Comportement mécanique des composites tissés
Comportement mécanique des composites tissés
THÈSE
présentée à
L’UNIVERSITÉ BORDEAUX 1
École Doctorale des Sciences Physiques et de l’Ingénieur
par
Guillaume COUÉGNAT
Ingénieur de l’École des Mines d’Albi-Carmaux
DOCTEUR
Spécialité : Mécanique et ingénierie
Après avis de :
MM. C. H OCHARD Professeur à l’Université de Provence Rapporteur
D. KONDO Professeur à l’Université des Sciences et Technologies de Lille Rapporteur
– 2008 –
Remerciements
Je tiens à adresser tout d’abord mes plus sincères remerciements à mes deux directeurs
de thèse, Messieurs Eric Martin, Professeur à l’Université de Bordeaux, et Jacques Lamon,
Directeur de recherche au CNRS. Je leur suis très reconnaissant de m’avoir proposé ce sujet
de recherche, particulièrement riche et complet. Ils m’ont toujours accordé leur confiance
respective et m’ont laissé une grande liberté quant au déroulement et à l’organisation de
mes recherches. Qu’ils trouvent ici l’expression de ma profonde gratitude.
J’ai été particulièrement sensible à l’intérêt que Messieurs Christian Hochard, Profes-
seur à l’Université de Provence, et Djimédo Kondo, Professeur à l’Université des Sciences
et Technologies de Lille ont porté à mon travail en me faisant l’honneur de le juger en
tant que rapporteurs. Je suis également très reconnaissant envers Monsieur Pierre Lade-
vèze, Professeur à l’ENS Cachan, d’avoir accepté de présider mon jury de thèse, et en-
vers Messieurs Laurent Baroumes, Ingénieur à Snecma Propulsion Solide, Nicolas Carrère,
Ingénieur de Recherche à l’ONERA Châtillon, et Ivan Iordanoff, Professeur à l’ENSAM
Bordeaux d’avoir accepté d’examiner mon travail.
Ce travail a été réalisé dans le cadre du programme AMERICO, financé par la DGA
et coordonné par l’ONERA Châtillon, grâce à une bourse DGA-CNRS. Que les différents
partenaires impliqués dans ce projet, et notamment Snecma Propulsion Solide, soient ici
remerciés.
Enfin, j’aimerais adresser une pensée à mes parents et à ma famille, et les remercier de
m’avoir soutenu – aussi bien humainement que financièrement la dernière année – et de
m’avoir permis d’arriver là où j’en suis aujourd’hui. Merci.
Table des matières
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.3.1. Vers une approche multiéchelle basée sur une modélisation discrète de
l’endommagement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.3.2. Construction du modèle d’endommagement . . . . . . . . . . . . . . . . 42
[Link].Rappel : cadre thermodynamique de la mécanique des milieux conti-
nus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
[Link]. Variables internes et forces thermodynamiques . . . . . . . . . . . . 43
[Link]. Prise en compte du caractère unilatéral de l’endommagement . . . 45
[Link]. Lois d’évolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
2.3.3. Stratégie numérique d’identification du modèle . . . . . . . . . . . . . . 47
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
Introduction
Depuis quelques années, des approches fondées sur des considérations micromécaniques
sont développées. Ce type de modélisations semble être particulièrement adaptées aux maté-
riaux composites qui sont caractérisés par leur nature multiéchelle qui permet de distinguer
successivement l’échelle de la structure, l’échelle du renfort, l’échelle du fil, et l’échelle des
constituants (Figure 1). Un important effort de recherche a été récemment mené à travers
le projet d’étude amont AMERICO (Analyse Multi Echelles Recherche Innovante pour les
COmposites) financé par la DGA (2002-2007). Ce programme, piloté par l’ONERA et re-
groupant laboratoires universitaires (LMT Cachan, LMARC Besançon, LGMT Toulouse,
LCTS Bordeaux) et industriels (CNES, EADS, Snecma, Dassault Aviation, Thalès, Giat
Industries), avait pour objectif (i) de contribuer à l’amélioration des méthodes de dimen-
sionnement des structures composites, tant sur le plan des performances que sur le coût, et
(ii) de mettre en évidence les gains obtenus à l’aide d’outils originaux basés sur des concepts
d’analyse multiéchelle. Les améliorations proposées ont principalement été de deux types :
(i) améliorer le caractère prédictif des calculs par l’utilisation de méthodes de changement
d’échelle, et (ii) améliorer la précision des modèles en développant des lois de comporte-
ment plus « physiques ». Du point de vue de la compréhension des phénomènes, les dé-
marches multiéchelles permettent de faire le lien entre le comportement des constituants
élémentaires et le comportement du matériau composite. Ce dialogue entre les différentes
échelles permet (i) d’affiner les relations entre les mécanismes élémentaires de déformation
10 Introduction
L’objectif de ce travail de thèse est donc de proposer une approche multiéchelle du com-
portement thermomécanique des matériaux composites à renfort tissé, applicable aussi bien
aux CMO qu’aux CMC. L’objectif final de la thèse est la mise au point et l’intégration dans
11
un code de calcul d’un modèle de comportement adapté aux structures composites tissées.
Le modèle développé devra en outre prendre en compte les mécanismes d’endommagement
prépondérants aux diverses échelles d’analyse du matériau, en particulier à travers l’intro-
duction de variables d’endommagement ayant une signification physique.
Dans la troisième partie, l’approche DMD est finalement mise en oeuvre pour le maté-
riau CMC tissé. Au Chapitre 7, les effets des endommagements microscopique et mésosco-
pique sur les propriétés effectives du matériau sont tout d’abord identifiés numériquement
grâce à des calculs d’homogénéisation périodique sur des cellules représentatives endom-
magées. Dans un second temps, les cinétiques d’endommagements associées sont estimées
par identification inverse à partir d’un essai sur éprouvette. Des essais de traction hors-axes
sont ensuite simulés afin de valider le modèle et d’explorer son caractère prédictif. Enfin,
au Chapitre 8, le modèle DMD est implanté dans le code de calcul ZéBuLoN et appliqué à
trois cas-tests de calcul de structure. Les résultats obtenus sont comparés à ceux issus d’un
modèle macroscopique de référence et les apports du modèle DMD sont discutés.
P REMIÈRE PARTIE
Le matériau 2.5D-C/SiC étudié est un composite tissé à fibres de carbone ex-PAN (po-
lyacrylonitrile) et à matrice de carbure de silicium (SiC) élaboré par Snecma Propulsion
Solide (groupe SAFRAN). Les fibres de carbone haute résistance utilisées ont un diamètre
moyen de l’ordre de 7 µm et sont rassemblées en fils comportant environ un millier de fibres.
La section transverse des fils possède une géométrie elliptique de dimensions moyennes
1000 µm suivant le grand axe et 200 µm suivant le petit axe. Ces fils sont tissés pour obte-
nir une préforme tridimensionnelle complexe d’une épaisseur d’environ 4 mm (Figure 1.1).
Cette préforme tissée est densifiée par une matrice SiC déposée par infiltration chimique
en phase vapeur (CVI) [CHR 79]. Environ 30 à 50µm de SiC sont déposées lors des diffé-
rents cycles d’infiltration. Une interphase de pyrocarbone d’environ 1 µm est préalablement
déposée sur la préforme, également par CVI.
F IGURE 1.2 – Coupe transverse d’un fil de 2.5D-C/SiC (diamètre d’une fibre 7 µm ).
Il faut également noter que l’écart entre les coefficients de dilatation thermique de la
fibre et de la matrice entraîne l’apparition de contraintes résiduelles au sein de la matrice
lors de l’élaboration du matériau [SIR 96; DAL 97]. Ces contraintes d’origine thermique
sont partiellement relaxées lors du refroidissement du matériau et donnent naissance à des
fissures orientées par la symétrie matérielle du composite. On distingue deux types de fis-
sures prééxistantes (Figure 1.3) : (i) des fissures matricielles générées perpendiculairement
au renfort tissé et (ii) des fissures transverses à l’intérieur des fils, parallèlement à leur petit
axe.
de fibres suffisant (de l’ordre de 60 %) pour assurer des propriétés mécaniques correctes,
la préforme est compactée lors de l’infiltration de la matrice. Ainsi l’épaisseur du matériau
obtenu est plus faible que dans le cas du CMC (environ 2.5 mm) (Figure 1.4).
Les essais ont été réalisés à température ambiante sur une machine INSTRON 4505 dans
des conditions de sollicitation quasi-statique, avec une vitesse de déplacement de la traverse
de la machine de 0.1 mm/min. Les éprouvettes utilisées étaient de dimension 150 ∗ 20 mm
pour les essais de traction et de 100 ∗ 20 mm pour les essais de compression. Elles étaient
équipées de rosette extensométrique 0˚/+45˚/-45˚sur chaque face ainsi que d’un extenso-
mètre sur les tranches. Les essais ont également été suivis par émission acoustique afin de
18 Caractérisation expérimentale du comportement mécanique des matériaux composites tissés
R EMARQUE.– Dans la suite, les angles de sollicitations sont donnés par rapport à la direc-
tion des fils de chaîne. La direction 1 correspond au sens chaîne du renfort, et la direction 2
au sens trame.
L’émission acoustique (Figure 1.7) permet de distinguer trois zones dans la séquence
d’endommagement du matériau, comme précédemment observé par d’autres auteurs [CAM 96;
HAH 97; JEK 01] sur des familles de matériaux similaires :
– une première zone pour des charges inférieures à 15-20 MPa où le signal reste nul, ce
qui laisse à penser que les mécanismes mis en jeu en début de chargement concernent
essentiellement l’ouverture des fissures d’origine thermique.
– une deuxième zone pour des charges comprises entre 20 MPa et 175 MPa où l’évo-
lution du nombre d’événements acoustiques enregistrés croît de façon quasi-linéaire.
Cette évolution est à mettre en relation avec la multiplication des fissures matricielles.
– une troisième zone pour des charges supérieures à 200 MPa où le signal augmente de
façon importante qui correspond à la reprise de la charge par les fils et aux ruptures
de fibres.
La rupture finale de l’éprouvette intervient pour une contrainte d’environ 260 MPa et
une déformation de 0.65% dans le sens chaîne, et de 290 MPa et 0.55% dans le sens trame.
Contrairement aux résultats obtenus sur 2D-C/SiC [CAM 96], le module apparent ob-
servé en compression est similaire à celui obtenu en traction. Cette constatation, déjà réali-
sée par [DAL 97] sur un tissé CMC 2.5D similaire à ce matériau, suggère que les niveaux
de contraintes appliqués ne sont pas suffisants pour refermer complètement les fissures pré-
existantes et observer une augmentation significative du module de Young en compression.
1.2 Comportement sous sollicitations mécaniques 19
300
250 !2
!1
200
" (MPa)
150
100
50
0
!0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7
! (%)
300
!2
!1
250
200
" (MPa)
150
100
50
0
!0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6
! (%)
100
90
80
70
60
E (GPa)
50
40
30
20
10
0
0 50 100 150 200 250
! (MPa)
F IGURE 1.6 – Evolution du module apparent du 2.5D-C/SiC lors d’un essai de traction sens
chaîne.
6
x 10
18
16
14
12
E.A. (coups)
10
0
0 50 100 150 200 250 300
! (MPa)
!50
!100
" (MPa)
!150
!1
!200
!2
!250
!0.3 !0.25 !0.2 !0.15 !0.1 !0.05 0 0.05
! (%)
300
250
200
150
Contrainte (MPa)
100
50
!50
!100
!150
!200
!0.2 !0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7
Déformation (%)
Les conclusions, quant au comportement hors axes du matériau, sont identiques à celles
formulées pour le comportement en traction dans les axes, à savoir un comportement élas-
tique endommageable avec présence de déformations résiduelles lors des décharges, comme
l’illustre la Figure 1.10b.
300
90°
0°
250
200
22.5°
" (MPa)
67.5°
150
45°
100
50
0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9
! (%)
160
!2
140
!1
120
100
" (MPa)
80
60
40
20
0
!0.4 !0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8
! (%)
700
600
500
400
" (MPa)
300
200
100
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4
! (%)
5
x 10
14
12
10
E.A. (coups)
0
0 100 200 300 400 500 600 700
! (MPa)
200
180
160
140
120
" (MPa)
100
80
60
40
20
0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3
! (%)
F IGURE 1.13 – Courbe de comportement pour un essai de traction cyclée à 45˚ (2.5D-
C/époxy).
à contrainte nulle en fin de cycle de décharge. Elles diminuent rapidement vers une valeur
asymptotique non nulle (Figure 1.14).
Des observations micrographiques ont été réalisées sur des échantillons polis de matériau
sain et de matériau testé à rupture afin de caractériser les modifications microstructurales,
c’est-à-dire l’apparition et/ou la multiplication de fissures au sein du matériau.
26 Caractérisation expérimentale du comportement mécanique des matériaux composites tissés
0.45
0.4
3
0.35
0.3
0.25
! (%)
0.2
2
0.15
0.1
0.05 1
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500
Temps (s)
Pour compléter ces observations post mortem, un dispositif d’observation in situ de l’en-
dommagement a été utilisé. Il est constitué d’une table de déplacement motorisée sur la-
quelle repose un système d’observation optique, lui-même constitué d’une caméra numé-
rique associée à une tête de microscope. Ce montage est fixé au bâti de la machine d’essai
mécanique pour suivre, au cours d’un chargement donné, les différentes surfaces de l’éprou-
vette. A partir d’images successives d’une face polie, un programme développé sous MAT-
LAB, et basé sur la corrélation d’image, permet d’assembler automatiquement les différents
clichés (Figure 1.15).
On constate également une multiplication des fissures matricielles dans la matrice inter-
fil, perpendiculairement à la direction de sollicitation (Figure 1.18). Le pas de fissuration,
initialement de 325 ± 75µm , diminue jusqu’à saturation aux alentours de 140 ± 60µm pour
un chargement de l’ordre de 175 MPa. L’évolution du pas de fissuration en fonction du
chargement est représentée à la Figure 1.19.
28 Caractérisation expérimentale du comportement mécanique des matériaux composites tissés
(a) σ = 0 MPa
F IGURE 1.17 – Multiplication des fissures intra-fils dans les fils transversaux (2.5D-C/SiC).
Les fissures matricielles inter-fils ainsi générées sont déviées aux interfaces fils/matrices,
provoquant des décohésions fils/matrice et fils/fils (Figure 1.20). Le chargement est ainsi
progressivement transmis aux fils longitudinaux. A saturation, la matrice intra-fil subit à son
tour un processus de multifissuration. Les fissures matricielles intra-fils sont alors déviées
aux interfaces fibres/matrice à l’intérieur des fils [BAS 01].
1.3 Caractérisation microstructurale de l’endommagement 29
(a) σ = 0 MPa
450
400
350
Pas de fissuration (µm)
300
250
200
150
100
50
!50 0 50 100 150 200 250 300
Contrainte (MPa)
Enfin, il faut noter que, contrairement aux observations effectuées sur un 2D-C/SiC
[COU 04], la fissuration matricielle générée par un chargement hors-axes reste principa-
lement orientée par le renfort comme le montre la Figure 1.21.
