La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun,
1945-1965
Alexandrine Bouopda
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Alexandrine Bouopda. La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun, 1945-1965. Histoire.
2016. �dumas-01362324�
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Université Panthéon-Sorbonne
Paris 1 - UFR 09
LA GENESE DE L’ENSEIGNEMENT
SUPERIEUR AU CAMEROUN
1945-1965
Juin 2016
Institut des Mondes Africains – IMAF. UMR 8171 (CNRS) -
UMR 243 (IRD)
Bouopda Alexandrine
Mémoire de Master 1 dirigé par Pierre Boilley et Anne Hugon
Master 1 Histoire de l’Afrique
Spécialité histoire contemporaine
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Remerciements
Pour concevoir et rédiger ce mémoire, j’ai été soutenue et encadrée avec
bienveillance par Madame Anne Hugon ma directrice de mémoire. Je tiens pour cela
à la remercier sincèrement et lui dire que son attention et ses conseils m’ont été d’une
grande utilité dans la réalisation de ce travail.
Je remercie également les professeurs Pierre Boilley et Bertrand Hirsh, pour
leurs cours et les recommandations qu’ils m’ont faites lors de nos entretiens.
Au cours de cette année universitaire, il m’a été donné la possibilité de suivre
les cours des professeurs Elikia Mbokolo et Catarina Madeiras à l’EHESS. Je tiens à
remercier ces deux enseignants qui m’ont permis d’élargir mes connaissances sur le
continent africain.
L’intérêt que je porte à l’histoire du continent africain et les connexions qu’il
entretien avec le reste du monde s’est fait toujours plus grand et c’est en partie grâce
aux enseignants que je viens de citer.
J’ai pu parvenir à travailler sur un corpus documentaire assez conséquent et
riche grâce aux personnels des centres d’archives et de bibliothèques dans lesquels je
me suis rendue. Je tiens à leur dire merci pour l’aide sans laquelle je serais
difficilement parvenue à travailler.
Je tiens enfin à remercier mes parents qui m’ont toujours encouragée et
motivée pour mes études.
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
SOMMAIRE
PRESENTATION DU SUJET .................................................................................. 4
PRESENTATION DES SOURCES ......................................................................... 6
CONTEXTE ............................................................................................................. 12
PRESENTATION DE LA BIBLIOGRAPHIE ..................................................... 19
I. L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR : UNE NOUVELLE DONNE DANS
LE PAYSAGE EDUCATIF CAMEROUNAIS ..................................................... 27
II. LES POLITIQUES D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AU CAMEROUN .
............................................................................................................................ 39
III. L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR DANS LE PROJET POLITIQUE
DE L’ÉTAT POSTCOLONIALE DU CAMEROUN........................................... 49
CONCLUSION......................................................................................................... 67
ANNEXES................................................................................................................. 68
SOURCES ................................................................................................................. 90
TABLE DES MATIERES ....................................................................................... 94
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
PRESENTATION DU SUJET
Le Cameroun, comme beaucoup de pays africains, s’est doté assez
tardivement d’universités et d’écoles pour former la jeunesse au-delà des études
secondaires. Les questions liées à l’enseignement supérieur ont été soulevées de
manière récurrente à partir de 1945. Le territoire sous tutelle du Cameroun s’exprime
explicitement à l’époque pour une amélioration de son système éducatif en vue de la
préparation de son indépendance, objectif prévu par son statut international.
Conscient des exigences de l’indépendance politique en matière d’administration
autonome, l’enseignement supérieur est apparu à l’élite camerounaise comme un défi
à relever.
Tous les établissements d’enseignement supérieur publics ou privés, à
l’exception de l’University preparatory classes1, école de droit créée en 1958, de
l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) créée en 1959, et de
l’École Militaire Inter-armes (EMIA)2, ont été implantés sur le territoire camerounais
après l’indépendance nationale en 1960. La création de ces établissements est le
produit de nombreux débats entre les Camerounais, les puissances administrantes et
les instances internationales des Nations Unies.
Je vais rendre compte de ces débats et faire ressortir la genèse du système
d’enseignement supérieur camerounais marqué de façon originale par les empreintes
francophone et anglophone. Cela permet d’apprécier, dans le cas d’un pays d’Afrique
subsaharienne, les réflexions qui ont présidé à la création d’un système
d’enseignement supérieur. Cela permet aussi d’expliciter les principaux enjeux et les
questions majeures d’instruction de la jeunesse qui se sont imposées aux dirigeants
politiques africains à la veille et au lendemain des indépendances.
Travailler sur la création des premières universités et écoles supérieures du
Cameroun, c’est aussi identifier le modèle de nation que le pays ambitionnait de
construire après avoir vécu une triple domination depuis la fin du XIXe siècle, à
savoir les dominations allemande, puis britannique et française.
Étudier les modalités de financement des établissements d’enseignements
supérieurs ; les choix d’implantation géographique ; les choix de langues
1
Ngwene John, An Introduction to the Cameroon Educational system, Mella Press, Bamenda, 1990.
2
Fonkeng Epah Georges, The History of Education in Cameroon 1844-2004, Wales Edwin Mellen
Press, Ceredigion, 2007, p. 169.
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
d’enseignement ; la configuration des programmes d’enseignement ; les partenariats
avec les universités européennes, asiatiques, américaines, africaines… Ce sont là des
exemples de questions auxquelles je vais m’employer à apporter des réponses dans le
cadre de ce travail.
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
PRESENTATION DES SOURCES
A. LES RAPPORTS
1) Les Rapports du Conseil de tutelle de des Nations Unies
Les Rapports annuels du Conseil de tutelle des Nations Unies sont les
premiers documents que j’ai exploités dans le cadre de ce travail. Cet organe de
l’ONU avait en charge : l’examen des Rapports d’administration que les puissances
administrantes des territoires sous tutelle avaient l’obligation de lui transmettre tous
les ans ; la réception et l’examen des pétitions des populations de ces territoires ; et
l’organisation des Missions de visite des inspecteurs des Nations Unies dans les
territoires sous tutelle.
Pour le Cameroun, Territoire sous tutelle des Nations Unies, le Conseil de
tutelle a produit 14 Rapports entre 1947 et 1960. Ce sont des documents de 150 à
plus de 250 pages qui synthétisent, territoire par territoire, les réalisations des
puissances administrantes dans les domaines politique, économique et social. Il m’a
fallu plusieurs semaines pour parvenir à en extraire les informations pertinentes qui
se rapportaient à mon sujet.
Les questions relatives à l’éducation étaient traitées dans la rubrique des
Rapports intitulée « Progrès de l’enseignement ». Pour le Cameroun, cette rubrique
apparaissait deux fois : d’une part, pour le territoire camerounais administré par la
France (zone francophone), et d’autre part, pour le territoire camerounais administré
par le Royaume-Uni (zone anglophone). Les thématiques soulevées dans cette
rubrique sont nombreuses. Travaillant sur l’enseignement supérieur, j’ai pu constater
que nombreux points de cette rubrique touchaient aux questions que je me posais
dans le cadre de mes recherches. En effet, dans tous les rapports, les représentants
des membres du Conseil de tutelle, font état du manque d’établissement
d’enseignement supérieur sur le territoire, et relèvent que c’est une chose grave pour
un territoire dont la finalité de l’administration est l’indépendance nationale. Les
questions de financement, de l’obtention de bourses d’enseignement supérieur à
l’étranger pour les meilleurs élèves sont régulièrement posées dans ces Rapports. Des
comparaisons sont faites avec d’autres pays du continent africain. Ces Rapports
évoquent aussi les tentatives infructueuses ou retardées de construction d’universités
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
ainsi que les disciplines les plus prisées par les étudiants ou celles proposées dans les
programmes d’étude.
2) Le Rapport de la Conférence d’Addis-Abeba
Deux autres documents officiels issus du site de l’Unesco m’ont été utiles
dans le cadre de mon travail. Il s’agit du Rapport final de la Conférence des États
africains sur le développement de l’éducation en Afrique (Addis-Abeba/Éthiopie, 15-
25 mai 1961), et du Rapport sur la Conférence sur le développement de
l’enseignement supérieur en Afrique (Tananarive/Madagascar, 3-12 septembre
1962). Ces deux documents sont disponibles en libre accès sur Internet. Il en est de
même pour les Rapports du Conseil de tutelle de l’ONU.
Dans le Rapport de la Conférence tenue à Addis-Abeba en 1961, un
inventaire de la situation de l’enseignent en Afrique est fait. L’enseignement
supérieur y tient une place importante. Il m’a été précieux notamment pour apprécier
l’appui que les institutions internationales ont apporté à la création des universités en
Afrique. L’ensemble des personnes présentes à cette Conférence (délégués,
représentants, professeurs invités) soutenaient l’amélioration des conditions
d’enseignement en Afrique. Les questions liées à la coopération internationale en
matière d’éducation interafricaines sont soulevées lors de cette Conférence. Il s’agit
de démontrer comment les échanges ou transfert de connaissances peuvent participer
à une amélioration de l’enseignement, dont l’enseignement supérieur. L’un des
aspects intéressants de ce Rapport est qu’il donne des informations sur les disciplines
plus ou moins prisées par les étudiants africains. De nombreux tableaux recensent le
nombre d’élèves par niveau sur plusieurs années. Dans sa partie annexe, ce Rapport
reproduit plusieurs discours prononcés par des personnalités invitées, à l’exemple du
professeur Ki-Zerbo.
3) Le Rapport de la Conférence de Tananarive
Le Rapport de la Conférence tenue à Tananarive en 1962 est plus directement
en lien avec mon sujet et mes questionnements. Elle est en effet centrée sur le sujet
de l’enseignement supérieur. Les participants à cette Conférence militent pour la
création d’universités en Afrique, notamment pour réduire le nombre des étudiants
africains qui sont obligés d’aller se former à l’étranger, et le plus souvent en dehors
du continent africain. Ils prônent aussi une valorisation de la coopération
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
interafricaine pour faire naitre une identité continentale. La formation supérieure est
présentée comme l’une des conditions préalable à l’unité nationale et au
développement économique des pays africains. De nombreux tableaux sont fournis
dans ce rapport. Ils font état des différentes disciplines universitaires prisées par les
étudiants ainsi que celles qui souffrent d’un déficit d’étudiants. Des prévisions sont
aussi faites pour la décennie à venir par rapport aux dépenses liées à la construction
des universités et à l’approvisionnement du matériel pour les classes.
La tâche a ainsi été aisée au départ pour trouver des sources. La disponibilité
de ces différents documents sur Internet m’a permis de comprendre l’ossature
institutionnelle qui entourait les débats sur l’enseignement supérieur en Afrique en
général, et au Cameroun en particulier.
B. LA PREFECTURE DE POLICE DE PARIS
Je me suis par la suite employée à obtenir des documents rendant compte du
point de vue des personnes concernées par toutes ces discussions, c’est-à-dire les
étudiants. Sur le conseil de l’une de mes camarades, je me suis rendue aux archives
de la Préfecture de Police, qui se trouvent aux Lilas, en Seine Saint Denis. Je m’y
suis rendue aux mois d’octobre et novembre 2015.
J’ai été très surprise par la documentation trouvée aux archives de la
Préfecture de Police. Je ne soupçonnais pas du tout, qu’à l’époque, la Police
surveillait les étudiants aussi bien dans leur vie privée, que dans leurs activités
associatives et militantes. Elle retranscrivait les discussions des étudiants lors de
leurs réunions. Certaines fiches de renseignements font état d’étudiants africains
jugés dangereux. À Paris et dans le reste de la France, des associations d’étudiants
africains existaient. Ceux-ci se regroupaient pour pouvoir faire entendre leurs voix et
leurs revendications. Ils revendiquaient souvent de meilleurs logements, le paiement
de leurs bourses, s’insurgeaient lorsque l’on fermait les locaux qui leur servaient de
lieu de réunion. La police avait toujours les comptes rendus des discussions ayant eu
lieu dans les foyers ou autres endroits de réunion. Tous les participants aux réunions
des étudiants africains étaient connus des services de la police.
Les documents que j’ai consultés aux Archives de la Préfecture de Police,
m’ont révélé que la police craignait les mouvements panafricanistes. La période des
années 1950 et 1960 étant marquée par des tensions dans les colonies au sujet de la
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
décolonisation, la crainte du développement de mouvements révolutionnaires sur le
territoire français était particulièrement forte, car on était dans un contexte de Guerre
froide. Malgré cette surveillance policière, des associations étudiantes africaines sont
créé s en France. J’ai eu l’occasion de consulter des documents concernant celles-
ci. J’ai ainsi pu consulter les comptes rendus de l’association de la Fédération des
Étudiants d’Afrique Noire en France (FEANF). La FEANF avait son journal
« L’Étudiant d’Afrique Noire » qu’elle distribuait en métropole et en Afrique.
Des Camerounais, en tant qu’Africains, faisaient partie de la FEANF. Ils
avaient cependant leur propre association : l’Union Nationale des Étudiants du
Kamerun (UNEK). Ils publiaient un journal : « L’Étudiant du Kamerun ». Ce journal
traitait de des questions d’ordre général dont celle liée à l’enseignement supérieur au
Cameroun : la construction des établissements, la formation des élèves, les questions
de financement, les contenus des programmes, etc. Le journal avait de nombreux
lecteurs (trop vague) et j’ai pu consulter de nombreux numéros. J’ai en particulier
exploité le numéro de 1965 qui, dans pratiquement toutes ses pages, traite de
l’enseignement supérieur.
La découverte et l’exploitation des documents des archives de la Préfecture
de Police ont failli m’éloigner de mon sujet. Je me suis prise de passion pour les
fiches de renseignement et j’ai failli réorienter mon sujet pour travailler sur
« l’activité des étudiants camerounais en France dans les années 1940 jusqu’aux
années 1960 ». Je me croyais dans une enquête policière lorsque je lisais toutes ces
fiches de renseignement. La police était obsédée par le moindre détail. Mais après
réflexion, j’ai recentré mon travail sur mes touts premiers questionnements.
C. LE SITE CAMEROUNAIS DU MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
J’ai consulté le site Internet du ministère de l’Enseignement supérieur au
Cameroun (MINESUP), dans l’espoir d’y trouver un historique des dates les plus
importantes dans la mise en place d’instituts scolaires de niveau supérieur. Je n’ai
malheureusement rien trouvé de cette nature sur ce site Internet. Pas d’informations
sur les débuts dans les années 1960. J’ai été assez déçue car je pensais que le site
m’aiderait plus, sachant que sur les sites Internet des ministères de l’Enseignement
supérieur d’autres pays en Afrique, les informations sont plus abondantes.
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
D. LES DOCUMENTS TROUVES EN ANGLETERRE
1) Les archives nationales de Kew Richmond, à Londres
Avec une documentation initiale conséquente, je pensais qu’il n’était pas
nécessaire de me rendre en Angleterre pour consulter les archives anglaises, car les
rapports de l’ONU traitaient à la fois du Cameroun français et du Cameroun
britannique. Je pensais que les informations que j’avais sur la partie anglophone via
ces Rapports suffisaient. Mais sur le conseil de ma directrice de mémoire, Madame
Anne Hugon, je m’y suis rendue et cela m’a été fort utile.
Au mois de janvier 2016, je suis allée à Londres aux Archives nationales de
Kew. J’y ai trouvé différents types de documents : des fiches de renseignement sur
des étudiants ; des correspondances diplomatiques entre les ambassades du
Royaume-Uni à Yaoundé et celle de Russie ; des correspondances entre les membres
du gouvernement camerounais et celui du Royaume-Uni ; des documents qui
établissent des contrats de financement de la faculté de droit de l’Université de
Yaoundé par le Royaume-Uni ; des documents qui concernent le Cameroun
méridional et les écoles qui s’y trouvent ; des documents sur les étudiants envoyés en
Grande-Bretagne, en Inde et au Nigéria.
2) Senate House Library
À l’Université de Londres, j’ai pu lire le 9e numéro de la revue Policy for
Scholarship (Southern Cameroon) datant de 1955. Destiné au Cameroun méridional
sous administration britannique, c’est une revue qui est spécialement dédiée aux
questions éducatives. Les éditeurs sont nigérians. D’où leur intérêt pour le Cameroun
méridional. Ce numéro nous donne des informations sur les bourses qui étaient
données aux élèves dans cette partie du pays pour qu’ils aillent étudier au Nigéria à
Lagos et Ibadan. Dans les années 1950, il existait des moyens d’aller à l’Université
en Afrique notamment pour des Camerounais. Ces moyens sont très bien explicités
dans la revue. C’est un document qui m’a permis de me rendre compte de la force
des liens qu’entretenaient la région du sud avec le reste du Nigéria, et par conséquent
j’ai compris pourquoi, lorsqu’il s’agissait d’éducation, les partenariats bilatéraux
étaient si nombreux.
