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Propulseurs à effet Hall en propulsion spatiale

Ce document décrit la technologie des propulseurs à plasma, une technologie de propulsion spatiale électrique prometteuse mais présentant certaines limitations. Il explique le fonctionnement de deux types de propulseurs à plasma, les moteurs ioniques et les propulseurs à effet Hall, sur lesquels se concentre la recherche française.

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Propulseurs à effet Hall en propulsion spatiale

Ce document décrit la technologie des propulseurs à plasma, une technologie de propulsion spatiale électrique prometteuse mais présentant certaines limitations. Il explique le fonctionnement de deux types de propulseurs à plasma, les moteurs ioniques et les propulseurs à effet Hall, sur lesquels se concentre la recherche française.

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Les propulseurs à plasma - Une technologie spatiale

d’avant-garde
Stéphane Mazouffre

To cite this version:


Stéphane Mazouffre. Les propulseurs à plasma - Une technologie spatiale d’avant-garde. Reflets de la
Physique, 2009, 14, pp.15 - 19. �10.1051/refdp/2009009�. �hal-02986786�

HAL Id: hal-02986786


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Avancées de la recherche
Les propulseurs à plasma
Une technologie spatiale d’avant-garde
Stéphane Mazouffre ([Link]@[Link])
ICARE, UPR 3021 CNRS, 1C av. de la recherche scientifique, 45071 Orléans Cedex 2

Le contrôle de la trajectoire
Intérêt et limites de la propulsion à plasma sein d’un plasma sont assurées par un système
de grilles polarisées à haute tension.
des satellites de télécommu- Une fusée ou un vaisseau spatial se propulse b) Les propulseurs à effet Hall, qui sont des accé-
nication à l’aide d’accélérateurs en éjectant de la matière : la quantité de mou- lérateurs d’ions sans grille utilisant avantageu-
vement ainsi perdue est compensée par celle sement le confinement magnétique d’un plasma.
d’ions assure une économie
gagnée dans la direction du vol. Au début du Les premiers essais en vol auront lieu dans les
significative en quantité XXe siècle, le physicien russe C. [Link], années 70. Dans les décennies qui suivront, le
d’ergol embarquée. un pionnier de l’astronautique, dérive à partir nombre de propulseurs embarqués ne fera que
de la conservation de la quantité de mouvement, croître, tout comme le niveau des performances
Cette technologie l’équation fondamentale de la propulsion spatiale, et la fiabilité. Aujourd’hui, les technologies
d’avant-garde se répand, connue aujourd’hui sous l’appellation “The « à grille » et « à effet Hall » occupent toujours
Rocket Equation”. Pour un système sans force une place prépondérante, et plusieurs dizaines de
même si la propulsion externe et en supposant la vitesse d’éjection du satellites sont équipés de propulseurs électriques
chimique, plus classique, fluide propulsif ve constante, cette équation relie qui assurent principalement le contrôle de la
de manière simple la masse ∆me de combustible trajectoire et la correction d’altitude. Ce mode
reste dominante. consommé lors d’une manœuvre à la variation de propulsion est depuis peu employé pour des
Des recherches ambitieuses de vitesse ∆v du vaisseau : voyages interplanétaires, comme en témoignent
∆me = m0 [1 – exp(-∆v/ve)], la mission européenne SMART 1 [1] et la mission
sur la propulsion à plasma où m0 est la masse initiale du vaisseau. On américaine Dawn.
sont engagées de par s’aperçoit alors que plus la vitesse d’éjection du
combustible, que l’on nomme ergol en astro- La propulsion électrique offre plusieurs
le monde pour améliorer
nautique, est élevée, plus la quantité consommée avantages par rapport à la propulsion chimique :
les performances des moteurs, par un propulseur est faible(1). une faible consommation d’ergol (fig. 1), un
rendement énergétique élevé de l’ordre de 50 %,
augmenter leur durée de vie
Avec la découverte de l’électron par une longue durée de fonctionnement – plusieurs
et atteindre des poussées J. [Link] et la mise en évidence du proton centaines de jours de tir en continu – qui assure
de plusieurs Newtons. par E. Rutherford, les scientifiques réalisent dans une vitesse finale élevée, et un approvisionnement
les années 1910 qu’ils ont à leur disposition le en énergie qui se fait de façon externe à l’aide
Ces travaux font appel combustible rêvé pour les vaisseaux spatiaux. de panneaux solaires, pour ne citer que les points
à la fois à des simulations En effet, les particules chargées sont susceptibles forts les plus marquants [2 - 4].
d’être accélérées à des vitesses considérablement Néanmoins, il existe en contrepartie trois
numériques complexes plus grandes que celles que peuvent atteindre des limitations :
et au développement atomes neutres, même chauffés à des températures (i) un bas niveau de poussée, de l’ordre de 100 mN
extrêmes (fig. 1). La propulsion spatiale électrique, (la mise en orbite terrestre d’une masse d’une
d’outils de diagnostic élaborés. ou propulsion à plasma, venait de naître et le tonne nécessite une poussée de l’ordre de 106 N :
Nous détaillons ici le cas premier brevet sera déposé en 1932. Outre la la propulsion à plasma est donc restreinte à des
consommation d’ergol, la poussée, qui est égale applications en orbite terrestre et pour des trajets
des propulseurs à effet Hall, au produit du débit d’ergol par la vitesse interplanétaires),
sur lesquels se concentre d’éjection, est une autre grandeur fondamentale. (ii) un degré de complexité relativement élevé,
Mais il faudra attendre le début des années 50 (iii) et un fonctionnement restreint à un milieu
la recherche en France.
et la mise au point de sources d’ions délivrant à basse pression.
des courants de plusieurs ampères pour que la Un effort de recherche significatif est donc
propulsion à plasma apparaisse crédible. Des engagé dans le domaine de la propulsion à
progrès rapides seront accomplis dans les années plasma, avec comme objectifs principaux
50-60, avec le développement de la physique l’amélioration des performances et le développe-
des plasmas et des sources d’ions. Deux familles ment d’une gamme élargie en puissance, qui
de propulseurs feront alors leur apparition. s’étendrait du Watt à la centaine de kiloWatts,
a) Les moteurs ioniques, pour lesquels l’extraction, afin de répondre aux besoins des opérateurs de
la focalisation et l’accélération d’ions produits au satellites et des agences spatiales.
>>>

