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Alimentation du tilapia : résidus agricoles

Cette étude évalue les effets de trois aliments locaux formulés à base de sous-produits agricoles comme le tourteau de coprah et de coton, comparés à un aliment importé, sur la croissance du tilapia Oreochromis niloticus 'souche Brésil'. L'étude visait à améliorer la taille commercialisable du tilapia et réduire le coût de production. Les résultats montrent que les aliments locaux peuvent réduire le coût d'alimentation de 59,4% à 70,3% tout en améliorant la croissance du poisson.
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Alimentation du tilapia : résidus agricoles

Cette étude évalue les effets de trois aliments locaux formulés à base de sous-produits agricoles comme le tourteau de coprah et de coton, comparés à un aliment importé, sur la croissance du tilapia Oreochromis niloticus 'souche Brésil'. L'étude visait à améliorer la taille commercialisable du tilapia et réduire le coût de production. Les résultats montrent que les aliments locaux peuvent réduire le coût d'alimentation de 59,4% à 70,3% tout en améliorant la croissance du poisson.
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Afrique SCIENCE 22(2) (2023) 1 - 16 1

ISSN 1813-548X, [Link]

Production en bassins de tilapia marchand Oreochromis niloticus


(Linnaeus, 1758) « souche Brésil » nourri avec des résidus agricoles en
combinaison avec des tourteaux de coprah et coton
Youssouf DIABAGATE, Yacouba BAMBA *, Barthélemy ZIE et Allassane OUATTARA

Université NANGUI ABROGOUA, UFR des Sciences et Gestion de l’Environnement, Laboratoire


d’Environnement et de Biologie Aquatique (LEBA), 02 BP 801 Abidjan 02, Côte d’Ivoire

(Reçu le 03 Janvier 2022 ; Accepté le 10 Février 2023)

_________________
* Correspondance, courriel : bamb_yacoub@[Link]

Résumé
La présente étude porte sur l’alimentation du tilapia Oreochromis niloticus « souche Brésil » menée à la
ferme expérimentale de l’Université NANGUI ABROGOUA (Côte d’Ivoire). L’expérimentation a été conduite
entre août 2021 et septembre 2022. Cette étude visait l’amélioration de la taille de tilapia
commercialisable et surtout, la réduction du coût de production. Elle a évalué les effets d'un aliment
extrudé importé (KOUDIJS) utilisé comme référence (AR) et trois aliments locaux, sur la croissance, la
composition corporelle et le ratio coût-bénéfice. Les aliments formulés étaient à base de tourteaux de
coprah, coton et soja, sons de riz et blé. Des juvéniles pesant 32,56 ± 0,8 g ont été nourris trois fois par
jour à 9 h, 11 h et 13 h. Huit bassins ont été utilisés, dont deux par aliment. La densité de stockage était de
20 poissons/m3. Après 180 jours d’essai, le meilleur indice de conversion alimentaire (1,92 ± 0,16) et le
poids final le plus grand (456,7 ± 37,7 g) ont été enregistrés avec AR, suivi de ACOT (2,16 ± 0,10 et
402,2 ± 18,6 g, respectivement). Les dépôts de graisse corporelle (11,8 - 13,8 %) ont été plus élevés chez
les poissons nourris aux aliments locaux que celui (10,5 %) des poissons nourris avec AR. Comparés à AR,
les aliments locaux ont réduit le coût d’alimentation par unité de gain de poids de 59,4 % à 70,3 %. La
présente étude a montré qu’une meilleure formulation d’aliment à base de sous-produits agricoles locaux
appropriés peut réduire le coût de production, mais surtout, améliorer la croissance du tilapia.
Mots-clés : Oreochromis niloticus « souche Brésil », sous-produits agricoles, croissance, coût - bénéfice.

Abstract
Production in raceways of marketable tilapia Oreochromis niloticus (Linnaeus, 1758)
“Brazil strain” fed with crops residues in combination with coconut oil cake and cottonseeds
oil cake
The present study focuses on the feeding of tilapia Oreochromis niloticus "Brazil strain" carried out at the
fish farm of NANGUI ABROGOUA University of (Côte d'Ivoire). The experiment was conducted between
August 2021 and September 2022. This study intended to improve the size of marketable tilapia, but above
all, reduce the production cost. It assessed the effects of an imported extruded diet (KOUDIJS) used as

Youssouf DIABAGATE et al.


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reference (AR) and three practical diets, on the growth, body composition and cost-benefit. Formulated diets
were made from coconut oil cake, cottonseeds oil cake, soybeans oil cake, rice bran and wheat bran.
Juveniles weighing 32.56 ± 0.8 g were fed three times daily at 9 h, 11 h and 13 h. Eight raceways were
used, including 2 raceways per diet. The stocking density used was 20 fish/m 3. After 180 days of trial, the
best feed conversion index (1.92 ± 0.16) and the highest final weight (456.7 ± 37.7 g) were obtained in fish
fed diet AR, followed by ACOT (2.16 ± 0.10 and 402.2 ± 18.6 g, respectively). Fat deposition (11.8 - 13.8 %)
was higher in fish reared on practical diets, compared to diet AR (10.5 %). Practical diets reduced the cost of
feeding per unit of weight gain by 59.4 % to 70.3 %, compared to the reference diet AR. The present study
showed that better formulation of diets, using appropriate agricultural by-products, can reduce production
costs and, most importantly, improve fish growth
Keywords : Oreochromis niloticus “Brazil strain”, agricultural by-products, growth, cost - benefit.

