réalité
attribuée à l’époux qui a payé la dot354. C’est ainsi que, même après une séparation et un
remariage, les enfants issus du nouveau lien de la femme sont considérés comme étant
issus du précédent mari, c’est-à-dire de celui qui a payé la dot. On comprend alors que
l’article 184 du Coutumier du Dahomey prévoit que « les enfants adultérins sont, en règle
générale, également à la famille du mari et non à celle de l’amant, ils sont d’ailleurs
traités comme des enfants légitimes »355. Aussi, la plupart des traditions au Bénin ne
concevaient pas qu’un enfant naisse nécessairement au bout d’une période de neuf ou dix
mois ; dans la conception ancienne, les grossesses peuvent durer des années 356. Le
fondement originel du délai de viduité n’est donc pas, en droit béninois, d’éviter les
confusions de paternité, mais bien plutôt d’organiser le veuvage. La limitation des
confusions de paternité serait donc un nouvel objectif assigné au délai de viduité.
351
E. SANTINELLI, Des femmes éplorées ? Les veuves dans la société aristocratique du haut Moyen Âge,
Paris, Presses Universitaires du Septentrion, 2003, p. 111 ; voy. aussi le Nouveau Testament, Mathieu
19. 3-12.
352
Cf. Deutéronome 34. 8 et Nombres 20. 29.
353
Cf. art. 173 du Coutumier du Dahomey : « Dans toutes les coutumes, il existe un délai de viduité qui va de
6 mois à 1 an ». De nos jours, cette tradition perdure et les veufs sont soumis, par tradition, au respect d’un
certain délai, au décès de leur épouse afin d’accomplir les rites du veuvage.
354
A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 241.
355
Cf. art. 184 du Coutumier du Dahomey.
356
A A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 243.
74
357
A. BÉNABENT, Droit civil, La famille, op. cit. n° 103. Le délai de viduité est imposé qu’il s’agisse du
décès, de divorce et même de nullité du mariage.
358
G. ARRIGHI, op. cit.., p. 102 ; V. AL ARDELEANU, Le délai de viduité, Thèse, Paris, 1911, p. 1 et s. ;
P. DUBOIS, De la condition de viduité et des déchéances causées par le remariage, Thèse, Paris, Sirey, 1911,
p. 18.
359
Voy. pour l’ensemble des exemples cités Y. FUKUCHI, « Essai sur le délai de viduité au Japon », in Kobe
University law review, n° 1, 1961, pp. 70-75.
360
A. COLIN et H. CAPITANT, Traité de droit civil, t. 1, 1953, p. 331 ; P. DUBOIS, Thèse préc., p. 31.
361
Y. FUKUCHI, art. préc., p. 70.
362
A. COLIN et H. CAPITANT, op. cit., p. 331.
363
Cf. art. 228 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
75
D’ailleurs, l’instauration du certificat médical le prive aussi un peu de sens : tous les
futurs époux sont soumis en effet à la présentation du certificat prénuptial, y compris les
candidats au remariage. Dès lors que le législateur fait des examens prénuptiaux une
condition de forme du mariage, la question de la confusion de paternité devrait être ainsi
réglée sans qu’il soit encore nécessaire ou même utile de se dissimuler derrière les fausses
raisons ou prétextes liés à l’accès aux soins. Le délai de viduité devrait aussi être concilié
avec la période légale de conception.
364
Cf. art. 127 du CPF.
365
Cf. art. 3 du CPF.
76
l’enfant, dans la mesure où une femme divorcée qui se remarie et qui accouche pendant les
180 jours suivant la rupture de son lien matrimonial, jour qui peut coïncider avec la date de
son remariage, devra accorder la paternité de cet enfant à son ex-époux. Quatre mois
suffiront donc pour déterminer, sans l’intervention des technologies médicales et du juge,
la paternité d’un enfant. Le délai de viduité à observer par la femme – si ce dernier devait
être maintenu – ne devrait donc pas excéder quatre mois après la dissolution de son
précédent mariage. Si le souci du législateur béninois est de prévenir les confusions de
paternité en maintenant le délai de viduité, il semble alors se contredire. La période légale
de conception étant plus courte que le délai de viduité, ceci présage de la volonté du
législateur de réaménager le veuvage à l’ancienne en l’imposant uniquement à la femme.
Le maintien du délai de viduité se trouve ainsi en contradiction avec l’esprit de la nouvelle
loi.
118. Les positions doctrinales. L’inégalité du délai de viduité réside dans le fait qu’il
soit imposé à la femme pour pouvoir se remarier alors que le mari n’est pas tenu de
respecter un tel délai. Pour certains comme M. Noël Gbaguidi, il n’y a là aucune
discrimination particulière car « il est de la nature des choses et de l’ordre public moral et
social que la réciprocité ne soit pas admise »366. Le souci d’éviter la confusion de paternité
et de fâcheux conflits devait prévaloir. Mais pour d’autres auteurs367, avec les progrès
accomplis dans le domaine de la preuve de la paternité, de telles exigences sont devenues
obsolètes et une telle disposition peut nuire aux intérêts des personnes en attente de
remariage. Le point de départ du délai et parfois ses restrictions sont sources
d’incohérence.
366
A. N. GBAGUIDI, « Égalité des époux, égalité des enfants et le projet de Code de la famille et des
personnes », RBSJA, n° spéc., oct. 1995, p. 10.
367
P. COURBE et A. GOUTTENOIRE, Droit de la famille, Paris, 6e éd., Sirey, 2013, n° 84 ; S. BOLLE, art. préc.,
p. 318 ; S. K. HONVOU, in La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : Un modèle pour l'Afrique ? –
Mélanges en l'honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L'Harmattan, 2014, p. 584.
77
368
Cf. art. 220 du CPF : « Le mariage se dissout par :- la mort de l’un des époux ;- l’absence judiciairement
déclarée de l’un des époux ainsi qu’il est dit à l’article 30 ;- le divorce légalement prononcé ».
369
V. AL ARDELEANU, Thèse préc., p. 113 et s.
370
Art. 261 al. 2 du CPF : « chacun des époux peut contracter une nouvelle union. Toutefois, en ce qui
concerne la femme, le délai de viduité prévu à l’article 124 du présent Code prend effet à compter de
l’ordonnance de non conciliation. Cependant, lorsque le délai est réduit de trois (3) mois, il prend effet à
compter du jour où le jugement n’est plus susceptible de voies de recours ».
371
Cf. art. 261 al. 2 du CPF.
372
Cf. art. 18 et s. et spéc. art 32 du CPF.
373
V. AL ARDELEANU, Thèse préc., p. 132 et s.
374
DEMOLOMBE, Cours de Code civil, vol. III, p. 124 ; V. AL ARDELEANU, Thèse préc., p. 133.
78
mariage en cas d’annulation du lien conjugal. C’est pourquoi d’autres auteurs375 ont pu
soutenir que le délai de viduité n’est pas imposé à la femme en cas d’annulation du
mariage. Au demeurant, le délai de viduité pourrait s’appliquer en cas de mariage putatif
qui conserve comme le divorce de ses effets passés. Aussi, semble-t-il, un nouveau
problème de précision se pose sur le délai de viduité
120. Le juge compétent pour abréger le délai de viduité. Il est prévu que le
Président du tribunal dans le ressort duquel le mariage « a été célébré » a autorité pour
abréger la durée de ce délai, ce qui complique la situation et traduit la volonté du
législateur de restreindre la liberté matrimoniale de la femme avant la fin du délai de trois
cents jours. La personne humaine étant de plus en plus mobile, le premier mariage rompu
peut très bien avoir été contracté à l’étranger : l’épouse serait-elle alors obligée de
retourner dans le pays concerné pour obtenir la réduction du délai de viduité ? Et quid si la
législation de ce juge désigné ne connaît pas le délai de viduité ? Cette question est
importante surtout quand on se réfère au Code civil français rendu applicable au Bénin qui
prévoit que « le Président du tribunal dans le ressort duquel le mariage doit être célébré
peut, par ordonnance, sur simple requête, abrégé le délai »376. Ceci traduit bien la volonté
du législateur civil français d’éviter la confusion de paternité377. Malgré cette précision, le
délai de viduité a été abrogé en France par la loi portant réforme du divorce 378 pour tenir
compte de l’évolution de la médecine et de l’égalité entre époux. Mais si le législateur
béninois s’abstient de prendre en compte les évolutions de la médecine dans ce domaine, il
devra faire un autre choix afin d’établir l’égalité entre époux.
Le législateur, dans son rôle social doit orienter la société, c’est lui qui doit en effet
encadrer les comportements de la population. Et pour cette raison, il doit légiférer en tenant
compte de tous les paramètres qui permettent au mieux d’atteindre les objectifs d’égalité
375
LAURENT, Principes de droit civil, II, p. 364.
376
Cf. art 228 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
377
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, op. cit., n° 539, p. 1193.
378
L’art. 228 du Code civil français a été supprimé en France par la loi du 26 mai 2004 ; voy. Ph. MALAURIE
et H. FULCHIRON, op. cit., n° 222 ; G. CORNU, op. cit., n° 183.
79
entre époux. Le législateur « fera alors preuve d'un esprit de responsabilité sociétale pour
assumer pleinement le devoir de mieux légiférer et de répondre de l'impact des règles qu'il
pose sur les personnes et sur l'environnement »379. Le remariage d’une femme peut être
d’un intérêt certain pour elle alors que le respect du délai de viduité peut empêcher des
femmes enceintes et leurs nouveaux compagnons de contracter un nouveau mariage avant
la naissance de l’enfant. Une telle coutume paraît désuète380 en raison de son impact
économique, sans être non plus nécessaire pour éviter les confusions de paternité. Le
maintien du délai de viduité dans le Code des personnes et de la famille serait donc
davantage guidé par le souci d’aménager le veuvage pour la femme que par celui de limiter
les confusions de paternité381 ; ce qui crée le conflit entre l’esprit de la loi et son texte.
123. La licéité des remariages. S’il est prouvé médicalement que la femme n’est pas
enceinte, elle doit pouvoir contracter un nouveau mariage sans délai. Il est parfaitement
379
A. CISSÉ, art. préc., p. 6.
380
J. CARBONNIER, Flexible droit. Pour une sociologie du droit sans rigueur, Paris, 10è éd., LGDJ, 2014,
p. 144.
381
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 222.
382
Cf. art. 98, 3è tiret de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990.
383
J. CARBONNIER, op. cit., p. 131.
384
A. CISSÉ, art. préc., p. 6.
80
Mais cette forme d’inégalité qui atteint la femme à l’entame d’un remariage n’est pas
la seule tradition conservée par le Code des personnes et de la famille : le choix du
domicile conjugal sur lequel la volonté de l’époux est mise en avant affecte également
l’égalité entre époux en droit béninois de la famille.
124. Plan. Le mariage fait naître entre les époux des droits et des devoirs. La
communauté de vie est l’une des obligations née du mariage. Elle implique pour les époux
la communauté de toit, de lit et de table. Le logement conjugal se rapporte à la
communauté de toit des époux et il est d’ailleurs la forme extérieure387 de la communauté
de vie des époux. Son choix est aussi une obligation du mariage. Or la détermination du
logement de la famille dans le Code béninois des personnes et de la famille méconnaît les
aspects du domicile (A) et instaure une inégalité entre époux (B).
125. Notion de domicile. Le domicile est, comme le nom, l’un des éléments de
l’individualité juridique. Le mot domicile vient du latin domicilium, dérivé d’un autre mot
latin, domus, qui signifie la maison. Au sens étymologique, le domicile est le lieu où
chacun fait sa vie. Aux termes des dispositions de l’article 14 du Code des personnes et de
385
Cf. art. 261 al. 2 du CPF ; M.-C. RONDEAU-RIVIER, Le remariage, Thèse, Lyon III, 1981, n° 4 ;
J. CARBONNIER, « Terre et ciel dans le droit français du mariage », in Le Droit privé français au milieu du
XXe siècle : études offertes à Georges Ripert, t. 1, études générales. Droit de la famille, Paris, LGDJ, 1950,
pp. 241 et s.
386
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 539 ; R. DECOTTIGNIES, « Requiem pour la famille africaine », Ann.
afr. 1965, p. 254 ; voy. aussi F. VASSEUR-LAMBRY, La famille et la Convention européenne des droits de
l'homme, Thèse, Paris, L'Harmattan, 2000, n° 112 ; H. M. NKELENGE, Vers une sacramentalité du système
matrimonial, Fribourg, éd. Saint-Paul Fribourg Suisse, 2003, p. 135.
387
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 547, spéc. p. 1217.
81
la famille, « la personne est domiciliée au lieu de son principal établissement ou, pour son
activité professionnelle, au lieu où elle exerce celle-ci. De plus, la personne peut avoir une
ou plusieurs résidences là où elle a d’autres centres d’intérêt »388. Le domicile apparaît
ainsi comme l’indice de localisation juridique389 de la personne dans l’espace et revêt donc
un aspect personnel marqué. L’article 15 du Code des personnes et de la famille apporte
des précisions sur le domicile pour certaines personnes390. L’article 976 du Code des
personnes et de la famille précise le sens du domicile conjugal.
126. Le domicile conjugal. Aux termes des dispositions de l’article 976 du Code
des personnes et de la famille « le domicile, au sens des dispositions du présent Code, est
au lieu de la résidence commune habituelle des époux »391. Les époux peuvent avoir des
résidences séparées, mais chacun a son principal établissement au lieu de logement du
couple qui est désigné domicile. Or le mariage oblige les époux en droit béninois à choisir
le « domicile conjugal ». Selon les dispositions de l’article 156 du Code des personnes et
de la famille, « le choix du domicile du ménage incombe aux époux. En cas de désaccord,
le domicile conjugal est fixé par le mari. Toutefois, la femme peut obtenir l’autorisation
judiciaire de domicile séparé si elle rapporte la preuve que le domicile choisi par son mari
présente un danger d’ordre matériel ou moral pour elle ou pour ses enfants »392. Cette
disposition peut constituer une inégalité de pouvoir dans le mariage au cas où les époux ne
s’entendent pas sur le choix du domicile conjugal.
127. Plan. Les fonctions du domicile (1) et ses effets (2) possibles en droit de la
famille seront examinés afin de déterminer s’il existe une inégalité au sujet du choix du
domicile conjugal.
388
Cf. art. 14 du CPF.
389
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 243, spéc. p. 455.
390
Cf. art. 15 du CPF : « sont domiciliés :
- les époux, au lieu choisi d’un commun accord par eux. En cas de désaccord, le domicile conjugal est fixé
par le mari. Toutefois, la femme peut obtenir l’autorisation judiciaire de domicile séparé, si elle rapporte la
preuve que le domicile choisi par son mari présente un danger d’ordre matériel ou moral pour elle ou pour
ses enfants ;
- le mineur non émancipé, chez la personne qui exerce sur lui le droit de garde ;
- le majeur en tutelle, chez son tuteur ».
391
Cf. art. 976 du CPF.
392
Cf. art 156 du CPF.
82
1. Fonctions
129. Les intérêts du domicile en droit interne. Les principaux intérêts du domicile
en droit interne sont d’ordre procédural398. Le domicile permet l’attribution de compétence.
En matière civile, la compétence territoriale des tribunaux est, en principe, déterminée en
tenant compte du domicile du défendeur399. Cependant, ce principe connaît des
aménagements en droit de la famille. C’est ainsi par exemple que le créancier d’aliment a
le choix entre le tribunal de son domicile et le tribunal du domicile du débiteur
d’aliment400.
393
G. LEVASSEUR, La détermination du domicile en droit international privé français, Thèse, Paris,
Rousseau & Cie éditeurs, 1931.
394
Y. LOUSSOUARN et P. BOUREL, Droit international privé, Paris, Dalloz, 1980, n°s 156 et s. Pour
déterminer la loi applicable à une personne impliquée dans une relation internationale privée et ayant rapport
à son statut personnel, on se réfère à son domicile.
395
Cf. art. 1004 du CPF : « les questions relatives à la désignation des successibles, l’ordre dans lequel ils
sont appelés, la transmission de l’actif et du passif à chacun d’entre eux, sont régis par la loi nationale du
défunt au moment de son décès. Toutefois, si au moment de son décès le défunt avait des liens manifestement
plus étroits avec l’État de son domicile, la succession sera régie par la loi du domicile du défunt au moment
de son décès ».
396
Cf. art. 983 du CPF : « les effets personnels et patrimoniaux du mariage, hormis ceux liés au régime
matrimonial légal ou conventionnel, sont régis par la loi nationale commune des époux. En cas de
nationalités distinctes, lesdits effets sont régis par la loi de l’État du domicile commun, à défaut, par la loi du
dernier domicile commun, pourvu que l’un des époux ait conservé ce domicile. Si les époux n’ont jamais eu
de domicile commun, lesdits effets sont régis par la loi du for. En cas de changement de nationalité ou de
déplacement du domicile commun, la loi désignée par le nouvel élément matériel du rattachement s’applique
immédiatement ».
397
Cf. art. 987 du CPF : « les causes et effets du divorce ou de la séparation de corps sont régis par la loi
nationale commune des époux à la date où la demande introductive est présentée au tribunal. En cas de
nationalités distinctes à cette date, les causes et effets du divorce ou de la séparation de corps sont régis par
la loi du domicile commun des époux ; à défaut, par la loi du dernier domicile commun, pourvu que l’un
d’eux ait conservé ce domicile. Si les époux n’ont jamais eu de domicile commun, il sera fait application de
la loi du for ».
398
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 244, spéc. p. 457.
399
Cf. art 40 de la loi n° 2008-07 du 26 octobre 2010 portant Code de procédure civile, commerciale,
sociale, administrative et des comptes au Bénin.
400
Cf. art. 401 al du CPF : « Au choix du créancier d’aliments, l’action peut être portée soit devant le
Président du tribunal de première instance de son domicile ou de sa résidence, soit devant celui du domicile
ou de la résidence du débiteur » ; voy. aussi art. 42 de la loi n° 2008-07 du 26 octobre 2010 portant Code de
procédure civile, commerciale, sociale, administrative et des comptes.
83
2. Effets
131. Refus de vivre au domicile fixé par le mari. Un certain nombre d’effets
s’attachent au domicile conjugal. En raison de l’obligation de vie commune imposée aux
époux par le mariage, le domicile conjugal a des conséquences considérables sur la vie du
couple. On notera d’abord que tout refus de la femme de vivre au domicile fixé par son
mari constitue une séparation de fait404. La séparation de fait n’a pas en principe de
conséquences sur les autres obligations du mariage, du moins, pas de conséquences de
droit405. Les époux, même séparés de fait, doivent normalement continuer leur contribution
aux charges du ménage406. Le devoir de communauté de vie persiste aussi407.
401
Cf. art. 15 du CPF.
402
Cf. art. 156 du CPF.
403
Cf. la loi du 11 juillet 1975 modifiant le Code civil des français.
404
G. CORNU (dir.), Vocabulaire juridique : la séparation de fait s’entend de la « situation de pur fait dans
laquelle se trouvent deux époux qui, en l’absence de tout jugement de séparation de corps et de toute
autorisation de résidence séparée, ont cessé de vivre ensemble, par suite de l’abandon de l’un par l’autre ou
d’un accord exprès ou tacite, pacte d’ailleurs dépourvu de toute force obligatoire ».
405
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 635, spéc. p. 1419 ; A. BÉNABENT, Droit de la famille, op. cit., n° 356.
406
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1106 ; G. CORNU, Droit de la famille, op. cit., n° 38, spéc.
p. 74 ; A. BÉNABENT, op. et loc. cit.
407
J. CARBONNIER, op. cit., n° 635, spéc. p. 1419.
408
J. CARBONNIER, op. cit., n° 635, spéc. p. 1421 et 1422 ; A. BÉNABENT, op. et loc. cit.
84
charges du ménage soit refusée à celui qui a instauré la séparation de fait 409. Dans le cas où
la femme quitte le domicile fixé par le mari, elle peut donc se voit refuser la contribution
de l’époux aux charges du mariage.
133. Plan. La possibilité pour le mari de fixer de façon unilatérale le domicile conjugal
en droit béninois de la famille est une source d’inégalité de pouvoir entre époux dans le
mariage. La fixation du domicile conjugal pour l’époux (1) sera examiné afin de démontrer
qu’il y a eu la consécration d’une inégalité de pouvoir des époux (2).
409
civ. 1ère, 6 janvier 1981, Bull. civ. I, n° 4 ; 16 janvier 1983, D. 1984, p. 39, note Revel ; A. BÉNABENT, op.
et loc. cit. ; G. CORNU, op. et loc. cit. ; A. BÉNABENT, [Link] loc. cit.
410
Communauté de vie, le mariage est en espérance l’union de deux vies (à la vie à la mort) ; G. CORNU, op.
cit., n° 26.
411
P. COURBE et A. GOUTTENOIRE, op. cit., n° 271.
412
Cf. art. 156 du CPF.
413
Cf. art. 263 du CPF : « En cas de divorce prononcé aux torts exclusifs de l’un des époux, le juge peut
allouer à l’époux qui a obtenu le divorce des dommages et intérêts pour le préjudice matériel et moral que
lui cause la dissolution du mariage, compte tenu, notamment, de la perte de l’obligation d’entretien ».
85
136. Un rapport avec la force économique dans le foyer. On peut bien faire
référence à la situation économique des membres du couple autrefois, lorsque la femme se
consacrait exclusivement aux tâches ménagères. L’essentiel des ressources financières du
ménage proviennent donc de l’activité économique de l’époux qui entretient
financièrement le ménage et assure tous les frais y compris le loyer du domicile conjugal.
Dans cette mesure, il serait pénible de l’empêcher de résider au lieu de son choix alors que
la femme qui se sépare du domicile court le risque réel d’être privée de la contribution de
l’époux aux charges du mariage416, voire un divorce417. Il y a aussi le fait que la femme n’a
jadis pas d’autres obligations pouvant la conduire à vivre isolément du domicile du mari.
Or les femmes ont, de nos jours, la possibilité de choisir une activité professionnelle418 : la
fixation du domicile conjugal par le mari n’est-elle pas alors une limitation injustifiée à
l’activité professionnelle de la femme ?
414
Cf. art. 156 du CPF.
415
S. BOLLE, art. préc., p. 318 ; S. K. HONVOU, art. préc., p. 583.
416
Voy. supra n° 131.
417
Voy. supra n° 132.
418
Cf. art 157 al. 1er du CPF : « Chacun des époux a le droit d’exercer la profession de son choix ».
86
137. Une pratique dépassée. Une telle pratique semble aujourd’hui dépassée dans une
société où les deux époux contribuent aux charges du ménage. Et comme le choix est
laissé à l’époux de fixer le domicile conjugal, il le fixe en général en tenant compte de ses
intérêts surtout professionnels. Or certaines professions, surtout la fonction publique,
posent des exigences de domiciliation pour ceux qui les exercent. Il y aura alors une
confusion dans la détermination du domicile de la femme mariée qui est normalement
domiciliée là où l’a décidé son mari en cas de désaccord. Cette conception du domicile
peut notamment constituer un frein à l’activité économique de la femme mariée qui reste
ainsi sous la couverture du mari. Il s’agit également de la consécration de l’inégal pouvoir
des époux.
138. L’inégalité dans les options proposées. Le législateur offre au mari le pouvoir
de fixer unilatéralement le domicile conjugal en cas de désaccord et donne à la femme
mariée la possibilité de saisir le juge pour autorisation de domicile séparé, encore qu’elle
doit apporter la preuve que le domicile choisi par son mari présente un « danger d’ordre
matériel ou moral pour elle ou pour ses enfants »419. L’inégalité paraît claire et la volonté
du mari est sans équivalent au sein de la famille. Celle de la femme pèse moins sur son
mari puisque sa seule possibilité est de recourir au juge. Il est vrai que le législateur
béninois s’est beaucoup inspiré du Code civil français, lequel pourtant consacre
entièrement la collégialité pour le choix du domicile depuis la loi n° 75-617 du 11 juillet
1975. Les époux doivent donc s’entendre pour fixer le lieu où va s’exercer l’obligation de
communauté de vie420. Un tel accord doit être effectif421. Il peut cependant être tacite. Mais
que décider en cas de désaccord ?
139. La possibilité du recours au juge. L’option du recours devant le juge peut être
analysée comme discriminatoire dans la mesure où ce dernier n’intervient que pour
l’autorisation de domicile séparé, ce qui n’est pas toujours la volonté de la femme mariée.
L’option est tracée d’avance et le juge paraît lié dans sa décision qui n’intervient pas pour
demander à l’époux de suivre sa femme dans le domicile qu’elle voudrait choisir. La
volonté du mari ne subit donc aucune modification et la femme ne peut, même en faisant
recours au juge, faire entendre sa propre volonté. La volonté du mari dépasse donc à elle
419
Cf. art. 156 du CPF.
420
Il existe donc une obligation de négociation ; voy. à cet égard, J. HAUSER, RTD civ. 1991, p. 502, et
Douai, 12 oct. 1984, D. 1984, p. 523, note E. Bay-Clément.
421
P. COURBE et A. GOUTTENOIRE, op. cit., n° 271, spéc. p. 102.
87
422
Art 215 C. civ français de 1958 ; R. SAVATIER, Les métamorphoses économiques et sociales du droit privé
aujourd’hui, op. cit. ; G. CONAC, « Introduction », in G. Conac (dir.), Dynamiques et finalités des droits
africains : « La vie du droit en Afrique », Paris, Économica, 1980, p. XII ; J. CARBONNIER, Flexible droit.
Pour une sociologie du droit sans rigueur, Paris, 10è éd., LGDJ, 2014 ; A. G. KOUASSIGAN, Quelle est ma
loi ? Tradition et modernisme dans le droit privé de la famille en Afrique noire francophone, Paris, Pedone,
1974, p. 212.
423
Par domicile d’origine, il faut entendre domicile des parents, car en effet, par filiation, l’enfant acquiert un
domicile ; voy. J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 246, spéc. p. 462.
88
CONCLUSION DU CHAPITRE I
Cette inégalité qu’on peut observer dans le droit béninois de la famille est liée à
l’obstination à vouloir transposer certaines traditions dans le droit, en dépit de leurs
contradictions avec l’esprit du Code des personnes et de la famille qui prône l’égalité des
hommes et des femmes.
424
Cf. art. 142 du CPF, art. 124 et art. 156 du CPF.
425
Cf. art 215 C. civ français de 1958 ; R. SAVATIER, Les métamorphoses économiques et sociales du droit
privé aujourd’hui, op. cit., p. ; G. CONAC, art préc., p. XII ; J. CARBONNIER, Flexible droit. Pour une
sociologie du droit sans rigueur, Paris, 10è éd., LGDJ, 2014 ; A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 211.
89
CHAPITRE II :
LE MAINTIEN DE TRADITIONS INÉGALITAIRES
QUANT AUX ÉLÉMENTS IDENTIFIANT LES PERSONNES
426
Le Code civil français rendu applicable au Bénin qui organisait jusqu’alors la famille, n’a fait aucune
place au régime du nom de l’individu au sein de la famille. C’est en effet, par interprétation des dispositions
de l’art. 57 du Code civil français rendu applicable au Bénin, combinée avec celle de l’art. 321 qu’on peut
déduire que l’enfant porte le nom de son père. Mais, il ne s’agit que d’une forme de preuve de la filiation des
enfants légitimes. D’une part, l’art. 57 énumère les éléments devant figurer sur l’acte de naissance de l’enfant
à savoir le jour, l'heure, le lieu de naissance, le sexe de l'enfant, les prénoms qui lui seront donnés, les
prénoms, noms, profession et domicile des père et mère, et ceux des témoins. On ne peut nullement, en
déduire que la loi prévoit l’attribution du nom du père à l’enfant. D’autre part, l’art. 321 du Code civil
français rendu applicable au Bénin peut être, d’une certaine façon, interprété comme attribuant à l’enfant le
nom du père, même si dans ce cas, il convient de nuancer. Il s’agit d’un effet du mariage, un corollaire de la
présomption de paternité, voy. J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 222. Par l’effet de la grossesse, la mère de
l’enfant est toujours identifiée. En raison du flou qui entoure la paternité, l’attribution du nom du père à
l’enfant se fait indépendamment de la rédaction de l’acte de naissance. Il semble bien que ce n’est qu’une
attribution jure sanguinis ; É. MICOU, Thèse préc., n° 342 ; G. GOUBEAUX, Traité de droit civil, les
personnes, J. GHESTIN (dir.), Paris, LGDJ, 1989, n° 118 ; I. CORPART, « La vision égalitaire de la dévolution
du nom de famille », D. 2003, chron., p. 2845.
427
Le Code de la nationalité applicable au Bénin est issu de la loi n° 65-17 du 23 juin 1965 portant Code de
la nationalité dahoméenne. Elle a été publiée au Journal officiel de la République du Dahomey du 1 août
1965. Le Dahomey est devenu le Bénin le 30 novembre 1975 ; voy. J. LE CORNEC, La calebasse
dahoméenne ou les errances du Bénin : Du Dahomey au Bénin, t. II, Paris, L'Harmattan, 2000, p. 311 ; voy.
aussi le Préambule de la Constitution du Bénin du 11 décembre 1990. Pour cette raison, même si la loi est
intitulée Code de la nationalité dahoméenne, on utilisera pour cette recherche l’appellation « Code de la
nationalité béninoise » pour la cohérence avec l’appellation actuelle du Dahomey qui est le Bénin.
90
fait obstruction à la marche vers l’égalité entreprise par le législateur. Dès lors, il est d’une
grande importance d’examiner au mieux cette situation afin de pouvoir évaluer l’état de
l’égalité dans l’identification de la personne, surtout lorsque les éléments qui permettent
cette identification ont leur source en famille.
146. Les intérêts liés au nom. Le nom est un élément de l’état des personnes430 et en
tant que tel, il est le signe d’une insertion dans une famille431. Le nom a une résonnance
particulière parce qu’ « il est à la fois ce qui projette, ce qui évoque et ce qui perpétue, ce
qui, en désignant, isole ou rassemble »432. Il relie les générations et situe l’individu dans
une histoire. Le nom « représente tout un patrimoine de souvenirs et d'honneurs dont
l'enrichirent les ancêtres »433. Il rappelle à chacun ses origines et permet de se projeter
dans l’avenir434. Le nom, « gage de reconnaissance qui permet à chacun de savoir "qui je
428
Cf. G. CORNU, (dir.), Vocabulaire Juridique, Paris, PUF, 2014, voy. « nom ».
429
J. CARBONNIER, Droit civil, t.1, op. cit., n° 220.
430
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 266, spéc. p. 493.
431
I. CORPART, art. préc.
432
M. GOBERT, « Le nom ou la redécouverte d’un masque », préc., spéc., n° 3.
433
Tribunal civil de Seine, 1er déc. 1926 (DH 1927, p. 127) ; R. LINDON, « La nouvelle disposition législative
relative à la transmission de l'usage du nom », D. 1986, chron. p. 87.
434
G. GOUBEAUX, « Le nom », in Droit de l'enfant et de la famille : hommage à Marie-Josèphe Gebler,
Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1999, p. 24.
91
suis" "qui tu es" est le dernier résidu du culte des morts »435. Il individualise la personne
mais l’insère aussi dans un groupe et dans une histoire. Il est un élément indissociable de la
personnalité d’un individu436 et représente l’individu à l’égard de ses proches et des
tiers437. Il « marque un lien avec les ancêtres, espoir d'une perpétuation par la
transmission aux descendants, moyen de se faire reconnaître et d'asseoir sa notoriété »438.
Mais on constate qu’en général, c’est le nom du père dit patronyme qui est transmis
aux enfants. Quant à l’attribution du nom par le mariage, c’est à la femme qu’il est fait
obligation de porter le nom de son époux. Il existe donc une inégalité objective dans le
régime du nom au sein de la famille. Certains auteurs pensent d’ailleurs que le nom est le
dernier bastion de la prépondérance maritale445. Ce qui est en cause n’est pas seulement
que la femme porte le nom du mari, mais encore et surtout que seul le nom du mari soit
transmis aux enfants.
435
G. GOBERT, « Le nom ou la redécouverte d’un masque », préc., spéc. n° 1.
436
Plaidoyer pour l’égalité, Assemblée parlementaire, préf. G. HALIMI, Strasbourg, éd. du Conseil de
l’Europe, 1995, p. 53 ; M. Grimaldi, art. préc., spéc. n° 12 ; Ph. JESTAZ, « Á propos du nom patronymique :
diagnostic et pronostic », préc. spéc., pp. 269-270.
437
M. GRIMALDI, art. préc. spéc., n° 1.
438
G. GOUBEAUX, Traité de droit civil. Les personnes, J. GHESTIN (dir.), Paris, LGDJ, 1989, n° 111.
439
G. GOUBEAUX, op. cit., n° 116.
440
J. MENJUCQ, L’attribution du nom par filiation, Thèse, Paris II, 1975 ; M. GRIMALDI, « Patronyme et
famille : l’attribution du nom », Defrénois, 1987, art. 34117 ; Ph. JESTAZ, « Á propos du nom patronymique :
diagnostic et pronostic », RTD civ. 1989, p. 269 ; M. GOBERT, « Le nom ou la redécouverte d’un masque »,
JCP, 1980, I. 2966 ; S. KIEFFÉ, « Le nom patronymique à travers les frontières », Gaz. Pal. 24 sept. 1985 ;
J. BEROUGON-PUGIEU et D. THOUVENIN, « Le nom de la femme mariée », in R. Nerson (dir.), Mariage et
famille en question, Lyon, CNRS, 1979, p. 117 et s ; C. PETIT, « Nouvelles modalités d'indication des
"doubles noms" dans les acte de l'état civil. l. – "égalité, liberté et...complexité" », Dr. fam. 2012, n° 2, fév.
étude 5.
441
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 220.
442
G. GOUBEAUX, op. et loc. cit.
443
Cf. art. 7 du CPF.
444
Voy. J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 221 ; M. GRIMALDI, art. préc., n° 13 ; M. GOBERT, art. préc.,
n° 4 ; Ph. JESTAZ, art. préc., p. 270.
445
Ph. JESTAZ, art. préc., p. 273.
92
148. Plan. L’étude de l’inégalité au sujet du nom sera faite en examinant dans un
premier temps, le nouveau régime du nom qui est la reprise d'une coutume consacrant
l'inégalité dans l'attribution du nom à l'enfant (§1). Dans un second temps, on traitera
l'instauration d'une forme nouvelle d'inégalité sur le nom de la femme mariée (§2).
149. Une tradition. Dans de nombreux pays, la loi ou la coutume prévoit que les
enfants reçoivent automatiquement le nom de leur père446. Cette règle de transmission du
nom du père à l’enfant apparaît critiquable par son conservatisme et surtout au regard du
principe d’égalité entre époux. Cette disposition qui régit le nom de l’enfant consacre la
filiation patrilinéaire alors que la patrilinéarité rompt l’égalité entre époux et méconnaît le
droit des enfants.
150. Plan. La transmission patrilinéaire du nom (A) rompt l’égalité entre époux et,
pour cette raison, il y a nécessité de réorienter sa dévolution (B).
446
A. WEILL et F. TERRÉ, Droit civil, les personnes, la famille, les incapacités, Paris, 5è éd., Dalloz, 1993,
n° 41 ; F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ, L'égalité des sexes, Paris, Dalloz, 1998, p. 47 ; Th. GARÉ, Droit des
personnes et de la famille, Paris, 3è éd., Montchrestien, 2004, p. 165 ; É. MICOU, L’égalité des sexes en droit
privé. De quelques aspects essentiels, Thèse, préf. Y. Saint-Jours, Presses universitaires de Perpignan, 1997,
n° 341 ; J. HAUSER, « Le nom des enfants : une législation discriminatoire et obsolète », RTD Civ. 1994,
p. 829 ; G. GOUBEAUX, op. cit., n° 117 ; M. GRIMALDI, art. préc., n° 6 ; J. MENJUCQ, Thèse préc., p. 81 et s ;
I. CORPART, art. préc.
447
M. GRIMALDI, art. préc., n° 7.
448
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 237.
93
maintenir l’unité449. Cependant, on constate qu’une inégalité est créée par la transmission
patrilinéaire du nom.
154. Le port du nom, une question de notoriété. Ainsi que l’a affirmé Victor Hugo,
« le plus beau patrimoine est un nom révélé »451. La notoriété d’une personne s’acquiert
parfois par la seule référence à une famille. La famille de l’épouse peut avoir, par exemple,
acquis de la notoriété et la simple allusion à celle-ci peut attirer certaines personnes.
L’usage du nom de la mère par l’enfant peut, dans une certaine mesure, contribuer à
l’expansion de l’activité économique ou professionnelle de l’enfant. La mère peut porter le
nom d’une famille célèbre dont il y a plus de représentants mâles et dont l’éclat va
s’éteindre à la génération suivante452. Il peut aussi s’agir d’un nom rendu célèbre par la
femme453 puisque les femmes occupent de plus en plus de hautes fonctions et ne sont plus
obligées d’exister par l’influence de leur époux. Au Bénin, il y a par exemple des femmes
comme Denis-Ouinsou et bien d’autre dont les enfants auraient pu porter le nom. La seule
référence à ce nom est un honneur pour la personne qui le porte. Or la transmission du seul
nom du père à l’enfant ne permet pas de retracer ses deux filiations.
155. La création d’une rupture dans l’histoire des enfants. Le Code des personnes
et de la famille dispose en son article 6 que « l’enfant légitime porte le nom de famille de
son père. L’enfant né hors mariage porte le nom de celui de ses parents à l’égard duquel
sa filiation est établie. En cas de reconnaissance simultanée des deux parents, l’enfant
porte le nom de son père. Si le père reconnaît l’enfant en dernière position, l’enfant
449
G. GOUBEAUX, op. et loc. cit., n° 111.
450
L. MAYAUX, « L’égalité en droit civil », JCP, 1992, I, 3611 ; I. CORPART, art. préc.
451
V. HUGO, Odes et ballades, Paris, Gallimard, 1980.
452
R. LINDON, art. préc., p. 85 ; M. GRIMALDI, art. préc., n° 11 ; I. CORPART, art. préc., p. 2845.
453
R. LINDON, art. préc., p. 85 .
94
prendra son nom. Mais s’il s’agit d’un enfant de plus de quinze (15) ans, son consentement
sera requis. En cas de désaveu, l’enfant porte le nom de sa mère. L’adoption confère le
nom de l’adoptant à l’adopté. En cas d’adoption par les deux époux, l’adopté prend le
nom du mari »454. Le nom de famille au Bénin est ainsi bel et bien le patronyme 455. La
ligne maternelle de l’enfant est écartée à chaque génération. L’histoire des enfants se
trouve ainsi amputée d’une bonne moitié à chaque génération et seule la ligne paternelle
est retracée. Il existe donc une priorité affichée de la transmission du nom du père. Celui de
la mère n’est attribué à l’enfant que dans les seuls cas d’impossibilité de l’établissement de
la filiation paternelle. Ce régime a plusieurs conséquences dans la famille. Elle peut
engendrer la polygamie, la déscolarisation des filles et la régionalisation.
454
Cf. art. 6 du CPF.
455
Cf. art. 5 al. 1er du CPF : « toute personne s’identifie par un ou plusieurs prénoms et par un nom
patronymique ».
456
Voy. Synthèse des analyses du troisième recensement général de la population et de l’habitat de février
2002, p. 22, disponible sur le site [[Link] ; voy. L. A. BAFA’A-TSAGUE, « La consécration
de la monogamie dans le Code béninois des personnes et de la famille : entre affiliation à l’universalité et
écart à la réalité », in D. Maugenest et Th. Holo (dir.), L’Afrique de l’Ouest et la tradition universelle des
droits de l’homme, Actes du colloque d’Abidjan, 13-15 mars 2006, éd. CERAP, 2006, p. 250.
457
C’est d’ailleurs cela qui justifie le faible taux de scolarisation des filles au Bénin et les politiques de
discrimination.
95
paternel – la fille devant partir habiter avec son époux. Tout l’espoir porte donc sur le
garçon. La fille, dit-on, est faite pour le foyer, car il est si souvent dit qu’une fille envoyée
à l’école ne sert à rien. La fille est donc prédestinée aux travaux domestiques et on lui
accorde une éducation en conséquence. L’usage du nom du mari après le mariage peut
aussi expliquer la sous-scolarisation des filles. Le père de la femme mariée aura en effet
l’impression d’avoir élevé l’enfant pour une autre famille car elle devient membre de cette
nouvelle famille. On peut aussi constater que la régionalisation est une conséquence de la
transmission patrilinéaire du nom.
159. Les recompositions de famille. La famille fondée sur le mariage connaît des
mutations460. D’autres modes de conjugalités ont accédé à l’honorabilité461 et
concurrencent la famille fondée sur le mariage. Les désunions de couples se multiplient en
458
H. N. KITTI, « Le vote de rupture : l'élection présidentielle de 2011 au Bénin », in Revue Africaine de
Parlementarisme et de Démocratie, vol. III, n°8, août 2014, p. 250.
459
H. N. KITTI, art préc., p. 250; J.-F. BAYART, L’État en Afrique. La politique du ventre, Paris, Fayard,
2000, p. 281 et s. ; D. AMOUSSOU-YÉYÉ, « La dynamique ethnique dans la dynamique sociopolitique du
Bénin du Renouveau démocratique », in Afrique juridique, politique et scientifique, vol. 4, n° 1, 1995,
p. 133 ; R. BANÉGAS, La démocratie à pas de caméléon, transition et imaginaires politiques au Bénin, Paris,
Karthala, 2003, p. 249 ; F. J. AÏVO, Le Président de la République en Afrique noire francophone. Genèse,
mutations et avenir de la fonction, Thèse, L’Harmattan, 2007, p. 207 ; N. BAKO-ARIFARI, « Démocratie et
logiques du terroir au Bénin », Politique africaine, n° 59, 1995, p. 15 ; R. GBEGNONVI, « Les législatives de
mars 1995 : une question, des leçons et des devoirs », Journal la Nation, 24 avril 1995 ; F. A. KAKAÏ, Le vote
ethnique au Bénin : Contribution à une étude sociopolitique de l’élection, Thèse, Université d’Abomey-
Calavi, Chaire UNESCO, 2011.
460
I. THÉRY, Couple filiation et parenté aujourd’hui. Le droit face aux mutations de la famille et de la vie
privée. Rapport à la ministre de l’emploi et de la solidarité et au garde des sceaux, Ministre de la justice,
Paris, Odile Jacob, 1998, p. 13 ; Ph. JESTAZ, « Á propos du nom patronymique : diagnostic et pronostic »,
préc., p. 273.
461
G. GOUBEAUX, « Le nom », in Droit de l'enfant et de la famille : hommage à Marie-Josèphe Gebler,
Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1999, p. 27 ; J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 544, spéc. p. 1207.
96
même temps que les recompositions familiales se démultiplient. La famille fondée sur le
mariage reçoit ainsi un second coup. Les recompositions de famille rompent l’unité
recherchée par l’attribution patrilinéaire du nom. L’épouse peut amener avec elle dans son
nouveau couple les enfants issus d’une union précédente qui portent un autre nom que les
enfants issus du nouvel époux. On peut dès lors observer de manière récurrente que des
frères et sœurs portent des noms différents.
462
Ph. JESTAZ, art. préc., p. 273.
463
Le Code des personnes et de la famille ne parle plus de puissance paternelle, mais d’autorité parentale,
dont l’exercice revient aux père et mère de l’enfant durant le mariage, cf. art. 411 du CPF qui dispose que
« durant le mariage, l’autorité parentale est exercée en commun par les père et mère, sauf décision
judiciaire contraire ».
464
Aucune disposition du CPF ne mentionne la puissance maritale. Le pouvoir ménager revient désormais
aux deux époux et, nul d’entre eux, ne détient un pouvoir sur l’autre ; voy. notamment l’art. 173 du CPF qui
dispose que « chaque époux a la pleine capacité juridique ; mais ses droits et pouvoirs sont limités par l’effet
du régime matrimonial et les dispositions ci-après » et l’art. 179 selon lequel : « chacun des époux a pouvoir
pour passer seul les contrats qui ont pour objet l’entretien du ménage et l’éducation des enfants ; toute dette
ainsi contractée par l’un oblige solidairement l’autre. Néanmoins, la solidarité n’a pas lieu pour des
dépenses manifestement excessives eu égard au train de vie du ménage, à l’utilité ou à l’inutilité de
l’opération, à la bonne ou mauvaise foi du tiers contractant. Elle n’a pas lieu non plus pour les obligations
résultant d’achats à tempérament ou d’emprunts, à moins que ces engagements ne soient modestes et
nécessaires aux besoins de la vie courante ».
465
É. MICOU, Thèse préc., n° 353.
466
Il est bien possible, de nos jours, de se demander si un enfant a toujours deux parents en raison des
progrès de la médecine grâce auxquels on peut faire naître des enfants sans aucun contact sexuel. Mais la
réponse est déjà trouvée. Quel que soit le mode de procréation dans l’espace humaine, il y a toujours la mise
en contact de deux cellules reproductrices, l’une mâle et l’autre femelle ; à moins d’envisager le clonage
reproductif qui relève, pour le moment, des questions éthiques, voy. infra n° 676.
97
162. Une volonté législative affichée de la transmission du seul nom du père. Aux
termes de la loi, une fois que le père est connu et qu’il reconnaît l’enfant, la transmission
de son nom à l’enfant est facilitée. L’alinéa 3 de l’article 6 du Code des personnes et de la
famille dispose qu’ « en cas de reconnaissance simultanée des deux parents, l’enfant porte
le nom de son père »469. Afin d’offrir un traitement égal aux enfants, indépendamment de
leurs situations familiales, en assimilant le plus possible l’enfant de parents non mariés à
l’enfant légitime470, le législateur a facilité la transmission du nom du père à l’enfant
naturel. Ainsi, l’alinéa 4 du même article 6 prévoit-il que « si le père reconnaît l’enfant en
dernière position, l’enfant prendra son nom »471. Cette volonté du législateur d’accorder la
priorité à la transmission du nom du père s’étend même à l’enfant adoptif d’un couple
marié. Aux termes de l’alinéa 7 de l’article 6 du Code des personnes et de la famille du
Bénin prévoit à cet effet qu’« en cas d’adoption par les deux époux, l’adopté prend le nom
du mari »472. Il faut comprendre qu’en présence du nom du père, celui de la femme n’a pas
d’existence et s’efface tout simplement. Ne pourrait-on donc pas considérer l’attribution du
nom du père à l’enfant comme un instrument de domination473 de l’homme sur la femme ?
L’attribution du nom induit des conséquences plus diffuses et reflète ainsi assez bien
l’organisation patriarcale de la société. Une inégalité entre époux est ainsi consacrée.
467
M. GOBERT, « Le nom ou la redécouverte d’un masque », préc., spéc. n° 4.
468
G. GOUBEAUX, Traité de droit civil, les personnes, J. GHESTIN (dir.), Paris, LGDJ, 1989, n° 118.
469
Cf. art. 6 al. 3 du CPF.
470
F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ, L'égalité des sexes, Paris, Dalloz, 1998, p. 46.
471
Cf. art. 6 al. 4 du CPF.
472
Cf. art. 6 al. 7 du CPF.
473
M. GRIMALDI, art. préc., spéc. n° 11.
98
163. Une inégalité dans le couple en faveur de l’époux. Seul le père transmet son
nom aux enfants dans un couple marié474. Cette prééminence masculine475 dans
l’attribution du nom aux enfants contraste avec l’égalité entre homme et femme reconnue
dans le droit béninois de la famille. Les femmes et les hommes devant tirer les mêmes
droits et avantages du mariage. On note la prépondérance de l’époux dans la transmission
du nom qui est le premier élément identifiant la personne. Il n’est même pas accordé aux
enfants, en l’état actuel de la législation béninoise, le droit d’usage du nom de leur parent
qui ne leur est pas transmis, c’est-à-dire le nom de leur mère. La maternité n’a aucune
conséquence sur le nom de l’enfant, sauf dans le cas où le père de l’enfant est inconnu. Le
déséquilibre476 du système béninois concernant le nom de l’enfant est particulièrement
remarquable. Si le mariage donne le droit à l’époux de transmettre son nom à sa
descendance, ce même droit doit être accordé à la femme sauf à créer une inégalité en
défaveur de la femme dans le mariage par l’attribution patrilinéaire du nom à l’enfant477.
Si on peut analyser la transmission patrilinéaire du nom comme une inégalité entre époux,
elle permet toutefois de traiter à égalité les hommes indépendamment de leur état
matrimonial. Cependant, elle crée une inégalité entre les femmes en raison du mariage.
474
Cf. art. 6 al. 1er du CPF.
475
M. GRIMALDI, art. préc., spéc. n° 6 ; I. CORPART, « La vision égalitaire de la dévolution du nom de
famille », D. 2003, chron., p. 2845.
476
RTD civ. 2011, p. 321, obs. J. Hauser ; Civ. 1re, 24 févr. 2011, n° 10-40.067, AJCT, 2011. 189, refus de
QPC- Proposition de loi n° 3122, 1er févr. 2011, Dr. fam. 2011, focus 21 ; Civ. 1, 12 janv. 2011,
n° 10-19.227, AJ fam. 2011. 103, obs. F. Chénedé, refus de QPC.
477
F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ, L'égalité des sexes, Paris, Dalloz, 1998, p. 46.
478
Cf. art. 6 al. 2 du CPF : « L’enfant né hors mariage porte le nom de celui de ses parents à l’égard duquel
sa filiation est établie ».
479
Cf. art. 6 al. 2 du CPF.
99
480
I. CORPART, « Vers l'égalité juridique dans la famille ? », Les cahiers de la sécurité intérieure, 1999,
n° 35, p. 47 ; M. GOBERT, « L'attribution du nom : égalité ou liberté ? », LPA, 23 mai 2002, n° 102, p. 4 ;
Ph. JESTAZ, « L'égalité et l'avenir du droit de la famille », in L'avenir du droit, Mélanges en hommage à
François Terré, Paris, Dalloz 1999, p. 421 ; M. HERZOG-EVANS, « Autonomie de la volonté et égalité dans le
choix des noms », RRJ 1997/1, p. 45.
481
I. CORPART, « La vision égalitaire de la dévolution du nom de famille », D. 2003, chron., p. 2845.
482
G. GOUBEAUX, « Le nom », in Droit de l'enfant et de la famille : hommage à Marie-Josèphe Gebler,
Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1999, p. 28.
100
168. Plan. La réorientation de la dévolution du nom vise donc à prévenir, d’une part,
l’appauvrissement du patrimoine anthroponymique (1), et d’autre part, elle s’impose
comme solution en vue de l’instauration d’un système égalitaire de dévolution du nom (2).
171. La possibilité de relèvement du nom. Le nom d’un ancêtre peut être relevé pour
éviter sa disparition486. Il en est ainsi en France par exemple où il existe la possibilité de
483
I. CORPART, « La vision égalitaire de la dévolution du nom de famille », D. 2003, chron. p. 2845 ;
Plaidoyer pour l’égalité, Assemblée parlementaire, préf. de G. Halimi, Strasbourg, éd. du Conseil de
l’Europe, 1995, p. 82 : soit par exemple une population de cinquante hommes et cinquante femmes ayant tous
des noms différents. Au bout d’une génération, les cinquante noms portés par les femmes auront disparu. Á
cela s’ajoute le fait que dix hommes seront célibataires ou mariés sans enfant et, parmi les quarante couples
restants, dix n’auront que des filles. Dans cette hypothèse, ce sont donc soixante-dix des cent noms de famille
qui auront disparu en une génération. Au contraire, si les femmes mariées pouvaient transmettre leur nom à
leurs enfants, seuls disparaîtront les noms des célibataires, les noms des couples mariés sans enfant et la
moitié des noms des couples mariés n’ayant qu’un enfant, soit trente-quatre noms environ. Compte tenu des
règles sexistes de transmission du nom en France, les statistiques prouvent que les noms s’éteignent d’autant
plus vite qu’ils sont portés par moins d’individus de sexe masculin.
484
Ibid.
485
Plaidoyer pour l’égalité, Assemblée parlementaire, préf. de G. Halimi, Strasbourg, éd. du Conseil de
l’Europe, 1995, p. 82.
486
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 226 ; Th. DOUVILLE, « L'intangibilité et l'imprescriptibilité du nom de
famille », in A. Batteur, Les grandes décisions du droit des personnes et de la famille, Paris, LGDJ,
Lextenso, 2012, n°s 439 et s. ; R. LINDON, « La nouvelle disposition législative relative à la transmission de
l'usage du nom », D. 1986, chron., p. 87.
101
relèvement du nom d’un ancêtre jusqu’au quatrième degré487. Ainsi, les arrières petits-fils
peuvent relever un nom que leurs ascendants n’ont jamais porté488 sous condition de la
prescription du nom de l’ancêtre489.
Cependant, l’article 1019 du Code des personnes et de la famille paraît plus proche du
relèvement du nom. Il dispose en effet en son alinéa 4 que « peuvent demander
collectivement tant pour leur compte que pour le compte de leurs enfants mineurs, nés ou à
naître, à porter le nom de leur auteur commun, les personnes qui, bien qu’issues de cet
auteur commun, n’en portent pas le nom »491. D’abord, il s’agit d’une demande collective
de changement de nom qui exclut toute possibilité individuelle de changement du nom. Il
ne s’agit pas d’un droit individuel, mais d’un droit collectif. L’obstacle majeur à la
réalisation de ce droit serait l’accord de volonté de tous les enfants concernés sans lequel la
demande ne peut prospérer. Ensuite, il faut bien qu’il s’agisse du nom de l’ascendant au
premier degré. Le nom de la femme est celui qui n’est pas transmis en général aux
descendants qui peuvent alors demander à porter collectivement le nom de leur mère.
Ainsi, les seuls enfants d’une personne peuvent demander collectivement à porter son nom
pour empêcher sa disparition.
487
Cf. art. 61 de Code civil français actuel : « toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander
à changer de nom. La demande de changement de nom peut avoir pour objet d'éviter l'extinction du nom
porté par un ascendant ou un collatéral du demandeur jusqu'au quatrième degré. Le changement de nom est
autorisé par décret » ; Cass. 1ere civ. 15 mars 1988, de Sainte-Catherine ; Bull. 1. n° 78, R. p. 158 ; D. 1988,
p. 549, note J. Massip ; JCP G 1989. 18, II, 21347, note E. Agostini ; Defrénois 1988, art. 34039, p. 1010,
obs. J. Massip ; H. CAPITANT, F. TERRÉ et Y. LEQUETTE, GAJC, t. 1, Paris, 12è éd., Dalloz, 2007, n° 22.
488
CE 19 mai 2004, D. [Link].1644 ; AJDA 2004, p. 1351, chron. C. Landais et F. Lenica, annulant CA
Paris, 5 juin 2001, RFD adm. 2001.1353 ; RTD civ. 2004, p. 481, obs. J. Hauser.
489
RTD civ. 1995, p. 324, obs. J. Hauser.
490
Cf. art. 9 al. 1er du CPF.
491
Cf. art. 1004 al. 4 du CPF.
102
l’ancêtre s’éteint dès lors que les descendants du premier degré ne demandent pas à le
porter. C’est une action limitée aux descendants au premier degré. S’agirait-il d’un
relèvement de nom ou d’une simple demande d’adjonction de nom d’un ascendant ? Le
changement de nom est possible et peut, dans une certaine mesure, permettre le relèvement
d’un nom. Le relèvement du nom est donc très limité au Bénin et s’arrête au nom de
l’ascendant direct. Il s’agit sûrement d’un acte législatif manqué.
173. Un acte législatif manqué. L’article 1019 s’inscrit dans la liste des dispositions
transitoires. Son idée serait certainement que l’ancien régime du nom ne permet pas la
transmission du nom de la mère aux enfants contrairement à la nouvelle loi. Ainsi, cette
dernière permettrait à ceux qui n’ont pas bénéficié du double nom ou du nom de l’un de
leurs ascendants d’en faire la demande. Or aucune disposition du Code des personnes et de
la famille ne permet aux deux époux de transmettre leurs deux noms ou de choisir l’un de
leurs deux noms à leurs enfants. Le principe maintenu est bien la patronymie. Pourrait-on
dans ce cas, faire une interprétation a contrario de l’article 1019 pour affirmer que les deux
parents peuvent transmettre leurs deux noms à leurs enfants ? Ce serait certainement
méconnaître l’article 6 du Code des personnes et de la famille. Au demeurant, il se pourrait
qu’il s’agisse d’un acte législatif manqué. Le relèvement du nom n’est pas la panacée de
l’extinction des noms car la prescription peut aussi limiter le relèvement du nom.
492
Req. 21 juil. 1926, S. 1926, 1, 310. Req. 14 avril 1934, DH 1934, p. 265 (qui décide qu’un nom de famille
peut être réclamé par les membres d’une famille, quelque long qu’ait été le laps de temps pendant lequel il
n’a pas été porté) ; R. NERSON, « Personnes et droits de la famille », RTD civ. 1969, jurisprudence p. 112,
n° 5.
493
Un usage prolongé du nom ne peut légitimer ou faire acquérir un droit à ce nom, lorsqu’il existe un vice
initial ; une période de deux cents ans ne peut effacer le vice essentiel du titre originaire de cette possession,
voy. Angers, 22 avril 1964, D. 1964, 538.
494
Cass. 1re civ. 17 déc. 2008, n° 07-10.068 ? FS-P+B : Juris-Data n° 2008-046275 ; AJF 2009, p. 87, obs.
S. Milleville ; Dr. fam. n °4, avr., 2009, p. 32 ; Civ. 1ere 25 mai 1992, Bull. civ. I, n° 158, D. 1992.445, note
F. Boulanger ; Defrénois 1992. 1431, obs. J. Massip ; Civ. 1ere, 6 avr. 1994, D. 1994. IR. 123 ; RTD Civ.
1994, p. 563, obs. J. Hauser.
103
175. Le sens de la réforme. On peut espérer une réforme du droit béninois en vue de
corriger495 la prééminence masculine imposée par la législation sur le nom de l’enfant.
Cette réforme à envisager ne peut en aucun cas prendre la forme de l’instauration de la
transmission du seul nom de la mère à l’enfant, auquel cas la population, en l’occurrence
les femmes elles-mêmes s’insurgeraient contre cette réforme. Car, en effet, elle
contribuerait à rendre tous les enfants « bâtards » puisque ce sont en fait les enfants dont
les pères sont inconnus qui peuvent recevoir le nom de leur mère.
495
L’exemple de la France est très évocateur de la marche vers l’égalité sur la question du nom. La loi
n° 2002-304 du 4 mars 2002 relative au nom de famille et la loi n° 2003-516 du 18 juin 2003 relative à la
dévolution du nom de famille ont faire évoluer la question du nom ; JO 19 juin 2003, p. 10240 ; D. 2003,
Lég. p. 1677. Sur cette loi, voy. F. BELLIVIER, « Dévolution du nom de famille », RTD civ. 2003, p. 554 ;
C. BRIÈRE, « Dévolution du nom de famille », LPA, n° 136, 9 juill. 2003 ; F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ,
« Commentaire de la loi relative au nom de famille », RJPF 2002-7-8/10 ; Th. GARÉ, « La loi relative à la
dévolution du nom de famille », JCP 2003, Actual. 370 ; T. KÉRAVEC et E. MALLET, « Nom de famille »,
JCP N 2003, p. 141 ; F.-J. PANSIER et C. CHARBONNEAU, « Présentation de la loi du 18 juin 2003 relative à la
dévolution du nom de famille », Gaz. Pal. 6-8 juill. 2003, p. 8 ; C. BERNARD, « Le nom de l'enfant né après
l'entrée en vigueur de la loi n° 2002-304 du 4 mars 2002 relative au nom de famille », Dr. fam. 2002, n° 16 ;
C. BRIÈRE, « L'attribution du nom de famille : entre modernité et tradition », LPA, 21 mars 2002, p. 4 ;
L.-A. DEVILLAIRS, « Le nom de l'enfant : de nouvelles perspectives », AJ famille 2002, p. 256 ;
J.-J. LEMOULAND, « Aperçu rapide », JCP. N 2002, p. 53 et 54 ; G. LOISEAU, « Le nom dans tous ses états »,
Droit et patrimoine 2002, n° 105, p. 106 ; J. MASSIP, « La loi du 4 mars 2002 relative au nom de famille »,
Defrénois 2002, art. 37563, p. 795 ; F.-J. PANSIER et C. CHARBONNEAU, « Présentation de la loi du 4 mars
2002 relative au nom de famille », LPA, 9 avril 2002, n° 71, p. 4 ; M.-C. RIVIER, « Question de noms :
famille, patronyme, usage, naissance, mariage et jeune fille », D. 2002, Point de vue, p. 1915.
496
J. FOYER, « Du nom patronymique au nom de famille : progrès ou régression », in Une certaine idée du
droit – Mélanges offert à André Decocq, Paris, Litec, 2004, p. 252.
497
Cf. art. 311-21 de l'actuel Code civil français actuel dispose que « lorsque la filiation d'un enfant est
établie à l'égard de ses deux parents au plus tard le jour de la déclaration de sa naissance ou par la suite
mais simultanément, ces derniers choisissent le nom de famille qui lui est dévolu : soit le nom du père, soit le
nom de la mère, soit leurs deux noms accolés dans l'ordre choisi par eux dans la limite d'un nom de famille
pour chacun d'eux. En absence de déclaration conjointe à l'officier de l'état civil mentionnant le choix du
nom de l'enfant, celui-ci prend le nom de celui de ses parents à l'égard duquel sa filiation est établie en
premier lieu et le nom de son père si sa filiation est établie simultanément à l'égard de l'un et de l'autre. En
cas de désaccord entre les parents, signalé par l'un d'eux à l'officier de l'état civil, au plus tard au jour de la
déclaration de naissance ou après la naissance, lors de l'établissement simultané de la filiation, l'enfant
prend leurs deux noms, dans la limite du premier nom de famille pour chacun d'eux, accolés selon l'ordre
alphabétique. En cas de naissance à l'étranger d'un enfant dont l'un au moins des parents est français, les
parents qui n'ont pas usé de la faculté de choix du nom dans les conditions du précédent alinéa peuvent
104
177. Une extension possible. Lorsque les enfants naturels sont reconnus par leurs deux
parents, en l’état actuel de la législation béninoise, l’enfant naturel prend le nom du père.
On peut déduire de cette consécration la tolérance à assimiler la famille naturelle à la
famille légitime. Ainsi, il sera aisé de permettre aux deux parents, lorsqu’ils ne sont pas
mariés mais reconnaissent un enfant, le même droit que les parents mariés en ce qui
concerne la transmission du nom. Le double nom ainsi donné à l’enfant sera son nom de
famille, mais pas le nom patronymique, la famille étant construite autour du couple. Cette
forme de consécration pourra rencontrer l’assentiment de la population compte tenu du fait
qu’elle ne supprime pas les droits du père en matière de la transmission du nom mais
complète son nom de celui de la mère. Toute la question de la dévolution du nom serait
ainsi réglée. Ce faisant, un grand bouleversement des mentalités sera observé et les enfants
se verront accorder un traitement plus juste.
effectuer une telle déclaration lors de la demande de transcription de l'acte, au plus tard dans les trois ans de
la naissance de l'enfant. Lorsqu'il a déjà été fait application du présent article, du deuxième alinéa de
l'article 311-23[497] ou de l'article 357[497] à l'égard d'un enfant commun, le nom précédemment dévolu ou
choisi vaut pour les autres enfants communs. Lorsque les parents ou l'un d'entre eux portent un double nom
de famille, ils peuvent, par une déclaration écrite conjointe, ne transmettre qu'un seul nom à leurs enfants »
498
A. WEILL et F. TERRÉ, Droit civil, les personnes, la famille, les incapacités, Paris, 5è éd., Dalloz, 1993,
n° 45 ; B. TEYSSIÉ, Droit civil, les personnes, Paris, 15è éd., Litec, 2012, n° 278 ; M. LAMARCHE, « Le nom
de jeune fille n'existe (juridiquement) pas », Dr. fam. avr. 2012, alerte 19 ; R. LINDON et D. AMSON, « une
gestation difficile : le "nom d'usage" », D. 1986, p. 267 ; G. CORNU, Droit civil, la famille, Paris, 9è éd.,
Montchrestien, 2007, n° 22 ; C. BEROUGON-PUGIEU et D. THOUVENIN, art. préc., pp. 117 et s ; M.
GRIMALDI, « Patronyme et famille : l’attribution du nom », Defrénois, 1987, art. 34117, n° 18 ; c’est en effet
une vielle coutume française qui permettait à la femme mariée de se faire désigner sous le nom de son mari.
Cette coutume semble de nos jours dépassée. Si entretemps les femmes mariées étaient privées de la capacité
juridique et de puissance économique, aujourd’hui, elles ont la capacité juridique et peuvent disposer
librement leurs biens. L’intérêt de l’usage du nom de l’époux étant d’être une couverture permettant
d’identifier celui à qui incombait la responsabilité des actes posés par la femme mariée, l’usage du nom du
mari se retrouve de nos jours sans intérêt. D’ailleurs, dans la culture béninoise, lorsque la femme se marie,
elle ne fait pas l’usage du nom de son mari. Elle conserve le nom de sa famille de naissance. De fait, on
pouvait permettre à la femme de garder son nom d’origine sans ajout.
105
répandue en France. Même si dans les pays du nord en France499certains époux font usage
du nom de leur épouse, la pratique majoritaire est celle de l’usage du nom du mari par
l’épouse. Il s’agit d’un usage simple500 du nom du mari et non pas d’une obligation issue
du mariage. D’ailleurs, aucune disposition du Code civil français rendu applicable au
Bénin n’avait posé le principe de l’usage du nom du mari par l’épouse. Seule une
interprétation a contrario de l’alinéa 2 de l’article 229 du Code civil français rendu
applicable au Bénin permet de se rendre compte de la pratique de l’usage du nom du mari
par la femme mariée501. Cette pratique a un fondement bien défini au Bénin.
