Lire une lecture méthodique d'un extrait des Essais de Montaigne
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I- Lire méthodiquement un texte:
1. Définition de l'épreuve:
L'exercice oral de la lecture méthodique consiste à étudier un texte en organisant
méthodiquement ses analyses à partir des caractères originaux du texte.
La lecture méthodique ne prétend pas tout dire sur le texte: elle choisit des perspectives,
des axes de lecture à partir de l'observation attentive et réfléchie des formes mises en
œuvre dans le texte. C'est « une explication de texte consciente de ses démarches et de
ses choix » (Instructions officielles).
Exemple: On pourra fonder l'analyse d'un texte narratif sur l'étude du point de vue. Le
relevé des indices pertinents pour déterminer le « point de vue » narratif fournira une «
entrée » dans le texte.
À partir de là, on pourra formuler des hypothèses de lecture qui permettront de construire
peu à peu une signification du texte.
Exemple: On définira le rapport qu'entretient le personnage avec ce qui l'entoure, ou bien
on fera apparaître le lien qui s'établit entre le narrateur et le lecteur.
2. Les outils d'analyse:
Comme les axes de lecture doivent être dégagés des traits spécifiques du texte, les outils
nécessaires à l'analyse sont fournis par les caractéristiques formelles de l'extrait envisagé.
Voici quelques exemples de ces caractéristiques:
Caractéristiques formelles pouvant servir d'outils
d'analyse
Le genre , le type et les critères qui s'y attachent
L'emploi des champs lexicaux
Le système de l'énonciation
Le rapport entre le texte et son titre
La structure: schéma narratif, circuit argumentatif
Les images et les métaphores
Les modes et les temps
Le système interrogatif
Les paroles rapportées
La focalisation
En fonction du texte à analyser, certains outils seront plus pertinents que d'autres.
Certains textes imposent certaines questions.
Exemple: S'il s'agit d'un texte argumentatif, on s'intéressera en priorité à l'énonciation ,
aux champs lexicaux , à la valeur appréciative du vocabulaire, et aux connecteurs
Exemple d'une
logiques.
lecture méthodique.
Méthodologie de la
dissertation.
Méthodologie du
commentaire composé.
L'argumentation.
Comment intégrer les
citations à la rédaction?
Besoin de citations ?
II- La démarche à mettre en œuvre:
1. Les repérages nécessaires:
La première approche de la lecture méthodique consiste à observer le texte et à repérer
les traits spécifiques de son écriture. Ces repérages serviront à déterminer les
instruments d'analyse appropriés.
Exemple: Si le texte est un dialogue, on relève les marques distinctives du dialogue:
style direct ou indirect, propositions incises (s'il s'agit d'un dialogue dans le récit );
prises de parole, didascalies (s'il s'agit d'un dialogue théâtral). On répond aux
questions: qui parle? à qui? qui ne parle pas?
Dans un deuxième temps, on organise ces relevés dans des ensembles signifiants. On
établit des classements, des rapprochements.
Exemple: Le relevé des prises de parole peut faire apparaître des répliques de longueur
différente: on les compare sur ce plan. On peut également les distinguer selon d'autres
critères: l'emploi de la forme interrogative, ou du mode impératif.
Ces groupements permettent de dégager les constantes, les lignes de force qui
donnent sens au texte.
2. Construire une signification du texte:
C'est l'étape de l'approfondissement et de l'interprétation. À partir des indices relevés
dans le texte, il devient possible d'émettre des hypothèses de lecture à l'aide de
questionnements simples.
Exemple: Pourquoi tel personnage parle-t-il plus que les autres? Qui parle le premier?
Qui mène le dialogue? Qui interroge et qui répond?
Grâce à ces questionnements, l'outil d'analyse (dans l'exemple proposé, il s'agit de
l'étude des prises de parole dans le dialogue) guide vers un sens du texte. Les
perspectives se précisent. Les analyses vont nous permettre de proposer une
interprétation d'ensemble.
Exemple: On peut déduire de l'échange de paroles un certain type de relation entre les
interlocuteurs. On peut interpréter le rôle que chacun donne au langage. On peut
déterminer leur fonction dans l'intrigue , romanesque ou dramatique , selon le type de
dialogue étudié.
