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Séquences
La revue de cinéma
Le montage et le rythme
Numéro 1, octobre 1955–1956
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Éditeur(s)
La revue Séquences Inc.
ISSN
0037-2412 (imprimé)
1923-5100 (numérique)
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Citer cet article
(1955). Le montage et le rythme. Séquences, (1), 27–30.
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Séquences - No. 1 - Octobre 1955.
IV - LE MONTAGE ET LE RYTHME
"Le rythme est l'ordonnance du mouvement". (Platon)
Il est nécessaire d'étudier chacune des images selon le plan, l'angle et
les mouvements avec lesquels elle est faite. Mais ce qui est plus impartant à compren-
dre, c'est que leà images sont en mouvement et n'existent qu'en relation les unes des
autres. Le mouvement général du film, son rythme provient du rappart des plans entre
eux, de l'harmonie ou du choc des images successives, de la durée respective de chacu-
ne, bref, du montage, dont il faut maintenant étudier les lois.
Tout d'abord il faut savoir que les scènes d'un film ne se tournent pas
dans l'ordre prévu par le scénario, ni dans l'ordre où il se déroule devant les spec-
tateurs. Pour économiser du temps et de l'argent, tous les plans qui se situent dans
un même décor et avec les mêmes personnages sont tournés à la suite les uns des au-
tres,, bien qu'à la séance devant le public ils se déroulerant au début, au milieu eu
à la fin du film.
Le montage consiste à placer des bouts de film dans l'ordre que l'en veut
pour créer l'impression recherchée. Cet prdre définitif est habituellement prévu dans
le plan tracé ou "découpage technique" du film. Mais monter un film est une tâche bien
particulière, car c'est ce travail qui donnera au film sa touche définitive. Créer un
rythme, c'est affaire de nombre d'images d'un même plan, d'alternance, de choix, de
dosage des images, etc.. Il faut instinctivement voir les images dans leur suite et
dans leur rapport.
C'est un travail inoui qui demande du temps, de la patience, du talent et
un véritable sens du mouvement. Le montage est en général fait par des femmes. Dans la
pratique, le montage se fait avec des. ciseaux: la monteuse regarde les bouts de film,
arrête, coupe, place un plan à un endroit, un autre ailleurs, change l'ordre, etc..
L'exécution du montage n'est cependant pas tout le film, car une pensée
créatrice a procédé au tournage de chaque plan; mais tous ces plans n'acquerront leur
véritable signification que dans le mouvement général du film. Et souvent on peut ra-
ter un film par un mauvais emploi des plans, un mauvais mcntage. Le monteur doit être
un artiste qui s'efforce de travailler en communion d'âme avec le réalisateur du film.
Ce dernier ne serait pas nécessairement un bon monteur, parce qu'il n'a pas touB les
métiers et qu'il a participé de trop près aux détails de chaque scène pour pouvoir ai-
sément en dégager ila valeur objective et la juste mesure de chacune,.
- PRINCIPALES LOIS DU MONTAGE : 1°) l'ordre des plans
2°) la durée respective des plans
- 1°) l'ordre des plans: la signification d'on plan n'est pas seulement contenue
dans ce qu'il représente. Elle dépend aussi et surtout des plans qui le précèdent
et qui le suivent. Par exemple, le réalisateur Poudovkine a choisi un plan de l'ac-
teur Mnsjoukine, où celui-ci est impassible, et il a intercalé ce plan entre trois
plans différents, de la façon suivante:
- Plan 11 une assiette fumante - P.2: Mosj^ukine
- P.3: une jeune femme mcrte - P.4: Mosjoukine
- P.5: un bébé jouant - P.6: Mosjcukine.
Les spectateurs voyant cette suite de plans furent ravis de la
versatilité de Mosjoukine et de ses expressions variées: pourtant les plans 2,4,
et 6 sent une seule et même image d'un visage inexpressif. C'est donc le montage
de ces plans qui leur a donné une signification,
- 27 -
- 2°) la durée respective des plans: elle doit correspondre à l'impression que l'on
veut faire naître chea le spectateur: lenteur, rapidité, angoisse, détente, etc...
