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Constructions infinitives en français

Ce document présente une thèse qui analyse les constructions infinitives en français introduites par le subordonnant 'de'. La thèse soutient que 'de' peut être considéré comme un complementizer, c'est-à-dire un subordonnant, reliant un infinitif à l'élément dont il dépend de manière similaire aux relatives et interrogatives.

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Constructions infinitives en français

Ce document présente une thèse qui analyse les constructions infinitives en français introduites par le subordonnant 'de'. La thèse soutient que 'de' peut être considéré comme un complementizer, c'est-à-dire un subordonnant, reliant un infinitif à l'élément dont il dépend de manière similaire aux relatives et interrogatives.

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L'Information Grammaticale

Constructions infinitives du français : le subordonnant de,


Genève, Droz, 1981
Hélène Huot

Citer ce document / Cite this document :

Huot Hélène. Constructions infinitives du français : le subordonnant de , Genève, Droz, 1981. In: L'Information
Grammaticale, N. 15, 1982. pp. 40-45.

doi : 10.3406/igram.1982.2342

[Link]

Document généré le 16/10/2015


PRÉSENTATION DE THÈSE

Constructions infinitives du français


Le subordonnant de

Genève, Droz, 1981, 548 p.

Hélène HUOT

Ce volume* est consacré, pour l'essentiel, aux constructions du par les transformationalistes (pas plus que par les grammairiens
français contemporain dans lesquelles apparaît un infinitif. D'un traditionnels), en dépit de l'absence de sujet de surface. A cet
point de vue syntaxique, celui-ci se trouve te plus souvent en égard, les complétives apparaîtraient isolées, puisqu'elles sont
position de dépendance vis-à-vis d'un élément (verbe, nom ou toujours introduites par que, et ne peuvent avoir qu'un verbe fini.
adjectif) auquel il est relié habituellement, mais pas toujours, par Mais cette façon de voir, qui rejoint celle de la grammaire
une préposition (de ou â en particulier). traditionnelle, n'est peut-être pas exacte, et l'on peut se demander si les
tours signalés plus haut en (1) ne peuvent pas être considérés
Si la reprise de cet infinitif par en (ou y) permet dans bien des comme de véritables complétives à l'infinitif. Le de qui précède
cas de considérer cet infinitif comme un complément l'infinitif, et dont le statut syntaxique apparaissait incertain, serait
préposition el ordinaire, et le de qui précède l'infinitif comme une alors un complementizer, c'est-à-dire en termes plus
préposition, il en est d'autres, en revanche, où une telle analyse apparaît traditionnels, un subordonnant, et plus précisément, le subordonnant lié à
difficile, voire même impossible, par exemple : l'infinitif.
(1) Jean craint par-dessus tout d'échouer à cet examen
Il importe de ne pas mélanger les problèmes
D'avoir le métro à proximité leur a changé la vie * Cet
d'uneouvragepartie d'une
est lathèse
reprise,
d'Etat,
considérablement
soutenue en 1 977remaniée
sous le titre
et complétée,
«
Son premier objectif est d'obtenir une qualification Recherches sur la subordination en français » (Service de Reproduction des
Thèses, Université de Lille III, 1979).
Ce problème de la nature catégorielle de de se pose de la même (1 ) Destiné initialement à représenter l'identité de fonctionnement
syntaxique des relatives et des interrogatives, tout en préservant leurs
façon dans ces autres tours (limités sans doute, mais d'un emploi différences de réalisation et d'interprétation, ce modèle se présente en gros
fort courant) où de précède non plus un infinitif, mais un adjectif ou comme suit
toute phrase est considérée comme introduite syntaxiquement par un
:

un participe passé :
élément, le complementizer, noté COMP. La règle de réécriture
(2) C'est quelque chose d'important initiale de la grammaire est donc désormais : S' -» COMPS, où S est
Rien d'intéressant n'a été proposé analysé comme dans les grammaires transformationnelles
classiques, c'est-à-dire S -? N" V" (voir note 2).
Je n'ai plus que cette voiture de disponible COMP est analysé dans la base en catégories qui ne dominent aucun
Il a la sienne de cassée élément lexical, et en un trait bivalent [± QU].
Il y a eu une dizaine de manifestants de blessés Au trait [+ QU] est associée l'interprétation interrogative ; au trait [
QU], l'interprétation non-interrogative.
Mais il est une hypothèse de traitement qu'impose en quelque Une règle cyclique assigne librement un trait [+ qu] à un constituant
sorte le cadre théorique de la grammaire generative de S.
transformationnelle, plus précisément le modèle reformulé par Chomsky en Une transformation facultative, dite de Mouvement de qu-, transporte
1 971 et 1 977, et qui s'article autour de la notion de « une séquence marquée [+ qu] dans COMP, et la substitue à l'une des
catégories qui s'y trouvent.
complementizer» (1). Si COMP a la valeur [+ QU], et que le Mouvement de qu- s'applique,
l'élément qui est introduit dans COMP est épelé et interprété comme
Les règles régissant le nud COMPLEMENTIZER (désormais interrogatif (direct si S' n'est pas inclus dans une phrase matrice,
COMP) n'étant pas explicitement ni régulièrement liées à la indirect dans le cas contraire). Si COMP a la valeur [ QU] et que le
Mouvement de qu- s'applique, si de plus S' est inclus dans un N"
présence du constituant Temps, il est admis que les constructions supérieur, et si certaines conditions d'identité sont remplies,
dont le modèle est censé rendre compte peuvent avoir aussi bien l'élément qui a été déplacé dans COMP est épelé et interprété comme un
un verbe fini (porteur de désinences temporelles et personnelles) relatif. Si COMP a la valeur [ QU] et que le Mouvement de qu- ne
s'applique pas, le nud COMP, resté vide, est épelé que, à condition
qu'un verbe non-fini (sans désinences temporelles et que l'Auxiliaire comporte le constituant Temps.
personnel es). C'est ce que l'on observe dans les relatives et les Dans certains cas, un élément contenu dans le COMP d'une phrase
inter ogatives (directes ou indirectes), dont le verbe peut être conjugué ou à S'2 peut être transporté dans le COMP d'une phrase S'1 où S'2 est
enchâssée. Alors le verbe de S'1 est « parenthétique » (Oui m'as-tu
l'infinitif. Et le statut de phrase enchâssée d'une relative ou d'une dit qu'il avait rencontré ? J'ai lu ce livre que tu m'as dit que ton frère
interrogative indirecte à l'infinitif n'a jamais été mis en question appréciait).