La lecture méthodique, on le voit, organise ses analyses suivant des perspectives que
lui suggère le texte lui-même. Le travail de découverte et d'« entrée » progressive
dans le texte jusqu'à son interprétation ne doit pas être considéré comme un «
brouillon » préparatoire. Au contraire, c'est précisément cette démarche d'exploration
raisonnée et ordonnée qui doit être présentée avec clarté au cours de l'épreuve.
III- Le déroulement de l'épreuve:
Dans l'ensemble de l'épreuve orale, l'étude du texte occupe une dizaine de minutes. Le
candidat présente oralement son travail suivant quatre étapes.
1- L'introduction:
Elle situe le texte (siècle, auteur, œuvre, contexte immédiat), précise les caractères du
texte (genre auquel il appartient, thème général, intérêts successifs qui s'y
développent), et indique les axes qui vont être suivis pour l'analyse.
2- La lecture du texte à haute voix:
On doit lui accorder de l'importance. Bien lire un texte, c'est déjà lui donner sens.
3- L'analyse méthodique du texte:
Elle rend compte des repérages; elle suit les axes de lecture annoncés dans
l'introduction; elle justifie les choix qui ont été faits en rappelant le projet de lecture qui la
guide.
4- La conclusion:
Elle fait la synthèse de l'étude qui a été menée et propose une ouverture sur le
groupement de textes ou l'œuvre complète dont le passage fait partie.
IV- Bilan: Retenir l'essentiel:
La lecture méthodique est une explication raisonnée et ordonnée d'un texte, qui prend
en compte les procédés spécifiques de l'écriture du texte pour conduire ses
analyses.
Les étapes de la lecture méthodique sont: le repérage des faits de langue, des
procédés expressifs, des traits spécifiques du texte; le relevé et le classement de ces
formes; l'élaboration d'axes de lecture à partir de questionnements sur le texte;
l'interprétation du texte fondée sur les analyses qui ont été effectuées.
Pendant l'épreuve orale, le candidat dispose d'une dizaine de minutes pour présenter
l'introduction de son analyse, la lecture à haute voix du passage, l'analyse
méthodique du texte suivant les axes choisis, la conclusion de son étude.
Il s’agissait de comprendre la différence entre la « lecture méthodique » des anciens
programmes et l’actuelle « lecture analytique ».
Quelques mots d’introduction : la question est polémique. Plusieurs réponses
affirment que le changement n’est que terminologique, et qu’il n’y a nulle différence
entre lecture méthodique et analytique (I) ; car c’est à la lecture cursive que la
lecture analytique s’oppose en réalité (II). Le débat conduit finalement à une
réflexion sur différentes pratiques pédagogiques (III).
Synthèse mise en ligne par Valentine Dussert.
I. Les dérives, causes du changement de terminologie
Toutes les réponses s’accordent sur la cause du changement de
terminologie : les dérives de la méthode précédente.
— La lecture méthodique a d’abord remplacé l’explication de textes, jugée
prétentieuse car trop magistrale, et souvent linéaire donc parfois morcelée.
— La lecture analytique a ensuite remplacé la lecture méthodique, jugée trop
systématique, techniciste, jargonnante, formaliste... car elle avait tendance à
utiliser des « grilles de lecture » préétablies...
Néanmoins, les réponses s’accordent aussi sur le fait qu’une
« vraie » ou une « bonne » explication de textes est tout aussi valable
(aboutissant d’ailleurs au même résultat avec les mêmes démarches) qu’une
« vraie » ou « bonne » lecture méthodique ou analytique...
— En effet la lecture analytique est censée corriger les dérives de la lecture
méthodique en introduisant la notion de problématique, d’hypothèse de lecture,
qui préside à l’étude du texte (qu’elle soit confirmée ou infirmée). Mais la
« lecture méthodique » était auparavant définie comme une « lecture
consciente de ses démarches et de ses choix ». Plusieurs réponses
remarquent que la différence n’est pas évidente !
— Certains observent déjà les dérives possibles de la lecture analytique
(proposer une lecture trop libre à partir d’un choix subjectif), et notent avec une
certaine ironie qu’elle ne manquera pas d’être remplacée elle aussi par une
autre « formule »...
II. La véritable opposition : entre lecture analytique et lecture cursive
Pour certains, la lecture analytique est une démarche (formuler des
hypothèses de sens et les confronter au texte, ne pas chercher à « tout dire »),
qui peut s’appliquer à l’analyse d’un extrait ou d’une œuvre intégrale, et qui
donc ne s’oppose pas à la lecture méthodique (elle aussi fondée sur le
questionnement), mais à la lecture cursive.