1. Introduction
L’utilisation des aliments exogènes et des souches améliorées de poisson sont deux principaux facteurs qui ont
contribué au développement spectaculaire de l’aquaculture dans le monde [1]. Toutefois, en Afrique
subsaharienne, la pisciculture rencontre encore plusieurs obstacles parmi lesquels, (i) l’indisponibilité
d’aliments locaux de qualité, (ii) la baisse des performances zootechniques des souches locales de poisson
utilisées, mais et surtout, (iii) la difficulté d’approvisionnement et le coût élevé des aliments importés
performants [1 - 3]. Pour certains auteurs [2, 4, 5], l’amélioration de la production piscicole tropicale, en
l’occurrence, celle de tilapia passe nécessairement par l’utilisation de souches améliorées et des aliments
économiquement rentables et zootechniquement acceptables. En Côte d’Ivoire, par exemple, la production
issue de la pisciculture (environ 4 500 tonnes/an) reste faible et ne représente qu’environ 2,4 % de la
production nationale annuelle [3, 6]. Face à la cherté des aliments industriels, plus de 90 % des
pisciculteurs utilisent directement des sons de céréales (riz, mais, mil, blé) sous forme de poudre, contre
seulement 2 à 3 % de pisciculteurs utilisant des granulés de type coulant et 2 à 3 % de pisciculteurs
utilisant des granulés extrudés flottants importés [6]. La majorité (environ 90 %) de ces pisciculteurs
commercialise le tilapia à un poids moyen compris entre 200 et 300 g. En revanche, le tilapia congelé
importé et celui issu des pêches ont un poids moyen supérieur à 350 g [6, 7]. Des études antérieures ont
montré que la demande en poisson de taille comprise entre 300 et 500 g est forte sur le marché [6 - 8]. En
revanche, selon ces mêmes auteurs, sur le marché peu de ménages aspirent à des tilapias de pisciculture
de taille variant entre 200 et 250 g. Le tilapia de pisciculture local a donc du mal à être compétitif devant le
tilapia O. niloticus importé d’Asie et, dans une moindre mesure, les produits de pêche [6, 8]. Ainsi, le
marché du tilapia de pisciculture en Côte d’Ivoire reste donc fortement concurrentiel, ce qui nécessite la
mise en place d’un système de production piscicole spécifique pour des consommateurs bien ciblés. Selon
diverses sources [2, 4, 9, 10], l’utilisation des souches améliorées de poisson et des aliments de qualité
régulièrement disponibles sont les principaux facteurs qui ont contribué à l’expansion et à la croissance
rapide de l’aquaculture. Dans ce contexte, des auteurs recommandent donc l’utilisation de souches
améliorées [11, 12] et des aliments composés rentables faits à base d’un mélange de plusieurs sous-
produits agricoles locaux [1, 13]. Pour ces auteurs, ces voies et moyens pourraient réduire non seulement
la destruction des poissons sauvages utilisés pour la farine de poisson, mais et surtout, les coûts de
l’alimentation tout en améliorant la taille marchande du poisson de pisciculture locale et la rentabilité des
exploitations. En Côte d’Ivoire, l'abondance des résidus agricoles lui confère un avantage pour la
production piscicole [6]. De plus, en 2014, une nouvelle souche de tilapia O. niloticus « souche Brésil » a été
introduite dans la pisciculture ivoirienne. Ce nouveau tilapia est un dérivé de O. niloticus « souche Bouaké »

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qui a subi une série d’améliorations au Brésil depuis 1971 [14]. Les résultats d’une étude réalisée ont
montré que la croissance des alevins de tilapia « souche Brésil » était meilleure que celle de tilapia local
« souche Bouaké » [15]. En raison de ce qui précède, il s’avère donc nécessaire de tester dans
l’alimentation de O. niloticus « souche Brésil », une combinaison de résidus agricoles pour produire du
tilapia marchand répondant à l’aspiration de la majorité des consommateurs. C'est dans cette optique que
s’est orienté l’objectif de la présente étude qui a consisté à élaborer des aliments à base de sous-produits
agricoles locaux, afin de contribuer au développement de la pisciculture ivoirienne et à l’amélioration de la
rentabilité des exploitations. Pour ce faire, nous avons testé dans l’alimentation du tilapia O. niloticus
« souche Brésil », trois types d’aliment formulés contenant des tourteaux de coton et coprah, comparés à
un aliment extrudé importé du Vietnam. De façon particulière, il s’est agi de déterminer les effets des
régimes expérimentaux sur les performances de croissance et la composition chimique du tilapia O.
niloticus élevé en phase de grossissement. Ensuite, les impacts de l’utilisation des aliments expérimentaux
sur le coût de l’alimentation des poissons ont été évalués.

2. Matériel et méthodes
2-1. Infrastructures d’élevage et poissons expérimentaux
Les essais ont été conduits sur les installations de la ferme expérimentale de l’Université NANGUI
ABROGOUA en Côte d’Ivoire. Cette ferme est située au sein de ladite Université (5°23’30’’ de latitude Nord
et 4°0’56’’ de longitude Ouest) dans la ville d'Abidjan. Ces essais ont été menés dans huit (08) bassins
(2,80 x 2,60 x 0,8 m) (Figure 1), à raison de 2 bassins par traitement alimentaire. Le volume d’eau utile
était de 5 m3. Ces bassins, alimentés en eau à partir d’un forage, étaient munis d’un système de renouvellement
continu d’eau. Un débit d’eau minimal de 6 L/minute a été maintenu dans chacun des bassins expérimentaux.
Les poissons utilisés pour les essais étaient des juvéniles de tilapia O. niloticus « souche Brésil » d’un poids
moyen initial de 32,56 ± 0,8 g. Ces poissons, âgés de 90 jours ont été obtenus à partir de sexage manuel
d’alevins prégrossis. Ces alevins ont été produits sur place et nourris à l’aliment importé (KOUDIJS).

Figure 1 : Dispositif expérimental à la ferme piscicole de l’Université NANGUI ABROGOUA

2-2. Aliments expérimentaux et préparation


Trois aliments locaux désignés ACOP, ACOT et AM ont été formulés. Les matières premières utilisées pour la
formulation de ces aliments locaux étaient constituées de sons de riz et de blé, des tourteaux de coprah,

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coton et soja, de l’huile végétale, du sel de cuisine, de la farine de coquille et premix. Les différents
ingrédients ont été achetés sur le marché local auprès des fournisseurs. Ces aliments formulés
(ACOP, ACOT et AM) étaient isoprotéiques (environ 28 % de protéines brutes). Les compositions de base de
ces aliments formulés (Tableau 1) étaient les suivantes : ACOT (tourteaux de coton et soja, sons de riz et
blé, premix), ACOP (tourteaux de coprah et soja, sons de riz et blé, premix) et AM (tourteaux de coton,
coprah et soja, sons de riz et blé, premix). Les tourteaux de soja, coton et de coprah ont été utilisés comme
sources de protéines. En ce qui concerne les sons de céréales (riz et blé) et l’huile végétale, ils ont été
apportés comme sources principales d’énergie. Un aliment industriel (KOUDIJS) importé du Vietnam a servi
de référence (AR). Cet aliment titre 30% de protéines et est vendu sur le marché local. Cet aliment de
référence était extrudé contrairement aux aliments locaux formulés. Les quatre aliments expérimentaux
étaient tous de type pulvérulent.

