Comprendre les Séries Numériques et Entières
Comprendre les Séries Numériques et Entières
1 Séries numériques 1
1.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1.1 Convergence et divergence d’une série numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.6.1 Premiers Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.9.1 Séries absolument convergentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.13 Séries à termes réels positifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.17 Règles de comparaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.17.1 Série majorante, série minorante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.21.1 Comparaison avec une série géométrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.28.1 Comparaison avec une série de Riemann . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.29.1 Comparaison avec une intégrale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.31.1 Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.32 Séries à termes quelconques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.33.1 Séries alternées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.35.1 Règle d’Abel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
1.39 Opérations sur les séries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
1.40.1 Produit de Cauchy de deux séries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
1.42.1 Sommation par paquets (ou regroupement des termes) . . . . . . . . . . . . . . 32
1.44.1 Convergence commutative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3 Séries entières 60
3.2 Rayon de convergence d’une série entière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.5.1 Méthodes de calcul du rayon de convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
3.12 Propriétés de la somme d’une série entière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
3.27 Développement en série entière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
3.29.1 Equations différentielles et séries entières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
3.31 Fonction Exponentielle, Fonctions Circulaires et Fonctions Hyperboliques de la variable
complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
i
Chapitre 0: TABLE DES MATIÈRES
ii Boussouis Brahim
Chapitre 3
Séries entières
Sommaire
3.2 Rayon de convergence d’une série entière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
La fonctions exponentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
60
3.2. Rayon de convergence d’une série entière
Définition 3.1
P
Une série entière de variable réelle (resp. complexe) est une série fn de fonctions particulières : les
fonctions fn sont des monômes an zn où an est un nombre complexe et z un nombre réel (resp. complexe);
on la note an zn . En cas de convergence, la somme est notée :
P
∞
X
S (z) = an zn .
n=0
X n
X n
X
cn = a p bq = ak bn−k = an−k bk (3.1)
p+q=n k=0 k=0
Pour ces opérations, l’ensemble des séries entières est une K-algèbre commutative.
P zn 1
est une série entière an zn avec a0 = 0 et an = , pour n ≥ 1.
P
Exemples 3.1.1. —
n n
P n2 1 si n est un carré parfait
— z est aussi une une série entière an z , avec an =
P n
.
0 sinon
Lemme 1 (d’Abel). Soit an zn une série entière. S’il existe z0 ∈ K∗ tel que la suite an zn0
P
soit bornée,
n≥0
alors la série entière an zn converge absolument pour tout z ∈ K tel que |z| < |z0 |.
P
n
z z n
∀n ∈ N, |an zn | = an zn0 ≤M .
z0 z0
n
z z
Donc si |z| < |z0 |, alors < 1 et la série géométrique M
P
converge, d’où le résultat.
z0 z0
61 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
Définition 3.3
Le nombre
R = sup r ≥ 0 : la suite (an rn )n≥0 est bornée ∈ [0, +∞],
Théorème 3.4
Démonstration. si |z| < R, alors il existe r ≥ 0 tel que |z| < r et tel que la suite (an rn ) soit bornée. D’après
le lemme d’Abel, la série an zn converge absolument.
P
Si |z| > R, alors la suite (an zn ) est non bornée, donc la série an zn diverge grossièrement (car son terme
P
général ne converge pas vers 0).
Définition 3.5
Soit R = Rcv ( an zn ).
P
Proposition 3.6
3. s’il existe ρ > 0 tel que la série entière converge pour |z| < ρ et diverge pour |z| > ρ, alors R = ρ.
62 Boussouis Brahim
3.2. Rayon de convergence d’une série entière
Démonstration. Découle de la définition du rayon de convergence.
Remarque 3.6.1. On attachera une grande attention au caractère strict ou large des inégalités!
P zn
Exemple 3.6.1. La série entière converge pour z = −1 (critère spécial des séries alternées) donc
n
1 ≤ R, et diverge pour z = 1, donc R ≤ 1, et finalement R = 1.
Proposition 3.7
G= r ∈ R+ : la série an rn converge
P
Théorème 3.8
an zn une série entière telle que an , 0 à partir d’un certain rang. On suppose que la limite l :=
P
Soit
an+1 1
lim existe (0 ≤ l ≤ +∞). Alors le rayon de convergence R de la série entière est R = , en
n→∞ an l
1 1
convenant que = +∞ et = 0.
