Polynômes à plusieurs indéterminées
Christophe Antonini1 , Olivier Teytaud2 , Pierre Borgnat3, Annie Chateau4 , and
Edouard Lebeau5
1
Enseignant en CPGE, Institut Stanislas, Cannes
2
Chargé de rechercher INRIA, Université d’Orsay, Orsay
3
Chargé de recherche CNRS, ENS Lyon, Lyon
4
Maitre de conférence, Université Montpellier-2, Montpellier
5
Enseignant en CPGE, Lycée Henri Poincaré, Nancy
11 août 2023
Généralités sur les polynômes à plusieurs indéterminées et zoologie.
1 Polynômes à plusieurs indéterminées
Cette partie sera délibérément très peu détaillée ; beaucoup de démonstrations sont calquées
sur le cas des polynômes à une indéterminée. On peut en première lecture se limiter à la partie
??, ou l’on travaillera avec des polynômes à une seule indéterminée, et fournissant les méthodes
permettant de s’attaquer à cette partie plus abstraite.
1.1 Généralités
Définition 0.1 polynôme à n indéterminées à coefficients dans A
Soit A un anneau commutatif unitaire.
On appelle polynôme à n indéterminées à coefficients dans A l’ensemble des applications
presque nulles de Nn dans A. On note A[X1 , . . . , Xn ] l’ensemble des polynômes à n indéterminées à
coefficients dans A. Par la suite, on dira souvent simplement, pour gagner en concision, polynôme.
On dit que P ∈ K[X1 , . . . , Xn ] est de degré d si d est le max des |ν| tels que Pν est non nul
(voir Définition ?? pour les rappels sur les opérations dans Nn ).
Si i ∈ [[1, n]], on dit que P est de degré d en Xi si le sup des νi tels que Pν 6= 0 est d.
1
On note Xi l’élément de A[X1 , . . . , Xn ] nul partout sauf en ν = (δi,j )j∈[1,n] , avec Xν = 1.
Etant donnés P et Q deux polynômes, on note R = P × Q le produit de P et Q avec
X
Rν = Pα Qβ
α+β=ν
(pour les opérations dans N n , voir Définition ??).
On appelle monôme un polynôme dont un seul élément est non nul.
On appelle dérivé formel d’un polynôme P par Dν pour ν ∈ Nn le polynôme
X (ν + α)!
Pα+ν .
n
α!
α∈N
δ
On note parfois δXi Dν avec νj = (δi,j )j∈[1,n] .
Proposition 0.1
On identifie A[X1 , . . . , Xn ] à A[X1 , . . . , Xn−1 ][Xn ].
On identifie A[X1 , . . . , Xp ][Xp+1 , . . . , Xn ] à A[X1 , . . . , Xn ].
A[X1 , . . . , Xn ] est intègre si et seulement si A est intègre.
A[X1 , . . . , Xn ] est muni naturellement d’une structure de A-module. Muni de la multiplication
définie plus haut, il s’agit d’une A-algèbre.
L’ensemble des monômes unitaires est une base de A[X1 , . . . , Xn ].
Etant donnée B une A-algèbre associative commutative unitaire, P ∈ A[X1 , . . . , Xn ]
et
P 1 , ..., xnν1 nν2 éléments
x de B, on appelle valeur de P en (x1 , . . . , xn ) l’élément de B
νn
ν∈N n P ν x1 2x . . . xn . On note cet élément P̃ (x1 , . . . , xn ). On constate ainsi qu’un polynôme P
s’identifie naturellement à une application P̃ de B n dans B. On note A[x1 , . . . , xn ] l’ensemble des
P̃ (x1 , . . . , xn ) pour P ∈ A[x1 , . . . , xn ].
Si (x1 , . . . , xn ) vérifie P̃ (x1 , . . . , xn ) = 0, on dit que (x1 , . . . , xn ) est un zéro de P .
Etant donné (x1 , . . . , xn ) n éléments de B, l’ensemble des polynômes P vérifiant
P (x1 , . . . , xn ) = 0 est un idéal de A[X1 , . . . , Xn ], engendré par les (Xi − ai ) pour i ∈ [1, n].
1.2 Si A est un corps K
Proposition 0.2
Si K est un corps, K[X1 , . . . , Xn ] est naturellement muni d’une structure de K-espace vectoriel
. Formule de Taylor, si K est un corps de caractéristique nulle : soit P ∈ K[X], alors
X 1
P = (Dν P )(0)X ν .
n
ν!
ν∈N
1.3 Zoologie des polynômes à plusieurs indéterminées : les polynômes
symétriques
Attention A est supposé ici anneau commutatif et unitaire.
Définition 0.2 polynôme symétrique
Soit P ∈ A[X1 , . . . , Xn ]. P est dit polynôme symétrique si et seulement si pour tout σ
permutation de [1, ..., n], P (X1 , ..., Xn ) = P (Xσ(1) , Xσ(2) , ..., Xσ(n) ).
On appelle polynômes symétriques élémentaires les polynômes de la forme
X
Σk,n = Xa1 Xa2 ...Xak pour 1 ≤ k ≤ n
1≤a1 ≤a2 ≤...≤ak ≤n
X
n
On appelle k-ième polynôme de Newton le polynôme Nk = Xik .
i=1
Les polynômes symétriques élémentaires sont de la forme suivante, dans le cas n = 3 :
Σ1,3 = X1 + X2 + X3
Σ2,3 = X1 X2 + X2 X3 + X1 X3
Σ3,3 = X1 X2 X3
Apllication On verra en section ?? une application des polynômes symétriques en géométrie
et en section ?? une application aux polynômes à une indéterminée.
On ne donnera pas ici de preuve des résultats énoncés ; on pourra se référer à [1]. On a les
propriétés suivantes :
•Les polynômes symétriques élémentaires sont symétriques (évident).
•Les polynômes de Newton sont symétriques (évident).
•Si Q est un polynôme à n indéterminées, alors P = Q(Σ1,n , Σ2,n , ..., Σn,n ) est un polynôme
symétrique (facile).
•Si P ∈ A[X1 , ..., Xn ] est symétrique, alors il existe un polynôme Q tel que P = Q(Σ1,n , Σ2,n , ..., Σn,n )
(pas évident du tout, récurrence sur le nombre d’indéterminées et sur le degré du polynôme.
•Relations de Newton : Si 1 ≤ k ≤ n on a
X
k−1
Nk = (−1)i Nk−i Σi,n + (−1)k kΣk,n .
i=1
X
n
Si n ≤ k, on a Nk = (−1)i Nk−i Σi,n .
i=1
Références
[1] P. Tauvel, Mathématiques générales pour l’agrégation, Masson, 1997.