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
E. LES ARCHIVES NATIONALES D’OUTRE-MER, AIX EN PROVENCE
Je me suis enfin rendue à Aix en Provence au mois de mars pour consulter les
archives d’outre-mer. Là aussi mes recherches se sont avérées fructueuses. Des
documents concernant les bourses pour les étudiants sont disponibles. Ils donnent des
informations sur les modalités d’obtention des bourses ; sur le profil social des
boursiers, sur les voyages des étudiants français au Cameroun, sur les voyages des
étudiants africains en France, etc.
F. LE RAPPORT DE LA BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE DE LANGUES ET
CIVILISATIONS
Au mois d’avril, à la bibliothèque universitaire des langues et civilisation
(BULAC), j’ai découvert un document digne d’intérêt pour mon travail : « Le
rapport de la commission consultative pour le développement de l’enseignement
supérieur en République Fédérale du Cameroun ». Le document publié par l’Unesco
date de 1962. La première partie de ce Rapport, intitulée « Planification de
l’enseignement », est un bilan de la situation de l’éducation au Cameroun. Les
analyses portent sur les disparités régionales en termes de moyens financiers alloués
aux établissements d’enseignement supérieur, en termes de scolarisation entre filles
et garçons, en termes d’effectifs d’étudiants dans les différentes disciplines, etc. La
deuxième partie du Rapport analyse les modalités de construction de l’université du
Cameroun, les langues qui y sont parlées, les matières enseignées, etc. Cette partie du
Rapport m’a été extrêmement utile dans la compréhension des problématiques liées à
la façon dont on conçoit l’université, notamment à travers les moyens mis en œuvre
pour l’adapter aux préoccupations de développement.
C’est l’ensemble de ces documents et de ces sources que j’ai exploité pour
réaliser mon mémoire sur la genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun.
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
CONTEXTE
G. 1945 : UN NOUVEL ORDRE MONDIAL
1) La remise en question de la colonisation
1945 est une année charnière dans l’histoire mondiale. En effet, c’est l’année
de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La France, puissance coloniale partie
prenante au conflit en sort diminuée du point de vue de son prestige international.
Face à elle émergent deux puissances militaires anticoloniales : les États-Unis (USA)
et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Depuis la fin du XIXe
siècle, les nations européennes s’étaient engagées dans une course effrénée pour
l’acquisition de territoires en Afrique, qu’elles ont ensuite colonisés en dominant
économiquement, politiquement et socialement les peuples autochtones. Ces
possessions territoriales sont, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale,
fortement critiquées dans les discours anticoloniaux qui prospèrent aussi bien dans
les colonies que dans les pays influents au niveau international comme les USA et
l’URSS.
2) Les Nations Unies, une organisation anticoloniale
Les instances internationales sont à l’époque réceptives à la revendication de
la décolonisation. Le 26 juin 1945, la Charte des Nations Unis est signée à San
Franscisco. Elle institue l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui remplace la
Société des Nations (SDN), créée à la fin de la Première Guerre mondiale. 51 États
membres signent la Charte des Nations Unies qui promeut le droit des peuples à
disposer d’eux-mêmes. C’est le principe de « l’égalité des droits et de
l’autodétermination des peuples » inscrit dans la Charte de San Franscisco. En
d’autres termes, l’ONU soutien le principe de l’autonomie et de l’indépendance des
territoires sous domination étrangère. Cette orientation politique est particulièrement
explicite pour les territoires placés sous sa tutelle. Le régime international des
territoires sous tutelle précise en effet que les territoires bénéficiaires de ce régime
sont administrés dans le but de favoriser leur accès à l’indépendance, via la
promotion d’institutions politiques, économiques et sociales, dont l’éducation.
Acquérir l’indépendance renvoie en effet à la capacité à s’administrer soi-
même à travers une classe dirigeante compétente. C’est le problème de
l’enseignement supérieur qui est ici implicitement posé. À l’époque, les autochtones
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
ont pour la plupart une formation de niveau primaire ou secondaire dans le meilleur
des cas.
3) Le Cameroun, nouveau statut, nouveaux besoins
Parmi les territoires placés sous la tutelle des Nations Unies figure le
Cameroun, pays sur lequel porte le présent travail. Le Cameroun a d’abord été un
protectorat allemand de 1884 à 1919. Il est ensuite devenu un territoire international
placé sous le mandat de la SDN après la Première Guerre mondiale. La France et le
Royaume-Uni se voient confier l’administration du pays respectivement pour 4/5e et
1/5e du territoire. En 1945, le pays devient un territoire sous tutelle des Nations Unies
toujours avec la France et le Royaume-Uni comme puissances administrantes.
L’instruction est à l’époque au cœur des attentes des populations du
Cameroun. Connaissant l’objectif statutaire d’indépendance des territoires sous
tutelle, elles ont conscience de leurs besoins en formation de niveau supérieur. Or, il
n’y a pas à l’époque des établissements d’enseignement supérieur en Afrique à
l’exception de quelques universités en Afrique du Nord et en l’Afrique du Sud.
H. PANORAMA DES UNIVERSITES EN AFRIQUE JUSQUE DANS LES ANNEES 1960
1) Les précurseurs
Les premières pierres des universités ont été posées au XIXe siècle en
Afrique. En Sierra Leone, le Fourah Bay College de Freetown est fondé le 18 février
1827. C’est l’université la plus ancienne d’Afrique de l’Ouest. Dès son ouverture,
des étudiants affluent de toute l’Afrique de l’Ouest anglophone pour y étudier le
droit, la médecine, la philologie, et surtout la théologie. Freetown est alors surnommé
« l’Athènes de l’Afrique » en raison de la renommée de cette université. Entre 1876
et 1967, le Fourah Bay College de Freetown est affilié à l’université de Durham en
Grande-Bretagne.
En 1829, les universités du Cape et Victoria College de Stellenbosch en
Afrique du Sud ouvrent leurs portes. En 1841, toujours en Afrique du Sud, le
Lovedale Institution est inauguré. En février 1863, le Liberia College voit le jour à
Monrovia, la capitale du Liberia. C’est la seconde université d’Afrique de l’Ouest.
La création des établissements universitaires sierra léonais et libérien a été possible
grâce à la coopération avec la Grande-Bretagne pour le premier, et les États-Unis
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
pour le second. En 1873 The University of Cape of Good Hope est inaugurée en
Afrique du Sud. En 1879 une université est ouverte en Algérie, département français.
Pour le début du XXe siècle, l’université de Khartoum au Soudan ouvre ses
portes en 1902. En 1909, c’est le tour de l’Égypte. En Afrique francophone, une
école française de médecine est créée en 1918 à Dakar. En 1932, le Yaba Higher
College est inauguré au Nigéria.
2) Les années 1940, une accélération du processus
Après la Seconde Guerre mondiale, un Institut des Hautes Études est créé en
Tunisie en 1945, et le Gordon College ouvre ses portes en 1946 au Soudan. Les
universités du Ghana et d’Ibadan au Nigeria suivent en 1948/1949. Les réalisations
sont plus nombreuses à partir des années 1950.
Un Institut d’enseignement supérieur est créé à Dakar au Sénégal en 1950.
L’université de Khartoum au Soudan est créée en 1956. À partir des années 1950
l’implantation d’établissements supérieurs se développent dans le reste des colonies
françaises : à Tananarive, capitale de Madagascar en 1955 ; à Brazzaville, capitale du
Congo, en 1955 ; à Abidjan, capitale de la Côte d’Ivoire, en 1958.
En 1954 l’université de Lovanium (aujourd’hui université Kinshasa) ouvre
ses portes. L’université du Congo (aujourd’hui université de Lubumbashi) et
l’université Libre du Congo (aujourd’hui université de Kisangani) suivent le
mouvement respectivement en 1955 et 1958.
En 1957 l’université de Rabat au Maroc et l’université Al Fateh en Lybie sont
inaugurées. En 1959 ce sont l’Averroes School of Applied Medecine de Casablanca,
et l’université de Somalie qui suivent, etc.
Durant les années 1950, les Camerounais ont connaissance de l’existence de
toutes ces institutions universitaires africaines. Leur demande d’enseignement
supérieur en est d’autant plus pressante à l’époque. La volonté de voir l’implantation
d’établissements d’enseignement supérieur au Cameroun leur apparaît naturelle et
légitime au regard de ces expériences africaines. Mais malgré leur pression, les
réalisations en la matière ne se feront pas avant l’indépendance du pays. En effet,
durant les années 1940 et 1950, et contrairement à d’autres territoires africains,
aucun établissement d’enseignement supérieur ne voit le jour au Cameroun. A
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
l’indépendance du pays, le sujet de l’enseignement supérieur est donc au premier
plan des urgences en matière d’éducation.
D’après le tableau ci-dessous, ce sont les pays africains anglophones,
notamment ceux de l’Afrique de l’Ouest, qui sont les premiers à avoir été dotés
d’universités et écoles supérieurs à partir du début du XIXe siècle. C’est ensuite
l’Afrique du Nord arabophone, avec au premier rang l’Égypte au début du XXe
siècle, qui se dote d’établissements universitaires.
En Afrique francophone française, c’est le Sénégal qui est le premier des pays
à avoir des institutions de niveau supérieur dans les années 1920. Puis vient
Madagascar en Afrique orientale dans les années 1950. L’Afrique francophone
belge, le premier établissement universitaire est implanté au Congo au milieu du XXe
siècle. Les autres pays africains ont dû attendre la fin des années 1950, voire après
1960, pour l’implantation d’établissements universitaire sur leurs territoires. C’est le
cas du Cameroun.
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Tableau récapitulatif des universités en Afrique
Année d’inauguration Université Pays
1826/7 Fourah Bay College Sierra Leone
Université du Cap
1829 Victoria College at Afrique du Sud
Stellenbosch
Lovedale Institution in South
1841 Afrique du Sud
Africa
1863 Liberia College Libéria
The University of Cape of
1873 Afrique du Sud
Good Hope
1879 Algérie
University of Alger
1902 Université de Khartoum Soudan
1909 Université du Caire Égypte
1918 École française de médecine Sénégal
Collège universitaire
1927 Ghana
d’Achimota
1932 Yaba Higher College Nigeria
1945 Institut des Hautes Études Tunisie
1946 Gordon College Soudan
1947/1948 University of Ibadan Nigéria
1949 University of Gold Coast Ghana
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Institut d’enseignement
1950 Sénégal
supérieur
1954 Université de Lovanium Congo Kinshasa
1955 École française de médecine Madagascar
1955 Université de Brazzaville Congo Brazzaville
Université de Lubumbashi
Congo Kinshasa
1955 University College of
Rhodésie et Nyassaland
Rhodesia and Nyasaland
Université de Rabat Maroc
1957
Université Al Fateh Lybie
1956 Institut des Hautes Études Madagascar
1958 Université Abidjan Côte d’Ivoire
1958 Université de Kisangani Congo Kinshasa
Averroes School of Applied
Maroc
1959 Medecine in Casablanca
Somalie
University of Somalia
1961 Makerere College Ouganda
Collège universitaire de
1961 Kenya
Nairobi
Collège universitaire de Dar
1963 Tanzanie
es Salam
Omdurman Islamic
1965 Soudan
University
I. LA POLITIQUE AU SERVICE DES POPULATIONS
1) Les pressions politique et diplomatique
La scène politique camerounaise connait à la fin des années 1940 de
profondes transformations en rapport avec la création, en avril 1948, d’un parti
politique, l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Les populations du
Cameroun s’identifient majoritairement à ce parti qui promeut leurs revendications
sur le territoire et auprès des instances internationales de la tutelle.
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Les deux revendications politiques qui permettent à l’UPC de mobiliser une
majorité de Camerounais sont les suivantes : la réunification des territoires
camerounais sous administration de la France et du Royaume-Uni, et l’indépendance
du Cameroun. Les dirigeants de l’UPC, et notamment Ruben Um Nyobé, son
secrétaire général, s’emploient durant les années 1950 à convaincre aussi bien les
puissances administrantes du Cameroun, que les Nations Unies de la nécessité de
réaliser ces deux objectifs conformément aux fins du régime international de la
tutelle. Pour ce faire, ils mettent notamment à profit le droit de pétition qui est
reconnu aux ressortissants des Territoires sous tutelle ; les Missions de visites que les
Nations Unies organisent sur les territoires camerounais à partir de 1949 ; et les
auditions que la Commission de tutelle de l’ONU accordent à Ruben Um Nyobé à
trois reprises à partir de l’année 1952. C’est dans ce contexte de pression
diplomatique internationale que la France et le Royaume-Uni accélèrent les réformes
politiques et institutionnelles destinées à préparer les Camerounais à leur
indépendance.
2) La réponse contrariée des puissances administrantes
La France et le Royaume-Uni, les deux puissances administrantes du
Cameroun, sont contrariés par la pression diplomatique internationale qu’elles
subissent, notamment en raison des actions militantes et initiatives des dirigeants de
l’UPC. Elles n’envisagent pas l’indépendance des territoires camerounais à brève
échéance malgré cette pression diplomatique. Dans ces conditions, les réformes sur
le plan de l’enseignement supérieur ne leur semblent pas particulièrement urgentes.
Face à cette attitude, plusieurs dirigeants de l’UPC se radicalisent au point d’utiliser
la violence pour faire aboutir leurs revendications politiques. Les puissances
administrantes saisissent cette occasion en 1955 pour dissoudre l’UPC durant une
période considérée comme un parti politique révolutionnaire. Les réformes
préconisées initialement par l’UPC, dont celles concernant l’enseignement supérieur,
seront par la suite réalisées, mais pas dans les délais souhaités par ce parti.
18
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
PRÉSENTATION DE LA BIBLIOGRAPHIE
Les ouvrages liés à l’éducation en Afrique sont très nombreux.
L’enseignement primaire et secondaire y tient une place de choix par comparaison à
l’enseignement supérieur, dont l’existence est plus récente sur le continent.
Les ouvrage que j’ai consulté, sont à la fois en français et en anglais. Mon
travail couvre en effet une période durant laquelle le Cameroun connait une
administration par la France et le Royaume-Uni.
A. LES OUVRAGES GENERAUX SUR L’HISTOIRE DU CAMEROUN
Pour parvenir à avoir des ouvrages sur l’enseignement au Cameroun j’ai
procédé par étape. Tout d’abord j’ai cherché des ouvrages généraux sur l’histoire du
Cameroun contemporain, sachant qu’à un moment donné, le thème de l’éducation
allait forcément être évoqué. J’ai pour cela utilisé comme ouvrage Le Cameroun du
mandat à l’indépendance de Victor T. Le Vine, paru en 1984 chez Présence
africaine. Lorsqu’il évoque l’enseignement supérieur dans cet ouvrage, c’est pour
mettre en avant le retard relatif du Cameroun par rapport à d’autres territoires sur le
continent, en ce qui concerne l’implantation d’établissements d’enseignement
supérieur. Cela m’a aidé à comprendre pourquoi les populations du Cameroun étaient
tant désireuses de voir la situation changer. La politique française des bourses qui a
permis à de nombreux étudiants d’aller se former en France est détaillée dans
l’ouvrage de Victor T. Le Vine. On y trouve aussi des informations pertinentes sur le
nombre d’étudiants en France en 1947, et 1957. Pour l’année 1958 nous ne savons
pas combien d’étudiants sont en France mais plutôt leur nombre à l’extérieur du
Cameroun. On sait aussi, à la lecture de cet ouvrage, quelles sont les disciplines qui
reçoivent des étudiants camerounais en majorité. Un tableau est fourni pour l’année
1957.
Ces données m’ont été très précieuses dans le cadre de mon travail. Pour
Victor T. Le Vine, le passage des étudiants camerounais à l’étranger a eu beaucoup
d’impact sur la relation que ceux-ci entretenaient avec la France. En effet, nombreux
sont ceux qui après être restés sur le territoire français pendant plusieurs années,
finissent par intégrer à leur identité des traits de la culture française. Mais, il y a aussi
la découverte de la politique et du militantisme étudiant français. C’est ainsi que des
associations politiques étudiantes africaines se sont formées comme la Fédération des
19
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Étudiants Africains Noire de France (FEANF) ou l’Union Nationale des Étudiants du
Kamerun (UNEK).
