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Conditions d'ouverture de la liquidation judiciaire

Le document décrit les conditions d'ouverture d'une liquidation judiciaire au Maroc, notamment la qualité du demandeur qui doit être un commerçant, une personne physique ou morale, ou un artisan en cessation de paiement. La jurisprudence reste confuse lorsque la fonction libérale et la forme sociétaire sont imbriquées.

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Conditions d'ouverture de la liquidation judiciaire

Le document décrit les conditions d'ouverture d'une liquidation judiciaire au Maroc, notamment la qualité du demandeur qui doit être un commerçant, une personne physique ou morale, ou un artisan en cessation de paiement. La jurisprudence reste confuse lorsque la fonction libérale et la forme sociétaire sont imbriquées.

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CHAPITRE 2 : LES CONDITIONS D'OUVERTURE DE LA LIQUIDATION

JUDICIAIRE : un contrôle stricte du tribunal


Le législateur marocain a retenu deux conditions de forme obligatoires
pour que le tribunal puisse appliquer les procédures collectives .En effet,
l'article 560 stipule :
« Les procédures de traitement des difficultés de l'entreprise sont
applicables à tout commerçant, à tout artisan et toute société commerciale, qui n
'est pas en mesure de payer à I 'échéance ses dettes exigibles ».
Et l'Art 561 précise :

« Le chef d'entreprise doit demander l'ouverture d'une procédure de


traitement au plus tard dans les quinze jours qui suivent la cessation de ses
paiements ».

Ces deux articles fixent deux conditions pour l'ouverture de la


procédure collective .la première a instauré une délimitation très étroite quant à la
qualité du demandeur (Section 1) alors que la deuxième a conservé une approche
ancienne de la CDP(Section 2). S'y ajoute à ces deux conditions qui sont communes
aux procédures de traitement la condition de la « situation irrémédiablement
compromise » de l'entreprise en question pour que le tribunal ordonne sa liquidation
judiciaire(section 3).

SECTION 1 : Une délimitation très étroite quant à la qualité du demandeur.


D'après les dispositions de l'Art 560 du CC., pourbénéficier des
dispositions de la procédure ,en plus de la CDP, le débiteur doit être
commerçant ,personne physique ou morale ,ou artisan .Par contre les
agriculteurs et les fonctions libérales en sont exclus.
La qualité du commerçant est acquise par l'exercice habituel ou
professionnel de l'une des activités mentionnées dans l'Art 6 et 7 du CC 59Alors
que la société l'acquiert par la forme, quelque soit son objet social ,Par contre,
l'artisan n'a jamais bénéficié d'une définition légale,

40
C'est ainsi que les données des Tr. Co .montrent que tous les débiteurs
sont des commerçants (S l), alors, on peut soulever la question de l'absence au
Maroc de cas jurisprudentielle d'ouverture de procédure à l'encontre de l'artisan

51 -Les débiteurs sont des commerçants : le cas le plus fréquent devant les
tribunaux de commerce

Le tribunal devait impérativement vérifier les deux conditions avant


l'ouverture d'une telle procédure .Sur ce point, la cour d'appel de commerce de
Casablanca avait statué en confirmant dans un arrêt 60que seul le chef
d'entreprise, lecréancier, le ministère public et le tribunal d'office sont habilités à
demander l'ouverture de la procédure.

C'est ainsi que le [Link] de Fès a rejeté une demande de redressement à


cause de l'absence de la qualité de commerçant du débiteur [Link] cours d'appel de
commerce de la même ville dans un autre arrêt a refusé ,pour le même motif qui
est l'absence de la qualité de commerçant ,la demande de l'ouverture de la
procédure à un demandeur qui exerce ,en sa qualité de médecin ,une fonction
libérale62

Par contre ,lacour d'appel de commerce de Fès 63a estimé qu'il est possible
d'étendre l'application des procédures collectives à un agriculteur dans

60
C -A.C de Casablanca .Arrêt N 0377/2002 du 15/02/[Link] publié
6i
Tribunal de commerce de Fès .jugement 6/2005 du 09/02/[Link] no 02/10/2004 .Non publié .
62
Arrêt C.A.C de fès no 10/2005 du 09/03 /2005 .Arrêt non publié.
63
0rdonnance C.A.C de Fès no 50 du 15/10/2003 . Dossier 03/[Link] publié
le cas Où il est ptouvé que dans son activité utilise ICN procédés de upéculation
de Ili garantie bancaire cc cas ln qualification de commerçant est unc
apptécintion souveraine du juge.

