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Introduction au Droit International Humanitaire

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SÉANCE 1 : COURS DE DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE

TABLE DES MATIÈRES

I. Définition du Droit International Humanitaire : le DIH entre le politique, le juridique


et l’éthique.......................................................................................................................................3

PARAGRAPHE 1 : LE DIH EST DETERMINE PAR LE POLITIQUE....................................3

A. La confrontation des enjeux politiques..............................................................................4

B. La mise en perspective des compromis politiques.............................................................4

PARAGRAPHE 2 : LA FORMALISATION DU DIH PAR LE DROIT...................................4

A. La diversité des codes sociaux en DIH..............................................................................5

B. La lisibilité du DIH à travers les processus juridiques......................................................5

PARAGRAPHE 3 : LA PREVALENCE DE L’ORDRE ETHIQUE DANS LE DIH................6

A. La référence en humanitaire : l’invocation de l’éthique....................................................6

B. La permanence de l’éthique dans le droit international.....................................................8

II. LA DISTINCTION FONDAMENTALE ENTRE JUS IN BELLO ET JUS AD


BELLUM.........................................................................................................................................8

III. LA DIVERSITÉ DES SOURCES DU DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE


11

A. Le droit conventionnel.........................................................................................................11

C. Le droit coutumier...............................................................................................................11

D. Les Principes Généraux de Droit.........................................................................................12

CHAPITRE 1 : LES CONFLITS ARMÉS, CADRE TEMPOREL D’APPLICATION DU


DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE.........................................................................14

Section 1: Les conflits armés internationaux..............................................................................14

Paragraphe 1 : Les conflits armés énumérés à l’article 2 commun aux Conventions de


Genève.....................................................................................................................................14

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A. Le recours à la force armée entre États : Art. 2-1 commun.........................................14

B. L’occupation belligérante : Art. 2-2 commun..............................................................19

Paragraphe 2 : Les guerres dites « de libération nationale » énumérées à l’article 1er-4 du PA


II et les conflits armés internationalisés..................................................................................20

A. Les guerres dites « de libération nationale »................................................................21

B. Les conflits armés internationalisés issus de la jurisprudence.....................................22

Section 2 : Les conflits armés non internationaux......................................................................22

Paragraphe 1 : Les conflits armés non internationaux issus du droit de Genève................22

Paragraphe 2 : Le conflit armé non international issu du Statut de Rome..........................25

CHAPITRE 2 : LA CONDUITE DES HOSTILITÉS..............................................................27

Section I : Les principes essentiels du Droit international humanitaire.....................................27

I. Le principe de l’égalité des belligérants..........................................................................27

II. La conciliation entre nécessité militaire et principe d’humanité.....................................27

III. Le principe de distinction.............................................................................................28

IV. Le principe de précaution.............................................................................................28

V. Le principe de proportionnalité........................................................................................29

VI. L’interdiction des maux superflus................................................................................29

VII. Le traitement humain...................................................................................................30

Section 2 : La limitation des méthodes et moyens de guerre......................................................30

Paragraphe 1 : La limitation des méthodes de guerre.............................................................30

A. La protection des personnes hors de combat................................................................30

B. Le refus de quartier......................................................................................................31

C. La perfidie ou la trahison.............................................................................................31

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I. Définition du Droit International Humanitaire : le DIH entre le politique, le
juridique et l’éthique

1. Ces trois considérations se retrouvent au cœur des nouvelles éditions du droit


international et plus précisément dans certaines questions ou matières qui intéressent le
droit international et qui semblent humaniser la matière. Ce sont les matières du droit
international des droits de l’Homme, du droit international pénal et bien entendu du droit
international humanitaire.
2. Le DIH peut être considéré comme la matière initiale qui fait évoluer l’esprit des rapports
au droit. Le XIXème siècle est présenté dans diverses matières comme le siècle du
positivisme naissant mais aussi de celui le plus dur. La naissance de l’Etat, le
volontarisme, vont avoir un impact sur la réflexion qu’on a en droit. Le droit dans sa
dimension interne / inter-étatique est fortement marqué par l’idée des droits positifs
marquée par l’omniprésence de l’Etat souverain. C’est ici le lieu de confirmer la place de
l’ordre politique dans la définition du droit international (Paragraphe 1). Mais l’ordre
politique a dû se formaliser à travers des règles de droit (Paragraphe 2). Le droit et le
politique se sont en fin de compte vus influencer par l’éthique (Paragraphe 3). Cette
interaction entre le politique, le juridique et l’éthique va produire des conséquences sur la
configuration, l’évolution et la signification du DIH.

PARAGRAPHE 1 : LE DIH EST DETERMINE PAR LE POLITIQUE

Si on ne veut pas avoir une lecture du droit de l’hommiste du droit international


humanitaire, il faut avoir à l’esprit que c’est la confrontation des enjeux politiques qui a conduit à
la naissance du DIH (A) et que c’est par ailleurs un compromis politique qui a conduit à
l’élaboration des règles du DIH (B).

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A. La confrontation des enjeux politiques

3. Le DIH est né de la confrontation des divers Etats exposant ainsi leurs divergences
d’intérêts sur de multiples questions. La guerre n’est rien d’autre que la manifestation des
différends d’exacerbations entre les Etats. Le DIH est né sous les cendres de la guerre. La
guerre n’a-t-elle pas été une des expressions éloquentes de la souveraineté des états dans
les temps d’ailleurs récents dans l’histoire de l’humanité ? Les intérêts des Etats n’ont
jamais été remis en cause même par le DIH. Le droit de la Haye est par essence un droit
qui tient compte des nécessités de la guerre (militaires) inévitables dans la conduite des
hostilités. Même lorsque la guerre est considérée comme illicite, la souveraineté des états
persiste ; elle est irréductible, de même que les intérêts des états.

B. La mise en perspective des compromis politiques

4. Par définition, les règles du DIH vont apparaitre comme l’expression des volontés inter-
étatiques. Les règles conventionnelles comme non-conventionnelles vont se définir
comme manifestation implicite ou explicite de la volonté des Etats. La Convention de
Genève de 1949 et toutes les autres n’auraient pu être conclues et appliquées sans la
volonté des états. Cette étendue de la volonté des états doit permettre d’apprécier
l’universalité progressive du DIH. Il est vrai que des acteurs non-étatiques s’impliquent de
plus en plus et même dès l’origine dans la sensibilisation et la formation en faveur du
DIH, mais la concrétisation des évolutions normatives passe forcément par le canal des
états.

PARAGRAPHE 2 : LA FORMALISATION DU DIH PAR LE DROIT

Dans les temps modernes, les mécanismes de formalisation empruntent forcément la voie
du droit même si on peut penser que dans le système international la puissance peut être un

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moyen de régulation (droit de Veto à l’ONU). Plusieurs codes sociaux influencent le droit
international humanitaire (A), mais les processus juridiques sont les plus lisibles ; celles qui sont
les plus évocatrices de la nécessité de se conduire par le droit (B).