499
M. LAMARCHE, art. préc. ; R. LINDON et D. AMSON, art. préc., p. 267 ; G. CORNU, op. et loc. cit. ;
C. BEROUGON-PUGIEU et D. THOUVENIN, op. cit.., p. 117 et s ; M. GRIMALDI, art. préc., spéc. n° 18.
500
R. LINDON et D. AMSON, art. préc., spéc. p. 267 ; G. GOUBEAUX, Traité de droit civil, les personnes,
J. GHESTIN (dir.), Paris, LGDJ, 1989, n°112.
501
A. N. GBAGUIDI, Family and succession law, Kluwer Wolters, 2011, n° 132 ; J. CARBONNIER, Droit civil,
t. 1, n° 225 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, Traité de droit civil, la famille, fondation et vie de la famille,
J. GHESTIN (dir.), Paris, 2è éd., LGDJ, 1993, n° 1079.
502
Voy. les débats parlementaires sur le CPF.
503
C’est notamment l’intervention de certains députés lors des débats parlementaires sur le nom : « Je crois
que ces dispositions encouragent l’infidélité. Nous savons que de plus en plus quand les femmes se trouvent
dans des milieux pour tromper quelqu’un qui l’aborde elle se fait désigner par le nom de sa famille, cela
encourage l’infidélité. Donc il faut que nécessairement l’on amende cet article 12 », Extrait des débats
parlementaires, AN 3e Légis. SO1-2002 – Séance du 07 mai 2002.
504
Voy. cet extrait des débats parlementaires : « J’ai entendu que la femme n’est pas la propriété de l’homme
mais jusqu’à présent lorsqu’il y a mariage c’est la femme qui quitte sa famille pour rejoindre l’homme ».
106
182. Plan. Le changement du nom imposé à la femme mariée expose sa vie privée.
Cette immixtion dans sa vie privée résulte du véritable changement de nom qui lui est
imposé (1). Ce changement de nom permet de fait la divulgation de sa vie privée (2).
505
É. DEWEDI, La protection de la vie privée au Bénin, L’Harmattan, 2007, p. 44 et s ; P. KAYSER, La
protection de la vie privée, t. 1, Protection du secret de la vie privée, Paris, Économica, 1984, n° 8 ;
C. ALLEAUME, « La notion de droit à la vie privée », in A. Batteur, Les grandes décisions du droit des
personnes et de la famille, Paris, LGDJ, Lextenso, 2012, n° 469.
506
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 279 ; C. ALLEAUME, « La notion de droit à la vie privée », préc.,
n° 468.
507
Cf. art 17 du Pacte international relatif aux civils et politiques : « 1. Nul ne sera l’objet d’immixtions
arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes
illégales à son honneur et à sa réputation. 2. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles
immixtions ou de telles atteintes ».
508
Cass. 1ere civ., 5 nov. 1996 ; C. ALLEAUME, « La notion de droit à la vie privée », préc., p. 408.
509
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 278 ; P. KAYSER, op. cit., n°s 1 et 2.
510
Cf. art. 12 al. 1er du CPF.
511
M. GRIMALDI, art. préc., n° 18.
512
M. LAMARCHE, « Le nom, l'égalité des époux et le droit suisse, exemple de simplicité? », Dr. fam., janv.
2013, focus 1 ; I. CORPART, « La vision égalitaire de la dévolution du nom de famille », D. 2003, chron.,
p. 2845.
107
Au demeurant, une analyse a contrario des dispositions des articles 261 et 278 du Code
béninois des personnes et de la famille peut conduire à un résultat différent. En effet, aux
termes des dispositions de l’article 261 alinéa 3 du Code des personnes et de la famille du
Bénin, « la femme qui avait l’usage du nom de son mari le perd par le divorce. Toutefois,
elle pourra en conserver l’usage avec l’accord de son mari ou sur autorisation du
juge »513. Il est clairement mentionné dans cette disposition « l’usage du nom ». Il en est de
même dans l’article 278 qui dispose que « la femme séparée de corps conserve l’usage du
nom du mari. Toutefois, le jugement de séparation de corps ou un jugement postérieur peut
le lui interdire »514. De l’analyse de ces deux dispositions, il ressort clairement qu’il s’agit
de la perte de l’usage du nom du mari par la femme pendant ou après le divorce. Dès lors,
pourrait-on comprendre le principe de l’ajout du nom du mari à celui de la femme dans le
sens d’un simple usage ou s’agit-il d’un véritable changement de nom ? De toute évidence,
l’analyse de l’article 12 al 1er du Code des personnes et de la famille ne permet pas à elle
seule de conclure qu’il s’agit d’un droit d’usage du nom du mari. Il existe également
d’autres imprécisions à ce sujet.
513
Cf. 261 al. 3 du CPF.
514
Cf. 278 du CPF.
515
Cf. Le Littré : dictionnaire de la langue française, voy. « Trait d’union » ; voy. également TGI Lille, 3
juill. 2008, Defrénois, 2008. 2064, obs. J. Massip ; LPA, 31 oct. 2008, p. 4, obs. J. Massip ; RTD Civ. 2009,
p. 90, obs. J. Hauser.
108
Chacun de ces cas renferme cependant quelques difficultés. D’abord, il sera compliqué
de distinguer un nom composé d’un double nom516. Dans ce cas, une femme dont le nom
patronymique est un nom composé pourrait être confondue avec une femme mariée.
Ensuite, un problème de liste de mots pour désigner une personne se posera. Une femme
dont le nom patronymique est déjà un nom composé aura en effet à y adjoindre le nom de
son mari qui peut être aussi un nom composé. Enfin, la femme pourra, par le biais de
l’article 1019 du Code des personnes et de la famille, adjoindre à son nom initial –
généralement le patronyme – le nom de l’autre parent qui peut être un nom de personne
mariée. Á cela, s’ajoutera le nom de son mari qui peut aussi être un nom composé. Le
mariage change ainsi profondément l’identité même de la femme mariée517.
185. La portée de la règle. Une grande confusion est instaurée sur l’identification des
personnes. Le nom est un élément dont la stabilité devrait être sauvegardée quel que soit le
système pour lequel on opte518. L’adjonction du nom de l’époux au nom de l’épouse
modifie le nom de cette dernière et crée une confusion dans son identification alors que le
nom doit être stable519. Tout est fait comme si la jeune fille était en attente de nom. Dans la
plupart des cas et même très souvent, les filles acquièrent beaucoup de diplômes et parfois
de la notoriété sous leur nom patronymique propre, c'est-à-dire avant le mariage. Doit-on
alors faire remonter la personnalité juridique de la femme à son mariage ? Or ce
changement d’identité opéré par le mariage est en contradiction avec la nature juridique du
nom.
516
C. PETIT, art. préc.
517
Civ. 16 mars 1841, D. 1841, I. 220.
518
Plaidoyer pour l’égalité, Assemblée parlementaire, préf. de G. HALIMI, Strasbourg, éd. du Conseil de
l’Europe, 1995, p. 54.
519
Cf. art. 5 du CPF : « toute personne s’identifie par un ou plusieurs prénoms et par un nom patronymique.
Toutefois, un surnom ou un pseudonyme peut être choisi pour préciser l’identité d’une personne, mais il ne
fait pas partie du nom de cette personne ».
520
M. GRIMALDI, art. préc., spéc. n° 12.
521
A. WEILL et F. TERRÉ, op. cit., n° 60.
522
Voy. J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 228 ; Ph. JESTAZ, « Á propos du nom patronymique : diagnostic
et pronostic », préc., p. 270.
523
Cette doctrine paraît être celle que suit le conseil d’État, lorsqu’il juge des oppositions aux changements
de nom ; l’individu n’a pas de droit subjectif à son nom.
109
l’objet d’un véritable droit subjectif. Il existe sans doute un droit au nom524, mais dont
l’existence n’empêche pas que le nom soit également une institution de police civile525. Le
droit au nom est donc bien un droit de la personnalité. Il existe un rapport étroit entre le
nom et la personnalité qu’il individualise puisqu’il est l’un des droits indispensables à la
personne pour affirmer et développer sa personnalité dans le milieu social526. Le fait de
porter un nom implique de la part des individus des droits et des devoirs. Mais à
l’évidence, considérer seulement l’aspect étatique du nom serait une méconnaissance de
ses caractères juridiques. Comme l’état et comme la personnalité, le nom est en principe
immuable.
524
Voy. A. WEILL et F. TERRÉ, op. cit., n° 58 ; la négation d’un droit au nom ne paraît pas correspondre à la
réalité. Certaines prérogatives appartiennent au titulaire du nom, droit à l’usage du nom (l’individu a ainsi le
droit de se servir de son nom dans les actes juridiques et dans la vie sociale : il peut en user à des fins
commerciales, sauf à devoir prendre des mesures destinées à éviter la confusion, comme l’adjonction d’un
prénom, si le même nom est déjà utilisé par un concurrent. Le titulaire du droit peut interdire aux tiers de
faire usage de son nom sans sa volonté, par exemple pour le mentionner dans son annuaire.), droit de
s’opposer aux usurpations de nom, d’autre part, l’individu a conscience d’avoir un droit au nom, alors qu’il
n’a manifestement pas conscience d’avoir un droit quelconque sur les numéros matricules qui l’identifient au
regard de certaines administrations.
525
A. WEILL et F. TERRÉ, op. et loc cit. ; I. CORPART, « La vision égalitaire de la dévolution du nom de
famille », D. 2003, chron., p. 2845.
526
A. WEILL et F. TERRÉ, op. cit., n° 60.
527
Cf. art. 5 du CPF.
528
M. GRIMALDI, « Patronyme et famille : l’attribution du nom », Defrénois, 1987, art. 34117, spéc. n° 1.
529
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 226 ; Th. DOUVILLE, « L'intangibilité et l'imprescriptibilité du nom de
famille », in A. Batteur, Les grandes décisions du droit des personnes et de la famille, Paris, LGDJ,
Lextenso, 2012, n° 439 ; cf. art. 5 du CPF : « toute personne s’identifie par un ou plusieurs prénoms et par
un nom patronymique. Toutefois, un surnom ou un pseudonyme peut être choisi pour préciser l’identité d’une
personne, mais il ne fait pas partie du nom de cette personne ».
530
Cf. art. 9 du CPF : « en cas d’intérêt légitime, le changement ou l’adjonction de nom peut être autorisé
par décision du tribunal de première instance, sur requête de l’intéressé ou de son représentant légal s’il
s’agit d’un mineur. L’adjonction ou la radiation de prénoms peut être autorisée dans les mêmes conditions.
La requête est présentée au tribunal dans le ressort duquel le requérant est né, et au tribunal de première
instance de Cotonou si le requérant est né à l’étranger. La cause est instruite en la forme ordinaire et
débattue en chambre du Conseil, le ministère public entendu. Le jugement est rendu en audience publique.
La décision qui autorise le changement de nom profite au requérant et à ses enfants mineurs. Elle ordonne la
110
189. Le double nom, signe de mariage pour une femme. Il est nécessaire d’examiner
l’atteinte qui pourrait être portée à la vie privée de la femme mariée à travers le nom
qu’elle porte. L’article 12 du Code des personnes et de la famille du Bénin dispose que « la
femme mariée garde son nom de jeune fille auquel elle ajoute le nom de son mari. Il en va
de même pour la veuve jusqu’à son remariage. La femme divorcée peut continuer à porter
le nom de son mari avec le consentement de ce dernier ou sur autorisation du juge »535. Au
rectification des actes » ; M. LAMARCHE, « Le nom de jeune fille n'existe (juridiquement) pas », Dr. fam. avr.
2012, alerte 19.
531
Th. GARÉ, Droit des personnes et de la famille, Paris, 3è éd., Montchrestien, 2004, p. 168.
532
Cf. art. 6. point f) du 6 du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux
droits des femmes.
533
Voy. supra n° 10.
534
Cf. art. 147 de la Constitution du Bénin : « les traités ou accords régulièrement ratifiés ont, dès leur
publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son
application par l'autre partie ».
535
Cf. art. 12 du CPF.
111
premier alinéa de cette disposition, le législateur impose à la femme – dès lors qu’elle est
mariée – d’adjoindre à son nom celui de son époux. Ce nom permettra à tous de connaître
son statut familial, son mode de vie dans une certaine mesure. Une telle exposition de la
situation matrimoniale de la femme s’accentuant encore en cas de divorce.
Il y a cependant des cas dans lesquels le juge autorisera la femme, même après le
remariage, à continuer de porter le nom de son ancien époux538. La raison pouvant être
d’éviter que la qualité de divorcée ou la situation de veuvage apparaissent aux yeux des
tiers539. Le nom de l’épouse sera alors différent du nom des enfants du couple et du nom
de son nouvel époux, ce qui est le propre des recompositions de famille540. Les enfants
porteront des noms différents et l’unité de la famille recherchée en imposant à la femme de
porter le nom de son mari sera perdue. Qu’elle conserve ou non le nom de son précédent
mari, le statut familial de la femme mariée sera exposé.
536
G. CORNU, Droit civil, la famille, Paris, 9è éd., Montchrestien, 2007, n° 325 ; Ph. MALAURIE et
H. FULCHIRON, Droit civil, la famille, Paris, 4è éd., Defrénois, 2011, n° 753 ; C. COLOMBET, La famille,
Paris, 3è éd., PUF, coll. Droit fondamental, 1994, n°s 283 et 288.
537
Cf. art. 261 al. 3 du CPF.
538
Paris, 4 mai 2000, inédit. RTD civ. 2000, p. 551, obs. J. Hauser ; TGI Lille, 3 juill. 2008, Defrénois, 2008.
2064, obs. J. Massip ; LPA, 31 oct. 2008, p. 4, obs. J. Massip ; RTD Civ. 2009, p. 90, obs. J. Hauser ;
C. COLOMBET, La famille, op. cit., n° 283.
539
C. COLOMBET, La famille, op. et loc. cit.
540
Cf. supra n° 159.
112
192. Plan. La nécessité de rétablir la règle qui régit le nom en raison du mariage
s’explique par le fait que cette règle méconnaît le principe d’égalité puisqu’elle constitue
une obligation unilatérale à la charge de la femme (1). Des réformes doivent alors être
envisagées (2).
541
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 278.
542
Voy. la déc. DCC 02-144 du 23 décembre 2002 de la Cour constitutionnelle.
543
S. BOLLE, « Le Code des personnes et de la famille devant la Cour constitutionnelle du Bénin. La décision
DCC 02-144 du 23 décembre 2002 », Afrilex, n° 4, p. 318 ; voy. aussi S. K. HONVOU, « Regard du juge
constitutionnel béninois sur le principe d’égalité en droit de la famille », in La Constitution béninoise du 11
113
du contrôle de constitutionnalité du Code : il reste en effet que l’état civil de la femme est
modifié par le mariage alors qu’il n’en est pas de même pour le mari. La coutume selon
laquelle la Cour constitutionnelle exerce un contrôle systématique de la constitutionnalité
de l’ensemble des lois votées par l’Assemblée nationale avant leur promulgation révèle ici
aussi son défaut majeur544. Il conviendrait donc de réformer le droit du nom.
194. Une obligation unilatérale imposée à la femme mariée. L’inégalité dont il s’agit
dans le droit béninois porte moins sur l’obligation d’addition du nom du conjoint que sur
l’unilatéralité de la disposition. L’ajout du nom du conjoint qui devrait être une faculté est
devenu une obligation unilatérale pour la femme mariée et heurte en ce sens le principe
d’égalité entre époux545. Si l’influence du mariage sur le nom de la personne est admise546,
le Code des personnes et de la famille devrait à tout le moins imposer aux époux les
mêmes obligations. L’inégalité portant sur l’obligation de l’ajout du nom de l’époux
pourrait ainsi être atténuée si l’obligation était réciproque. On conviendrait alors que les
personnes qui se marient acceptent, par ce biais, une certaine atteinte aussi à leur vie
privée.
S’il convient de prévenir l’infidélité par l’usage du nom du conjoint, le mari devrait
aussi changer de nom puisque la fidélité547 est l’une des obligations réciproques du
mariage et l’adultère n’est plus une cause péremptoire de divorce pour l’un comme pour
l’autre548. Cependant, la société béninoise semble tolérer plus facilement l’adultère de
l’homme que celui de la femme. L’époux, n’ayant ni l’usage, ni l’obligation d’ajouter le
nom de sa femme n’est donc pas en ce sens non plus marqué par le mariage. Quelles
peuvent alors être les perspectives de la réforme ?
195. Les choix possibles. Il serait mieux adapté que chaque époux conserve son nom
mais acquière l’usage du nom de l’autre. Si on légifère dans ce sens au Bénin,
probablement peu d’hommes accepteront d’adjoindre à leur nom, même à titre d’usage,
décembre 1990 : Un modèle pour l'Afrique ? – Mélanges en l'honneur de Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris,
L'Harmattan, 2014, p. 578.
544
G. BADET, Thèse, préc., p. 130 ; Il est révélé que le contrôle a priori ne permet pas toujours de se rendre
compte des possibilités de contrariété des textes votés par l’Assemblée avec la Constitution, lesquelles
contrariétés se présentent parfois au moment de l’application de la loi et ceci semble bien être le cas avec les
dispositions sur le nom.
545
A. N. GBAGUIDI, Family and succession law, Kluwer Wolters, 2011, n° 132.
546
Th. GARÉ, Droit des personnes et de la famille, Paris, 3è éd. Montchrestien, 2004, p. 168.
547
Cf. art. 154 du CPF : « les époux se doivent mutuellement fidélité ».
548
De l’interprétation de l’art. 234 du CPF, l’adultère peut ouvrir droit au divorce mais elle n’est plus une
cause péremptoire de divorce ; voy. infra n°s 317 et s.
114
celui de leur épouse alors même qu’une telle solution aurait l’avantage d’harmoniser le
nom des membres du couple avec celui des enfants communs. Pour l’avenir, il est certes
envisageable que certains hommes pourront accepter de porter le nom de leur épouse si ce
nom bénéficie d’une grande notoriété ou compte tenu simplement de la pratique qu’ils
auraient vécue ailleurs. Il s’agirait alors d’un véritable nom de famille.
Il fait du port du nom une obligation pour la femme mariée alors qu’il devrait être
normalement une faculté. Le législateur n’impose cette mesure – qui peut aussi être
revendiquée comme un droit du mariage dont on prive l’époux – qu’à l’épouse.
553
G. CORNU (dir), Vocabulaire juridique, Paris, PUF, 2014, voy. « nationalité ».
554
P. LAGARDE, La nationalité française, Paris, 4è éd., Dalloz, 2011, n° 00.02 ; S. PENNARUN, « La
nationalité, droit objectif ou droit subjectif », in J. Pousson-Petit (dir.), L'identité de la personne humaine :
étude de droit français et de droit comparé, Bruxelles, Bruylant, 2002, p. 499.
555
D. HOLLEAUX, J. FOYER et G. DE GEOUFFRE DE LA PRADELLE, Droit international privé, Paris, Masson,
1987, n° 7 ; P. MAYER et V. HEUZÉ, Droit international privé, Paris, 11è éd., LGDJ, Lextenso, 2014, n° 886.
556
H. FULCHIRON, La nationalité française, Paris, PUF, 2000, p. 5.
557
P. LAGARDE, op. cit., n° 887 ; D. HOLLEAUX, J. FOYER et G. DE GEOUFFRE DE LA PRADELLE, op. cit., n° 3 ;
S. PENNARUN, « La nationalité, droit objectif ou droit subjectif », préc., p. 499 ; F. TERRÉ, « Réflexions sur la
notion de nationalité », Rev. crit. DIP, 1975, p. 197.
558
J. COMBACAU et S. SUR, Droit international public, Paris, 11è éd., LGDJ, 2014, p. 327. Cette définition
est d’ailleurs celle qui convient le mieux à la nationalité selon P. MAYER et V. HEUZÉ, op. cit., n° 87.
559
P. LAGARDE, op. cit., n° 00.02 ; J. COMBACAU et S. SUR, op. et loc. cit.
116
droit public. En tant que lien entre l’individu et l’État, la nationalité permet de jouir et
d’exercer les droits civils et politiques. La dimension horizontale de la nationalité fait
quant-à elle du national le membre d’une communauté, la population constitutive de l’État,
bénéfice de ce statut étant réservé à cette communauté à l’exclusion des étrangers 560. Mais
les personnes ayant une même nationalité appartiennent-elle à la même nation ? Une
réponse négative à cette question paraîtrait naturelle dans le contexte africain où les États
ont préexisté aux Nations et où c'est l'État nouveau qui entend imposer l'idée de Nation561.
La nationalité ne relie donc pas certainement les personnes issues d’une même ethnie mais
son importance est de soumettre toutes les personnes qui la partagent à l’autorité d’un État
donné. La nationalité a donc une importance avérée dans l’existence d’une personne.
200. Les intérêts liés à la nationalité. La nationalité est d’une grande importance
au plan interne et au plan international compte tenu des intérêts qui s’y attachent.
560
P. LAGARDE, op. cit., n° 00.03 ; P. MAYER et V. HEUZÉ, op. cit., n° 887.
561
R. C. G. DAVID, Le droit international privé sénégalais des successions, Thèse, Dakar, 1999, p. 83.
562
H. FULCHIRON, op. cit, p. 7 ; P. LAGARDE, op. cit.,, n° 00.03.
563
Il existe de nombreux points sur lesquels les droits des étrangers ne sont plus différents de ceux des
nationaux. L’universalité des droits de l’homme est un puissant facteur qui permet aux étrangers d’avoir des
droits identiques que les nationaux. Il en est de même des traités d’harmonisation et d’unification du droit qui
tendent à faire disparaître les frontières de la nationalité. Le droit des affaires au Bénin ne connaît plus
beaucoup de droits spécifiquement réservés aux nationaux car il partage le même droit avec les autres États
parties au traité de l’organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires.
564
H. FULCHIRON, op. cit., p. 8 ; P. LAGARDE, op. cit., n° 00.03 ; D. HOLLEAUX, J. FOYER et G. de GEOUFFRE
de la PRADELLE, op. cit., n° 13.
565
P. LAGARDE, op. et loc. cit., n° 00.03 ; H. FULCHIRON, op. et loc. cit. ; D. HOLLEAUX, J. FOYER et G. DE
GEOUFFRE DE LA PRADELLE, op. et loc. cit.
117
201. Plan. Pour toutes ces raisons, chaque État fixe les règles qui permettent la
transmission de sa nationalité en distinguant les nationaux des étrangers. La nationalité est
alors un élément identifiant la personne. Or l’appartenance à un État est source de droits et
d’obligations pour les nationaux et à ce titre, la nationalité aussi est un droit subjectif. La
nationalité comme un élément identifiant la personne (A) et comme un droit subjectif (B)
sera tour à tour examinée.
202. La notion d’état civil. L’identification d’une personne passe par son état civil. Ce
dernier est défini par le Vocabulaire juridique comme « l’ensemble des qualités inhérentes
à la personne que la loi civile prend en considération pour y attacher des effets. Les
principaux éléments retenues, qui différencient chaque personne des autres au plan de la
jouissance et de l’exercice des droits civils sont : la nationalité, le mariage, la filiation, la
parenté, l’alliance, le nom, le domicile, la capacité et même le sexe »570. La nationalité est
donc un élément de l’état civil.
566
J. FOYER, Rapport sur la future loi du 9 janvier 1973, Doc. AN, n° 2545, 1ere session 172-1973.
567
S. PENNARUN, « La nationalité, droit objectif ou droit subjectif », préc., p. 510.
568
S. TOUZÉ, La protection des droits des nationaux à l’étranger – Recherches sur la protection
diplomatique, préf. J.-F. Flauss, Thèse, Paris, Pedone, 2007, pp. 348 et s ; H. FULCHIRON, op. cit., p. 7 ;
D. HOLLEAUX, J. FOYER et G. DE GEOUFFRE DE LA PRADELLE, op. cit., n° 11.
569
D. HOLLEAUX, J. FOYER et G. DE GEOUFFRE DE LA PRADELLE, op. cit., n° 12.
570
Cf. G. CORNU, (dir.), Vocabulaire Juridique, Paris, PUF, 2014, voy. « état civil ».
118
Tout comme le domicile, la nationalité permet de situer une personne dans l’espace et
elle est d’ailleurs encore plus stable que le domicile. La place accordée à la nationalité en
droit international tient compte de sa grande stabilité car elle « permet mieux que le
domicile d’assurer le caractère permanent que doivent revêtir les lois relatives au statut
personnel »573. La nationalité est aussi la condition d’accès à un certain statut juridique.
Elle constitue ainsi un élément du statut personnel et « parce que le statut juridique est
revendiqué, la nationalité est l’objet de revendications »574. La nationalité peut aussi être
vue comme un droit subjectif.
Ainsi, l’article 24 alinéa 3 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du
1er décembre 1966 rappelle-t-il que « tout enfant a le droit d’acquérir une nationalité »576.
Ce droit est également inscrit à l’article 7 de la Convention internationale des droits de
l’enfant aux termes duquel « l’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci
571
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 266.
572
J. CARBONNIER, op. et loc. cit. ; P. LAGARDE, op. cit., n° 00.08.
573
R. C. G. DAVID, Thèse préc., p. 84.
574
S. PENNARUN, « La nationalité, droit objectif ou droit subjectif », op. cit., p. 509.
575
H. FULCHIRON, op. cit., pp. 10 et 28 ; voy. déc. du 12 janvier 1999, commission sect. IV, n° 314114/96,
Karasbev c. Finlande ; S. PENNARUN, « La nationalité, droit objectif ou droit subjectif », préc., p. 512.
576
Cf. art. 24 al. 3 du PIDCP.
119
le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité […] »577. De même, au plan régional,
l’article 6 alinéa 3 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant va dans le
même sens en disposant que « tout enfant a le droit d’acquérir une nationalité »578.
L’obligation internationale qui pèse sur les États est alors celle d’éviter l’apatridie et
l’allégeance perpétuelle579.
L’État, même s’il doit décider souverainement à qui attribuer sa nationalité, voit aussi
son pouvoir limité par ses engagements internationaux qui lui interdisent de priver une
personne de nationalité. Ainsi, l’article 6 de la Charte africaine des droits et du bien-être de
l’enfant dispose en son alinéa 4 que « les États parties à la présente Charte s’engagent à
veiller à ce que leurs législations reconnaissent le principe selon lequel un enfant a droit
d’acquérir la nationalité de l’État sur le territoire duquel il/elle est né(e) si, au moment de
sa naissance, il/elle ne peut prétendre à la nationalité d’aucun autre État, conformément à
ses lois »580. Il est ainsi une obligation conventionnelle pour les États, notamment ceux
ayant signé et ratifié la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, de ne pas
priver une personne de nationalité. La lutte contre l’apatridie est promue581 de la sorte, le
retrait de la qualité de national doit être prévu par la loi et strictement encadré par elle.
Cette obligation des États au profit des individus constitue pour ceux-ci des droits
justiciables à la nationalité.
205. L’existence d’un droit subjectif à la nationalité. - Un droit subjectif est une
prérogative reconnue par les pouvoirs publics et dont la violation est sanctionnée. Chaque
État organise de manière autonome les normes qui régissent l’attribution, l’acquisition, et
la perte de sa nationalité. Ces règles sont du ressort de la souveraineté étatique. Le droit
objectif organise les règles qui régissent l’acquisition et la perte de la nationalité. Toutes
personnes remplissant les conditions définies par la règle de droit peuvent demander la
nationalité d’un État. Le droit à la nationalité signifie non seulement que les individus
disposent du droit à ne pas être privé de nationalité mais qu’ils ont aussi celui de ne pas
être privé de la possibilité d’en changer582. Les individus sont, dans une certaine mesure,
libres de changer de nationalité ou de demander l’acquisition d’une nationalité. Le droit à
la nationalité est donc un droit subjectif et un droit fondamental de la personne appartenant
577
Cf. article 7 de la Convention internationale des droits de l’enfant.
578
Cf. art. 6 al. 3 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant.
579
H. FULCHIRON, op. cit., p. 29.
580
Cf. article 6 al. 4 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant.
581
Cf. art. 15 de la DUDH ; voy. aussi H. FULCHIRON, op. cit., p. 28.
582
S. PENNARUN, « La nationalité, droit objectif ou droit subjectif », préc., p. 511.
120
aux individus, soit en raison de leur lien avec un territoire, soit en vertu d’autres liens fixés
par chaque État.
C’est également parce que la nationalité est un élément de l’état des personnes, du
statut personnel, un attribut de la personnalité juridique et donc un mode
d’individualisation de la personne que tout homme y a droit583. Au demeurant, il existe une
inégalité avérée dans le droit de la nationalité au Bénin.
206. La position du problème. Il existe des éléments ou des situations sur lesquels se
fondent les États pour fixer les règles qui permettent l’octroi de la nationalité. La filiation,
le mariage, la naissance sur le territoire d’un État servent souvent de base à la
détermination de la nationalité. Une décision administrative peut également accorder la
nationalité à une personne. Est ici en cause la manière dont la règle de droit traite des
individus placés dans une même catégorie. C’est par exemple la manière dont la loi
accorde la nationalité à des personnes par mariage, par filiation ou par décision
administrative. Le principe d’égalité s’impose au législateur et recommande que des
personnes placées dans les situations identiques soient traitées également par le droit. Or le
droit béninois de la nationalité attache des effets différents à la filiation et au mariage pour
les individus placés dans des situations identiques. Les manifestations de ces inégalités
seront étudiées afin de proposer des solutions possibles pour y remédier.
207. Plan. Ainsi, sera examinée l’inégalité consacrée des filiations et des sexes dans
l’attribution de la nationalité (A) avant de faire apparaître la rupture du droit dans la
législation béninoise par la condamnation du Code de la nationalité (B).
A. L’inégalité consacrée
583
S. PENNARUN, « La nationalité, droit objectif ou droit subjectif », préc., p. 511.
121
209. Plan. Après avoir démontré qu’il existe des effets inégaux de l’attribution de la
nationalité à raison de la filiation (1), il sera question des effets inégaux de l’attribution de
la nationalité à raison du mariage (2).
584
Cf. supra n° 149 et s.
585
H. FULCHIRON, op. cit., p. 54.
586
Cf. art. 12 du Code de la nationalité béninoise.
122
La primauté accordée à la filiation paternelle est donc très significative. Le simple fait
de la naissance sur le territoire béninois peut donner droit à l’attribution de la nationalité
béninoise à condition que les filiations de l’individu ne soient pas établies ou en vertu de la
méconnaissance de la nationalité des parents de l’individu588. On constate donc que la
filiation se combine à la naissance sur le territoire pour l’acquisition de la nationalité à
raison de la naissance sur le territoire béninois. La filiation vient juste ainsi renforcer le
principe de l’acquisition de la nationalité à raison du sol. On peut aussi en déduire dans ce
cas que le jus soli vient renforcer le jus sanguinis, l’enfant est béninois sans possibilité de
répudiation. Il existe toutefois là une différence fondamentale de situation lorsque la même
nationalité est attribuée en tenant compte de la filiation maternelle.
587
Cf. art. 7 du Code de la nationalité béninoise.
588
Cf. art. 9 du Code de la nationalité béninoise : « est Dahoméen, l´individu né au Dahomey qui ne peut se
prévaloir d´aucune autre nationalité d´origine, soit que ses parents sont inconnus, soit que ceux-ci bien que
connus, ne se rattachent eux-mêmes à aucune nationalité ».
589
Cf. art. 12. 2 du Code de la nationalité béninoise.
123
pas en réalité d’effet sur cette forme d’attribution de la nationalité béninoise dans la mesure
où, même l’individu né au Bénin qui ne peut se prévaloir d´aucune autre nationalité
d´origine, soit que ses parents sont inconnus, soit que ceux-ci bien que connus, ne se
rattachent eux-mêmes à aucune nationalité se voit attribuer la nationalité béninoise590.
Dans l’un ou l’autre de ces deux cas, la nationalité béninoise se transmet à raison de la
filiation maternelle lorsqu’il existe une indétermination au sujet de la nationalité du père ou
lorsque ce dernier est de nationalité étrangère. C’est donc à défaut d’attribuer la nationalité
du père à l’enfant que l’on tient compte de la filiation maternelle et il s’agit bel et bien
d’une attribution subsidiaire de la nationalité béninoise à raison de la filiation maternelle.
Le principe serait donc que la nationalité de la mère n’est pas transmissible et que sa
transmission se fait par exception. La filiation acquise par cette voie est pour le moins, plus
souple.
590
Cf. art. 9 du Code de la nationalité béninoise.
591
Cf. art. 13 du Code de la nationalité béninoise.
592
Cf. art. 8 du Code de la nationalité béninoise.
593
La naissance à l’étranger paraît un frein à la plénitude de l’attribution de la nationalité béninoise
seulement, lorsque c’est la mère qui est de nationalité béninoise. On en déduit donc que lorsque le père est de
nationalité béninoise, quel que soit le lieu de naissance de l’enfant, il acquiert pleinement la nationalité
béninoise ; cf. art. 13 du Code de la nationalité béninoise.
594
Cf. art. 13 du Code de la nationalité béninoise.
124
déclare, dans les conditions prévues par la loi, abandonner cette nationalité »595. Elle
indique l’intensité du lien de l’individu avec l’État considéré et est en ce sens un indice de
la nationalité de fait. La possibilité de répudiation de la nationalité est offerte lorsque
l'attribution de la nationalité peut ne pas correspondre à la situation réelle de l'intéressé596.
La preuve en est que les individus ayant pris des engagements dans l’armée, par exemple,
ne peuvent pas répudier la nationalité béninoise même s’ils avaient cette faculté.
595
Voy. P. LAGARDE, La nationalité française, Paris, 4è éd., Dalloz, 2011, n° 23.01.
596
Voy. H. FULCHIRON, op. cit., pp. 56-57.
597
Cf. art. 8 et 13 du Code de la nationalité béninoise. En attribuant la nationalité, d’une part, par la naissance
au Bénin, d’une mère béninoise (art 8) et, d’autre part, à raison de la filiation maternelle (art 13), le
législateur accompagne cette attribution de la faculté de répudiation de la nationalité béninoise. Ce qui n’est
pas le cas lorsque la nationalité est attribuée à raison de la filiation paternelle. En dehors de ces deux cas où
les enfants ont la faculté de répudier la nationalité béninoise, les enfants adoptifs aussi ont la faculté de
répudier la nationalité de leurs parents adoptifs ; voy. art. 17 et 43 du Code de la nationalité béninoise.
598
P. LAGARDE, op. cit., n° 20.02. La nationalité d’origine renvoie à la nationalité acquise à sa naissance.
125
droit de la décliner599. L’enfant né d’une mère béninoise n’a pas les mêmes droits ni
obligations qu’un enfant né de père de nationalité béninoise.
215. L’existence d’une inégalité. Il existe ainsi une inégalité certaine entre les
filiations, celle paternelle passant en priorité. L’inégalité s’attache aussi aux effets que le
législateur confère à tel ou tel type de la filiation. Sans doute, la perception de cette
inégalité dépend de l’intérêt attaché par chacun à la faculté de répudier. Si celle-ci est
considérée comme un avantage, il pourra s’agir alors d’une inégalité en faveur de
l’individu à qui la nationalité béninoise est transmise par la filiation maternelle. Cette
position inverse semble être celle ayant conduit les requérants à adresser un recours
d’inconstitutionnalité contre certaines dispositions du Code la nationalité béninoise. Au
demeurant, cette première conception de la faculté de répudiation paraît quelque peu
irréaliste. La répudiation ne peut être vue comme un avantage et il s’agit d’une inégalité en
défaveur de l’individu qui a reçu la nationalité béninoise à raison de sa filiation maternelle.
L’inégalité profite ainsi à celui qui reçoit la nationalité par le père car il est totalement
assimilé à la population du Bénin.
Il s’agit là aussi d’une inégalité entre les hommes et les femmes puisque les femmes
ayant la nationalité béninoise n’ont pas les mêmes droits que les hommes de nationalité
béninoise au sujet de la transmission de la nationalité béninoise à leur enfant.
599
Cf. art. 46 du Code de la nationalité béninoise.
600
Cf. art. 18 du Code de la nationalité béninoise.
601
Ibid.
126
602
Cf. art. 21 du Code de la nationalité béninoise.
603
Cf. art. 20 du Code de la nationalité béninoise : « au cours du délai de six mois qui suit la célébration du
mariage, le gouvernement peut s´opposer, par décret, à l´acquisition de la nationalité dahoméenne. Lorsque
le mariage a été célébré à l´étranger, le délai fixé à l´alinéa précédent court du jour de la transcription de
l´acte sur les registres de l´état civil des agents diplomatiques ou consulaires dahoméens. En cas
d´opposition du gouvernement, l´intéressée est réputée n´avoir jamais acquis la nationalité dahoméenne ».
604
M.-L. NIBOYET et G. DE GEOUFFRE DE LA PRADELLE, Droit international privé, Paris, 4è éd. LGDJ, 2013,
s
n° 930 et 956. L’unité de la famille orientait le choix dans l’acquisition automatique de la nationalité du mari
par la femme mariée. C’est ainsi que le Code civil français rendu applicable au Bénin prévoyait en son article
12 que « l'étrangère qui aura épousé un Français suivra la condition de son mari » et l’article 19 ajoute
qu’« une femme française qui épousera un étranger, suivra la condition de son mari. Si elle devient veuve,
elle recouvrera la qualité de Française, pourvu qu'elle réside en France, ou qu'elle y rentre avec
l'autorisation du Gouvernement, et en déclarant qu'elle veut s'y fixer » ; voy. aussi P. LAGARDE, op. cit.,
n° 51.11.
127
béninoise, la logique étant que c’est eux qui doivent transmettre leur nationalité à l’épouse.
L’époux est ainsi renvoyé à la naturalisation pour acquérir la nationalité béninoise.
605
Cf. art. 35 du Code de la nationalité béninoise : « la naturalisation peut être accordée aux étrangers
remplissant les conditions suivantes : 1 °Avoir atteint l´âge de la majorité fixé à l´article 5 ci-dessus. 2 °Sous
réserve des exceptions prévues à l´article 36 ci-après, justifier d´une résidence habituelle au Dahomey
pendant les trois années qui précèdent le dépôt de la demande. 3° Être de bonne vie et mœurs et n´avoir
encouru aucune condamnation supérieure à une année d´emprisonnement pour infraction de droit commun,
non effacée par la réhabilitation ou l´amnistie. 4° Être reconnu sain de corps et d´esprit. 5° Justifier de son
assimilation à la communauté dahoméenne, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition
d´une langue dahoméenne ou de la langue officielle »
606
Cf. art. 36 du Code de la nationalité béninoise : « n’est pas soumis à la condition de stage prévue à
l´article précédent : 1° L´étranger né au Dahomey ou marié à une Dahoméenne. 2° La femme et l´enfant
majeur de l´étranger qui acquiert la nationalité dahoméenne. 3° L´étranger majeur adopté par une personne
de nationalité dahoméenne. 4° L´étranger qui a rendu des services signalés au Dahomey ou dont la
naturalisation présente un intérêt certain pour le Dahomey ».
128
béninoise ne serait donc qu’une condition qui permettrait de réduire la durée du stage
prévue à l’article 36. L’accès à la citoyenneté béninoise se trouve ralenti et l’assimilation à
la population béninoise est ainsi très retardée pour l’époux.
607
H. FULCHIRON, La nationalité française, Paris, PUF, 2000, p. 54.
608
Aux termes des dispositions de l’art. 21 du Code de la nationalité béninoise : « durant le délai fixé à
l´art. précédent, la femme qui a acquis par mariage la nationalité dahoméenne ne peut être électrice ni
éligible lorsque l´inscription sur les listes électorales ou l´exercice de fonctions ou de mandats électifs sont
subordonnées à la qualité de Dahoméen ».
609
L’art 36 du Code de la nationalité béninoise dispose que « n´est pas soumis à la condition de stage prévue
à l´art. précédent : 1° L´étranger né au Dahomey ou marié à une Dahoméenne. 2° La femme et l´enfant
majeur de l´étranger qui acquiert la nationalité dahoméenne. 3° L´étranger majeur adopté par une personne
de nationalité dahoméenne. 4° L´étranger qui a rendu des services signalés au Dahomey ou dont la
naturalisation présente un intérêt certain pour le Dahomey ».
610
J. HAUSER, « Des détournements du mariage », RTD Civ. 1991, p. 296 ; J. HAUSER, « L'adoption à tout
faire », D. 1987, Chron. p. 207 ; F. BOULANGER, « Fraude, simulation ou détournement d'institution en droit
de la famille ? », JCP, 1993, I, 3665.
611
P. LAGARDE, op. cit., n° 51.01.
129
B. L’inégalité condamnée
612
La possibilité offerte à l’individu d’obtenir la sanction d’une loi contraire aux principes des droits de la
personne humaine devant la Cour constitutionnelle passe soit, par la saisine directe ou indirecte de la Cour
Constitutionnelle en vertu de l’art. 122 de la Constitution et sur la base de l’interprétation déductive de l’art.
3 al. 4 de la Constitution. Dans ce premier cas, l’individu peut, par une simple requête, saisir la Cour
Constitutionnelle pour non-conformité de la loi à la Constitution. Dans le second cas, tout individu peut saisir
la Cour constitutionnelle par une exception d’inconstitutionnalité dans une affaire qui la concerne. La
présente décision est prise suite aux recours directs de plusieurs citoyens béninois adressés à la Cour
constitutionnelle sur certaines dispositions du Code de la nationalité béninoise qu’ils présument contraires à
la Constitution.
613
Cf. art. 8 du Code de la nationalité béninoise : « est Dahoméen, sauf la faculté de répudier cette qualité
dans les six mois précédant sa majorité, l´individu né au Dahomey d´une mère qui y est elle-même née ».
614
Cf. art. 12.2 du Code de la nationalité béninoise : « est Dahoméen :
2°l´enfant né d´une mère dahoméenne lorsque le père est inconnu ou n´a pas de nationalité connue ».
615
Cf. art. 13 du Code de la nationalité béninoise : « est Dahoméen, sauf la faculté s´il n´est pas né au
Dahomey de répudier cette qualité dans les six mois précédant sa majorité, l´enfant né d´une mère
dahoméenne et d´un père de nationalité étrangère ».
130
juin 1965 portant Code de la nationalité béninoise sont déclarés contraires à la Constitution
du Bénin. Le motif évoqué par le juge constitutionnel est la violation du principe
d’égalité617. Il s’agit ainsi de la reconnaissance par le juge constitutionnel de l’existence de
l’inégalité dans le droit béninois de la nationalité. Mais ces dispositions pourront-elles
encore être appliquées ?
616
Cf. art. 18 du Code de la nationalité béninoise : « sous réserve des dispositions des articles 19, 20, 22 et
23, la femme étrangère qui épouse un Dahoméen acquiert la nationalité dahoméenne au moment de la
célébration du mariage ».
617
Voy. la décision DCC 14-172 du 16 septembre 2014 de la Cour constitutionnelle du Bénin. En effet, le
juge constitutionnel décide de l’inégalité au sujet de ces dispositions en considérant que « l’article 8 du Code
de la nationalité béninoise, en offrant à l’enfant né au Bénin d’une mère qui y est elle-même née la faculté de
répudier la nationalité béninoise acquise d’elle, alors que l’article 7 du même Code n’offre pas les mêmes
facultés à l’enfant né d’un père béninois dans les mêmes conditions, introduit une inégalité fondée sur la
filiation selon que le géniteur est de sexe masculin ou féminin ; que par ailleurs l’article 12 en son point 2 et
l’article 13 du même Code établissent une double réserve quant à la transmission de la nationalité de la
mère béninoise à son enfant, à savoir que : d’une part, la nationalité de la mère n’est transmise que lorsque
le père est inconnu ou n’a pas de nationalité connue, d’autre part, l’enfant né à l’étranger d’un père de
nationalité étrangère peut répudier la nationalité de sa mère béninoise avant sa majorité, alors que pour le
père 18 béninois, la transmission est automatique sans aucune réserve ; qu’en cela, l’article 12.2 et l’article
13 du Code de la nationalité béninoise créent une inégalité fondée sur le sexe du géniteur ; qu’en ce qui
concerne l’article 18, il offre à la femme étrangère qui épouse un homme béninois la possibilité d’acquérir la
nationalité béninoise sans que la même possibilité ne soit offerte à l’homme étranger qui épouse une femme
béninoise ; qu’il s’ensuit que, dans leur adoption, les articles 8, 12.2, 13 et 18 du Code de la nationalité
béninoise introduisent sans les justifier des distinctions dans l’attribution ou l’acquisition de la nationalité
béninoise en raison soit de la naissance au Bénin, soit de la filiation ou du mariage ; qu’ils sont donc
discriminatoires ».
618
Cf. art. 3 de la Constitution du Bénin.
619
Cf. art. 3 de la déc. DCC 14-172 du 16 septembre 2014.
131
lors, on sera tenté d’interpréter la nouvelle situation juridique résultant du retrait des
articles 8, 12.2, 13 et 18 du Code de la nationalité en l’octroi de la situation la plus
protectrice des droits humains. Ainsi, comme certains ont pu l’examiner, si la répudiation
est effectivement un bénéfice, elle saurait profiter à tous les enfants, en même temps que la
filiation d’un parent de nationalité béninoise conduirait à l’attribution de cette dernière à
l’enfant indépendamment de son sexe. De son côté, le mariage permettrait à la personne
mariée d’obtenir automatiquement la nationalité béninoise quel que soit aussi son sexe.
Cependant, un flou pourra pourtant demeurer, notamment dans le cas des personnes de
nationalité étrangère et de sexe masculin mariées à une béninoise en n’ayant pas encore
acquis la nationalité béninoise par naturalisation. Pourront-ils prétendre à l’acquisition
automatique de la nationalité béninoise en vertu du mariage ? Des incertitudes planent
ainsi sur la possibilité de répudiation de la nationalité offerte aux enfants. En clair, les
enfants à qui la nationalité béninoise a été attribuée en raison de leur filiation paternelle
peuvent-ils demander la répudiation de cette nationalité avant leur majorité ?
622
Th. HOLO, art. préc., p. 107.
623
J. HAUSER, « Décadence et grandeur du droit civil français des personnes et de la famille à la fin du
XXe siècle, in Droit des personnes et de la famille – Mélanges à la mémoire de Danièle Huet-Weiller, Paris,
LGDJ, 1994, p. 238.
133
624
ROUSSEAU, Du contrat social, II, chap. VIII.
625
Voy. DCC 14-172 du 16 septembre 2014 rendue sur les requêtes de Fatiou OUSMANE, Ibrahim SALAMI,
Serge Roberto PRINCE-AGBODJAN, Mahunan Rodrigue DAVAKAN, Elisabeth YÈDÉDJI et Éric
MONTCHO-AGBASSA.
626
Voy. DCC 14-172 du 16 septembre 2014 qui a déclaré les articles 8, 12. 2, 13 et 18 contraires à la
Constitution du Bénin.
627
Th. HOLO, « Émergence de la justice constitutionnelle », Revue Pouvoirs, n° 129, 2009, p. 103. Ce dernier
fait référence à l’art. 117 de la Constitution du Bénin qui rend systématique le contrôle de constitutionnalité
des lois avant leur promulgation ; voy. également G. BADET, Les attributions originales de la Cour
constitutionnelle du Bénin, Cotonou, FES, 2013, p. 31 ; voy. aussi G. BADET, Thèse préc., pp. 129-130.
628
Cf. art. 121 de la Constitution du Bénin qui dispose que « la Cour constitutionnelle, à la demande du
Président de la République ou de tout membre de l'Assemblée nationale, se prononce sur la constitutionnalité
des lois avant leur promulgation. Elle se prononce d'office sur la constitutionnalité des lois et de tout texte
réglementaire censés porter atteinte aux droits fondamentaux de la personne humaine et aux libertés
publiques. Elle statue plus généralement sur les violations des droits de la personne humaine et sa décision
doit intervenir dans un délai de huit jours » et art. 117 de la Constitution qui dispose que « la Cour
constitutionnelle - Statue obligatoirement sur : - la constitutionnalité des lois organiques et des lois en
général avant leur promulgation ; - les Règlements intérieurs de l'Assemblée nationale, de la Haute Autorité
de l'Audiovisuel et de la Communication et du Conseil économique et social avant leur mise en application,
quant à leur conformité à la Constitution ; - la constitutionnalité des lois et des actes réglementaires censés
porter atteinte aux droits fondamentaux de la personne humaine et aux libertés publiques en général, sur la
violation des droits de la personne humaine ; - les conflits d'attributions entre les institutions de l'État ; -
Veille à la régularité de l'élection du Président de la République ; examine les réclamations, statue sur les
irrégularités qu'elle aurait pu, par elle-même, relever et proclame les résultats du scrutin; statue sur la
régularité du référendum et en proclame les résultats ; - Statue, en cas de contestation, sur la régularité des
élections législatives ; - Fait de droit partie de la Haute Cour de Justice à l'exception de son Président ».
629
J. CARBONNIER, Essais sur les lois, Paris, Defrénois, 1979, p. 212.
630
D. HUET-WEILLER « L'établissement de la filiation naturelle par la possession d'état (commentaire de la
loi du 25 juin 1982 modifiant l'art. 334-8 C. civ) », D. 1982, Chron. p. 185.
134
CONCLUSION DU CHAPITRE II
233. Le droit béninois de la famille reste un droit ayant subi une forte pression au
contact du droit international en général et l’influence du droit français631 en particulier. Il
n’est pas surprenant de constater que le législateur béninois prétend respecter les
engagements internationaux632 de l’État béninois et le sage regard du juge constitutionnel
enclin à la modernisation du droit de la famille633. Cependant, il faut remarquer que le
maintien de certaines traditions phares du droit coutumier a irrésistiblement porté atteinte à
l’égalité entre époux au Bénin.
Les relations entre époux sont aussi placées sous le signe de la primauté du mari qui
transmet à sa femme son nom636 et sa nationalité637. C’est ainsi que la femme doit ajouter à
son nom celui de son mari et qu’elle acquiert automatiquement au mariage la nationalité de
son mari. Fort heureusement, le juge constitutionnel veille.
631
L’influence du droit français sur le droit béninois est due à la colonisation.
632
J.-J. LEMOULAND, « Le pluralisme et le droit de la famille, post-modernité ou pré-déclin ? », D, 1997,
p. 133 ; voy. J.-M. SOREL, « Le rôle du droit international dans le développement du pluralisme (et vice
versa) : une liaison moins naturelle qu'il n'y paraît », in L. Fontaine, Droit et pluralisme, actes du colloque de
Caen, les 30 novembre et 1er décembre 2006, Bruxelles, Bruylant, 2007, p. 82 ; A. DEBET, L'influence de la
Convention européenne des droits de l'homme sur le droit civil, Thèse, Dalloz, 2002, 998 p ;
F. VASSEUR-LAMBRY, La famille dans la Convention européenne des droits de l'homme, Thèse, L'Harmattan,
2000, 522 p.
633
Voy. notamment les décisions DCC 02-144 du 23 décembre 2002, DCC 04-08 du 20 août 2004,
DCC 09-81 du 30 juillet 2009 et DCC 14-172 du 16 septembre 2014 de la Cour constitutionnelle du Bénin.
634
Cf. art. 6 du CPF : « l’enfant légitime porte le nom de famille de son père. L’enfant né hors mariage porte
le nom de celui de ses parents à l’égard duquel sa filiation est établie. En cas de reconnaissance simultanée
des deux parents, l’enfant porte le nom de son père. Si le père reconnaît l’enfant en dernière position,
l’enfant prendra son nom. Mais s’il s’agit d’un enfant de plus de quinze (15) ans, son consentement sera
requis. En cas de désaveu, l’enfant porte le nom de sa mère. L’adoption confère le nom de l’adoptant à
l’adopté. En cas d’adoption par les deux époux, l’adopté prend le nom du mari ».
635
Cf. art. 8, 12.2 et 13 du Code de la nationalité béninoise.
636
Cf. art. 12 du CPF.
637
Cf. article 18 du Code de la nationalité béninoise.
135
638
G. CORNU, Droit civil – Introduction au droit, Paris, Montchrestien, 13e éd., 2007, n° 174.
639
Cf. art. 4 du Code civil français rendu applicable au Bénin : « le juge qui refusera de juger, sous prétexte
du silence, de l'obscurité ou de l'insuffisance de la loi, pourra être poursuivi comme coupable de déni de
justice ».
640
G. CORNU, op. cit., n° 179.
136
CONCLUSION DU TITRE I
641
R. DECOTTIGNIES, « Requiem pour la famille africaine », Ann. afr. 1965, p. 285 ; J. CARBONNIER,
Sociologie juridique, Paris, 2è éd., PUF, 2004, p. 381.
642
Cf. art. 6, 12, 15, 124 et 156 du CPF et une large partie du Code de la nationalité béninoise.
643
J. CARBONNIER, op. cit., p. 279.
644
Au plan régional africain, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ratifiée par le Bénin le
20 janvier 1986 ; la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant adoptée en juillet 1990 signée par la
République du Bénin le 27 février 1992 et ratifiée en février 1997 et le Protocole à la Charte africaine des
droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes ratifié par le Bénin le 30 septembre 2005 et au
plan universel, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux
droits économiques, sociaux et culturels du 16 décembre 1966, tous entrés en vigueur au Bénin le 12 juin
1992 ; la Convention relative aux droits de l'enfant, entrée en vigueur le 02 septembre 1990 et la Convention
internationale sur l'élimination de toutes les formes de discriminations à l'égard des femmes de 1995
influencent le droit de la famille au Bénin.
645
Cf. art. 26 de la Constitution.
137
TITRE II
646
A. N. GBAGUIDI, Pluralisme juridique et conflit de lois en Afrique noire francophone, Thèse, Bordeaux
IV, 1998, p. 92. Selon cet auteur, les sociétés africaines se trouvent en pleine mutations. Les institutions
privées traditionnelles, notamment les structures familiales se transforment.
647
Voy. la déc. DCC 04-08 du 20 août 2004.
648
Cf. art. 26 de la Constitution du Bénin.
138
CHAPITRE I :
L’ÉGALITÉ RÉSULTANT DE LA SUPPRESSION DES OPTIONS
649
Cf. la déc. DCC 02-144 du 23 décembre 2002 par laquelle la Cour Constitutionnelle du Bénin a procédé,
entre autres, à la vérification du respect du principe d’égalité de la loi portant Code des personnes et de la
famille du Bénin et déc. DCC 04-08 du 20 août 2004 par laquelle le juge constitutionnel déclare conforme à
la Constitution le Code des personnes et de la famille du Bénin.
139
650
A. G. KOUASSIGAN, Quelle est ma loi ? Tradition et modernisme dans le droit privé de la famille en
Afrique noire francophone, Paris, éd. Pedone, 1974, p. 161.
651
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 22.
652
M. DELMAS-MARTY, Les forces imaginantes du droit (I), Le relatif et l'universel, Paris, Seuil, 2004, p. 26.
653
Cf. art. 127 du Coutumier du Dahomey : « la femme n’a aucun pouvoir juridique. La pratique seule lui
donne quelque importance. Elle a ainsi souvent l’administration du ménage ; elle peut se constituer un
pécule avec le produit de la vente de certains objets de sa fabrication. Elle fait partie des biens de l’homme
et de son héritage ».
654
Cf. art. 213 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
140
655
Cf. art. 184 du CPF qui dispose qu’« à défaut de contrat de mariage, les époux sont soumis au régime de
la séparation de biens ». Cette disposition montre, en effet, que les époux peuvent faire d’autres options pour
gérer leurs biens et ce n’est qu’à défaut d’avoir fait ce choix qu’ils seront soumis au régime de la séparation
de biens. On ne peut donc pas, comparer la situation des époux ayant fait un contrat de mariage à ceux qui
n’en ont pas fait. C’est un choix des époux. Au-delà, il y a un minimum commun à tous les régimes
matrimoniaux appelé le régime primaire. Ainsi, on remarque avec l’art 164 du CPF que « la loi ne régit
l’association conjugale quant aux biens qu’à défaut de conventions spéciales. Les époux peuvent faire
comme ils le jugent à propos, pourvu qu’elles ne soient pas contraires aux bonnes mœurs ni aux dispositions
qui suivent ».
656
Cf. art. 830 al 1er du CPF « le testament est un acte unilatéral par lequel le testateur dispose, pour le
temps où il ne sera plus, de tout ou partie de ses biens, et qu’il peut révoquer ». En réalité, en marge des
dispositions générales prévues pour les successions, les individus peuvent disposer autrement conformément
à la loi en vigueur. C’est une certaine flexibilité de la loi qui laisse des choix aux individus.
657
Ph. GERARD, L’esprit des droits. Philosophie des droits de l’homme, Bruxelles, publication des Facultés
Universitaires de Saint-Louis, 2007.
658
R. DECOTTIGNIES, « Requiem pour la famille africaine », Ann. afr. 1965, p. 257.
659
A. ADONON, C. PLANÇON et P. VERSINI-CAMPINCHI, « Variations sur le pluralisme juridique : au carrefour
de trois cheminements », in Cahiers d'anthropologie du droit, 2003, p. 73.
141
avec lui, indépendants de lui, éventuellement ses rivaux »660. Cette définition correspond,
selon lui, à la situation vécue par les anciennes colonies d’Afrique661. Par contre, pour
certains auteurs comme M. Vanderlinden, le pluralisme juridique est « l'existence, au sein
d'une société déterminée, de mécanismes juridiques différents s'appliquant à des situations
identiques »662. Pour ce dernier, il peut exister le pluralisme juridique en dehors du
contexte colonial qui n’est qu’une modalité de pluralisme juridique qu’il désigne
« pluralisme juridique parallèle ou intégré »663. Le Code des personnes et de la famille a
consacré l’unification du droit de la famille qui a mis fin à la coexistence des deux
systèmes juridiques qui prévalaient jusqu’alors.
245. Plan. Elle a été réalisée par la suppression du Coutumier juridique (A) et de la
dualité judiciaire.
247. Plan. La suppression du Coutumier juridique a été faite de deux manières. Après
son éviction factice par la Cour constitutionnelle (1), il a été l’objet d’une suppression
législative (2).
660
J. CARBONNIER, Sociologie juridique, Paris, 2è éd., PUF, 2004, p. 356.
661
J. CARBONNIER op. et [Link]. ; R. C. G. DAVID, Le droit international privé sénégalais des successions,
Thèse, Dakar, 1999, p. 59 ; A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., spéc. p. 1 et 10 ; A. SOW-SIDIBÉ, Le pluralisme
juridique en droit sénégalais des successions ab intestat, Thèse, Paris, 1987, p. 19.
662
J. VANDERLINDEN, « Le pluralisme juridique, essai de synthèse », in J. GILISSEN (dir.), Le pluralisme
juridique, Bruxelles, éd. de l'Université de Bruxelles, 1971, p. 19.
663
Ibid., p. 44.
664
Cf. la Constitution béninoise du 11 décembre 1990.
665
Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation du 19-28 février 1990, Synthèse des travaux de la
commission constitutionnelle et des décisions prises en séances plénière, p. 6.
142
666
Cf. déc. DCC 96-063 du 26 septembre 1996 de la Cour constitutionnelle du Bénin.
667
A. N. GBAGUIDI, Thèse, préc., p. 22.
668
Cf. art. 117 de la Constitution du Bénin : « la Cour constitutionnelle - Statue obligatoirement sur : - la
constitutionnalité des lois organiques et des lois en général avant leur promulgation ; - les Règlements
intérieurs de l'Assemblée nationale, de la Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication et du
Conseil économique et social avant leur mise en application, quant à leur conformité à la Constitution ; - la
constitutionnalité des lois et des actes réglementaires censés porter atteinte aux droits fondamentaux de la
personne humaine et aux libertés publiques en général, sur la violation des droits de la personne humaine ; -
les conflits d'attributions entre les institutions de l'État ; - Veille à la régularité de l'élection du Président de
la République; examine les réclamations, statue sur les irrégularités qu'elle aurait pu, par elle-même, relever
et proclame les résultats du scrutin ; statue sur la régularité du référendum et en proclame les résultats ; -
Statue, en cas de contestation, sur la régularité des élections législatives ; - Fait de droit partie de la Haute
Cour de Justice à l'exception de son Président ».
669
G. CONAC, « Introduction », in G. Conac (dir.), Dynamiques et finalités des droits africains : « La vie du
droit en Afrique », p. XII ; voy. également A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 6.
670
G. CONAC, art. préc., p. XII : « les recueils ne doivent pas être considérés comme des Codes rigides et
impératifs dont les indications feraient loi. Le but principal que poursuit le Coutumier est de vous donner
une idée d'ensemble de la coutume indigène, de vous expliquer les traits essentiels, de vous permettre
d'étudier de façon plus approfondie les coutumes particulières de votre cercle, comparées au cadre juridique
général de la vie sociale des indigènes, de vous faciliter le contrôle de l'activité des tribunaux indigènes et
enfin, s'il le faut, l'orientation et la jurisprudence dans un sens favorisant le sain développement social de vos
administrés ».
143
251. La régularité des situations régies sous le Coutumier juridique. Pour conforter
l’effectivité de l’application du Coutumier, on peut se baser sur le fait que le législateur
insiste sur les effets des actes et faits réglés antérieurement à l’entrée en vigueur du Code
des personnes et de la famille. L’article 1018 du Code des personnes et de la famille
prévoit expressément que « les dispositions du présent Code s’appliquent aux actes et faits
juridiques postérieurs à son entrée en vigueur ainsi qu’aux conséquences que la loi tire
des actes et faits antérieurs ayant créé une situation juridique régulière au regard de la
coutume et de la loi » 673. Cette disposition explique largement la décision du juge
constitutionnel qui, au lieu de déclarer non applicable le Coutumier du Dahomey – car
comportant de toute évidence des dispositions contraires à la Constitution – se déclare
incompétent pour la simple raison que le contrôle de constitutionnalité du Coutumier
juridique ne relève pas de ses attributions. La fin de l’application du Coutumier a été
effective avec sa suppression par le législateur.
671
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 29.
672
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 93 et s.
673
Cf. art. 1018 du CPF.
144
suppression des coutumes dans les domaines régis par le Code des personnes et de la
famille et du renvoi à certaines coutumes isolément.
255. Troisième technique : la suppression pure et simple des autres coutumes. Aux
termes des dispositions de l’article 1029 du Code des personnes et de la famille du Bénin
« toutes les dispositions antérieures contraires au présent Code sont abrogées »677. Il n’y a
que les matières régies par le nouveau droit qui seront extraites du règne des règles
coutumières. Ainsi, les règles coutumières peuvent encore se voir appliquer sur les
674
Cf. art. 1021 al. 1er du CPF.
675
Cf. infra n° 278 et s.
676
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, op. cit., n° 6, p. 18.
677
Cf. art. 1019 du CPF.
145
questions que le Code des personnes et de la famille n’aurait pas prévu. Il ne s’agit pas du
maintien du Coutumier du Dahomey comme un texte à valeur juridique. Les dispositions
du Code civil comme ceux du Coutumier juridique contraires au Code des personnes et de
la famille sont supprimées. En plus, « les coutumes cessent d’avoir force de loi en toutes
matières régies par le présent Code »678. Le Coutumier juridique a été ainsi supprimé de
façon pure et simple. Cependant, cette suppression du Coutumier juridique n’a pas pour
autant empêcher le renvoi du législateur à certaines coutumes de manière isolée, sans faire
référence au Coutumier juridique.
257. La dualité judiciaire après les indépendances et avant 2004. Avant les
indépendances, il a existé deux juridictions différentes682, une de droit traditionnel et
l’autre de droit moderne. Après les indépendances, le système judiciaire a subi un pan de
l’unification. Le dualisme judiciaire d’avant les indépendances a été supprimé par la loi du
09 décembre 1964 sur l'organisation de la justice. L'unification du système judiciaire fut
ainsi enclenchée. Désormais, une seule et même juridiction est appelée à statuer sur les
678
Cf. art. 1030 du CPF.
679
Cf. art. 8 al. 2 du CPF : « l’officier de l’état civil ou l’agent qui en tient lieu, est avisé des prénoms lorsque
la naissance de l’enfant lui est déclarée. Il ne peut recevoir que des prénoms consacrés par la coutume ou la
tradition, ou figurant dans différents calendriers et ne portant pas atteinte à l’honneur et à la considération
de l’enfant et/ ou à celle d’autrui tel que prévu à l’article 7 de la même loi »
680
Cf. art. 1021 al 2, 2è tiret du CPF : « les effets des mariages déclarés ou non, contractés conformément à
la coutume, sont régis par les dispositions du présent Code sous réserve de la pluralité d’épouses que
peuvent comporter ces mariages ».
681
G. CORNU, op. cit., n° 83.
682
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 101.
146
litiges avec la possibilité de choix de la règle applicable par les protagonistes. Il n’existait
donc que des tribunaux de conciliation, des tribunaux de première instance et une Cour
d'appel ainsi qu'une Cour suprême683. Il s’agit de l’option de législation.
683
R. SACCO, Le droit africain. Anthropologie et droit positif, Paris, Dalloz, 2009, p. 285 ; A. N. GBAGUIDI
et W. KODJOH-KPAKPASSOU, « Introduction au système juridique et judiciaire du Bénin », disponible en
ligne à l’adresse [[Link] consulté le 19 janvier 2015.
684
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 101. ; A. N. GBAGUIDI, Pluralisme juridique et conflit de lois en Afrique
noire francophone, Thèse, Bordeaux IV, 1998, p. 26 ; A. SOW-SIDIBÉ, op. cit., p. 240.
685
Cf. Cour d'appel de Cotonou, Arrêt n° 10 du 13 Février 1986, consultable à l’adresse
[[Link]
686
J. VANDERLINDEN, art. préc., p. 43.
147
262. Plan. La diversité des sources du droit et la prise en compte des principes de la
modernité expliquent l’existence du pluralisme juridique. Sa première forme est le
pluralisme légal (A) qu’il conviendra d’étudier avant celui résultant de la modernité (B).