B. OUVRAGES SUR L’HISTOIRE DE L’ENSEIGNEMENT EN AFRIQUE
Suite à la consultation de l’ouvrage de Victor T. Le Vine, j’ai exploité des
livres sur l’enseignement en Afrique et au Cameroun. J’ai ainsi consulté Perspectives
africaines les progrès de l’éducation de Richard Greenough paru en 1966, et Essai
sur l’Éducation en Afrique de Pierre Erny paru en 2001.
Le premier ouvrage, est écrit à l’initiative de l’Unesco. La Conférence
d’Addis-Abeba de 1961 sert de point de départ dans la réflexion sur l’éducation. À
partir des résolutions prises lors de cet évènement, l’auteur fait une évaluation des
systèmes éducatifs en Afrique. Il visite 9 pays, dont le Cameroun, et constate les
évolutions enregistrées depuis la Conférence.
Au sortir de la Conférence, tous les Etats membres et participants en arrive à
la conclusion suivante : l’école participe au développement économique et social des
pays africains. C’est aussi un moyen d’affirmer son indépendance vis-à-vis des
anciens pouvoirs coloniaux. L’idée retenue dans l’ouvrage, et qui touche à mon sujet,
est l’africanisation de l’école par une adaptation des programmes scolaires à la vie
quotidienne des Africains. Le Cameroun est dépeint dans l’ouvrage comme un
exemple concernant cette question. En effet, un Centre régional de production de
manuels scolaires est établi à Yaoundé par l’Unesco depuis 1961. Les manuels
scolaires qui y sont produits sont destinés aux écoliers camerounais, tchadiens et
gabonais. Même si ici ce sont les élèves du primaire et du secondaire qui sont visés
par ce centre, l’approche m’a interpellée.
Pour ce qui est du second ouvrage, les réticences des pouvoirs coloniaux à
financer des établissements de niveau supérieur y sont expliquées. En effet, l’idée
d’avoir des Africains formés chez eux inquiétaient les pays colonisateurs en raison
des risques d’une perte de contrôle sur les populations autochtones. C’est pourquoi,
ils ont favorisé les systèmes de bourses qui envoyaient les jeunes à l’étranger, et
surtout en métropole. Quand ils consentaient à implanter un établissement
d’enseignement supérieur sur le territoire, celui-ci était un « copié-collé » des
universités métropolitaines avec quelques adaptations tropicales.
20
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
J’ai aussi pu recueillir dans ce livre des informations relatives aux disciplines
que les jeunes Camerounais suivaient dans les facultés. Des comparaisons sont faites
entre les politiques universitaires anglaises et françaises. Les premiers furent plus
décentralisateurs dans leur conception de l’école et plus soucieux des identités
« indigènes ». Ils intégrèrent parfois les langues locales dans les programmes
scolaires. Les seconds, plus centralisateurs, avaient une politique d’assimilation très
prononcée. Le français était la seule langue d’enseignement. Je me suis servie de ces
points dans le corps de mon mémoire pour analyser les différentes politiques
d’enseignement orienté vers la jeunesse camerounaise.
C. LES OUVRAGES SUR L’ENSEIGNEMENT AU CAMEROUN
Les ouvrages et articles sur l’enseignement au Cameroun que j’ai lus et
utilisés pour ce mémoire de recherche sont les suivants : The history of education in
Cameroon, 1844-2004, Epah Georges Fonkeng paru en 2007 ; Cent Ans d’éducation
scolaire au Cameroun, Atangana Engelbert, paru en 1996 ; An introduction to the
Cameroon educational system, John Ngwene, paru en 1990 ; L’École au Cameroun
anglophone, Christine et Georges Courade, paru en octobre-décembre 1978. Tous
ces ouvrages consacrent une partie de leurs recherches à l’enseignement supérieur.
Dans, The history of education in Cameroon, 1844-2004, l’enseignement
supérieur est traité à partir de 1960. Il n’y a pas de réflexion sur la genèse de celui-ci.
Plusieurs tableaux nous indiquent le nombre d’étudiants inscrits à l’université au
Cameroun entre 1962 et 1970. Cela m’a été très utile, car j’ai pu construire, avec
d’autres données obtenues dans d’autres ouvrages, des tableaux très précis qui
contiennent le nombre d’étudiants inscrits à l’université du Cameroun. La
surreprésentation des francophones dans les universités du Cameroun occidental
emmena une grande partie des étudiants du Cameroun méridional à aller étudier au
Nigéria. Ce qui explique les relations bilatérales entre les deux régions qui étaient
très fortes.
Engelbert Atangana traite les questions scolaires en rappelant les dates clés
dans le parcours ascendant du primaire jusqu’au supérieur. Il y a peu d’informations
sur l’enseignement supérieur, excepté une définition très précise du système de
bourse organisé par la France dans le cadre du Fonds d’Investissement pour le
Développement Économique et Social (FIDES).
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
L’ouvrage intitulé An introduction to the Cameroon Educational system, m’a
été très utile. Il évoque l’importance de l’implantation au Cameroun des
établissements de niveau supérieur. Il liste les établissements existant sur le territoire
à partir de 1958 et recense les questions soulevées par la différence linguistique. J’ai
lu ce livre lors de mon passage à la bibliothèque de l’University College of London.
C’est le seul ouvrage dans ma bibliographie qui vient d’une bibliothèque
londonienne.
Pour terminer en ce qui concerne les textes généraux sur l’histoire de
l’enseignement au Cameroun, j’évoquerais l’article du couple Courade. C’est un
article de 28 pages. C’est l’histoire de l’éducation dans l’ouest du Cameroun sous
administration du Royaume-Uni qui nous est relatée. Les comparaisons avec le
Nigéria sont nombreuses. Mais il traite uniquement de l’éducation primaire et
secondaire générale, professionnelle et technique. Il ne m’a servi que pour
comprendre que ces deux niveaux d’éducation avaient été plus privilégiés par les
autorités coloniales que l’enseignement supérieur. J’ai aussi mieux compris que
l’ouest du pays avaient connu une évolution sociale différente à cause de l’éducation.
D. L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
Pour ce qui est des ouvrages traitant uniquement de l’enseignement supérieur,
le premier que j’ai exploité s’intitule African Higher Education : An International
Reference Handbook, Damtew, Teferra Atabach et Philip G…, paru en 2003. C’est
un guide qui référence l’ensemble des universités sur le continent en les classant par
pays. Il fait aussi une histoire de l’université en Afrique. On y apprend que pour le
Cameroun, toutes les réalisations universitaires se font après 1960. Les politiques
anglaises ont été différentes des politiques françaises, ce qui a affecté la
configuration de l’université du Cameroun après la réunification de 1961. La période
étudiée dans l’ouvrage s’achève dans les années 1970.
Les ouvrages qui traitent directement des universités en Afrique et où le
Cameroun est directement cité :
Irele, Abiola, African Education and Identity, proceedings of the 5th Session
of the International Congress of African Studies held at Ibadan, December, 1985,
London, Hans Zell, 1992. Cet ouvrage rassemble un ensemble de problématiques
liées à l’enseignement supérieur comme par exemple la recherche d’emploi après la
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
fin des études à l’université ; les conditions de logements des étudiants ; l’existence
de confréries dans les facultés etc. Il a été très intéressant de lire les points de vue des
professionnels de l’éducation sur ces sujets mis en avant surtout par des anglophones.
Okunor, Shiame, Politics, Misunderstandings, Misconceptions, The History
of Colonial Universities, New York, Peter Lang, 1991. Ce livre revient sur la
création des premières universités en Afrique noire. On comprend pourquoi l’Afrique
de l’ouest a été précurseur. On apprend comment et pourquoi les Africains ont, au
XIXe siècle, demandé à voir leur territoire doté d’infrastructures d’enseignement de
niveau supérieur. On est aussi renseigné sur les disciplines qui ont été enseignées et
sur le rôle que les missions religieuses tenaient dans ces institutions.
J’ai eu de nombreuses informations sur les institutions africaines qui avaient
accueilli des étudiants camerounais. Ces informations n’ont pas été difficiles à
obtenir. Dans la mesure où le pays était administré par la France et le Royaume-Uni,
j’ai cherché du côté des universités anglophones en Afrique, et plus particulièrement
à l’université d’Ibadan au Nigeria, dont je savais qu’elle avait accueilli des étudiants
camerounais dès le début des années 1950, et qui était considéré comme l’une des
meilleures en Afrique de l’ouest, voire du continent africain. C’est pour cette raison
que j’ai lu le livre suivant : Lloyd P C, Mabogunje A L, Awe B., The city of Ibadan,
publié en 1967.
E. ENSEIGNEMENT ET POLITIQUE
Concernant la politique et le militantisme des étudiants camerounais, j’ai
exploité deux thèses de doctorat. La première est celle de Jean-Claude Atangana
intitulé L’université et la construction nationale au Cameroun : bilan et perspectives
soutenue en 2009 et qui se trouve à la bibliothèque de l’université de Nanterre. Cette
thèse explique le lien entre éducation supérieure et enjeux de développement. Jean-
Claude Atangana soutient dans sa thèse qu’une nation se construit quand elle a au
sein de sa population des cadres moyens et supérieurs qui peuvent exercer des
fonctions sans aides extérieures.
La seconde thèse de doctorat que j’ai exploitée s’intitule L’Afrique noire face
à sa laborieuse appropriation de l’université : les cas du Sénégal et du Cameroun,
soutenue en 2002 par Félix Marie Affa et disponible à la bibliothèque Sainte
Geneviève à Paris. Pour l’auteur de cette thèse, l’université est une institution
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
étrangère que les Africains ont dû intégrer. L’auteur y traite des difficultés de
financement des locaux et matériels scolaires, du déficit d’enseignants, etc. D’après
Félix Marie Affa, l’université, initialement symbole d’émancipation, s’est avérée être
source de problèmes pour l’Afrique. La thèse démarre ses investigations en 1968 ce
qui ne cadre pas avec la période couverte par mon travail. J’ai tout de même lu cette
thèse qui relate les problèmes structurels qui sont posés par la promotion de
l’enseignement supérieur en Afrique et au Cameroun.
Au sein des ouvrages politiques, je me suis concentrée sur l’activité syndicale
des étudiants africains et camerounais. Pour ce faire, j’ai lu les ouvrages suivants :
Aly Dieng Amady, Les premiers pas de la fédération des Étudiants d’Afrique Noire
en France (FEANF) 1950-1955, de l’union Française à Bandoung, 2003 ; Diane,
Charles, La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical noir, Afrique
contemporaine, Paris, édition Chaka, 1990 ; Nkwengue, Pierre, L’union nationale
des étudiants du Kamerun, ou la contribution des étudiants africains à
l’émancipation de l’Afrique, 2005 ; Rapport présenté au 18ème Congrès 26, 27, 28
décembre 1966 à Paris par la section de Paris, par la section de France sur
« L’enseignement au Kamerun » », numéro 7 publié en 1967.
Le premier livre traite de l’histoire de la FEANF. Le second évoque
spécifiquement les actions culturelles et politiques de la FEANF. À ce sujet,
plusieurs manifestations étudiantes sont réprimées dans les années 1950 en France.
Les étudiants demandent l’amélioration des conditions d’études, la construction de
lycées et d’établissements d’enseignement supérieur. Ce livre est intéressant pour
mon travail dans la mesure où il évoque la question éducative en lien avec la
question politique. Je consacre une partie dans mon mémoire à ce sujet. Le troisième
livre qui est consacré à l’UNEK, apporte des éclairages sur le sujet des bourses
d’enseignement supérieur, sur l’accès des étudiants camerounais aux Grandes Écoles
françaises, etc. Il est fait mention dans ce livre sur la Conférence Pan-Camerounaise
des étudiants qui s’est tenue à Yaoundé du 27 au 30 aout 1959. Cette conférence a
réuni les étudiants camerounais en formation en France, au Royaume-Uni et au
Nigéria. Ce livre m’a été très utile. Des propositions, des évaluations y sont faites
concernant l’enseignement supérieur au Cameroun. Le dernier livre est une critique
du système éducatif au Cameroun avec des recommandations sur les voies pour le
réformer.
24
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
F. LE CONTEXTE
Il y a deux ouvrages que j’ai lus et qui n’ont pas un lien direct avec mon sujet.
Il est cependant important de les mentionner. Il s’agit de deux ouvrages d’Hilary
Perraton publiés en 2009 et 2014 : Learning Abroad ; A history of the
Commonwealth Scholarship and Fellowship Plan, A history of Foreign Student in
Britain, Palgrave Macmillan, 2014. La Grande-Bretagne est à l’origine de ces deux
ouvrages qui relatent comment les politiques de bourses sont nées et quels étudiants
ont pu en profiter dès les années 1940 et 1950. Le Cameroun n’est entré dans le
Commonwealth qu’en 1995. C’est pour cette raison je n’ai pas trouvé de documents
précis comptabilisant le nombre d’étudiants camerounais boursiers en Grande-
Bretagne. Il m’a cependant semblé nécessaire de lire ces deux livres pour
comprendre les motivations et l’environnement des politiques publiques en matière
de développement des enseignements supérieurs par le Royaume-Uni.
G. LES OUVRAGES NON CONSULTES
Pour ce mémoire de Master 1, la bibliographie traitant des problèmes liés à
l’enseignement en Afrique n’est pas négligeable. J’ai donc dû effectuer un travail
important de tri et de sélection dans ma documentation. Il y a un ouvrage, que je n’ai
pas cité, mail qui aurait pu être utilisé dans mon travail. Il se trouve qu’il n’est
disponible dans les bibliothèques en France. C’est l’ouvrage suivant :
-Aguessy, H. (1994), Le pari de l’Unesco pour le succès de l’enseignement
supérieur en Afrique, Dakar, BREDA. Library of Congress Washington.
25
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
PROBLÉMATIQUES ET PLAN
Suite à la lecture des documents cités précédemment un questionnement s’est
imposé. Celui de comprendre comment à partir de 1945 le Cameroun s’est saisi du
sujet de la formation supérieure des jeunes pour en faire une des conditions de la
viabilité de l’État indépendant.
Pour traiter ce sujet, je me suis posée plusieurs questions. Comment le statut
international du Cameroun avait influencé les questions liées à l’enseignement
supérieur ? Dans quelle mesure les deux puissances administrantes avaient orienté les
trajectoires scolaires des étudiants camerounais ? Quelles avaient été leurs réponses
respectives face aux demandes de formation supérieure exprimée par les
Camerounais ? Comment la question du bilinguisme a été traitée dans le débat
scolaire au Cameroun ? Et enfin, dans quelle mesure le sujet récurrent de « la
camerounisation » du système d’enseignement supérieur s’est introduit dans les
débats et les réflexions ?
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
I. L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR : UNE NOUVELLE DONNE DANS LE
PAYSAGE EDUCATIF CAMEROUNAIS
A. LE STATUT INTERNATIONAL DU CAMEROUN EN 1945 ET LE SUJET DU
DEVELOPPEMENT DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
1) Un territoire sous tutelle des Nations Unies
Le Cameroun, Territoire sous mandat de la Société des nations (SDN) depuis
la signature du Traité de Versailles en 1919, change de statut international en 1945,
c’est-à-dire à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Il devient un Territoire sous la
tutelle des Nations Unies après la création de cette organisation en 1945. En effet, du
25 avril au 26 juin 1945, une conférence internationale réunissant plus de 50 chefs
d’Etat est organisée à San Francisco aux États-Unis. L’objet de cette conférence, qui
dure près deux mois, est de mettre en place un nouvel ordre mondial pour assurer la
paix entre les nations. Le 26 juin 1946, à la fin de la conférence internationale, la
Charte des Nations Unies est adoptée à San Franscisco. Elle instaure l’Organisation
des Nations Unies (ONU) qui remplace la SDN.
Dans son chapitre XII (Art. 75 à 85), la Charte des Nations Unies institue un
régime international de tutelle applicable aux Territoires considérés comme non
autonomes3. C’est l’avènement des Territoires placés sous la tutelle des Nations
Unies. Avec la création de ce nouveau statut international, la communauté
internationale, à travers le suivi de l’ONU, souhaite s’assurer que l’administration
des Territoires sous sa tutelle, confiée par elle à certains de ses États membres, se fait
au profit des populations de ces Territoires.
Le 24 octobre 1945, après le démarrage des travaux de l’ONU, le régime
international de la tutelle est appliqué au Cameroun dont l’administration est confiée
à la France et au Royaume-Uni.
En effet, depuis 20 juillet 1922, le Cameroun est administré à la fois par la
France, « puissance mandataire » de la SDN pour sa partie orientale (4/5e du
Territoire), et par le Royaume-Uni, « puissance mandataire » de la SDN pour sa
partie occidentale (1/5e du Territoire). L’ONU reconduit ce schéma d’administration
territoriale du Cameroun dans les Accords de tutelle qu’elle signe le 13 décembre
3
[Link] (3 mai 2016)
27
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
1946 avec la France et le Royaume-Uni qui sont ses seuls États membres candidats à
l’administration de ce Territoire sous tutelle.