A. La diversité des codes sociaux en DIH

5. Les relations inter-étatiques ne sont pas couvertes que par le droit. Les règles de
convenance, les règles morales, les règles de bonne conduite ; sont susceptibles
d’influencer les décisions de l’état. Dans le domaine diplomatique, la courtoisie apparait
ainsi comme la meilleure manifestation du bon comportement des états. Les règles
morales, les considérations religieuses, ont souvent été présentées comme les origines du
DIH et comme ayant enrichi ses règles. L’expression « Humanitaire » n'est pas vraiment
une composante des relations internationales. En invoquant l’humanitaire, on sort quelque
peu du champ strict du droit.

B. La lisibilité du DIH à travers les processus juridiques

6. Certains auteurs prennent l’habitude d’épiloguer sur la juridicité du droit international


public plus encore sur l’effectivité du DIH. Il est vrai que le droit international ressemble
à une matière étrange pour les internistes mais aussi pour les positivistes. Il parait aussi
achronique en raison de la permanence des violences armées. Certains auteurs doutent
même de l’existence d’un droit dans la guerre. Le grand doute est adressé au droit lui-
même, à sa capacité et à la question de son emprise dans les conflits armés. Mais il faut
reconnaitre que le DIH à travers sa dénomination est une matière juridique. Certains
auteurs affirment que c’est l’expression de la volonté des états qui constitue une forme
d’expression du droit. C’est le droit des relations internationales qui encadre et favorise la
formation du DIH.
7. S’il n’avait pas utilisé l’enveloppe du droit, le DIH se serait certainement retrouvé dans
l’obscurité de règles insaisissables telles que celles de la Haye. Le droit international a son
langage, ses codes, ses circuits. Ce sont ces derniers qu’emprunte le DIH pour se

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positionner comme une partie du droit international pour se rendre obligatoire aux yeux
des états mais également des belligérants. Le droit international mais dans une certaine
mesure le droit constitutionnel donne une visibilité du DIH qui emprunte les processus de
production et de reproduction des règles internationales et qui par la suite se trouvent être
intégrés dans les droits internes des Etats. Des règles conventionnelles, coutumières, les
principes généraux du droit, le jus cogens ; autant de canaux qui donnent forme au DIH.
Si les Etats n’avaient pas couvert les questions humanitaires du manteau du droit
international, il est certain que le DIH n’aurait pas eu cette visibilité et sans doute
l’efficacité relative qu’il a aujourd’hui. Les processus de formation du DIH sont
empruntés au droit international. La teneur du DIH est empruntée au droit international.

PARAGRAPHE 3 : LA PREVALENCE DE L’ORDRE ETHIQUE DANS LE DIH

Dans un monde même très marqué par le positivisme, les dimensions éthiques ne sont pas
absentes. La référence en humanitaire est par définition un renvoi à l’éthique (A). Et sous
d’autres formules l’éthique est empruntée presque en permanence dans le DIH (B).

A. La référence en humanitaire : l’invocation de l’éthique

8. Le droit en général fait peu de place à l’éthique mais certaines matières telles que le droit
international des droits de l’homme, le droit international pénal et le droit international
humanitaire convoquent l’éthique ou du moins sont imprégnées par l’éthique. La
naissance même du DIH, à son origine, n’a été possible qu’à travers une démarche
éthique d’un homme d’affaires HENRY DUNANT dans la guerre de Solferino. A la suite
de la première Convention de Genève de 1864 lorsqu’est adoptée la Clause de Martens,
on peut voir qu’il y a la concrétisation et l’entrée du droit naturel dans le droit
international, la prise en compte de l’humain dans le droit international. Le droit
international va véritablement devenir un droit pour les humains. Cette approche qui
renouvelle le droit international public, on peut dire que c’est le DIH qui en a pris

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l’initiative devançant ainsi la matière du droit international des droits de l’homme et du
droit international pénal. Le DIH est ainsi en avant-garde de l’évolution de l’éthique dans
la sphère du droit international.

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B. La permanence de l’éthique dans le droit international

9. Les règles conventionnelles et coutumières qui structurent le DIH tout en demeurant des
règles juridiques avec les conséquences qu’on peut en tirer vont régulièrement êtres
teintés de considérations éthiques et modernes. Comme le disent certains auteurs, le DIH
s’adresse d’abord aux humains. Il vise à humaniser la guerre même si ce défi parait
presque irréalisable (manuel phare d’enseignement du DIH : un droit dans la guerre.).

Conclusion

10. Le DIH est l’une des rares matières qui ne s’enferme pas dans le droit et sur le droit. Ce
rapport aux aspects externes au droit ou aspects métajuridiques, on peut peut-être le voir
sous d’autres cieux tel que le droit social conçu à l’origine comme un droit destiné à
prendre en compte la condition des travailleurs. Comme par hasard le DIH et le droit du
travail sont formés presque à la même époque, la fin du XIXème siècle qui est une époque
de violence, violence de la guerre à l’égard des travailleurs, des esclaves, des peuples
colonisés. Le DIH a pu se constituer dans cette ambiance de violence et est destiné
essentiellement à régler les aspects humanitaires de la violence des guerres. C’est là un
point d’honneur de ce qui caractérise spécifiquement cette matière. Toutes les autres
matières du droit fonctionnent en période de paix, du moins sont destinées telle qu’elle.
Le DIH est la seule matière destinée à être opérationnelle dans les périodes des conflits
armés.

II. LA DISTINCTION FONDAMENTALE ENTRE JUS IN BELLO ET JUS AD


BELLUM

11. Le fondement de la distinction entre jus in bello et jus aad bellum réside dans les lignes
du paragraphe 5 du Préambule du Premier Protocole additionnel aux Convention de
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Genève : « Les dispositions des Conventions de Genève du 12 août 1949 et du présent
Protocole doivent être pleinement appliquées en toutes circonstances à toutes les
personnes protégées par ces instruments, sans aucune distinction défavorable fondée
sur la nature ou l’origine du conflit armé ou sur les causes soutenues par les Parties au
conflit, ou attribuées à celles-ci ».
12. Justifications de la distinction. La distinction jus in bello/jus ad bellum repose sur des
raisons tant logiques, humanitaires que pratiques. En effet, une fois que les règles
fondamentales interdisant le recours à la force (c’est-à-dire le jus ad bellum) ont été
violées, les règles subsidiaires du jus in bello doivent s’appliquer, car elles sont prévues
précisément pour les situations où les règles fondamentales ont été enfreintes. En outre,
les victimes de la guerre ne sont pas responsables du fait que « leur » État a violé le droit
international (c’est-à-dire le jus ad bellum), et ont besoin d’être protégées, qu’elles soient
du « bon » ou du « mauvais » côté. Enfin, lors d’un conflit armé, les belligérants ne sont
jamais d’accord sur la question de savoir lequel d’entre eux a violé le jus ad bellum, c’est-
à-dire qui est l’agresseur ; en pareil contexte, le DIH doit s’appliquer. Il n’a donc une
chance d’être respecté que si les deux côtés doivent appliquer les mêmes règles (Marco
Sassòli, Antoine Bouvier, Anne Quintin, Un droit dans la guerre ?, Volume I, Genève,
CICR, p. 38 et s.).
13. L’égalité des belligérants face au règles du Droit international humanitaire. Le DIH
est spécifiquement conçu pour s’appliquer dans les situations de conflit armé. Les
belligérants ne sauraient donc invoquer la dureté du conflit armé pour justifier des
manquements au DIH; ils doivent respecter leurs obligations humanitaires en toutes
circonstances (CG I-IV, art. 1 commun). Ce principe est affirmé par le DIHC (Règle
139) et consolidé par la jurisprudence internationale.
14. La Cour internationale de justice, dans l’affaire de la Namibie en 1971 (CIJ, affaire des
Conséquences juridiques pour les États de la présence continue de l’Afrique du Sud en
Namibie, avis consultatif, par. 231), ainsi que le Tribunal pénal international pour l’ex-
Yougoslavie (TPIY, affaires Le Procureur c. Milan Martić, examen de l’acte
d’accusation, par. 232 ; Le Procureur c. Zoran Kupreškić et consorts, Jugement, par.
233) ont affirmé, comme un principe général de droit, que les obligations juridiques de
nature humanitaire ne pouvaient pas dépendre de la réciprocité