40
1. Le complementizer de. tion descriptive. Elle interdirait en outre tout rapprochement avec
ces autres constructions infinitives que sont les relatives et les
Un certain nombre de données confirment cette hypothèse. interrogatives, qui, en dépit de l'absence de sujet de surface, ont
Dans un très grand nombre de cas en effet, les tours en de Infinitif cependant toujours été considérées comme des phrases
ont même distribution qu'une complétive introduite par que, et ils enchâssées. Il s'avère donc plus satisfaisant de poser que la structure
se comportent de la même façon sous certaines manipulations syntaxique sous-jacente à l'infinitif que précède de est un S, et
syntaxiques (reprise pronominale, constructions clivées, passif que l'infinitif a un sujet profond. Au moment de l'insertion lexicale,
impersonnel, coordination) : ce N" sujet est resté vide, ce qui se note [e]. Il est néanmoins
N"
(3) Jean vient d'accepter que ce cours soit déplacé pourvu d'une interprétation, ce dont on rend compte en posant que
Jean vient d'accepter de prendre la parole en public ce [e] devient référentiel par assignation d'un indice référentiel.
Que Pierre ait été collé me contrarie beaucoup N"
De devoir prendre la parole en public me contrarie Celle-ci est assurée par des règles d'indexation, elles-mêmes
beaucoup liées aux propriétés du verbe de la phrase matrice. De façon plus
(4) a. Jean vient de l'accepter, que ce cours soit déplacé précise, ce [e] reçoit l'indice référentiel soit du sujet soit du com-
N"
Jean vient de l'accepter, de prendre la parole en public
Ça me contrarie beaucoup, que Pierre ait été collé plément du verbe de la phrase matrice (qui est dit alors verbe de
Ça me contrarie beaucoup, de devoir prendre la parole contrôle), ou bien un indice arbitraire lorsqu'aucune de ces deux
en public possibilités n'est réalisable (quand le verbe de la phrase matrice
b. Ce que Jean vient d'accepter, c'est que ce cours soit est un impersonnel, par exemple).
déplacé -
Sous-jacentes aux phrases de surface :
Ce que Jean vient d'accepter, c'est de prendre la parole
en public (5) Pierre a décrété de partir
Pierre a permis à Jean de partir -
c. Il a été prévu que ce quartier serait rénové Il importe d'avoir des objectifs précis -
Il a été prévu de desservir ce quartier par autobus
d. Jean craint à la fois de perdre sa place et que ses On a donc les structures :
camarades soient poursuivis en justice. (6) Pierre/ a décidé [COMP N"[e,] partir]
Ce parallélisme est renforcé de ce que de ne peut pas être
considéré comme une sorte d'article qui accompagnerait l'infinitif, Pierre/ a permis à Jeany [COMP N"
[e/] partir]
et ne possède pas non plus les propriétés les plus caractéristiques
du fo anglais, qui expliquent que celui-ci soit analysé le plus Il importe [COMP N"[e/f] avoir des objectifs précis]
souvent comme un ajout morphologique lié à l'infinitif, sans
contenu sémantique. Le parallélisme de fonctionnement entre la complétive en que et
le tour de Infinitif, sur lequel on s'est fondé pour avancer que la
Il apparaît donc raisonnable de considérer le tour de Infinitif construction infinitive est une véritable complétive à l'infinitif, et
comme une véritable enchâssée, au même titre qu'une que de est un complementizer, n'est cependant pas absolument
complétive introduite par que, et de comme un subordonnant, au même régulier, et, dans deux cas au moins, il existe des différences sur
titre que que. lesquelles il convient de s'interroger.
Analyser de comme un complementizer implique : a) En position de sujet, un infinitif peut être précédé de de, mais il
que ce de qui précède en surface un infinitif se trouve en tête ne l'est pas nécessairement, et il y a même des cas où le tour
de la phrase enchâssée, et de façon plus précise, dans COMP sans de paraît meilleur que le tour avec de :
en tête de cette enchâssée ; (7) De vivre seul le formait à la patience
que cette enchâssée est, comme n'importe quelle autre Vivre seul le formait à la patience
enchâssée, constituée, en structure profonde, d'un N" et d'un V"
Mentir est honteux
(2). *? De mentir est honteux
Un infinitif de surface précédé de de n'étant jamais Ce fonctionnement particulier n'invalide pourtant pas la thèse
ac ompagné d'un sujet, on pourrait envisager de considérer l'infinitif
comme ce qui reste en surface d'un V" seulement, et non d'un S. avancée, d'autant qu'il suffit de faire passer (par extraposition)
Mais une telle analyse, qui revient à faire de V" un élément récur- l'infinitif à droite du groupe verbal pour qu'immédiatement de
réapparaisse, de façon tout à fait nécessaire :
sif de la base, au même titre que S' ou N", ne constitue pas un gain
au niveau de l'organisation de la grammaire comme de l'adéqua- (8) Mentir est honteux
Il est honteux de mentir
* Il est honteux mentir
(2) Cette notation, où les apostrophes sont parfois remplacées par des
barres (N, N, N) articule les catégories d'une manière nouvelle. En effet, la On peut donc maintenir que tout infinitif est précédé de de. Et
tradition a toujours présenté chaque catégorie majeure (essentiellement le l'on rendra compte de cette possibilité particulière de l'infinitif
Groupe Nominal, le Groupe Verbal, le Groupe Adjectival) comme une sujet d'en être ou non précédé ainsi que de la différence
hiérarchie à deux degrés : on avait le groupe nominal et le simple nom,
noyau du groupe, le groupe verbal et le verbe, le groupe adjectival et d'interprétation qui y semble liée par une règle
l'adjectif. Désormais, entre N", identifiable en gros au groupe nominal, et d'effacement, dont la notation technique n'est pas indispensable dans
N, identifiable au nom, on suppose un degré intermédiaire N', englobant N,
mais englobé par N". ce résumé.

