LA DÉVIANCE
LEXIQUE
- Carrière déviante : enfermement de l’individu dans des actes déviants, suite à
un étiquetage.
Chiffre noir de la délinquance : différence entre la délinquance réelle et la
délinquance mesurée
statistiquement.
- Contrôle social : ensemble des mécanismes mis en œuvre pour assurer la
conformité des individus aux valeurs et aux normes du groupe social ou de la
société à laquelle ils appartiennent. Son application se fait sous la forme de
sanctions (positives ou négatives).
- Contrôle social formel : contrôle social mis en œuvre par des institutions
spécialisées (police, justice, école,religion).
- Contrôle social informel : contrôle social mis en œuvre de manière diffuse par
l'ensemble des membres d'un
groupe social.
- Délinquance : forme de déviance qui correspond à la transgression d’une norme
juridique. Elle est punie par la loi (crimes et délits et, éventuellement
contraventions). La délinquance est donc un sous-ensemble de la déviance.
- Déviance : conduite que les membres d’un groupe ou d’une société réprouvent
ou sanctionnent parce qu’ils considèrent comme non conformes à leurs propres
normes et valeurs.
Étiquetage : processus par lequel la société ou les groupes sociaux désignent des
individus comme déviants.
- Enquête de victimation : enquête portant sur un échantillon de la population et
qui vise à mieux connaître les infractions dont sont victimes les particuliers.
- Marginalité : transgression d’une norme purement sociale ou religieuse, qui
n'entraîne pas de sanction juridique, mais fait l'objet de réprobation pouvant
conduire à la stigmatisation.
- Normes juridiques : normes codifiées et décrites par des textes officiels.
Normes sociales : normes connues tacitement par les membres d’un groupe ou
d’une société et ne faisant pas, le plus souvent, l’objet d’une codification écrite.
- Stigmatisation : imposition d’une identité péjorative à un groupe d’individus,
qui de ce fait est considéré comme déviant, quelle que soit la réalité des faits.
Processus par lequel un individu est discriminé et mis à l’écart en raison d’une
caractéristique socialement vue comme dégradante.
- Variance : simple écart aux habitudes, ou comportement qui n'est pas
socialement répressible. Il pourra être qualifié "d'excentricité" ou "d'originalité »
introduction :
Dans toute société, il existe des normes et des règles qui régissent le
comportement des individus. Ces normes sont intériorisées par les membres de
la société au cours de leur socialisation, et le contrôle social est mis en place pour
veiller à ce que ces normes soient respectées. Cependant, malgré ce contrôle,
certains individus choisissent de transgresser ces normes, ce qui conduit à la
déviance.
Le contrôle social : éléments de définition
La déviance es un sujet central dans l'étude du contrôle social. Ce dernier est
un pilier fondamental de toute société. Il se manifeste à travers un réseau
complexe de normes, de valeurs et de sanctions qui exerce une pression sur
les individus pour qu'ils se conforment aux attentes sociales. Ce processus
commence dès la socialisation primaire, lorsque les individus sont initiés aux
normes et aux valeurs de leur société par le biais de diverses institutions
sociales telles que la famille, l'école et les groupes de pairs.
Dans ce cadre, le contrôle social peut revêtir deux formes principales : le
contrôle social formel et le contrôle social informel. Le premier est exercé par
des institutions spécifiquement désignées à cet effet, telles que la police, la
justice ou encore l'église. Ces institutions établissent des règles et des
sanctions claires pour décourager les comportements déviants et maintenir
l'ordre social. Par exemple, la police intervient en cas de violation flagrante des
normes sociales et applique des sanctions légales pour dissuader les individus
de récidiver.
En revanche, le contrôle social informel repose sur des interactions sociales
quotidiennes et des mécanismes moins institutionnalisés. Il s'agit notamment
des réactions sociales immédiates aux comportements déviants, telles que les
expressions de désapprobation, les moqueries ou même la violence
symbolique. Ces réactions sociales jouent un rôle crucial dans le maintien de la
cohésion sociale en décourageant les individus de s'écarter des normes
acceptées.
Pourtant, la distinction entre ces deux formes de contrôle social n'est pas
toujours nette. Parfois, les sanctions informelles peuvent se renforcer
mutuellement avec les sanctions formelles, et vice versa. Par exemple, une
personne qui a été condamnée pour un crime peut subir à la fois des
conséquences légales et sociales, telles que l'ostracisme de la communauté.
