Texte 7 “ Acte 3 scène 12”
Introduction : Marivaux est un des plus grands dramaturges du siècles des lumières. Ses
comédies critiquent un ordre social ou la naissance prévaut sur le mérite. Elles consistent
souvent en jeu d’intrigues fondée sur des jeu d’interversion et de tromperie. Entre le
burlesque et la galanterie le masque et la vérité Marivaux interroge également les pouvoirs
du langage. Les fausses confidences est une comédie en trois actes et en prose joué pour la
première fois en 1737 par les comédiens italiens. Dorante est un petit bourgeois amoureux
d’aramant, qui appartient à la grande bourgeoisie des finances et lui semble donc
inaccessible. Dans l’extrait étudié à savoir la scène 12 de l’acte 3, Araminte et Dorante se
révèlent enfin leur amour.
Problématique : Des lors nous verrons comment les déclarations amoureuses réciproques
d’Araminte et de Dorante de l’acmé de la pièce en mettant fin aux fausses confidences.
Le premier mouvement correspond Araminte et Dorante se déclarent leur amour
Dans le 2eme mouvement Dorante révélé a Araminte les stratagèmes amoureux de Dubois
Dans le 3eme mouvement Araminte pardonne à Dorante ses stratagèmes car ils servaient
son amour.
Mouvement 1(L1 a 5) : Dorante demande à Araminte de lui céder le portrait d'elle qu'il a
peint et qu'elle a touché. L'audace de la demande suscite l'exclamation de la jeune femme : "
Vous donner mon portrait ! “. En effet, ce don de son image symboliserait le don de son
cœur. Mais Dorante conteste cette idée, car elle lui paraît inconcevable, comme l'expriment
les phrases exclamatives “que vous m'aimez, Madame ! Quelle idée !”. La question
rhétorique “qui pourrait se l'imaginer ? ”rappelle ainsi que la différence de fortune entre lui et
Araminte prohibe toute union amoureuse. Mais c’est justement cette question rhétorique qui
prouve l’aveu amoureux d’Araminte “Et voilà pourtant ce qui m’arrive “. Son " ton vif et naïf
" témoigne de la pureté et de la spontanéité de ses sentiments, comparables à ceux que
Dorante éprouve pour elle. Pour la première fois, Araminte révèle donc ses sentiments
amoureux à Dorante directement, en non en aparté. L'intensité de cette révélation est
renforcée par la théâtralité du présentatif "Voilà" et l'adverbe d'opposition "pourtant".
Araminte met donc fin à ses fausses confidences : elle aime également. Cette déclaration
amoureuse provoque chez Dorante un trouble et une joie paroxystiques, comme l'exprime
l'exclamation tragique : "Je me meurs !” Le corps accompagne la parole "se jetant à ses
genoux“ Le trouble d'Araminte est tout aussi profond : "Je ne sais plus où je suis". Araminte
ordonne cependant à l'impératif qu'un semblant de calme soit rétabli "Modérez votre joie :
levez-vous, Dorante"
Mouvement 2 : Dorante rejette cependant "cette joie qui me transporte" par l'épanadiplose
(répétition d'un mot ou d'une expression en fin de proposition) "Je ne la mérite pas. Cette joie
me transporte. Je ne la mérite pas, Madame". Araminte en est "étonnée" : cet adjectif,
fréquent dans la pièce, accompagne les incessants retournements. L'exclamation interrogative
d'Araminte appelle la révélation de Dorante : "Comment ! que voulez-vous dire ?". Dorante
révèle les fausses confidences de la pièce, mais insiste cependant sur ce qu'elles ont de vrai, à
savoir l'amour qui les animait : "Dans tout ce qui s'est passé chez vous, il n'y a rien de vrai
que ma passion, qui est infinie" La tournure restrictive (ne…que) met en valeur l’amour que
Dorante porte à Araminte. Dans cette longue réplique, Dorante révèle certes les mensonges
employés, mais il les justifie par l'amour. On retrouve ainsi un vocabulaire galant et
précieux : "passion", " infinie”, “mon amour”, " charme de l'espérance”, " tendresse “, “que
j'adore". La fausse confidence et les stratagèmes sont désignés vaguement par le groupe
nominal indéfini “Tous les incidents ". Dorante fait l'apologie de son valet afin de
l'innocenter : il est habile "l'industrie d'un domestique” et aime profondément son maître "qui
l'en plaint". Cet éloge de Dubois permet de justifier ses stratagèmes. Dorante révèle la vérité
en raison de “[s]on respect, [s]on amour et [s]on caractère“. Cette énumération ternaire
illustre son mérite et mettent en valeur ses qualités morales qui pourraient convaincre
Araminte de lui pardonner. En effet, Dorante ne se livre-t-il pas à une fausse confidence en
prétendant avoir été "forcé de consentir" au stratagème de son valet alors que nous l'avons vu
y consentir dans l'acte I ? L'anaphore en “J'aime mieux“ rend la scène solennelle et grave.
Mouvement 3 : Araminte demeure interdite, comme l'exprime le participe présent de la
didascalie : “le regardant quelque temps sans parler." Cette suspension de la parole et des
mouvements intensifie l'effet d'attente. C'est en effet de la réaction d'Araminte que dépend le
dénouement de la pièce. L'amante estime qu'elle n'aurait accepté ces révélations de personne
d'autre que Dorante. Une intervention de Dubois aurait par exemple été catastrophique
comme en témoigne le verbe hyperbolique au conditionnel "je vous haïrais". La conjonction
de coordinations “mais” et la locution d'insistance “vous-même " mettent en valeur cette
exception : “mais l'aveu que vous m'en faites vous-même" Paradoxalement, cet aveu
renforce donc l'amour d'Araminte pour Dorante, ce qu'elle exprime par la gradation ternaire
“Ce trait de sincérité me charme, me paraît incroyable, et vous êtes le plus honnête homme du
monde“ La tournure superlative “le plus honnête homme du monde“ place Dorante sur un
piédestal, faisant oublier les mensonges employés par Dorante dans la pièce. Mais Araminte
veut justifier les stratagèmes de Dorante non pas seulement avec le cœur mais avec des
arguments rationnels : “Après tout, puisque...“. La proposition subordonnée circonstancielle
de cause “puisque vous m'aimez véritablement“ justifie ainsi logiquement les ruses de
Dorante “ce que vous avez fait pour gagner mon cœur n'est point blâmable“. La comédie
s'achève donc, comme une fable, sur une morale explicite énoncée par un personnage : le
mensonge est vertueux s'il cherche le dévoilement de la vérité. Ce dernier s'exclame de joie,
stupéfait d'être aimé “Quoi ! la charmante Araminte daigne me justifier ! “. La scène d'amour
s'achève cependant sur l'arrivée du couple d'opposants “Voici le comte avec ma mère“. Le
rebondissement redynamise la pièce, en retardant le dénouement final par une ultime épreuve.
Les deux impératifs “ne dites mot, et laissez-moi parler“ expriment la détermination
d'Araminte, prête à les affronter.
Conclusion : Cette scène 12 de l'acte III de Les Fausses confidences est donc le dénouement
de la pièce. C'est une scène d'aveux qui rétablit la vérité après toutes les fausses confidences
qui ont été faites dans la pièce. Le spectateur peut mesurer le chemin qu'a eu à parcourir
Araminte : aller contre ses préjugés et les préjugés sociaux.