263. La pluralité des normes juridiques. Le Code civil français rendu applicable au
Bénin et le Coutumier juridique ont imposé un même modèle de famille : celui d’une
famille autoritaire, patriarcale, inégalitaire. Plusieurs facteurs ont conduit progressivement
au recul de ce modèle de famille rigide, à « structure impérative uniforme »689 qui ne laisse
aucune possibilité de choix. La flexibilité690 du droit et la multiplication de ses sources691
conduisent à des solutions différentes pour des cas similaires. L’influence du droit
687
J. VANDERLINDEN, « Le pluralisme juridique, essai de synthèse », in J. GILISSEN (dir.), Le pluralisme
juridique, Bruxelles, éd. de l'Université de Bruxelles, 1971, p. 19.
688
Ibid., p. 20.
689
J.-J. LEMOULAND, « Le pluralisme et le droit de la famille, post-modernité ou pré-déclin ? », D. 1997,
chron. p. 134.
690
Voy. J. CARBONNIER, Flexible droit. Pour une sociologie de droit sans rigueur, Paris, 10è éd., LGDJ,
2014.
691
R. SACCO, « Les problèmes d'unification du droit », in Louis Vogel, (dir.), Unifier le droit : un Rêve
impossible ?, Paris, éd. Panthéon Assas, 2001, p. 16.
148
265. La pluralité des sources du droit. L’État béninois a en effet ratifié des traités
dont les normes édictées sont des règles applicables aux relations entre individus. Il s’agit,
par exemple, au plan régional africain de la Charte africaine des droits de l’homme et des
peuples ratifiée par le Bénin le 20 janvier 1986 qui fait partie du bloc de constitutionnalité
et est donc directement applicable au Bénin694. Il y a aussi, entre autres, la Charte africaine
des droits et du bien-être de l'enfant ratifiée par le Bénin le 17 avril 1997 et le Protocole à
la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes
ratifié par le Bénin le 30 septembre 2005. Or les traités sont des sources formelles du droit.
266. Les traités comme source formelle du droit. On oppose les sources formelles
du droit aux sources matérielles du droit. Les premières sont, selon le Vocabulaire
juridique, « la forme sous l’action de laquelle la règle naît au droit ; moule officiel (...) qui
préside, positivement, à l'élaboration, à l'énoncé, à l'adoption d'une règle de droit »695
alors que les secondes sont l’« ensemble des données morales, économiques, sociales,
politiques etc., qui suscitent l'évolution du droit »696. Les traités constituent ainsi une
source formelle697 du droit de la famille.
choisi d’un commun accord par les époux699 alors que le Code des personnes et de la
famille ne tient pas à cette solution, en permettant au mari de fixer le domicile conjugal en
cas de désaccord entre les époux700. On peut aussi prendre pour exemple le nom de la
femme mariée. Alors que le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des
peuples relatif aux droits des femmes prescrit que la femme conserve son nom et puisse
l’utiliser à sa guise, séparément ou conjointement avec celui de son mari 701, le Code des
personnes et de la famille impose à la femme mariée d’adjoindre à son nom celui du
mari702. Cette différence de solution consacrée par les deux textes, tous applicables au
Bénin sur des situations identiques, est un cas de pluralisme juridique. Les décisions
rendues par les juridictions internationales peuvent alors influencer les droits internes.
268. L’application par le juge national d’une loi étrangère. En droit international
privé, le juge peut appliquer la règle de droit désignée par sa règle de conflit et il peut bien
s’agir du droit interne d’un autre État. Dans la mesure où le droit étranger désigné par la
règle de conflit ne viole pas l’ordre public et les bonnes mœurs, il est applicable par le juge
du for. On peut ainsi observer que le juge national béninois peut appliquer des règles
différentes pour des faits identiques704. Cette situation est peu semblable à la période où il
existait une option de législation. La même juridiction pouvant appliquer des règles
699
Cf. art. 6 point e) du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits
des femmes.
700
Cf. art 15 et 156 du CPF.
701
Cf. art. 6 point f) du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits
des femmes.
702
Cf. art. 12 du CPF.
703
Cf. art. 1 et 2 Protocole portant statut de la Cour africaine de justice et des droits de l'homme.
704
P. GANNAGÉ, « Le principe d’égalité et le pluralisme des statuts personnels dans les États
multicommunautaires », in L’avenir du droit – Mélanges en hommage à François Terré, Paris, Dalloz, 1999,
p. 432.
150
différentes pour des faits identiques conduisant à des solutions différentes. Le pluralisme
juridique peut également avoir sa source dans la souplesse d’une loi étrangère.
269. L’influence d’une loi étrangère assurée par la souplesse de sa règle de conflit
de lois. Certains États cherchent à faire rayonner leur législation sur le plan international et
c’est le cas par exemple de la loi française sur le mariage homosexuel qui permet aux
étrangers de se marier en France en raison de leur résidence sur le territoire français sans
tenir compte du statut personnel de ces derniers qui devrait conduire à leur appliquer leur
loi nationale aux conditions de fond du mariage705. Ainsi, un béninois résidant en France
peut contracter un mariage homosexuel, la loi française faisant intrusion dans l’ordre
juridique béninois. En dehors du fait que le droit international influence fortement le droit
de la famille, les innovations y induites par le monde moderne entraînent également un
pluralisme juridique.
1. La liberté
705
Cf. 202-1 alinéa 2 du Code civil français actuel ; H. FULCHIRON, « Le "mariage pour tous" en droit
international privé : le législateur français à la peine… », Dr. fam. 2013, n° 1, p. 31 ; voy. infra n°s 486 et s.
706
J. VANDERLINDEN, art. préc., p. 46.
151
options. Or « le choix constitue à lui seul un critère d'existence de la dualité »707. Il s’agit
dans ces cas d’un pluralisme optatif. On parle de pluralisme optatif lorsque « l'adoption de
l'un ou de l'autre des mécanismes juridiques disponibles dans un système pluraliste peut
être laissée au choix de l'individu »708. Le Code béninois de la famille fait une part certaine
à la volonté individuelle dans les régimes matrimoniaux, le divorce, la condition des
mineurs etc.
273. Le pluralisme juridique issu des différentes formes de divorce. La loi a prévu
plusieurs possibilités713 pour un divorce. Les époux ont le choix entre un divorce par
consentement mutuel ou un divorce pour faute. Sous le Code civil français rendu
152
applicable au Bénin, le divorce était nécessairement prononcé pour une raison bien
déterminée. La démarche du législateur béninois d’offrir la plus grande liberté aux époux
leur permet désormais de se désunir sans pour autant dévoiler au public la cause de leur
divorce. L’entrée et la sortie du mariage sont ainsi libres. Cette double possibilité amène à
deux procédures différentes pour un même résultat : la dissolution du mariage. Le droit
offre ainsi deux possibilités pour une même finalité. Les époux concernés étant tous à
l’étape de mettre fin à leur mariage. On conviendra également ici qu’il s’agit de l’existence
de mécanismes juridiques différents s’appliquant à des situations identiques. On en
conclura donc que le droit de la famille est pluraliste à ce sujet, alors que l’égalité suppose
une réponse identique aux situations juridiques identiques.
714
Cf. art. 459 al du CPF.
715
Cf. art. 540 du CPF.
716
Cf. art. 534 du CPF : « le mineur est émancipé de plein droit par le mariage ».
717
Cf. art. 535 du CPF : « le mineur non marié peut être émancipé lorsqu’il a atteint l’âge de seize (16) ans
révolus. L’émancipation est prononcée par le Président du tribunal de première instance ou le juge par lui
délégué, assisté de son greffier, seulement si elle satisfait aux intérêts de l’enfant et s’il y a de justes motifs,
établis au besoin par enquête. Elle est demandée par la personne qui exerce l’autorité parentale sur l’enfant.
Pour le mineur en tutelle, hormis les cas où les fonctions de tuteur sont exercées par le père ou la mère,
l’émancipation est demandée par le conseil de famille représenté par le tuteur ou un tuteur "ad hoc" désigné
par le conseil ».
153
mariage718 et se voit ainsi émancipé719 par le mariage ou soit, il recourt au juge. Il est ainsi
établit une diversité de mécanismes juridiques pour des situations identiques. Le mariage
ne pouvant être contracté qu’à dix-huit ans d’âge, il existe également divers mécanismes
permettant de se marier sans atteindre ce seuil d’âge. Il s’agit d’un pluralisme juridique
puisque certains mineurs peuvent accomplir certains actes alors que d’autres ne le pourront
pas.
276. Le pluralisme juridique issu des règles régissant les biens d’une personne
après sa mort. On ne peut non plus ignorer le pluralisme juridique qui s’établit sur le sort
des biens d’une personne en fin de vie. Deux voies s’offrent aux individus pour régler leurs
successions. Ils peuvent, de leur vivant, procéder par des libéralités en faisant des legs dans
un testament722 ou des donations723. Au cas où ils n’auraient pas recourir à cette faculté,
leurs biens seront soumis aux règles de la succession724 ab intestat qui est le testament
tacite de celui qui est mort sans avoir fait de testament725.
718
Cf. art. 120 du CPF : « le mineur de moins de dix-huit (18) ans ne peut contracter mariage sans le
consentement de la personne qui exerce l’autorité parentale à son égard. Ce consentement doit comporter la
désignation des deux futurs conjoints. Il est donné soit par la déclaration faite devant un officier de l’état
civil ou devant un notaire antérieurement à la célébration du mariage, soit valablement lors de la
célébration même ».
719
Cf. art. 534 du CPF : « le mineur est émancipé de plein droit par le mariage ».
720
Cf. art. 5 du Code de la nationalité béninoise : « la majorité, au sens du présent Code, est fixée à vingt-et-
un ans accomplis ».
721
J. VANDERLINDEN, art. préc., p. 49-50.
722
Cf. art. 830 al 1er du CPF : « le testament est un acte unilatéral par lequel le testateur dispose, pour le
temps où il ne sera plus, de tout ou partie de ses biens, et qu’il peut révoquer ».
723
Cf. art. 829 du CPF : « la donation entre vifs est un acte par lequel le donateur transfère à titre gratuit et
de manière irrévocable la propriété d’un bien au donataire qui l’accepte ».
724
Cf. art 588 et s. du CPF.
725
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 403, spéc. p. 815.
154
726
Cf. art. 813 du CPF : « la réserve héréditaire globale est de deux tiers (2/3) de la masse à partager. Le
surplus constitue la quotité disponible ».
727
R. FRANK, « Mariage et concubinage, réflexion sur le couple et la famille », in Des concubinages. Droit
interne, droit international, droit comparé. Études offertes à Jacqueline Rubellin-Dévichi, Paris, Litec, 2002,
p. 5.
728
J. CARBONNIER, « Terre et ciel dans le droit français du mariage », in Le Droit privé français au milieu du
XXe siècle : études offertes à Georges Ripert, t. 1, études générales. Droit de la famille, Paris, LGDJ, 1950,
p. 336.
729
P. GANNAGÉ, art préc., p 435.
730
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 250 ; A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 114 ; A. HOUNGBÉDJI, Le droit de la
famille dans les coutumes du bas-Bénin, Thèse, Paris, 1967, p. 263.
731
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 105.
155
revient tout l’héritage dont il n’avait que la gestion732. Mais, la pluralité des héritiers a été
généralisée, notamment en ce qui concerne les biens personnels de leurs auteurs et vinrent
alors le système des privilèges733.
732
A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 252 et s.
733
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 114.
734
P. LAMPUÉ, « Les rapports de la coutume et de la loi dans le droit des successions en Afrique
francophone », RJPIC, 1972, n° 4, p. 833
735
J. POUMARÈDE, « La législation successorale de la révolution entre l'idéologie et la pratique », in I. Théry
et Ch. Biet (dir.), La famille, la loi, l'État, de la révolution au Code civil, Paris, Imprimerie nationale, 1989,
p. 167 ; J. CARBONNIER, « Sur un air de famille », in I. Théry et Ch. Biet (dir.), op. cit., p. XIV ;
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 131.
736
J. POUMARÈDE, art préc., p. 167.
737
J. CARBONNIER, op. cit., p. XV. Ce n’est qu’en 1975 que l'enfant adultérin a accédé à la qualité d'héritier
avec le droit à la moitié de la part dévolue aux enfants légitimes.
738
R. C. G. DAVID, Thèse préc., p. 44 ; A. N. GBAGUIDI, Pluralisme juridique et conflit de lois en Afrique
noire francophone, Thèse, Bordeaux IV, 1998, p. 121 ; P. MERCIER, Les domaines de la parenté, éd.
François Maspero, Coll. « dossiers africains », 1972, p. 22 ; E. TERRAY, Le marxisme devant les sociétés
primitives, éd. François Maspero, Paris 1979, p. 95.
739
A. R. RADCLIFFE-BROWN et D. FORDE, Systèmes familiaux et matrimoniaux en Afrique, Trad. révisée par
M. Griaule, Paris, PUF, 1953, p. 21.
156
l’héritage aux filles. Il suppose que « le groupe familial est dirigé par des femmes et
l'héritage se fait en ligne féminine et les successibles sont des femmes »740. Le patriarcat
s’oppose au matriarcat et le régime patrilinéaire prédominait partout en Afrique741. On peut
néanmoins noter des traces de matriarcat. Le partage de la succession tenait également
compte des privilèges.
740
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 122.
741
A. R. RADCLIFFE-BROWN et D. FORDE, op. cit., pp. 21-22.
742
R. C. G. DAVID, Thèse préc., p. 196.
743
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 107.
744
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 124.
745
A. HOUNGBÉDJI, Thèse préc., p. 272 ; A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 125.
746
A. HOUNGBEDJI, op. cit., p. 272 ; A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 124.
747
A. N. GBAGUIDI, Thèse préc., p. 114.
157
à portion décroissante de l’aîné au plus jeune. Le plus âgé des enfants de sexe masculin
prend la plus grande portion de l’héritage748. Si on peut déduire que la liberté – impliquant
le mépris de l’égalité – est un facteur de pluralisme juridique en droit de la famille, on
s’aperçoit aussi que l’égalité en droit de la famille est source de pluralisme juridique.
2. L’égalité
284. L’égalité par la généralité de la norme. Il est envisageable que, pour mettre en
œuvre l’égalité en droit, l’État impose un modèle de famille en faisant les mêmes
contraintes et en octroyant les mêmes droits aux individus puisque l’égalité en droit doit
être normalement assurée par la généralité de la règle749. Or en opérant ainsi, l’État
violerait le droit à la différence des individus. Le respect du droit à la différence induirait
une forme de pluralisme juridique qui serait un obstacle à l’égalité en droit. La conciliation
de l’égalité avec le droit à la différence peut être difficile.
748
A. HOUNGBEDJI, Thèse préc., pp. 270-271.
749
P. GANNAGÉ, art. préc., p. 434.
750
M.-J. REDOR-FICHOT, « Universalisme et pluralisme », in L. Fontaine (dir.), Droit et pluralisme, actes du
colloque de Caen, les 30 novembre et 1er décembre 2006, Bruxelles, Bruylant, 2007, p. 171.
158
287. La neutralité sur l’origine des filiations. La loi reste indifférente sur l’origine de
la filiation des enfants pour leur donner les mêmes droits. Le principe de neutralité
constitue, d'une manière qui peut sembler paradoxale, « l'un des meilleurs moyens de
respecter les différences de manière égale »751. Le respect du principe d’égalité conduirait
ainsi la loi à traiter de manière égale des personnes placées dans des situations différentes.
Le pluralisme juridique ne viole donc pas l’égalité752 mais, plutôt le respect de l’égalité
entraîne le pluralisme juridique, en permettant l’octroi des mêmes droits à partir des
situations différentes. Même si le droit de la famille offre des choix, il y a toutefois des
questions sur lesquelles toute possibilité de choix conduirait à une inégalité. Le nouveau
droit, bien qu’ayant maintenu quelques options, supprime celles matrimoniales qui sont des
sources d’inégalité dans le droit.
288. Les systèmes matrimoniaux. On entend par systèmes matrimoniaux les deux
options monogamie ou polygamie que les anciens droits africains reconnaissaient comme
formes possibles de mariage753. Le mariage était donc une union monogamique ou
polygamique754. L’adultère de la femme mariée était plus sévèrement réprimé que celui de
l’homme dans le mariage polygamique. La liberté sexuelle755 y était inégale, la polygamie
constituait donc une source d’inégalité entre l’homme et la femme. La liberté sexuelle peut
751
M.-J. REDOR-FICHOT, art. préc., p. 171.
752
P. GANNAGÉ, art. préc., p. 432.
753
J. BITOTA MUAMBA, Recherches sur le statut juridique des femmes en Afrique, Thèse, Toulouse I, 2003,
p. 148.
754
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 261 et s ; J. CARBONNIER, « Terre et ciel dans le droit français du
mariage », in Le Droit privé français au milieu du XXe siècle : Études offertes à Georges Ripert, t. 1, Études
générales. Droit de la famille, Paris, LGDJ, 1950, pp. 346 et s.
755
R. WINTEMUTE, « De l'égalité des orientations sexuelles à la liberté sexuelle. Jurisprudence européenne et
comparée », in D. Borrilo et D. Lochak, (dir), La liberté sexuelle, Paris, PUF, 2005, pp. 162-165.
159
être perçue comme la « capacité de l’individu à agir érotiquement sans contrainte »756. Le
Code des personnes et de la famille a opéré une révolution, pas des moindres, en unifiant le
droit de la famille et en supprimant la polygamie.
756
D. BORRILO, « La liberté érotique et "exception sexuelle" », in D. Borrilo et D. Lochak, (dir), La liberté
sexuelle, Paris, PUF, 2005, p. 38.
757
S. K. HONVOU, « Regard du juge constitutionnel béninois sur le principe d’égalité en droit de la famille »,
in La Constitution Béninoise du 11 décembre 1990 : Un modèle pour l'Afrique ?, mélanges en l'honneur de
Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L'Harmattan, 2014, p. 571.
758
Cf. la déc. DCC 09-081 du 30 juillet 2009 par laquelle Cour constitutionnelle du Bénin qui a déclaré les
articles 336, 337, 338 et 339 du Code pénal français de 1810 appliqué au Bénin, contraires au principe
d'égalité entre époux.
759
G. K. KÉRÉ, « La polygamie et le devoir de fidélité en droit positif camerounais », Penant, 1996, p. 129 ;
S. MELONE, « Le poids de la tradition dans le droit africain contemporain », Penant, 1971, p. 421.
760
Cf. Le Dictionnaire Le grand Robert, voy. « polygamie ».
761
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 539, p. 1192.
762
Cf. Le Dictionnaire Le grand Robert, voy. « polygamie ».
763
S. NANGA, Thèse préc., n° 377, p. 196 ; M. KANE, « La protection des droits de la femme et le maintien de
la famille sénégalaise », art. préc., p. 38.
764
Cf. art. 34 du Coutumier du Dahomey : « la polygamie existe et est légale dans toute l’étendue de la
colonie du Dahomey ».
765
Cf. art. 33 du Coutumier du Dahomey : « La polyandrie n’existait que dans certaines familles de chefs
baribas, sombas ou cabrais. Elle est en voie de disparition. Il n’est donc pas nécessaire de faire une place
dans ce travail à une institution que nous n’avons aucun intérêt à fixer au moment où elle meurt tout
naturellement » ; A. N. GBAGUIDI, « De l’option de monogamie à l’option de polygamie : la nouvelle voie
béninoise », RBSJA, n° spécial, octobre 1995, p. 25.
766
S. NANGA, Thèse préc., n° 377, p. 196 ; M. KANE, « La protection des droits de la femme et le maintien de
la famille sénégalaise », RSD, 1974, n° 16, p. 38.
160
A. Le rejet de la polyandrie
294. Plan. Il semble bien qu’il y a deux principales raisons qui ont conduit au rejet de
la polyandrie afin d’établir une égalité symétrique de liberté sexuelle entre l’homme et la
767
Voy. par exemple 1 Corinthien 13 verset 3-15 ; Ephésiens 5. 22-33 ; voy. également le Coran, 4. 3.
768
A. N. GBAGUIDI, art. préc., p. 25.
769
F. KAUDJHIS-OFFOUMOU, « L’avenir de la famille à travers des instruments juridiques internationaux et
régionaux relatifs aux droits humains », in D. Maugenest et Th. Holo (dir.), L’Afrique de l’Ouest et la
tradition universelle des droits de l’homme, Actes du colloque d’Abidjan, 13-15 mars 2006, éd. CERAP,
2006, p. 239.
770
A. N. GBAGUIDI, « Égalité des époux, égalité des enfants et le projet de Code de la famille et des
personnes du Bénin », RBSJA, n° spécial oct. 1995, p. 11.
771
S. BOLLE, « Le Code des personnes et de la famille devant la cour constitutionnelle du Bénin. La décision
DCC 02-144 du 23 décembre 2002 », Afrilex n°4, p. 339.
161
femme772. Il s’agit du risque de confusion de paternité que la polyandrie pourrait causer (1)
et du renversement du système patrilinéaire (2) qu’elle occasionnerait.
772
N. MÈDÉ, Les grandes décisions de la Cour constitutionnelle du Bénin, Saarbrücken, Éditions
universitaires européennes, 2012, p. 63.
773
Une certaine confusion de part peut résulter de la polyandrie, car la détermination de la filiation paternelle
résulte d’une simple présomption. C’est donc en cela qu’un tel choix serait une pure utopie. Á l’heure
actuelle, il est possible de dépasser toute confusion de paternité, en faisant recours à la médecine moderne.
Cependant, la polyandrie change l’ordre de la tradition africaine. Sur ce point, voy. L. A. BAFA’A-TSAGUE,
« La consécration de la monogamie dans le Code béninois des personnes et de la famille : entre affiliation à
l’universalité et écart à la réalité », in D. Maugenest et Th. Holo, (dir.), L’Afrique de l’Ouest et la tradition
universelle des droits de l’homme, Actes du colloque d’Abidjan, 13-15 mars 2006, les éditions du CERAP,
2006, p. 249.
774
La déc. DCC 02-144 du 23 décembre 2002 de la Cour constitutionnelle du Bénin.
775
S. NANGA, Thèse préc., p. 90, note de bas de page 4.
162
trouverait toute son application. Ainsi, même si une femme pourrait se marier à plusieurs
hommes à la fois, il ne peut y avoir des confusions dans la détermination de la filiation de
l’enfant car tous les enfants porteront le nom de leur mère. Le système matrilinéaire
pourrait ainsi conviendrait à un régime polyandrique. La co-paternité peut également
limiter les conflits de filiation dans un système matrilinéaire.
776
Cf. art. 121 al 1er de la Constitution : « La Cour constitutionnelle, à la demande du Président de la
République ou de tout membre de l’Assemblée Nationale, se prononce sur la constitutionnalité des lois avant
leur promulgation ».
777
S. BOLLE, art. préc., p. 318.
163
deuxième degré778. C’est ainsi que l’une des députés, Madame Rosine Soglo, a saisi le juge
constitutionnel après avoir voté contre ladite loi.
778
Ibid., p. 330. L’auteur fait la remarque d’après laquelle « la Cour se comporte comme le ferait une
seconde chambre adressant à l’Assemblée Nationale des amendements » ; Pour une analyse comparative,
voy. F. GRANET, « Perturbations dans la hiérarchie des normes juridiques » ; in Le droit privé français à la
fin du XXe siècle : Études offertes à Pierre Catala, Paris, Litec, 2001, p. 44.
779
F. GRANET, « Perturbations dans la hiérarchie des normes juridiques », art. préc., p. 42.
780
Voy. la déc. DCC 02-144 du 23 décembre 2002 de la Cour constitutionnelle du Bénin.
781
L. FAVOREU (dir.), Cours constitutionnelles européennes et droits fondamentaux, Paris, Économica, 1987,
p. 475.
782
Cf. art 142 du CPF : « seul le mariage monogamique est reconnu ».
783
L’article 143 du CPF est formulé de la manière suivante : « seul le mariage monogamique est reconnu ».
784
P. MERCIER, op. cit., p. 95.
785
S. K. HONVOU, « Regard du juge constitutionnel béninois sur le principe d’égalité en droit de la famille »,
in La Constitution Béninoise du 11 décembre 1990 : Un modèle pour l'Afrique ? – Mélanges en l'honneur de
Maurice Ahanhanzo-Glélé, Paris, L'Harmattan, 2014, p. 579.
164
suppression du système patrilinéaire. Autrefois, on pouvait bien observer que les enfants
entraient dans la lignée de leur père à travers la patrilinéarité. Mais, de nos jours, il semble
que les lignées n’existent presque que virtuellement. La famille se construit autour des
époux et des enfants ou tout au plus des ascendants au premier niveau et des collatéraux au
premier degré. Le système patrilinéaire est donc, presque totalement, dépouillé de tout son
contenu et son seul élément qui demeure est l’attribution du nom du père à l’enfant. Bien
qu’on pouvait s’attendre à plus de vigilance de la part du juge constitutionnel afin
d’éradiquer le système patrilinéaire, il demeure que le Code des personnes et de la famille
comporte des imperfections au regard du principe d’égalité car le déracinement complet de
ce système serait obtenu par l’égalité des époux dans la transmission du nom à leurs
descendants.
786
A. FOKO, « Survivance des pratiques coutumières et droit de la famille au Cameroun (à propos des
difficultés d’appréciation de la CEDEF) », in Cahiers juridiques et politiques, Revue de la Faculté des
sciences juridiques et politiques, 2009, p. 39 et s.
787
Cf. art. 133 du Code de la famille sénégalaise.
788
Cf. art. 375 du Code de la famille du Gabon.
789
Th. ATANGANA-MALONGUE, « Le principe d’égalité en droit camerounais de la famille », Revue Africaine
des Sciences Juridiques, vol. 1, n° 3, 2003, p. 171, voy. également A. FOKO, art. préc., p. 39 et s.
790
Cf. art. 257-260 du Code des personnes et de la famille du Burkina-Faso.
791
L. A. Bafa’a-Tsague, art. préc., p. 249.
792
Cf. art. 148, 5è tiret du CPF.
793
B. de BOYSSON, Mariage et conjugalité. Essai sur la singularité matrimoniale, Thèse, préf. H. Fulchiron,
Paris, LGDJ, 2011, p. 53-54 ; Cass civ. 1ère, 3 février 2004, n° 00-19838, D. 2004, p. 2963, obs.
J.-J. Lemouland ; JCP 2004, II, 10074, note K. Bottini ; RTD civ. 2004, 267, obs. J. Hauser ; Dr. fam. 2004,
n° 47, note Larribau-Terneyre ; AJ. fam., 2004, p. 144, obs. F. Bicheron ; Defrénois 2004, 1067, n° 47, note
M. Revillard.
794
Cf. art 148 du CPF : « la nullité du mariage doit être prononcée : - lorsqu’il a été contracté sans le
consentement de l’un des époux ; - lorsque les conjoints ne sont pas de sexes différents ; - lorsque l’un des
165
dans le droit béninois de la famille a été obtenue grâce à l’activisme du juge constitutionnel
béninois qui a lu avec rigueur l’article 26 de la Constitution du Bénin. Cependant, la
suppression de la polygamie par le droit n’a pas changé totalement les pratiques et on
assiste à l’éclosion de la polygamie de fait.
époux n’avait pas l’âge requis en l’absence de dispense ; - lorsqu’il existe entre les conjoints un lien de
parenté ou d’alliance prohibant le mariage ; - lorsque l’un des conjoints était dans les liens d’une union
antérieure non dissoute ».
795
Selon l’INSAE, la part de la population sans instruction s’établit en 2002 à 57% pour l’ensemble du
Bénin.
796
L. A. BAFA’A-TSAGUE, art. préc.,., p. 252 ; c’est une formule consacrée pour désigner les maîtresses que
les hommes possèdent en dehors de leur femme au foyer.
797
A. N. GBAGUIDI, « De l’option de monogamie à l’option de polygamie : la nouvelle voie béninoise »,
RBSJA, n° spécial, octobre 1995, p. 33.
798
Il y a une certaine prédominance de la monogamie : 73% des hommes sont mariés à une seule épouse et
61% de femme n’ont pas de coépouses dans leur union conjugale au moment du recensement, voy. les
résultats du recensement de 2002 par l’INSAE.
799
Selon les statistiques établies par L’INSAE en 2002, il est noté une certaine évolution de la pratique de la
polygamie : 31% en 1992, 31% en 1979 et 27% en 2002.
800
J.-C. JAMES, « Les unions para-matrimoniales en droit Gabonais de la famille », in Afrique juridique et
politique, vol. 2, n° 1, La revue du CERDIP, janv.-juin 2003, pp. 82-124.
801
Cf. art. 142 du CPF.
166
pas une certaine forme d’ouverture au concubinage, même adultérin ? Il est parfois
nécessaire de faire appel à la législation pénale afin de circonscrire les comportements
humains dans une limite donnée. Il conviendrait en conséquence de réfléchir à une sanction
pénale de la polygamie de fait afin de dissuader et de réprimer les manœuvres
frauduleuses.
309. Une question d’ordre public. Le droit pénal applicable au Bénin sanctionne le
double mariage. Aux termes des dispositions de l’article 340 alinéa 1er du droit pénal
applicable au Bénin : « quiconque étant engagé dans les liens du mariage en aura
contracté un autre avant la dissolution du précédent sera puni d'un emprisonnement de six
mois à trois ans et d'une amende de 12.000 francs à 1.200.000 francs »804. Or le double
mariage suppose la célébration de deux unions devant un officier de l’état civil. Le
concubinage adultérin ne peut pas être réprimé par cette disposition puisqu’il ne s’agit pas
d’un double mariage. Il existait autrefois une sanction civile du concubinage qui consistait
à priver les enfants de tout droit. Ayant jugé de l’illégitimité de cette mesure et en
uniformisant presque totalement les droits des enfants quelle que soit la nature de leur
filiation, il n’existe donc plus de mesures de sanctions du concubinage adultérin alors
même que la bigamie est désormais une question d’ordre public. Les doubles ménages
peuvent être contrôlés à travers la sanction pénale de la bigamie.
802
La loi du 23 décembre 1942, publiée au Journal Officiel de la République française du 26 décembre 1942.
803
B. de BOYSSON, Thèse préc., pp. 53-54 ; Cass civ. 1ere, 3 février 2004, n° 00-19838 : D. 2004, p. 2963,
obs. J.-J. Lemouland ; JCP 2004, II, 10074, note K. Bottini ; RTD civ. 2004, 267, obs. J. Hauser ; Dr. fam.
2004, n° 47, note Larribau-Terneyre ; AJ. fam. 2004, p. 144, obs. F. Bicheron ; Defrénois 2004, 1067, n° 47,
note M. Revillard.
804
Cf. art. 340 du Code pénal applicable au Bénin.
805
F. BICHERON, « L'illicéité de la preuve en droit de la famille », in Mélanges en l'honneur du professeur
Gérard Champenois, Paris, Defrénois, 2012, n°, p. 37.
167
806
Ph. MALAURIE et P. MORVAN, Introduction au droit, Paris, 5è éd. Defrénois, Lextenso, 2014, n° 245.
807
Ph. DELEBECQUE, J.-D. BRETZNER et Th. VASSEUR, « Droit de la preuve », D. 2008, chron. p. 1824 ;
Crim. 31 janv. 2007, n° 06-82.383, Bull. crim. n° 2 ; AJ pénal 2007, p. 144, obs. E. A. ; D. 2007.
Chr. C. cass. 1817, obs. D. Caron et S. Menotti ; RSC 2007, p. 331, obs. R. Filniez, (le même procédé ne peut
être admis en matière civile (Soc. 23 mai 2007, n° 06-43. 209, Bull. civ ; n° 85 ; D. 2007. Jurisp. 2284).
808
F. BICHERON, art. préc., n° 3, p. 38.
809
Ibid.
810
La DCC 09-081 du 30 juillet 2009 de la Cour constitutionnelle du Bénin a déclaré les articles 336 à 339
du Code pénal contraires à la Constitution et le projet de Code pénal n’est pas encore voté. Doit-on, dans ce
cas, parler de vide juridique ou simplement de la dépénalisation de l’adultère ?
811
G. CORNU (dir.), Vocabulaire juridique, voy. « Adultère ».
812
J. CARBONNIER, « Terre et ciel dans le droit français du mariage », in Le Droit privé français au milieu du
XXe siècle : études offertes à Georges Ripert, t. 1, études générales. Droit de la famille, Paris, LGDJ, 1950,
p. 340 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, Traité de droit civil, la famille, fondation et vie de la famille, in
J. GHESTIN (dir.), Paris, 2è éd., LGDJ, 1993, n° 1013.
813
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1013. Parmi les causes du divorce pour faute, figure l’adultère
(art. 234, 2e tiret du CPF). Cependant, la procédure de divorce pour faute exige du juge, de tenter la
168
314. La constitution du délit d’adultère. Aux termes des dispositions de l’article 339
du Code pénal : « le mari qui aura entretenu une concubine dans la maison conjugale, et
qui aura été convaincu sur la plainte de la femme sera puni d’une amende de 24 000
francs à 480 000 francs. Toutefois, en cas de mariage célébré selon la coutume locale, les
dispositions du présent article ne sont pas applicables aux citoyens ayant conservé leur
statut particulier à l’exception de ceux d’entre eux qui auront renoncé à la polygamie
coutumière, soit par un acte spécial, soit à l’occasion de leur mariage lorsque celui-ci
aura été célébré selon le Code civil »817. Le délit d’adultère pour le mari ne peut être
constitué qu’au domicile conjugal. Il faut que le mari entretienne une concubine au
domicile conjugal818. Or il n’y a pas une disposition spéciale sur la constitution du délit
d’adultère de la femme. L’article 336 du Code pénal prévoit néanmoins que « l'adultère de
la femme ne pourra être dénoncé que par le mari : cette faculté même cessera, s'il est dans
le cas prévu par l'article 339 »819. Par déduction, on estime que l’adultère de la femme
peut être constaté à tout endroit820, ce qui n’est pas le cas de l’adultère de l’homme. Le
conciliation (art. 236 et s. du CPF). On peut aisément déduire que même en cas d’adultère, le juge doit tenter
la conciliation, ce qui fait dire que l’adultère n’est plus une cause péremptoire de divorce.
814
Cf. art. 234 du CPF.
815
G. K. KERE, art. préc., p. 130 ; S. MELONE, art. préc., p. 421.
816
Le Coutumier du Dahomey (art. 135 et s.) comme le Code pénal (art. 336 à 339) condamnent seulement
l’adultère de l’épouse.
817
Cf. art. 339 du Code pénal appliqué au Bénin.
818
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1013.
819
Cf. art. 336 du Code pénal appliqué au Bénin.
820
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1014, spéc. p. 744.
169
délit d’adultère est en somme un « délit d’habitude »821 pour l’homme. On comprend donc
que les relations sexuelles extraconjugales peuvent donc être parfois détachables de
l’adultère pour l’homme.
821
I. SALAMI, « La question préjudicielle de constitutionnalité sur l’adultère. Les cas du Bénin et du Congo »,
in Revue trimestrielle d’informations juridiques et judiciaires, n° 025 et 026, nov. déc. 2010 ; jan. fév. 2011,
p. 25.
822
G. K. KERE, art. préc., p. 129 ; S. MELONE, art. préc., p. 421.
823
Cf. infra n° 353.
824
Aux termes des dispositions de l’article 337 du Code pénal, « la femme convaincue d’adultère et, en cas
de mariage célébré selon la coutume locale, celle qui, sans motif grave ou hors des cas prévus par ladite
coutume, aura abandonné le domicile conjugal, subira la peine de l’emprisonnement pendant trois mois au
moins et deux ans au plus. Le mari restera maître d’arrêter l’effet de cette condamnation en consentant à
reprendre sa femme ».
825
Cf. article 324 du Code pénal appliqué au Bénin.
170
317. La tradition. L’adultère de la femme était plus sévèrement punie que celui de
l’homme quelle que soit la tradition. Pour preuve, le Code pénal français qui traduit
logiquement les coutumes françaises punit plus sévèrement l’adultère de la femme que
celui de l’homme. Il en est de même dans le Coutumier du Dahomey827. Ces deux textes
conçoivent et répriment de façon différente l’adultère de l’homme et de la femme.
D’ailleurs, dans les traditions au Bénin, l’adultère du mari n’existait pas828. Le Coutumier
du Dahomey ne punit pas l’adultère du mari, l’adultère du mari n’est jamais punissable829.
318. Les fondements de la rigoureuse répression de l’adultère de la femme au
Bénin. Le Code pénal punit plus sévèrement l’adultère de la femme en raison des
confusions de paternité qu’il peut occasionner. Il semble que les raisons qui ont prévalu à
cette inégalité dans la conception de l’adultère sont mythiques. En effet, il existe une
conception largement partagée au Bénin qui démontre que l’adultère de la femme est une
source de malédiction830 pour son époux et peut occasionner son décès831. Ainsi, on
observe chez les gouns832, par exemple, que l’adultère entraîne immanquablement la
rupture du mariage puisque l’époux ne peut vivre avec la femme adultère au risque de
tomber malade. D’autres coutumes considèrent la femme adultère comme impure et pour
826
Aux termes des dispositions de l’article 339 du Code pénal, « le mari qui aura entretenu une concubine
dans la maison conjugale, et qui aura été convaincu sur la plainte de la femme, sera puni d'une amende de
cent francs à deux mille francs ».
827
Cf. art. 135 du Coutumier du Dahomey : « l’adultère n’est interdit qu’à la femme. Dans ce cas, il est
considéré comme un vol d’une femme par le complice. C’est pourquoi ce dernier est toujours, ou lorsque,
puni plus sévèrement (le double généralement de la peine infligée à la femme) ou même est seul puni ».
828
A. HOUNGBÉDJI, Le droit de la famille dans les coutumes du bas-Bénin, Thèse, Paris, 1967, p. 194.
829
Cf. art. 137 du Coutumier Dahomey.
830
A. HOUNGBEDJI, Thèse préc., p. 194.
831
Cf. art. 139 du Coutumier juridique : « chez les gouns, au contraire, le divorce entraîne la rupture du
mariage : le mari ne peut garder la femme adultère car il tomberait malade. La femme est considérée comme
n’appartenant plus au mari du jour de l’adultère. L’enfant adultérin appartient au mari, à moins que la
femme ne dénonce le véritable père et que celui-ci ne l’épouse ; dans ce cas, il est à lui. (Les gouns disent
qu’il faut que les enfants soient au véritable père et ils s’efforcent toujours de le connaître). Dans
« l’Atlantique » le mari se contente d’une indemnité qui sert à purifier la femme. Il en est de même chez les
populations de l’Ouémé » ; voy. aussi A. HOUNGBEDJI, Thèse préc., pp. 194 et s.
832
Les gouns sont une ethnie qui se rencontre au sud du Bénin.
171
que l’union conjugale se maintienne, la femme doit être purifiée. C’est notamment le cas
chez les populations de l’Atlantique, de l’Ouémé et chez les nagots833. Certaines coutumes
au Bénin vont jusqu'à interdire l’accès au domicile conjugal à l’épouse adultère pour
quelques motifs que ce soit. L’adultère de la femme conduisait dans une large mesure au
divorce, même en cas de viol, puisqu’il y a déjà relation intime avec autrui. Elle encourait
les mêmes sanctions que lorsqu’elle y a consenti. Ces données ont évolué avec le Code des
personnes et de la famille.
délit l’adultère a conduit le juge constitutionnel a déclaré les articles 336 à 339 du Code
pénal discriminatoires avec les conséquences qui en découlent836. La fin, ne serait-ce que
provisoire de l’adultère est ainsi annoncée.
836
Voy. DCC 09-081 du 30 juillet 2009 de la Cour Constitutionnelle du Bénin. Saisi d’une exception
d’inconstitutionnalité sur les articles 336 à 339 du Code pénal, il a constaté « qu’il résulte de la lecture des
articles 336 à 339 du Code pénal que le législateur a instauré une disparité de traitement entre l’homme et la
femme en ce qui concerne les éléments constitutifs du délit ; que dans le cas d’espèce, alors que l’adultère du
mari ne peut être sanctionné que lorsqu’il est commis au domicile conjugal, celui de la femme est sanctionné
quel que soit le lieu de commission de l’acte ; que l’incrimination ou la non incrimination de l’adultère ne
sont pas contraires à la Constitution, mais que toute différence de traitement de l’adultère entre l’homme et
la femme est contraire aux articles 26 de la Constitution, 2 et 3 de la Charte africaine des droits de l’homme
et des peuples ; qu’en conséquence, les articles 336 à 339 du Code pénal sont contraires à la Constitution ».
837
L’effet d’une décision rendue sur saisine par exception d’inconstitutionnalité est discuté. Pour certains,
elle a un effet erga omnes alors que d’autres pensent le contraire. Il ne s’agit pas d’une abrogation à
proprement parler de la disposition visée qui est l’œuvre du législateur mais il s’agit plutôt d’une mise en
veilleuse de la disposition. Sur cette question, voy. I. SALAMI, art. préc., p. 29 et s ; voy. également
Th. HOLO, « Émergence de la justice constitutionnelle », Revue Pouvoirs, n° 129, 2009, p. 107.
838
I. SALAMI, art. préc., p. 33.
839
La décision DCC 09-081 du 30 juillet 2009 n’est plus la seule, car le juge constitutionnel a, par la décision
DCC 14-172 du 16 septembre 2014, rendu les dispositions des articles 8, 12.2, 13 et 18 de la loi n° 65-17 du
23 juin 1965 portant Code de la nationalité béninoise contraire à la Constitution du Bénin.
840
Les articles 367 et 368 du projet de Code pénal de 2001 répriment sans discrimination l’adultère de
l’époux et de l’épouse d’une amende de 50.000 à 250.000 francs sur dénonciation de son conjoint ; voy.
I. SALAMI, art. préc., p. 32.
173
CONCLUSION DU CHAPITRE I
841
Comité des droits de l'homme des Nations Unies, Observation Générale n° 28 : Equality of rights between
men and women (art. 3), adopté le 29 mars 2000, point 24 : « la polygamie est incompatible avec l’égalité de
traitement en ce qui concerne le droit de se marier. La polygamie est attentatoire à la dignité de la femme.
Elle constitue, en outre, une inadmissible discrimination à son égard ».
174
CHAPITRE II :
L’ÉGALITÉ DANS LES RELATIONS AU SEIN DES COUPLES
Les relations pécuniaires s’opposent aux relations pécuniaires entre époux. Celles-
ci ont des effets sur les intérêts pécuniaires des époux. Elles englobent les régimes
matrimoniaux et les successions847. L’ensemble du régime des relations pécuniaires n’est
842
Dans le Code des personnes et de la famille, seuls les articles 6, 12, 15, 139, 145, 146, 147, 156, 202, 300,
303, 304, 305, 307, 308, 310, 315, 479 et 488 utilisent l’expression « mari ». Les articles 12, 15, 113, 124,
139, 149, 156, 202, 261, 278, 305, 315, 321, 322, 325, 330, 331, 479, 888 utilisent l’expression « femme ».
Pour le reste, le législateur a voulu être neutre en utilisant soit l’expression conjoint ou époux.
843
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, introduction, les personnes, la famille, l’enfant, le couple, Paris, PUF,
2004, n° 547, p. 1215 et s. ; Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, Droit civil, la famille, Paris, 4è éd. Defrénois,
2011, n° 1470 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, Traité de droit civil, la famille, fondation et vie de la
famille, in J. Ghestin (dir.), Paris, 2è éd., LGDJ, 1993, n° 1009.
844
J. CARBONNIER, op cit. et loc. cit.
845
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1470.
846
J. CARBONNIER, op. et loc. cit.
847
J. CARBONNIER, op. et loc. cit.
175
pas d’ordre public. Il existe un régime impératif concernant les régimes matrimoniaux. Il
est régi par les articles 164 à 176 du Code des personnes et de la famille. Les époux ont
une grande latitude dans les rapports pécuniaires mais ils ne peuvent pas déroger au régime
impératif qui est d’ordre public.
327. Plan. Le fonctionnement du ménage est ici en question et l’accent sera mis sur
les relations personnelles (section 1) et pécuniaires (section 2) des époux qui peuvent faire
partie du noyau dur de l’égalité en droit béninois de la famille.
328. Plan. Il sera examiné l’ensemble des rapports personnels irrigués par le
principe d’égalité en droit béninois de la famille. On remarquera globalement qu’après
avoir consacré la capacité juridique distincte de chaque époux (§ 1), le législateur a essayé
de créer une union personnelle égalitaire entre eux (§ 2).
330. Les évolutions des rapports personnels entre époux. Initialement privée de la
capacité juridique, la femme mariée l’acquiert au Bénin avec le Code des personnes et de
la famille. Le Code civil français de 1804 a organisé le droit de la famille autour d’un
848
G. CORNU (dir.), Vocabulaire juridique, voy. « Capacité ».
849
PH. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1828.
850
PH. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. et loc. cit.
851
E. GAILLARD, La notion de pouvoir en droit privé, Thèse, préf. G. Cornu, Paris, Économica, 1981,
n°s 64-76.
176
chef852 afin d’assurer l’unité du ménage. La femme est celle sur qui pesaient les
sacrifices853. Elle était subordonnée à son mari pour l’unité du ménage. C’est ainsi qu’il a
été institué la puissance maritale et l’incapacité de la femme mariée. Les actes pris par la
femme n’étaient pas valables. En 1938, la capacité juridique de la femme a été
symboliquement854 consacrée par la loi du 18 février 1938 en dépit du fait que la puissance
maritale a conservé ses principaux attributs855. La puissance maritale a été retirée du droit
français par la loi du 22 septembre 1942856. Elle subsistera cependant dans le droit français
jusqu’en 1970 à travers l’article 213 du Code civil français qui dispose que « le mari est le
chef de la famille »857. Or le Code civil applicable au Bénin est le Code civil français avec
ses mises à jour jusqu’en 1958. Le droit moderne appliqué au Bénin reconnaissait par
conséquent la puissance maritale et l’incapacité de la femme mariée puisque le mari était
demeuré le chef de la famille.
852
H. MAZEAUD, « Une famille sans chef », (Le projet de loi relatif à la filiation) », D. 1971, Chron., p.141.
Le Doyen Carbonnier parle à ce sujet des deux techniques traditionnelles de subordination ; voy. Droit civil,
t. 1, n° 552, p. 1229.
853
J. CARBONNIER, op. et loc. cit.
854
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1004.
855
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1828 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1005 ;
J. CARBONNIER, op. cit., n° 552, p. 1229.
856
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1004 ; J. CARBONNIER, op et loc. cit.
857
Cf. article 213 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
858
Cf. art. 122 du Coutumier du Dahomey : « les relations au cours du mariage sont placées sous la règle de
l’obéissance au mari. La femme doit s’occuper du ménage et des enfants jusqu’à l’âge de 3 à 5 ans. Elle doit
fidélité au mari. L’homme doit bien traiter sa femme, la loger, la nourrir et la vêtir. Il n’est pas tenu à la
fidélité. En général, il doit ses faveurs à toutes ses femmes. Il doit cependant cesser toutes relations avec
elles dès qu’elles deviennent enceintes et pendant toute la durée de l’allaitement. Il est aussi tenu d’aider la
famille de sa femme dans le malheur ou simplement la gêne ».
859
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1005.
860
En France, la loi du 23 décembre 1958 a supprimé toutes les inégalités en droit de la famille ; voy.
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1471 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n°s 1003-1005 ;
J. CARBONNIER, op et loc. cit.
177
861
J. CARBONNIER, op et loc. cit.
862
J. BAUGNIET, « L'égalité des époux en droit belge », in Mélanges dédiés à Gabriel Marty, Toulouse,
Université des sciences sociales, 1978, p. 46.
863
Cf. RIPERT et BOULANGER, Traité de droit civil d’après le traité de Planiol, Paris, LGDJ, t. 1, n° 2140 ;
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1002.
864
Le mari paraît à lui seul incarner le ménage ; voy. J. Carbonnier, op et loc. cit.
865
Cf. art. 213 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
866
Cf. art. 213 du Code civil français rendu applicable au Bénin ; RIPERT et BOULANGER, Traité de droit civil
d’après le traité de Planiol, Paris, LGDJ, t. 1, n° 2142.
867
Cf. Genèse 2. 22 ; voy. également M. HOFFERT, L'évolution des droits des femmes conditionnée par la
protection de la famille, Thèse, Laval et Strasbourg, 2007, p. 22.
178
entre ses mains tous les pouvoirs868. Pour faire asseoir la puissance maritale, il s’est avéré
important de soumettre la femme à l’obéissance et à l’autorité de son mari869.
868
C’est l’idée que véhiculait l’une des boutades de Bonaparte lors de la discussion devant le Conseil d’État.
Bonaparte aurait dit : « la nature a fait de nos femmes nos esclaves. Le mari a le droit de dire à sa femme :
« Madame, vous ne sortirez pas! Madame, Vous n'irez pas à la Comédie! Madame, vous ne verrez pas telle
personne !". C'est à dire "Madame, vous m'appartenez corps et âme" ».
869
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1002, p. 734 ; Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit.,
n° 1471.
870
La place donnée à la femme dans le Code civil français a poussé Mme de Lauribar a titré l'un de ses
ouvrages Le Code de l'éternelle mineure en 1922 ; voy. RIPERT et BOULANGER, op. cit., n° 2143.
871
RIPERT et BOULANGER, op. et loc. cit.,
872
J. CARBONNIER, Droit et passion du droit sous la Ve République, Paris, Flammarion, 1996, p. 212.
873
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1002.
874
H. MAZEAUD, art. préc., p. 141 ; A.-M. BOURGEOIS, « La loi du 13 juillet 1965 et les séquelles du statut
d’infériorité de la femme mariée », RTD civ. 1968, p. 69 ; C. BRUNETTI-PONS, « Réflexions autour de
l’évolution du droit de la famille », Dr. fam. n° 5, mai 2003, chron. 15 ; J. CARBONNIER, « Terre et ciel dans
le droit français du mariage », in Le Droit privé français au milieu du XXe siècle : études offertes à Georges
Ripert, t. 1, études générales. Droit de la famille, Paris, LGDJ, 1950, p. 328 ; R. DECOTTIGNIES, « Requiem
pour la famille africaine », Ann. afr. 1965, p. 251 ; P. GANNAGÉ, « Le principe d’égalité et le pluralisme des
statuts personnels dans les États multicommunautaires », in L'avenir du droit – Mélanges en hommage à
François Terré, Paris, Dalloz, 1999, p. 437 ; A. N. GBAGUIDI, « Égalité des époux, égalité des enfants et le
projet de Code de la famille et des personnes », RBSJA, n° spécial oct. 1995, p. 3-24 ; J. POUSSON-PETIT,
« La mutation des principes fondamentaux dans les droits des personnes et de la famille en Europe », in
179
deux chefs875. D’autres parleront de « la mort du père »876. Il n’existe presque plus de
droits du mariage organisés en catégorie selon qu’il s’agisse du mari ou de la femme. Au
lieu des droits et devoirs respectifs des époux comme consacré par le Code civil français
rendu applicable au Bénin en son chapitre VI, le législateur béninois du Code des
personnes et de la famille évoque désormais les obligations du mariage au chapitre V du
livre deuxième consacré à la famille. La capacité juridique de la femme est ainsi consacrée.
J. KRYNEN et M. HECQUARD-THÉRON (dir.), Regards critiques sur quelques (r)évolutions récentes du droit,
Toulouse, Presses de l’Université des sciences sociales de Toulouse, t. 1, 2005, pp. 35-83.
875
G. CORNU, « La refonte dans le Code civil français du droit des personnes et de la famille », in G. Cornu,
L’art du droit en quête de sagesse, Paris, PUF, 1998, p. 372.
876
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1002, spéc. p. 734.
877
M. HOFFERT, Thèse préc., p. 6.
878
Cf. Ephésiens 5. 22 à 5. 24 ; Ephésiens 5. 22 « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au
Seigneur » ; Ephésiens 5. 23 : « car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Église, qui
est son corps, et dont il est le Sauveur » ; Ephésiens 5. 24 : « Or de même que l'Église est soumise à Christ,
les femmes aussi doivent l'être à leurs maris en toutes choses ».
879
M. HOFFERT, Thèse préc., p. 46.
880
R. SAVATIER, Le droit, l'amour et la liberté, Paris, 2è éd., LGDJ, 1963, pp. 85-86.
881
J. BAUGNIET, art. préc., p. 55.
180
341. L’égale capacité juridique des époux. On peut conclure, avec un peu
d’hésitation, que « les deux institutions qui symbolisaient encore dans ce domaine l'état de
dépendance de la femme »886 – la puissance maritale et l'incapacité de la femme mariée –
ont connu des bouleversements au point d’être supprimées. La femme retrouve ainsi, ne
serait-ce que par la loi, la pleine capacité juridique. Le mariage n’a plus d’autres effets sur
la capacité juridique de la femme mariée que ceux reconnus sur la capacité juridique du
mari à savoir que le régime matrimonial peut limiter la capacité juridique de chaque
époux887. Au demeurant, on pourrait bien s’interroger sur l’effectivité de la pleine capacité
juridique distincte de chaque époux au sein de la société béninoise en dépit de sa
consécration par la loi.
882
Cf. art. 217 du Code civil français rendu applicable au Bénin ; voy. A. CROTEAU, « Les dettes de la
communauté nées du chef de la femme recourant à l'autorisation judiciaire de l'art. 217 », D., 1974, Chron.
p. 5.
883
Cf. art. 178 du CPF qui reprend in extenso les termes de l’art. 217 du Code français civil actuel : « un
époux peut être autorisé par justice à passer seul un acte pour lequel le concours ou le consentement de son
conjoint serait nécessaire, si celui-ci est hors d’état de manifester sa volonté ou si son refus n’est pas justifié
par l’intérêt de la famille. L’acte passé dans les conditions fixées par l’autorisation de justice est opposable
à l’époux dont le concours ou le consentement a fait défaut ».
884
Tandis qu’en 1970, la qualité du mari, chef de famille, était rayée du Code civil français par la loi du 4
juin 1970, elle continuait à avoir légalement court au Bénin jusqu'en 2004. Le Code civil français avec ses
réadaptions qui l'ont complété jusqu'en 1958 étaient la loi applicable au Bénin. En clair, jusqu’en 2004 au
Bénin, le mari continuait d'être le chef de famille.
885
Voy. supra n°s 67 et s.
886
J. BAUGNIET, art. préc., p. 46.
887
Cf. art. 173 du CPF : « chaque époux a la pleine capacité juridique ; mais ses droits et pouvoirs sont
limités par l’effet du régime matrimonial et les dispositions ci-après ».
181
888
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n°s 131 et s.
889
Cf. art. 1018 du CPF : « les dispositions du présent Code s’appliquent aux actes et faits juridiques
postérieurs à son entrée en vigueur ainsi qu’aux conséquences que la loi tire des actes et faits antérieurs
ayant créé une situation juridique régulière au regard de la coutume et de la loi ».
890
Il semble bien que les prescriptions du CPF qui vont à l’encontre de l’ensemble des principes reconnus par
la coutume sont difficiles à respecter car les populations font plus recours à la coutume qu’aux lois dans leur
vécu quotidien. En général, ce n’est qu’en cas de différends qu’elles se posent des questions sur les
prescriptions législatives.
891
J. CARBONNIER, Sociologie juridique, Paris, 2è éd., PUF, 2004, p. 358.
892
J. CARBONNIER, op. cit., p. 358.
182
personnes et de la famille du Bénin opposent de plus en plus leur capacité juridique à leur
époux et l’exercent librement. Elles résistent, ne serait-ce qu’un peu, à l’autorité du mari.
On peut donc dire que la loi a établi l’égalité entre homme et femme sur la capacité
juridique des époux qui est effective en dépit des habitudes prises par les couples anciens.
La suppression de l’Ancien droit par le Code des personnes et de la famille paraît effective
au sujet des nouveaux couples893. L’organisation des relations personnelles au sein du
couple conduit également le législateur à la création d’une union personnelle égalitaire
entre époux.
344. Plan. Il est plausible de faire observer que le droit de la famille tel qu’il est vécu
il y a quelques années a fondamentalement changé894. La division des rôles selon le sexe
dans la famille a connu une véritable métamorphose au point que le sexe n’est plus un
élément déterminant du partage des rôles dans la famille. On distingue désormais
uniquement entre les obligations mutuelles895 (A) des époux et leur fonction conjointe (B).
893
Au Bénin, la pratique de la recherche de l’accord du mari avant de contracter avec la femme mariée est en
recul. Sur 1000 personnes interrogées, seuls 371 recherchent encore l’avis du mari avant de contracter avec
sa femme. Les autres n’y font plus recourt ; voy. annexe I, question 5.
894
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1002 ; R. SAVATIER, op. cit., p.80 ; I. THÉRY, Couple filiation
et parenté aujourd’hui. Le droit face aux mutations de la famille et de la vie privée, p. 13 ;
F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ (dir.), Rénover le droit de la famille. Propositions pour un droit adapté aux réalités
et aux aspirations de notre temps, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, Paris, La
documentation française, 1999, pp. 11-12.
895
J. ROCHE-DAHAN, « Les devoirs nés du mariage, obligations réciproques ou obligations mutuelles ? »,
RTD civ. 2000, pp. 735 et s.
896
Contrairement à d’autres législations dans lesquels l’aspect moral des charges du mariage a été mis en
avant, le législateur béninois a préféré montrer l’aspect juridique de ces charges. Le mot « obligation » est
très évocateur de la conception sociale initiale du mariage au Bénin, conception qu’il faut rompre pour faire
régner l’égalité au sein de la famille. La famille étant jadis dirigée par son chef, le père de la famille ; les
relations personnelles étaient aussi sous son règne.
183
des époux trouve son fondement dans l’article 153 du Code des personnes et de la famille
aux termes duquel « les époux s’obligent à une communauté de vie. Ils se doivent respect,
secours et assistance »897. Les époux s’obligent ainsi par le mariage à une communauté de
vie. Ils ont également les devoirs mutuels de respect, de secours et d’assistance et le devoir
de fidélité. Ces devoirs opèrent comme des obligations contractuelles. Le mari doit
respecter sa femme et inversement. Pour mieux cerner le contenu égalitaire de ces
obligations, il convient de les examiner séparément.
346. Plan. Il apparaît nécessaire d’aborder, d’une part, le devoir de communauté de vie
(1) et, d’autre part, les obligations de respect, d’assistance et de fidélité (2). L’obligation de
secours a un aspect pécuniaire898 et en conséquence, elle ne sera pas étudiée dans cette
rubrique.
897
Cf. art 153 du CPF.
898
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1031.
899
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 547, p. 1216 ; Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1479. Ces
auteurs, conformément au droit canonique, distinguent trois éléments constituant le devoir de communauté de
vie des époux alors que pour d’autres auteurs comme J. Hauser et D. Huet-Weiller, la communauté de vie
présenterait deux aspects, un aspect charnel, la vie sexuelle des époux, un aspect plus matériel, la vie sous un
même toit – op. cit., n° 1018.
900
J. CARBONNIER, op. cit., t. 1, n° 547, p. 1217.
901
A. SERIAUX, « Concubinage formel et mariage informel. Réflexions sur le rôle des formes dans la
constitution du couple », in Brunetti-Pons (dir.,), La notion juridique de couple, Paris, Économica, 1998,
p. 43 ; J. HAUSER, « Des détournements du mariage », RTD Civ. 1991, p. 296 ; J. HAUSER, « Les époux
séparés : un mariage en service minimum ? », RTD civ. 1993, p. 103 ; G. HENAFF, « La communauté de vie
du couple en droit français », RTD Civ. 1996, p. 558 ; J. ROCHE-DAHAN, « Les devoirs nés du mariage.
Obligations réciproques ou obligations mutuelles ? », préc., p. 746.
184
époux et forcé par l’autre ; c’est le cas du viol902. Dans l’un ou l’autre des cas, toute
violation du devoir de cohabitation charnelle des époux appelle des sanctions ; ce qui
renforce l’aspect obligatoire de ce devoir.
Si, pendant longtemps, la possibilité du viol entre époux a été discutée908, de nos jours,
le viol entre époux existe et est sanctionné909. Il existe depuis 2012 une loi sur la
prévention et la répression des violences faites aux femmes qui répriment le viol entre
époux. Le devoir de communauté de vie dans son aspect charnelle incombe aux deux
époux qui encourent les mêmes sanctions en cas de violation de ce devoir.
On peut noter qu’une certaine égalité est établie sur la cohabitation charnelle qui est un
devoir pour lequel des époux s’obligent mutuellement en se mariant. Il ne s’agit d’ailleurs
pas d’une question nouvelle. Elle est juste renforcée de nos jours par la répression du viol
entre époux.
902
J. HAUSER, « Viol entre époux », RTD Civ. 1991, p. 310 ; Journal of Family Law, 1990, vol. 28, p. 489,
note. M. D. A. Freeman ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1023.
903
Civ. 2è, 16 déc. 1963 ; D. 1996, 227.
904
TGI Dieppe 25 juin 1970 ; Gaz. Pal. 1970, 2, 243 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1024,
spéc. p. 751.
905
Cf. art. 263 du CPF : « en cas de divorce prononcé aux torts exclusifs de l’un des époux, le juge peut
allouer à l’époux qui a obtenu le divorce des dommages et intérêts pour le préjudice matériel et moral que
lui cause la dissolution du mariage, compte tenu, notamment, de la perte de l’obligation d’entretien. Le juge
décide, selon les circonstances de la cause, si ces dommages et intérêts doivent être versés en une seule fois
ou par fractions ».
906
TGI Dieppe, 25 juin 1970, Gaz. Pal., 1970, 2, 243 ; JCP, 1970, II, 1655.
907
P. OURLIAC et J.-L. GAZZANIGA, Histoire du droit privé français, Paris, éd. Albin Michel, 1985, p. 291 ;
P. OURLIAC, « L’indissolubilité du mariage dans l’Ancien droit », LPA, 20 avril 1984, p. 5.
908
L’un des arguments pour lesquels le viol entre époux a souvent été rejeté est, l’existence du mariage qui
suppose un consentement préalable aux relations charnelles et ainsi, la violence dans ce domaine ne serait pas
illégitime ; voy. R. VOUIN et M. L. RASSAT, Droit pénal spécial, Paris, 5e éd., Dalloz, 1983, n° 304 ;
J. DEVEZE, « La sexualité dans le droit pénal contemporain », Ann. de l'Université des Sciences sociales de
Toulouse, 1985, p. 29.
909
Cf. art. 3, 12è tiret de la loi n° 2011-26 portant prévention et répression des violences faites aux femmes au
Bénin : « tout acte de pénétration vaginale, anale ou buccale par le sexe d’autrui ou la pénétration vaginale
ou anale par un quelconque objet sans le consentement intelligent et volontaire de la personne pénétrée.
Cependant le consentement n’est pas valable chez les femmes mineures de moins de seize (16) ans ».
185
La communauté de vie ainsi analysée peut être considérée comme faisant partie du
noyau dur de l’égalité en droit de la famille au Bénin malgré l’incertitude de l’égalité sur
l’un de ces éléments constitutifs qu’est la communauté de toit912. En marge du devoir de
communauté de vie, les époux ont aussi les devoirs de fidélité, de respect et d’assistance
entre eux.
352. Plan. La fidélité, le respect et l’assistance entre époux sont, à l’instar du devoir de
la communauté de vie, des obligations mutuelles des époux qui font partie du noyau dur de
l’égalité en droit béninois de la famille. Après l’étude du devoir de fidélité entre époux (a),
il sera analysé les devoirs de respect et d’assistance (b) en faisant ressortir leur aspect
égalitaire entre époux.
353. Les aspects du devoir de fidélité. Le devoir de fidélité peut s’appréhender sous
deux formes. La première serait une obligation de fidélité physique et l’autre concernerait
la fidélité morale. La fidélité physique recommande aux époux de s’abstenir de tout rapport
sexuel avec un autre913 tandis que la fidélité morale interdit les simples intrigues
amoureuses avec une personne autre que le conjoint914. L’évolution du droit béninois de la
910
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1481.
911
G. CORNU, Droit civil, la famille, Paris, 9e éd., Montchrestien, 2007, n° 22, p. 47.
912
Cf. supra n° 351.
913
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 547, p. 1220 ; S. BEN HADJ YAHIA, La fidélité et le droit, Thèse, préf.
B. Beignier, Paris, LGDJ, 2013, n° 683.
914
J. CARBONNIER, op. cit., n° 547, p. 1221.
186
famille au Bénin a consisté à imposer la fidélité aussi bien à la femme qu’à l’homme à qui
l’infidélité morale peut désormais être reprochée. L’égalité au sujet de l’infidélité des
époux a été possible grâce aux évolutions de la médecine et à l’émancipation des femmes.
Les moyens contraceptifs et l’émancipation des femmes sont des vecteurs importants de la
consécration de l’égalité au sujet de l’infidélité.
354. Une véritable avancée. Versant du devoir de communauté de vie dans son aspect
de cohabitation charnelle, le devoir de fidélité dans le mariage est l’une des grandes
innovations915 du droit béninois de la famille. Cette innovation s’exprime de deux
manières. D’un premier point de vue, il est curieux de voir le législateur consacrer un
article du Code des personnes et de la famille à l’obligation de fidélité916 entre époux en
raison de l’imprécision qui a régnée sur les contours du devoir de fidélité pour un homme
polygame917.
D’un second point de vue, la place qu’occupe cette disposition laisse réfléchir sur
l’importance de l’obligation qui incombe à chacun des époux. Le cadre de ce devoir est
bien circonscrit dès lors que la polygamie n’est plus autorisée. Le devoir de fidélité entre
époux suppose la monogamie. Au lieu que la fidélité soit différemment appréciée comme
jadis, elle suppose aujourd’hui l’abstention aux rapports sexuels avec tout autre personne.
L’époux ne doit avoir des relations charnelles qu’avec son épouse et inversement918.
