Éducation Comparée : l’historique de l’Éducation Comparée
Cours N° 1 - Partie 1
Objectifs :
Connaître les principaux repères historiques de l’éducation comparée ;
Connaître les principaux auteurs comparatistes ;
Comprendre le contexte de la naissance de l’éducation comparée systématique d’origine
européenne ;
Connaître et comparer les principales évolutions historiques dans les autres régions du
monde ;
Identifier les tendances contemporaines en éducation comparée à partir des
manifestations internationales (Colloques, congrès, publications, associations, etc.).
Introduction
Dans leurs historiques de l’éducation comparée, les auteurs ne sont pas tous d’accord sur
l’origine et la naissance de l’éducation comparée en tant que science ; mais généralement on
peut constater qu’ils situent la naissance du champ d’études, les origines de l’éducation
comparée, dans l’Antiquité, notamment avec les observations, les impressions sur l’éducation
et la culture de certains voyageurs (Le Than Khoi 1981, Garrido, 1982, V. Daele 1993, Groux
2002) Les spécialistes sont d’accord pour considérer le français Marc Antoine Jullien comme
le véritable fondateur l’éducation comparée. Cette relation voyage et éducation comparée va
marquer effectivement tout le développement de ce champ d’études jusqu’à aujourd’hui. Les
observations jugées fragmentaires ou trop subjectives des périodes reculées vont évoluer
lentement pendant une longue période avec les « voyages pédagogiques » des « enquêteurs et
beaucoup plus rapidement dans la période contemporaine et plus particulièrement au cours de
ces dernières années avec un développement et des évolutions significatifs de ses contenus
théoriques et méthodologiques. Généralement, pour constituer des points de repère
historiques, les auteurs de référence s’appuient sur un certain nombre de noms de
« comparatistes « et de leurs contributions pour marquer et distinguer différentes époques
En Europe, au XVIIIe siècle l’émergence du nationalisme en tant qu’idéologie, la
construction de l’État moderne et la prise en charge étatique de l’éducation, caractérisent les
réformes scolaires qui sont à l’origine des systèmes nationaux d’enseignement et, qui vont se
consolider tout le long du XIXe siècle dans le cadre de l’affirmation des États nations. L’école
joue un rôle central dans la transformation des populations en nations.(Novoa, 1998).,
« l’identité nationale » est une des formes de pensée dominante qui va notamment marquer
l’éducation comparée. Les réformes sont nationales mais aussi transnationales, le modèle de
l’école républicaine française, va jouer ce rôle d’ »école de masse », diffusé dans les sociétés
occidentales avancées au cours du XIXe siècle puis dans le reste du monde en relation avec la
colonisation et le développement des nouveaux États-nations. (Novoa, 2004) (Meyer, 1992)
Les relations internationales et la collaboration au-delà des frontières entrent à partir du XIXe
siècle dans une expansion à grande échelle dans les pays européens, les États-Unis et
l’Amérique Latine contribuant ainsi au renforcement « européanocentrique », occidentale de
l’éducation comparée. Dans la transition du XVIIIe au XIXe siècle, la comparaison s’affirme
comme un outil méthodologique dans différents champs disciplinaires,(Anatomie, Droit,
Anthropologie et en Éducation avec Jullien). Mais, si les études ont été nombreuses, elles
furent effectuées, moins pour la comparaison proprement dite que pour tirer la leçon des
expériences étrangères en vue d'améliorer le système national. Par la suite, à la faveur de la
naissance des organisations internationales et plus particulièrement depuis les années 50, le
développement des réseaux de communication, la multiplication des associations d’éducation
comparée et des événements de rencontres (congrès, colloques…) à l’échelon national et
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international, la place grandissante des pays du sud (Tiers Monde), le domaine de l’éducation
comparée et le nombre des « comparatistes » ainsi que leurs activités à travers le monde vont
constituer autant de facteurs accélérateurs et transformateurs de la nature, l’élargissement des
horizons et l’enrichissement de l’éducation comparée. Les pratiques comparatives ont
fonctionné comme un élément de légitimations des réformes entreprises au niveau national où
l’on y observe très souvent une référence à la « situation de l’enseignement à l’étranger
(Halls, 1990).
Cette dimension internationale de l’éducation comparée nous conduit à faire la distinction
entre éducation comparée / éducation internationale, ou encore l’éducation multiculturelle et
l’éducation pour le développement la question de la nature et du rôle de l’éducation comparée
est posée. La globalisation et le nouvel ordre éducatif mondial sont des phénomènes qui sont
aujourd'hui omniprésents dans l’évolution de l’éducation à travers le rôle des organisations
internationales (UNESCO, Banque Mondiale, OMC, OCDE, Commision européenne, etc..),
qui avec leurs « conseils », leurs « rapports » et leurs « analyses comparatives » introduisent
une dimension normative et prescriptive.. Postlethwaite T. (1988) dans la préface de
l’Encyclopedia de l’éducation comparée écrit que l’éducation internationale ne comprend
pas nécessairement des comparaisons ; elle consiste en analyses ou en projets concernant
l’éducation dans un ou plusieurs pays autres que celui de l’auteur.
