Les années 68 en Europe.
Le temps des contestations
Les années 68 en Europe, une crise de croissance ou une contestation de la société de croissance ?
I/ 1968 en Europe, une année charnière
A/ Mai 68 en France, un mouvement sans précédent ?
Génération 68 n’a pas bonne presse
Tout d’abord c’est un mouvement étudiant :
En 3 phases
De la phase étudiante
La phase sociale
La phase politique
Les étapes d’une crise
Le mouvement étudiant :
« Les enragés de Nanterre » grp très politisé
Du mouvement du 22 mars à la fermeture de Nanterre (2 mai) et de la Sorbonne (3 mai)
De la nuit des barricades (10 mai) à la suite des interpellations
Appel à la grève générale le 13 mai jour voire semaine de grève
Une paralysie quasi-générale (du 20-30 mai) pays presque à l’arrêt
De la phase étudiante à la phase sociale et à la phase politique, les étapes d’une crise
La phase politique :
- L’enlisement (annonce du referendum le 24, rejet du protocole de Grenelle le 27)
- La gauche s’organise à charléty le 27 mais ne réussit pas
- De la disparition de De Gaulle (29 mai) à l’annonce de la dissolution de l’assemblée (le 30)
et à la résolution de la crise (élections du 23 juin)
Une répétition des grèves du Front Populaire ?
Les formes de la mobilisation :
Grèves de mai-juin 1936 Grèves de mai-juin 1968
1,8 millions de grévistes 5 à 7 millions de grévistes (dont 3,5 millions d’ouvriers)
Métallurgie, textile, agro-alimentaire Tous les secteurs (y compris le public) et toutes les catégories
Occupations festives d’usine, Une répétition des Occupations d’usine, séquestrations (Sud Aviation) et barricades
grèves du Front Populaire ?
Les formes de la mobilisation
Une répétition des grèves du Front Populaire ?
Le protocole de Grenelle, de nouveaux Accords Matignon ?
Accords Matignon de 1936 Protocole de Grenelle de 1968
Augmentation des salaires de 7 à 15% Augmentation des salaires de 7%, puis 3%
SMIG : +35%
Réforme des conventions collectives : Incitations à la négociation de branche : mensualisation des salaires, conditions de travail
procédure d’extension administrative
Création des délégués d’atelier Autorisation des sections syndicales d’entreprise en 1968
Un accord unanimement salué Un protocole rejeté et un lent reflux des grèves
La reprise du travail aux usines Wonder
Difficulté des syndicats à encadrer les manifs car sentiments d’insatisfactions des réformes du
protocole de Grenelle
B/ Les contestations des jeunesses européennes
Une séquence de mobilisation des jeunesses européennes
Novembre 1967-mars 1968 : les mobilisations étudiantes en Italie très importante
- La manifestation du 1er mars, une tournure violente.
1966-1968 : un bouillonnement chez les étudiants ouest-allemands
- La tentative d’assassinat contre Rudi Dutschke (avril 1968)
Un mouvement multiforme
Des revendications « syndicales » en faveur d’une réorganisation du système universitaire
Des revendications politiques :
- L’influence des relations internationales : contestation des deux grands (Budapest,
printemps de Prague et guerre du Vietnam) et soutien
- Au Tiers-monde
- Les manifestations étudiantes à Londres en 1968
- Le mouvement du 22 mars et le Comité Vietnam national
Des mouvements étudiants portés par de nouveaux courants :
Une extrême-gauche révolutionnaire :
- Trotskistes, « maos », situationnistes… des courants hostiles aux organisations syndicales
traditionnelles
- Des courants minoritaires mais très actifs
- Des courants constitués à une échelle européenne
L’internationale situationniste, une organisation fondée en 1957 par un Français (Guy
Debord), un Danois, un Britannique, un Italien…
La « nouvelle gauche »
- Une gauche non marxiste, rejetant le social-étatisme, favorable à l’efficacité économique
et à la décentralisation
- Un courant qui attire nombre de militants des jeunesses (ouvrière, paysanne, étudiante)
chrétiennes
II/ Une révolution fille de la modernisation
A/ La lame de fond de la démocratisation de l’enseignement
Une transformation des attentes
L’école un outil d’émancipation civile dans le sillage des Lumières
Une voie de mobilité mais un outil de la méritocratie (outil d’ascension sociale)
Le pari des classes moyennes et de la bourgeoisie des capacités : un vieil idéal du 19e s.