915
Le Coutumier du Dahomey ne faisait aucune obligation de fidélité au mari. En effet, aux termes de l’art.
122 du Coutumier juridique « les relations au cours du mariage sont placées sous la règle de l’obéissance
au mari. La femme doit s’occuper du ménage et des enfants jusqu’à l’âge de 3 à 5 ans. Elle doit fidélité au
mari. L’homme doit bien traiter sa femme, la loger, la nourrir et la vêtir. Il n’est pas tenu à la fidélité. En
général, il doit ses faveurs à toutes ses femmes. Il doit cependant cesser toutes relations avec elles dès
qu’elles deviennent enceintes et pendant toute la durée de l’allaitement. Il est aussi tenu d’aider la famille de
sa femme dans le malheur ou simplement la gêne ».
916
Cf. art. 154 du CPF : « les époux se doivent mutuellement fidélité ».
917
Voy. supra n° 315.
918
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1014 ; S. BEN HADJ YAHIA, Thèse préc., n°s 683-384.
919
Cf. art. 234 du CPF.
920
Les articles 336 à 339 du Code pénal applicable au Bénin semblent retirés par l’effet de la jurisprudence ;
voy. supra n°s 321 et s.
187
357. Définition de respect. Le devoir de respect mutuel entre époux peut bien paraître
superfétatoire. En effet, c’est le contenu même de la notion de respect qu’il convient
d’interroger afin de voir les prescriptions qu’il impose aux époux. Selon le dictionnaire le
921
En 2013 au Bénin, 57 917 personnes sont infectées du VIH/Sida contre 59 137 personnes en 2013 et
60 345 personnes projetées pour 2015. Ces données montrent l’augmentation du taux d’infection au
VIH/Sida ; voy. Comité nationale de lutte contre le sida, rapport national de suivi de la déclaration politique
sur le VIH/Sida, 2012.
922
Cf. art. 19 de la loi n° 2003-04 du 03 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction au Bénin :
« les actes ci-dessous cités, qui sont considérés comme attentatoires aux droits de la santé sexuelle et
reproductive sont incriminés et réprimés conformément aux lois pénales de l’État :
- toutes les formes de violence sexuelle dont les femmes et les enfants sont en général victimes ;
- les mutilations génitales féminines et la pédophilie ;
- la transmission volontaire du VIH/SIDA ;
- l’exploitation sous toutes ses formes de la prostitution forcée des femmes et des enfants ;
- le mariage forcé ».
188
Robert, le respect est le « sentiment qui porte à accorder à quelqu'un une considération
admirative, en raison de sa valeur qu'on lui reconnaît et à se conduire envers lui avec
réserve et retenue »923. Mais, comment le devoir de respect se manifeste-t-il entre époux ?
Le respect n’entrerait-il pas la soumission à l’autre ?
358. Le contenu du devoir de respect entre époux. Le respect est une notion dont le
contenu paraît très large au point d’être la charpente principale des obligations qui naissent
du mariage. On peut néanmoins essayer de donner un contenu au respect entre époux à
partir des évolutions de la jurisprudence et du droit. On peut ainsi noter qu’il existe
d’autres obligations dont la violation pourrait entraîner le divorce, qui sont liées à la
morale conjugale924 et non au droit. Il peut s’agir du « devoir de sincérité, du devoir de
patience, du devoir de maintenir avec l'autre conjoint une certaine communion spirituelle,
du devoir de veiller à son propre honneur afin de ne pas laisser atteindre par contrecoup
l'honneur de l'autre, qui est solidaire »925 que le Doyen Carbonnier qualifie, dès 2004, de
devoir de « respect de la personnalité »926 de l’autre.
Le devoir de fidélité tel que consacré par le Code des personnes et de la famille
n’existait pas en droit français. En effet, jusqu’en 2005, le droit français n’y faisait aucune
allusion927 et ce n’est qu’en 2006 que la loi renforçant la prévention et la répression des
violences au sein du couple ou commises contre les mineurs l’a intégré à l’article 212 du
Code civil français actuel928. On peut logiquement déduire le contenu du devoir de respect
entre époux qui comporterait le devoir de sincérité, le devoir de patience, le devoir de
maintenir avec l'autre conjoint une certaine communion spirituelle, le devoir de veiller à
son propre honneur afin de ne pas laisser atteindre par contrecoup l'honneur de l'autre, qui
est solidaire. Ces devoirs sont regroupés par d’autres auteurs sous les devoirs de respect de
l'autre dans son corps, dans son esprit et dans sa dignité929. En plus de l’obligation de
respect mutuel des époux, le législateur instaure un devoir d’aide et de soins entre époux.
359. Le devoir d’assistance entre époux. Le devoir d’assistance est « l'aide mutuelle,
morale et matérielle, entre époux, dans la vie quotidienne (des tâches ménagères à l'aide
professionnelle) et, surtout, face à l'adversité : le deuil, le chômage, l'échec, la
923
Dictionnaire Le Grand Robert, voy. « Respect ».
924
J. CARBONNIER, op. cit., n° 548, p. 1222.
925
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 548, p. 1222.
926
J. CARBONNIER, [Link] loc. cit.
927
J. CARBONNIER, [Link] loc. cit.
928
Cf. art. 212 du Code civil français actuel : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours,
assistance ».
929
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1485.
189
maladie »930. Il est ici question d’une aide qui ne revêt pas un caractère pécuniaire931. Il est
fait obligation aux époux de se donner des soins en cas d’infirmité, par exemple, et de
porter aide à l’autre dans son travail. Paradoxalement, la maladie de l’un des époux peut
être une cause de divorce comme par l’exemple l’aliénation mentale du conjoint peut être
une cause de divorce. En France, le divorce pour aliénation mentale du conjoint peut être
prononcé en visant l’altération définitive du lien conjugal prévue par l’article 237 du Code
civil932. Pour l’instant, le droit béninois ne connaît pas cette cause de divorce.
Il est important d’indiquer qu’il existe une certaine mutualité des obligations tant au
sujet de la fidélité que de l’assistance. C’est une avancée, car à l’origine, le devoir de
respect était un devoir moral que la société imposait à la femme mariée qui doit se
soumettre aux exigences de son mari en lui obéissant. Ces données ont changé et il est
possible d’affirmer que les devoirs de respect et d’assistance constituent un élément du
noyau dur de l’égalité en droit béninois de la famille à l’instar du devoir de fidélité.
Constituant exclusivement le devoir de l’un à un moment donné, ces mêmes obligations
sont les droits de l’autre et inversement.
Il existe aussi des obligations ou des fonctions933 que les époux exercent
conjointement.
360. Un bref aperçu des fonctions des parents à l’égard des enfants. Les fonctions
conjointes des époux sont les obligations qui appellent la collaboration des deux époux. Au
nombre de celles-ci, il y a les obligations des époux liées à l’orientation générale des
enfants. Le père jouait un rôle prépondérant par rapport à la mère à ce sujet. Il s’agissait de
la puissance paternelle. Or cette fonction que seul le père détenait découle de l’obligation
naturelle des plus âgés d’assister les plus jeunes en raison de leur minorité. Elle est la
fonction naturelle des parents ; c’est ainsi qu’elle fut élargie à la mère de l’enfant.
361. L’égalité des parents dans les fonctions parentales. Depuis le vote du Code des
personnes et de la famille, l’expression « autorité parentale » est substituée à celle de
« puissance paternelle »934. Au-delà d’une simple substitution de mot935, il s’agit d’un
930
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1477.
931
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1031, p. 755.
932
Cf. art. 237 du Code civil français actuel : « le divorce peut être demandé par l'un des époux lorsque le
lien conjugal est définitivement altéré ».
933
C. COLOMBET, « Commentaire de la loi du 4 juin sur l'autorité parentale », D. 1971, p. 3.
934
M.-L. MORANÇAIS-DESMEESTER, « Vers l'égalité parentale », D. 1988, p. 7 et s.
935
J. CARBONNIER, op. cit., n° 144, p. 1222.
190
véritable changement dans les relations au sein des couples936. L’égalité dans les relations
entre époux est l’idée première de cette mutation. C’est ainsi que M. Boulanger a pu écrire
que « de toutes les règles qui en ce début du XXIe siècle commandent les rapports
juridiques entre parents et enfants, dans l'exercice des droits parentaux, la plus importante
est probablement celle de l'égale implication des deux membres du couple consacrée par
l'article 18 de la Convention internationale des droits de l'enfant »937. Il faut aussi ajouter
que les parents naturels ont conjointement l’autorité parentale au cas où l’enfant est
reconnu. Il s’agit du cas de l’assimilation des couples en raison de la consécration de
l’égalité entre enfants938. L’autorité parentale peut porter sur la personne même de l’enfant
ou sur ses biens.
362. Plan. Après avoir démontré l’égalité des époux au sujet de l’autorité parentale sur
la personne de l’enfant (1), il sera étudié l’autorité parentale conjointe des époux portant
sur les biens de l’enfant (2).
364. Plan. L’égalité que révèle l’autorité parentale sur la personne de l’enfant s’illustre
dans l’instauration d’un régime dans lequel l’attribution et l’exercice de l’autorité parentale
est organisée de manière égale. On analysera l’attribution conjointe de l’autorité parentale
(a) avant son exercice conjoint (b).
936
J. HAUSER et E. ABITBOL, « De 1964 à 1970 – Les retombées de la loi "relative à l'autorité parentale" sur
les institutions tutélaires – I. autorité parentale et administration légale », D. 1971, Chron. p. 59.
937
F. BOULANGER, « Réflexions sur la portée et les limites du principe d'égalité des deux membres du couple
dans l'attribution et l'exercice des droits parentaux », in Mélanges en l'honneur du professeur Gérard
Champenois, Paris, Defrénois, Lextenso, 2012, p. 59.
938
Cf. supra 361.
939
Cf. art. 406 al 2 du CPF.
940
Cf. l’art. 407 du CPF.
191
L’autorité parentale sur l’enfant naturel est attribuée à ses deux parents s’ils l’ont tous
reconnus. Cependant, lorsque que l’un des parents de l’enfant naturel est dans les liens
d’un mariage – il s’agit dans ce cas d’un enfant adultérin – les attributs de l’autorité
parentales sont dissociés en raison du fait que l’enfant n’a pas ses deux parents ensemble.
L’enfant adultérin est à comparer dans ce cas à l’enfant dont les parents sont séparés ou
divorcés. C’est ainsi que sa garde ne peut pas être conjointement attribuée à ses parents. Le
droit de garde de l’enfant est aussi limité par le mariage de l’un de ses auteurs dans la
mesure où sa garde au domicile conjugal peut se heurter au refus du conjoint de son auteur.
941
Cf. art. 406 du CPF : « l’enfant reste sous l’autorité de ses père et mère jusqu’à sa majorité ou son
émancipation » ; C. COLOMBET, art. préc., p. 3.
942
Cf. art. 406 et 411 du CPF.
943
Cf. art. 413 du CPF.
944
J. CARBONNIER, op. cit., n° 419 ; R. SAVATIER, op. cit., p. 80.
945
C’est notamment le cas des enfants nés hors mariage ; cf. art. 413 al 1er du CPF : « l’autorité parentale
sur les enfants nés hors mariage est exercée par celui des père et mère à l’égard duquel la filiation est
établie ».
946
Cf. art. 319 du CPF : « la filiation naturelle est légalement établie par reconnaissance volontaire. Elle
peut aussi être légalement établie par la possession d’état ou par l’effet d’un jugement. Néanmoins, s’il
existe entre les père et mère de l’enfant naturel un des empêchements à mariage prévus par le présent Code
pour cause de parenté, la filiation étant déjà établie à l’égard de l’un, il est interdit de l’établir à l’égard de
l’autre ».
192
Cependant, après les dix-huit ans d’âge, les parents considèrent toujours leurs enfants
comme des mineurs. Ainsi, même après l’âge de la majorité, les parents se disent toujours
titulaires de l’autorité parentale sur l’enfant ; ce qui n’est pas la réalité du droit. L’exercice
de l’autorité parentale appartient à ceux à qui la loi l’attribue selon les cas.
947
Cf. art. 406 al. 1er du CPF.
948
Cf. art. 459 du CPF.
949
M.-L. MORANÇAIS-DESMEESTER, art. préc., p. 7 et s.
950
J. HAUSER et E. ABITBOL, art. préc., p. 59.
951
F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ (dir.), op. cit., p. 71 ; I. THERY, op. cit., p. 189 ; C. COLOMBET, art. préc., p. 3.
193
Le renfermement des femmes serait à combattre afin que l’égalité réelle s’exprime au sujet
de l’exercice conjoint de l’autorité parentale. Il est donc évident que le dépassement de
cette question pourra encore prendre du temps.
L’exercice de l’autorité parentale sur les biens du mineur requiert les mêmes règles.
369. Plan. Le Code béninois des personnes et de la famille est allé encore plus loin sur
l’égalité des rapports entre père et mère. Désormais, les père et mère ont conjointement et
également l’administration légale des biens des enfants mineurs et la jouissance légale des
revenus de l’enfant. La jouissance légale des revenus de l’enfant (a) sera traitée après
l’examen de l’administration légale des biens de l’enfant (b).
370. Notion. L’administration légale des biens de l’enfant mineur est l’un des attributs
de l’autorité parentale. Elle permet aux parents de représenter le mineur dans tous les actes
de la vie civile952 et d'administrer les biens de celui-ci s'il en possède953. Elle est alors la
gestion954 des biens de l’enfant. C’est une conservation des biens de l’enfant pendant sa
minorité pour que ce dernier les retrouve à sa majorité. Mais de quoi peuvent-être
constitués les biens de l’enfant ?
952
Cf. art. 447 du CPF : « L’administrateur légal représente le mineur dans tous les actes civils, sauf ceux
pour lesquels les mineurs sont autorisés à agir eux-mêmes ».
953
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1220.
954
J. CARBONNIER, op. cit., n° 439, p. 910.
194
frères et sœurs. Dès lors que le patrimoine de l’enfant est constitué, il existe des règles qui
permettent sa gestion. L’égalité entre époux a également investi le champ de
l’administration légale955.
L’attribution de l’administration légale des biens de l’enfant varie selon les titulaires de
l’autorité parentale. Ainsi, on distingue l’administration légale pure et simple de
l’administration légale sous contrôle judiciaire956.
955
L’administration légale des biens de l’enfant était une prérogative du père, chef de famille. Les règles de
l’administration ont évolués et l’égalité des époux dans l’administration légale est en l’ultime consécration ;
voy. G. DURRY et M. GOBERT, « La réforme de la tutelle et de l'administration légale à l'épreuve du temps »,
in Jean Foyer, auteur et législateur, leges tulit, jura docuit : écrits en hommage à Jean Foyer, Paris, PUF,
1997, p. 377.
956
J. CARBONNIER, op et loc. cit.
957
Cf. art. 445 du CPF, les père et mère exercent conjointement l’autorité parentale dans deux cas à savoir le
cas où les père et mère sont mariés (art. 441 du CPF) et le cas où l’enfant a été reconnu par ses père et mère
et lorsque ces dernières ont fait la déclaration conjointe d’exercice en commun de l’autorité parentale (413
al. 4. du CPF).
958
Cf. art. 441 du CPF.
959
Cf. art. 43 al. 4 du CPF.
960
Cf. art. 372 du CPF.
961
Cf. art. 412 du CPF.
962
J. Carbonnier, Droit civil, t. 1, n° 439, p. 911.
963
Cf. art. 445 du CPF.
964
Cf. art. 413 du CPF.
195
ainsi pour l’enfant adopté par une personne965, l’enfant incestueux966, l’enfant légitime
dont les parents séparés ou divorcés n’ont pas conjointement l’autorité parentale et pour
l’enfant orphelin967 de père ou de mère. Le juge de la tutelle doit intervenir dans
l’administration des biens du mineur lorsqu’il s’agit des actes graves.
374. La fin de l’administration légale des biens de l’enfant. L’article 452 du Code
béninois des personnes et de la famille dispose que « l’administration légale cesse par la
majorité ou l’émancipation de l’enfant. Á tout moment, soit d’office, soit à la requête de
parents ou alliés ou du ministère public, le juge des tutelles peut convertir en tutelle
l’administration légale lorsque cette mesure est rendue nécessaire par le comportement de
l’administrateur légal. La tutelle peut également se substituer à l’administration légale sur
décision du juge des tutelles en cas de remariage de la mère ou de mariage de la mère
naturelle exerçant l’autorité parentale. En cas de conversion de l’administration légale en
tutelle, l’administrateur légal a les fonctions de tuteur et ne peut être dispensé ou déchargé
de la tutelle. Les causes d’interdiction d’exercice de la tutelle lui sont applicables » 968.
L’administration légale des biens de l’enfant prend bien évidemment fin avec la majorité
de l’enfant ou son émancipation ou son décès. Elle prend également fin avec le retrait total
de l’autorité parentale. La jouissance légale suit les mêmes règles.
965
Cf. art. 372 al. 1er du CPF.
966
Cf. art. 319 du CPF.
967
Cf. art. 416 du CPF.
968
Cf. art. 452 du CPF.
969
Cf. art. 446 du CPF.
196
377. Les charges de la jouissance légale. Les charges de la jouissance légale ont été
visées en priorité par le législateur qui les énumère à l’article 454 du Code béninois des
personnes et de la famille : « les charges de la jouissance légale sont : - celles auxquelles
sont tenus en général les usufruitiers ; - la nourriture, l’entretien et l’éducation de l’enfant
selon ses ressources ;- les dettes grevant la succession recueillie par l’enfant lorsqu’elles
doivent être acquittées sur les revenus »972. Les père et mère légitimes ayant en commun la
jouissance légale, ils assurent ensemble les charges de celle-ci en se basant sur les règles
générales qui régissent les usufruits973. Ils doivent aussi payer les dettes qui grèvent le
patrimoine du mineur, nourrir, entretenir et éduquer l’enfant selon ses ressources.
378. La gestion des charges de la jouissance légale. Il est prévu au titre des charges
du mariage que les époux entretiennent leur enfant à proportion de leur revenu 974. Or, les
charges de la jouissance légale leurs imposent une autre obligation : ils doivent nourrir,
entretenir et éduquer l’enfant selon ses ressources975. Concrètement, cela ne voudrait pas
dire que les parents sont exonérés de leur obligation de nourrir, d’entretenir et d’éduquer
leur enfant par leur ressource personnelle. Quels que soient les revenus de l’enfant, leurs
obligations originelles demeurent. Les ressources de l’enfant viennent en complément de
celles de ses parents afin qu’il bénéficie d’une plus grande protection. Le père de l’enfant
n’est plus le débiteur principal des obligations parentales. Le concours de la mère est aussi
970
J. HAUSER, « Jouissance légale : les comptes des parents », RTD civ. 1993, p. 813.
971
Y. STRICKLER, Les biens, Paris, PUF, coll. « Thémis », 2006, n° 42 ; P. VOIRIN et G. GOUBEAUX, Droit
civil, t. 1. Introduction au droit – personnes –famille – personnes protégées – biens – obligations – sûretés,
Paris, 34e éd., LGDJ, Lextenso, 2013, n° 757.
972
Cf. art. 454 du CPF.
973
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1221 ; J. CARBONNIER, op. cit., n° 441, p. 916 ;
Y. STRICKLER, Les biens, Paris, PUF, coll. « Thémis », 2006, n° 42 ; F. ÉLIARD et R. BROCHARD,
Démembrement de propriété : usufruit et quasi-usufruit, Paris, Ellipses, coll. « Droit notarial », 2008,
n°s 203-214.
974
Cf. art. 158 et 159 du CPF.
975
Cf. art. 454, 2è tiret du CPF : « les charges de la jouissance légale sont : - celles auxquelles sont tenus en
général les usufruitiers ; - la nourriture, l’entretien et l’éducation de l’enfant selon ses ressources ; - les
dettes grevant la succession recueillie par l’enfant lorsqu’elles doivent être acquittées sur les revenus ».
197
sollicité pour assurer l’éducation de l’enfant dans son sens le plus large. Les père et mère
ont ainsi les mêmes charges dans la jouissance légale des biens de l’enfant.
380. La gestion des droits de la jouissance légale entre époux. Les modalités de la
jouissance légale varient selon le statut matrimonial des parents. Et c’est d’ailleurs ce sur
quoi s’incline l’article 446 du Code des personnes et de la famille en reliant la jouissance
légale à l’administration légale. La jouissance légale appartient conjointement aux père et
mère de l’enfant ou celui d’entre eux qui exerce l’administration légale978. Il y a aussi un
lien certain entre la jouissance légale des revenus des biens de l’enfant et le régime
matrimonial choisi par les parents.
Au Bénin, le régime de droit commun est la séparation de biens980. Lorsque les parents
de l’enfant sont mariés sous ce dernier régime, la jouissance légale reviendrait au partage
égal de l’excédent des dépenses sur les biens de l’enfant. L’égalité est dès lors établie entre
les père et mère qui exercent conjointement mais également cette fonction. Mais le droit de
la jouissance légale a des limites en ce qui concerne certains revenus de l’enfant.
976
P. VOIRIN et G. GOUBEAUX, op. cit., n°s 762 et s.
977
J. CARBONNIER, op. cit., n° 441, p. 916.
978
Cf. art. 446 du CPF.
979
Cf. art. 159 al. 2 du CPF.
980
Cf. art. 184 du CPF.
198
382. Les limites des droits de la jouissance légale. Les droits de la jouissance légale
ne s’étendent pas sur certains biens de l’enfant. Les biens que l’enfant acquiert par son
travail ne peuvent être l’objet du droit de jouissance légale des parents. Il est prévu à
l’article 455 du Code des personnes et de la famille que « la jouissance légale ne s’étend
pas aux biens que l’enfant peut acquérir par son travail ni à ceux qui lui sont donnés ou
légués sous la condition expresse que les père et mère n’en jouiront pas, ni aux biens
recueillis dans une succession dont le père ou la mère a été exclu comme indigne »981.
Cette disposition suscite des questions et principalement la question délicate de s’avoir si
le travail des enfants est autorisé au Bénin par opposition aux orientations du Bureau
international du travail982.
384. Un écart entre l’âge minimum au travail et l’âge de la minorité civil. La loi
n° 98-004 du 27 janvier 1998 portant Code du travail en République du Bénin dispose en
article 166 que « les enfants ne peuvent être employés dans aucune entreprise avant l’âge
de 14 ans »986. L’âge de la minorité est ainsi fixé à quatorze ans dans le Code du travail du
Bénin et en conséquence, à quatorze ans révolus, l’individu au travail n’est plus un mineur.
Or l’âge de la minorité est fixé à dix-huit ans dans le Code béninois des personnes et de la
famille. Ainsi, aux termes du Code du travail, l’enfant majeur reste un mineur selon le
Code béninois des personnes et de la famille. Les règles de la jouissance légale tentent
donc d’éviter un écueil ; celui du profit tiré par les parents du travail des enfants mineurs
aux termes du Code des personnes et de la famille. Cela ne voudra pas dire que le Code des
personnes et de la famille reconnaît expressément le travail des enfants. La jouissance
981
Cf. art. 455 du CPF.
982
BIT, La lutte pour les droits fondamentaux des travailleurs dans l’économie mondiale, Bruxelles, 1998,
disponible sur le site [[Link]], consulté le 13/04/2015.
983
Au Bénin, 34% des enfants sont économiquement occupés ; G. L.-P. TOSSA, La protection juridique de
l'enfant au travail en Afrique noire francophone, Thèse, Abomey-Calavi, 2014, n° 9, p. 17.
984
A. CISSÉ-NIANG, « L'interdiction internationale du travail des enfants vue d'Afrique », in A. Supiot (dir.),
Regards croisés sur le droit social, la semaine sociale, n° spécial, éd. Lamy, oct. 2002, pp. 9-13 ;
G. L.-P. TOSSA, La protection juridique de l'enfant au travail en Afrique noire francophone, Thèse,
Abomey-Calavi, 2014, n° 16.
985
C. DUMAS et S. LAMBERT, Le travail des enfants. Quelles politiques pour quels résultats ?, Paris, éd. Rue
d'Ulm, 2008.
986
Cf. art. 166 de la loi n° 98-004 du 27 janvier 1998 portant Code du travail en République du Bénin.
199
légale ne doit, en aucun cas, porter sur les revenus tirés du travail de l’enfant puisque les
parents ont l’obligation de capitaliser les revenus provenant du travail de l’enfant sans
pouvoir en profiter personnellement987.
386. Les domaines concernés. Le mariage crée entre les époux une certaine mise
en commun des biens. Il met en jeu les droits pécuniaires des époux durant la vie commune
et après celle-ci. Or toutes les relations pécuniaires des époux ne sont pas d’ordre public.
Le législateur leur offre alors la possibilité de faire des choix dans certaines de leurs
relations pécuniaires. Et comme examinée990, la possibilité de choix des époux peut les
amener à déroger à l’égalité991 que la règle générale prescrit. Pour cette raison, il s’agira
987
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 441, pp. 916 et s ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1221.
988
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1221 ; cf. art. 384 du Code civil français actuel qui dispose
que « le droit de jouissance cesse : 1° Dès que l'enfant a seize ans accomplis, ou même plus tôt quand il
contracte mariage ; 2° Par les causes qui mettent fin à l'autorité parentale, ou même plus spécialement par
celles qui mettent fin à l'administration légale ; 3° Par les causes qui emportent l'extinction de tout
usufruit ».
989
Cf. art. 456 du CPF.
990
Cf. supra n° 272.
991
Cf. art. 219 du CPF : « les époux peuvent, par un contrat de mariage, modifier la communauté réduite aux
acquêts par toute espèce de conventions non contraires aux articles 164 à 176.
Ils peuvent, notamment convenir :
- que la communauté comprendra les meubles et acquêts ;
- qu’il sera dérogé aux règles concernant l’administration ;
- que l’un des époux aura la faculté de prélever certains biens communs moyennant indemnité ;
- que l’un des époux sera autorisé à prélever, avant tout partage, soit une certaine somme, soit certains biens
en nature, soit une certaine quantité d’une espèce déterminée de biens ;
- que les époux auront des parts inégales ;
- qu’il y aura entre eux la communauté universelle.
200
essentiellement, dans l’étude de l’égalité dans les relations pécuniaires des époux, de
focaliser la réflexion sur les règles du régime matrimonial de droit commun et les règles de
la succession ab intestat. Ces règles font parties du noyau dur de l’égalité entre époux.
387. Plan. L’égalité des époux dans les successions ab intestat (§ 2) sera examinée
après l’étude de l’égal droit qu’ils détiennent dans le régime matrimonial de droit commun
(§ 1).
388. Le régime matrimonial. Aux termes des dispositions de l’article 456 du Code
des personnes et de la famille, « le régime matrimonial règle les effets patrimoniaux dans
les rapports des époux entre eux et à l’égard des tiers »992. Les époux, en s’unissant,
mêlent une partie de leurs biens993 pour le bon fonctionnement du ménage. Et puisque les
hommes ne peuvent vivre enfermés sur eux-mêmes, les époux entretiennent également des
rapports avec des tiers.
Les règles de la communauté réduite aux acquêts restent applicables en tous les points qui n’ont pas fait
l’objet de la convention des parties ».
992
Cf. art. 163 du CPF.
993
Le mariage affecte ainsi profondément la situation patrimoniale des gens mariés ; voy. Ph. MALAURIE et
H. FULCHIRON, op. cit., n° 1810.
994
Cf. art. 184 et s. du CPF.
995
Cf. art. 190 et s. du CPF.
996
Cf. art. 219 et s. du CPF.
997
Cf. art. 164 du CPF : « La loi ne régit l’association conjugale quant aux biens qu’à défaut de conventions
spéciales. Les époux peuvent faire comme ils le jugent à propos, pourvu qu’elles ne soient pas contraires aux
bonnes mœurs ni aux dispositions qui suivent » ; Il s’agit là d’une question d’ordre public à laquelle les
époux ne peuvent déroger ; A. COLOMER, Droit civil, Les régimes matrimoniaux, Paris, 6è éd., Litec, 1994,
n° 108, p. 59 ; F. TERRÉ et Ph. SIMLER, Droit civil, les régimes matrimoniaux, Paris, 6è éd., Dalloz, 2011,
n° 54 ; J. CARBONNIER, op. cit., n° 557, p. 1242.
201
l’égalité entre époux. C’est le choix tacite du législateur pour les époux puisqu’ils ne sont
pas obligés de faire une convention avant que leurs biens ne soient régis par ce régime998.
Dans le régime de droit commun, les époux sont appelés à contribuer de façon égale aux
charges du mariage et au paiement des dettes du ménage. Ces règles peuvent ainsi s’insérer
dans le noyau dur de l’égalité en droit béninois de la famille.
391. Plan. Pour la raison ci-dessus évoquée, l’étude de l’égalité des époux dans le
régime matrimonial sera faite au regard des règles qui organisent leurs contributions aux
charges du ménage (A) et le paiement des dettes ménagères (B) dans le régime de droit
commun.
392. Un bref rappel. Le Code civil français rendu applicable au Bénin imposait à
l’homme de fournir à sa femme « tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie »999.
Cette prescription est semblable à celle du Coutumier du Dahomey1000. Les charges
matérielles du ménage pesaient essentiellement sur l’époux. Il était le pourvoyeur des biens
de la famille. La femme étant confinée dans les rôles domestiques, le mari était obligé de
fournir les ressources nécessaires pour l’entretien du ménage et l’éducation des enfants.
Désormais, l’obligation de contribution aux charges du ménage est un effet direct du
1001
mariage et pèse sur chacun des époux. Son objet est bien défini afin d’éviter qu’un
époux n’entraîne son conjoint dans des excès.
393. Plan. L’objet de la contribution aux charges du ménage permettra sans doute
d’examiner l’égalité des époux à ce sujet. Ainsi, il conviendra avant tout de rechercher
l’objet de la contribution aux charges du ménage (1) afin d’examiner l’égalité dans la
contribution aux charges reposant sur la faculté respective de chaque époux dans le régime
de droit commun (2).
998
Cf. art. 189 du CPF : « à défaut de contrat de mariage, les époux sont soumis au régime de la séparation
de biens ».
999
Cf. art. 214 du Code civil français rendu applicable au Bénin : « La femme est obligée d'habiter avec le
mari, et de le suivre partout où il juge à propos de résider le mari est obligé de la recevoir, et de lui fournir
tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie, selon ses facultés et son état ».
1000
Cf. art. 122 du Coutumier du Dahomey : « Les relations au cours du mariage sont placées sous la règle
de l’obéissance au mari. La femme doit s’occuper du ménage et des enfants jusqu’à l’âge de 3 à 5 ans. Elle
doit fidélité au mari. L’homme doit bien traiter sa femme, la loger, la nourrir et la vêtir. Il n’est pas tenu à la
fidélité. En général, il doit ses faveurs à toutes ses femmes. Il doit cependant cesser toutes relations avec
elles dès qu’elles deviennent enceintes et pendant toute la durée de l’allaitement. Il est aussi tenu d’aider la
famille de sa femme dans le malheur ou simplement la gêne ».
1001
A. TISSERAND-MARTIN, « La contribution aux charges du mariage, mécanisme régulateur du régime
matrimonial », in Mélanges en l'honneur du professeur Gérard Champenois, Paris, Defrénois, 2012, p. 803.
202
394. Les deux objets des charges du ménage. Les charges du ménage comprennent
aussi bien les dépenses que les dettes ménagères1002. Elles permettent l’entretien du
ménage et l’éducation des enfants au sens large du terme1003. La contribution aux charges
du ménage a donc un double objet.
1002
B. VAREILLE, « Régime des dettes », in M. Grimaldi, (dir.), Droit patrimonial de la famille, n° 112.12.
1003
J. CARBONNIER, op. cit., n° 557, p. 1244 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1031.
1004
Au fil du temps, le vocabulaire a varié. Ainsi, en France, les lois du 13 juillet 1907 et 18 février 1938 ont
utilisé les termes « charges du ménage », la loi du 22 septembre 1942, celui de « charge du mariage ». En
fait, le contenu ne saurait guère être défini par la loi et intéresse plus la sociologie ; voy. M. SEGALEN,
Sociologie de la famille, Paris, A. Colin, pp. 225 et s. et p. 242 et s. M. GLAUDE et F. de SINLGY,
« L'organisation domestique », Économie et statistique, n° 187, p. 30 ; F. de SINLGY, Sociologie de la famille
contemporaine, Nathan, 1993.
1005
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1031.
1006
J. CARBONNIER, op. cit., n° 557, p. 1242 et s. ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 1028 ;
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1824.
1007
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1825.
1008
Paris, 17 février 1966, D. 1966, J. 456 ; Cass. Civ. 1ere, 23 juin 1970, D. 1971, J. 162, note Larroumet ;
RTD civ. 1971, 822, obs. R. Nerson ; Cass. civ. 1ere, 20 mai 1981, Bull. civ. n° 176, p. 143 ; JCP 1981, IV,
p. 281, y compris des dépenses d'agrément ; F. TERRÉ et Ph. SIMLER, Droit civil, les régimes matrimoniaux,
Paris, 6è éd., Dalloz, 2011, n° 51.
1009
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1824, spéc. p. 694 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER,
op. cit., n° 1030.
203
L’entretien du ménage fait peser sur chaque conjoint le devoir d'assurer à son époux
une condition égale à la sienne et d'assumer le train de vie du mariage. Elle tient toutefois
compte de la faculté de chaque époux.
397. Une obligation pour chaque époux. Il existe désormais en droit béninois une
amélioration des conditions de vie en famille. On se saurait, du coup, se prononcer sur le
membre de la famille à qui profite l’instauration de l’égalité. Le Code des personnes et de
la famille vient de rectifier une inégalité qui pesait sur les hommes et dont la contrepartie
était l’obéissance et la consécration aux tâches ménagères imposées aux femmes mariées.
L’influence du principe d’égalité a orienté le choix du législateur à faire de la contribution
aux charges du ménage une obligation pour les deux époux.
1010
Cf. supra n° 378.
1011
Cf. art. 159 du CPF.
204
chaque époux »1012. Il ne s’agit pas d’une égalité mathématique entre époux au sujet de la
contribution aux charges du ménage qui imposerait à chaque époux de contribuer pour
moitié aux charges du ménage. Comme, par exemple, si les charges du ménage sont
estimées à trois cent mille francs, il sera imposé à chaque époux de contribuer à raison de
la moitié ; c’est-à-dire à hauteur de cent cinquante mille francs. Si tel était le sens de la loi,
le législateur aurait orienté les individus dans le choix de leur conjoint, car il faut estimer
être d’une même classe sociale avant de contracter mariage. Seule la capacité contributive
est prise en compte dans ce cas. La question de la proportion se pose ainsi.
1012
G. CORNU, Les régimes matrimoniaux, Paris, 9è éd., PUF, 1997, n° 10, spéc. p. 85. Les facultés de
chaque époux désignent l’ensemble des ressources de chaque époux et englobe non seulement les revenus
actuels qu’un époux retire de son travail et de son capital, mais compte tenu de la valeur des biens dont il est
propriétaire, des revenus potentiels qu’une gestion utile de ceux-ci pourrait lui procurer ; Civ. 1ere, 27 oct.
1992, D. 1993, p. 422.
1013
Aux termes de l’enquête menée, la plupart des époux ne se communiquent pas leurs revenus. Ils
s’attendent, en général, à une plus large contribution de la part de l’autre conjoint ; voy. Annexe I, question
n° 1.
1014
Cf. art. 159 du CPF.
205
En général au Bénin, c’est l’épouse qui s’occupe des charges du ménage1015. S’il en est
ainsi, on retomberait dans l’ancien système où l’homme entretient financièrement le
ménage et la femme s’occupe en priorité des activités au foyer.
403. La perpétuation des rôles stéréotypés. En réalité, il est ancré dans la conscience
des béninois que les activités au foyer sont du domaine des femmes qui, en général,
trouvent la légitimité de cette répartition des tâches du ménage et, corrélativement, les
contributions financières demeurent l’apanage des hommes. Il est ainsi loisible de constater
qu’en général, l’essentiel des dépenses occasionnées par les charges du ménage sont faites
par le mari et la femme contribue en général par son activité au foyer1017.
404. Une certaine évolution des pratiques. Cette tendance est pourtant poussée vers
la disparition compte tenu notamment du resserrement de la conjoncture économique. La
défaillance des hommes appelle de plus en plus à la contribution financière des femmes
mariées, si bien que la contribution aux charges du ménage est devenue une obligation
pour les deux époux sans pour autant être une obligation dont la modalité d’exécution
diffère selon le sexe de l’époux. C’est ainsi qu’on peut observer de plus en plus des
femmes1018 qui sont des « chefs du ménage » au Bénin. L’expression met en avant la
personne qui assume les charges du ménage. On peut aussi remarquer un début de
changement chez une partie de la classe sociale notamment certains intellectuels et ceux
qui ont vécu une partie de leur existence en Occident. Pour le reste de la population, les
épouses donnent une contribution financière en plus de s’être occupée de toutes les tâches
ménagères notamment la cuisine, le nettoyage de la maison, la lessive, le soin des enfants
1015
L’enquête réalisée montre que 93 femmes mariées sur 100 s’occupent de tout le ménage et 9 hommes sur
100 participent aux activités au foyer, voy. annexe I, questions 2 et 3.
1016
Il s’agit là d’une question d’ordre public à laquelle les époux ne peuvent déroger ; A. COLOMER, Droit
civil. Les régimes matrimoniaux, Paris, 6è éd., Litec, 1994, n° 108, p. 59 ; F. TERRÉ et Ph. SIMLER, op. cit.,
n° 54 ; J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, n° 557, p. 1242 ; voy. aussi É. MICOU, L’égalité des sexes en droit
privé. De quelques aspects essentiels, Thèse, préf. Y. Saint-Jours, Presses universitaires de Perpignan, 1997,
n° 228, p. 209.
1017
R. SAVATIER, op. cit., p. 106.
1018
Au recensement de 2002, il a été dénombré 22,7% de femmes chefs de ménage. L’importance des
femmes chefs de ménage connaît une évolution croissante : 14,2% en 1961 ; 20,6% en 1979 et 21,4% en
1992 ; voy. les données du recensement général de la population réalisé par l’INSAE en 2002, p. 40.
206
etc. Au reste, si en droit l’égalité est établie dans la contribution aux charges du ménage, la
pratique demeure complexe, car son effectivité est freinée par les pesanteurs sociales.
Le fonctionnement du ménage entraîne parfois des dettes. Quels est le régime des
dettes ménagères ?
406. Plan. Il sera traité le mandat légal de chaque époux (1) avant la solidarité des
époux autour des dettes ménagères (2).
1019
G. CORNU (dir.), Vocabulaire juridique, op. cit., voy. « Mandat ».
1020
Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, op. cit., n° 1828.
1021
B. VAREILLE, « Régime des dettes », in M. Grimaldi (dir.), Droit patrimonial de la famille, Paris, Dalloz,
2014, n° 111.11.
207
409. L’égal pouvoir des époux consacré dans le ménage. On peut déduire de cette
disposition que la loi supprime toute autorité venant de la part de l’un des époux en
l’occurrence du mari autrefois chef de famille. Au lieu de supprimer tout mandat
domestique, le législateur l’a plutôt réaménagé dans le sens d’un privilège des deux époux
en plus de lui avoir donné un caractère légal. Il n’y a plus de hiérarchie dans la famille, ni
de répartition des tâches par sexe. Ce pouvoir donné à chaque époux fonde le
comportement des tiers qui ne sont plus tenus de rechercher l’avis du mari avant de
contracter avec l’épouse1023. Aussi, un époux ne saurait retirer à l’autre le pouvoir d’agir
seul, même en notifiant son désaccord au tiers, sur le point de contracter. Chaque époux a
le plein pouvoir d’engager le patrimoine du ménage. L’égalité entre époux est ainsi
légalement établie1024 sur le pouvoir ménager.
411. Source de l’obligation de solidarité des époux. Aux termes des dispositions de
l’article 179 du Code des personnes et de la famille : « chacun des époux a pouvoir pour
1022
Cf. art. 179 al. 1er.
1023
B. VAREILLE, art. préc., n° 111.12.
1024
F. TERRÉ et Ph. SIMLER, op. cit., n° 79.
1025
F. TERRÉ et Ph. SIMLER, op. cit., n° 80.
1026
Cf. annexe I, question 5.
208
passer seul les contrats qui ont pour objet l’entretien du ménage et l’éducation des
enfants ; toute dette ainsi contractée par l’un oblige solidairement l’autre. Néanmoins, la
solidarité n’a pas lieu pour des dépenses manifestement excessives eu égard au train de vie
du ménage, à l’utilité ou à l’inutilité de l’opération, à la bonne ou mauvaise foi du tiers
contractant. Elle n’a pas lieu non plus pour les obligations résultant d’achats à
tempérament ou d’emprunts, à moins que ces engagements ne soient modestes et
nécessaires aux besoins de la vie courante »1027. La solidarité des époux porte
essentiellement sur les dettes contractées dans le cadre des charges du ménage. Le
législateur a ainsi limité l’objet de l’obligation qui peut appeler la solidarité des époux.
L’entretien du ménage, l’éducation des enfants, les achats à tempérament et les emprunts
modestes et nécessaires aux besoins de la vie courante obligent solidairement les deux
époux1028.
413. Une possible brèche ouverte à l’inégalité entre époux. La solidarité sur les
dettes ménagères peut être perçue comme une inégalité puisqu’en réalité, il est fait
beaucoup plus appel à la contribution de l’un que de l’autre. Par contre, si on s’en tient à la
capacité contributive de chaque époux, on peut bien estimer qu’il ne s’agit point d’une
inégalité. L’égalité est ici dans la proportion. Mais la question se pose lorsque, après avoir
1027
Cf. art. 179 du CPF.
1028
RTD Civ. 2007, p. 617, obs. B. Vareille ; Civ. 1ere, 4 juin 2007, D. 2007. 1790, obs. P. Guiomard ;
AJ fam. 2007. P. 403, obs. F. Chénedé ; RTD civ. 2006, p. 811, obs. B. Vareille.
1029
La solidarité est une exception en droit civil. En effet, il est exceptionnel qu’une dette contractée par une
personne oblige une autre personne solidairement ; B. VAREILLE, « Régime des dettes », préc.
1030
Pour l’étendue du contenu des dettes ménagères, B. VAREILLE, art. préc. ; F. TERRÉ et Ph. SIMLER, op.
cit., n° 81.
209
fixé la contribution de chaque époux aux charges du ménage, d’autres besoins naissent et
que l’époux impécunieux engage les biens de son conjoint en vertu de la solidarité des
dettes ménagères. Il semble bien qu’en définitif, il serait délicat d’établir l’égalité dans la
solidarité autour des dettes ménagères.
Tout comme la vie en mariage entraîne des conséquences sur les biens des époux, la fin
de vie a également des conséquences sur leurs biens.
415. Un bref rappel. Il fut un temps au Bénin où l’inégalité régnait sur les successions.
Pendant cette période, l’inégalité dont il était question portait sur une certaine mise à
l’écart des femmes mariées du champ des successions par le droit coutumier. Il ne
s’agissait d’ailleurs pas des veuves uniquement. Le conjoint survivant n’a aucun droit dans
la succession du conjoint décédé. La règle est édictée par l’article 256 du Coutumier du
Dahomey qui indique que « le mode de réparation des biens particuliers varie avec les
coutumes ; la règle générale est que seuls héritent les descendants mêmes du défunt (les
filles héritent toujours des pagnes, parures et ustensiles de ménage) »1032. Parallèlement,
en raison du pluralisme juridique qui prévalait, le Code civil français rendu applicable au
Bénin limitait le droit du conjoint survivant qui ne peut qu’avoir l’usufruit en présence de
1031
La solidarité entre époux est d’un grand intérêt pour les créanciers du couple car elle est, pour eux, non
seulement une affaire de preuve mais aussi une question de gage ; B. VAREILLE, art. préc., n° 112.35 ; les
créanciers peuvent engager, d’une part, l’ensemble des biens des deux époux pour avoir le paiement de la
dette née du chef de l’un d’eux et, d’autre part, les biens de chacun des deux époux peuvent être poursuivis
pour payer la totalité de la dette ; F. TERRÉ et Ph. SIMLER, op. cit., n° 81.
1032
Cf. art. 256 du Coutumier du Dahomey.
210
Après avoir examiné la condition qui fut celle de la veuve comme étant un bien
successible, l’analyse sera consacrée au droit de succession accordé au conjoint survivant.
1033
Cf. art. 767 du Code civil français rendu applicable au Bénin ; A. N. GBAGUIDI, Pluralisme juridique et
conflit de lois en Afrique noire francophone, Thèse, Bordeaux IV, 1998, p. 139.
1034
Cf. art. 162 du Coutumier du Dahomey : « la femme, après la mort de son mari, est généralement héritée.
Elle épouse l’héritier naturel de son mari, sauf le frère aîné (pour toutes les coutumes côtières), dès que les
secondes funérailles sont faites. Jusqu’à ce moment, elle était censée, en effet, être restée l’épouse du
défunt ».
1035
A. SOW-SIDIBÉ, Le pluralisme juridique en droit sénégalais des successions ab intestat, Thèse, Paris,
1987, p. 77. L’auteur pense que le conjoint survivant rattaché au défunt par un lien d'alliance, est également
un héritier.
211
Les époux ont désormais les mêmes parts dans la succession au Bénin. Cette égalité se
manifeste par l’indifférenciation sur le sexe du conjoint survivant dans la dévolution
1036
Cf. art. 256 du Coutumier du Dahomey.
1037
Cf. art. 605 du CPF.
1038
Cf. art. 630 à 634 du CPF.
1039
Cf. art. 632 du CPF.
1040
Cf. art. 633 du CPF.
1041
Cf. art. 634 du CPF.
212
422. L’égalité entre veuves en cas de pluralité d’épouses. Avant 2004, la polygamie
avait légalement cours au Bénin. Dès lors, certains hommes se sont unis, sous les
prescriptions coutumières, en célébrant un mariage polygamique. Or dans le mariage
coutumier, les femmes n’ont pas le droit à l’héritage de leur défunt époux. La question se
pose alors de savoir si, malgré leur statut de base, la nouvelle loi leur permet d’avoir le
droit à la succession. Elles ont, de toute évidence, le droit à la succession puisque la
nouvelle loi régit les situations en cours. On peut espérer que les veuves accèderont à la
succession de leur défunt époux.
1042
Cf. art. 622 du CPF.
1043
Cf. art. 623 al. 1er du CPF.
213
Un autre problème peut se poser en cas de pluralité d’épouses. Cette question peut
paraître banale mais elle trouve son importance dans le contexte béninois. Il s’agit du cas
du prédécès d’un des enfants dans une famille polygamique. En général, dans une telle
famille, les enfants considèrent toutes les épouses de leur père comme leur mère et les
traitent ainsi et inversement. Dans ce cas de figure, pourrait-on s’attendre à ce que chacune
des épouses du père vienne à la succession de l’enfant prédécédé en se partageant à égalité
la part normalement dévolue à la mère de l’enfant ? Ou peut-être se partageront-ils tous la
part dévolue aux ascendants à part égale ? Ainsi par exemple, si le mari à trois épouses, la
famille sera ainsi composée de quatre ascendants. La part dévolue aux ascendants sera-t-
elle partagée en quatre portions égales ? Cette conception de la famille semble ne pas être
celle que prône le Code des personnes et de la famille. Les ascendants visés par l’article
6041044 du Code des personnes et de la famille sont ceux qui ont un lien juridique avec la
personne. L’épouse du père ne peut donc pas avoir un droit successoral dans la succession
d’un enfant d’un autre lit. Cette réponse est applicable à l’enfant adultérin à patre ou à
matre qui ne peut prétendre a aucun droit dans la succession du conjoint de son auteur.
1044
Cf. art. 604 du CPF : « les successions sont dévolues aux enfants et descendants du défunt, à ses
ascendants, à ses parents collatéraux et à son conjoint survivant selon la ligne et le degré des héritiers dans
l’ordre et suivant les règles ci-après fixées ».
214
moderne ; l’union a été scellée sous le sceau du Coutumier juridique. Dès lors, beaucoup,
pour n’avoir pas fait le passage devant l’officier de l’état civil, doutent de la validité de
leur union. Or la valeur juridique de leur union est bien reconnue par le législateur
béninois1045 et ainsi, les veuves devraient pouvoir se prévaloir de la légalité de leur mariage
afin de revendiquer leur droit à la succession en tant que conjoint survivant. Par ailleurs, il
leur est souvent difficile de saisir le juge pour revendiquer leur droit à la succession. Et
même en général, il est prouvé que celles qui sont légalement mariées ne saisissent pas les
juridictions compte tenu du poids social.
Cependant, dans la majorité des cas, les femmes surtout les veuves héritent déjà des
biens meubles et immeubles au Bénin. L’égalité entre l’homme et la femme est ainsi
réalisée à ce sujet, ne serait-ce que par l’œuvre de la loi. Les règles de la succession ab
intestat peuvent ainsi entrer dans le noyau dur de l’égalité en droit béninois de la famille.
1045
Cf. art. 1018 du CPF : « les dispositions du présent Code s’appliquent aux actes et faits juridiques
postérieurs à son entrée en vigueur ainsi qu’aux conséquences que la loi tire des actes et faits antérieurs
ayant créé une situation juridique régulière au regard de la coutume et de la loi ».
1046
L’enquête menée révèle que dans certains milieux, certaines femmes réprouvent elles-mêmes l’idée que
les femmes puissent hériter des immeubles. C’est surtout en milieu adja que cette conception est encore
maintenue. On aurait pu imaginer que le niveau d’étude scolaire ou le lieu de résidence des individus aurait
pu avoir une incidence notable sur la question. Cependant, il est étonnant de rencontrer en pleine ville à
Abomey-Calavi des étudiantes qui trouvent légitime que les femmes soient écartées de la succession. Sur les
1000 personnes questionnées, 475 ont répondu positivement à la question de savoir si une femme peut hériter
des immeubles au même titre que les hommes. Voy. annexe I question 9.
1047
M. JEUGUE DOUNGUE, « La garantie des droits de la femme par le protocole de Maputo comme condition
du développement durable en Afrique », RTDH, 2014, n° 99, p. 587.
215
CONCLUSION DU CHAPITRE II
425. Au terme de l’étude des relations personnelles et pécuniaires des époux durant
le mariage, on peut affirmer que l’égalité est établie entre eux. Si jadis, les époux avaient
des obligations différentes dans le Coutumier comme dans le Code civil français rendu
applicable au Bénin, cette catégorisation a perdu toute sa valeur. L'évolution du droit de la
famille à la lumière du principe d'égalité est alors assez nette au sujet des relations
personnelles et pécuniaires examinées et il est possible de reconnaître, sans aucun doute,
que ces éléments étudiés entrent dans le noyau dur de l'égalité en droit de la famille au
Bénin.
Parallèlement aux droits et aux obligations dont les époux ont la charge dans les
relations personnelles, ils ont les mêmes droits et les mêmes obligations dans les relations
pécuniaires. Dans le régime matrimonial de droit commun comme dans la succession ab
intestat, les époux sont désormais traités à égalité. On constate que l'égalité entre les époux
dans les relations pécuniaires fait appel à des proportions. Le régime matrimonial de droit
commun fait référence à une égalité proportionnelle comme les règles de la succession ab
intestat qui prescrivent une part donnée dans la succession du de cujus.
1048
G. RIPERT et F. BOULANGER, Traité de droit civil d’après le traité de Planiol, Paris, LGDJ, t. 1, 1952,
n° 2143.
216
CONCLUSION DU TITRE II
Il en est d’ailleurs souvent le cas en ce qui concerne les relations pécuniaires des
époux pour lesquelles ils peuvent faire des conventions spéciales ; l’essentiel pour eux est
de respecter les bonnes mœurs, l’ordre public et le régime impératif établi. L’écart entre le
droit et le vécu des citoyens peut aussi s’expliquer du fait des couples qui sont en transition
vers le nouveau droit. Ces couples ont des particularités dans la mesure où, le nouveau
droit a tendance à remettre en cause leurs droits acquis sous l’ancien régime. C’est un
problème général né de l’application d’une nouvelle loi qui bouleverse le droit antérieur.
L’abrogation dogmatique ne pouvant pas coïncider toujours avec l’abrogation
sociologique1051 car la croyance en la légitimité de la norme abrogée peut être très forte. La
pratique n’est donc pas aisée.
1049
La Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant adoptée en juillet 1990 signée par la République
du Bénin le 27 février 1992 et ratifiée en février 1997, le Protocole à la Charte africaine des droits de
l’homme et des peuples relatif aux droits des Femmes ratifié par le Bénin le 30 septembre 2005 et au plan
universel, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international aux droits
économiques, sociaux et culturels du 16 décembre 1966, tous entrés en vigueur au Bénin le 12 juin 1992 ; la
Convention relative aux droits de l'enfant, entrée en vigueur le 2 septembre 1990 et la Convention
internationale sur l'élimination de toutes les formes de discriminations à l'égard des femmes de 1995.
1050
J. CARBONNIER, Essais sur les lois, Paris, Defrénois, 1979, p. 171.
1051
J. CARBONNIER, Sociologie juridique, Paris, 2e éd., PUF, 2004, p. 358.
217
Après l’analyse du droit de la famille dans son état actuel, on peut conclure que
l’intégration du principe d’égalité dans le droit de la famille est un processus. L’égalité en
droit de la famille serait réduite à un domaine ciblé pour l’instant et ainsi tout un ensemble
de matières comprises dans le droit de la famille y sont soustraites. Au demeurant, le
respect de l’égalité en droit de la famille s’insère dans un avenir, bien proche. Le droit
béninois de la famille est en pleine transformation et il ne saurait s’arrêter en de si bon
chemin. Son avenir s’annonce remarquablement au sujet du principe d’égalité en droit de
la famille qui sert de base à la revendication de droits nouveaux issus de la modernité.
219
SECONDE PARTIE :
LE DROIT BÉNINOIS DE LA FAMILLE SOUS LE PRISME
DU PRINCIPE D’ÉGALITÉ : DE LEGE FERENDA
« Pour découvrir les meilleures règles de société qui conviennent aux Nations, il faudrait une intelligence
supérieure, qui vît toutes les passions des hommes et qui n’en éprouvât aucune, qui n’eût aucun rapport avec
notre nature et qui la connût à fond, dont le bonheur fût indépendant de nous et qui pourtant voulu bien
s’occuper du nôtre ; enfin qui, dans le progrès des temps se ménageant une gloire éloignée, pût travailler
dans un siècle et jouir dans un autre »1052.
428. Une mutation sociale observée. Des formes variées de vie en couple se
revendiquent. Si à l’origine, seules les personnes de sexes opposés se mariaient, les
personnes du même sexe aussi veulent de nos jours à se marier, cherchant ainsi à se
prévaloir du droit de se marier.
Également, le mariage est devenu la seule forme d’union organisée au Bénin alors
que des couples continuent de se former sur la base du versement de la dot. En plus, il y a
des personnes qui veulent vivre une vie commune sans se marier, il s’agit des concubins
qui refusent de se marier mais cherchent à fonder une famille. Ils se prévalent ainsi du droit
de fonder une famille.
Le droit de se marier et de fonder une famille se détache ainsi pour devenir deux
droits différents. Or le droit de fonder une famille ne pouvait être détaché du droit de se
marier. On supposait en effet que seuls ceux qui sont mariés pouvaient fonder une famille.
Il s’agit ainsi d’une remise en cause de la législation familiale, la famille ne se fonde plus
ainsi sur le mariage. Les découvertes de la médecine s’ajoutent à cette mutation de la
famille pour couronner la remise en cause du droit issu du Code des personnes de la
famille de 2004 puisque les couples peuvent chercher à avoir des enfants lorsqu’ils en sont
naturellement privés ou les refuser. Aussi bien les couples hétérosexuels mariés que les
homosexuels et les concubins hétérosexuels peuvent ainsi chercher à bénéficier des progrès
de la médecine qui leur servent de base pour des revendications.
1052
J. J. Rousseau, Du contrat social, par Bruno BERNARDI, Paris, Flammarion, 2012, livre II, chapitre VII,
pp. 75-76.
220
429. La distinction suivant la nature des couples de concubins. Il n’y a pas que les
couples hétérosexuels qu’on peut qualifier de concubins. De plus en plus, des couples de
personnes du même sexe se constituent et de surcroît, ils revendiquent le mariage. On
pourrait ainsi distinguer un couple de concubin hétérosexuel d’un couple de concubin
homosexuel. Dès lors, il convient, parlant des couples, de spécifier le type d’union en
question – mariage ou concubinage – et s’il s’agit de concubinage, de préciser également la
nature de celui-ci.
Lorsque l’union de deux personnes n’est pas célébrée devant un officier de l’état civil,
il s’agit de concubinage. Certains auteurs le désignent aussi mariage de fait 1053. Pour la
suite du développement, on choisira de désigner les concubins hétérosexuels par concubins
sans autres précisions. La précision sera par contre faite en ce qui concerne les concubins
homosexuels. Il faut peut-être aussi apporter une nuance en ce qui concerne les
concubinages car il en existe de différentes sortes, indépendamment de leur double nature.
1053
L. LEVENEUR, Situation de fait et droit privé, Thèse, préf. M. Gobert, Paris, LGDJ, 1990, n° 279 ;
J. RUBELLIN-DEVICHI, « L’attitude du législateur contemporain face au mariage de fait », RTD civ. 1984,
n° 1, p. 390.
1054
J.-C. JAMES, « Les unions para-matrimoniales en droit Gabonais de la famille », in Afrique juridique et
politique, vol. 2, n° 1, La revue du CERDIP, janv. -juin 2003, p. 46.
1055
G. CORNU, Droit civil, La famille, Paris, 9è éd., Montchrestien, 2007, n° 44.
221
432. Plan. Le droit de la famille nécessiterait donc des aménagements en raison des
mutations sociales (Titre I) et des progrès de la médecine (Titre II) afin de satisfaire les
revendications légitimes de l’égalité qui s’y reposent.
1056
J. CARBONNIER, Essais sur les lois, Paris, Defrénois, 1979, p. 171.
222
TITRE I :
LES MUTATIONS SOCIALES, VECTEUR DE PLUS D’ÉGALITÉ
EN DROIT DE LA FAMILLE
434. Plan. Il sera donc examiné, dans un premier temps, la marche inachevée vers
une égalité consacrée dans les différentes formes de couples (Chapitre I) et, dans un
second temps, les conséquences embryonnaires d’une égalité consacrée au sein des couples
(Chapitre II).
1057
E. DURKHEIM, De la division du travail social, Paris, 1939, p. 28.
1058
A. G. KOUASSIGAN, Quelle est ma loi ? Tradition et modernisme dans le droit privé de la famille en
Afrique Noire francophone, Paris, Pedone, 1974, p. 162.
1059
A. G. KOUASSIGAN, op. cit., p. 13.
1060
Même si les effets du couple non marié ont été appréhendés transversalement par le législateur de 2004
surtout en ce qui concerne les enfants, il reste que les concubins eux-mêmes ne sont pas encore pris en
compte.
223
CHAPITRE I
1061
C’est le principe dégagé par l’arrêt de la Cour EDH, grande chambre, 11 juill. 2002, n° 28957/95,
Christine Goodwin c. Royaume-Uni, § 98-100.
1062
Cf. art. 23 point 2 du PIDCP.
1063
Cf. art. 12 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales qui
dispose qu’« à partir de l’âge nubile, l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille
selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit ».
224
refus ou le désir de se marier. En second lieu, elle ne pose pas la condition de la différence
de sexe comme condition du mariage.
437. Plan. Si les couples de concubins hétérosexuels peuvent jouir d’une parfaite
égalité avec les époux (Section I), la revendication d’égalité poursuivie par les couples de
concubins homosexuels ou les transsexuels est très délicate et même virtuelle (Section II).
1064
Cf. art. 123 du CPF.
225
SECTION 1 :
UNE PARFAITE ÉGALITÉ POUR LES CONCUBINS HÉTÉROSEXUELS
440. Plan. Les concubins, en s’unissant, désirent les effets positifs du mariage.
Cependant, il y a des effets négatifs qui, normalement revenant aux époux, appréhendent
les concubins hétérosexuels. Si les effets positifs du mariage sont souhaités par les
concubins hétérosexuels sous la bannière de l’égalité des couples, les effets négatifs du
mariage sont fortement déplorés à l’aune de ce même principe. Les couples de concubins
hétérosexuels souhaitent donc être traités à égalité avec les époux en ce qui concerne les
droits liés au mariage (§ 1). Cependant, ils rejettent et réprouvent d’être assimilés aux
époux en ce qui concerne certains effets du mariage, notamment ses devoirs (§ 2).
1065
L. LEVENEUR, Thèse préc., n° 258.
1066
L. LEVENEUR, op et loc. cit.
226
441. Les domaines concernés. Certains effets du mariage profitent aux concubins
hétérosexuels tout comme s’ils étaient mariés. Ces bénéfices sont tant désirés par les
concubins alors même qu’ils ignorent le mariage. On observe ainsi que les concubins se
confondent largement aux époux au plan social1067. Il en est également le cas lorsque le
législateur ou le juge accordent les mêmes droits aux personnes unies par des liens de
famille différents.
442. Plan. Il convient, en vue de faire ressortir les effets positifs du mariage
recherchés par les concubins et qui d’ailleurs leurs profitent, de montrer que le
concubinage jouit d’une parfaite égalité de vie sociale (A) et d’une égalité de vie juridique
avec le mariage (B).
1067
J. RUBELLIN-DEVICHI, « L’attitude du législateur contemporain face au mariage de fait », RTD civ. 1984,
n°s 8-11.
1068
D. GANANCIA, « Droits et obligations résultant du concubinage », Gaz. Pal. 1981, I. p. 16.
227
444. La consécration de l’union civile comme mariage. Depuis 2004, le mode légal
de formation d’un couple est le mariage civil1069. Le Code béninois des personnes et de la
famille rejette complètement la validité d’un mariage célébré par le versement de la dot en
disposant en son article 142 que « la dot a un caractère symbolique »1070. C’est vouloir
dire que le versement de la dot n’est plus l’élément essentiel de la formation du mariage.
Cependant, on ne peut se passer de la dot1071. La loi a été plus loin dans sa volonté
d’encadrer le mariage dans le cadre strict de la loi. Le Code des personnes et de la famille
dispose en son article 126 al 2 que « seul le mariage célébré par un officier de l’état civil a
des effets légaux »1072. Mais, cette disposition ne signifierait-elle pas qu’il existe d’autres
formes de mariages ? C’est évident, d’autres modes de conjugalités ont toujours existé et
sont connus. Un ensemble d’agissements conforte la légitimité du concubinage en dépit de
l’organisation de son statut. En effet, c’est de nouveaux faits qu’il convient d’examiner.
1069
Le Bénin, à l’instar d’autres pays, a connu une phase au cours de laquelle l’État n’organisait pas le
mariage mais il fut essentiellement organisé sous l’empire des coutumes et des religions. (J. Carbonnier,
Droit civil, t. 1, introduction, les personnes, la famille, l’enfant, le couple, Paris, PUF, 2004, n° 386). Pendant
que cette phase poursuivait son cours, le Code civil français qui organise le mariage civil a été rendu
applicable au Bénin jusqu’en 1958. On observe que trois règles coexistaient et organisaient toutes le
mariage ; chacune édictant la forme de vie en couple conséquente. Il y a la règle coutumière, la règle
religieuse et la règle de droit qui organisait chacune le mariage. On observait ainsi trois cercles de
formalisation du mariage : le mariage coutumier, le mariage religieux et le mariage civil. Avec l’évolution
des mœurs (P. RAYNAUD, « Les deux familles. Réflexions comparatives sur la famille légitime et la famille
naturelle », in Aspects du droit privé en fin du 20è siècle - Études réunies en l'honneur de Michel de Juglart,
Paris, LGDJ, 1986, n° 4, p. 64) et la laïcité de l’État, deux types de mariage ont été privilégiés par le
législateur. Il s’agit notamment du mariage coutumier et du mariage civil.
1070
Cf. art. 142 du CPF.
1071
La dot n’est pas bannie au Bénin car, sur les fiches du mariage, la dot est mentionnée et si elle n’est pas
versée à la femme, l’officier de l’état civil ne pourra procéder à la célébration du mariage. Verser la dot n’est
pas contre la loi même si son quantum n’est pas déterminé.
1072
Cf. art. 126 al. 2 du CPF.
228
446. Une assimilation des couples par le vécu social. Quelle que soit la forme du
concubinage, la similitude au mariage est grande. Les caractéristiques essentielles du
mariage sont la communauté de toit, la communauté de lit et la communauté de table. Elles
s’observent également dans un concubinage.
1073
I. THÉRY, Couple, filiation et parenté aujourd’hui. Le droit face aux mutations de la famille et de la vie
privée, Rapport à la ministre de l’emploi et de la solidarité et au garde des sceaux, Ministre de la justice, La
documentation française, Odile Jacob, 1998, p. 141.
1074
J. SOSSON et N. DANDOY, « La reconnaissance juridique du couple non marié », in J.-L. Renchon et
F. Tainmont (dir.), Le couple non marié à la lumière de la cohabitation légale, acte du colloque de la journée
d’étude relative à la cohabitation légale, Louvain-la-Neuve, Bruylant, mars 2008, p. 47.
1075
Le Code civil français rendu applicable au Bénin avait une attitude de combat à l’égard du concubinage.
Les concubins et leurs enfants étaient ignorés du législateur ; L. LEVENEUR, Thèse préc., n° 279.
1076
J. RUBELLIN-DEVICHI, « Les concubinages, mise à jour », in Droit des personnes et de la famille,
Mélanges à la mémoire de Danièle Huet-Weiller, Paris, LGDJ, 1994, p. 389 ; I. THÉRY, op. cit., p. 141.
1077
P. RAYNAUD, art. préc., n° 17, p. 69.
1078
Cf. supra, n° 33.
