A2022 – MATH II MP
ÉCOLE DES PONTS PARISTECH,
ISAE-SUPAERO, ENSTA PARIS,
TÉLÉCOM PARIS, MINES PARIS,
MINES SAINT-ÉTIENNE, MINES NANCY,
IMT ATLANTIQUE, ENSAE PARIS,
CHIMIE PARISTECH - PSL.
Concours Mines-Télécom,
Concours Centrale-Supélec (Cycle International).
CONCOURS 2022
DEUXIÈME ÉPREUVE DE MATHÉMATIQUES
Durée de l’épreuve : 4 heures
L’usage de la calculatrice et de tout dispositif électronique est interdit.
Les candidats sont priés de mentionner de façon apparente
sur la première page de la copie :
MATHÉMATIQUES II - MP
L’énoncé de cette épreuve comporte 6 pages de texte.
Si, au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être une erreur d’énoncé, il le
signale sur sa copie et poursuit sa composition en expliquant les raisons des initiatives qu’il est
amené à prendre.
Les sujets sont la propriété du GIP CCMP. Ils sont publiés sous les termes de la licence
Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 France.
Tout autre usage est soumis à une autorisation préalable du Concours commun Mines Ponts.
Autour des exponentielles de matrices
Dans tout le sujet, le corps K sera R ou C, et n est un entier naturel supérieur
ou égal à 2.
On note k · k une norme sur l’espace vectoriel Mn (K), vérifiant les propriétés
kIn k = 1 . (N1 )
2
∀(A, B) ∈ Mn (K) kABk ≤ kAk kBk . (N2 )
On rappelle que l’exponentielle d’une matrice A de Mn (K) est la matrice, notée
eA , ou bien exp(A), définie par
+∞
X Ak
eA = .
k=0
k!
On rappelle que, pour tout A ∈ Mn (K), l’application
fA : R → Mn (K) , t 7→ fA (t) = etA
est de classe C 1 sur R, avec
∀t ∈ R fA0 (t) = A etA = etA A .
On admettra que, si A et B sont deux matrices semblables de Mn (K), plus
précisément si on a B = P −1 AP avec P ∈ GLn (K), alors
eB = P −1 eA P.
Si A et B sont deux matrices de Mn (K), on définit leur crochet de Lie par
[A, B] = AB − BA .
La partie 4 du problème est indépendante des parties 2 et 3.
1 Questions préliminaires
On se donne deux matrices A et B dans Mn (K). On suppose dans les
questions 1) et 2) que A et B commutent.
1 . Montrer que les matrices A et eB commutent.
1
On définit une application
g : R → Mn (K)
t 7−→ g(t) = et(A+B) e−tB .
2 . Montrer que l’application g, et l’application fA définie en préambule, sont
solutions d’un même problème de Cauchy. En déduire une démonstration
de la relation
∀t ∈ R et(A+B) = etA etB . (1)
3 . Réciproquement, on suppose la relation (1) satisfaite. En dérivant deux fois
cette relation par rapport à la variable réelle t, montrer que les matrices
A et B commutent.
4 . Pour toute matrice A ∈ Mn (K), prouver la relation eA ≤ ekAk .
5 . Montrer que det(eA ) = etr(A) .
2 Formule de Trotter-Kato
Dans cette partie, on note A et B deux matrices quelconques de Mn (K).
L’objectif est de prouver la relation
k A B k
A B
lim ek ek = eA+B ou lim exp exp = exp(A+B) . (2)
k→+∞ k→+∞ k k
Pour tout k entier naturel non nul, on pose
A B A + B
Xk = exp exp et Yk = exp ·
k k k
6 . Prouver les majorations
kAk + kBk kAk + kBk
∀k ∈ N∗ kXk k ≤ exp et kYk k ≤ exp .
k k
On introduit la fonction
h : R −→ Mn (K)
t 7−→ h(t) = etA etB − et(A+B)
2
7 . Montrer que
1
Xk − Yk = O lorsque k → +∞ .
k2
8 . Vérifier la relation
k−1
Xki (Xk − Yk )Ykk−i−1 .
X
Xkk − Ykk =
i=0
En déduire la relation (2).
3 Vers les algèbres de Lie
Dans cette partie, K = R. Pour tout n entier naturel, n ≥ 2, on introduit
l’ensemble, dit groupe spécial linéaire :
SLn (R) = M ∈ Mn (R) | det(M ) = 1 .
Si G est un sous-groupe fermé de GLn (R), on introduit son algèbre de Lie :
etM ∈ G .
AG = M ∈ Mn (R) | ∀t ∈ R
L’ensemble SLn (R), ainsi que le groupe orthogonal On (R), sont bien des sous-
groupes fermés de GLn (R). On ne demande pas de le démontrer.
9 . Déterminer AG lorsque G = SLn (R).
10 . Si G = On (R), montrer que AG = An (R), ensemble des matrices antisy-
métriques.
Dans les questions 11) à 14), G est un sous-groupe fermé quelconque
de GLn (R).
11 . En utilisant la partie 2, montrer que AG est un sous-espace vectoriel de
Mn (R).