Une extension aux classes populaires dans l’entre-deux-guerres
La rareté du diplôme, un atout non négligeable sur le marché du travail
- 1968 en France : 41% de la population active n’a aucun diplôme, 1/3 n’a qu’un CEP
- Chez les contremaîtres, un ¼ sans diplôme, un ¼ avec un CEP, les autres avec un diplôme
professionnel (CAP, brevet professionnel, apprentissage)
- Marché interne et perspectives de promotion à des postes d’encadrement
Un hiatus entre l’offre et la demande d’enseignement :
Les « deux écoles » en France : une structure duale toujours en place
- École publique et laïque versus école privée et confessionnelle
- L’école du peuple versus l’école des élites
Les trois écoles en Allemagne :
- Hauptschule (métiers ouvriers)
- Realschule (métiers technico-commerciaux, 6 ans sans accès à l’université)
- Gymnasium (9 ans de formation en lycée classique)
Une multiplication des passerelles
Les filières modernes à l’assaut des humanités
L’explosion des effectifs du secondaire et du supérieur :
Des universités qui craquent :
- 1 jeune italien sur 7 est étudiant à la fin des 1960s (1/20 au sortir de la 2e GM)
- Nombre d’étudiants x 4 en Allemagne, x 4,8 en France entre 1950 et 1970
- Une réalité encore minoritaire et concentrée dans les grands centres urbains des
structures d’enseignement qui peinent à suivre la création de la faculté de Nanterre
(1964), avant l’éclatement de la Sorbonne (1971)
Evolution des effectifs de l’ens.
sup. en France entre 1900 et
1980
1000000
0
9 00 910 920 930 940 950 960 970 980
1 1 1 1 1 1 1 1 1
Université
Ensemble de l'ens. sup.
B/ Une remise en cause de l’autorité
L’émancipation des jeunes :
- La jeunesse, une parenthèse créée par la société d’abondance et par le Baby-Boom
- Les Baby-Boomers, une génération ?
- D’une fracture sociale à une fracture générationnelle
- la culture jeune, un bien culturel emblématique de la société de consommation
-La musique pop anglo-saxonne, nouveau marqueur générationnel :
Des Beatles aux Rolling Stones, l’émergence d’une musique de rupture entre américanisation et
hybridation, la diffusion des cultures pop en Europe
-De la robe Vichy à la mini-jupe, des styles vestimentaires à mi-chemin entre marqueur identitaire et
segment commercial
L’émancipation des jeunes filles, au cœur de la libéralisation des mœurs :
- La fin du double standard
- Le mouvement des résidences universitaires :
La libéralisation des visites à la cité U. d’Antony (1966)
Le mouvement des résidences universitaires à Nanterre en 1967
- Un hiatus entre un début d’émancipation de la jeunesse et l’âge de la majorité légale
- La timide émergence du droit des femmes à disposer de leur corps
- L’essor du Planning familial depuis la fin des années 1950
- Légalisation de la pilule en Grande-Bretagne (1961), en France (loi Neuwirth, 1967)
- Une transformation des mentalités, plus que des réalités sociologiques
C/ L’insatisfaction ouvrière
Un mécontentement ouvrier face à la stagnation des salaires explique l’importance des
mvmt sociaux
- Un début de retournement de conjoncture
- Une phase de transformation des entreprises
Un mouvement d’OS
- Les OS au cœur du système productif et des grèves
- Les OS, symbole du nouveau système productif
- Un tassement des salaires dans la 2e moitié des années 1960
Les impasses du travail posté
- L’ennui au travail
- Une augmentation des contraintes
- Les outils au service de la rationalisation
- Du chronométrage de l’opération au chronométrage du geste
- L’essor des salaires au rendement
III/ Une décennie troublée
A/ des conflits sociaux portés par de nouveaux acteurs
68 ne s’arrête pas en 68
Une augmentation spectaculaire de la conflictualité :
- 1968-1979 en France, 1968-1980 en Italie, 1969-1979 au Royaume-Uni, 1970-1973 en
Belgique.
Entre revendications spécifiques et mobilisations ouvrières, les revendications d’une
égalité des droits
- Les grèves d’OS, des catégories de main-d’œuvre que les syndicats traditionnels peinent à
encadrer
- Les grèves bouchons, l’arme des ouvriers des entreprises rationalisées
- La grève des OS du Mans (1971)
Les mouvements de travailleurs étrangers
- Les grèves sauvages d’OS immigrés en Allemagne ou en Belgique de Pennaroya aux
grèves des loyers dans les foyers Sonacotra (1975-1980)
Les mouvements féministes
- Le droit à disposer de son corps et de sa personne
- Le Mouvement de libération de la Femme
- L’enjeu de l’avortement : du manifeste des 343 salopes (1971) au procès de Bobigny
(1972) et à la loi Veil 1975 Grande-Bretagne (1967), Italie (1978)
B/ l’émergence de nouvelles revendications
De nouvelles revendications dans le monde du travail :
- Le conflit Lip (Besançon, 1973-76), une tentative autogestionnaire entre émancipation et
défense de l’emploi, un conflit de transition
- Santé et conditions de travail
« Notre santé n’est pas à vendre » : Penarroya (Saint-Denis, 1971, Lyon, 1972) et la
- Dénonciation du saturnisme professionnel causé par le plomb
- La prise de conscience environnementale
A la confluence des mouvements paysans, antimilitaristes, écologistes et régionalistes, le
Larzac (1971-1981)
Les limites de la croissance : le club de Rome et le rapport Meadows, 1972
C/ les contestations révolutionnaires
Le retour des violences politiques :
- Radicalisation de la gauche italienne et action des Brigades rouges
L’attentat de la gare centrale de Milan en avril 1969
L’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro en mars 1978
La bande à Baader / Fraction armée rouge
Prise d’otages et attentats
L’attentat des JO de Munich et la mort de 11 athlètes israéliens en 1972