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IA au Maroc : Réglementation et enjeux

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IA au Maroc : Réglementation et enjeux

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2 0 2 2

Policy Brief

O c t o b r e
L’intelligence
artificielle au Maroc :
entre encadrement
réglementaire et
stratégie économique

Par Abdessalam Saad JALDI PB - 59/22

La place de l'intelligence artificielle (IA) dans notre vie quotidienne est de plus en plus importante.
Ayant connu un essor considérable durant les dernières années, l’intelligence artificielle
correspond aux technologies capables de traiter des sources hybrides et notamment des données
non structurées. Ainsi, des tâches complexes sont déléguées à des procédés technologiques
de plus en plus autonomes, en mesure d’impulser le développement économique et social du
Maroc. Pourtant, son développement peut porter atteinte à de nombreuses libertés et droits
fondamentaux, garantis par la Constitution de 2011 et, par les textes internationaux et africains
des droits de l’homme, exacerbant le besoin de parvenir à un juste équilibre entre les bienfaits
de la technologie de l’intelligence artificielle et la protection des libertés et droits fondamentaux.
Il s’agira pour nous dans un premier temps d’analyser le corpus juridique numérique et digital
marocain (I) avant de scruter les enjeux de l’intelligence artificielle au Maroc (II), et, enfin, le
besoin de réglementer juridiquement cette technologie (III).
Introduction
L’intelligence artificielle est entrée dans le langage et l’imaginaire communs, tellement
les progrès en matière de cette technologie se sont accrus de manière exponentielle. On
entend par cette notion les théories et les techniques mises en œuvre en vue de réaliser
des machines capables de simuler l'intelligence humaine, voire des systèmes autonomes
en mesure d’accomplir des tâches complexes que l’on croyait jusqu’à un passé récent,
réservées à l’intelligence naturelle. Il ne s’agit plus de la mise en œuvre d’un programme
par la volonté et sous le contrôle de l’être humain, mais du développement d’une forme
de pensée qui, bien que conçue par l’homme, tend dans une certaine mesure à s’en
émanciper. Pierre angulaire de la quatrième révolution industrielle, l’intelligence artificielle
est également source de nombreuses interrogations. D’une part, elle comporte des
risques de perte de maitrise de cette technologie, de surcroît aggravée par une éventuelle
émergence d’une société mécanisée en mesure de se substituer à la traditionnelle société
humaine. D’autre part, la diffusion rapide des algorithmes de l’intelligence artificielle
soulève les défis d’encadrement juridique par rapport à l’exercice des libertés et des droits
fondamentaux, alors qu’il n’existe encore aucun texte juridiquement contraignant en droit
international qui réglemente l’usage de cette technologie. Au Maroc, la Constitution de
2011 garantit les libertés et droits fondamentaux. À l'échelle de l'Union africaine (UA),
les libertés et droits fondamentaux sont principalement protégés par la Charte africaine
des droits de l’homme et des peuples de 1981. Au niveau international, la Déclaration
universelle des droits de l'homme et du citoyen de 1948 de l'Organisation des Nations
unies énonce les principaux droits fondamentaux et libertés. Chaque être humain peut
en principe se prévaloir de ceux-ci. Il est donc nécessaire de trouver un équilibre entre
l'utilisation de l'intelligence artificielle au service du développement et de l’humain, et la
protection des libertés et droits fondamentaux, pour un développent plus inclusif, plus
durable et maitrisé. Cette configuration suppose d’adapter la réglementation en vigueur
en définissant une nouvelle génération de garanties et de droits fondamentaux spécifique
au numérique, permettant l’épanouissement des libertés individuelles face aux risques que
représente l’intelligence artificielle.