Contrairement au 2.5D-C/SiC dont la matrice céramique est plus rigide que son renfort,
la matrice du 2.5D-C/époxy a un module de Young très faible devant celui des fibres et sup-
porte donc peu d’effort. Il n’y a pas de processus de fissuration matricielle analogue à celui
observé dans un CMC. Le développement de l’endommagement (Figure 1.22) est conforme
à celui décrit dans la littérature [GAO 99; HOC 01] et consiste en (i) une fissuration des fils
transverses associées à d’importantes décohésions interfaciales (Figure 1.23a) et (ii) des
ruptures de fibres dans les fils longitudinaux (Figure 1.23b).
F IGURE 1.21 – Orientation de la fissuration matricielle pour une sollicitation hors-axe à 45˚.
32 Caractérisation expérimentale du comportement mécanique des matériaux composites tissés
(a) Fissure transverse et décohésion associée. (b) Ruptures de fibres dans un fil longitudinal.
il est possible de déterminer le tenseur d’élasticité complet du matériau, et ce, même sous
charge.
10 10 10
0 0 0
0 100 200 0 100 200 0 100 200
C12 C13 C23
10 10 10
5 5 5
0 0 0
0 100 200 0 100 200 0 100 200
Contrainte (MPa)
F IGURE 1.24 – Evolution des composantes du tenseur d’élasticité du 2.5D-C/SiC lors d’un
essai de traction monotone à 0˚.
Même si les modules mesurés sont plus faibles que les modules apparents obtenus à
partir des courbes de traction/compression, ces résultats donnent un certain nombre d’in-
formations intéressantes. Ces différences peuvent être expliquées soit par une dispersion
matériau, les éprouvettes utilisées pour les mesures ultrasonores venant d’une autre plaque,
soit par la création d’un endommagement initial supplémentaire lors de la mise en place de
l’essai.
Tout d’abord, ces mesures permettent d’avoir une estimation des modules initiaux du
matériau dans toutes les directions de l’espace. On constate en particulier que le 2.5D-
C/SiC a un module de rigidité hors-plan initiale C33 aux alentours de 17.5 GPa, et une
rigidité en cisaillement C66 de 16 GPa. On observe également une diminution relative du
module longitudinal C11 en accord avec les données obtenues en mesurant les pentes des
cycles de décharge. Le module transverse C22 reste quasiment constant pendant l’essai, ce
qui montre qu’il ne se crée pas d’endommagement dans la direction transverse.
On note aussi que les modules hors-plan et de cisaillement diminuent au cours de l’essai,
mettant ainsi en évidence des couplages entre l’endommagement créé en traction, fissures
matricielles et décohésions, et ces propriétés. Autrement dit, l’endommagement généré en
34 Caractérisation expérimentale du comportement mécanique des matériaux composites tissés
15 &'
10 &!
5 '
Module (GPa)
2)567/0183-4
0 !
!5 !'
!10 !&!
!15 !&'
!20 !"!
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 ! "! #! $! %! &!! &"! &#! &$! &%!
Contrainte (MPa) ()*+,-.*+/0123-4
F IGURE 1.25 – Evolution des termes C16 et C26 du tenseur d’élasticité lors d’un essai de
traction hors-axes à 45˚.
Les essais mécaniques et les observations microstructurales associées ont permis de dé-
crire le comportement et les mécanismes d’endommagement des matériaux étudiés.
Les études menées au chapitre précédent ont permis de décrire le comportement mé-
canique et les phénomènes d’endommagement associés pour deux matériaux composites
à renfort tissés. Nous nous intéressons maintenant aux différentes approches existant dans
la littérature et permettant de modéliser le comportement endommageable de ces maté-
riaux. Les modèles d’endommagement fondés sur la mécanique des milieux continus sont
tout d’abord présentés. La prise en compte de l’aspect tissé du renfort est ensuite discutée.
Enfin, une approche multiéchelle adaptée aux composites tissés est proposée.
Les approches développées dans le cadre de la mécanique des milieux continus consi-
dèrent le matériau étudié comme un matériau homogène équivalent (Figure 2.1) et font
abstraction, du moins dans leur formulation, des hétérogénéités de la microstructure. Ainsi,
bien que le matériau réel fasse apparaître des discontinuités physiques aux différentes échelles
de sa microstructure, celles-ci ne sont pas traduites explicitement, mais décrites seulement
de façon globale, au niveau homogénéisé d’un élément de volume du matériau. Ces ap-
proches se définissent par une modélisation continue des mécanismes de dégradation en
vue du calcul de structure par éléments finis. Elles fournissent des outils de simulation du
comportement de structures sous chargement complexe.
soit à partir des variations relatives du tenseur des souplesses [CAM 00], (iii) soit enfin en
proposant une formulation mixte rigidité/souplesse [MAI 97b; MAI 97a].
Cependant, bien que ce type d’approche fasse l’hypothèse d’un matériau homogène
équivalent, la connaissance préalable des modes d’endommagement permet de guider le
choix des variables d’endommagement. Par exemple, une représentation scalaire de l’en-
dommagement est suffisante lorsque le réseau de fissure est orienté par le renfort [CHA 02].
Des couplages avec des modèles micromécaniques simples peuvent être également uti-
lisés pour préciser les liens entre les mécanismes d’endommagement et leurs effets. On
peut, par exemple, citer les travaux de [HIL 96] qui utilisent un modèle phénoménolo-
gique dont les lois d’évolution sont fournies par l’analyse micromécanique d’une cellule
comprenant une fissure matricielle et une zone de décohésion interfaciale. D’autres auteurs
ont incorporé certains paramètres microstructuraux dans leurs modèles d’endommagement
[ROS 00; WEI 01]. Même si ces modèles se veulent plus « déductifs », ils ne sont pas encore
à proprement parler multiéchelles et restent cantonnés dans la catégorie des modèles induc-
tifs. Ils utilisent certes des variables internes, non plus phénoménologiques, mais micro-
structurales. Il subsiste cependant des paramètres phénoménologiques faisant le lien entre
les deux échelles (micro-macro). Il s’agit en fait de modèles macro d’inspiration micro,
comparable en cela aux approches macroscopiques les plus récentes [CHA 02; HAL 02].
2.2 Prise en compte de l’aspect tissé 37
Le caractère multiéchelle est plus affirmé pour les travaux qui utilisent des techniques
d’homogénéisation pour obtenir les coefficients du tenseur d’élasticité à partir de la géomé-
trie des réseaux de fissures matricielles. Par exemple, [LEB 93] utilise la méthode des mo-
dules effectifs pour évaluer la matrice d’élasticité d’un composite 2D-SiC/SiC, en prenant
éventuellement en compte la présence d’un endommagement. D’autres auteurs [DAL 97;
MOR 97; BAR 99; GRU 04] utilisent également des méthodes d’homogénéisation analy-
tiques pour obtenir les propriétés du milieu homogène endommagé. Dans ces modèles, les
fissures, orientés dans n directions de l’espace, sont supposées de forme ellipsoïdale et sont
traitées comme des inclusions équivalentes.
Même si les modèles décrits ici ont été identifiés pour des composites à renfort tissé,
leur nature macroscopique ne leur permet pas de prendre complètement en compte les par-
ticularités de ces matériaux. Par exemple, la géométrie du renfort tissé n’est pas explicite-
ment modélisée. Et il apparaît évident qu’une modélisation plus fine des couplages entre
microstructure, endommagement et comportement requiert une meilleure description de la
microstructure du matériau, en particulier au niveau de la géométrie et de l’aspect tissé du
renfort.
De nombreuses recherches ont également été menées sur la modélisation des compo-
sites à renfort textiles. Cependant, ces travaux se sont le plus souvent focalisés sur l’es-
timation des propriétés élastiques initiales ou à rupture (voir par exemple, les références
dans [TAN 97; BYS 00]), et non sur une modélisation complète du comportement de ces
matériaux.
Les propriétés des couches équivalentes sont obtenues par différentes techniques d’ho-
mogénéisation, et celles du stratifié par la théorie classique des stratifiés. De nombreux
modèles sont présents dans la littérature parmi lesquels on peut citer [ISH 82; CHO 89;
NAI 92; NAI 95; ITO 97; BYS 00; SHE 01]. Ils se distinguent essentiellement par leur ma-
nière de définir les propriétés des couches, et plus particulièrement par leur prise en compte
de l’ondulation du renfort. Dans les premiers travaux de [ISH 82], l’ondulation du renfort
est ignorée, les couches équivalentes sont définies simplement en terme de fraction volu-
mique correspondante. Dans les développements suivants, un modèle géométrique simple
de l’ondulation du tissu, le plus souvent de type sinusoïdale, est considéré afin de prendre
en compte la perte de rigidité due à l’ondulation des fils.
Des modèles basés sur des approches énergétiques et micromécaniques ont été égale-
ment été développés par plusieurs auteurs [VAN 96; BIG 97; COX 97; SAN 97; JIA 00;
TAB 02].
Bien que ces méthodes permettent d’obtenir des prévisions pour les propriétés hors-
plan, elles reposent, comme pour les approches « stratifié », sur une description géométrique
relativement simple et incomplète du renfort tissé. De plus, des hypothèses fortes sont faites
sur la forme des champs de contrainte et de déformation au sein du matériau.
2.2 Prise en compte de l’aspect tissé 39
Les méthodes numériques reposent sur l’analyse par éléments finis d’une cellule élé-
mentaire du composite tissé (Figure 2.4). Il est ainsi possible d’utiliser une représentation
de la microstructure aussi complète que possible. En général, ces méthodes nécessitent le
développement d’un modèle EF détaillé de l’architecture du renfort.
Les premières tentatives de modélisation par éléments finis d’un composite tissé ont été
menées par [PAU 90; DAS 96; GLA 96]. L’objectif de ces études étaient de calculer les
propriétés élastiques du composite et d’étudier les champs de contraintes dans les différents
constituants du matériau à l’échelle mésoscopique.
La prise en compte d’un endommagement a initialement été introduit par [WHI 95a;
WHI 95b]. Les calculs étaient menés sur une cellule élémentaire tridimensionnelle de géo-
métrie simple au sein de laquelle la fissuration était simulée par une diminution de la rigidité
des éléments du maillage. Suivant le même type d’approche, on peut aussi citer les travaux
de [KUH 99; KUH 00] qui sont l’un des rares à s’être également intéressé aux CMC (Fi-
gure 2.5).
Ces modèles ont ensuite été perfectionnés par d’autres auteurs. Les auteurs [ZAK 03;
KUR 06] effectuent des calculs sur une cellule élémentaire dont les fils peuvent s’endom-
mager de manière anisotrope suivant trois modes, et la matrice de manière isotrope. Un
critère en contrainte est utilisé pour déterminer la rupture des éléments. Leur rigidité est
ensuite réduite dans la direction normale à la rupture. Une approche similaire a également
été proposée par [ISM 00].
D’autres auteurs [CAR 01; TAN 06] ont poussé encore un peu plus loin la description
de la microstructure en proposant une stratégie d’homogénéisation à plusieurs échelles. Un
premier calcul est réalisé à l’échelle de fibres pour déterminer les propriétés homogénéisées
des fils. Un second calcul réalisé à l’échelle des fils sert à déterminer les propriétés du
composite. L’endommagement est pris en compte à l’échelle mésoscopique en réduisant la
rigidité des éléments rompus.
Une approche différente est proposée par [GUI 96; LAM 98]. Ces auteurs simulent le
comportement d’une cellule bi-dimensionnelle en traction ou en flexion. La fissuration de
40 Modélisation du comportement mécanique des matériaux composites à renfort tissé
F IGURE 2.5 – Modélisation EF d’une cellule élémentaire de CMC. D’après [KUH 00].
la matrice inter-fil ainsi que les décohésions interfaciales sont introduites dans le maillage
en dédoublement des noeuds. Leur apparition est pilotée par une loi statistique multiaxiale
de type valeurs extrêmes. L’effet de la fissuration intra-fil est décrite par une diminution des
propriétés locales autour de la fissure.
Compte tenu de la difficulté à générer un modèle EF d’un renfort complexe, les diffé-
rents modèles numériques évoqués n’ont été utilisés que pour des renforts simples, de type
taffetas et satin, soumis à des chargements de traction monotone dans les axes du renfort.
Les maillages générés restant relativement grossiers, l’introduction de l’endommagement
sous forme de réduction de la rigidité des éléments du maillage peut également se révé-
ler problématique. La localisation de l’endommagement est alors fortement dépendante du
maillage utilisé. Certes, les modes d’endommagement obtenus semblent qualitativement en
accord avec les observations expérimentales [ZAK 03], mais aucune confrontation avec une
courbe de comportement n’est présentée. Enfin, mis à part dans [LAM 98], aucune approche
ne prend explicitement en compte les décohésions interfaciales qui jouent pourtant un rôle
prépondérant dans le processus d’endommagement.
2.3.1. Vers une approche multiéchelle basée sur une modélisation discrète de l’endom-
magement
Les méthodes développées spécifiquement pour les tissés, plus orientées « matériaux »
que « mécanique » ne permettent pas quant à elles d’obtenir véritablement de loi de com-
portement utilisable en calcul de structure. Les approches analytiques et micromécaniques
se bornent généralement à une estimation des propriétés élastiques initiales. Les approches
numériques permettent de simuler la réponse globale du matériau à une sollicitation simple,
mais pas encore d’établir le comportement du matériau dans le cas d’un chargement com-
plexe.
Enfin, hormis pour les approches numériques les plus récentes, le niveau de description
de la microstructure reste très insuffisant pour permettre d’établir un lien entre le comporte-
ment des constituants élémentaires et le réponse macroscopique du matériau.
Les différentes observations et données expérimentales montrent clairement que les rela-
tions endommagement/comportement sont des problèmes de nature multiéchelle. Les méca-
nismes élémentaires d’endommagement (fissuration matricielle et décohésion interfaciale)
se produisent aussi bien à l’échelle micro, celle des constituants élémentaires (fibre/matrice),
qu’à l’échelle du renfort tissé. Le processus d’endommagement qui se produit aux échelles
micro et méso se traduit au niveau du comportement par une modification des caractéris-
tiques mécaniques à l’échelle macro.
La stratégie proposée dans ce travail consiste, comme pour les approches récemment
développées pour les stratifiés [HUC 05; MAR 05], à effectuer une étape d’homogénéisa-
tion sur des cellules élémentaires endommagées à l’échelle micro afin d’en déduire leurs
propriétés équivalentes à l’échelle macro. Le modèle proposé reprend le formalisme des
modèles macro développés dans le cadre de la mécanique des milieux continus, mais en
42 Modélisation du comportement mécanique des matériaux composites à renfort tissé
F IGURE 2.6 – Maillage éléments finis utilisé pour estimer l’effet de la fissuration transverse
et du délaminage sur le comportement du pli d’un stratifié. D’après [HUC 05].