41
b) Après de nombreuses prépositions (pour, sans, après,...), constate que c'est toujours le complementizer de qui
l'infinitif suit directement la préposition sans être précédé de de. Il s'efface :
est possible cependant de maintenir que cet infinitif est ce qui (14) Pierre est parti sans que j'aie pu le rencontrer
reste en surface d'une enchâssée introduite par de au vu des Pierre est parti sans avoir laissé son adresse
données suivantes. Jean a téléphoné pour qu'on vienne le chercher
Certains verbes à régime prépositionnel ceux notamment Jean a téléphoné pour obtenir la pièce qui lui manquait
dont le régime est ordinairement introduit par la préposition
de peuvent être suivis d'une complétive introduite par que Jean est parti après que Pierre a eu fini son exposé
ou d'un infinitif. Mais alors que l'infinitif est précédé de de, la Jean est parti après avoir entendu Pierre
complétive en que ne l'est pas et suit immédiatement le verbe : Une seule exception notable avec avant de Infinitif, dont le de
( 9) Jean se réjouit de partir bientôt à l'étranger maintenu en surface confirme indirectement l'analyse
Jean se réjouit que cette affaire soit terminée proposé en (12).
Cette complétive se pronominalise néanmoins par en, tout La règle de Port-Royal, dite par les grammairiens d'alors « de
comme l'infinitif précédé de de : cacophonie », est en fait une règle syntaxique, et
(10) Jean s'en réjouit, de partir bientôt à l'étranger l'effacement de l'article (notamment des) s'observe régulièrement
Jean s'en réjouit, que cette affaire soit terminée derrière nombre de prépositions autres que de :
Cette reprise pronominale autorise à conclure qu'en dépit de la (15) Une personne sans ressources
construction de surface, la complétive en que fonctionne vis-à-vis Un raid pour skieurs entraînés
du verbe dont elle dépend comme un complément prépositionnel, Le vent soufflait par rafales
et qu'elle est reliée à celui-ci, en structure profonde, par une Il est intéressant à cet égard de noter que cette préposition
préposition de, qui a été effacée. Cet effacement se trouve de, qui figure dans la structure de tout N" contenant un nom
confirmé de ce qu'on l'observe régulièrement, quel que soit le de nombre (et pas seulement dans celle de l'article indéfini
complementizer (que, si interrogatif, pronoms interrogatifs) qui se ou partitif), réapparaît en cas d'insertion entre la préposition
trouve en tête de la phrase enchâssée (toujours reprise par en), et et le nom :
quel que soit l'élément (verbe, adjectif, nom) dont celle-ci
dépend : (16) Il est arrivé sans retard
Il est arrivé sans, pour ainsi dire, de retard
(11) a. T'es-tu inquiété si Jean est rentré? T'en es-tu * Il est arrivé sans, pour ainsi dire, retard
inquiété ?
Je ne me souviens pas à qui j'ai prêté ce livre. Je ne L'analyse proposée n'est donc pas infirmée par ces cas
m'en souviens pas apparents d'exception que l'on vient de voir, et l'on en rend facilement
b. Jean est sûr que cette lettre a été envoyée à temps. compte par deux règles différentes d'effacement :
Jean en est sûr l'une de la préposition de devant certains complementizers
c. Il a toujours eu la certitude que Jean allait gagner. Il en a (que, si, pronoms interrogatifs),
toujours eu la certitude. l'autre du complementizer de lorsqu'il suit immédiatement une
préposition.
On peut donc conclure de ceci que, dans le premier exemple de
(9), l'infinitif (éventuellement repris par le pronom en, comme la
complétive introduite par que) est un complément prépositionnel
du verbe qui le précède, et que la structure syntaxique sous-
jacente à cette phrase de surface est :
(12) Jean; se réjouit de [ [de] [e;] partir bientôt à 2. L'origine syntaxique des complétives.
l'étranger] S' COMP N"
Les chapitres 2 et 3 sont consacrés à déterminer l'origine
La question qui se pose alors est de déterminer si le de qui syntaxique des complétives (introduites parque ou à l'infinitif), c'est-à-
apparaît en surface devant l'infinitif est la préposition de, qui dire à préciser dans quelles structures et par quelles règles de
introduit le régime du verbe se réjouir, ou le complementizer de qui
est en tête de toute enchâssée à l'infinitif. réécriture celles-ci sont générées.
En ce qui concerne d'abord les complétives les plus courantes
Si l'on s'appuie sur le cas, bien connu depuis Port-Royal, de la du français, celles qui apparaissent en position de complément
succession de la préposition de et de l'article du, de la, des, où la direct (repris par le) ou de sujet d'un verbe, il n'est pas évident, en
préposition est maintenue et l'article effacé : dépit de leur distribution quasi parallèle à celle des N", qu'on
(13) * Il est accusé de [des crimes horribles] doive les considérer comme générées dans un N". Un certain
Il est accusé de crimes horribles nombre d'exemples et d'arguments à rencontre de cette position
on peut avancer l'hypothèse que, dans la structure (12), c'est, de traditionnelle sont repris et étudiés. Il en ressort qu'une
complétive sujet et une complétive objet n'ont pas un fonctionnement
la même façon, le second de (c'est-à-dire le complementizer) qui
s'efface, et la préposition qui est maintenue. Cette hypothèse se identique. Et la seule façon satisfaisante d'expliquer ces
trouve confirmée par les faits suivants. différences est de poser qu'une complétive objet est directement
rattachée au verbe dont elle dépend, tandis qu'une complétive sujet
Dans tous les cas où une préposition autre que de peut être est toujours générée dans un N", et directement rattachée au
suivie d'une complétive (introduite par que ou à l'infinitif), on nud N', selon les structures.

