Alimentation du tilapia : résidus agricoles
Alimentation du tilapia : résidus agricoles
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* Correspondance, courriel : bamb_yacoub@[Link]
Résumé
La présente étude porte sur l’alimentation du tilapia Oreochromis niloticus « souche Brésil » menée à la
ferme expérimentale de l’Université NANGUI ABROGOUA (Côte d’Ivoire). L’expérimentation a été conduite
entre août 2021 et septembre 2022. Cette étude visait l’amélioration de la taille de tilapia
commercialisable et surtout, la réduction du coût de production. Elle a évalué les effets d'un aliment
extrudé importé (KOUDIJS) utilisé comme référence (AR) et trois aliments locaux, sur la croissance, la
composition corporelle et le ratio coût-bénéfice. Les aliments formulés étaient à base de tourteaux de
coprah, coton et soja, sons de riz et blé. Des juvéniles pesant 32,56 ± 0,8 g ont été nourris trois fois par
jour à 9 h, 11 h et 13 h. Huit bassins ont été utilisés, dont deux par aliment. La densité de stockage était de
20 poissons/m3. Après 180 jours d’essai, le meilleur indice de conversion alimentaire (1,92 ± 0,16) et le
poids final le plus grand (456,7 ± 37,7 g) ont été enregistrés avec AR, suivi de ACOT (2,16 ± 0,10 et
402,2 ± 18,6 g, respectivement). Les dépôts de graisse corporelle (11,8 - 13,8 %) ont été plus élevés chez
les poissons nourris aux aliments locaux que celui (10,5 %) des poissons nourris avec AR. Comparés à AR,
les aliments locaux ont réduit le coût d’alimentation par unité de gain de poids de 59,4 % à 70,3 %. La
présente étude a montré qu’une meilleure formulation d’aliment à base de sous-produits agricoles locaux
appropriés peut réduire le coût de production, mais surtout, améliorer la croissance du tilapia.
Mots-clés : Oreochromis niloticus « souche Brésil », sous-produits agricoles, croissance, coût - bénéfice.
Abstract
Production in raceways of marketable tilapia Oreochromis niloticus (Linnaeus, 1758)
“Brazil strain” fed with crops residues in combination with coconut oil cake and cottonseeds
oil cake
The present study focuses on the feeding of tilapia Oreochromis niloticus "Brazil strain" carried out at the
fish farm of NANGUI ABROGOUA University of (Côte d'Ivoire). The experiment was conducted between
August 2021 and September 2022. This study intended to improve the size of marketable tilapia, but above
all, reduce the production cost. It assessed the effects of an imported extruded diet (KOUDIJS) used as
reference (AR) and three practical diets, on the growth, body composition and cost-benefit. Formulated diets
were made from coconut oil cake, cottonseeds oil cake, soybeans oil cake, rice bran and wheat bran.
Juveniles weighing 32.56 ± 0.8 g were fed three times daily at 9 h, 11 h and 13 h. Eight raceways were
used, including 2 raceways per diet. The stocking density used was 20 fish/m 3. After 180 days of trial, the
best feed conversion index (1.92 ± 0.16) and the highest final weight (456.7 ± 37.7 g) were obtained in fish
fed diet AR, followed by ACOT (2.16 ± 0.10 and 402.2 ± 18.6 g, respectively). Fat deposition (11.8 - 13.8 %)
was higher in fish reared on practical diets, compared to diet AR (10.5 %). Practical diets reduced the cost of
feeding per unit of weight gain by 59.4 % to 70.3 %, compared to the reference diet AR. The present study
showed that better formulation of diets, using appropriate agricultural by-products, can reduce production
costs and, most importantly, improve fish growth
Keywords : Oreochromis niloticus “Brazil strain”, agricultural by-products, growth, cost - benefit.