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15. Un État qui exerce son droit à la légitime défense ou qui s’efforce, à bon droit, de rétablir
l’ordre public sur son territoire doit mettre le même soin à respecter le DIH qu’un État
agresseur ou un groupe armé non étatique ayant recouru à la force en violation du droit
international ou national, respectivement (égalité des belligérants). Qui plus est, les
belligérants doivent respecter le DIH même si leur adversaire ne le respecte pas (non-
réciprocité des obligations humanitaires, CG I-IV, art. 1 commun; DIHC, règle 140).
Les représailles ne sont autorisées que dans des conditions extrêmement strictes et ne
peuvent jamais viser des personnes ou des biens protégés par le DIH.

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III. LA DIVERSITÉ DES SOURCES DU DROIT INTERNATIONAL
HUMANITAIRE

A. Le droit conventionnel

16. Historiquement, les règles de droit international humanitaire (DIH) (particulièrement


celles sur le traitement et l’échange de prisonniers et de blessés) ont très tôt été établies
dans des traités bilatéraux. La codification systématique et le développement progressif de
cette branche dans des traités multilatéraux généraux se sont également opérés assez tôt,
en comparaison avec d’autres branches du droit international : au milieu du XIXe siècle
((Marco Sassòli, Antoine Bouvier, Anne Quintin, Un droit dans la guerre ? Op. Cit., p.
74).
17. Aujourd’hui, le DIH est non seulement l’une des branches du droit international qui a été
la plus codifiée, mais ses instruments, peu nombreux, sont bien coordonnés. En règle
générale, un traité plus récent énonce expressément qu’il complète ou remplace un traité
plus ancien (entre les États parties). Ces traités ont l’immense avantage de placer leurs
règles relativement au-delà des doutes et des controverses, de les fixer « noir sur blanc »,
prêtes à être employées par les soldats sans qu’ils n’aient à mener au préalable de longues
recherches sur la pratique.
18. De façon concrète, il s’agit des Conventions de la Haye dont l’objet est de « réviser les
lois et coutumes de la guerre [qui sont] reconnues par les nations civilisées et étaient
considérées comme une formulation des lois et coutumes de la guerre » ((Licéité de la
menace ou de l’emploi d’armes nucléaires, avis consultatif du 8 juillet 1996, C.I.J.
Recueil 1996 (I), p. 256, par. 75), les quatre Conventions de Genève du 12 août 1949 et
des Trois Protocoles additionnels de 1977 et de 2005.

C. Le droit coutumier

19. Définition de la Coutume. Selon la CIJ, « la substance du droit international coutumier


doit « être recherchée en premier lieu dans la pratique effective et l’opinio juris des États
» (Plateau continental (Jamahiriya arabe libyenne/Malte), arrêt, C.I.J. Recueil 1985, p.
29, par. 27).

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20. Affirmation du caractère coutumier du Protocole I. La Cour Internationale de Justice
rappellera en particulier que « tous les États sont liés par celles des règles du Protocole
additionnel I qui ne représentaient, au moment de leur adoption, que l’expression du
droit international coutumier préexistant, comme c’est le cas de la clause de Martens,
réaffirmée à l’article premier dudit Protocole » (CIJ, Avis consultatif sur les armes
nucléaires, 8 juillet 1996, Par. 85).

D. Les Principes Généraux de Droit

21. « Les principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées », auxquels l’art.
38(1)(c) du Statut de la Cour internationale de Justice se réfère comme une des sources du
droit international, peuvent tout d’abord s’entendre comme étant ces principes de droit
interne communs à tous les ordres juridiques. Toutefois, ces principes – telles que la
bonne foi et la proportionnalité – qui font également partie du droit coutumier et qui ont
été codifiés, s’appliquent aussi dans les conflits armés et s’avèrent utiles pour compléter
et mettre en œuvre le droit international humanitaire.
22. Ainsi, s’il est interdit d’attaquer les civils, ce n’est pas le droit, mais bien la logique qui
prescrit qu’une attaque dirigée contre un objectif militaire doit être interrompue s’il
apparaît que cette cible est en fait (exclusivement) civile ( PA I, art. 57(2)(b).).
23. La jurisprudence internationale a consacré l’applicabilité des PGD dans l’affaire Détroit
de Corfu en disant que « certains principes généraux et bien reconnus, tels que des
considérations élémentaires d’humanité, plus absolues encore en temps de paix qu’en
temps de guerre » (C.I.J. Recueil 1949, p. 22). Elle a été réaffirmée par la CIJ dans son
Arrêt du 27 juin 1986, Affaire des activités militaires et paramilitaires au nicaragua et
contre celui-ci (Nicaragua c. Etats-Unis d’amérique). Mais de façon concrète, il est
pertinent de s’intéresser à la clause de Martens.
24. Contenu de la clause de Martens. La clause de Martens, du nom du Professeur russe
Frédéric De Martens, Délégué à la Conférence de la Paix réunie à la Haye en 1899, avait
été présentée au moment où les conférenciers n’arrivaient pas à « se mettre d’accord sur
la question du statut des civils qui prenaient les armes contre une force occupante »
(Rupert TICEHURST, « La clause de Martens », Revue Internationale de la Croix-

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Rouge, 30-04-1997). Pour le Professeur De Martens, « En attendant qu’un code plus
complet des lois de la guerre puisse être édicté, les Hautes Parties contractantes jugent
opportun de constater que, dans les cas non compris dans les dispositions règlementaires
adoptées par elles, les populations et les belligérants restent sous la sauvegarde et sous
l’empire des principes du droit des gens, tels qu’ils résultent des usages établis entre
nations civilisées, des lois de l’humanité et des exigences de la conscience publique »
(Préambule de la Convention II de La Haye de 1899 concernant les Lois et coutumes
de la guerre sur terre).
25. La clause dans le droit de Genève. Aujourd’hui, la clause de Martens est reprise dans
divers aspects des Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels (CG I-IV, art.
63/62/142/158 respectivement PA I, art. 1(2) PA II, Préambule, par. 4).
26. Les apports de la jurisprudence. Dans l’affaire des Activités militaires et paramilitaires
au Nicaragua, la Cour Internationale de Justice a considéré la clause de Martens comme
un « des principes généraux de base du droit humanitaire » (CIJ, Affaire des activités
militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci, Fond, arrêt du 27 juin
1986, Recueil 1986, par. 218). En outre, dans l’affaire Kononov c. Lettonie, la Cour
Européenne des Droits de l’Homme a affirmé que la clause de Martens pouvait dûment
être considérée comme une source du droit des conflits armés au point de constituer une
base « suffisante » pour conclure à des crimes de guerre (CEDH, Troisième section,
Affaire Kononov c. Lettonie, requête n° 36376/04, arrêt du 24 juillet 2008, par. 218).