Ce travail s’inscrit dans la suite des travaux de Caiazzo et Costanzo [COS 96]. Ces au-
teurs ont développé, dans le cadre de la thermodynamique des processus irréversibles, une
stratégie d’homogénéisation générique pour la prise en compte de l’endommagement sous
forme discrète [CAI 00; CAI 01]. L’approche Discrete Micro Damage (DMD) dévelop-
pée ici reprend la philosophie de la démarche proposée dans [CAI 00] en l’adaptant au cas
tridimensionnel complexe des composites tissés.
considérée comme une succession d’état d’équilibre. Autrement dit, les temps permettant
au système de se retrouver à un état d’équilibre sont négligeables par rapport aux durées
caractéristiques des phénomènes mis en jeu dans l’évolution de l’état du matériau.
C’est par le choix de la nature et du nombre de variables d’état que les phénomènes phy-
siques impliqués seront plus ou moins bien décrits. On distingue également, les variables
observables, auxquelles on peut accéder expérimentalement (la température T , la déforma-
tion totale ε), et les variables internes Vk , non mesurables directement.
Pour établir les lois d’évolution des variables internes, la TPI postule également l’exis-
tence d’un pseudo-potentiel, ou potentiel complémentaire, de dissipation Φ∗ , fonction des
forces thermodynamiques associées. Les lois d’évolution se définissent alors par :
∂Φ ∗ ~q˙ ∂ Φ∗
V˙k = −ρ ; =− . (2.4)
∂ Ak T ∂ ~∇T
C = f (d1 , . . . , dn ) (2.5)
44 Modélisation du comportement mécanique des matériaux composites à renfort tissé
Pour une écriture en déformation (i.e où ε est la variable observable), le potentiel ther-
modynamique s’exprime alors sous la forme de l’énergie libre d’Helmholtz :
2ρΨ = ε e : C̃(d) : ε e
(2.6)
= ε − ε th : C0 − D(d) : ε − ε th
avec C0 le tenseur des rigidités initiale, C̃ = C0 − D(d) le tenseur élastique effectif, D(d)
le tenseur d’effet de l’endommagement, fonction des variables d’endommagement micro
d = (d1 , . . . , dn ), ε le tenseur des déformations totales et ε th le tenseur des déformations
d’origine thermique.
Le tenseur D(d) rend compte de la perte de rigidité provoquée par un état d’endomma-
gement micro décrit par l’ensemble des variables d = (d1 , . . . , dn ). C’est donc à travers le
calcul de ce tenseur que le passage micro-macro déjà évoqué est obtenu.
Les lois d’états définissant le tenseur des contraintes σ et les forces thermodynamiques
yi prennent alors la forme suivante :
∂Ψ
σ =ρ = C0 − D(d) : ε − ε th (2.8)
∂ε
∂Ψ 1 ∂ D(d)
yi = −ρ = ε − ε th : : ε − ε th (2.9)
∂ di 2 ∂ di
���
0
�����
�0 �
�0
�0
���
Pour pouvoir prendre en compte cet effet, on introduit une nouvelle variable ηi qui dé-
crit l’état actif ou passif du dommage di . Si la sollicitation imposée ouvre les fissures, le
dommage di est actif et ηi = 1. Inversement, lorsque la sollicitation referme les fissures, le
dommage est passif et ηi = 0.
L’état d’endommagement du matériau est toujours décrit par le vecteur de variables mi-
cro d = (d1 , . . . , dn ), mais le calcul de l’effet de l’endommagement utilise maintenant l’en-
dommagement effectif d̃ = (η1 d1 , . . . , ηn dn ) avec :
en introduisant
C̃0 = C0 − D(d̃0 ) , (2.14)
et
C̃ = C0 − D(d̃) (2.15)
,
en notant d̃0 l’endommagement effectif initial. La contrainte se réécrit sous la forme :
σ = C̃ : ε − ε th + C̃0 − C̃ : ε 0 . (2.16)
On obtient ainsi un modèle macro dont les variables internes reflètent de manière directe
et quantitative l’état d’endommagement micro du matériau. L’effet de l’endommagement
sur les propriétés mécaniques est donné à travers le tenseur D(d) qui relie effectivement
un état d’endommagement micro décrit par d = (d1 , . . . , dn ) au tenseur effectif des rigidités
C̃ = C0 − D(d).
La stratégie proposée par [CAI 00], et reprise ici, est d’estimer le tenseur D(d) à partir
de calculs par éléments finis sur une cellule élémentaire représentative du matériau dans
laquelle l’endommagement est introduit de manière discrète (Figure 2.8).
F IGURE 2.8 – Représentation schématique d’une cellule élémentaire d’un tissé CMC et ses
modes d’endommagement. D’après [BOI 01].
Dans les travaux précédents sur les stratifiés [HUC 05; MAR 05], les microstructures
représentatives restaient géométriquement simples (par exemple, Figure 2.6), et le nombre
de modes d’endommagement limité. La mise en oeuvre numérique de l’étape d’homogénéi-
sation était alors relativement immédiate. L’adaptation de cette démarche au cas plus com-
plexe des composites à renfort tissés ne vas pas, par contre, sans poser un certain nombre
de difficultés numériques et de modélisation. La première difficulté est posée par la com-
plexité géométrique de la microstructure des tissés, en particulier dans le cas de renforts
épais, comme ceux de nos matériaux.
Il faut en premier lieu être capable d’en définir une cellule élémentaire représentative,
géométriquement puis numériquement. Autrement dit, il est nécessaire d’établir un modèle
géométrique capable de rendre compte de la microstructure du composite, et par la suite, de
générer à partir de ce modèle, un maillage éléments finis adapté au calcul. Il est également
nécessaire d’être en mesure de générer de façon automatique les fissures au sein du maillage
pour les différents modes d’endommagement envisagés, en introduisant en particulier les
décohésions interfaciales. Enfin, une fois le maillage de la cellule endommagée obtenu, il
faut pouvoir effectuer efficacement le calcul des propriétés effectives par homogénéisation
périodique, et ce avec un temps de calcul raisonnable. Une stratégie numérique de résolution
adaptée est donc également nécessaire. Chacun de ces points nécessite le développement
d’outils numériques spécifiques qui sont présentés dans la deuxième partie de ce manuscrit.
D EUXIÈME PARTIE
Comme le montre la Figure 3.1, l’arrangement des fibres au sein d’un fil est très désor-
donné pour un CMO ou un CMC. Comme il est probable que les propriétés locales sont
largement influencées par les distances locales interfibres, les modélisations basées sur un
arrangement parfait des fibres (arrangement carré ou hexagonal) ne sont pas capables de
prendre en compte cette variabilité et restent donc très insuffisantes. Il est alors nécessaire
de caractériser le « désordre » dans l’arrangement des fibres pour déterminer la taille mini-
male d’un volume élémentaire représentatif (VER).
100
0.6
80
60
0.55
40
20 0.5
y (pixels)
−20 0.45
−40
0.4
−60
−80
0.35
−100
−100 −50 0 50 100
x (pixels)
Les principales propriétés de la covariance sont [JEU 01] : (i) par définition, la cova-
riance pour h = 0 est égale à la fraction volumique de la phase r : C(0) = vr , (ii) la cova-
riance d’un ensemble stationnaire atteint un palier égal au carré de la fraction volumique de
la phase r : C(∞) = vr 2 , (iii) la présence de plusieurs échelles (amas, accumulation d’amas,
etc.) se manifeste par des inflexions de la covariance, (iv) la périodicité de la microstructure
se manifeste par une périodicité de la covariance.
De plus, si la covariance C(h) atteint son palier asymptotique pour une distance finie a,
alors a est une longueur caractéristique de la structure qui mesure la taille statistiquement
représentative d’un VER [JEU 01]. Dans le cas du CMC (Figure 3.3), le palier est atteint
pour h ≈ 75 pixels, soit environ 12 rayons de fibres. Compte tenu de la fraction volumique
de fibres ν f = 0.6, le VER géométrique est composé d’approximativement 30 fibres.
0.65
0.6
0.55
0.5
0.45
0.4
0.35
0.3
0.25
−200 −150 −100 −50 0 50 100 150 200
h (pixels)
0.65
0.6
0.55
0.5
0.45
0.4
0.35
0.3
0.25
−200 −150 −100 −50 0 50 100 150 200
h (pixels)
F IGURE 3.3 – Covariance de la micrographie d’un fil CMC dans les directions x et y.
3.2 Construction de cellules élémentaires périodiques par optimisation de la covariance 55
L’étude de la covariance permet donc de déterminer la taille minimale d’un VER géo-
métrique. Dans la pratique, cette taille peut se révéler encore trop importante pour pouvoir
réaliser des études par éléments finis sur le VER complet. Une solution classique consiste
alors à considérer des cellules de taille inférieure à celle du VER géométrique, soit extraites
de micrographies de la microstructure réelle [TRI 06b], soit des cellules générées aléatoire-
ment en se recalant sur la fraction volumique moyenne de fibres. Ces méthodes nécessitent
cependant de réaliser un grand nombre de calculs pour converger vers une valeur moyenne
représentative [KAN 06].
L’idée de l’approche proposée ici, adaptée des travaux de [ZEM 01], est de générer des
cellules représentatives en utilisant toute l’information de la covariance, et non pas seule-
ment la fraction volumique moyenne. Le but est alors de construire des cellules élémen-
taires, de taille inférieure à la taille du VER géométrique, mais dont la covariance reste la
plus proche possible de la covariance de la microstructure de référence. On fait l’hypothèse
que la topologie de la microstructure complète est dictée par la position des fibres : (i) dans
le cas de CMO, la matrice est le complémentaire des fibres, (ii) dans le cas des CMC, l’in-
terphase et la matrice peuvent être considérées comme des dépôts concentriques à partir
des fibres, à l’image du mode de fabrication par CVI, la porosité étant la phase laissée vide
après le dépôt de la matrice.
H1 H2
F(x, H1 , H2 ) = ∑ ∑ (Covre f (i, j) −Cov(i, j))2 (3.2)
i=0 j=0
La position initiale des N fibres est choisie de manière aléatoire dans une cellule de
dimension H1 = H2 , telle que la fraction volumique moyenne soit respectée. La covariance
de la cellule est évaluée et la fonctionnelle d’erreur est calculée. La position optimale des
fibres est ensuite déterminée itérativement (Figure 3.4) grâce à une méthode d’optimisation
évolutionnaire précédemment développée au LCTS 1.
1. Il s’agit en fait d’un algorithme génétique hybride développé pour l’identification de lois de comporte-
ment non-linéaires [COU 04].
56 Modélisation et maillage de cellules élémentaires à l’échelle microscopique
F IGURE 3.5 – Exemples de cellules élémentaires pour un fil CMC obtenues par optimisation
de la covariance.
3.2 Construction de cellules élémentaires périodiques par optimisation de la covariance 57
R EMARQUE.– Il est intéressant de noter que, par construction, les cellules générées sont
périodiques. Ceci permettra par la suite d’appliquer simplement les conditions aux limites
périodiques pour l’estimation des propriétés effectives.
Les Figures 3.6 à 3.8 présentent, dans le cas du CMC, une comparaison entre la cova-
riance de la microstructure de référence (Figure 3.1) et celle de cellules élémentaires pour
un nombre croissant de fibres.
0.65 0.65
Reference Reference
Reconstruite Reconstruite
0.6 0.6
0.55 0.55
0.5 0.5
0.45 0.45
0.4 0.4
0.35 0.35
0.3 0.3
0.25 0.25
−100 −80 −60 −40 −20 0 20 40 60 80 100 −100 −80 −60 −40 −20 0 20 40 60 80 100
h (pixels) h (pixels)
0.65 0.65
Reference Reference
Reconstruite Reconstruite
0.6 0.6
0.55 0.55
0.5 0.5
0.45 0.45
0.4 0.4
0.35 0.35
0.3 0.3
0.25 0.25
−100 −80 −60 −40 −20 0 20 40 60 80 100 −100 −80 −60 −40 −20 0 20 40 60 80 100
h (pixels) h (pixels)
On remarque tout d’abord que, dans la limite de leur taille, les cellules rendent assez bien
compte de la covariance de référence. En particulier, la fraction volumique moyenne, don-
née par la valeur de la covariance pour h = 0, est identique à la valeur recherchée ν f = 0.62.
Plus la taille de la cellule est grande, plus elle est capable de rendre compte d’informations
58 Modélisation et maillage de cellules élémentaires à l’échelle microscopique
0.65 0.65
Reference Reference
Reconstruite Reconstruite
0.6 0.6
0.55 0.55
0.5 0.5
0.45 0.45
0.4 0.4
0.35 0.35
0.3 0.3
0.25 0.25
−100 −80 −60 −40 −20 0 20 40 60 80 100 −100 −80 −60 −40 −20 0 20 40 60 80 100
h (pixels) h (pixels)
d’ordre élevé, i.e. les différentes fluctuations de la covariance qui correspondent à autant
de distances caractéristiques de la microstructure. En augmentant le nombre de fibres, il
devient alors possible de prendre en compte, non seulement les distances entre les fibres,
mais aussi les distances entre les amas de fibres.
Dans un premier temps, une procédure MATLAB a été développée permettant de géné-
rer, à partir de la position optimale des fibres, une image représentative de la microstructure
complète (Figure 3.9). Dans le cas des CMC, l’interphase de PyC et la matrice SiC sont
modélisés comme des dépôts concentriques à partir de la surface des fibres. Les épaisseurs
des dépôts sont choisies à partir de mesures expérimentales, environ 1 µm pour l’interphase
et 2.5 µm pour la matrice.
A partir de l’image obtenue, les limites des différentes phases (fibres, interphase, ma-
trice, porosité) sont extraites par analyse d’image. On obtient ainsi une description géomé-
trique des frontières des différentes entités de la microstructure. Un maillage éléments finis
est ensuite généré à partir de ce modèle géométrique à l’aide du mailleur bidimensionnel
BL2D-V1 [BOR 95] (Figure 3.10).
F IGURE 3.9 – Reconstruction des différentes phases à partir de la position des fibres au sein
d’un fil CMC : interphase (gris clair), matrice (blanc) et porosité (noir).
F IGURE 3.10 – Maillage d’une cellule élémentaire périodique d’un fil CMC.
L’approche par optimisation de la covariance permet donc de construire des cellules élé-
mentaires périodiques, représentatives de la microstructure de référence, en contrôlant le
niveau d’information dont on souhaite rendre compte. Ces cellules sont, par construction,
périodiques et géométriquement représentatives de la microstructure de référence. Toute-
fois, suivant les phénomènes physiques étudiés, la taille minimale d’une cellule représen-
tative mécaniquement peut être différente de celle du VER géométrique. Les travaux de
[TRI 06b] ont par exemple montré que dans le cas d’un CMO, la taille caractéristique du
VER mécanique pour le calcul des propriétés élastiques était de l’ordre de δ = 15r f (avec
r f le rayon d’une fibre), alors que l’estimation des propriétés à rupture nécessitait un VER
60 Modélisation et maillage de cellules élémentaires à l’échelle microscopique
de taille δ = 100r f . Si l’étude de la covariance permet d’estimer une taille de VER géo-
métrique, il est nécessaire de vérifier a posteriori que cette taille est suffisante pour que le
VER géométrique identifié soit également un VER mécanique. On se propose donc d’esti-
mer dans un premier temps les propriétés élastiques de la microstructure de référence, puis
de les comparer à celles obtenues dans le cas de cellules élémentaires.
