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Bases de l'Évapotranspiration

Ce chapitre traite de la notion d'évapotranspiration qui englobe tous les phénomènes de transfert de vapeur d'eau vers l'atmosphère à travers le sol et la végétation. Il présente les bases physiques de l'évapotranspiration potentielle et réelle ainsi que les différentes méthodes pour estimer ces valeurs.

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Bases de l'Évapotranspiration

Ce chapitre traite de la notion d'évapotranspiration qui englobe tous les phénomènes de transfert de vapeur d'eau vers l'atmosphère à travers le sol et la végétation. Il présente les bases physiques de l'évapotranspiration potentielle et réelle ainsi que les différentes méthodes pour estimer ces valeurs.

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Chapitre 4 - L’EVAPOTRANSPIRATION

4.1 Les bases physiques de l’évapotranspiration

4.1.1 L’équation du bilan d’énergie d’une surface


4.1.2 Les transports verticaux de masse et d’énergie

4.2 L’évapotranspiration potentielle

4.2.1 Les aspects théoriques


4.2.2 L’équation de Penman (1948)
4.2.3 D’autre modèles à bases physiques d’évaporation potentielle
[Link] L’équation de Bouchet ou de Piche corrigée
[Link] L’équation de Brochet et Gerbier (1972)
[Link] L’équation de Linacre (1977)
4.2.4 Quelques méthodes empiriques d’estimation de l’ETP
[Link] Formule de Thorthwaite (1944)
[Link] Formule de Blaney et Criddle (1950)
[Link] La formule de Turc (1961)
4.2.5 Problèmes posés par l’extrapolation régionale de l’ETP

4.3 L’évapotranspiration réelle

4.3.1 Les modèles classiques de réduction de l’ETP en ETR


4.3.2 Les transferts d’eau dans le système sol-plante-atmosphère
[Link] Le transfert de l’eau du sol vers les racines
[Link] Le transfert de l’eau de la plante vers l’atmosphère
4.3.3 Un schéma global de transfert de l’eau dans le système sol-plante-atmosphère

4.4 L’évapotranspiration réelle à l’échelle du bassin versant

4.4.1 Estimation de l’ETR à l’échelle mensuelle ou annuelle


4.4.2 La modélisation et la simulation de l’ETR à l’échelle du bassin versant
4.4.3 L’apport de la télédétection par satellite à l’estimation de l’ETR régionale
4.4.4 Bilan en chlorures et bilan isotopique
[Link] Bilan en chlorures
[Link] Bilan isotopique des lacs

Bibliographie

La notion d’évapotranspiration englobe tous les phénomènes de transfert de vapeur


d’eau à la surface du sol et à travers les stomates des feuilles des végétaux vers l’atmosphère.
L’évapotranspiration est donc la somme de la transpiration du couvert végétal et de
l’évaporation du sol nu. Dans le cas d’une nappe d’eau libre nous parleronségalement
d’évaporation. La valeur de ce f lux, à un instant donné, sera appeléeévapotranspiration réelle.
Lorsque la disponibilité en eau du sol n’est pas limitante et si l’on suppose qu’aucune
résistance ne s’oppose aux transferts d’eau, ce flux tend vers une valeur dite potentielle. Ce
concept, essentiellement théorique caractérise la demande en eau exercée par le climat.

1
Les phénomènesévaporatoires sont très importants dans le bilan hydrologique En effet,
la quantité d’eau nonévapotranspirée transitera dans le sous-sol vers les nappes d’eau
souterraine et le réseau hydrographique. L’hydrologie de surface, l’hydrogéologie, ne sont
concernées que par la partie des précipitations qui n’est pas détournée du cycle hydrologique
parévapotranspiration ainsi dans la région nord montpelliéraine, 2/3 des 900 mm du module
annuel de précipitations sontévapotranspirés (Rambal, 1981b). Dans ce cas, l’alimentation des
aquifères karstiques ne représente plus que le 1/3 des précipitations.

Ce terme majeur du bilan hydrologique aété quelque peu délaissé dans le passé. Il est à
présent le sujet de nombreuses recherches. Il suffit pour s’en convaincre d’observer le nombre
de publications scientifiques qui traitent de ce sujet. Dans ce chapitre, nous allons essayer de
faire un tour rapide et complet du problème de l’évapotranspiration des couverts végétaux.
Nous laisserons de côté l’évaporation des nappes d’eau libre car ce phénomène est régi par les
mêmes lois physiques.

4.1 Les bases physiques de l’évapotranspiration

4.1.1 L’équation du bilan d’énergie d’une surface

Une surface naturelle – un couvert végétal par exemple –échange de l’énergie avec
son environnement. Elle reçoit du rayonnement de courte longueur d’onde (0,3 μ < λ < 3 μ),
appelé rayonnement global Rg et du rayonnement de grande longueur d’onde (3 μ < λ < 50 μ)
appelé rayonnement atmosphérique Ra. Une partie de ce rayonnement est réfléchi par la
surface. Dans les courtes longueurs d’onde, le coefficient de réflexion est appelé albedo a.
Dans les grandes longueurs d’onde, il vaut 1 – ε, ε est l’émissivité de la surface qui est
généralement priseégale à 0,95 pour un couvert végétal. En plus de ces flux de radiation, il
existe unéchange de chaleur par radiation à ondes longues. La surface qui se trouve à la
température TSémet une radiation décrite par la loi de Stéphan. D’après le principe de
conservation de l’énergie, la variation d’énergie interne, pendant un intervalle de temps donné,
estégale à la somme algébrique desénergies entrant et sortant du système. Nousécrivons
donc :

𝑅𝑛 = (1 − 𝑎)𝑅𝑔 + 𝜀𝑅𝑎 − 𝜀𝜎𝑇𝑠4 (4.1)

Rg rayonnement global, en W.m-2 ; Ra rayonnement atmosphérique, en W.m-2 ; a


albedo ; TS température de la surface, en °K ; ε émissivité et σ constante de Stéphan-
Boltzmann avec σ = 5,67.10-8 W.m-2.°K-4. La différence entre les composantes du
rayonnement s’appelle le rayonnement net Rn en W.m-2. Une partie de ce rayonnement reçue
par la surface est transformée en chaleur dans le sol S et dans l’atmosphère H, en W.m-2. Une
autre partie, la plus importante en général, est absorbée sous forme de chaleur latente dans les
processus de l’évapotranspiration. Nous négligerons dans ce développement l’énergie utilisée
par les plantes dans leurs processus métaboliques.

𝑅𝑛 + 𝐿. 𝐸𝑇 + 𝐻 + 𝑆 = 0 (4.2)

[Link], en W.m-2, est le régime d’utilisation de l’énergie parévapotranspiration, ou


chaleur latente, c’est le produit de l’évapotranspiration ET par la chaleur latente de
vaporisation de l’eau L. H est le fluxénergétique nécessaire au réchauffement de l’air que l’on
appelle aussi chaleur sensible. S est le régime d’emmagasinement de la chaleur dans le sol.
Les flux sont affectés du signe + lorsqu’ils représentent un gain pour la surface et du signe -

2
lorsqu’ils représentent une perte.

4.1.2 Les transports verticaux de masse et d’énergie

La masse d’air qui aborde la surface évaporante, prise ici comme une surface
homogène et horizontale, voit ses caractéristiques modifiées par leséchanges de vapeur d’eau
et d’énergie qui ont lieu avec le couvert. A l’intérieur de la couche perturbée par la présence
du couvert ou couche limite, s’établit, au voisinage de la végétation, unéquilibre entre la
masse d’air et le couvert, équilibre qui, à une hauteur donnée et à un instant donné, conduit à
une constance des grandeurs climatiques dans la direction du vent. Cette couche d’air est une
zone dans laquelle les transferts sont conservatifs. Ces transferts sont tout à fait analogues au
phénomène de diffusion moléculaire dû à l’agitation permanente des molécules. On parle de
diffusion turbulente dont les lois sont identiques à celles de la diffusion moléculaire, c’est-à-
dire que le flux vertical d’une grandeur donnée est proportionnel au gradient de concentration
de cette même grandeur. Ainsi à la chaleur sensible définie comme la quantité de chaleur
contenue dans l’unité de volume d’air, à la température T correspond un flux:

𝑑𝑇
𝐻 = −𝜌𝐶𝑝 . 𝐾𝑛 (𝑧). (4.3)
𝑑𝑧

Cp est la chaleur spécifique de l’air à pression constante Cp = 1010 [Link]-1.°C-1 ; ρ est la


masse volumique de l’air, ρ = 1,2 kg.m-3 à 20°C ; Kh est le coefficient de transfert turbulent de
chaleur, en s-1. Le signe négatif rend compte d’un transfert se faisant des températures les
plusélevées vers les températures les plus basses. En ce qui concerne le flux de vapeur d’eau,
il s’exprime en fonction du gradient de concentration volumique cV de vapeur d’eau dans
l’air :

𝑑𝑐𝑣
𝐸𝑇 = −𝐾𝑒 (𝑧)
𝑑𝑧

Considérons le volume V d’air humide, à la température T et sous la pression


atmosphérique Pa. Ce volume est constitué par le mélange d’une masse me de vapeur d’eau et
d’une masse ma d’air sec. D’après l’équation des gaz parfaits, diteéquation d’état, nous
pouvonsécrire :

𝑒𝑉 𝑝𝑎 − 𝑒
𝑚𝑒 = 𝑀𝑒 𝑚𝑎 = 𝑀𝑎 ( )𝑉
𝑅𝑇 𝑅𝑇

Me et Ma sont les masses molaires de l’eau et de l’air, respectivement 18 et 29. R est


la constante des gaz parfaits et e la pression partielle de la vapeur d’eau.