0 +∞
1 an+1 zn+1
Démonstration. En effet, si 0 < |z| < = |zl| < 1, et la série an zn converge
P
, alors lim n
l n→∞ an z
1 an+1 zn+1
d’après le test de D’Alembert; et si |z| > , alors lim = |zl| > 1, et la série an zn diverge
P
l n→∞ an zn
1
(toujours d’après le test de D’Alembert). Donc R = .
l
P zn P n
Exemples 3.8.1. En appliquant cette formule aux séries entières et n!z , on trouve :
n!
n! X zn !
lim =0 ⇒ Rcv = +∞
n→∞ (n + 1)! n!
(n + 1)! X
lim = +∞ ⇒ Rcv n!zn = 0.
n→∞ n!
63 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
En utilisant le test de Cauchy, on obtient
Proposition 3.9
pn
an zn une série entière telle que la limite l = lim |an | existe (0 ≤ l ≤ +∞). Alors le rayon de
P
Soit
n→∞
1 1 1
convergence R de la série entière est R = , en convenant que = +∞ et = 0.
l 0 +∞
Démonstration. Soit z ∈ K. On a : pn
lim |an zn | = |zl| .
n→∞
1
Donc si |lz| < 1, alors la série an zn converge, d’après le test de Cauchy, ce qui prouve que R ≥ . Et si
P
l
1 1
|lz| > 1, alors an z diverge, donc R ≤ . Donc R = .
P n
l l
! n2
n+1
Exemple 3.9.1. Calculons le rayon de convergence R de an zn , où an =
P
. On a :
n
!n
pn 1 1
|an | = 1 + −→ e ⇒ R = .
n e
Remarques 3.9.1. 1. Si R = 0, la série entière ne converge que pour z = 0;
2. si R = +∞, la série entière converge absolument pour tout z ∈ C;
3. Lorsque 0 < R < +∞, des situations différentes peuvent se produire lorsque |z| = R, par exemple :
P zn
(a) la série entière admet un rayon de convergence R = 1, et elle converge absolument pour
n2
1
tout z de module 1 .
(b) la série entière zn admet un rayon de convergence R = 1, et elle diverge pour tout z de
P
module 1.
P zn
(c) la série entière admet un rayon de convergence R = 1, et elle est semi- convergente pour
n
tout z de module 1 et différent de 1 d’après la règle d’Abel 2 ; par contre elle diverge pour
z = 1.
C’est pourquoi le cercle de centre 0 et de rayon R s’appelle le cercle d’incertitude.
zn 1
1. car = 2 si |z| = 1
n2 n !
n
1 X z − zn+1 2
2. car la suite tend vers 0 en décroissant et pour tout n ≥ 1 et |z| = 1, z , 1, on a zk = ≤
n k=1
1−z |1 − z|
64 Boussouis Brahim
3.2. Rayon de convergence d’une série entière
A l’extérieur du disque D(0, R) la série entière diverge grossièrement
0
R
Démonstration. (i). Si an = O(bn ), alors il existe M ∈ R+ et un entier N tels que, pour tout n ≥ N,
on ait |an | ≤ M |bn |. On en déduit que
{r ≥ 0 : (bn rn ) bornée} ⊂ {r ≥ 0 : (an rn ) bornée}.
Donc Rb ≤ Ra , d’après la proposition 3.7.
(ii). Si |an | ∼ |bn |, alors pour tout ε > 0, il existe N ∈ N tel que, pour tout n ≥ N, on ait :
Théorème 3.11
65 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
(i) Soit r ≥ 0 tel que r < min(Ra , Rb ). Alors les séries an rn et bn rn sont conver-
P P
Démonstration.
gentes et par suite (an + bn )r est convergente. Donc Ra+b ≥ min(Ra , Rb ).
n
P
(a) Supposons, par exemple, que Ra < Rb . On a déjà Ra = min(Ra , Rb ) ≤ Ra+b . Soit r ∈ ]Ra , Rb [.
Alors an rn diverge tandis que bn rn converge et par suite (an +bn )rn diverge. Donc Ra+b ≤
P P P
r et on a ]Ra , Rb [ ⊂ [Ra+b , +∞[. On en déduit que Ra+b ≤ Ra et et que Ra = min(Ra , Rb ) = Ra+b .
