Mathématiques 1
2024
TSI
4 heures Calculatrice autorisée
Dans tout ce sujet, on note ℝ[𝑋] l’ensemble des polynômes à coefficients réels et ℝ𝑛 [𝑋] l’espace vectoriel des
polynômes à coefficients réels de degré au plus 𝑛 (𝑛 entier). Pour un polynôme 𝑃 de ℝ[𝑋], on note 𝑃 ′ son
polynôme dérivé et 𝑃 (𝑗) le polynôme dérivé d’ordre 𝑗 de 𝑃 de telle sorte que 𝑃 = 𝑃 (0) , 𝑃 ′ = 𝑃 (1) , 𝑃 ″ = 𝑃 (2) ,
etc.
On pourra confondre un polynôme et sa fonction polynomiale associée. De même, on pourra confondre le
polynôme dérivé 𝑃 ′ avec la fonction dérivée de la fonction polynomiale 𝑃.
On rappelle également que la partie entière d’un réel 𝑥 est un entier, noté ⌊𝑥⌋, et que celle-ci vérifie la double
inégalité ⌊𝑥⌋ ⩽ 𝑥 < ⌊𝑥⌋ + 1.
I Préliminaires
On considère la suite (𝐺𝑛 )𝑛∈ℕ de polynômes définie par 𝐺0 = 1 et par la relation de récurrence :
∀𝑛 ∈ ℕ, 𝐺𝑛+1 = 𝑋 (𝐺𝑛 + (1 + 𝑋)𝐺′𝑛 ) .
Q 1. Justifier que 𝐺1 = 𝑋 puis donner la forme développée du polynôme 𝐺2 .
Q 2. Donner sans justification le rayon de convergence 𝑅0 de la série entière ∑ 𝑥𝑘 et exprimer sa fonction
𝑘⩾0
somme, notée 𝐷0 , à l’aide des fonctions usuelles.
Pour tout entier naturel non nul 𝑛, on note 𝑅𝑛 le rayon de convergence de la série entière ∑ 𝑘𝑛 𝑥𝑘 et on note
𝑘⩾1
+∞
𝐷𝑛 :] − 𝑅𝑛 , 𝑅𝑛 [→ ℝ sa fonction somme donnée par 𝐷𝑛 : 𝑥 ↦ ∑ 𝑘 𝑥 . 𝑛 𝑘
𝑘=1
Q 3. Justifier que la suite (𝑅𝑛 )𝑛∈ℕ est constante et en déduire la valeur de 𝑅𝑛 pour tout entier naturel 𝑛.
Q 4. Montrer que, pour tout entier naturel 𝑛 et tout 𝑥 ∈] − 𝑅𝑛 , 𝑅𝑛 [, on a 𝐷𝑛+1 (𝑥) = 𝑥𝐷𝑛′ (𝑥).
Q 5. Prouver par récurrence que, pour tout entier naturel 𝑛 et tout 𝑥 ∈] − 𝑅𝑛 , 𝑅𝑛 [, on a
1 𝑥
𝐷𝑛 (𝑥) = 𝐺𝑛 ( ).
1−𝑥 1−𝑥
II Nombres de Fubini
On considère la suite (𝐹𝑛 )𝑛∈ℕ définie par 𝐹0 = 1 et la relation de récurrence :
𝑛−1
𝑛
∀𝑛 ∈ ℕ∗ , 𝐹𝑛 = ∑ ( )𝐹𝑘 .
𝑘=0
𝑘
II.A – Dénombrement
Q 6. Justifier que 𝐹1 = 1 et déterminer les entiers 𝐹2 et 𝐹3 .
On rappelle qu’une partition d’un ensemble E non vide est un ensemble de parties de 𝐸 non vides, deux à
deux disjointes et dont la réunion constitue l’ensemble de départ 𝐸. Une partition ordonnée de 𝐸 est un 𝑝-uplet
(𝑋1 , …, 𝑋𝑝 ) tel que {𝑋1 , …, 𝑋𝑝 } est une partition de 𝐸.
Par exemple, les trois partitions ordonnées de l’ensemble {1, 2} sont ({1} , {2}), ({2} , {1}) et ({1, 2}).
Par convention, on pose qu’il existe une seule partition ordonnée de l’ensemble vide. Pour 𝑛 ∈ ℕ∗ , on note 𝑢𝑛
le nombre de partitions ordonnées de l’ensemble {1, …, 𝑛}.
Q 7. Déterminer les partitions ordonnées de l’ensemble {1, 2, 3}, puis leur nombre.