229
Des plus anciens aux plus jeunes, le concubinage est toléré. Il s’observe sous
différentes formes et est en évolution1079. Ainsi, « il est indéniable que les modes de
conjugalité hors mariage se rapprochent du mariage selon un mécanisme de
maillage »1080. Pour les anciens, il s’agissait d’un concubinage avec plusieurs personnes.
Un homme organisait en effet une vie de famille avec plusieurs femmes qui se connaissent
presque toutes. Mais, avec l’évolution et le resserrement de la conjoncture économique, on
observe une nouvelle forme de concubinage.
1079
En France, le nombre de couples non marié est en forte progression depuis 1968 (314.000). Il a plus que
quintuplé en vingt ans (1.707.000 en 1990, soit un couple sur trois pour les générations de 25 à 39 ans et un
sur huit dans la population générale). Recensement de la population de 1990, INSEE, 1992.
1080
F. GRANET-LAMBRECHTS, « Partenariat ou mariage : identité de genre dans les législations
européennes », AJ fam. 2012. p. 504.
1081
Voy. Synthèse des analyses du troisième recensement général de la population et de l’habitat de février
2002, p. 22, disponible sur le site [[Link] ; voy. aussi supra n°s 306 et 307.
230
449. Plan. Il est observé dans plusieurs domaines que le concubinage bénéficie des
effets juridiques positifs du mariage. Il en est ainsi de la protection assurée aux enfants qui
profitent à leurs parents concubins et de la protection assurée au concubin survivant.
L’égalité parfaite des concubins et des époux est ainsi obtenue par l’influence de l’égalité
des enfants sur les parents concubins (1) et par l’égalité assurée directement par le biais des
principes généraux de la responsabilité civile (2).
450. Les acteurs de l’assimilation des couples. L’égalité des filiations induit la
reconnaissance du concubinage1082. Deux principaux acteurs contribuent à l’assimilation
des concubins aux époux par l’égalité des enfants. Il s’agit du législateur à travers la loi et
du juge par la jurisprudence qui confortent parfois la position des concubins en accordant
les mêmes effets au concubinage et au mariage.
451. Le fait de la loi. Avec le nouveau droit, l’enfant naturel est assimilé à l’enfant
légitime dans les cas où ses parents sont en concubinage simple. D’abord, il réside en
général avec ses parents qui ne sont pas liés par d’autres unions. Ensuite, les géniteurs
peuvent faire la déclaration conjointe devant le juge des tutelles afin d’exercer en commun
l’autorité parentale1083. S’agissant des successions, l’article 620 du Code des personnes et
de la famille prévoit l’égalité des enfants face aux successions1084. Cette disposition suscite
deux réflexions.
mariage par endroits. Tous les enfants ayant ainsi droit à la succession de leur père et
mère. Ils ont non seulement l’égale vocation successorale mais ils ont une même part
successorale en dehors de l’enfant naturel incestueux qui ne peut avoir ses deux filiations
établies1086. Il y a ainsi une assimilation totale du concubinage au mariage quant à la
succession des enfants.
En second lieu, l’égalité accordée quel que soit le type de filiation n’induirait-elle pas
que les concubins jouissent des mêmes considérations que les époux ? Il y a une volonté
législative affichée d’attribuer automatiquement le nom du père à tous les enfants dont le
père est connu. L’attribution du nom du père à l’enfant s’observe même si le père venait à
reconnaître l’enfant plus tard. Il y a ainsi également là une tendance à assimiler les enfants
naturels aux enfants légitimes. Le concubinage bénéficie ainsi des privilèges accordés au
mariage. De fait, on ne peut distinguer les enfants naturels des enfants légitimes. Cette
confusion créée volontairement est une brèche d’égalité avec les époux ouverte aux
concubins. L’assimilation des concubins s’observe également dans la jurisprudence.
452. Le fait de la jurisprudence. Quel que soit le lien qui unit les parents, l’intérêt
supérieur de l’enfant doit être la ligne directrice qui oriente la décision du juge1087. Il
décide souvent indépendamment de la relation de famille qui a uni les parents de l’enfant.
De fait, on assiste en général à des décisions de justice qui vont dans le même sens :
l’attribution d’une pension alimentaire à l’enfant quel que soit le type de relation qui a
existé entre ses parents et l’attribution préférentielle de la garde de l’enfant aux
femmes1088. Il paraît que deux phénomènes sont à la base de cet état de chose. Il s’agit de
1086
Cf. art. 621 du CPF : « l’enfant incestueux n’a de droits successoraux qu’à l’égard du parent qui l’a
reconnu conformément à l’article 319 du présent Code ».
1087
Cf. art. 413 al. 3 du CPF qui dispose que « s’il s’élève un conflit entre les père et mère relativement à la
garde, le tribunal civil statue en considérant l’intérêt de l’enfant, et les règles de l’article 412 s’appliquent ».
1088
B. C. TOSSAVI, La grande d’enfant à la lumière de la jurisprudence béninoise, Mémoire de DEA, Chaire
Unesco des droits de la personne humaine et de la démocratie, Abomey-Calavi, 2010-2011 ; en cas de
divorce, la garde de l’enfant est souvent confiée à la mère et le père est condamné au paiement d’une pension
alimentaire avec le droit de visite et d’hébergement des enfants : TPI de Cotonou, jugement n° 68-2005
(inédit) ; TPI de Cotonou, jugement n°99-2007, (inédit) ; TPI de Porto-Novo, jugement n° 20-2008 (inédit).
En cas de rupture du concubinage, les décisions vont dans le même sens et la mère a, la plupart des cas, la
garde de l’enfant est confiée à la mère et le père est condamné au paiement d’une pension alimentaire avec le
droit de visite et d’hébergement des enfants : TPI de Parakou, 05 mars 2010 , jugement n° 324/10, (inédit) ;
TPI de Ouidah, 12 déc. 2006, Jugement n° 436/06, (inédit) ; Cour d'appel d'Abomey, 18 juillet 2011,
jugement n° 44/11-EP, (inédit) ; TPI d'Abomey-Calavi, 10 octobre 2010, jugement n° 016, (inédit) ; TPI
d'Abomey-Calavi, 12 août 2010, jugement n°009, (inédit) ; TPI de Cotonou, 10 juin 2010, jugement
n° 57/2010, (inédit) ; TPI de Porto-Novo, 27 mars 2008, jugement n° 006/B/R2/08, (inédit). Il arrive
cependant des cas où la garde de l’enfant est confiée au père et, en général, sans aucune condamnation de la
mère au paiement d’une pension alimentaire et il lui accordé un droit de visite et d’hébergement des enfants.
Les exemples sont rares. Par exemple en cas de divorce, TPI de Lokossa, 21 décembre 2000, n° 1035/00
(inédit) ; en cas de rupture du concubinage, TPI d'Abomey-Calavi, 28 octobre 2010, jugement n° 015
(inédit).
232
la montée en force des droits de l’homme et de la protection accrue de l’intérêt des enfants
dans tous les cas.
L’individualisation occasionnée par l’intégration des droits de l’homme tend à saper les
fondements du mariage et chaque membre du couple est traité indépendamment de sa
situation de famille. Le culte de l’enfant aussi conduit à la recherche d’une protection
maximale de l’enfant. Ces deux facteurs combinés dénudent en partie le mariage. Á titre
comparatif, on peut dire qu’« il n’existe plus en Europe et dans les systèmes juridiques
anglo-américains d’effet de mariage inaccessibles sans mariage formel »1089.
Si les enfants peuvent servir de fondement pour faire bénéficier indirectement certains
droits à leurs auteurs concubins, ces derniers obtiennent désormais directement des droits
identiques avec les époux en raison de leur concubinage.
1089
R. FRANK, « Mariage et concubinage, réflexion sur le couple et la famille », in Des concubinages. Droit
interne, droit international, droit comparé, études offertes à Jacqueline Rubellin-Dévichi, Paris, Litec, 2002,
p. 6.
1090
J. VIDAL, « L'arrêt de la chambre mixte du 27 février 1970, le droit à réparation de la concubine et le
concept de dommage », JCP 1971, I, 2390, n° 4 et s.
1091
N. JEANMART, Les effets civils de la vie commune hors mariage, Bruxelles, Larcier, 1986, p. 167.
233
1092
J. VIDAL, art. préc., n° 1.
1093
Cass. ch. mixte, 27 févr. 1970, D. 1970 ; J. Carbonnier, Droit civil, t. 1, n° 649, p. 1460 ; J. VIDAL, art.
préc., n° 2 ; D. HUET-WEILLER, « "L’union libre" (La cohabitation sans mariage) », in The American journal
of comparative law, vol. XXIX, 1981, p. 259.
1094
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 2, la famille, les biens, les obligations, Paris, PUF, 2004, n° 1123, p. 2274 ;
J. VIDAL, art. préc., n° 4.
1095
G. CORNU, Droit civil, La famille, Paris, 9è éd., Montchrestien, 2007, n° 48, p. 92 ; J. RUBELLIN-DÉVICHI,
« L’attitude du législateur contemporain face au mariage de fait », RTD civ. 1984, n° 15 ; D. HUET-WEILLER,
art. préc., n° 2, p. 261.
1096
Depuis le vote du Code des personnes et de la famille du Bénin, une nouvelle forme d’égalité s’établit
entre époux et concubins au sujet de la liberté de la rupture du lien. Les époux peuvent désormais organiser la
rupture du mariage. Il s’agit du divorce par consentement mutuel prévu par les articles 221 et s. du CPF.
1097
G. CORNU, op. cit., n° 44, p. 92.
1098
J. RUBELLIN-DÉVICHI, « L’attitude du législateur contemporain face au mariage de fait », RTD civ. 1984,
n° 16.
234
La jurisprudence admet que cette faute peut résulter à l’origine d’un comportement
répréhensible1099 – séduction dolosive, promesse de mariage, contrainte, abus d’autorité –
1100
de l’auteur. Elle admet aussi que les éléments de la faute peuvent être puisés non dans
le comportement originaire du concubin, mais dans son attitude finale1101. L’abandon avec
charge d’enfant, la violence ou la brutalité exercée pour obtenir la rupture peuvent
constituer la faute de l’auteur. Cela se double parfois d’une mutation de l’obligation
naturelle d’aliments en obligation civile d’aliments1102, même si le créancier doit prouver
son état de besoin. S’il existe des effets du mariage qui intéressent les concubins et qu’ils
réclament vivement, il y en a d’autres qu’ils déplorent.
456. Une égalité assurée par la répression des violences conjugales. Il existe des
effets du mariage que les concubins réprouvent. Ce sont essentiellement les contraintes
liées au mariage. Pour les concubins, le choix du concubinage réside en général dans la
réprobation de ces effets du mariage. Les violences faites aux femmes s’accroissent et
atteignent une grande majorité des femmes soit les 60 % selon une étude de Wildaf
Bénin1103. Leurs répressions s’organisaient sur la base du Code pénal. Pour enfin donner
une base légale spécifique à la répression1104 de ce fait, la loi n° 2011-26 du 09 janvier
2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes a été votée. Elle est
très redoutée des concubins. Elle a introduit dans l’ordre juridique béninois des innovations
importantes. Elle sanctionne les violences faites aux femmes en général et met un accent
particulier sur les violences conjugales.
457. Plan. Cette loi consacre ainsi la reconnaissance explicite du concubinage par
le législateur (A) et lui confère d’ailleurs le même statut que le mariage en assurant l’égale
protection contre les violences aux concubins et aux époux (B).
1099
Civ., 17 juin 1953, JCP 1953, IV, 118 ; D. HUET-WEILLER, art. préc., p. 262.
1100
Cette raison ne peut avoir de fondement que dans le cas des unions passagères, même s’il faut compter
avec ceux qui, pendant des années, font miroiter le mariage ou un avenir de sécurité.
1101
Civ.1ere, 30 juil., 1954, Bull. Civ. 1ere, n° 226, p. 192.
1102
J. RUBELLIN-DEVICHI, art. préc., n° 16.
1103
Violence faites aux femmes et aux filles au Bénin, Étude de base du projet Empower, 2008, p. 31.
1104
Avant la mise en vigueur de cette loi, l’Association des femmes juristes du Bénin a toujours aidé les
femmes sur la base du Code pénal, donc pas sur la base de la situation familiale des victimes.
235
1105
Cf. art. 2 de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012.
236
Contrairement à la loi française, il faut mettre ici l’accent sur le fait que la durée n’est
pas un élément déterminant du concubinage au Bénin puisque le législateur en vue de
sanctionner les violences basées sur la relation domestique a mis uniquement l’accent sur
la communauté de résidence.
1106
Cf. art. 515-8 du Code civil français actuel.
1107
J. HAUSER, « La définition de l'article 515-8 constitue-t-elle le droit commun du concubinage ? », RTD
civ. 2001, p. 336 ; voy. Paris, 16 janv. 2001, D. 2002. p. 536, obs. J.-J. Lemouland.
1108
Cf. art. 7 de la loi n° 2011-814 du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique en France.
1109
Mais lorsque l’on parle de violence, il faut entendre au sens de la nouvelle loi « tous actes de violence
dirigés contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances
physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation
arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée » ; voy. art. 2 de la loi sur la
prévention et la répression des violences faites aux femmes au Bénin.
1110
Cf. art. 3, 13è tiret de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012.
1111
Cf. art. 3, 15è tiret de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012.
1112
Cf. loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 en France.
237
464. Une égalité des concubins avec les époux sur l’occupation de la résidence
familiale en cas de violence. L’article 20, 2è alinéa de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012
prévoit qu’« en cas de violences domestiques ou conjugales, où les deux parties occupent
le même logement, la partie violentée aura droit à continuer à occuper provisoirement le
logement »1115. Il est ainsi recommandé aux juges de faire profiter le logement familial à
l’un des concubins et notamment à celui qui est violenté. Cette règle va au-delà de la règle
prévue par le Code des personnes et de la famille dans la procédure de divorce puisqu’en
matière de divorce pour faute, le juge doit statuer sur la résidence de chacun des époux1116.
La loi 2011-26 du 09 janvier 2012 tranche désormais la situation en prévoyant la solution
du juge qui doit autoriser la personne violentée, qu’il s’agisse d’un concubin ou d’un
époux à continuer d’occuper, ne serait-ce que provisoirement, le domicile commun. Les
concubins sont ainsi traités à égalité avec les époux.
1113
Cf. art. 3, 15è tiret de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012.
1114
Cf. art. 3 de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012.
1115
Cf. art. 20, al. 2 de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012.
1116
Cf. art. 239, 2è al. du CPF : « par la même ordonnance, le juge statue après avoir entendu les avocats des
parties, si celles-ci le demandent, sur la résidence des époux durant l’instance, sur la remise des effets
personnels et, s’il y a lieu, sur la garde provisoire des enfants, sur le droit de visite des parents et sur la
demande d’aliments ».
238
Les couples se voient ainsi mêlés, sans distinction aucune. La relation domestique est
désormais l’élément qui rassemble les couples et leur confère les mêmes sanctions, en tout
cas, en ce qui concerne les violences.
1117
Cf. art. 29 de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012.
1118
Voy. Guide d’animation sur les violences faites aux femmes et aux filles au Bénin et les lois spécifiques y
afférentes, AFJB, p. 25.
1119
Cf. art. 2 de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012.
239
B. L’égale protection contre les violences assurée aux concubins et aux époux
467. Une assimilation des couples par l’aggravation de la répression. Au Bénin, par
quoi peut-on distinguer les couples face aux violences ? Depuis le vote de la loi 2011-26
du 9 janvier 2012, on assiste à une assimilation complète des couples dans la répression
des violences domestiques. L’article 30 de la loi 2011-26 du 9 janvier 2012 dispose
que « pour toute infraction pénale qui réprime des violences physiques ou sexuelles, le fait
que la victime et l’auteur jouissent d’une relation domestique, définie à l’article 3 de la
présente loi, sera retenu comme circonstance aggravante. La peine maximale en matière
délictuelle est aggravée par cinq (05) ans d’emprisonnement, et celle en matière criminelle
est aggravée d’au moins dix (10) ans »1120. Or le concubinage constitue au titre de la loi
une relation domestique tout comme le mariage. Il est donc aisé de constater que les
concubins sont appréhendés au même titre que les époux.
469. L’effectivité de l’égale protection des couples. Avant la mise en vigueur de cette
loi, la répression des violences commises sur les concubines reposait sur le régime général
de protection de l’intégrité physique1123. Ce régime n’était pas assez répressif et
n’englobait pas les souffrances psychologiques et les privations de liberté. La
reconnaissance du concubinage par les textes permet désormais aux femmes de trouver une
base légale à leur action en justice. De plus, le poids de la tradition ne permettait pas aux
femmes de saisir le juge pour les questions de famille. La vulgarisation de cette loi délie la
société de la tradition et permet aux femmes de saisir le juge sans préjugés.
Dans ce domaine, l’action de l’Association des Femmes Juristes du Bénin (AFJB) est
appréciable en raison de son assistance judiciaire aux victimes1124. On peut donc conclure
1120
Cf. art. 30 de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012.
1121
Cf. art. 16 al. 3 de la loi n° 2011-26 du 09 janvier 2012.
1122
Cf. art. 16 al. 4 de la loi n° 2011-26 du 09 janvier 2012.
1123
Le viol était réprimé par l’art. 332 du Code pénal, les coups et blessures volontaires par l’art. 309.
1124
Les actions menées par l’Association des Femmes Juristes du Bénin (AFJB) s’observent surtout dans le
domaine de la sensibilisation de la population et à l’assistance juridique des femmes victimes de violences.
240
que la loi n° 2011-26 du 09 janvier 2012 assure une protection égale aux personnes vivant
en couple par le biais du système répressif qu’elle a mis en place, en aggravant les
anciennes peines lorsqu’il existe une relation domestique entre la victime et l’auteur de
l’infraction. Les concubins ne sont plus simplement appréhendés dans le cadre général de
la répression pénale.
En marge de ces différents bénéfices du mariage qui profitent aux concubins, il existe
une forme d’égalité recherchée en raison de la nature du sexe et de l’orientation sexuelle.
SECTION 2 :
UNE DÉLICATE ÉGALITÉ EN RAISON DE L’ORIENTATION
SEXUELLE ET DE LA NATURE DU SEXE
470. Le sexe. Selon le Vocabulaire juridique, le sexe est « chez l’homme ou la femme,
organe de la reproduction et de la sexualité »1125. C’est également « l’appartenance à l’un
de ces groupes, élément de l’état des personnes auquel la loi attache certaines
conséquences juridiques parfois discriminatoires et contraires à l’égalité civile, parfois
compensatoire parfois inhérentes à une différence naturelle »1126. C’est donc « la
conformation particulière qui distingue l’homme et la femme »1127. Le sexe serait non
seulement un organe de reproduction mais également un élément de l’état des personnes.
On peut donc retenir que le sexe est un organe qui permet de déterminer le genre de la
personne.
Il existe en parallèle un lot de personnes qui, bien qu’étant d’un sexe donné, se sentent
mieux du sexe opposé et vont jusqu’à pratiquer une chirurgie afin d’avoir un sexe nouveau
qui correspond à leur sexe psychologique ; il s’agit du transsexualisme qui est « la
conviction inébranlable d’appartenir au sexe opposé et le désir corrélatif d’une
transformation sexuelle »1128.
1125
G. CORNU (dir.), Vocabulaire Juridique, voy « Sexe ».
1126
Ibid.
1127
A. GOUTTENOIRE, « Sexe, sexualité et droit de la convention européenne des droits de l’homme », in
O. Dubos et J.-P. Marguenaud (dir.), Sexe, sexualité et droits européens : Enjeux politiques et scientifiques
des libertés individuelles, Paris, Pedone, 2007, p. 19.
1128
F. LYN, P. ROMUALD et J.-B. WALTER, « Transsexualisme et droit européen », in O. Dubos et
J.-P. Marguenaud (dir.), Sexe, sexualité et droits européens : Enjeux politiques et scientifiques des libertés
individuelles, Paris, Pedone, 2007, p. 55.
241
1129
A. GOUTTENOIRE, art. préc., p. 19.
1130
Cf. supra n° 10.
1131
A. GOUTTENOIRE, « Sexe, sexualité et droit de la convention européenne des droits de l’homme », in
O. Dubos et J.-P. Marguenaud (dir.), Sexe, sexualité et droits européens : Enjeux politiques et scientifiques
des libertés individuelles, Paris, Pedone, 2007, p. 19.
242
474. La problématique. Dès les débuts de l’ère chrétienne, les hommes ont été
contrôlés quant à leur orientation sexuelle1132. C’est ainsi que plusieurs États condamnaient
du fait des pratiques homosexuelles. Depuis quelques années, presque tous les États ont
dépénalisé l’homosexualité1133 même s’il en existe encore quelques-uns qui punissent cette
pratique1134. À la suite d’une large dépénalisation de l’homosexualité, une nouvelle
revendication relative au mariage des personnes du même sexe a fait surface. La recherche
de l’ouverture du mariage aux personnes ayant une orientation homosexuelle suit ainsi un
certain nombre d’étapes. La première étape est celle de la dépénalisation de
l’homosexualité, la deuxième étape est relative à la suppression des discriminations à
raison de l’orientation sexuelle et la troisième étape est celle de l’accès au mariage par les
personnes du même sexe1135. Plusieurs facteurs servent de soubassement pour cette
revendication du mariage basée principalement sur l’égalité.
475. Plan. Il existe non seulement des facteurs internes (A), mais aussi des facteurs
internationaux résultant de la volonté de certains États d’assurer le rayonnement
international de leur loi nationale (B) qui peuvent servir de base de revendications en vue
de l’accès au mariage par les personnes du même sexe.
1132
Cf. les Lévitiques qui interdisent des relations homosexuelles entre les hommes couchant « avec un
homme comme on couche avec une femme » (18, 22 ; 20, 13) ; et plus généralement, voy.
F. LEROY-FORGEOT, « Homosexualité », in D. Alland et S. Rials (dir.), Dictionnaire de la culture juridique,
Paris, Lamy, PUF, 2003, p. 787 et s.
1133
Au sein de l’Union européenne, ce n’est qu’en 1981 que la Cour européenne a entériné le retrait du droit
pénal d’un domaine désormais réservé à la vie privée ; voy. Cour EDH, 22 octobre 1981 (Cour plénière),
Dudgeon c. Royaume-Uni, série A, n° 45.
1134
Il existe encore six pays dans le monde qui punissent l’homosexualité de la peine de mort à savoir
l’Arabie saoudite, l’Iran, le Nigéria, la Mauritanie, le Soudan et le Yémen. Il y en a vingt-sept qui
condamnent les homosexuels à des châtiments physiques ou à des peines d’emprisonnements.
1135
M. LAMARCHE, « Les homosexuels devant la Cour européenne des droits de l’homme », in O. Dubos et
J.-P. Marguenaud (dir.), Sexe, sexualité et droits européens : Enjeux politiques et scientifiques des libertés
individuelles, Paris, Pedone, 2007, p. 45 et s.
243
Il est une chose de permettre à une personne de jouir de sa liberté sexuelle, mais il
est également tout autre de chercher à bénéficier d’un statut prédéfini. La différence de
sexe paraît ainsi être non seulement le fondement du mariage mais elle justifierait
également le droit de fonder une famille au Bénin. Cependant, il sera possible de voir des
couples de personnes du même sexe revendiquer le droit au mariage au Bénin au nom de
l’égalité puisqu’on assiste de plus en plus, et de par le monde, à la recherche par les
couples de personnes du même sexe de la levée du saut de la différence de sexe comme
condition du mariage.
477. Plan. Deux voies s’offrent à cette revendication d’égalité. Il y a, d’une part,
celle tendant à déclarer l’orientation hétérosexuelle du mariage contraire à la Constitution
(1) et, d’autre part, le recours au législateur – comme c’est le cas dans plusieurs États –,
pour une réorientation de son choix en faveur de tous les couples (2).
1136
Á la date du 1er janvier 2013, quatorze (14) pays reconnaissent le mariage homosexuel, onze (11) sur la
totalité de leur territoire, trois (03) sur une partie seulement. Pour l’Union européenne il y a la Belgique, le
Danemark, l’Espagne, l’Irlande, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède et la France rejoint ces États
le 17 mai 2013 avec la loi n° 2013-404. En Amérique, nous avons le Canada, l’Argentine. En Afrique, seule
l’Afrique du Sud a reconnu le mariage homosexuel. D’autres pays ont reconnu partiellement le mariage
homosexuel ; N. MAMERE, Éloge du mariage pour tous, Paris, éd. L’esprit du temps, 2013, p. 56.
244
1137
Cf. art. 123 du CPF.
1138
Cf. art. 26 de la Constitution du Bénin.
245
observer qu’il est recommandé par la Constitution une neutralité par rapport au sexe de la
personne car en effet, c’est hors de toute considération de type sexuel que l’égalité a
commencé à investir les champs du droit1139. Mais là, il ne s’agit pas d’une inégalité visant
uniquement les femmes ou les hommes ; il s’agit ici d’une condition posée pour bénéficier
d’une institution. Il ouvrira ainsi la voie au mariage homosexuel, à moins qu’il renvoie la
question homosexuelle au législateur comme l’a déjà fait le juge constitutionnel français.
La question du mariage homosexuel relèverait ainsi de la seule responsabilité du politique.
481. La décision du juge constitutionnel français. Cette même question s’est posée
en France en 2010. La Cour de cassation française1140 a été saisie d’une revendication des
couples du même sexe. Or la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 avait déjà introduit
dans la Constitution française un article 61-11141 qui permet au Conseil constitutionnel de
statuer désormais sur les questions prioritaires de constitutionnalité (QPC). Cette
disposition est comparable à celle de l’article 122 de la Constitution du Bénin 1142 du 11
décembre 1990, même si cette dernière à la spécificité de permettre directement la saisine
aux citoyens1143. Elle a donc renvoyé les articles 1441144 et 75 dernier alinéa1145 du Code
civil français actuel devant le juge constitutionnel afin qu’il statue sur leur
constitutionnalité. Le Conseil constitutionnel ainsi saisi d’une QPC, s’est non seulement
1139
F. FINES, « L’égalité entre les sexes en droit communautaire », in O. Dubos et J.-P. Marguenaud (dir.),
Sexe, sexualité et droits européens : Enjeux politiques et scientifiques des libertés individuelles, Paris,
Pedone, 2007, p. 31.
1140
En 2007, la Cour de cassation avait retenu dans l’une de ses décisions que « selon la loi française, le
mariage est l'union d'un homme et d'une femme » ; Civ. 1ere, 13 mars 2007, n° 05-16.627, D. 2007. 935, obs.
I. Gallmeister, 1389, rapp. G. Pluyette, 1375, point de vue H. Fulchiron, 1395, note E. Agostini, et 1561, obs.
J.-J. Lemouland et D. Vigneau ; GAJC, 12e éd., 2007, n° 32 ; AJ fam. 2007. 227, obs. F. Chénedé.
1141
Cf. art. 61-1 de la Constitution française de juillet 2008 : « lorsque, à l’occasion d’une instance en cours
devant une juridiction, il est soutenu qu’une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la
Constitution garantit, le Conseil constitutionnel peut être saisi de cette question sur renvoi du Conseil d’État
ou de la Cour de cassation qui se prononce dans un délai déterminé. ̶ Une loi organique détermine les
conditions d’application du présent article ».
1142
Cf. art. 122 de la Constitution du Bénin : « tout citoyen peut saisir la Cour constitutionnelle sur la
constitutionnalité des lois, soit directement, soit par la procédure de l'exception d'inconstitutionnalité
invoquée dans une affaire qui le concerne devant une juridiction. Celle-ci doit surseoir jusqu'à la décision de
la Cour constitutionnelle qui doit intervenir dans un délai de trente jours ».
1143
En plus de l’obligation que seul le Conseil d’État et la Cour de cassation peuvent transmettre ce recours
en QPC au Conseil constitutionnel, elle est subordonnée à trois conditions prévues par l’ordonnance du 7
novembre 1958 modifiée portant la loi organique sur le Conseil constitutionnel en son article 23-4. Dans la
mesure où il est soutenu devant la Cour de cassation qu’une disposition est non conforme à la Constitution,
celle-ci vérifie les conditions du renvoi d’une telle revendication devant le juge constitutionnel que sont : la
disposition législative doit être applicable au litige ou à la procédure, ou constitue le fondement des
poursuites ; la disposition contestée n’a jamais été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le
dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances ; la question n’est
pas dépourvue de caractère sérieux ; voy. déc. 2009-595 DC du 3 décembre 2009 ; L. FAVOREU et L. PHILIP,
Les grandes décisions du Conseil constitutionnel, Paris, 17è éd., Dalloz, 2013, déc. n° 48, pp. 484 et s.
1144
Cf. art. 144 du Code civil français rendu applicable au Bénin : « l'homme avant dix-huit ans révolus, la
femme avant quinze ans révolus, ne peuvent contracter mariage ».
1145
Cf. art. 75 dernier al. du Code civil français rendu applicable au Bénin : « il (l’officier de l’état civil)
recevra de chaque partie [...] la déclaration qu'elles veulent se prendre pour mari et femme ».
246
482. La réponse des systèmes de la common law. Dans les systèmes juridiques de la
common law, ce sont les cours suprêmes qui ont été les acteurs de l’ouverture du mariage
aux personnes du même sexe. Pour elles, l’interdiction de l’accès du mariage sur la seule
orientation sexuelle des personnes constitue une violation flagrante du principe d’égalité et
du due process of law. C’est sur le fondement de cet argument que la Cour suprême du
Massachusetts1151 a déclaré discriminatoire l’interdiction de l’accès du mariage aux
personnes du même sexe en 2003. Cet exemple a été suivi par les cours suprêmes de la
Californie1152. Et même très récemment, le 26 juin dernier, la Cour suprême des États-Unis
a rendu légal le mariage homosexuel1153 dans l’ensemble de ses États par ce moyen.
Si la voie du recours au juge échoue pour ouvrir le mariage aux personnes du même
sexe, le législateur peut bien être une alternative.
1146
Même si auparavant la Cour de cassation a considéré que le Conseil constitutionnel ne pouvait se
prononcer dans le cadre d’une QPC, sur l’interprétation jurisprudentielle d’une disposition législative. Cass.,
19 mai 2010, n° 09-70.161. Dans cette décision, la Cour de cassation a jugé que la QPC ne pouvait porter que
sur une le texte même de la disposition législative et non sur l’interprétation qu’en donne le juge ; D. 2010.
1352, et 2236, point de vue H. Nico ; RTD civ. 2010, p. 508, obs. Nico, P. Deumier et 810, obs. P. Théry :
« La question posée déduit une telle atteinte, non du texte même d'une disposition législative, mais de
l'interprétation qu'en donne la jurisprudence ; comme telle, elle ne satisfait pas aux exigences du texte
précité » de l'art. 61-1 de la Constitution française. Dans le même sens, voy. Cass., 31 mai 2010,
n° 09-87.578, D. 2010. 1486 ; Cass., 11 juin 2010, n° 10-81.810, D. 2010. 1714. Dans le même esprit, voy.
Cass., 11 juin 2010, n° 09-87.884, D. 2010. 1712, et 2732, obs. G. Roujou de Boubée, Th. Garé et S.
Mirabai ; J. ROUX, « La QPC sur le "mariage homosexuel" : une question plus nouvelle que sérieuse ? », D.
2011 p. 209.
1147
L. FAVOREU et L. PHILIP, op. cit., déc. n° 48, pp. 484 et s.
1148
J. Roux, art. préc., p. 211.
1149
Mais cela pourrait être dû à la conception souple qui en est continûment retenue en France par la
jurisprudence constitutionnelle ; J. ROUX, art. préc., p. 210 ; Cons. const., 23 juill. 1996, n° 96-380-DC, § 9,
AJDA 1996. 694, note O. Schrameck ; D. 1998, p. 151, obs. F. MÉLIN-SOUCRAMANIEN ; 28 mai 2010,
n° 2010-3-QPC, considérant 3 : « le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur traite de façon
différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu
que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la
loi qui l'établit ».
1150
J. ROUX, art. préc., p. 210.
1151
M. R. MARELLA et G. MARINI, « Famille », in M. Troper et D. Chagnollaud, (dir.), Traité international
de droit constitutionnel, Paris, Dalloz, 2012, p. 512.
1152
M. R. MARELLA et G. MARINI, art. préc., p. 513.
1153
Voy. affaire Obergeffel c. Hodges du 26 juin 2015 ; voy. aussi le journal Le Monde du 27 juin 2015.
247
484. Des exemples de législations. Suivant cette méthode, plusieurs sont les États qui
ont élaboré une loi afin d’élargir le mariage aux personnes du même sexe. C’est le cas
notamment de presque tous les États du Conseil de l’Europe qui ont introduit le mariage
homosexuel dans leur droit1154. Le premier des États européens à autoriser le mariage
homosexuel par une loi sont les Pays-Bas en 2000. En effet, la loi du 21 décembre 2000,
entrée en vigueur le 1er avril 2001 organise désormais le mariage homosexuel aux
Pays-Bas. La Belgique a suivi le pas et a reconnu le mariage homosexuel en 2003 par la loi
du 13 février 2003, entrée en vigueur le 1er juin 2003. Il y a également l’Espagne en 2005
avec la loi n° 13/2005 du 1er juillet 2005, la Norvège en 2008 grâce à la loi n° 53 du 27
juillet 2008, entrée en vigueur le 1er janvier 2009, la Suède depuis le 1er mai 2009, le
Portugal avec la loi du 17 mai 2010, l’Island avec la loi du 11 juin 2010, entrée en vigueur
le 27 juin 2010 , le Danemark en 20121155 et la France en 20131156 par la loi n° 2013-404
du 17 mai 2013.
1154
M. R. MARELLA et G. MARINI, art. préc., p. 510 ; F. GRANET-LAMBRECHTS, « Partenariat ou mariage :
identité de genre dans les législations européennes », AJ fam. 2012, p. 541.
1155
S. PARICARD, « Mariage homosexuel et filiation. Quelques éléments de droit comparé », Dr. fam. 2013,
n° 1, p. 28.
1156
F. GRANET-LAMBRECHTS, art. préc., p. 541.
248
485. Une question délicate. L’ouverture du mariage aux personnes du même sexe en
France et dans d’autres pays est une question délicate. Elle pose plusieurs difficultés en
droit international privé1157. En effet, les règles régissant l’ouverture du mariage aux
couples homosexuels ont profondément renouvelé la réflexion sur les règles de
rattachement. Elles ont ainsi une évidente répercussion sur l’ordre public des autres États
dont les ressortissants peuvent désormais célébrer un mariage homosexuel, comme par
exemple en France. Ainsi, l’égalité des homosexuels devant le mariage peut être assurée
par l’éviction de la loi nationale applicable au statut personnel (1). On assistera alors à la
naissance d’une nouvelle revendication d’égalité par la perturbation de l’ordre public
béninois (2).
486. Un exemple de bouleversement des lois internes par une loi étrangère. En vue
d’assurer le « rayonnement maximum de ses choix »1158, certains législateurs se sont vus
dans l’obligation de remodeler les règles de conflit de lois. C’est notamment le cas en
France par l’adoption de la loi n° 2013-404 du 17 mai 2013 ouvrant le mariage aux couples
de personnes du même sexe. Il est ainsi mis en place un dispositif juridique afin de
permettre une large permissivité aux célébrations de mariage des personnes du même sexe.
L’article 202-1 alinéa 2 du Code civil français actuel dispose que « […] deux personnes du
même sexe peuvent contracter mariage lorsque, pour au moins l'une d'elles, soit sa loi
personnelle, soit la loi de l'État sur le territoire duquel elle a son domicile ou sa résidence
le permet »1159. Cette disposition a une influence considérable sur les autres législations.
Deux conséquences peuvent en être déduites. Il s’agit de la mise à l’écart de loi personnelle
d’un époux lorsque celle-ci ne reconnaît pas le mariage des personnes du même sexe et la
mise en place d’un nouvel élément de rattachement qu’est le territoire lorsqu’il s’agit de
mariage homosexuel.
1157
H. FULCHIRON, « Le "mariage pour tous" en droit international privé : le législateur français à la
peine… », Dr. fam. 2013, n°1, p. 31.
1158
H. FULCHIRON, art. préc., p. 32.
1159
Cf. art. 202-1 al. 2 du Code civil français actuel.
249
Cet état de chose va provoquer la perturbation de l’ordre public des États n’ayant pas
reconnu le mariage homosexuel au point d’être le fondement des revendications du
mariage par les personnes du même sexe.
1160
Cf. art. 981 al. 2 du CPF.
1161
H. FULCHIRON, « Le "mariage pour tous" en droit international privé : le législateur français à la
peine… », art. préc., p. 33.
250
1162
H. FULCHIRON, « Le droit français et les mariages homosexuels étrangers », D. 2006, Chron. p. 1253.
1163
D. BUREAU et H. MUIR WATT, Droit international privé, Paris, PUF, t. 2, 2007, p. 385.
1164
H. FULCHIRON, art. préc.
1165
H. FULCHIRON, art. préc.
1166
D. BUREAU et H. MUIR WATT, op. cit, p. 150.
251
international des institutions du droit interne1167, la catégorie mariage du droit interne serait
indirectement mais radicalement modifiée sous l’action du droit international privé.
493. Les effets d’un mariage nul au Bénin. La nullité du mariage n’opère pas en
principe comme la nullité dans le cadre général du droit des contrats en raison des
conséquences drastiques que cette solution peut avoir sur les personnes. Le principe de la
rétroactivité de la nullité est limité en ce qui concerne le mariage et ce n’est qu’en cas de
mauvaise foi des deux époux que le mariage nul produit les effets d’un contrat nul 1170. Des
tempéraments sont donc apportés au principe général des nullités en raison de la bonne ou
mauvaise foi des époux.
494. Le mariage putatif comme le principe des nullités. La bonne foi de l’un des
époux est toujours présumée en cas de nullité du mariage. Cette idée ressort clairement à
l’analyse de l’article 152 al. 1er du Code des personnes et de la famille qui dispose que « le
jugement prononçant la nullité doit, en toute hypothèse, statuer sur la bonne foi de l’un ou
l’autre des époux ; celle-ci est présumée »1171. Dès lors, la nullité du mariage conduit à la
bonne foi de l’un des époux et la nullité du mariage correspond davantage au mariage
putatif et opère, dans ses effets antérieurs, comme un divorce à l’égard de l’époux de
bonne foi. Le principe des nullités du mariage est ainsi posé par les dispositions de l’article
151 du Code des personnes et de la famille selon lequel, « le mariage nul produit ses effets
comme s’il avait été valable, jusqu’au jour où la décision prononçant la nullité est devenue
définitive. Il est réputé dissous à compter de ce jour. En ce qui concerne les biens, la
dissolution remonte, quant à ses effets entre les époux, au jour de la demande ; elle n’est
opposable aux tiers que du jour de l’accomplissement des formalités prévues à l’article
1167
H. FULCHIRON, art. préc.
1168
Il peut s’agir d’un élément naturel (la différence de sexe comme dans le cas du mariage homosexuel),
d’un élément volontaire (absence totale de volonté) ou d’un élément formel (absence complète de
célébration).
1169
Cf. art. 148, 2è tiret du CPF.
1170
Cf. art. 152 al. 2 du CPF : « si les deux époux sont de mauvaise foi, le mariage est réputé n’avoir jamais
existé, tant dans les rapports des époux entre eux que dans leurs rapports avec les tiers ».
1171
Cf. art. 152 al. 1er du CPF.
252
précédent »1172. Le mariage homosexuel célébré par un béninois dans un État comme la
France sera considéré du coup comme un mariage putatif et aura presque les mêmes effets
qu’un divorce.
En ce qui concerne les relations des époux, l’article 165 dispose à cet effet que « les
époux ne peuvent déroger ni aux devoirs ni aux droits qui résultent pour eux du mariage,
ni aux règles relatives à l’autorité parentale, à l’administration légale et à la tutelle »1175.
La garde de l’enfant sera alors discutée entre les parents homosexuels comme en matière
de divorce ordinaire1176. Il pourra être statué sur la pension alimentaire des enfants du
couple homosexuel dont le mariage aura été déclaré nul.
1172
Cf. art. 151 du CPF.
1173
Cf. art. 152 al. 4 du CPF.
1174
Cf. art. 152 al. 3 du CPF : « il produit cependant des effets à l’égard des enfants, quand bien même les
deux époux n’auraient pas été de bonne foi. Il est statué sur leur garde comme en matière de divorce ».
1175
Cf. art. 165 du CPF.
1176
Cf. art. 264-270 du CPF.
253
fins de versement de la pension alimentaire d’un enfant commun à eux, etc. On pourra
également faire face à une nouvelle forme de revendication de l’égalité des couples.
498. La problématique des sexes nouveaux. La différence de sexe est l’une des
conditions de fond du mariage au Bénin. Mais, de quel type de sexe s’agit-il ? Depuis
quelques années, il est mis en place des techniques médicales qui permettent le
changement de sexe. Dès lors, on peut être confronté au problème de la nature du sexe
accepté dans le mariage. On distingue deux types de sexes suivant leur nature. Il peut
s’agir du sexe à la naissance qui est le sexe biologique et du sexe obtenu après une
conversion sexuelle qui est le sexe apparent de la personne. Le problème est alors le
suivant : le couple qui peut envisager de se marier au Bénin doit-il être composé de deux
personnes de sexes biologiques différents ou simplement de deux personnes de sexes
différents quelle que soit la nature du sexe ? On plonge ainsi dans la problématique de la
nature des sexes dans le mariage.
499. Plan. Le législateur béninois n’a pas donné de précision sur ce qu’il entend par
sexe. On peut alors se demander quelle peut-être l’issue d’un mariage contracté avant un
changement médical de sexe (B) ? Mais également, que deviendra le couple marié dont
l’un des époux a effectué un changement de sexe avant le mariage (A) ?
1177
H. FULCHIRON, art. préc.
1178
Il y a notamment les Pays-Bas, la Belgique, la France et bien d’autres qui érigent l’admission du mariage
homosexuel en principe d’ordre public, en écartant la loi nationale étrangère qui prohibe le mariage
homosexuel.
254
500. Les problèmes posés par la conversion sexuelle avant le mariage. Il s’agit dans
ces cas, d’une personne qui a subi une chirurgie à la suite de laquelle son sexe à la
naissance a été changé et qui cherche à se marier avec une personne de sexe opposé à son
nouveau sexe : le mariage de deux personnes de sexe différent dont l’un a un sexe
biologique et l’autre un sexe apparent. Il est ici en cause l’égalité des sexes accordée à une
personne ayant subi la conversion sexuelle avant l’initiative du mariage. Deux situations
peuvent s’observer. Cette personne pourrait non seulement rencontrer des difficultés à la
formation du mariage mais aussi, si cette première étape fut franchise pour quelques
raisons qu’il soit, le mariage pourrait avoir des difficultés à se poursuivre. Ainsi serait-on
confronté à la difficulté de savoir si celui dont le nouveau sexe, le sexe apparent, est
différent du sexe biologique de son futur époux peut contracter le mariage ou s’il peut le
mener à bien au Bénin à l’instar de deux personnes de sexes différents à la naissance ?
1179
Cf. supra n° 433.
255
septembre 2011 a, non seulement admis le mariage avec une personne ayant subi une
conversion sexuelle, mais également, elle a condamné l’officier de l’état civil qui a refusé
de célébrer ce mariage1180. En revanche, la Cour d’appel de Versailles a refusé d’admettre
la validité du mariage d’une femme qui a subi une conversion sexuelle1181. Même si la
Cour de cassation française n’avait pas encore répondu directement à cette question1182, la
Cour Européenne des Droits de l’Homme (Cour EDH) en a donné un sens.
504. La réponse de la Cour EDH. Dans un arrêt de 2002, arrêt Goodwin1183, la Cour
EDH a déclaré qu’elle n’était pas convaincue que le droit pour l’homme et la femme de se
marier, tel qu’il est reconnu par la première phrase de l’article 12 de la Convention, soit
tributaire d’une appréciation exclusivement biologique du sexe1184, et que le refus absolu
de permettre à une personne qui a subi une conversion sexuelle de contracter mariage avec
une personne du même sexe que son sexe biologique constituait une atteinte à la substance
du droit au mariage garanti par l’article 12 de la Convention. Ainsi, la Cour EDH a admis,
par un revirement de jurisprudence1185, la faculté pour un transsexuel de se marier avec une
personne de sexe opposé à son nouveau sexe, consacrant ainsi la suprématie du sexe
psychologique et social sur le sexe biologique.1186 On peut comprendre que la question du
couple qui se forme postérieurement au changement juridique de sexe ne posera pas de
réelles difficultés1187.
505. Une égalité des sexes par l’interprétation extensive de l’article 123 du CPF. Il
existe des situations qui peuvent faciliter le mariage d’une personne ayant subi une
conversion sexuelle avec une personne de sexe biologique différent. L’article 123 du Code
des personnes et de la famille peut être interprété comme une disposition qui tient
uniquement compte du sexe apparent de la personne. On assisterait à une égalité des
couples hétérosexuels de sexes biologiques différents et des couples hétérosexuels du
même sexe biologique. Mais, on pourrait également discuter de la permissivité de la loi
béninoise à l’égard des conversions sexuelles. Dès lors que la liberté des individus est
1180
CA Papeete, 1er sept. 2011, n° 65RPG/11, 292-133; Juris-Data n° 2011-021235.
1181
CA Versailles, 8 juill. 2005 ; RTD civ. 2006, p. 93, note J. Hauser.
1182
V. LARRIBAU-TERNEYRE, « Transsexualisme et couple », Dr. fam., 2013, n° 5, p. 14.
1183
Cour EDH, grande chambre, 11 juill. 2002, n° 28957/95, Christine Goodwin c. Royaume-Uni, § 100 ;
Juris-Data n° 2002-400023.
1184
RTD civ. 2002, p. 782 ; obs. J. Hauser.
1185
Cour EDH, 10 octobre 1986, Requête n° 9532/81, Rees c. Royaume-Uni. Dans cette affaire, la Cour
EDH a affirmé au § 49 de sa décision que « l’article 12 vise le mariage traditionnel entre deux personnes de
sexe biologique différent. Son libellé le confirme : il en ressort que le but poursuivi consiste essentiellement à
protéger le mariage en tant que fondement de la famille ». Cette position de la Cour EDH a été confirmée
dans d’autres arrêts : Cour EDH, 27 septembre 1990, Requête no10843/84, Cossey c. Royaume-Uni ; Cour
EDH, 30 juillet 1998, Requête n° 31-32/1997/815-816/1018-1019, Sheffield et Horsham c. Royaume-Uni.
1186
V. LARRIBAU-TERNEYRE, art. préc., p. 15.
1187
V. LARRIBAU-TERNEYRE, art. préc., p. 14.
256
507. La problématique. Dans quels cas un transsexuel peut-il conserver son mariage à
l’instar d’une personne ayant conservé son sexe d’origine ? Autrement, à quelle condition
pourrait-on remettre en cause l’union de deux personnes dont l’une est un transsexuel de
sexe opposé au sexe de l’autre époux ? La solution à cette question pourrait être recherchée
dans la nature du sexe retenu pour l’accès au mariage. On se retrouve alors dans deux
situations différentes lorsque c’est le sexe biologique ou le sexe apparent de la personne
qui est pris en compte en vue d’invalider le mariage. On pourra donc invoquer la nullité du
mariage. Mais, si le changement de sexe venait à être connu par son conjoint après le
mariage, le divorce pourrait en résulter. Il conviendrait donc d’examiner le mécanisme par
lequel chacune de ces actions pourrait être intentée et d’en envisager les issues possibles.
1188
Cependant, il est indispensable pour le futur conjoint transsexuel de communiquer à l’autre partie qu’il a
subi une conversion sexuelle, sans quoi ce dernier peut invoquer une erreur dans la personne pour obtenir le
divorce ; A.N. GBAGUIDI, Family and succession law, n° 37, p. 50.
257
Si la nullité est examinée au regard de l’ancien sexe de l’époux, l’article 148 trouverait
application dans la mesure où il sera question de l’inobservation d’une condition
essentielle du mariage. Ce dernier sera frappé d’une nullité absolue. Ainsi, l’époux de la
personne qui a subi la conversion sexuelle, toute personne qui y a intérêt ou le ministère
public peuvent intenter une action en nullité contre ce mariage.1190 Dans le cas contraire,
c’est-à-dire le cas où le sexe apparent de la personne est pris en compte, le mariage ne
pourra être annulé car la condition de différence de sexe à l’entrée du mariage a été
observée.
509. La voie du divorce. L’un des époux peut demander le divorce pour faute sur la
base de l’article 234 du Code des personnes et de la famille. Aux termes de cette
disposition, le divorce peut être prononcé pour stérilité médicalement établie antérieure au
mariage et non révélée au moment de la célébration1191. De toute évidence, une personne
qui a subi une conversion sexuelle est privée de sa fonction reproductrice. Et si la chirurgie
ayant conduit au changement de sexe a été dissimulée lors du mariage, elle constituerait
une faute pouvant conduire au divorce.
D’une manière ou d’une autre, lorsque la personne qui a subi la conversion sexuelle se
met dans une union régulière, sa dissolution est délicate même si les mécanismes de la
nullité et du divorce pour faute peuvent être invoqués. De fait, l’égalité des sexes, qu’il
s’agisse de sexe biologique ou non se verra assurer de quelque manière qu’il soit lors de la
formation du mariage ou même après la célébration de celui-ci.
Au demeurant, tout autre est la situation de la personne ayant subi une conversion
sexuelle après s’être mariée.
1189
Cf. art. 148 du CPF.
1190
Cf. art. 149 du CPF.
1191
Cf. art. 234 du CPF.
258
510. Les problèmes posés. Il s’agira d’examiner la problématique d’une personne qui
est déjà dans le mariage et qui décide de changer de sexe. Deux problèmes sont
envisageables. Il y a la modification de la mention juridique du sexe de celui qui a subi la
conversion sexuelle à l’état civil et le maintien du mariage.
Il sera donc analysé les chances du postulant marié (1) et la survie du mariage (2).
512. La possibilité de modifier l’acte d’état civil d’un époux. Il existe en effet
plusieurs possibilités. Certains États permettent le maintien du mariage après la conversion
sexuelle au risque de conduire à un mariage entre homosexuels. Ces États sont au nombre
de trois au sein du Conseil de l’Europe. Il s’agit, par exemple, de l’Autriche, de
l’Allemagne et de la Suisse qui permettent, par leur législation, la modification du sexe à
l’état civil et la conservation du lien matrimonial1193.
D’autres États ont une attitude plus nuancée. Ils permettent la modification de la
mention du sexe à l’état civil après la conversion sexuelle de l’époux mais refusent le
maintien du mariage en imposant soit le célibat, soit le divorce ou soit la nullité du
mariage. Il s’agit de la Hongrie, de l’Italie, de l’Irlande, de Malte, de la Turquie et de
l’Ukraine qui se sont dotés d’une législation sur la reconnaissance du genre1194.
1192
Cette liberté s’étend même à la possibilité que la personne unie par un mariage puisse faire sa conversion
sexuelle sans pour autant avoir besoin du consentement de l’autre époux, en raison de son droit à la vie
privée. A.N. GBAGUIDI, Family and succession law, op. cit., n° 37, p. 50 ; A. BÉNABENT, Droit civil. La
famille, Paris, 2è éd. Montchrestien, coll. « Domat », 2012, n° 257.
1193
Cf. Cour EDH, 16 juillet 2014, n° 37359/09, affaire Hämäläinen c. Finlande, § 32.
1194
Ibid.
259
Enfin, la majorité des États du Conseil de l’Europe1195 n’ont pas élaboré un cadre
juridique précis réglementant la reconnaissance légale du genre ni aucune disposition
juridique traitant spécifiquement de la situation des personnes mariées ayant subi une
conversion sexuelle. Dans ces États, le sort du mariage du transsexuel n’est pas défini
clairement. Toutefois, ces questions ne se posent pas dans les États qui ont reconnu le
mariage homosexuel1196 car la conversion sexuelle dans le mariage revient à un mariage
homosexuel.
513. Les solutions possibles dans les pays qui n’ont pas reconnu le mariage
homosexuel. Les personnes ayant subi la conversion sexuelle sont invitées, en général,
dans les pays qui n’ont pas reconnu le mariage des personnes homosexuelles, à choisir
entre le mariage et la modification juridique de leur sexe pour éviter que l'état civil ne fasse
officiellement apparaître que deux personnes du même sexe se sont mariées 1197. En France
en 2011 – avant la loi sur le mariage homosexuel –, le tribunal de grande instance de Brest
a refusé une demande de changement de sexe à l’état civil au motif que « modifier le sexe
mentionné dans l’acte de naissance d’une personne mariée aboutirait, non pas à constater
mais à créer une situation de mariage entre personne du même sexe »1198. De pareils cas se
sont également présentés à la Cour EDH.
514. La solution de la Cour EDH. Dans les affaires Parry, qui relevaient du droit
anglais et R. et F., qui relevaient du droit écossais1199, les maris de chacun des deux
couples avaient subi des opérations de conversion sexuelle et souhaitaient être
juridiquement considérés comme étant de sexe féminin, conformément aux principes
dégagés par les arrêts I. et Christine Goodwin1200. Ils se sont vus opposer un refus par la
Cour. Dans une décision récente du 16 juillet 2014, la Cour EDH a jugé que l’État
finlandais qui avait subordonné la reconnaissance juridique de son nouveau sexe à la
personne qui a subi une conversion sexuelle à la condition de la transformation de son
mariage en un partenariat civil, n’avait pas porté une atteinte disproportionnée au droit à la
1195
Il s’agit des États que sont : l’Albanie, l’Andorre, l’Azerbaïdjan, la Bulgarie, la Bosnie-Herzégovine, le
Chypre, la Croatie, l’Estonie, la Géorgie, la Grèce, la Lettonie, le Liechtenstein, la Lituanie, le Luxembourg,
l’ex-République yougoslave de Macédoine, la Moldova, le Monaco, le Monténégro, la Pologne, la
Roumanie, la Russie, la Serbie, la Slovaquie et la Slovénie.
1196
Il s’agit de : la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France, l’Islande, la Norvège, les Pays-Bas, le
Portugal et le Royaume-Uni (Angleterre et pays de Galles uniquement) et la Suède.
1197
V. LARRIBAU-TERNEYRE, art. préc., p. 12.
1198
TGI Brest, 15 déc. 2011, n° 11/0975 : Juris-Data n° 2011-027855.
1199
Civ. 1ere, 13 mars 2007, D. 2007.1389, rapp. G. Huyette et note E. Agostini ; AJ fam. 2007, p. 227,
obs. F. Chénedé ; Cour EDH 28 nov. 2006, déc. d'irrecevabilité, R. et F. c. Royaume-Uni et Parry c.
Royaume-Uni.
1200
J.-P. MARGUENAUD, « Le mariage entre personnes du même sexe renvoyé aux calendes grecques ? »,
RTD civ. 2007, p. 287.
260
1201
Cour EDH, 16 juillet 2014, n° 37359/09, affaire Hämäläinen c. Finlande.
1202
RTD civ. 2002, p. 782, obs. J. Hauser ; Cour EDH, grande chambre, 11 juill. 2002, Christine Goodwin c.
Royaume-Uni ; RTD civ. 2002, p. 862, obs. J. Marguenaud et J. Raynard.
1203
Civ. 1ere, 14 nov. 2006, Bull. civ. I, n° 478.
261
proprement dite. Il n’est pas mis en cause une erreur sur la mention du sexe de la personne
à sa naissance1205. Ainsi il ne peut que s’agir d’une mention en marge de l’acte de l’état
civil.
518. L’effet non rétroactif du jugement et ses conséquences. Si l’on retient que le
jugement de modification d’état est un acte constitutif, la mention de ce changement de
sexe sera faite en marge de l’acte de naissance. Ce nouvel acte peut être sans graves
conséquences sur le mariage antérieur puisque l’état de la personne n’est pas modifié avant
le mariage et la nullité du mariage s’apprécie au jour de la formation du mariage1206. Dès
lors que la personne qui a subi la conversion sexuelle n’obtient pas, par le fait de cette
chirurgie la modification de son état, elle aurait d’une certaine façon conservé son état
jusqu’au jour du jugement. Ce mariage pourrait rencontrer des difficultés mais ne saurait
souffrir d’une nullité, fût-elle relative. Cependant, il pourrait être frappé de caducité1207 car
un élément substantiel du mariage aurait changé. La caducité est définie par le Lexique des
termes juridiques comme l’« état d’un acte juridique valable mais privé d’effet juridique à
raison de la survenance d’un fait postérieurement à sa création »1208. Les éléments
essentiels de la caducité sont la survenance d’un fait et sa postériorité par rapport à la
création de l’acte juridique1209. On pourrait l’envisager dans le cas, par exemple, d’une
conversion sexuelle postérieure au mariage1210. Le mariage ne disparaîtra alors que pour
l’avenir.
1204
Lyon, 2e civ. 15 mai 2007, JCP 2007. IV. 1032 ; RTD civ. 2008, p. 78 obs. J. Hauser.
1205
Lyon, 2e civ. 15 mai 2007, JCP 2007. IV. 1032 ; RTD civ. 2008, p. 78 obs. J. Hauser.
1206
Cf. supra n°s 93 et s.
1207
R. CHAABAN, La caducité des actes juridiques, Thèse, préf. Y. Lequette, Paris, LGDJ, 2006, spéc. n°s 81
et 82 ; RTD civ. 1993, p. 97, obs. J. Hauser ; M. LAMARCHE, « Nullités, sanctions pénales et civiles pour
violation des conditions de formation du mariage », in P. Murat (dir.), Droit de la famille, Paris, 6e éd.,
Dalloz, 2013, n° 115.14 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, Traité de droit civil, la famille, fondation et vie de
la famille, J. GHESTIN (dir.), Paris, 2e éd., LGDJ, 1993, n° 301 ; C. PELLETIER, La caducité des actes
juridiques en droit privé français, Thèse, préf. Ph. JESTAZ, Paris, L’Harmattan, 2004,
1208
S. GUINCHARD et Th. DEBARD, Lexique des termes juridiques, Paris, 22e éd., Dalloz, 2014, voy.
« Caducité ».
1209
A. BÉNABENT, Les obligations, Paris, LGDJ, 2014, n° 201, spéc. p. 160 ; V. WESTER-OUISSE, « La
caducité en matière contractuelle : une notion à réinventer », JCP G. 2001. I. 290. Pour une étude
approfondie de la caducité, voy. F. GARRON, La caducité du contrat, Thèse, préf. J. Mestre, PUAM, 2000 ;
Ph. MALAURIE, L. AYNÈS et Ph. STOFFEL-MUNCK, Droit civil. Les obligations, Paris, 6e éd., LGDJ, 2013,
n° 668 ; C. PELLETIER, op. cit. ; R. CHAABAN, op. cit.
1210
Cour EDH, Ass. plén. 11 déc. 1992, RTD civ. 1993, p. 97, obs. J. Hauser ; M. LAMARCHE, art. préc. ;
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit. ; Ph. MALAURIE et H. FULCHIRON, Droit civil. La famille, Paris, 4e
éd., Defrénois, 2011, n° 170 ; P. COURBE et A. GOUTTENOIRE, Droit de la famille, Paris, 6e éd., Sirey, 2013,
n° 232.
262
effet rétroactif. Ainsi, on assisterait, non à une mention en marge de l’acte de l’état civil
mais à une véritable modification de ce dernier.
520. Le sort du mariage en absence d’une action en vue de modifier l’acte de l’état
civil. La question peut également se poser de savoir si le mariage survivra en absence de
toute action visant à faire reconnaître son nouveau sexe ou à faire changer les mentions de
son nouveau sexe à l’état civil. Dans ce cas, les époux demeurent juridiquement de sexe
opposé et le mariage ne peut encourir ni nullité ni caducité. Cependant, lorsque le conjoint
qui a subi la conversion sexuelle n’aura pas informé son conjoint de l’opération et
recueillir son consentement, le conjoint du transsexuel peut demander le divorce pour abus
de confiance1215 alors même que l’abus de confiance ne figure pas parmi les causes de
divorce pour faute1216.
1211
V. LARRIBAU-TERNEYRE, art. préc., p. 13.
1212
G. CORNU (dir.), Vocabulaire Juridique, voy. « Ordre public ». L’ordre public désigne une « norme
impérative dont les individus ne peuvent s’écarter ni dans leur comportement, ni dans leurs conventions ;
norme qui, exprimée ou non dans une loi correspond à l’ensemble des exigences fondamentales (sociales,
politiques etc.), considérées comme essentielles aux fonctionnement des services publics, au maintien de la
sécurité ou de la moralité (en ce sens l’ordre public englobe les bonnes mœurs), à la marche de l’économie
(ordre public économique) ou même à la satisfaction des intérêts particuliers primordiaux (ordre public de
protection individuelle) ».
1213
V. LARRIBAU-TERNEYRE, art. préc., p. 13.
1214
Lyon, 2e civ. 15 mai 2007, JCP 2007. IV. 1032 ; RTD civ. 2008, p. 78 obs. J. Hauser ; voy. supra
n° 464.
1215
A.N. GBAGUIDI, op. cit., n° 37, p. 50.
1216
Cf. art. 234 du CPF.
263
CONCLUSION DU CHAPITRE I
521. Les droits de se marier et de fonder une famille sont reconnus à toute personne
par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par le Bénin. Les
dispositions de ce traité sont applicables dans l’ordre interne. Cependant, l’orientation
sexuelle et la nature du sexe sont des éléments pris en compte au Bénin pour l’accès au
mariage. L’article 123 du Code des personnes et de la famille est la source de cette
consécration. Or la Constitution béninoise exige l’égalité de droit entre l’homme et la
femme et toute référence au sexe est une inégalité. Le Code des personnes et de la famille
créerait ainsi une inégalité entre les individus suivant leur orientation sexuelle et suivant la
nature biologique ou non de leur sexe.
Le droit de fonder une famille n’est pas la condition du droit de se marier. On peut
se marier sans fonder une famille mais on peut fonder une famille sans se marier. L’accueil
des enfants serait la base fondamentale de la fondation d’une famille. Les concubins qui
ont une orientation hétérosexuelle refusent le mariage en dépit du fait qu’ils remplissent les
conditions fixées par la loi. Pourtant, ils sont pour la plupart, traités comme les époux : ils
jouissent à égalité de tous les avantages liés au droit de fonder une famille. Il arrive parfois
qu’ils jouissent directement des effets du droit de se marier notamment par l’indemnisation
de l’un d’eux en raison de la rupture volontaire mais brusque de l’union. Le concubin
survivant peut aussi être indemnisé pour l’accident qui a causé la mort à l’autre concubin
alors qu’au départ, ce droit était réservé aux ayant droits de la victime.
S’il est à noter que la plupart des effets positifs du mariage profitent aux concubins,
ceux négatifs leurs sont désormais directement applicables. Il est donc aisé de constater
que la loi 2011-26 du 09 janvier 2012 tend à une assimilation complète du concubinage au
mariage à travers la relation domestique que ces personnes entretiennent. Les concubins se
voient imposer des obligations du mariage qu’ils n’auraient point souhaité. Une situation
de fait, qu’est le concubinage sort ainsi progressivement de sa léthargie.
Cependant, la véritable question qui semble se dégager d’un tel phénomène est
celle de savoir jusqu’à quel degré le concubinage va concurrencer le mariage puisqu’en
réalité, il y a peu de droits des époux auxquels les concubins ne peuvent accéder au Bénin.
Un véritable statut du concubinage1217 est ainsi en élaboration. D’ailleurs, ce statut du
concubinage est déjà formellement établi dans la pratique administrative. Le constat est
1217
F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ, « Réflexions sur les mythes fondateurs du droit contemporain de la famille »,
RTD civ. 1995, p. 249 ; J.-J. LEMOULAND, « Le pluralisme et le droit de la famille, post-modernité ou pré-
déclin ? », D. 1997, chron. p. 135.
264
bien évident, les officiers de l’état civil délivrent déjà des attestations de concubinage au
Bénin1218. L’opportunité d’une réforme législative pour achever la marche vers l’égalité
serait la bienvenue afin d’organiser un statut de base applicable à tous les couples, tout en
leur maintenant un statut spécifique : il s’agit de régler les conséquences embryonnaires
d’une égalité consacrée au sein des couples.
1218
Voy. l’annexe II pour un exemple d’attestation de concubinage, modèle disponible à la mairie
d’Abomey-Calavi.
265
CHAPITRE II :
Pour une certaine sécurité juridique et pour que l’absence de droit ne consacre une
situation où l’oppression est la règle, la nécessité d’une intervention législative s’avère
indispensable. L’utilité de la consécration d’un statut primaire commun à tous les couples
serait un moyen de réaliser l’égalité des couples indépendamment de leur nature.
Cependant, ce droit commun égalitaire du couple n’exclut pas la consécration d’un statut
particulier pour chaque mode de conjugalité compte tenu de leur spécificité.
1219
X. LABBÉE, op cit., p. 121.
1220
Cf. supra n°s 444 et s.
266
convergence des droits des enfants quel que soit la nature de leur filiation. Aussi constate-
t-on la défaillance de l’État dans les aides sociales. Au Bénin, il n’existe pas une aide aux
chômeurs, aux diplômés sans emplois et à plusieurs autres catégories qui vivent dans le
dénuement. Enfin, la distinction entre les couples liés par le mariage et ceux vivant hors
mariage n’existent presque pas dans le vécu social. On observe aussi le nombre croissant
des recompositions familiales et le traitement juridique unifié des violences commises au
sein des couples1221. Il conviendra aussi d’offrir une certaine garantie aux créanciers des
concubins compte tenu de la spécificité du concubinage au Bénin.
524. Une certaine évolution du droit constatée. Dans d’autres pays, on constate
des formes organisées et variées de mode de conjugalités. C’est ainsi qu’ailleurs, on parle,
en marge du mariage, du Pacte Civil de Solidarité1222, du partenariat ou du concubinage.