1. Introduction
L’utilisation des aliments exogènes et des souches améliorées de poisson sont deux principaux facteurs qui ont
contribué au développement spectaculaire de l’aquaculture dans le monde [1]. Toutefois, en Afrique
subsaharienne, la pisciculture rencontre encore plusieurs obstacles parmi lesquels, (i) l’indisponibilité
d’aliments locaux de qualité, (ii) la baisse des performances zootechniques des souches locales de poisson
utilisées, mais et surtout, (iii) la difficulté d’approvisionnement et le coût élevé des aliments importés
performants [1 - 3]. Pour certains auteurs [2, 4, 5], l’amélioration de la production piscicole tropicale, en
l’occurrence, celle de tilapia passe nécessairement par l’utilisation de souches améliorées et des aliments
économiquement rentables et zootechniquement acceptables. En Côte d’Ivoire, par exemple, la production
issue de la pisciculture (environ 4 500 tonnes/an) reste faible et ne représente qu’environ 2,4 % de la
production nationale annuelle [3, 6]. Face à la cherté des aliments industriels, plus de 90 % des
pisciculteurs utilisent directement des sons de céréales (riz, mais, mil, blé) sous forme de poudre, contre
seulement 2 à 3 % de pisciculteurs utilisant des granulés de type coulant et 2 à 3 % de pisciculteurs
utilisant des granulés extrudés flottants importés [6]. La majorité (environ 90 %) de ces pisciculteurs
commercialise le tilapia à un poids moyen compris entre 200 et 300 g. En revanche, le tilapia congelé
importé et celui issu des pêches ont un poids moyen supérieur à 350 g [6, 7]. Des études antérieures ont
montré que la demande en poisson de taille comprise entre 300 et 500 g est forte sur le marché [6 - 8]. En
revanche, selon ces mêmes auteurs, sur le marché peu de ménages aspirent à des tilapias de pisciculture
de taille variant entre 200 et 250 g. Le tilapia de pisciculture local a donc du mal à être compétitif devant le
tilapia O. niloticus importé d’Asie et, dans une moindre mesure, les produits de pêche [6, 8]. Ainsi, le
marché du tilapia de pisciculture en Côte d’Ivoire reste donc fortement concurrentiel, ce qui nécessite la
mise en place d’un système de production piscicole spécifique pour des consommateurs bien ciblés. Selon
diverses sources [2, 4, 9, 10], l’utilisation des souches améliorées de poisson et des aliments de qualité
régulièrement disponibles sont les principaux facteurs qui ont contribué à l’expansion et à la croissance
rapide de l’aquaculture. Dans ce contexte, des auteurs recommandent donc l’utilisation de souches
améliorées [11, 12] et des aliments composés rentables faits à base d’un mélange de plusieurs sous-
produits agricoles locaux [1, 13]. Pour ces auteurs, ces voies et moyens pourraient réduire non seulement
la destruction des poissons sauvages utilisés pour la farine de poisson, mais et surtout, les coûts de
l’alimentation tout en améliorant la taille marchande du poisson de pisciculture locale et la rentabilité des
exploitations. En Côte d’Ivoire, l'abondance des résidus agricoles lui confère un avantage pour la
production piscicole [6]. De plus, en 2014, une nouvelle souche de tilapia O. niloticus « souche Brésil » a été
introduite dans la pisciculture ivoirienne. Ce nouveau tilapia est un dérivé de O. niloticus « souche Bouaké »
qui a subi une série d’améliorations au Brésil depuis 1971 [14]. Les résultats d’une étude réalisée ont
montré que la croissance des alevins de tilapia « souche Brésil » était meilleure que celle de tilapia local
« souche Bouaké » [15]. En raison de ce qui précède, il s’avère donc nécessaire de tester dans
l’alimentation de O. niloticus « souche Brésil », une combinaison de résidus agricoles pour produire du
tilapia marchand répondant à l’aspiration de la majorité des consommateurs. C'est dans cette optique que
s’est orienté l’objectif de la présente étude qui a consisté à élaborer des aliments à base de sous-produits
agricoles locaux, afin de contribuer au développement de la pisciculture ivoirienne et à l’amélioration de la
rentabilité des exploitations. Pour ce faire, nous avons testé dans l’alimentation du tilapia O. niloticus
« souche Brésil », trois types d’aliment formulés contenant des tourteaux de coton et coprah, comparés à
un aliment extrudé importé du Vietnam. De façon particulière, il s’est agi de déterminer les effets des
régimes expérimentaux sur les performances de croissance et la composition chimique du tilapia O.
niloticus élevé en phase de grossissement. Ensuite, les impacts de l’utilisation des aliments expérimentaux
sur le coût de l’alimentation des poissons ont été évalués.