I. Le corpus juridique digital et numérique


marocain
La multiplication des moyens de communication et d’information est devenue une
préoccupation majeure de nos sociétés modernes, tellement ils sont devenus un outil
incontournable de communication et d’échanges en tous genres. Cette configuration a
précipité l’éclosion des droits numériques, considérés dans la terminologie juridique du
droit international des droits de l’homme comme les droits de la quatrième génération.
Cependant, le développement des réseaux sociaux et du e-commerce symbolisant
l’exercice des libertés et droits numériques, fait aussi peser des risques sur les informations
personnelles de leurs utilisateurs, exacerbant la protection de ce qu’un bon nombre de
juristes appellent l’ordre public numérique. Dans cette perspective, et afin d’être en
adéquation avec les législations internationales en la matière, tout en évitant toute forme
de dérive juridique, le législateur marocain est intervenu pour règlementer la protection
des libertés et droits numériques, en prévoyant un arsenal juridique à caractère préventif
mais aussi répressif. Dans la même veine, les contraintes économiques ont été prises en
considération pour faire en sorte que la loi ne constitue pas un frein au développement
commercial.

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 2


A. Les engagements juridiques du Maroc en vertu des
textes internationaux
Les libertés et les droits numériques ont émergé en réponse aux questions posées par l’essor
numérique. S’ils sont souvent présentés comme se rattachant respectivement au droit à la
vie privée et à la liberté d’expression, leurs enjeux sont en réalité plus larges et peuvent
être considérés comme des droits fondamentaux autonomes. C’est incontestablement
le cas de la liberté d’expression numérique, de la liberté d’information numérique, de
la liberté d’association numérique, ou encore de la liberté d’entreprendre numérique
qui impliquent désormais le droit à une existence numérique. Ainsi, et dans le cadre de
l’affaire Cengiz et autres c. Turquie en 2015, la Cour européenne des droits de l’homme
de Strasbourg a affirmé que la liberté numérique ne favorise pas seulement la liberté
d’opinion, mais facilite également l’exercice de la liberté.1 Pour d’autres droits, toutefois,
comme le droit à la sécurité, le droit de la propriété intellectuelle, ou le droit commercial,
le numérique se présente davantage comme un risque, auquel le législateur doit parer, à
l’image du droit au respect de la vie privée et familiale qui constitue l’exemple typique des
risques dont l’ampleur ne cesse de s’accroitre par le développement d’internet. En vue de
mettre le numérique au service des droits individuels et de l’intérêt général, il était donc
indispensable de repenser les modes de protection des droits fondamentaux afin de les
adapter aux aléas de la révolution numérique, ainsi qu’aux textes internationaux en vigueur.

Il en va que la nécessité de réglementer la protection des données à caractère personnel


a été dictée au législateur marocain, non seulement par des impératifs économiques mais
également par des impératifs d’adéquation de la législation nationale avec les principes
relatifs aux droits humains énoncés dans des textes fondamentaux internationaux et
nationaux, tels que définis par la Charte internationale des droits de l’homme. Ainsi, le
10 décembre 1948, les 58 États membres qui composaient alors l’Assemblée générale
de l’ONU, ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce texte, signé
et ratifié par le Maroc, énonce les droits fondamentaux de l’individu, leur reconnaissance
et leur respect par la loi et insiste sur la nécessité du respect inaliénable de ces droits
fondamentaux par tous les pays. L’article 12 de cette Déclaration stipule : « Nul ne sera l’objet
d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance,
ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de
la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ».2 Dans la même veine, l’article
19 souligne que : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de
religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la
liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en
privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites »3, tandis
que l’article 20 affirme que : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression,
ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de
recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par
quelque moyen d'expression que ce soit ».4

1. M
 arina Four-Bromet. Condamnation de la Turquie pour blocage de l’accès au site internet YouTube. Portail universitaire du droit. https://
[Link]/la-gazette-juridique/18264-condamnation-de-la-turquie-pour-blocage-de-l-acces-au-site-internet-youtube
2. Déclaration universelle des droits de l’homme. [Link]
3. Ibid.
4. Ibid.