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CHAPITRE 1 : LES CONFLITS ARMÉS, CADRE TEMPOREL D’APPLICATION DU
DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE

27. Le Droit international humanitaire s’applique dans deux types de situations : les conflits
armés internationaux (Section 1) et les conflits armés non internationaux (Section 2).
Dans les textes, ces derniers sont appelés « conflits armés ne présentant pas un caractère
international » (Marco Sassòli, Antoine Bouvier, Anne Quintin, Un droit dans la
guerre ?, Volume I Op. Cit., p. 41).

Section 1: Les conflits armés internationaux

Les conflits armés énumérés à l’article 2 commun (Paragraphe 1) et les guerres de


« libération nationale » de l’article 1-4 du PA1 ainsi que les CA internationalisés (Paragraphe
2).

Paragraphe 1 : Les conflits armés énumérés à l’article 2 commun aux Conventions de


Genève
Les CA énumérés à l’art. 2-1 : recours à la force armée en Etats (A) les CA de l’art. 2-2 commun
(B).

A. Le recours à la force armée entre États : Art. 2-1 commun

28. Le conflit armé est une question de fait. Article 2 Commun, par. 2 : « En dehors des
dispositions qui doivent entrer en vigueur dès le temps de paix, la présente Convention
s’appliquera en cas de guerre déclarée ou de tout autre conflit armé surgissant entre
deux ou plusieurs des Hautes Parties contractantes, même si l’état de guerre n’est pas
reconnu par l’une d’elles ».
 Avant l’adoption des Conventions de Genève de 1949, prévalait la règle selon
laquelle les lois de la guerre ne s’appliquent qu’en cas de guerre déclarée entre
deux ou plusieurs États.
 Selon la Convention (III) de La Haye du 18 octobre 1907 relatives à l’ouverture
des hostilités Art. 1 : « Les Puissances contractantes admettent que les hostilités

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entre elles ne doivent pas commencer sans un avertissement préalable et non
équivoque, qui aura, soit la forme d'une déclaration de guerre motivée, soit celle
d'un ultimatum avec déclaration de guerre conditionnelle ».
 L’article 2 alinéa 1 a supprimé cette règle rigide en précisant qu’en dehors des cas
de guerre déclarée, les Conventions de Genève seraient également applicables,
lorsque l’état de guerre n’a pas été reconnu (Dietrich Schindler, « The Different
Types of Armed Conflicts according to the Geneva Conventions and
Protocols », Recueil des cours de l’Académie de droit international de La Haye,
tome 163, 1979, pp. 117-164).
 « La principale valeur ajoutée de la notion de conflit armé réside dans le fait
qu’elle fonde l’applicabilité des Conventions de Genève sur des critères factuels
et objectifs. En effet, l’alinéa 1 de l’article 2 souligne la primauté de l’existence
factuelle d’un conflit armé sur le statut formel de guerre. Par conséquent, la
démonstration de l’existence d’un conflit armé au sens de l’article 2, alinéa 1,
doit être uniquement fondée sur les faits prouvant l’existence de facto d’hostilités
entre les belligérants, même sans déclaration de guerre » (Commentaire de la
première Convention de Genève. Convention (I) pour l’amélioration du sort des
blessés et des malades dans les forces armées en campagne, (Dir.) Jean-Marie
HENCKAERTS, Genève, CICR, 2020, p. 69).
 En cela, le TPIY a rappelé que « L’existence d’un conflit armé ne dépend pas de
l’interprétation des parties au conflit [traduction CICR] » (TPIY, Le Procureur
c. Milan Milutinović, Jugement, 2009, par. 125). Mieux, « les parties au conflit
ne peuvent pas s’accorder entre elles pour changer la nature du conflit, laquelle
est établie par les faits dont l’interprétation relève, le cas échéant, du juge »
(TPIY, Tihomir Blaškić, jugement, 2000, par. 82).
29. Définition du CAI. Les conflits armés, au sens de l’alinéa 1 de l’article 2, sont ceux qui
opposent des Hautes Parties contractantes (c’est-à-dire des États) et qui surgissent
lorsqu’un ou plusieurs États ont recours à la force armée contre un autre État, quels que
soient les motifs ou l’intensité de l’affrontement (CICR, « Comment le terme “conflit
armé” est-il défini en droit international humanitaire ? » Prise de Position, mars 2008,
p. 1. Le Commentaire de la Quatrième Convention de Genève de 1958 a aussi joué un

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rôle important dans la clarification de la notion de « conflit armé » : voir Pictet (dir.),
Commentaire de la IVe Convention de Genève de 1949, Genève, CICR, 1958, pp. 25 et
26). Dans l’affaire Tadić, le TPIY a déclaré qu’« un conflit armé existe chaque fois qu’il
y a recours à la force armée entre États » (TPIY, Tadić, arrêt relatif à l’appel de la
défense concernant l’exception préjudicielle d’incompétence, 1995, par. 70).
30. Le statut juridique des belligérants, premier critère.
 L’expression « Hautes Parties contractantes » désigne les États pour lesquels ces
instruments sont en vigueur. Les situations décrites à l’alinéa 1 de l’article 2 sont
donc limitées aux conflits armés entre États (Voir CICR, Le droit international
humanitaire et les défis posés par les conflits armés contemporains, Rapport
préparé pour la 31e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du
Croissant-Rouge, Genève, 2011, pp. 35-38).
 Le statut étatique des belligérants, qui détermine le caractère international du
conflit armé, est établi à l’aide de critères objectifs du droit international
(Convention de Montevideo concernant les droits et devoirs des États, (1933),
article 1, (« L’État comme personne de droit international doit réunir les
conditions suivantes : I. Population permanente ; II Territoire déterminé ; III.
Gouvernement ; et IV. Capacité d’entrer en relations avec les autres États »).
31. Défaut de pertinence de l’intensité de la violence.
 Il n’est pas exigé que l’usage de la force armée entre les parties atteigne un certain
niveau d’intensité pour pouvoir conclure à l’existence d’un conflit armé. L’alinéa 1 de
l’article 2 ne contient d’ailleurs aucune mention d’un quelconque seuil relatif à
l’intensité ou à la durée des hostilités (Jean Simon PICTET (dir.), Commentaire de
la IVe Convention de Genève de 1949, Genève, CICR, 1956, p. 26 « Tout différend
surgissant entre deux États et provoquant l’intervention de membres des forces
armées, est un conflit armé au sens de l’article 2, même si l’une des Parties conteste
l’état de belligérance. Ni la durée du conflit, ni le caractère plus ou moins meurtrier
de ses effets ne jouent de rôle. Le respect dû à la personne humaine ne se mesure
pas au nombre de victimes »).
 Cette position fait l’objet d’une jurisprudence constante selon laquelle « le recours à
la force armée entre États suffit en soi à déclencher l’application du droit