(b) Supposons maintenant que Ra = Rb et que an bn = 0, pour tout entier n. On a déjà Ra ≤ Ra+b .
Si cette dernière inégalité est stricte, on pourrait trouver un réel r tel que Ra < r < Ra+b . La
série |an | rn serait divergente et la série |an + bn | rn serait convergente. Or on a, pour tout
P P
entier n :
an bn = 0 ⇒ |an + bn | rn = |an | rn + |bn | rn ≥ |an | rn .
Donc la série |an | rn serait convergente. Contradiction. Donc Ra = Ra+b .
P
(ii) Notons que cn zn est le produit de Cauchy des séries entières an zn et bn zn . Soit z ∈ K tel
P P P
que |z| < min(Ra , Rb ). Les séries entières an z et bn z sont absolument convergentes, donc
P n P n
leur produit (de Cauchy) cn zn est absolument convergent et on a la formule (∗) et l’inégalité
P
min(Ra , Rb ) ≤ Rc .
Théorème 3.13
Soit an zn une série entière de rayon de convergence R > 0. Alors la série entière converge normalement
P
sur tout disque fermé D(0, r) ⊂ D(0, R) (ie. tel que 0 ≤ r < R).
Démonstration. Car pour tout 0 ≤ r < R, alors sup |an zn | = |an | rn et |an | rn est convergente.
P
|z|≤r
Corollaire 3.14
La somme d’une série entière est continue sur son disque de convergence si K = C (resp. sur son intervalle
de convergence si K = R).
Pour étudier la dérivabilité de la somme d’une série entière, le résultat suivant est essentiel.
Théorème 3.15
Soit an zn une série enitère de rayon de convergence R > 0. Alors la série des dérivées (n + 1)an+1 zn
P P
admet le même rayon de convergence R.
X
Démonstration. Soit R1 = Rcv (n + 1)an zn et soit 0 < r < R1 . La série (n+1) |an | rn est convergente,
P
donc il en est de même de la série |an | r (car |an | r ≤ (n + 1) |an | r ). Donc r ≤ R, et par suite R1 ≤ R.
n n n
P
66 Boussouis Brahim
3.12. Propriétés de la somme d’une série entière
Inversement, soit 0 < r < R et soit 0 < r < ρ < R. Il existe M ≥ 0 tel que pour tout entier n, on ait
|an | ρn ≤ M. On a alors :
!n
r
(n + 1) |an | r ≤ (n + 1) |an | ρ ·
n n
≤ M.(n + 1)τn ,
ρ
r
où τ = ∈ ]0, 1[. Or M.(n + 1)τn converge (on utilise le test de D’Alembert), donc (n + 1) |an | rn
P P
ρ
converge et par suite r ≤ R1 et R ≤ R1 . Finalement R = R1 .
Corollaire 3.16
Il est facile de voir que, de même que pour la dérivabilité au sens réel, la somme, le produit, le quotient
(lorsqu’il est défini) et la composée de deux fonctions C-dérivables est C-dérivable et l’on a les formules :
67 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
Théorème 3.18
Soit R le rayon de convergence de la série entière an zn de la variable complexe z. Sur le disque ouvert
P
∞
X
D(0, R), la somme S (z) = an zn est C-dérivable et sa dérivée est
n=0
∞
X ∞
X
S 0 (z) = nan zn−1 = (n + 1)an+1 zn . (3.2)
n=1 n=0
En particulier S est R-dérivable sur ]−R, R[ et sa dérivée est donnée par la relation (3.2).
Démonstration. Soit z0 ∈ D(0, R), 0 < α < R − |z0 | et h ∈ C∗ tel que |h| < α (ce qui entraîne z0 + h ∈
D(0, R)). On a :
S (z0 + h) − S (z0 ) X∞
(z0 + h)n − zn0
= an
h n=1
h
∞
X
= an gn (h)
n=1
∞ ∞
S (z0 + h) − S (z0 ) X X
lim = lim an gn (h) = 0 .
nan zn−1
h→0
h∈C∗
h n=1
h→0
n=1
On en déduit le
Corollaire 3.19
an zn une série entière de rayon de convergence R > 0 et de somme S . Alors S est de classe C ∞
P
Soit
n≥0
(au sens réel et complexe) sur D(0, R), et on a :
S (n) (0)
∀n ∈ N, an = . (3.5)
n!