Un passage des accompagnements des programmes confirme
cette analyse : la lecture analytique « a pour but l’examen méthodique des
textes et constitue un travail d’observation des éléments constitutifs de ceux-ci,
suivi d’un travail d’interprétation. Elle permet aux élèves de s’approprier
progressivement les perspectives d’études et de distinguer celles qui sont les
plus pertinentes selon les textes étudiés. La lecture analytique est une
démarche, c’est-à-dire qu’elle peut se réaliser sous la forme d’exercices divers :
aussi bien ceux qui ont pu s’appeler précédemment explication ou lecture
méthodique que l’étude d’oeuvres intégrales. »
III. D’autres questions soulevées au cours du débat
Le « problème » de la lecture linéaire : l’instauration de la lecture
méthodique a parfois été comprise comme une réaction contre l’analyse linéaire
des textes, alors que la lecture analytique aurait pour but aujourd’hui d’autoriser
de nouveau cette démarche.
— Certains font remarquer que, même du temps de la lecture méthodique,
l’analyse linéaire n’était nullement proscrite.
— D’autre part, tous ne sont pas d’accord sur les vertus de l’explication linéaire
(à mettre en œuvre bien sûr lorsque le texte s’y prête) : pour certains, elle court
le risque du morcellement et ne constitue qu’un travail préparatoire,
inacceptable désormais à l’écrit. Pour d’autres, elle permet au contraire,
lorsqu’elle est soutenue par une problématique solide, une analyse plus fine et
plus subtile, et un examen plus minutieux de l’hypothèse initiale.
La question des « grilles de lecture », que l’on pourrait croire
également proscrites du fait de la suppression de la lecture méthodique.
— Toutes les réponses s’accordent sur l’importance de la participation active
des élèves à l’élaboration du sens, que l’explication de texte magistrale
interdisait parfois. Les grilles de lecture à cette égard présentent à la fois un
avantage (elles permettent aux élèves d’être autonomes) et un inconvénient
(les élèves peuvent les utiliser mécaniquement).
— Ainsi, si la dérive de la lecture méthodique formaliste et techniciste est
regrettable, les « grilles de lecture » peuvent être utiles et fécondes, lorsqu’elles
ne sont pas utilisées de manière systématique et n’évacuent pas le sens, mais
aident à construire l’hypothèse de lecture, et lorsque l’on accepte d’abandonner
en fin de travail des analyses qui s’avèrent inutiles.
La distinction entre travail de préparation et « produit fini » :
plusieurs réponses estiment qu’elle est essentielle.
— La confusion est peut-être due au terme « lecture », qui peut désigner aussi
bien l’action de lire que le résultat de cette lecture (interprétation).
— Encore un point commun relevé entre lecture méthodique et lecture
analytique : elles procèdent toutes deux d’un travail de réception (nous sommes
dans l’ère de la critique de la réception, et non plus de la genèse comme pour
l’explication de texte plus magistrale). Cette lecture, ce travail de réception
précèdent la mise en forme (par exemple sous la forme d’un commentaire,
composé ou non, ou encore d’une explication orale...) - cette dernière étape ne
s’effectuant pas systématiquement en classe, mais relevant plutôt du travail
individuel de l’élève, qui comprend l’importance de son implication, notamment
en 1re, puisqu’il sera évalué sur une prestation personnelle à l’écrit comme à
l’oral.
En guise de conclusion...
Le débat était complexe, mais on peut citer pour finir un passage tiré d’une des
réponses, qui mettra d’accord tous les participants : « L’essentiel est que les
élèves deviennent grâce à nos réflexions et nos contradictions des lecteurs
avisés et si possible intéressés »...
LECTURE ANALYTIQUE : questionner le texte
D’abord questionner le texte pour l’expliquer, c’est-à-dire lui donner du sens,
de façon stricte et montrer comment il fonctionne à partir d’axe(s) de
méthodique lecture précis
NB : ne pas négliger l’aspect général
• du texte et tout ce que suggère le …=> genre… extrait ou non…
• du paratexte (présentation, illustration…) (voire début ou fin)…
Qui parle ?… A qui ?……………... …...=> énonciation (npc auteur, narrateur)
Quand ?… Où ?…………………… => point de vue/focalisation
Cf aussi l’emploi des temps………. ……=> mouvement littéraire parfois
le(s) registre(s) de langue [axe de lecture possible]
les marques de jugement…
De quoi ?………………………………. => thème(s)….