42
(17) a. 3. L'infinitif non précédé de de.

Si la plupart des infinitifs postverbaux sont précédés de de, tous


ne le sont pas. L'existence en français contemporain d'infinitifs
qui suivent directement le verbe régent peut-elle être considérée
comme une remise en cause de ce qui vient d'être dit ? Et
(Spec, N') comment analyser ces tours ?
En fait, un infinitif non précédé de de est, le plus souvent,
dépourvu en surface de sujet propre. Celui-ci est interprété
comme coréférentiel du sujet du verbe introducteur, qui est donc
un verbe de contrôle :
(19) Pierre estime avoir raison dans cette affaire
Pierre souhaite retourner dans sa ville natale
Mais il existe aussi une classe fermée de verbes introducteurs,
qui ne sont pas des verbes de contrôle, en ce que l'infinitif, non
accompagné de de, est précédé d'une unité lexicale pleine,
toujours interprétée comme le sujet de cet infinitif :
(20) Il a entendu Pierre dire le contraire
Ils ont laissé les enfants planter de jeunes arbres
Nous avons vu Pierre faire des tours beaucoup plus
étonnants
Le N « tête » du N" dans lequel se trouve enchâssée une Un certain nombre de propriétés (fonctionnement dans les
complétive sujet peut être lexicalement réalisé ou non. Selon que le constructions détachées et dans une comparaison, en particulier)
spécificateur de N' l'est lui-même ou non, on a en surface les tours permettent d'isoler, à l'intérieur des verbes de contrôle, deux
en le fait que ..., ce que .... ou Que ... classes, qui coïncident en gros avec des classes sémantiques
(verbes d'opinion vs verbes de volonté ou de sent-ment).
La structure proposée se trouve justifiée de ce qu'après le fait,
une complétive (introduite par que ou à l'infinitif) ne peut jamais Dans ce dernier cas, l'apparition fréquente, sinon obligatoire,
être reprise par en, contrairement à celles qui dépendent d'un de de devant l'infinitif détaché ou second élément d'une
autre nom. comparaison :.
(21 ) Ce qu'il a toujours souhaité, c'est de revenir dans sa ville
Il est ensuite montré que, dans tous les autres cas, et en dépit natale
des structures de surface observables, une complétive dont la
reprise pronominale se fait par en (ou y) est rattachée à Il a toujours souhaité davantage revenir au pays que de
gagner plus d'argent
l'élément dont elle dépend (verbe, adjectif, nom) par l'intermédiaire
d'une préposition, et se trouve donc enchâssée dans un Groupe permet d'avancer l'hypothèse que les verbes « de volonté »,
Prépositionnel, selon la structure : directement suivis en surface d'un infinitif, sont en fait suivis d'une
complétive à l'infinitif, régulièrement introduite par le
(18) (X « V, A, N)) complementizer de (suivant l'analysée proposée plus haut), et que ce de a été
effacé par l'une des règles d'effacement déjà vues (en tête d'une
complétive sujet, après une préposition), dont il suffit alors
(Spec, X') d'élargir les contextes d'application.
Cette solution ne peut cependant être étendue telle quelle aux
infinitifs qui suivent un verbe « d'opinion », si du moins l'on admet
que des propriétés différentes sont l'indice d'une différence
d'organisation syntaxique. Mais il serait en même temps
déraison able de renoncer sans davantage d'arguments à l'hypothèse sur
Les structures de surface (où la complétive en que suit laquelle repose ce travail, et d'après laquelle tout infinitif est ce qui
directement l'élément introducteur, et la complétive à l'infinitif est reste en surface d'une phrase enchâssée, comportant un nud
régulièrement précédée de de) résultent des règles, déjà vues, COMP. Il est sans doute possible de concilier ces deux points de
d'effacement de la préposition devant que ou du complementizer de vue si l'on admet, à la suite de Chomsky, que toutes les règles de
derrière la préposition, qui s'avèrent par là-même d'une très la grammaire sont optionnelles. Dans ce cas, un nud COMP qui
grande régularité en français. n'a pas été rempli par le Mouvement de qu- serait soit épelé (sous
la forme que ou de selon que le verbe est fini ou non), soit non
Quant aux complétives en de ce que (ou à ce que), plus épelé, ce qui serait noté [e]. En d'autres termes, toutes les
fréquentes après un verbe ou un adjectif qu'après un nom, on en rend COMP
compte en posant qu'elles sont en fait, comme les complétives enchâssées à l'infinitif comporteraient un nud COMP dans leur
sujet en ce que, enchâssées dans un N", qui est lui-même structure syntaxique, mais dans certains cas, celui-ci serait
enchâssé dans un Groupe Prépositionnel dépendant d'un V, d'un A dépourvu de forme phonétique, et graphique, ce qui expliquerait
ou d'un N, selon la structure (18) ci-dessus. qu'en surface l'infinitif suive directement le verbe introducteur.