Reflets de la Physique!n°14 15
Article disponible sur le site [Link] ou [Link]
>>>
5000 La France a opté dans les années 90 pour
la technologie des propulseurs à plasma à effet
chimique
Masse d’ergol consommée (kg)

∆v=1,5 km/s (transfert d’orbite) Hall, car ces derniers offrent un meilleur
4000 rapport poussée/puissance et sont mieux
∆v=5 km/s (voyage interplanétaire)
adaptés au domaine de la forte puissance.
Les investissements réalisés depuis plus de
3000 dix ans en recherche et développement sur
ces propulseurs ont ainsi conduit à
l’émergence d’un domaine d’excellence,
2000 dont nous allons exposer les grandes lignes
électrique
(voir encadré p. 17).

1000
Création et accélération des ions
dans un propulseur de Hall
0 Les grilles polarisées d’un moteur
0 10 20 30 40 50
ionique (cas (a) de la section précédente)
Vitesse d’éjection de l’ergol (km/s) sont contraignantes pour deux raisons :
leur configuration doit être parfaitement
adaptée à la forme souhaitée du champ
1. Consommation d’ergol pour deux types de missions dans le cas d’un vaisseau spatial ayant une électrique, et leur érosion conduit à une
masse initiale de 5 tonnes, d’après l’équation de Tsiolkowski. Le terme ∆v représente la variation de dégradation des performances et en limite
vitesse à accomplir sur la durée totale de la mission. Grâce à une grande vitesse d’éjection du fluide la durée de vie. S’en passer offre donc des
propulsif, la propulsion électrique autorise un gain significatif en masse d’ergol embarquée. avantages certains. C’est l’idée qui a conduit
à la conception des propulseurs à effet Hall.
Un propulseur à effet Hall est un accéléra-
teur d’ions « sans grille », qui fait appel à
une décharge plasma à basse pression bai-
bobines champ électrique cathode gnée dans un champ magnétique [4, 5].
Dans un propulseur de Hall, l’ergol(2) est
ionisé au sein d’une décharge confinée dans
un canal annulaire en céramique ; puis les
ions créés sont accélérés dans un champ
électrique E et éjectés à des vitesses de
l’ordre de 20-30 km/s, ce qui génère
l’effet propulsif (figs. 2 et 3). Pour garantir
injection la neutralité électrique, le faisceau d’ions
d’ergol positifs est neutralisé par une grande fraction
(xénon) ions (~ 80%) des électrons émis par la cathode.
L’origine du fort champ électrique accélé-
rateur E est subtile. Les électrons qui se
axe de symétrie lignes de champ B dirigent vers l’anode, qui joue le rôle
d’injecteur de gaz, doivent traverser un
champ magnétique B radial produit par
des bobines ou des aimants. L’intensité du
champ B (~ 200 G) est choisie telle que le
rayon de Larmor des électrons soit plus
anode petit que les dimensions caractéristiques du
canal diélectrique. Au contraire, les ions ne
doivent pas ressentir le champ magnétique.
Les électrons se retrouvent piégés dans la
zone de fort champ magnétique – on parle
circuit canal annulaire de barrière magnétique – située vers la
magnétique en céramique diélectrique sortie du canal, ce qui conduit à une forte
chute de la mobilité électronique transverse
aux lignes de champ B. Pour maintenir le
2. Schéma de principe d’un propulseur à effet Hall (a = atome, i = ion et e = électron). courant électronique, un intense champ
L’ensemble a une symétrie cylindrique. Les dimensions du canal annulaire d’un propulseur de 1,5 kW électrique de plusieurs 100 V/cm apparaît
capable de développer 100 mN de poussée avec 5 mg/s de xénon sont typiquement : un diamètre externe alors en sortie du propulseur, car la diffé-
de 100 mm, une largeur de 20 mm et une longueur de 30 mm. rence de potentiel appliquée se retrouve