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 3


Dans le même ordre d’idées, et dans sa résolution 2200 A (XXI) en date du 16 décembre
1966, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté le Pacte international relatif aux droits
civils et politiques. Ce Pacte est considéré comme une étape importante de l’action de la
communauté internationale pour promouvoir les droits de l’homme. Parmi ses principales
dispositions, on trouve le droit à la vie privée. Son article 17 reprend in extenso l’article 12
de la Déclaration des droits de l’homme. En outre, l’article 19.2 du présent pacte est une
synthèse parfaite de l’article 19 de la Déclaration des droits de l’homme de 1948, dans
la mesure où il stipule que : « Toute personne a droit à la liberté d’expression ; ce droit
comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées
de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée
ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix ».5 Le même article limite l’exercice des
droits et libertés au « a- respect des droits ou de la réputation d'autrui ; b- la sauvegarde de
la sécurité nationale, de l'ordre public, de la santé ou de la moralité publiques ».6 Comme
l’ensemble des pays signataires de ce Pacte, le Maroc, qui l’a signé le 19 janvier 1977 et
ratifié le 3 mai 1979, s’est engagé à œuvrer pour le respect de ses engagements.

D’autre part, et en raison de ses engagements économiques, le Maroc a dû adopter une


législation protectrice des données à caractère personnel similaire à celles qui existent
en Europe, en l’occurrence la Directive européenne 95/46/CE, qui demeure un texte de
référence en matière de protection des données personnelles au niveau de l’UE. En effet,
ce texte a mis en place un cadre réglementaire visant à établir un équilibre entre un niveau
élevé de protection de la vie privée des personnes et la libre circulation des données à
caractère personnel. Il fixe des limites strictes à la collecte et à l’utilisation des données
à caractère personnel.7 Pour illustrer notre propos, nous rappelons que le Maroc est une
destination propice à l’offshoring de services dont l’objet est le traitement des données
personnelles (les centres d’appel, les centres de télémarketing, etc.).8 À ce titre, et en
vue d’obtenir le statut d’adéquation aux normes de l’UE, il s’est avéré nécessaire de se
conformer intégralement à la législation européenne.

Enfin, et dans la perspective de promouvoir une intelligence artificielle éthique, les


193 États membres de l’Unesco se sont accordés le 23 novembre 2021 sur un corps
de recommandations ambitionnant de rendre l'intelligence artificielle plus éthique.
Concrètement, et de l’avis d’Audrey Azoulay, directrice de l’Unesco, le texte guide les
États sur la façon dont ils peuvent agir pour appliquer ce cadre éthique. Dans le domaine
des libertés fondamentales, la recommandation proscrit tout recours à la notation sociale
et à la surveillance de masse; dans le domaine de la gouvernance des données, elle
établit des règles pour que chaque citoyen puisse garder le contrôle sur les données qu'il
fournit, et qu'il puisse à tout moment y accéder et s'il le souhaite les supprimer; le texte
invite aussi les États à créer des organes indépendants qui puissent être saisis par tout
citoyen à des fins de demande d'information, mais aussi de recours pour faire valoir leurs
droits.9 La recommandation de l'Unesco qui est dépourvue de tout caractère juridique

5. 
Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966. [Link]
international-covenant-civil-and-political-rights
6. Ibid.
7. Mehdi Kettani. Régime juridique de la protection des données personnelles. [Link]
Downloads/26982381FRGROUPSFranais%20%203210796%20%20Maroc%20Client%20Brief%20Protection%20Donnes%20
Personnelles%20V2%20WOCM%20(3).PDF
8. Ibid.
9. Héloïse Decarre. Éthique de l'intelligence artificielle : une recommandation de l'Unesco inédite mais à l'impact limité. France Culture. 28
novembre 2021. [Link]
mais-a-l-impact-limite-9823267

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 4


contraignant, est surtout un outil pour les gouvernements, en vue de leur permettre de
définir un cadre pour guider leurs politiques en la matière. Le Maroc, qui s’est aligné
sur les recommandations de l'instance onusienne portant sur l'éthique de l'intelligence
artificielle, de surcroît accompagnée par la mise en place d’une commission dédiée à cet
effet, fait figure de proue dans la mise en œuvre des recommandations liées à l’éthique de
l’intelligence artificielle, selon la directrice de l’Unesco.10

B. La protection des droits et libertés numériques sur le


plan national
Les libertés et les droits numériques, sujet d’étude classique des sciences juridiques,
mais qui sont toujours mouvementés, comportent de nombreux défis qui vont amener la
règlementation à une constante évolution. À cet égard, les autorités marocaines ont adopté
durant les vingt dernières années une batterie de mesures visant à mettre le numérique et
le digital au service des citoyens marocains et à stimuler la compétitivité du Maroc dans ce
domaine :