Tableau 1 : Composition et proportions d’incorporation des ingrédients (g /100 g) des régimes locaux
(ACOT, AM et ACOP) utilisés pour l’élevage en bassin de Oreochromis niloticus « souche Brésil »
Traitements alimentaires
Intrants
Aliment ACOT Aliment AM Aliment ACOP
Tourteau de soja 32 32 44
Tourteau de coton 23 21 0
Tourteau de coprah 0 10 19
Son de blé 20 16 16
Son de riz 20 16 16
Sel de cuisine 1,5 1,5 1,5
Huile de palme 1 1 1
Huile de soja 0,5 0,5 0,5
Farine de coquille 1,5 1,5 1,5
*Premix 0,5 0,5 0,5

ACOT : Aliment local contenant du tourteau de coton ; AM : Aliment local mixte contenant les tourteaux de
coton et coprah ; ACOP : Aliment local contenant du tourteau de coprah, *: Premix : Vitamine A : 4800000 IU ;
Vitamine D3 : 80000IU ; Vitamine E : 4000 mg ; Vitamine K : 800 mg ; Vitamine B1 : 400mg ; Riboflavine :
1600 mg ; Vitamine B6 : 600 mg, Vitamine B12 : 4 mg ; Acide pantothénique : 4000 mg ; Acide nicotinique :
8000mg ; Acide folique : 400 mg ; Biotine : 20 mg, Manganèse : 22000 mg ; Zinc : 22000 mg ; Fer : 15000 mg ;
Cuivre : 4000 mg ; Iode : 400 mg ; Sélénium : 400mg ; Cobalt : 4.8 mg.

Pour la fabrication des aliments formulés, les matières premières brutes ont été rendues en poudre (1 mm
de diamètre) à l’aide d’un broyeur à marteau de fabrication locale et passées à travers un tamis de maille
un millimètre. Un pré-mélange constitué des sons de riz et blé, des tourteaux de soja, coton et de coprah
(selon la formule alimentaire) a été effectué. Les autres ingrédients constitués des huiles végétales, de
farine de coquille, de sel de cuisine et de premix ont été ajoutés au pré-mélange afin d’obtenir un produit
homogène. Les compositions bromatologiques des quatre aliments expérimentaux sont présentées dans le
Tableau 2. Les analyses ont été effectuées par « Techna nutrition » de France.

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Tableau 2 : Composition chimique (% matière sèche) et teneur en acides aminés indispensables


(en % de protéine) des régimes expérimentaux

Traitements alimentaires
Besoin en
Composition Aliment Aliment
Aliment AM Aliment AR acides aminés
(%) ACOP ACOT
essentiels*
Matière sèche 83,48 83,48 82,96 89,7
Protéine brute 28,52 28,45 28,38 30
Lipides 6,07 6,7 9,13 4,51
Fibres 11,10 10,10 8,35 7,28
Cendres 5,32 5,22 5,28 6,99
Energie Métabolisable
3,07 3,20 3,49 3,26
(MJ / kg de MS)
Composition en acides aminés essentiels (en % de protéine)
Arginine 10,43 9,46 7,80 6,34 4,2
Lysine 4,28 4,41 4,51 5,01 5,12
Méthionine 1,68 1,59 1,61 2,26 2,68
Histidine 2,66 2,56 2,59 2,13 1,72
Phénylalanine 4,10 4,64 4,53 4,53 3,75
Tyrosine 2,96 3,31 3,22 3,29 3,75
Leucine 6,28 6,38 6,31 4,82 3,39
Isoleucine 4,75 3,98 4,08 3,4 3,11
Valine 4,62 4,64 4,73 3,43 2,8
Thréonine 3,58 3,19 3,27 3,72 3,75
Ratio Arginine et Lysine
Arginine/Lysine 2,44 2,14 1,73 1,66 0,82

ACOT : Aliment local contenant du tourteau de coton ; AM : Aliment local mixte contenant les tourteaux de
coton et coprah ; ACOP : Aliment local contenant du tourteau de coprah ; AR : Aliment extrudé importé
utilisé comme référence, * Besoin en Acides Aminés essentiels (AAE) [16]

2-3. Procédure expérimentale


Les essais ont été conduits pendant 180 jours. Deux cycles de production ont été réalisés entre août 2021
et septembre 2022 (cycle 1 : août 2021 à janvier 2022 ; cycle 2 : mars à août 2022). Pour
l’empoissonnement des bassins, les poissons ont été comptés par lots de 50 et pesés au moyen d’une
balance électronique de marque GENERIC (précision : 1g). Plusieurs pesées ont été effectuées pour atteindre
la densité de stockage de 20 poissons/m3 appliquée. Deux bassins en ont été utilisés par traitement
alimentaire. Les poissons ont été nourris à 5 % et 3 % de leur poids vif respectivement le premier mois, et
du deuxième au sixième mois d’élevage [17]. Les rations journalières ont été servies à la volée
manuellement à 9 h, 11 h et 13 h. Des pêches de contrôles mensuels ont été réalisées pour déterminer la
croissance pondérale à partir d’un échantillon représentant 50 % de l’effectif de chaque bassin. Ces
contrôles ont permis de réajuster la ration alimentaire du mois au prorata de la biomasse totale. A l’issue
du 180ème jour d’élevage, 50 individus ont été prélevés dans chaque bassin et pesés individuellement [17].
Pour estimer la production totale et le taux de survie, tous les bassins ont été vidés de leur contenu et tous
les poissons récoltés. A partir de ces données, différents paramètres de performances zootechniques, de
production et de coûts utilisés ont été calculés.

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2-4. Qualité des eaux


Un multi-paramètre portable de Modèle « HANNA Instruments HI 991001 pH & Water Analysis » a été utilisé
pour évaluer les valeurs de la température en degrés Celsius et le pH. L’oxygène dissous (mg/L) a été
mesuré au moyen d’un oxymètre portable « HANNA Instruments HI 9146 ». La transparence a été mesurée
à l’aide d’un disque de Secchi. Les mesures ont été réalisées toutes les semaines deux fois par semaine,
entre 6 et 7 h et entre 15 h30 - 16 h00 [15].

2-5. Évaluation économique


La démarche de la présente étude aborde une approche prévisionnelle sur la marge bénéficiaire brute que
peut générer l’utilisation de chaque aliment expérimental. L’analyse économique réalisée n’a pris en
compte que les coûts de revient du kilogramme d’aliment et le coût d’alimentation pour produire un
kilogramme de gain de poids. L’estimation du coût de revient des aliments locaux formulés a été fondée
sur le prix des matières premières pratiqué sur le marché local. Par ailleurs, des coûts additionnels de
fabrication (5000F CFA/tonne) et de transport (20000 F CFA/voyage) ont été intégrés. Quant à celui de
l’aliment de référence, il se rapporte au prix d’achat et de transport. Les charges sont exprimées en Franc
CFA (F CFA : Franc de la Communauté Financière Africaine).