43
Cependant les verbes * d'opinion » ne sont pas toujours et d'une enchâssée, et que de est le subordonnant introduisant cette
seulement des verbes de contrôle. L'infinitif qui les suit peut avoir enchâssée.
un sujet propre (de la même façon que l'infinitif suivant l'un des
verbes entendre, laisser, voir, ...), ainsi que l'attestent ces De façon plus précise, on peut avancer que, de même que le
phrases (où le sujet se trouve relativisé) (3) u groupe de Infinitif doit être considéré comme une véritable
complétive, de même la suite de Adjectif doit être analysé comme une
(22) ... Cette affaire que les avocats déclarent n'intéresser que véritable relative, dont la réalisation de surface s'expliquerait
les spécialistes comme suit :
... Ce spectacle que les spécialistes estiment devoir plaire
aux personnes âgées le nud COMP, resté vide dans la mesure où le Mouvement
de qu- ne s'est pas appliqué, a été épelé de (la phrase
Il paraît donc légitime de traiter les infinitifs ayant un sujet n'étant pas temporellement marquée) ;
propre de façon unique, et l'on posera que, dans les phrases le Mouvement de qu- n'a pas pu s'appliquer si l'on admet
ci-dessus comme dans celles de (20), l'infinitif et son sujet que le N" sujet de l'enchâssée ne domine pas une unité
appartiennent à une enchâssée, pourvue d'un nud COMP, qui n'a pas lexicale réalisée, identique au N" antécédent et ayant même
été épelé. référence que lui (comme dans les relatives ordinaires),
Il existe néanmoins des différences de fonctionnement entre les mais un élément nul [e], dont l'interprétation coréférentielle
N"
infinitifs des exemples de (20) et ceux qui suivent un verbe «
d'opinion », en cas de relativisation, de reprise pronominale et de est assurée par une règle interprétative (comme l'est celle
passivation notamment. On peut en rendre compte en posant une du sujet non réalisé d'un infinitif) ;
règle d'effacement du nud COMP (4), qui s'appliquerait aux quant au verbe de cette enchâssée (la copule à l'infinitif), il a
seules enchâssées dépendant de la classe restreinte de verbes été effacé, comme il l'est dans l'opération de réduction de la
entendre, laisser, voir, ... relative, dont dérivent certains adjectifs épithètes (5).
Le reste de ce chapitre est consacré à l'étude des différentes
4. La suite de Adjectif places de surface de la suite de Adjectif (et à l'examen des règles
qui permettent d'en rendre compte), ainsi qu'à la suite d'autre,
Cette analyse de de comme subordonnant se trouve confirmée dont les propriétés tout à fait particulières doivent être
dans la mesure où elle permet d'expliquer de façon satisfaisante interprétées comme la manifestation d'une origine syntaxique différente.
la séquence de Adjectif/ Participe passé, qui a tant intrigué les
grammairiens traditionnels.
5. Les tours en â Infinitif, et la préposition à.
Il est remarquable en effet que l'on puisse toujours substituer à