68 Boussouis Brahim
3.12. Propriétés de la somme d’une série entière
Soit S la somme d’une série entière an xn de rayon de convergence non nul. Alors pour tout entier n ∈ N,
P
S admet un développement limité au sens fort, d’ordre n au point 0 :
n
X
S (x) = ak xk + O(xn+1 ).
k=0
an xn une série entière de la variable réelle, de rayon de convergence R > 0 et de somme S . Alors
P
Soit
n≥0
P an n+1
la série entière x admet R pour rayon de convergence, et sa somme est la primitive de S qui
n≥0 n + 1
s’annule en 0.
Exemples 3.21.1. On a :
∞
1 X
∀x ∈ ]−1, 1[ , = (−1)n xn
1+x n=0
D’où :
∞
X xn+1
∀x ∈ ]−1, 1[ , log(1 + x) = (−1)n .
n=0
n+1
De même :
∞
1 X
∀x ∈ ]−1, 1[ , = (−1)n x2n
1 + x2 n=0
Donc
∞
X x2n+1
∀x ∈ ]−1, 1[ , Arctg x = (−1)n .
n=0
2n + 1
D’après le corollaire 3.19, on peut reconstituer les cœfficients an à partir de la somme S par dérivation.
En fait, on peut aussi retrouver les an par intégration :
69 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
Proposition 3.22 (Inégalités de Cauchy)
an xn une série entière de la variable réelle, de rayon de convergence R > 0 et de somme S . Alors,
P
Soit
n≥0
pour tout r ∈ ]0, R[, et pour tout entier p, on a :
Z 2π
1
ap = S (reit )e−ipt dt. (3.6)
2πr p 0
M(r)
ap ≤ (Inégalités de Cauchy). (3.7)
rp
où M(r) = sup |S (z)|.
|z|=r
∞
X
Démonstration. On a S (reit ) = an rn ei(n−p)t et la convergence est normale sur [0, 2π]. On obtient les
n=0
équations (3.6), en intégrant terme à terme sur [0, 2π]. Les inégalités (3.7) (de Cauchy) s’en déduisent
immédiatement.
Corollaire 3.23
Soit an zn une série entière de rayon de convergence R fini et non nul. Si z0 est un point du cercle
P
d’incertitude (|z0 | = R) en lequel la série entière converge, alors la série an zn converge uniformément
P
sur le segment [0, z0 ] := {tz0 : 0 ≤ t ≤ 1}.
70 Boussouis Brahim
3.12. Propriétés de la somme d’une série entière
z0
C(0, 1)
Corollaire 3.25
Soit an zn une série entière de rayon de convergence R fini et non nul. Si z0 est un point du cercle
P
d’incertitude (|z0 | = R) en lequel la série entière converge, alors :
∞
X ∞
X
lim an (tz0 )n = an zn0 .
t→1
t∈[0,1] n=0 n=0
Démonstration. En effet la série converge uniformément sur le segment [0, z0 ], donc la restriction de sa
somme à ce segment est continue en z0 .
Exemple 3.25.1. On a déjà vu (voir page 69) que :
∞
X x2n+1
∀x ∈ ]−1, 1[ , Arctg x = (−1)n .
n=0
2n + 1
2n+1
x
Comme la série entière (−1)n admet 1 pour rayon de convergence et qu’elle converge pour x = 1,
P
2n + 1
on déduit du corollaire précèdent que
∞
π X (−1)n
Arctg 1 = = .
4 n=0 2n + 1
71 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
En complément au théorème 1.42, nous avons :
Corollaire 3.26
P P P
Soient an et bn deux séries convergentes telles que la série (produit) cn soit convergente, où
n
X
∀n ∈ N, cn = ak bn−k .
k=0
Alors on a :
∞
∞ ∞
X X X
cn = an × bn .
n=0 n=0 n=0
∞
X
∀x ∈ I, f (x) = an xn ?
n=0
72 Boussouis Brahim
3.27. Développement en série entière
Définition 3.28
Une fonction f définie sur un ouvert U de K est dite développable en série entière au voisinage d’un
point x0 ∈ U, s’il existe une boule ouverte a B(x0 , r) B {x ∈ K : |x − x0 | < r} ⊂ U et une série entière
an xn de rayon de convergence R ≥ r tels que :
P
∞
X
∀x ∈ B(x0 , r), f (x) = an (x − x0 )n .
n=0
a. Si K = R, alors B(x0 , r) = ]x0 − r, x0 + r[ et si K = C, alors B(x0 , r) est le disque ouvert de centre x0 et de rayon r.
est de classe C ∞ sur R, f (n) (0) = 0, pour tout entier n, donc sa série de Taylor en 0 est identiquement nulle
(avec un rayon de convergence infini), mais f n’est identiquement nulle sur aucun intervalle ]−r, r[.