2-6. Échantillonnage et analyse chimique des poissons


Pour les analyses de la composition chimique du poisson avant le début des essais d’alimentation pour
chaque cycle, 20 poissons ont été échantillonnés de façon aléatoire dans le stock initial de poisson. A la fin
des 180 jours de nourrissage, 5 poissons ont été prélevés dans chaque bassin, soit 10 poissons par
traitement alimentaire pour déterminer la composition chimique. Les poissons ont été sacrifiés en abaissant
progressivement la température corporelle dans un congélateur muni d’un thermostat. Ils ont été ensuite
broyés et rendus en une pâte homogène pour les analyses. Les protéines brutes, lipides, cendres totales et
l'humidité ont été déterminés conformément à la méthode standard [18]. La matière sèche a été déterminée
par mesure de la perte de poids après séchage durant 24 h à l'étuve à 105°C. Concernant les protéines
brutes (N x 6,25), elles ont été dosées par la méthode de Kjeldahl. Quant aux lipides, les teneurs ont été
déterminées par la méthode d’extraction à chaud au Soxhlet. Pour ce qui concerne les cendres, les teneurs
ont été déterminées après incinération des échantillons au four à moufle à 550°C pendant 24 heures.

2-7. Paramètres évalués


A partir des données récoltées, plusieurs paramètres ont été calculés. En l'absence de mesure directe,
l’énergie métabolisable (EM) peut être estimée par des équations faisant appel à l'analyse chimique [19].
Les valeurs des énergies métabolisables des quatre régimes expérimentaux ont donc été calculées à l’aide
de l’Équation de prédiction suivante [20] :
EM (MJ/Kg de MS) = 3,95 + [0,0544 x % lipides] - [0,0887 x % fibres] - [0,0408 x % cendres] (1)
Les paramètres de croissance, production, utilisation des aliments et économiques utilisés pour la
comparaison entre les traitements alimentaires ont été calculés à l’aide des formules mathématiques ci-
dessous [17] :
Gain de poids : Gp (g) = Pmf - Pmi (2)
Gain de poids quotidien : Gpj (g/j) = (Pmf - Pmi) / dt (3)

Youssouf DIABAGATE et al.


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Taux de survie : TS (%) = 100 x (Npf / Npi) ; (4)


Taux de croissance spécifique : TCS (%/jour) = 100 × [Ln (Pmf)- Ln (Pmi)] / dt (5)
Indice de conversion alimentaire : IC = Quantité d’aliment distribuée/ Gp ; (6)
Coefficient d'efficacité protéique : CEP = Gp / (protéines ingérées) ; (7)
Coût d’alimentation pour produire un 1 Kg de poisson : CA = CR x IC ; (8)
Taux de réduction du coût des aliments formulés comparé à la Référence :
TRC (%) = 100 x [(y) -(z)] / [(y)] (9)
Pmf étant le poids moyen final, Pmi le poids moyen initial, Npf le nombre de poisson final, Npi le nombre de
poissons initial, dt la durée de l’élevage, CR le Coût de revient d’un (1) Kg d’aliment, TRC le Taux de
réduction du coût de l’aliment local comparé au régime de référence, (y) le coût de l’aliment de référence et
(z) le coût de l’aliment local.

2-8. Analyses statistiques


Les effets des aliments sur la qualité de l’eau et sur les paramètres zootechniques ont été déterminés. Le
test de Kolmogorov - Smirnov a d’abord été appliqué pour vérifier la normalité de la distribution des
données collectées. Ces données ont été traitées ensuite par l’analyse de variance à trois facteurs (ANOVA 3)
(régimes, bassins et cycle de production) avec la prise en compte des effets des régimes, des structures
d’élevage, du cycle de production et de l’interaction entre ces trois facteurs principaux. Le test de Tukey (test
HSD de Tukey) a été utilisé pour effectuer les comparaisons multiples entre les moyennes en cas de différence
significative globale. Les différences ont été considérées significatives au seuil de 5%. Les analyses
statistiques des variables mesurées ont été effectuées avec le logiciel SPSS, version « IBM SPSS Statistics 20 ».

3. Résultats
3-1. Qualité des eaux
La température a été relativement élevée et similaire dans tous les bassins C pendant toute l’expérience.
Les valeurs relevées ont varié de 23 à 26,1°C le matin entre 6 et 7 h et de 25°C à 28°C dans la soirée entre
15 h 30 et 16 h 00. Les valeurs moyennes calculées ont été comprises entre 26,6 ± 0,47°C et 26,8 ±
0,54°C. Quant à l’oxygène dissous, les valeurs enregistrées ont varié le matin de 2 à 4 mg/L et de 4 mg/L et
6,71 mg/L dans la soirée, soit des moyennes comprises entre 4,12 ± 0,14 mg/L et 4,89 ± 0,17 mg/L,
respectivement pour les bassins ayant reçu les aliments AR et ACOP. La valeur moyenne de l’oxygène
dissous dans les structures de référence a été plus faible que celles observées dans les autres. Les valeurs
minimales du taux d’oxygène dissous ont été observées le matin et les maximales dans la soirée.
S’agissant du pH et de la transparence, les valeurs enregistrées ont été généralement comprises entre 6 et
9, puis entre 15 cm et 24 cm, respectivement. Dans le même ordre, les valeurs moyennes obtenues ont été
comprises entre 7,50 ± 0,21 (ACOT) et 7,70 ± 0,10 (AM) pour le pH, et entre 19 ± 0,1 cm (ACOP) et
20 ± 1 cm (AR) pour la transparence. Dans l’ensemble, les valeurs moyennes des paramètres de qualité de
l’eau étaient statistiquement similaires (p > 0,05) dans tous les bassins expérimentaux. Les conditions de
culture ont donc été considérées comme identiques.