Dans la Charte des Nations Unies, les États en charge de l’administration des
Territoires sous tutelles sont dénommés « puissances administrantes ». Celles-ci
doivent administrer ces Territoires avec notamment pour objectifs : d’affermir la paix
et la sécurité internationale ; de favoriser le progrès dans les domaines politique,
social et économique ; d’encourager le respect des droits de l’homme. L’article 76.b
de la Charte de l’ONU dispose en particulier, s’agissant des populations concernées,
que le régime de la tutelle doit conduire au « développement de leur instruction »4.
Dans les Accords de tutelle, il est précisé que les puissances administrantes
du Cameroun doivent associer les Camerounais à l’administration politique de leur
Territoire à travers la promotion d’organes démocratiques représentatifs et
l’organisation, le moment venu, de consultations électorales pour leur permettre de se
prononcer librement sur leur indépendance politique. Ainsi, par comparaison au
régime des colonies, le régime international de Territoire sous tutelle des Nations
Unies apparaît formellement plus profitable aux populations concernées en termes
d’émancipation politique.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Camerounais, confinés
jusque-là dans des formations qui les destinent à des fonctions subalternes dans
« l’administration coloniale », prennent rapidement conscience des opportunités que
leur statut international offre en matière d’enseignement et de possibilité d’ascension
sociale. Les instances de tutelle des Nations Unies veillent à informer les populations
du Cameroun sur les obligations des puissances administrantes en matière
d’éducation et de formation de niveaux secondaire et supérieur. Elles s’assurent
périodiquement que les puissances administrantes, à travers des Missions de visite et
l’analyse des Rapports annuels établis par la France et le Royaume-Uni, des progrès
réalisés au Cameroun dans le domaine de l’enseignement supérieur.
2) L’éducation au Cameroun sous tutelle : état des lieux
Après la Première Guerre mondiale, des écoles d’enseignement primaire se
multiplient au Cameroun. Elles ont vocation, par le contenu des enseignements, à
former des agents subalternes de l’administration coloniale (interprètes, maîtres
4
[Link]
28
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
d’école, dactylographes, secrétaires, agents des postes, maçons, mécaniciens,
techniciens en tout genre, etc.), des employés de maisons de commerce, des ouvriers
des travaux publics, des agents de forces de l’ordre, etc. Elles sont pour la plupart
réservées aux enfants d’une élite sociale (enfants de chefs traditionnels et d’agents de
l’administration).
Un cycle d’enseignement primaire supérieur est créé par la France au
Cameroun en 1921. Il ouvre la voie aux années du cycle d’enseignements
professionnels pour la formation des cadres moyens de l’administration comme les
instituteurs, les aides-médecins, les pharmaciens auxiliaires, les vétérinaires, les
sages-femmes, etc.
Pour ce qui est de l’enseignement supérieur, aucun établissement n’existe au
Cameroun avant l’indépendance. Cette carence préoccupe l’ONU, qui souhaite que
l’administration du Cameroun débouche sur son indépendance politique. Elle va
inciter la France et le Royaume-Uni à mettre en œuvre une politique ambitieuse
d’attribution de bourses d’enseignement supérieur aux Camerounais dans des
universités africaines et européennes.
S’agissant de la répartition territoriale des établissements d’enseignement
primaire et secondaire, il y a une grande disparité à l’époque entre le nord et le sud
du Cameroun5. La plupart des établissements scolaires est à l’époque concentrée
dans le sud du Territoire où la religion chrétienne est bien implantée6. Ce sont en
effet majoritairement des établissements scolaires créés par des missions chrétiennes
à des fins de formation et d’évangélisation. Il est compréhensible que le nord
Cameroun, regroupant majoritairement des populations islamisées, n’ait recueilli que
très peu d’établissements scolaires à cette époque. Il faudra attendre quelques
années plus tard l’implantation….
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale au Cameroun, en raison
notamment de la pression des Nations Unies, l’école s’aligne sur les standards
européens en termes de méthodes et de contenus pédagogiques. Au début des années
1950, des établissements d’enseignement secondaire (collèges, lycées) voient le jour
5
Le Vine, Victor. T., Le Cameroun du mandat à l’indépendance, Présence africaine, 1984. Je n’ai pas
retrouvé cet ouvrage, c’est pourquoi je n’ai pas pu paginer.
6
Courade Georges, Courade Christiane, L’école du Cameroun anglophone : de l'école coloniale à
l’école nationale. In: Tiers-Monde, 1978, tome 19, p. 743-769.
29
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
au Cameroun, et les premiers examens du niveau du baccalauréat sont organisés à
l’adresse des Camerounais. Ces établissements secondaires ouvrent la voie de
l’enseignement supérieur aux élèves du Cameroun.
B. LE BESOIN D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR DES CAMEROUNAIS
1) Un besoin entretenu par la perspective de l’indépendance nationale
L’implantation des établissements d’enseignement supérieur en Afrique est
récente. Elle se multiplie à partir de19507. C’est dans ce contexte que s’exprime le
besoin d’enseignement supérieur des Camerounais au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale. La perspective de l’indépendance nourrit et entretient leur
demande d’enseignement de niveau supérieur. Ils ont conscience de la nécessité de
disposer d’un personnel formé pour assumer les responsabilités de l’administration
d’un pays indépendant8.
Après 1945, les Camerounais expriment dans un premier temps le vœu de
disposer sur leurs territoires de lycées préparant à l’obtention du baccalauréat. Ce
sera chose faite au Cameroun sous administration française avec l’inauguration à
Yaoundé du Lycée Général Leclerc en 1952. L’implantation de ce lycée ouvre la
voie des formations de niveau supérieur aux Camerounais. Après l’obtention de leur
baccalauréat dans la 2e moitié des années 1950, de nombreux Camerounais vont ainsi
se voir proposer des bourses pour poursuivre des études universitaires en France. À
cette occasion, plusieurs Camerounais reçoivent une formation de qualité dans des
établissements prestigieux. Cette politique de bourses universitaires ne permet pas à
l’époque de répondre au besoin important de cadres nationaux formés dans les
domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, etc. Les Camerounais ont
conscience qu’il faut implanter sur leurs territoires des établissements de niveau
supérieur pour pouvoir réellement répondre quantitativement à leur besoin de
formation.
2) Un besoin difficile à satisfaire
La formation à l’étranger, à travers la politique d’allocation de bourses
universitaires, s’avère très coûteuse aussi bien pour la France que pour le Royaume-
7
Damtew, Altabach, African Higher Education: An International Reference Handbook, 1992, p. 18-
19.
8
Levine, Le Cameroun du mandat à l’indépendance, 1984.
30
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Uni. Dans ces conditions, des projets d’implantation d’établissements universitaires
au Cameroun ont été conçus. Ils répondaient par ailleurs à des préoccupations de
fierté nationale visibles en Afrique à cette époque.
Les projets d’implantation d’établissements universitaires au Cameroun,
comme partout ailleurs en Afrique, ont très souvent buté sur la pénurie ou l’absence
des enseignants de niveau supérieur. Le recours aux coopérants étrangers a permis à
l’époque de résorber ce déficit d’enseignants. C’est également pour cette raison que
les écoles normales ont été les premiers établissements universitaires implantés en
Afrique en général, et au Cameroun en particulier. Dans un rapport du Conseil de
tutelle couvrant la période du 22 novembre 1950 au 30 juillet 1951, 6 écoles
normales, totalisant un effectif de 284 élèves instituteurs, sont ainsi recensées au
Cameroun sous administration du Royaume-Uni en 1949/1950. En 1952, le
Royaume-Uni envisageait d’ouvrir un centre de formation de professeurs
d’agriculture au Cameroun.
À sa neuvième session, le Conseil de tutelle adopte la recommandation
suivante au sujet de la politique de formation mise en œuvre par le Royaume-Uni au
Cameroun :
Le Conseil prend note avec satisfaction de l’importance que l’Autorité chargée de
l’administration accorde au développement des écoles normales et notamment du fait
qu’un centre de formation d’instituteurs a été ouvert en 1950 dans la partie nord du
territoire qui est la moins évoluée. Il recommande que l’Autorité chargée de
l’administration donne plus d’ampleur au programme de formation d’instituteurs
indigènes.9
9
Rapport du Conseil de tutelle 4 (A/1856), p. 139.
31
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Tableau : Liste des premiers établissements supérieurs au Cameroun
Universités Années
University preparatory classes (law 1958
school)
ENAM 1959
ENS 13 juillet 1961
Université fédérale de Yaoundé 26 juillet 1962
C. LES SOUTIENS INTERNATIONAUX DES ETUDIANTS CAMEROUNAIS
1) Les plaidoyers de l’ONU dans les Rapports du Conseil de tutelle
Pendant près de quatorze ans, le Conseil de tutelle de l’ONU a rédigé des
Rapports sur les territoires placés sous la tutelle des Nations Unies. Il a par ailleurs
organisé, tous les 3 ans, des visites sur ces territoires pour apprécier les progrès
réalisés par les puissances administrantes en matières économique, sociale et
culturelle au profit des populations autochtones.
Il apparait clairement dans les Rapports du Conseil de tutelle, que les Nations
Unies ont accordé une grande importance à la formation de niveau supérieur des
populations des territoires sous tutelle. La création d’établissements universitaires au
Cameroun apparait comme une exigence que le Conseil de tutelle formule aussi bien
à l’endroit de la France qu’à celui du Royaume-Uni.
Dans son 3e Rapport, le Conseil de tutelle rappelle ceci dans une de ses
résolutions :
… il (Conseil de tutelle) recommandait notamment, à l’Autorité chargée de
l’administration d’envisager la création au Cameroun d’un enseignement supérieur,
exprime l’espoir que l’Autorité chargée de l’administration pourra, dans ses rapports
32
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
annuels ultérieurs, indiquer quelles mesures elle a prises pour donner effet à cette
résolution.10
Dans son 4e Rapport, le Conseil de tutelle revient sur cette exigence en
indiquant qu’il faut « accroitre l’enseignement, et notamment l’enseignement
supérieur en Afrique. » Dans ce Rapport, les représentants de l’URSS et de la Chine
au sein du Conseil de tutelle déplorent le manque d’établissements de niveau
supérieur au Cameroun en particulier.
Dans le 10e Rapport du Conseil de tutelle, le représentant d’Haïti note qu’il
n’y a toujours pas d’université au Cameroun, malgré les exigences des Nations
Unies. Il souhaite que le futur gouvernement camerounais agisse en faveur de
l’établissement d’une université sur le territoire.
Dans les années 1950 plusieurs projets de construction voient ainsi le jour.
Dans le 10e Rapport du Conseil de tutelle, le représentant de la Birmanie se demande
si le Conseil « ne pourrait pas fixer comme objectif pour 1958 la création d’une
université dans le Territoire ».
Malgré ces exigences récurrentes du Conseil de tutelle, aucune université
n’est implantée au Cameroun avant son indépendance en 1960. Plusieurs raisons
expliquent cette situation.
La France et le Royaume-Uni, puissances administrantes des deux territoires
camerounais sous tutelle, avancent à l’époque plusieurs difficultés dans la mise en
œuvre des exigences des Nations Unies en matière d’implantation d’établissements
d’enseignement supérieur. Les effectifs des étudiants potentiels leur semblent
insuffisants pour justifier la création d’une université au Cameroun. Dans le 7e
Rapport du Conseil de tutelle, les observations faites par le représentant de la France
sont rapportées :
L’Autorité administrante a signalé qu’elle poursuivait l’étude de la question. Elle a
cependant estimé que le nombre de bacheliers du Cameroun était encore insuffisant
pour justifier la création d’une université dans le Territoire et les dépenses qu’elle
entraînerait, et que pour un assez long moment encore il serait plus sage de s’en tenir
10
Rapport du Conseil de tutelle 3 (A/1306) p. 58.
33
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
au régime des bourses d’études accordées aux jeunes gens désireux de poursuivre
des études supérieures11.
Dans le 9e Rapport du Conseil de tutelle publié en 195612, le même argument
est avancé. Dans ce Rapport il est noté que le représentant de l’Australie au sein du
Conseil :
a constaté que le nombre des étudiants poursuivant leurs études outre-mer était plus
élevé qu’il ne l’avait jamais été. Certains membres du Conseil de tutelle avaient
regretté l’absence d’un établissement d’enseignement supérieur dans le Territoire,
mais, de l’avis de l’Autorité administrante, le nombre des élèves remplissant les
conditions voulues pour faire des études supérieures était encore trop faible pour
justifier la création d’établissements supérieurs dans le Territoire même.
Plutôt que de créer une université, les puissances administrantes étaient
cependant favorables à la construction d’écoles professionnelles. Certains membres
du Conseil de tutelle, à l’exemple de la Nouvelle-Zélande, se montrent intéressés par
cette orientation : la Nouvelle-Zélande « a pris note des remarques du représentant de
la France qui disait qu’il n’était pas nécessaire de construire une université mais
plutôt des écoles de droit ou de médecine. »
Le représentant de l’Inde exprime le fait qu’il est « indispensable pour un
territoire de cette nature de posséder ses propres établissements d’enseignement
supérieur ». Il espère donc « que l’Autorité administrante examinerait la question
plus attentivement afin d’assurer, aussitôt que possible, la création dans le Territoire
d’établissements dispensant l’enseignement supérieur nécessaire. » Il estime que
l’argument de l’insuffisance des effectifs n’est pas recevable car « si le Territoire ne
possédait pas d’université, il serait difficile de trouver un nombre suffisant
d’étudiants car, quelle que soit l’aide accordée, les études à l’étranger étaient
souvent onéreuses. »
On évoque au sein du Conseil de tutelle l’idée d’un « cercle vicieux » pour
qualifier les débats interminables sur l’enseignement supérieur au Cameroun.
Certains membres du Conseil de tutelle voient dans la création d’une université dans
le territoire la solution pour accroitre les effectifs d’étudiants. D’autres membres
11
Rapport du Conseil de tutelle 7 (A/2680), p. 188.
12
Rapport du Conseil de tutelle 9 (A/3170), p. 206.
34
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
suggèrent d’attendre l’augmentation des effectifs d’étudiants avant de créer une
université au Cameroun.
2) Les recommandations des conférences internationales sur l’éducation
Du 15 au 25 mai 1965, une Conférence internationale sur le développement
de l’éducation en Afrique est organisée à Addis-Abeba en Éthiopie. Il s’agit pour les
pays participants à cette Conférence de recenser les difficultés en matière
d’éducation en général, de fixer les objectifs prioritaires et de mobiliser les moyens
pour les réaliser dans les meilleurs délais. Le Cameroun y est représenté par son
ministre de l’éducation nationale.
Les problématiques et les recommandations relatives à l’enseignement
supérieur figurent dans le Rapport final de la Conférence.
L’enseignement supérieur est reconnu durant de la Conférence comme le
cycle de formation qui permet à un pays de se doter d’une main-d’œuvre qualifiée
susceptible de conduire son développement économique et social. La Conférence
reconnait que malgré son importance stratégique, l’enseignement supérieur en
Afrique est le parent pauvre. En effet, comme le notaient les puissances
administrantes, les enseignants et les étudiants africains ne sont pas assez nombreux.
La Conférence souligne par ailleurs le phénomène de « fuite » des étudiants vers
l’étranger, notamment vers l’Europe, et la nécessité de solliciter les services des
enseignants européens pour combler le déficit d’enseignants africains.
La Conférence pose ainsi le problème de la coopération internationale en
matière d’éducation en Afrique. Elle considère que cette coopération internationale,
notamment interafricaine, est le meilleur moyen de contribuer à la formation des
Africains. À ce sujet, le Rapport final de la Conférence note :
Dans le domaine de l’enseignement, il est très souhaitable pour la coopération
africaine de mettre en commun des centres de documentation et des institutions de
formation de maîtres et d’enseignement supérieur, ainsi que d’échanger des
professeurs lorsque, pour une matière donnée, un excédent dans un pays a pour
contrepartie un déficit dans un autre…
il paraît cependant souhaitable de favoriser la coopération régionale ou subrégionale
en matière d’enseignement supérieur en Afrique. La Commission espère voir ces
35
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
questions inscrites à l’ordre du jour de la Conférence sur l’enseignement supérieur
en Afrique que l’Unesco a l’intention d’organiser en 1962.
Dans le Rapport, de nombreux tableaux font état des prévisions des
participants sur les dépenses à venir, ainsi que sur le nombre d’étudiants à venir dans
les systèmes scolaires de niveaux primaire, secondaire, professionnel, technique et
supérieur (Voir ci-dessous).