𝑚𝑒 𝑀𝑒 𝑒 𝑀𝑒 𝑒 𝑀𝑒 𝑒
= 𝑒𝑡 𝑐𝑣 = 𝜌 =𝜌
𝑚𝑎 𝑀𝑎 (𝑝𝑎 − 𝑒) 𝑀𝑎 (𝑝𝑎 − 𝑒) 𝑀𝑎 𝑝𝑎

d’où :

𝑀𝑒 𝑑𝑒
𝐸𝑇 = −
𝑀𝑎 𝑝𝑎 𝑑𝑧

Si nous faisons apparaître la constante psychrométrique γ :

3
𝐶𝑝 𝑝𝑎
𝛾= = 0,66 𝑚𝑏. °𝐶 −1 à 𝑝𝑎 = 1013 𝑚𝑏𝑎𝑟𝑠
𝑀𝑒
𝑀𝑎 𝐿

L est la chaleur latente de vaporisation de l’eau (2451 J.g-1 à 20°C). Le flux de


chaleur latente a finalement pour expression :

𝜌𝐶𝑝 𝑑𝑒
𝐿. 𝐸𝑇 = − 𝐾𝑒 (𝑧) (4.4)
𝛾 𝑑𝑧

Si l’on suppose que les coefficients de transfert de chaleur et de vapeur d’eau


sontégaux –hypothèse connue sous le nom de principe de similarité qui est bien vérifiée au
voisinage de la neutralité thermique (dT/dz -> 0) le rapport entre le flux de chaleur latente et
le flux de chaleur sensible devient :

𝑯 𝒅𝑻
𝜷= =𝜸 (𝟒. 𝟓)
𝑳. 𝑬𝑻 𝒅𝒆

où dT/de est le rapport entre les gradients de température et de pression de vapeur au-dessus
du couvert végétal; γ est la constante psychrométrique ; β est appelé le rapport de Bowen. De
(4.2) et (4.5) on tire :

𝑅𝑛 + 𝑆 𝛽(𝑅𝑛 + 𝑆)
𝐿. 𝐸𝑇 = − 𝐻=− (4.6)
1+𝛽 1+𝛽

4.2 L’évapotranspiration potentielle

4.2.1 Les aspects théoriques

Si la surface d’échange est à la saturation, les transferts d’eau se font librement à un


taux dit potentiel ETP. La seule résistance qui s’oppose au flux de vapeur d’eau se situe au
niveau du transfert turbulent. Si nous intégrons l’équation (4.3) entre la surface d’échange qui
se trouve à la température Ts et un niveau z qui peut être le niveau de mesure de la
température de l’air Ta, nous obtenons alors la deuxième forme, dite intégrale, de la loi de
diffusion :
𝑍
𝑇𝑠 − 𝑇𝑎 𝑑𝑧
𝐻 = 𝜌 𝐶𝑝 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑟𝑎ℎ = ∫ (4.7)
𝑇𝑎ℎ 0 𝐾ℎ (𝑧)

Par analogie avec la loi d’Ohm en électricité rah est appelé résistance aérodynamique
au transfert de chaleur. Pour le transfert de vapeur d’eau nous aurons de même :

𝜌𝐶𝑝 𝑒𝑠 − 𝑒𝑎
𝐿. 𝐸𝑇𝑃 = (4.8)
𝛾 𝑟𝑎𝑒

es et eaétant les tensions partielles de vapeur respectivement au niveau de la


surfaceévaporante et au niveau z. En ce qui concerne les transferts de chaleur dans le sol, la
conduction est liée aussi à un gradient de température et le flux entre la surface et la

4
profondeur Δz s’écrit :

𝑇𝑠 − 𝑇𝑠𝑜𝑙
𝑆 = 𝜆𝑠 (4.9)
Δ𝑧

λs est la conductivité thermique du sol, en W.m-1.°C ; Tsol est la température du sol à


la profondeur Δz. Ainsi, l’équation finale s’écrira:

𝜌𝐶𝑝 𝜌𝐶𝑝 𝑇𝑠 − 𝑇𝑠𝑜𝑙


(1 − 𝑎)𝑅𝑔 + 𝐸𝑅𝑎 𝜀𝜎𝑇𝑠4 = (𝑇𝑠 − 𝑇𝑎 ) + (𝑒𝑠 − 𝑒𝑎 ) + 𝜆𝑠 (4.10)
𝑟𝑎ℎ 𝛾𝑟𝑎𝑒 Δ𝑧

Cetteéquation est le point de départ de tous les modèles à base physique de


l’évapotranspiration potentielle et réelle.

Au voisinage de la neutralité thermique (Ts ≈ Ta), nous pouvons admettre que les
résistances aérodynamiques ont la même expression analytique. La théorie de Prandtl, basée
sur l’analyse théorique des liens entre le flux de quantité de mouvement et le gradient de
vitesse du vent, aboutit à :

1 𝑧−𝑑 2
𝑟𝑎 = 𝑟𝑎ℎ = 𝑟𝑎𝑒 = 2 (𝑙𝑜𝑔 ) (4.11)
𝑘 𝑢 𝑧0

u est la vitesse du vent, en m.s-1, mesurée à la hauteur z, en m. z0 est la rugosité, en m, d est la


hauteur de déplacement du plan de références et k la constante de Von Karman. En pratique,
on prend d = 0,67 h et z0 = 0,13 h, hétant la hauteur de la végétation, en m (figure 4.1). Le
tableau 4.1 ci dessous donne les valeurs de la résistance aérodynamique de quelques
formations végétales, pour une vitesse du vent u = 2 m.s-1.

Tableau 4.1: Résistances aérodynamiques pour une vitesse du vent de 2 m s -1


au-dessus d'un sol nu, d'une prairie, d'une culture et d'une forêt.

h (m) D (m) z0 (m) z-d (m) ra


Sol nu 0,01 0,0067 0,0013 2 168
Prairie 0,1 0,067 0,013 2 79
Culture 1 0,67 0,13 3 31
Forêt 10 6,7 1,3 5 6

Lorsque la stabilité des basses couches de l’atmosphère est modifiée, le profil de


vitesse du vent n’est plus logarithmique (figure 4.2). Dans de telles conditions les expressions
des résistances aérodynamiques rae et rah, fondées sur l’application de la théorie de Monin-
Obukhov, sont très complexes.

Au contact de la surfaceévaporante, l’air est saturé et se trouve à la température du


point de rosée Tpr, le flux de vapeur ouévapotranspiration potentielle, décrit par (4.8), peut
aussi s’écrire :
𝜌𝐶𝑝 𝑒𝑠 (𝑇 𝑝𝑟) − 𝑒𝑎
𝐿. 𝐸𝑇𝑃 = (4.12)
𝛾 𝑟𝑎

5
Si l’on pose :

𝑒𝑠 = (𝑇 𝑝𝑟) − 𝑒𝑎 = 𝑒𝑠 (𝑇 𝑝𝑟) − 𝑒𝑠 (𝑇𝑎 ) + 𝑒𝑠 (𝑇𝑎 ) − 𝑒𝑎

En désignant par Δ la pente de la courbe de pression de vapeur saturante de l’air en


fonction de la température :

𝑑 𝑒𝑠 (𝑇) 𝑇𝑝𝑟 + 𝑇𝑎
Δ= ] à 𝑇=
𝑑𝑇 2

et par DPVS = es(Ta) – ea le déficit de pression de vapeur saturante de l’air, nous obtenons :

𝜌𝐶𝑝
𝐿. 𝐸𝑇𝑃 = (Δ . (𝑇𝑠 − 𝑇𝑎 ) + 𝐷𝑃𝑉𝑆)
𝑟

Par ailleurs :

𝜌𝐶𝑝
(𝑇𝑠 − 𝑇𝑎 ) = 𝐻 = 𝑅𝑛 − 𝑆 − 𝐿. 𝐸𝑇𝑃
𝑟𝑎

d’où :

Δ(𝑅𝑛 − 𝑆) + 𝜌 𝐶𝑝 𝐷𝑃𝑉𝑆/𝑟𝑎
𝐿. 𝐸𝑇𝑃 = (4.13)
Δ+𝛾

Cette équation que l’on appelle généralement de Penman-Monteith rend compte de


l’évapotranspiration potentielle d’une couverture végétale réduite au fonctionnement d’une
surface d’échange unique se trouvant au niveau du plan de référence. Cette formule doit être
employée sur une base horaire. Il faut connaître le rayonnement net Rn et le flux de chaleur
dans le sol, la pression partielle de vapeur d’eau de l’air (ou l’humidité relative), la
température de l’air et la vitesse du vent. Cette formule peut se décomposer en deux termes :

Δ 𝜌𝐶𝑝
𝐿. 𝐸𝑇𝑃 = (𝑅𝑛 − 𝑆) + 𝐷𝑃𝑉𝑆
Δ+𝛾 𝑟𝑎 (Δ + 𝛾)

Le premier terme est appelé terme rayonnement, le second terme advectif.

4.2.2 L’équation de Penman (1948)

L’expression (4.13) peut s’écrire :

Δ(𝑅𝑛 − 𝑆) + 𝐾 𝑢 𝐷𝑃𝑉𝑆 𝜌𝐶𝑝 𝑘 2


𝐿. 𝐸𝑇𝑃 = 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝐾 = (4.14)
Δ+𝛾 (𝑧 − 𝑑)
𝐿𝑜𝑔2 𝑧
0

Si l’on utilise (4.14) sur un pas de temps journalier, la moyenne de u DPVS, Ku,
DPVS, peut être approximée par le produit de u par DPVS plus un terme dépendant de
l’amplitude des fluctuations de u et de DPVS autour de leurs moyennes. Ainsi, nous

6
retrouvons l’expression, déduite de la deuxième loi de Dalton, du terme advectif de l’équation
proposée par Penman (1948) :

̅̅̅̅̅̅̅̅ = 𝛾𝐸𝑎
(𝑎 + 𝑏𝑢̅) 𝐷𝑃𝑉𝑆

Dans sa forme originale, ce termeétablit pour une nappe d’eau libre, vaut :

̅̅̅̅̅̅̅̅ , 𝑢̅ est la moyenne journalière de la vitesse du vent, en m s-1,


𝐸𝑎 = 0,26(1 + 0,54 𝑢̅) 𝐷𝑃𝑉𝑆
̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐷𝑃𝑉𝑆 est le déficit de saturation moyen journalier, en mbars.

L’évaporation journalière E0, en mm, d’une nappe d’eau libre s’écrit donc :

Δ𝑅𝑛 + 𝛾𝐸𝑎
𝐿. 𝐸0 =
Δ+𝛾

Le flux de chaleur S est négligé car, pour des pas de temps allant de 1 à quelques jours,
l’accumulation (ou la perte) de chaleur dans le sol est faible.