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3-2. Évolution du poids moyen mensuel


La Figure 2 présente l’évolution du poids moyen mensuel des juvéniles de O. niloticus « souche Brésil »
nourris pendant 180 jours en bassin avec trois aliments locaux (ACOP, ACOT et AM) et un industriel extrudé
importé (référence AR). Les courbes de croissance pondérale ont gardé une allure ascendante au cours de
l’essai. En fonction du traitement alimentaire, les poids moyens finaux ont varié de 273,55 ± 6,51 g à
456,75 ± 9,92 g. Pendant le premier mois (30 jours), tous les lots de juvéniles ont eu une croissance
presque similaire. Au-delà de cette période, les profils de croissance procurés par les aliments
expérimentaux ont été différents. Trois groupes de croissance pondérale peuvent être distingués. Le
premier relatif aux poissons nourris avec les aliments ACOP et AM contenant le tourteau de coprah montre
une croissance plus faible qui se maintient tout au long de l'expérience. Ces deux aliments (ACOP et AM) ont
procuré aux poissons élevés des croissances presque similaires. Le second groupe relatif aux poissons
nourris avec l’aliment local ACOT contenant le tourteau de coton se distingue nettement, à la fois du
premier et du troisième groupe ayant reçu l’aliment de référence AR (aliment extrudé importé). Les
poissons élevés à cet aliment de référence (AR) présentent une croissance pondérale supérieure à celles de
ceux nourris avec les aliments formulés ACOP, AM et ACOT lors des 5 derniers mois. Au niveau des
aliments formulés, l’analyse des courbes de la Figure 2 montre que l’aliment contenant le tourteau de
coton procure au tilapia O. niloticus une croissance plus élevée que celles obtenues avec les régimes
contenant le tourteau de coprah.

Figure 2 : Évolution du poids moyen (g) de tilapia O. niloticus « souche Brésil » élevé en bassin en fonction
du temps et du type d'aliment à densité constante
Les barres verticales indiquent les écart-types inter-duplicata (deux répétitions et deux cycles de
production) ; ACOT : Aliment local contenant du tourteau de coton ; AM : Aliment local mixte contenant les
tourteaux de coton et coprah ; ACOP : Aliment local contenant du tourteau de coprah ; AR : Aliment extrudé
importé utilisé comme référence.

Youssouf DIABAGATE et al.


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3-3. Paramètres zootechniques


Les résultats des paramètres de croissance en termes de poids moyen final (Pmf), gain de poids journalier
(GPj), taux de croissance spécifique (TCS), indice de conversion alimentaire (IC), coefficient d’efficacité
protéique (CEP) et de taux de survie (Ts) après 180 jours d’alimentation sont présentés dans le Tableau 3.
Entre les répétitions, l’analyse de variance effectuée n’a révélé aucune différence significative (p > 0,05)
au sein du même traitement alimentaire. En revanche, les valeurs des paramètres zootechniques ont varié
significativement (p < 0,05) entre les traitements alimentaires. Les poids moyens finaux des poissons
nourris aux aliments formulés ACOP, AM et ACOT ont été compris entre 273,55 ± 11,4 g (ACOP) et
402,2 ± 18,6 g (ACOT), contre 456,7 ± 37,7g pour les lots de référence. Les croissances journalières
correspondantes ont varié de 1,34 ± 0,06 g/j (ACOP) à 2,05 ± 0,10 g/j (ACOT) (versus 2,36 ± 0,20 ͨg/j pour AR).
La croissance la plus élevée a été obtenue avec l’aliment de référence AR suivi de l’aliment ACOT contenant
le tourteau de coton. Les analyses statistiques montrent que les croissances quotidiennes des lots nourris
avec les aliments ACOP et AM contenant le tourteau de coprah ne diffèrent pas significativement (p > 0,05).
Pour ce qui concerne les taux de croissance spécifiques, les valeurs obtenues chez les lots de poissons
nourris avec les aliments formulés vont de 1,19 ± 0,03 (%/j) à 1,40 ± 0,04 (%/jour) respectivement pour
ACOP et ACOT, contre 1,47 ± 0,04 pour les lots de référence (AR). En d’autres termes, l’aliment AR a offert
aux poissons un meilleur TCS suivi de ACOT. Les aliments ACOP et AM ont eu des TCS presque similaires.

Pour ce qui concerne la transformation des aliments, les indices de conversion alimentaires (IC) calculés ont été
compris entre 3,14 ± 0,15 (ACOP) et 2,16 ± 0,10 (ACOT) pour les aliments locaux (versus 1,92 ± 0,16 pour AR).
Ces aliments formulés se sont caractérisés par des coefficients d’efficacité protéique compris entre
1,15 ± 0,05 et 1,67 ± 0,08, respectivement pour ACOP et ACOT, contre 1,84 ± 0,85 pour l’aliment de
référence (AR). Les valeurs moyennes des paramètres de transformation des aliments (IC et CEP) et de
croissance (Pmf, GPj et TCS) obtenues chez les lots de poissons de référence ont été plus élevées
significativement (p < 0,05) que celles observées dans les autres lots. De même, les lots nourris avec
l’aliment local ACOT contenant le tourteau de coton ont eu des performances de croissance et des indices de
transformation des aliments (IC et CEP) nettement supérieurs (p < 0,05) à ceux des poissons ayant reçu les
aliments ACOP et AM contenant le tourteau de coprah. Concernant l’état général des poissons, tout au long
de l'expérience, les poissons n'ont présenté aucun signe pathologique et n'ont pas subi de mortalités
élevées. Les poissons morts ont été généralement observés après chaque contrôle de croissance. Ceci
permet d'attribuer les mortalités enregistrées plutôt aux manipulations lors des relevés biométriques qu'à
la composition des régimes alimentaires. Les taux de survie moyens en fin de l'expérience pour les
aliments formulés ont été de 95,7 ± 1,26 % ; 97 ± 0,83 % et 97,8 ± 1,43, respectivement pour ACOP, AM
et ACOT, contre 96,3 ± 4,58 pour la référence (AR). L'analyse statistique montre que la différence entre les
taux de survie des différents lots n'est pas significative (P > 0,05).

Youssouf DIABAGATE et al.


10 Afrique SCIENCE 22(2) (2023) 1 - 16

Tableau 3 : Paramètres de croissance, d’utilisation des aliments et économique d'Oreochromis niloticus


