0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
11 vues62 pages

Tribu et Développement au Maniema

Ce document présente les travaux d'un colloque sur le thème 'Tribu et développement: cas du Maniema'. Le colloque visait à promouvoir l'unité et le consensus entre les différents groupes tribaux, religieux et politiques de la région du Maniema. Il comprenait des exposés sur la relation entre tribu et développement, ainsi que des ateliers sur les enjeux politiques, économiques, socio-culturels et de justice dans la région.

Transféré par

Tshikuma Isaac
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
11 vues62 pages

Tribu et Développement au Maniema

Ce document présente les travaux d'un colloque sur le thème 'Tribu et développement: cas du Maniema'. Le colloque visait à promouvoir l'unité et le consensus entre les différents groupes tribaux, religieux et politiques de la région du Maniema. Il comprenait des exposés sur la relation entre tribu et développement, ainsi que des ateliers sur les enjeux politiques, économiques, socio-culturels et de justice dans la région.

Transféré par

Tshikuma Isaac
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

1

GROUPE DE REFLEXION GROUPE DE REFLEXION ET


D’ACTION POUR LE DEVELOPPEMENT D’INFORMATION SUR LA SANTE
DU MANIEMA AU MANIEMA
GRADEMA GRISM

COLLOQUE
SUR
TRIBU ET DEVELOPPEMENT
CAS DU MANIEMA

RAPPORT FINAL
Du 26 AU 28 JANVIER 1996

« CENTRE BONDEKO »
KINSHASA/ZAIRE
2

SIGLE
A.S.B.L. : Association sans but lucratif.
B.C.A. : Banque de Crédits Agricoles.
B.C.T. : Bureau Central de la Trypanosomiase.
CADEZA : Caisse Nationale d’Epargne du Zaïre.
CECOMAF : Centre de Commercialisation des produits
Maraîchers et Fruitiers.
CDI : Centre de Développement Intégré.
CNONGD : Conseil National des Organisations Non
Gouvernementales de Développement.
C.T. : Chef de Travaux.
C.U.K. : Cliniques Universitaires de Kinshasa.
D.G.C. : Direction Générale des Contributions.
E.S.U.R.S. : Enseignement Supérieur, Universitaire et
Recherche Scientifique.
I.S.D.R. : Institut Supérieur du Développement Rural.
I.S.P. : Institut Supérieur Pédagogique.
I.S.T.E.M. : Institut Supérieur des Techniques Médicales.
I.S.T.I. : Institut Supérieur des Techniques de l’Information.
GRADEMA : Groupe de Réflexion et d’Action pour le
Développement de Maniema.
GRISM : Groupe de Réflexion et d’Information sur la
Santé au Maniema.
NDBC : Notre Dame du Bon Conseil.
ONG : Organisation Non Gouvernementale.
PEV : Programme Elargi de Vaccination.
PME : Petites et Moyennes Entreprises.
PMI : Petites et Moyennes Industries
PNUD : Programme de Nations Unies pour le Développement.
POLYGAP : Polyclinique du Groupe Agro-Pastoral.
SBC : Société Belge de Coopération.
SOMINKI : Société Minière du Kivu.
UNIKIN : Université de Kinshasa.
3

I. DISCOURS D’OUVERTURE
Chers frères et sœurs, distingués invités.

Le processus de démocratisation et donc l’avènement du pluralisme a fait surgir


l’épineux problème du nécessaire équilibre entre diversité et consensus, pluralisme et unité.
La transition Zaïroise a permis d’appréhender la victoire des divisions sur l’union, des forces
de désintégration sur celles d’intégration.

Le Maniema, marqué aussi par le pluralisme tribal, religieux et politique, n’a


heureusement pas encore basculé dans le conflit et l’affrontement.

Il s’agit là d’une chance à préserver et à consolider.


C’est dans ce cadre que se tient le présent colloque « TRIBU et DEVELOPPEMENT : Cas
de MANIEMA » dont les objectifs principaux se présentent comme suit :

1° Montrer aux filles et fils du MANIEMA que des convergences existent entre
les divergences multiples qui séparent les différents groupes tribaux, religieux et politiques ;

2° Montrer que seule l’union entre tous conditionne la réussite de l’œuvre de


reconstruction du Maniema. Aucune tribu, aucun parti politique ne pourrait prétendre
construire le Maniema en misant sur la politique d’exclusion ;

3° Amener les participants au colloque à réfléchir sur les stratégies et mécanismes


d’extinction des conflits tribaux et politico-religieux.

Le Colloque s’adresse donc à toutes les catégories sociales : hommes politiques,


religieux, étudiants, fonctionnaires, leaders des mutualités et autres, et comporte trois volets
essentiels, notamment :

a) La phase préparatoire avec comme démarche suivante :

- Réunion mixtes GRADEMA & GRISM asbl depuis juillet dernier ;

- Identification des personnes et groupes-cibles pour recueillir leurs témoignages


en rapport avec le thème du colloque (cfr document à distribuer dans les
Ateliers) ;

- Mobilisation des ressources nécessaires au déroulement du colloque.

b) Le colloque proprement dit qui va tourner autour de quatre thèmes principaux ou Ateliers, à
savoir :

- Atelier politique
- Atelier économique (voir question fondamentale)
- Atelier socio-culturel
- Atelier justice et droits de la personne humaine.
4

c) L’après colloque pour la diffusion et la vulgarisation des résolutions arrêtées.

Nous en appelons, au cours des travaux en plénière ou en Ateliers, à la tolérance, à la


courtoisie, à l’excellence et au respect de l’éthique.
Privilégions donc les intérêts de la Région.
5

II. SYNTHESE DU COLLOQUE


1. Thème : Tribu & Développement : cas du Maniema.

Le processus de démocratisation et donc l’avènement du pluralisme a fait


surgir l’épineux problème du nécessaire équilibre entre diversité et consensus, pluralisme et
unité.
La transition Zaïroise a permis d’appréhender la victoire des divisions sur l’union, des forces
de désintégration sur celles d’intégration. Le Maniema, marqué aussi par le pluralisme tribal,
religieux et politique n’a heureusement pas encore basculé dans le conflit et l’affrontement. Il
s’agit là d’une chance à préserver et à consolider. C’est dans ce cadre que se tient le présent
colloque « Tribus et Développement » : cas de Maniema.

2. Cible :

Le Colloque s’adresse donc à toutes les catégories sociales : Hommes


Politiques, Religieux, Etudiants, Intellectuels, Fonctionnaires et autres.

Il recherche la collaboration des leaders des mutualités et associations tribales,


etc.

3. Les objectifs du Colloque :

Ce Colloque a poursuivi les objectifs généraux qui peuvent se résumer comme


suit :

1- Montrer aux fils du Maniema que des convergences exigent les divergences multiples
qui séparent les différents groupes tribaux, religieux, politiques…,

2- Montrer que seule l’union entre tous conditionne la réussite de l’œuvre de


reconstruction de la Région du Maniema. Aucune tribu, aucun parti politique ne peut
prétendre construire le Maniema en excluant les autres ;

3- Amener les participants au Colloque à réfléchir sur les stratégies et mécanismes


d’extinction et de solution des conflits tribaux et politico-religieux.

5. Méthodologie

La démarche pour y parvenir consistait à :

- Recueillir au moyen d’un questionnaire, des témoignages des groupes cibles


(politiques, religieux, tribaux et autres) ou toute personne ayant connu une
expérience bonne ou mauvaise au Maniema.
- Analyser et exploiter les informations de la presse écrite et./ou audiovisuelle en
rapport avec les thème du Colloque ;
- Produire un document synthèse des témoignages, lequel constituera un rapport
relativement important pendant le déroulement du Colloque ;
- Prélever un échantillon de ± 100 personnes appartenant aux différents groupes-
cibles comme participants au Colloque.
6

5. Résultats obtenus

Le Colloque a donné les résultats ci-après :

1° Un Inventaire du 19 constats malheureux repartis dans tous les secteurs de la vie de la


Région du Maniema.

2° Un Répertoire de 14 propositions - solutions.

3° Deux grandes stratégies pour y parvenir.

6. Evaluation du Colloque par les Participants

Il a été demandé aux participants au Colloque d’évaluer le Colloque sur le


contenu et l’organisation, et de formuler les observations d’ordre général et des suggestions
pour l’avenir. Le Comité organisateur a fait le constat suivant :

1° Du point de vue du contenu : Dans sa grande majorité, les participants estiment que les
Colloque a été un grand succès. Certains objectifs ont été atteints, il faudra attendre
que les résultats du Colloque soient vulgarisés au Maniema avant de faire l’évaluation
générale.

2° Du point de vue de l’organisation (Accueil, protocole, salle des conférences, repas,…)


Le succès est patent. Avec peu de moyens, on a réussi une organisation parfaite.

3° Du point de vue de la méthodologie : Une certaine opinion estime qu’on n’a pas atteint
toutes les personnes cibles même si la méthodologie est parfaite.

4° Du point de vue de la facilitation des animateurs : Grande contribution des


facilitateurs.

Dans l’ensemble, les participants souhaitent que ce genre de rencontres


puissent se multiplier aussi bien à Kinshasa qu’au Maniema.
7

III. TRAVAUX DU COLLOQUE


III.1. LES EXPOSES

1. TRIBU ET DEVELOPPEMENT : MYTHE OU REALITE


Par Raymond E. Mutuza Kabe

INTRODUCTION

Je commencerai mon intervention par une citation qui me semble traduire mieux qu’un
long discours, le problème que pose la diversité tribale dans un Etat africain. Je cite : « Par un
froid jour d’hiver, des porcs épics, en compagnie, se serraient très près les uns des autres pour
éviter, grâce à leur chaleur réciproque, de mourir de froid. Bientôt, cependant, ils sentirent
leurs piquants réciproques, ce qui de nouveau les éloigna les uns des autres. Mais lorsque le
besoin de se réchauffer les amena de nouveau à se rapprocher, ce second mal se renouvela, si
bien qu’ils furent ballottés entre deux souffrances jusqu’à ce qu’ils aient finalement trouvé
une distance moyenne leur permettant de tenir au mieux ». Schopenhauer.

Il y a des mots qui font peur, qui blessent ou désobligent. La tribu est de ceux-là. Il est
donc de bonne politique de l’exorciser pour pouvoir nous en servir rationnellement, c’est-à-
dire, objectivement et efficacement. Vous me permettez dans le premier point de mon
intervention de vous parler de la tribu ou de l’Ethnie en retraçant brièvement son historique
pour souligner la nécessité qu’il y a pour nous de réévaluer les termes de l’anthologie
classique avant de les appliquer à nos réalités d’aujourd’hui.

Le terrain étant ainsi épistémologiquement déblayé, nous nous efforcerons de répondre


aux préoccupations essentielles du Colloque, à savoir qu’elle est la place et l’importance de la
Tribu dans l’organisation politique de notre pays pour que cette structure sociale
caractéristique de notre culture puisse contribuer au développement de notre pays. Notre
intervention comprendra donc deux points essentiels.

I. TRIBU ET ETHNIE : MYTHE OU REALITE

II. IMPORTANCE DE LA TRIBU DANS L’ORGANISATION POLITIQUE


DE NOTRE PAYS

I. De la Tribu et de l’Ethnie

La tribu apparaît à l’analyse de l’anthropologie politique comme étant essentiellement


une création de l’action colonisatrice et le tribalisme, « cette tarte à la crème de la politologie
africaine », comme le signe d’autres choses, le masque de conflits d’ordre social, politique et
économique. La tribu à l’instar de toutes les autres institutions qualifiées de primitives ne
serait donc qu’un faux archaïsme. Elle est en tout cas, de création récente.

Pendant la période pré-coloniale, nous affirme J.U. Amselle, il n’existait rien qui
ressemblât à l’ethnie ou à la tribu. Les ethnies ne procèdent que de l’action du colonisateur
qui, dans sa volonté de territorialiser le continent africain, a découpé des entités ethniques qui
ont elles-mêmes ensuite réappropriées par les populations. Dans cette perspective « la tribu »
comme des nombreuses institutions prétendues primitives, ne serait-ce qu’un faux archaïsme
de plus.
8

Mais, un archaïsme qui répond au besoin de l’Occident de se définir en s’opposant aux


autres pour affirmer sa supériorité ». A cet égard, affirme J.L. Amselle, le succès même de
notions de sociétés à Etat et de sociétés contre ou sans Etat, n’est sans doute pas étranger au
besoin que nous éprouvons de caractériser nos propres sociétés par opposition à d’autres
formations politiques. Puisque nous sommes Blancs, Européens et que nous vivons dans les
Etats, il doit bien exister des Noirs, des Indiens qui vivent dans des sociétés sans Etat. La
définition de notre propre identité serait facilitée par l’existence de toute une gamme des
sociétés radicalement différentes.

Nous retrouvons ainsi une logique de l’imputation qui est omniprésente dans le
processus de l’identification : le fait de poser des catégories négatives comme celles de
sociétés sans Etat de sociétés sans écriture, de tribu ou d’ethnie, permet en réalité d’affirmer la
supériorité de nos Etats-Nations ».

Cette volonté est de fait confirmée par l’histoire de l’Occident. En effet, dans l’histoire
de l’anthropologie, le courant évolutionniste place l’Occident au sommet du processus
évolutif et présente les autres sociétés, en l’occurrence africaine, comme devant suivre le
modèle du processus qu’a suivi l’Occident. C’est dans ce sens que les sociétés qui font l’objet
d’étude de l’anthropologie sont appelées « des sociétés primitives par rapport aux sociétés
occidentales, supposées » sociétés évoluées ».

De la tribu au tribalisme :

Conscient de sa supériorité et de la mission qu’il est s’est assignée de civiliser les


autres peuples, ethniques ou tribales et que nous reprendrons, nous africains, pour nous définir
idéologiquement dans nos luttes politiques, sociales et économiques après les indépendances.
C’est dans ce contexte qu’est né ce que nous appelons « TRIBALLISME », qui n’a donc rien
de biologique ou de racial sinon la volonté du colonisateur et l’aliénation du colonisé que
nous sommes.

« Les ethnonymes que nous venons d’évoquer ci-haut, reconnaît J.L. Amselle, en dépit
du fait que ce sont des productions et créations de la colonisation, ils ont été revendiqués plus
tard par les Africains comme étant un instrument idéologique d’identification sociale.

En effet, appelées à se situer par rapport à des espaces colonial et post-colonial, les
différentes régions les revendiqueront comme autant des signes distinctifs.

Mais, non contentes de revendiquer ces ethnonymes, ces régions feront d’eux. Autant
de moyens de résistance à la pression des régions concurrentes en vue de pouvoir s’affirmer.
Dans ce contexte, la lutte à l’intérieur de l’Etat prendra la forme d’un tribalisme au contenu
flou que Yves Person qualifie de « tarte à la crème de la politologie africaine ». Ce
phénomène de tribalisme prendra de l’ampleur avec l’accroissement de migrations vers les
centres urbains et aura comme conséquence logique que les originaires d’une zone, d’une
région seront facilement portés à se regrouper. Dès lors, compte tenu de ce qui précède, que
peut signifier aujourd’hui le tribalisme pour nous ?
9

Le tribalisme qu’est-ce à dire ?

S’il est un point sur lequel la plupart d’anthropologues s’accordent, c’est bien sur celui
du prétendu « tribalisme » actuel en Afrique. (P. Mercier, M. Gluskman – Lombard, etc.)
montrent tous, de façon convaincante que le « tribalisme » dont on s’abreuve à satiété dans les
médias lorsqu’on traite de l’Afrique est toujours le signe d’autres choses, le masque de
conflits d’ordre politique, social et économique. Il n’y a pas un anthropologue sérieux et digne
de ce nom qui oserait analyser aujourd’hui, en Afrique ou ailleurs, quelque révolte, quelque
grève ou quelque mouvement social que se soit en termes « tribalistes ».

Ce que nous appelons tribalisme apparaît comme un ensemble complexe de signifiants


qui est manipulé tout aussi bien par les dominants que par les dominés à l’intérieur d’une
société pour se maintenir là où l’on est ou arriver là où l’on voudrait arriver. Le tribalisme
ainsi défini devient un moyen d’identification sociale et un système de classement auquel on
recourt pour se positionner politiquement. Dépouillé du fanatisme biologique dont on l’a
idéologiquement revêtu, il devient un concept opératoire dont on peut se servir comme base
d’un mouvement social, ou politique.