Pour un couvert vétégal, Penman propose d’estimer son évapotranspiration potentielle


à partir de E0 et d’un facteur empirique f tel que ETP = f E0 avec f = 0,6 en hiver, 0,7 au
printemps et 0,8 en été. Rijtema (1965) démontre que la variation saisonnière de f peut être
implicitement introduite dans la formule de Penman en tenant compte des différences
d’albédo entre le plan d’eau et la couverture végétale. Cette modification transforme
l’équation de Penman en une méthode d’estimation de l’ETP. Un certain nombre de
problèmes subsistent qui concernent le calcul des termes de rayonnement et d’advection à
l’échelle journalière.

Le rayonnement net, hormis les rares applications où ce dernier est mesuré


directement, estestimé par des formules à validité locale le reliant linéairement à l’irradiation
g1oba1e journalière (Monteith et Szeicz, 1961; Stanhi11, 1966). I1 est généra1ement calculé
en additionnant un terme correspondant aux courtes longueurs d’ondes et un terme
correspondant aux grandes longueurs d’ondes (4.1). Pour les courtes longueurs d’onde,
l’irradiation globale journalière est déduite de la formule de Glover et McCulloch :

𝑅𝑔 = 𝑅0 (0,29 𝑐𝑜𝑠𝛷 + 0,52 𝑛/𝑁)

R0 est l’irradiation théorique maximum, en W.m-2, n/N la fraction d’insolation et Φ la


latitude, en °. En zones tempérées humides, Penman évalue le rayonnement net infrarouge à
partir de la formule de Brunt :

𝜀 (𝜎𝑇𝑠4 − 𝑅𝑎 ) = 𝜎 𝑇𝑎4 (0,56 − 0,08√𝑒𝑎 )(0,1 + 0,9 𝑛/𝑁)

En climat semi-aride, Fitzpatrick et Stern (1965) montrent que l’expression précédente


surestime le rayonnement net infrarouge, ils proposent :

𝜀 (𝜎𝑇𝑠4 − 𝑅𝑎 ) = 𝜎 𝑇𝑎4 (0,35 − 0,041√𝑒𝑎 )(0,3 + 0,7 𝑛/𝑁)

Le calcul du terme rayonnement fait intervenir deux approximations supplémentaires.


La première, négligeable en pratique, concerne l’estimation (𝑇𝑝𝑟 − 𝑇𝑎 )/2 (paragraphe 4.2.1)

7
par la pente de cette même courbe à la température de l’air. La seconde concerne l’hypothèse
de linéarité de la fonction (Δ⁄Δ + 𝛾 )𝑅𝑛 , c’est-à-dire est-ce que la moyenne des valeurs
horaires de (Δ⁄Δ + 𝛾 )𝑅𝑛 estégale à la valeur de (Δ⁄Δ + 𝛾 )𝑅𝑛 calculée à partir de la
température moyenne et du rayonnement net journalier ? Si la quasi-linéarité de
Δ⁄Δ + 𝛾 n’est pas discutable, l’observation montre que les fortes valeurs horaires du
rayonnement net sont concommitantes des fortes valeurs de la température et donc, des fortes
valeurs de Δ⁄Δ + 𝛾. Cette approximation minimise le poids des fortes valeurs et entraîne une
sousestimation du terme rayonnement.

Au niveau du terme advectif, l’approximation la plus contestable s’applique à la


fonction de la vitesse du vent choisie par Penman. Cette fonction correspond à une rugosité 𝑧̅0
= 1,37 mm pour une vitesse du vent de 1 m s-1 à 2 m de hauteur (Thom et Oliver, 1977). Cette
valeur est irréaliste pour la majorité des applications régionales pour lesquelles un z0 de
quelques cm est plus approprié. Seguin (1975a) montre que lesécarts sont importants, en
particulier, pour les vitesses de ventélevées, et peuvent atteindre 2 mm j-1, cependant, Thom et
Oliver (1977) remarquent que le succès de l’équation de Penman provient du fait qu’elle
néglige totalement l’existence d’une résistance physiologique, rendant compte du frein au
transfert d’eau exercée par la végétation, la résistance stomatique qui ne s’annulle pas
totalement même lorsque la végétation est parfaitement alimentée en eau.

Avant d’aborder d’autres formules d’estimation de l’évapotranspiration, il convient de


présenter une formule directement déduite de celle de Penman. Priestley et Taylor (1972) ont
développé une équation dans laquelle le terme advectif est proportionnel au terme
rayonnement:

Δ
𝐿. 𝐸𝑇𝑃 = 𝛼 𝑅 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝛼 = 1,26
Δ+𝛾 𝑛

Jury et Tanne (1975) expliquent le succès de l’équation précédente par l’existence


effective d’une corlélation entre ces deux termes et par le poids important du terme
rayonnement dans les applications choisies.

4.2.3 D’autres modèles à bases physiques d’évapotranspiration potentielle

[Link] L’équation de Bouchet ou de Piche corrigée

Pour simplifier le calcul de l’ETP, Bouchet (1963) estime l’ETP à partir de mesures
simples effectuées sous abri météorologique. Mettant l’équation de Penman sous la forme
suivante :

Δ𝑅
𝑛 𝛾
𝐿. 𝐸𝑇𝑃 = (Δ+𝛾)𝐸 + Δ+𝛾 𝐸𝑎
𝑎
−−−−−−−
𝛼1

il considère le terme α1 constant et estime Ea à l’aide de l’évaporation d’un évaporomètre


Piche. Si l’on applique l’équation de Penman à cette surface évaporante sous abri, le terme
rayonnement est nul, donc :
𝛾
𝐸𝑇𝑃𝑎𝑏𝑟𝑖 = 𝐸 = 𝛼2 𝐸𝑝
𝐿(Δ′ + 𝛾) 𝑎

8
Le terme ETPabri correspond à l’ETP d’une surface saturée placée sous abri ayant une
température comprise entre la température de l’air et celle du point de rosée et qui peut
êtreévalué par l’évaporation Ep d’un évaporomètre. α2 est un coefficient instrumental
dépendant de l’abri météorologique utilisé et de la position de l’évaporomètre dans l’abri. La
combinaison des deux équations précédentes donne:

Δ′ + 𝛾
𝐸𝑇𝑃 = 𝛼1 𝛼2 𝐸𝑝 𝑚𝑚 𝑗 −1
𝛾

Pour appliquer cette équation, nous avons besoin, d’une part, de l’évaporation
journalière sous abri et d’autre part, des températures moyennes journalières de l’air et du
point de rosée. En pratique, le point de rosée reste au voisinage de la température minimum.
Dans ces conditions, Bouchet suggère de prendre comme température moyenne pour le calcul
de Δ’ :

𝑇𝑚𝑎𝑥 + 𝑇𝑚𝑖𝑛
( + 𝑇𝑚𝑖𝑛 ) 3𝑇𝑚𝑖𝑛 + 𝑇𝑚𝑎𝑥
2 =
2 2

Les difficultés d’utilisation de cette équation sont de nature instrumentale : utilisation


d’abri météolologique normalisé, position de l’évaporomètre dans l’abri et de nature
opérationnelle. En effet, on observe une importante valiabilité spatiale et temporelle du
paramètre α1 α2. Ce paramète α1 α2 se situe en France entre 0,20 et 0,55. L’utilisation locale
de cetteéquation nécessite la détermination préalable de α1 α2 par comparaison avec une ETP
de réfélence, l’ETP Penman, par exemple.

[Link] L’équation de Brochet et Gerbier (1972)

Brochet et Gerbier estiment séparément l’advection et le rayonnement. Ce dernier est


pris proportionnel à l’irradiation globale journalière :

𝛥
𝑅 = 𝑚𝑅𝑔 𝑚𝑚 𝑗 −1
𝐿(𝛥 + 𝛾) 𝑛

Le coefficient de proportionnalité m varie avec la saison et la latitude. m a été tabulé


pour la France par ajustement statistique. Il varie par exemple dans le sud de la France à
Montpellier, de 0,0087 en avril à 0,0132 en juillet, si Rg est exprimé en W m-2.

Brochet et Gerbier utilisent l’évaporation sous abri comme estimation de l’advection.


A ce propos Stanhill (1962) observe l’existence d’une liaison linéaire forte entre Ea exprimé
en mm j-1, et l’évaporation sous abri Ep. Il obtient pour deux sites à climat contrasté d’Israël,

𝐸𝑎 = 0,1469 𝐸𝑝 + 0,1118 𝑚𝑚 𝑗 −1

Cette liaison est également utilisée par Bouchet (paragraphe [Link]) puisque:

Δ′
𝐸𝑎 = 𝛼2 𝐿 (1 + ) 𝐸𝑝
𝛾

9
Le paramètre n liant le terme advectif à l’évaporation sous abri sera :

𝛾
𝐸 = 𝑛𝐸𝑝
𝐿(Δ + 𝛾) 𝑎

soit :

Δ′ + 𝛾
𝑛 = 𝛼2
Δ+𝛾

La tabulation de n montre une incidence sensible de la latitude tandis que la variabilité


saisonière se révèle assez restreinte. A Montpellier, n varie de 0,34 en avril à 0,25 en juillet et
de 0,49 à 0, 39 à Lille. Finalement, nous aurons :

𝐸𝑇𝑃 = 𝑚𝑅𝑔 + 𝑛𝐸𝑝 𝑚𝑚 𝑗 −1

De nombreux essais ont établi la validité de cette formule et en particulier, la


proximité de ces résultats avec ceux de l’équation de Penman (Brochet et Gerbier, 1972;
Seguin, 1975; Najjar, 1982).