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international humanitaire » (TPIY, Delalić, jugement, 1998, par. 184 ; Tadić, arrêt
relatif à l’appel de la défense concernant l’exception préjudicielle d’incompétence,
1995, par. 70 ; CPI, Lubanga, décision sur la confirmation des charges, 2007, par.
207. Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a utilisé la définition du conflit armé
international proposée par le TPIY dans l’affaire Tadić ; voir TSSL, Taylor,
jugement, 2012, par. 563-566).
32. La fin des hostilités.
 Selon l’approche traditionnelle issue de la doctrine, le CA prend fin avec la
conclusion d’un traité de paix ou par toute autre indication claire (par exemple une
déclaration) de la part des belligérants qui estiment que l’état de guerre a pris fin. En
fait, une fois qu’un état de guerre (dans le sens juridique traditionnel) est déclaré, le
fait qu’il n’y ait plus d’hostilités actives et que les opérations militaires aient cessé
« n’est pas en soi suffisant pour mettre fin à l’état de guerre [traduction CICR] »
(Commentaire de la Convention de Genève (I), par. 275).
 La preuve qu’il y a eu une « fin générale des opérations militaires » est le seul critère
objectif permettant de déterminer qu’un conflit armé international a cessé de manière
générale, définitive et effective (Cet argument est également corroboré par l’article
6, alinéa 2 de la Quatrième Convention qui dispose que les Conventions cessent de
s’appliquer « après la fin générale des opérations militaires ». Voir aussi
Greenwood, 2008, p. 72 : « la fin des hostilités actives devrait être suffisante pour
mettre fin à un conflit armé [traduction CICR] ».). Pour que le conflit armé
international soit considéré comme ayant pris fin, les hostilités doivent cesser avec un
certain degré de stabilité et de permanence (« Dès lors que le droit des conflits armés
est applicable, il ne faut pas, à la légère, conclure à la fin de son application.
Autrement, les participants à un conflit armé peuvent se retrouver entre
applicabilité et non applicabilité, menant à un degré considérable d’insécurité
juridique et de confusion. La Chambre de première instance va donc examiner si, à
tout moment durant la période de mise en accusation, le conflit armé international
a cessé de manière suffisamment générale, définitive et effective afin de mettre fin à
l’applicabilité du droit des conflits armés. Elle va particulièrement examiner s’il y

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avait une fin générale des opérations militaires [traduction CICR] » TPIY,
Gotovina., Jugement, 2011, par. 1694).

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B. L’occupation belligérante : Art. 2-2 commun

33. Définition de l’occupation.


 En l’absence d’une définition de l’occupation par les CG, l’on a recours à l’article 42
du Règlement de la Haye selon laquelle : « Un territoire est considéré comme occupé
lorsqu’il se trouve placé de fait sous l’autorité de l’armée ennemie. L’occupation ne
s’étend qu’aux territoires où cette autorité est établie et en mesure de s’exercer ».
 Cette interprétation de la notion d’occupation a été confirmée par la Cour
Internationale de Justice ainsi que par le TPIY qui ont considéré l’article 42 du
Règlement de La Haye comme la seule référence normative pour déterminer
l’existence d’une occupation conformément au droit humanitaire (« Ainsi, en
l’absence d’une définition du terme « occupation » dans les Conventions de
Genève, elle renvoie à la définition qu’en donne le Règlement de La Haye, tout en
rappelant le caractère coutumier dudit Règlement », TPIY, Naletilić et Martinović,
Jugement, 2003, par. 215 ; Dans son avis consultatif de 2004 sur les Conséquences
juridiques de l’édification d’un mur dans le territoire palestinien occupé, la C.I.J. a
exclusivement utilisé l’article 42 du Règlement de La Haye afin de déterminer
l’existence d’une occupation dans les territoires en question et de voir si le droit de
l’occupation s’appliquait dans ces situations).
34. Éléments constitutifs de l’occupation ou le « test du contrôle effectif »
 Même si les Conventions de Genève ne contiennent aucune définition de l’occupation,
le Règlement de La Haye de 1907 et ses travaux préparatoires, la doctrine, les
manuels militaires et les décisions judiciaires démontrent la primauté accordée à trois
éléments constitutifs de l’occupation, à savoir : la présence non consentie des forces
étrangères, la capacité de ces forces étrangères à exercer leur autorité sur le territoire
concerné en lieu et place du souverain local et, de ce fait, l’incapacité de celui-ci
d’exercer son autorité sur le territoire ( Commentaire de la Convention de Genève
(I), par. 303 ; voir aussi CICR, Rapport sur l’occupation et d’autres formes
d’administration de territoires étrangers, pp. 16-26).
 Trois conditions cumulatives doivent donc être remplies :

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« – les forces armées d’un État sont physiquement présentes sur un territoire
étranger sans le consentement du gouvernement local effectif qui était en place au
moment de l’invasion ; – le gouvernement local effectif qui était en place au moment
de l’invasion, a été rendu, ou peut être rendu, largement ou complètement incapable
d’exercer ses pouvoirs du fait de la présence, non consentie, des forces étrangères ;
– les forces étrangères sont en mesure d’exercer leur autorité sur le territoire
concerné (ou sur des parties de ce territoire) en lieu et place du gouvernement local »
(CICR, Rapport sur l’occupation et d’autres formes d’administration de territoires
étrangers, p. 20. Voir également Cour suprême d’Israël siégeant en sa capacité de
Haute Cour de justice, affaire Tzemel, jugement, 1983, pp. 373 et 374).
35. La fin de l’occupation.
 Les critères permettant de déterminer la fin d’une occupation sont généralement les
mêmes que ceux appliqués pour déterminer son début ( voir Daphna Shraga,
« Military Occupation and UN Transitional Administrations – the Analogy and its
Limitations », in Marcelo G. Kohen (dir.), Promoting Justice, Human Rights and
Conflict Resolution through International Law: Liber Amicorum Lucius Caflisch,
Martinus Nijhoff, Leiden, 2007, pp. 479-498, aux pp. 480 et 481) mais en sens
inverse (Yuval Shany, « Faraway, So Close: The Legal Status of Gaza after
Israel’s Disengagement », Yearbook of International Humanitarian Law, vol. 8,
2005, pp. 369-383, à la p. 378).
 Pour établir si l’occupation a pris fin, il convient donc d’examiner si les conditions
suivantes sont toujours cumulativement réunies : la présence physique des forces
étrangères, leur capacité d’exercer leur autorité sur le territoire concerné en lieu et
place de l’autorité gouvernementale locale existante et l’absence continue du
consentement de l’autorité gouvernementale locale à la présence des forces étrangères.
Si l’un ou l’autre de ces éléments vient à manquer, l’occupation peut être considérée
comme ayant pris fin (Commentaire de la Convention de Genève (I), par. 306).