Le droit ne saurait s’établir en dehors des comportements humains. On peut bien déduire la
marche vers un droit commun du couple compte tenu de la similitude de leur vécu. Ce sont
des conséquences embryonnaires d’une égalité consacrée au sein des couples.
1221
Cf. la loi 2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes ;
X. LABBÉE, Le droit commun du couple, Villeneuve d’Ascq, PUS, 2012, p. 13.
1222
La loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 a introduit les articles 515-1 à 515-7 sur le PACS dans le Code
civil français actuel.
267
SECTION 1 :
LA CONSÉCRATION D’UN MINIMUM DE RAPPORT
EXTRAPATRIMONIAL COMMUN AU COUPLE
528. Plan. L’étude des rapports extrapatrimoniaux au sein des couples se limitera à
certains éléments sur lesquels il peut être consacré une certaine égalité entre les membres
du couple. Ainsi, s’est-il avéré nécessaire d’envisager l’obligation d’exercice en commun
1223
Cf. supra n°s 365 et s.
1224
G. CORNU (dir.), Vocabulaire Juridique, voy. « Autorité parentale ».
1225
Cf. art. 371-1 du Code civil français actuel ; F. TERRÉ et D. FENOUILLET, Droit civil, les personnes, la
famille, les incapacités, Paris, 7e éd., Dalloz, 2011, n° 911.
1226
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, introduction, les personnes, la famille, l’enfant, le couple, Paris, PUF,
2004, n° 399.
1227
H. FULCHIRON, « Mariage, conjugalité, parenté, parentalité : métamorphose ou rupture », in H. Fulchiron
(dir.), Mariage-conjugalité, parenté-parentalité, Paris, Dalloz, 2009, p. 15.
1228
P. MURAT, « Couple, Filiation, Parenté », in Des concubinages. Droit interne, droit international, droit
comparé : études offertes à J. Rubellin-Devichi, Paris, Litec, 2002, p. 59.
1229
Ibid.
268
529. Plan. L’organisation d’un régime juridique primaire du couple sera faite en
matière des relations personnelles dans la famille par la coparentalité. Celle-ci conduira à
établir un minimum de rapport commun entre les parents indépendamment de la relation
qui existerait entre eux (A). Ce faisant, une certaine égalité s’établit entre les père et mère
d’un côté et entre les enfants d’un autre (B).
530. La problématique. Il n’est pas question de chercher à aligner tous les droits des
parents sur ceux des couples mariés. Il n’est pas, non plus, question d’aligner les droits des
enfants sur l’ensemble des droits des enfants légitimes. Ceci reviendra à vider le mariage
de son contenu. Il sera plutôt aménagé un minimum de relation entre les père et mère en
raison de l’importance des rôles qui sont les leurs pour la protection des enfants et surtout
en raison de la légitimité du concubinage au Bénin. Il s’agira aussi de dégager un
minimum commun à tous les enfants compte tenu de leur intérêt supérieur.
1230
P. MURAT, art. préc., p. 60.
269
parents hors mariage de faire une déclaration conjointe d’exercice de l’autorité parentale
devant le juge des tutelles1231, il paraît que certains parents ne se décideront pas à faire
cette déclaration pour deux raisons.
La première raison tient au manque d’informations des parents qui, pour la plupart,
pensent que le droit leur accorde l’exercice en commun de l’autorité parentale en dehors du
cadre du mariage civil. La seconde raison tient au fait qu’en général, les enfants n’ont pas
beaucoup de biens et l’exercice de l’autorité parentale revient à assumer des charges. Il
convient donc de prendre des mesures afin d’éviter de faire primer la volonté des parents
sur l’intérêt supérieur de l’enfant. Il y a aussi des actes graves de l’autorité parentale qu’il
ne convient pas de laisser sous la direction de l’un seulement des deux parents : le
consentement à l’adoption de l’enfant, le consentement au mariage de l’enfant mineur etc.
533. Les actes graves de l’autorité parentale. Si seul le parent qui a la garde de
l’enfant a l’exercice de l’autorité parentale, il est libre de consentir à l’adoption de l’enfant.
De tels actes ne pourront être tolérés. Quel que soit le type de filiation, la société béninoise
ne saurait tolérer l’exercice unilatéral de l’autorité parentale. Il paraît qu’il y a un écart
entre le droit et la pratique. Par contre, il est largement admis, même si les parents autrefois
concubins ne vivent plus ensemble, qu’ils s’entendent en ce qui concerne les actes graves
sur l’enfant. L’autorité parentale est une fonction et son exercice est tout aussi un devoir
qu’un droit pour les parents1232.
Pour ces raisons mentionnées, il est donc nécessaire de dégager les attributs possibles
de la coparentalité.
1231
Cf. art. 413 du CPF.
1232
F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ (dir.), Rénover le droit de la famille. Propositions pour un droit adapté aux
réalités et aux aspirations de notre temps, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, Paris, la
documentation française, 1999. p. 79.
270
de l’enfant. S’il s’élève un conflit entre les père et mère relativement à la garde, le tribunal
civil statue en considérant l’intérêt de l’enfant, et les règles de l’article 412 s’appliquent.
L’autorité parentale peut être exercée en commun par les deux parents s’ils en font la
déclaration conjointe devant le juge des tutelles »1233. On comprend par cette disposition
que l’enfant naturel simple a encore la chance d’être élevé par ses deux parents à condition
que sa filiation soit établie à leur égard et qu’ils aient fait la déclaration conjointe
d’exercice en commun de l’autorité parentale. Cependant, l’enfant naturel simple né avant
le mariage de l’un de ses parents avec une autre personne et l’enfant adultérin – enfant né
au cours du mariage de l’un de ses parents – ne peuvent avoir l’autorité parentale exercée
conjointement par leur père et mère. Aussi, dans ces cas, la garde de l’enfant ne peut être
confiée à ses deux parents, car son accueil au domicile conjugal suppose l’accord du
conjoint de son auteur1234. L’enfant adultérin restait presque toujours sous l’autorité de son
parent complice de l’adultère qui est, dans beaucoup de cas, sa mère. Quant à l’enfant
incestueux, qu’il soit naturel ou légitime, la réprobation sociale conduisait toujours à
l’exercice de l’autorité parentale par l’un de ses parents et, en l’occurrence, sa mère. On
conviendra donc qu’on ne peut pas aligner les droits de tous les enfants sur le modèle des
droits des enfants légitimes
535. Les attributs de l’autorité parentale à retenir dans le cadre de la
coparentalité. La garde de l’enfant dont les parents ne cohabitent pas se révèle être une
question délicate. Il convient donc de la soustraire des autres droits et devoirs qui
composent l’autorité parentale en lui maintenant son régime. Le droit commun du couple
envisagé ici portera sur tous les autres attributs de l’autorité parentale exceptée la garde de
l’enfant. Il s’agit des droits et devoirs de diriger, de surveiller, d’entretenir et d’éduquer, de
faire prendre à l’égard de l’enfant toute mesure d’assistance éducative, de consentir à son
mariage, à son adoption, à son émancipation dans les conditions fixées par la loi et
d’assurer la jouissance et l’administration légale de ses biens.
1233
Cf. art. 413 du CPF.
1234
Cf. art. 392 al. 2 du CPF : « les enfants naturels dont la filiation est régulièrement établie ont vis-à-vis de
leurs auteurs, les mêmes droits et obligations alimentaires que les enfants légitimes. Toutefois, ils ne
pourront être élevés au domicile conjugal qu’avec le consentement du conjoint de leur auteur ».
271
536. La problématique. Il a été démontré supra1235 l’égalité des enfants consacrée par
la loi et celle des parents qui en a résulté. Cependant, l’analyse ne portait pas sur
l’ensemble des filiations et s’était concentrée sur les enfants naturels simples qui sont plus
aisément assimilables aux enfants légitimes. Ensuite, l’analyse précédente consistait à
démontrer qu’une assimilation future est possible. Compte tenu de ces éléments, il est
possible d’envisager entre tous les enfants, indépendamment de la nature de leur filiation,
une possible égalité totale au sujet de certains droits. Aussi, l’élaboration de ce minimum
commun égalitaire à tous les enfants conduira à élargir la prise en compte d’autres formes
d’unions entre parents qui se seront vus à égalité avec les époux.
539. L’ajustement d’une inégalité entre parents sur les charges de l’autorité
parentale. En général, les enfants n’ont pas beaucoup de biens et l’exercice de l’autorité
parentale revient souvent à supporter leurs charges. Un déséquilibre s’observe : toutes les
charges pèsent sur l’un des parents, en l’occurrence la mère puisqu’en général, c’est elle
1235
Cf. supra n°s 450 et s.
1236
F. BOULANGER, « Réflexions sur la portée et les limites du principe d'égalité des deux membres du
couple dans l'attribution et l'exercice des droits parentaux », in Mélanges en l'honneur à Gérard Champenois,
Paris, Defrénois, Lextenso, 2012, p. 59.
272
qui a la garde de l’enfant1237. C’est en fait chercher à mettre au monde des enfants sans
avenir certain. Même s’il convient de bien encadrer le mariage afin d’inciter les couples à
s’unir sous son égide, il est indispensable d’éviter de faire supporter par les enfants les
charges des choix de leurs parents. L’instauration de la coparentalité qui dérive de la
reconnaissance d’un couple parental est donc urgente. Dans cette mesure, il peut être
concevable que lorsque les deux filiations de l’enfant sont établies, que ses père et mère
exercent en commun l’autorité parentale. Afin de préserver l’équilibre familial, une
certaine limitation s’impose à l’exercice en commun par les parents de l’autorité parentale.
541. L’obtention du minimum commun égalitaire aux couples. Quelle que soit
la nature du couple, les parents auront désormais un ensemble de droits un peu plus élargie
que dans le cadre actuel. Les parents divorcés continueront à exercer en commun l’autre
parentale conjointement sous réserve de la garde alternée de l’enfant contrairement à ce
que prévoit l’article 412 alinéa 1er du Code des personnes et de la famille qui dispose
que « si les père et mère sont divorcés ou séparés de corps, l’autorité parentale est exercée
par celui d’entre eux à qui le juge a confié la garde de l’enfant, sauf les droits de visite et
de surveillance de l’autre et le droit de consentir au mariage, à l’adoption et à
l’émancipation de l’enfant mineur »1239.
1237
Dans les faits, lorsqu’une femme met au monde un enfant, c’est elle la première qui commence à donner
les soins à l’enfant et sa filiation est établie en premier. Cela fait d’elle celle qui a la garde de l’enfant, elle
exerce du coup l’autorité parentale.
1238
F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ (dir.), op. cit., p. 80.
1239
Cf. art. 413 al. 1er du CPF.
273
Il y a des cas où l’une des filiations, notamment la filiation paternelle est établie un
peu plus tardivement. Dans ce cas, puisque les deux filiations sont établies alors que
l’enfant a déjà un certain train de vie, faut-il permettre aux deux parents d’exercer en
commun tous les droits liés à l’autorité parentale ? Bien évidemment, il convient de parer
les dérives possibles de telles situations afin de fixer un minimum commun au couple.
542. Plan. Certaines filiations peuvent soit heurter la morale commune, soit causer de
sérieux problèmes. La filiation adultérine comme celle incestueuse semblent en effet poser
de réelles difficultés qu’il convient d’analyser afin de pouvoir assurer un minimum
égalitaire à tous les enfants. Il sera donc examiné la situation des enfants adultérins (A)
puis celles des enfants incestueux (B).
543. Définition. L’enfant adultérin est un enfant dont l’un des parents est dans un lien
formel de mariage au moment de sa conception avec son autre parent1240. L’enfant est donc
l’enfant né de l’adultère de l’un de ses parents. Cette situation est délicatement réglée par
le législateur. Deux cas s’observent selon que l’auteur dans le mariage est le père ou la
mère et on parle d’adultère a patre ou a matre.
544. L’enfant adultérin a patre. Dans le cas où c’est le père qui, même étant dans le
mariage, engendre un enfant hors le mariage, la filiation de cet enfant peut être établie à
son égard par simple reconnaissance conformément aux dispositions de l’article 325 du
Code des personnes et de la famille1241. La filiation maternelle étant automatique, l’enfant
adultérin à patre aura ses deux filiations établies en cas de reconnaissance paternelle. En
1240
A. N. GBAGUIDI, « Égalité des époux, égalité des enfants et le projet de Code de la famille et des
personnes », RBSJ, n° spécial oct. 1995, p. 17.
1241
Cf. art 325 du CPF : « la volonté de reconnaissance par un homme marié ou une femme mariée d’un
enfant né hors mariage doit être notifiée à son conjoint soit par écrit, soit par exploit d’huissier ».
274
plus, les deux parents dans ce cas, et conformément à la loi pourront faire la déclaration
d’exercice conjointe de l’autorité parentale. Lorsqu’il s’agit de la mère, la question est plus
délicate.
547. Une inégalité entre enfants adultérin a patre et a matre. S’agit-il d’une
inégalité justifiable ou non ? La conséquence la plus redoutable est que l’enfant est
différemment traité selon qu’il provient de l’adultère de son père ou de sa mère. L’inégalité
qui s’observe est que le père adultère peut exercer conjointement avec la mère de l’enfant
l’autorité parentale1244 qui est une institution de protection1245. Aussi, l’enfant adultérin a
patre, pourra, hériter à la fois dans la ligne maternelle comme paternelle.
L’enfant adultérin à matre n’a que son seul parent, sa mère. Seule cette dernière peut
avoir l’autorité parentale. Il est donc possible de se demander la légitimité du maintien
1242
Cf. art 303 du CPF : « lorsque la présomption de paternité est écartée dans les conditions prévues aux
articles précédents, la filiation de l’enfant est établie à l’égard de la mère comme s’il y avait eu désaveu en
justice ».
1243
Cf. art 310 du CPF.
1244
Pour que l’enfant naturel né de père unie par un mariage bénéficie de l’exercice en commun de l’autorité
parentale de ses deux parents, il suffit, d’une part, que le père reconnaisse l’enfant et, d’autre part, qu’il fasse
la déclaration d’exercice en commun de l’autorité parentale, conjointement à la mère de l’enfant devant le
juge des tutelles. C’est assez simple et il semble bien que l’article 372 du CPF est conçu uniquement pour les
enfants adultérins de père.
1245
A. N. GBAGUIDI, art. préc., p. 9.
275
d’une telle inégalité entre enfants. L’adultère ne doit pas être en effet encouragé et surtout
celle de la femme en raison des confusions qu’elle peut créer dans la détermination de la
paternité de l’enfant. Néanmoins, on ne doit pas faire supporter à l’enfant les fautes de ses
auteurs. Il serait légitime, d’ériger la coparentalité en règle quelle que soit la nature de la
filiation de l’enfant. C’est en fait l’intérêt de l’enfant qui la recommande. Il convient donc
de supprimer cette inégalité d’une part, dans les rapports des parents entre eux mais aussi à
l’égard des enfants.
Cependant, d’autres cas d’inégalités entre enfants observées sont difficilement gérables
et on peut se demander s’il est possible de les redresser ; il s’agit notamment du cas des
enfants incestueux.
548. Notion. L’enfant incestueux est un enfant né des personnes entre lesquels le
mariage est prohibé. Aux termes des dispositions de l’article 122 du Code des personnes et
de la famille :
« Est prohibé pour cause de parenté ou d’alliance, le mariage de toute personne
avec :
- ses ascendants ou ceux de son conjoint ;
- ses descendants ou ceux de son conjoint ;
- jusqu’au troisième degré, les descendants de ses ascendants ou de ceux de son
conjoint.
Toutefois, lorsque l’union qui provoquait l’alliance a été dissoute par décès de
l’époux, le mariage entre beau-frère et belle-sœur doit être autorisé par le procureur de la
République et, pour motif grave »1246. Lorsqu’un enfant est issu des personnes entre
lesquelles il existe un lien de parenté ou d’alliance à un degré donné, que ces personnes
soient mariées ou pas, il s’agit d’un cas d’inceste.
549. La restriction des droits de l’enfant naturel incestueux. Selon les
dispositions de l’article 319 alinéa 2 du Code des personnes et de la famille, « (…), s’il
existe entre les père et mère de l’enfant naturel un des empêchements à mariage prévus
par le présent Code pour cause de parenté, la filiation étant déjà établie à l’égard de l’un,
1246
Cf. art. 122 du CPF.
276
il est interdit de l’établir à l’égard de l’autre »1247. Dans la législation actuelle, l’enfant
naturel incestueux est privé de l’établissement de sa filiation à l’égard de ses deux parents ;
ce qui induit le fait que seul l’un de ses parents exerce l’autorité parentale1248.
1247
Cf. art. 319 al. 2 du CPF.
1248
Cf. art. 319 du CPF : « la filiation naturelle est légalement établie par reconnaissance volontaire.
Elle peut aussi être légalement établie par la possession d’état ou par l’effet d’un jugement.
Néanmoins, s’il existe entre les père et mère de l’enfant naturel un des empêchements à mariage prévus par
le présent Code pour cause de parenté, la filiation étant déjà établie à l’égard de l’un, il est interdit de
l’établir à l’égard de l’autre ».
1249
Cf. art. 152 du CPF : « le jugement prononçant la nullité doit, en toute hypothèse, statuer sur la bonne foi
de l’un ou l’autre des époux ; celle-ci est présumée.
Si les deux époux sont de mauvaise foi, le mariage est réputé n’avoir jamais existé, tant dans les rapports des
époux entre eux que dans leurs rapports avec les tiers.
Il produit cependant des effets à l’égard des enfants, quand bien même les deux époux n’auraient pas été de
bonne foi. Il est statué sur leur garde comme en matière de divorce.
Lorsqu’un seul des époux est déclaré de mauvaise foi, le mariage nul est réputé n’avoir jamais existé à son
égard, tandis que l’autre peut se prévaloir des dispositions de l’article 165.
Les enfants issus du mariage ou légitimés conservent à l’égard de leurs auteurs et des tiers la qualité qui leur
avait été conférée par le mariage, sans que l’époux de mauvaise foi puisse s’en prévaloir à leur encontre » ;
voy. supra n° 494.
1250
X. LABBÉE, Le droit commun du couple, Villeneuve d’Ascq, PUS, 2012, p. 115.
1251
A. N. GBAGUIDI, art. préc., p. 18 et s.
277
L’égalité envisagée sur la coparentalité peut constituer un minimum que la loi doit
pouvoir accorder à tous les couples pour assurer l’harmonie au sein des couples en matière
de relations personnelles. Il demeure que l’organisation d’un minimum patrimonial
égalitaire entre couple soit une solution à promouvoir.
SECTION 2 :
LA CONSÉCRATION D’UN MINIMUM DE RAPPORTS PATRIMONIAUX
COMMUN AU COUPLE
1252
Cf. art. 619 et 921 du CPF.
278
555. Les fondements. La raison qui légitime l’analogie repose le plus souvent sur la
seule similitude des situations1253. La protection des membres du couple pendant la vie
commune doit passer par l’organisation d’un statut patrimonial du couple. L’élaboration
d’un tel statut doit essentiellement s’inspirer du modèle de vie conjugale parce que, même
si le mariage reste perfectible, « il constitue en effet un modèle de réglementation des
rapports patrimoniaux dans le couple, mûri par des siècles de réflexion »1254. Dans le
mariage, il existe au Bénin deux niveaux de protection patrimoniale des époux, deux
niveaux qu’on peut qualifier de minimum. La solidarité des dettes ménagères et la
contribution aux charges du ménage semblent être les deux piliers de cette entraide
minimale entre les époux pendant la vie maritale. Ces deux sortes d’entraides peuvent être
étendues à tous les couples puisqu’en pratique, les concubins s’entraident sans loi.
556. Plan. Ainsi, quel que soit le couple, une solidarité des dettes ménagères doit être
prévue (A), de même que l’obligation de contribuer aux charges du ménage (B).
557. La pratique existante. L’Ancien droit admettait que les membres des
communautés taisibles vivant à même pot et même feu étaient solidairement tenus des
dettes contractées par le maître de la communauté1255. Ainsi, dès son instauration, la
solidarité des dettes n’est pas exclusive du mariage. C’est plutôt la communauté de vie qui
en est le fondement. Or cette solidarité est transférée dans le domaine du droit de la famille
et le mariage est devenu la seule institution dont les membres sont solidaires des dettes
ménagères. En droit positif béninois, la solidarité des dettes ménagères n’est donc imposée
qu’aux couples engagés dans le mariage1256. En revanche, les simples concubins et, plus
généralement, tous les autres cohabitants, y échappent, réserve faite de l’application de la
1253
G. CORNU, « Le règne discret de l’analogie », in Mélanges offerts à André Colomer, Paris, Litec, 1993,
p. 139.
1254
A.-S. BRUN, Contribution à la découverte d’un droit commun patrimonial du couple, Thèse, Grenoble II,
2003, n° 45.
1255
P. OURLIAC et J. de MALAFOSSE, Histoire du droit privé, Les obligations, t. 1, Paris, PUF, Coll. « Thémis
Droit privé », 1969, n° 279, p. 306.
1256
Cf. art. 179 du CPF.
279
558. Plan. Deux raisons pourraient fonder l’extension de la solidarité des dettes
ménagères aux concubins. Il s’agit de la facilitation de l’accès au crédit ménager (1) et de
la nécessité d’offrir une certaine garantie aux commerçants, créanciers des membres d’un
couple (2).
1257
A.-S. BRUN, Thèse préc., n° 154 ; X. LABBÉE, op. cit., pp. 143 et s ; D. GANANCIA, « Droits et
obligations résultant du concubinage », Gaz. Pal. 1981, I. p. 18.
1258
A.-S. BRUN, Thèse préc., n° 185.
1259
Cf. art. 179 al. 1er du CPF.
1260
Civ. 1ère, 9 octobre 1990 et Bordeaux, 18 septembre 1989, RTD civ. 1990, p. 584, obs. F. Lucet.
1261
M.-C. RIVIER, « La solidarité entre les concubins », in Des concubinages. Droit interne, droit
international, droit comparé, études offertes à J. Rubellin-Devichi, Paris, Litec, 2002, p. 98.
1262
Voy. les résultats de l’enquête, annexe I, spécialement les réponses aux questions n°s 12 et 13.
280
plupart, la dot continue toujours d’être l’élément qui légitime une union et l’arrivée d’un
enfant l’exprime autant. L’extension de la solidarité des dettes ménagères telle qu’articulée
pour les époux aux concubins contribuerait à établir un régime primaire égalitaire au sein
des couples. L’instauration de cette forme d’égalité autour des dettes ménagères aurait
certainement un écho favorable au sein de l’ensemble de la société béninoise qui déjà,
assimile presque totalement les concubins simples aux époux.
561. Une forme de solidarité passive entre concubins. La seconde raison qui pourrait
justifier l’extension de la solidarité des dettes ménagères au couple de concubins est
l’assurance d’une garantie rapide à certains créanciers qui ne peuvent, pour des raisons
pratiques, chercher à vérifier la situation matrimoniale d’un membre d’un couple avant de
lui vendre à crédit un produit consommable. L’assurance accordée aux créanciers que le
paiement de leur créance pourra être puisé dans deux patrimoines est une source de
garantie. La solidarité passive étant une source de crédit par la pluralité des débiteurs
auxquels le créancier peut s’adresser pour recouvrir la totalité de sa dette1263.
1263
M.-C. RIVIER, art. préc.
1264
F. TERRÉ, P. SIMLER et Y. LEQUETTE, Droit civil, Les obligations, Paris, 11è éd., Dalloz, 2013, n° 1247.
1265
A.-S. BRUN, Thèse préc., n° 183.
1266
L’article 179 du CPF est la copie conforme de l’article 220 du Code civil français actuel qui dispose
que « chacun des époux a pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour objet l'entretien du ménage ou
l'éducation des enfants : toute dette ainsi contractée par l'un oblige l'autre solidairement. La solidarité n'a
pas lieu, néanmoins, pour des dépenses manifestement excessives, eu égard au train de vie du ménage, à
l'utilité ou à l'inutilité de l'opération, à la bonne ou mauvaise foi du tiers contractant. Elle n'a pas lieu non
plus, s'ils n'ont été conclus du consentement des deux époux, pour les achats à tempérament ni pour les
emprunts à moins que ces derniers ne portent sur des sommes modestes nécessaires aux besoins de la vie
courante ».
1267
Civ. 1ère 11 janvier 1984, Defrénois 1984, art. 33368, p. 1003, obs. G. Champenois ; RTD civ. 1987,
p. 171, obs. J. Mestre ; Civ. 1ère 17 octobre 2000, Dr. fam. 2000, comm. n° 139, note B. Beignier ; Civ. 1ère 2
mai 2001, JCP G. 2002, II, 10009, note R. Cabrillac. Il semble également que la solidarité pour les dettes
ménagères puisse être prévue conventionnellement par les concubins au sein de leur convention, en
particulier au profit du bailleur ; voy. M. STORCK, « Les contrats de concubinage », Journal des notaires et
des avocats 1988, p. 649 : le bailleur pourra poursuivre l’un ou l’autre des concubins, alors même que le
281
depuis longtemps que les créanciers de l’un d’entre eux puissent se prévaloir du
concubinage pour élargir l’assiette de leur gage lorsque, trompés par l’apparence, ils ont
pris les concubins pour des époux1268. Les tribunaux français renouant avec une
jurisprudence très ancienne, admettent qu'un concubin peut avoir donné mandat tacite à sa
concubine pour l'achat de fournitures destinées aux besoins du ménage1269. Lorsque c’est
sur le fondement de l’apparence de mariage que les concubins sont engagés solidairement,
l’article 220 du Code civil français actuel s’applique dans sa plénitude. La solidarité ne
peut ainsi jouer que pour recouvrer des dépenses destinées à l’entretien du ménage ou à
l’éducation des enfants1270.
563. Une solution à de possibles insécurités juridiques. Il est possible aux créanciers
des concubins d’invoquer la théorie de l’apparence1271 au mariage comme d’autres
palliatifs à savoir l’enrichissement sans cause1272, la gestion d’affaires ou la notion de
société créée de fait1273. Les décisions du juge en cas de créance sur les concubins
dépendront ainsi de la technique de recouvrement invoquée par le créancier des concubins.
La nécessité se fait sentir de prévoir une norme qui régisse la question afin d’assurer une
sécurité juridique aux individus. Cette solution aura aussi l’intérêt de porter les concubins à
contrat de bail n’a été signé que par l’un d’eux, s’il est établi que la convention de concubinage stipule que
les concubins sont solidairement tenus au paiement des loyers car « cette clause de solidarité est une
stipulation pour autrui au profit du bailleur qui peut en revendiquer le bénéfice ». Est-il cependant bien
fréquent que les concubins s’imposent eux-mêmes cette charge ?
1268
Certaines décisions considèrent que le concubin était tenu en tant que responsable des conséquences
dommageables de la faute qu’il avait commise en laissant croire aux tiers que la concubine était sa femme
(Paris, 21 novembre 1923, Gaz. Pal. 1924, jurispr., 1, p. 187 ; Paris, 23 juillet 1932, Gaz. Pal. 1932,
jurispr., 2, p. 423) ; d’autres pensent que le concubin était engagé comme l’eut été un mari sur le fondement
du mandat domestique (Trib. Paix Lagny 4 juin 1954, D. 1955, somm. 24). Sur l’état du droit positif
antérieur, voy. A. PROTHAIS, « Dettes ménagères des concubins : solidaires, in solidum, indivisibles ou
conjointes ? Après Civ. 1ère, 11 janvier 1984 », D. 1987, chron. p. 237. Lorsque le bénéfice de l’apparence est
accordé aux tiers créanciers, ce n’est « qu’au prix d’une erreur légitime sévèrement appréciée » ; voy. Nancy,
20 septembre 1990, RTD civ. 1992, p. 68, obs. J. Hauser ; sous. Sur la condition de l’erreur légitime, voy.
A.P. 13 décembre 1962, D. 1963, 277, note J. Calais-Auloy ; Civ. 1ère, 29 avril 1969, D. 1970, p. 23, note
J. Calais-Auloy. La théorie de l’apparence trouve également à s’appliquer dans l’hypothèse fréquente où des
concubins participent ensemble à l’exploitation d’une entreprise qui appartient à l’un d’eux et fait l’objet
d’une procédure collective. Néanmoins, l’exploitation en commun suffit à conférer à chaque exploitant la
qualité de commerçant et à justifier leur condamnation solidaire (voy. F. GRANET, J.-Cl. Civ., art. 515-8,
2000, p. 24, n° 64). La notion de coexploitation n’est cependant pas spécifique au couple et, surtout, ne
permet pas aux créanciers ménagers d’élargir l’assiette de leur gage, de sorte que ce p10oint ne fait pas partie
de l’affectation au crédit ménager du couple. La gestion d’affaires peut également être invoquée par le
créancier, ce dernier soutenant que l’un des concubins avait géré en partie l’affaire de l’autre, que l’acte était
nécessaire et, même partiellement, altruiste. Toutefois, ce quasi-contrat ne peut aboutir qu’à faire peser une
partie de la dépense sur le géré : en aucun cas, il n’entraîne solidarité du géré et du gérant d’affaires. Sur les
voies incertaines du droit commun, voy. Civ. 1ère, 2 mai 2001, Dr. fam. 2001, note L. Perrouin, comm. n° 79.
1269
Rouen 27 septembre 2007, JCP G, 2008, IV, 1317.
1270
A.-S. BRUN, Thèse préc., n° 168.
1271
D. HUET-WEILLER, « Les rapports pécuniaires des concubins avec les tiers » in F. Dekeuwer-Défossez et
C. Choain, Indépendance financière et communauté de vie, actes des journées d'études des 15 et 16
décembre 1988, Paris, LGDJ, 1989, p. 132.
1272
D. GANANCIA, « Droits et obligations résultant du concubinage », Gaz. Pal, 1981, I. p. 17.
1273
M.-C. RIVIER, art. préc., p. 99 ; D. GANANCIA, art. préc., p. 17.
282
égalité avec les époux afin d’assurer, non seulement la survie des membres du couple mais
aussi d’offrir une garantie certaine aux créanciers.
564. Une égalité assurée par les mécanismes du droit des sûretés. Seuls les
créanciers professionnels protégés par le droit des sûretés ont eu un certain avantage sur les
autres, surtout les prestataires de services qui n’exigent, à l’instar des premiers qui, pour
l’octroi d’un prêt ou d’un crédit, exigent systématiquement l’engagement du partenaire de
l’emprunteur, conjoint ou concubin devenant co-emprunteur ou caution solidaire1274. Le
droit des sûretés se voit ainsi être certainement un puissant instrument d’égalisation des
couples quel que soit leur statut juridique1275.
La solidarité au sein des couples est d’une grande importance et la nature du couple ne
doit pas constituer un obstacle à l’instauration de celle-ci. Cependant, seule la solidarité
autour des dettes ne saura protéger le couple et le mettre à l’abri des besoins. Il doit avoir,
indépendamment de la nature du couple, une obligation qui pèse sur chacun de ses
membres de contribuer aux charges du ménage.
565. Une question de logique. Lorsque l’on vit à même pot et même feu, la
contribution aux charges de la vie commune apparaît logique. L’essence même de la vie
commune est faite de l’entraide au quotidien, de la concertation, de la collaboration et du
mélange des ressources1276. Elle ne se traduit cependant pas toujours en une règle de
droit1277. La question se pose alors de savoir si le droit doit imposer à deux cohabitants,
parce qu’ils forment un couple, de contribuer aux charges de la vie commune et peut-être
ainsi parler de « contributions aux charges du concubinage »1278.
566. Plan. On peut observer que le droit impose aux personnes unies par le mariage
l’obligation de contribuer aux charges du ménage. Il est nécessaire de rechercher la raison
profonde qui fonde cette obligation à la charge des époux et de voir dans quelle mesure on
peut l’étendre aux couples de concubins (1). Cette extension de l’obligation de contribution
aux charges du ménage aux concubins peut avoir d’importants effets (2).
1274
M.-C. RIVIER, art. préc., p. 100.
1275
Ibid.
1276
M.-C. RIVIER, art. préc., p. 97.
1277
J. CARBONNIER, Essais sur les lois, Paris, Defrénois, 1979, p. 124.
1278
Il n’y a pas différentes manières de vivre en couple et il paraît incongru de parler de contribution aux
charges du concubinage ; voy. X. LABBÉE, op. cit., pp. 140 et s.
283
568. L’existence d’une obligation alimentaire entre parents. Il existe également une
obligation alimentaire de droit entre parents selon les dispositions de l’article 391 du Code
des personnes et de la famille du Bénin qui dispose que « l’obligation alimentaire résultant
de la parenté est réciproque. Entre parents, elle existe en ligne directe sans limitation de
degré. En ligne collatérale, elle est simplement morale »1280. À côté des obligations
alimentaires de droit, le législateur a également reconnu des obligations alimentaires
morales entre collatéraux1281 et entre les conjoints et les descendants au premier degré de
l’autre conjoint1282. En somme, il existe une obligation alimentaire de droit entre époux et
entre parents et enfants et une obligation morale entre collatéraux et entre conjoints et
descendants de l’autre conjoint.
569. Une possible déduction des obligations alimentaires des concubins de la loi.
Les concubins n’ont aucune obligation alimentaire, ni de droit ni morale, l’un envers
l’autre de façon explicite. Toutefois, ce constat est pourtant difficilement conciliable avec
la suppression de la pension alimentaire d’une personne divorcée ou veuve en cas de
1279
Cf. art. 387 du CPF.
1280
Cf. art. 391 du CPF.
1281
Cf. art. 391 du CPF : « L’obligation alimentaire entre un époux et les descendants au premier degré du
conjoint reste morale ».
1282
Cf. art. 394 du CPF.
284
concubinage notoire de son bénéficiaire1283. Aux termes des dispositions de l’article 398 du
Code des personnes et de la famille « Á la mort de l’époux débiteur, la charge de la
pension passe à ses héritiers. Cette obligation cesse si le débiteur d’aliments établit qu’il
n’a plus de ressources ou si le créancier d’aliments se remarie ou vit en état de
concubinage notoire »1284. On peut conclure à l’examen de l’alinéa 2 de l’article 389 du
Code des personnes et de la famille que le besoin d’aliment du créancier qui est la
personne divorcée peut être satisfait par le fait qu’elle se soit mise en concubinage. Il est
alors supposé que, dans le concubinage, chaque partie doit contribuer aux charges de la vie
commune ou tout simplement que dans le concubinage, il existe un devoir d’entretien entre
concubins qui viendrait suppléer les besoins du créancier d’aliment.
570. Une possible extension de la contribution aux charges du ménage aux
concubins. L’extension de la contribution aux charges du ménage aux concubins ne
devrait pas poser de sérieuses difficultés. Il reste toutefois à vérifier dans quelle proportion
les concubins doivent contribuer. Toutes considérations prises, les concubins ne peuvent
contribuer aux charges du ménage qu’à proportion de leur faculté respective. C’est ainsi
qu’il peut s’avérer nécessaire d’étendre l’obligation de contribution aux charges du ménage
aux concubins. En conséquence, l’article 159 du Code des personnes et de la famille
pourrait être reformulé ainsi qu’il suit : article 159 nouveau : « Nonobstant toutes
conventions contraires, les membres des couples contribuent aux charges du ménage à
proportion de leurs facultés respectives. Chacun d’eux s’acquitte de sa contribution par
prélèvement sur les ressources dont il a l’administration et la jouissance et/ ou par son
activité au foyer ».
Cette extension de l’obligation d’entretien entre époux aux concubins aura des
effets indéniables.
charges sociales qui pèsent normalement sur l’État sont lourdes. Il est de plus en plus
démontré que le devoir de l’État d’assister les personnes démunies est limité par ses
moyens et les cas dans lesquels l’État se trouverait dans l’incapacité d’assumer son rôle se
démultiplient dans les États économiquement faibles comme le Bénin 1285. D’ailleurs, le
social n’est pas assez développé par l’État béninois. Á cela, s’ajoute l’allongement de la
durée moyenne de vie1286, le spectre récurrent de la récession économique, autant
d’éléments qui font de la prise en charge des personnes âgées un problème dont l’acuité ne
fait que croître1287.
1285
Au Bénin, le taux de croissance en 2013 est de 5,6 % ; le PIB par tête en 2013 est de 407.258 FCFA ; le
taux d'inflation en 2013 est de 1 % et l’indice de pauvreté en 2011 de 36, 2 % ; voy. le site Internet
[[Link]/], consulté le 27/04/2015.
1286
En 2002, l’espérance de vie à la naissance est de 59,2 ans dont 57,2 ans pour le sexe masculin et 61,25
ans pour le sexe féminin en 2002 comparativement au recensement de 1992 (RGPH-2) qui montre que
l’espérance de vie à la naissance était respectivement 54,2 ans pour l’ensemble, 51,8 ans pour le sexe
masculin et 56,6 ans pour le sexe féminin ; cf. Voy. Synthèse des analyses du troisième recensement général
de la population et de l’habitat de février 2002, p. 19, disponible sur le site [[Link]
1287
M.-C. RIVIER, art. préc., p. 104.
1288
P. MURAT, « Couple, Filiation, Parenté », préc., p. 55.
1289
P. FESTY, « Le déclin du mariage ? » Futuribles n° 235, juil.-août 2000, pp. 69 et s. et spéc. p. 86.
1290
P. MURAT, op. cit., p. 55.
286
Toutefois, ce n’est que le cas du concubinage simple qui va voir de beaux jours car en
effet, les personnes entretenant un concubinage adultérin se seront senties un peu lésées.
De toutes les façons, il y a plus d’avantage à établir l’égalité des couples sur la contribution
aux charges du ménage. Souvent délaissé sans ressources, le concubinage est souvent
source d’asservissement d’un membre du couple qui risque d’être abandonné sans
ressources. Il est d’une grande importance d’instaurer un régime primaire du couple qui
puisse permettre un minimum d’entretien entre concubins durant la vie commune.
Il est aussi tout à fait normal d’en faire de même en cas de rupture du lien de couple.
1291
Cf. art. 153 du CPF.
1292
Cf. art. 159 du CPF ; voy. supra n° 374.
1293
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, introduction, les personnes, la famille, l’enfant, le couple, Paris, PUF,
2004, n° 608.
1294
Cf. art. 118 du CPF.
1295
Cf. art. 115 du CPF.
287
577. Plan. On dégagera, d’une part, le minimum égalitaire envisageable entre les
membres d’un couple en cas de rupture du lien du vivant des deux membres du couple (A)
et, d’autre part, le minimum égalitaire envisageable entre les membres d’un couple en cas
de rupture du lien pour cause de décès (B).
578. Rappel des droits après le divorce. Dans la vie du mariage que le
concubinage imite au plus près, la rupture de la vie commune peut avoir plusieurs causes à
l’image des causes de dissolution du mariage. Les époux peuvent de commun accord
mettre fin à leur union ou la rupture peut intervenir des suites de fautes commises par l’un
d’eux. Lorsqu’il y a rupture du lien conjugal, il existe des mesures en vue de réparer le
déséquilibre financier qu’aurait créé cette séparation. Dans la législation béninoise, la
situation des enfants ainsi que celle du conjoint qui a obtenu le divorce sont privilégiés en
ce sens qu’ils ont droit à une aide. Pour les enfants, il s’agit de la pension alimentaire et de
leur garde. Pour l’époux ayant bénéficié du divorce, il lui ait alloué des dommages et
intérêts.
1296
A.-S. BRUN, Thèse préc., n° 291.
1297
Cf. les débats parlementaires sur le projet de Code des personnes et de la famille du Bénin
288
1298
Cf. art. 263 du CPF : « en cas de divorce prononcé aux torts exclusifs de l’un des époux, le juge peut
allouer à l’époux qui a obtenu le divorce des dommages et intérêts pour le préjudice matériel et moral que
lui cause la dissolution du mariage, compte tenu, notamment, de la perte de l’obligation d’entretien.
Le juge décide, selon les circonstances de la cause, si ces dommages et intérêts doivent être versés en une
seule fois ou par fractions ».
1299
Cf. art. 270 du Code civil français actuel ; J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, introduction, les personnes, la
famille, l’enfant, le couple, Paris, PUF, 2004, n° 609 ; Cass. 2e civ., 25 nov. 1999 : D. 1999, p. 277 ; RJPF
2000, 2/28, obs. P. Guerder ; 7 mai 2002, Dr. fam., juil.-août 2002, comm. n° 87 ; Cass. 2e civ., 26 sept.
2002, Juris-Data n° 2002-015556 ; Dr. fam., déc. 2002, comm. n° 145 ; H. LÉCUYER, « De la prestation
compensatoire en général et de la déclaration sur l'honneur en particulier », Dr. fam., n° 4, Avril 2003,
chron. p. 11.
1300
Cf. art. 270 du Code civil français actuel.
1301
Voy. Jugement n°324/10 du 02 mars 2010 du TPI de Parakou ; jugement n° 436/06 du 12 décembre 2006
du TPI de Ouidah ; jugement n°016 du 28 octobre 2010 du TPI d’Abomey-Calavi ; jugement n°009 du 12
août 2010 du TPI d’Abomey-Calavi ; jugement n° 057/2010 du 10 juin 2010 du TPI de Cotonou ; jugement
n° 018/10-EP du 18 avril 2011 du TPI d’Abomey.
1302
Cf. art. 20 al. 2 de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012 ; voy. supra n° 464.
289
législateur, on note une certaine convergence qui peut faire déduire que le juge et le
législateur tentent subrepticement d’allouer un certain dommage-intérêt au concubin en cas
de rupture du lien de couple. Dès lors, on peut bien envisager un minimum de rapport
d’obligation au sein des couples en cas de rupture. Ce rapport minimal envisagé est
légitime compte tenu du vécu quotidien des couples et induit un minimum d’égalité en leur
sein. On peut donc bien envisager qu’en cas de rupture du lien de couple pour cause de
rupture de la vie commune qu’il soit prévu une certaine indemnisation des membres du
couple.
1303
Ph. MALAURIE et Cl. BRENNER, Les successions, les libéralités, Paris, 6e éd., LGDJ, Lextenso, 2014,
n° 88.
290
tour. Ainsi, la vocation successorale du conjoint survivant traduit plus les devoirs et les
sentiments envers les proches parents qu’il ne constitue une expression de la parenté. Or
les sentiments sont également partagés dans les autres types de couple. La soutenance du
survivant d’un couple est donc légitime.
586. Les raisons d’une plus grande protection en 2004. En 2004, la volonté de
garantir un minimum au survivant du couple était présente et depuis la promulgation du
Code des personnes et de la famille, le conjoint survivant est devenu un successible et peut
donc hériter en pleine propriété les biens de son conjoint décédé dans des proportions
données1305. Les raisons qui ont valu cette consécration paraissent être identifiables au
niveau du couple non marié. En effet, trois éléments se conjuguent pour légitimer l’octroi
d’un droit à la soutenance au survivant des membres d’un couple, que ce dernier soit marié
1304
Une loi du 29 avril 1925 intervint pour majorer le taux de l’usufruit. Sur les lois du 9 mars 1891 et du
29 avril 1925, voy. F. TERRÉ, Y. LEQUETTE et S. GAUDEMET, Droit civil, Les successions, Les libéralités,
Paris, 4e éd., Dalloz, 2014, n° 165.
1305
Cf. art. 630 et s. du CPF ; voy. supra n°s 419 et s.
291
ou non : l’allongement de la durée de vie, le relâchement des liens familiaux comme source
de solidarité et la composition du patrimoine du de cujus1306.
1306
A.-S. BRUN, Contribution à la découverte d’un droit commun patrimonial du couple, Thèse, Grenoble II,
2003, n° 401.
1307
Cf. Voy. Synthèse des analyses du troisième recensement général de la population et de l’habitat de
février 2002, p. 19, disponible sur le site [[Link]
1308
Pour analyse comparative, voy. A.-S. BRUN, Thèse préc., n° 402.
1309
Aussi, s’ajoute le fait qu’en général dans un couple, l’homme est plus âgé que sa femme. Selon les
données recueillies par l’INSAE, les femmes ont en moyenne 6,5 ans de moins que leurs conjoints et c’est
seulement au sein de 1% des couples que les femmes sont plus âgées que leur mari ; Voy. Synthèse des
analyses du troisième recensement général de la population et de l’habitat de février 2002, p. 21, disponible
sur le site [[Link]
1310
Il a certes été relevé que le mariage est un facteur de longévité... mais uniquement par comparaison avec
le veuvage. Des statistiques indiquent en effet une surmortalité des veufs ou des veuves par rapport aux
mariés ; voy. P. FESTY, art. préc.,p. 69.
292
pour corollaire un ardent conjugalisme »1311. Et si ce soutien familial n’existe pas pour le
compte du couple de concubin, alors il se pose un problème réel et les concubins veufs
risquent d’être des charges pour les collectivités publiques. De surcroît, la composition du
patrimoine du de cujus peut être une raison afin de concevoir un droit à la soutenance du
survivant.
1311
J. CARBONNIER, Essais sur les lois, Paris, Defrénois, 1979, p. 169.
1312
Cf. les résultats de l’enquête, voy. annexe I, question n° 11.
1313
Cf. art. 159 du CPF.
1314
A.-S. BRUN, Thèse préc., n° 408 ; D. GANANCIA, « Droits et obligations résultant du concubinage », Gaz.
Pal., 1981, I. p. 17 ; D. HUET-WEILLER, « "L’union libre" (La cohabitation sans mariage) », American
journal of comparative law, vol XXIX, 1981, p. 251.
293
591. Deux droits majeurs à consacrer à tous les couples. Il ressort des analyses
que, des éléments les plus indispensables à la survie du conjoint survivant, le logement et
les aliments sont les plus nécessaires. Dans l’optique de la recherche d’un droit minimum
commun à tous les couples, on peut donc donner une place importante à l’hébergement et à
l’alimentation du survivant. On peut ainsi concevoir, à l’image de ce qui est prévu à titre
transitoire pour le conjoint survivant, de l’aliment au survivant jusqu’au partage du
patrimoine du de cujus, lorsque ce dernier se trouve dans le besoin1315. Plusieurs raisons
peuvent justifier ce choix dans le contexte béninois.
592. Justification de la position. On observe qu’il y a des couples qui ont vécu
dans le concubinage toute leur vie par manque de possibilité afin d’accéder au mariage1316.
Ce sont des personnes qui n’ont pas fui le mariage mais qui n’ont pas pu accéder à
l’institution. Comme prévu par le Code des personnes et de la famille, le survivant d’un tel
couple n’a droit à rien, il n’y a que les enfants qui puissent se partager cette succession.
Aussi, la population béninoise doit pouvoir tolérer, à l’image de sa tolérance du
concubinage, la protection du survivant du couple. Dans la majorité des cas où le survivant
est une femme, on constate le plus souvent des violences commises par la famille du de
cujus sur celle-ci. On commence d’abord par lui retirer tous les biens avant de l’expulser
de la maison. Il paraît bien que c’est pour limiter ces faits que le législateur a initié au titre
1315
Cf. art. 631 du CPF.
1316
En réalité, le passage devant l’officier de l’état civil semble être pour certain un luxe. Pour d’autres, par
contre, c’est par manque de moyens qu’ils n’accèdent pas au mariage ou encore qu’il existe un sérieux
problème sur les pièces d’état civil sans lesquels on ne peut procéder à la célébration du mariage car en effet,
il existe beaucoup de personnes au Bénin qui n’ont pas des pièces de l’état civil.
294
des violences dans le milieu familial, des mesures afin de permettre à la personne violentée
de continuer à résider dans le logement commun1317.
1317
Cf. art. 20, al. 2 de la loi 2011-26 du 09 janvier 2012 sur la prévention et la répression des violences faites
aux femmes.
295
CONCLUSION DU CHAPITRE II
Concernant les parents, les relations personnelles et pécuniaires des père et mère
peuvent faire l’objet d’une étude particulière compte tenu de la défaillance de l’aide sociale
de l’État, de l’allongement de la durée de vie et de la garantie à offrir aux créanciers des
couples. On peut, dans cette mesure, organiser des rapports entre les couples de concubins
simples en raison de l’apparence de personnes mariées qu’ils donnent. Aussi, une réforme
législative doit tendre à imposer la solidarité autour des dettes ménagères et la contribution
aux charges du ménage à tout membre d’un couple.
commun aux deux couples. La consécration d’un tel statut aura une grande faveur au sein
de la population béninoise surtout avec le taux élevé de couple vivant hors mariage.
297
CONCLUSION DU TITRE I
595. Les profondes mutations en cours dans la société doivent conduire
inéluctablement à une réorganisation du droit de la famille au Bénin. Si le mariage n’est
plus le seul mode de conjugalité et qu’il est de fait concurrencé par le concubinage qui,
avec le concours de l’application de la responsabilité civile et de la répression des
violences faites aux femmes, le dépouillent de presque tous ses prestiges, il se voit alors
dessiner une certaine convergence des modes de vie. Et puisqu’il n’y a pas différentes
manières de vivre en couple, on ne peut négliger l’importance de la prise en compte de la
situation visée pour accorder les mêmes droits aux intéressés. C’est alors qu’il s’est avéré
nécessaire d’organiser un minimum de rapport entre tous les couples qui traduira le
principe d’égalité.
TITRE II :
LES PROGRÈS DE LA MÉDECINE,
VECTEUR DE PLUS D’ÉGALITÉ EN DROIT DE LA FAMILLE
1318
I. DASTUGUC, La procréation artificielle, droit à l’enfant ou droits de l’enfant, Thèse, Clermont I., 1987,
p. 1.
1319
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, Traité de droit civil, la famille, fondation et vie de la famille, Paris, 2e
éd., LGDJ, 1993, n° 892.
1320
La maîtrise négative de la procréation est le contrôle de la procréation grâce à la contraception et à
l’avortement. Quant à la maîtrise positive, elle consiste à faire recours à la procréation assistée ; voy.
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 462.
1321
Comme le cas en chine où les dirigeants limitent le nombre d’enfant par couple à un compte tenu des
contingentements économiques et sociaux. Cf. J.-B. D’ONORIO, « Biologie, morale et droit », JCP G., n° 44,
29 octobre 1986, I, 3261, p. 4.
1322
L’avortement est par exemple dépénalisé en France et même une adolescente peut y recourir, sans
l’autorisation de ses parents ; voy. loi Veil du 17 janvier 1975.
1323
Telle était notamment la politique des pays occidentaux à la sortie de la deuxième guerre mondiale.
299
CHAPITRE I :
1324
Le doyen Cornu est le premier a employé l’expression « médicalement assistée » : G. CORNU, Droit civil.
La famille, Paris, 9è éd., Montchrestien, 2007, n° 298.
1325
La loi L. 152-1 du Code de la Santé publique en France.
1326
L. DEPRET, « L’ "enfant noir " », in Droit des personnes et de la famille – Mélanges à la mémoire de
Danièle Huet-Weiller, Paris, PUS/LGDJ, 1994, pp. 79 et s.
1327
L’évolution des recherches en médecine a montré que la procréation fait appel à la fois à la réunion d’une
cellule reproductrice venant d’un homme et celle venant d’une femme ; qu’il s’agisse de la procréation
naturelle ou médicalement assistée. Le clonage humain ne pouvant être considéré comme une reproduction.
1328
Il faut faire la nuance entre la stérilité et l’infertilité.
1329
Intervention de Jacqueline RUBELLIN-DÉVICHI, in Acte du colloque Génétique, Procréation et Droit,
Paris, Actes Sud, 1985, p. 61 ; I. DASTUGUC, Thèse préc., p. 2 ; M.-Th. MEULDERS-KLEIN, « Le droit de
l’enfant face au droit à l’enfant », RTD civ. 1988, p. 663 ; voy. annexe I, question 6. Sur 1000 enquêtés, 57
hommes ont déclaré pouvoir se marier avec une femme stérile à condition qu’elle accepte d’avoir une rivale.
Les femmes y sont plutôt répondent clairement par la négative. Cela prouve en réalité que le désir d’enfant
est violent.
1330
Au cours de l’enquête, 393 personnes ont accepté qu’elles peuvent faire recours à la PMA contre 607
personnes, voy. annexe I, question n° 7.
300
601. Une égalité des couples recherchée. En général, la liberté sexuelle1331 est
admise mais elle est plus protégée dans le cadre familial1332. Les couples stériles
revendiquent un certain « droit à l’enfant » au nom de l’égalité des couples. Le
raisonnement consiste à démontrer qu’à l’instar des autres couples qui ont une
descendance, ils ont un droit à l’enfant en considérant qu’il existe une thérapie pour contrer
le mal. En réalité, ils prouvent que la stérilité est une maladie à laquelle la science a
désormais une thérapie.
602. Plan. On assiste à une certaine revendication d’égalité qui se dessine, surtout
avec les progrès de la médecine. Au demeurant, la violence du désir d’enfant 1333 peut
conduire à des dérives. Il est donc nécessaire qu’une certaine restriction soit faite à
l’utilisation des progrès possibles de la médecine. On traitera, dans un premier temps, le
« droit à l’enfant » comme le moyen de revendication de l’égalité entre les couples
(section 1) et, dans un second temps, les restrictions nécessaires de l’égalité des couples
face à la procréation (section 2).
1331
Actuellement en Europe, le sexe est d’ailleurs accepté dans le commerce, voy. à ce sujet
O. DUBOS, « sexe, sexualité et droit européens », in O. Dubos et J.-P. Marguenaud (dir.), Sexe, sexualité et
droits européens : Enjeux politiques et scientifiques des libertés individuelles, Paris, Pedone, 2007, p. 15 ;
CJCE, 20 novembre 2001, Aldona Malgorzata jany et autres c. Staatssecretaris van, Aff. C-268/99, rec.,
p. I-8615.
1332
Cette raison avait justifié le refus d’adoption ou de PMA aux couples homosexuels par la Cour EDH en
2007 ; Cour EDH, 26 février 2002, Frette c. France. Il s‘est agi dans cet arrêt du refus d’adoption pour motif
d’homosexualité du demandeur.
1333
Il semble qu’il est préférable de parler de désir de descendance et d’accomplissement que de parler de
désir d’enfant ; Intervention de F. HÉRITIER, actes du colloque génétique, procréation et droit, Paris, Actes
Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 242.
301
SECTION 1 :
L’ACCÈS À LA PMA AU NOM DE L’ÉGALITÉ DES COUPLES
1334
J. RUBELLIN-DÉVICHI, « Réflexions sur une proposition de loi tendant à faire de l’insémination artificielle
un moyen de procréation », in Mélanges offerts à Jean Vincent, Paris, LGDJ, 1981, p. 378.
1335
Le nombre de naissances vivantes pour 1 000 habitants est passé de 48 en 1992 à 41 en 2002. Le nombre
moyen d'enfants nés vivants qu'aurait une femme au terme de sa vie féconde (15-49 ans) est passé de 6,10 à
5,53 enfants au cours de cette période. Une femme de 15 à 49 ans a, en moyenne, 5,53 enfants selon les
statistiques de 2002 ; voy. Les résultats des données du troisième recensement général de la population et de
l'habitation de 2002. Ce chiffre serait passé en 2012 à 4,9 enfants en moyenne par femme ; Voy. le site
Internet [[Link]], consulté le 28/04/2015.
1336
F. GRANET, « L’enfant conçu par procréation médicalement assistée et les projets de lois sur la
bioéthique », in Droit des personnes et de la famille, Mélanges à la mémoire de Danièle Huet-Weiller, Paris,
LGDJ, 1994, p. 222 ; J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 894.
302
1337
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 895.
1338
La procréation médicalement assistée est de plus en plus répandue et même au Bénin, elle est déjà une
réalité depuis le 8 septembre 2011 avec la naissance du premier bébé in vitro.
1339
H. MAZEAUD, « Le droit de la famille face aux progrès de la science médicale », in Aspects du droit privé
en fin du 20è siècle, études réunies en l'honneur de Michel de Juglart, Paris, LGDJ, 1986, p. 52.
1340
M. GOBERT (dir.), Médecine, Bioéthique et droit. Questions choisies, Paris, Économica, 1999, p. 5.
1341
Intervention du professeur Jacques Robert, in Actes du colloque Génétique, procréation, génétique et
Droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 368.
303
l’impuissance1342. Ainsi, la stérilité d’un couple était nécessairement comprise comme celle
de la femme1343. Or un homme stérile est capable d’avoir une érection, une éjaculation et
des rapports sexuels parfaitement normaux, mais seulement ne parvient pas à procréer1344.
Avec le temps, plusieurs causes d’infertilité masculine ont été découvertes. Les unes sont
liées à l’espace géographique et aux changements de mode des sous-vêtements1345, les
autres sont génétiques ou pathologiques1346. Le spermogramme1347 est l’une des seuls
examens qui permet d’explorer la fertilité d’un homme. En somme, l’infertilité masculine
peut être causée par une azoospermie1348 qui peut être excrétoire1349 ou sécrétoire1350 ou
liée à une immunologie1351.
1342
Intervention de M. Héritier-Auge, in Actes du colloque Génétique, procréation, génétique et Droit, Paris,
Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 35.
1343
M. GOBERT, op. cit., p. 5.
1344
M. GOBERT, op. cit., p. 20.
1345
Voy. l’analyse des biologistes sur l’impact de la chaleur sur la spermatogenèse ; C. PONCELET et
C. SIFER, Physiologie, pathologie et thérapie de la reproduction chez l'humain, Berlin, Springer Science &
Business Media, 2011, spéc. p. 37 ; R. MIEUSSET et J-Cl. SOUFIR, La contraception masculine, Berlin,
Springer Science & Business Media, 2013, spéc. p. 79.
1346
M. GOBERT, op. cit., p. 5.
1347
M. GOBERT, op. cit., p. 21.
1348
L’azoospermie est l’absence totale de spermatozoïde dans le sperme.
1349
L’azoospermie est excrétoire lorsqu’elle est due à un obstacle sur les voies excrétrices.
1350
L’azoospermie est sécrétoire lorsqu’elle est liée à un obstacle dans la production même du sperme.
1351
Dans ce cas, l’homme produire des anticorps anti-spermatozoïdes qui vont gêner la mobilité des
spermatozoïdes qu’il produit.
1352
M. GOBERT, op. cit., p. 6.
1353
M. GOBERT, op. cit., p. 6 ; J. L. BAUDOUIN et C. LABRUSSE-RIOU, Produire l’homme : de quel droit ?
Paris, PUF, 1987, p. 23.
304
L’avantage de ces deux premières techniques est que l’enfant à naître est un enfant
biologique de la femme et de l’homme1354.
614. Primo. Il peut être question d’une affection des trompes1356 empêchant les
ovules de parvenir à l’utérus1357. Dans ce cas, l’assistance à procréation consiste en un
processus opératoire comportant la stimulation des ovules, leur ponction directe sous
anesthésie, leur fécondation in vitro avec le sperme du mari et l’implantation des embryons
dans l’utérus de la femme. Ce qu’il convient d’appeler FIVETTE – Fécondation In Vitro et
Transfert des Embryons.
615. Secundo. La femme n’arrive pas à mener une grossesse à terme et c’est une
pathologie liée à l’utérus1358. Dans ce cas, on peut faire recours au prêt d’utérus pour
soigner son infertilité. C’est cela que certains appellent les mères porteuses1359. D’autres y
préfèrent l’appellation de gestation pour autrui1360.
616. Tertio. L’infertilité féminine peut provenir des cas où les ovaires1361 sont
présents mais inaccessibles, ou les ovaires sont déficients – anomalie génétique,
1354
J. L. BAUDOUIN et C. LABRUSSE-RIOU, op. et loc. cit.
1355
Voy. l’intervention préc. du professeur Jacques Robert et celle préc. de F. HÉRITIER-AUGE, op. cit.,
p. 243.
1356
Professeur Jean BERNARD, De la biologie à l’éthique, Paris, Buchet/Chastel, 1990, p. 100.
1357
E. PAPIERNIK, « Rapport sur la congélation d’embryons, fécondation in vitro et mères de substitution »,
in Actes du colloque Génétique, Procréation, génétique et Droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur,
1985, p. 55.
1358
J. BERNARD, op. cit., p. 100.
1359
E. PAPIERNIK, op. cit., p. 57.
1360
J. RUBELLIN-DÉVICHI, « Rapport sur la congélation d’embryons, fécondation in vitro et mères de
substitution. Point de vue d’un juriste », in Actes du colloque Génétique, Procréation, génétique et Droit,
Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 311.
1361
J. BERNARD, op. cit., p. 100.
305
endométriose ovarienne ou ménopause précoce – ou les ovaires ont été retirés par une
intervention chirurgicale mais que la femme conserve l’organe utérin. 1362. Celle-ci peut
être supplée par le don d’ovules d’une autre femme. Cet ovule sera fécondé in vitro avec le
sperme du mari, les embryons pourront ensuite être transplantés dans l'utérus de la femme
en question.
617. Quarto. La femme peut avoir une pathologie affectant à la fois la fonction
ovarienne, la trompe et l’utérus1363. Dans ce cas, on peut faire recours à un don d’ovule et à
un prêt d’utérus en faisant, bien sûr, la fécondation avec le sperme de son mari. C’est ce
qu’il convient sensiblement d’appeler mère de substitution1364. C’est schématiquement, en
remontant l’histoire, le cas que le livre de la Genèse1365 relate lorsque Sarah dit à Abraham
« …Va donc vers mon esclave ; peut-être, par elle, aurai-je un enfant »1366.
618. Les effets des thérapies féminines. Dans les deux premiers cas suscités,
l’enfant à naître sera l’enfant biologique de la femme et de son mari alors que dans les
deux derniers cas, l’enfant n’est pas l’enfant biologique de la femme1367.
1362
R. FRYDMAN, « Rapport sur le don d’ovules », in Actes du colloque Génétique, Procréation, génétique et
Droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 225.
1363
J. BERNARD, op. et loc. cit.
1364
Les mères de substitution sont qualifiées de vendeuses et sont responsables d’abandon d’enfant avec
préméditation ; J. BERNARD, op. cit., p. 96.
1365
J. RUBELLIN-DÉVICHI, art. préc., p. 311.
1366
Genèse XVI, I-2.
1367
R. FRYDMAN, « Rapport sur le don d’ovules », préc., p. 225.
1368
La maladie de Hodgkin est le cancer des ganglions.
306
621. Le VIH / SIDA. Au début des années 1980, une nouvelle maladie a été
découverte1375 : le Syndrome d’Immunodéficience Acquise (SIDA). Il s’agit d’une maladie
contagieuse, qui se transmet1376 par la voie sexuelle, sanguine ou transplacentaire
(transmission de la mère à l'enfant). La transmission peut également se faire lors de
l'accouchement ou pendant l'allaitement. Les progrès techniques de la médecine permettent
une évolution favorable vers une limitation accrue de la transmission du virus de la mère à
1369
La drépanocytose a été reconnue comme problème de Santé Publique d'abord par l'Union Africaine le 5
Juillet 2005, puis par l’UNESCO le 19 octobre 2005 et, enfin par l'OMS le 27 mai 2006. Le 22 décembre
2008, ce fut le tour de l'Assemblée Générale des Nations Unies de la reconnaître comme problème de santé
publique par la Résolution A/63/237 et de consacrer le 19 Juin de chaque année comme journée
internationale de sensibilisation à la drépanocytose.
1370
A. LAINÉ, « Constructions d’un stigmate sanitaire : la drépanocytose, entre situations locales et globales
», disponible sur le site [[Link] consulté le 28/05/2015, p. 18.
1371
Cf. art. 127 du CPF : « chacun des futurs époux doit remettre personnellement à l’officier de l’état civil
compétent pour procéder à la célébration du mariage :
- une copie de son acte de naissance datant de moins de trois mois délivré en vue du mariage ;
- une copie des actes accordant des dispenses dans les cas prévus par la loi ;
- un certificat médical attestant que les examens prénuptiaux ont été effectués par les futurs époux et qu’ils
s’en sont communiqué les résultats ».
1372
H. J. MÜLLER, « Our load of mutations », in American Journal of Human Genetics, vol. 2, 1950, p. 111-
176 ; A. LAINE, art. préc., p.15.
1373
A. LAINÉ, art. préc., p. 18.
1374
J. L. BAUDOUIN et C. LABRUSSE-RIOU, op. cit., p. 24.
1375
P. A. RUBBO, La découverte du SIDA, disponible sur le site Internet
[[Link] com/documents/[Link]], consulté le 28/04/2015.
1376
Voy. sur cette question les spécialistes de la matière ; P. TATTEVIN, Infection à VIH et Sida, Paris, éd.
Estem, 1998, spéc. p. 9 ; Ch. FORTIN et J. J. LEVY, Mourir à trop aimer : sexualité, VIH/SIDA et prévention
dans l'imaginaire des jeunes Québécois, Laval, Presses Université Laval, 2003, spéc. p. 48.
307
l’enfant. Par des soins appropriés, il est en effet désormais possible de freiner la contagion
et d’empêcher la mère de transmettre le virus à son enfant. Il a même été découvert
dernièrement qu’un bébé a pu être guéri1377 après sa contamination par sa mère
séropositive non-traitée. Il semble ainsi qu’on est déjà au cœur de la thérapie génétique par
ce traitement.
1377
Voy. Journal télévisé de 20h du 4 mars 2013 sur TF1 ; le professeur Yves Levy, directeur de l’Institut de
recherche contre le vaccin VIH-SIDA à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil. Il appelle à la prudence car il
pense qu’il ne s’agit pas d’une guérison mais d’une rémission ; voy. son interview sur TF1 le 4 mars 2013,
consultable en suivant le lien [[Link]
[Link]].
1378
J. BERNARD, op. cit., p. 89 et s.
1379
Le droit à l’enfant est décrit par le doyen Cornu comme « un droit fondamental, attente naturelle,
essentielle » ; voy. premières journées du comité national d’éthique, Le monde, 8 décembre 1984 ;
J.-B. D’ONORIO, « Biologie, morale et droit », JCP G n° 44, 29 octobre 1986, I, 3261, p. 4.