2. Matériel et méthodes
2-1. Infrastructures d’élevage et poissons expérimentaux
Les essais ont été conduits sur les installations de la ferme expérimentale de l’Université NANGUI
ABROGOUA en Côte d’Ivoire. Cette ferme est située au sein de ladite Université (5°23’30’’ de latitude Nord
et 4°0’56’’ de longitude Ouest) dans la ville d'Abidjan. Ces essais ont été menés dans huit (08) bassins
(2,80 x 2,60 x 0,8 m) (Figure 1), à raison de 2 bassins par traitement alimentaire. Le volume d’eau utile
était de 5 m3. Ces bassins, alimentés en eau à partir d’un forage, étaient munis d’un système de renouvellement
continu d’eau. Un débit d’eau minimal de 6 L/minute a été maintenu dans chacun des bassins expérimentaux.
Les poissons utilisés pour les essais étaient des juvéniles de tilapia O. niloticus « souche Brésil » d’un poids
moyen initial de 32,56 ± 0,8 g. Ces poissons, âgés de 90 jours ont été obtenus à partir de sexage manuel
d’alevins prégrossis. Ces alevins ont été produits sur place et nourris à l’aliment importé (KOUDIJS).
coton et soja, de l’huile végétale, du sel de cuisine, de la farine de coquille et premix. Les différents
ingrédients ont été achetés sur le marché local auprès des fournisseurs. Ces aliments formulés
(ACOP, ACOT et AM) étaient isoprotéiques (environ 28 % de protéines brutes). Les compositions de base de
ces aliments formulés (Tableau 1) étaient les suivantes : ACOT (tourteaux de coton et soja, sons de riz et
blé, premix), ACOP (tourteaux de coprah et soja, sons de riz et blé, premix) et AM (tourteaux de coton,
coprah et soja, sons de riz et blé, premix). Les tourteaux de soja, coton et de coprah ont été utilisés comme
sources de protéines. En ce qui concerne les sons de céréales (riz et blé) et l’huile végétale, ils ont été
apportés comme sources principales d’énergie. Un aliment industriel (KOUDIJS) importé du Vietnam a servi
de référence (AR). Cet aliment titre 30% de protéines et est vendu sur le marché local. Cet aliment de
référence était extrudé contrairement aux aliments locaux formulés. Les quatre aliments expérimentaux
étaient tous de type pulvérulent.
Tableau 1 : Composition et proportions d’incorporation des ingrédients (g /100 g) des régimes locaux
(ACOT, AM et ACOP) utilisés pour l’élevage en bassin de Oreochromis niloticus « souche Brésil »
Traitements alimentaires
Intrants
Aliment ACOT Aliment AM Aliment ACOP
Tourteau de soja 32 32 44
Tourteau de coton 23 21 0
Tourteau de coprah 0 10 19
Son de blé 20 16 16
Son de riz 20 16 16
Sel de cuisine 1,5 1,5 1,5
Huile de palme 1 1 1
Huile de soja 0,5 0,5 0,5
Farine de coquille 1,5 1,5 1,5
*Premix 0,5 0,5 0,5
ACOT : Aliment local contenant du tourteau de coton ; AM : Aliment local mixte contenant les tourteaux de
coton et coprah ; ACOP : Aliment local contenant du tourteau de coprah, *: Premix : Vitamine A : 4800000 IU ;
Vitamine D3 : 80000IU ; Vitamine E : 4000 mg ; Vitamine K : 800 mg ; Vitamine B1 : 400mg ; Riboflavine :
1600 mg ; Vitamine B6 : 600 mg, Vitamine B12 : 4 mg ; Acide pantothénique : 4000 mg ; Acide nicotinique :
8000mg ; Acide folique : 400 mg ; Biotine : 20 mg, Manganèse : 22000 mg ; Zinc : 22000 mg ; Fer : 15000 mg ;
Cuivre : 4000 mg ; Iode : 400 mg ; Sélénium : 400mg ; Cobalt : 4.8 mg.
Pour la fabrication des aliments formulés, les matières premières brutes ont été rendues en poudre (1 mm
de diamètre) à l’aide d’un broyeur à marteau de fabrication locale et passées à travers un tamis de maille
un millimètre. Un pré-mélange constitué des sons de riz et blé, des tourteaux de soja, coton et de coprah
(selon la formule alimentaire) a été effectué. Les autres ingrédients constitués des huiles végétales, de
farine de coquille, de sel de cuisine et de premix ont été ajoutés au pré-mélange afin d’obtenir un produit
homogène. Les compositions bromatologiques des quatre aliments expérimentaux sont présentées dans le
Tableau 2. Les analyses ont été effectuées par « Techna nutrition » de France.