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Paragraphe 2 : Les guerres dites « de libération nationale » énumérées à l’article 1er-4 du
PA II et les conflits armés internationalisés

A. Les guerres dites « de libération nationale »

36. Article 1.4 PA1 : « Dans les situations visées au paragraphe précédent sont compris les
conflits armés dans lesquels les peuples luttent contre la domination coloniale et
l’occupation étrangère et contre les régimes racistes dans l’exercice du droit des peuples
à disposer d’eux-mêmes, consacré dans la Charte des Nations Unies et dans la
Déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales
et la coopération entre les États conformément à la Charte des Nations Unies ».
37. Contenu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
 Ce droit consiste en un droit de tous les peuples « [de déterminer] librement leur
statut politique et [d’assurer] librement leur développement économique, social et
culturel » (Article 1-1 du Pacte international relatif aux droits sociaux,
économiques et culturels ; Résolution 1514 sur la Déclaration d’indépendance aux
pays et aux peuples coloniaux).
38. Le concept de « peuples », un concept incertain
 « Il n’existe pas en droit international, de définition de ce qu’est un peuple, seuls
existent des instruments qui énumèrent les droits reconnus à tout peuple. Il n’y a pas
non plus de critère objectif ou infaillible qui permette de reconnaître qu’un groupe de
population est un peuple » (Claude PILLOUD, Jean DE PREUX et al.,
Commentaire des Protocoles additionnels aux Conventions de Genève du 12 août
1949, Genève, Comité International de la Croix-Rouge, 1986, par.103).
 « Il ne s’agit pas ici des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques auxquelles,
par exemple, le PIDCP se contente de reconnaître le droit d’avoir leur propre vie
culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion » (Claude PILLOUD,
Jean DE PREUX et al., Commentaire des Protocoles additionnels aux Conventions
de Genève du 12 août 1949 Op. Cit., par. 106).
 L’essentiel est un sentiment commun de former un peuple et une volonté politique de
vivre ensemble comme tel, résultant d’un ou plusieurs des critères indiqués,
généralement démontrés et confortés par une histoire commune (Idem, par. 103).
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B. Les conflits armés internationalisés issus de la jurisprudence

39. L’action militaire d’un État tiers.


 Selon le TPIY : « La Chambre conclut que, aux fins de l’application des dispositions
sur les infractions graves de la IVe Convention de Genève, l’action militaire
significative et continue des forces armées de la Croatie à l’appui des Croates de
Bosnie contre les forces du Gouvernement bosniaque sur le territoire de ce dernier
suffit pour transformer le conflit interne entre les Croates de Bosnie et le
Gouvernement bosniaque en un conflit international » (TPIY, Le Procureur c. Ivica
Rajić, Examen de l’acte d’accusation conformément à l’article 61, IT-95-12-R61,
13 septembre 1996, par. 13).
40. Le contrôle global.
 Dans son jugement dans l’affaire Tadić, le Tribunal a relevé qu’ « un conflit armé
interne qui éclate sur le territoire d’un État peut devenir international si i) les troupes
d’un autre État interviennent dans le conflit ou encore si ii) certains participants au
conflit armé interne agissent au nom de cet autre État » (TPIY, Affaire Tadić,
Jugement, 15 juillet 1999, IT-94-1-A- par. 84).

Section 2 : Les conflits armés non internationaux

Paragraphe 1 : Les conflits armés non internationaux issus du droit de Genève

A. Les conflits armés classiques prévus à l’article 3 commun

41. L’article 3 commun aux quatre Conventions de Genève évoque une catégorie de « conflit
armé ne présentant pas un caractère international et surgissant sur le territoire de l’une
des Hautes Parties contractantes ».
42. Selon l’arrêt Tadic « [U]n conflit armé existe chaque fois qu’il y a recours à la force
armée entre États ou un conflit armé prolongé entre les autorités [publiques] et des
groupes armés organisés ou entre de tels groupes au sein d’un État » (TPIY, Le
Procureur c. Dusko Tadic, IT-94-1-AR72, Chambre d’appel, Arrêt, 2 octobre 1995, par.
37).

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43. « Le critère appliqué par la Chambre d’appel quant à l’existence d’un conflit armé aux
fins des dispositions de l’article 3 commun se concentre sur deux aspects d’un conflit :
son intensité (1) et l’organisation des parties à ce conflit (2) » (Idid., par. 512).

1. L’intensité des affrontements

44. « Il n’existe pas de critère déterminant à lui seul en l’espèce. La preuve de l’intensité ne
peut pas être décrite abstraitement, mais doit être évaluée de cas en cas en mettant en
balance une multitude de données indicatives » (Sylvain VITÉ, Typologie des conflits
armés en droit international humanitaire : concepts juridiques et réalités, p. 7 ; voir
aussi TPIY, Affaire Haradinaj, Jugement du 3 avril 2008, para. 49 ; TPIR, Affaire
Rutaganda, Jugement du 6 décembre 1999, para. 93).
45. La jurisprudence a estimé que l’intensité « ne nécessitent pas la poursuite ininterrompue
des violences » (CPI, Chambre préliminaire I, Le Procureur c. Al Hassan, Rectificatif à
la Décision relative à la confirmation des charges portées contre Al Hassan Ag Abdoul
Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud, ICC-01/12-01/18, 13 novembre 2019, par. 198) et
dégagé une série de données pertinentes à analyser à cette fin : « la propagation des
affrontements sur le territoire et dans le temps, toute augmentation du nombre de forces
gouvernementales et la mobilisation et la répartition des armes entre les deux parties au
conflit, ainsi que si le conflit a attiré l'attention du Conseil de sécurité des Nations Unies,
et si des résolutions à ce sujet ont été adoptées. Chambres de première instance ont
également pris en compte à cet égard le nombre de civils contraints fuir les zones de
combat ; le type d'armes utilisées, en particulier l'utilisation d'armes lourdes et d'autres
équipements militaires, tels que des chars » (TPIY, Le Procureur c. Ljube Boškoski et
Johan Tarčulovski, IT-04-82-T, Jugement du 10 Juillet 2008, par. 177).

2. L’organisation du groupe armé

46. « [l]orsqu’il s’agit de décider si l’on est en présence d’un groupe armé organisé (pour
déterminer si un conflit armé ne présentait pas un caractère international), les éléments
de fait suivants, dont la liste n’est pas exhaustive, peuvent être pertinents : la hiérarchie
interne de la force ou du groupe en cause ; la structure de commandement et les règles
appliquées ; la capacité de se procurer des équipements militaires, notamment des armes
à feu ; la capacité de la force ou du groupe en cause de planifier et de mener des

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opérations militaires ; et l’étendue, la gravité et l’intensité de toute intervention militaire.
Aucun de ces éléments de fait n’est toutefois déterminant à lui seul » (CPI, Jugement
Lubanga, par. 537. Voir également Jugement Ntaganda, par. 704 ; Jugement Katanga,
par. 1186. Voir également TPIY, Le Procureur c. Ljube Boškoski et Johan Tarčulovski,
Jugement, 10 juillet 2008, IT-04-82-T, paras 199-203 ; Le Procureur c. Ramush
Haradinaj et consorts, Jugement, 3 avril 2008, IT-04-84-T (le « Jugement Haradinaj
»), par. 60 ; Le Procureur c. Fatmir Limaj et consorts, Jugement, 30 novembre 2005,
IT-03-66-T (le « Jugement Limaj et consorts »), par. 90) .