[Link] L’équation de Linacre (1977)

Linacre (1977) propose une méthode de calcul simplifiée de l’ETP. A partir de


l’équation (4.13) mise sous la forme :

𝜌𝐶𝑝
(𝑅𝑛 + Δ𝑟 )
𝛼
𝐿. 𝐸𝑇𝑃 = 𝛾
1+Δ

il suppose que:

- Pour des vitesses du vent comprises entre 1 et 9 m s-1, la résistance aérodynamique est
égale à une valeur moyenne de 120 s m-1;

- Pour des températures de l’air comprises entre 8 et 36°C, le dénominateur de


l’équation précédente peut être linéarisé;

𝛾
1+ = 2 (1 + 0,0125 𝑇𝑎 )
Δ

- La pente de la tangente 𝛼̅ la courbe de pression de vapeur saturante de l’air Δ peut


être approchée par la pente de la corde reliant les points correspondant à la température
de l’air et à la température du point de rosée Tpr (paragraphe 4.2.1) ;

𝐷𝑃𝑉𝑆 𝐷𝑃𝑉𝑆
Δ= 𝑑 ′ 𝑜ù = 𝑇𝑎 − 𝑇𝑝𝑟
𝑇𝑎 − 𝑇𝑝𝑟 Δ

- Le rayonnement net est relié linéairement à l’irradiation globale journalière par :

10
𝑅𝑛 = (0,75 − 𝛼)𝑅𝑔

à partir de la température de l’air, de la latitude et de l’altitude du lieu considéré.

Pour un couvert végétal, d’albedo a = 0,25, Linacre obtient une évapotranspiration


potentielle de :

500 𝑇𝑚
+ 15(𝑇𝑎 − 𝑇𝑝𝑟 )
(100 − 𝜙)
𝐸𝑇𝑃 = 𝑚𝑚 𝑗 −1
(80 − 𝑇𝑎 )

Pour une nappe d’eau libre, d’albedo a = 0,05, l’expression devient :

700 𝑇𝑚
+ 15(𝑇𝑎 − 𝑇𝑝𝑟 )
(100 − 𝜙)
𝐸0 = 𝑚𝑚 𝑗 −1
(80 − 𝑇𝑎 )

Φ est la latitude, en °. La température de l’air au niveau de la mer, Tm, est calculée à


partir de la température de l’air à l’altitude h, en m : 𝑇𝑚 = 𝑇𝑎 + 0,006 ℎ
Linacre estime la différence de température entre l’air et le point de rosée, par une
expression empirique, établie à partir de 222 séries d’observations :

𝑇𝑎 − 𝑇𝑝𝑟 = 0,37 𝑇𝑎 + 0,53(𝑇𝑚𝑎𝑥 − 𝑇𝑚𝑖𝑛 ) + 0,35 𝑅 + 0,0023 ℎ − 10,9

Tmax-Tmin représente l’étendue de la variation journalière de température, Ta la


température moyenne jounalière de 1’air, R, l’étendue moyenne annuelle des températures
moyennes mensuelles (Mois le plus chaud moins mois le plusfroid). En France, Brochet et
Gerbier (1971) préconisent d’estimer le point de rosée par Tmin + 1 en climat océanique et par
Tmin - 1 en climat méditerrannéen.

L’équation de Linacre présente le grand avantage de ne pas faire intervenir


directement d’estimations de l’irradiation globale et du déficit de saturation. Elle n’utilise que
des informations concernant la température : maximum, minimum. L’erreur moyenne de
l’estimation de l’ETP journalière est de 1,7 mm j-1 et celle de l’ETP mensuelle de 0,5 mm j-1.

4.2.4 Quelques méthodes empiriques d’estimation de l’ETP

Nous terminons cetteénumération de méthodes par quelques méthodes empiriques qui


donnent des estimations décadaires ou mensuelles de l’ETP, c’est-à-dire des pas de temps
assez peu compatibles avec des objectifs de modélisation fine du cycle hydrologique.

[Link] Formule de Thorthwaite (1944)

Thorthwaite relie l’ETP à des paramètres facilement accessibles : la température de


l’air et la durée théorique d’insolation.

10 𝑇𝛼
𝐸𝑇𝑃 = 16 ( ) 𝐹(𝛷) 𝑚𝑚 𝑚𝑜𝑖𝑠 −1
𝐼

11
Tα est la température moyenne du mois (ou de la décade), α est une fonction complexe de
l’indice thermique annuel I, avec :

𝛼 = 6,75 10−7 𝐼 3 − 7,71 10−5 𝐼 2 + 1,7910−2 𝐼 + 0,49

L’indice thermique annuel est la somme de 12 indices thermiques mensuels i. Pour un


mois donné, i est une fonction puissance de la température moyenne mensuelle :

𝑇𝑎1,514
𝑖=
5

A l’origine, la formule de Thorthwaiteétait destinée à l’estimation des variations


saisonnières de l’ETP pour une année moyenne. En pratique, elle est actuellement utilisée
pour calculer l’ETP mensuelle. Cependant, le calcul de I, et donc de l’ETP d’un mois donné,
ne peut être fait qu’à la fin de l’année, c’est–à-dire lorsque tous les indices annuels sont
disponibles. Le facteur F(Φ) qui est une fonction de la durée théorique d’insolation est donné,
pour chaque mois par des tables en fonction de la latitude Φ.

Cette formule sousestime assez fortement l’ETP en climats arides, semi-arides et


méditerranéens.

[Link] Formule de Blaney et Criddle (1950)

𝐸𝑇𝑃 = 𝑘 𝑝 (0,46𝑇𝑎 + 8,13) 𝑚𝑚 𝑗 −1

Ta est la température moyenne de la décade ou du mois, en °C. ρ est le pourcentage


moyen journalier d’heure diurne de la décade ou du mois par rapport au total des heures
diurnes de l’année. k est un coefficient cultural qui est, par exemple, de 0,75 pour un gazon.
Cette formule est surtout utilisée pour estimer les besoins en eau des cultures. Elle surestime
l’ETP en hiver et le sousestime enété. Doorenbos et Pruitt (1975) proposent une adaptation de
cette formule ainsi qu’une importante liste de coefficients culturaux.

[Link] La formule de Turc (1961)

A la suite de ses travaux sur le bilan hydrique des bassins versants, Turc propose :

𝑇𝑎
𝐸𝑇𝑃 = 0,019 (0,484 𝑅𝑔 + 24,2) 𝑚𝑚 𝑗 −1
𝑇𝑎 + 15

Cette équation n’est valable que si l’humidité relative moyenne de la décade est
supérieure à 50 %. Lorsque cette humidité H est inférieure à 50 %, il pondère l’expression
50−𝐻
précédente par le terme correctif (1 + 70 ) . L’irradiation globale journalière est ici
exprimée en W m-2. Elle peut être évaluée à partir de la durée d’insolation.

Cette méthode de calcul rend mieux compte des variations saisonnières de l’ETP que
les deux précédentes formules. Elle ne doit pas être utilisée sur un pas de temps inférieur à la
semaine.

12
4.2.5 Problèmes posés par extrapolation régionale de l’ETP

Les formules précédentes permettent d’approcher l’ETP, avec une préférence


qualitative pour les formules à base physique (Seguin, 1975). Cette référence ETP est valable
soit au niveau local, c’est-à-dire au niveau de la parcelle, soit à l’échelle de la région
synoptique (100 x 100 km). Comment estimer l’ETP à une échelle intermédiaire, celle du
bassin versant ou celle d’une petite région, au niveau de laquelle interviennent des facteurs
locaux : topograhie, alternance de bois et de culture ? Compte tenu des variables climatiques à
mettre en œuvre les formules à bases physiques semblent être le plus indiquées pour rendre
compte de 1a variabilité spatia1e de 1’ETP. Cependant, avec un pas de temps journalier,
l’allure des fonctions d’autocorrélation spatiale du champ des variables climatiques est
caractéristique : une décroissance rapide, suivi d’une stagnation correspondant à la
prédominance des effets de redondance sur l’apport informationnel. Dans ce cas,
l’informativité d’un réseau de mesure de petites dimensions est suffisante, pour des pas de
temps de l’ordre de la demi-heure, correspondant à celui de l’équation de Penman-Monteith,
les fonctions d’autocorrélation atteignent beaucoup plus lentement le stade de la saturation.
La taille du réseau de mesure à mettre en place augmente considérablement.

Si en conséquence nous portons notre choix sur une formule donnant des estimations
journalières de l’ETP, la formule de Brochet et Gerbier s’adapte particulièrement bien à nos
préoccupations hydrologiques. En effet, son utilisation ne nécessite que des estimations
indépendantes de l’irradiation globale journalière et de l’évaporation sous abri.

L’estimation de l’irradiation globale journalière en tout point du bassin se fera, à partir


de la mesure de cette irradiation pour une surface horizontale en 1 ou 2 points de la zone
considérée, en tenant compte des effets de pente, d’exposition et de masque topographique en
ce qui concerne 1’advection, l’installation d’un réseau de mesure de l’évaporation sous abri
est indispensable, ce réseau, dense au départ, sera simplifié à l’usage après l’analyse de la
répartition spatiale des résultats.

4.3 L’évapotranspiration réelle

Lorsque la surface n’est plus à la saturation, l’évapotranspiration n’est plus à sa valeur


potentielle mais à un taux inférieur appelé évapotranspiration réelle. Cet abaissement du taux
d’évapotranspiration qui a été à l’origine surtout interprété comme la conséquence unique de
la diminution de la disponibilité en eau du sol est provoquée par un contrôle de l’ouverture
des stomates des feuilles qui permet à la plante de limiter sa perte en eau. Сomment le régime
réel d’évapotranspiration est-il déterminé par les interactions entre la plante, le sol et les
paramètres climatiques ?

4.3.1 Les modèles classiques de réduction de l’ETP en ETR

Tous les modèles classiques de réduction de l’ETP en ETR utilisent le concept de


disponibilité en eau du sol. Le concept de disponibilité en eau du sol est basé sur l’existence,
pour un sol donné, d’une limite supérieure de teneur en eau : la capacité au champ, et d’une
limite inférieure : le point de flétrissement. Lorsque le sol est à la capacité au champ, sa
disponibilité en eau est totale, D = 1,0. Lorsque le sol est au point de flétrissement permanent,
il n’y a plus d’eau disponible, D = 0,0.