∞
X 2
Exercice 4. Soit f (x) = e−n ein x . Montrer que f est définie et de classe C ∞ sur R, et que sa série de
n=0
Taylor en 0 admet un rayon de convergence nul.
73 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
R x (x − t)n (n+1)
Posons Rn ( f, x, x0 ) = x f (t) dt (le reste de Taylor-Lagrange d’ordre n + 1). Le problème
0 n!
revient à montrer que la suite de fonctions (Rn ( f, x, x0 )) converge simplement vers 0 sur I. Nous allons
donner ici une condition suffisante (et qui est loin d’être nécessaire), pour qu’il en soit ainsi.
Proposition 3.29
Soit f une fonction numérique de classe C ∞ sur intervalle ouvert I telle que ses dérivées successives
soient uniformément bornées sur I :
∃M ∈ R+ , ∀x ∈ I, ∀n ∈ N, f (n) (x) ≤ M.
Alors, f est développable en série entière au voisinage de chaque point x0 ∈ I; de manière précise, pour
tout x, x0 ∈ I, on a :
∞
X f (n) (x0 )
f (x) = (x − x0 )n .
n=0
n!
Cette proposition s’applique en particulier aux fonctions exponentielle, sh, ch, sin et cos :
∞ n
X x
∀x ∈ R, ex = .
n=0
n!
∞ 2n
X x
∀x ∈ R, ch x = .
n=0
(2n)!
∞
X x(2n+1
∀x ∈ R, sh x = .
n=0
(2n + 1)!
∞
X x2n
∀x ∈ R, cos x = (−1)n .
n=0
(2n)!
∞
X x(2n+1
∀x ∈ R, sin x = (−1)n .
n=0
(2n + 1)!
74 Boussouis Brahim
3.27. Développement en série entière
Les équations différentielles permettent de développer certaines fonctions en sére entière
Cherchons, par exemple, le développement en série entière de f (x) = (1 + x)α , α , 0. Si α ∈ N∗ , la
fonction f est polynômiale et la formule du binôme permet d’écrire :
α
α n
X !
(∗) ∀x ∈ R, f (x) = (1 + x)α = x .
n
n=0
α α(α − 1) · · · (α − n + 1)
!
où = . Supposons dans la suite que α < N. Alors f est de classe C ∞ sur
n α!
]−1, ∞[ et vérifie l’équation différentielle avec conditions initiales suivante :
(1 + x) f 0 (x) = α f (x)
(
(E)
f (0) = 1
y0 (x) =
(
a(x)y(x)
(E)
y(x0 ) = y0
∀x ∈ I, z0 (x) = 0
(
⇐⇒ ∀x ∈ I, z(x) = y0 ⇐⇒ ∀x ∈ I, y(x) = y0 eA(x) .
z(x0 ) = y0
Reprenons le développement en série entière de la fonction f (x) = (1 + x)α . La somme d’une série entière
an xn vérifie (E) si, et seulement si,
P
X∞ ∞
X
+ (n + 1)an+1 xn = α an xn ∀n ∈ N, (n + 1)an+1 =
(
(1 x)
(α − n)an
⇐⇒
n=0 n=0 a0 = 1
=
a0 1
D’où :
α−n+1 α−n+1α−n+2
∀n ∈ N∗ , an = an−1 = an−2 = · · ·
n n n−1
α(α − 1) · · · (α − n + 1) α(α − 1) · · · (α − n + 1)
= a0 = .
n! n!
75 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
|an |
La série entière obtenue a un rayon de convergence R = 1 (car lim = 1). Par ailleurs, d’après le
n→∞ |an+1 |
lemme 3, l’équation (E) admet une solution unique sur ]−1, 1[, donc
∞
X α(α − 1) · · · (α − n + 1)
(∗∗) ∀x ∈ ]−1, 1[ , f (x) = (1 + x)α = 1 + xn .
n=1
n!