B. Les conflits armés prévus à l’article 1-1 du Protocole additionnel II

47. Le Protocole additionnel II s'applique aux conflits armés non internationaux « qui se
déroulent sur le territoire d'une Haute Partie contractante entre ses forces armées et des
forces armées dissidentes ou des groupes armés organisés qui, sous la conduite d'un
commandement responsable, exercent sur une partie de son territoire un contrôle tel qu'il
leur permette de mener des opérations militaires continues et concertées et d'appliquer le
présent Protocole ».
48. L’exigence d’un niveau d’organisation particulièrement élevé. Il exige en effet que les
forces non gouvernementales atteignent un niveau d'organisation particulièrement élevé,
en ce sens qu'elles doivent être placées « sous la conduite d'un commandement
responsable » et exercer un contrôle territorial qui leur permette « de mener des
opérations militaires continues et concertées et d'appliquer le présent Protocole » (voir
Sylvain VITÉ, Typologie des conflits armés en droit international humanitaire :
concepts juridiques et réalités, p. 9
49. Le commandement responsable. Il « implique une certaine organisation des groupes
armés insurgés ou des forces armées dissidentes, mais cela ne signifie pas forcément la
mise en place d’u système d’organisation militaire hiérarchique similaire à celui des
forces armées régulières. Il s’agit d’une organisation suffisante, d’une part, pour
concevoir et mener des opérations militaires continues et concertées, de l’autre, pour
imposer une discipline au nom d’une autorité de fait » (Claude PILLOUD, Jean DE

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PREUX et al., Commentaire des Protocoles additionnels aux Conventions de Genève
du 12 août 1949, Genève, Comité International de la Croix-Rouge, 1986, par. 4463).
50. Le contrôle sur une partie du territoire. Pour le CICR, le PAII suppose « une certaine
stabilité dans le contrôle d'une portion, même modeste, du territoire » (Sylvain VITÉ,
Typologie des conflits armés en droit international humanitaire : concepts juridiques et
réalités, p. 10). Le contrôle se traduit par la maîtrise d’une partie du territoire tel qu’il soit
permis au groupe de mener des opérations militaires continues et concertées (Claude
PILLOUD, Jean DE PREUX et al., Commentaire des Protocoles additionnels aux
Conventions de Genève du 12 août 1949, Genève, Comité International de la Croix-
Rouge, 1986, par. 4464).

Paragraphe 2 : Le conflit armé non international issu du Statut de Rome

51. L’ajout d’un critère temporel aux critères classiques. L'article 8(2)(f) établit dans ce
cas que les règles prévues doivent s'appliquer « aux conflits armés qui opposent de
manière prolongée sur le territoire d'un État les autorités du gouvernement de cet État et
des groupes armés organisés ou des groupes armés organisés entre eux ». Pour des
auteurs, « si la notion de conflit armé non international au paragraphe (2)(d) renvoie
directement à celle de l'article 3 commun, celle du paragraphe (2)(f) y ajoute un critère
temporel [dans la mesure où] le conflit [doit se dérouler] de manière prolongée »
(Sylvain VITÉ, Typologie des conflits armés en droit international humanitaire :
concepts juridiques et réalités, p. 11 ; A. Bouvier, M. Sassoli [eds], How Does Law
Protect in War, Vol. 1, Genève, CICR, 2006, p. 110; R. Provost, International Human
Rights and Humanitarian Law, Cambridge, Cambridge University Press, 2002, pp. 268
s. ).
52. Seuil d’applicabilité de l’article 8-2-f. La CPI précise que ce seuil se caractérise par
deux conditions : « a) il faut que les violences atteignent une certaine intensité et soient
prolongées dans le temps ; b) il faut l'implication d'un groupe armé possédant un certain
degré d'organisation, notamment la capacité de concevoir et mener des opérations
militaires pendant une période prolongée » (Affaire Lubanga Dyilo, Chambre
préliminaire I, Décision sur la confirmation des charges, 29 janvier 2007, para. 229-
237, notamment 234).
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CHAPITRE 2 : LA CONDUITE DES HOSTILITÉS

Les règles régissant la conduite des hostilités se déclinent en deux catégories : les unes
portent sur les principes essentiels du Droit international humanitaire (Section I), les autres sur la
limitation des méthodes et moyens de guerre (Section II).

Section I : Les principes essentiels du Droit international humanitaire

I. Le principe de l’égalité des belligérants

53. Contenu du principe. Selon l’article 1er commun aux Conventions de Genève, les États
s’obligent à respecter le Droit international humanitaire conventionnel « en toutes
circonstances ». En cela, le DIH doit être pleinement appliqué par les belligérants à un
conflit armé (PA I, préambule, al. 5.), indépendamment des motifs qui les animent, de la
nature ou de l’origine du conflit.
54. Cette règle, contenue à la Règle 140 de l’étude du CICR sur le DIH coutumier, a été
reprise par la Cour spéciale de cassation des Pays-Bas, dans l’affaire Rauter en 1948,
ainsi que le Tribunal militaire des États-Unis à Nuremberg, dans l’affaire Von Leeb
(affaire du haut commandement) dans laquelle ces juridictions ont rejeté l’argument des
prévenus selon lequel ils auraient été libérés de leur obligation de respecter le droit
international humanitaire parce que leur adversaire l’avait lui-même violé (Pays-Bas,
Cour spéciale de cassation, affaire Rauter (ibid., par. 218 ); États-Unis, Tribunal
militaire à Nuremberg, Les États-Unis c. Wilhelm von Leeb et autres (affaire du haut
commandement) (ibid., par. 21).

II. La conciliation entre nécessité militaire et principe d’humanité

55. Le DIH est fondé sur l’équilibre entre les considérations relevant de la nécessité militaire,
d’une part, et du principe d’humanité, d’autre part. Il reconnaît que pour vaincre un
adversaire en temps de guerre, il peut être nécessaire de tuer, blesser ou capturer.
Cependant, le DIH précise aussi que « Dans tout conflit armé, le droit des Parties au
conflit de choisir des méthodes ou moyens de guerre n’est pas illimité » (PA 1, Art. 35).

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III. Le principe de distinction
56. Le principe de distinction constitue la clé de voûte du DIH. Étant donné que « le seul but
légitime que les États doivent se proposer, durant la guerre, est l’affaiblissement des
forces militaires de l’ennemi » (Déclaration de Saint-Pétersbourg, préambule), les
parties à un conflit armé « doivent en tout temps faire la distinction entre la population
civile et les combattants ainsi qu’entre les biens de caractère civil et les objectifs
militaires » (PA I, art. 48).
57. Qu’est-ce qu’un civil ? Selon l’article 50 du PA 1, est considéré comme civil toute
personne n’appartenant pas aux membres des forces armées. Cette définition a été reprise
dans l’affaire Blaskic dans laquelle le TPIY a défini les civils comme « des personnes qui
n’appartiennent pas, ou plus, aux forces armées » (TPIY, affaire Le Procureur c.
Tihomir Blaškić, Jugement, par. 751).
58. Qu’est-ce qu’un combattant ? Sont combattant les six catégories de personnes
énumérées à l’article 4-A de la Troisième convention de Genève.
59. Régime de protection du civil. La règle qui stipule que les personnes civiles perdent leur
protection contre les attaques si elles participent directement aux hostilités et pendant la
durée de cette participation est inscrite dans l’article 51, paragraphe 3 du Protocole
additionnel I.
60. Les objectifs militaires. Selon l’article 52-1, sont civils tous les biens qui ne sont pas des
objectifs militaires. Selon l’article 52-2 du PA 1 : « Les attaques doivent être strictement
limitées aux objectifs militaires. En ce qui concerne les biens, les objectifs militaires sont
limités aux biens qui, par leur nature, leur emplacement, leur destination ou leur
utilisation apportent une contribution effective à l’action militaire et dont la destruction
totale ou partielle, la capture ou la neutralisation offre en l’occurrence un avantage
militaire précis ».