36
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Statistiques détaillées
(Fondées sur les hypothèses)
Extrait Tableau I – Rapport final – Conférence Addis Abeba 1961, page 29-30
Le second tableau correspond à la période sur laquelle je travaille. Il s’agit
d’une prévision du nombre d’étudiant prêts à entrer dans le primaire, secondaire, et
supérieur ainsi que le coût de leurs études.
37
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Source : Rapport final – Conférence Addis Abeba 1961, page 18 ()
Au terme de la Conférence d’Addis-Abeba, les pays participants décident de
se revoir à Tananarive à Madagascar pour traiter du même sujet. L’objet de cette
nouvelle Conférence internationale sur l’éducation en Afrique est précisément de :
réviser les objectifs définis et les hypothèses de coût retenues pour l’établissement
d’un plan ; comparer et analyser les plans nationaux de développement de
l’éducation qui auront été dressés entre-temps dans les différents pays, et mesurer
leurs effets sur les modèles d’ensemble élaborés pendant la présente Conférence.
Le Cameroun participe à la Conférence de Tananarive qui se tient du 3 au 12
septembre 1962. Lors de cette Conférence, les participants soulignent la nécessité de
prendre en compte l’histoire et l’identité africaines dans les programmes
universitaires.
38
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
II. LES POLITIQUES D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AU CAMEROUN
A. LES POLITIQUES DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AU CAMEROUN SOUS
ADMINISTRATION FRANÇAISE : UN SYSTEME CENTRALISE
1) Les bourses comme unique voie d’accès à l’enseignement supérieur
À partir de la fin des années 1940, la France se met à développer un système de
bourses en Afrique pour les enseignements secondaires et supérieurs. L’absence
d’établissements supérieurs au Cameroun favorise le départ à l’étranger, et plus
particulièrement en métropole, des jeunes Camerounais qui aspirent à ces niveaux
d’enseignement.
En 1946 la France crée le Fond d’investissement pour le développement
économique et social (FIDES). S’agissant de l’Afrique, ce fond avait vocation à
financer des institutions médicales, économiques, et scientifiques sur le continent.
Dans son ouvrage intitulé Cent ans d’éducation au Cameroun, Engelbert Atangana13
donne des précisions sur les premiers Camerounais du secondaire ayant bénéficié du
système de bourse financé par le FIDES. Ces boursiers camerounais, au nombre
d’une centaine, avaient été recruté à l’école professionnelle de Douala et dans les
écoles régionales des villes de Yaoundé, Douala, Ebolowa, Garoua et Dschang14. Les
bourses avaient été attribuées à ces élèves camerounais pour des formations longues
en métropole.
Le système de bourse mis en place par la France au Cameroun est très bien vu à
l’époque par le Conseil de tutelle des Nations Unies. Celui-ci encourage cette
initiative et demande à la France, puissance administrante de l’un des territoires
camerounais, de l’intensifier pour accroitre le nombre d’étudiants camerounais. Dans
son quatrième Rapport15, qui couvre les années 1950 et 1951, le Conseil de tutelle
des Nations Unies recommande également à la France d’améliorer l’enseignement
secondaire « car celui-ci a un lien direct avec le bon fonctionnement de
l’enseignement de troisième cycle ».
13
Engelbert Atangana, Cent Ans d’Education au Cameroun, p. 135.
14
Engelbert Atangana énumère dans son livre les noms de certains de ces boursiers camerounais :
Francis Bebey, Abolo Gabriel, Mongo Soo, Essougou Benoit, Tchokokam Elie, Etoundi Patrice,
Bekono Jean, Oyono Ferdinand, Ahmadou Hayatou, Abdoulaye Maikano, Mbarga Fabien, Yonke
Jean-Baptiste, Vroumsia Tchinaye, Ntoné Félix, Ousmane Mey, Ebene Raphael, Akono Daniel,
Nouafo Etienne, Emandi Jean, Mahele Albert, Pokossy Doumbé, Mpanjo, p. 160-163.
15
Rapport du Conseil de tutelle 4 (A/1856), p 165.
39
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Dans son deuxième Rapport, qui couvre la période du 6 aout 1948 au 22 juillet
194916, le Conseil de tutelle mentionne les bourses dont bénéficient les Camerounais
pour leur formation supérieure à l’étranger : la bourse de perfectionnement et la
bourse d’étude financées toutes les deux par le FIDES ; et la bourse de stagiaire créée
par l’ONU et des institutions spécialisées.
Pour les années 1955 et 1956, les autorités françaises énumèrent 3 catégories de
bourses et explicitent leur contenu17.
Il y a en premier lieu, les bourses d’enseignement par correspondance. Elles sont
destinées aux jeunes fonctionnaires du Territoire qui ne quittent pas leurs foyers et
leurs emplois. Les cours sont élaborés par le Centre national d’enseignement par
correspondance (CNEPC). Les frais d’inscription et d’expédition sont à l’époque
couverts par les bourses. En 1953 et 1954 on comptait respectivement 37 et 136
boursiers qui suivaient des études de perfectionnement par cette voie.
Ensuite les bourses d’études sur le territoire. Ce sont des bourses attribués aux
élèves du secondaire général et professionnel pour des études de perfectionnement
dans des établissements secondaires supérieurs sur le territoire. Ces élèves étaient
logés, nourris et instruits gratuitement. En 1954, on compte 2 284 élèves
bénéficiaires de cette bourse. Il faut ajouter à ces boursiers, 545 élèves d’école
normale ayant signé un engagement décennal pour servir dans l’enseignement sur le
territoire.
Et enfin, les bourses d’études hors du territoire. Ces bourses étaient destinées à
des diplômés du secondaire pour leur permettre de poursuivre leurs études
supérieures en France. Pour le Conseil de tutelle des Nations Unies, cette dernière
bourse d’étude, ou bourse d’université, est la plus importante dans la mesure où elle
contribue à la formation supérieure des Camerounais. Le Conseil demande à
plusieurs reprises à la France d’augmenter le nombre de bourses d’études attribuées
aux Camerounais. Cette demande est suivie d’effet puisque qu’en 1954 on compte
151 boursiers (143 garçons et 8 filles) contre 106 en 1953, 82 en 1952 et 52 en 1951.
En 1955, la Mission de visite sur le territoire est informée du fait que 200 chambres
de la Cité universitaire de Paris ont été réservées pour l’accueil des étudiants
16
Rapport Conseil de tutelle numéro 2 (A/933).
17
Rapport Conseil de tutelle numéro 9 (A/3170), p. 203-204.
40
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
boursiers camerounais entre autres. Des dispositions avantageuses sont prises pour
l’accueil des épouses d’étudiants mariés.
La première Mission de visite des Nations Unies qui se rend au Cameroun, note
qu’en 1947, 15 étudiants boursiers suivaient les cours à l’école de médecine et de
pharmacie de Dakar au Sénégal, dont 6 étudiantes pour devenir sages-femmes. En
1948 on comptait un médecin et deux sages-femmes africains sortis de cette école de
médecine. Ils étaient 7 médecins en 1949 dont deux camerounais qui par la suite ont
poursuivi leurs études en France pour l’obtention d’un diplôme d’État.
Le cinquième Rapport du Conseil de tutelle des Nations Unies note qu’en 1951,
la France comptabilisait un total de 260 boursiers, dont 239 se répartissaient de la
manière suivante : 102 pour le secondaire, 80 pour l’enseignement technique et enfin
57 pour le supérieur18. Le Conseil exprime le vœu que le nombre de bourses
destinées à l’enseignement supérieur soit revu à la hausse :
Avec le développement des établissements d’enseignement secondaire et technique
dans le Territoire, le nombre des boursiers de ces enseignements doit diminuer de
façon à permettre l’augmentation des bourses d’enseignement dans les facultés, les
instituts techniques supérieurs et les grandes écoles. […]
En outre, vingt et une bourses continuent à être allouées à de jeunes fonctionnaires
particulièrement doués qui ont été envoyés en France pour y accomplir des stages de
perfectionnement dans de grandes administrations ou des établissements techniques.
Enfin, un certain nombre de bourses d’enseignement par correspondance sont
allouées à de jeunes fonctionnaires locaux qui désirent se perfectionner sur place; cet
enseignement est placé sous le contrôle de l’État.
Le système des bourses comme solution pour les enseignements secondaire et
supérieur au Cameroun s’avère coûteux pour la France. La France amorce la
construction d’établissements secondaires sur le territoire pour réduire le nombre de
boursiers de l’enseignement secondaire. Le cinquième Rapport du Conseil de tutelle
note cette orientation politique. On observe une baisse sensible du nombre de bourses
pour le secondaire. En 1953, on compte ainsi 108 boursiers contre 88 et 71
respectivement en 1954 et 1955.
18
Rapport du Conseil de tutelle numéro 5 (A/2150), p. 200.
41
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Pour ce qui est des disciplines privilégiées dans les attributions de bourses
d’université, les études de médecine semblent recueillir la préférence de la France.
En 1947, 15 étudiants boursiers camerounais suivaient les cours à l’école de
médecine et de pharmacie de Dakar. En 1949-1950, les bourses pour les médecins,
pharmaciens et sages-femmes sont les plus nombreuses19. En 1957, il y a 59
étudiants boursiers en médecine, 19 en pharmacie, 2 en médecine vétérinaire et 3 en
médecine dentaire. À titre de comparaison, il y a dans le même temps 90 boursiers en
droit, lettres, sciences et droit (Cf. Tableau ci-dessous20). Aucun Camerounais n’est
boursier à cette période dans une école de formation d’ingénieurs. La France note
cependant qu’ils sont nombreux à être inscrits dans des établissements
d’enseignement technique.
21
19
Rapport Conseil de tutelle numéro 4 (A/1306)
20
Cf. Victor T. Le Vine, Le Cameroun du Mandat à l’indépendance, Présence africaine, 1984, p. 115.
21
Etudiants boursiers et non boursiers en France ainsi que les étudiants à Dakar en 1957
42
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
2) L’absence d’établissements universitaires sur le territoire
Dans son deuxième Rapport (numéro 4 - A/933), le Conseil de tutelle des
Nations Unies note qu’un projet d’établissement d’une université au Cameroun est en
pourparlers. Dans son quatrième Rapport (numéro 4 - A/1856), le Conseil
recommande à la France d’ouvrir cette université pour l’année 1952. Il lui préconise
aussi d’ouvrir des instituts supérieurs techniques ou professionnels. Ces projets
n’aboutissent pas. La France estime ne pas avoir suffisamment de candidats au
baccalauréat envisageant de poursuivre des études supérieures après leur diplôme. Il
lui semble inutile de répondre positivement à la demande du Conseil de tutelle.
Quelques années plus tard, la position du gouvernement français demeure la même.
Dans son huitième Rapport (numéro 4 - A/2933), le Conseil de tutelle note
l’observation suivante de la France :
Quant à l’absence d’institutions d’enseignement supérieur dans le Territoire,
l’Autorité administrante estimait que, dans l’état actuel des finances du Territoire et
compte tenu du nombre des étudiants capables de faire des études supérieures, ainsi
que de l’opinion exprimée par les représentants élus du Territoire, la création de
telles institutions ne se justifiait pas encore.
B. LES POLITIQUES DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AU CAMEROUN SOUS
ADMINISTRATION BRITANNIQUE : UN SYSTEME DECENTRALISE
1) Le système de bourse du Royaume-Uni
En 1934, le Royaume-Uni créé le British Council, agence dédiée à
l’éducation et aux relations internationales. Le pays souhaite promouvoir son
système éducatif dans les pays du monde entier notamment ceux qui font partie de
son empire colonial. Promouvoir les échanges est l’un des mots d’ordre de l’agence.
Dans les années 1950 au Cameroun méridional, le British Council applique sa
politique via l’attribution de bourses, d’enseignement supérieur. Ainsi, en 1952,
trente et un Camerounais avaient obtenus des bourses du British Council, dont vingt
pour poursuivre leurs études en Angleterre, et onze pour le faire en Afrique
occidentale, dans les colonies britanniques. Le Cameroon Devlopment Corporation
(CDC), l’une des premières grandes entreprises du Cameroun créées par les autorités
britanniques, instaure en parallèle son système propre de bourses universitaires pour
la formation de jeunes Camerounais sortis du secondaire. Le Royaume-Uni informe
43
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
le Conseil de tutelle, qui le note dans son Rapport numéro 922, que 33 étudiants, soit
5 de plus qu’en 1953, faisaient des études supérieures grâce à des bourses de la CDC.
Dans le troisième Rapport numéro 323 du Conseil de tutelle des Nations
Unies, le représentant de la République Dominicaine note que les Anglais octroient
des bourses principalement pour deux disciplines : les Sciences politiques et les
études d’administration.
2) Une Afrique intégrée dans le système des échanges universitaires
En Afrique, le Nigéria, pays de l’Afrique de l’Ouest, a reçu beaucoup
d’étudiants du Cameroun méridional sous administration britannique. Ce territoire du
Cameroun était de fait administré par le Royaume-Uni comme une partie intégrante
du Nigeria. Le Conseil de tutelle s’est montré favorable à ce mode d’administration,
notamment dans le domaine de l’enseignement supérieur.
Dans les années 1930 et 1940, deux établissements d’enseignement supérieur,
le Yaba College et l’Université d’Ibadan, avaient ouvert leurs portes au Nigéria. De
nombreux Camerounais y sont allés par la suite, solution moins onéreuse pour le
Royaume-Uni que de les envoyer en métropole.
Comme pour la France, le Conseil de tutelle s’est employé à faire pression sur
le Royaume-Uni pour qu’il augmente le nombre de bourses d’université attribuées
aux Camerounais.
Dans le Rapport numéro 424 du Conseil de tutelle, et ses membres observent
une augmentation du nombre de bourses universitaires proposées aux Camerounais
par le Nigéria et le Royaume-Uni. L’Université d’Ibadan est l’établissement qui
recevait tous les boursiers du Cameroun. Dans son Rapport numéro 925, le Conseil de
tutelle déclare ainsi que tous les boursiers du Cameroun méridional vont poursuivre
leurs études supérieures, soit à Ibadan, soit dans les territoires d’outre-mer. Dans son
Rapport numéro 1026, le Conseil de tutelle informe que 25 boursiers camerounais
fréquentent à l’époque des établissements d’enseignement supérieur en Afrique et
outre-mer. Le Royaume-Uni, conformément à sa philosophie de l’administration
22
Rapport du Conseil de Tutelle 9 (A/3170), p. 150.
23
Rapport du Conseil de tutelle 3 (A/1306), p. 49.
24
Rapport du Conseil de Tutelle 4 (A/1856), p. 137-138.
25
Rapport du Conseil de Tutelle 9 (A/3170), p. 150.
26
Rapport du Conseil de tutelle 10 (A/3595), p. 122.
44
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
indirecte, portait un intérêt singulier aux pratiques culturelles des peuples
administrés. À l’école primaire, il arrivait que les cours soient dispensés, non pas en
anglais, mais dans les langues locales. Le Conseil de tutelle des Nations Unies se
saisit de cette question dans l’un de ses Rapports et recommande ceci :
Le Conseil note que l’Autorité administrante s’est déclarée prête à examiner la
possibilité de demander le concours de l’Organisation des Nations Unies pour
l’éducation, la science et la culture en vue d’étudier les problèmes que pose la langue
véhiculaire dans certaines parties du Cameroun septentrional.
Le second volume du neuvième Rapport du Conseil de tutelle apporte des
informations sur le service des bourses créé en 1955. Il explique qu’en 1956, 27
boursiers originaires du Cameroun méridional se trouvaient dans des établissements
d’enseignement supérieur à l’étranger. Six autres suivaient les cours de l’University
College d’Ibadan ; deux autres ceux de l’University College de la Côte-de-l’Or
(Ghana) ; 10 étudiants suivaient les cours postsecondaires du Nigerian College of
Arts, Science and Technology ; et un étudiant se trouvait au Fourah Bay College du
Sierra-Leone. Le Conseil a été informé que le nombre des étudiants qui suivaient des
cours postsecondaires hors du territoire s’élevait au total à 92, dont 89 bénéficiaient
de bourses. Tous ces établissements sont dans des pays d’Afrique anglophones situés
en Afrique de l’Ouest.