cette séquence une relative, sans altérer ni le sens ni Un infinitif est souvent précédé de de. Il l'est aussi fréquemment
l'ac eptabil té de la phrase : de à, dont l'absence de contenu sémantique autorise à se
(23) Quelqu'un d'inconnu te demande demander si à ne devrait pas être aussi considéré comme un
Quelqu'un qui est inconnu te demande complementizer, d'autant que la reprise pronominale de à Infinitif n'est
pas toujours possible.
J'en ai lu deux de passionnants
J'en ai lu deux qui sont passionnants Les différents tours en à Infinitif du français sont donc
J'ai la mienne de déchirée successivement étudiés, et plus particulièrement ceux qui se trouvent
J'ai la mienne qui est déchirée après un adjectif :
et que les possibilités de séparation entre la suite de Adjectif et le (25) a. Jean est difficile à joindre
terme auquel elle se rapporte soient exactement semblables aux Cette version est facile à traduire
possibilités qu'a une relative de ne pas suivre immédiatement b. Pierre est prêt à s'expatrier
l'antécédent dont elle dépend : Jean a toujours été exact à payer son loyer
(24) J'en ai quelques-uns à la campagne d'abîmés par Il est d'abord montré que les tours de (25 a) ne peuvent pas être
l'humidité dérivés comme cela était couramment admis dans les travaux
J'en ai quelques-uns à la campagne qui sont abîmés par transformationnels antérieurs, par une transformation qui ferait
l'humidité passer l'objet de l'infinitif en position de sujet de la copule. Une
Qu'as-tu appris de nouveau ? solution est alors proposée, qui vaut aussi pour les tours de
Qu'as-tu appris qui soit nouveau ? (25 b), selon laquelle le groupe à Infinitif est un complément
prépositionnel de l'adjectif, et l'infinitif ce qui reste en surface
Il n'est donc pas illégitime d'en conclure que le groupe de
Adjectif est, au même titre que la relative, la réalisation de surface
(5) Telle qu'elle est habituellement admise, cette opération implique un
double effacement, celui de la copule et celui du relatif. On considère
(3) La forme que du relatif s'explique de la même façon que dans les tacitement que ces deux effacements sont indépendants l'un de l'autre.
constructions parenthétiques à verbe fini, du type ... l'homme que je sais Mais cela n'est pas évident, et il ne semble pas déraisonnable d'envisager
qui est venu. que l'opération fondamentale du processus de réduction des relatives soit
le seul effacement de la copule. Et c'est cet effacement de la forme verbale
(4) C'est-à-dire que les parenthèses étiquetées COMP sont effacées, porteuse des marques de temps et de personne qui, dans les relatives à
alors que dans les règles d'effacement dont il a été parlé plus haut, les verbe fini, rendrait ultérieurement nécessaire l'effacement du pronom
parenthèses sont maintenues, et seule est effacée la forme phonique et relatif qui, dont la forme morphologique particulière, liée à la fonction de sujet,
graphique que domine le nud COMP. est inséparable d'une forme verbale finie.