IV. Le principe de précaution

61. Le Droit international humanitaire stipule que « [l]es opérations militaires doivent être
conduites en veillant constamment à épargner la population civile, les personnes civiles
et les biens de caractère civil » (PA I, art. 57, par. 1; DIHC, règle 15). Cette règle

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s’applique tant à la partie attaquante, qui doit faire tout ce qui est pratiquement possible
pour éviter d’infliger des dommages incidents par ses opérations (précautions dans
l’attaque), qu’à la partie attaquée, laquelle doit, dans toute la mesure de ce qui est
pratiquement possible, prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la population
civile soumise à son autorité des effets des attaques menées par l’ennemi (précautions
contre les effets des attaques, PA I, art. 58; DIHC, règle 22).

V. Le principe de proportionnalité

62. Lorsqu’il est impossible d’éviter des dommages incidents aux personnes civiles ou aux
biens de caractère civil, ils sont soumis au principe de proportionnalité. Ainsi, les
personnes qui planifient ou décident de déclencher une attaque doivent annuler ou
interrompre, « les attaques dont on peut attendre qu’elles causent incidemment des pertes
en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des
dommages aux biens de caractère civil, ou une combinaison de ces pertes et dommages,
qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu » (PA I,
art. 51, par. 5 b) et art. 57, par. 2 a) iii) et b) ; DIHC, règles 14, 18 et 19.)

VI. L’interdiction des maux superflus

63. Cette expression se réfère aux « effets de certaines méthodes ou de certains moyens de
combat qui aggravent inutilement les souffrances des hommes mis hors de combat »
(Pietro VERRI, Dictionnaire du droit des conflits armés, Genève, CICR, 1998, p.73) .
De tels moyens et méthodes sont interdits par le droit des conflits armés (cf. H IV R art.
22 ; GP I art. 35 ; St Petersbourg Décl. 1868).
64. Selon la Déclaration de St Pétersbourg, dans la guerre, « il suffit de mettre hors de
combat le plus grand nombre d’hommes possible […] ce but serait dépassé par l’emploi
d’armes qui aggraveraient inutilement les souffrances des hommes mis hors de combat
ou voudraient leur mort inévitable ».

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VII. Le traitement humain

65. L’une des règles les plus fondamentales du DIH dispose que toutes les personnes tombées
au pouvoir de l’ennemi ont le droit d’être traitées avec humanité, quel que soit leur statut
ou leurs fonctions ou activités antérieures. En cela, la Règle coutumière 87 prévoit que
« Les personnes civiles et les personnes hors de combat doivent être traitées avec
humanité ». Mais il y a lieu de rappeler le contenu du concept de traitement humain n’est
clairement au regard de l’évolution constante des données sociales.

Section 2 : La limitation des méthodes et moyens de guerre

66. À partir du principe universellement reconnu selon lequel « le droit des Parties au conflit
de choisir des méthodes ou moyens de guerre n’est pas illimité » (PA I, art. 35, par. 1),
le DIH moderne a développé un vaste ensemble de règles qui interdisent ou réglementent
la mise au point, la possession et l’emploi de certaines armes (moyens de guerre
Paragraphe II) et qui interdisent ou restreignent les manières dont ces armes peuvent être
employées ou dont les hostilités peuvent être conduites (méthodes de guerre Paragraphe
I).

Paragraphe 1 : La limitation des méthodes de guerre

A. La protection des personnes hors de combat

67. Une règle ancienne de DIH coutumier et conventionnel interdit d’attaquer des personnes
qui sont reconnues — ou qui, eu égard aux circonstances, devraient être reconnues —
comme hors de combat. Une personne est hors de combat si elle est au pouvoir d’une
partie adverse, si elle exprime clairement son intention de se rendre ou si elle est
incapable de se défendre parce qu’elle a perdu connaissance, parce qu’elle est naufragée,
ou du fait de blessures ou de maladies et que, dans tous les cas, elle s’abstient de tout acte
d’hostilité et ne tente pas de s’évader (DIHC, règle 47).
68. Toutefois, lorsqu’une personne hors de combat a été faite prisonnière, tout recours à la
force en réponse à un acte d’hostilité ou à une tentative d’évasion doit être proportionnel

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au danger résultant de cet acte ou de cette évasion et doit être réellement nécessaire pour
l’empêcher (CG III, art. 42).

B. Le refus de quartier

69. La protection des personnes hors de combat est liée à l’interdiction ancienne du refus de
quartier, selon laquelle « [i]l est interdit d’ordonner qu’il n’y ait pas de survivants, d’en
menacer l’adversaire ou de conduire les hostilités en fonction de cette décision231 »
(PA I, art. 40. Voir aussi Règlement de La Haye, art. 23, al. d, et DIHC, règle 46).
L’interdiction du refus de quartier rend illégal le fait de refuser délibérément, ou de rendre
impossible, la reddition de l’ennemi ou de mettre à mort des personnes hors de combat.
Lorsque des ennemis ont été capturés « dans des conditions inhabituelles de combat qui
empêchent de les évacuer », ils peuvent être désarmés, mais le DIH conventionnel stipule
expressément que ces personnes « doivent être libérées et toutes les précautions utiles
doivent être prises pour assurer leur sécurité » (PA I, art. 41, par. 3).

C. La perfidie ou la trahison

70. En outre, l’interdiction coutumière de la trahison prohibe «de tuer ou de blesser par
trahison des individus appartenant à la nation ou à l’armée ennemie » (Règlement de La
Haye, art. 23, al. b). Il faut entendre par perfidie ou trahison « les actes faisant appel,
avec l’intention de la tromper, à la bonne foi d’un adversaire pour lui faire croire qu’il a
le droit de recevoir ou l’obligation d’accorder la protection prévue par les règles du
droit international applicable dans les conflits armés » (PA I, art. 37).
71. Les exemples d’actes de perfidie ou de trahison cités dans les traités de DIH comprennent
le fait de feindre la reddition ou la négociation sous le couvert du pavillon parlementaire,
le fait de feindre une incapacité due à des blessures ou à la maladie, le fait de feindre
d’avoir le statut de civil ou de non-combattant et le fait de feindre d’avoir un statut
protégé en utilisant des signes, emblèmes ou uniformes des Nations Unies, d’États neutres
ou d’autres États non belligérants.

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Paragraphe 2 : La limitation des moyens de guerre

La coocurrence dans les conflits armés

L’Ukraine et le DIH

Les boucliers humains

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