Certains étudiants camerounais ont bénéficié de bourses d’enseignement
supérieur attribué par le gouvernement fédéral du Nigeria. En 1958, 27 étudiants
suivaient ainsi des cours postsecondaires grâce à des bourses accordées par le
gouvernement fédéral du Nigeria. Après la mise en place du gouvernement du
Cameroun méridional en 1958, un système local de bourses a été créé. Ainsi, 24
boursiers du gouvernement du Cameroun méridional faisaient des études dans des
établissements d’enseignement supérieur outre-mer dès 1958. Huit autres étudiants
bénéficiaires de ce système local de bourses suivaient les cours du Collège
universitaire d’Ibadan ; 21 suivaient les cours postsecondaires du Nigerian College of
Arts, Science et Technology. À la même époque, 12 étudiants du Cameroun
méridional suivaient des études en Inde et aux États-Unis grâce à des bourses
accordées par les Nations Unies.
45
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
C. LES POLITIQUES DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AU CAMEROUN
INDEPENDANT : DEUX SYSTEMES ET LE BILINGUISME
1) Des initiatives précoces
À l’indépendance, 3 établissements d’enseignement supérieur existaient au
Cameroun : l’University preparatory classes27, école de droit créée en 1958 ; l’École
Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) créée en 1959 ; et l’École
Militaire Interarmes (EMIA)28. La création du premier établissement a été supervisée
par le Royaume-Uni. La création des deux autres s’est faite sous la supervision de la
France.
La conférence pancamerounaise qui se tient à Yaoundé du 27 au 30 août 1959
réunit les étudiants camerounais scolarisés pour la plupart à l’étranger.
L’enseignement, et notamment l’enseignement supérieur, est l’objet de cette
conférence. Depuis l’adoption le 13 mars 1959 de la résolution 1349 (XIII) de
l’assemblée générale des Nations Unies, les Camerounais savent que la tutelle de
l’ONU sera levée sur le Cameroun sous administration française le 1er janvier 1960
qui accèdera de ce fait à l’indépendance à la même date. Les étudiants présents à la
Conférence connaissent l’urgence de l’enseignement supérieur pour assumer
valablement les nouvelles responsabilités à venir.
Le président de l’Union nationale des étudiants du Cameroun au Nigéria
évoque les préoccupations particulières des étudiants anglophones dans son
intervention lors de la Conférence :
… aussi le Cameroun Occidental dépend-il de la Grande-Bretagne et de la Nigéria.
Ceux des étudiants qui ont accès et qui sortent, sont très peu nombreux, car ces
établissements n’admettent qu’un petit nombre et le gouvernement n’a pas les
moyens de leurs payer les allocations d’études et d’entretenir les maîtres. Seule une
infime minorité de la population peut assurer des études supérieures à leurs enfants,
d’autant plus que, compte tenu de la situation économique, il n’existe aucune
organisation capable d’assurer aux jeunes une instruction supérieure. À cette
occasion nous remercions particulièrement les organismes qui, sous l’égide des
Nations Unies, encouragent l’instruction et nous espérons qu’ils voudront le faire
27
John NGWENE, An Introduction to the Cameroon Educational system, Bamenda, Mella Press,
1990.
28
Georges FONKENG EPAH, The History of Education in Cameroon 1844-2004, CeredigionWales
Edwin Mellen Press, 2007, p. 169.
46
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
surtout pour les établissements d’enseignements supérieurs auxquels actuellement
nous avons très difficilement accès. Il est regrettable de constater que la
camerounisation des cadres soit plutôt lente. Les quelques diplômés et spécialistes
qui après leurs études, ont toutes les peines du monde à se trouver du travail parce
que les Anglais s’entêtent à maintenir leur politique d’asservissement et
d’obscurantisme. Nous sommes convaincus que l’Éducation est la condition du
progrès et du développement. Parce qu’elle a été négligée dans notre zone, nous
avons plus de difficultés qu’il ne devrait y en avoir.
Dans son intervention, le vice-Premier ministre, ministre camerounais de
l’Éducation nationale soulignent les besoins et ressources humaines formées du
Cameroun et incite les étudiants camerounais qui ont achevé leur formation à rentrer
au Cameroun pour contribuer au développement du pays :
Je n’ai rien à vous apprendre lorsque je vous rappelle que les premiers étudiants, les
premiers Camerounais envoyés faire leurs études hors du Cameroun, ne l’ont été que
depuis 1947, si je ne me trompe, et il était donc normal qu’avant de trouver une
solution aux problèmes qui se posaient, certaines difficultés surgissent…, mais à
ceux qui peuvent déjà être utile à leurs pays ,je leur suggère de rentrer pour
permettre, pour aider ceux qui se dévouent sur place, peut être sans avoir la même
compétence que ceux qui auront fait des études poussées, mais qui sont au moins
animés de cette bonne foi de leur volonté de bien faire. C’est à cela que je fais appel,
soit par de canal des journaux, de communiqués, et plus particulièrement dans les
entretiens que nous avons eus à maintes reprises, soit en France, soit ici.
2) Les initiatives françaises après 1960
En 1960, l’École nationale d’administration (ENAM) est inaugurée à
Yaoundé avec l’appui de la France. En 1962, c’est-à-dire 2 ans après l’indépendance
du Cameroun, l’université fédérale du Cameroun est créée à Yaoundé avec l’aide de
l’Unesco et de la France qui fournit le personnel enseignant.
L’université fédérale du Cameroun a été érigée sur les fondations du Centre
national pour les études supérieures créé en 1961. L’université comptait initialement
588 étudiants inscrits dans 4 facultés à son ouverture : la faculté de droit, la faculté
d’économie, la faculté d’art, et la faculté des sciences humaines et sciences dures29.
29
Teferra DAMTEW, Philip G. ALTABACH, African Higher Education: An International Reference
Handbook, Indiana University Press, 2003, p. 216
47
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
En 1963, l’université compte quatre facultés et deux écoles : l’école normale
supérieure et l’école d’agriculture.
L’université fédérale du Cameroun est inspirée du modèle français dans son
organisation. Le gouvernement français ainsi que des associations françaises ont
financé cette université jusqu’au début des années 1970.
Malgré l’ouverture de l’université fédérale du Cameroun, près de 1000
camerounais étudient à l’étranger au début des années 1960 dont une bonne partie en
France et au Royaume-Uni. Les empreintes de la France et du Royaume-Uni sur les
contenus enseignés demeurent donc dominantes malgré l’indépendance.
48
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
III. L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR DANS LE PROJET POLITIQUE DE
L’ÉTAT POSTCOLONIALE DU CAMEROUN
A. LA FORMATION DES CADRES ET DES FUTURS DIRIGEANTS
1) Une élite autochtone en constante augmentation
L’avènement de l’indépendance nationale est l’une des raisons principales qui
poussent les indigènes à réclamer un meilleur enseignement. Après la levée de la
tutelle, les autochtones ne bénéficieront plus d’une aide logistique, administrative,
économique et politique venue de l’étranger. La population doit donc être capable de
se gouverner elle-même. Les questions liées à la formation sont par conséquent de
premier ordre. Les postes de cadres supérieurs étaient occupés par des Européens de
manière prépondérante au milieu des années 1950. Cette situation est fortement
critiquée par le Conseil. Son souhait est de voir une élite indigène émerger grâce aux
nouveaux programmes de formation mis en place. Les autorités en charge de
l’administration ont le devoir de changer rapidement cette situation, et rendent
annuellement des comptes au Conseil.
En 1950, pour la partie française, le Conseil fait les observations suivantes :
Le Conseil note avec intérêt l’augmentation des effectifs du personnel africain et
européen des cadres administratifs, invite instamment l’Autorité chargée de
l’administration à intensifier son programme de formation pour permettre aux
Africains d’accéder aux postes administratifs comportant des responsabilités accrues,
et exprime l’espoir que l’Autorité chargée de l’administration remplacera
progressivement les Européens par des autochtones, en particulier aux postes
supérieurs.
Les effectifs, augmente de façon significative. Le personnel est passé, de
6 173 Africains et 1 267 Européens en 1948, à 7 313 Africains et 1 145 Européens en
1949, puis de 7 568 Africains et 1 375 Européens en 1950. L’augmentation en 1950
par rapport à 1949 est de 44,5 % (Européens) et 30 % (Africains) dans les services
judiciaires, 21 % (Européens) et 90 % (Africains) dans l’enseignement.
49
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement
l enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Évolution de la répartition des
de effectifs africains et européens dans les services
publics (en pourcentage)
Évolution des effectifs africains et européens dans les services publics
50
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Il est à noter qu’en 1950, le personnel contractuel dans les services techniques
est en augmentation. Il joue le rôle d’éducateur des travailleurs africains pour assurer
l’efficacité de leur formation. Des centres de formation et d’orientation
professionnelle existent. La présence de ce personnel sur le territoire pour une courte
durée démontre la volonté des autorités de former les indigènes et de mettre ensuite
entre leur main l’ensemble des matériaux qui serviront pendant toute leur carrière.
Même si année après années les chiffres augmentent, le Conseil presse toujours de
faire mieux.
Avec le système de bourses, une classe dirigeante camerounaise qualifiée, qui
a des responsabilités équivalentes à celles de leurs collègues européens, émerge. Ce
sont notamment les bourses pour étudier les sciences politiques et l’administration
qui sont les plus répandues. Dans le rapport du Conseil couvrant la période du 18
décembre eu 24 juillet 195230, on apprend que parmi les moyens utilisés en vue de
confier à des Africains des postes importants et d’assurer leur formation générale et
professionnelle, des cours du soir sont proposés dans les villes de Yaoundé, Douala
et Nkongsamba. Ils préparent les élèves au brevet élémentaire, au baccalauréat, à
l’ouverture d’un stage professionnel pour les agents des postes, des
télécommunications et des mines, et à l’octroi de bourses de perfectionnement en
France. Dans son rapport datant de 1951, la France indique que les cours de
formation à Yaoundé et Douala ne sont suivis que par des fonctionnaires africains.
On compte dans ce rapport 52 cadres supérieurs de niveau baccalauréat.
Un arrêté du 2 avril 195131, indique que le personnel cadre africain, se voit
désormais intégralement appliquer le statut de la fonction publique métropolitaine.
Cela permet de leur donner une situation égale à celle des fonctionnaires européens
ayant des titres équivalents.
Le rapport du 22 juillet 1953 au 16 juillet I954 sur le Cameroun français,
nous informe, comme les rapports précédemment cités, que le nombre d’autochtones
dans les services administratifs est en progression. En 1952, il y a 9 791 Africains et
4 323 Européens, dont 73 Africains et 827 Européens pour les postes supérieurs.
L’effectif du personnel administratif de 1952 est en nette progression
30
Rapport du Conseil de tutelle 5 (A/2150), p. 201.
31
Ibid.
51
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement
l enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Évolution des effectifs camerounais et français dans les services publics
Évolution de la répartition des
de effectifs camerounais et français dans les services
publics (en pourcentage)
52
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
comparativement à celui de 1948 qui comptait 4 343 Africains et 1 044 Européens.
Cette progression s’explique par l’évolution économique du Territoire en rapport
avec la mise en œuvre du plan décennal (1946-1956). C’est un plan d’équipement et
de développement qui devait conduire au progrès social et au développement de
l’économie. C’est pourquoi l’utilisation d’un nombre important de techniciens était
de mise, ainsi que la formation accélérée du personnel autochtone. Au Cameroun
sous administration française32, l’Autorité administrante pour 1953, compte dans les
services administratifs 10 231 Africains et 2 141 Européens (dont respectivement 84
et 959 dans les postes supérieurs) contre 9 791 Africains et 2 093 Européens en 1952
(dont respectivement 73 et 827 dans les postes supérieurs).
De nombreux étudiants qui sont à l’étranger souhaitent à l’époque de rentrer
dans leur pays à la fin de leurs études pour exercer des fonctions de hautes
responsabilités. Ils sont conscients que la métropole ne leur fournira pas ce type de
responsabilités réservées aux nationaux. Les hommes, comme les femmes, sont
concernés par ce retour. Dans le Rapport du 23 juillet 1955 au 14 août 1956, le
représentant de la Nouvelle-Zélande nous informe que 95 jeunes filles poursuivent
leurs études en France, et que la plupart d’entre elles auraient un apport important sur
l’avenir du Cameroun si elles revenaient exercer dans ce pays. En effet, peu de
femmes avaient des postes de responsabilité au Cameroun. Elles seront des exemples
et des modèles pour les autres femmes.
Dans le Rapport qui s’étend sur la période du 17 juillet 1954 au 22 juillet
1955, le représentant de l’Inde estime qu’au Cameroun anglophone il faut
« accélérer immédiatement le rythme de « l’africanisation » de la fonction publique,
en particulier aux échelons supérieurs ». L’africanisation de l’élite renvoie en effet
une image positive aux autochtones. Un peuple qui se réfère à ses dirigeants veut
voir des personnes qui lui ressemblent culturellement. La communication se fait plus
rapidement et dans de meilleures conditions dans ce cas de figure.
Le Conseil a adopté la recommandation suivante dans le neuvième rapport:
Le Conseil se félicite de voir que l’Autorité administrante a décidé d’augmenter le
traitement des fonctionnaires et d’améliorer leurs conditions d’emploi, en vue de
rendre ces emplois intéressants pour des candidats qualifiés, et il exprime l’espoir
que l’Autorité administrante donnera, dans son prochain rapport annuel, les résultats
32
Rapport du conseil de tutelle 8 (A/2933), p. 164.
53
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
de l’enquête qu’elle a entreprise récemment sur les salaires, les traitements et les
conditions d’emploi. Ne perdant pas de vue d’autre part l’importance de
« l’africanisation » de la fonction publique.
Le représentant de la Birmanie souligne qu’il est important de
« camerouniser » l’Administration,
Le représentant de l’Australie constate qu’au Cameroun francophone,
l’africanisation des services administratifs avait constamment progressé au cours de
l’année. Le développement de l’instruction y est pour beaucoup. Les autochtones
bénéficient de bourse, cours du soir, stages de perfectionnement. Tous ces éléments
reliés donnent un large choix pour se former et postuler à des postes avec un taux
d’admissibilité élevé. Le Conseil félicite l’Autorité administrante pour ces progrès
qui sont selon lui considérables.
2) Des politiques de recrutements nationalistes et coercitives
Des règles strictes sont élaborées par les autorités à l’encontre des étudiants
au Cameroun. On trouve de nombreuses traces de ces règles contraignantes dans les
régions de l’ouest du Territoire.
Pendant la Mission visite33 du conseil de tutelle de l’ONU en 1955, celle-ci
recense 18 cadres supérieurs africains de l’administration publique dont 5
Camerounais employés dans les services administratifs, les services médicaux et le
service des travaux publics. En outre au moins 7 Camerounais, anciens boursiers,
occupent alors des postes supérieurs dans l’administration publique française en
dehors du Cameroun et ne souhaitent pas à l’époque être mutés au Cameroun. Pour
éviter que ces cas de figure se multiplient, le gouvernement de l’État sous tutelle du
Cameroun instaure, pour les candidats à la bourse, la signature d’un engagement les
obligeant à servir le Cameroun pour une durée minimale de 5 ans après l’obtention
de leur diplôme. La Mission de visite soutien cette politique qui participe, selon elle,
au développement du sentiment national. Cette mesure coercitive vise à par ailleurs à
« camerouniser » l’administration et lutter contre la fuite des cerveaux.
Le Conseil de tutelle adopte la recommandation suivante :
33
Rapport Conseil de tutelle 9 (A/3170)
54
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Le Conseil note avec intérêt que l’Administration du Cameroun méridional entend
demander aux boursiers de servir l’État pendant une période de cinq ans…
Le Conseil prend acte avec satisfaction de l’africanisation des cadres et exprime
l’espoir que les progrès dans ce domaine se poursuivront à l’avenir.
Les remarques faites par le représentant de la Syrie au sein du Conseil
encouragent le gouvernement dans cette voie. Celui-ci estime que la proportion
d’autochtones dans les postes d’autorité n’est pas entièrement satisfaisante, et qu’il y
a encore beaucoup d’Européens dans les postes administratifs supérieurs. Le
représentant de la Chine prend position dans le même sens et souhaite une
camerounisation accélérée de l’administration.
3) La hiérarchie et les effectifs des cadres administratifs
L’administration du Territoire au Cameroun oriental comportait quatre
niveaux hiérarchiques. Le plus élevé était celui des cadres généraux. Suivaient
ensuite les cadres supérieurs de catégorie A qui étaient titulaires du baccalauréat ;
puis les cadres supérieurs de catégorie B titulaires du brevet ; et enfin les cadres
locaux titulaires du certificat d’études primaires. Le recrutement au sein de
l’administration se faisait par concours parmi les titulaires des diplômes requis.