Traitements alimentaires
Besoin en
Composition Aliment Aliment
Aliment AM Aliment AR acides aminés
(%) ACOP ACOT
essentiels*
Matière sèche 83,48 83,48 82,96 89,7
Protéine brute 28,52 28,45 28,38 30
Lipides 6,07 6,7 9,13 4,51
Fibres 11,10 10,10 8,35 7,28
Cendres 5,32 5,22 5,28 6,99
Energie Métabolisable
3,07 3,20 3,49 3,26
(MJ / kg de MS)
Composition en acides aminés essentiels (en % de protéine)
Arginine 10,43 9,46 7,80 6,34 4,2
Lysine 4,28 4,41 4,51 5,01 5,12
Méthionine 1,68 1,59 1,61 2,26 2,68
Histidine 2,66 2,56 2,59 2,13 1,72
Phénylalanine 4,10 4,64 4,53 4,53 3,75
Tyrosine 2,96 3,31 3,22 3,29 3,75
Leucine 6,28 6,38 6,31 4,82 3,39
Isoleucine 4,75 3,98 4,08 3,4 3,11
Valine 4,62 4,64 4,73 3,43 2,8
Thréonine 3,58 3,19 3,27 3,72 3,75
Ratio Arginine et Lysine
Arginine/Lysine 2,44 2,14 1,73 1,66 0,82
ACOT : Aliment local contenant du tourteau de coton ; AM : Aliment local mixte contenant les tourteaux de
coton et coprah ; ACOP : Aliment local contenant du tourteau de coprah ; AR : Aliment extrudé importé
utilisé comme référence, * Besoin en Acides Aminés essentiels (AAE) [16]
3. Résultats
3-1. Qualité des eaux
La température a été relativement élevée et similaire dans tous les bassins C pendant toute l’expérience.
Les valeurs relevées ont varié de 23 à 26,1°C le matin entre 6 et 7 h et de 25°C à 28°C dans la soirée entre
15 h 30 et 16 h 00. Les valeurs moyennes calculées ont été comprises entre 26,6 ± 0,47°C et 26,8 ±
0,54°C. Quant à l’oxygène dissous, les valeurs enregistrées ont varié le matin de 2 à 4 mg/L et de 4 mg/L et
6,71 mg/L dans la soirée, soit des moyennes comprises entre 4,12 ± 0,14 mg/L et 4,89 ± 0,17 mg/L,
respectivement pour les bassins ayant reçu les aliments AR et ACOP. La valeur moyenne de l’oxygène
dissous dans les structures de référence a été plus faible que celles observées dans les autres. Les valeurs
minimales du taux d’oxygène dissous ont été observées le matin et les maximales dans la soirée.
S’agissant du pH et de la transparence, les valeurs enregistrées ont été généralement comprises entre 6 et
9, puis entre 15 cm et 24 cm, respectivement. Dans le même ordre, les valeurs moyennes obtenues ont été
comprises entre 7,50 ± 0,21 (ACOT) et 7,70 ± 0,10 (AM) pour le pH, et entre 19 ± 0,1 cm (ACOP) et
20 ± 1 cm (AR) pour la transparence. Dans l’ensemble, les valeurs moyennes des paramètres de qualité de
l’eau étaient statistiquement similaires (p > 0,05) dans tous les bassins expérimentaux. Les conditions de
culture ont donc été considérées comme identiques.
Figure 2 : Évolution du poids moyen (g) de tilapia O. niloticus « souche Brésil » élevé en bassin en fonction
du temps et du type d'aliment à densité constante
Les barres verticales indiquent les écart-types inter-duplicata (deux répétitions et deux cycles de
production) ; ACOT : Aliment local contenant du tourteau de coton ; AM : Aliment local mixte contenant les
tourteaux de coton et coprah ; ACOP : Aliment local contenant du tourteau de coprah ; AR : Aliment extrudé
importé utilisé comme référence.
Pour ce qui concerne la transformation des aliments, les indices de conversion alimentaires (IC) calculés ont été
compris entre 3,14 ± 0,15 (ACOP) et 2,16 ± 0,10 (ACOT) pour les aliments locaux (versus 1,92 ± 0,16 pour AR).