La microstructure de référence n’est pas de nature périodique. Il n’est donc pas possible
de calculer directement ses propriétés effectives par homogénéisation périodique.
Afin de pouvoir estimer malgré tout ses propriétés, nous avons recours à la méthode
ECA (Embbeded Cell Approach) utilisée dans [TRI 06a]. Le maillage non-périodique de la
microstructure dont on veut obtenir les propriétés est plongé dans un maillage périodique
d’un matériau homogène (Figure 3.11).
40
C11
35
30
Module (GPa)
25
C22
20
C66
15
10
C12
5
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Itérations
La méthode ECA est mise en oeuvre avec le code de calcul ZéBuLoN. Les propriétés
des constituants élémentaires considérées dans ce calcul sont données dans le Tableau 3.1.
C11 = 26.5 GPa ; C22 = 26.1 GPa ; C12 = 9.1 GPa ; C66 = 9.4 GPa. (3.3)
Les propriétés des cellules élémentaires sont maintenant calculées par homogénéisation
périodique pour un nombre de fibres croissant. Etant donné que le processus d’optimisation
utilisé pour générer les cellules n’est pas déterministe (pour un même nombre de fibres, la
configuration finale de la cellule sera légèrement différente à chaque tirage), les propriétés
62 Modélisation et maillage de cellules élémentaires à l’échelle microscopique
effectives des cellules sont estimées sur 30 cellules pour un nombre de fibres donné. Les
évolutions des modules élastiques effectifs des cellules, en fonction du nombre de fibres,
sont présentés à la Figure 3.13 (les propriétés de la microstructure de référence y sont rap-
pelées en pointillés).
40 40
35 35
30 30
25 25
Module (GPa)
Module (GPa)
20 20
15 15
10 10
5 5
0 0
0 5 10 15 20 25 30 35 0 5 10 15 20 25 30 35
Nombre de fibres Nombre de fibres
40 40
35 35
30 30
25 25
Module (GPa)
Module (GPa)
20 20
15 15
10 10
5 5
0 0
0 5 10 15 20 25 30 35 0 5 10 15 20 25 30 35
Nombre de fibres Nombre de fibres
F IGURE 3.13 – Evolution des propriétés élastiques des cellules élémentaires en fonction du
nombre de fibres pour un fil CMC.
On constate que les modules calculées à partir des cellules élémentaires convergent ra-
pidement vers les valeurs de référence. Les résultats montrent que l’erreur sur l’estimation
des modules devient inférieure à 5% pour un nombre de fibres supérieur à 10. La taille du
VER mécanique pour l’estimation des propriétés élastiques est finalement inférieure à la
taille du VER géométrique (de l’ordre de 30 fibres). Des cellules élémentaires construites
par optimisation de la covariance et contenant de 10 à 30 fibres sont donc suffisantes pour
obtenir une estimation correcte des modules de la microstructure réelle.
3.4 Conclusion 63
3.4. Conclusion
Les outils numériques développés dans ce chapitre ont été implantés dans MATLAB.
Le programme, nommé GENCELL, permet ainsi (i) de caractériser la morphologie d’une
microstructure par analyse de sa covariance, (ii) de déterminer la taille minimale d’un VER
géométrique, (iii) de générer des cellules élémentaires périodiques contenant un nombre de
fibres donné à partir des informations morphologiques, (iv) de reconstruire une microstruc-
ture complète en prenant en compte les différentes phases à partir de la position des fibres
et (v) de réaliser automatiquement des maillages éléments finis périodiques des cellules
élémentaires.
La modélisation géométrique des renforts tissés est un domaine exploré depuis de nom-
breuses années puisque les premiers travaux remonte à [PIE 37]. Des améliorations ont de-
puis été régulièrement proposées (voir par exemple [HIV 05] pour les développements les
plus récents). Cependant, la plupart de ces modèles ne sont utilisables que pour des renforts
2D simples de type taffetas ou satin. Les travaux les plus complets sont à mettre à l’actif
de Lomov et Verpoest [LOM 00; LOM 01; LOM 07; LOM 02; LOM 06; VER 05] qui ont
développé une procédure de modélisation géométrique applicable à une très large gamme
de renforts tissés, aussi bien 2D (à base satin) que 3D (multicouche). La modélisation réa-
lisée ici en reprend les principales idées en les appliquant aux spécificités des textures des
matériaux étudiés dans ce travail.
���
�����
����� �����
����� �����
�����
�����
�����
La topologie du tissage peut alors être codée sous forme d’une matrice dont l’élément
(i, j) donne la couche de l’intersection du i-ème fil de chaîne avec le j-ème fil de trame. Par
exemple, les deux fils de la zone de chaine jWa = 4 peuvent être représentés par :
0 1 0 1
1 2 1 2
Cette convention fournit une description robuste de la majorité des tissages 2D et 3D. La
topologie du renfort est complètement définie par le nombre de zones de trame, le nombre
de couches, le nombre de zones de chaîne, le nombre de fils de chaîne dans chaque zone de
chaîne, et la matrice définissant la séquence de tissage.
Les abscisses des points de contact, ainsi que les coefficients du polynôme sont détermi-
nés en minimisant l’énergie de flexion du fil w sur l’intervalle [0, p] :
(z(x))2
Z p
1
w= B(x) 5 dx (4.1)
2 x=0 (1 + (z(x)2 ) 2
1. On souhaite assurer une continuité de la courbure du fil aux points de jonctions, ce qui revient à imposer
une continuité C 2
4.1 Modélisation géométrique du renfort tissé 67
� ��
� ��
�
où B(x) est la rigidité en flexion du fil. Dans le cas où les fils de chaîne et de trame sont
identiques, B(x) peut être choisi arbitrairement. En pratique, on choisit B(x) = 1.
On suppose initialement que les fils de trame sont rectilignes (Figure 4.3a). A partir de la
position des fils de trame et de la séquence de tissage, on en déduit la position des extrémités
des n intervalles élémentaires de chaque fil de chaîne. La minimisation de (Eq. 4.1) permet
alors d’obtenir la description z(x) de la ligne moyenne des fils de chaîne dans chacun des n
intervalles élémentaires.
La hauteur des intervalles des fils de chaîne hWa étant reliée à la hauteur des fils de
trame hWe par la topologie du tissage, on obtient un système de N équations à N inconnues
(N étant le nombre total d’intervalles élémentaires de fils de trame) dépendant uniquement
de la position des extrémités des intervalles élémentaires des fils de trame. Le système
(Eq. 4.3) est résolu de manière itérative par une méthode de Newton-Raphson pour obtenir
la configuration d’énergie minimale (Figure 4.3b).
Le modèle géométrique et les différentes routines d’optimisation ont été implantés dans
MATLAB dans un programme nommé GENTEX. Ce programme permet d’obtenir à partir
d’une séquence de tissage et des propriétés géométriques des fils, une description paramé-
trique des lignes moyennes des fils de chaîne et de trame. Quelques exemples de cellules
tissées générées avec GENTEX sont présentées à la Figure 4.4.
L’outil GENTEX permet d’obtenir une description géométrique du renfort tissé. L’étape
suivante est la réalisation d’un maillage éléments finis d’une cellule complète, c’est-à-dire
du renfort, mais également de la matrice.
[VER 05; LOM 07]. Dans ces différentes approches, le principe de modélisation est le sui-
vant :
1) à partir des données géométriques du renfort, créer des entités volumiques des fils,
2) mailler les fils,
3) créer une entité volumique de la matrice,
4) mailler la matrice,
5) fusionner les maillages.
Si le principe reste simple, la mise en oeuvre de ces étapes élémentaires dans des cas de
renforts complexes est un véritable défi. Les difficultés sont nombreuses, en particulier la
gestion des interpénétrations des maillages des fils ou la définition du maillage de la matrice
[VER 05].
Les paragraphes suivants proposent une méthode qui se veut suffisamment générale et
robuste pour traiter des cas de renfort 3D complexes en considérant des matrices aussi bien
de type CMO que CMC.
Afin d’avoir une description consistante des différentes entités géométriques (courbes,
surfaces), nous utiliserons une description paramétrique des courbes et surfaces de type
NURBS 2 [PIE 97] .
où les Pi sont les points de contrôle de la courbe, ωi le poids affecté au point Pi et Bki (u) les
fonctions de Cox-de Boor définies par
(
0 1 si tk 6 u 6 tk+1
Bi (u) =
0 sinon
(4.5)
u − ti t i+k − u
Bki (u) = Bk−1 (u) + Bk−1 (u)
ti+k − ti i ti+k − ti+1 i+1
L’avantage principal de ce type de représentation, par rapport aux autres formulations clas-
siques (courbes de Bézier, B-Spline, etc.), est qu’elle permet de représenter exactement les
quadriques, comme les ellipses. Un exemple de modélisation d’une ellipse par une courbe
NURBS est donnée à la Figure 4.5.
�� �� ��
�� �����
�� ��
��
On peut alors créer une surface NURBS, représentant la surface du fil, en extrudant
l’ellipse de base le long de la ligne moyenne. En pratique, on définit les points de contrôle
Pi j de la surface NURBS en extrudant les points de contrôles Pi de l’ellipse de base : on
obtient ainsi une grille de contrôle qui définit la surface du fil (Figure 4.6). La géométrie du
fil est donc maintenant disponible sous la forme d’une surface paramétrée.
[Link]. Maillage
Le maillage d’un fil est réalisé en deux temps : (i) maillage de la surface et (ii) maillage
du volume à partir du maillage surfacique.
Maillage d’une surface paramétrée. Il existe essentiellement deux approches pour mailler
une surface paramétrée : directe et indirecte. Dans les approches directes, le maillage est gé-
néré directement dans l’espace physique. Elles demandent donc des mailleurs surfaciques
pouvant mailler directement dans un espace 3D. L’approche indirecte, utilisable avec un
mailleur 2D, consiste à mailler la surface dans le domaine paramétrique et à projeter le
maillage résultant dans l’espace physique 3D. Cependant, pour que le maillage de la sur-
face soit isotrope 3, il faut en général que celui du domaine paramétrique soit anisotrope
3. Ce que l’on cherche à obtenir pour un maillage adapté au calcul par éléments finis
4.2 Maillage des cellules tissées 71
�
�
�
�
� �
�
������ ��������
En effet, si l’on réalise un maillage isotrope dans le domaine paramétrique (Figure 4.8a),
le maillage obtenu dans le domaine physique est déformé, comme le montrent les Fi-
gures 4.8b et 4.8c.
Afin d’obtenir un maillage isotrope dans le domaine physique, il faut mailler le domaine
paramétrique en prenant en compte les distorsions induite par la projection. La spécification
de taille isotrope h que l’on souhaite obtenir au final peut être définie par une métrique Mh
[FRE 99] avec :
1 0 0
1
Mh = 2 0 1 0 (4.7)
h
0 0 1
La métrique anisotrope à utiliser dans le domaine des paramètres est alors donnée par :
1
M˜(P) = 2 Ms (P) (4.8)
h
où Ms (P) est la métrique induite dans le domaine des paramètres :
hsu , sv i hsu , sv i
Ms (P) = (4.9)
hsv , su i hsv , sv i P
avec h., .i produit scalaire et su , sv les dérivées de la surface s(u, v) par rapport aux pa-
ramètres u et v. Le domaine paramétrique est alors maillé en respectant les spécifications
de taille anisotropes 4 données par la métrique M˜ (Figure 4.9a). Le maillage surfacique
résultant est bien uniforme comme le montre la Figure 4.9c.
La définition d’une entité volumique du fil nécessite de mailler également les extrémités
du fil, c’est-à-dire les ellipses de base (Figure 4.10). Le maillage est réalisé dans le plan
de l’ellipse en imposant une taille de maillage identique à celle de l’extrémité du maillage
surfacique. Ainsi, les maillages correspondent exactement et peuvent être fusionnés sans
difficulté. Toujours pour assurer la périodicité du maillage, l’ellipse de base n’est maillée
qu’une seule fois. Le maillage de l’autre extrémité est obtenu par translation.
Maillage volumique à partir du maillage surfacique. Une fois le volume du fil délimité
par les différents maillages surfaciques (surface du fil et extrémités), le maillage volumique
du fil est obtenu à l’aide d’un mailleur tétraédrique de type Delaunay [FRE 99]. Le mailleur
utilisé ici est le mailleur GHS3D 5 développé par l’INRIA.
F IGURE 4.8 – Maillage surfacique obtenu avec un maillage uniforme du domaine paramé-
trique
74 Modélisation et maillage de cellules élémentaires à l’échelle mésoscopique
F IGURE 4.9 – Maillage surfacique obtenu avec un maillage anisotrope du domaine paramé-
trique
4.2 Maillage des cellules tissées 75
Orientation du matériau. Les propriétés du fil, à l’échelle méso, peuvent être considérées
comme isotrope transverse. Il est donc nécessaire de définir en tout point du fil, un repère
local afin de pouvoir correctement orienter les propriétés des matériaux. Pour chaque élé-
ment du maillage, on définit donc la rotation du repère local lié à l’élément par rapport au
repère global de la cellule complète, en fonction de sa position au sein du fil. Les éléments
sont ensuite regroupés en fonction de leur orientation avec une tolérance de 5˚ (Figure 4.12).
Chaque groupe est caractérisé par une matrice de rotation qui servira par la suite à orienter
les propriétés locales du matériau.
modélisation géométrique du renfort suppose que le diamètre des fils est d + δ tandis que
le maillage utilise le diamètre réel d. Cet artefact numérique permet d’une part de préve-
nir l’interpénétration des maillages des fils, mais également de faciliter le maillage de la
matrice en évitant la présence de zones trop aiguës à proximité des zones de contact. La
valeur de la distance de sécurité δ est choisie suffisamment faible pour ne pas trop modifier
la fraction volumique de fils, mais suffisante pour assurer la stabilité de l’étape de maillage.
Typiquement, on prend δ égale à 2% du grand axe d’un fil.
Assemblage des maillages. Etant donné la précaution précédente, les maillages indivi-
duels des fils peuvent être ajoutés sans risque d’interpénétration. On obtient finalement le
maillage EF volumique du renfort tissé (Figure 4.14).
L’entité matrice, pour un composite CMO, peut être définie en terme d’opérations boo-
léennes comme le résultat de la soustraction de l’entité renfort de la boîte englobante de la
4.2 Maillage des cellules tissées 77
cellule élémentaire [ROB 03]. Considéré de manière plus géométrique, le volume de ma-
trice est délimité par les surfaces limites de la cellule élémentaire auxquelles on a retiré les
volumes des fils (Figure 4.15).
La réalisation d’un maillage EF est, dans ce cas, relativement aisée. Les surfaces latérales
sont obtenues en retirant les ellipses de base des fils des plans limites de la cellule. En leur
ajoutant les maillages surfaciques des fils, on forme une entité volumique connexe qui peut
être maillée avec GHS3D. On obtient alors un maillage EF volumique de l’entité matrice
(Figure 4.16).