𝑛
𝑛
Q 8. Justifier que pour tout entier 𝑛 ∈ ℕ∗ , on a 𝑢𝑛 = ∑ ( )𝑢𝑛−𝑘 . En conclure que les suites (𝐹𝑛 )𝑛∈ℕ et
𝑘=1
𝑘
(𝑢𝑛 )𝑛∈ℕ sont égales. Pour construire une partition ordonnée, on pourra commencer par choisir le cardinal de la
première partie formant cette partition.
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II.B – Majoration des nombres de Fubini
Q 9. Rappeler le développement en série entière de la fonction exponentielle avec son domaine de validité
𝑛
(ln 2)𝑘
et justifier que ∑ ⩽ 1 pour tout entier naturel 𝑛 non nul.
𝑘=1
𝑘!
On se propose de prouver par récurrence que, pour tout entier naturel 𝑛, on a 0 ⩽ 𝐹𝑛
𝑛! ⩽ (ln 2)𝑛 .
1
Pour cela, on
note 𝒫(𝑛) la propriété ci-après qui implique l’encadrement voulu :
𝐹𝑘 1
𝒫(𝑛) : ∀𝑘 ∈ ⟦0, 𝑛⟧ , 0 ⩽ ⩽ .
𝑘! (ln 2)𝑘
Q 10. Justifier que 𝒫(0) est vraie.
Q 11. On suppose 𝒫(𝑛 − 1) vraie pour un certain entier 𝑛 naturel non nul fixé. Montrer que 0 ⩽ 𝐹𝑛
𝑛! ⩽ 1
(ln 2)𝑛
et en conclure que 𝒫(𝑛) est vraie.
Le résultat de cette question achève la récurrence et prouve l’encadrement de 𝐹𝑛
𝑛! annoncé.
𝐹𝑛 𝑛
Q 12. En déduire une minoration du rayon de convergence 𝑅 de la série entière ∑ 𝑧 .
𝑛⩾0
𝑛!
II.C – Interprétation probabiliste et minoration des nombres de Fubini
+∞
𝐹𝑛 𝑛
Pour 𝑥 ∈] − 𝑅, 𝑅[, on pose 𝑓(𝑥) = ∑ 𝑥 .
𝑛=0
𝑛!
On peut montrer que 𝑓 est de classe 𝐶 ∞ sur ] − 𝑅, 𝑅[ et que ses dérivées successives s’expriment à l’aide des
polynômes 𝐺𝑛 définis dans la partie Préliminaires sous la forme :
1
∀𝑥 ∈] − 𝑅, 𝑅[, 𝑓 (𝑛) (𝑥) = 𝐺𝑛 ( ) 𝑓(𝑥).
2𝑒−𝑥 −1
On pourra librement utiliser cette expression admise de 𝑓 (𝑛) valable pour tout entier naturel 𝑛.
𝐹𝑛 𝑛
Q 13. Rappeler le lien existant entre les dérivées successives de 𝑓 et les coefficients de la série entière ∑ 𝑥
𝑛⩾0
𝑛!
puis prouver que, pour tout entier naturel 𝑛, on a
+∞
1 𝑘𝑛
𝐹𝑛 = ∑ 𝑘 (II.1)
2 𝑘=0 2
Soit 𝑋 une variable aléatoire sur un espace probabilisé (Ω, 𝒜, 𝑃 ) qui suit une loi géométrique de paramètre 12 .
Pour tout entier naturel 𝑛, on note 𝑔𝑛 la fonction définie sur [0, +∞[ par
𝑔𝑛 : 𝑡 ↦ 𝑡𝑛 𝑒−𝑡 ln 2 .
Q 14. Rappeler quel est l’ensemble 𝑋(Ω) des valeurs prises par 𝑋 et rappeler la valeur de 𝑃 (𝑋 = 𝑘) pour
𝑘 ∈ 𝑋(Ω).
Q 15. Soit 𝑛 un entier naturel non nul. Justifier que 𝑋 𝑛 est d’espérance finie puis que 𝐸 (𝑋 𝑛 ) = 2𝐹𝑛 en
citant le nom du théorème utilisé.
1
Q 16. Soit 𝑎 un réel strictement positif que l’on suppose non entier. Montrer que 𝑃 (𝑋 ⩾ 𝑎) = ⌊𝑎⌋ .
2
Q 17. Pour 𝑛 non nul, justifier que 𝑔𝑛 admet un maximum sur [0, +∞[, noté 𝑀𝑛 , que l’on explicitera.