Dans le Rapport annuel de l’Autorité administrante pour l’année 1954, il est
mentionné qu’il y avait dans l’administration au Cameroun 837 cadres généraux, 240
cadres supérieurs de catégorie A (dont 109 Européens et 131 Africains), 1 754 cadres
supérieurs de catégorie B (dont 67 Européens 1 687 Africains), et 4 159 cadres
locaux, tous Africains. La France indique dans le rapport que de 1948 à 1954, la
progression des effectifs des fonctionnaires avait été de 1 044 à 2 823 pour le
personnel européen, et de 4 329 à 12 233 pour le personnel africain. La Mission de
visite de 1955 note dans son rapport que l’effectif total du personnel des services
publics est en 1955 de 19 113 fonctionnaires, dont 87 % de Camerounais. Ce chiffre
comprend aussi les journaliers. Les postes administratifs supérieurs sont occupés en
majorité par des fonctionnaires des cadres généraux et représentent un total de 1 032
Européens et de 108 autochtones, dont 80 pour le seul Service de santé, qui compte
59 médecins africains, contre 63 en 1953. Le représentant spécial de l’Autorité
administrante a déclaré qu’en 1955 six docteurs en médecine africains avaient été
nommés chefs de subdivision sanitaire, alors qu’il n’y en avait qu’un en 1954.
55
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement
l enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Répartition des effectifs des cadres administratifs par origine et par niveau
hiérarchique en 1954
Répartition des cadres administratifs par origine et par niveau hiérarchique en
1954 (pourcentage)
56
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Dans son rapport annuel pour 1954, l’autorité signale qu’elle organise des
cours du soir à Yaoundé, Douala et Nkongsamba pour préparer des candidats aux
concours administratifs du niveau du brevet élémentaire ou du baccalauréat. À
Yaoundé, il existe un centre de préparation aux concours administratifs pour le
recrutement des cadres supérieurs B. Il y a par ailleurs des stages professionnels pour
les agents intégrés dans certains secteurs comme les Postes, la Sûreté nationale et les
Mines. Enfin, les agents des services publics reçoivent des bourses de
perfectionnement qui leur permettent de parfaire leur formation professionnelle en
métropole ou dans les territoires français voisins. En 1954, 10 bourses de ce genre
ont été accordées et une commission spéciale chargée de procéder au placement des
boursiers parvenus au terme de leurs études est en place.
B. LA QUESTION DE L’HARMONISATION DES SYSTEMES D’ENSEIGNEMENTS
ANGLOPHONE ET FRANCOPHONE
La question de l’harmonisation des systèmes d’enseignement se pose très vite
au Cameroun administré par la France et le Royaume-Uni. À l’indépendance le pays
envisage de mettre en place un seul système d’enseignement. Doit-il être
francophone, anglophone, ou un mélange de ces deux systèmes ?
Le système d’enseignement du Cameroun méridional (Sud-ouest) et du
Cameroun septentrional (Nord-ouest) était celui de la colonie britannique du Nigeria.
Les étudiants camerounais de ces deux régions étaient généralement inscrits dans les
universités d’Ibadan et de Lagos. Autrement dit, les Camerounais de ces deux
régions recevaient un enseignement en langue anglaise qui en termes de contenus
étaient conforme aux standards du Royaume-Uni.
Les enseignements au Cameroun oriental (80 % du Territoire) étaient quant à
eux dispensés en français. Les contenus étaient naturellement conformes aux
standards de la France en la matière. Ainsi, durant plusieurs décennies, deux
systèmes différents d’enseignement ont cohabité sur le territoire du Cameroun. Après
l’indépendance et la réunification des deux territoires camerounais dans le cadre de
la République fédérale du Cameroun, la question de l’harmonisation des systèmes
d’enseignement se pose avec acuité34.
34
Rapport de la Co mmission consultative pour le dévelo ppement d e l’enseign ement supérieur
en République Fédérale du Cameroun, Paris le 15 octob re 1962, Unesco, Paris 1962
57
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
La République fédérale du Cameroun, comportant deux États fédérés (État
fédéré du Cameroun oriental – Territoire anciennement administré par la France ;
État du Cameroun occidental – Territoire anciennement administré par le Royaume-
Uni) fait le choix du bilinguisme anglais/français et de la cohabitation de deux
systèmes différents d’enseignement en 1961. Le français et l’anglais sont ainsi
parallèlement utilisés dans les enseignements. De même, les contenus, les méthodes
pédagogiques, les calendriers scolaires, les diplômes de la période coloniale, sont
reconduits par la République fédérale du Cameroun pour les cycles primaires et
secondaires. L’effort d’harmonisation est réalisé au niveau de l’enseignement
universitaire.
En effet, au niveau de l’université, le Cameroun fait le choix d’un mélange
des deux systèmes coloniaux en 1960. Les enseignements sont dispensés soit en
anglais, soit en français selon que l’enseignant est anglophone ou francophone. Les
étudiants choisissent librement de suivre les cours en anglais ou en français. Ils
choisissent aussi librement leur langue d’évaluation. Les contenus des enseignements
universitaires et les méthodes pédagogiques sont d’inspiration anglaise ou française
selon que l’enseignant a été formé par le Royaume-Uni ou la France. Les calendriers
universitaires sont harmonisés. Il en est de même pour les systèmes d’évaluation et
les diplômes universitaires.
Mais dès le milieu des le milieu des années 1960, en raison de l’importance
des effectifs d’étudiants de langue française, cette harmonisation au niveau de
l’université s’est faite aux dépens du système d’enseignement d’inspiration anglaise.
De nombreux étudiants anglophones ont par la suite fait le choix des universités
anglophone d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique, parce qu’ils se sentaient
stigmatisés et isolés. Les cours dispensés en français étaient beaucoup plus nombreux
que l’offre de cours en anglais.
En 1972, la République fédérale du Cameroun devient la République unie du
Cameroun. L’organisation fédérale avec deux États cède la place à un État central
unique. Le nouvel État s’emploie à mettre en place une administration unique sur
l’ensemble du pays sauf dans le domaine scolaire. La République unie du Cameroun
reconduit les deux systèmes éducatifs des cycles primaire et secondaire, et poursuit la
politique du mélange des deux systèmes au niveau universitaire.
58
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
C. LA PROMOTION DES PARTENARIATS INTERNATIONAUX
1) L’intérêt des partenariats internationaux, les relations avec les deux
puissances coloniales
Les études supérieures offrent souvent aux étudiants l’opportunité de
découvrir d’autres cultures à travers les programmes d’échanges interuniversitaires.
Durant les années 1950, les gouvernements mettent en place différents fonds pour
financer ce type de programmes. C’est le cas par exemple du Fonds d’Aide et de
coopération français (FAC) ou du Fonds européens de développement (FED).
Dans un document obtenu à la préfecture de police datant du 7 octobre 1948,
on apprend qu’un gala est organisé par l’Association France-Cameroun35 à la maison
de la mutualité. Près de 400 personnes sont présentes : M.M le Gouverneur
Barthault, le Docteur Ruvoulat, le Docteur Bebey Eyidi et le député du Cameroun
Jules Ninine. Durant ce gala, ces participants définissent les grandes lignes de
l’œuvre française au Cameroun depuis 25 ans et formulent diverses propositions pour
améliorer l’éducation au Cameroun. Ils formulent notamment le vœu de créer des
coopératives pour favoriser l’achat de matériel didactiques et la construction d’écoles
au Cameroun.
En 1954, la France envoie des étudiants français en séjour au Cameroun. Ce
voyage est organisé sous le patronage de la commission française pour l’Education et
le Ministère de la France d’Outre-Mer. L’objectif est d’offrir aux étudiants français
l’opportunité de visiter un pays du continent africain et d’étudier son système
d’enseignement en séjournant dans l’une de ses écoles. Une école de la ville de Pitoa
dans le Nord du pays est choisie. Un étudiant en ethnologie, un peintre décorateur
des arts décoratifs, un élève de l’Ecole de géologie de Nancy, un élève de l’Ecole
Normale d’instituteurs de Paris, un étudiant en géologie de la faculté de Lyon, et un
cinéaste de l’Ecole nationale de photographie et de cinéma font ainsi le voyage au
Cameroun dans le cadre d’un programme d’échanges. Des dispositifs d’échanges de
cette nature sont par la suite développés avec le Royaume-Uni. Il en est de même
pour l’appui en matériels didactiques notamment en partenariat avec la British
Council. Le 8 aout 1963, un Agreement of Cooperation dans l’enseignement
35
4e série 77W, carton 2402, dossier 443.214, A propos : centre d’échange France-Cameroun.
59
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
supérieur est signé à Yaoundé entre le Cameroun et le Royaume-Uni36. Son principal
objet est le suivant :
Her Majesty Embassy further ( request, consider) that the United Kingdom should be
accorded rights facilities and privileges no less favourable than those accorded to
the Government of France under the Agreement cited above, in respect of the supply
of furniture, materials books and other requirements of the department of English.
Dans une lettre du 11 juin 1963, un diplomate de l’ambassade du Royaume-
Uni au Cameroun informe ses supérieurs que le Cameroun sollicite des enseignants
anglophones pour l’université fédérale en cours de création37.
2) Les partenariats sud-sud
Des partenariats d’échanges interafricains sont mises en place à l’époque,
notamment entre le Cameroun et le Nigéria.
Le 19 décembre 1958, le gouverneur général du Nigéria s’adresse au
secrétaire d’État des colonies sur la question du développement de service lié à
l’éducation dans la région du sud-ouest du Cameroun. Deux projets sont proposés.
Le premier tient à établir un Post School Certificate course au Saint Joseph’s College
près de Buea (Sud-ouest du Cameroun). À cette date aucun moyen ne permet de
faciliter l’accès des élèves camerounais à l’Université d’Ibadan au Nigeria.
Le King College de Lagos accueille à l’époque un petit nombre d’élèves du
Cameroun. C’est dans l’intérêt de ces élèves que le Post School Certificate class est
instauré au St. Joseph Sasse College.
Le rapprochement entre pays africains et asiatiques en matière
d’enseignements se fait à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Les Etats se
réunissent sous diverses associations pour combattre la colonisation et demander leur
indépendance. En 1955, la Conférence de Bandung réunit un grand nombre d’états
asiatiques et africains pour dénoncer la colonisation. Mais c’est réellement après son
indépendance que Cameroun développe des échanges d’étudiants avec les pays
asiatiques.
36
Lettre du 8 août 1963, FO 371/167401, UK technical co-operation on education 1963, open
document, open description
37
Lettre du 11 juin 1963, BW 153/2 General policy: including Anglo-Cameroon cultural agreement;
teaching of English at Federal University, Yaoundé, 1961 Jan 01 -1969 dec 31
60
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
IV. L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET LE MILITANTISME POLITIQUE
DES ETUDIANTS CAMEROUNAIS
A. L’ACTIVISME POLITIQUE DES ETUDIANTS CAMEROUNAIS
1) Un activisme panafricain : l’association de plusieurs forces
Au Cameroun sous administration britannique, l’Autorité administrante
remarque que dès 195338, la population accorde beaucoup de son temps aux activités
politiques. En effet, les autochtones se désintéressent des formations donnant accès
aux postes administratifs et aux professions de hauts fonctionnaires. Ils préfèrent se
consacrer aux débats liés à la constitution d’un corps législatif et exécutif pour le
pays en se réunissant en comités. En 1956, le premier numéro du journal
« L’Etudiant de l’Afrique Noire » est publié. Il est accueilli très favorablement par
les étudiants africains qui en font la propagande et le diffusent en encourageant les
autres étudiants de la capitale à s’y abonner39. Une série de questions sont posées
dans le journal en direction des parlementaires africains à l’exemple de celles-ci :
1) Quel est, en ce qui concerne l’Afrique Noire, votre programme politique,
économique et social, pour cette législature ?
2) Quelles mesures précises envisagez-vous pour aider les étudiants à faire
aboutir leurs revendications et pour promouvoir d’urgence une élite africaine
nombreuse et compétente ?
Ces deux questions soulignent la politisation des étudiants camerounais à
l’époque. Les étudiants forment à l’époque des groupes association pour faire valoir
leurs droits. Des communautés d’intérêt se forment dans les universités et les écoles
supérieures. Le militantisme politique y prospère.
2) La surveillance des activités par les autorités : des tentatives
d’intimidation
Dans une note de renseignement du 3 mars 1955 on apprend que des réunions
panafricaines ont lieu en Europe et sur le continent africain40. C’est le Service de
documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), créé le 28 décembre
1945, qui est à l’origine de ce papier. Une conférence est sur le point de se réaliser en
38
Rapport du Conseil de tutelle 7 (A/2680), p. 134.
39
Lettre du 13 mars 1956, 5e série, 5e série 77W carton 4555, dossier 500.261
40
Notes de renseignement de la SDECE du 3 mars 1955, FR ANOM 61COL2265
61
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Ouganda ou au Nigéria sous l’office de l’Union International des étudiants (UIE),
suite à un Conseil ayant eu lieu à Moscou en 1954. Si le SDECE se préoccupe de ces
rassemblements à caractère politique, c’est à cause du rapprochement des étudiants
africains et des mouvements politiques d’Europe de l’Est dans un contexte de guerre
froide.
À l’initiative du parti communiste en 1953, la FEANF entreprend de
regrouper les associations étudiantes africaines pour avoir une meilleure audience et
plus de poids et de résonnance politique41. Cette démarche est perçue par la Police
comme une réelle menace pour l’ordre public dans la mesure où 4000 étudiants
africains sont scolarisés en France. Leur regroupement éventuel fait peur aux
autorités politiques en métropole confrontées à la multiplication des revendications
indépendantistes dans les territoires et départements d’outre-mer. Les étudiants
africains et leurs associations sont pour cette raison sous surveillance.
3) Ossende Afana, l’exemple du militant incommodant
Ossende Afana, étudiant boursier camerounais, est l’un des exemples
emblématiques des étudiants militants redoutés par les autorités administratives42.
Membre actif de l’association des étudiants camerounais (UNEK) et vice-président
de la FEANF, il est, à sa demande, invité par les Nations Unies à témoigner devant la
4e commission de l’Assemblée générale. Pour ce faire, il doit se rendre au siège des
Nations Unies à New-York. Son voyage aux États-Unis est différé à cause des
difficultés, des brimades et des mesures d’intimidation qu’il rencontre auprès de
l’administration pour obtenir son visa et les autorisations nécessaires. Il en est ainsi
pour tous les étudiants dont les initiatives contrarient la diplomatie des puissances
administrantes. Ils sont l’objet de pressions et de menaces pour les dissuader de
s’engager et de militer dans des mouvements indépendantistes et de lutte contre le
colonialisme.
41
Note de renseignement du 23 décembre 1953, ANOM 61COL2265
42
6e série 77W, carton 4123 cote 429.467/0
62
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
B. LES ETUDIANTS CAMEROUNAIS FACE A LA PROBLEMATIQUE DE
L’INDEPENDANCE POLITIQUE ET CELLE DE LA GUERRE FROIDE
1) L’anticolonialisme
Ossende Afana, en tant que vice-président de la FEANF, a publié plusieurs
articles dans le journal de l’association. Dans l’un de ces articles intitulé « Justice au
Cameroun », il y fait le procès du colonialisme français dans les territoires d’Outre-
mer et déclare que dans ces pays là, la « présence française » devient synonyme
« d’effusion de sang ». Il rappelle, à ce sujet, les évènements d’Indochine, de
Madagascar, d’Afrique du Nord, de la Côte-d’Ivoire et du Cameroun dans les années
1950. Pour lui, le trait commun de ces crises politiques violentes c’est que la France
s’oppose aux mouvements de lutte contre le colonialisme. Il attaque le gouvernement
d’Edgar Faure et le Haut-commissaire Roland Pré « qui ont tous mis en œuvre pour
annihiler l’action des mouvements progressistes camerounais et en particulier celle
de l’Union des Populations Camerounaise » (UPC)43.
43
Lettre du 13 mars 1956, 5e série 77W carton 4555, dossier 500.261
63
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Une lettre datée du 30 janvier 195644, renseigne sur l’objet (« prochaine
conférence de la jeunesse africaine ») de la conférence que les étudiants africains
projettent à Bandung du 5 au 10 mai 1956. L’année précédente, cette ville avait réuni
des nations asiatiques et africaines pour s’unir contre la colonisation et faire la
promotion des indépendances. En 1956, la place est donnée, non pas aux députés ou
autres membres des parlements africains et asiatiques, mais plutôt aux étudiants. Ces
derniers sont considérés comme des promoteurs de la liberté des peuples colonisés.