• la loi n° 07-03 promulguée par le dahir n° 1-03-197 du 11 novembre 2003, modifiant


et complétant le Code pénal ;

• la loi n° 53-05 promulguée par le dahir n° 1-07-129 du 30 novembre 2007, relative à


l’échange électronique de données juridiques ;

• la loi n° 09-08 promulguée par le dahir n° 1-09-15 du 18 février 2009, relative à la


protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère
personnel ;

• la loi n° 31-08 promulguée par le dahir n° 1-11-03 du 18 février 2011 – 14 rabii 1432,
édictant des mesures de protection des consommateurs ;

• la loi n° 132-13 portant approbation du protocole additionnel à la convention


européenne pour la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé
des données à caractère personnel promulguée par le Dahir n° 1-14-136 du 3 du 31
juill.2014 ;

• la loi n° 88-13 promulguée par le dahir n° 1-16-122 du 10 août 2016, relative à la presse
et à l’édition n° 6522, 1er décembre 2016 ;

• la loi n° 1-20-69 du 25 juillet 2020 portant promulgation de la loi n° 05-20 relative à la


cybersécurité ;

• la loi n° 43-20 relative aux services de confiance pour les transactions électroniques
promulguée par le Dahir n° 1-20-100 du 31 décembre 2020.

La loi numéro 09-08 qui édicte les règles relatives à la protection des données personnelles
a institué une Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère
personnel (CNDP), chargée de veiller à la protection des données personnelles contenues
dans les fichiers et traitements informatiques ou papiers, aussi bien publics que privés.
Accréditée durant la 33ème Conférence internationale de la protection des données
personnelles et de la vie privée, et membre à part entière de la Conférence internationale

10. [Link]

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 5


des autorités nationales de contrôle des données personnelles, la CNDP accompagne les
professionnels dans leur mise en conformité et aide les particuliers à maîtriser leurs données
personnelles et exercer leurs droits. Elle est ainsi chargée de veiller à ce que l'informatique
soit au service du citoyen et qu'elle ne porte atteinte ni à l'identité humaine, ni aux droits
de l'homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques, tout en élaborant
des recommandations à l’intention des autorités gouvernementales ou législatives sur les
projets ou propositions de loi ou de règlement se rapportant aux données à caractère
personnel. La CNDP est une institution consultative indépendante, c'est-à-dire une instance
dépourvue de tout caractère juridique contraignant, qui agit au nom de l'État, sans être
placée sous l'autorité du gouvernement ou d'un ministre. Elle est composée d’un Président
et de sept membres nommés et s'appuie sur des services. Elle a un rôle d'alerte, de conseil
et d'information envers tous les publics mais dispose également d'un pouvoir de contrôle
et de sanction. Notons aussi qu’au niveau international, la CNDP a présenté une demande
d’adéquation auprès de la Commission européenne, pour que le Maroc soit pleinement
considéré comme un pays offrant une protection des données personnelles conforme aux
standards européens. Elle a également saisi le ministère des Affaires étrangères et de la
Coopération en vue de l’adhésion à la Convention 108 du Conseil de l’Europe, relative à
la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé des données à caractère
personnel.