II. Tribus et Régions dans l’organisation politique

- Pour une transformation radicale des partis politiques.

La transformation de l’Etat-Nation en Afrique et la création des partis politiques


uniques devant lui servir d’appui logistique est née du postulat jacobin, selon lequel la
centralisation du pouvoir et la concentration de l’initiative sont la clé de l’efficacité de l’Etat.
Ce postulats fut renforcé, pour des raisons de domination, par les systèmes politiques
Africains, œuvre de E. Pritchard et Fortes, publiée en 1940.

La thèse fondamentale de cet ouvrage consiste dans l’énoncé de l’opposition radicale


affirmée entre deux types d’organisation politique en Afrique : les sociétés à pouvoirs
politiques centralisés ou Etat primitifs et les sociétés sans Etat.

Le succès sans précédent enregistré par ce livre dans les milieux coloniaux a posé et
pose encore aujourd’hui le problème de la pertinence et de la finalité de cette opposition.

En effet, l’opposition sociétés à Etat sociétés sans Etat ne serait-elle qu’une théorie de
disqualification et de discréditation des systèmes politiques africains en vue de les
déstructurer, en bonne conscience, pour pouvoir les restructurer suivant le modèle de l’Etat-
Nation ? Le plus sûr moyen de dominer étant de convaincre l’autre de la nécessité de sa
domination, l’Occident aurait-il fait appel aux anthropologues pour convaincre les Africains
de l’infériorité de leurs systèmes politiques et de la nécessité pour eux, d’adopter ou d’imiter
le modèle occidental de l’Etat-Nation ?

La crise générale et généralisée que traversent les Etats africains modernes, construits
sur le modèle de l’Etat-Nation ne serait-elle pas le résultat de l’imposition ou de l’imitation
servile de l’Etat-Nation occidental ?

Il se dégage en effet, des études africains portant sur la forme et le fonctionnement des
Etats africains post-coloniaux que l’on a pris les structures de l’Etat-Nation, qui sont les
résultats d’une longue et laborieuse évolution et qui sont d’ailleurs contestées aujourd’hui par
10

ceux-là même qui les ont conçues pour les transplanter purement et simplement sur les
systèmes politiques africains et l’on a décidé en même temps qu’au lieu que les structures
importées s’adaptent aux structures et aux mentalités africaines ce sont ces dernières qui
devraient s’adapter aux structures de l’Etat-Nation.
Du centralisme au fédéralisme

Dans ces conditions, il paraît que pour qu’un changement en profondeur s’opère en
Afrique et que la démocratie s’installe effectivement, il faut renverser cet ordre des choses, il
faut réconcilier les cultures régionales et locales avec les structures de l’Etat moderne en
transférant en leur profit une part importante des pouvoirs intérieurs de l’Etat en prise de
décisions politiques, administratives et économiques ». Au lieu donc du centralisme
outrancier et ruineux pratiqué par la plupart de nos Etats, sous l’égide des partis uniques, le
fédéralisme consiste à donner aux communautés locales le pouvoir de choisir elles-mêmes, et
les personnes, et les institutions qui doivent régler leurs problèmes locaux soit la voie la plus
appropriée d’assurer la démocratie en Afrique.

Telle nous paraît la problématique qui rapproche la crise des Etats-Africains modernes
de la problématique générale de la transition de l’Etat suivant l’optique révolutionnaire telle
que l’a développé substantiellement Bakounine : « Libérer l’individu par rapport à l’Etat, et,
plus généralement, à toute institution établie qui limite et aliène la liberté individuelle, tel
semble l’objectif de toute révolution. En effet, l’Etat et les institutions incarnent le principe
d’autorité, c’est-à-dire qu’ils représentent des « centres » dominant une périphérie » ou encore
un « haut » dominant un « bas ».

Le modèle général de changement révolutionnaire est donc l’abolition de toute autorité


centrale, l’inversion du haut et du bas ; du centre et de la périphérie, le remplacement du
centre dirigeant par l’organisation fédérale surgie des initiatives des individus périphériques
eux-mêmes. Tout individu devient alors un centre « autonome » cependant que la société
s’organiserait comme un réseau fédératif, depuis les « communes autogérées » de la base
jusqu’à la « fédération internationale des peuples » (Bakounine, Dictionnaire critique du
marxisme, PUF, 1982, p. 85-90).

C’est pourquoi, dit Michalon, dans le cadre d’une option résolument régionaliste ou
fédérale, l’Etat central se verrait retirer une large part de ses pouvoirs et de ses moyens. Il
conserverait intactes la souveraineté, l’ensemble des compétences extérieures (défense,
diplomatie, commerce extérieur, douane, etc.) ainsi qu’une part des compétences intérieures
(monnaie, une part de l’enseignement, de la fiscalité, de la législation et de la réglementation,
par exemple). Mais, dans un grand nombre de domaines, il se bornerait à élaborer le cadre à
l’intérieur duquel chaque communauté modèlerait ses propres institutions et organiserait sa
vie et son développement. De ce qui précède, il ressort que la prise en main par les
communautés de leurs propres affaires suppose la remise d’une grande partie de compétence
de l’Etat aux communautés naturelles. Cette remise doit se concrétiser sur trois plans :

- Au plan économique, les initiatives de développement prises localement se


traduiraient par une meilleure mise en valeur des potentialités locales ou
régionales.
- Au plan administratif, une fonction publique régionalisée reposerait enfin sur
des solidarités réelles, concrètes.
11

- Au plan politique, les partis politiques uniques centralisés, sclérosés,


démobilisateurs et même policiers doivent céder la place à des structures de
« conscientisation » et de participation assises sur la société réelle.

En effet, le monopartisme imposé est, pour beaucoup, la cause de la crise grave que traversent
les Etats africains construits sur le modèle de l’Etat-Nation.
De la fonction administrative à la fonction politique de l’Etat.

Toute société repose sur une solidarité, toute collectivité organisée suppose la
conscience d’un intérêt général distinct des intérêts particuliers. Ces notions sont très
présentes et vivement vécues dans nos différents groupes ethniques : elles y sont, en outre,
ressenties de manière beaucoup plus concrète que ce n’est le cas dans les sociétés industrielles
où règne l’anonymat et ou les solidarités spontanées ont disparu.

C’est pourquoi, ce sentiment de solidarité, base de ce que l’Occident appelle


sentiment national se manifeste chez nous non pas au niveau de l’Etat-Nation, mais à des
niveaux inférieurs des différentes ethnies et régions. Ainsi, l’unité nationale zaïroise ne
correspond pas à une réalité sociale concrète.

En d’autres termes, les solidarités partielles (régionales et ethniques) prévalent sur la


solidarité globale, nationale, vidant les structures de l’Etat-Nation de l’essentiel de leur
contenu. La crise que nous connaissons apparaît, par conséquent, comme de nature avant tout
culturelle, due au divorce entre la culture des populations qui reste une culture ethnique et
régionale – alors que les institutions en place correspondent à une politique du type national,
encore balbutiante. L’Etat-Nation paraît bien privé de son fondement, la Nation, donc de toute
possibilité d’action efficace. L’Etat-Nation est bloqué ; il est paralysé, il lui faut un
supplément d’âme.

Nous avons nourri, pendant 24 ans, l’espoir qu’un Etat unitaire fortement centralisé
allait créer l’unité des cœurs et des esprits, l’âme de la nation dont l’Etat zaïrois a besoin pour
vivre et agir : cet esprit est déçu et il est maintenant évident pour celui qui veut regarder les
choses en face que les comportements de laisser-aller, de corruption, de favoritisme, etc., ne
soient pas la cause de notre crise mais bien plutôt la conséquence inévitable et mortelle de
l’inadaptation des institutions aux réalités sociales.
En se bornant à dénoncer ou à rechercher dans les défauts des hommes l’explication de la
crise, on passe à côté du problème et on reste incapable de sortir de l’impasse.

C’est le gouffre ; c’est le divorce, c’est l’écart croissant entre les institutions importées
et la culture réelle qui engendre les comportements laxistes que nous croyons à l’origine de
tout le mal et de la crise. Ce décalage, ce divorce persistant – aux conséquences graves – peut
se résorber de deux manières d’après TH. MICHALON :

- « Ou bien des institutions de l’Etat-Nation arrivent à détruire les cultures


politiques ethniques et à transporter les solidarités du niveau ethnique au
niveau national, au profit de l’Etat ». C’est le processus que l’Etat zaïrois
s’efforce de réaliser depuis 24 ans si ce projet n’a pas totalement échoué, il n’a
certainement pas donné le résultat qu’on en escomptait.
- « Ou bien, à l’inverse, les institutions importées se réconcilient avec les
solidarités existantes, au lieu de les affronter. L’appareil de l’Etat mal accepté
se dégonflent au profit de l’administrations régionales qui pourraient, utiliser
12

enfin les solidarités et les énergies existantes à ce niveau pour de réelles


actions de développement. Une régionalisation résolue pouvant déboucher
progressivement sur un fédéralisme à définir région par région, devrait
permettre aux collectivités naturelles de se doter elles-mêmes de leurs
institutions politiques, administratives, et économiques. Celles-ci libérées du
caractère artificiel qui paralyse les actuels Etats-Nations jouiraient d’un
consensus populaire, donc d’une prise sur la société jusqu’alors inconnue ».

La première voie n’est pas une impasse, mais elle requiert un temps tel qu’avant
l’apparition du sentiment national, l’Etat-Nation serait mort. En effet, attendre la naissance
d’une nation qui surgirait des cendres des ethnies détruites pour fournir à l’Etat-Nation des
fondations sans lesquelles il n’est qu’une structure vide, mènerait le Zaïre à des situations plus
effroyables que celles que nous connaissons aujourd’hui.

La voie de l’utilisation des solidarités régionales par un Etat résolument remodelé en


fonction de celles-ci, peut paraître, à première vue, passéiste ; mais elle seule permettrait de
libérer très vite les énergies bloquées, non utilisées ou mal utilisées, et de donner enfin au
pays du recours à l’authenticité le moyen d’affronter par lui-même ses graves problèmes.

L’Etat a pour raison d’être l’organisation de la vie collective en fonction des besoins et
des aspirations profondes exprimés par les membres de la collectivité. Il remplit donc, comme
l’exprime avec simplicité Th. Michalon dans son livre, une double fonction : l’une ascendante
et l’autre, descendante.

- « Une fonction politique ascendante, qui permet aux membres de la Nation


d’exprimer leurs besoins et de faire monter vers les organes de gouvernement les hommes qui
les animeront. Sous cet angle, l’Etat se présente comme un ensemble d’organes politiques
destinés à transmettre les impulsions de la base vers le haut, c’est-à-dire d’une manière
démocratique. Participant à cette fonction, les individus sont véritablement des citoyens au
sens fort de membres actifs de la Cité, de la société dans laquelle l’Etat est enraciné et dans
laquelle il puise sa substance et son énergie ; »

- « Une fonction administrative, descendante, par laquelle les gouvernements


mettent en application sous forme des règles obligatoires, les décisions qu’ils ont prises,
grâce aux idées et aux hommes dont le processus politique les a ravitaillés. Sous cet angle,
l’Etat se présente comme un ensemble d’organes administratifs destinés à transmettre les
impulsions du haut vers le bas, de manière autoritaire, et les individus sont des administrés
soumis aux injonctions de l’Administration » ;

Cette image est loin d’être le reflet de l’Etat bâtard que le colonisateur a introduit chez
nous. Nous pouvons même affirmer que l’Etat colonial se ramenait à une simple
administration, car tous les processus politiques se déroulaient en Métropole. Seule
fonctionnait sur place la partie administrative de l’Etat.

Les colonisés ne se sont jamais sentis comme des citoyens, mais plutôt comme des
simples administrés, assujettis à l’autorité d’une administration étrangère, qui recevait elle-
même ses ordres d’ailleurs.
13

L’Etat « MPR » n’a pas mieux fait. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que l’Etat
soit considéré comme une entité extérieure et dominatrice, et non comme une chose publique,
une RES PUBLICA, une République.

C’est cet Etat-Administration, bâtard, tronqué de sa fonction politique et rendu ainsi


incapable et inefficace que nous avons hérité du colonisateur et du MPR que nous devons
convertir en instrument efficace de notre développement, en en faisant un Etat fédéral. Mais,
comment nous y prendre ?

Il faut partir du constat que l’existence et le fonctionnement de l’Etat-Nation, l’Etat


unitaire et centralisateur à outrance, au lieu de favoriser la fusion de nos différentes ethnies, a
servi souvent à aggraver les tensions interethniques et s’est donc opposé ainsi à la formation
rapide d’un sentiment national. En effet, ce type d’Etat importé de la France de Napoléon Ier
concentre dans la capitale tous les pouvoirs et tous les moyens financiers, au détriment du
reste du pays, dont la substance se trouve parfois véritablement pompée, suscitant ainsi des
convoitises de toutes parts, attirant des rivalités régionales et frustrant la grande majorité des
citoyens dans leurs ambitions les plus légitimes.

Il faut, ensuite, nous demander ce qu’il y a de solide, de ferme dans nos groupes
ethniques et nous constaterons que, malgré l'influence désagrégeante de la modernité, nos
solidarités traditionnelles villageoises, claniques, ethniques et régionales demeurent très
vivaces et plus puissantes que l’embryonnaire solidarité nationale. C’est donc sur ces
solidarités traditionnelles surtout que nous pouvons construire quelque chose de solide.

Pour y parvenir, nous devons, enfin, apprendre à nous juger non pas en fonction de ce
que nous voudrons être ou devenir c’est-à-dire prendre notre idéal pour la réalité mais en
fonction de ce que nous sommes réellement. Il est, certes, important, pour tout homme comme
pour toute société, de se fixer un idéal ; mais il faut savoir distinguer la représentation d’une
réalité de sa matérialisation.

Le MPR nous présente, dans le Manifeste de la N’Sele, le projet d’une société où il


ferait beau et bon vivre pour les filles et les fils de ce pays. Mais, pouvons-nous dire que les
Zaïrois ont été vraiment heureux de vivre dans cette oasis de paix et de sécurité que le MPR
leur a aménagée pendant 24 ans de son existence ? Il suffirait de lire le rapport de la XIIIème
session du Comité Central, les discours du Président du Conseil Judiciaire, ceux des
Secrétaires Généraux à l’UNTZA et à la MOPAP, pour répondre par la négative.

Ceci revient à dire que, pour prendre vraiment corps, ; tout projet comme tout idéal
doivent tenir compte des réalités existant concrètement, dont l’homme par lequel et pour
lequel est conçu, constitue la pièce maîtresse.

Ainsi, puisque l’Etat colonial n’a pas pratiquement exercé que la fonction
administrative de l’Etat, à l’exclusion de la fonction politique, il nous faut détecter, dans nos
sociétés, les niveaux où existent les traditions de discussions, de palabre, de choix, de
consensus, qui ne sont d’autre que les traditions politiques démocratiques ; il nous faut
modeler ainsi les institutions existantes et encore très agissantes.

En d’autres termes, il nous revivifier les racines politiques de l’Etat zaïrois, les asseoir
sur la base de nos authenticités ethniques réintégrées dans l’Etat fédéral.
14

L’Etat efficace, reconnaît-on, n’est pas nécessairement l’Etat fort, l’Etat autoritaire, mais
l’Etat qui s’appuie sur un accord général, sur un consensus profond des populations. Ce
populaire ne se décrète pas. Il faut aller le chercher là où il est. Accepter, au départ, les formes
sous lesquelles il se présente. C’est donc à l’Etat d’aller vers les hommes, vers le peuple.

Mais, cette triple démarche exige une remise en question totale de l’idée de l’Etat-
Nation, donc une audacieuse rupture du modèle légué par le père, et personne ne s’y risque
par crainte d’être maudit du père. En effet, le dogme selon lequel le développement de
l’Afrique ne pourra naître que de la transplantation des institutions publiques des Etats riches
dans les Etats pauvres et la conviction profondément enracinée selon laquelle il n’y a pas de
salut en dehors de l’imitation du modèle qui à, apparemment, réussi à l’Europe, rend la
réalisation de notre démarche incertaine. Ce sont ce dogme et cette conviction qui constituent
le fondement de ce qu’il est convenu d’appeler auto-colonisation. La réussite la plus
remarquable à notre avis, par ce que la plus durable et la plus efficace de l’œuvre colonisatrice
au Zaïre, est, comme le note Thierry Michalon, « devoir semé les graines d’un besoin
d’imitation que devaient transmettre les générations ».