Un film est convenablement lythmé lorsque les plans durent exactement le temps né*
cessaire à [Link] qu'ils rnt à exprimer. Cela demande un sens psychologique
bien informé des réactions et de la sensibilité du spectateur. En effet, des plans
a) ... de plus en plus longs produisent une sensation d'apaisement ou d'alourdis-
sement' de l'atmosphère, selon le contexte;
b) ... de plus en plus courts donnent l'effet contraire. C'est le montage accélé-
ré qui, dans une situation dramatique où l'action se précipite, nous fait par-
ticiper à cette action et physiquement, nous fait haleter, comme si nous étions
les véritables protagonistes du film.
Une alternance de plans longs et courts est en quelque sorte une com-
paraison cinématographique: elle nous fait voir la différence entre deux situ-
ât! cns, le rythme de chacune renforçant sen propre pouvoir et le pouvoir de
suggestion de l'autre.
- CAS PARTICULIERS DE MONTAGE : ,
, Il existe trois grandes catégories de montages:
- le montage-temps
- le montage- action
- lô montage-espaee
- 1. le montage-ternos : il s'agit d'une utilisation de la succession des plans tour-
nés voulant nous donner l'impression de l'écoulement du temps; ce montage sert en
«utre à mettre en relief telle idée, tel sentiment, tel détail de l'action, en or-
donnant les plans de faç-n à créer un mouvement chronologique déterminé.
Le montage-temps prend plusieurs formes. Il peut être...
- parallèle:fai sr ns alterner les deux plans suivants:
a) plan d'une garnison dans un fort assiégé
b) plan d'un bataillcn de secours se dirigeant vers le fort
... .. En montrant suacessivement l'un et l'autre, nous obtenons une tension
croissante; car n-us connaissons en même temps la situation désespérée des résis-
tants et l'arrivée prochaine des sauveteurs.
- d'analogie: plan I) le mari travaille dans une usine bruyante
plan 2) sa femme travaille dans le calme de son foyer
- d'opposition: p.l) au 16e siècle, banquet lent et plantureux
p.2) de nos jours,, le diner dans un "snack-bar"
- 2, le mrntage-action : il s'agit d'un procédé qui se sert des éléments de l'histoi-
re racontée à une fin de comparaison, de satire, de démonstration, ou pour créer
un effet de surprise, de tension, de joie, ... Il a de nombreux exemples, dont:
- le "flash-back" (ru "retour en arrière"): sert à montrer l'évolution d'un per-
sonnage, d'une société, ou [Link] rapport entre deux tranches de vie, deux
époques. Ainsi... plan 1: Rierre a 40 ans, déchu
plan 2: Pierre dans sa jeunesse heureuse
Un flash-back peut durer parfois la longueur d'une séquence complète.
- l'encadrement •: consiste à faire commencer un film par la fin ("*.-pâr lar V
dernière image), puis reprendre l'histoire du commencement, et
revenir à l'image finale (qu'on a vu au début); en voioi un
exemple, tiré du. film "The Captain's Paradise"... L'écran s'a-
nime sur l'image d'un homme qui va être fusillé. Vue des tireurs. Ils
' font feu,sur l'homme (qu'on ne voit pas). Ici, on nous raconte toute
l'histoire. Puis on revient à la scène de l'exécution, mais cette fois
on ne voit pas les tireurs; on voit le condamné au mur et l'officier,
à quelques pas. Celui-ci crie: "Feul". Détonation. L'officier tombe,
et non le condamné. Ce dernier s'approche des tireurs et leur distri-
bue des billets. - Ce truc amène une surprise formidable: on croyait
- 28 - '
Séquences - No. 1 - Octobre 1955.
connaître le dénouement dès le début, et tout finit autrement.