Dans un élan plus ou moins progressiste, la réforme constitutionnelle de juillet 2011, bien
qu’elle ait omis dans son article 19 des droits et libertés à caractère numérique, a néanmoins
réaffirmé l’attachement du Maroc à la construction d’un État de droit, démocratique et
moderne qui protège les droits de l’homme et les libertés individuelles et collectives.
Parmi ces droits, figure celui relatif à la protection de la vie privée. Dans son article 24,
la Constitution souligne ce droit fondamental en ces termes : « Toute personne a droit
à la protection de sa vie privée. Le domicile est inviolable. Les perquisitions ne peuvent
intervenir que dans les conditions et les formes prévues par la loi. Les communications
privées, sous quelque forme que ce soit, sont secrètes. Seule la justice peut autoriser,
dans les conditions et selon les formes prévues par la loi, l’accès à leur contenu, leur
divulgation totale ou partielle ou leur invocation à la charge de quiconque. Est garantie
pour tous, la liberté de circuler et de s’établir sur le territoire national, d’en sortir et d’y
retourner, conformément à la loi ».11 En effet, lorsque la Constitution affirme le principe du
droit à la protection de la vie privée, elle entend protéger les droits des individus quant
aux informations qui leur sont personnelles. L’article 25 quant à lui défend les libertés de
pensée, d’opinion, d’expression dans toutes leurs formes, ce qui sous-entend pareillement
la prise en compte de la connotation numérique de ces droits : « Sont garanties les libertés
de pensée, d'opinion et d'expression sous toutes ses formes ».12 Enfin, et en consacrant la
primauté des conventions internationales ratifiées, la Constitution impose le respect, sur
le plan interne, des dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques
dont les articles 17 et 19 rappellent les dispositions de la Déclaration universelle des droits
de l’homme relatives à la protection que doit apporter la loi contre les immixtions arbitraires
dans la vie privée des individus et les atteintes à leur honneur et à leur réputation, ainsi que
la protection des droits et des libertés dans toutes leurs dimensions, y compris le substrat
numérique.

La gouvernance numérique allait prendre une forme plus structurée avec la mise en place,
l’année de l’adoption de la nouvelle Constitution marocaine (2011), de la Direction Générale

11. Constitution de 2011. [Link]


12. Ibid.

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 6


de la Sécurité des Systèmes d’Information (DGSSI), service à compétence nationale rattaché
à l’Administration de la Défense Nationale (ADN), compétente pour assurer la mission
d’autorité nationale en matière d’accompagnement et de sécurisation du développement
du numérique. Acteur majeur de la cybersécurité, la DGSSI apporte son expertise et son
assistance technique aux administrations et aux entreprises, tout en assurant un service
de veille, de détection, d’alerte et de réaction aux attaques informatiques, supervisé par
le MACERT (Moroccan Computer Emergency Response Team) afin de remédier à toute
forme de risque inhérent à la cybercriminalité. En outre, l’essor de la mondialisation
numérique a poussé la DGSSI à élaborer une stratégie nationale destinée à accompagner la
multiplication des technologies de communication et d’information, ainsi que la transition
numérique qui caractérisent le Maroc contemporain. La stratégie en question répond aux
nouveaux enjeux nés des évolutions des usages numériques et des menaces qui y sont
liées avec quatre objectifs : 1- Évaluer les risques pesant sur les systèmes d'information
au sein des administrations, organismes publics et infrastructures d'importance vitale ; 2-
Protéger et défendre les systèmes informatiques des administrations, organismes publics
et infrastructures d’importance vitale ; 3- Renforcer les fondements de la sécurité des
systèmes informatiques ; 4- Promouvoir la coopération nationale et internationale.13 Avec
la Stratégie nationale pour la sécurité du numérique, l’État s’engage au bénéfice de la
sécurité des systèmes d’information pour aller, par une réponse collective, vers la confiance
numérique propice à la stabilité de l’État, au développement économique et à la protection
des citoyens.

Désirant accompagner la transition numérique et digitale, les autorités marocaines ont


décidé en 2017 la création de l’Agence de développement digital en vue d’interroger
la relation des humains au numérique et au digital et de structurer le débat autour de
cette question. Etablissement public stratégique doté de la personnalité morale et de
l’autonomie financière, et placé sous tutelle du Ministère Délégué auprès du Chef du
Gouvernement Chargé de la Transition Numérique et de la Réforme de l'Administration,
l’Agence de développement digital a pour principale mission de : 1- Mettre en œuvre la
stratégie de l’État en matière de développement du digital et de promouvoir la diffusion
des outils numériques et le développement de leur usage auprès des citoyens ; 2- Produire
une pensée ouverte sur le digital, dans toutes ses dimensions : et 3- Donner aux citoyens
et aux décideurs, des clefs pour réfléchir et pour agir. A cette fin, l’ADD organise des
concertations, aux niveaux local, national et territorial, avec les pouvoirs publics, les élus, les
secteurs économiques, associatifs et académiques et la société civile. L’ADD, généralement
saisie par le gouvernement sur une thématique ou un projet de loi, remet à l’exécutif
un rapport contenant des éléments d’analyse et des recommandations. Ses thèmes sont
des sujets de société (inclusion et citoyenneté, santé, éducation, etc.) ou économiques
(loyauté des plateformes, fiscalité numérique, etc.). En outre, l’ADD prépare ses rapports
en organisant de larges concertations qui consistent à convier des acteurs divers, dans la
perspective de contribuer à une société plus créative et innovante, tout en construisant un
nouvel équilibre entre enjeux économiques et sociétaux liés au numérique.