« souche Brésil » nourri avec quatre régimes (ACOP, ACOT, AM et AR) en grossissement durant 180 jours
Traitements alimentaires
Paramètres Aliment ACOP Aliment AM Aliment ACOT Aliment AR
Poids moyen initial : Pmi (g) 32,60 ± 0,80a 32,55 ± 0,80a 32,50 ± 2,47a 32,60 ± 1,11a
Poids moyen final : Pmf (g) 273,55 ± 11,4ᵃ 283,3 ± 17,4ᵃ 402,2 ± 18,6ᵇ 456,7 ± 37,7 ͨ
Gain de poids : GP (g) 241,5 ± 11,5ᵃ 251,6 ± 17,5ᵃ 369,8 ± 18,5ᵇ 424,95 ± 37,3 ͨ
Gain de poids quotidien : GPj (g/j) 1,34 ± 0,06ᵃ 1,39 ± 0,09ᵃ 2,05 ± 0,10ᵇ 2,36 ± 0,20 ͨ
Taux de croissance spécifique : TCS (%/j) 1,19 ± 0,03ᵃ 1,21 ± 0,03a 1,40 ± 0,04b 1,47 ± 0,04 c
Indice de conversion alimentaire : IC 3,14 ± 0,15ᵃ 3,02 ± 0,19a 2,16 ± 0,10b 1,92 ± 0,16c
Coefficient d’efficacité protéique : CEP 1,15 ± 0,05ᵃ 1,20 ± 0,08ᵃ 1,67 ± 0,08b 1,84 ± 0,85c
a
Taux de survie : Ts (%) 95,7 ± 1,26ᵃ 97 ± 0,83 97,8 ± 1,43a 96,3 ± 4,58a
Coût de revient de l’aliment (F CFA / kg) 228 219 223 884
Taux de réduction du coût des aliments
74,2 75,2 74,8 -
locaux par rapport à AR (%)
Coût d’alimentation pour 1kg de gain de
850 799 622 2095
poids (F CFA/ kg gain de poids)
Taux de réduction du coût d’alimentation
pour 1 kg de gain de poids par rapport à 59,4 61,8 70,3 -
AR (%)

Les résultats ont été exprimés en : Moyenne ± ECT (écart type) de deux répétitions et de deux cycles de
production. Sur chaque ligne, les valeurs (Moyennes ± ECT), affectées par des lettres différentes, sont
significativement différentes (P < 0,05). Sur chaque ligne, les valeurs (Moyennes ± ECT), partageant au
moins une même lettre en commun, ne sont pas significativement différentes (P > 0,05). ACOT : Aliment local
contenant du tourteau de coton ; AM : Aliment local mixte contenant les tourteaux de coton et coprah ; ACOP :
Aliment local contenant du tourteau de coprah ; AR : Aliment extrudé importé utilisé comme référence.

3-4. Composition chimique des poissons expérimentaux


Les compositions chimiques des poissons avant et après les essais d’alimentation sont présentées dans le
Tableau 4. Excepté les cendres, les teneurs des autres paramètres (matière sèche, lipide et protéines brutes)
des poissons en fin d’expérience ont été plus élevées que celles de l’état initial. En fin d’expérience, la
teneur en matière sèche est comprise entre 26,8 % (AR) et 27,1 % (ACOP). Les protéines brutes ont varié
de 62,9 % (ACOP) à 63,6 % (AR) et les cendres de 13,9 % (AM) à 14,6 % (AR). Toutefois, aucune différence
significative (p > 0,05) n’a été montrée entre les poissons issus des quatre traitements alimentaires.
Contrairement à ces variables, les graisses corporelles (11,8 % - 13,8 %) des poissons nourris aux
aliments locaux formulés ont été statistiquement plus élevés (p < 0,05) que celle (10,5 %) des poissons
ayant reçu l’aliment de référence AR. Les dépôts de graisse croissent avec l’augmentation des teneurs des
lipides alimentaires.

Youssouf DIABAGATE et al.


Afrique SCIENCE 22(2) (2023) 1 - 16 11

Tableau 4 : Composition chimique des poissons en début et fin d’expérience


Etat final (traitements alimentaires)
Composition de carcasse Aliment Etat initial
Aliment AM Aliment ACOT Aliment AR
ACOP
Matière sèche (MS (%)) 27,1 ± 0,9 a 26,9 ± 1,1 a 27 ± 1,3 a 26,8 ± 1,5 a 22,3 ± 2,2
Protéine brute (%MS) 62,9 ±2 a 63 ± 1,8 a 63,1 ± 1,4 a 63,6 ± 1,2 a 62 ± 1
Lipide (%MS) 11,8 ± 0,9 a 12 ± 1,1 a 13,8 ± 1,2 b 10,5 ± 0,8 c 9,7 ± 0,9
Cendre (%) 14,4 ± 0,3 a 13,9 ± 0,2 a 14,2 ± 0,1 a 14,6 ± 0,3 a 14,88 ± 0,06

Les résultats sont exprimés en : Moyenne ± ECT (Ecart type) de deux répétitions et de deux cycles de
production. Sur chaque ligne, les valeurs (Moyenne ± ECT) affectées par des lettres différentes, sont
significativement différentes (p < 0,05). Sur chaque ligne, les valeurs (moyenne ± ECT), partageant en
commun au moins une lettre ne sont pas significativement différentes (p > 0,05).

3-5. Paramètres économiques


Les résultats des paramètres de charge financière liée à l’alimentation sont résumés dans le Tableau 3.
Les coûts de revient d’un kilogramme d’aliment pour AM, ACOT et ACOP ont été respectivement, de 219, 228
et 223 F CFA, contre 884 F CFA pour la référence (AR). Comparées à cette dernière, ces valeurs observées ont
généré conséquemment, des taux de réduction de 75,2, 74,8 et 74,2%, respectivement pour AM, ACOT et ACOP.
Les coûts de revient (219 à 228 F CFA) des régimes formulés à base de sous-produits agricoles locaux étaient
très proches. Pour ce qui concerne le coût d’alimentation pour produire un kilogramme de poisson (coût
d’alimentation par unité de prise de poids), les valeurs respectives enregistrées ont été de 850 ; 779 et 622 F CFA
pour les aliments formulés ACOP, AM et ACOT, contre 2095 F CFA pour l’aliment importé et utilisé comme référence
(AR). Comparés à cet aliment de référence (AR) dans le même ordre, les taux de réduction correspondants ont été de
59,4 ; 61,8 et 70,3 %. Au niveau des aliments locaux, bien que la différence entre les coûts de revient du
kilogramme d’aliment n’était pas importante, l’utilisation de l’aliment ACOT a permis de réduire le cout de
production du kilogramme de poisson par des taux respectifs de 25 et 36,7 % par rapport à ACOP et AM.