Dans le même esprit ,la C.A.C de Casablanca a annulé un jugement du


Tr. Co de Casablanca ,qui a prononcé la liquidation judiciaire ,alors que Ic
demandeur était juste un directeur adjoint et n'avait pas la qualité légale de
dirigeant pour que sa demande soit admise ( Conformément au droit commun,
la compétence d'attribution dépend de la qualité du débiteur .Elle revient au
Tb. Co si le débiteur est un commerçant, personne physique ou morale, ou un
artisan 5 La compétence d'attribution dépend alors de la qualité du débiteur.

Dans la pratique, la jurisprudence reste confuse sur cette règle surtout


lorsque la fonction libérale et forme sociétaire se sont chevauchées. C'est ainsi que
le Tb. Co d'Oujda a refusé l'ouverture des procédures collectives à l'égard d'une
société polyclinique ,qui est une société commerciale pour motifs que les
médecins sont interdits d'exercer leur activité dans le cadre d'une société . En
même temps, on trouve que le tribunal de commerce a ouvert la procédure
judiciaire à l'égard d'une clinique exploitée sous forme sociétaire (SARL) créée
par des médecins 671a même décision a été prise par le tribunal de commerce
d'Agadir à l'encontre d'une clinique ,malgré l'objection du ministère public qui
s'est appuyé sur l'article 49 de la loi 94/10 interdisant la constitution de sociétés
commerciales entre médecins .Alors que les deux tribunaux se sont basés sur la
qualité commerciale par la forme des dites sociétés pour motiver leurs décisions.

La loi a fait de la qualité de commerçant du débiteur une condition sin


qua none pour l'application des procédures collectives .Ceci sous-entend que
le

64
[Link] de Casablanca 1003/99 n'783/99/11 du 08/07/1999 .Publié cabinet [Link]. "Art
560 CC
Jugement du [Link] d'Oujda n o 1/2001,dossier no 05/2001/01 du 21/11/2001 294

67
[Link] de Casablanca : jugement no 21/2000 du 24/01/[Link] publié .
tribunal doit rejeter toute demande où la qualité du commerçant n'est pas
prouvée .Selon la doctrine, chaque fois que le tribunal constate le défaut de la
qualité de commerçant .Le [Link] doit refuser l'ouverture de la procédure et ne

42
pas prononcer la non compétence, car les [Link] ont l'exclusivité de compétence
des procédures collectives.

Selon un juge du [Link] de Fès :

« La qualité de commerçant est obligatoire comme condition nécessaire


à l'ouverture de la procédure, par conséquent la procédure ne peut être
appliquée qu 'aux commerçants (personnes physiques ou sociétés
commerciales) sachant que les artisans sont considérés des commerçants par le
nouveau code de commerce1

Mais il est possible d'ouvrir la procédure à l'encontre du commerçant


dufait qui exerce le commerce même s 'il tombe sous le coup de I 'interdiction,
la déchéance ou I 'incompatibilite

D 'ailleurs, la non inscription au registre de commerce ne peut pas


constituer un obstacle à l'ouverture de la procédure, parce que c'est juste un
manquement à une obligation légale qui n 'enlève pas la qualité de commerçant à la
personne qui exerce de manière habituelle ou professionnelle une activité
commerciale donnée.

Il est même possible d'ouvrir la procédure à l'encontre de celui qui


exerce le commerce sous un prête-nom et aussi le commerçant apparent. Le
premier parce que c'est un commerçant de fait alors que le deuxième en se
basant sur la théorie de I 'apparent et la règle de la protection des créanciers.

Art 564 stipule qu 'il est possible d'ouvrir la procédure à I 'encontre du


commerçant et artisan qui a mis fin à son activité ou décédé, dans l'année de sa

1 Art 560 du CC.


"Art 11 du CC du CC.
retraite ou son décès, si la cessation des paiements est postérieure à ces
événements.

Il résulte de la notion de non diligence déduite de l'Art cité que la


présentation au tribunal d'une demande d'ouverture de la procédure après
l'écoulement d'une année son sort est le refus (Jugement prononcé par le
tribunal de commerce de Fès dans l'affaire de la société COTEF et la
décision de I 'appel I 'avait confirmé).

Pour les sociétés commerciales légales ou structurées (SA, SARL, SNS


et SC), cetteambigüité ne se pose pas, puisque la loi des sociétés commerciales
considère que I 'inscription au registre de commerce confère la personne morale
à la société.