Quelques points de repère historiques systématisés par les comparatistes selon les
régions anglophones ou francophones
Dans l’évolution de l’éducation comparée depuis l’antiquité il est fréquent de voir celle-ci
découpée en plusieurs phases, variables selon les auteurs, on peut remarquer des différences
non négligeables entre les aires culturelles, anglo-saxonnes et françaises et allemandes
essentiellement dans la structuration historique du champ de l’éducation comparée. Par
exemple :
- les références anglo-saxonnes distinguent cinq grandes périodes (Noah , Eckstein
1969) , (Garrido 1982),
1- Les voyageurs, les récits de voyage étape préscientifique ;
2- la période des enquêteurs (pendant le XIXe siècle) les enquêteurs et l’enseignement à
l’étranger ;
3- la période la coopération internationale ;
4- la période classique Théories classiques ;
5- la période moderne ;
alors que des auteurs français font débuter l’éducation comparée avec Jullien de Paris,
donnant ainsi une antériorité intellectuelle francophone à la discipline éducation comparée,
mais en en soulignant certains paradoxe notamment sur sa quasi-absence et non-
reconnaissance comme matière d’enseignement universitaire. (Carry, Fresnay, Perez, 2004).
Brian Holmes (in Halls 1990) , dans une contribution à l’ouvrage sur les questions et les
tendances contemporaines de l’Éducation comparée , met en avant l’année 1961, date de la
conférence de l’éducation comparée à Londres, comme année pivot de l’éducation comparée
en Europe occidentale ; naissance de l’Association d’Éducation comparée en Europe, avec des
sections nationales. Avant la conférence, on notait un accord général sur les fondements
épistémologiques sur laquelle allait s’appuyer la recherche (B. Holmes 1990 p.102), et par la
suite certains se sont demandé si les études comparées devaient commencer à partir du recueil
et et du classement systématique des données des systèmes nationaux d’éducation à partir
desquels on devait en tirer des généralisations limitées ou bien à partir d’une analyse des
« forces », « facteurs » ou des « causes » qui font évoluer l’éducation. Les causes étant à
découvrir dans l’infrastructure de la société de chaque pays. Ainsi, ce modèle allait amener
une nouvelle génération de comparatiste à rechercher les causes du développement de
l’éducation et les différences entre les systèmes en termes de facteurs tels que la classe
sociale, l’investissement économique et l’idéologie politique. L’influence des écrits de K.
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Popper allait faire remplacer le paradigme inductif par « l’approche par la résolution des
problèmes « (fondée sur les travaux de J. Dewey et K. Popper) et prônée par [Link] et E.
King. Une autre approche allemande, l’approche empirique et herméneutique (inspirée des
philosophes allemands W. Dilthey et H. Rohrs)- En France, Le Thanh KHOI adopte selon
Holmes une position éclectique, alors que nous pouvons clairement identifier ses orientations
marxistes dans ses références à la dialectique. Depuis 1961, les ouvrages publiés en anglais et
en allemand dans la période antérieure, existent aussi en français, espagnol et italien et vont
alors contribuer à l’expansion des nouveaux courants d’idées.
Dans l’aire francophone : A. Vrxliard (1967) développe un autre aperçu historique, dans
lequel [Link] y occupe une place centrale, il est considéré comme le point de naissance
« structurale » de l’éducation comparée, il identifie et distingue 4 périodes :
1- étape structurale, l’Esquisse de JULLIEN ;
2- période des enquêteurs (1830-1914) ;
3- période des systématisations théoriques (1920-1940) ;
4- la période prospective ( après la Deuxième Guerre mondiale).