(cf champs lexicaux) ……=> sens… précision sur le genre
sur quel ton ?………………………….. => registre(s)… [axe de lecture possible]
cf aussi les références et allusions…………………………… => renforcement du sens
les jeux sur les pronoms………. et du registre
pour quoi faire ?………………………… => type de texte
NB : si opinion, volonté de convaincre… => texte argumentatif [axe de lecture possible]
cf aussi valeur des temps et des modes……………………….=> renforcement du sens
et du registre
mots de liaison………
toute forme de rupture …………………. => mouvement du texte (plan)
(ex : passé/présent…)
type de phrase ?………………………… => rythme…..
ponctuation ?… vers ?…. … => renforcement du sens
jeux sur sons ?………………………….. => sonorités… et du registre
[axe de lecture possible]
figures de style ?
ex : images… antithèse… connotations… antiphrase….
Lecture analytique
Les études supérieures sont pour une très large part centrées autour de l'étude de textes -
littéraires, historiques, politiques, philosophiques - qui demandent une lecture analytique,
puis une discussion orale ou écrite des points d'intérêts que ces textes comportent. Les
étudiants sont également censés produire eux-mêmes des textes: commentaires
(commentaire composé, explication de texte) ou essais à partir de sujets donnés
(dissertation).
La tradition universitaire française a établi des formes très précises pour la pratique de la
lecture, de l'analyse, de l'argumentation et de la rédaction; pour réussir, l'étudiant doit en
avoir parfaitement assimilé le sens et les techniques afin de pouvoir se concentrer sur le
contenu.
En littérature, mais pas seulement, la lecture analytique des textes sert de préparation
à l'écrit, pour l'explication et le commentaire composé. Elle vise à explorer, pour un
même texte, divers niveaux et axes de lecture possibles en vue d'une explication
"consciente de ses démarches et de ses choix", c'est-à-dire qui a entrevu de multiples
"entrées" dans le texte, mais n'en a retenu que les plus enrichissantes.
L'Explication de texte, à l'oral ou à l'écrit, consiste à commenter un extrait ou un texte
complet, mais court (une ou deux pages) en suivant sa progression, phrase par phrase,
parfois mot à mot (pour un poème par exemple).
Le Commentaire composé, à l'écrit, plus rarement à l'oral, consiste à commenter un
extrait assez long ou un texte selon une méthode synthétique qui met en relief un
nombre limité de centres d'intérêt ou d'axes de lecture.
La lecture analytique, donc, ne se confond pas avec le commentaire composé dans la
mesure où, répétons le, elle le prépare judicieusement.
La lecture analytique n'est pas autre chose qu'une manière méthodique de lire ! Elle
est née du souci de remplacer l'explication linéaire par une démarche progressive capable
de construire un sens. On peut ainsi parler d'une " lecture problématisée ", puisqu'il s'agit
de mener à bien, par une série de questions, un projet de lecture capable de parvenir à
une interprétation. Ce faisceau de questions qui caractérise la problématique d'une
lecture analytique impose un cheminement rigoureux.
Méthode de la lecture analytique d'un texte
littéraire
• 1) L'approche du texte: décrire, analyser, interpréter
Il est nécessaire d'apprendre à aborder un texte (littéraire, argumentatif,
journalistique ou autre) de façon systématique et raisonnée qui permette de
dépasser la "lecture naïve" d'où naissent des impressions superficielles. Le moyen
le plus sûr consiste à procéder selon trois étapes: décrire, analyser, interpréter.
Bien qu'il faille au départ respecter cet ordre, l'explication consiste à opérer de
constants aller-et-retours entre les trois; en effet, toute hypothèse sur la production
du sens (niveau de l'interprétation) exige d'être vérifiée de façon précise à partir des
caractéristiques objectives du texte (niveau de la description) et du fonctionnement
du texte lors de la lecture (niveau de l'analyse).
• a) Décrire, c'est faire un certain nombre de constations objectives sur le
texte, afin d'obtenir une base solide sur laquelle l'analyse et l'interprétation
viendront se fonder. Pour ce faire, il faut poser certaines questions (qui
pourront éventuellement rester sous forme d'interrogation, si la réponse n'est
pas claire, mais qui doivent être soulevées):
• * S'agit-il d'un texte complet? D'un extrait? Si c'est un extrait, les
limites en ont-elles été fixées par l'auteur lui même, ou par l'éditeur?