Ces aliments formulés se sont caractérisés par des coefficients d’efficacité protéique compris entre
1,15 ± 0,05 et 1,67 ± 0,08, respectivement pour ACOP et ACOT, contre 1,84 ± 0,85 pour l’aliment de
référence (AR). Les valeurs moyennes des paramètres de transformation des aliments (IC et CEP) et de
croissance (Pmf, GPj et TCS) obtenues chez les lots de poissons de référence ont été plus élevées
significativement (p < 0,05) que celles observées dans les autres lots. De même, les lots nourris avec
l’aliment local ACOT contenant le tourteau de coton ont eu des performances de croissance et des indices de
transformation des aliments (IC et CEP) nettement supérieurs (p < 0,05) à ceux des poissons ayant reçu les
aliments ACOP et AM contenant le tourteau de coprah. Concernant l’état général des poissons, tout au long
de l'expérience, les poissons n'ont présenté aucun signe pathologique et n'ont pas subi de mortalités
élevées. Les poissons morts ont été généralement observés après chaque contrôle de croissance. Ceci
permet d'attribuer les mortalités enregistrées plutôt aux manipulations lors des relevés biométriques qu'à
la composition des régimes alimentaires. Les taux de survie moyens en fin de l'expérience pour les
aliments formulés ont été de 95,7 ± 1,26 % ; 97 ± 0,83 % et 97,8 ± 1,43, respectivement pour ACOP, AM
et ACOT, contre 96,3 ± 4,58 pour la référence (AR). L'analyse statistique montre que la différence entre les
taux de survie des différents lots n'est pas significative (P > 0,05).
Les résultats ont été exprimés en : Moyenne ± ECT (écart type) de deux répétitions et de deux cycles de
production. Sur chaque ligne, les valeurs (Moyennes ± ECT), affectées par des lettres différentes, sont
significativement différentes (P < 0,05). Sur chaque ligne, les valeurs (Moyennes ± ECT), partageant au
moins une même lettre en commun, ne sont pas significativement différentes (P > 0,05). ACOT : Aliment local
contenant du tourteau de coton ; AM : Aliment local mixte contenant les tourteaux de coton et coprah ; ACOP :
Aliment local contenant du tourteau de coprah ; AR : Aliment extrudé importé utilisé comme référence.
Les résultats sont exprimés en : Moyenne ± ECT (Ecart type) de deux répétitions et de deux cycles de
production. Sur chaque ligne, les valeurs (Moyenne ± ECT) affectées par des lettres différentes, sont
significativement différentes (p < 0,05). Sur chaque ligne, les valeurs (moyenne ± ECT), partageant en
commun au moins une lettre ne sont pas significativement différentes (p > 0,05).
4. Discussion
4-1. Qualité des eaux
Tous les paramètres de la qualité sont dans la gamme acceptable requise pour l'aquaculture tropicale
(pH : 6 à 9, oxygène dissous ≥ 3 mg/L et température ≥ 25°C et transparence comprise entre 20 et 30 cm)
[21]. Les valeurs de température (24,1 - 28,5 °C) enregistrées au cours de la présente étude sont
comparables à celles (23,6 à 31,6°C) enregistrées dans des études antérieures réalisées avec le tilapia
O. niloticus [17]. Pour ce qui concerne l’oxygène dissous, les concentrations ont été généralement plus
élevées la soirée (16h) et plus faibles le matin (7 h) (2 mg/L). Cette variation pourrait s’expliquer par la
photosynthèse et les activités de respiration et de dégradation des matières organiques. En effet, la
photosynthèse productrice d’oxygène, est quasiment nulle la nuit alors que la respiration et la dégradation
de la matière organique accumulée dans les structures de production sont continuelles, occasionnant ainsi
une consommation importante d’oxygène [22]. Pour ce qui concerne le pH, la faible valeur enregistrée par
moments en aquaculture résulte d’un important processus de décomposition de la matière organique
(aliments non consommés et fèces) [23]. S’agissant de la transparence, la même source indique que les
faibles valeurs parfois enregistrées en aquaculture sont la conséquence de l’abondance du phytoplancton
dans les étangs due à l’enrichissement de ces milieux en sels nutritifs.