16 Reflets de la Physique!n°14
Avancées de la recherche
concentrée dans la région où les électrons
sont ralentis. La combinaison du champ cathode
chambre à décharge
électrique, principalement axial, et du champ
magnétique, majoritairement radial, conduit
à la formation d’un fort courant élec-
tronique azimutal de quelques dizaines
d’Ampères, dit courant de Hall, à l’intérieur
du canal. Le courant de Hall permet une
ionisation efficace de l’ergol, puisque 90%
du débit de gaz injecté à l’arrière du canal
est ionisé.
Les principes physiques fondamentaux
qui régissent le comportement du plasma faisceau d’ions
d’un propulseur à effet Hall sont aujourd’hui
connus ; cependant, il reste des zones d’ombre
qui limitent le caractère prédictif des modèles
en développement. En particulier, il reste
difficile de simuler les performances et de
prévoir le comportement du plasma sur des
longues durées. Deux mécanismes sont plasma
spécialement mal connus et non quantifiés.
D’une part, les interactions entre le plasma 3. Photographie d’un propulseur à effet Hall de 5 kW en fonctionnement avec du xénon, dans le moyen
et les surfaces, qui font intervenir l’émission d’essais Pivoine-2g du CNRS.
d’électrons relativement froids par les
parois diélectriques du canal sous l’effet du ainsi négligées. Les simulations particulaires supérieure au rayon de Larmor des électrons
bombardement ionique. D’autre part, le ont apporté un éclairage nouveau sur le – sous la forme de vortex de courant
transport dit « anormal » des électrons à transport anormal des électrons, en montrant d’électrons.
travers la barrière magnétique. En effet, la que ce dernier pouvait être relié à des fluc- Si l’approche particulaire est très puissante,
diffusion électronique classique, assurée par tuations stochastiques du champ électrique elle est aussi très gourmande en temps de
des collisions entre électrons et atomes, dans la direction azimutale (fig. 4). Ces calcul : il faut plusieurs semaines pour
n’explique pas l’intensité du courant fluctuations spatio-temporelles, qui sont liées simuler un régime d’équilibre. De plus, la
recueilli : il existe un facteur de 10 à 20 entre à des fluctuations de la densité électronique géométrie choisie ne permet ni de prendre
le calcul et la mesure. Il faut donc faire à courte longueur d’onde – de l’ordre du les parois en compte ni de calculer la
appel, soit à un transport « pariétal » dû à rayon de Larmor électronique ~ 1 mm – poussée et la divergence du faisceau
la diffusion ou à l’émission d’électrons par induisent une diffusion in globo des électrons d’ions. Cette approche ne peut donc pas
les parois, soit à un transport « turbulent » dans la direction x. Le code particulaire être utilisée pour simuler systématiquement
lié à des fluctuations stochastiques de la prédit également l’existence de structures le comportement d’un propulseur. À la
densité électronique. Néanmoins, des à grande échelle – dont la taille est très place, une approche numérique hybride,
avancées significatives ont été obtenues >>>
récemment, grâce à l’élaboration d’outils à
la fois numériques et expérimentaux.