Pour les sociétés commerciales (SA ,SARL et les autres ) dans le cas où
les formalités d'enregistrement 70 ne sont pas accomplies ,ou si la société est en
cours de formation ,il est possible d'owrir la procédure à l'encontre des associés
(personnellement) de la société de fait si cette dernière a exercé le commerce et
s 'est trowée dans une situation de cessation des paiements . Mais on ne peut
pas concevoir I 'ouverture de la procédure à I 'encontre d'une société qui n 'a
pas la personnalité morale .
Les fonctions libérales ne confèrent pas par leur nature la qualité de
commerçant .Ceux qui les exercent ne peuvent bénéficier des procédures
collectives . C'est le cas aussi de I 'agriculteur71

7O
M. ALAMI-MACHICHI, « droit commercial fondamental au Maroc».imprimerie de Féala,2006,p126.

71
Suite à un entretien le juge-commissaire du [Link] de Fès .
Et selon un juge du [Link] de Casablanca :
« Dans la pratique, le tribunal n'a pas encore ouvert la procédure à I
'encontre d'une personne interdite d'exercer le commerce . Mais selon l'ancienne
loi rien n 'interdisant son application à l'encontre d'une personne non inscrite au
registre de commerce.

44
Je pense que les procédures collectives doivent être applicables à tout
commerçant qu 'il soit de droit ou de fait du moment qu 'il est établi qu 'il
arerçait du commerce. Mais pas de cas d 'espèce au niveau du tribunal »72

52- L'artisan : absence de cas jurisprudentiel

Selon les statistiques des Tr .Co on ne relève aucun cas d'espèce où le


débiteur est un artisan .Et même la doctrine, à force de ne parler que des
commerçants, a banni ce terme de son vocabulaire.

Alors la question que l'on peut se poser est de savoir si le monde des
artisans est un monde saint qui est à l'abri de difficultés économiques et
financières, et ne connaît pas la CDP pour bénéficier du redressement ou si la
situation est irrémédiablement compromise tomber en liquidation judiciaire, ou
tout simplement c'est une question d'ignorance par cette catégorie de débiteur qui
s'adresse à une autre juridiction c'est-à-dire les juridictions du droit commun.

Dans cette dernière éventualité, le juge du droit commun est-il compétent


pour connaitre de telles affaires ou devrait-il déclarer la non compétence puisque
de tel litige est reconnu expressément par la loi aux Trs. Co ?

Pour élucider cette ambigüité ,il a fallut dans un premier temps


s'adresser au greffe du tribunal de première instance pour relever des cas où
le

Suite à un entretien avec un juge auprès du tribunal de commerce de Casablanca.


débiteur est un artisan dans l'impossibilité de payer ses dettes ,c'est-à-dire en
situation de CDp73, et dans un deuxième temps chercher des réponses auprès des
juges aussi bien commerciaux que ceux du droit commun sur cette défaillance .

En ce qui concerne le premier point, d'après les donnés du tribunal de


première instance de Fès, il était très difficile de mette la main sur des jugements
de ce type .D'après le greffe •

45
« Dans ces litiges ou plus précisément dans les jugements, il est très
difficile de connaitre la qualité du débiteur pour déterminer qu 'il s 'agit d'un
artisan .Généralement il s'agit du non paiement d'une dette entre deux personnes
considérées comme des civiles. Parconséquent, le juge ne peut pas requalifier I
'affaire ou déclarer la non compétence »74

Selon un juge auprès du tribunal de commerce de Rabat cette absence est


imputée à l'artisan lui-même :

« L 'artisan est resté très classique et archaïque dans ses relations


professionnelles .Les mécanismes et l'organisation de l'artisan et de
l'artisanat ne lui permettrontjamais de bénéficier des procédures collectives
».

Pour un autre juge auprès du même tribunal :

« La question de l'artisan est très complexe .Cependant, c 'est lui qui a


le plus besoin de protection et d'encadrement.

73France GURAMAND et Alain HERAUD, droit des sociétés, manuels et Applications, DUNOD,
2001.

74Suite à un entretien avec le Greffe du tribunal de première instance de Fès .

Cette absence peut être expliquée soit par I


'ignorance soit par la volonté d'éviter cette procédure .
46
De plus, le volume des investissements de l'artisan est
faible et le capital est toujours indéfini »75

Alors que pour un vice président d'un tribunal de


première instance :

« La question de l'artisan est très complexe . Tout


d'abord la notion d'artisan n'est pas définie par le
législateur, et même l'artisanat n'est pas [Link] limiter
dans une liste risque de porter atteinte à une certaine
catégorie.

Le juge du tribunal de rrinstance, conscient du


problème
I 'éloignement posé par les Tr. [Link] peut pas prononcer la
non compétence »

Une fois la qualité du commerçant est établie, le


tribunal doit s'assurer de la situation de CDP.

47

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