Point n’est besoin ensuite de domination néo-colonialiste, chantages et contraintes sont


inutiles ; il suffit d’encourager le besoin d’imitation en faisant croire qu’il s’agit de la voie
vers les options politiques qu’ils proclament, dans les attitudes faisant de leurs sociétés des
sociétés dépendantes, assujetties ».

Conclusion

Si le sous-développement s’explique par la déstructuration de la société, le


développement ne peut être que la mise en route d’un processus de restructuration des mêmes
sociétés. Même s’il peut suscité de l’extérieur, il ne commence effectivement que lorsque les
groupes élémentaires qui constituent les sociétés prennent eux-mêmes en charge la
réorganisation.

Le problème, aujourd’hui, est de reconnaître et d’accepter l’existence de nos


authenticités, d’abord, et d’examiner ensuite comment nous pouvons les fondre en une
authenticité zaïroise. Croyant à la force des structures dans la formation des mentalités,
j’estime que les voies et moyens que nous avons utilisés jusqu’à maintenant se sont avérés
incapables de convertir nos différentes authenticités en une seules authenticité zaïroise.

Nous avons, en effet, pris les structures de l’Etat-Nation de l’Occident, pour les
transplanter sur nos sociétés ; et nous avons décidé en même temps qu’au lieu que ces
structures s’adaptent à nos mentalités, ce sont nos mentalités qui devaient s’adapter aux
structures de l’Etat-Nation. Nous avons ainsi attelé la charrue avant les bœufs. Nous avons
chassé la nature ou feint d’ignorer ses exigences ; elle nous revient au galop. La crise que
nous vivons est une revanche naturelle d’une nature violentée. Il n’y a qu’une façon de mettre
la nature au service de l’homme, c’est par la culture.

Pour redresser la barre, il faut réconcilier nos authenticités régionales et locales,


ethniques et tribales avec les structures de l’Etat moderne en transférant à leur profit une part
importante des pouvoirs intérieurs de l’Etat en prise des décisions politiques et en initiatives
économiques.

Prof. Raymond MUTUZA KABE.


15

2. ATOUTS ET CONTRAINTES DE L’ECONOMIE


DU MANIEMA

Par Alphonse TSHOMBA, Conseiller de la République, Opérateur Economique

Monsieur le Président du Comité Organisateur, Excellence Mgr. L’Evêque, distingués


invités, mesdames et messieurs.

Permettez-moi avant toute chose de m’acquitter d’un agréable devoir, celui de


remercier les organisateurs de ce Colloque qui m’ont offert l’honneur de pouvoir m’exprimer
devant un auditoire aussi relevé que celui de ce jour.

Il m’a été demandé de vous entretenir de l’économie de la Région du Maniema, plus


particulièrement dans ses aspects « ATOUTS » et « CONTRAINTES ». Mon exposé sera
basé essentiellement sur les constats et les réflexions que j’ai pu me faire tout au long de ma
modeste expérience acquise au titre d’opérateur économique œuvrant au Maniema et de huit
années passées à la présidence de l’ANEZA /MANIEMA.

Pour une superficie de 132.250 km², le Maniema est peuplé de 1.100.000 habitants
selon certaines estimations, soit 8.5 habitants par km².
Cette population s’adonne à des activités multiples dans les trois secteurs de l’économie que
distinguent les théoriciens, à savoir : le primaire (travail de la terre), le secondaire
(transformation des produits de la nature) et le tertiaire (services).

C’est ainsi que le Maniema produit, pour ce qui est de l’agriculture, du manioc, du riz-
paddy, du maïs, des bananes, des arachides, du coton, du café, de l’huile de palme et du bois
notamment, sans oublier la chasse et la pêche ; pour ce qui est du sous-sol, de l’or et de la
cassitérite essentiellement. Autour de ces différentes productions, se sont érigées des unités de
transformation correspondantes, ainsi que les services nécessaires au bon fonctionnement du
système économique.

Si vous le permettez, nous commencerons par relever les principales contraintes qui, à
mon avis, se dressent face à tout entrepreneur au Maniema et nous terminerons par les atouts
qui sont réels et multiples.
Parmi les éléments de contraintes que j’ai pu retenir, vous remarquerez que nombre d’entre
eux ne sont pas spécifiques au Maniema, mais se retrouvent dans tout le Zaïre, voire dans
d’autres pays du Tiers-Monde. L’ordre dans lequel ces quelques éléments sont présentés dans
mon texte ne constitue pas un ordre de valeur entre lesdits éléments, tout comme la liste de
ceux-ci n’est pas non plus limitative.

Commençons si vous le voulez bien par les contraintes liées à l’environnement naturel.

Le Maniema est une Région recouverte sur les ¾ de sa superficie par une forêt
équatoriale extrêmement dense.

Cela implique que pour y travailler, que ce soit cultiver la terre, construire un bâtiment
ou tracer une route, il faut d’abord lutter contre la forêt. Ce travail préalable mobilise des
énergies et du temps qu’on aurait pu constater directement à l’objectif final. A titre
d’exemple, prenons le cas d’une plantation de café. En comparant les plantations situées au
Nord-Kivu avec celles du Maniema, on a toujours l’impression que celles du Nord-Kivu sont
16

mieux entretenues. En fait, le climat du Maniema est tel que les herbes y poussent beaucoup
plus vite.
Pour obtenir le même résultat qu’au Nord-Kivu, il faut beaucoup plus d’heures de travail.
Autre exemple, les routes. Hormis le fait qu’en tracer au cœur de la forêt requiert des efforts
considérables, la forte pluviométrie qui caractérise les forêts équatoriales constitue également
un handicap quant à la dégradation rapide des routes en terre par comparaison, les routes en
terre du Shaba sont plus faciles à entretenir du fait justement du climat plus sec.

Un autre handicap se situe au niveau de la démographie. La densité moyenne de la


population au Maniema est la plus faible de toutes les Régions de la République du Zaïre. En
quoi cette faible densité constitue-t-elle une contrainte économique ?

La logique toute simple nous amène à penser plus on est, plus on peut produire. Cette
dispersion de la population peut être considérée comme un frein à la production.
D’autre part, une population constitue par définition un marché pour les échanges, des
débouchés pour une activité économique quelconque. Une population dispersée est plus
difficile à atteindre qu’une population concentrée. De là, nous pouvons conclure que les
transactions seront moins aisées donc moins rentables. Un autre aspect négatif de la faiblesse
de densité de la population se situe au niveau de la main-d’œuvre disponible.
Bien avant l’indépendance de notre pays, les colons qui ont implanté les grandes sociétés
minières ou agricoles au Maniema ont dû recruter du personnel dans d’autres Régions,
notamment au Kasaï et dans le Kivu montagneux pour pallier à la carence de main-d’œuvre
locale. Ce phénomène existe toujours.
En dehors de la Ville de Kindu et de ces environs immédiats, et à la rigueur la cité de
Kasongo, il est relativement malaisé de monter une unité de production nécessitant plus de
cent ouvriers à la fois, en moins d'offrir à ceux-ci des conditions de travail particulièrement
alléchantes, au risque d’entamer dangereusement l’équilibre financier de l’investissement.

Après l’environnement naturel et la démographie, j’en arrive maintenant aux


infrastructures.
Pour qu’une activité économique puisse se développer, ou au moins se maintenir, il est
indispensable qu’elle puisse bénéficier d’une liberté dans ses mouvements de biens, des
capitaux, des personnes. Cela sous-entend qu’il faut des routes en bon état, des transports
rapides et sûrs, et des institutions financières efficientes.

Or, depuis plus de six ans, aucun entretien des routes, qui sont toutes en terre, hormis
60 km entre Kindu et Kalima et un tronçon de la route Kisangani-Bukavu qui emprunte le
territoire de la zone de Lubutu, aucun entretien disais-je, n’a plus été effectué. A ce jour, il
n’existe plus de route digne de ce nom au Maniema.
Le chemin de fer, en perdition totale, a cessé d’être le poumon des échanges entre le Maniema
et les autres Régions voisines. Lorsque l’on considère que certaines marchandises, périssables
ou non, chargées en gare de Kindu et de Samba, ont mis jusqu’à un an et plus pur atteindre les
gares de Kabalo ou Kamina, on peut se faire une idée de l’ampleur des dommages subis par
l’économie du Maniema. Pour financer l’activité économique, il y a traditionnellement le
système bancaire. Or au Maniema, il n’y avait que la BCZ, dont l’agence se trouve à Kindu,
pour un éventuel appui aux initiatives commerciales ou industrielles. Aujourd’hui le système
bancaire s’est totalement effondré et il n’existe pas des structures de financement.

Comment ne pas évoquer enfin l’absence d’énergie électrique dans toutes les
agglomérations du Maniema, en dehors de cités minières ? Vous conviendrez, je pense avec
17

moi qu’il est difficile dans ces conditions de produire à moindre coût, étant donné qu’il faut
dès lors produire soit-il même du courant électrique à partir de groupes électrogènes.

Venons-en maintenant à l’évocation de quelques atouts dont dispose la Région pour la


relance de son économie.

Parlant des contraintes, j’ai évoqué tout à l’heure le rôle joué par la nature. Mais cette
même nature a doté le Maniema d’une richesse qui reste largement sous exploitée.
Toute la production agricole a toujours été, même avant l’effondrement général d’il y a cinq
ans, en deçà de possibilités réelles qu’offre la terre de la Région. Le riz, le maïs, l’huile de
palme ou le bois sont tous des produits très recherchés tant au Zaïre qu’à l’étranger.

L’or, la cassitérite et le coton peuvent rapporter de bénéfices substantiels à quiconque


sait s’organiser judicieusement.
Il est évident que ces éléments de la nature ne sont véritablement des atouts que dans la
mesure où au niveau des infrastructures de base, à savoir routes, chemin de fer, port et
aéroport, il y ait un fonctionnement régulier.

Il se fait que depuis six mois, le chemin de fer est à nouveau opérationnel par le biais
d’une nouvelle orientation de la gestion, voulue par les pouvoirs publics et des particuliers
privés ce qui ouvre la voie à un redémarrage à court et moyen terme des échanges entre la
Région et le monde extérieur. Car par le chemin de fer, le Maniema est relié directement au
Shaba, au Lac Tanganyika, au Kasaï et surtout à toute l’Afrique Australe dont le dynamisme
économique n’est plus à démontrer.

De même, l’existence de l’aéroport autorise l’arrivée d’avions moyen courriers et


cargos, permettant des entrées et sorties de biens et des personnes rapidement et vers toutes
les destinations.

Mais, à mon humble avis, il y a, au-delà des richesses naturelles et de l’existence des
infrastructures que je viens d’évoquer, un élément plus important encore : l’homme ! S’il y a
une prise de conscience de la part de l’ensemble de la population et de son élite se trouvant
sur place au Maniema ou ailleurs, alors bien des choses peuvent évoluer. La volonté de
l’homme est indispensable à tout progrès, quels que soient les moyens dont il peut disposer.

S’il se met véritablement au travail, s’il veut bien mobiliser son savoir et son énergie
au service de son propre épanouissement, tout est envisageable, tout est possible.
Plus concrètement, il y a au Maniema toute une population dont la grande majorité est en
pleine force de l'âge et qui ne demande qu’à produire, à étudier sur place pour assurer la
relève.

Le rôle de l’élite, tant sur place qu’à l’extérieur, consiste à se mobiliser pour faire en
sorte que les conditions de vie en matière de santé, d’éducation, d’emploi et de loisir se
modifient favorablement. Nous observons que les élites de certaines régions du Zaïre prennent
des initiatives pour la réalisation de projets communs dans différents domaines. Partout dans
le monde, le développement et le progrès sont toujours passé par cette prise de conscience des
concernés eux-mêmes.
18

Au travers de rencontre comme le présent colloque, nous pouvons jeter les bases du
ressaisissement pour tous ceux qui veulent voir le Maniema relever la tête et de devenior une
région dynamique et prospère.

La solution est dans l’homme lui-même.

Monsieur le Président, Excellence Monseigneur l’Evêque, distingués invités,


mesdames et messieurs.

Je n’ai fait qu’évoquer certains aspects des questions fondamentales posées par la
problématique du développement économique de la Région du Maniema. Il y en a
certainement d’autres et je suis convaincu que les échanges de vue qui aurait lieu tout au long
du Colloque, nous aideront à mieux cerner les vrais problèmes et les vraies réponses.

Monsieur le Président, Excellence Monseigneur l’Evêque, distingués invités,


mesdames et messieurs.
Je vous remercie très sincèrement de votre aimable attention.
19

3. ETHNICITE ET DEVELOPPEMENT
DU MANIEMA
Quelques aspects socio-culturels
Par Hamuli KABARHUZA, Secrétaire Exécutif du CNONGD

Il m’a été demandé pour ce Colloque sur le développement du Maniema de lancer le


débat sur les questions sociales et culturelles. Il est pratiquement impossible de parler de ces
aspects pour l’ensemble de la Région en quelques minutes. Vous comprendrez donc que pour
rejoindre les objectifs du séminaire, il faut faire le choix de l’approche à utiliser. Et il y a deux
possibilités : ou bien on prépare magistralement un discours enrichi par les données chiffrées
et les éléments fouillés dans les livres appropriés, ou bien on relève les faits tels
qu’actuellement vécus sur le terrain en relevant ce qui semble être des acquits et des
contradictions dans la construction du développement du Maniema aujourd’hui. J’ai choisi
cette dernière approche.

Donc, je parlerai de mon expérience personnelle vécue.


En effet, dans le cadre de mes responsabilités professionnelles d’animateur de développement
communautaire au niveau de structure de coordination des ONG de développement depuis
1991, j’ai eu à effectuer plusieurs visites de terrain au Maniema. A ces occasions, j’ai eu la
chance de voyager dans les différents coins de la Région, à observer des faits socio-
économiques et culturels.
Je vais donc en dégager quelques uns dans les domaines suivants :
Santé, enseignement, communication, femme et enfants, cohabitation entre les ethnies, droits
de l’homme, vie associative et société civile.

1. SANTE

Il n’est pas nécessaire de démontrer que sur le plan de snté, la gravité de la situation au
Maniema.
En un mot, je n’exagère pas en disant qu’au Maniema, il y a à peine une dizaine de Médecins
pour toute la Région, qu’il n’y a aucune zone de santé réellement opérationnelle, que, à part,
les hôpitaux de Kindu, Kasongo, Kampene et Kalima, qui fonctionnent avec d’énormes
difficultés d’approvisionnement en médicaments et avec un corps médical très réduit, tous les
autres hôpitaux du Maniema doivent être reconstruits et ré-équipés. Tenez, à Kindu, pour une
population de 140.000 habitants, l’hôpital est tenu par trois médecins dont un expatrié. Ce
dernier de la nationalité Italienne, vient d’arriver il y a quelques mois dans le cadre de la
collaboration entre ONG (Kindu santé et Nueva Frontiera) avec un appui de l’Union
Européenne.

A Kampene, il y a deux ans : il y avait un seul médecin. Les opérations urgentes


étaient faites par un assistant faute de spécialiste. Les coopérations Italiennes qui appuyaient
cet hôpital par le biais de l’ONG local LOGYO, a dû se retirer à la suite de la rupture de la
coopération structurale avec le Zaïre.

Mais, le cas le plus dramatique, est celui de l’hôpital de Kibombo. Il y a trois ans que
j’ai été sur les lieux. Il se pourrait donc que les choses aient évolué. Mais, j’ai des doutes car
la route Kindu-Kibombo est toujours impraticable en véhicule. Je pense que pour construire
toutes les infrastructures de cet hôpital et les équiper, l’état colonial avait dû débourser au
20

moins 150 millions de FB. Il est possible que j'exagère. Mais, ce qui est important de
comprendre est que c’est un complexe impressionnant. Cet hôpital est en train de s’effondrer.
Au moment où j’y étais, il n’y avait là qu’un jeune médecin brave qui se débattait pour « faire
quelque chose ». Plusieurs pavillons dont les toits s’étaient déjà écroulés avaient déjà été
désaffectés. Et c’étaient des chèvres qui s’y promenaient. Ce médecin n’avait comme moyen
de déplacement, qu’une petite moto Honda 125 qu’il ne peut même pas utiliser en cas de
pluie.