Modélisations particulaire et hybride


GdR Propulsion par plasma dans l’espace CNRS/CNES/Snecma/Universités 3161

Afin de mieux appréhender le transport La maîtrise des systèmes de propulsion par plasma à effet Hall a nécessité la mise en œuvre
d’une stratégie de recherche reposant sur la combinaison de simulations numériques et
des particules chargées dans la décharge
d’expériences conduites dans le moyen national d’essais PIVOINE-2g du CNRS à Orléans.
d’un propulseur à effet Hall, une méthode
Cette stratégie a été développée au sein d’un Groupement de Recherche
particulaire implicite 2D a été développée
CNRS/CNES/Snecma/Universités à partir de 1996, soit seulement trois ans après les
au CPHT de l’École polytechnique [5].
premiers contacts avec le professeur A.I. Morozov qui est à l’origine du concept.
Ce modèle, qui consiste à suivre la trajectoire
Le GdR a pour objectif premier l’élaboration d’outils de simulation à caractère prédictif, ce
de chaque particule et à traiter individuel- qui impose au préalable de comprendre au mieux les phénomènes physiques qui sont au
lement chaque collision, permet de résou- cœur de ces décharges magnétisées. La démarche, fortement interactive, fait appel aux
dre la dynamique du plasma au niveau de nombreuses équipes de recherche du GdR. Elle a permis des progrès conséquents dans la
l’échelle temporelle du mouvement cyclo- compréhension des mécanismes physiques de base et a conduit à l’obtention de résultats
tronique des électrons (~ 10-9 s). Puisqu’il scientifiques appréciés et reconnus au niveau international. De plus, le GdR a soutenu
s’agit d’étudier en priorité le transport des l’agence spatiale française dans sa démarche de recherche et technologie, et la Snecma
électrons, seules les coordonnées axiale x dans son plan de développement et de commercialisation des propulseurs. Cette politique
(direction du flux d’ions) et azimutale θ scientifique a abouti en particulier au succès de la sonde lunaire SMART-1 de l’Agence
(direction du courant de Hall) sont consi- Spatiale Européenne, première sonde à être équipée d’un propulseur à plasma, en
dérées. Les interactions plasma-parois sont l’occurrence le PPS®1350-G de la Snecma.

Reflets de la Physique!n°14 17
Champ Ex
x 104 V/m
Observation du plasma
0,50
Le plasma d’un propulseur à effet Hall est
0,45 1
difficile à sonder par une mesure intrusive,
0,40 en raison du flux élevé d’énergie qui
Position azimutale (cm)

0,5 limite la durée de vie des instruments. Les


0,35
techniques optiques se révèlent donc bien
0,30 0
adaptées à l’observation de ce milieu,
notamment les méthodes de spectroscopie
0,25
laser qui offrent une excellente résolution
0,20 -0,5 spatiale, temporelle et spectrale.
0,15 La spectroscopie de fluorescence induite
-1 par laser (FIL) consiste à analyser les photons
0,10 émis par des atomes après une excitation
0,05 laser résonante. Cet outil a été mis en
-1,5
œuvre au laboratoire ICARE à Orléans [8].
0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 En mesurant le décalage Doppler des
Position axiale (cm) photons de fluorescence, l’évolution de la
fonction de distribution en vitesse des
écoulement des ions ions Xe+ a pu être suivie dans l’espace et
x 104 V/m dans le temps (fig. 5). Cet outil a, par
Champ Eθ
exemple, permis de mettre en évidence la
0,50 3
forte corrélation entre les processus
0,45 d’ionisation et d’accélération dans une
0,40
2 décharge à barrière magnétique. La déter-
Position azimutale (cm)