Q 18. Soit 𝑛 un entier naturel non nul. Montrer que 𝐸(𝑋 𝑛 ) ⩾ 𝑎𝑛 𝑃 (𝑋 ⩾ 𝑎) pour tout réel 𝑎 strictement
positif.
𝑛
1 𝑛
Q 19. En déduire la minoration 𝐹𝑛 ⩾ ( ) On pourra admettre que ln 2 n’est pas un nombre ration-
2 𝑒 ln 2
nel.
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III Équivalent de 𝐹𝑛
On rappelle que la fonction 𝑔𝑛 a été définie dans la partie II.C pour tout entier naturel 𝑛 par
[0, +∞[→ ℝ
𝑔𝑛 : {
𝑡 ↦ 𝑡𝑛 𝑒−𝑡 ln 2
et que quelques résultats la concernant, qui peuvent directement être réinvestis, ont déjà été établis dans la
question 17.
III.A – Valeur d’une intégrale
+∞
Q 20. Pour tout entier naturel 𝑛, justifier que l’intégrale ∫ 𝑔𝑛 (𝑡)𝑑𝑡 converge et, à l’aide d’une intégration
0
+∞ +∞
par parties, établir une relation entre ∫ 𝑔𝑛+1 (𝑡)𝑑𝑡 et ∫ 𝑔𝑛 (𝑡)𝑑𝑡.
0 0
+∞
𝑛!
Q 21. Montrer que ∫ 𝑔𝑛 (𝑡)𝑑𝑡 = pour tout entier naturel 𝑛.
(ln 2)𝑛+1
0
III.B – Comparaison série/intégrale
Dans toute la suite de cette partie, 𝑛 désigne un entier naturel non nul.
Q 22. Justifier qu’il existe un entier 𝑁 ⩾ 1, dépendant de 𝑛 tel que 𝑔𝑛 est croissante sur [0, 𝑁 ] et décroissante
sur [𝑁 + 1, +∞[.
𝑁
𝑁−1 𝑁
Q 23. Justifier que ∑ 𝑔𝑛 (𝑘) ⩽ ∫ 𝑔𝑛 (𝑡)𝑑𝑡 ⩽ ∑ 𝑔𝑛 (𝑘).
𝑘=0 𝑘=1
0
+∞
Q 24. Justifier que la série ∑ 𝑔𝑛 (𝑘) converge puis établir l’encadrement
𝑘⩾𝑁+1
+∞
+∞ +∞
∑ 𝑔𝑛 (𝑘) ⩽ ∫ 𝑔𝑛 (𝑡)𝑑𝑡 ⩽ ∑ 𝑔𝑛 (𝑘).
𝑘=𝑁+2 𝑘=𝑁+1
𝑁+1
Q 25. En utilisant la relation (II.1), déduire des encadrements précédents que
𝑁+1 𝑁+1
𝑛!
− ∫ 𝑔𝑛 (𝑡)𝑑𝑡 ⩽ 2𝐹𝑛 − ⩽ 𝑔𝑛 (𝑁 ) + 𝑔𝑛 (𝑁 + 1) − ∫ 𝑔𝑛 (𝑡)𝑑𝑡.
(ln 2)𝑛+1
𝑁 𝑁
𝑀𝑛 𝑛!
Q 26. Justifier que − ⩽ 𝐹𝑛 − ⩽ 𝑀𝑛 pour tout entier naturel non nul puis en déduire
2 2(ln 2)𝑛+1
l’équivalent de 𝐹𝑛 ∼ 2(ln 2)𝑛+1 . On pourra utiliser librement la formule de Stirling qui donne l’équivalent
𝑛!
𝑛→+∞
√ 𝑛
𝑛! ∼ 2𝜋𝑛 ( 𝑛𝑒 ) .
𝑛→+∞
IV Une suite d’Appell
Pour un polynôme 𝑃 de ℝ[𝑋], noté parfois également 𝑃 (𝑋), on note 𝑃 (𝑋 +1) le polynôme obtenu en substituant
l’indéterminée 𝑋 de 𝑃 par 𝑋 + 1.
À titre d’exemple, si 𝑃 (𝑋) = 𝑋 2 − 3𝑋 + 7 alors 𝑃 (𝑋 + 1) = (𝑋 + 1)2 − 3(𝑋 + 1) + 7 = 𝑋 2 − 𝑋 + 5. On pourra
admettre que, pour tout polynôme 𝑃 de ℝ[𝑋], les polynômes 𝑃 et 𝑃 (𝑋 + 1) ont le même degré et le même
coefficient dominant.
Dans toute cette partie, on considère un entier naturel 𝑛 fixé.