13
Elaborés à partir de nombreuses observations expérimentales effectuées soi tau champ,
soit sur des végétaux cultivés en pots, les modèles reliant le rapport ETR/ETP à la
disponibilité en eau sont tellement nombreux qu’il serait vain de vouloir tous les citer.
Veihmeyer et Hendrickson (1955) prétendent que l’eau du sol est indifféremment disponible
entre la capacité au champ et le point de flétrissement permanent, ils font donc l’hypothèse
qu’il n’y a pas de régulation stomatique lorsque le sol se dessèche entre les deux limites
précédentes. D’autres chercheurs mettent en évidence le fait que la disponibilité en eau du sol
pour les plantes diminue avec la teneur en eau bien avant d’atteindre le point de flétrissement.
C’est ainsi que Thornthwaite et Mather (1955) proposent un modèle linéaire dans lequel le
rapport ETR/ETP estégal au pourcentage de disponibilité en eau :

ETR / ETP = D

Des chercheurs proposent un compromis entre ces points de vues opposés. Ils divisent
le domaine de disponibilité en un domaine "facilement disponible" et un domaine "disponible
de façon décroissante". Dans le domaine "facilement disponible", entre la capacité au champ
et un point critique D* à déterminer, le rapport ETP/ETR est égal à l’unité. Au delà du point
critique, il y a décroissance plus ou moins rapide du rapport ETP/ETR, le schéma de
décroissance peut être linéaire (cité dans Baier, 1967 ; Johns et Smith, 1975) ou exponentiel
(cité dans Baier, 1967). Nous pouvons replacer dans ce schéma, les travaux de Penman (1949).
Le dernier suppose l’existence d’une "constante racinaire", C, dépendant du type de
végétation et de sol, et qui est équiva1ente au domaine "faci1ement ·disponib1e" précédent.
Lorsque le déficit en eau du sol est inférieur à la "constante racinaire" C, le rapport ETP/ETR
vaut 1. Entre C et 3C, le rapport ETR/ETP est réduit linéairement pour atteindre 0,1 lorsque le
déficit atteint 3C.

Stanhill (1957) dans une synthèse bibliographique conclut que l’ETP doit être prise en
compte lorsque l’on analyse les relations entre le rapport ETR/ETP et le régime hydrique du
sol. Les résultats de Denmead et Shaw (1962) sont à ce propos très démonstratifs (figure 4.3).
Ils mesurent, par exemple, pour une eau disponible de D = 0,5, un rapport ETR/ETP qui varie
de 0,98 lorsque l’ETP est de 2 mm j-1 à 0,20 pour une ETP de 0,4 mm j-1.

Pour essayer de rendre compte de leurs résultats, une deuxième génération de modèle
empirique est proposée. Linacre (1963) décrit un modèle à un seul parametre E* (figure 4.4a).
Si le produit de E* par D est inférieur à l’ETP, l’ETR sera prise égale à ce produit. Si le
produit est supérieur à l’ETP, l’ETR sera égale à l’ETP.

𝐸𝑇𝑅 < 𝐸𝑇𝑃 → 𝐸𝑇𝑅 = 𝐸𝑇𝑅


𝐸𝑇𝑅 = 𝐸 ∗ . 𝐷
𝐸𝑇𝑅 > 𝐸𝑇𝑃 → 𝐸𝑇𝑅 − 𝐸𝑇𝑃

Dans ce modèle linéaire, le point critique D* qui sépare les domaines "facilement
disponible" et "disponible de façon décroissante" est fonction du taux d’évapotranspiration
potentielle. Le point critique est iciégal à D* = ETP/E*. Dans le même ordre d’idée, Hamon
(1961) propose un modèle à décroissance exponentielle et à variation saisonnière, c’est-à-dire
que les courbes de réduction de l’ETP en ETR en fonction de l’eau disponible varient en
fonction des mois. Cette variation rend compte en fait de l’évolution saisonnière de l’ETP.
Eagleman (1971) par une régression polynomiale effectuée sur les données de Denmead et
Shaw (1962) aboutit au modèle suivant (figure 4.4b).

ETR = 0,732 – 0,050 ETP + (4,97 ETP – 0,661 ETP2) D


- (8,57 ETP – 1,56 ETP2) D2 + (4,35 ETP - 0,880 ETP2) D3

14
Linacre (1973) propose une simplification de ce modèle "complexe" par un modèle
quadratique à un seul paramètre E*, identique dans son principe à celui qu’il a proposé en
1963.

𝐸𝑇𝑅 < 𝐸𝑇𝑃 → 𝐸𝑇𝑅 = 𝐸𝑇𝑅


𝐸𝑇𝑅 = 𝐸 ∗ 𝐷2
𝐸𝑇𝑅 > 𝐸𝑇𝑃 → 𝐸𝑇𝑅 = 𝐸𝑇𝑃

Le point critique de ce modèle est également une fonction de l’ETP. Dans ce cas,
D* =ETP/E*. Linacre (1973) suggère d’utiliser E* = 16 mm j-1 (figure 4.4c) ce qui donne des
résultats très voisins de ceux d’Eagleman (1971). Citons également le modèle de Johns
(1974) ; ETP – ETR = a Db ETPc avec a = 0,00195, b = 1,129 et D = 0,98 dans le cas d’un sol
très argileux.

En dépit des améliorations qu’apportent l’utilisation des notions d’état énergétique de


l’eau du sol dans la définition des grandeurs que sont la capacité au champ et le point de
flétrissement permanent (potentiel hydrique entre -100 et -300 cm H2O pour la capacité au
champ et -15000 cm H2O pour le point de flétrissement permanent) aucun des modèles ne
propose un schéma théorique global permettant d’intégrer l’ensemble des facteurs
susceptibles d’influencer l’ETR. Cependant, au plan pratique, ces modèles donnent des
résultats satisfaisants dans la simulation de l’état hydrique du sol et à l’usage les plus simples
sont souvent les meilleurs. Dans un test de 5 schémas de réduction de l’ETR en fonction de la
disponibilité en eau, Baier (1967) observe que le modèle de Thornthwaite et Mather permet la
meilleure reconstitution de l’état hydrique du sol. Johns et Smith (1975) comparant plusieurs
modèles, dont les modèles empiriques de la 2ième génération de Linacre (1963 et 1973) et celui
d’Eagleman (1971), montrent que la décroissance linéaire de ETR/ETP lorsque la disponiblité
en eau atteint le domaine "disponible de façon décroissante’’ donne les meilleurs résultats
après ajustement du seuil critique D*. Rambal (1981a) montre que le modèle de Thornthwaite
et Mather permet de prévoir les périodes de sécheresse d’une garrigue dense de chêne kermès.

4.3.2 Les transferts d’eau dans le système sol-plante-atmosphère

Il faut rechercher dans les travaux de Van der Honert (1948), Gardner (1960), Cowan
(1965) et Philip (1966), le modèle global permettant de décrire les transferts d’eau dans le
système sol-plante-atmosphère.

On considère que la circulation de l’eau en tout point du système sol-plante-


atmosphère s’établit d’un niveau d’énergie élevé vers un autre moins élevé et ceci en faisant
l’hypothèse que le concept de potentiel hydrique reste valable aussi bien au niveau de l’eau du
sol qu’au niveau de l’eau dans la plante et dans l’atmosphère. Ainsi, si l’on suppose que le
flux est conservatif, c’est-à-dire que la plante ne joue pas le rôle de réservoir-tampon, et sur
des pas de temps qui permettent de considérer le régime de transport de l’eau comme
permanent, on pourra écrire :

∆𝐻1 ∆𝐻2 ∆𝐻3


𝐸𝑇𝑅 = − =− =−
𝑅1 𝑅2 𝑅3

ΔH1 est la chute de potentiel à l’interface sol-racine, ΔH2 est la chute de potentiel à
l’intérieur de la plante, ΔH3 la chute de potentiel entre les feuilles et l’atmosphère. R1 est

15
appelé la résistance à l’interface sol-racine ou résistance rhizosphérique et R2 résistance de la
plante. La résistance R3 est une résistance variable qui rend compte de l’ouverture et de la
fermeture des stomates ainsi que des phénomènes de couche limite lors du passage de la
vapeur d’eau du voisinage immédiat de la feuille vers la couche turbulente de son
environnement.

[Link] Le transfert de l’eau du sol vers les racines

Gardner (1960) suppose qu’une racine peut être décrite par un cylindre de section
constante qui fonctionne comme un drain immergé dans un milieu poreux de potentiel
hydrique uniforme. L’écoulement peut être modélisé par la loi de Darcy généralisée écrite en
géométrie cylindrique. La résolution de cetteéquation, faite en imposant un flux q constant à
la surface de la racine, permet de calculer la chute du potentiel hydrique entre le sol et
l’interface sol-racine :

𝑞
∆𝐻1 = − 𝑙𝑜𝑔(𝜋𝐿𝑟 2 )
4𝜋𝐾
c’est-à-dire

𝑙𝑜𝑔(𝜋𝐿𝑟 2 )
𝑅1 =
4𝜋𝐾

K est la conductivité hydraulique du milieu poreux, ici le sol. L est la longueur de racine par
unité de volume de sol ou densité racinaire et r le rayon de la racine. La résistance
rhizosphérique est donc inversement proportionnelle à la conductivité hydraulique. Les
paramètres structuraux du système racinaire : densité racinaire et rayon de la racine
n’interviennent que logarithmiquement.

L’utilisation de ce modèle a permis à Gardner de faire une mise au point sur les
notions de disponibilité en eau, en général, et sur le concept de point de flétrissement
permanent en particulier. Il a calculé le potentiel hydrique à l’interface sol-racine, en fonction
de la teneur en eau du sol et du régime d’extraction racinaire, pour un sol sablo-limoneux et
pour un sol argileux. Dans le sol sablo-limoneux, lorsque l’extraction racinaire passe de 0,05
à 0,5 cm3 H2O cm-1 racine j-1, le potentiel hydrique foliaire à l’interface sol-racine est peu
modifié quelle que soit la teneur en eau du sol. Par contre dans le sol argileux, la
multiplication du débit par 10 (0,05 à 0,5), à une teneur en eau donnée, augmente
considérablement le potentiel hydrique racinaire. Si par exemple, nous faisons l’hypothèse
que le point de flétrissement permanent se situe à un potentiel hydrique racinaire de -15 103
cm H2O. La figure 4.5 montre que la teneur en eau au point de flétrissement est quasiment
indépendante du régime d’extraction racinaire dans le sol sablo-limoneux, dans le sol argileux
(figure 4.5b), la teneur en eau au point de flétrissement passe de 0,20 à 0, 24 cm-3. C’est-à-
dire que même en utilisant le concept de potentiel hydrique pour définir la disponibilité en eau,
cette dernière dépend de l’état hydrique du sol mais aussi du régime d’extraction racinaire.