Selon Orivel (2003), «La pratique des comparaisons internationales en éducation est
ancienne. Elle remonte à Marc Antoine Jullien (1775-1848), qui, en 1817, publia son «
Esquisse d’un ouvrage sur l’éducation comparée ». Jullien était un esprit novateur. Il fut
nommé secrétaire du Comité d’Instruction publique en 1794, en pleine tourmente
révolutionnaire, et chargé de l’élaboration des plans d’instruction publique et d’éducation
nationale (Gautherin, 2000). Il n’avait alors que 19 ans ! Il fut l’un des premiers auteurs à
considérer la science de l’éducation comme une science positive, et à défendre une approche
raisonnée des politiques éducatives. Il commença par faire des observations approfondies sur
les pratiques de Pestalozzi en Suisse, puis étendit ses observations à toute l’Europe, afin
d’introduire en France les meilleures pratiques. Il défendait l’idée que l’éducation comparée
devait s’inspirer des principes de l’anatomie comparée telle que développée par Cuvier et il
diffusa un questionnaire de 266 questions sur les modes d’organisation des systèmes éducatifs
de l’époque. Le projet de Jullien n’aboutit pas, mais l’intérêt pour l’éducation comparée était
lancé ». F. Orivel (2003) voit à partir de là, se développer deux courants principaux dans
l’éducation comparée : - un premier courant qui va s’intéresser et révéler les spécificités
nationales des systèmes éducatifs ; le second, liés à la création de l’UNESCO et plus tard à
l’IEA (CERI-OCDE), va au contraire dans un premier temps s’intéresser aux convergences
des systèmes éducatifs et à l’évaluation des compétences. La mise en place d’une
nomenclature normalisée (Classification type ISCET ou CITE97) et d’un appareil
statistique va favoriser la comparaison des indicateurs de l’éducation. Ces derniers vont alors
jouer un rôle de plus en plus important dans les travaux de comparaisons menés par les
organismes internationaux des pays riches (OCDE, PISA) à partir du moment où ce dispositif
se révélé être trop cher pour l’UNESCO. C’est le commencement du règne de l’économique
dans l’éducation, il s’agissait alors de mesurer et comparer les acquisitions des élèves
beaucoup plus que de les compter et de mesurer également ce qu’ils coûtaient
Dans cette évolution historique, nous remarquerons que l'éducation comparée a un sens plus
large que la pédagogie, car elle ne se limite pas aux faits pédagogiques, mais elle fait appel à
des disciplines telles que l'économie, l'anthropologie, la sociologie, la psychologie..
Pour résumer toute cette évolution, Le Thanh Khoi (1981) écrit que l’éducation comparée est
née spontanément avec les observations des voyageurs, il cite Xénophon (430 -355 aV JC) et
son ouvrage (la Cyropédie) comme première œuvre comparatiste quand il compare le système
de formation aristocratique des Perses et l’éducation athénienne. Les voyages joueront
toujours un rôle important dans la constitution des références historiques de l’éducation
comparée, au Moyen âge, peuvent être cités, Marco Polo, Ibn Khaldoun
PERPECTIVES BIE qui consacre aux sciences de l’enseignement tout un chapitre de son
ouvrage de référence « Discours sur l’Histoire universelle »), mais il va falloir attendre la fin
du XVIIIe siècle - les changements révolutionnaires qui vont se répercuter dans la situation de
l’enseignement (la révolution de 1789 demande un enseignement obligatoire pour tous, gratuit
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et laïque) – c’est la naissance d’un enseignement public à coté de l’enseignement contrôlé par
l’Église et les religieux et le début du XIXe siècle. On peut voir notamment dans les voyages
et les études de l’enseignement à l’étranger, des observations et des contenus qui puissent être
considérés comme relevants et constitutifs de la marque du commencement de l’histoire de
l’éducation comparée. C’est très certainement la célèbre Esquisse de Marc Antoine Jullien
qui peut être considérée comme le fondateur du champ d’études (Van DAELE, 1993, p 49-68)
, mais cela ne fait pas toutefois l’unanimité parmi les auteurs et les comparatistes, il est
surtout considéré comme un précurseur (Garrido, 1982, p36-37).
Marc Antoine Jullien « dit de Paris » crée l’éducation comparée en publiant en 1817 son
ouvrage : « Esquisse et vues préliminaires d’un ouvrage sur l’éducation comparée, entrepris
d’abord pour les vingt-deux cantons de la Suisse et pour quelques parties de l’Allemagne et
de l’Italie et qui doit comprendre successivement, d’après le même plan, tous les états de
l’Europe » . Mais, cet ouvrage oublié ne reviendra dans l’actualité qu’en 1943 à travers le BIE
avec son Directeur [Link] qui publie deux ouvrages sur [Link]. (Les précurseurs du
Bureau international de l’éducation - reproduction fac similaire ;(V. DAELE, 1993, p.50-52)
Marc Antoine Jullien de Paris, père de l’éducation comparée et précurseur du Bureau
international d’éducation -
Entre-temps, l’éducation comparée va se développer et se systématiser surtout dans les pays
anglo-saxons avec les « théories classiques » qui vont marquer et « fixer » celle-ci dans des
descriptions formelles au détriment du fonctionnement réel ([Link] 1982) à propos des
positions des comparatistes Sadler et de Kandel, (LIEN DOC3), alors qu’en France Jullien ne
voit pas de continuateur de ses projets. Michel Debeauvais (2000) nous donne les raisons pour
lesquelles les projets de Jullien n’auraient pas eu de suite en France ou ailleurs. « Mais il a
abandonné lui-même ses différents projets à l'état d'ébauche. À l’exception de son livre en
deux tomes sur Pestalozzi (1813), ses nombreux écrits sont des esquisses d’ouvrages
annoncés et jamais réalisés. L’encyclopédisme et la diversité de ses projets, ses idées
politiques et philosophiques et leurs évolutions contradictoires, ouvrent de nombreuses pistes,
mais rendent plus malaisé de préciser ses visées épistémologiques et méthodologiques ».