• * De quel type de texte s'agit-il? (prose romanesque, poésie, théâtre,
journalisme, essai...) Reflète-t-il les conventions formelles d'un genre?
(en poésie surtout, mais pas uniquement)
• * A priori, quel(s) semble(nt) être le(s) but(s) du texte: exprimer une
opinion, un sentiment, divertir, émouvoir, provoquer, informer, faire
réfléchir?
• * Y a-t-il un narrateur explicite? Un narrateur omniscient ou
participant? De quel point de vue ce texte est-il écrit? Qui parle? A
qui? (Y a-t-il un narrataire distinct du lecteur?) Quand? Où?
Comment?
• * Y a-t-il des personnages? Humains, voire anthropomorphiques, ou
non ? (un animal, un objet, une ville, la nature peuvent être des
personnages) L'attentiondu lecteur se focalise-t-elle sur un
personnage particulier? (le «héros», sympathique ou non)
• * Quelles sont les caractéristiques linguistiques du texte? Phrases
longues ("périodes") ou courtes (style "haché"), fortement structurées
ou plus proches de l'oral; niveau de langue soutenu, familier; lexique
simple ou complexe (mots rares), concret ou abstrait; champs lexicaux
ou sémantiques (mots ou formules qui se font écho pour communiquer
une impression, préciser ou nuancer le sens). Quels effets ou figures
de rhétorique sont-ils utilisés?
• b) Analyser, c'est démonter le mécanisme du texte, mettre en évidence
comment il fonctionne, comment il cherche à atteindre le(s) but(s) que
l'auteur a fixé(s), ou comment il arrive à produire sur le lecteur certains effets:
• * Quels sont les effets prévisibles sur le lecteur des caractéristiques du
texte mises en relief dans la description? Comment l'auteur implique-t-
il le lecteur dans le texte? Comment joue-t-il avec lui? Cherche-t-il à le
tromper pour provoquer un effet de surprise? Lui demande-t-il de tirer
ses propres conclusions? De fair des inférences? Cherche-t-il à
l'influencer de façon indirecte? À le manipuler? Veut-il laisser planer le
doute, l'ambiguïté? Est-il plutôt didactique?
• * Observe-t-on un effet de réel (ou illusion référentielle) qui vise à
distraire le lecteur du fait que le texte appartient au domaine de la
fiction? (par exemple grâce à l'accumulation de détails techniques:
date, noms de lieux, etc.)
NB: Expliquer le fonctionnement d'un texte est parfois facilité par le
raisonnement a contrario, ou en considérant une possible alternative:
on comprend mieux comment telle caractéristique du texte produit tel
effet de sens lorsqu'on considère ce qui se passerait si une autre
solution avait été adoptée.
Attention à ne pas attribuer uniquement le fonctionnement du texte
aux "intentions" de l'auteur, comme ci celui-ci en contrôlait exactement
tous les mécanismes: un texte peut offrir sur son auteur des
révélations que celui-ci n'a pas désiré y mettre, ou peut provoquer
chez le lecteur des effets de sens qui n'étaient pas intentionnels (en
particulier s'il existe entre auteur et lecteur une importante distance
chronologique, culturelle, sociale, etc.).
• c) Interpréter, enfin, c'est proposer des hypothèses, sinon des conclusions
sur le sens du texte. Si l'on a fait soigneusement le travail de description et
d'analyse, on se rend compte que le sens du texte, s'il n'est jamais
exactement réductible à une seule dimension, à un seul "message", peut être
précisé en fonction de paramètres assez objectifs. Il peut se révéler obscur,
ambigu, paradoxal, mais il n'est jamais aléatoire.
Il est utile de revenir, au moment de l'interprétation, sur ses impressions
premières: sont elles confirmées? Pourquoi? De telles vérifications
permettent parfois de mettre en évidence des mécanismes de signification
que l'on n'avait pas remarqués au premier abord.
Il faut rester conscient du fait que le texte a été écrit pour un public bien
précis et que, dans le cadre d'un travail universitaire, l'étudiant est censé
proposer une interprétation qui tienne compte du contexte socio-culturel de
réception d'origine. Il faut donc s'efforcer de mettre entre parenthèses sa
propre sensibilité de lecteur contemporain d'une oeuvre souvent ancienne,
quite à l'offrir en complément ou en contraste à l'interprétation
"historiquement correcte" qu'attend l'examinateur.