16
L’intégrale du débit q sur la profondeur du sytème racinaire zr est égale à
l’évapotranspiration réelle (si l’on néglige l’évaporation du sol) :

𝐸𝑇𝑅 = 𝑞 𝐿 𝑧𝑟
et

𝐻𝑠 − 𝐻𝑟 𝐿𝑜𝑔 𝜋 𝐿 𝑟 2
𝐸𝑇𝑅 = 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑅𝑠 =
𝑅𝑠 4 𝜋 𝐾 𝐿 𝑧𝑟

résistance rhizosphérique Rs que Feddes et Rijtema (1972) approchent par :

𝑏
𝑅𝑠 = 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑏 = 0,0013 𝑚
𝐾 𝑧𝑟

Cette résistance s’exprime en jours.

[Link] Le transfert de l’eau de la plante vers l’atmosphère

Pour rendre compte de la résistance au transfert d’eau qu’oppose la surface


évapotranspirante lorsque s’amorce la fermeture des stomates, Monteith (1965) introduit dans
l’équation (4.13) une résistance de surface rs en série avec la résistance aérodynamique (figure
4.6). Le modèle d’évapotranspiration réelle ainsi obtenu s’écrit :

𝜌𝐶𝑝
𝐿(𝑅𝑛 − 𝑆) + 𝑟 𝐷𝑃𝑉𝑆
𝑎
𝐿. 𝐸𝑇𝑅 = 𝑟 (4.15)
Δ + 𝛾 (1 + 𝑟𝑠 )
𝑎

𝑟
Si l’on note 𝛾 ∗ = 𝛾 (1 + 𝑟𝑠 ), le rapport ETR/ETP est égal à :
𝑎

𝐸𝑇𝑅 Δ+𝛾
=
𝐸𝑇𝑃 Δ + 𝛾 ∗

L’équation (4.15) montre que la part du rayonnement et de l’advection dans l’ETR ne


dépend pas du rapport rs / ra mais surtout du rapport du rayonnement net Rn et du déficit de
pression de vapeur saturante DPVS. Cette équation est la plus utilisée pour décrire
l’évapotranspiration réelle. Son défaut majeur est de réduire l’ensemble des surfaces du
couvert végétal à un plan unique source à la fois de chaleur latente et de chaleur sensible. Les
modèles multicouches (Shuttleworth, 1966; Thom, 1972) sont inutilisables en pratique.

La résistance de surface peut être évaluée en divisant la résistance stomatique par


l’indice foliaire du couvert végétal IF, en m2 de feuille par m2 de sol :

𝑟𝑠𝑡
𝑟𝑠 =
𝐼𝐹

La résitance stomatique rend compte, à un instant donné, de la plus ou moins grande


ouverture de stomates du végétal. Elle est en général mesurée avec un poromètre à diffusion.

17
C’est une fonction biunivoque du potentiel hydrique foliaire. La relation entre la résistance
stomatique et le potentiel hydrique foliaire est une caractéristique de l’espèce considérée.
Cette relation présente, en général, une partie dans laquelle la résistance est faible et constante
pour des valeurs de potentiel hydrique faiblement négatives. Ensuite, au-delà d’une valeur
seuil, d’un potentiel critique, la résistance augmente exponentiellement alors que décroît le
potentiel. Le calcul de l’ETR dépendra soit de la mesure de la résistance stomatique soit de la
connaissance du potentiel hydrique foliaire et de la relation liant la résistance stomatique à ce
potentiel.

Nous allons voir sur des exemples quelques applications de la formule précédente.
Considérons le cas de la prairie et de la forêt dont nous avons calculé la résistance
aérodynamique pour une vitesse du vent de 2 m s-1 (paragraphe 4.2.1) et supposons que ces
deux paramètres sont soumis aux conditions microclimatiques suivantes :

𝑅𝑛 = 400 𝑊𝑚−2 ; 𝑇𝑎 = 20 °𝐶 𝑒𝑡 𝐷𝑃𝑉𝑆 = 14 𝑚𝑏𝑎𝑟𝑠

Dans le cas où la résistance de surface est de 75 s m-1, le tableau ci-après décompose le


calcul de l’ETR (on suppose le flux de chaleur dans le sol négligeable).

Tableau 4.2 : Comparaison de termes du bilan d'énergie d'une prairie et d'une forêt

ra Terme Flux de chaleur


rs
(s m-1) rayonnement latente ETR
(s m-1)
(W m-2) (W m-2)
Prairie 79 75 211,9 290,4
Forêt 6 75 37,1 310,1

Dans le cas de la prairie, le terme rayonnement représente 73 % de l’ETR. Cette


proportion importante a conduit de nombreux auteurs à proposer une procédure simplifiée de
calcul de l’ETR basée sur la mesure du rayonnement net. Katerji (1982) observe que d’après
les données de la littérature et ses observations personnelles :

𝐿 . 𝐸𝑇𝑅 = 𝐶 . 𝑅𝑛 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝐶 𝑣𝑎𝑟𝑖𝑎𝑛𝑡 𝑑𝑒 0,7 à 0,9

Dans le cas de la forêt, le terme rayonnement ne représente plus ici que 12 % de l’ETR.
Le rapport rs/ra étant grand nous pouvons utiliser une forme simplifiée de l’équation (4.15) :

𝜌 𝐶𝑝 𝐷𝑃𝑉𝑆
𝐿 . 𝐸𝑇𝑅 =
𝛾 𝑟𝑠

C’est la seule application dans laquelle on peut estimer l’ETR avec une réelle chance
de succès sans utiliser explicitement le rayonnement net.

18
Si l’on double la résistance de surface (rs = 150 s m-1) on obtient de nouvelles valeurs
du flux de chaleur latente (tableau 4.3).

Tableau 4.3 : Effets d'un changement de résistance de surface sur le bilan d'énergie
et sur l'évapotranspiration réelle d'une prairie et d'une forêt.

Terme Flux de chaleur


ra rs Terme advectif
rayonnement latente [Link]
(s m-1) (s m-1) (W m-2)
(W m-2) (W m-2)
Prairie 79 150 172,5 63,9 236,4
Forêt 6 150 31,2 152,0 183,2

L’ETR de la prairie n’a baissé que de 19 %, celle de la forêt de 41 %.


L’évapotranspiration réelle d’une formation végétale haute ayant donc une faible résistance
aérodynamique est beaucoup plus sensible aux modifications de l’ouverture des stomates que
l’ETR d’une formation basse. Cette faible sensibilité des formations basses s’explique par un
double mécanisme. D’une part, le flux de chaleur sensible, induit par la diminution du flux de
chaleur latente, est provoqué, compte tenu de la forte résistance aérodynamique, par un
gradient élevé de température et donc une température de surface forte. Cette augmentation de
la température de surface provoque corrélativement une augmentation de la pression de
vapeur saturante à la surface et donc du gradient maintenant ainsi le flux de chaleur latente.
Pour les formations végétales hautes, la réduction de l’ETR n’induit qu’une petite
modification de Ts et du gradient de pression de vapeur. L’arbre peut réduire sa transpiration
sans subir d’augmentation importante de sa température de surface.

4.3.3 Un schéma global pour décrire les transferts d’eau dans le système sol-plante-
atmosphère

Ce schéma est obtenu par le couplage du modèle d’extraction racinaire et du modèle


rendant compte de l’évapotranspiration réelle du couvert végétal.

On aura, d’une part, en mettant les résistances Rs et Rp en série :

𝐻𝑠 − 𝐻𝑟 𝐻𝑟 − 𝐻𝑓 𝐻𝑠 − 𝐻𝑓
𝐸𝑇𝑅 = = =
𝑅𝑠 𝑅𝑝 𝑅𝑠 + 𝑅𝑝

et d’autre part, l’équation (4.15) qui donne l’ETR en fonction de la résistance de surface,
résistance de surface, elle même fonction de potentiel hydrique foliaire :

𝐸𝑇𝑅 = 𝑓(𝐻𝑓 )

Le couvert végétal ajuste, à chaque pas de temps, son potentiel foliaire de manière à
égaler son évapotranspiration et son extraction racinaire.

Nous avons représenté (figure 4.7) le cas d’un couvert végétal poussant sur un sol
argilo-limoneux dont les caractéristiques hydrodynamiques sont empruntées à Campbell
(1974). La résistance de la plante Rp et le paramètre b/zr de la résistance rhizosphérique sont
pris respectivement égaux à 10000 jours et 3 mm en accord avec les données de la littérature.
La relation donnant l’évapotranspiration réelle en fonction du potentiel foliaire est, dans cet
exemple, simplifiée. L’évapotranspiration réelle est maximale (ETR = ETP) pour un potentiel

19
n’atteignant pas -10.103 cm H2O. Au-delà de -10.103 cm H2O, l’évapotranspiration est réduite
linéairement pour s’annuler à -20.103 cm H2O

Pour un potentiel hydrique de sol de -10.103 cm H2O, la résistance totale (sol+plante)


1
reste voisine de 10000 jours. L’intersection de la droite d’extraction racinaire de pente 𝑅 +𝑅 -,
𝑠 𝑝
avec la courbe qui donne l’évapotranspiration réelle en fonction du potentiel hydrique foliaire,
matérialise le point de fonctionnement du système. Pour des ETP de respectivement 5 et 10
mm j-1, les potentiels foliaires sont voisins de -6 et -10,2 103 cm H2O et les ETR
correspondantes de 5 et 9,75 mm j-1. Lorsque le sol se dessèche jusqu’à un potentiel de -5.103
cm H2O, la résistance totale est de 10810 jours les potentiels foliaires de fonctionnement sont
de -10,25 et -12,75 cm H2O et les ETR de 1,85 et 7,20 mm j-1. Pour un sol très sec (Hs= -
15.103 cm H2O), la résistance rhizosphérique atteint une valeur voisine de celle de la plante,
respectivement 10597 et 10000 jours, les potentiels de fonctionnement sont de -17,5 et -18,5
cm H2O. Si nous reportons ces quelques points sous la forme d’un diagramme donnant le
rapport ETR/ETP en fonction de la teneur volumique en eau du sol, nous obtenons une
représentation conforme aux observations de la littérature. Le rapport ETR/ETP ne dépend
pas d’une manière biunivoque de la teneur en eau du sol (ou de la disponibilité en eau), ce
rapport dépend aussi fortement de la demande climatique caractérisée ici par
l’évapotranspiration potentielle.