α
!
On constate que si α ∈ N, la formule (**) est encore valable et que si n ≤ α, alors an = . Par
n
analogie avec l’équation (*), nous poserons :
α(α − 1) · · · (α − n + 1)
α
!
si n ≥ 1
∀α ∈ R, ∀n ∈ N, :=
n!
n
1
si n = 0.
∞
α n
X !
α
∀α ∈ R, ∀x ∈ ]−1, 1[ , (1 + x) = x . (3.9)
n
n=0
En donnant à α des valeurs particulières, et en remplaçant t par t2 , on obtient, pour tout t ∈ ]−1, 1[ :
∞
1 X
= tn
1−t n=0
∞
1 X
= t2n
1 − t2 n=0
∞
1 X
= (−1)n t2n
1 + t2 n=0
∞
1 X 1.3. · · · (2n − 1)
√ = 1+ t2n
1 − t2 n=1
2n n!
∞
1 X 1.3. · · · (2n − 1) 2n
√ = 1+ (−1)n t
1 + t2 n=1
2n n!
Cherchons une solution y(x) de (E) qui est développable en série entière sur un intervalle ]−r, r[ : y(x) =
X∞
an xn .
n=0
76 Boussouis Brahim
3.27. Développement en série entière
∞
X
y(x) = an x n
n=0
∞
X
xy0 (x) = nan xn
n=0
∞
X
y00 (x) = (n + 2)(n + 1)an+2 xn
n=0
∞
X
y00 (x) + xy0 (x) + y(x) = (n + 1)[(n + 2)an+2 + an ]xn .
n=0
Théorème 3.30
N
Soit F = ∈ C(X) une fraction rationnelle (écrite sous forme réduite) et soient α1 , · · · , αm les zéros
D
du polynôme D (ou encore les pôles de F). Alors F est développable en série entière en tout point
z0 ∈ C\{α1 , · · · , αm } :
X∞
∀z ∈ D(z0 , R), F(z) = an (z0 )(z − z0 )n .
n=0
où E(X) est la partie entière de F(X) (ie. le quotient de la division euclidienne de N(X) par D(X)), mk est
la multiplicité du pôle αk et βk,l un nombre complexe.
77 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
Moyennant une translation (z → z − z0 ), on peut se ramener à z0 = 0 et on suppose qu’aucun pôle n’est
nul. On écrit !−l
1 1 z
= 1−
(z − αk )l (−αk )l αk
et on utilise la formule du binôme (3.9), pour obtenir :
∞ !n X ∞
(n + 1)(n + 2) · · · (n + l − 1) n
!
1 1 X n z
∀z ∈ D(0, |αk |), = = (−1)l z . (3.10)
(z − αk )l l
(−αk ) n=0 −l αk n=0
αn+l
k
Le rayon de convergence de cette série entière est égal à |αk |. On en déduit que F est développable en série
entière en 0 en tant que somme de fonctions développables en série entière et le rayon de convergence R de
la série entière représentant F est ≥ min |αk |. Si R > min |αk |, il existerait k ∈ {1, · · · , m} tel que |αk | < R.
1≤k≤m 1≤k≤m
F serait continue sur le disque D(0; R) donc en αk , ce qui est impossible car lim |F(z)| = +∞.
z→αk
z3
Exemple 3.30.1. Développons en série entière la fraction rationnelle F(z) = . On commence
z2 +z−2
par décomposer F en éléments simples :
1 1 8 1
F(z) = −1 + z + + .
3z−1 3z+2
Pour z ∈ C tel que |z| < 1, on a :
∞
1 X
= −(1 − z)−1 = − zn
z−1 n=0
Donc
∞ "
−2n+1 + 8(−1)n n
X #
F(z) = z .
n=3
3.2n+1
Le rayon de convergence de cette série entière est 1.
78 Boussouis Brahim
3.27. Développement en série entière
Développement en Série Entière des Fonctions Usuelles
79 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
3.31 Fonction Exponentielle, Fonctions Circulaires et Fonctions Hy-
perboliques de la variable complexe
La fonctions exponentielle
La fonction exponentielle est définie sur C par :
∞ n
X z
exp z = ez = .
n=0
n!