Les problèmes de santé publique se posent avec acuité au Maniema. Il n’y a pas
d’équipe opérationnelle de vaccination au Maniema. De nombreux témoignages ont relevé
qu’il y a des zones où il n’a plus jamais eu de vaccination depuis dix ans. A Kibombo, j’ai vu
moi-même des lépreux se promenant dans la cité sans soins, sans assistance. Il m’a été signalé
des cas de maladie du sommeil. Nous ne cessons de sensibiliser sur ses réalités dans les
réunions de bailleurs de fonds. Il y a quelques ONG spécialisées qui y ont envoyé des
missions. Mais, vous comprendrez les difficultés qu’ils peuvent rencontrer si les routes sont
impraticables.

2. ENSEIGNEMENT

Comme partout aille dans le Pays, l’enseignement en milieu rural est en train de
tomber. Les anciennes écoles construites à l’époque coloniale sont effondrées. A la place, les
parents mobilisent la solidarité du village pour reconstruire l’école en matériaux non durables.
On trouve donc partout des écoles en pisées, qui deviennent impraticables quand il pleut. Les
enseignant sont restés des véritables héros de ce pays. Oubliés par le pouvoir de Kinshasa,
impayés depuis des nombreux mois, ils enseignent malgré tout. Mais, pour faire vivre leurs
familles, ils sont devenus aussi des agriculteurs. L’enseignement est une priorité au Maniema.
Le taux d’analphabétisme est le plus élevé du pays. Il touche plus 80% des femmes et au
moins dépeuplement des campagnes.

Un fait paradoxal cependant c’est la création d’un centre Universitaire au Maniema et


des Instituts Supérieurs à Kindu. Si ce phénomène illustre bien le besoin de formation de
cadre, il n’en demeure pas moins que la plupart de ces Instituts doutent de leur viabilité. Le
centre Universitaire n’a pas de Bibliothèque, de Laboratoire, n’a pas de moyen de contact
avec d’autres centres d’enseignement supérieur… Les frais des étudiants ne sont pas capables
de régler ces problèmes. Il y a donc du travail à faire.

3. FEMME ET ENFANTS

La question de la femme au Maniema est cruciale. Comme dans d’autres coins du


pays, l’économie agricole du Maniema repose sur les femmes. Il n’est pas nécessaire de
montrer le chapelet des activités que la femme est obligée de faire tous les jours de la semaine
de 5 heures du matin jusqu’au moment où elle va au lit. Elle dort épuisée. Elle vit surmenée.
Sa qualité n’est pas à envier.

Tous les travaux agricoles, tous les travaux domestiques, toutes les tâches de soins des
enfants… Mais plus qu’ailleurs dans le pays, le Maniema se distingue par un fort taux de
polygamie. Cette habitude vient sans doute, des traditions islamiques qui influencent la vie
sociale. Sans porter un jugement de valeur sur cette pratique, on peut seulement relever que la
21

jeune fille n’a plus la chance de terminer ses études, ni de forger et de réaliser ses propres
ambitions. Le système matrimoniale polygamique est quand même assez exigeant pour la
femme dans cette Région. La fidélité au mari et la subjugation à sa famille, ne laisse plus à la
femme des espaces de liberté pour s’épanouir dans les efforts sociaux.

Dans notre réseau des ONG de développement, seule la Région du Maniema n’a pas
réussi à faire émerger un bon nombre des femmes pour participer aux débats régionaux et
nationaux sur les problèmes de développement. Il y a certes quelques unes qui ont eu le
courage de briser les barrières et les pesanteurs coutumiers, comme maman ALIMA. Mais,
encore une fois, celles-ci peuvent avoir la bonne volonté de faire quelque chose, mais sans
cadre ou capacités intellectuelles suffisantes pour aborder le problème au niveau global.

4. DROITS DE L’HOMME

La question de droits de l’homme au Maniema, on commence à en parler de plus en


plus depuis que l’Association Haki Za Binadamu travaille à Kindu. Cette Association dirigée
par OMEKONGO est le lieu de rassemblement de jeunes intellectusl du Maniema qui ont
trouvé la vraie plaie de la Région. Les violations sont très flagrantes. Plusieurs se passent
même sans que les autorités de la Région ne soient informés car n’ayant aucun moyen de
communication avec les zones.

Voici quelques exemples :

A Kindu, la garde civile a pris l’habitude d’arrêter des paisibles citoyens, même des
étrangers en mission, pour la simple raison de ne pas s’être arrêté au moment de la descente
du drapeau. Il y a une semaine, les experts de Radio Nederland venus en mission d’étude de
faisabilité de la Radio rurale, ont été privés de leur liberté pendant une vingtaine de minutes.
Dr. NGONGO, le médecin directeur de la zone de santé de Kindu, a vécu la même expérience
récemment.

A Kampene, le commandant de la Gendarmerie et le commissaire de zone assistant


résidant ont l’habitude d’arrêter et de mettre en prison les commerçants locaux juste pour
leurs extorquer de l’argent, ce qui décourage complètement les hommes d’affaires.

Il en va de même de Kama, de Salamabila. J’ai vécu la situation en octobre 1993,


quand Birindwa alors Premier Ministre, avait initié sa fameuse réforme monétaire.
Le nombre de procès sans jugement sont légions.
Le rapport annuel de Haki Za Binadamu est plus explicite sur les nombreux cas de violation
des droits de l’homme. Il importe donc que tous les intellectuels du Maniema se coalisent
pour faire arrêter ces pratiques, qui transforment le Maniema en Far West.

5. VIE ASSOCIATIVE ET SOCIETE CIVILE

A l’instar du Sud-Kivu et du Nord-Kivu qui constituent avec le Maniema le même


ensemble culturel et social, le Maniema doit forger son mouvement associatif pour attirer
l’intérêt et créer des pôles de créativité et de dynamisme. Au niveau des ONG, après ma
dernière tournée, il n’y a que 15 ONG viables. C’est très peu.

La société civile se structure pour libérer l’expression de la base et la faire participer


dans le processus démocratique. Il faut la soutenir et l’aider à s’étendre sur les autres villes et
22

cités du Maniema où le potentiel de vie associative existe et a besoin d’être structuré. Il s’agit
de Kasongo, Samba et Kalima.

6. COHABITATION ENTRE LES ETHNIES

Les deux grandes ethnies au Maniema en compétition sur Kindu sont les Rega et les
Kusu. Le problème apparaît surtout comme de la manipulation des leaders politiques
cherchant à se positionner.

Il importe de prendre conscience que de toute façon, les populations sont en train de se
mélanger et qu’il faut leur éviter des conflits de type Nord-Kivu ou Shaba.
23

4. LES ASPECTS POSITIFS DE LA TRIBU


AU CAMEROUN : CAS DE BAMILEKE
Par Mr. Augustin MANDENG
Représentant résidant adjoint du PNUD au Zaïre
(Synthèse du Secrétariat Technique du Colloque)

En Afrique, le problème des tribus est souvent évoqué comme un drame. Et c’est
souvent au moment des élections que cela arrive.

En 1960, à l’accession du Cameroun à l’indépendance, un déséquilibre caractérait le


pays dans ses deux grandes parties : le Nord et le Sud.

- la plupart d’intellectuels étaient originaires du Sud ;


- les emplois pour la plupart revenait aux intellectuels du Sud ;
- les bourses d’études leur étaient accordées…

Il a fallu attendre l’avènement du président HAMADOU HAIJO, un homme du Sud,


pour que commence une politique de rééquilibrage en accordant un peu plus de faveurs aux
populations du Nord. Cela a sauvé le Cameroun d’une catastrophe.

Il faut cependant, reconnaître qu’à côté de cette volonté politique, une certaine
dynamique au niveau de la base, à travers certains groupements tribaux a contribué
énormément à cette bataille du rééquilibrage.

C’est le cas notamment des Bamileke.

Les Bamileke ne sont pas en réalité une tribu mais une agglomérations de plusieurs
petites tribus dont les caractéristiques peuvent se résumer en ceci :

1. ils voyagent beaucoup


2. ils sont très solidaires entr’eux
3. ils s’intègrent facilement dans le milieu où ils se trouvent
4. ils épousent facilement dans le milieu où ils vient.

Les Bamileke sont les premiers à lancer la bataille du développement à travers les
cotisations pour réussir de grands travaux : construction des écoles, des ponts…

Ils sont à la base de la tontine qui à ce jour, contrôle l’économie de Douala et qui a fini
par remplacer le système bancaire. L’initiative des Bamileke a eu pour effet de provoquer
l’imitation et l’émulation au sein des autres tribus.

Les autres communautés comme les BASSA qui étaient au départ des intellectuels, ont
appris à faire le commerce comme les Bamileke.

Les communautés se cotisaient régulièrement pour réaliser différents projets. Toutes


les initiatives venaient de la base, évitant ainsi au pays de contracter des dettes extérieures.

La tribu devrait donc être considérée comme une entité de sécurité collective en ce
sens qu’elle rassure beaucoup de choses qu’un seul individu ne peut réussir à lui seul.
24

La multitude des tribus devrait œuvrer dans le sens d’une grande solidarité, dans le
sens de l’unité, dans le sens de la création des moyens de vie, dans le sens de la création et du
partage du gâteau national ; car la force d’une communauté, c’est son unité, sa solidarité et sa
cohésion. Cette force, il faut la mobiliser constamment car elle est une force de promotion.
25

5. JUSTICE ET DROITS DE LA PERSONNE


HUMAINE AU MANIEMA
Par KATAKO OKENDE

INTRODUCTION

- Parler du fonctionnement de l’appareil judiciaire et de l’état des droits de


l’homme au Maniema, me paraît sans intérêt si je n’évoquais les causes profondes du
fonctionnement anormal et irrégulier du système social global Zaïrois et des violations
massives et répétées des droits et libertés reconnus à la personne humaine dans notre pays.

- Sans avoir besoin d’un discours particulier tout le monde sait, en effet, que la
justice est malade au Zaïre et que les droits de l’Homme y sont sans cesse massacrés.
Le Maniema, notre chère Région, ne fait pas exception.

- Je me félicite d’avoir, bien que juriste, tourné le dos à l’école juridique. Plus
que l’exégèse, l’approche sociologique à laquelle je recours habituellement dans mes analyses
me permettra d’aborder mon sujet dans un contexte global qui vous permettra, je l’espèce,
d’établir des corrélations profondes entre, d’une part, la justice et les droits de l’homme et,
d’autre part, la tribu et le développement, thème de notre Colloque.

- Dans les deux parties que comporte mon exposé, je m’appesantirai donc autour
de ces quatre concepts.

PREMIERE PARTIE : GENERALITES

- Que l’on soit partisan de DARWIN ou de la Bible, une évidence semble


s’imposer à tous : la famille constitue le point de départ de toute communauté humaine.

- Une famille, faite du père, de la mère et des enfants engendre plusieurs autres
familles qui formeront un clan. Plusieurs clans constituent une tribu.

- Famille, clan et tribu sont des petits groupes de parenté où le pouvoir ne repose
Que sur les liens de sang.

- Dans ces groupements dits villageois, domestiques, segmentaires, ou


fragmentaires, la régulation des relations sociales et le règlement des conflits s’opèrent à
travers des mécanismes tels que l’arbitrage du chef de famille, la médiation entre familles, le
contrôle immédiat (opinion publique), la menace des sanctions surnaturelles et les vedettes.

- La norme de référence de tous, c’est la coutume ancestrale.

- Les avantages de la vie conduisent, cependant, des groupes domestiques à


cohabiter avec d’autres groupes domestiques voisins.

- La fusion de ces différents groupes domestiques jadis étrangers les uns aux
autres et vivant en vase clos, constitue le début de la société globale.
26

- Il s’agit d’une société polységmentaire où s’intègrent plusieurs groupes


culturellement hétérogènes. On l’appelle aussi société politique, cité ou société civile.

- Le caractère hétérogène de la société civile commande l’adoption des nouvelles


règles du jeu social afin d’établir entre divers groupes et divers individus des relations de
coopération et de compétition de type nouveau, fondés non plus sur des liens naturels de
consanguinité mais sur des liens artificiels, sociaux.

- La nouvelle norme de référence sera, non plus la coutume ancestrale, mais la


loi établie par le pouvoir constituait originaire.

- L’union faisant la force, les diverses communautés villageoises rassemblées


dans la société nouvelle rendent, à coup sûr, celle-ci plus créatrice, au préalable, l’inclusion
sociale.

- On cite à titre d’exemple, l’Europe où, très tôt, des groupements humains se
sont, par des conquêtes violentes, constitués en entités politiquement et culturellement
unifiées.

- L’empire de Charlemagne, les différents royaumes et les seigneuries féodales


ont, en tout cas, provoqué un important brassage des clans et tribus.

- De ce brassage naîtront des grandes idéologies laïques qui décréteront les


révocations bourgeoises ainsi que l’industrialisation rapide et à grande échelle de l’Europe.

- Provoquant, à son tour, une grande mobilité des populations, l’industrialisation


va parachever l’édification des Etats-Nations en émancipant les individus tant vis-à-vis des
forces mystico-religieuses que vis-à-vis des groupes parentaux.

- Placé seul face à son destin et devenu, par ce fait, un véritable PROMETHE,
l’Europe s’envolera allégrement vers la conquête de l’univers.

- Tout au long de sa lutte pour la recherche de son bonheur, il réalisera que tout
être humain tient de la nature un certain nombre de facultés qu’il doit être libre d’exercer.

- Dans la vie en société, chaque personne, pour obtenir l’exercice libre et


légitime de ses facultés, doit se reconnaître dans ses semblables. De cette réciprocité
nécessaire résulte, entre les hommes, la double relation des droits et des devoirs.

- Face à l’absolutisme des Rois et Empereurs, une lutte âpre sera menée par la
conquête des droits et libertés de la personne humaine.

- « Magna carta » (1215), « Edit de Nantes » (1598), « Petition of wrights »


(1628), « Hadeas carpus » (1679), « Déclaration des droits » (1689), « Déclaration des droits
de Virginie » (1776), « Déclaration d’indépendance américaine » (1776), « Déclaration des
droits de l’Homme et du Citoyen » (1789)… constituent la parfaite illustration de cette noble
lutte.

- C’est que, de l’avis de la majorité, l’être humain doit exercer librement ses
facultés reçues de la nature pour faire éclater son génie au profit de la collectivité.
27

- Les droits à la vie, à la liberté, à la sécurité de sa personne, au respect de sa vie


privée de même que le droit au travail, à un salaire équitable, à la sécurité sociale, à la santé et
à l’éducation, seront reconnus à la personne humaine dans différents Etats européens (et
américains), d’abord, et par la communauté internationale, ensuite.

- Le jeu politique auquel font participer ces droits et libertés et commandés à la


normalité collective produite par des valeurs communes acquises par le fait de l’histoire.

- Intériorisant cette normalité collective, les individus s’identifieront à la


collectivité et à ses prescriptions. Par cette intériorisation, la société parvient donc à faire de
chacun de ses membres la conscience vivante d’elle-même, le gendarme de l’ordre établi.

- Un NOUS large est alors debout pour traduire cette identification entre l’ordre
établi et la grande masse des gouvernés.

- Il s’agit alors, affirment les systémistes, d’une société auto-réglée où, à la


faveur de l’inclusion sociale, les gouvernés parlent en termes de NOUS incluant gouvernés et
gouvernants et où tous les citoyens mettent leur vie en jeu pour, en auto-gendarme, défendre
l’ordre établi.

DEUXIEME PARTIE : LE MANIEMA

- L’histoire du Maniema est indissociable de celle du Zaïre, celle du Zaïre


indissociable de celle de l’Afrique noire.

- L’Afrique noire a, du fait de la cosmologie de ses habitants, longtemps évolué


dans les structures villageoises. C’est autour du 12ème Siècle que semble se généraliser le
processus de son évolution vers des grands ensembles politiques.

- Hélas, ce processus n’est pas arrivé à maturation car, déjà à la fin du XVème
Siècle, commence la phase de son invasion.

- L’esclavage et la colonisation finiront, en dépit des guerres de résistance


héroïques menées, notamment, par NGONGO LUTETE, CHAKA, SAMORY TOURE et
autres MSIRI, pour arrêter la dynamique de nos sociétés traditionnelles.