4. Discussion
4-1. Qualité des eaux
Tous les paramètres de la qualité sont dans la gamme acceptable requise pour l'aquaculture tropicale
(pH : 6 à 9, oxygène dissous ≥ 3 mg/L et température ≥ 25°C et transparence comprise entre 20 et 30 cm)
[21]. Les valeurs de température (24,1 - 28,5 °C) enregistrées au cours de la présente étude sont
comparables à celles (23,6 à 31,6°C) enregistrées dans des études antérieures réalisées avec le tilapia
O. niloticus [17]. Pour ce qui concerne l’oxygène dissous, les concentrations ont été généralement plus
élevées la soirée (16h) et plus faibles le matin (7 h) (2 mg/L). Cette variation pourrait s’expliquer par la
photosynthèse et les activités de respiration et de dégradation des matières organiques. En effet, la
photosynthèse productrice d’oxygène, est quasiment nulle la nuit alors que la respiration et la dégradation
de la matière organique accumulée dans les structures de production sont continuelles, occasionnant ainsi
une consommation importante d’oxygène [22]. Pour ce qui concerne le pH, la faible valeur enregistrée par
moments en aquaculture résulte d’un important processus de décomposition de la matière organique
(aliments non consommés et fèces) [23]. S’agissant de la transparence, la même source indique que les
faibles valeurs parfois enregistrées en aquaculture sont la conséquence de l’abondance du phytoplancton
dans les étangs due à l’enrichissement de ces milieux en sels nutritifs.

Youssouf DIABAGATE et al.


12 Afrique SCIENCE 22(2) (2023) 1 - 16

4-2. Paramètres zootechniques


D’une manière générale, les régimes locaux (ACOT, AM et ACOP) ont procuré aux poissons des
performances zootechniques significativement plus faibles (p < 0,05 ; ANOVA 3) que celles des lots nourris
avec l’aliment importé KOUDIJS (référence : AR). De même, au niveau des aliments formulés, les meilleures
performances de croissance et d’utilisation des aliments (p < 0,05 ; ANOVA 3) ont été obtenues avec ACOT
(contenant tourteau de coton). Les deux derniers (ACOP et AM) ont procuré aux poissons des performances
zootechniques statistiquement similaires (p > 0,05). L’écart de performances zootechniques observé entre
l’aliment extrudé importé (référence) et les aliments locaux formulés non extrudés résulterait des faibles
quantités de protéines ingérées par les poisons nourris à ces aliments (ACOT, ACOP, AM). Les niveaux
protéiques (28,38 à 28,52 %) des aliments formulés étaient inférieurs au taux protéique de l’aliment de
référence (30 %). Ces résultats obtenus dans la présente étude sont en adéquation avec ceux obtenus en
étang sur Oreochromis niloticus [24]. L’écart de performance observé entre l’aliment de référence (AR) et
ceux formulés pourrait également provenir de l’extrusion. En effet, certains auteurs [25] ont rapporté que
la technique d’extrusion améliore les caractéristiques physiques et la digestibilité des aliments, ainsi que
la disponibilité et la convertibilité des nutriments. Selon ces mêmes auteurs, l’extrusion améliore les
performances des aliments et partant, les performances de croissance des poissons. Des résultats
similaires ont été observés chez Oreochromis niloticus dont le poids du corps a connu un gain important
avec l’aliment extrudé comparé à l’aliment non extrudé [24, 26]. Au niveau des quatre aliments
expérimentaux (AR, ACOT, ACOP, AM), les écarts de performances de croissance enregistrées pourraient
résulter du déséquilibre entre l’Arginine et la Lysine et des teneurs en fibres. En effet, les besoins alimentaires
en Arginine et Lysine du tilapia du Nil sont estimés respectivement à 4,20 % et 5,12 % [16], soit un ratio
Arginine/Lysine optimal de 0,82. Toutefois, vu la composition bromatologique, l’aliment importé (AR) a un ratio
Arginine/Lysine de 1,66 plus proche de l’optimal (Arginine/Lysine ; 0,82), suivi de celui (1,73) de ACOT.
En revanche, AM et ACOP sont les moins équilibrés (2,14 ; 2,44, respectivement). Ce qui suggère que la
différence observée pourrait provenir de leur ratio Arginine/Lysine. Ce constat de la présente étude est en
adéquation avec les observations antérieures faites par d’autres auteurs. [27]. Selon ces sources, si
l’apport alimentaire en acides aminés indispensables ne répond pas parfaitement aux besoins de l’animal,
la rétention et la synthèse protéiques sont réduites, et la croissance est de ce fait ralentie. Les résultats de
la présente étude corroborent ceux des travaux réalisés sur Oreochromis niloticus [17]. La différence de
performances zootechniques observée entre les lots expérimentaux pourrait être attribuée à la teneur en
fibres alimentaires. En effet, AR, ACOT, AM et ACOP contiennent respectivement 7,28 % ; 8,35 % ; 10,1 % ;
11,1 % de fibre. A l’opposé, la croissance décroît régulièrement et spécifiquement suivant le même ordre
(AR, ACOT, AM et ACOP). Des résultats similaires ont été également obtenus avec le tilapia Oreochromis
niloticus [24] et la carpe noire Mylopharyngodon piceus [28]. Par ailleurs, certains auteurs [16, 28, 29] ont
rapporté que les fortes teneurs des fibres alimentaires réduisent l’efficacité digestive et l’assimilation des
nutriments. Pour ce qui concerne les trois aliments formulés (ACOT, AM et ACOP), les résultats obtenus ont
montré que les performances de croissance enregistrées décroissent avec l’augmentation graduelle des
proportions de tourteau de coprah dans les aliments. La différence de performance observée pourrait donc
provenir des tourteaux de coton et de coprah. Ces deux ingrédients qui sont les seuls paramètres qui
discriminent essentiellement les trois formules alimentaires n’ont pas les mêmes valeurs nutritionnelles.
Comme l’ont révélé certains auteurs, les coefficients de digestibilité protéique et de matière organique du
tourteau de coton sont respectivement de 93 % et 74 % contre 71 % et 58 % pour le tourteau de coprah
[30]. Or, les aliments ACOT, AM et ACOP contiennent respectivement 0 %, 10 % et 19 % de tourteau de
coprah. Ce qui suggère que l’aliment ACOT serait le plus digeste et assimilable, et contribuerait mieux à
favoriser la croissance chez les poissons. Le tourteau de coprah étant présent dans les aliments ACOP et

Youssouf DIABAGATE et al.