308
1380
Cf. Genèse 1 : 28.
1381
J. CARBONNIER, Droit civil. Introduction. Les personnes, La famille, l’enfant, le couple, t. 1, Paris, PUF,
2004, n° 467, p. 987. L’auteur fait référence à la Genèse XXII, § 17.
1382
Voy. annexe I, question 6.
1383
Acte du colloque génétique, procréation et droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 34.
1384
P. KAYSER, « Les limites morales de la procréation artificielle », D. 1987, Chron. p. 190.
1385
Cf. Cour suprême, chambre judiciaire, décision n° 14/CJC du 29 juin 1973, AHO Justin Etienne c. Dame
AHO Alimatou Née Gatta. Dans cette décision, le juge a confié la garde des enfants de plus de 7 ans à la mère,
contrairement à ce qui est prévu par le Coutumier juridique – l’attribution de la garde de l’enfant au père
après l’âge de 7ans – en raison de l’importance de l’enfant qui est considéré comme une « richesse qu’il ne
fallait pas distraire du clan paternel », c’est le début d’un revirement de jurisprudence qui prend en
considération l’intérêt supérieur de l’enfant.
309
constitue un « capital économique »1386 et une « assurance-vie »1387. De fait, la stérilité est
perçue comme un drame1388.
627. La stérilité perçue comme un drame. En général au Bénin, tous ceux qui
n’ont pas d’enfant sont marginalisés par la société. Cette situation pousse à rechercher tous
les moyens possibles pour se donner un enfant. Le recours au fétichisme est l’un des
moyens les plus usités au Bénin afin d’accomplir un devoir envers soi-même et la
collectivité1389 dès lors que l’absence de procréation est un « crime contre soi-même »1390.
L’épouse peut être poussée à l’infidélité afin de prouver l’infertilité de son époux pour lui
donner des enfants1391, l’époux aussi peut faire recours à d’autres femmes afin de vérifier
sa fertilité1392. Le couple stérile passe par « une étape de dénégation, puis de
dévalorisation, enfin de persécution et d’accusation de la société et de la nature »1393.
1386
F. HÉRITIER-AUGÉ, « Don et utilisation de sperme et d'ovocytes, mères de substitution. Un point de vue
fondé sur l'anthropologie sociale », in Actes du colloque génétique, procréation et droit, op. cit., Paris, Actes
Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 243.
1387
I. DASTUGUC, La procréation artificielle, droit à l’enfant ou droits de l’enfant, Thèse, Clermont I., 1987,
p. 151 ; F. HÉRITIER-AUGÉ, op. cit., pp. 242 et 243.
1388
J. RUBELLIN-DÉVICHI, « Réflexions sur une proposition de loi tendant à faire de l’insémination artificielle
un moyen de procréation, in Mélanges offerts à Jean Vincent, Paris, LGDJ, 1981, p. 378.
1389
F. HERITIER-AUGE, op. cit., p. 242.
1390
F. HÉRITIER-AUGÉ, op. cit., p. 243.
1391
L’adultère est l’une des solutions pour pallier à l’infertilité de l’époux. Ainsi, il existerait quatre solutions
pour les couples stériles ; soit ils font le deuil définitif de l’enfant tant désiré, soit ils acceptent l’adultère, soit
ils font recours à l’adoption ou soit enfin ils peuvent recourir à l’une des techniques de procréation assistée
que proposent désormais la biologie ; voy. I. DASTUGUC, Thèse préc., pp. 3-4.
1392
Dans la société béninoise, plusieurs techniques sont utilisées, traditionnellement, pour pallier à
l’infertilité du couple. On fait parfois recours au frère de l’époux pour suppléer à la stérilité de celui-ci.
1393
F. HÉRITIER-AUGÉ, op. cit., p. 243 ; et l’intervention de M. SOULÉ dans Actes du colloque génétique,
procréation et droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, op. cit., p. 34.
1394
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. cit., n° 893.
310
Or le droit subjectif est l’ensemble des prérogatives que le droit objectif reconnaît à un
individu en tant que sujet de droit. Cette définition du droit subjectif relève des éléments
dont il faut vérifier la présence dans le « droit à l’enfant » afin de juger de son existence.
Un droit subjectif se caractérise par deux éléments fondamentaux. Le premier élément
qu’il convient d’identifier est la norme qui réglemente le droit à l’enfant et qui n’est rien
d’autre que le droit d’avoir un enfant. Il doit être prévu par le droit objectif et doit avoir un
sujet.
630. Les sources du droit subjectif à l’enfant. Le droit objectif est l’ensemble des
règles qui gouvernent notre existence et la protègent1396. L’analyse partira du fait que toute
personne a droit à une thérapie qui est un droit à la santé protégé par la Constitution du
Bénin1397. Le droit à la santé est donc un droit fondamental. On partira ainsi du cadre
général de protection du droit à une thérapie.
631. Les sources internationales du droit à l’enfant. L’article 16 de la
Déclaration universelle des droits de l’homme prévoit en son alinéa 1er que « à partir de
l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité
ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au
regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution »1398. Le Pacte international
aux droits civils et politiques a prévu une disposition similaire en son article 23 alinéa 2
aux termes de laquelle « le droit de se marier et de fonder une famille est reconnu à
l’homme et à la femme à partir de l’âge nubile »1399. Il est donc prévu pour l’homme et la
femme « le droit de se marier et de fonder une famille ». Il est possible de lier
l’interprétation des deux droits comme l’a fait la Cour européenne des droits de l’homme
dans les affaires Rees c. Royaume-Uni1400, Cossey c. Royaume-Uni1401 et Sheffield et
Horsham c. Royaume-Uni1402. Le droit de fonder une famille serait dérivée du droit de se
marier ; le mariage ayant dans ce cas pour but de fonder une famille. Or la fondation d’une
famille repose beaucoup sur la procréation. L’une des finalités du mariage est ainsi la
procréation. Par le mariage, on acquiert le droit de procréer. En raison de la conjonction
1395
Pour certains auteurs, il ne saurait exister un droit subjectif à l’enfant et il vaudrait mieux parler de la
liberté procréative, le droit subjectif à l’enfant étant selon eux, une coquille vide, voy. G.-M. FAURE, Le désir
d'enfant à l'épreuve du droit (Essai sur le droit de la procréation médicalement assistée), Thèse,
Montpellier I, 1991, pp. 92 et s.
1396
H. MAZEAUD, « Le droit de la famille face aux progrès de la science médicale », Aspects du droit privé
en fin du 20è siècle, études réunies en l'honneur de Michel de Juglart, Paris, LGDJ, 1986, p. 45.
1397
Cf. art. 8 de la Constitution du Bénin.
1398
Cf. art. 16 de la DUDH.
1399
Cf. 23 du PIDCP.
1400
Cour EDH, 10 octobre 1986, Requête n° 9532/81, Rees c. Royaume-Uni.
1401
Cour EDH, 27 septembre 1990, Requête no10843/84, Cossey c. Royaume-Uni.
1402
Cour EDH, 30 juillet 1998, Requête n° 31-32/1997/815-816/1018-1019, Sheffield et Horsham c.
Royaume-Uni.
311
« et », cette consécration peut être interprétée comme un droit de fonder une famille1403 et
d’avoir des enfants et notamment par procréation médicalement assistée.
632. La source nationale véritable du droit à l’enfant. Aux termes des
dispositions de l’article 3 de la loi n° 2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle
et à la reproduction au Bénin, « toute personne a le droit d’accéder à la meilleure santé en
matière de reproduction sans être en but à la discrimination, à la coercition ou à la
violence.
Tout individu, tout couple a le droit de décider librement et avec discernement, de la taille
de sa famille et de procréer au rythme de son choix dans le respect des lois en vigueur, de
l’ordre public et des bonnes mœurs. Pour ce faire, tout individu a le droit de choisir la
méthode de planification familiale qui lui convient et de disposer des informations
nécessaires. Par la même occasion, l’État crée les conditions et les services pour aider les
couples qui ont des difficultés à la conception ou des couples stériles à avoir d’enfants »
1404
. Cette disposition fait clairement référence à la procréation médicalement assistée dans
son dernier alinéa. Le but de la procréation étant d’avoir un enfant, il existe donc un droit à
l’enfant1405. Mais peut-on avoir un droit à l’enfant qui impliquerait le droit d’avoir un
enfant, quand on veut, comme on veut et dans n’importe quelle circonstance1406 ?
633. Le droit à l’enfant comme un droit-créance. Le débiteur du droit à l’enfant
est l’État1407 qui le répercute sur le médecin en cas de procréation médicalement assistée.
Le médecin est dès lors perçu comme un "prestataire de service"1408 à qui il est demandé de
satisfaire le droit à l’enfant. Ainsi, le droit de procréer et plus précisément le droit de
1403
Par ce lien de coordination « et », on assiste à une distinction entre droit de se marier d’une part et droit
de fonder une famille d’autre part. Cependant, pour certains, on ne saurait dissocier le droit de fonder une
famille du droit de se marier car c’est la famille est fondée sur le mariage. Pour cette analyse voy. notamment
H. MAZEAUD, « Une famille dans le vent : la famille hors mariage, (le projet de loi relatif à la filiation) », D.
1971, Chron., p. 99. Ainsi, la fondation d’une famille reposerait sur l’arrivée de l’enfant dans le mariage. Par
contre, certains droits reconnus à certaines personnes pousseraient, de manière certaine, à penser à la
possibilité de fonder une famille sans mariage. C’est notamment le cas de l’adoption par une personne vivant
seule ou l’obligation imposée aux parents naturels d’entretenir leurs enfants qui est un droit qui s’exerce en
famille ; M. LAMARCHE, « Les homosexuels devant la Cour européenne des droits de l’homme », in
O. Dubos et J.-P. Marguenaud (dir.), Sexe, sexualité et droits européens : Enjeux politiques et scientifiques
des libertés individuelles, Paris, Pedone, 2007, pp. 51 et s.
1404
Cf. art. 3 de la loi n° 2003-04 du 03 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction au Bénin.
1405
À la question de savoir s’il existe un droit pour chaque individu, pour chaque femme comme pour chaque
homme de donner la vie, de procréer, le professeur Jacques Robert argue que l’évolution des mœurs, la
libération de la législation, les découvertes scientifiques qui permettent de surmonter les stérilités ou d’y
suppléer, amèneraient logiquement à répondre par l’affirmation, J. ROBERT, « La biologie et la génétique face
aux incertitudes du droit », in Actes du colloque génétique, procréation et droit, Paris, Actes Sud, Hubert
Nyssen éditeur, 1985, p. 368.
1406
M.-T. MEULDERS-KLEIN, « Le doit à l’enfant face au droit de l’enfant », RTD civ. 1998, p. 663.
1407
Cf. art. 3 al. 3 de la loi n° 2003-04 du 03 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction au
Bénin.
1408
I. DASTUGUC, Thèse préc., p. 150.
312
procréer avec l’assistance médicale1409 est comme un droit-créance1410. Ses créanciers sont
les époux infertiles.
1409
De façon naturelle, on ne peut analyser le droit à l’enfant comme un droit-créance dans la mesure où seul
le cas d l’infertilité requiert une action positive de l’État.
1410
J. RIVERO, Les libertés publiques, t. I, Les droits de l’homme, Paris, 8e éd., PUF, 1997, p. 97.
1411
Position de l’Église catholique, Révérend Père Thévenot, voy. acte du colloque génétique, procréation et
droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 47.
1412
J. ROBERT, « La biologie et la génétique face aux incertitudes du droit », in Actes du colloque génétique,
procréation et droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p.368.
1413
Intervention de M. WIDLÖCHER, in Actes du colloque génétique, procréation et droit, Paris, Actes Sud,
Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 47 ; I. DASTUGUC, Thèse préc., p. 149.
1414
J. RUBELLIN-DÉVICHI, « Réflexions sur une proposition de loi tendant à faire de l’insémination artificielle
un moyen de procréation », in Mélanges offerts à Jean Vincent, Paris, LGDJ, 1981, p. 379.
1415
Cf. art. 158 du CPF.
313
la famille fondée sur le mariage. L’analyse combinée de cette disposition avec l’article 18
de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui stipule que « la famille est
l'élément naturel et la base de la société »1416 permet de déduire qu’au Bénin, c’est la
famille légitime qui devrait assurer la perpétuation de l’espèce humaine par la procréation.
On ne peut soigner qu’une personne qui se trouve dans le besoin d’une thérapie. Le cadre
légitime de la procréation (qu’elle soit naturelle ou assistée) serait donc le mariage.
Il paraît aussi que le droit à l’enfant est un droit acquis à la nubilité ou plus
précisément à la majorité, sous réserve des cas d’émancipation.
636. Un droit acquis à l’âge nubile. Pour savoir si le droit à l’enfant est un droit
inné ou acquis, il faut commencer par examiner les conditions d’accès à ce droit. Le
mariage paraît le seul cadre légitime de procréation. Il sera donc question de faire une
déduction des conditions d’accès au mariage pour établir la nature du droit à l’enfant qui,
comme vu, est un droit de la famille. En effet, seules les personnes remplissant les
conditions d’âge de dix-huit ans révolus peuvent accéder au mariage au Bénin, sauf
dispense d’âge accordée1417. Ainsi, le droit à l’enfant serait lié aux dix-huit ans d’âge au
Bénin. Ce droit n’est donc pas un droit inné, mais un droit que toute personne acquiert au
moment même de son entrée en mariage1418. Le droit à l’enfant est par conséquent un droit
acquis à l’âge nubile et dont l’existence peut être remontée à un âge inférieur dans les cas
où il y a dispense d’âge pour accéder au mariage. Le droit à l’enfant existerait non
seulement, mais il est un droit de la famille et appartient à chaque époux. C’est donc un
droit que l’on acquiert par le mariage ; d’où le droit à l’enfant est un droit acquis à la
nubilité.
1416
Cf. art. 18 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
1417
Cf. art. 123 du CPF.
1418
Compte tenu du respect de l’éthique, on peut restreindre le droit à l’enfant en fixant une limite maximale
d’âge pour en bénéficier. Ce maximum à fixer doit prendre en compte la nature de la personne humaine. Pour
une certaine harmonisation du maximum à fixer, cette limite devra être fixée compte tenu de l’âge à laquelle
une femme ne peut plus concevoir de façon naturelle même n’étant pas stérile. Il s’agit de la ménopause
qu’on situe entre 45 et 55ans. Cette limitation répond également à l’idée d’égalité entre les couples car les
couples fertiles ne pourront avoir un enfant de façon naturelle à la ménopause de l’épouse.
314
637. Plan. Le droit positif est l’ensemble des règles applicables dans un État donné
à une époque donné1419. Dès lors que le droit positif prend en compte dans sa définition le
temps, elle varie donc au gré du temps. En conséquence, le droit positif diffère d’un
moment à un autre. Aussi, l’ouverture des États aux autres entraîne l’évolution du droit et
les fluctuations du droit au sein d’un autre État peuvent influencer les autres. C’est en
quelque sorte la mondialisation qui laisse ces ouvertures des États. On traitera, d’une part,
l’égalité temporelle revendiquée par les couples (A) et d’autre part, l’égalité spatiale
recherchée par les couples (B).
1419
J. CARBONNIER, op. cit., n° 38.
1420
J. L. BAUDOUIN et C. LABRUSSE-RIOU, Produire l’homme : de quel droit ? Paris, PUF, 1987, p. 26.
1421
Certains législateurs feignent d’ignorer l’existence des techniques de procréations assistées. C’est le cas
de la plupart des législateurs des États d’Afrique de l’Ouest francophone dont notamment le Bénin. Depuis
quelques années, les PMA se réalisent au Bénin. Le constat le plus frappant est le phénomène des
accouchements d’enfants multiples considéré comme une bénédiction alors qu’ils proviennent de la
transplantation de plusieurs embryons après la fécondation in vitro.
315
Il peut, par contre, être question de l’égalité entre les couples mariés au sein d’un
même État en raison de la mobilité de la personne humaine qui peut être une source de
déséquilibre. De deux couples stériles, l’un pourrait, sans fraude à la législation, fait
recours à des techniques évoluées de l’assistance médicale afin de procréer alors que le
second couple ne le peut, pour des raisons financières. La mobilité de la personne lui
permet d’avoir des droits que d’autres personnes de son espace géographique ne peuvent
avoir. Ceci appelle une action positive de la part de l’État.
642. L’effectivité des droits-créances. L’égalité des couples signifie que tous les
couples bénéficient des mêmes chances et que le manque de moyens ne fasse obstacle à la
1422
Lettre de mission de la Garde des sceaux, Ministre de la justice à Mme Françoise Dekeuwer-Défossez le
15 janvier 1998 ; F. DEKEUWER-DÉFOSSEZ (dir.), Rénover le droit de la famille. Propositions pour un droit
adapté aux réalités et aux aspirations de notre temps, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice,
Paris, La documentation française, coll. des rapports officiels, 1999, p. 3.
1423
H. MAZEAUD, « Le droit de la famille face aux progrès de la science médicale », in Aspects du droit privé
en fin du 20è siècle, études réunies en l'honneur de Michel de Juglart, Paris, LGDJ, 1986, p. 45.
316
jouissance des droits. Il se pose une question plus générale de l’effectivité des droits de la
personne. Il y a donc un lien très étroit entre le développement et l’effectivité des droits de
la personne et ce surtout en ce qui concerne les droits-créances comme le droit à l’enfant à
venir. Ce dernier impose à l’État, la mise en place du dispositif nécessaire pour procéder à
une assistance médicale à procréation.
Le monde se globalise de même que les droits. Le monde tend vers un ordre
juridique international. L’État, dans son devoir d’organiser la société doit un regard
particulier à la famille. Il serait incongru de ne pas prendre en compte les progrès de la
médecine. Cependant, il convient d’envisager des restrictions aux progrès de la médecine
dans la mesure où des questions éthiques peuvent se poser à leurs sujets.
644. Plan. Des limitations doivent être opérées quant à la qualité des demandeurs
(§1) d’assistance médicale à procréation mais également des limitations s’imposent quant
aux techniques utilisées (§2) car en effet « c’est dans le culte de la morale que le Droit et
la Science, mis face à face, doivent se reconnaître »1425.
1424
H. MAZEAUD, art. préc., pp. 45-46.
1425
Ibid., p. 54.
317
1426
F. GRANET, « L’enfant conçu par Procréation médicalement assistée et les projets de lois sur la
bioéthique », in Droit des personnes et de la famille, Mélanges à la mémoire de Danièle Huet-Weiller, Paris,
LGDJ, 1994, p. 223.
318
649. Une question liée à l’intérêt supérieur de l’enfant. Il a existé dans les pays
où la procréation médicalement assistée est autorisée aux couples non mariés des cas de
séparation avant la transplantation de l’embryon. Ces cas sont sources de véritables conflits
sur l’avenir de l’enfant à naître. Faut-il transplanter l’embryon, faut-il le conserver ou faut-
il le détruire ?1431 Il arrive en effet que le juge autorise l’un des futurs parents à fait garder
les embryons. De toutes les façons, il serait prudent de veiller au bien-être de l’enfant avant
tout. Une protection spéciale est accordée aux enfants dans la famille légitime. Ainsi,
1427
H. MAZEAUD, « Une famille dans le vent : la famille hors mariage, (le projet de loi relatif à la filiation) »,
D. 1971, Chron., p. 99.
1428
H. MAZEAUD, art. préc.
1429
A.-M. LEROYER, « Bioéthique – Caractéristiques génétiques – Don d'organes – Embryon – Cellules
hématopoïétiques – IVG – AMP – Consentement – Anonymat. Loi n° 2011-814 du 7 juillet 2011 relative à la
bioéthique (JO 8 juill. 2011, p. 11826) », RTD civ. 2011, p. 609.
1430
La différence de conditions sur laquelle l’accent est ici mis porte sur l’engagement de recevoir les enfants
au sein de la famille et de s’en occuper. Par le mariage, les époux prennent l’engagement d’entretenir les
enfants. Il serait malséant de faire naître des enfants sachant qu’il n’existe pour eux aucune garantie sérieuse
d’épanouissement.
1431
J. BERNARD, op. cit., p. 99.
319
chaque époux est tenu responsable de l’éducation et de l’entretien de l’enfant. Il est inutile
d’avoir un enfant sans éducation. L’État tient un intérêt particulier de l’éducation des
enfants qui ne sont rien d’autre que les majeurs de demain.
S’il faut limiter la procréation médicalement assistée aux seuls couples mariés,
d’autres limitations s’imposent afin de protéger la famille.
650. Les cas de restriction. Les exclusions dont il sera question porteront
essentiellement sur le sexe des personnes, sur leur situation matrimoniale et sur leur âge.
1432
F. GRANET, art. préc., p. 223.
1433
C. HOUEDEY, Analyse socio-juridique de l’homosexualité en Afrique noire francophone, Mémoire de
DEA, Chaire UNESCO des droits de la personne et de la démocratie d’Abomey-Calavi, 2008-2009, pp. 73 et
s.
1434
Cour EDH 25 mars 1992, aff. B. c. France, Defrénois 1992, art. 35334 ; LPA, 1992, obs. J. Massip ; D.
1992, Chron., p. 323, C. LOMBOIS ; JCP 1992, II, 21955, note Th. Garé ; RTD civ 1992, p. 540, obs.
J. Hauser.
320
653. Les restrictions de la PMA en raison de l’âge. Il est tout aussi important de
faire des limitations par rapport à l’âge des membres du couple. La procréation
médicalement assistée ne doit pas non plus être un instrument pour défier les limites de la
nature1442 humaine, car elle est une thérapie. Après la ménopause, il est judicieux de faire
une interdiction aux femmes demandant une assistance médicale à procréation. Il importe
donc de faire une limitation autant pour la femme que pour l’homme afin de respecter
l’égalité entre homme et femme. Mais aussi, un âge minimum s’impose.
Comme pour le mariage, l’âge minimum est de dix-huit ans même s’il peut avoir
des dispenses afin de contracter le mariage plus tôt. Au demeurant, une assistance médicale
à procréation ne saurait être demandée avant l’âge de dix-huit ans. Et comme il faut un
temps pour vérifier que la conception ne pourra se faire de façon naturelle, l’âge minimal
1435
L’expression personnes vivant seule est utilisée afin d’éviter de dire célibataire, car ce terme paraît
inapproprié aujourd’hui ; M. GOBERT, Médecine, Bioéthique et droit. Questions choisies, Paris, Économica,
1999, p. 43.
1436
Le droit de l’enfant est d’avoir ses deux parents et d’être éduqué par eux.
1437
Un enfant sans père est un enfant née par PMA avec don de sperme. Cet enfant peut être né d’une femme
vivant seule, d’une femme divorcée ou d’une veuve.
1438
En réalité, il ne peut exister d’enfant sans père ni mère. Mais la technique juridique permet de priver
l’enfant de l’une de ses filiations. Le cas d’un enfant sans mère s’observe avec les couples d’homosexuels
hommes qui font recours à une mère de substitution.
1439
J. BERNARD, De la biologie à l’éthique, Paris, Buchet/Chastel, 1990, p. 94.
1440
F. GRANET, art. préc., p. 223.
1441
L’article 7-1 de la Convention sur les droits de l’enfant, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations
Unies à New-York le 26 janvier 1990 stipule que « dans la mesure du possible », l’enfant a « le droit de
connaître ses parents et d’être élevé par eux ».
1442
J. BERNARD, op. cit., p. 224.
321
d’accès à la procréation médicalement assistée doit être bien pensé. Il ne serait donc pas
trop osé de penser à l’âge minimum de vingt ans pour y avoir accès1443.
654. Les restrictions de la PMA post mortem. Il est aussi tout à fait indispensable
de faire une limitation après la mort de la personne. Le risque d’insémination post
mortem1444 ou le transfert d’embryon à une mère porteuse sont à éviter afin de respecter la
nature de l’humain1445. La procréation médicalement assistée post mortem1446 pose de
graves problèmes éthiques et perturbe l’ordre des générations. Mais au-delà, il peut avoir
des difficultés successorales1447 assez importantes dans la mesure où la procréation
médicalement assistée post mortem peut faire surgir un héritier dans une succession déjà
partagée.
1443
En France, il faut justifier de deux années de vie de couple pour avoir accès à la PMA.
1444
I. DASTUGUC, La procréation artificielle, droit à l’enfant ou droits de l’enfant, Thèse, Clermont I., 1987,
pp. 2 et s., il parle de la délicatesse de l’IA dans la mesure où elle peut être utilisée pour braver l’espace (le
transfert du sperme d’un espace géographique donné à un autre) et le temps (Insémination post mortem).
1445
Avec l’insémination post mortem, le doyen Carbonnier pense au risque d’accréditer le fantasme qu’un
jour, l’homme arrivera à triompher de la mort, de s’affranchir de sa condition de mortel, voy.
J. CARBONNIER, « Rapport de synthèse », in Actes du colloque génétique, procréation et droit, Paris, Actes
Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 83.
1446
T.G.I Créteil, 1er août 1984, RTD civ 1984, p. 703, obs. J. Rubellin-Dévichi ; JCP. 1984, II, 20321, note
G. Cornu ; D. HUET-WEILLER, « Le droit de la filiation face aux nouveaux modes de procréation », Rev. De
métaphysique et de morale, 1987, n° 3, pp. 331 et s. ; M. GOBERT, « Les incidences juridiques des progrès
des sciences biologiques et médicales sur le droit des personnes », in Acte du colloque génétique, procréation
et droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 108 ; B. CALAIS, « Le droit de la mort », D. 1985,
Chron. p. 73.
1447
Beaucoup de pays interdisent la PMA post mortem. Cependant, la loi espagnole permet l’insémination
post mortem de la veuve, même si elle le fait dans des cas limitatifs : il faut que le mari l’ait autorisé par
testament et qu’elle soit réalisée dans les six mois du décès, voy. O. QUINTANA-TRIA, « La loi espagnole sur
la procréation assistée : le point de vue des médecins », in C. Byk (dir.), Procréation artificielle, où en sont
l’éthique et le droit ? Une contribution multidisciplinaire et internationale, Paris, Masson, 1989, p. 235.
1448
I. DASTUGUC, Thèse préc., p. 3.
322
657. Les techniques de la PMA homologues. Les PMA homologues sont celles
qui se font à l’intérieur du couple et font intervenir uniquement les cellules reproductrices
des époux. L’assistance médicale dans ce cas consiste à faire la FIVETTE pour la femme
et l’IAC ou l’ICSI pour l’homme. Ces deux techniques posent le moins de problèmes et il
est possible d’inciter à celles-ci. Ce sont des artifices techniques sans implications éthiques
aucune. Ces techniques « peuvent être regardées comme des parenthèses techniques »1450.
658. Les critiques de cette pratique. Dans le mariage, la règle fondamentale est
l’indivisibilité de la paternité. Ainsi, l’enfant légitime a-t-il pour père le mari de sa
mère1451. La désignation de la mère de l’enfant est donc le fait qui permet d’identifier son
père. La procréation médicalement assistée homologue a l’avantage de respecter la filiation
biologique des enfants qui se confond avec leur état d’enfant légitime. La FIVETTE
comme l’IAC sont donc de simples techniques permettant, grâce à la technique médicale,
d’obtenir un enfant biologique du couple. Cependant, pour certains moralistes, elle serait
contre nature dans la mesure où elle pousse à un choix des cellules reproductrices. La
querelle est dressée contre l’aide humaine dans la procréation elle-même. La technique de
l’IAC fait, par exemple, l’objet d’une certaine approbation morale de la part des églises1452.
La technique de l’extraction de l’ovule, la fécondation in vitro et le transfert d’embryon est
1449
L’analyse des résultats de l’enquête a montré que la majorité de population béninoise réprouvent la
procréation médicalement assistée avec don d’organe pour des raisons éthiques ; voy Annexe I, question 8.
1450
F. TERRÉ, L’enfant de l’esclave, Paris, Flammarion, 1992, p. 100.
1451
Cf. art. 300 du CPF.
1452
La condamnation de l’artifice dans la procréation est formulée par l’Église catholique. Sa doctrine
officielle a été longtemps rattachée à des discours prononcés par le Pape Pie XII, notamment en 1949 et en
1951. Leur analyse montre qu’il n’en résulte pas une condamnation absolue et générale de l’insémination
artificielle : celle-ci est admise par le souverain pontife lorsqu’elle est pratiquée entre époux, avec le sperme
du mari ; sans doute un tiers intervient-il dans l’acte conjugal en apportant son aide mais ne se substitue pas à
l’époux défaillant ; F. TERRÉ, op. cit., p. 97.
323
une technique assez lourde, c’est d’ailleurs ce qui justifie la lenteur de sa mise en œuvre
alors que le recueil de sperme se passe totalement de médecin et son utilisation le requiert à
peine1453.
659. Une technique mise en application au Bénin. Mais au-delà de ces critiques,
son importance est hautement prouvée. Elle est la véritable voie de réalisation de l’égalité
entre couple. Le couple candidat demande une aide médicale qui ne fait pas intervenir
d’autres personnes. D’ailleurs, cette technique est déjà utilisée au Bénin depuis quelques
années1454 et a permis la naissance de plusieurs enfants. Une intervention législative
s’imposera afin de réglementer sa pratique, car elle semblerait mieux tolérable au Bénin
compte tenu des pesanteurs socio-culturelles qui ne permettront pas la pratique de la
procréation médicalement assistée hétérologue1455.
1453
G. DAVID, « Texte synthétique. Don et utilisation de sperme et d'ovocytes », in Actes du colloque
génétique, procréation et droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 31.
1454
La procréation médicalement assistée est officiellement pratiquée depuis les années 2011.
1455
Au Bénin, il y existe une certaine pratique qui ne tolère pas les enfants adultérins dans la famille, car en
effet, la PMA hétérologue conduirait à avoir l’enfant issu d’un autre homme. Il est communément répandu
que ce sont les enfants adultérin à matre qui commettent souvent le parricide.
324
pas des produits comme les autres. Leur don n’est même pas assimilable à celui du sang ou
d’autres produits du corps humain1456.
D’autres pensent plutôt qu’un tel échange est bien possible à la seule condition
qu’il s’agisse de don1457 car on ne saurait mettre les parties du corps humain dans le
commerce.
Á l’extrême, certains juristes, même, s’ils sont rares1458, soutiennent que l’embryon
ou les gamètes, une fois détachée du corps qui les produits, constituent un objet de nature
patrimoniale, soumis au droit des obligations et partant au droit de libre disposition de leur
propriétaire1459. C’est ainsi que certains moralistes, juristes ou médecins estiment qu’un
embryon ou un fœtus humain, qu’il soit dans ou hors du corps humain ne mérite respect
que dans la mesure où il est porteur d’un projet d’enfantement1460. Cependant, ce qu’il est
possible de chercher à éviter, c’est la décision de substituer dans un couple désirant un
enfant, un élément marquant ou anormal par un don étranger.1461 Il s’agit donc de l’IAD,
du don d’ovocytes, du prêt d’utérus, de l’insémination des femmes seules, veuves ou
divorcées.
1456
Intervention de J. RUBELLIN-DÉVICHI, in Acte du colloque génétique, procréation et droit, Paris, Actes
Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 61.
1457
J. BERNARD, op. cit., p. 92.
1458
M.-Th. MEULDERS-KLEIN, « Le droit de l’enfant face au droit à l’enfant », RTD civ., 1988, p. 660.
1459
Ces auteurs sont essentiellement néerlandais ou néerlandophones.
1460
M.-Th MEULDERS-KLEIN, art. préc., p. 660, note de bas de page n° 66.
1461
Actes du colloque génétique, procréation et droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985,
pp. 62-63.
1462
J. CARBONNIER, Droit civil. Introduction. Les personnes, La famille, l’enfant, le couple, t. 1, Paris, PUF,
2004, n°s 450, 512, 469 et 483.
325
1463
F. TERRE, op. cit., pp. 82 et s.
1464
A.-M. LEROYER, art. préc., p. 609.
1465
J. BERNARD, op. cit., p. 94.
1466
C’est le cas, souvent, lorsque le père légitime a des doutes.
1467
Grâce aux techniques médicales, il est désormais possible de concevoir un enfant qui ne soit pas celui de
l’époux sans commettre l’adultère ; J. CARBONNIER, « Rapport de synthèse », in Actes du colloque génétique,
procréation et droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 80.
1468
J. BERNARD, op. cit., p. 94.
326
les candidats soient mariés mais aussi elle nécessitera un engagement des deux parents en
vue de faire le recours à l’assistance médicale. La filiation serait alors établie à l’égard des
époux demandeurs de la procréation médicalement assistée. Dans cette mesure, il est
important de circonscrire le champ des contestations. D’abord, dans le mariage, il existe
des cas limitatifs de contestation de la filiation1469.
1469
Cf. art. 330 à 335 du CPF.
1470
Cf. art. 298 du CPF : « les tribunaux règlent les conflits de filiation pour lesquels la loi n’a pas fixé
d’autres principes, en déterminant par tous les moyens de preuve, la filiation la plus vraisemblable.
Á défaut d’éléments suffisants de conviction, ils ont recours à la possession d’état ».
1471
Cf. art. 136 du Coutumier du Dahomey : « les enfants adultérins sont au mari ».
1472
Cf. art. 305 du CPF.
327
C’est ainsi que la Cour EDH a substantiellement modifié le droit de la famille en France et
continue d’ailleurs de le modifier1473. L’indispensable prise en compte de la procréation
médicalement assistée emporterait une refonte de la loi sur les filiations avec une
restriction suffisante des cas de désaveu et de contestation de filiation.
Il est tout aussi indispensable de prendre en compte la bioéthique afin de limiter
certaines pratiques pouvant donner un enfant à une personne.
669. Définitions. Il existe des notions au contenu mouvant auxquels il est pénible
de donner une définition unanimement acceptée. Il en est le cas de la notion de
bioéthique1474 qui est un néologisme utilisé pour qualifier l’éthique dans les domaines des
sciences de la manipulation de l’humain1475. C’est un synonyme d’éthique médicale. Á la
définition du mot « éthique », le Vocabulaire de Lalande répond : « science ayant pour
objet le jugement d’appréciation en tant qu’il s’applique à la distinction du bien et du
mal »1476. On dit aussi que l’éthique est la science de la morale. Le mot « morale » quant à
lui provient du latin et signifie : « un ensemble de règles de conduite admises à une époque
ou par un groupe d’hommes et reposant sur la distinction du bien et du mal »1477.
670. Une limitation en raison des limites de la science. Mais pour les savants,
l’éthique n’est plus « la science de la morale mais la morale de la science »1478. Dans ce
sens, le droit à l’enfant qui recommande le recours à la science pour établir l’égalité des
couples à des limites ; celles-ci sont des limites imposées à la science elle-même. Or le
droit doit exercer « à la fois une fonction moralisatrice des pratiques et une fonction
pacificatrice et organisatrice en établissant un ordre social fondé sur l’équilibre des divers
intérêts, sans quoi il y aurait confrontation au sein de la société »1479.
1473
B. MOUTEL, L’ « effet horizontal » de la Convention européenne des droits de l’homme en droit privé
français, Thèse, Limoges, 2006.
1474
R. MARTIN, « Personne et individu, (un arrière-plan de la bioéthique) », in Droit et actualité, études
offertes à Jacques Béguin, Paris, Litec, 2005, p. 481.
1475
B. LEGROS, Droit de la bioéthique, Bordeaux, Les études hospitalières, 2013, p. 18.
1476
A. LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 2006, voy. « Éthique ».
1477
A. LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 2006, voy. « morale ».
1478
F. TERRÉ, op. cit., p. 94.
1479
P. PIRNAY, Bioéthique et droit, Interactions, LEH, coll. « Essentiel », 2011, n° 6, p. 102.
328
671. Plan. Il apparaît urgent que le droit intervienne dans un domaine comme celui
de la bioéthique afin de limiter certaines pratiques notamment le génie génétique (A) et le
clonage (B) qui sont deux limites nécessaires à la recherche de descendance.
674. Les possibilités offertes par le génie génétique. Mais de quelle manière le génie
génétique peut-il modifier l’homme ? Il peut en effet s’agir de la modification d’un organe
ou de la modification complète de l’enfant à naître1482. La modification d’un organe de
l’enfant à naître s’entend des pratiques qui permettent de modifier l’identité de l’enfant dès
sa conception. Il est désormais possible à la science de modifier l’enfant à naître en se
proposant de modifier de ses organes et, ce faisant, on parvient à changer certains traits de
l’enfant par le génie génétique. Ainsi, « la possibilité de faire pulluler des géants ou des
Prix Nobel serait surement cause d’effroi et de refus, tandis que les enquêtes pourraient
1480
J. BERNARD, De la biologie à l’éthique, Paris, Buchet/Chastel, 1990, p. 127.
1481
J. RIVERO, « Génie génétique, transfert de gènes dans la cellule », in Acte du colloque génétique,
procréation et droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, pp. 91-92. Le génie génétique consiste :
1/ en la recombinaison d’un fragment de chromosome à un vecteur et dans son clonage dans une bactérie. 2/
La deuxième étape est un transfert de cette chimère génétique dans la cellule bactérienne. 3/ Celle-ci est liée
à l’expression du gène. 4/ Le transfert à un organisme pluricellulaire, l’intégration de la chimère dans un
ovule fécondé de telle façon que le gène étranger s’associe et s’intègre chimiquement au chromosome de
l’ovule et que l’individu qui en résulte recèle dans ses propres gamètes ce gène étranger. Ce qu’on appelle la
transgénose ; J. BERNARD, op. cit., p. 128 ; R. FRYDMAN, Dieu, la médecine et l’embryon, Paris, Odile Jacob,
1999, p. 149.
1482
Les questions visées dans ce cadre par le génie génétique concernent le diagnostic prénatal (DPN) et
surtout le diagnostic préimplantatoire (DPI), ainsi que la thérapie génique germinale ; voy. R. FRYDMAN, op.
cit., p. 135.
329
s’accommoder aisément d’un génie génétique qui permettrait seulement de choisir le sexe
de l’enfant »1483.
Il existe également une autre pratique qui peut valablement donner un enfant à un
couple. Cependant, elle pose de graves questions éthiques. Il s’agit bien évidemment du
clonage et l’inquiétude suscitée par les progrès de la médecine pourrait ainsi se ressentir
davantage à son sujet.
1483
J. CARBONNIER, « Rapport de synthèse », in Actes du colloque génétique, procréation et droit, Paris,
Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 154.
1484
Voy. par ex. la loi n° 2011-814 du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique en France.
1485
Le clonage thérapeutique est une technique de production de matériel vivant, dans le but d'une greffe. Le
fait d'obtenir le tissu dont on a besoin directement à partir d'une cellule somatique de l'individu malade
assurant l'absence de risque de rejet. L'application de ce type de clonage reste donc strictement médicale. Le
clonage thérapeutique est lui aussi sujet à polémique.
1486
Créer un clone humain consiste à placer le noyau d’une cellule adulte (contenant 46 chromosomes) dans
un ovule dont le noyau (de 23 chromosomes) aura été préalablement enlevé. Ainsi le patrimoine génétique
(ADN) est transféré dans l’ovule et (par des mécanismes inconnus) retrouve un état embryonnaire qui va
réamorcer tout le processus de développement. La première division de cet ovule fécondé survient quelques
heures après le transfert du noyau (transfert nucléaire) ; voy. R. FRYDMAN, « Le clonage reproductif et
thérapeutique », RTDH, 2003, p. 421.
1487
Cf. art. L. 2151-2 et L. 2151-3.
330
1488
J. ROBERT, « La biologie et la génétique face aux incertitudes du droit », in Actes du colloque génétique,
procréation et droit, Paris, Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, 1985, p. 366.
331
CONCLUSION DU CHAPITRE I
678. Il existe certains droits qui sont inhérents à la famille. Ce sont des droits qu’on
ne peut exiger que dans le cadre familial. Au nombre de ces droits des couples, on peut
énumérer le droit à l’enfant à venir. Le droit à l’enfant à venir recommanderait d’aider un
couple à avoir des enfants. Ce droit est une thérapie recherchée par les couples stériles. Si
le débiteur du droit à l’enfant est l’État qui le répercute sur le médecin spécialiste de la
procréation médicalement assistée, ses créanciers sont les couples mariés mais stériles ou
simplement les couples mariés qui cherchent à éviter de transmettre une maladie grave à
leur descendance.
Cependant, même si l’on peut reconnaître l’existence d’un certain droit à l’enfant, il
n’est pas moins nécessaire d’en encadrer la pratique. Si le désir d’enfant est assez violent,
toutes les pratiques ne peuvent être admises puisque la procréation médicalement assistée
doit essayer de respecter la nature humaine et ainsi elle ne doit pas la dépasser. Il est
important de limiter la procréation médicalement assistée avec un don extérieur ; ce que
l’on appelle la procréation médicalement assistée hétérologue.
Aussi, la bioéthique est une limite de la science à prendre en compte afin de donner
une certaine humanité à l’envie d’avoir des enfants. Il conviendrait aussi de limiter le génie
génétique de même que le clonage reproductif humain qui remettent en cause les notions
de famille, d’hérédité, de paternité, de maternité, de reproduction sexuée afin de respecter
la nature de l’homme car ce qui est scientifiquement possible n’est toujours pas
moralement et juridiquement acceptable.
La procréation médicalement assistée n’est pas une question pour laquelle il faut
envisager une solution à long terme. Sa pratique est devenue effective au Bénin depuis des
années : le premier bébé in vitro est né au Bénin le 18 septembre 2011. Il y a donc des
embryons surnuméraires qui sont détruits fréquemment ou qui sont utilisés à d’autres fins.
Il faut une intervention législative pour encadrer cette thérapie qui tente d’instaurer
l’égalité des couples ayant pour fondement le droit à l’enfant.
CHAPITRE II
LA REVENDICATION DE L’ÉGALITÉ VISANT LA MAÎTRISE
NÉGATIVE DE LA PROCRÉATION
680. Les moyens de refus de la procréation. Telle la procréation est un droit, son
refus doit l’être également. Refuser un enfant, « c'est empêcher sa venue au monde, ou
l'abandonner après sa naissance »1490. Le refus de la procréation peut donc se manifester
de deux manières principalement. Il s’agit de l’interruption volontaire de grossesse (IVG)
ou avortement et de l’accouchement sous X.
1489
F. DREIFUSS-NETTER, « L'accouchement sous X », in Droit des personnes et de la famille – Mélanges à
la mémoire de Danièle Huet-Weiller, Paris, LGDJ, 1994, p. 105.
1490
G.-M. FAURE, Le désir d'enfant à l'épreuve du droit (essai sur le droit de la procréation médicalement
assistée), Thèse, Montpellier I, 1991, n° 477.
334
SECTION 1 :
L’ÉGALITÉ ET L’AVORTEMENT
683. Un problème féminin. Il est vrai qu’il existe désormais des méthodes pour
prévenir les grossesses. Néanmoins, il continue d’avoir des grossesses dont le couple ou
simplement les femmes n’en veulent pas. Dès lors, l’avortement devient l’un des moyens
pour renoncer à la procréation. Même interdit, l’avortement se pratique car « il serait vain
de croire qu'une femme qui a décidé d'avorter y renonce »1493. La loi sur l’avortement
concerne en premier lieu les femmes puisque ce sont elles qui portent les grossesses. On se
poserait alors la question de savoir comment la femme peut se désengager d’une grossesse
lorsqu’elle ne la désire pas.
685. Plan. L’application du principe d’égalité sur la venue d’enfant postulerait que
l’avortement signe du refus de la procréation soit autorisé. Or compte tenu du fait que la
pratique de l’avortement occasionne des débats éthiques, il convient d’y apporter quelques
aménagements, car l’avortement entraîne la destruction d’un fœtus dont la nature juridique
est fortement discutée. L’examen du refus de porter une grossesse permettra (§ 1) de
conclure l’existence possible d’un droit à l’avortement (§ 2).
1491
P. VELLAY, « La contraception : état de la science et ses conséquences médico-psychologiques », in
C. Labrusse et G. Cornu (dir.), Droit de la filiation et progrès scientifiques, acte de colloque, Paris,
Économica, 1982, p. 71.
1492
Cf. l’article 3 de la loi portant la prévention et la répression des violences faites aux femmes au Bénin.
1493
J. RUBELLIN-DÉVICHI, « Le droit et l’interruption volontaire de grossesse », LPA, juin 1996, p. 25.
335
686. Plan. L’égalité est un principe qui sous-tend désormais le droit de la famille au
point où l’on peut bien se demander s’il pourrait exister une égalité au sujet de la gestation.
Le refus de porter une grossesse peut être créateur de conflit de droits entre les droits de
l’enfant à naître et les droits de la mère (A). Cependant, en raison de la protection due à la
mère, il est nécessaire de dépénaliser l’avortement (B).
687. Plan. L’interruption volontaire de grossesse paraît mettre en opposition les droits
de l’enfant à naître et ceux de la femme qui le porte. Si dans certaines circonstances,
l’avortement peut paraître une violation des droits de l’enfant (1), son interdiction porterait
également atteinte aux droits de la mère (2).
688. La base juridique de violation des droits de l’enfant par l’avortement. Aux
termes des dispositions de l’article 1er alinéa 2 du Code des personnes et de la famille du
Bénin, « le droit à la vie, à l’intégrité physique et morale, est reconnu à l’enfant dès sa
conception sous réserve des cas exceptés par la loi »1494. L’avortement étant la destruction
de l’enfant à naître, il violerait selon ce texte, les droits de l’enfant à naître qui aurait déjà
le droit à la vie, à l’intégrité physique et morale. L’enfant conçu est ainsi comparé à tout
autre individu. Les cas de dérogation aux droits énumérés pour le compte de l’enfant à
naître sont les circonstances dans lesquelles l’avortement est possible. L’article 17 de la loi
n° 2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction au Bénin
énumère ces cas :
« l’avortement est autorisé :
- lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la vie et la santé de la femme
enceinte ;
- à la demande de la femme, lorsque la grossesse est la conséquence d’un viol ou
d’une relation incestueuse ;
1494
Cf. art. 1er al. 2 du CPF.
336
- lorsque l’enfant à naître est atteint d’une affection d’une particulière gravité au
moment du diagnostic »1495.
Cependant, en dehors de ces cas, la femme peut avoir le désir d’avorter pour des
raisons de convenance. Contrairement à la violation flagrante du droit de l’enfant sous-
tendue par l’avortement, il peut être également revendiqué pour les intérêts de l’enfant.
689. L’avortement visant la protection de l’enfant à naître. L’avortement peut
être recherché en faveur de l’enfant à naître, et c’en est certainement le cas des exceptions
faites à l’article 1er al 2 du Code des personnes et de la famille du Bénin qui concerne
l’avortement thérapeutique. L’intérêt de l’enfant de ne pas naître dans certaines
circonstances est exprimé dans l’alinéa 2 et 3 de l’article 17 de loi n° 2003-04 du 03 mars
2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction au Bénin sur les cas d’inceste, de viol
ou d’une maladie grave affectant la conception ou l’enfant conçu. Il pourrait donc exister
un intérêt pour l’enfant à ne pas naître. Cette question s’est notamment posée au juge
français dans l’arrêt dit Perruche1496 et au juge Belge1497. En rapport avec cette question qui
porte sur l’avortement thérapeutique, un enfant peut avoir un intérêt à ne pas être né
compte tenu des conditions de vie difficile que lui offrent ses parents.
1495
Cf. art. 17 de la loi n° 2003-04 du 03 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction au Bénin.
1496
Cass. ass. plén., 17 nov. 2000, n° 99-13701. Dans cette affaire, il s’est posé la question de savoir si un
enfant né handicapé des suites d'une rubéole contractée in utero peut-il obtenir réparation du préjudice subi
auprès des médecins qui, par leurs fautes, ont fait croire, à tort, à sa mère qu'elle était immunisée contre cette
maladie, l'empêchant ainsi d'exercer son choix d'interrompre sa grossesse ; voy. K. SALHI, « Le préjudice de
la vie », in A. Batteur, Les grandes décisions du droit des personnes et de la famille, Paris, LGDJ, Lextenso,
2012, n° 58 et s.
1497
Civ. Bruxelles, 72e ch., 21 Avr. 2002, JT., 2004, p. 716. En l’espèce, il s’est posé au juge la question de
savoir si les parents d’un enfant atteint d’un handicap grave et incurable en raison d’une anomalie génétique
non détectée peuvent agir en responsabilité contre les médecins qui ont suivi la grossesse de la mère et ce,
tant en leur qualité personnel qu’au nom de leur enfant mineur. Le préjudice invoqué n’est pas le handicap
(consécutif à une anomalie chromosomique et non pas à une erreur médicale), mais le fait d’être né
handicapé par suite de la non détection de l’anomalie qui a privé la mère de la possibilité de recourir à un
avortement thérapeutique. Le tribunal de Bruxelles déclare l’action recevable en retenant comme dommage
l’atteinte au droit de l’enfant de ne pas être placé dans une situation de vie préjudiciable, droit qui est pour lui
un élément du droit de la femme d’interrompre sa grossesse lorsque les conditions légales sont retenues ; voy.
J.-P. MASSON et G. HIERNAUX, « Droits des personnes et de la famille, chronique de jurisprudence de 1999-
2004 », in Les dossiers du journal des Tribunaux, n° 56, Bruxelles, Larcier, 2006, pp. 12 et s.
337
1498
Cf. art 8 de la Constitution du Bénin : « la personne humaine est sacrée et inviolable. L'État a
l'obligation absolue de la respecter et de la protéger. Il lui garantit un plein épanouissement. Á cet effet, il
assure à ses citoyens l'égal accès à la santé, à l'éducation, à la culture, à l'information, à la formation
professionnelle et à l'emploi ».
1499
B. FEUILLET, « Droit au respect de l'intégrité physique », in D. Chagnollaud et G. Drago, (dir.),
Dictionnaire des droits fondamentaux, Paris, Dalloz, 2006, pp. 501 et s.
1500
Certains auteurs pensent que l’embryon est certainement une personne humaine mais n’est doté de la
personnalité juridique que si l’enfant naît vivant et viable ; voy., B. VASSALLO, « L’embryon, le
commencement de la vie : reconnaissance et protection », in L. Khaïat et C. Marchal, (dir.), La maîtrise de la
vie, les procréations médicalement assistées interrogent l'éthique et le droit, Toulouse, Erès, 2012, p. 133.
338
693. Une atteinte possible à la vie de la femme. Au Bénin, la grossesse est un facteur
assez important de risques de décès. La grossesse peut mettre en danger la vie de la femme.
De nombreux décès surviennent pendant l’accouchement au Bénin et il est d’ailleurs
démontré par des statistiques que la maternité est le premier facteur de décès maternel au
Bénin. Dès lors, une femme en gestation dans le contexte béninois serait entre la vie et la
mort. La préservation de sa vie ne postulerait pas qu’on puisse s’éloigner du facteur de
risque ?
Par contre, d’autres pensent plutôt que l’enfant à naître est une personne humaine au sens plein et a d’ailleurs
la personnalité juridique que confirme la Constitution du Bénin. Voy. Commentaire de la Constitution
béninoise du 11 décembre 1990, Cotonou, FKA, juillet 2009.
1501
World Health Organization, 2007.
1502
Cf. infra n°s 767 et s.
339
Dans la mesure où on estime que la gestation est un contrat tacite, la volonté de la femme
doit être exprimée. Certaines personnes évoqueront volontiers que le fait d’avoir consenti
aux relations sexuelles impliquerait l’acceptation de l’une de ses conséquences qu’est la
grossesse. Cependant, on sait que les relations sexuelles ne sont pas toujours liées au désir
de procréation et peuvent en être détachées. C’est ainsi qu’il y a désormais des méthodes
de contraception qui sont autorisées1503 et qui montrent que l’acte sexuel est détachable du
désir d’enfant. Dans cette mesure, si une grossesse survenait du fait de l’échec ou de
l’inefficacité de la méthode contraceptive, on ne peut pas dire que le désir de grossesse est
attaché aux relations sexuelles. Il peut donc exister des grossesses qui ne soient pas
voulues et les porter à terme serait illicite dans la mesure où la volonté de la femme
manque à un tel engagement. À la base de toute naissance, il doit avoir une volonté
profonde d’assumer les charges de l’enfant. Au cas où cette volonté manquerait, il ne serait
point licite de contraindre une femme à mener à terme une grossesse. Le choix de
l’avortement, qu’il soit thérapeutique ou de détresse doit être accordé aux parents qui,
seuls, peuvent décider de la naissance de l’enfant, car autrement, les droits de la mère se
trouveraient menacés.
696. Une possible inégalité née de la prééminence féminine sur la gestation. On
peut remarquer que la prééminence féminine au sujet de la procréation peut être à la base
d’un traitement inégalitaire avec un homme ayant la volonté d’engendrement. C’est ainsi
que l’avortement peut méconnaître les droits d’autres personnes comme le géniteur et il est
concevable de faire une analyse tenant compte du statut matrimonial de la femme pour
mesurer ses marges de manœuvre en ce qui concerne l’avortement.
Comme susmentionné, l’avortement peut mettre en conflit les droits de la mère et ceux
de l’enfant à naître. Il paraît également qu’une troisième personne doit être visée : il s’agit
du père de l’enfant à naître. La considération faite du père de l’enfant à naître conduit à
distinguer entre l’avortement par les femmes seules (célibataires), les femmes en couples
(mariées ou concubines) et les veuves. Dans le premier cas, le recours à l’avortement par
une femme seule paraît assez aisé à comprendre puisqu’en fait, il peut avoir des difficultés
à déterminer le père de l’enfant et c’est seule sa volonté qui compte puisqu’elle n’a pas
d’engagement avec le géniteur.
1503
Cf. art. 3 al. 2 de la loi n° 2003-04 du 03 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction au
Bénin qui abroge la loi du 31 juillet 1920 relative à la propagande, à la pratique anti-conceptuelle et à
l’avortement.
340
pourra demander l’avortement. Au cas où les deux parents de l’enfant à naître se mettent
d’accord, le problème ne se poserait pas, on ne peut parler d’inégalité du fait de la
prééminence naturelle de la femme. Au contraire, les difficultés surviendraient lorsque l’un
des deux parents de l’enfant à naître ne consent pas à l’avortement et ici encore, on peut
distinguer selon qu’il s’agisse d’une femme mariée ou d’une concubine. Au Bénin, c’est le
mariage qui crée la famille légitime qui est supposée recevoir les enfants et l’absence de
lien formel entre les concubins peut permettre de passer outre la décision du géniteur. La
concubine est comparable à une femme seule.
S’agissant enfin des veuves en gestation avant le décès de leur époux, la question se
pose de savoir s’il faut les empêcher d’avorter au cas où elles le désirent ou s’il faut les
laisser faire un enfant dont le père est déjà mort. Le choix devrait leur être donné de voir
naître l’enfant ou avorter puisqu’elles sont désormais les seules à pourvoir à l’éducation de
l’enfant à naître.
699. Les questions éthiques posées par l’avortement. Le refus de porter une
grossesse ne signifie pas nécessairement que l’on veuille la destruction de l’embryon ou du
fœtus, c’est simplement l’inexistence de technique pouvant suppléer l’utérus de la femme
et la conservation du fœtus qui conduit à la destruction du fœtus qui peut poser des
questions éthiques.
341
Les droits fondamentaux de la femme peuvent être méconnus par le refus de lui
accorder l’avortement à volonté. Il conviendrait de mesurer les risques liés à chaque
grossesse et de dépénaliser l’avortement en conséquence.
1504
Cf. art. 317 al 1-4 du Code pénal appliqué au Bénin.
1505
Cf. art. 15 de la Constitution du Bénin.
342
d’interdire l’avortement ? Il revient alors à déterminer si l’enfant à naître est une personne
et pourra bénéficier de la protection de l’article 15 de la Constitution du Bénin. De toute
évidence, l’enfant à naître n’est pas une personne humaine au sens de l’article 15 suscité
puisque les droits énumérés appartiennent à tous les êtres humains sujet de droit et il n’y
aura pas d’être humain qui serait privé de l’un de ces droits. Or l’enfant à naître ne peut
prétendre avoir le droit à la liberté.
Le droit à la protection de l’intégrité physique de la mère pourrait être une raison
évidente pour dépénaliser l’avortement car, l’avortement ne peut être vu comme une
violation du droit à l’intégrité physique de l’enfant qui n’en possède pas alors que le fait de
porter une grossesse et d’accoucher peut porter atteinte à l’intégrité physique de la mère.
703. Le second argument. En second lieu, il peut s’agir d’une inégalité entre
l’homme et la femme et la sanction de l’avortement constituerait une violation de l’article
26 de la Constitution. Lorsqu’il y a une grossesse, il y a toujours le fait d’un homme qui
peut, soit avoir le désir d’enfant ou soit ne pas y penser et de toutes les façons, qu’il y ait
grossesse ou pas, le corps de l’homme n’est pas engagé. C’est en réalité une inégalité créée
par la nature. Alors que la nature ne permet pas à l’homme de porter la grossesse, la femme
la porte avec ses conséquences. Or du fait de la grossesse, la femme peut perdre des
opportunités, surtout financières et par là même, son patrimoine ne s’agrandit pas comme
celui de l’homme avec lequel elle a initialement les mêmes capacités. Devrait-on alors
envisager un mécanisme qui permettrait de rétablir l’équilibre entre l’homme et la femme
au sujet de l’enfant à naître ? Il peut alors s’agir d’un dédommagement ou même d’un
système qui permet au couple de confier la gestation à autrui. Dans le premier cas, une
immoralité entacherait une telle indemnisation. Dans le second cas, on pourrait se heurter à
l’illicéité de la gestion pour autrui.
705. Plan. La nature juridique de l’embryon comme un objet de droit se précise car
il existe des éléments juridiques et factuels qui concourent à sa confirmation. D’abord,
l’embryon ne présente pas les formes d’un être humain1506. Ensuite, le droit ne le traite pas
comme un être humain doté de la personnalité juridique. Enfin, la place de l’embryon dans
les catégories de droits est un sujet à polémique.
1506
F. TERRÉ, L’enfant de l’esclave, Paris, Flammarion, 1992, p. 137.
1507
Cf. art. 1er al. 1er du CPF
1508
L’enfant ne peut être une personne car il n’a ni un nom, ni un domicile ; B. VASSALLO, art. préc., p. 133.
1509
F. TERRÉ, op. cit., p. 139.
344
naisse vivant et viable1510. L’avortement de convenance n’est pas autorisé dans le droit
béninois1511. Cela ne signifie nullement pas que l’enfant à naître1512 est doté de la
personnalité juridique puisqu’il n’est pas sujet de droit1513. L’embryon tout d’abord et le
fœtus ensuite n’ont donc pas été considérés jusqu’à présent par le droit béninois comme
des êtres dotés de la personnalité juridique.
1510
La maxime infans conceptus n'a pas vocation à anticiper la personnalité juridique de l'enfant, elle la fait
simplement rétroagir au jour de la conception, dès lors que l'enfant est né vivant et viable.
1511
Cf. art. 17 de la loi n° 2003-04 du 03 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction au Bénin.
1512
Afin d’éviter l’amalgame, il est retenu ici de parler de l’enfant à naître. Le droit béninois n’accorde pas
un intérêt à la délimitation des étapes de la conception. En France, la vie embryonnaire finit à la dixième
semaine de grossesse et la vie fœtale commence.
1513
Cf. art 1er al.1er du CPF.
1514
F. TERRÉ, op. cit., p. 144.
1515
B. VASSALLO, art. préc., p. 133.
1516
G. ROUJOU DE BOUBÉE, « Grandeur et décadence de l'interprétation stricte (Très brèves observations à
propos de l'homicide par imprudence du fœtus) », in Ruptures, mouvements et continuité de droit : autour de
Michelle Gobert, Paris, Économica, 2004, pp. 195 et s.
1517
A. CERF-HOLLENDER et J.-M. LARRALDE, « Le droit de mourir », in A. Batteur (dir.), Les grandes
décisions du droit des personnes et de la famille, Paris, LGDJ, Lextenso, 2012, n° 100 ; Cour EDH, 29 avril
2002, n° 2346/02, Pretty c. Royaume-Uni, JCP G 2002, I. 157, n° 1, obs. J.-P. Marguenaud ; RTD civ. 2002,
p. 482, obs. J. Hauser ; RTDH 2003, p. 71, note O. de Shutter ; JCP G, 2003, II, 10062, note C. Girault ; Gaz.
Pal. 2002, 2, doctrine 1244, note E. Chvika, A. Garay ; Médecine et Droit, 2003, p. 98, note
Narayan-Fourment.
1518
Cf. art. 17 de la loi n° 2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction au Bénin.
345
Il existe donc des conditions dans lesquelles la destruction de l’enfant à naître est
effectivement autorisée.
710. La légalité de la destruction de l’embryon par des moyens de
contraception. Il ne faut pas aussi perdre de vue que la contraception est largement
permise1519 alors que certaines méthodes de contraception n’empêchent pas la formation de
l’embryon mais seulement empêche la nidation après la fécondation1520. C’est le cas par
exemple du stérilet1521. Il revient de s’interroger sur la raison pour laquelle l’embryon ne
peut être détruit dans toutes les circonstances si la femme le désire.
711. La tolérance de la destruction des embryons surnuméraires. Un autre
problème se pose, celui des embryons surnuméraires. Dans le contexte béninois où l’on
pratique depuis un certain temps la procréation médicalement assistée, il est sans nul doute
qu’il a existé des embryons surnuméraires dont la destruction n’a inquiété personne car la
pratique de la procréation médicalement assistée occasionne souvent la destruction des
embryons surnuméraires.
On remarque ainsi que le droit permet dans certaines circonstances la destruction de
l’embryon. Il ne peut en être ainsi pour les êtres humains, même pas à la fin de vie. Ce
traitement juridique de l’embryon est en rapport avec sa catégorie juridique.
713. Première classification. La première école défend l’idée que l’embryon est
une personne humaine et est par conséquent un sujet de droit. En France par exemple où
l’avortement de détresse1523 est autorisé jusqu’à la dixième semaine de grossesse qui
1519
Cf. art 16 de la loi préc.
1520
P. VELLAY, art. préc., p. 73.
1521
Ibid.
1522
R. ANDORNO, La distinction juridique entre les personnes et les choses à l'épreuve des procréations
artificielles, Thèse, préf. F. Chabas, Paris, LGDJ, 1996, n°s 7 et s.
1523
Il existe actuellement un débat en cours au Parlement français visant à assouplir les conditions de l’IVG
notamment en mettant en avant la volonté de la femme de recourir ou non à l’IVG quelques soient les
346
correspond à la période embryonnaire, certains pensent que c’est seulement l’embryon qui
ne peut être considéré comme une personne humaine à la différence du fœtus qui présente
déjà la forme humaine1524.
714. Deuxième classification. La deuxième école quant à elle reconnaît plutôt que
l’embryon est une chose puisqu’il n’est pas doté de la personnalité juridique. L’embryon
pourrait ainsi être objet de droit. Dès lors, on peut faire le don d’embryon et cette décision
doit venir des personnes dont l’embryon provient. Certes le fœtus est le commencement de
la vie1525 mais, à la seule condition qu’il s’insère dans un projet parental. On peut donc
détruire l’embryon qui n’est appelé à devenir un enfant sur la décision de ses auteurs et
c’est d’ailleurs ce qui justifierait l’existence d’un droit à l’avortement qui n’est rien d’autre
qu’un droit sur un embryon. En conséquence, dans beaucoup de pays, l’avortement est
libre et constitue d’ailleurs un droit de la femme. C’est justement dans cette dynamique
que récemment, le Parlement français a amendé la loi Veil de 1975 qui autorise
l’avortement. En effet, l’amendement a visé l’avortement de détresse car il ne peut être
question de justifier de la détresse pour pouvoir interrompre volontairement une grossesse.
La justification est que les femmes subissent toujours l’avortement avec une petite
détresse. Dès lors, seule la volonté de la femme peut justifier l’avortement quelle que
soient les circonstances. Cette évolution du droit français montre que l’embryon est un
objet de droit. Mais également, cette évolution consacre l’avortement comme un droit
accordé à la femme.
715. Une troisième classification. Une troisième école s’interpose entre les deux
premières et pense plutôt que l’embryon n’appartient ni à l’une ni à l’autre de ces deux
catégories, il est classé par celle-ci dans la catégorie des personnes par destination1526,
personne potentielle1527. L’embryon serait une chose mais une chose sacrée1528, un produit
pas comme les autres, un produit innommé1529. Si l'on retient que le fœtus appartient à la
catégorie des personnes par destination, quel régime juridique lui sera-t-il applicable ?
C’est peut-être le moment d’organiser d’autres catégories de droit. Mais il ne s’agira pas de
le confondre avec les personnes humaines, l’embryon demeure un objet. La troisième école
circonstances, sans l’invocation de la détresse. Cet amendement a été adopté par le Parlement français le 21
janvier 2014.
1524
F. TERRÉ, op. cit., pp. 144 et s. « Á la différence du fœtus, l’embryon ne peut donc être considéré comme
une personne humaine ».
1525
B. VASSALLO, art. préc., p. 132.
1526
J. RUBELLIN-DÉVICHI, « Le droit et l’interruption volontaire de grossesse », LPA, juin 1996, p. 24.
1527
Le comité consultatif national d'éthique en France a, dans deux avis successifs en 1984 et 1986, qualifié
l'embryon de « personne humaine potentielle ».
1528
B. VASSALLO, art. préc., p. 133.
1529
F. TERRÉ, op. cit., p. 137.
347
paraît plus convaincante, l’embryon serait une chose sacrée et ce caractère sacré
recommanderait quelques précautions en vue de sa manipulation.