- Les NOUS supra-tribunaux en formation ici et là n’auront guère eu le temps de


mûrir.

- Regroupées dans des frontières arbitrairement tracées par la conférence de


Berlin, ces sociétés traditionnelles perdront l’initiative de leur histoire. Elles feront l’objet
d’une des régulations extra-sociétales, cessant, par le fait même, d’être des sociétés auto-
réglées.

- La religion catholique et les lois édictées par la Belgique deviendront des


normes de référence en lieu et place des coutumes ancestrales.
28

- Une grande partie du Maniema subira, à partir de 1860, l’influence arabe et de


l’Islam.

- Avec la Charte coloniale de 1908 organisant l’indigénat et l’ordonnance du 14


mai 1886 soumettant les différends opposants les autochtones aux coutumes locales de ces
derniers, le clan et la tribu seront sublimes et le cloisonnement du peuple colonisé
scientifiquement entretenu.

- En effet, en l’absence d’une identité globale des autochtones, chacun de ceux-


ci se confinera dans sa petite identité et se définira par elle. De sorte que le Congo-Belge
n’aura été, de bout en bout, qu’une association de clans et tribus juxtaposés. Il n’avait de
société globale politique que les apparences.

- Cet édifice tiendra à la faveur de l’impressionnant encadrement coercitif qui ne


laissera aucune initiative à l’autochtone : interdiction de lire des imprimés, de voir des
spectacles réservés aux Européens, d’émettre librement ses opinions, de se réunir ou de se
déplacer sans l’autorisation du pouvoir colonial…
Quiconque transgresserait ces interdits était lynché en tout cas, sérieusement
puni

- Il s’agit, comme on le voit, d’un système d’écrasement total des droits et


libertés de la personne humaine.

- Bien plus, on est, dans ce système d’exploitation et d’oppression, loin d’une


société auto-réglée où gouvernants et gouvernés parlent le même langage et partagent une
communauté d’intérêt.

- Ce système prendra formellement fin le 30 juin 1960 à la faveur du processus


de décolonisation initié par les Nations-Unies sous l’impulsion des U.S.A. et de l’U.R.S.S.

- Hélas, la déstructuration – restructuration requise par ce processus de


décolonisation ne s’opèrera pas ; à travers des forces locales de relais, le statu quo ante sera
maintenu.

- La gestion de l’ « indépendance » acquise sera des plus malheureuses :


mutineries ; sécessions, coups d’Etat, cascade de gouvernements anti-constitutionnels et anti-
démocratiques, violation massives des droits et libertés de la personne humaine.

- Le Congo indépendant (devenu Zaïre) était malade de ses cadres. Que pouvait-
on d'ailleurs attendre des anciens auxiliaires des administrateurs coloniaux alors que,
conformément à la devise de la Belgique – « pas d’élite pas d’ennuis » - le pays comptait
moins de dix universitaires.

- Le coup d’Etat militaire du 24 novembre 1965 freinera, certes, les processus


désagrégateur et relancera l’effort productif, mais les dérapages et la « zaïrianisation »
provoquera un « sauve qui peut » généralisé qui va systématiquement saccager le pays.

- Couvert par l’impunité consécutive ou durcissement du pouvoir (en face de


graves problèmes, le pouvoir a toujours tendance à s’hypertrophie), les hauts cadres de l’Etat,
recrutés dans une certaine clientèle, confondront les biens publics avec leurs affaires propres.
29

- L’appauvrissement du grand nombre (c’est-à-dire du peuple) sera inversement


proportionnel à l’énormité des fortunes accumulées par les gestionnaires publics et les
dignitaires de l’Etat.

- S’ensuivra une terrible inversion des valeurs, la nouvelle génération politique


et la population considéreront désormais comme modèle à suivre l’homme politique qui, en
un temps record, arrive à accumuler villas, grosse cylindrées dernier cri, harem de « deuxième
bureau ».

- La dégradation de la condition du citoyen zaïrois atteindra des proportions


hyperboliques sous la transition avec sa cohorte de malheurs : effondrement des cours du
cuivre, effondrement de l’outil de production de la GECAMINES, arrêt de la coopération
internationale, impaiement des traitement des fonctionnaires et agents de l’Etat, grèves
illimitées, « villes mortes », « pays mort », pillages…

- Dans cet environnement, des opportunités revêtues des chapeaux de militants


radicaux accéderont au pouvoir, dans le seul but de se sérier, davantage pour rattraper le
temps perdu et se constituer des réserves pour les prochaines échéances électroles.

- L’appauvrissement de la majorité sera tel que le repli aux solidarités claniques,


tribales et régionales constituera la meilleure voie et de salut. D’où la flopée d’association et
partis politiques à base parentale actuellement en vogue.

- Comment fonctionne la justice dans ces conditions au Maniema ?

- C’est comme dans l’ensemble du pays.

- Mal payés et aigris, les magistrats ont cessé d’être apolitiques pour devenir des
chantres du changement. On se souviendra ici de certaines « dispositions constitutionnelles
relatives à la période de transition » adoptées par la « C.N.S. » et reconnues comme loi par la
Cour Suprême de Justice alors qu’elles n’avaient été ni publiées au journal officiel de la
République du Zaïre ni promulguée par le Chef de l’Etat.

- Au Maniema, le militantisme débordant des magistrats n’est pas toléré par


l’autorité politico-administrative régionale qui déclare certaines d’entre eux « personae non
gratae » dans sa juridiction et les expulse manu militari.

- Amputé de magistrats, les cours et tribunaux cessent de siéger, spécialement en


matière répressive où le nombre de trois juges est requis.

- Le parquet, quant à lui, tournera au ralenti : les détentions des prévenues ne


sont pas régularisées, les cachots et lieux de détention ne sont plus régulièrement inspectés…

- La recherche active des infractions et leur répression par le Ministère Public et


ses auxiliaires de la Police Judiciaire ne préoccupe personne. Seul compte le rançonnement
des justiciables pour la survie.

- Et l’état des droits de l’Homme dans tout cela ?


30

- Il n’y a pas de commentaires à faire, tout le monde sait qu’au Maniema, les
arrestations et détentions arbitraires sont légion, les violations des droits de la personne
humaine systématiques.

Elles sont surtout l’œuvre des autorités politico-administratives locales, des


agents des services de renseignements de l’Etat et des éléments des Forces Armées.

- Plutôt que d’éduquer civiquement les populations et de vulgariser les droits de


l’Homme, les associations des droits de l’Homme opérant au Maniema passent tout leur temps
dans les dénonciations.

Conclusion

- Le système politique post-colonial zaïrois se trouve, dès l’aube de


l’indépendance, marqué par un dysfonctionnement criant. Aujourd’hui, il est en état de quasi-
arrêt qui entraîne l’ensemble sociétal dans la dérive, tant il est vrai que l’instance politique
constitue le centre d’impulsion, de coordination et de contrôle de toute la société.

- Il faut réhabiliter l’appareil politique pour sortir le pays du gouffre.

- La lutte doit se mener au niveau du pays et du Maniema. Dans ce cadre, le rôle


de l’élite consiste principalement du grand nombre, c’est-à-dire la masse des gouvernés, qui
sont les demandeurs des décisions de l’instance politique.

- Comme on le sait, les gouvernés doivent aider les décideurs à bien décider et
s’ériger en garde fou pour prévenir des dérapages éventuels de la part de ces derniers car, dit-
on, le pouvoir enivre.

- La société ne sera en équilibre que lorsque le système politique (décideurs) et


l’environnement (demandeurs de décisions) jouent, chacun, correctement son rôle.
L’environnement intra-sociétal (le peuple souverain) ne peut réellement jouer son rôle qu’en
prenant conscience de celui-ci. Et c’est à nous, GRADEMA et GRISM que revient cette
tâche de conscientisation de nos masses. Le mal est très profond, il faut aller vite.

Merci de votre attention.


31

6. LA RESURGENCE DES MUTUALITES TRIBALES


AU MANIEMA.
(Texte non présenté en plénière)

La composition ethnique de la Région du Maniema signale quelques grands groupes


qu’on peut classer dans l’ordre d’importance suivant :

- Les Lega
- Les Bija Sud ou Wazimba
- Les Kumu
- Les Bangubangu
- Les Bakusu
- Les Nonda
- Les Bahemba
- Les Basongye
- Les Basongola ou Bija Nord
- Les Bangengele
- Les Mamba-Kasenga
- Les Bakwange
- Les Bagenya
- Les Bazura
- Les Babuyu
- Les Balanga
- Les Baombo
- Les Babira.

Dans le cadre de la division administrative du Maniema, certains territoires ont


l’avantage d’être habités par des groupes presque homogènes ; ce qui leur donne une
harmonie ethnique facile et moins de clivage. C’est les cas de Kibombo, Lubutu, Pangi,
Kabambare et, dans une moindre mesure, Punia.

Cependant, depuis trois ans, on remarque sur l’ensemble de la Région, une forte
résurgence des mutualités tribales. Citons-en les plus importantes et les plus en vue :

1. ADERKISAL : Alliance ou Association des ressortissants de Kibombo-Samba ou et


Sankuru, de Lubunda et/ou de Lubefu.

2. EPHENGA : Mutualité des originaires du Nord du Maniema pour la défense de


Bakumu.

3. LOKOTCHI : Mutualité des Binja Sud.

4. LUUSU : Mutualité des Lega.

5. MUWAKI : Mutuelle de Wakwange et de Wagenya.

6. MURESKAB : Mutualité des ressortissants des Kabambare.


32

7. KIMPANGI : Mutualité des originaires des Régions de Bandundu et du Bas-Zaïre.

8. MONANO : Mutualité des originaires de l’Equateur.

9. MUHAUZA : Mutuel des originaires du Haut-Zaïre.

10. BAKANA : Mutualité des commerçants bashi du Sud-Kivu..

11. MURENO : Mutualité des ressortissants de Nonda.

12. MUKA : Mutualité unies de Kasongo, etc.

Dans leur fondement, les mutualités visent l’identification des membres du groupe, la
promotion et la défense de leurs intérêts et la sécurisation des membres, des adhérants face
aux problèmes matériels et culturels de la vie courante.

Au départ, l’aspect d’assistance en cas de malheur ou de bonheur a prévalu sur la


défense des intérêts du groupe. Avec l’accentuation de la politique du retour des originaires
dans leur milieu d’origine, les mutualités ont tendance à devenir des organes de combat pour
la défense des intérêts régulièrement les divergences liées au positionnement de tel ou tel
leader.

Deux cas peuvent illustrer ces faits :

La bataille pour la direction de l’ADERKISAL en 1985 entre un originaire de


Kibombo-Matapa, Mukusu des FPC et un originaire de Kailo, Mungengele de l’URD-
USORAL.

A cause de cette bataille, l’ADERKISAL a connu un flottement dans la mesure où


certains membres s’alignent derrière l’un ou l’autre leader.

La création des mutualités unies de Kasongo, est une recherche d’unification des
membres des mutualités des groupes minoritaires de Kasongo incapables de se mouvoir
comme le LUKOTCHI, l’ADERISAL (avec les Benya Samba) et désireux de défendre les
intérêts de Kasongo par une seule voix. En réalité, cette situation résulte d’une volonté de
manipulation de forces sociales et politiques par des hommes politiques incapables de
l’exprimer à travers les mutualités tribales soit qu’ils ne sont pas acceptés (cas de certains
membres de LUKOTCHI originaires de MULU) soit qu’ils s’opposent à d’autres originaires
de Kasongo qui appartiennent à des mutualités inter-zones, cas des membres d’ADERKISAL.

D’un point de vue politique, la résurgence des mutualités tribales est un signe
révélateur de l’échec de l’encadrement des populations urbaines par les structures de l’Etat-
Nation.

En effet, à cause de la carence du soutien, de l’assistance et de la sécurité de l’emploi


salarié en milieu urbain, les individus recourent aux relations de consanguinité pour retrouver
une protection que les structures étatiques n’offrent plus. C’est un constat d’échec de
l’organisation de la vie dans l’Etat moderne.
33

Sur le plan des rapports entre les groupes ethniques, les mutualités tribales constituent
une menace réelle à l’harmonie sociale au Maniema dans la mesure où chaque groupe a
tendance à revendiquer une place au soleil dans les fonctions publiques sans se soucier le
moins du monde des critères objectifs susceptibles de contribuer au développement de la
Région par le choix des candidats qualifiés, compétents et honnêtes.
Les leaders des mutualités se transforment en parrains des membres de leurs groupes
qu’ils font parachuter dans les fonctions publiques ou même leur qualification ne leur donne
pas droit. Par souci de dosage ethnique et l’équilibre entre les groupes ou même par peur de
parrains d’autres groupes adverses, des fonctions publiques sont abandonnées entre des mains
peu sûres. Hélas, en défaveur du développement du Maniema.
Par ailleurs en cette période pré-électorale, comme la plupart des leaders tribaux ou de
parrains des groupes sont à la recherche d’une base électorale pour l’acquisition d’un mandat
électif, leurs faveurs sont plus orientées vers les membres de leurs groupes tribaux qui
constituent leur base naturelle.
Il en découle un déséquilibre criant et dangereux dans l’accession et la distribution des postes
de fonctions publiques. D’où des rivalités entre leaders du Maniema pour accéder à des
fonctions qui permettent de casser les leurs et de constituer des bases électorales sûres et
certaines. On est loin de la période où on ne comptait que l’appartenance au Maniema pour
être défendu par un autre fils du Maniema haut placé.
Quant aux mutualités des non-originaires du Maniema, elles constituent des réseaux de
retrouvailles, d’identification et d’autodéfense des ressortissants d’autres Régions implantés au
Maniema, face au séparatisme Régional renforcé par la politique du retour des originaires chez eux.
La résurgence des mutualités tribales révèle l’échec de la politique d’unité nationale
mythique entre les membres de trois grandes composantes ethniques (les uns et les autres se
considèrent comme des Bayomba, c’est-à-dire oncles) l’entrée en troisième République risque
de se passer en ordre dispersé avec la réduction des leaders politiques en représentants des
groupes ethniques qui sur le plan national ne sauront pas défendre valablement tout
l’ensemble du Maniema ; il en résultera des frustrations qui peuvent être à la base d’une
volonté de se détacher du Maniema comme c’est le cas aujourd’hui des zones du Nord (Punia
et Lubutu) tant que des leaders locaux soit par incompétence soit par manque de relations ne
parviennent pas à promouvoir les leurs comme leurs collègues des autres mutualités.
Il est souhaitable qu’un consensus se dégage pour favoriser l’émergence équilibrée et
proportionnelle à la population de chaque territoire des cadres du Maniema.
La première possibilité consiste à créer une banque des données des cadres du
Maniema, la seconde est d’établir un tableau synoptique et comparatif des cadres par territoire
du Maniema, et la troisième, c’est de réaliser un dosage en tenant compte de critères objectifs
de compétence d’honnêteté. L’harmonie inter-ethnique du Maniema est à ce prix.
Enfin, quant aux membres des mutualités des non-originaires du Maniema, tout en se
soumettant aux lois du pays, ils doivent être sous le coup du jugement et de l’appréciation
communautaire sur base des critères objectifs, au lieu de brandir la xénophobie comme source
de tout jugement négatif porté sur leur action en tant qu’agents de l’Etat ou de services privés
oeuvrant au Maniema.
Fait à Kinshasa, le 25 janvier 1996
Pasteur ISAYA MAKUNGU MANGOZI
Chef des travaux à l’IPN et Vice-Gouverneur
De la Région du Maniema
34

7. TEMOIGNAGES RECUEILLIS
I. CARTE POSTALE DE LA REGION DU MANIEMA

Le MANIEMA, l’une des onze Régions du Zaïre, a une superficie de 133.000 km² (18
fois plus petit que le Zaïre) et une population de ± 1.200.000 habitants, soit 9 habitants aux km².

Il est situé entre 24° 30’ et 28° longitude Est et 0° 15’ et 5° latitude Sud. C’est une
zone des plateaux et de la cuvette centrale. Son altitude est de 600 m au-dessus de la mer.