La déviance : une construction sociale ?
La déviance est un concept socialement construit qui varie en fonction des
normes et des valeurs d'une société donnée. La déviance peut prendre deux
formes principales :
1. La marginalité : Il s'agit d'un état où un individu ne respecte pas
certaines normes sociales sans pour autant être considéré comme un
délinquant. La marginalité est souvent associée à un jugement collectif
négatif sur le comportement ou le mode de vie de l'individu.
2. La délinquance : Cette forme de déviance implique la commission de
crimes ou de délits, et est généralement prise en charge par les
institutions judiciaires avec des sanctions prévues par la loi.
Elle désigne généralement tout comportement ou acte qui s'écarte des
attentes ou des normes établies. Cependant, ce qui est considéré comme
déviant dans une culture peut être parfaitement acceptable dans une autre.
Par conséquent, la déviance est étroitement liée au contexte social et culturel
dans lequel elle se produit.
Les sociologues s'intéressent particulièrement au processus par lequel certains
comportements sont étiquetés comme déviants. Selon la théorie de
l'étiquetage, la déviance n'est pas intrinsèque à l'acte lui-même, mais résulte
de l'attribution collective d'une étiquette de déviance à un individu ou à un
groupe. Cette étiquette peut être appliquée de manière sélective en fonction
de divers facteurs tels que le statut social, le sexe, la race ou d'autres
caractéristiques identitaires. Une fois étiqueté comme déviant, un individu
peut être stigmatisé et exclu socialement, ce qui peut renforcer son
comportement déviant et le pousser vers une carrière déviante.
Il est également important de distinguer entre la déviance primaire et la
déviance secondaire. La déviance primaire désigne des actes isolés qui ne
remettent pas fondamentalement en question l'identité sociale d'un individu.
En revanche, la déviance secondaire implique une identification durable en
tant que déviant, souvent associée à une socialisation dans un rôle déviant.
Par exemple, un individu peut commencer par commettre des actes de
vandalisme de manière occasionnelle (déviance primaire), mais s'engager
ensuite dans une série de comportements déviants plus graves après avoir été
étiqueté comme délinquant par la société (déviance secondaire).
La mesure des actes de délinquance
La mesure des actes de délinquance est un défi complexe pour les sociologues
et les autorités publiques. Les statistiques policières et judiciaires constituent
l'une des principales sources d'information sur la délinquance, mais elles
présentent des limites importantes. Par exemple, ces données ne capturent
que les actes de délinquance qui ont été signalés aux autorités, ce qui peut
sous-estimer considérablement l'ampleur réelle du problème. De plus, les
critères de signalement peuvent varier en fonction de facteurs tels que la
gravité de l'infraction, le lieu de résidence et la relation entre la victime et le
délinquant.
En outre, les statistiques policières ne tiennent pas compte de nombreux types
de délits, tels que les infractions mineures et les crimes non signalés. Par
exemple, les violences conjugales et les agressions sexuelles sont souvent
sous-déclarées en raison de la peur des victimes de signaler les crimes à la
police. Par conséquent, une augmentation des statistiques policières ne reflète
pas nécessairement une augmentation de la délinquance réelle, mais peut
simplement indiquer une amélioration de la collecte de données ou un
changement dans les normes sociales entourant le signalement des crimes.
Pour pallier ces limites, les enquêtes de victimisation sont devenues une
méthode courante pour évaluer la délinquance. Ces enquêtes permettent aux
chercheurs de recueillir des informations sur les expériences de victimisation
directe auprès de la population, indépendamment de la déclaration aux
autorités. En combinant différentes sources de données, telles que les
statistiques policières, les enquêtes de victimisation et les données sur les
admissions dans les établissements correctionnels, les sociologues peuvent
obtenir une image plus complète de la délinquance et de ses tendances au fil
du temps.
En conclusion, la déviance et la délinquance sont des phénomènes complexes
qui nécessitent une approche multidimensionnelle pour être pleinement
compris. En considérant les multiples facteurs sociaux, culturels et
institutionnels qui influent sur ces comportements, les sociologues peuvent
contribuer à éclairer les politiques de prévention de la criminalité et à
promouvoir des réponses plus efficaces aux problèmes de déviance dans la
société.