Il est important de noter qu’encore une fois, le maillage est construit de façon à respecter
la périodicité de la cellule. En pratique, les surfaces limites ne sont maillées qu’une seule
78 Modélisation et maillage de cellules élémentaires à l’échelle mésoscopique
fois. Les surfaces opposées correspondantes sont obtenues par translation. Enfin, en utili-
sant directement les maillages surfaciques des fils comme surfaces internes, on assure une
parfaite coïncidence entre le maillage de la matrice et le maillage du renfort.
Dans le cas d’un composite CMC, la géométrie de l’entité matrice est beaucoup plus
complexe que dans le cas CMO. En effet, il n’y pas un « bloc » de matrice, mais seulement
une gaine de matrice de faible épaisseur déposée autour renfort. La surface externe de la ma-
trice n’est plus un parallélépipède, mais une entité similaire au renfort dilaté de l’épaisseur
de la matrice déposée (Figure 4.17).
On commence donc par modéliser les gaines de matrice de chaque fil. On procède de
manière identique au maillage des fils en considérant simplement une ellipse de base dont
4.2 Maillage des cellules tissées 79
les dimensions sont augmentées de l’épaisseur du dépôt de matrice. On obtient ainsi une
ensemble de maillages surfaciques qui s’interpénètrent (Figure 4.18).
La difficulté est alors de réaliser la fusion, au sens d’opération booléenne, de ces dif-
férents maillages. A cause de la complexité géométrique des surfaces mises en jeu, il est
relativement difficile de calculer les intersections entre surface directement à partir de leur
description paramétrique (description implicite des intersections). On préfère donc calculer
ces intersections directement sur les maillages de ces surfaces (description explicite).
Un certain nombre d’auteurs, par exemple [SHO 99; COE 00; LIR 02; PAR 04; LO 05],
ont proposé des solutions relativement similaires pour la mise en oeuvre d’opérations boo-
léennes sur des géométries discrètes, c’est-à-dire des maillages. Dans le cas de la fusion,
ces procédures reposent sur un même principe, à savoir :
– déterminer les intersections entre les maillages
– supprimer les éléments qui se trouvent à l’intérieur de l’enveloppe externe
– remailler les zones d’intersections entre les maillages.
Intersections entre les maillages. La première étape consiste donc à rechercher les in-
tersections éventuelles entre les maillages. Une première solution consisterait à rechercher
les intersections entre tous les triangles de tous les maillages. Afin d’optimiser le temps de
calcul, on ne recherche tout d’abord que les intersections éventuelles entre les boites englo-
bantes des gaines de matrice, deux à deux. Si les boites englobantes de deux maillages ne
s’intersectent pas, il n’est pas nécessaire de rechercher d’éventuelles intersections entre les
maillages. Dans le cas contraire, on recherche une intersection entre un triangle du premier
maillage et un triangle du second. Le test d’intersection triangle-triangle utilisé est celui
décrit dans [MOL 97]. Comme initialement proposé par [LO 04], lorsqu’une première in-
tersection est détectée, on utilise les relations de voisinages des éléments pour déterminer
les intersections suivantes, en progressant de proche en proche (Figure 4.19).
F IGURE 4.19 – Recherche des points d’intersection entre deux maillages. D’après [LO 04].
Remaillage des surfaces. L’étape suivante consiste à remailler les gaines de matrice en
prenant en compte les boucles d’intersection. Afin de conserver un maillage de bonne qua-
lité, il est nécessaire de réaliser cette opération dans l’espace paramétrique. Il faut donc tout
d’abord projeter les boucles d’intersection de l’espace physique dans l’espace paramétrique,
c’est-à-dire pour chaque point d’intersection Qi , il faut déterminer le couple de paramètres
(u, v) qui dans l’espace paramétrique de la surface considérée donne le point Pi le proche
possible de Qi . Les paramètres optimaux (u∗ , v∗ ) sont déterminés de façon itérative en utili-
sant un algorithme d’optimisation non-linéaire de type Newton-Raphson.
On peut alors ajouter tous les maillages surfaciques ainsi corrigés pour obtenir le résultat
de la fusion des gaines de matrice (Figure 4.23).
Maillage volumique. La dernière étape est similaire au maillage de la matrice CMO. Les
maillages surfaciques des fils sont ajoutés à la fusion des gaines de matrice. On obtient alors
une entité volumique connexe que l’on maille avec le mailleur GHS3D.
Périodicité du maillage dans la direction hors-plan. Les maillages ainsi obtenus sont
périodiques dans le plan du renfort, mais la périodicité dans la direction hors-plan n’est
pas assurée. Afin d’imposer une périodicité du maillage dans la direction hors-plan, il est
nécessaire de rajouter une petite surépaisseur de matrice, comme illustré à la Figure 4.24.
Cette surépaisseur est traitée comme une gaine de matrice supplémentaire pour le calcul des
intersections avec les autres maillages.
82 Modélisation et maillage de cellules élémentaires à l’échelle mésoscopique
F IGURE 4.23 – Résultat de l’opération de fusion des maillages des gaines de matrice.
Une fois que le renfort et la matrice ont été maillés séparément, l’obtention du maillage
de la cellule complète se fait simplement en ajoutant les deux maillages volumiques et en
fusionnant les noeuds identiques (Figure 4.25)
4.3. Conclusion
Les développements présentés dans ce chapitre, à savoir (i) modélisation NURBS, (ii)
calcul de métrique, (iii) interfaces avec les mailleurs surfaciques et volumiques, (iv) in-
tersection et fusion de maillages, ont été implantés sous MATLAB dans un programme
nommé GENMESH. L’ensemble GENTEX/GENMESH offre alors une plateforme relative-
ment complète de modélisation géométrique et de maillage des composites tissés à l’échelle
mésoscopique. Ces outils permettent en particulier (i) de générer, à partir d’une séquence de
tissage et de quelques informations géométriques, un modèle géométrique du renfort tissé
4.3 Conclusion 83
et (ii) de créer un maillage EF de la cellule élémentaire complète, aussi bien dans le cas de
composites CMO que CMC.
L’application de ces outils dans la mise en oeuvre du modèle DMD sera développée au
Chapitre 7 (Section 7.4.1). Ils permettront de générer une cellule élémentaire du matériau
2.5D-C/SiC à l’échelle méso pour le calcul de ses propriétés effectives (Figure 4.26) et des
effets de l’endommagement à cette échelle.
F IGURE 4.26 – Résultat d’un calcul EF sur une cellule élémentaire d’un matériau composite
tissé générée avec GENTEX/GENMESH : contrainte σ11 pour un chargement périodique
ε̄ = ε11 .
Chapitre 5
Les outils numériques développés dans les deux chapitres précédents (GENCELL, GEN-
TEX et GENMESH) permettent maintenant de générer des cellules élémentaires représen-
tatives de matériaux composites tissés, aussi bien à l’échelle d’un fil qu’à celle du renfort.
L’étape suivante dans la stratégie numérique envisagée est l’introduction de l’endomma-
gement sous forme discrète au sein de ces cellules. Ce chapitre présente donc les déve-
loppements réalisés afin de permettre la génération de fissures dans un maillage éléments
finis.
L’introduction de fissures au sein d’un maillage EF peut être abordée de deux manières
différentes : (i) soit l’introduction des fissures est accomplie au cours de l’étape maillage de
la structure considérée, (ii) soit les fissures sont générées a posteriori à partir d’un maillage
intact. La première solution ne peut être facilement considérée que pour des géométries
simples : il faut en effet prévoir tous les chemins de fissuration possible au sein même du
modèle géométrique utilisé pour générer le maillage. Les chapitres précédents ont montré
que les étapes de modélisation et de maillage des microstructures étudiées étaient des étapes
relativement complexes, en particulier à l’échelle du tissé. Il est apparu plus raisonnable de
se tourner vers la seconde stratégie, i.e. traiter l’introduction des fissures comme une étape
de post-traitement d’un maillage sain.
5.2. Méthodologie
L’objectif ici est de générer, sur une certaine longueur, une décohésion à l’interface entre
deux matériaux.
(a) (b)
(c) (d)
La stratégie est ici illustrée pour un maillage bidimensionnel. L’extension au cas tridi-
mensionnel est immédiate en raisonnant sur les faces au lieu des arêtes.
La création d’une fissure, illustrée à la Figure 5.2 repose sur les opérations suivantes :
(a) (b)
(c) (d)
1) On commence par rechercher les éléments qui intersectent la fissure que l’on souhaite
créer (Figure 5.2a). L’approche la plus robuste consiste à décrire le front de fissure sous la
forme d’une équation implicite de type f (x, y, z) − c = 0 1. Pour chaque élément, on calcule
en chacun de ses noeuds i la valeur fi de cette fonction f . Si cette valeur est positive, le
noeuds se trouve dans le demi-plan « positif » par rapport au front de fissure. Inversement,
il est dans le demi-plan « négatif » si cette valeur est négative. Dans le cas où la valeur est
nulle, le noeud i se trouve sur le front de fissure. Si le signe de fi est identique pour chacun
des noeuds de l’éléments, alors celui-ci n’est pas intersecté par le front de fissure. Dans le
cas contraire, l’élément est traversé par la fissure.
2) Les noeuds les plus proches du front de fissures, c’est-à-dire pour lesquels fi est in-
férieure à une certaine valeur, sont projetés orthogonalement sur le front de fissure (Fi-
gure 5.2b et c). Cette étape permet de diminuer le nombre d’éléments à subdiviser, et d’évi-
ter la création d’éléments de mauvaise qualité à proximité du front de fissure [NIE 01].
3) Les éléments traversés par le front de fissure sont subdivisés afin de modifier loca-
lement la topologie du maillage pour faire apparaître le front de fissure (Figure 5.2d). Le
front de fissure est localement assimilé à un segment de droite et les intersections du front
de fissure et des arêtes de l’élément sont calculées. Dans le cas d’un élément triangulaire, il
n’y a qu’un seul cas possible (et son symétrique) : un noeud est du côté « positif » (resp. né-
gatif) du front de fissure, les deux autres noeuds du côté « négatif » (resp. positif). L’élément
est alors décomposé en trois triangles comme illustré par la Figure 5.3a. Dans le cas d’un
tétraèdre, il existe deux possibilités (et leurs symétriques) illustrées par la Figure 5.3b et c,
conduisant à la subdivision en trois ou six tétraèdres [RUP 94]. Afin d’assurer une conti-
nuité topologique entre les différents éléments traversés par la fissure, la décomposition
d’un élément se fait en choisissant toujours les arêtes les plus courtes entre les sommets et
les point d’intersection. Ainsi, la qualité des éléments créés est maximale et la connectivité
entre éléments adjacents est automatiquement respectée [RUP 94].
4) Enfin, les noeuds se trouvant sur le front de fissure sont dédoublés et la fissure est
ouverte en procédant de manière similaire à la décohésion.
1. On peut ainsi traiter de la même manière n’importe quelle forme de front de fissure : plane, sphérique,
etc.
5.3 Exemples d’application 89
Les stratégies numériques pour la création de fissures et de décohésions ont été implan-
tées dans un programme MATLAB nommé GENCRACK. Trois exemples générés avec
GENCRACK sont maintenant présentés afin d’illustrer la robustesse des algorithmes déve-
loppés.
Le premier exemple concerne une cellule fibre/matrice dont le maillage est présenté en
Figure 5.4.
Une fissure matricielle annulaire est insérée à mi-longueur de la cellule. Une décohésion
à l’interface fibre/matrice est également générée. La décohésion est centrée sur la fissure
annulaire et s’étend sur une longueur égale la moitié de celle de la cellule. Le résultat est
illustré à la Figure 5.5.
Le deuxième exemple est appliqué à une cellule de type « stratifié » (Figure 5.6a). Dix
fissures régulièrement espacées sont générées au sein du pli central, accompagnées d’une
décohésion aux interfaces entre les plis (Figure 5.6b et c).
Le dernier exemple est appliqué au maillage d’une cellule tissée générée avec GENTEX
et GENMESH (Figure 5.7a). Deux types de fissuration sont générés : fissuration matricielle
90 Introduction de l’endommagement sous forme discrète
(b) Détail
et fissuration transverse des fils (Figure 5.7b). Chaque famille de fissure est également ac-
compagnée de décohésion aux interfaces fil/matrice.
5.4. Conclusion
La dernière étape dans la stratégie numérique envisagée est le calcul des propriétés
effectives des cellules élémentaires endommagées par homogénéisation périodique. L’iden-
tification des effets de l’endommagement nécessite la réalisation d’un nombre important de
calculs. Il est alors nécessaire de disposer d’un outil d’homogénéisation robuste et rapide.
Un module numérique d’homogénéisation a donc été développé en portant une attention
particulière sur la rapidité des calculs et l’utilisation optimale de la mémoire. L’utilisation
de ce module spécifique permet d’obtenir des gains de temps importants par rapport aux
calculs réalisés avec un code EF généraliste.
Le problème (6.2) admet une unique solution u′ pour une déformation moyenne ε̄ don-
née. Les propriétés élastiques effectives C̃ du matériau homogénéisé sont alors déterminées
par la relation :
C̃ : ε̄ = C : (ε(u′ ) + ε̄) = σ̄ . (6.3)
Autrement dit, les composantes C̃i j∗∗ du tenseur d’élasticité effectif s’obtiennent en résol-
vant le système (6.2) pour un chargement macroscropique élémentaire ε̄ = ε̄kh ekh . La déter-
mination complète du tenseur d’élasticité C̃ nécessite donc la résolution de six problèmes
élémentaires de chargement ε̄i j ei j avec (i, j) = {(1, 1)(2, 2)(3, 3)(3, 2)(3, 1)(1, 2)}.
1
Z
[K] = ∑ [ke ] , [ke ] = T
[B] [C] [B] dV, (6.6)
e V e
Dans un cas général, la difficulté est que le chargement mécanique n’est imposé qu’à
travers une valeur moyenne, et que {f} n’est pas connu. Cependant, en remarquant que le
problème (6.8) peut également se mettre sous la forme [MIC 01] :
K K̄ u
′
0
T K̄ hCi = , (6.9)
ε̄ σ̄
ue
′
{u}e = , (6.10)
ε̄
et que l’on remplace la matrice [B] classique par la matrice B̂ = [B, I], alors on retrouve
avec
e 1 Z T
K̂ = ∑ k̂e , k̂ = B̂ [C] B̂ dV, (6.12)
e V e
et no n o n o 1Z
f̂ = ∑ f̂e , f̂e = T
B̂ {σ̄ } dV. (6.13)
e V e
R EMARQUE.– L’écriture des degrés de liberté élémentaires sous la forme (6.10) revient à
ajouter aux degrés de liberté élémentaires classiques, de nouveaux degrés de libertés, dits
« macroscopiques », qui permettent d’imposer un chargement en moyenne sur l’élément.