- 3. le montage-espace » sert à nous situer dans tel lieu et à donner telle idée des
choses que l'on voit. Ainsi pour nous montrer les rapports entre l'homme et son
milieu, entre l'individu et ce qui l'entoure, on pourra procéder comme suit»
- par analogie: plan 1) terre en friches où réfléchit un paysan morose
plan 2) jardin fleuri où jouent des enfants Joyeux
- par opposition: p.l) des gens discutent posément dans un salon confortable
p.2) gros plan d'un vagabond dans une rue sombre.
* * * * * * * * * * * * * *
Références :
- Grammaire du cinéma - Jos Roger: p.98 à 145
- Le Cinéma - Henri Agel: p.73 à 103
- Derrière l'écran - Chartier & Desplanques: p.146 à 149
- Initiation au cinéma - [Link]: p.30 à 33
- Cinéma, art nouveau - André Ruszkowski: p,32
- Regards neufs sur le cinéma - en collaboration:
... sur le montage - Eisenstein: p.57 à 59
... Le rythme vient de l'intérieur - Bresson: p.63
.,, Mouvement cinématographique dans l'espace: p.93 â 106
- Le cinéma, notre métier - Feyder & Rosay: Le rythme, p.119
- Un nouvel art, lecinéma sonore - [Link]: Le rythme, p.92
- Intelligence du cinématographe - L'Herbier:
... Rythme, par René Clair: p.291
... Le rythme cinématographique, par Léon Meussinac» p,250
- LA PONCTUATION »
On connaît, en littérature, le rôle des chapitres, des paragraphes.* des
phrases, des virgules et au théâtre, celui des actes.
Au cinéma, il faut aussi des moyens pour passer d'une scène â une autre ou
d'une séquence à une autre, ou encore d'une partie à la suivante. On utilise de» si*
gnes de ponctuation dont la force est variable selon ce qu'ils lient ra séparent»
"La ponctuation détermine les arrête du sens et le mouvement de la pensée.
Elle accorde au spectateur la possibilité de souffler, de réfléchir, ordonne le débit
et empêche la confusion" (Grammaire du cinéma - Jos Roger),
1- Les divisions du film:
- le PLAN, nous l'avons vu, est l'unité dramatique première du film
- la SCENE est l'ensemble des plans qui se situent dans un même lieu et un
même temps;
- la SEQUENCE: c'est une idée complète qui s'exprime dans un ensemble de scènes
- la PARTIE correspond aux grandes divisions ordinaires des oeuvres littérai-
res: presentation, noeud, dénouement,ou théâtrales: les actes.
2- Les passages:
Ils sont de six ordres: les fondus, les rideaux et volets, les changements
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simples dé plans, l'enchaînement par similitude, le point d'exclamation et le
raecord.
Conclusions:
L'emploi des signes de ponctuation ne doit pas dépendre d'un
choix fantaisiste mais bien être en rapport avec la nécessité artistique et
dramatique du sujet.
* Références:
m Grammaire du cinéma - Jos Roger: p. 82 à 89
- Derrière l'écran - Chartier & Desplanques: p. 150 à 152
- Le Cinéma - Henri Agel: p. 71 â 73
- Initiation au cinéma - Ch. Rambaud: p. 19
* TRAVAUX SUGGERES :
1- Visifnner un film de court métrage et l'étudier au point de vue du rythme
et du montage. "Rhythm of a city" (1) se prête particulièrement bien à cette é-
tude.
2- Déesmpsser une egurte scène de film en ses plans. Procéder à un montage
différent ( sur papier évidemment ) ,
3- Mettre en images un texte littéraire; à tître d'exemple, voir:
- Initiation au cinéma - p.65 à 70
• - Le Cinéma - Agel - p, 301 à 308
4- Faire circuler et lire des volumes sur le sujet.
5- Approfondir la notion de rythme en l'étudiant à travers des oeuvres lit-
téraires, musicales, picturales et cinématographiques.
(1) Voir en p. 17 la nouvelle au sujet de ce film.
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