LA CONTREFAÇON ET LA CONCURRENCE DÉLOYALE EN DROIT IVOIRIEN
Dernière mise à jour : 4 févr. 2019
Le principe de la liberté du commerce et de l'industrie se présente comme le
fondement actuel de l'économie de marché et une véritable force de la vie
économique. Ce principe puise ses racines dans le droit français dont s’est inspiré
le droit ivoirien, à travers le fameux décret d'Allarde des 2-17 mars 1791 qui
avait précisément pour objet d'instaurer un impôt nouveau : la patente. Toutes ses
dispositions ont été abrogées, à l'exception de son article 7 aux termes duquel «
il sera libre à toute personne de faire tel négoce ou d'exercer telle profession,
art ou métier qu'elle trouve bon ». Le dispositif fut conforté par la fameuse loi
Le Chapelier des 14-17 juin 1791, qui abolit les groupements professionnels et les
coalitions, libérant ainsi l'accès à toute profession, mais également l'exercice de
l'activité professionnelle choisie. Le contenu du principe de la liberté du
commerce et de l'industrie est manifesté par la liberté d'entreprendre et la
liberté d'exploiter, auxquelles on rattache la liberté de la concurrence qui se
définit comme étant la libre compétition entre les agents économiques, qui offrent
des produits ou services identiques susceptibles de satisfaire une même clientèle.
En effet, le concept de concurrence a surtout vu le jour à partir du 18e siècle
avec l’avènement du libéralisme économique, cette doctrine qui prône en matière
économique la libre entreprise et la libre concurrence et qui est fondée sur la
conviction qu’il existe un ordre naturel réalisé par des mécanismes d’ajustement
qui ne peuvent jouer que dans un contexte de libre jeu des initiatives
individuelles[1]. En ce sens, la concurrence se présente comme un des principes
fondamentaux des économies libérales.
Cette liberté des échanges commerciaux, dans sa mise en œuvre, peut être de nature
à porter atteinte à un autre principe qui est celui du respect de la propriété. En
effet, certaines limitations de la concurrence trouvent leur origine dans les
textes qui établissent des droits privatifs au profit des titulaires de monopoles
d'exploitation. Il en est ainsi en matière de propriété industrielle et de
propriété littéraire et artistique dont les dispositions figurent dans le code de
la propriété intellectuelle. En créant des droits privatifs au profit de leurs
bénéficiaires, ces dispositions constituent des limitations de la liberté de la
concurrence en interdisant à autrui de reproduire ou d'utiliser la création
protégée, de telle façon que, par rapport à celle-ci, la concurrence se trouve
éliminée.
Cette protection est aujourd’hui un fait d’actualité en raison de la mondialisation
et du développement de la technologie qui influencent fortement la compétitivité
entre les entreprises, ainsi amenées à mettre en place des mesures et stratégies
juridiques en vue de la protection de leurs innovations ou créativités contre les
usurpateurs.
Ces mesures de protection individuelle instituées pour assurer l’ordre social et
par conséquent l’intérêt général se présentent comme un avantage considérable pour
ces inventeurs et créateurs, bénéficiant ainsi d’une exclusivité dans
l’exploitation de leurs créations intellectuelles. La protection de ces derniers
s’inscrit dans un paramètre important du système capitaliste et qui est en
l’occurrence la promotion de l’innovation. Cette dernière est définie comme
consistant en : « l’introduction d’une idée nouvelle dans un domaine de la vie
économique et sociale »[2]. La propriété intellectuelle est alors toute aussi
importante que la liberté de concurrence. L’encadrement juridique de ces deux
principes s’avère être plus qu’une nécessité mais un impératif pour assurer l’ordre
social. C’est pourquoi le législateur ivoirien s’est attelé à ériger un corps de
règles destinées à régir ces deux situations, tant par la défense judiciaire des
fruits provenant de la recherche et de l’innovation que par la mise en œuvre de
règles destinées à assurer une concurrence libre, loyale, effectuée selon les
usages des honnêtes gens. Cet objectif fut réalisé par l’interventionnisme étatique
qui s’est manifesté notamment par la création de différentes infractions destinées
à organiser et encadrer la mise en œuvre des droits intellectuels et à limiter le
jeu de la libre concurrence. Ces infractions à savoir la contrefaçon et la
concurrence déloyale sont respectivement mises en œuvre en cas de violation d’un
droit de la propriété intellectuelle ou d’une atteinte aux règles de la
concurrence. Elles ont été instaurées dans l’optique d’assurer une protection des
biens et en vue de la recherche d’une loyauté dans la pratique des affaires[3].