718. La politique nataliste de l’État. Certains pensent que l’avortement est une cause
de baisse de la natalité et dès lors, la contraception doit elle aussi être interdite. C’est
notamment le cas au Bénin jusqu’en 2003 avant le vote de la loi n° 2003-04 du 03 mars
2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction qui a abrogé la loi du 31 juillet 1920
relative à la propagande, à la pratique anti-conceptuelle et à l’avortement. Il paraît que la
baisse de la natalité n’est ni due à la contraception, ni à l’avortement1532, mais plutôt au
changement de mentalité. Le problème démographique serait donc lié à un problème de
société. Les populations traversent de nos jours une période de mutation à laquelle se
trouve intimement liés des facteurs socio-économiques, une angoisse concernant l'avenir.
1530
Les résultats du l’enquête montre que les mœurs sont encore vivaces sur la question de l’avortement. Sur
1000 personnes questionnées, 670 sont contre l’ouverture de l’avortement par la loi, voy. annexe I,
question 10.
1531
La considération de l’embryon comme une personne n’est pas exclusive des béninois. En effet, même en
Occident, l’embryon, même sans vie bénéficie d’une protection spéciale, voy. P. VELLAY, art. préc., p 134.
1532
P. VELLAY, art. préc., p. 77.
348
SECTION 2 :
L’ÉGALITÉ ET L’ACCOUCHEMENT SOUS X
1533
F. DREIFUSS-NETTER, « L'accouchement sous X », in Droit des personnes et de la famille – Mélanges à
la mémoire de Danièle Huet-Weiller, Paris, LGDJ, 1994, p. 101.
1534
F. DREIFUSS-NETTER, art. préc., p. 103.
1535
L. LEVENEUR, J. MAZEAUD et F. CHABAS, Leçons de droit civil, t.1, vol 3. La famille, Paris, 7e éd.,
Montchrestien, 1995, p. 445.
349
d’entretenir et d’éduquer sont une obligation juridique. Dès lors, certaines femmes refusent
la maternité en refusant ses conséquences. Et, puisque la maternité est un fait vécu par la
femme, elle le refuse par le secret. C’est ainsi que l’accouchement sous X paraît une
possibilité de refus de la procréation naturelle à l’instar du refus de reconnaissance de
paternité naturelle chez les géniteurs. On remarque ainsi que l’un des fondements de
l’accouchement sous X est la recherche de l’égalité non consacrée entre homme et femme
au sujet de la naissance d’enfant naturel.
1536
J. RUBELLIN-DÉVICHI, « Droits de la mère et droits de l'enfant : réflexions sur les formes de l'abandon »,
RTD civ. 1991, p. 698.
1537
Ibid.
350
726. Plan. Ces dernières années, un ensemble de faits sociaux concordent et font
présager du désir des femmes d’accoucher dans l’anonymat et d’éviter l’établissement de
tout lien entre elles et leurs enfant. Il y a la récurrence des abandons de nouveau-nés (1) et
la traite d’enfants (2).
1538
Ils peuvent être abandonnés à la naissance, que leur filiation soit ou non connue, orphelins de mère et/ou
de père, retirés à leurs parents pour négligence ou maltraitance, délaissés dans une famille ou une institution
à la suite d’un placement « temporaire », abandonnés faute de moyens par des parents qui consentent alors à
leur adoption en faveur d’une famille identifiée ou non. Sauf dans ce dernier cas, l’abandon est constaté par
une décision administrative ou judiciaire qui nomme un administrateur légal de l’enfant en lieu et place de
parents inconnus, disparus ou déchus de leurs droits parentaux.
1539
Au Bénin, même si on peut estimer que le législateur de 2004 a essayé de faire appliquer l’égalité entre
homme et femme, il est à noter néanmoins que la prééminence masculine et le patriarcat sont maintenus. Le
nom qui est le dernier Bastion du patriarcat se transmet uniquement dans la ligne paternelle et la descendance
appartient au clan du père ; du coup, un enfant qui naît de père inconnu est rejeté par la société, sa mère est
également victime des injures graves et parfois de l’exclusion.
1540
Nombreux sont ces cas où les parturientes jettent les enfants au Bénin.
351
2. La traite d’enfants
729. Plan. Il existe plusieurs formes de maltraitance des enfants au nombre desquels on
peut citer la traite d’enfants. Il peut s’agir de traite par les ménages ou de traite hors
ménage. La traite hors ménage met en relief le transfert d’enfant d’un pays vers un autre
alors que la traite des ménages se déroule au sein d’un même État. Il sera examiné la traite
nationale d’enfants (a) avant la traite transnationale d’enfant (b).
1541
Le vocable phénomène Vidomègon signifie dans une langue locale du sud du Bénin « enfant placé chez
quelqu’un ».
1542
A. L. COUAO-ZOTTI, Le phénomène Vidomègon : une autre forme de trafic d’enfants dans les villes de
Cotonou, p.112, disponible sur Internet à l’adresse [[Link]/IMG/pdf/Chap_7.pdf].
1543
H. GNONLONFIN, « Le trafic d’enfants », Communication au symposium international « missing,
abducted, trafficked ? », Lyon, 29 et 30 nov. 2001, p. 2 ; voy. UNICEF et MFE, Étude nationale sur la traite
des enfants, Rapport d’analyse du Centre de Formation et de Recherche en matière de Population
(CEFORP), 2007, p. 2.
1544
A. BOGACKI, E. FANOU et C. TROCHU, Droits de l’enfant Au Benin, Rapport alternatif au Comité des
Nations Unies des droits de l’enfant sur la mise en œuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant au
Bénin, 43e session, Genève, sept. 2006, p. 36.
1545
Ce n’est qu’en 2004 que la loi a essayé de donner un statut plus ou moins égal à l’homme et à la femme
mais cela n’a pas encore changé totalement les données sociologiques. Les femmes, soit volontairement ou
non, se soumettent à leur époux. La question de la soumission s’étend jusque sur le nombre des enfants.
352
d’enfants selon leurs convenances. La femme subit ainsi les maternités innombrables.
C’est la recherche du bien-être des enfants qui pousse alors les parents à placer les enfants
et non un refus de les garder par manque d’affection.
732. Un problème des familles nombreuses. Les enfants placés sont souvent des
enfants issus des familles nombreuses1546 et ne sont souvent pas les premiers nés de la
famille. On en déduit que non seulement la pauvreté est source du placement d’enfants
mais également que le nombre très élevé d’enfants au sein des familles accentue le risque
de placement. La question est aujourd’hui d’actualité car elle cache un véritable trafic à
l’intérieur même du Bénin puisque des individus s'organisent pour passer dans les villages,
promettre ou remettre de l'argent aux parents et prendre leurs enfants qu'ils placent ensuite
chez des tiers en ville. Soit l'enfant est placé gratuitement. En contrepartie de son travail,
l’hébergeant a la charge de lui donner une éducation. Soit il est placé contre un versement
à ses parents d'une forte somme, soit le travail du « vidomègon » est rémunéré faiblement,
somme récupérée parfois par les intermédiaires qui l'utilisent à leurs propres fins ou
envoyée aux parents biologiques pour entretenir le reste de la famille.
733. Définition. Selon l’UNICEF, « la traite d’enfants est une des plus graves
violations des droits humains dans le monde actuel »1547. La traite désigne « le
recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la
menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par
enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par
l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une
personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. L’exploitation comprend, au
minimum, l’exploitation de la prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitation
sexuelle, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou les pratiques analogues à
1546
La traite des personnes au Bénin : facteurs et recommandations, document d'orientation stratégique de
l’UNESCO, n° 14. 3 (F), Paris, 2007, p. 32 ; J. ADANGUIDI et A. TOLLEGBÉ, « Facteurs explicatifs de la traite
des enfants au Bénin », Revue d’Économie Théorique et Appliquée, vol. 2, n° 2, déc. 2012, pp. 224 et s.,
disponible sur Internet à l’adresse [[Link]
1547
UNICEF, La traite d'enfants en Afrique de l'Ouest, Réponses politiques, Rapport du Centre de recherche
Innocenti de l’UNICEF, Bureau régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, avril 2002,
p. 6.
353
Il n’est pas jugé nécessaire que des moyens frauduleux soient employés pour définir
une situation donnée comme traite d’enfants. Le recrutement, le transport, le transfert,
l’hébergement ou l’accueil d’un enfant aux fins d’exploitation sont considérés comme une
traite des personnes même s’ils ne font appel à aucun autre moyen. Cela revêt une
importance fondamentale en Afrique de l’Ouest et du Centre où la traite d’enfants se fait
souvent avec le consentement des parents et, parfois, des enfants eux-mêmes1550.
1548
Cf. art. 3 a) du Protocole des Nations Unies, signé à Palerme en 2000. Le 30 août 2004, le Bénin a ratifié
le Protocole des Nations Unies visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des
femmes et des enfants aussi appelé « Protocole de Palerme ».
1549
Cf. art. 3 de la loi n° 2006-04 du 5 avril 2006 portant conditions de déplacement des mineurs et
répression de la traite d’enfants en République du Bénin
1550
UNICEF, La traite d'enfants en Afrique de l'Ouest, Réponses politiques, op. cit., p. 10.
1551
H. GNONLONFIN, préc., p. 11. Selon l’auteur, Président de l’ONG Tomorrow children, les récentes
informations sur le trafic des enfants vers le Gabon (ETIRENO), le cas des jeunes filles béninoises au Liban,
les arrestations de plusieurs convois vers la Côte d'Ivoire, sont autant d'indicateurs permettant de mesurer le
degré de gravité du problème.
1552
Social Alert (2000), « SOS Trafficking On the tracks of stolen childhoods-A comparative analysis of
child trafficking in the world », Research on Economic, Social and Cultural Rights, Bruxelles, n° 2.
1553
UNICEF et MFE, Étude nationale sur la traite des enfants, Rapport d’analyse du Centre de Formation et
de Recherche en matière de Population (CEFORP), 2007, p. 12.
354
735. Le refus d’enfant. La question qu’il convient de se poser de façon logique est
de savoir les raisons qui poussent vers de tels phénomènes. Il semble bien qu’au nombre de
ces raisons, il y a le rejet de l’enfant, conséquence de la paupérisation des familles1554 ou
des circonstances de naissance de l’enfant. Il faut alors comprendre que la traite des
enfants est d’abord une question liée à leur situation familiale. Il est donc urgent, au-delà
des politiques de prévention et de lutte contre la traite des enfants, d’offrir aux parents des
conditions qui leur permettent de décider de la venue d’enfants. Si on peut considérer que
la vulgarisation des méthodes de contraception limite un peu la détresse des familles au
sujet de la venue des enfants, il convient également de relever que nombreux sont ceux qui
rejettent ces méthodes.
Que la traite des enfants soit nationale ou transnationale, les causes sont souvent les
mêmes : il existe un surplus d’enfant difficilement supportables par les géniteurs qui, eux-
mêmes, cherchent à profiter du travail de leur enfant.
Il n’y a pas que les faits sociaux qui conduisent les femmes à vouloir accoucher
sous X. Le législateur, à travers la loi, y a sa part de responsabilité.
1554
H. GNONLONFIN, op. cit., p. 2 ; UNICEF et MFE, Étude nationale sur la traite des enfants, préc., p. 13.
1555
A. BOGACKI, E. FANOU et C. TROCHU, op. cit., p. 10.
1556
A. BOGACKI, E. FANOU et C. TROCHU, op. cit., p. 10.
355
1557
Cf. art. 320 al 1er du CPF : « la filiation maternelle résulte du fait même de l’accouchement ».
356
anticipée de voir établir la filiation entre un homme et l’enfant issu de sa femme dans le
mariage. La présomption de paternité s'explique donc moins par une présomption de
fidélité de la femme que par un acte de volonté du mari qui avoue et reçoit à l'avance en se
mariant, les enfants de sa femme1558, sauf à manifester plus tard sa volonté contraire par un
acte de désaveu. Un géniteur hors mariage ne voit établir la filiation paternelle de son
enfant que lorsqu’il manifeste sa volonté. Il est évident que l’engendrement n’équivaut pas
à l’établissement de la filiation. Il existe donc en faveur de l’homme, qu’il soit dans le
mariage ou hors mariage, la possibilité de manifester sa volonté en vue d’accueillir un
enfant dans sa famille. Dans le mariage et hors-mariage, respectivement l’acte de mariage
et la reconnaissance volontaire sont les actes qui justifient la volonté d’un homme de voir
établir non seulement la filiation mais aussi l’entrée en famille d’un enfant à son égard.
1558
P. RAYNAUD, « Le rôle de la volonté individuelle dans l'établissement du lien de filiation : état du droit
positif français », in C. Labrusse et G. Cornu (dir.), Droit de la filiation et progrès scientifiques, Paris,
Économica, 1982, p. 92.
1559
P. RAYNAUD, art. préc., p. 91.
1560
Cf. art. 158 al 1er du CPF : « le mariage crée la famille légitime. Les époux contractent ensemble, par
leur mariage, l’obligation de nourrir, entretenir, élever, et éduquer leurs enfants ». L’aspect contractuelle du
mariage est mis en évidence par cette disposition qui montre que le mariage est un contrat par lequel une
personne accepte de faire établir les liens de filiations et de famille à son égard. Et par là même, elle consacre
l’engagement d’assumer les charges de l’enfant à venir.
357
743. Les charges de l’entrée dans une famille. L’entrée dans une famille crée
d’importants droits et des obligations. L’entrée dans une famille a des effets juridiques tant
au plan patrimonial (obligation alimentaire, droit de succession) qu'au plan
extrapatrimonial (attribution du nom patronymique, autorité parentale). Cependant,
l'existence de cette famille entraîne des droits et des obligations qui sont d'ailleurs variables
suivants les filiations considérées. La famille est donc créatrice de droits et d’obligations
alors que la filiation ou la parenté exprime un lien de sang en général. En fait, il existe de
nombreuses charges liées à la reconnaissance d’enfant. C’est notamment la reconnaissance
qui oblige les parents à assumer les charges de l’enfant. Lorsque le lien de famille est collé
à l’accouchement, la mère a du coup l’obligation d’assumer toutes les charges de l’enfant.
obligation qui pèse sur la génitrice de l’enfant du simple fait de la naissance de l’enfant
alors que la création de lien de famille supposerait normalement la volonté de la personne.
L’entrée dans une famille se fait, pour les hommes, soit par le mariage, l’adoption ou soit
par la reconnaissance1562. On peut bien prétexter que même hors mariage, le rôle de la
femme est tout particulier et sa physiologie lui impose certaines obligations. Mais le bien
fondé du droit est de pouvoir dépasser la condition humaine.
1562
P. RAYNAUD, art. préc., p. 91.
1563
P. RAYNAUD, art. préc., p. 91.
1564
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, Traité de droit civil, la famille, fondation et vie de la famille, in
J. GHESTIN (dir.), Paris, 2e éd., LGDJ, 1993, n° 1152.
1565
P. RAYNAUD, art. préc., p. 91.
1566
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. et loc. cit.
359
conçu, le groupe familial comprend généreusement toutes les personnes unies par les liens
de sang, non seulement les auteurs et ceux qui naissent hors mariage, dès lors que l'un de
leurs auteurs permet de les rattacher au groupe considéré1567.
Le lien de sang ne fonde pas l’exclusivité du lien familial. C’est ainsi que les enfants
adoptifs, sans aucun lien de sang, entrent dans la famille de l’adoptant. On peut déduire
que le lien de sang confère la parenté et par elle, la filiation. La filiation est le lien qui unit
un enfant à sa mère – filiation maternelle ou maternité – et à son père (filiation paternelle
ou paternité) et par-delà, à leur ligne respective. Elle est fondatrice de parenté et il en existe
de diverses sortes qui influencent autant le type de parenté. La filiation est légitime,
adoptive ou naturelle. Le premier type de filiation est fondé sur le mariage, le second sur
l’adoption et le troisième sur le fait de la procréation.
748. Les mentions dans l’acte de filiation. L’acte de filiation portera les mêmes
énonciations que celles prévues dans les actes de naissance1571. Toutefois, le nom de
1567
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, op. et loc. cit.
1568
Il existe, en l’état actuel de la législation béninoise, des restrictions en ce qui concerne les enfants
incestueux. D’abord, les enfants incestueux ne peuvent voir établir leurs deux liens de filiations ; cf. art. 319
du CPF. Conséquence logique, les enfants incestueux ne peuvent hériter de leurs deux auteurs ; cf. art. 621 du
CPF.
1569
Pour l’enfant adultérin, le législateur a tenté, au mieux, d’aligner ses droits sur ceux des enfants légitimes.
Cependant, la manifestation de la volonté de reconnaître un enfant adultérin doit être notifié à l’autre
conjoint ; cf. art. 325 du CPF. Aussi, le droit de garde de l’enfant adultérin est limité et il ne peut être élevé
au domicile de son auteur qu’à condition que le conjoint de son auteur l’y autorise ; cf. art. 392 al. 2 du CPF.
1570
J.-Z. SARCELET et C. BOHUON, « Filiation et famille : une vérité qui dérange », RTD civ. 2009, p. 2884.
1571
L’art. 57 du Code civil français actuel est comparable aux dispositions de l’art. 61 du CPF, à l’exception
que le CPF ne reconnaît pas le secret de l’accouchement ; art. 61 du CPF : « l’acte énonce le jour et le lieu de
la naissance, le sexe de l’enfant, les prénoms qui lui sont donnés, les prénoms, nom, âge, profession et
domicile des père et mère et, s’il y a lieu, ceux du déclarant. Si les père et mère ou l’un des deux ne sont pas
désignés à l’officier de l’état civil, il n’est fait sur le registre aucune mention à ce sujet. L’acte est rédigé
360
famille ne sera porté qu'à titre indicatif. L'acte de filiation ne pourra prendre en compte une
reconnaissance volontaire faite après la naissance que dans le cadre d'une action en justice,
cet acte ne pouvant être modifié que sous le contrôle du juge. L’acte de famille énoncera
les nom et prénoms de l'enfant, suivis du jour, de l'heure et du lieu de sa naissance et
précisera qu'il est entré dans la famille de ceux à l'égard desquels sa filiation est établie ou
non par l'acte de filiation, leur identité étant précisée.
749. Les mentions dans l’acte de famille. La mention de la déclaration conjointe des
parents quant au choix effectué sera portée sur l'acte de famille. C'est donc cet acte
nouveau qui connaîtra des évolutions de la parentalité et qui constituera l'acte public
justifiant de la naissance. L'acte de famille pourra porter la mention d'une reconnaissance
d’enfant ou d’adoption. Bref, il faudra patiemment restituer à chaque acte la part qui lui
revient d'un droit de la filiation trop longtemps confisqué par la famille1572. Dans le cas
contraire, il faudra envisager de légiférer en faveur de l’accouchement sous X afin de
limiter l’abandon et la traite des enfants.
immédiatement et est signé du déclarant et de l’officier de l’état civil conformément aux dispositions de
l’article 42 du présent Code ».
1572
J.-Z. SARCELET et C. BOHUON, art. préc., p. 2884.
361
753. Le problème posé. La gestation pour autrui a en général pour base un accord de
volonté avec la gestatrice. Une question juridique assez importante peut alors se poser. Il
s’agit de la licéité du contrat de mère porteuse. Est-il juridique de porter une grossesse pour
autrui ? La gestation pour autrui reviendrait à demander au minimum le prêt de l’utérus
d’une femme afin de porter à terme une grossesse.
754. Les conditions de validité du contrat. Aux termes des dispositions de l’article
1108 du Code civil français rendu applicable au Bénin :
« Quatre conditions sont essentielles pour la validité d'une convention :
Le consentement de la partie qui s'oblige ;
1573
J.-Z. SARCELET et C. BOHUON, art. préc., p. 2884.
1574
J. RUBELLIN-DÉVICHI, « Droits de la mère et droits de l'enfant : réflexions sur les formes de l'abandon »,
RTD civ. 1991, p. 696.
362
Sa capacité de contracter ;
Un objet certain qui forme la matière de l'engagement ;
Une cause licite dans l'obligation »1575.
Afin de vérifier la validité du contrat de mère porteuse, il conviendrait d’examiner la
présence de ces quatre éléments dans un tel engagement.
755. Le consentement dans un contrat. Le consentement est défini comme l’« accord
de deux volontés en vue de créer des effets de droit »1576. Elle est la rencontre de deux
volontés1577. La volonté étant un phénomène psychique qui n’est pas directement
perceptible, on ne peut l’a déduire, avec quelque certitude, que du comportement extérieur
de l’homme1578. L’élément primaire du contrat est plus la manifestation de la volonté que
la volonté elle-même. La manifestation de la volonté peut-être expresse ou tacite. Il revient
à vérifier dans le cadre de la gestation pour autrui si la manifestation de la volonté est
expresse ou tacite. La manifestation de la volonté est expresse lorsqu’il y a des actions
accomplies afin de porter la volonté à la connaissance d’autrui1579. La manifestation de la
volonté est tacite lorsqu’il y a des actions qui n’ont pas été accomplies spécialement afin
de porter à la connaissance d’autrui la volonté de contracter, mais d’où l’on peut
raisonnablement déduire l’existence d’une telle volonté1580.
1575
Cf. art. 1108 du Code civil français rendu applicable au Bénin. Cette disposition est restée inchangée dans
le Code civil français actuel.
1576
G. CORNU (dir.), Vocabulaire juridique, voy. « Consentement ».
1577
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 2, Les biens, les obligations, Paris, PUF, 2004, n° 946.
1578
J. CARBONNIER, op. cit., n° 947.
1579
J. CARBONNIER, op. et loc. cit.
1580
J. CARBONNIER, op. et loc. cit.
363
sanctionner un tel contrat de défaut de consentement sauf à examiner les cas de vices de
consentement1581 qui pourront conduire à son annulation.
Tout contrat a pour objet une chose qu'une partie s'oblige à donner, ou qu'une partie
s'oblige à faire ou à ne pas faire. Le contrat a donc pour objet les obligations qu’il fait
naître et ces obligations ont chacune un objet1587 et ce dernier n’est également que l’objet
du contrat. Le contrat de mère porteuse aurait donc pour objet de porter un embryon et de
lui donner naissance au profit d’un couple. La garde de l’enfant pendant sa vie utérine
serait donc l’objet du contrat de mère porteuse1588.
1581
Lorsque l’une des parties n’a pas décidé en connaissance de cause, ou a subi une pression, son
consentement, sans être inexistant, est vicié et le contrat est annulable. Voy. J. CARBONNIER, op. cit., n° 949.
Le Code civil français rendu applicable au Bénin évoque ainsi les trois vices du consentement que sont :
l’erreur, le dol et la violence en son art. 1109 et s.
1582
Cf. art. 1123 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
1583
Il existe pourtant des restrictions à l’incapacité de contracter des mineurs non émancipés ; cf. art. 450 al.1
et 1305 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
1584
Cf. art. 1124 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
1585
Cf. art. 1126 à 1128 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
1586
Cf. art. 1129 à 1130 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
1587
J. CARBONNIER, op. cit., n° 969.
1588
R. ANDORNO, La distinction juridique entre les personnes et les choses à l'épreuve des procréations
artificielles, Thèse, Paris, LGDJ, 1996, n° 462.
1589
Cf. art. 1128 du Code civil français rendu applicable au Bénin.
364
retirées du domaine des opérations entre personnes privées »1590 ; le corps humain ne
pourrait donc être considéré comme une chose1591.
760. La cause du contrat de gestation pour autrui. La cause du contrat est une
condition essentielle à la validité du contrat qui voudrait que toute personne qui s’y oblige
le fasse pour une cause licite1592. La cause est le pourquoi, le but, la raison qui sous-tend le
contrat1593. Autrement dit, la cause est l’intérêt du contractant au contrat1594. Le contrat de
mère porteuse est un contrat qui oblige les deux contractants ; le couple porteur du projet
d’enfant et la mère qui prête ses services en vue de la gestation et la remise de l’enfant à sa
naissance au couple. Dans les contrats synallagmatiques, la cause de l’obligation de chaque
contractant est l’obligation de l’autre ou l’exécution de l’obligation de l’autre. 1595 Ainsi,
dans le contrat de mère porteuse, l’obligation du couple parent de l’enfant est de payer le
montant convenu à la mère porteuse alors que l’obligation de cette dernière se résout à
garder l’enfant pendant sa vie utérine.
761. La licéité des causes du contrat de gestation pour autrui. Il convient de vérifier
si ces causes sont licites en se demandant s’il est possible de faire un contrat sur le corps
humain. L’exigence de la licéité de la cause semble faire double emploi avec la licéité de
l’objet exigée pour la validité du contrat1596. Pour protéger le corps humain, la loi l’a mis
hors du commerce ; ce qui signifie juridiquement que le corps humain est inaliénable1597 et
l’interdiction de toute convention sur le corps en découle. Aux termes des dispositions de
l’article 16-5 du Code civil français actuel « les conventions ayant pour effet de conférer
une valeur patrimoniale au corps humain, à ses éléments ou à ses produits sont
nulles »1598. C’est d’ailleurs ce qui a justifié l’annulation des conventions de mère porteuse
en France1599.
762. Les développements actuels de la question. D’autres auteurs, avant même la loi
française du 29 juillet 1994 qui introduit l’article 16-71600 dans le Code civil, avaient jugé
1590
J. CARBONNIER, op. cit., n° 970.
1591
Cf. art. 16-1 du C. civ.
1592
J. CARBONNIER, op. cit., n° 973.
1593
J. CARBONNIER, op. et loc. cit.
1594
J. DJOGBÉNOU, « La cause dans les contrats conclus sur le fondement des actes uniformes de
l’OHADA », RBSJA n° 20 et 21, 2008-2009, pp. 57 et s.
1595
J. CARBONNIER, op. cit., n° 974.
1596
J. CARBONNIER, op. cit., n° 970, p. 2013.
1597
C. D. SOSSA et J. DJOGBÉNOU, Introduction à l’étude du droit, Perspectives africaines, Cotonou, les éd.
du CREDIJ, 2012, p. 279 et s.
1598
Cf. art. 16-5 du Code civil français actuel.
1599
Ass. Plén. 31 mai 1991, D. 1991. p. 417, rapport Chartier, note D. Thouvenin ; JCP 1991. II. 21752,
concl. Dontenwille, communication de Jean Bernard.
1600
Aux termes des dispositions de l’art. 16-7 du Code civil français actuel, « toute convention portant sur la
procréation ou la gestation pour le compte d’autrui est nul. »
365
de l’illicéité du contrat de mère porteuse1601. L’illicéité du contrat de mère porteuse est due
à la dignité que l’on attache au corps humain. Le corps humain est dès lors mis hors de
toute convention, qu’elle soit à titre gratuit ou onéreux1602 et l’article 1128 du Code civil
français rendu applicable au Bénin qui vise les choses hors commerce ne distingue pas que
le contrat soit conclu à titre onéreux ou gratuit et ne peut même pas être appliqué au corps
humain qui n’est pas une chose. Logiquement, cela induit que même conclu à titre gratuit,
le contrat de mère porteuse est illicite.
Deux grands obstacles limitent les contrats de mère porteuse. Il s’agit d’une part de
l’indisponibilité du corps humain et de l’état des personnes qui sont toutes liées à l’objet du
contrat de mère porteuse1603.
763. Définition de l’adoption. L’adoption est une vieille institution du droit canonique
prise en compte par le Code civil. En effet, son entrée dans le Code civil français serait due
à « Bonaparte qui songeait à adopter Eugène de Beauharnais, son beau-fils, fils de
Joséphine, et les graveurs du temps l’ont représenté faisant hommage à celle-ci du titre de
l’adoption »1604. L’adoption est selon la définition donnée par Justinien « un acte imitant la
nature, inventé pour la consolation de ceux qui n’ont pas d’enfants »1605.
764. Le but de l’adoption. L’adoption permet de donner une famille à un enfant.
Grâce à cette institution, de nombreux enfants orphelins et abandonnés trouvent un foyer,
une éducation et une affection. En somme, « le but de l’adoption est de donner un foyer à
un enfant et un enfant à un foyer »1606. Il suppose un enfant déjà né et exclu en général tout
lien de sang entre l’adoptant et l’adopté. Des époux sans enfants, ou des célibataires qui
n’ont pas pu se marier se procurent par l’adoption les droits et obligations de la paternité
ou de la maternité.
1601
Intervention de Mme J. Rubellin-Dévichi, in Acte du colloque Génétique, Procréation et Droit, p. 61.
1602
S. PRIEUR, La disposition par l'individu de son corps, Thèse, Dijon, 1998, p. 46.
1603
R. ANDORNO, Thèse préc., n° 479.
1604
J. CARBONNIER, Droit civil, t. 1, Introduction, les personnes, la famille, l’enfant, le couple, Paris, PUF,
2004, n° 517.
1605
J. CARBONNIER, op. et loc. cit.
1606
J. HAUSER, « L’adoption à tout faire », D. 1987, chron. p. 205.
366
1607
Cf. art. 342 du CPF.
1608
L'Assemblée plénière en France a condamné le 31 mai 1991 l’accouchement sous X et l’adoption de
l’enfant par ses propres parents comme détournement de l’institution de l’adoption. D. 1991, p. 417. Le
détournement, a priori, identifiable à la fraude, se distingue de celle-ci en ce qu'il ne suppose pas l'emploi de
procédés contraires au droit. Les intéressés ont recours aux possibilités légales, mais pour parvenir à des fins
accessoires ou tout à fait extérieures à l'esprit de l'institution. Ce procédé ne s'identifie pas non plus avec la
simulation, car derrière l'acte constitutif du détournement, on ne trouve pas un acte occulte qui en contredirait
les termes ; F. BOULANGER, « Fraude, simulation ou détournement d'institution en droit de la famille », JCP
1993, I, 3665 ; J. HAUSER, op. cit., p. 205 ; N. CORDIER-DUMONNET, Le détournement d'institution, Thèse,
Université de Bourgogne, 2010.
1609
Le législateur a été formellement contre cette procédure d’adoption de son propre enfant en
institutionnalisant la légitimation judiciaire.
1610
F. DREIFUSS-NETTER, art. préc., p. 105.
1611
J. HAUSER, op. cit., p. 207.
1612
R. ANDORNO, Thèse préc., n° 476.
367
1613
Cf. art. 339 du CPF.
1614
L. LEVENEUR, J. MAZEAUD et F. CHABAS, Leçons de droit civil, t.1, vol 3. La famille, Paris, 7e éd.,
Montchrestien, 1995, n° 1024, p. 446.
368
CONCLUSION DU CHAPITRE II
770. La venue d’enfant fait appel à des facteurs physiologiques des individus ; la
femme est celle qui peut porter une grossesse et jusqu’à nos jours, l’homme n’a jamais
porter de grossesse. Pour le moment, il n’est pas possible à la science de faire porter la
grossesse à un homme. Mais comment la revendication d’égalité peut ou pourrait se
manifester sur le refus d’engendrement ? C’est une problématique difficile et pourrait
même sortir du champ de revendication de l’égalité au sein des couples. Deux mécanismes
peuvent permettre de réaliser l’égalité entre époux au sujet du refus de la procréation. Il
s’agit de l’avortement et de l’accouchement sous X.
Cependant, l’accouchement sous X peut constituer une inégalité entre époux au cas
où le père désire garder l’enfant. La filiation paternelle est déterminée par la présomption
369
que le mari de la mère est le père de l’enfant. La filiation paternelle sera ainsi difficile à
déterminer dans les cas d’accouchement sous X. Il s’agira alors d’une inégalité de droit
entre époux1615. L’accouchement sous X peut aussi poser la question des origines de
l’enfant. Cependant, il semble que l’intérêt même de l’enfant recommanderait qu’on lui
trouve une famille et qu’il vive normalement.
1615
J. HAUSER et D. HUET-WEILLER, Traité de droit civil, la famille, fondation et vie de la famille, op. cit.,
Paris, 2e éd., LGDJ, 1993, n° 777.
370
CONCLUSION DU TITRE II
771. Les progrès de la médecine pourront occasionner de nouvelles formes de
revendication surtout qu’ils sont devenus le point d’ancrage de l’appel à l’application du
principe d’égalité entre couples. Dans le domaine de la famille, les découvertes de la
médecine conduisent à la connaissance de la maîtrise positive ou négative de la
procréation. Dès lors, les couples recherchent à contrôler la procréation négativement ou
positivement. Mais dans cette problématique de la revendication de l’application du
principe d’ égalité entre les couples afin de permettre à chaque couple d’opérer un choix de
contrôle de la procréation selon les situations que chaque couple traverse, une question
fondamentale semble se poser au sujet de la nature juridique de l’embryon.
772. Il est bien délicat de conclure sur l’avenir de l’égalité en droit béninois de la
famille. D’abord, il convient de donner réponse à une question, celle de savoir si c’est en
terme d’avenir qu’il faut raisonner. En effet, il s’agit de l’avenir du droit béninois. Mais
dans les faits, il s’agit du présent.
S’agissant des couples face au principe d’égalité, il paraît que ces derniers vivent
les mêmes situations de faits que les personnes unies par le lien du mariage cependant qu’il
existe des droits de couples auxquels ils ne puissent accéder en l’état actuel de la
législation béninoise. C’est le cas notamment des droits successoraux, du droit d’entretien,
de secours et d’assitance, du droit d’obtenir la nationalité du compagnon en raison de
l’union. Il s’agit d’une réponse logique en raison du fait que le statut du mariage est
organisé et les concubins, en dépit de la similitude du vécu, ne sont pas soumis au mariage.
Au demeurant, le concubinage jouit d’une certaine légitimité sociale au Bénin et la vie en
concubinage n’est pas toujours un choix opéré en vue d’échapper aux règles du mariage.
La mutation du droit a aussi occasionné des concubinages de fait.
découvertes faites dans un autre espace géographique par la médecine seront prises en
compte ailleurs dans le temps.
373
CONCLUSION GÉNÉRALE
773. L’étude de l’égalité dans le droit béninois de la famille s’est faite en deux
temps afin de rendre compte du dynamisme de ce principe. Dans le premier temps qui a
conduit à l’examen du droit béninois de la famille sous le prisme du principe d’égalité, de
lege lata, on peut noter que le maintien de traditions inégalitaires dans le mariage au Bénin
est le grand mal dont souffre ce droit, même si un lieu d’égalité parfaite existe déjà. La
grande importance accordée à certaines institutions du droit coutumier a conduit à leur
transposition dans le Code des personnes et de la famille en violation de l’égalité au sein de
la famille. Le nom de l’enfant, le nom de la femme mariée, la nationalité, le délai de
viduité, le choix du domicile conjugal et la dot sont des questions sur lesquelles aucune
égalité en droit n’est envisagée pour le moment. Si certaines de ces inégalités maintenues
touchent l’homme, elles affectent les femmes dans leur grande majorité.
Les inégalités qui pèsent actuellement sur l’homme dans le droit béninois de la
famille portent sur la dot et l’acquisition de la nationalité par le mariage. La dot constitue
une exigence unilatérale imposée à l’homme pendant la formation du mariage en raison de
sa dénaturalisation. Sa valeur de plus en plus grande fait d’elle un moyen de spéculation
qui creuse un fossé entre les époux. Si la dot doit être maintenue, elle doit être une
obligation imposée à chacun des deux époux ou à leurs familles. Cette option ne trouvera
cependant pas application compte tenu du poids de la tradition. En plus, la suppression
pure et simple de la dot semble rejetée par la grande majorité des béninois qui y restent
attachés. De même, la fixation d’un montant de la dot serait un échec puisque le futur
époux agit en général en tenant compte de ses moyens, la dot pouvant être une manière de
prouver ses possibilités financières. Lorsque la dot versée est vraiment symbolique et ne
devient pas une dépense très onéreuse, on peut considérer qu’il n’y a pas d’inégalité à son
sujet. C’est d’ailleurs le seul moyen de réduire l’inégalité qui existe à ce sujet.
naturalisation. L’inégalité est ici en défaveur de l’époux qui ne peut au mieux que
bénéficier d’une certaine facilitation de sa naturalisation1616.
Pour ce qui concerne la femme, presque toutes les autres inégalités pèsent sur elle.
L’inégalité du délai de viduité réside dans le fait qu’il est imposé à la femme pour pouvoir
se remarier alors que le mari n’est pas tenu de respecter un tel délai. Le maintien du délai
de viduité pour raison de confusion de paternité paraît inutile. La raison principale qui le
justifie est plutôt d’ordre médical. En effet, grâce à la médecine, il est désormais possible
de déterminer avec précision l’état de grossesse d’une femme. Or les futurs époux sont
supposés connaître leur état de santé et notamment l’état éventuel de grossesse de la future
épouse par le certificat médical. Dès lors, à quoi bon maintenir le délai de viduité qui
figure en bonne place dans les conditions de fond du remariage ? Si le souci du législateur
béninois est de prévenir les confusions de paternité en maintenant le délai de viduité, il
semble alors se contredire. La période légale de conception étant plus courte que le délai de
viduité, ceci présage de la volonté du législateur de réaménager le veuvage à l’ancienne en
l’imposant uniquement à la femme. Pour parvenir à l’égalité entre époux, il faudrait peut-
être imposer le même délai au mari si on ne peut identifier la paternité par d’autres
moyens. Cette formule reviendrait sans doute à l’arbitraire de la loi. Il faudra donc
supprimer purement et simplement le délai de viduité comme il a été fait en France.
S’agissant du domicile conjugal, sa fixation est devenue pour les époux une obligation
résultant du mariage1617. Le législateur offre au mari le pouvoir de fixer unilatéralement le
domicile conjugal en cas de désaccord et donne à la femme mariée la possibilité de saisir le
juge pour autorisation de domicile séparé, encore qu’elle doive apporter la preuve que le
domicile choisi par son mari présente un « danger d’ordre matériel ou moral pour elle ou
pour ses enfants »1618. L’inégalité paraît claire et la volonté du mari est sans équivalent au
sein de la famille. Celle de la femme pèse moins sur son mari puisque sa seule possibilité
est de recourir au juge. L’incapacité de la femme semble maintenue puisque son choix ne
peut s’imposer au mari. Elle ne peut que choisir un domicile pour elle et pour ses enfants,
et ce sur autorisation du juge après avoir apporté la preuve que le domicile choisi par son
mari présente un danger.
1616
L’art 36 du Code de la nationalité béninoise dispose que « n´est pas soumis à la condition de stage
prévue à l´article précédent : 1° L´étranger né au Dahomey ou marié à une Dahoméenne. 2° La femme et
l´enfant majeur de l´étranger qui acquiert la nationalité dahoméenne. 3° L´étranger majeur adopté par une
personne de nationalité dahoméenne. 4° L´étranger qui a rendu des services signalés au Dahomey ou dont la
naturalisation présente un intérêt certain pour le Dahomey ».
1617
Cf. art. 156 du CPF.
1618
Cf. art. 156 du CPF.
375
Sur le nom, l’inégalité dont il s’agit dans le droit béninois porte moins sur l’obligation
d’addition du nom du conjoint que sur l’unilatéralité de la disposition. L’ajout du nom du
conjoint qui devrait être une faculté est devenu une obligation unilatérale pour la femme
mariée et heurte en ce sens le principe d’égalité entre époux1619. Si l’influence du mariage
sur le nom de la personne est admise1620, le Code des personnes et de la famille devrait à
tout le moins imposer aux époux les mêmes obligations. L’inégalité portant sur l’obligation
de l’ajout du nom de l’époux pourrait ainsi être atténuée si l’obligation était réciproque. On
conviendrait alors que les personnes qui se marient acceptent, par ce biais, une certaine
atteinte aussi à leur vie privée. Il resterait toutefois mieux adapté que chaque époux
conserve son nom mais acquière l’usage du nom de l’autre. Si on légifère dans ce sens au
Bénin, probablement peu d’hommes accepteront d’adjoindre à leur nom, même à titre
d’usage, celui de leur épouse alors même qu’une telle solution aurait l’avantage
d’harmoniser le nom des membres du couple avec celui des enfants communs. Au
demeurant, la solution la plus conforme au principe d’égalité entre époux dans le contexte
béninois serait sans doute de laisser chaque époux libre de conserver son nom. Cette
solution permettrait non seulement à chacun de préserver son identité mais contribuerait
aussi à préserver la vie privée.
L’inégalité sur le nom s’observe également en raison du fait que la femme ne peut
transmettre son nom à l’enfant. On peut espérer une réforme du droit béninois en vue de
corriger1621 la prééminence masculine imposée par la législation sur le nom de l’enfant.
Cette réforme à envisager ne peut en aucun cas prendre la forme de l’instauration de la
transmission du seul nom de la mère à l’enfant, auquel cas la population, en l’occurrence
les femmes elles-mêmes s’insurgeraient contre cette réforme puisqu’elle contribuerait à
1619
A. N. GBAGUIDI, Family and succession law, Kluwer Wolters, 2011, n° 132.
1620
Th. GARÉ, Droit des personnes et de la famille, Paris, 3e éd., Montchrestien, 2004, p. 168.
1621
L’exemple de la France dont est très évocateur de la marche vers l’égalité sur la question du nom. La loi
n° 2002-304 du 4 mars 2002 relative au nom de famille et la loi n° 2003-516 du 18 juin 2003 relative à la
dévolution du nom de famille ont faire évolué la question du nom ; JO 19 juin 2003, p. 10240 ; D. 2003, Lég.
p. 1677. Sur cette loi, voy. F. BELLIVIER, « Dévolution du nom de famille », RTD civ. 2003, p. 554 ;
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376
rendre tous les enfants « bâtards » car ce sont en fait les enfants dont les pères sont
inconnus qui peuvent recevoir le nom de leur mère.
Au-delà des points d’ombre de l’égalité observée dans le droit béninois de la famille,
on observe clairement dans certains domaines la loi comme ouverture à plus d’égalité.
Cette ouverture à plus d’égalité est née de l’égalité totale en droit de la famille résultant de
la suppression des options et de l’égalité totale des époux dans le fonctionnement du
couple. Le Code des personnes et de la famille du Bénin a ainsi mis fin au pluralisme
juridique qui prévalait jusqu’alors et a permis d’introduire l’égalité sur les options
matrimoniales. En conséquence, la majeure partie des différenciations de traitement par le
droit a disparu1623. Une majorité des traitements différentiels portant sur le sexe et tendant
à chosifier les femmes a été dépassée. Le Code des personnes et de la famille a ainsi non
seulement unifié le statut civil des personnes mais aussi, il a permis de réaliser l’égalité en
droit de la famille en supprimant certaines institutions du droit traditionnel telle que la
polygamie. L’égalité est également consacrée dans le fonctionnement du ménage.
Après avoir consacré la capacité juridique distincte de chaque époux, la loi a essayé de
créer une union personnelle égalitaire entre eux. La puissance maritale a été supprimée et,
désormais, les époux exercent conjointement l’autorité parentale. On note également
l’égalité des époux dans les successions ab intestat, de même qu’ils détiennent les mêmes
droits dans le régime matrimonial de droit commun. Le droit béninois de la famille est
1622
H. FULCHIRON, op. cit., p. 54.
1623
Cf. la déc. DCC 02-144 du 23 décembre 2002 par laquelle la Cour constitutionnelle du Bénin a procédé,
entre autres, à la vérification du respect du principe d’égalité de la loi portant Code des personnes et de la
famille du Bénin et déc. DCC 04-08 du 20 août 2004 par laquelle le juge constitutionnel déclare conforme à
la Constitution le Code des personnes et de la famille du Bénin.
377
1624
Cf. supra n°s 534 et s.
378
appartient. De la summa divisio entre les personnes et les choses, il s’est dégagé une
catégorie intermédiaire de personnes par destination ou de chose sacrée à laquelle
l’embryon appartiendrait. Deux nouveaux droits peuvent alors être revendiqués. Il s’agit du
droit à l’enfant ou plutôt du droit à l’enfant à naître et du droit à l’avortement.
1625
F. DREIFUSS-NETTER, art. préc., p. 103.
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- obs. sous Cour EDH 25 mars 1992, aff. B.C./ France, RTD civ 1992, p. 540.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 24 févr. 2011, RTD civ. 2011, p. 321.
- note sous TGI Bordeaux, 26 juillet 2004, RTD civ. 2004, p. 719.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 6 avr. 1994, RTD civ. 1994, p. 563.
- obs. sous CAA Paris, 5 juin 2001, RTD civ. 2004, p.481.
- obs. sous TGI Lille, 3 juill. 2008, RTD civ. 2009, p. 90.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 3 février 2004, n° 00-19838, RTD civ. 2004, p. 267.
- obs. sous TGI Lille, 3 juill. 2008, RTD civ. 2009, p. 90.
- note sous CA Versailles, 8 juill. 2005, RTD civ. 2006, p. 93.
- obs. sous Paris, 4 mai 2000, inédit. RTD civ. 2000 p. 551.
- obs. sous CA Versailles du 9 juin 1994, RTD civ. 1994, p. 829.
428
- obs. sous Cass. 1ère civ., 7 avr. 1998, RTD civ. 1998, p. 884.
HUET-WEILLER D.,
- note Cass. 1ère civ., 3 oct. 1978, JCP G, 1979, II-19134.
- note Cass. 1ère civ., 8 mai 1979, D., 1979, jurisp., p. 477.
- note Cass. 1ère civ., 1er juil. 1981, D., 1982, jurisp., p. 105.
- note Cass. 1ère civ., 16 nov. 1982, D. 1983, jurisp., p. 17.
- note Cass. 1ère civ., 7 déc. 1983, D. 1984, jurisp., p. 191.
- note Cass. 1ère civ., 10 juil. 1990, D. 1990, jurisp., p. 517.
- obs. Ass. plén., 31 mai 1991, RTD civ. 1991, p. 517.
HUYETTE G., rapp. sous Cass. 1ère civ., 13 mars 2007, D. 2007, p. 1389.
KESSLER G., note sous TGI Bordeaux, 26 juil. 2004, JCP G, 2004. II.10169.
LARRIBAU-TERNEYRE V.,
- obs. sous Cass. 1ère civ., 3 fév. 2004, n° 00-19838, Dr. fam. 2004, n° 47.
- note sous Pau, 19 fév. 1991, D. 1991. Jurisp. 380.
- note CA Pau, 26 juin 1995, D., 1996, p. 214.
- note TGI Bordeaux, 27 juil. 2004, Dr. fam., 2004, comm. 166.
LARROUMET, note sous Cass. 1ère civ., 23 juin 1970, D. 1971, J. 162.
LECUYER H., note sous CE, 4 mai 2001, Dr. fam., 2001, comm. 68.
LEMOULAND, J.-J.,
- note sous Cass. 1ère civ., 17 nov. 1999, D. 2000, somm. comm. 419.
- note sous Cass. 1ère civ., 17 octobre 2000, D. 2002, somm. comm. 611.
- obs. sous Paris, 16 janv. 2001, D. 2002. p. 536.
- obs. sous TGI Bordeaux, 26 juil. 2004, D. 2004.2965.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 3 fév. 2004, n° 00-19838, D. 2004, p. 2963.
- obs. sous TGI Bordeaux, 26 juil. 2004, D. 2004. p. 2965.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 3 fév. 2004, n° 00-19838, D. 2004, p. 2963.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 3 fév. 1999, D. 1999, somm. comm. 377.
LINDON R.,
- Concl. Ass. plén., 23 juin 1967, D., 1967, jurisp., p. 525.
- Concl. Cass. 1ère civ., 21 oct. 1969, JCP G, 1969, II-16140.
LUCET. F., obs. sous Cass. 1ère civ. 9 octobre 1990 et Bordeaux, 18 septembre 1989, RTD
civ. 1990, p. 584.
MALAURIE Ph.,
- note sous Cass. 1ère civ., 25 juin 1996, JCP G, 1997, II-22834
- note sous Cour EDH, 13 fév. 2003, « Odièvre contre France », JCP G, 2003, I-120
430
MARGUENAUD J.-P.,
- obs. sous Cass. 1ère civ., 29 janv. 2002 et 19 fév. 2002, Defrénois 2002, n° 22, art.
37548, p. 681.
- obs. sous CEDH 28 nov. 2006, décis. d'irrecevabilité R. et F. c/ Royaume-Uni et
Parry c/ Royaume-Uni, RTD civ. 2007, p. 287.
- obs. sous Cour EDH, 29 avr. 2002, n° 2346/02, Pretty c. Royaume-Uni, JCP G
2002, I. p. 157.
- obs. Cour EDH, 28 oct. 1998, « Söderbäck contre Suède », RTD civ. 1999, p. 501.
- obs. Cour EDH, 13 fév. 2003, « Odièvre contre France », RTD civ. 2003, p. 375.
- obs. Cour EDH, section II, 1er juin 2004, « L. contre Pays-Bas », requête
n°45582/99, RTD civ., 2005, p. 339.
MASSIP J.,
- obs. sous TGI Lille, 3 juill. 2008, Defrénois, 2008. 2064.
- obs. sous Cass., Ass. plén., 31 mai 1991, Defrénois,1991, p. 948.
- note TGI Paris, 15 juin 1973, D., 1974, jurisp., p. 86.
- note TGI Paris, 4 janv. 1974, D., 1975, jurisp., p. 479.
- note CA Paris, 1er juil. 1976, D., 1977, jurisp., p. 297
- note Cass. 1ère civ., 3 juin 1980, D., 1981, jurisp., p. 119.
- note Cass. 1ère civ., 5 mai 1986, D., 1986, p. 496.
- note Cass. 1ère civ., 18 déc. 1990, D., 1991, jurisp., p. 433.
- note Cass. 1ère civ., 3 mars 1992, D., 1993, jurisp., p. 133
- note Cass. 1ère civ., 10 mars 1993, D., 1993, jurisp., p. 361.
- note sous Cass. 1ère civ., 6 fév. 1996, D., 1996, jurisp., p. 621.
- note sous Cass. 1ère civ., 6 mars 1996, D., 1997, jurisp., p. 48.
- Note sous Cass. 1ère civ., 11 fév. 1997, D., 1997, p. 502.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 22 avr. 1997, Defrénois 1997, p. 1333.
- note sous Cass. 1ère civ., 28 mars 2000, Defrénois 2000, p. 769.
- obs. sous TGI Brive, 30 juin 2000, Defrénois 2000, p. 1310.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 25 mai 1992, Bull. civ. I, Defrénois 1992. n° 158, p. 1431.
- obs. sous TGI Lille, 3 juil. 2008, LPA, 31 oct. 2008, p. 4.
- obs. sous Cour EDH 25 mars 1992, aff. B.C./ France, Defrénois 1992, art. 35334.
- note sous Cass. 1ère civ., 11 janv. 1984, Defrénois 1984, n° 73, art. 33368, p. 1003.
- note sous Cass. 1ère civ., 16 oct. 1984, Defrénois 1985, n° 2. art. 33477, p. 322.
- Obs. sous Cass. 1ère civ., 8 déc. 1998, Defrénois 1999, n° 64, art. 37031, p. 935.
- note sous Cass. 1ère civ., 3 fév. 1999, Defrénois 1999, n° 30art. 36998, p. 680.
431
- note sous Cass. 1ère civ., 25 janv. 2000, Defrénois 2000, n° 28, art. 37179, p. 652.
- note sous Cass. 1ère civ., 6 fév. 2001, Defrénois 2001, n° 31, art. 37353, p. 593.
- note sous Cass. 1ère civ., 29 janv. 2002 et 19 fév. 2002, Defrénois 2002, n° 22, art.
37548, p. 681.
MÉLIN-SOUCRAMANIEN F., obs. sous Cons. const., 23 juill. 1996, n° 96-380-DC, § 9,
AJDA 1996. 694, D. 1998. 151.
MILLEVILLE S., obs. sous Cass. 1ère civ., 17 déc. 2008, n°07-10.068, AJ fam. 2009, p. 87.
MURAT P.,
- note sous CA Aix-en-Provence, 8 fév. 1996, Dr. fam. 1996, comm. 2.
- note sous CA Limoges, 21 nov. 1996, Dr. fam. 1997, comm. 136.
- note sous Cass. 1ère civ., 11 fév. 1997, Dr. fam. 1997, comm. 57.
- note sous Cass. 1ère civ., 22 avr. 1997, Dr. fam. 1998, comm. 2.
- note sous CA Grenoble, 15 déc. 1997, Dr. fam 1998, comm. 38.
- note sous CA Riom, 16 déc. 1997, Dr. fam.1998, comm. 150.
- note sous TGI Paris, 27 juin 2001, Dr. fam. 2001, comm. 116.
- note sous CA Paris, 22 nov. 2001, Dr. fam. 2002, comm. 29.
- note sous TGI Lille, 22 mars 2007, Dr. fam. 2007, comm. 122.
NEIRINCK C.,
- note TGI Rennes, 30 juin 1993, JCP G, 1994, II-22250.
- note CA Toulouse, 18 avr. 1994, JCP G, 1995, II-22472.
- note Cass. 1ère civ., 9 janv. 1996, JCP G, 1996, II-22666.
- note Cass. 1ère civ., 18 mai 2005, RDSS, 2005, p. 814.
NERSON R., note sous Cass. 1ère civ., 23 juin 1970, RTD civ. 1971, p. 82.
REVILLARD M., note sous Cass. 1ère civ., 3 fév. 2004, Defrénois 2004, n° 47, p. 1067.
RUBELLIN-DEVICHI J.,
- obs. sous CA Paris, 15 juin 1990, RTD civ. 1990, p. 457.
- obs. TGI Saint-Malo, 1er fév. 1984, RTD civ. 1985, p. 361.
- obs. sous T.G.I Créteil, 1er août 1984, RTD civ 1984, p. 703.
- note Cass. 1ère civ., 5 mai 1986, RTD civ. 1986, p. 736.
- note Cass. 1ère civ., 29 juin 1994, JCP G, 1995, II-22362.
- note CA Paris, 6 nov. 1997, JCP G, 1998, I, p. 101.
- obs. sous CA Riom, 16 déc. 1997, JCP G, 1999, I-101
- obs. CA Rennes, 4 juil. 2002, JCP G, 2003, I-101.
- obs. TGI Nancy, 16 mai 2003, JCP G, 2003, I. p. 148.
432
SCHRAMECK O., note sous Cons. const., 23 juil. 1996, n° 96-380-DC, § 9, AJDA 1996.
p. 694.
SÉRIAUX A., note sous CA Paris, 9 nov. 1990, JCP [Link].21526.
RTDH 2003, p. 71.
SHUTTER (de) O., note sous Cour EDH, 29 avril 2002, n° 2346/02, Pretty c. Royaume-
Uni,
SUDRE F., Cour EDH 27 octobre 1994, Kroon c/ Pays-Bas, JCP G, 1995, I, 3823.
TERRÉ F., note sous Cass. 1ère civ., 26 oct. 1982, JCP G 1983, II, 19993.
THÉRY P., obs. sous, Cass. 1ère civ., 19 mai 2010, n° 09-70.161. RTD civ. 2010, p. 810.
THOUVENIN D., note sous Ass. Plén. 31 mai 1991, D. 1991. p. 417.
VAREILLE B., Cass. 1ère civ., 9 nov. 1993, RTD Civ. 1995, p. 173.
- note sous Cass. 1ère civ., 14 fév. 1995, RTD Civ. 1996, p. 223.
- note sous Cass. 1ère civ., 6 mai 1997, RTD civ. 1998, p. 179.
- note sous Cass 2ème civ., 14 janv. 1998, RTD civ. 1999, p. 172.
- note sous Cass. 1ère civ., 26 mai 1999, RTD civ. 2000, p. 931.
- note sous Cass. 1ère civ., 6 juil. 1999, RTD civ. 2000, p. 388.
- note sous Cass. 1ère civ. 8 fév. 2000, RTD civ. 2000, p. 888.
- note sous Cass. 1ère civ., 16 mai 2000, RTD civ. 2001, p. 423.
- note sous Cass. 1ère civ., 16 mai 2000, RTD civ. 2001, p. 418.
- note sous Cass. 1ère civ., 3 avr. 2001, RTD civ. 2001, p. 943.
- note sous Cass. 1ère civ., 3 juillet 2001, RTD civ. 2001, p. 941.
- note sous Cass. 1ère civ., 15 mai 2002, RTD civ. 2003, p. 338.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 23 juin 1970, RTD Civ. 2007, p. 617.
- obs. sous Cass. 1ère civ., 4 juin 2007, RTD civ. 2006, p. 811
VIGNEAU D., obs. sous Cass. 1ère civ., 6 janv. 2004, D. 2004, p. 365.
VII. SITOGRAPHIE
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433
[Link]
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[Link]
[Link]
AQUIN Th. (D’), Somme théologique, (trad. française), t. 1, Paris, Desclée & cie, 1925,
372 p.
AQUIN Th. (D’), Somme théologique, (trad. française), t. 2, Paris, Desclée & cie, 1933,
423 p.
AQUIN Th. (D’), Somme théologique, (trad. française), t. 3, Paris, Desclée & cie, 1935,
375 p.
HOBBES, Léviathan ou matière, forme et puissance de l’État chrétien et civil, par Gérard
MAIRET, Paris Gallimard, 2000, 1027 p.
RAWLS, La justice comme équité (trad. française), Paris, la Découverte, 2003, 286 p.
ROUSSEAU, Du contrat social, par Bruno BERNARDI, Paris, Flammarion, 2012, 255 p.
ANNEXES
ANNEXE N ° 1
Questionnaire
ANNEXE N° 2
436
INDEX
(Les nombres renvoient au numéro des paragraphes)
- de féminité, 281
Pacte international relatif aux droits - de masculinité, 281, 282
civils et politiques, 54, 204, 435 et s., - de primogéniture, 283
521 Procréation
Parentalité, 527 et s., 542 et s., 749 - médicalement assistée, 599 et s.
Parité, 23 et s. - refus, 681 et s.
Patriarcat, 156, 170, 280 et s., 291 Protection sociale, 221, 571
Patrimoine Protocole à la Charte africaine des
- anthroponymique, 167 et s. droits de l'homme et des peuples relatif
- national, 169 aux droits des femmes, 55
Patronyme, 147, 155, 184, 187 Puissance maritale, 103, 151, 330, 334
Période légale de conception, 116 et s.
Personnalité juridique, 185, 205, 706 et Puissance paternelle, 41, 151, 160, 360
s. et s., 526
Pluralisme
- juridique, 31 et s., 243 et s., 270 et Q
s., 286 et s.
· parallèle, 31, 244 Questions prioritaires de
· intégré, voy. « pluralisme constitutionnalité, 481
juridique parallèle » Quantum, 84 et s., 103, 590
- judiciaire, 259, voy. « dualité
judiciaire » R
- légal, 263, 264
- optatif, 270 et s. Race, 10, 11, 26
- substantif, 259 Rattachement souple, 485 et s.
Politique Recomposition de famille, 159, 523
- législative, 31, 122, 196, 234, 483 Refus d’enfant, 523, 159
- nataliste, 716, 718 Régime matrimonial, 241, 272, 341, 380
Polyandrie, 290, 293 et s. et s., 388 et s, 574, 589
Polygamie Régime matrimonial de droit commun,
- de fait, 306 et s. 388 et s., 589
- et ordre public, 309 Relation domestiques, 461, 463 et s.
- fondements, 291 Relations pécuniaire, 326, 386 et s.
- preuve, 310 Relations personnelles, 326, 328 et s,
- sanction, 305, 308 333, 553 et s.
- simultanée, 290 Religion, 10 11, 26, 716, 717
- successive, 123 Renforcement du crédit ménager, 559
- suppression, 299 et s. Répudiation, 211, 214 et s., 229
Polygynie, 290, 292, 293, 303 Résidence familiale, 130, 464 et s.
Position sociale, 10, 11, 26 Respect, voy. « devoir de respect »
Post mortem, 654 Responsabilité civile, 453, 522, 582, 595
Pouvoir ménager des époux, 410 Rétroactif, 517 et s., 551
Prépondérance maritale, 140, 147
Prérogatives, 629 S
Prestation compensatoire, voy.
« divorce » Sans preuve, pas de droit, 310
Prestation de service, 78 Scolarisation des filles, 21, 156
Prêt d’utérus, 615, 617, 661, 662 Sécurité juridique, 58, 230, 522, 563
Preuve (bigamie), voy. « polygamie » Séparation de fait, 131, 132
Principes généraux, 270, 449, 453 Séparation judiciaire de domicile, 132
Privilège Sexe
- d’aînesse, 283 - définition, 470
443
DÉDICACE........................................................................................................................ 3
REMERCIEMENTS .......................................................................................................... 4
PRINCIPALES ABRÉVIATIONS .................................................................................... 5
SOMMAIRE .................................................................................................................... 10
RÉSUMÉ EN FRANÇAIS .............................................................................................. 11
RÉSUMÉ EN ANGLAIS ................................................................................................. 12
INTRODUCTION............................................................................................................ 13
I. LA PERMANENCE DE LA PROBLÉMATIQUE DE L’ÉGALITÉ ...................... 14
II. LA NOTION D’ÉGALITÉ ...................................................................................... 16
A. L’égalité et les notions voisines ..................................................................... 16
B. L’égalité et les notions opposées ................................................................... 22
III. DOMAINE D’ÉTUDE DE L’ÉGALITÉ ............................................................... 27
A. La notion de famille ....................................................................................... 27
B. La place de l’égalité dans le droit béninois de la famille .............................. 33
IV. LA NÉCESSITÉ DE LA RECHERCHE .............................................................. 39
A. L’actualité de la question de l’égalité en droit de la famille.......................... 40
B. Les intérêts de l’étude .................................................................................... 45
V. PROBLÉMATIQUE ............................................................................................... 46
VI. LA DÉMARCHE À SUIVRE ................................................................................ 47
445
PREMIÈRE PARTIE
LE DROIT BÉNINOIS DE LA FAMILLE SOUS LE PRISME DU PRINCIPE
D’ÉGALITÉ : DE LEGE LATA
TITRE I
LA TRADITION COMME OBSTACLE Á L’ÉGALITÉ EN DROIT DE LA
FAMILLE
2. Les effets inégaux du mariage sur la nationalité des époux ..................... 125
B. L’inégalité condamnée ................................................................................. 129
1. Les effets de la décision de la Cour constitutionnelle .............................. 129
2. L’urgence d’une intervention législative ................................................. 132
CONCLUSION DU CHAPITRE II ............................................................................... 134
CONCLUSION DU TITRE I 136
TITRE II.
LA LOI COMME OUVERTURE Á PLUS D’ÉGALITÉ EN DROIT BÉNINOIS DE
LA FAMILLE
CHAPITRE II. L’ÉGALITÉ DANS LES RELATIONS AU SEIN DES COUPLES . 174
SECTION 1. Les relations personnelles des époux.................................................... 175
§ 1. La consécration de la capacité juridique distincte de chaque époux ............... 175
A. La suppression des institutions symboles de la domination du mari ........... 177
1. La suppression de la puissance maritale .................................................. 177
2. La réforme de la capacité juridique de la femme mariée ......................... 179
B. L’effectivité de la pleine capacité juridique de chaque époux .................... 181
§2. La création d’une union personnelle égalitaire entre les époux ........................ 182
A. Les devoirs mutuelles entre époux .............................................................. 182
1. Le devoir de communauté de vie ............................................................. 183
2. Les devoirs de fidélité, de respect et d’assistance entre époux ................ 185
a. Le devoir de fidélité entre époux ........................................................... 185
b. Les devoirs de respect et d’assistance mutuelle .................................... 187
B. Les devoirs des époux envers les enfants .................................................... 189
1. L’autorité parentale sur la personne de l’enfant ....................................... 190
a. L’attribution conjointe de l’autorité parentale ....................................... 191
b. L’exercice conjoint de l’autorité parentale ............................................ 192
2. L’autorité parentale conjointe sur les biens du mineur ............................ 193
a. L’administration légale des biens de l’enfant ........................................ 193
b. La jouissance légale des revenus de l’enfant ......................................... 195
SECTION 2. Les relations pécuniaires des époux ..................................................... 199
§ 1. L’égal droit des époux dans le regime matrimonial de droit commun ............ 200
A. L’égale contribution des époux aux charges du ménage
dans le régime de droit commun ......................................................................... 201
1. L’objet de la contribution aux charges du ménage .................................. 202
2. L’égalité dans la contribution aux charges du ménage reposant sur la
faculté de chaque époux .................................................................................. 203
B. L’égalité des époux dans le paiement des dettes ménagères ....................... 206
1. Le mandat domestique légal de chaque époux consacré .......................... 206
449
SECONDE PARTIE
LE DROIT BÉNINOIS DE LA FAMILLE SOUS LE PRISME DU PRINCIPE
D’ÉGALITÉ : DE LEGE FERENDA
TITRE I
LES MUTATIONS SOCIALES, VECTEUR DE PLUS D’ÉGALITÉ EN DROIT DE
LA FAMILLE
CHAPITRE I. LA MARCHE INACHEVÉE VERS UNE ÉGALITÉ
CONSACRÉE DANS LES DIFFÉRENTES FORMES DE COUPLES ....................... 223
SECTION 1 : Une parfaite égalité pour les concubins hétérosexuels ........................ 225
§ 1. Une égalité en faveur des concubins................................................................ 226
A. Une parfaite égalité de vie sociale entre concubins et époux ...................... 226
1. La légitimité sociale du concubinage ....................................................... 227
2. La tolérance générale du concubinage ..................................................... 228
B. Une égalité de vie juridique entre concubins et époux ................................ 230
1. L’influence de l’égalité des enfants sur les parents concubins ................ 230
2. Une égalité assurée directement aux concubins par le biais des principes
généraux de la responsabilité civile ................................................................. 232
§ 2. Une égalité en défaveur des concubins ............................................................ 234
A. La reconnaissance explicite du concubinage par le législateur ................... 235
1. La définition du concubinage par le législateur ....................................... 236
2. L’assimilation des couples à travers la qualification « relation
domestique ».................................................................................................... 237
B. L’égale protection contre les violences assurée aux concubins
et aux époux ........................................................................................................ 239
SECTION 2 : Une délicate égalité en raison de l’orientation sexuelle et
de la nature du sexe .................................................................................................... 240
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TITRE II
LES PROGRÈS DE LA MÉDECINE, VECTEUR DE PLUS D’ÉGALITÉ EN
DROIT DE LA FAMILLE