12 . Soient A ∈ AG et B ∈ AG . Montrer que l’application
u : R −→ Mn (R)
t 7−→ u(t) = etA · B · e−tA
est à valeurs dans AG .
3
13 . En déduire que AG est stable par le crochet de Lie, i.e.
∀A ∈ AG , ∀B ∈ AG , [A, B] ∈ AG .
On rappelle que, si M est une matrice de Mn (R), on dit que M est tangente
à G en In s’il existe ε > 0 et une application γ :] − ε, ε[→ G, dérivable, telle
que γ(0) = In et γ 0 (0) = M . L’ensemble des matrices tangentes à G en In est
appelé espace tangent à G en In , et noté TIn (G).
On rappelle aussi que l’application det : Mn (R) → R est différentiable en
tout point, par exemple parce qu’elle est polynomiale.
14 . Prouver l’inclusion AG ⊂ TIn (G).
15 . Soit M ∈ Mn (R), que l’on pourra aussi considérer comme matrice
complexe, soit l’application δM : R → R, t 7→ δM (t) = det(In + tM ).
En utilisant un développement limité à l’ordre 1, montrer que δM est
0 (0).
dérivable en 0 et calculer δM
16 . Montrer que la différentielle au point In de l’application det : Mn (R) → R
est la forme linéaire “trace”.
17 . Montrer que, dans les cas particuliers G = SLn (R) et G = On (R), on a
TIn (G) = AG .
4 Comportement asymptotique
Étude d’un exemple
On considère deux nombres complexes distincts α et β. On suppose qu’une
matrice A ∈ M3 (C) admet α pour valeur propre simple, β pour valeur propre
double.
18 . Montrer que A est semblable à une matrice de la forme
α 0 0
T = 0 β a
0 0 β
où a est un certain nombre complexe. Calculer T n pour n entier naturel,
puis etT pour t réel. En déduire une condition nécessaire et suffisante sur
α et β pour que l’on ait limt→+∞ etA = 03 .
4
Cas général
Dans tout ce qui suit, K = C. On pose E = Cn . L’espace vectoriel E, identifié
à Mn,1 (C), peut être muni d’une quelconque norme notée k · kE , on rappelle
qu’elles sont toutes équivalentes. On se donne A ∈ Mn (C) une matrice carrée
à coefficients complexes, et on note u l’endomorphisme de Cn canoniquement
associé à cette matrice. On s’intéresse au comportement asymptotique de la
fonction fA introduite dans le préambule, et à celui des fonctions vectorielles
solutions du système différentiel linéaire à coefficients constants X 0 = AX. Pour
tout t réel et pour (i, j) ∈ [[1, n]]2 , on notera vi,j (t) le coefficient d’indices (i, j)
de la matrice etA . Ainsi,
fA (t) = etA = vi,j (t)
∀t ∈ R 1≤i,j≤n
∈ Mn (C) .
Pour toute valeur propre λ de la matrice A, on note mλ sa multiplicité, et on
introduit le sous-espace vectoriel
Fλ = Ker (A − λIn )mλ = Ker (u − λ IdE )mλ .
On posera aussi α = maxλ∈Sp(A) Re(λ).
19 . Montrer que, si limt→+∞ fA (t) = 0n , alors α < 0.
20 . Montrer que Cn =
L
λ∈Sp(A) Fλ .
21 . En déduire l’existence de trois matrices P , D et N dans Mn (C) telles
que :
P est inversible,
D est diagonale,
N est nilpotente,
N D = DN,
A = P (D + N )P −1 ,
χA = χD .
22 . En déduire qu’il existe un entier naturel p tel que, pour tout (i, j) ∈ [[1, n]]2 ,
on ait
vi,j (t) = O(tp eαt ) lorsque t → +∞ .
5
23 . Étudier la réciproque de la question 19).
24 . On suppose, dans cette question seulement, que les valeurs propres de la
matrice A ont toutes des parties réelles positives ou nulles. Montrer que,
si X ∈ Cn , on a
lim etA X = 0 ⇐⇒ X = 0 .
t→+∞
Dans les questions qui suivent, on introduit les polynômes suivants :
Y
Ps (X) = (X − λ)mλ ,
λ∈Sp(A)
Re(λ)<0
Y
Pi (X) = (X − λ)mλ ,
λ∈Sp(A)
Re(λ)>0
Y
Pn (X) = (X − λ)mλ ,
λ∈Sp(A)
Re(λ)=0
et les sous-espaces Es = Ker Ps (A) , Ei = Ker Pi (A) et En = Ker Pn (A)
de E = Cn . Les indices s, i, n signifient respectivement stable, instable et neutre.
25 . Après avoir justifié que E = Es ⊕ Ei ⊕ En , montrer que
Es = X ∈ E | lim etA X = 0 .
t→+∞
On prouverait de même, mais ce n’est pas demandé, que
Ei = X ∈ E | lim etA X = 0 .
t→−∞
26 . Montrer que
∗ p
ketA XkE ≤ C 1 + |t|
En = X ∈ E ∃C ∈ R+ ∃p ∈ N ∀t ∈ R .
En est donc l’ensemble des vecteurs X de Cn tels que la fonction vectorielle
t 7→ etA X ait un comportement polynomial en −∞ et +∞.
Fin du problème