AM, les performances de croissance (Pmf, GPj et TCS) des poissons nourris à ces aliments ne peuvent
qu’être plus faibles par rapport à ceux des lots ayant reçu l’aliment ACOT. Par ailleurs, les indices de
transformation de l’aliment ACOT (2,16 ± 0,10 et 1,67 ± 0,08, respectivement pour IC et CEP) ont été
meilleurs que ceux des deux autres aliments. Ces résultats confirment que ACOT est le plus digeste et
assimilable par les poissons que AM et ACOP dont les valeurs respectives de l’indice de conversion
alimentaires et du coefficient d’efficacité protéique sont de 3,02 ± 0,19 et 1,20 ± 0,08 pour AM, puis de
3,14 ± 0,15 et 1,15 ± 0,05 pour ACOP. Au regard de la composition bromatologique des aliments formulés,
singulièrement, les teneurs des lipides alimentaires pourraient être aussi à l’origine de l’écart de
performance observé entre les aliments formulés (ACOT, AM et ACOP). En effet, les teneurs des lipides
alimentaires diminuent progressivement de ACOT, AM à ACOP. A l’inverse, on a constaté que les
performances de croissance procurées aux poissons par ces mêmes aliments ont baissé dans le même
ordre, soit de ACOT, AM à ACOP. Ceci suppose que la différence observée pourrait être en relation avec les
teneurs des lipides alimentaires. Les résultats de cette étude sont en adéquation avec ceux des travaux
antérieurs effectués [31]. Selon ces mêmes sources, un accroissement dans une certaine limite des teneurs
de lipides dans les aliments, les rend plus énergétiques et permet aux protéines d’être efficacement
utilisées et converties pour la croissance du poisson. Des résultats semblables ont également été rapportés
chez Siganus rivulatus [32]. Dans l’ensemble, les taux de survie enregistrés varient de 95,7 % à 97,8 %.
Ces résultats sont satisfaisants, comparés à ceux obtenus (89,7 % - 93,5 %) [17] et (95,5 % à 97,7 %) [33]
avec O. niloticus nourri avec des aliments à base de sous-produits locaux. Les gains moyens de poids des
aliments formulés ont varié de 241,5 g (ACOP) à 369,8 g (ACOT) avec des croissances quotidiennes
comprises entre 1,34 g/j (ACOP) et 2,05 g/j (ACOT). Ces croissances journalières étaient supérieures à celles
des études réalisées en étang (1,53 g/j - 1,94 g/j) [17]. La différence de croissance observée pourrait être
en relation avec la souche de O. niloticus utilisée. La souche de tilapia utilisée dans les études antérieures
était O. niloticus « souche Bouaké », versus O. niloticus « souche Brésil » pour la présente étude. Cette
dernière est une souche améliorée de la souche « Bouaké » au Brésil [14]. Il a été récemment rapporté que
la croissance des alevins de O. niloticus « souche Brésil » était meilleure que celle des alevins de tilapia
« souche Bouaké » [15]. De même, des observations similaires ont été faites chez deux souches distinctes de
O. niloticus [34]. Relativement aux indices de conversion alimentaires (IC), les présents résultats (1,92 à 3,14)
sont proches de ceux (2,22 - 2,88) enregistrés dans des travaux réalisés en étang [17].
5. Conclusion
Les résultats de la présente étude ont montré l’intérêt économique et zootechnique à utiliser les aliments
locaux plutôt que l’aliment importé (référence). Par ailleurs, on a constaté que le coût de production d’un
kilogramme de poisson pour l’aliment importé revient deux fois plus cher que celui obtenu avec les
aliments locaux, alors l’écart entre les croissances des poissons n’est pas aussi important. Comparée à la
référence AR (aliment importé), l’emploi des aliments locaux a permis une réduction du coût d’alimentation
pour produire un kilogramme de poisson par des taux de 59,4 %, à 70,3 %. Les résultats de cette étude
ont également révélé que l’utilisation du tourteau de coton associé à d’autres résidus agricoles pour
nourrir le tilapia Oreochromis niloticus permet de produire des poissons marchands de poids moyen
supérieur à 350 g, qui répondent aux aspirations de la majorité des consommateurs. Cette étude montre
également que le tourteau de coton offre au tilapia O. niloticus les meilleures performances de croissance,
comparativement au tourteau de coprah. Les résultats de cette étude montrent enfin que l’aliment à utiliser
dans les élevages hors-sol doit couvrir parfaitement les besoins en protéines et en acides aminés
indispensables pour procurer l’optimum de croissance.
Remerciements
Nous adressons nos sincères remerciements au Fonds Interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil
Agricoles (FIRCA) et au Pôle de recherche Pêche et Aquaculture pour le cofinancement de cette étude et pour
leur appui logistique. Nous exprimons également notre reconnaissance au Docteur OUATTARA N’golo Maître
de Conférences à l’UFR- Sciences de la Nature et à Koné Soumaïla et Traoré Abou, ex-étudiants en Master
professionnel de Pêche et Aquaculture, pour leur assistance pendant la collecte des données.
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