4.4 L’évapotranspiration réelle à l’échelle du bassin versant

Nous venons de voir que l’ETR dépend de paramètres microclimatiques, de


paramètres caractérisant l’hydrodynamique du sol et d’autres caractérisant la couverture
végétale. La spatialisation d’un modèle ponctuel, tel que celui du paragraphe précédent, va se
heurter à trois sources de variabilité spatiale et rendre très malaisée la tâche de l’hydrologue
qui souhaite intégrer ces sources de variabilité dans un modèle hydrologique. Avant d’aborder
ce problème, il existe un cas pour lequel la solution est assez simple. Ce cas correspond à
l’estimation de l’ETR à l’échelle du mois ou de l’année.

4.4.1 Estimation de l’ETR à l’échelle mensuelle ou annuelle

Si nous utilisons l’équation du bilan d’énergie (équation 4.1) sur un pas de temps qui
permet de négliger les phénomènes d’accumulation et de restitution de chaleur dans le sol, on
aura (équation 4.2)

𝑅𝑛 = 𝐸𝑇𝑅 + 𝐻

L’évapotranspiration réelle ETR du couvert végétal exprime la quantité d’eau


effectivement évaporée et transpirée. Par contre, l’évapotranspiration potentielle ETP, nous
l’avons vu, est un concept de nature essentiellement théorique, elle correspond à la demande
en eau exercée par le climat. Ces remarques impliquent une relation de dépendance d’ETR
vis-à-vis d’ETP, la première se rapproche plus ou moins de la limite fixée par la seconde
suivant la disponibilité en eau. L’originalité des travaux de Bouchet (1963) est de considérer
qu’une contre-réaction existe et que les variations d’ETR, consécutives aux variations de
disponibilité en eau, sont susceptibles d’influencer l’ETP. Désignons par ETP0 la valeur de
l’évapotranspiration potentielle lorsque ETR égale ETP.

𝐸𝑇𝑅 = 𝐸𝑇𝑃 = 𝐸𝑇𝑃0

20
Si, indépendamment des phénomènes énergétiques, ETR diminue lors d’une période
de sécheresse, cette diminution libère une énergie Q1 telle que :

𝐸𝑇𝑃0 = 𝐸𝑇𝑅 = 𝑄1

Les seules modifications importantes de l’équilibre à l’intérieur du système porteront


sur la température et sur la turbulence; elles entraîneront une modification d’ETP. Dans le cas
où cette transformation ne modifie pas les échanges avec l’extérieur, l’énergie Q1, rendue
disponible, devra correspondre à un accroissement d’ETP.

𝐸𝑇𝑃 = 𝐸𝑇𝑃0 + 𝑄1

𝐸𝑇𝑅 + 𝐸𝑇𝑃 = 2 𝐸𝑇𝑃0

En fait, il n’y a pas symétrie entre ETR et ETP par rapport à ETP0. La transformation
n’a lieu sans modification des échanges avec l’extérieur et l’égalité se transforme en inégalité.

𝐸𝑇𝑅 + 𝐸𝑇𝑃 < 𝐸𝑇𝑃0

Cependant, cette inéquation se rapproche d’une égalité stricte lorsque les échelles de
temps et d’espace sont suffisamment grandes. Après évaluation des composantes du bilan
d’énergie, Bouchet arrive, en première approximation, à l’expression suivante :

2 𝐸𝑇𝑃0 = 𝐸𝑇𝑅 + 𝐸𝑇𝑃 = (1 − 𝑎)𝑅𝑔

Fortin et Séguin (1975) ainsi que Morton (1969 ; 1971) montrent la validité de cette
relation pour des pas de temps supérieurs ou égaux au mois. A la suite de ces travaux, Seguin
(1975) puis Brunet (1981) proposent une méthode d’estimation de l’ETR, valable à l’échelle
du jour ou de la décade, basée sur une estimation locale de l’ETP et sur une estimation de
l’évapotranspiration potentielle limite régionale ETP0. Najjar (1982) utilise cette méthode
pour calculer l’ETR en tout point d’un bassin versant de moyenne montagne. Avant de clore
ce paragraphe, il convient de ne pas omettre les relations empiriques dans lesquelles
interviennent des termes du bilan hydrologique d’un bassin versant. Shachori et Michaeli
(1965), à partir de la compilation de 157 études localisées en zone tempérée, recherchent une
liaison statistique entre l’écoulement annuel Q et le module annuel de précipitation P. Lorsque
ce dernier est compris entre 400 et 1400 mm, ils obtiennent les deux relations linéaires
suivantes :

Q = 0,805 (P - 398) Q = 0,920 (P – 291)

La première équation concerne les forêts et les formations végétales arbustives, la


seconde les formations herbacées et les sols nus, pour sa part, Rambal (1981b) obtient de
l’étude du bilan hydrique d’une formation arbustive méditerrannéenne,

Q = 0,907 (P - 578)

Dans le cas où le ruissellement de surface est négligeable (P = ETR + Q), ces relations
donnent une estimation de l’ETR annuelle.

21
4.4.2 La modélisation et la simulation de l’évapotranspiration réelle à l’échelle du bassin
versant

D’une manière assez générale, les modèles hydrologiques sont encore actuellement
des modèles conceptuels dans lesquels les chroniques de précipitations et de débit à l’exutoire
constituent respectivement l’entrée et la sortie, la fonction de production est réduite à une
relation entre l’évapotranspiration potentielle ETP et l’évapotranspiration réelle ETR,cette
relation est fonction de l’état hydrique d’un hypothétique "réservoir superficiel"qui simule
l’hydrodynamique de la zone de sol non saturée. Citons par exemple, les modèles Stanford
Watershed Model IV (Crawford et Linsley, 1966) ou CREC (Cormary et Guilbot, 1974). En
dépit des tentatives de discrétisation spatiale du modèle CEQUEAU (Girard, 1972), voire des
sophistications apportées aux lois de réduction de l’ETP en ETR qui permettent au modèle
ASPCON (Jaynes, 1978) de simuler les modifications du débit induites par une succession
végétale, ces modèles sont difficilement transposables, sans calage préalable, à d’autres
bassins versants que celui pour lequel ils ont été conçus. Ils permettent difficilement de rendre
compte, par exemple, des effets de changement de la couverture végétale sur les débits.

A l’autre extrémité de la hiérarchie des niveaux d’organisation, c’est-à-dire au niveau


des transferts d’eau à l’échelle d’un profil vertical,nous disposons d’une panoplie de modèles
analytiques basés sur une bonne connaissance des mécanismes mis en jeu. Une revue
bibliographique succincte permet de constater que ces modèles sont des structures très
voisines de celles que nous avons décrites dans le paragraphe 4.3.3. Les transferts d’eau dans
le sol, considéré comme un milieu poreux isotherme, rigide et non saturé, sont décrits par la
loi de Darcy généralisée, associée à une équation de continuité qui prend en compte un terme
"puit". Ce terme représente, d’une manière macroscopique, l’extraction de l’eau par les
racines. Sa formulation est déduite des travaux de Gardner (1960) et de Cowan (1965). Les
transferts d’eau dans la plante sont généralement conservatifs, c’est-à-dire que nous faisons
l’hypothèse qu’il y a égalité entre la quantité d’eau extraite du sol et la quantité d’eau
transpirée par la plante. Cette dernière est estimée par une équation de type Penman-Monteith.
Dans cette équation, la couverture végétale, généralement réduite à une seule strate, intervient
par l’intermédiaire de la transpiration par les stomates. La résistance stomatique est fonction
du potentiel de l’eau dans les feuilles. A chaque pas de temps, la plante ajuste ce potentiel de
manière à égaler l’évapotranspiration et l’extraction racinaire.

La spatialisation de ces modèles ponctuels n’a été abordée que dans le cas des modèles
PROSPER et MANTA qui ont été couplés avec des modèles d’hydrologie de surface (Huff et
al., 1977; Sellers et Lockwood, 1981). Les simu1ations ont porté sur le changement total de la
couverture végétale sous l’hypothèse d’une homogénéité spatiale des propriétés
hydrodynniques du sol des bassins considérés (Swift et al., 1975; Sellers et Lockwood, 1981).
La prise en compte de la variabilité spatiale des sols n’a été abordée que par Peck et al. (1977)
puis par Sharma et Luxmoore (1979). Peck et al. observent que pour un certain niveau de
variabilité, le bilan hydrologique du bassin est voisin de celui que l’on obtient en considérant
le bassin homogène avec des caractéristiques hydrodynamiques moyennes. Un tel résultat ne
peut que conforter les tenants des modèles hydrologiques globaux.

En ce qui concerne le cas des végétations hétérogènes, elles sont découpées en


éléments de paysage, en unités élémentaires, ayant une couverture végétale homogène ; même
indice foliaire, mêmes espèces végétales. L’ETR du bassin versant est la combinaison linéaire

22
des évapotranspirations réelles de chacune des unités ETRi :

𝐸𝑇𝑅 = ∑ 𝜌𝑖 𝐸𝑇𝑅𝑖
𝑖

ρi est le pourcentage de la surface du bassin versant occupé par l’unité i. A l’échelle annuelle,
Rambal (1984c) montre que le débit cumulé (et donc l’ETR cumulé) d’un bassin versant
constitué de deux unités de végétation ayant des indices foliaires différents est égal au débit
cumulé d’un bassin ayant un indice foliaire égal à la moyenne de ceux des deux unités (figure
4.8). Au niveau des modèles, la résistance du couvert végétal de chaque unité est égale au
rapport de la résistance stomatique et de l’indice foliaire. Federer (1979) utilise cette
approximation faute de pouvoir rendre compte dans son modèle des variations spatiales de la
résistance stomatique observée dans la réalité. Swift et al. (1975) introduisent, dans le modèle
PROSPER, une résistance du couvert tenant compte de manière empirique de l’indice foliaire
mais aussi de l’hétérogénéité et de la stratification de la végétation.