Afrique SCIENCE 22(2) (2023) 1 - 16 13

AM, les performances de croissance (Pmf, GPj et TCS) des poissons nourris à ces aliments ne peuvent
qu’être plus faibles par rapport à ceux des lots ayant reçu l’aliment ACOT. Par ailleurs, les indices de
transformation de l’aliment ACOT (2,16 ± 0,10 et 1,67 ± 0,08, respectivement pour IC et CEP) ont été
meilleurs que ceux des deux autres aliments. Ces résultats confirment que ACOT est le plus digeste et
assimilable par les poissons que AM et ACOP dont les valeurs respectives de l’indice de conversion
alimentaires et du coefficient d’efficacité protéique sont de 3,02 ± 0,19 et 1,20 ± 0,08 pour AM, puis de
3,14 ± 0,15 et 1,15 ± 0,05 pour ACOP. Au regard de la composition bromatologique des aliments formulés,
singulièrement, les teneurs des lipides alimentaires pourraient être aussi à l’origine de l’écart de
performance observé entre les aliments formulés (ACOT, AM et ACOP). En effet, les teneurs des lipides
alimentaires diminuent progressivement de ACOT, AM à ACOP. A l’inverse, on a constaté que les
performances de croissance procurées aux poissons par ces mêmes aliments ont baissé dans le même
ordre, soit de ACOT, AM à ACOP. Ceci suppose que la différence observée pourrait être en relation avec les
teneurs des lipides alimentaires. Les résultats de cette étude sont en adéquation avec ceux des travaux
antérieurs effectués [31]. Selon ces mêmes sources, un accroissement dans une certaine limite des teneurs
de lipides dans les aliments, les rend plus énergétiques et permet aux protéines d’être efficacement
utilisées et converties pour la croissance du poisson. Des résultats semblables ont également été rapportés
chez Siganus rivulatus [32]. Dans l’ensemble, les taux de survie enregistrés varient de 95,7 % à 97,8 %.
Ces résultats sont satisfaisants, comparés à ceux obtenus (89,7 % - 93,5 %) [17] et (95,5 % à 97,7 %) [33]
avec O. niloticus nourri avec des aliments à base de sous-produits locaux. Les gains moyens de poids des
aliments formulés ont varié de 241,5 g (ACOP) à 369,8 g (ACOT) avec des croissances quotidiennes
comprises entre 1,34 g/j (ACOP) et 2,05 g/j (ACOT). Ces croissances journalières étaient supérieures à celles
des études réalisées en étang (1,53 g/j - 1,94 g/j) [17]. La différence de croissance observée pourrait être
en relation avec la souche de O. niloticus utilisée. La souche de tilapia utilisée dans les études antérieures
était O. niloticus « souche Bouaké », versus O. niloticus « souche Brésil » pour la présente étude. Cette
dernière est une souche améliorée de la souche « Bouaké » au Brésil [14]. Il a été récemment rapporté que
la croissance des alevins de O. niloticus « souche Brésil » était meilleure que celle des alevins de tilapia
« souche Bouaké » [15]. De même, des observations similaires ont été faites chez deux souches distinctes de
O. niloticus [34]. Relativement aux indices de conversion alimentaires (IC), les présents résultats (1,92 à 3,14)
sont proches de ceux (2,22 - 2,88) enregistrés dans des travaux réalisés en étang [17].

4-3. Rentabilité économique


Les analyses des différentes charges financières liées à l’alimentation montrent que l’utilisation des
aliments locaux entraîne un gain économique et des performances de croissances satisfaisantes grâce à un
bon choix des intrants et une meilleure formulation alimentaire. L’emploi de ces aliments locaux (ACOP, AM
et ACOT) a généré une économie de coût d’alimentation (coût d’aliment pour produire un kilogramme de
poisson) par des taux respectifs de 59,4 %, 61,8 et 70,3 %, comparés à la référence AR (aliment importé).
Les résultats de ce travail sont en adéquation avec ceux des travaux antérieurs qui ont enregistré des taux
de réduction de 19 à 34 % [17] et de13 % - 21 % [24]. Par rapport à la référence AR (aliment importé),
l’aliment formulé ACOT semble présenter le meilleur ratio qualité/prix. Au niveau des aliments locaux,
l’emploie de l’aliment ACOT (contenant le tourteau de coton) permet de rehausser la croissance des
poissons tout en produisant davantage moins cher par rapport aux deux autres (ACOP et AM), grâce à sa
bonne qualité nutritionnelle. Dans la pisciculture tropicale, l’aliment performant pourrait donc être celui qui
optimise les résultats économiques et les performances de production.

Youssouf DIABAGATE et al.


14 Afrique SCIENCE 22(2) (2023) 1 - 16

4-4. Composition chimique des poissons expérimentaux


Relativement à la composition chimique des poissons, les résultats de la présente étude montrent que les
dépôts de graisse chez les poissons croissent avec l’augmentation des teneurs en lipides des aliments. En
effet, AR, ACOP, AM et ACOT contiennent des teneurs respectives de 4,51 % ; 6,07 % ; 6,7 % et 9,13 % de
lipides. De même, suivant le même ordre, les graisses corporelles croissent graduellement et spécifiquement
(10,5 %, 11,8 %, 12 % et 13,8 %, respectivement pour AR, ACOP, AM et ACOT). Les présents résultats sont en
concordance avec ceux des travaux antérieurs réalisés [35]. Ces mêmes auteurs ont rapporté que
l’augmentation des teneurs lipidiques des aliments conduit à un accroissement des graisses tissulaires.

5. Conclusion
Les résultats de la présente étude ont montré l’intérêt économique et zootechnique à utiliser les aliments
locaux plutôt que l’aliment importé (référence). Par ailleurs, on a constaté que le coût de production d’un
kilogramme de poisson pour l’aliment importé revient deux fois plus cher que celui obtenu avec les
aliments locaux, alors l’écart entre les croissances des poissons n’est pas aussi important. Comparée à la
référence AR (aliment importé), l’emploi des aliments locaux a permis une réduction du coût d’alimentation
pour produire un kilogramme de poisson par des taux de 59,4 %, à 70,3 %. Les résultats de cette étude
ont également révélé que l’utilisation du tourteau de coton associé à d’autres résidus agricoles pour
nourrir le tilapia Oreochromis niloticus permet de produire des poissons marchands de poids moyen
supérieur à 350 g, qui répondent aux aspirations de la majorité des consommateurs. Cette étude montre
également que le tourteau de coton offre au tilapia O. niloticus les meilleures performances de croissance,
comparativement au tourteau de coprah. Les résultats de cette étude montrent enfin que l’aliment à utiliser
dans les élevages hors-sol doit couvrir parfaitement les besoins en protéines et en acides aminés
indispensables pour procurer l’optimum de croissance.

Remerciements
Nous adressons nos sincères remerciements au Fonds Interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil
Agricoles (FIRCA) et au Pôle de recherche Pêche et Aquaculture pour le cofinancement de cette étude et pour
leur appui logistique. Nous exprimons également notre reconnaissance au Docteur OUATTARA N’golo Maître
de Conférences à l’UFR- Sciences de la Nature et à Koné Soumaïla et Traoré Abou, ex-étudiants en Master
professionnel de Pêche et Aquaculture, pour leur assistance pendant la collecte des données.

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Youssouf DIABAGATE et al.


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