Aussi lors de cette conférence, près de 250 délégués étudiants, représentant 45 pays
africains et asiatiques, évaluent les moyens de contribuer au mouvement de la paix et
de mettre fin au colonialisme. Deux étudiants africains sont désignés par la FEANF
pour se rendre à Bandoeng : Benoit Ball Ondoua, camerounais, président de la
Fédération, et Ogo Kane Diallo, sénégalais Vice-président.
2) La référence à des figures indépendantistes du pays
L’Union nationale des étudiants Kamerounais (UNEK) publie une déclaration
appelant les étudiants camerounais à participer à la lutte antigouvernementale45.
L’organisation se prononce contre le gouvernement en place. Les leaders
indépendantistes (Ruben Um Nyobe, Félix Roland Moumié) sont célébrés car tous
deux ont combattus la France et sont morts à cause de leurs idées. La France est
clairement accusée de ces deux assassinats (en 1958 et 1960). On lit :
Le néocolonialisme est également caractérisé par le chômage qui prend des
proportions inquiétantes, le sort misérable et désespérés de travailleurs des villes et
campagnes à qui toute liberté syndicale est refusée et, par conséquent, toute
possibilité de revendication, la délinquance juvénile, la prostitution, la dégradation
des services sociaux (manque de médicaments dans les hôpitaux ou transformation
de ces derniers en casernes), le sabotage de l’enseignement.
En conclusion, il est indiqué ceci :
Les étudiants africains, les étudiants kamerounais, les démocrates et les
révolutionnaires africains et du monde doivent savoir que tant qu’il y aura une
parcelle de notre patrie sous domination étrangère (économique et politique), tant
que qu’il y aura des Kamerounais pour magnifier l’impérialisme, la lutte continuera
avec plus de détermination. Et le devoir des étudiants sera d’appeler leurs peuples à
44
Lettre non signée Renseignement Généraux du 30 décembre 1956, FR ANOM 61COL2265
45
6e série 77W carton 4123 cote 429.467/0
64
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
la mobilisation générale et de combattre à leurs côtés pour bouter hors de leur patrie
les impérialistes et leurs valets.
3) Les Africains cibles de la propagande communiste ?
Le 2 mars 1955 une note de renseignement de la Police signale l’existence
d’une propagande communiste auprès des étudiants africains46. En effet, depuis 1945
le Parti communiste français est très présent dans les milieux associatifs africains. Se
proclamant anticolonialiste et anti-impérialiste, son discours plait beaucoup aux
étudiants africains se lient d’amitiés avec des membres-dirigeants du parti et y
militent. Il en est ainsi de plusieurs responsables politiques camerounais notamment
ceux de l’Union des populations du Cameroun (UPC).
Les syndicats naissants en Afrique s’affilient aussi à la Confédération
Générale du Travail (CGT) très proche à l’époque du Parti communiste. Des
responsables syndicaux africains à l’exemple de Diallo Seydou, du « comité de
coordination en AOF –Togo », de Diallo Abdoulaye, vice- président de la Fédération
Syndicale .Mondiale (FSM), se rapprochent de la CGT. Il en est de même pour les
responsables syndicaux camerounais comme Chales Assalé, Jacques Ngom, etc.
46
Lettre du 2 mars 1955, FR ANOM 61COL2265
65
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
47
47
Document datant du 20 aout 1954 à Moscou, Congrès international des étudiants, FR ANOM
61COL2265
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
CONCLUSION
Les sujets relatifs aux enseignements primaire, secondaire et supérieur ont été
au cœur de l’administration du Cameroun avant l’indépendance. Son statut
international a fortement contribué à mettre ces sujets au premier plan des
préoccupations politiques. Les Nations Unies, durant près de 15 ans, ont en effet,
exercé une pression diplomatique non négligeable sur les puissances administrantes
des Territoires camerounais pour les inciter à créer des établissements
d’enseignement supérieur au Cameroun dans la perspective de son indépendance,
objectif final du régime international de la tutelle. L’ONU a également contribué à
sensibiliser les populations camerounaises sur l’importance et l’utilité des
enseignements supérieurs au regard des responsabilités de gouvernement qu’elles
auront à assumer après la levée de sa tutelle.
La France et le Royaume-Uni ont tardé à mettre en œuvre les
recommandations des Nations Unies en matière d’implantation d’établissements
d’enseignement supérieur au Cameroun. Ils ont opté pour une politique active et
couteuse d’octroi de bourses universitaires aux bacheliers camerounais plutôt que
pour la création d’universités au Cameroun. La France et le Royaume-Uni ont dans
ce cadre accueilli de nombreux boursiers camerounais soit dans des établissements
supérieurs basés dans leurs territoires coloniaux, soit dans des universités établies
dans leur territoire national respectif.
Les premières générations d’étudiants camerounais sont ainsi majoritairement
formées en France et au Royaume-Uni dans une conjoncture politique dominée par la
lutte contre le colonialisme et la Guerre froide. Ce sont donc des étudiants fortement
politisés qui intègrent l’administration publique camerounaise à l’indépendance du
pays. Pour la plupart d’entre eux, l’indépendance nationale ne se conçoit pas sans
l’implantation d’établissements d’enseignement supérieur. Dès le lendemain de
l’indépendance et de la réunification des territoires camerounais, ses dirigeants vont
entreprendre, malgré l’héritage de deux traditions universitaires différentes, de
multiplier les établissements d’enseignement supérieur au Cameroun. La genèse de
l’enseignement supérieur camerounais apparaît ainsi comme un processus autonome
qui a donné naissance en l’espace de quelques décennies à un système universitaire
original en Afrique.
67
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
ANNEXES
Tableau indicatif sur le nombre d’étudiant à l’étranger et en Afrique
Tableau sur l’évolution du nombre d’étudiant en Afrique 1965 à 1980
Pourcentage d’étudiant dans les pays d’Afrique et à l’étranger
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Pourcentage d’étudiants par filières scientifiques et technologiques
69
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Pourcentage d’étudiant dans les pays d’origine et à l’extérieur / Pourcentage de
personnes qui sont au niveau du master en Afrique
70
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Lettre concernant un programme d’échange universitaire, deux étudiants
camerounais doivent partir pour le Royaume-Uni dans le but d’y suivre des cours à
l’Université de Cardiff.
71
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Fiche d’identité sur 3 étudiants camerounais concernés par un départ au Royaume-
Uni pour y étudier (2 pages).
72
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Page 2
73
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Rapport sur le voyage d’étudiant métropolitains (France) au Cameroun (5 pages).
74
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Note de renseignement sur le Congrès de l’Union Nationale des Etudiants en France.
Moment pour les étudiants de présenter leur revendication devant un public toujours
plus grand.
79
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Lettre sur mauvaises conditions de vie des étudiants africains non boursiers en
France (2 pages).
80
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Page 2
81
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Lettre informant de la prochaine conférence de la jeunesse africaine. Moment de
rencontre entre étudiants venus d’Afrique de la métropole et d’Asie. Moment
d’échange sur les questions liées à la colonisation.
82
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Lettre sur les moyens de diffusion de l’idéologie communiste dan les milieux
estudiantins africains.
83
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Note de renseignement sur Azang Madeleine institutrice proche des mouvements
syndicaliste au Cameroun (3 pages).
84
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Page 3
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Circulaire de la FEANF sur les nouveaux dirigeants de l’organisation et du journal
87
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Note de renseignement sur l’étudiant François Effa résidant à Moscou en Russie (2
pages).
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Page 2
89
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SOURCES
[Link]
Rapports du Conseil de tutelle des Nations Unies :
1) Rapport du Conseil de tutelle sur ses quatrième et cinquième sessions 6 aout
1948 - 22 juillet 1949 Assemblée générale documents officiels: Quatrième
session supplément No 4 (A/933) Lake Sucess, New-York, 1949
2) Rapport du Conseil de tutelle sur sa première session extraordinaire, sa
deuxième session extraordinaire et ses sixième et septième sessions 23 juillet
1949-21 juillet 1950. Assemblée générale documents officiels : cinquième
session supplément NO .4 (A/1306) Lake Success, New-York, 1950
3) Rapport du Conseil de tutelle sa troisième session extraordinaire et ses huitième
et neuvième sessions 22 novembre -30 juillet Assemblée générale documents
officiels : sixième session supplément N° 4 (A/1856) Paris 1951
4) Rapport du Conseil de tutelle sur sa quatrième session extraordinaire et ses
dixième et onzième sessions 18 décembre 1951-24 juillet 1952, assemblée
générale documents officiels : septième session supplément No 4 (A/2150) New-
York, 1952
5) Rapport du Conseil de tutelle pour la période du 22 juillet 1953 - 16 juillet I954
Assemblée générale documents officiels : neuvième session supplément 4
(A/2680) New-York, 1954
6) Rapport du Conseil de tutelle pour la période allant du 17 juillet 1954 au 22
juillet 1955. Assemblée générale documents officiels : dixième session
supplément No 4 (A/2933) New-York, 1955
7) Rapport du Conseil de tutelle pour la période du 23 juillet 1955 au 14 août 1956
Assemblée générale documents officiels : onzième session supplément No 4
(A/3170) New-York, 1956
8) Rapport du Conseil de tutelle pour la période du 15 août 1956 au 12 juillet 1957
Assemblée générale document officiels : douzième session supplément No 4
(A/3595) New-York, 1957
France : Archives de la préfecture de police de Paris
− 4e série 77W, carton 2402, dossier 443.214
Fédération des étudiants d’Afrique noire française (FEANF) :
− 6e série 77W, carton 4123 côte 429.467/0
90
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
Royaume-Uni : London archives nationale, Kew
− FO 371/167401, UK technical co-operation on education 1963, open
document, open description
− BW 153/2 General policy: including Anglo-Cameroon cultural agreement;
teaching of English at Federal University, Yaoundé, 1961 Jan 01 -1969 dec
31
UNESCO
[Link]
Conférence sur l’éducation d’Addis-Abeba du 15 au 25 mai 1961. Rapport
final.
Conference on the development of Higher Education in Africa 3-
12 September 1962 Tananarive
France : Aix en Provence, Archive Nationales d’Outre-mer
1949/1956 : documents concernant les bourses et boursiers, la propagande
communiste et nationalises et les associations de jeunesses d’Afrique en
France, à Paris et en province
Cote de référence FR ANOM 61COL2265
Référence Internet ark:/61561/nf302ytzusq
BULAC
Rapport de la Commission consultative pour le développement de
l’enseignement supérieur en République Fédérale du Cameroun,
Paris le 15 octobre 1962, Unesco, Paris 1962
Revue, University of London
Policy for Scholarship (Southern Cameroon) Numéro 9, 1955
SOURCES
91
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
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local, l’exemple du Cameroun,
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Article
Courade, Christine et Georges, « L’Ecole au Cameroun anglophone » Revue
Tiers-Mondes, tome XIX, numéro 76, octobre-
décembre 1978, pp 743-769
Rapport
Rapport présenté au 18ème Congrès 26, 27, 28 décembre 1966 à Paris par la
section de Paris, « Par la section de France sur « L’enseignement au
Kamerun » », dépôt légal N 7 1er trimestre 1967
Ouvrage non utilisé mais dont j’ai eu connaissance
Aguessy, H. (1994), Le Pari de l’Unesco pour le succès de l’enseignement
supérieur en Afrique, Dakar, BREDA. Il n’existe qu’un exemplaire aux
États-Unis, Library of Congress Washington.
93
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
TABLE
DES MATIERES
Présentation du sujet ................................................................................................. 4
Présentation des sources ............................................................................................ 6
A. Les Rapports .................................................................................................... 6
1) Les Rapports du Conseil de tutelle de des Nations Unies ............................. 6
2) Le Rapport de la Conférence d’Addis-Abeba ............................................... 7
3) Le Rapport de la Conférence de Tananarive ................................................. 7
B. La Préfecture de police de Paris .................................................................... 8
C. Le site camerounais du ministère de l’enseignement supérieur ................. 9
D. Les documents trouvés en Angleterre ......................................................... 10
1) Les archives de Kew Gardens à Londres .................................................... 10
2) Senate House Library .................................................................................. 10
E. Les archives nationales d’Outre-mer, Aix en Provence ............................ 11
F. Le rapport de la Bibliothèque universitaire de langues et civilisations ... 11
Contexte .................................................................................................................... 12
G. 1945 : un nouvel ordre mondial ................................................................... 12
1) La remise en question de la colonisation..................................................... 12
2) Les Nations Unies, une organisation anticoloniale ..................................... 12
3) Le Cameroun, nouveau statut, nouveau besoin ........................................... 13
H. Panorama des universités en Afrique jusque dans les années 1960 ......... 13
1) Les précurseurs ............................................................................................ 13
2) Les années 1940, une accélération du processus ......................................... 14
I. La politique au service des populations ...................................................... 17
1) Les pressions politique et diplomatique ...................................................... 17
2) La réponse contrariée des puissances administrantes.................................. 18
Présentation de la bibliographie ............................................................................. 19
A. Les ouvrages généraux sur l’histoire du Cameroun .................................. 19
B. Ouvrage sur l’histoire de l’enseignement en Afrique ................................ 20
C. Les ouvrages sur l’enseignement au Cameroun ......................................... 21
D. L’enseignement supérieur ............................................................................ 22
94
Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
E. Enseignement et politique ............................................................................ 23
F. Le contexte ..................................................................................................... 25
G. Les ouvrages non consultés .......................................................................... 25
I. L’enseignement supérieur : une nouvelle donne dans le paysage éducatif
camerounais .............................................................................................................. 27
A. Le statut international du Cameroun en 1945 et le sujet du
développement de l’enseignement supérieur ..................................................... 27
1) Un territoire sous tutelle des Nations Unies ................................................ 27
2) L’éducation au Cameroun sous tutelle : état des lieux ................................ 28
B. Le besoin d’enseignement supérieur des Camerounais ............................. 30
1) Un besoin entretenu par la perspective de l’indépendance nationale .......... 30
2) Un besoin difficile à satisfaire ..................................................................... 30
C. Les soutiens internationaux des étudiants camerounais............................ 32
1) Les plaidoyers de l’ONU dans les Rapports du Conseil de tutelle.............. 32
2) Les recommandations des conférences internationales sur l’éducation ...... 35
II. Les politiques d’enseignement supérieur au Cameroun ............................... 39
A. Les politiques de l’enseignement supérieur au Cameroun sous
administration française : un système centralisé............................................... 39
1) Les bourses comme unique voie d’accès à l’enseignement supérieur ........ 39
2) L’absence d’établissements universitaires sur le territoire.......................... 43
B. Les politiques de l’enseignement supérieur au Cameroun sous
administration britannique : un système décentralisé ...................................... 43
1) Le système de bourse du Royaume-Uni ...................................................... 43
2) Une Afrique intégrée dans le système des échanges ................................... 44
C. Les politiques de l’enseignement supérieur au Cameroun indépendant :
deux systèmes et le bilinguisme ........................................................................... 46
1) Des initiatives précoces ............................................................................... 46
2) Les initiatives françaises après 1960 ........................................................... 47
III. L’enseignement supérieur dans le projet politique de l’État postcoloniale
du Cameroun ............................................................................................................ 49
A. La formation des cadres et des futurs dirigeants ....................................... 49
1) Une élite autochtone en constante augmentation ........................................ 49
2) Des politiques de recrutements nationalistes et coercitives ........................ 54
3) La hiérarchie et les effectifs des cadres administratifs ................................ 55
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Mémoire de Master 1 La genèse de l’enseignement supérieur au Cameroun – 1945-1965
B. La question de l’harmonisation des systèmes d’enseignements anglophone
et francophone ...................................................................................................... 57
C. La promotion des partenariats internationaux .......................................... 59
1) L’intérêt des partenariats internationaux, les relations avec les deux
puissances coloniales .......................................................................................... 59
2) Les partenariats sud-sud .............................................................................. 60
IV. L'enseignement supérieur et le militantisme politique des étudiants
camerounais ……………………………………………………………………......61
A. L’activisme politique des étudiants camerounais ...................................... 61
1) Un activisme panafricain : l’association de plusieurs forces ...................... 61
2) La surveillance des activités par les autorités : des tentatives d’intimidation .
..................................................................................................................... 61
3) Ossende Afana, l’exemple du militant incommodant ................................. 62
B. Les étudiants camerounais face à la problématique de l’indépendance
politique et celle de la guerre froide.................................................................... 63
1) L’anticolonialisme ....................................................................................... 63
2) La référence à des figures indépendantistes du pays ................................... 64
3) Les africains cibles de la propagande communiste ?................................... 65
CONCLUSION......................................................................................................... 67
ANNEXES................................................................................................................. 68
SOURCES ................................................................................................................. 90
TABLE DES MATIERES ....................................................................................... 94
96