IV.A – Étude d’un endomorphisme
On note 𝜑𝑛 l’application définie sur ℝ𝑛 [𝑋] par 𝜑𝑛 : 𝑃 ↦ 2𝑃 (𝑋) − 𝑃 (𝑋 + 1).
Q 27. Montrer que 𝜑𝑛 est un endomorphisme de ℝ𝑛 [𝑋].
Q 28. Montrer que si 𝜆 est une valeur propre de 𝜑𝑛 alors 𝜆 = 1 (on pourra utiliser un vecteur propre associé
à la valeur propre 𝜆). En déduire que 𝜑𝑛 est injectif.
Q 29. L’endomorphisme 𝜑𝑛 est-il diagonalisable ?
Q 30. Déduire des questions précédentes qu’il existe un unique polynôme 𝑃 de ℝ𝑛 [𝑋] tel que
2𝑃𝑛 (𝑋) − 𝑃𝑛 (𝑋 + 1) = 𝑋 𝑛 . Dans toute la suite du problème, on note 𝑃𝑛 cet unique polynôme.
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IV.B – Premières propriétés
On rappelle que, par définition, le polynôme 𝑃𝑛 vérifie 2𝑃𝑛 (𝑋) − 𝑃𝑛 (𝑋 + 1) = 𝑋 𝑛 .
Q 31. Justifier que deg 𝑃𝑛 = 𝑛.
𝑘𝑛
Q 32. Justifier que 2𝑘
= 𝑃𝑛 (𝑘)
2𝑘−1
− 𝑃𝑛 (𝑘+1)
2𝑘
pour tout entier naturel 𝑘 et en déduire que 𝑃𝑛 (0) = 𝐹𝑛 .
Q 33. Montrer que 𝑃𝑛+1
′ = (𝑛 + 1)𝑃𝑛 .
Q 34. En utilisant la formule de Taylor pour les polynômes, montrer que
𝑛
𝑛
𝑃𝑛 = ∑ ( )𝐹𝑛−𝑘 𝑋 𝑘 . (IV.1)
𝑘=0
𝑘
IV.C – Structure euclidienne
L’endomorphisme 𝜑𝑛 est celui défini dans la partie IV.A. Dans toute la suite, pour des polynômes 𝑃 et 𝑄 de
ℝ𝑛 [𝑋], on pose
𝑛
(2𝑃 (𝑗) (0) − 𝑃 (𝑗) (1))(2𝑄(𝑗) (0) − 𝑄(𝑗) (1))
⟨𝑃 , 𝑄⟩ = ∑ .
𝑗=0
(𝑗!)2
Q 35. Soit 𝑃 ∈ ℝ𝑛 [𝑋]. Justifier qu’il existe (𝑎0 , 𝑎1 , …, 𝑎𝑛 ) ∈ ℝ𝑛+1 tel que 𝑃 = 𝑎0 𝑃0 + 𝑎1 𝑃1 + ⋯ + 𝑎𝑛 𝑃𝑛 .
Q 36. Justifier que 𝜑𝑛 (𝑃 (𝑗) ) = (𝜑𝑛 (𝑃 ))(𝑗) pour tout polynôme 𝑃 ∈ ℝ𝑛 [𝑋] et tout entier naturel 𝑗 puis
montrer que ⟨, ⟩ définit un produit scalaire sur ℝ𝑛 [𝑋].
Q 37. Justifier que
(𝑗) (𝑗) 0 si 𝑗 ≠ 𝑘
2𝑃𝑘 (0) − 𝑃𝑘 (1) = {
𝑘! si 𝑗 = 𝑘
pour tout couple d’entiers naturels (𝑗, 𝑘) puis montrer que la famille (𝑃0 , …, 𝑃𝑛 ) est une base orthonormée de
ℝ𝑛 [𝑋] pour ce produit scalaire.
Q 38. En déduire que, pour tout polynôme 𝑃 ∈ ℝ𝑛 [𝑋], on peut écrire
𝑛
𝜑𝑛 (𝑃 )(𝑘) (0)
𝑃 =∑ 𝑃𝑘 .
𝑘=0
𝑘!
Les entiers 𝐹𝑛 définis dans ce problème sont appelés nombres de Fubini ou nombres de Bell ordonnés et appa-
raissent dans des problèmes de combinatoire. La suite (𝑃𝑛 ) de polynômes définie à partir de ces nombres vérifie
des propriétés communes avec d’autres suites de polynômes (polynômes de Bernoulli, polynômes d’Hermite...)
qui sont à l’origine de la notion de suites d’Appell.
• • • FIN • • •
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