mination du profil axial du champ élec-


0,35 trique accélérateur, ainsi que son évolution
1
0,30 spatio-temporelle, à partir de la distribu-
tion de vitesse des ions a fait progresser le
0,25 0
niveau de compréhension de la physique
0,20 de base d’un propulseur. Ces mesures ont
-1 également permis de valider l’approche
0,15
qui consiste à coupler les codes particulaire
0,10 -2 et hybride (fig. 6). Enfin, en combinant
0,05 expériences et simulations numériques, les
chercheurs ont prouvé que des oscillations
0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 à haute fréquence du champ électrique
Position axiale (cm) étaient à l’origine de la création d’ions
d’énergie cinétique supérieure à l’énergie
4. Cartographies des fluctuations spatiales des composantes axiale Ex et azimutale Eθ du champ électrique, fournie au système.
obtenues à l’aide de simulations numériques particulaires d’un propulseur de Hall de 1,5 kW [6]. La sortie du Une seconde technique laser sophistiquée
canal de décharge est située à une position axiale de 2,5 cm. Dans ce modèle, les fluctuations du champ électrique a été spécifiquement mise en œuvre, afin
dans la direction θ, dont l’amplitude avoisine la valeur moyenne du champ électrique (~ 2 x 104 V/m), sont à d’étudier le mécanisme à l’origine du
l’origine de la diffusion des électrons à travers la barrière magnétique.
transport des électrons perpendiculairement
aux lignes de champ magnétique. Il s’agit
>>> de la diffusion Thomson collective, qui
dans laquelle les ions sont traités comme des intrinsèque des propulseurs, réaliser des consiste à analyser le signal qui résulte de
particules isolées et les électrons comme études paramétriques et tester certaines la diffusion des photons d’un faisceau laser
faisant partie d’un fluide maxwellien, est hypothèses. C’est aussi un outil indispensable infrarouge par les fluctuations de densité
développée au laboratoire LAPLACE de pour la réalisation en amont d’études sur d’un plasma. Si, comme prédit par les
l’Université Paul Sabatier à Toulouse [7]. des nouveaux moteurs et concepts. simulations particulaires, la diffusion des
Le modèle prend en considération les Des avancées significatives ont été électrons à travers le champ B d’un pro-
coordonnées axiale et radiale afin d’intégrer réalisées récemment, en combinant les pulseur est due à l’existence d’un champ
l’effet des parois, et fait l’hypothèse d’une méthodes particulaire et hybride. La électrique fluctuant dans la direction
symétrie cylindrique. Le transport des espèces mobilité électronique obtenue à l’aide azimutale, il doit exister, à une certaine
n’est pas traité de manière autocohérente, d’une simulation particulaire a été intro- échelle, des fluctuations de densité électro-
mais il fait appel à des paramètres macro- duite dans le code hybride à la place des nique ayant des propriétés particulières en
scopiques ajustables, qui quantifient la dif- habituels coefficients ajustables. Cette termes de taille et de période d’apparition.
fusion anormale des électrons ainsi que leur démarche inédite a permis d’obtenir un Jusqu’à récemment, ces fluctuations n’avaient
perte d’énergie. Cette modélisation est d’une bon accord entre expériences et calculs, jamais été observées et la question du
grande utilité pour saisir la physique comme illustré sur la figure 6. transport « anormal » des électrons restait

18 Reflets de la Physique!n°14
1,0
5. Fonction de distribution 25

Avancées de la recherche
0,5
x = - 1,5 cm de la vitesse axiale des
0,0 ions Xe+ mesurée par 20
spectroscopie laser sur l’axe
Fonction de distribution en vitesse des ions Xe+ (u.a.)

Vitesse des ions (km/s)


du canal d’un propulseur
1,0 15
x = - 0,5 cm fonctionnant à 500 V. On
0,5 observe une déformation de
0,0 la distribution au cours de 10
l’écoulement du fluide ionique, modèle particulaire
signature de l’interaction entre modèle hybride
1,0 5 mesures laser
les processus d’ionisation et
0,5 x = 0,6 cm d’accélération.
0
0,0

0 1 2 3 4 5 6 7
1,0 Position sur l’axe (cm)
x = 2 cm
0,5
0,0
6. Distribution de la vitesse axiale des ions Xe+ le long de l’axe du
canal d’un propulseur de Hall de 1,5 kW opérant à 300 V. Le plan de
sortie est situé à 2,5 cm. Les simulations réalisées avec le modèle hybride
1,0 prennent en compte la mobilité électronique obtenue à partir de la
x = 4 cm méthode particulaire. Le décalage entre le profil simulé par le code par-
0,5
ticulaire et le profil mesuré par spectroscopie laser provient de la condi-
0,0 tion imposée au potentiel à la limite du domaine de calcul.
0 5000 10000 15000 20000 25000 30000