4.4.3 L’apport de la télédétection par satellite à l’estimation de l’ETR régionale

L’intérêt principal de la télédétection est l’apport de la dimension spatiale. Elle permet


d’aborder une gamme d’échelle qui dépend du pouvoir de résolution du capteur embarqué sur
le satellite. Actuellement, les capteurs les plus performants ont des résolutions de l’ordre de la
dizaine de mètres dans le visible et de quelques centaines dans l’infra-rouge.

Nous nous bornerons à aborder dans ce paragraphe l’apport de la thermographie infra-


rouge (et dans une moindre mesure les informations obtenues dans le domaine visible). Nous
laisserons de côté les micro-ondes ou ondes radar. L’équation de base qui relie l’équivalent
énergétique de l’ETR à la température de surface Ts, telle que nous pouvons l’obtenir par
thermographie IR s’écrit :
(𝑇𝑠 − 𝑇𝑎 )
𝐸𝑇𝑅 = 𝑅𝑛 − 𝑆 − 𝜌𝐶𝑝
𝑇𝑎

Elle fait intervenir la valeur instantanée des paramètres climatiques qui conditionnent
le rayonnement net Rn (équation 4.1) et le flux de chaleur dans les sols, ainsi que la
température de l’air Ta, et la résistance aérodynamiqu ra. Celle-ci dépend de la vitesse du vent
et de paramètres de rugosité de la surface évapotranspirante, mais également de la
stratification thermique au voisinage du couvert.

L’équation précédente nous donne, en fonction d’une mesure de Ts, une estimation du
flux d’évapotranspiration instantanée. Compte tenu de la fréquence de passage des satellites :
1 passage par jour pour NOAA, chaque 2 à 5 jours pour HCMM, et hormis le satellite
géostationnaire METEOSAT qui pourrait donner une évolution continue de l’ETR, le
problème de l’estimation de l’ETR sur un pas de temps compatible avec les préoccupations de
l’hydrologue est un problème d’extrapolation temporelle.

Cette difficulté a conduit Jackson et al. (1977) à rechercher une relation simplifiée
donnant l’ETR à l’échelle journalière :

𝐸𝑇𝑅 = 𝑅𝑛 − 𝐵(𝑇𝑠 − 𝑇𝑎 ) 𝑚𝑚 𝑗 −1

23
Ts - Ta est obtenue à partir d’un seul passage du satellite au voisinage de midi solaire, B est un
coefficient empirique. Le principal problème réside dans la détermination du coefficient B car
ce dernier dépend des conditions climatiques et du couvert végétal considéré. L’estimation de
Jackson (B = 0 ,64) n’a donc aucune portée générale. Le travail théorique de Séguin et Itier
(1983) permet d’obtenir dans le cas de conditions instables (Ts > Ta), ce qui est le cas le plus
fréquent au niveau de midi solaire, les équations suivantes :

𝑧0 = 1 𝑚𝑚 𝐸𝑇𝑅 = 𝑅𝑛 − 0,021(𝑇𝑠 − 𝑇𝑎 )3/2


𝑧0 = 10 𝑚𝑚 𝐸𝑇𝑅 = 𝑅𝑛 − 0,080 (𝑇𝑠 − 𝑇𝑎 )3/2
𝑧0 = 100 𝑚𝑚 𝐸𝑇𝑅 = 𝑅𝑛 − 0,360 (𝑇𝑠 − 𝑇𝑎 )3/2

ETR et Rn sont exprimés en mm j-1.

Un problème important subsiste dans le cas de formations végétales dont la rugosité z0


est élevée, forêts par exemple. La résistance aérodynamique aux transferts de chaleur et de
vapeur d’eau que l’on estime à partir de la résistance aérodynamique au transfert de quantité
de mouvement semble considérablement surestimée. Dans le cas de surface fortement
rugueuse, Seguin et Itier (1983) préconisent une valeur "universelle B = 0,25 dans des
conditions d’instabilité (Ts > Ta).

Indépendamment des problèmes intrinsèques de la méthode que nous venons


d’évoquer, se posent d’autres problèmes qui font qu’elle n’est pas encore opérationnelle. Tout
d’abord se pose celui de la représentativité et de l’extrapolation des paramètres climatiques,
difficultés déjà abordées au niveau de la régionalisation de l’ETP. Le rayonnement net n’est
jamais mesuré dans le cadre d’un réseau synoptique. Il est nécessaire de le décomposer en ses
différents termes (équation 4.1). Le rayonnement global et le rayonnement atmosphérique
sont des grandeurs peu variables à l’échelle régionale. Leurs suivis sont envisageables au
niveau d’un réseau de mesure. L’albedo est mesurable par télédétection dans le visible. Elle
est donc disponible à un niveau de résolution proche de celui de la température de surface.
L’émission infrarouge de surface 𝜀 𝜎 𝑇𝑠4 peut être calculée en supposant une émissivité ε
voisine de l’unité. La température de l’air, quant à elle, doit avoir une "représentativité
régionale", les mesures faite à 2 m de hauteur sous abri, n’ayant pas cette propriété. Des
mesures à plus haute altitude (10 voire 40 m) semblent préférables.

L’autre grand groupe de problèmes concerne la validité des informations fournit par le
satellite. En effet, la température de surface ainsi que l’albedo sont grandement affectés par la
transparence atmosphérique et seulement en partie améliorée par les procédures de
corrections actuellement disponibles.

4.4.4 Bilan en chlorures et bilan isotopique

[Link] Bilan en chlorures

Les ions Cl- constituent l’un des meilleurs traceurs naturels des eaux souterraines. En
désignant par P la hauteur des précipitations dont la teneur en Cl- est cp, ETR
l’évapotranspiration réelle dont la teneur en chlorures est nulle et Q l’écoulement de teneur en
chlorure cs, on peut écrire le bilan de masse suivant :

𝑃𝑐𝑝 = 𝑄𝑐𝑠 + 𝐸𝑇𝑅. 0


24
𝑄 = 𝑃 𝑐𝑝 ⁄𝑐𝑠

Comme ETR = P - Q, il en résulte, en régime stationnaire, que

𝐸𝑇𝑅 = 𝑃(1 − 𝑐𝑝 ⁄𝑐𝑠 )

Cette méthode est utilisable dans la mesure où les aquifères ne sont pas salifères.

[Link] Bilan isotopique des lacs

En désignant par cp la concentration en isotope dans la pluie P et les eaux de


ruissellement R, par ce la concentration des eaux d’un lac bien mélangé de volume V et par Q
le débit à l’émissaire, on peut écrire le bilan isotopique :
𝑑𝑐𝑒
𝑉 𝑑𝑡
= 𝑃𝑐𝑝 + 𝑅𝑐𝑝 − 𝐸𝑐𝑒 − 𝑄𝑐𝑝 − 𝜆𝑉𝑐𝑝

λ représente la constante de désintégration dans le cas d’un isotope radioactif.

Le problème délicat consiste à déterminer la teneur isotopique de la vapeur ce. En effet,


lors de la vaporisation de l’eau, il se produit un fractionnement isotopique entre l’eau et sa
vapeur tel que la vapeur est appauvrie en isotopes lourds par rapport à la phase liquide.

Supposons un plan d’eau en cours d’évaporation à régime permanent, c’est-à-dire que


le vent entraine la vapeur issue de la surface de l’eau et maintient ainsi constant le gradient de
pression de vapeur. On peut alors écrire, en désignant par ea et es les tensions partielles de
vapeur dans l’air et à la surface du liquide et par k le coefficient de transfert de la vapeur
d’eau dans l’air, que le flux d’évaporation est égal à :

𝜌𝐶𝑝
𝐿. 𝐸0 = (𝑒 − 𝑒𝑎 ) = 𝑘(𝑒𝑠 − 𝑒𝑎 )
𝛾𝑟𝑎 𝑠

Pour une variété isotopique pure de l’eau, par exemple H218O, HD16O ou HTD

𝐿. 𝐸0∗ = 𝑘 ∗ (𝑒𝑠∗ − 𝑒𝑎∗ )

Si cp est la concentration dans l’eau de la variété isotopique étudiée :

𝐿. 𝐸0∗ = 𝑘 ∗ (𝑐𝑝 𝑒𝑠∗ − 𝑒𝑎∗ )

La composition isotopique de la vapeur qui s’échappe du plan d’eau ce est égale à ;

𝐿. 𝐸0∗ 𝑘 ∗ (𝑐𝑝 𝑒𝑠∗ − 𝑒𝑎∗ )


𝑐𝑒 = =
𝐿. 𝐸0 𝑘(𝑒𝑠 − 𝑒𝑎 )

Comme le fractionnement isotopique à l’équilibre entre le liquide et la vapeur est égal à :

𝛼𝑒𝑞 = 𝑒𝑠 /𝑒𝑠∗

25
que le fractionnement cinétique αk est égal à :

𝛼𝑘 = 𝑘/𝑘 ∗

que la concentration isotopique ca de la vapeur d’eau de l’atmosphère ambiante peut s’écrire


sous la forme :

𝑐𝑎 = 𝑒𝑎∗ /𝑒𝑎

que l’humidité relative à la température de la surface est de :

𝐻 = 𝑒𝑎 ⁄𝑒𝑠

L’équation précédente devient :

𝑐𝑝
𝛼𝑒𝑞 − 𝐻𝑐𝑎
𝑐𝑒 =
𝛼𝑘 (1 − 𝐻)

Ainsi la composition isotopique de la vapeur ce dépend non seulement de celle du plan


d’eau cp mais aussi de celle de la vapeur d’eau ambiante ca et de l’humidité relative H.

Un bilan du 3H aété réalisé sur le lac Tahoe dans la Sierra Nevada par Imboden et al.
(1977).

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(Correction 21 mai 1985)


(Mise en forme janvier 2020)

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