La série définissant ez a un rayon de convergence infini, donc ez est défini pour tout z ∈ C. On résume les
propriétés les plus importantes de l’exponentielle dans le théorème suivant :
Théorème 3.32
lim e x = +∞ lim e x = 0.
x→+∞ x→−∞
ez = 1 ⇐⇒ z ∈ 2iπZ.
où
n k
X z z2n−k (z1 + z2 )n
cn (z1 , z2 ) = 1
= (formule du binôme).
k=0
k! (n − k)! n!
80 Boussouis Brahim
3.31. Fonction Exponentielle, Fonctions Circulaires et Fonctions Hyperboliques de la variable
complexe
4. Les cœfficients de la série entière définissant e x sont des réels, donc e x ∈ R si x ∈ R. Comme
x2
∀x ≥ 0, e x = 1 + x + + des termes positifs ≥ 1 + x,
2
on en déduit que lim e x = +∞. D’autre part, e−x = 1/e x , donc lim e x = 0. Comme (e x )0 = e x
x→+∞ x→−∞
ne s’annule jamais, la fonction exp est strictement monotone sur R; en fait, elle est strictement
croissante sur R car lim e x = +∞. Enfin, étant strictement croissante sur R et sa limite en −∞ est
x→+∞
0, on en déduit que e x > 0, pour tout x ∈ R.
5. Soit t ∈ R. On a :
∞ ∞
2
X (it)n X (−it)n
eit = eit · eit = eit × = eit × = eit · e−it = eit−it = e0 = 1.
n=0
n! n=0
n!
En dérivant, on obtient
ieit − ie−it ieit + ie−it
(cos t)0 = = − sin t (sin t)0 = = cos t.
2 2i
On a :
∞
X 22n
cos 2 = (−1)n .
n=0
(2n)!
22n
la suite étant décroissante et de limite nulle, d’après le théorème des séries alternées, cos 2 <
(2n)!
2
2 24
S2 = 1 − + < 0. Comme cos 0 = 1 et que cos est continue, elle doit s’annuler entre 0 et 2.
2 4!
Soit t0 le plus petit réel ∈ ]0, 2[ tel que cos t0 = 0, et posons
π = 2t0 .
2
Comme eit = cos2 t + sin2 t = 1, on en déduit que sin t0 = ±1, et comme (sin t)0 = cos t > 0 sur
]0, t0 [, la fonction sin est strictement croissante sur ]0, t0 [; d’autre part sin 0 = 0, donc sin t0 > 0
et sin t0 = 1. On a donc démontré que
∀z ∈ C, ez+2iπ = ez · e2iπ = ez .
81 Boussouis Brahim
Chapitre 3: Séries entières
Soit donc y ∈ ]0, 2π[. Ecrivons e iy/4
= a + ib, a, b ∈ R. Comme y/4 ∈ ]0, π/2[, on a a > 0 et b > 0.
D’autre part,
eiy = (a + ib)4 = a4 − 6a2 b2 + b4 + 4iab(a2 − b2 ).
Donc
a2 +b2 =1 1 a>0,b>0 1
eiy = 1 ⇐⇒ a2 − b2 = 0 ⇒ a2 = b2 = ⇒ a = b = √ ⇒ eiy = a4 − 6a2 b2 + b4 = −1 !!
2 2
Les formules
continuent à être valables sur C, mais les inégalités |sin z| ≤ 1, |cos z| ≤ 1 et |ch z| ≥ 1 ne sont plus valables
sur C !
Les formules d’addition et de multiplication des fonctions circulaires d’une variable complexe sont les
mêmes que pour les fonctions circulaires d’une variable réelle. On peut les déduire de la formule de
82 Boussouis Brahim
3.31. Fonction Exponentielle, Fonctions Circulaires et Fonctions Hyperboliques de la variable
complexe
eiz + e−iz eiz − e−iz
Moivre et des formules d’Euler cos z = et sin z = . Par exemple
2 2i
ei(a+b) + e−i(a+b)
cos(a + b) =
2
eia eib + e−ia e−ib
=
2
(cos a + i sin a)(cos b + i sin b) + (cos a − i sin a)(cos b − i sin b)
=
2
= cos a cos b − sin a sin b.
83 Boussouis Brahim