Il possède un climat équatorial humide. Ainsi, il est couvert dans sa grande partie
d’une forêt équatoriale (le Nord, l’Est et le Centre) et d’une savane occupant le Sud-Est et le
sud-Ouest.
Le sol est varié et les sous-sol est très riche (or, diamant, …). Il a un réseau hydraulique très
riche. Le fleuve Zaïre qui le traverse du Sud au Nord a plusieurs affluents : à gauche : Lueki,
Lowe, Kasuku, Lomami … ; à droite : Elila, Ulindi, Luama.

Le Maniema est limité :

- au Nord par la Région du Haut-Zaïre,


- à l’Est par les Régions du Nord-Kivu et Sud-Kivu,
- au Sud par les Régions du Kasaï et du Shaba,
- à l’Ouest par la Région du Kasaï Oriental.

Avant 1993, le Maniema faisait partie de la Province Orientale (Haut-Zaïre). De


janvier 1933 en août 1962, il appaertenait à la Province de Constermansiville (Kivu) et avaient
le statut de District avec ses 7 territoires (au Sud Kabambare, Kasongo, Kibombo ; au Cnetre
Pangi et Kindu ; au Nord Punia et Lubutu). En 1962, il accéda au statut de Province qu’il
perdra en 1967 par sa réintégration à la Région du Kivu. C’est lors du découpage de la Région
du Kivu de 1989 par les autorités du pays que l’actuelle Région du Maniema a vu le jour.

Que signifie « Maniema » ?

De l’avis de tous les explorateurs et ethnologues, le Maniema tire son origine de la


grande forêt vierge qui le couvre et il signifie « Pays de la forêt mystérieuse et obscure » ; non
pas « Pays mangeur d’hommes » comme disent les méchantes langues.

Le Maniema fut occupé dès pléistocène supérieur (+ 1 million d’années av. J.C.)
jusqu’au milieu du 2ème millénaire après J.C. (15ème siècle de notre ère) par les hommes
préhistoriques, entre autres les pygmées.

Les populations actuelles du Maniema sont issues des métissages profonds entre les
pygmées et les Bantous émigrants venant du bassin de BENOUE au Sud du Tchad actuel :

- Les 1ères populations venues de l’Est à s’y installer vers le 15ème siècle sont les
Vieux Bantous : le BAKUMU, WALENGOLA, WAREGA et BABEMBE. Ils occupèrent la
Région comprise entre Lualaba et les Grands Lacs.

- Les populations venues de l’Ouest et du Nord étaient constituées des Mongo


orientaux (BATETELA, BAKUSU, BANKUTSHU, BASONGO-MENO). Il y eut d’abord
35

avant 1600 an av. J.C. les WASONGOLA (Babinja-nord), BANGENGELE, BALANGA et


OMBO ; puis les BAKUSU (Aluba, Ankutshu, Bahina, Bakongola, Matapa, Benya-Lubunda).
Ces populations se fixèrent entre Lualaba et Lomami.

- Enfin, le Sud du Maniema fut occupé progressivement par des populations


venues du Shaba (KATANGA), soit d’origines Luba-Hemba, soit apparentées à elles, soit
acculturées par les Baluba.

La 1ère poussée migratoire était constituée des BASONGE, suivis de WAZULA,


WAGENIA, BALUNGU (tous apparentés aux Baluba) WAZIMBA (Babinja-Sud) et
MAMBA.

La deuxième vague survint un peu plus tard constituée des Balubaïsés : KASENGA,
NONDA, BAKWANGE.

La troisième vague est hétérogène et comprenait des BABUYU, BANGU-BANGU,


BAHOMBO et BENA MIKEBWE.

Le Maniema a connu dans les siècles derniers la « Traite des Noirs » organisée par les
Arabes (Tipo-Tipo, Mwinyi Muara, Sefu, …), d’où le Maniema est swahiliphone. La
pénétration économique et missionnaire au Maniema date du début de ce siècle. En 1903,
construction de chemin de fer, en 1907 les Pères du St Esprit fondèrent la Mission Catholique
à Kindu : écoles primaires, écoles candidats commis 1929, école moyenne 1948. Collège
1959…

Les Méthodistes fondèrent en 1921 la Mission Protestante à Tunda, et, en 1954 à


Kindu.

Du côté de la rive droite du fleuve Zaïre, les Pères blancs fondèrent aussi des Missions
Catholiques. Les Missionnaires Suédois sont venus en peu plus tard pour créer des missions
protestantes. Les sociétés minières s’installèrent (Cobelmines, Cimétain… aujourd’hui
fondues dans la SOMINKKI).

Aujourd’hui le Maniema est une Région enclavée. Son Chef-Lieu est Kindu. Il a 7
zones rurales (Kasongo, Kailo, Pangi, Kabambare, Punia, Kibombo, Lubutu) et 3 zones
urbaines (Kasuku, Mikelenge et Alunguli).

Les infrastructures, équipements et services des centres urbains et des agglomérations


rurales sont partout déficients et dans un état de vétusté avancée.

Le réseau routier, hier très étendu, est aujourd’hui dans un état de détérioration
avancée. Les liaisons entre le centre urbain et les autres agglomérations sont difficiles et
aléatoires voir même impossibles, à cause d’effondrement des ponts, éboulements, érosion, …
Seuls moyens à utilisés : marche à pied, vélo, moto…

Le transport fluvial manque d’embarcations ; seuls les piroguiers aident la population à


se déplacer.

Le réseau ferroviaire Kindu-Kabalo (Shaba) dispose des matériels et d’installations


obsolètes ; gares et voies très anciennes.
36

La situation socio-sanitaire est déplorable. L’eau potable de la Régideso ne dessert que


Kindu, les autres agglomérations et les populations rurales s’approvisionnent directement
dans les rivières, fleuves, sources non aménagées.

Le potentiel hydro-électrique est sous exploité. La SNEL n’alimente que Kindu et


Kasongo en électricité des groupes électrogènes et thermique. Les centres miniers de Sominki
sont alimentés par les centrales hydro-électriques.

Le réseau de santé présentait en 1989 : 8 zones de santé, 9 hôpitaux de référence et 51


centres de santé : aujourd’hui, la situation est pitoyable : les maladies endémiques (paludisme,
trypanosomiase, sida…). Mais l’état nutritionnel de la population est relativement bon. Le
taux de croissance de la population était de 3,3 en 1988. Le taux de scolarisation en primaire
est élevé, peu en secondaire et très faible au supérieur.

Le Maniema produit : manioc, maïs, arachides, millet, huile de palme, café robusta,
coton… (bois), … et produits miniers (or, étain, wolframite, tantalite, diamant…).
37

II. SYNTHESE DES TEMOIGNAGES

Méthodologie

Pour réaliser cette enquête, nous avons au préalable procédé à l’identification des
témoins originaires ou non du Maniema.

Pour les originaires du Maniema, les critères de sélection reposaient sur la zone
d’origine, l’appartenance politique et religieuse, ainsi que leadership au sein des mutuelles.

Pour les non originaires, nous avons tenu compte de leur expérience vécue au
Maniema dans tous les secteurs de la vie (publique ou privée) lors de leur séjour au Maniema.

Tous ces témoins ont été groupés en trois catégories, à savoir :

1° Les leaders politiques ;


2° Les leaders des groupes ethniques ;
3° Les techniciens et autres.

Un questionnaire unique leur a été soumis par une seule et même équipe d’enquêteurs.

LISTE DES INTERVIEWES


1° Léopold LUMANGAMANGA, membre du Haut Conseil de la République, Député de
la Zone de Punia depuis 1982, originaire de la Zone de Punia ;

2° Gustave TEZA OLEA, Ancien Secrétaire Provincial du Maniema de 1960 à 1964,


Ancien membre du Comité Central du MPR, leader ethnique Wasongola ;
3° SANGWA SI MAKUMBI, membre du Haut Conseil de la République, Député élu de
la Zone de Kabambare en 1987 ;

4° Pierre SELEMANI MWANA ILE, Ancien Ministre, Ancien PDG, Administrateur de


SIZARAIL, originaire de la Zone de Kasongo.

5° Prof. ONYEMBE PENE MBUTU, Ancien Ministre, Ancien PDG à l’INERA,


Président de la MUBAKIN (Mutuelle de Bakusu de Kinshasa), membre du Haut
Conseil de la République, originaire de la Zone de Kibombo ;

6° Joseph BENDERA, Ancien Secrétaire Général a.i. au Ministère de la Justice, Ancien


Gouverneur du Maniema, originaire de la Zone de Kabambare ;

7° Thomas WETSHI, Directeur à la BZCE, originaire de la Zone de Kibombo ;

8° TWAYIBU YEBE, membre de l’UNADEF, originaire de la Zone de Kibombo ;

9° KISANGA KABONGELO, Ancien Député, Ministre du Portefeuille, originaire de la


Zone de Pangi ;
38

10° AMURI TOBAKOMBE « DAITO », Directeur Général du Centre National


d’Expertise (CNE), originaire de la Zone de Kasongo ;

11° Aubin NGONGO LUWOWO, Ancien Député, Ancien Ministre, membre du Haut
Conseil de la République, originaire de la Zone de Kibombo ;

12° OMARI LEA SISI, Ancien Député, Gouverneur du Maniema, originaire de la Zone de
Kasongo ;

13° Pierre LUMBI OKONGO, Ancien Ministre, originaire de la Zone de Kibombo ;

14° Baudouin KABISI, Ancien Ministre, originaire de la Zone de Kibombo ;

15° Colonel KAPEPA, Ancien Commandant de Région Militaire, originaire de la Zone de


Kasongo ;
16° Dr. MUTOMBO, Ancien Médecin Inspecteur du Maniema, originaire du Kasaï-
Oriental ;
17° Pharmacien MUMBUTSHI, Ancien pharmacien Gérant de la Cophaza/Kindu,
originaire de Bandundu ;

18° Bernard KABEYA NTOKAMUNDA, Ancien Secrétaire Particulier du Gouverneur


TSHALA MWANA, originaire du Kasaï-Oriental ;

19° Prof. MUTUZA KABE, Ancien Ministre, originaire de la Zone de Pangi ;

20° Crispin OSAKO, membre du PDSC, originaire de la Zone de Kibombo ;

21° KITHIMA bin RAMAZANI, Ancien Secrétaire Général du MPR, originaire de la


Zone de Kibombo ;
39

Le fait que la Région du Maniema soit frontalière aux régions du Kasaï et du Shaba a fait dire
à plus de 90° des personnes interviewées que les événements qui se sont produits au Shaba en
1960 et en 1992 sont peu probant au Maniema en raison de :
- la convivialité des tribus
- l’hospitalité de la population du Maniema
- le nationalisme très marqué des filles et fils du Maniema
- l’acceptation des autres tribus originaires ou non de la région
- l’unité linguistique (Swahili)
- l’absence des tribus se déclarant dominantes ou supérieures.

Cependant, comme l’histoire se répète, il faut veiller à éviter l’émergence de :


- l’intoxication de la population véhiculée par les politiciens pour besoin de
positionnement
- la jalousie et la haine
- la frustration

Quant au phénomène « TRIBALISME », les avis sont partagés. Les uns l’attribuent
aux politiciens, aux intellectuels (Autorités académiques, etc.) qui incitent les tribus à
s’opposer les unes contre les autres. C’est le cas de l’Administration Régionale à Kindu, des
Instituts Supérieurs à Kindu et de l’Hôpital Général de Kindu.

Les autres estiment qu’il s’agit de la jalousie et de la haine qu’éprouvent certains


individus envers leurs frères ayant plus de moyens.

En général, au niveau de l’ensemble de la population, ce phénomène est inexistant.

A propos des CLIVAGES, les personnes interviewées ont soutenu :

- que le clivage politique et les divergences d’opinion sont très manifeste au


Maniema. Ils datent de l’époque coloniale, et ont été la base de l’hécatombe de 1964
(Rébellion). A l’heure actuelle, les politiciens tout en privilégeant l’intérêt régional dans leurs
souhaits, ils sont incapables de se dépasser pour mettre ensemble en toute sincérité, leurs
efforts et réussir une œuvre d’intérêt régional ;

- que le clivage religieux n’est pas manifeste. Les confections religieuses ne


jouent pas pleinement le rôle de mobilisateur de conscience et de promotion du
développement qu’on attendrait d’elles à cause des dissensions qui les caractérisent ;

- que les Autorités régionales et territoriales se mettent au dessus de leurs


convictions politiques. Bien qu’elles soient supposées détachées momentanément de leurs
partis politiques durant leur mandat, elles se comportent encore comme des actifs présidents
fédéraux de leurs partis, alors qu’on attendrait d’elles de jouer le rôle de rassembleur de toute
la population ;

Pour y remédier, les personnes interrogées ont préconisé :

- que ces genres de rencontres se multiplient, et à Kinshasa, et à Kindu ;

- qu’il soit organisé par les ONG un atelier de concertation entre acteurs
politiques afin d’aboutir à un pacte politique régional.
40

QUELQUES OBSERVATIONS
1° Le Nord du Maniema (Zones de Punia et Lubutu) se sent délaissé par les
Autorités de Kindu et leurs tribus ne se sentent pas intégrées dans la Région. C’est ainsi que
leurs richesses profitent à la Région du Haut Zaïre.

2° Quant à l’avenir du Maniema, tous sont optimistes moyennant quelques


préalables, notamment :

- la confiance, la solidarité, la sincérité entre tous les acteurs

- l’organisation et la prise de conscience collective

- l’adhésion de tous les acteurs politiques du Maniema à toute initiative


d’intérêt régional (SIZARAIL, TV, RADIO, etc.). En plus, pour une meilleure rentabilisation
de SIZARAIL, il faudra investir dans la production du bois (production industrielle). Sinon,
ce sera une expérience éphémère ;

- une politique régionale qui encourage le retour des cadres de la diaspora


au Maniema ;

- une concentration permanente entre les trois pouvoirs qui constituent la


base du développement du Maniema : le pouvoir religieux, le pouvoir politique et le pouvoir
économique.

3° La politique c’est l’art du groupe. Partant de ce principe, un constat se dégage :


le Maniema entre en démocratie en ordre dispersé. Il est déplorable que face aux enjeux du
futur, qu’il n’y ait aucun parti politique au sein duquel se reconnaissent la majorité des fils du
Maniema.

4° L’arrogance de l’homme du Maniema (« MANIAMA HAKUTOKE BOY ») et


la méfiance entre filles et fils du Maniema sont à la base de la désunion et de l’absence de
concentration permanente entre les leaders du Maniema.

5° On ne peut pas envisager le développement du Maniema sans envisager son


peuplement.

6° Pour prétendre à un mandat électoral au Maniema, l’on doit réunir les critères
suivants :

- être un vrai originaire du Maniema, c’est-à-dire avoir vécu au Maniema et


connaître le Maniema ;

- aimer le Maniema ;

- avoir la volonté.

Fait à Kinshasa, le 20 décembre 1995


41

III.2. LES ATELIERS

1. ATELIER ECONOMIQUE
Comme tous les autres ateliers, l’atelier économique s’est attelé à répondre aux deux
questions fondamentales du Colloque dans le domaine économique. La première question
consiste à dégager les causes qui expliquent l’échec de la Région du Maniema sur tous les
aspects économiques.
La seconde consiste à donner les remèdes appropriés à ces causes en vue de créer la richesse
et la prospérité économique.
Les causes de l’échec ont été relevées par secteur :

1.1. AGRICULTURE

- baisse de la production due au manque de reprise et de renouvellement des


exploitations agricoles par des agronomes qualifiés et/ou par des acteurs économiques
entreprenants ;

- l’exploitation n’est pas mécanisée et porte sur des cultures peu diversifiées et
sur des semences dégénérées ;

- l’exode rural soustrait des bras au secteur agricole et entraîne une forte
concentration de la population autour de l’axe du chemin de fer ;

- cette concentration se fait sur des espaces cultivables et ne permet pas à la


nature de se régénérer sur les espaces résiduels par le système de rotation des cultures et de
jachère ;

- manque de routes d’intérêt général et de desserte agricole ainsi que des ponts
(certains s’écroulent lors des passages des camions au tonnage supérieur à celui autorisé) ;

- inactivité manifeste de tous les services de l’Etat spécialisés dans les domaines
de l’agriculture.