Le code de calcul ZéBuLoN, utilisé jusqu’à présent, contient des éléments finis pério-
diques avec des degrés de libertés macroscopiques. Il est donc possible de réaliser des cal-
culs d’homogénéisation périodique, comme cela a été fait dans les chapitres précédents.
Cependant, à l’heure actuelle, les éléments périodiques ne sont utilisables qu’avec le sol-
veur séquentiel. Or, étant donné la taille des maillages nécessaires à la modélisation fidèle
d’une structure tissée complexe (de l’ordre de 1 million d’éléments), la mémoire requise
pour la résolution des problèmes en séquentiel est bien au delà des capacités de calculs dis-
ponibles au LCTS. Il a donc été nécessaire d’entreprendre le développement d’un module
de calcul spécifique à l’homogénéisation périodique.
98 Calcul des propriétés élastiques effectives par homogénéisation périodique
où
e 1 Z T
K̄ = ∑ k̄e , k̄ = [B] [C] dV. (6.15)
e V e
Enfin, les matrices de rigidité sont symétriques par construction [ZIE 00]. Il est alors
possible de ne stocker que la partie triangulaire supérieure ou inférieure de la matrice, la
mémoire nécessaire au stockage étant alors divisée par deux.
6.3 Développement d’un module d’homogénéisation 99
Cette méthode nécessite le stockage d’un système initial plus grand que le système final,
et introduit des opérations matricielles potentiellement coûteuses. Il est alors plus judicieux
d’assembler le système directement sous sa forme réduite. Pour ce faire, lors du charge-
ment du maillage, les noeuds liés par des conditions de périodicité sont détectés et un
même numéro de degré de liberté leur est attribué. Ainsi, la réduction du système se fait
automatiquement lors de la phase d’assemblage [K] = ∑e [ke ], les contributions des noeuds
périodiquement liées étant sommées sur un même degré de liberté.
En résumé, les différentes étapes du calcul des propriétés effectives sont les suivantes :
1) Pré-traitement
– Lecture du maillage.
– Lecture des propriétés matériaux des différentes phases.
1. http ://[Link]/
100 Calcul des propriétés élastiques effectives par homogénéisation périodique
Le cas test consiste en une cellule (périodique) fibre/matrice. Deux maillages ont été
utilisés : un maillage grossier, noté A, représenté à la Figure 6.1 et un maillage plus fin,
noté B, identique à celui de la Figure 5.4.
et,
Les résultats obtenus sont identiques (aux erreurs d’arrondis numériques près), ce qui
valide l’implantation du module développé.
On note une diminution assez significative du temps de calcul avec GENPROP, même
utilisé en monoprocesseur, par rapport à ZéBuLoN. Pour le maillage A, l’accélération est
de l’ordre de 10, et pour le maillage 2, de l’ordre de 4. L’utilisation mémoire est égale-
ment réduite d’un facteur 2 entre les calculs réalisés avec ZéBuLoN et ceux réalisés avec
GENPROP.
Maillage A Maillage B
Nombre des noeuds 3290 21060
Nombre d’éléments 16224 113850
Nombre de d.d.l. 9870 63180
Temps de calcul (s)
- ZéBuLoN 32.1 504
- GENPROP 3.3 130
Mémoire utilisée (Mo)
- ZéBuLoN 124 1760
- GENPROP 67 1020
1 proc. 4 proc.
Temps de calcul 130 s 29 s
Mémoire/proc. 1020 Mo 625 Mo
TABLE 6.2 – Temps de calculs et occupation mémoire obtenus avec GENPROP pour le
maillage B en fonction du nombre de processeurs utilisés par le solveur parallèle.
6.5. Conclusion
L’identification du modèle DMD repose en grande partie sur l’évaluation numérique des
propriétés effectives du matériau endommagé par homogénéisation périodique. La stratégie
d’identification proposée a nécessité le développement d’outils numériques de changement
d’échelle adaptés aux cas complexes des composites tissés. Après avoir rappelé les équa-
tions du modèle et défini les variables d’endommagement, l’effet de l’endommagement aux
différentes échelles du matériau CMC est identifié numériquement en utilisant les outils dé-
veloppés précédemment. Les cinétiques d’endommagement sont quant à elles identifiées à
partir d’un essai de traction. L’identification du modèle est validée par des mesures mi-
crostructurales. Des essais de traction hors-axes sont ensuite modélisés afin d’explorer le
caractère prédictif du modèle DMD.
Les équations principales du modèle DMD, tel que proposé au Chapitre 3, sont tout
d’abord rappelées.
avec :
C̃0 = C0 − D(d̃0 ) (7.2)
C̃ = C0 − D(d̃) (7.3)
et :
Di j = Di j (d̃) = Hi j (η1 d1 , . . . , ηn dn )Ci0j . (7.4)
où d̃ = (η1 d1 , . . . , ηn dn ) est l’endommagement effectif.
106 Identification et validation du modèle DMD pour le matériau 2.5D-C/SiC
micro
Ldec = λ micro dmat
micro
. (7.8)
7.2 Définition des variables d’endommagement pour le matériau 2.5D-C/SiC 107
Les observations expérimentales réalisées à l’échelle microscopique [BAS 01; LAM 01]
montrent que les mécanismes d’endommagement interviennent de manière (quasi) séquen-
tielle : les premières ruptures de fibres apparaissent seulement après saturation de la fis-
suration matricielle. Il est donc possible de regrouper au sein d’une même variable d’en-
dommagement d micro les variables dmat micro et d micro en définissant par exemple d micro sous la
rupt
forme : (
micro et d micro = 0 si d micro ≤ 1
0.5dmat rupt mat
d micro = micro micro = 1
(7.9)
0.5 + 0.5drupt si dmat
si les variables d’endommagement varient entre 0 et 1.
Ainsi, d micro représente l’évolution de la fissuration matricielle intrafil pour d micro ≤ 0.5
et celle du taux de rupture de fibres – la fissuration matricielle étant à saturation – pour
d micro > 0.5. Les trois mécanismes élémentaires d’endommagement à l’échelle microsco-
pique peuvent donc être décrits par une seule variable d’endommagement micro d micro .
Pour d micro ≤ 0.5, les mécanismes actifs sont la fissuration matricielle et les décohésions
interfaciales fibre/matrice associées. Une fois la fissuration matricielle à saturation, pour
dmicro > 0.5, les ruptures de fibres peuvent intervenir.
Les mécanismes d’endommagement suivent également une certaine séquence [LAM 01] :
l’endommagement micro des fils, c’est-à-dire la fissuration matricielle intrafil et les rupture
de fibres, ne sont amorcés qu’après saturation de la fissuration matricielle interfil. En uti-
lisant le même raisonnement que précédemment, la variable d’endommagement décrivant
108 Identification et validation du modèle DMD pour le matériau 2.5D-C/SiC
L’état d’endommagement du composite peut donc être complètement décrit par seule-
ment quatre variables d’endommagement d1n , d2n , d1t et d2t .
Il aurait tout à fait été possible de décrire les mécanismes élémentaires par des variables
d’endommagement indépendantes. L’aspect séquentiel de l’endommagement aurait alors
été pris en compte à travers une interdépendance des cinétiques d’endommagement. Par
exemple, la force thermodynamique d’amorçage y0i de la fissuration matricielle intrafil au-
rait due être égale à la force thermodynamique associée à la fissuration matricielle interfil à
saturation. Le résultat, en terme de couplages entre les différents mécanismes d’endomma-
gement, aurait été identique. Cependant, la modèle aurait été plus lourd à écrire : au lieu de
4 variables d’endommagement, il en aurait nécessité 12 (6 mécanismes élémentaires dans
chaque direction du renfort) et autant de cinétiques à identifier.
Il est également important de noter que, bien que certains mécanismes d’endommage-
ment soient décrits à l’échelle mésoscopique par une même variable d’endommagement,
la description microstructurale des mécanismes d’endommagement élémentaires est iden-
tique au cas où chaque mécanisme est décrit par des variables indépendantes. En effet, la
relation entre un état d’endommagement mésoscopique (d1n , d2n , d1t , d2t ) et les valeurs des
endommagements élémentaires est explicite et unique. Le calcul des valeurs des endomma-
gements élémentaires à partir de l’endommagement mésoscopique est immédiat. Il s’agit
simplement d’une facilité d’écriture, et non pas d’une étape d’homogénéisation.
7.3 Identification numérique des effets de l’endommagement à l’échelle microscopique 109
Les fibres de carbone et l’interphase de pyrocarbone sont supposées être isotrope trans-
verse, la matrice SiC étant quant à elle isotrope. Les propriétés retenues pour les calculs
sont présentées dans le Tableau 7.1 et sont les valeurs moyennes classiques issues de la
littérature [BOB 95; CAM 96; DAL 00].
110 Identification et validation du modèle DMD pour le matériau 2.5D-C/SiC
Pour un taux de fissuration ρ̄ donné, la cellule élémentaire est extrudée sur une distance
h = 1/ρ̄ρmax et une fissure est introduite à mi-hauteur de la cellule en utilisant le programme
GENCRACK. La fissure est générée dans la matrice et l’interphase. On fait l’hypothèse que
la décohésion intervient à l’interface fibre/PyC. La longueur de décohésion associée à cette
fissure est calculée par Ldec = λ ρ̄ (Figure 7.3).
Les ruptures de fibres sont introduites dans une cellule élémentaire de longueur h =
1/ρmax , correspondant à un état de saturation de la fissuration matricielle intrafil. Les fibres
rompues sont choisies aléatoirement dans la cellule. La position de la rupture est égale-
ment déterminée aléatoirement dans l’intervalle [−λ /2, λ /2]. Il n’est pas nécessaire d’in-
troduire de décohésion supplémentaire, l’interface fibre/PyC étant déjà décohérée. Pour un
7.3 Identification numérique des effets de l’endommagement à l’échelle microscopique 111
F IGURE 7.2 – Distribution de la contrainte σ22 au sein d’un fil CMC pour un chargement
élémentaire périodique ε̄ = ε22 .
taux de fibres rompues donné, le processus est répété plusieurs fois afin d’obtenir une valeur
moyenne.
Les propriétés effectives de la cellule endommagée sont calculées pour différentes va-
leurs de la variable d’endommagement d micro correspondant à différents états de fissuration
matricielle, de longueur de décohésion et de taux de fibres rompues. Les résultats de ces
calculs sont présentés au paragraphe suivant.
L’effet de l’endommagement sur les propriétés élastiques du matériau est défini à travers
le tenseur D d’ordre 4 dont les termes se mettent sous la forme (Eq. 2.7) :
Di j = hi j (d)Ci0j (7.13)
L’effet de l’endommagement micro d micro sur les propriétés effectives du fil est est pré-
senté à la Figure 7.4.
112 Identification et validation du modèle DMD pour le matériau 2.5D-C/SiC
On remarque tout d’abord, pour la majorité des termes, une nette inflexion des valeurs
de hi j autour de dmicro = 0.5 correspondant à la saturation de la fissuration matricielle et
à l’amorçage des ruptures de fibres. On observe également des similitudes entre certains
termes correspondant aux symétries matérielles du matériau.
Dans la direction des fibres, la fissuration matricielle fait perdre environ un quart de
sa rigidité au fil. Cette perte de rigidité s’accentue rapidement avec les ruptures de fibres
croissantes. Les propriétés transverses et de cisaillement sont quant à elles plus affectées
par la fissuration matricielle, via les décohésions fibre/matrice associées. A saturation de
la fissuration matricielle, les propriétés effectives transverses et de cisaillement sont quasi-
nulles (h → 1).
0 0 0
Effet de l’endommagement hij
0 0 0
0 0.5 1 0 0.5 1 0 0.5 1
h12 h13 h23
1 1 1
0 0 0
0 0.5 1 0 0.5 1 0 0.5 1
Endommagement dmicro
F IGURE 7.4 – Effet de l’endommagement d micro sur les propriétés effectives du fil pour le
matériau CMC.
Les résultats montrent que le composite est initialement orthotrope et presque équilibré.
La rigidité hors-plan du composite en environ 10 fois plus faible que celle dans les axes du
renfort. Le module de cisaillement plan est de l’ordre de 30 GPa.
Il n’est pas encore possible d’effectuer de comparaison directe avec des valeurs de mo-
dule expérimentales. En effet, le matériau 2.5D-C/SiC comporte un endommagement initial.
Or les calculs réalisés dans ce paragraphe sont réalisés pour un matériau non-endommagé.
Les modules initiaux pourront être estimés une fois l’endommagement initial pris en compte.
On peut cependant noter que les valeurs obtenues ici sont en accord avec celles calculées
par [DAL 00] sur un composite équivalent par une méthode d’homogénéisation analytique.
Afin d’appréhender correctement les effets des différents endommagements méso, deux
types de calculs ont été réalisés. Une première série de calculs a été menée en ne considé-
rant qu’un mode d’endommagement, les autres variables étant fixées à 0. Ces calculs ont
permis d’observer les effets individuels des différentes variables d’endommagement sur les
propriétés effectives. Dans un second temps, afin d’identifier les couplages entre les va-
riables d’endommagement, une deuxième série de calculs a été réalisée pour différents états
d’endommagement (din , dit ), i = 1, 2.
116 Identification et validation du modèle DMD pour le matériau 2.5D-C/SiC
0 0 0
Effet de l’endommagement hij
0 0 0
0 0.5 1 0 0.5 1 0 0.5 1
h12 h13 h23
1 1 1
0 0 0
0 0.5 1 0 0.5 1 0 0.5 1
Endommagement dn1
F IGURE 7.8 – Effet de l’endommagement d1n sur les propriétés effectives du composite.
Les résultats de la première série de calcul pour d1n sont présentés à la Figure 7.8. On
rappelle que pour 0 < d1n < 0.5 le mode d’endommagement actif est la fissuration matri-
cielle interfil, pour 0.5 ≤ d1n < 0.75 la fissuration matricielle intrafil, et pour d1n ≥ 0.75 les
ruptures de fibres. La terme h11 est logiquement affecté par d1n (endommagement normal
à la direction 1) avec une perte de rigidité de plus de 50% à saturation de la fissuration
matricielle interfil. Le terme transverse h22 est très peu sensible à d1n : la perte de rigidité
transverse maximale, due aux décohésions fil/matrice et fibre/matrice est de l’ordre de 10%.
La composante hors-plan h33 est beaucoup plus sensible aux décohésions fil/matrice avec
une perte de rigidité de l’ordre de 75% pour d1n = 0.5. La composante de cisaillement plan
h66 est elle aussi sévèrement affectée par l’endommagement d1n . Les résultats obtenus pour
d2n sont similaires en échangeant les directions 1 et 2.
L’effet de l’endommagement d2t est présenté à la Figure 7.9. Les calculs ont été effectués
pour d2t = (0.5, 0.75, 1) correspondant respectivement à 2,3 et 4 fissures transverses par
fils. Les résultats montrent que la fissuration transverse des fils n’a que très peu d’effet sur
les propriétés effectives du composite. Encore une fois, les résultats obtenus pour d2t sont
similaires à ceux obtenus pour d1t en permutant les directions 1 et 2.