Vitesse axiale (m/s)

pleinement ouverte. Du fait de la faible cartographie magnétique, sur la réduction solaire à l’aide de sondes automatiques en
densité électronique (~ 1016 m-3), détecter des pertes d’énergie aux parois et sur le réduisant significativement le temps de
les photons infrarouges diffusés par le plasma comportement thermique. Les connaissances trajet.■
d’un propulseur de Hall constituait un réel accumulées ont conduit à un accroissement (1) En astronautique, on utilise préférentiellement la
défi que les chercheurs du LPTP de du rendement et de la durée de vie, ainsi qu’à notion d’Impulsion Spécifique Isp à la place de la
l’École polytechnique et du LPMIA à l’extension de la gamme de puissance, qui notion de vitesse d’éjection de l’ergol. Ces deux
quantités sont reliées par la formule : Isp = ve /g, où
Nancy ont su relever. Les résultats obtenus s’étend désormais de 100 Watts (~ 1 mN) g est l’accélération de la pesanteur. Elle indique la
en 2008 sont très encourageants. Un signal à quelques dizaines de kiloWatts (~ 1 N). durée pendant laquelle un kilogramme d’ergol pro-
de diffusion a effectivement été enregistré Cette technologie pourrait ainsi servir duit une poussée de 9,81 N.
dans la gamme de fréquences 1-10 MHz, dans un futur proche à des manœuvres telles (2) L’ergol le plus couramment employé en propul-
domaine où des fluctuations de densité que le maintien en orbite basse des satellites sion à plasma est le gaz xénon, à cause de sa masse
élevée et son faible potentiel d’ionisation.
électronique sont prédites par les simula- d’observation et le transfert d’orbite des
tions. Cependant, les données recueillies satellites de télécommunication.
ne permettent pas encore d’affirmer que la Les scientifiques réfléchissent aujourd’hui
diffusion des électrons est contrôlée par
des fluctuations stochastiques du champ
à de nouveaux concepts capables de dépasser
les limites imposées par l’architecture En savoir plus…
électrique dans la direction azimutale. Il actuelle. En particulier, une meilleure
1 • [Link]
faudra notamment obtenir un accord entre séparation des processus d’ionisation et
la relation de dispersion expérimentale et d’accélération autoriserait une plus grande 2 • R. H. Frisbee, “Advanced space propulsion for the
celle simulée. flexibilité et une hausse du rendement. Le 21st century”, J. Propulsion Power 19 (2003) 1129.
concept de propulseur à double étage 3 • « La propulsion du futur », Revue scientifique
Amélioration des performances s’appuie sur une séparation physique des
processus : la difficulté consiste à guider les
et technique de la défense, 53 (2001).
4 • A. Bouchoule et al., « La propulsion électrique pour
Les avancées réalisées au cours des ions vers l’étage d’accélération, en limitant les missions spatiales », Lettre AAAF 6 (2007) 11.
dernières années sur l’aspect fondamental les pertes aux parois. Une autre approche 5 • V. V. Zhurin, H. R. Kaufmann et R. S. Robinson,
de la physique de la décharge d’un propul- consiste à injecter de l’énergie dans un “Physics of closed drift thrusters”, Plasma Sources
seur à effet Hall ont permis de faire pro- propulseur à effet Hall par ondes radiofré- Sci. Technol. 8 (1999) R1.
gresser les concepts actuels et en cours de quences, afin de favoriser l’ionisation et de 6 • J. C. Adam, A. Héron et G. Laval, “Study of statio-
développement. Ces avancées concernent limiter l’étalement de la zone de création nary plasma thrusters using two-dimensional fully
principalement la diffusion des électrons à des ions. Les recherches sur ces idées inno- kinetic simulations”, Phys. Plasmas 11 (2004) 295.
travers la barrière magnétique, la produc- vantes en propulsion par effet Hall n’en 7 • G. J. M. Hagelaar et al., “Two-dimensional model of
tion et l’accélération des ions, l’impact des sont qu’à leurs premiers pas. Néanmoins, a stationary plasma thruster”, J. Appl. Phys. 91
électrons secondaires produits par les parois ces travaux d’avant-garde seront peut-être (2002) 5592.
ainsi que les lois d’échelle. La technologie à l’origine d’un propulseur à plasma de forte 8 • S. Mazouffre et al., “Xe+ ion transport in the crossed-
a également progressé grâce aux recherches puissance (~ 100 kW), qui ouvrirait la voie field discharge of a 5 kW-class Hall effect thruster”,
sur les matériaux, sur l’optimisation de la à l’exploration systématique du système IEEE Trans. Plasma Sciences 36 (2008) 1967.

Reflets de la Physique!n°14 19

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