1.2. MINES

La SOMINKI, qui est l’unité motrice du secteur industriel, est buté aux problèmes
suivants :

- vieillissement de l’outil de production ;

- rémunération du personnel démotivante du fait qu’il peut gagner plus en faisant


autre chose (trafic de l’or) ;

- manque d’engins de manutention ;

- difficultés d’évacuation de la production (rail et manque des bacs pour la


traversée du fleuve) ;
42

- les réserves en cassitérite ont diminué et l’Etat n’engage pas des prospections
géologiques pour trouver des réserves peu onéreuses dans l’exploitation ;

- fraudes généralisées sur toute la production ;

- le site de NAMOYA a fermé et les nouveaux actionnaires de la SOMINKI


semblent plus s’intéresser à la production de l’or qu’à la cassitérite qui devrait être le produit
principal ;

- certaines mines sont fermées et refus des reconversions des activités minières
qui se traduit par la fermeture des centres d’intérêts ;

- inexistence des comptoirs d’achat d’or qui entraînent la fuite vers le Haut
Zaïre, une grande production sur laquelle la Région ne perçoit pas de taxes ;

- les creuseurs d’or n’ont pas des comportements d’homo economicus ;

- la baisse d’activité de la SOMINKI a entraîné des effets néfastes sur toutes les
PME et PMI qui gravitaient autour d’elle en amont et en aval.

1.3. PECHE ET AGRO-ELEVAGE

- l’absence de coopératives de pêche a contraint la pêche à rester de type familial


et peu organisée dans l’ensemble ;

- absence du service de pisciculture familiale ;

- approvisionnement hypothétique en alevins dû à la rareté des centres


d’alevinage ;

- mauvaise localisation de ces centres d’alevinage tout au long des routes : en cas
de forte pluie, les eaux de ces centres se déversent sur les routes en les dégradant ;

- absence des services et laboratoires vétérinaires : l’agro-élevage est laissé aux


mains des quelques diocèses seulement.

1.4. FORET

- peu exploitée car le problème d’évacuation se pose ;

- certaines concessions ont été attribuées sans tenir compte des propriétaires
ancestraux de la terre (conflits fonciers) ;

- introduction d’une sorte de système de latifundia qui freine la production


agricole dans les concessions.
43

1.5. LEGISLATION ECONOMIQUE

- découragement des opérateurs économiques dû à la faiblesse de la loi


financière des Entités Administratives Décentralisées qui aboutit à sur-taxation et/ou au
chevauchement des taxes ;

- absence d’une volonté politique de développement qui se traduit par le manque


des programmes économiques dans le chef de toutes les Autorités politico-Administratives
(du sommet à la base de la hiérarchie).

1.6. TOURISME

- les sites touristiques sont encore gérés par l’administration de Bukavu et par les
responsables du gouvernement central ;

- les sites touristiques sont difficiles d’accès et non aménagés ;

- manque de sécurité des biens et des personnes ;

- la réputation de fierté de l’homme du Maniema fait qu’il répugne à s’abaisser à


rendre service à l’étranger.

1.7. SYSTEME BANCAIRE

- absence de la Banque de Crédits Agricoles ;

- absence des liquidités dans les seules Banques qui existent (Banque
Commerciale Zaïroise et CADEZA).

1.8. INFRASTRUCTURES DE BASE

a. ENERGIE

- absence d’une centrale hydro-électrique capable de couvrir l’essentiel des


besoins ;

- la fourniture de l’énergie électrique aux particuliers est assurée de façon


irrégulière par la SOMINKI ;

- les centrales thermiques sont butées aux problèmes d’entretien,


d’approvisionnement en carburant, lubrifiants et autres câbles électriques ;

- existence d’un réseau limité de la REGIDESO ;

- le faible revenu de la population ne lui permet pas de payer les factures de la


REGIDESO ;
44

- plusieurs bornes fontaines ne sont pas entretenues et son abandonnées quand


des villages entiers changent de site ;

- l’absence des services de ZAIRE-SEP a des répercussions fâcheuses sur la vie


des PME et PMI.

b. ROUTE

- le manque des financements et la forte pluviométrie dégradent les routes ;

- aversion de la population vis-à-vis des agents de l’OFFICE DES ROUTES qui


sont tenus pour responsable de la non réfection des routes ;

- manque de plusieurs ponts ;

- le transport terrestre devient aléatoire par manque des routes et des véhicules ;

- le transport fluvio-lacuste n’est pas assuré par manque des bacs

c. CONSTRUCTIONS IMMOBILIERES

- timide apparition de la brique cuite ;


- absence de ciment ;
- les originaires habitant KINSHASA répugnent à construire dans la Région ;
- les écoles et les hôpitaux (centres de santé), sont délaissés faute d’animateurs
(enseignants du primaire et du secondaire et personnel soignant) et d’approvisionnement en
fournitures scolaires et médicales.

d. TELECOMMUNICATIONS

- le système de télécommunication public pratiquement inexistant et l’envoi de


l’argent est souvent détourné par des agents malhonnêtes.

e. ADMINISTRATION PUBLIQUE

- le manque de stabilité des agents ne peut leur permet pas de percevoir les taxes
en quantité suffisante afin de doter l’administration des moyens de sa politique ;

- l’administration n’est pas structurée (clientélisme dans les nominations) de


manière à devenir une administration de développement où chaque cadre doit produire son
plan d’actions en accompagnement d’un projet de budget réaliste ;

- l’administration publique manque à sa tâche d’inculquer à la population une


culture des gens qui s’acquittent eux-mêmes de l’impôt ;

- manque des statistiques fiables en toute matière dans les différents domaines.

De même que les causes de l’échec du MANIEMA ont été relevées secteur par
secteur, les remèdes à y apporter subiront les mêmes traitement.
45

Les remèdes à apporter aux causes ci-haut rappelées sont les suivants :

1.1. AGRICULTURE

- renouveler les semences et intensifier la formation et l’encadrement des


moniteurs agricoles ;

- créer des conditions socio-économiques attrayantes dans les centres coutumiers


afin de fixer la population et lui permettre d’acquérir en moindre frais les outils appropriés ;

- restaurer l’autorité du chef coutumier ;

- procéder à une bonne politique de distribution des terres dans les zones à forte
concentration humaine en vue de sauvegarder la fertilité du sol ;

- renforcer les coopératives de production et mener les dernières démarches pour


l’ouverture effective de la Banque de Crédit Agricole ;

- en ce qui concerne les routes d’intérêt régional, il y a lieu de les réhabiliter


grâce aux services compétents (intervention mécanisée) appuyée par un cantonage là où c’est
possible. En ce qui concerne les routes de desserte agricole, il y a lieu de les réhabiliter par le
système de cantonage dans les zones encore peuplées en s’appuyant sur les ONG sur terrain
pour l’approvisionnement en outils de travail des cantonniers ;

- imaginer un droit de péage sur les routes fréquentées afin d’entretenir et de


réhabiliter les ponts ;

- re-dynamiser et motiver les services de l’Administration Publique spécialisés


dans le domaine de l’agriculture ainsi que les domaines connexes ;

- renforcer la lutte anti-alcoolique.

1.2. MINES

- aider la SOMINKI par tous les moyens possibles et imaginables à reprendre


l’exploitation de la cassitérite dans la perspective d’une nouvelle politique sociale de sorte que
touts ces activités profitent d’abord au bien-être de la population du MANIEMA ;

- reprendre les recherches géologiques ;

- combattre la fraude sous tous ses formes ;

- ouvrir des comptoirs d’or et relier le Nord au Centre par l’aménagement d’une
route incitant les creuseurs du Nord de se tourner vers KINDU ;

- continuer à éduquer les creuseurs et les encadrer afin qu’ils investissent leurs
capitaux dans des activités économiques ;

- mener les démarches appropriées pour la construction d’au moins une centrale
hydro-électrique pour l’épanouissement des PME et PMI.
46

1.3. PECHE ET ELEVAGE

- réorganiser les coopératives de pêche ;

- renforcer le contrôle des techniques de pêche ;

- installer un service de pisciculture et une bonne localisation des centres


d’alevinage ;

- doter la Région d’un bon laboratoire vétérinaire.

1.4. FORET

- réhabiliter les routes pour l’évacuation du bois ;

- éviter de frustrer les chefs coutumiers dans la distribution des concessions ;

- appliquer une politique prudente dans l’exploitation par les propriétaires des
concessions en relation avec les paysans ;

1.5. LEGISLATION ECONOMIQUE

- exiger à l’Etat la mise en ordre dans la création des taxes ;

- encourager les autorités politico-Administratives de puiser dans l’arsenal de la


législation économique le levain nécessaire pour la production des projets ambitieux du
développement au profit de leur propre Région.

1.6. TOURISME

- à partir des services concernés à Kinshasa et Kindu, essayer de re-dynamiser le


tourisme en collaboration avec les compagnies nationales et internationales aériennes, les
chaînes hôtelières internationales ainsi que les organisations non gouvernementales de
protection de la faune et de la flore ;

- apprendre à la population que rendre service à des tourismes n’a rien de


dégradant, au contraire.

1.7. SYSTEME BANCAIRE

- activer les démarches pour l’installation d’une antenne de la Banque de Crédit


Agricole ;

- s’inspirer de l’exemple des BAMILEKE du Cameroun dans les transferts des


fonds et autres « tontines ».
47

1.8. INFRASTRURES DE BASE

a. ENERGIE

- faire aboutir les travaux de conception d’au moins une centrale


d’hydroélectrique et passer à la phase de construction de ladite centrale ;

- aider la SOMINKI à distribuer de manière régulière son énergie aux


particuliers ;

- faire pression pour l’obtention du carburant, lubrifiants et câbles électriques au


profit des centrales thermiques ;

- créer des relations de partenariat avec la REGIDESO en vue de permettre à


cette dernière d’intensifier ses réalisations ;

- trouver, en utilisant les fils du MANIEMA qui sont dans le chemin de fer, des
moyens d’approvisionner la Région en carburant.

b. ROUTE

voir remèdes proposés à ce sujet au point I.

c. CONSTRUCTIONS IMMOBILIERES

- approvisionner la Région en ciment en utilisant le rail ;

- encourager les fils du MANIEMA à avoir un pied-à-terre au Chef-Lieu de la


Région et dans l’arrière-pays ;

- encourager par des cotisations individuelles la construction et l’équipement des


écoles ;

- encourager par des contributions individuelles, l’approvisionnement de la


Région en médicaments ;

- encourager la création des coopératives de santé.

d. TELECOMMUNICATIONS

- encourager et provoquer l’implantation des appareils de phonie des ONG.

e. ADMINISTRATION PUBLIQUE

- re-dynamiser l’Administration fiscale afin de saisir l’ensemble de


contribuables ;

- amener les hommes politiques à ne pas interférer dans la nomination des


Commissaires de zone non compétents.
48

Tels sont les quelques remèdes aux causes soulevées mais qui seront étoffés par une
Conférence Economique du MANIEMA après la convocation d’une Conférence Politique de
tous les hommes du MANIEMA qui aboutirait à la signature d’un pacte politique régional.

2. ATELIER SOCIO-CULTUREL
Avant d’entrer dans le vif du sujet, notre atelier s’est choisi par consensus un
modérateur en la personne de Mr SAKASAKA et le rapporteur n’est autre que votre serviteur
Mr KAWAYA MISSE.

En guise d’introduction, Mr HAMULI qui est une personne ressource, nous a brossé
en quelques lignes, les réalités sur l’existence de quelques mouvements associatifs qui opèrent
sur terrain.

Deux questions ont préoccupé notre attention, à soir :

1. Quelles sont les causes de notre échec sur le plan socio-culturel ?

2. Quels sont les remèdes à proposer ?

- S’agissant de la première question, l’atelier a relevé les causes ci-après :

* L’ignorance due à la sous-formation,

* La léthargie des églises en matière de développement,

* L’insuffisance des écoles (grandes distances entre villages),

* Le manque de leadership dans différents domaines,

* Le paternalisme outré dont la conséquence a été l’effondrement des


principales infrastructures sociales après la rupture de la coopération.
Ex. : FOMETRO dans la lutte contre la trypanosomiase.

* L’absence de moyens de communication de masse ;

* L’insuffisance d’esprit d’initiative ;

* La mégestion de certains projets sociaux et l’impunité des incriminés ;

* Le manque d’amour et d’attachement au Maniema (on préfère investir


ailleurs que chez soi) ;

* L’égoïsme et le complexe de toute sorte (on dédaigne d’exercer de


petits métiers manuels (cireurs, etc.) ;

* Rivalités entre fils du Maniema ;


49

- Après l’identification des causes, voici à présent les remèdes proposés :

* La stimulation et promotion d’un leadership au Maniema en prenant en


compte la configuration géographique de la Région Nord-Sud & Est-
Ouest ;

* L’incitation à la création des mouvements associatifs qui prennent en


compte tout le problème de développement ;

* La création d’un Collège qui regroupe les responsables de chaque


mutualité pour accéder à une sorte de médiation permanente en vue
d’une solidarité régionale ;

* Encourager la création des écoles primaires pour réduire les distances


qui sont à la base de la déperdition scolaire ;

* Réformer le système qui bloque la fille-mère de reprendre les études ;

* La réhabilitation d’un dépôt pharmaceutique à Kindu.


Le GRISM est chargé d’étudier le fonctionnement ;

* Créer un système de gestion pour l’autofinancement en ce qui concerne


les ONG au regard de ce qui s’est passé à la rupture de la coopération
belge ;

* Encourager l’unité de chaque tribu à travers sa culture (qui doit être


revalorisée) qui est le moteur de l’unité ;

* Utiliser tous les canaux traditionnels pour amener la prise de conscience


au niveau de la population (école, comité de santé, Eglises, TV, radio,
etc.) ;

* Promouvoir et favoriser les échanges intra et extra Régionaux ;

* Pour évaluer la viabilité de trois I.S.T.M. et de la faculté de médecine,


mettre sur pied une commission technique qui regrouperait des experts
désignés par les différentes mutuelles pour descendre sur place avec un
inspecteur de l’E.S.U.R.S. pour prévenir la formation des bricoleurs ;

* Que les Eglises jouent le rôle de mobilisateurs des consciences.


50

3. ATELIER POLITIQUE

INTRODUCTION

Votre commission s’est réunie dans cette salle où se déroule l’ensemble des travaux du
Colloque. La commission politique a eu le privilège de réunir en son sein 13 membres dont
rois braves Mamans et 10 hommes.

Votre commission a eu le privilège d’avoir comme modérateur, le Prof. MUTUZA et


le rapporteur, Michel LUMEMBE.

Après un tout d’horizon sur les interventions de chaque membre, la commission


politique a relevé les causes d’échec sur le plan politique au Maniema ; a proposé quelques
remèdes et a indiqué quelques recommandations.

3.1. LES CAUSES D’ECHEC

Après analyse et débat, les membres de votre commission ont constaté que la plupart
des causes d’échec étaient uniquement d’ordre humain et qu’il n’y avait pas beaucoup des
causes relevant d’ordre matériel ou économique.

Parmi ces causes, on peut citer :

- Le manque de langage commun sur des questions d’intérêt Régional ;

- L’absence d’un leadership politique interne conscient ;

- Une mauvaise conception de la politique due au manque d’enracinement


politique ;

- Le déracinement ;

- Le manque d’idéal politique assez élevé ;

- Le manque de culture politique ;

- Le manque d’entente entre leaders politiques.

3.2. REMEDES

- Briser le carcan de la politique comme étant la chasse gardée de certains


leaders ;

- Développer le sens de l’éthique à observer en politique car estimons-nous qu’il


existe des normes à observer en politique quand on pose des actes ;

- Il faut que la population soit suffisamment éduquée à se prendre en charge dans


le choix des candidats ;
51

- Vulgariser la culture politique, la notion du leader et mettre en place des


stratégies pour l’émergence du leadership ;

- Que tous les fils et filles du Maniema connaissent les problèmes culturels du
Maniema et y apportent des solutions même avec des moyens de bord ;

- Refuser le tribalisme et le clientélisme politique.

3.3. STRATEGIES

- Recenser les structures sociales qui s’occupent des questions du développement


du Maniema à Kinshasa ;

- Créer un cadre de réflexion pour fils et filles du Maniema pour débattre des
problèmes communs et vulgariser les résolutions à la base (à Kinshasa et au
Maniema) ;

- Repartir sur de nouvelles bases, le changement de mentalités ;

- Sensibilisation sur l’éducation ;

- Mobilisation à travers les organisations religieuses, scolaires, …

- Inviter la population à se prendre en charge et éviter la manipulation ;

- Concevoir un cours de culture politique à insérer au programme des universités


et instituts supérieurs du Maniema ;

- Responsabiliser les ONG de développement ;

- Multiplier les conférences de ce genre ;

- Susciter la solidarité ;

- Réhabiliter l’homme du Maniema.