7.4 Identification numérique des effets de l’endommagement à l’échelle mésoscopique 117
0 0 0
Effet de l’endommagement hij
0 0 0
0 0.5 1 0 0.5 1 0 0.5 1
h12 h13 h23
1 1 1
0 0 0
0 0.5 1 0 0.5 1 0 0.5 1
Endommagement dt2
F IGURE 7.9 – Effet de l’endommagement d2t sur les propriétés effectives du matériau 2.5D-
C/SiC.
Dans la seconde série de calcul, environ 200 états d’endommagement répartis aléatoi-
rement dans l’espace (d1n , d2n , d1t , d2t ) ont été analysés. Il est apparu que l’effet d’un état
d’endommagement (d1n , d2n , d1t , d2t ) quelconque pouvait être correctement interpolé à partir
de la contribution individuelle hk de chaque variable d’endommagement dk en utilisant une
fonction d’interpolation de la forme 1 :
hi j = 1 − ∏ 1 − hkij (dk ) (7.14)
k
Pour chaque variable dk , les 9 composantes hkij (dk ) sont approximées par une fonction
de la forme :
x
y = f (x) = 1 − exp(−( )β )
α
1. La forme proposée pour l’interpolation des hi j s’inspire de la définition des surfaces d’interpolation de
Coons-Gordon [GOR 73]. Le patch de Coons est une méthode de construction d’une surface lisse connaissant
son contour sous forme d’arcs paramétrés.
118 Identification et validation du modèle DMD pour le matériau 2.5D-C/SiC
à partir des résultats de la première série de calculs, et finalement, l’effet d’un endommage-
ment méso (d1n , d2n , d1t , d2t ) est modélisé par des surfaces (de dimension 4) hi j (d1n , d2n , d1t , d2t ).
Une coupe de ces surfaces dans le plan (d1n , d2n ) est représentée à la Figure 7.10
1 1 1
0 0 0
1 1 1
1 1 1
0.5 0.5 0.5 0.5 0.5 0.5
dn2 0 0 dn1 dn2 0 0 dn1 dn2 0 0 dn1
h44 h55 h66
1 1 1
0 0 0
1 1 1
1 1 1
0.5 0.5 0.5 0.5 0.5 0.5
dn2 0 0 dn1 dn2 0 0 dn1 dn2 0 0 dn1
h23 h13 h12
1 1 1
0 0 0
1 1 1
1 1 1
0.5 0.5 0.5 0.5 0.5 0.5
dn2 0 0 dn1 dn2 0 0 dn1 dn2 0 0 dn1
F IGURE 7.10 – Effet des endommagements d1n , d2n sur les propriétés effectives du matériau
2.5D-C/SiC.
Pour les variables d’endommagement dit , les cinétiques correspondantes peuvent être
directement déduites des observations microstructurales, puisque dit ne rend compte que de
la fissuration transverse dans les fils. Pour les variables din , l’identification se révèle plus
délicate. Si la partie de la cinétique correspondant à la fissuration matricielle interfil peut
être estimée à partir des observations microstructurales, il est plus difficile d’obtenir des
mesures expérimentales exploitables pour la fissuration matricielle intrafil et les ruptures de
fibres. On préfère alors faire le choix d’identifier complètement les cinétiques par méthode
inverse à partir d’un essai de traction et de se servir des mesures microstructurales comme
validation des cinétiques identifiées.
Les propriétés élastiques initiales du composite ont été calculées en considérant un état
d’endommagement nul d = 0. Or, à l’état initial, le matériau exhibe un endommagement
non-nul. Les variables d’endommagement prennent donc des valeurs initiales (dk )0 > 0.
Ces valeurs sont identifiées en même temps que les cinétiques d’endommagement de façon
à obtenir un module élastique initial correct.
Le modèle DMD a été implanté dans MATLAB pour un élément de volume. La mé-
thode numérique de résolution de la loi de comportement est détaillée au chapitre suivant
(Paragraphe 8.1.1). Par une méthode d’optimisation, les cinétiques sont identifiées à par-
tir d’un essai de traction monotone sens chaîne, similaire à celui pour lequel les mesures
120 Identification et validation du modèle DMD pour le matériau 2.5D-C/SiC
expérimentales des cinétiques ont été réalisées. Les paramètres di0 , dic , yci et pi des ciné-
tiques d’endommagement sont déterminés de façon à minimiser l’écart quadratique entre
les réponses (σ , ε) expérimentales et simulées.
Les cinétiques identifiées sur l’essai de traction sont présentées à la Figure 7.11. Le
résultat de l’identification en terme de courbe de comportement est illustré à la Figure 7.12.
On constate une bonne modélisation de la réponse du matériau par le modèle DMD.
Les propriétés effectives, et donc la réponse du matériau, étant très peu affectées par la
fissuration transverse des fils, l’identification des cinétiques des variables dit est rendue assez
aléatoire. Afin de conserver un sens physique aux cinétiques identifiées, les seuils initial et
critique entre lesquels la variable d’endommagement peut évoluer sont fixées a priori pour
correspondre aux valeurs observées expérimentalement.
Cette vérification permet de valider en partie les surfaces de réponse construites pré-
cédemment. En effet, si les densités de fissuration identifiées sont proches des densités
expérimentales, c’est que l’estimation des propriétés effectives du matériau endommagé,
via les surfaces de réponse est correcte. Dans le cas contraire, les taux d’endommage-
ment nécessaires à l’obtention des propriétés effectives correctes auraient été sur-estimées
(resp. sous-estimées) si les surfaces de réponse avaient sous-estimé (resp. sur-estimé) l’effet
d’un endommagement donné. Les écarts constatés par rapport aux valeurs expérimentales
moyennes peuvent s’expliquer par les hypothèses et les simplifications faites sur la des-
cription de la microstructure du matériau, et par l’incertitude sur les propriétés élastiques
initiales des constituants.
7.5 Identification des cinétiques d’endommagement 121
0.9
0.8
Variable d’endommagement dn1
0.7
0.6
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
Force thermodynamique (yn1)0.5
0.9
0.8
Variable d’endommagement dt2
0.7
0.6
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
Force thermodynamique (yt2)0.5
300
250
ε2 ε1
200
Contrainte (MPa)
150
100
50
Experimental
Modele DMD
0
−0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8
Deformation (%)
12
10
Densité de fissuration (mm!1)
0
!50 0 50 100 150 200 250 300
Contrainte (MPa)
La cinétique d1n = f (yn1 ) (Figure 7.11a) montre également qu’à rupture, l’endommage-
ment d1n ≈ 0.6 < 1. Cet état d’endommagement correspond à une fissuration matricielle
interfil à saturation et à un taux de fissuration matricielle intrafil de 40%. La valeur de l’en-
dommagement à rupture nous renseigne donc sur le taux d’endommagement critique que
peut supporter le matériau. Cette valeur critique peut donc permettre de déterminer un cri-
tère de rupture, ou du moins un indicateur de l’instabilité de la réponse du matériau (cf.
Section 7.6.4).
Dans le cas du matériau CMC considéré ici, la rupture intervient avant la saturation
complète de l’endommagement matriciel. Cela correspond au cas de liaisons interfaciales
relativement fortes et à des longueurs de décohésions fil/fil faibles. Ces résultats sont en ac-
cord avec ceux obtenus sur des composites SiC/SiC par [DRO 96]. Il est intéressant de noter
que le modèle DMD permet de contrôler le type de liaison interfaciale (faible/forte) simple-
ment en modifiant la valeur du paramètre λ dans la définition des longueurs de décohésion
associées aux différents mécanismes d’endommagement Ldec = λ d.
Le premier essai de validation est un essai de traction/compression sens chaîne. Cet essai
a pour but de vérifier la bonne réponse du modèle lors des passages en compression, et en
particulier la prise en compte correcte du caractère unilatéral de l’endommagement.
Les deux essais suivants cherchent à valider le caractère prédictif du modèle DMD.
Le second essai de validation est un essai de traction hors-axes à 45˚. Lors d’un essai
hors-axes, la matériau est soumis à un chargement mixte traction/cisaillement, différent de
l’état de sollicitation uniaxial d’un essai de traction dans les axes du renfort. Les résultats
124 Identification et validation du modèle DMD pour le matériau 2.5D-C/SiC
300
250
ε2 ε1
200
150
Contrainte (MPa)
100
50
−50
−100
−150
−200
−0.2 −0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8
Deformation (%)
(a) Expérimental
300
250
ε2 ε1
200
150
Contrainte (MPa)
100
50
−50
−100
−150
−200
−0.2 −0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8
Deformation (%)
de la modélisation sont présentées à la Figure 7.15 dans les axes essais et matériaux 2. Un
bon accord général entre essai et modélisation est observé.
Il est important de noter que seules les propriétés identifiées dans les axes du matériau
nourrissent la simulation. Ceci représente une avancée importante par rapport aux modé-
lisations précédentes nécessitant d’identifier séparément les comportements en traction et
en cisaillement. Dans l’approche DMD, les surfaces de réponse permettent de calculer le
comportement en cisaillement du matériau à partir des seules données identifiées dans les
axes. L’identification des effets de l’endommagement à partir des essais numériques réalisés
permet en particulier de décrire correctement les couplages traction/cisaillement au niveau
des effets de l’endommagement, sans avoir besoin de faire d’hypothèse sur la forme ou sur
l’intensité de ces couplages. Ainsi, et contrairement aux approches standard, les couplages
sont naturellement déterminés par les surfaces de réponse sans avoir à introduire de va-
riables de couplage ou de formalismes supplémentaires. On peut également remarquer que
l’endommagement initial, identifié sur l’essai de traction sens chaîne, permet d’obtenir le
bon module de cisaillement initial (Figure 7.15a), ce qui démontre la représentativité de la
cellule élémentaire retenue.
2. Le repère lié au matériau est noté (1, 2) et est orienté par les directions du renfort, le repère de l’essai est
noté (x, y), le chargement étant imposé suivant la direction x.
126 Identification et validation du modèle DMD pour le matériau 2.5D-C/SiC
160
140
ε2 ε1 ε6
120
100
Contrainte (MPa)
80
60
40
20 Experimental
Modele DMD
0
−0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4
Deformation (%)
160
140
εy εx
120
100
Contrainte (MPa)
80
60
40
20 Experimental
Modele DMD
0
−0.4 −0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
Deformation (%)
0.9
0.8
0.6
0.5
0.4
0.3 dn1
dn2
0.2
dt1
0.1 dt2
0
0 20 40 60 80 100 120 140
Contrainte (MPa)
Le troisième essai de validation est un essai de traction hors-axes à 22.5˚. Cet essai per-
met de solliciter le matériau avec un taux de traction/cisaillement σ1 > σ6 > σ2 différent de
celui généré à 45˚(σ1 = σ2 = σ6 ). Les réponses expérimentales et simulées sont présentées
à la Figure 7.18.
La réponse simulée par le modèle DMD est en bon accord avec les mesures expéri-
mentales. En particulier, les modules initiaux sont correctement estimés, et l’effet de l’en-
dommagement est rendu de manière satisfaisante. Ces résultats permettent de confirmer
les observations faites pour l’essai à 45˚ sur la bonne prévision des couplages en trac-
tion/cisaillement et de leur effet sur la réponse du matériau. L’évolution des variables d’en-
dommagement est également présentée à la Figure 7.19. L’endommagement d1n > d2n est en
accord avec l’état de sollicitation du matériau σ1 > σ2 .
150
ε1 ε2 ε6
100
Contrainte (MPa)
50
−50
−100
(a) Expérience
150
ε1 ε2 ε6
100
Contrainte (MPa)
50
−50
−100
200
180
ε2 ε1
160 ε6
140
Contrainte (MPa)
120
100
80
60
40
20 Experimental
Modele DMD
0
−0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2
Deformation (%)
200
180
160
εy εx
140
Contrainte (MPa)
120
100
80
60
40
Experimental
20
Modele DMD
0
−0.4 −0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
Deformation (%)
0.9
0.8
0.6
0.5
0.4
0.3 dn1
dn2
0.2
dt1
0.1 dt2
0
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180
Contrainte (MPa)
traction pour différents angles de sollicitation. Les résultats sont présentés à la Figure 7.20
et comparés aux contraintes à rupture mesurées expérimentalement.
300
250
200
Contrainte (MPa)
150
100
50 Essais
Modele DMD
0
−10 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Angle (°)
F IGURE 7.20 – Evolution de la contrainte à rupture du 2.5D C/SiC pour un essai de traction
en fonction de l’angle de sollicitation.
7.7 Conclusion 131
Bien qu’aucun critère de rupture n’ait été explicitement identifié (si ce n’est par l’identi-
fication des cinétiques d’endommagement sens chaîne), le modèle DMD prévoit de manière
plutôt satisfaisante la contrainte à rupture du 2.5D C/SiC, et ce pour différentes directions
de sollicitations.
7.7. Conclusion
Le modèle DMD a tout d’abord été identifié pour le matériau 2.5D-C/SiC. Les effets des
endommagements micro et méso ont été calculés par homogénéisation périodique grâce à
des cellules élémentaires représentatives de la microstructure du matériau. Un grand nombre
de configurations d’endommagement a été considéré afin de pouvoir estimer le tenseur d’ef-
fet du dommage pour tous les états d’endommagement rencontrés en pratique. Les ciné-
tiques d’endommagement ont ensuite été identifiées à l’échelle méso par méthode inverse à
partir d’un essai de traction sur éprouvette. Dans un second temps, différents essais de trac-
tion cyclée et/ou hors-axes ont été simulés afin de valider le modèle DMD. A partir d’une
identification réalisée dans les axes, le modèle DMD permet de prévoir le comportement
hors-axes du matériau.
Dans un code de calcul de structure, la résolution d’un problème non-linéaire est assurée
par deux boucles imbriquées. Un boucle globale garantit l’équilibre de la structure à chaque
incrément de temps. Une seconde boucle assure la résolution locale de la loi de compor-
tement dans chaque élément. L’implantation d’un modèle de comportement dans un code
EF consiste donc à traduire numériquement les équations de la loi de comportement afin de
permettre la résolution de la boucle locale.
Le modèle DMD a donc été implanté sous MATLAB et dans le code de calcul ZéBuLoN
en utilisant la méthode précédente. Les simulations obtenues sous MATLAB et ZéBuLoN
pour un essai de traction à 0˚et un essai de traction hors-axes à 45˚sont présentés par la
Figure 8.1.
Les simulations MATLAB et ZéBuLoN de chaque essai sont identiques et valident donc
l’implantation du modèle DMD dans le code ZéBuLoN.
Afin d’évaluer la qualité des simulations effectuées avec le modèle DMD, les résultats
obtenus sont confrontés à un modèle de comportement de référence. Le modèle retenu est
le modèle ODM (Onera Damage Model) développé à l’ONERA [MAI 97a] dans le cadre
d’un partenariat avec Snecma Propulsion Solide. Il s’agit d’un modèle macroscopique d’ins-
piration micromécanique formulé dans le cadre de la mécanique des milieux continus et
orienté calcul de structure. On utilisera sa variante ODM-v2d correspondant à une formu-
lation « pseudo-tensorielle » écrite en déformation [CAR 03] et identifiée sur le matériau
2.5D C/SiC [COR 06]. Dans le modèle ODM, le comportement hors-plan du matériau est
supposé identique au comportement transverse.