• 2) L'élucidation du sens
Avant d'entreprendre une analyse quelconque, il faut s'assurer que l'on a bien
compris le sens de ce qu'on analyse, qu'il s'agisse d'un texte ou d'une brève citation
qui sert de sujet à une dissertation.
Déterminer le sens d'un texte est toujours délicat, et ce pour au moins quatre
raisons:
• * On peut toujours argumenter que le sens, en dernière analyse, n'existe
qu'en fonction d'un lecteur, d'un spectateur donné, et qu'il reste donc "ouvert"
à l'interprétation, c'est-à-dire entièrement subjectif.
• * Il peut sembler y avoir, pour un même texte et un même lecteur, une
pluralité de sens possibles simultanément.
• * Le sens du texte en soi peut se voir profondément modifié par le contexte
de sa production et de sa réception, par sa postérité; le sens est donc en
partie à l'extérieur du texte.
• * le sens que l'auteur (cf. infra) a délibérément voulu donner au texte n'est
donc pas forcément celui que le lecteur perçoit. Il faut tenir compte de ce
décalage.
Que faire?
• * tenter d'identifier au maximum les conditions de production et de réception
du texte (date, contexte socio-historique, etc.) et rester conscient des
différences entre celles-ci et les conditions actuelles dans lesquelles nous
lisons ce texte.
• * tenir compte du fait que ces circonstances peuvent affecter le sens même
des mots, ou leur apporter une connotation qu'ils n'ont plus.
• * si ces circonstances ne sont pas connues, éviter de projeter, par défaut, un
contexte actuel sur un texte qui ne l'est peut-être pas (anachronisme).
• * considérer diverses probabilités de signification, que vous présenterez sous
forme d'hypothèses concurrentes, en privilégiant les plus vraisemblables.
• * ne jamais construire une argumentation sur "le message du texte" (ou de
l'auteur) en considérant qu'il y a un sens unique, évident et invariable.
• * ne jamais construire toute une argumentation à partir d'un seul des sens
possibles d'un mot ou d'une expression qui peuvent désigner plusieurs
notions ou concepts. Ceci est crucial pour la dissertation, où il est souvent
indispensable de commencer par examiner les possibilités de sens qu'offre
une formule ou une phrase donnés comme sujet.
• * ne jamais raisonner à partir du sens qui s'impose d'emblée à vous. Le
travail du texte est aussi un exercice de dépassement de ses jugements a
priori.
• 3) L'opinion et les sentiments
Si vous exposez vos opinions et vos sentiments, faites-le dans le cadre d'une
argumentation qui repose sur le texte de façon précise. À ce moment là, vous
cessez d'être purement subjectif pour devenir une sorte de "lecteur lambda" dont
l'expérience est généralisable.
Essayez de relativiser vos opinions et vos sentiments en fonction de votre profil
socio-culturel; soyez conscient du fait que vous analysez en tant que lecteur
dd'aujourd'hui, en tant que jeune Français ou Anglais, etc., et que cette identité
colore votre lecture. Mieux vaut revendiquer sa subjectivité et en articuler les
caractéristiques que de faire comme si tout lecteur devait penser et sentir comme
vous!
Prenez l'habitude de présenter vos opinions et vos sentiments à l'aide de formules
d'encadrement qui vous forcent à développer une argumentation. Par exemple, au
lieu de dire ou d'écrire
"Ce poème est extrèmement émouvant." dites: "Ce poème nous semble
extrèmement émouvant parce que..." ce qui amène naturellement une explication,
une justification.
Dans une dissertation, vous n'avez pas toujours de texte sur lequel vous appuyer; il
faut faire très attention à ne pas aligner des idées ou des impressions que rien ne
vient corroborer. Vous utiliserez donc les lectures faites pendant le cours et les
notes que vous avez prises pour argumenter à partir des oeuvres de tel ou tel
auteur, de telle ou telle théorie ou courant philosophique, et d'exemples précis tirés
de l'histoire, de la littérature, ou parfois même de l'actualité.