44
d'une phrase enchâssée complète, introduite par le complementi- - Groupe Prépositionnel, introduit par à et dont le second
zer de, et dont les éléments non verbaux sont des [e]. Le comple- constituant serait une phrase enchâssée à l'infinitif. Et le
N" complementizer de en tête de cette enchâssée aurait été régulièrement effacé
mentizer de se trouve normalement effacé derrière la préposition derrière la préposition. En bref, on aurait une véritable
à, selon les règles établies plus haut. Quant aux [e] sujet et objet consécutive à l'infinitif, reliée à un corrélatif dans la phrase supérieure par
N" l'intermédiaire d'une préposition, selon une structure bien
direct du verbe, leur interprétation est assurée par des règles de attestée par ailleurs en français contemporain :
même type que celles qui valent pour le sujet d'un infinitif (29) Jean n'est pas assez résistant pour que vous l'emmeniez
postverbal, et l'on est en droit de poser que la propriété de contrôle Jean n'est pas assez résistant pour faire cette excursion
caractérise aussi bien les adjectifs que les verbes. Jean est trop fatigué pour que les journalistes puissent
Le statut de phrase enchâssée dans un Groupe Prépositionnel l'interroger
vaut également pour l'ensemble à Infinitif qui apparaît dans les N" Jean est trop fatigué pour pouvoir répondre aux
tels que : journalistes
(26) Une personne à ménager Et la valeur de haut degré ou d'« effet possible » de ces
Une affaire à suivre différents tours est en fait étroitement dépendante d'une conséquence
et la position postnominale de à Infinitif résulte de la réduction possible, mais non réalisée (ou plutôt sur la réalisation de laquelle
d'une relative dans laquelle ce Groupe Prépositionnel aurait été il n'est rien dit), et qui est le plus souvent disproportionnée par
généré en position attributive. rapport à l'adjectif ou au verbe auquel elle est reliée. .
Quant aux groupes à Infinitif que l'on trouve aussi bien après un Dans le cas des tours nominaux, divers indices permettent de
adjectif qu'un nom ou qu'un verbe, et qui ont en commun poser que cette consécutive est reliée à un adjectif présent dans la
d'exprimer le haut degré ou, comme le dit Sandfeld, « l'effet possible » : structure syntaxique, mais sans réalisation de surface,
exactement comme dans certains tours exclamatifs, du type Quelle
(27) a. Il se sentait triste à mourir histoire ! Quelle idée !
Ils ont leurs mangeoires pleines à déborder
b. Elle n'était pas femme à pleurer l'argent perdu Dans tous ces tours donc, on est conduit à considérer le à qui
Sa mère, avait des épaules à démolir les portes en précède l'infinitif comme une véritable préposition, et non comme
passant un complementizer. Il est montré dans le dernier chaoitre
qu'aucun des arguments qui pourraient faire envisager que à ait aussi le
c. La vieille mère toussait à faire pitié statut d'un complementizer n'a un poids réellement décisif. A n'a
L'actrice disait cela à faire frissoner la salle sans doute bien souvent pas plus de contenu sémantique que de.
le fait qu'ils ne puissent être accompagnés d'un adverbe de degré, On doit conclure cependant qu'en français contemporain, à est
ni se trouver dans une construction comparative ou consécutive toujours et ne peut être qu'une préposition tandis que de est tantôt
(qui suppose la présence d'un corrélatif dans la phrase une préposition et tantôt un complementizer. Cela revient à dire
supérieure) : qu'une suite de surface de Infinitif correspond tantôt à un S', tantôt
(28) a. * Il se sentait assez triste à mourir à une structure Prép^S', alors qu'une suite à Infinitif ne
b. * Pierre est plus bête à manger du foin que Paul correspond qu'à une structure Prép S'.
* Elle est d'une laideur plus consternante qu'à faire peur Le volume se termine sur un appendice terminologique, des
c. * Cet enfant est si maigre à faire peur qu'il doit être tableaux de données, et de brèves indications sur les notions
malade techniques abordées au cours du développement.
* C'est une telle femme à rester chez elle que tu n'as
aucune chance de la décider à ce voyage
* La vieille femme toussait tant à faire pitié que ses
voisins ont appelé un médecin - Hélène HUOT
permet de poser que la structure syntaxique sous-jacente contient Département de Recherches Linguistiques
déjà un corrélatif (sans réalisation de surface) dont dépendrait un Université de Paris VII

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