8.2 Modèle de référence : Onera Damage Model (ODM) 135
300
250
!y
!x
200
Contrainte (MPa)
150
100
50 DMD (Matlab)
DMD (ZeBuLoN)
0
!0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7
Deformation (%)
140
!y
120
!x
100
Contrainte (MPa)
80
60
40
DMD (Matlab)
DMD (ZeBuLoN)
20
0
!0.3 !0.2 !0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7
Deformation (%)
Le premier cas test examiné est un essai de traction sur une éprouvette comportant deux
entailles décalées. Il s’agit d’une éprouvette barreau d’épaisseur 4 mm entaillée de manière
antisymétrique comme illustré à la Figure 8.2. La présence des fissures induit un champ de
contrainte traction/cisaillement non-homogène dans la zone centrale de l’éprouvette.
L’éprouvette est instrumentée à l’aide de jauges de déformation sur chaque face. Les
essais sont effectuées en bloquant le mors bas et en imposant un déplacement au mors haut
suivant la direction x de la machine de traction.
8.3.1. Essai à 0˚
On considère tout d’abord un essai à 0˚, c’est-à-dire que les axes du renfort tissé sont
orientés suivant les axes (x, y) de l’éprouvette. Les résultats des simulations réalisées avec
les modèles ODM et DMD sont présentés à la Figure 8.3. Les déformations moyennes
mesurées par les jauges sont tracées en fonction de la force appliquée à l’éprouvette. On
constate un bon accord entre réponses expérimentales et simulées pour les deux modèles.
Le modèle DMD donne des résultats tout à fait comparables à ceux obtenus avec le modèle
de référence.
6000
5000
!x: !: !x
4000
Force (N)
3000
2000
Experimental
1000
ODM!v2d
DMD
0
!0.5 !0.4 !0.3 !0.2 !0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4
Deformation (%)
Un second essai est réalisé sur une éprouvette à 45˚. Le renfort tissé est orienté à ±45˚du
repère (x, y) de l’éprouvette. Les courbes force/déformation expérimentales et simulées sont
présentées à la Figure 8.6.
Comme pour l’essai à 0˚, le modèle DMD rend compte de manière très satisfaisante
de l’essai et donne des résultats similaires à ceux du modèle de référence. La répartition
de la fissuration matricielle interfil pour une charge de F = 5000N est illustrée à la Fi-
gure 8.7. L’endommagement matriciel moins localisé que pour l’essai à 0˚et est principale-
ment orienté à 45˚de l’axe de sollicitation, dans les directions du renfort tissé.
Ces deux premiers essais permettent de montrer que, malgré sa relative complexité, le
modèle DMD est tout à fait utilisable en calcul de structure. En terme de réponse globale,
les simulations réalisées avec le modèle DMD sont en très bon accord avec les réponses
expérimentales et les résultats obtenus sont tout à fait comparables à ceux du modèle de
référence. Le modèle DMD offre en plus la possibilité d’analyser localement les résultats
des calculs en terme de densité de fissuration. Cette définition microstructurale de l’état
d’endommagement, intrinsèque à la formulation du modèle DMD, pourra permettre par la
suite, par exemple pour prévoir la durée de vie d’une pièce, d’établir un lien direct avec des
modèles physico-chimiques nécessitant une description locale des densités de fissuration.
138 Application du modèle DMD au calcul de structure
(a) F = 2270N
(b) F = 4140N
(c) F = 5370N
F IGURE 8.4 – Evolution des densités de fissuration matricielle interfil (en mm−1 ) dans les
directions 1 (gauche) et 2 (droite) dans la zone centrale de l’éprouvette à double entaille
décalées à 0˚ pour le matériau 2.5D-C/SiC.
8.4 Essais sur pièces génériques 139
6000
5000
!y !xy !x
4000
Force (N)
3000
2000
Experimental
1000
ODM!v2d
DMD
0
!0.4 !0.3 !0.2 !0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6
Deformation (%)
Les deux cas tests suivants sont des essais sur pièces génériques industrielles proposés
par Snecma Propulsion Solide dans le cadre du programme AMERICO. Le matériau utilisé
pour réaliser ces pièces génériques est différent du matériau 2.5D C/SiC décrit précédem-
ment. Il s’agit d’un composite tissé C/MAC (fibres de Carbone, Matrice Auto Cicatrisante)
dont la matrice est composée de plusieurs couches à base de Si-B-C. A température am-
biante, la réponse macroscopique d’un C/MAC est similaire à celle d’un C/SiC. Il serait
140 Application du modèle DMD au calcul de structure
donc possible de recaler le modèle DMD pour le matériau C/MAC en ré-identifiant les ci-
nétiques d’endommagement. Cependant, les mécanismes de fissuration matricielle différent
quelque peu entre les C/SiC (à matrice monolithique) et les C/MAC (à matrice séquencée)
et le récalage du modèle DMD sur un essai macroscopique ferait en partie perdre la signi-
fication microstructurales des variables d’endommagement. Afin de pouvoir tout de même
mener les simulations avec le modèle DMD, la stratégie numérique suivante est adoptée :
– Le cas test est tout d’abord modélisé pour le matériau C/MAC avec le modèle ODM
qui a déjà été identifié par ailleurs pour ce matériau.
– Dans un second temps, le même cas test est modélisé pour le matériau C/SiC avec
le modèle ODM. La comparaison des simulations alors permet d’estimer une réponse
expérimentale de la pièce pour le C/SiC en recalant la réponse expérimentale du ma-
tériau C/MAC à l’aide du modèle ODM.
– Enfin, le cas test est modélisé avec le modèle DMD pour le matériau C/SiC. Le résultat
peut alors être confronté à celui du modèle de référence ou directement à la réponse
expérimentale recalée avec ODM.
Le premier cas test a pour objectif de reproduire le type de sollicitations vues par des
pièces CMC pour des applications de type volet suiveur sur des moteurs militaires (M88).
La pièce générique considérée est une plaque trouée d’épaisseur 4.4mm. L’essai consiste à
appliquer un mouvement alternatif de +10/ − 3mm sur un coin de la pièce bloquée suivant
deux axes par l’intermédiaire d’un vérin (Figure 8.8). Ce type de test induit principalement
une sollicitation en flexion et en cisaillement de la plaque.
8.4 Essais sur pièces génériques 141
F IGURE 8.8 – Présentation du cas test « torsion » sur pièce générique CMC.
142 Application du modèle DMD au calcul de structure
F IGURE 8.9 – Réponses expérimentales et simulées par le modèle ODM de l’essai « tor-
sion » pour le matériau C/MAC. D’après [MAR 08].
Les résultats obtenus pour le matériau C/SiC avec les modèles ODM et DMD sont pré-
sentés à la Figure 8.10. Le modèle DMD donne un résultat globalement similaire à celui ob-
tenu avec ODM, et donc a priori en accord avec la réponse expérimentale qu’aurait donné
l’essai avec le C/SiC.
1.2
0.8
0.6
Force normalisee F/Fmax
0.4
0.2
!0.2
ODM!v2d
!0.4 DMD
!4 !2 0 2 4 6 8 10 12
Deplacement (mm)
F IGURE 8.10 – Comparaison des réponses obtenues avec les modèles ODM et DMD pour
l’essai « torsion » pour le matériau 2.5D-C/SiC.
8.4 Essais sur pièces génériques 143
On constate cependant une différence lors des décharges. Comme expliqué précédem-
ment (Section 7.6.2), la formulation actuelle du modèle DMD ne prend pas en compte la
refermeture des fissures générées en cisaillement lors d’un passage en compression. La
réponse en cisaillement est alors élastique endommageable sans déformations résiduelles.
La réponse de la structure, principalement sollicitée en cisaillement, modélisée avec DMD
repasse donc par l’origine alors qu’expérimentalement on observe des déformations rési-
duelles. Le modèle ODM permet de mieux rendre compte de ce phénomène puisqu’il in-
troduit explicitement des déformations résiduelles en cisaillement. Il est cependant néces-
saire d’identifier expérimentalement l’évolution de ces déformations résiduelles sur un essai
hors-axes. La simulation réalisée avec DMD reste malgré tout de bonne qualité : la forme
globale de la réponse et la valeur maximale de la force sont identiques à celles obtenues
avec le modèle ODM.
(a) Face A
(b) Face B
Le second cas test concerne une pièce générique permettant de solliciter le matériau
dans un mode hors-plan. L’éprouvette technologique « cornière » a pour objet de simuler
l’effet des efforts mécaniques appliqués sur un bras post combustion d’un moteur M88 au
voisinage de l’accrochage sur le carter métallique.
10
9
Experimental
Elastique
8 ODM!v2d
DMD
Force normalisee F/Fmax 7
0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3 3.5 4
Deplacement (mm)
F IGURE 8.13 – Comparaison des réponses expérimentales et simulées pour l’essai de dé-
pliage de l’éprouvette « cornière » en 2.5D-C/SiC.
On peut malgré tout remarquer que le modèle DMD permet d’obtenir une perte de ri-
gidité plus importante qu’avec le modèle ODM. Dans le modèle DMD, l’endommagement
hors-plan est en partie introduit par l’intermédiaire des décohésions fil/matrice au niveau du
renfort et des décohésions fibre/matrice au niveau des fils. Cependant, le niveau d’endom-
magement hors-plan généré par les décohésions reste insuffisant pour modéliser correcte-
ment la perte de rigidité globale de la structure. En effet, les cinétiques d’endommagement
étant déterminées à partir d’un essai de traction, dans un état de sollicitation quasi-plan,
l’évolution de l’endommagement hors-plan n’est identifiée que par couplage avec l’évolu-
tion de l’endommagement plan, c’est-à-dire l’évolution des densités de fissuration matri-
cielle. Autrement dit, l’endommagement hors-plan ne peut se propager que conjointement à
la fissuration matricielle. Dans le cas de la pièce « cornière », il semblerait que la contrainte
hors-plan σ33 dans le coude (Figure 8.14) soit suffisante pour générer un endommagement
hors-plan indépendamment du niveau de fissuration matricielle. Afin de mieux représenter
ce phénomène, il est nécessaire de modifier l’écriture des cinétiques d’endommagement en
introduisant par exemple une cinétique spécifique à l’endommagement hors-plan, indépen-
dante des cinétiques de fissuration matricielle.
146 Application du modèle DMD au calcul de structure
F IGURE 8.14 – Contrainte hors-plan σ33 dans la pièce « cornière » pour un déplacement
imposée de 3 mm (matériau 2.5D-C/SiC et modèle DMD).
8.5. Conclusion
La loi de comportement issue du modèle DMD est écrite dans le cadre de la mécanique
des milieux continus et présente donc les limitations inhérentes à ce type de formulation.
En particulier, la localisation de l’endommagement à l’échelle macroscopique est difficile à
décrire précisément avec une modélisation continue et homogénéisée de l’endommagement.
Les solutions proposées pour les modèles macroscopiques, en particulier l’identification de
certaines cinétiques sur des essais structuraux, ne sont que partiellement adaptées à une
approche multiéchelle qui se veut prédictive.
L’objectif de la thèse était la mise au point et l’intégration dans un code de calcul d’un
modèle de comportement adapté aux structures composites tissées et qui permette d’intro-
duire les caractéristiques mécaniques des constituants. Une approche multiéchelle du com-
portement mécanique des matériaux composites tissées a donc été proposée. Cette approche
originale, nommée DMD, repose sur une description de la microstructure (arrangement et
propriétés de constituants) et des principaux mécanismes d’endommagement identifiés ex-
périmentalement. La loi de comportement correspondante, formulée dans le cadre de la
thermodynamique des processus irréversibles, est définie à partir de variables internes à
caractère physique qui représentent directement l’état de fissuration du matériau. Cette for-
mulation permet d’obtenir une loi de comportement macroscopique homogénéisée mais
définie à partir d’une description de l’état de fissuration aux échelles inférieures.
Le modèle DMD a ensuite été implanté dans le code de calcul par éléments finis ZéBu-
LoN. La capacité du modèle DMD a être utilisée pour des calculs de structure a été démon-
trée à travers trois cas-tests. Les simulations réalisées avec le modèle DMD ont donné des
résultats tout à fait comparables en terme de réponse globale de la structure à ceux obtenus
avec un modèle macroscopique de référence. Le modèle DMD, de par sa nature multié-
chelle, permet en outre d’accéder directement à la description locale de l’état de fissuration.
Les spécificités des composites à matrice céramique les amènent à être plus particulière-
ment utilisés dans des conditions de température et d’environnement extrêmes. L’améliora-
tion du modèle DMD passe donc également par la prise en compte des phénomènes physico-
chimiques rencontrés dans ce type d’environnement. L’aspect microstructural intrinsèque à
la formulation des variables d’endommagement du modèle DMD et l’introduction de l’en-
dommagement sous forme discrète offrent un cadre favorable au couplage de l’approche
proposée avec des modélisations micromécaniques existantes (fissuration sous-critique des
fibres, ou oxydation/cicatrisation de la matrice par exemple). Ceci peut d’ores et déjà être
partiellement pris en compte grâce à la description de la croissance des décohésions.
Outre leur application directe dans la mise en oeuvre de l’approche DMD, les outils
numériques développés dans ce travail ouvrent des perspectives plus générales pour la mo-
délisation et la compréhension des matériaux composites tissés. Les outils de modélisation
de la microstructure (GENCELL, GENCELL, GENMESH) et d’introduction de l’endom-
magement (GENCRACK) pourront par exemple être utilisés pour l’étude de l’effet de l’en-
dommagement mécanique sur les propriétés thermiques effectives des CMC 1. Ils devraient
également offrir un point de départ intéressant pour l’étude de la tenue au dommage des ma-
tériaux composites tissés 2 : l’endommagement exogène subie par le matériau (choc, etc.)
peut être introduit au sein d’une cellule représentative et les propriétés résiduelles peuvent
ensuite être calculées par homogénéisation périodique.
Enfin, au niveau industriel, il faut noter que des actions de transfert ont été entreprises
avec le bureau de calcul de Snecma Propulsion Solide 3 pour l’intégration des outils de
maillages développés dans ce travail au sein de leur plate-forme de calcul composite.
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Approche multiéchelle du comportement mécanique de matériaux composites à
renfort tissé
————————–
This work proposes a multiscale model of the mechanical behavior of woven composite
materials. The DMD model (Discrete Micro Damage) is based on a physical description
of the geometry of the reinforcement, the properties of the constituents and their damage
mechanisms. The internal state variables of the DMD model are defined as crack densi-
ties and debounding lengths, to measure directly the extent of the microstructural damage.
A finite number of discrete damage states is introduced into representative periodic cells
and the effective properties are computed using a numerical homogenization scheme. Spe-
cialized multiscale numerical tools have been developed in order to take into account the
specificities of the woven composite materials. The DMD model has been identified and
validated for a ceramic-matrix woven composite. Finally, it has been implemented into a
general finite-element code and applied to several structural tests.