Attention à l'escamotage complet de votre personnalité derrière une explication
entièrement mécanique; en tant que lecteur vous devez réagir au texte, et en
proposer une explication qui ne renonce pas à toute individualité. On voit trop
souvent, en particulier au niveau du deuxième cycle, des étudiants qui appliquent
systématiquement à n'importe quel texte une "grille de lecture" (psychanalyse,
génétique, déconstruction) à tort et à travers, sans vraiment le lire.
Qu'est-ce qu'une problématique ?
La problématique offre une entrée ouverte dans l'œuvre, non pour conduire à une
démonstration fermée, mais pour apprendre à la questionner.
"Une problématique met en tension un faisceau de questions dont les réponses
s'inscriront toujours dans l'univers du possible, du discutable, du préférable, du probable :
non parce qu'elles manqueront de rigueur dans la démarche d'élaboration, mais parce
qu'elles engageront davantage dans une démarche de questionnement que dans un
univers de certitude"
La problématique ouvre un questionnement dynamique articulant plusieurs interrogations
ou aspects essentiels (du point de vue de leur portée) du ou des textes choisis. La
problématique ouvre un questionnement sur l'œuvre, pas sur les notions, lesquelles
peuvent aider à comprendre cette œuvre-là et non l'inverse. Elle permet à l'étudiant de se
mobiliser comme lecteur actif et de mobiliser l’œuvre pour accéder à une meilleure
compréhension : elle fait bouger les sens possibles d’une oeuvre.
En définitive, la problématique c'est la direction que l'on se propose de suivre dans le
traitement d'un problème. Lancée dès le départ de la démarche analytique comme un
enjeu ou un projet dont rien n'assure de la réussite, elle doit néanmoins se donner la
rigueur nécessaire pour tenter d'y parvenir.
• Comment poser une problématique ?
La première lecture du texte est déterminante: avant de se lancer dans son
"explication", il faudra faire état d'un enjeu d'analyse. Chaque texte, bien sûr,
méritera le sien, mais on peut compter sur quelques principes :
• a) un texte se rattache à un contexte , voire à un intertexte. Ce peut être le
mouvement culturel ( par exemple: L'Humanisme, La Pléiade, Le
Classicisme, Les Lumières, Le Romantisme, Le Parnasse, Naturalisme, Le
Symbolisme, Le Surréalisme...) dans lequel il s'inscrit, une forme ou un
thème traditionnels. Vous semble-t-il qu'il en présente les caractères
attendus, ou pensez-vous qu'il manifeste quelques écarts ? Voici une
problématique.
• NB: Le lecteur trouve dans le paratexte, c’est-à-dire les éléments qui accompagnent
le texte, le nom de l’auteur, de l’œuvre, du recueil d’où le texte est tiré, la date et le
lieu de parution. Parfois, d’autres indications sur le contexte sont fournies dans la
présentation, en marge ou en note de bas de page. Lorsqu’il s’agit d’un journal ou
d’une revue, le lecteur peut en déduire à quel public s’adresse le texte et tenir
compte de cette donnée pour établir l’intention avec laquelle le texte a été écrit.
En associant ces informations à ses connaissances personnelles ou en clarifiant les
références
à l’aide d’outils documentaires ( quand c'est possible), le lecteur peut se faire une
idée de l’intention et
des facteurs qui influent sur le point de vue présenté.
• b) un texte se rattache à un genre ( par exemple: Autobiographique,
Comique, Didactique, Dramatique, Épique, Épistolaire,, Lyrique, Merveilleux
et fantastique, Oratoire, Polémique, Romanesque, Tragique ). Selon un
principe identique, y reconnaissez-vous les caractéristiques les plus
fréquentes ? Constatez-vous, là encore, quelques irrégularités ? Excellente
occasion d'aller y regarder de plus près.
• c) un texte est traversé de plusieurs registres (les tons) ( par exemple:
Burlesque, Comique, Didactique, Élégiaque, Épique, Fantastique, Ironique,
Laudatif, Lyrique, Oratoire, Pathétique, Polémique, Réaliste, Satirique,
Tragique ). Leur nature, leur variété pourront vous paraître paradoxales et
vous indiquer un terrain d'analyse fructueux.
Dans l'ensemble, d'ailleurs, une problématique naîtra de votre étonnement
devant un caractère inattendu présenté par le texte.
• Comment formuler une problématique ?
Vous aurez soin de lui garder son caractère hypothétique par la tournure
interrogative (un faisceau de questions). A l'oral, elle sera formulée après votre
lecture du texte; à l'écrit, elle constituera l'élément central de votre introduction.