52

IV. RAPPORT GENERAL DU COLLOQUE

Du 26 au 28/1/1996 s’est tenu au centre Bondeko dans la Zone de Limete à Kinshasa,


sous le haut patronage du Conseil National des Organisations Non Gouvernementales de
Développement CNONGD, un Colloque intitulé « TRIBU ET DEVELOPPEMENT : Cas du
Maniema » organisé par le GRADEMA et le GRISM asbl.

Les travaux se sont déroulés en deux temps :

D’abord 5 exposés tenus respectivement par :

1. Le professeur MUTUZA KABE sur Tribu ou Ethnie : Mythe ou réalité et, Plan et
importance de la Tribu dans l’organisation politique ;

2. Mr Alphonse TSHOMBA sur les atouts et les contraintes de l’économie du Maniema ;

3. Mr. HAMULI KABARHUZA sur les aspects socio-culturels dans la problématique du


développement du Maniema, basés sur son expérience personnelle sur terrain ;

4. Mr. Augustin MANDENG sur les aspects positifs de la tribu au Cameroun : Cas des
Bamileke ;

5. Mr. KATAKO OKENDE, sur les droits de la personne humaine au Maniema.

Après ces exposés et le débat qui s’en est suivi, il s’est dégagé :

1. Que la tribu est une entité de sécurité collective. Cette notion peut s’étendre à la
famille au clan, à la tribu au sens strict et à tout autre groupement. Comprise de cette
façon, la tribu est un cadre de solidarité, d’auto-promotion et de création des richesses.

2. Que la tribu est un moteur de développement alors que le tribalisme n’est autre chose
qu’un masque d’incompétence et de conflit d’ordre social, politique et économique ;
utilisé par une catégorie de leaders comme moyen d’identification sociale et de
repositionnement.

3. Qu’en dépit des contraintes liées surtout aux facteurs naturels et démographiques,
l’économie du Maniema a des atouts immenses et inexploités qui nécessitent une prise
de conscience de l’homme du Maniema et de sa volonté pour amorcer le
développement économique.

4. Que les violations de droits de la personne humaine liées au manque d’informations et


de formation de la population sur ses droits et devoirs, sont surtout l’œuvre des
autorités politico-administratives locales, des agents des services de renseignement et
des éléments des forces armées.
53

Ensuite, les travaux se sont déroulés en 4 ateliers :

- Politique
- Economique
- Socio-culturel
- Justice et Droits de la personne humaine.

Autour de 2 grandes questions fondamentales suivantes :

1. Quelles sont les causes de notre échec sur le plan politique, économique,
socio-culturel et justice et droits de la personne humaine ?

2. Quels sont les remèdes et les stratégies à prendre ?

A l’issue des travaux en ateliers et d’une mise en commun en plénière, le Colloque a


fait les constats suivants :

1. Le manque de langage commun sur les questions d’intérêt Régional (absence de


concentration entre « Leaders politiques ».

2. L’absence d’un leadership interne.

3. Le manque de culture politique

4. L’absence d’un nationalisme Maniemien.

5. L’insuffisance d’engagement des confessions religieuses dans les projets de


développement.

6. L’insuffisance des moyens de communication et d’information des masses.

7. L’impunité des auteurs de mégestion de certains projets sociaux.

8. L’égoïsme et les complexes des toutes sortes.

9. Les rivalités nuisibles entre fils du Maniema (haine, jalousie).

10. L’absence d’un plan et d’un modèle de développement économique du Maniema.

11. Dégradation des infrastructures (routes, port, bâtiment, outils et unité de production…)

12. Vieillissement des semences et manque de personnel agricole.

13. Insuffisance d’énergie électrique.

14. L’éloignement de la justice par rapport aux justiciables.

15. La carence en magistrats et agents de l’ordre judiciaire.

16. La terreur exercée par les éléments de la garde civile.


54

17. L’ignorance totale par la population du Maniema de la loi et de ses droits


fondamentaux.

18. La charge trop pesante de la production sur la femme et l’oisiveté apparence de


l’homme.

19. Création anarchique des institutions d’enseignement supérieur et universitaire.


55

V. RESOLUTIONS ET RECOMMANDATIONS
Tenant compte de tous les maux diagnostiqués, les remèdes suivants ont été proposés :

1. Vulgariser la culture politique, la notion de leader et mettre en place des stratégies


pour l’émergence du leadership interne.

2. Sensibiliser les confessions religieuses dans le rôle de mobilisation des consciences et


d’agent de développement.

3. Se mobiliser autour des projets d’implantation des moyens de communication et


d’information des masses (projet radio rural).

4. Exercer de pressions soutenues pour l’application des sanctions à l’encontre des


auteurs de mégestion.

5. Obtenir de l’autorité, par une pétition des fils du Maniema résidant à Kinshasa, le
départ de la garde civile, le Maniema n’ayant aucune frontière avec d’autres pays.

6. Encourager la création d’un collège qui regrouperait les responsables de chaque


mutualité pour faciliter les médiations permanentes en vue d’une solidarité régionale.

7. Sensibiliser le PNUD pour l’implantation effective du projet des fermes semencières.

8. Envisager un développement de la Région en tenant compte de sa configuration


géographique Nord-Sud-Est-Ouest.

9. Faire aboutir les travaux de conception d’au moins une centrale hydroélectrique et
passer à la phase de construction de ladite centrale.
10. Dénoncer le détournement des biens publics destinés aux populations de Maniema par
les autorités politico-administratives (carburant, médicaments, véhicules, etc.)
11. Faire pression sur la FONUMA pour qu’elle obtienne du ministère de tutelle une
expertise sur la viabilité des établissements.
12. Création et installation des tribunaux de paix dans les zones et les grandes agglomérations.
13. Que l’autorité compétente procède à l’affectation des magistrats dans les juridictions et
offices de parquets existants.

QUELQUES STRATEGIES

1. Création d’un cadre de concertation pour débattre des problèmes d’intérêts régional ;

2. Responsabilisation des associations organisatrices du Colloque pour le suivi des résolutions.

Fait à Kinshasa, le 28/01/1996

Pharmacien Nicolas LUMEMBE

Rapporteur Général du Colloque


56

CONCLUSION

Le Colloque « Tribu et développement : Cas du Maniema » a vécu. Au-delà de


quelques défaillances inhérentes à la nature humaine, la rencontre du point de vue des
participants fut une réussite tant au niveau de la préparation, de l’organisation, de la qualité
des communications que du déroulement proprement dit du Colloque.
Pour les ressortissants du Maniema qui n’ont pas toujours l’habitude de se retrouver pour
parler de leur région, l’occasion était belle pour jeter les bases d’une concertation permanente
longtemps souhaitée.

Ce Colloque a eu le mérite de dénoncer le tribalisme, ce masque


d’incompréhension et de conflit d’ordre social, politique et économique, utilisé par une
catégorie de leaders comme moyens d’identification sociale et de repositionnement.
Cela n’est pas le cas de la tribu dont l’importance a été soulignée comme étant une entité de
sécurité collective et aussi comme lieu par excellence de création des richesses. La multitude
des tribus, loin de constituer un danger, est plutôt une source des valeurs culturelles
intarissables parmi lesquelles, on citerait l’unité linguistique symbolisée par le swahili.

Le Colloque a relevé les atouts et les contraintes de l’économie du Maniema


pour constater que le développement est possible. Mais pour y parvenir, les filles et les fils du
Maniema doivent d’abord et avant tout compter sur les propres efforts.
Le bonheur du Maniema est à ce prix !

Les violations des droits de la personne humaine au Maniema, ont dépassé le


seuil du tolérable. Le Colloque en a appelé à la population à se prendre en charge et aux
autorités politico-administratives d’user de leurs influences pour décourager les auteurs de ces
actes.

Enfin, une page vient d’être tournée, une autre va commencer. Quel sera
l’après-colloque ?
Nombreux parmi les participants, ont insisté auprès des organisateurs pour que l’espoir suscité
par ces assises ne soit pas un feu de pailles et que ce Colloque ne ressemble pas aux autres
rencontres qui sont demeurées de simples déclarations d’intentions.
Avons-nous retenu la leçon ?

Le Comité organisateur
57

ANNEXES
58

ANNEXE n° 1 ALLOCUTION DU PRESIDENT DU COLLOQUE


A
L’OCCASION DE CLOTURE DES TRAVAUX

Mesdames, Mlles, Messieurs et distingués invités,

Au nom de GRADEMA et GRISM asbl, organisateurs du présent Colloque, nous


voudrions nous acquitter d’un agréable devoir, celui de vous souhaiter la bienvenue dans ce
beau cadre du Palais du Peuple et de vous remercier sincèrement pour avoir répondu à
l’invitation, et ce, malgré vos multiples occupations.

Le Colloque dont les travaux se clôturent ce jour, s’est déroulé sous le haut patronage
du Conseil National des Organisations Non Gouvernementales de Développement, en sigle
CNONGD et a connu la participation de 79 personnes sur un échantillon attendu de 100
participants, soit une participation massive de l’ordre de 79%.

Nos remerciements s’adressent aussi à tous ceux qui ont contribué à la réussite du
présent Colloque soit sous forme des témoignages au cours de la phase préparatoire ou
participation effective aux travaux en plénière et/ou en Ateliers, au Centre Bondeko du
vendredi 26 au samedi 27/01/1996, soit sous forme de contribution en numéraire.

Pour des raisons purement protocolaires, le comité organisateur a pensé à la


publication de la liste des donateurs pour le financement des travaux de Colloque et dont voici
le contenu :

1. Le Conseil National des ONG


2. Mr. AMURI TOBA KOMBE
3. Mr. HEMEDI MWANAMBOYO
4. MR. ISSAYA MAKUNGU
5. Mr. Jean-Pierre LAHAYE
6. Mr. KABISI PENE YEMBA
7. Mr. KISANGA KABONGELO
8. Mr. MUKANDO WASA
9. Mr. NGONGO LUWOWO
10. Mr Crispin OSAKO
11. Mr SELEMANI MWANAYILE
12. Mr. Alphonse TSHOMBE FARIALA
13. Mr. Boniface EMUNGU
14. Prof. LUHAHI ANYAMA LUHAHI
15. Mr. Charles DIMOKE DUMBU

N.B. Le journal de caisse pour le Colloque reste ouvert aux éventuelles contributions.
59

Le Comité Organisateur publiera dans son rapport technique d’activités, les états financiers du
Colloque.
En organisant ces assises, les organisateurs n’entendent pas étouffer voire anéantir les
initiatives locales existantes ou en voie d’existence, mais voudraient tout simplement donner
des pistes d’une éventuelle coordination pour un meilleur encadrement au Maniema tout en
éveillant la conscience de tout originaire ou non sur les questions liées au développement de la
Région voire la promotion intégrale de l’homme vivant au Maniema.

Le Colloque « TRIBU et DEVELOPPEMENT : Cas du MANIEMA » dont les


objectifs principaux peuvent se résumer en trois points, à savoir :

1° Montrer aux fils et filles du Maniema que des convergences existent entre les
divergences multiples qui séparent les différents groupes tribaux, religieux et politiques ;

2° Montrer que seule l’union entre tous conditionne la réussite de l’œuvre de


reconstruction du Maniema. Aucune tribu, aucun parti politique, ne pourrait prétendre
construire le Maniema avec la politique d'exclusion ;

3° Amener les participants au Colloque à réfléchir sur les stratégies et mécanismes


d’extinction des conflits tribaux et politico-religieux ;

Comporte trois phases essentielles, notamment :

1) La phase préparatoire caractérisée par :

- des réunions mixtes GRADEMA & GRISM depuis juillet dernier ;


- l’identification des personnes et groupes-cibles pour recueillir leurs
témoignages en rapport avec le thème du Colloque ;
- la mobilisation des ressources nécessaires au déroulement du Colloque.

2) Le déroulement proprement dit du Colloque autour de quatre Ateliers principaux, à


savoir :

- Atelier politique
- Atelier économique
- Atelier socio-culturel
- Atelier justice et droits de la personne humaine

Ces Ateliers ont été précédés par 5 exposés dont l’apport des BAMILEKE dans le
développement du Cameroun par Mr. MANDENG, Représentant Résidant Adjoint du
PNUD/Zaïre.

3) L’après Colloque pour l’édition du rapport final, la diffusion, la vulgarisation et


l’exécution sur terrain des recommandations arrêtées.

Cette phase tient donc sa réussite dans la mobilisation de toutes les ressources
humaines, matérielles et financières de la Région, et dépasse le simple cadre de l’organisation
60

du présent Colloque qui par ailleurs, s’inscrit dans le processus du développement du


Maniema.

Soyons donc mobilisés comme des véritables agents de développement pour éviter le
pire à notre chère Région.

Vive le Maniema.

Nous vous en remercierons.

Joseph OMARI LUKUKO

Président du Colloque
61

ANNEXE N° II

DISCOURS DE CLOTURE DU SECRETAIRE EXECUTIF DU CNONG

Monsieur le Président du GRISM,

Monsieur le Président de GRADEMA,

Monsieur les Honorables Conseillers de la République,

Monsieur le Vice Gouverneur,

Mesdames et Messieurs.

Nous voici encore une fois ensemble pour clôturer le Colloque auquel nous avons été
convié hier et avant-hier.
A un moment comme celui-ci, on a l’habitude de regarder les résultats produits.

Et généralement, on apprécie les résultats positifs et puis on prend une bière et on se


sépare.
Mais, je voudrais moi rappeler que dans le mouvement des ONG de développement que
j’anime sur l’étendue de notre pays, celui-ci est un moment où chacun de participants signe
l’engagement pour l’action. L’action, en effet, elle seule qui peut sauver, elle seule émancipe,
elle seule donne le sens à ce que nous avons fait.

Si l’action ne suit pas, alors il n’y a pas le sens à ce que nous avons fait.
Cher frères, on dit : « Si votre cas est en train de brûler, et vous ne criez pas pour alerter tout
le village pour venir vous aider à l’éteindre, vous êtes un homme stupide ».
Le peuple crie, il faut lui venir au secours. Nous ne pouvons pas rester tranquille ici alors que
nos villages disparaissent.

Le GRISM et GRADEMA ont relayé le cri du peuple. On nous demande tous de finir
nos petites querelles internes pour nous solidariser pour le changement, pour l’amélioration
des conditions de vie au Maniema.
Et nous le pouvons à partir d’ici. Nous pourrons aussi faire quelque chose. Si simple soit-il.

Pour le Conseil National des ONG de développement, nous promenons de poursuivre


notre mission parmi les ONG de développement du Maniema, pour promouvoir la solidarité,
l’échange, la collaboration, le sensibilisation, la recherche de la coopération.

Chacun de nous là où il se trouve, dans sa structure professionnelle ou dans la


mutualité peut faire quelque chose.

En avant donc pour l’action en toute amitié, fraternité et solidarité.

Au nom du Conseil National des ONG de développement du Zaïre, je déclare clos, le


Colloque sur l’Ethnie et le développement du Maniema, et je vous en remercie.

HAMULI K.
62

TABLE DES MATIERES

SIGLE

I. DISCOURS D’OUVERTURE

II. SYNTHESE DU COLLOQUE

III. TRAVAUX DU COLLOQUE

III.1. LES EXPOSES

1.1. Tribus et développement : mythe ou réalité


1.2. Atouts et contraintes de l’économie du Maniema
1.3. Ethnicité et développement du Maniema
1.4. Les Aspects positifs de la tribu au CAMEROUN
1.5. Justice et droits de la personne humaine au Maniema
1.6. La résurgence des Mutualités tribales au Maniema
1.7. Les témoignages

III.2. LES ATELIERS

1. Atelier Economique
2. Atelier Socioculturel
3. Atelier Politique

IV. RAPPORT GENERAL DU COLLOQUE

V. RESOLUTIONS ET RECOMMANDATIONS

VI. CONCLUSION

VI. ANNEXES

1. Allocution du Président du Colloque à l’occasion de clôture des travaux


2. Discours de clôture du Secrétaire Exécutif du CNONG

Vous aimerez peut-être aussi