Enfin, le Nouveau modèle de développement (NMD) a placé la transformation numérique


au cœur de la nouvelle développementaliste du Royaume, susceptible d’accélérer la mise
en œuvre de nombreux chantiers transformationnels. Pour la CSMD, il est urgent d’accorder
au numérique un intérêt particulier au plus haut niveau de l’État comme catalyseur de
transformations structurantes et à fort impact. Il s’agit ainsi d’adopter une stratégie de
transformation numérique portée à haut niveau, et de mettre à niveau les infrastructures

13. Direction générale de la sécurité des systèmes d’information. Stratégie nationale en matière de cybersécurité. [Link]
fr/[Link]

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 7


numériques de haut-débit et très haut débit fixe et mobile et les étendre à l’ensemble du
territoire pour réduire la fracture numérique. Et afin d’accélérer l’avènement d’une société
numérique, la CSMD a préconisé également de développer des plateformes numériques
pour tous les services au citoyen et à l’entreprise, ainsi que des plateformes de participation
aux niveaux central et territorial, de former des compétences suffisantes pour mettre en
œuvre cette transformation numérique sur le terrain et, enfin, de parachever le cadre
légal visant à assurer la confiance numérique des utilisateurs et la souveraineté numérique
du Royaume, notamment en matière de cybersécurité, de propriété intellectuelle, et de
protection des données personnelles.

II.  es enjeux de l’intelligence artificielle au


L
Maroc
Le Maroc devrait connaître, dans les prochaines années, une accélération du déploiement
de l’intelligence artificielle dans plusieurs secteurs. Reposant sur un processus d’imitation
de l’intelligence humaine qui se base sur la création et l’application d’algorithmes,
l’intelligence artificielle a un avenir prometteur et représente une énorme opportunité
pour le pays. Toutefois, il est indispensable de préparer le terrain pour l’usage de cette
technologie, voire de participer à son développement aussi bien dans le secteur public
que privé.

A. Le développement de l’intelligence artificielle au Maroc


L’intelligence artificielle connait un essor considérable au Maroc. Celle-ci s’applique
particulièrement dans les domaines de traitement des images, le speech-to-text et le
texte. S’agissant des images, l’usage de l’intelligence artificielle s’avère prépondérant
dans les radars reconnaissant les matricules, les caméras installées dans les villes comme
Casablanca ou Marrakech gérant les trafics de circulation, les images satellites qui peuvent
être appliquées dans le domaine de l’agriculture, l’organisation du transport en commun
dans les grandes métropoles de Casablanca, Rabat et Marrakech ou, encore, la mise en
place d’un dispositif de reconnaissance faciale à l’aéroport de Rabat-Salé. La technologie
du speech-to-text qui fait partie du champ interdisciplinaire de l’intelligence artificielle
permet de transformer n’importe quel contenu audio en texte écrit. Très récurrent dans
les entreprises, le speech-to-text à travers le « Machine Learning » permet aux entreprises
de gagner du temps en leur évitant d’avoir à taper manuellement sur le clavier. Il leur
suffit alors de dicter le texte et de laisser l’ordinateur se charger de le retranscrire à l’écrit.
Enfin, à propos du texte, l’intelligence artificielle permet de résumer des livres, ainsi que
d’autres types de textes, comme des études ou des documents de recherche, peu importe
leur longueur, grâce à cette technologie qui condense les informations essentielles en
quelques lignes. Une évolution notable bénéfique aux entreprises, mais aussi à l’État, dans
la mesure où elle contribue à la détection des signaux faibles à travers les applications dans
les réseaux sociaux, permettant d’identifier des éventuelles menaces susceptibles de nuire
à la sécurité nationale.

En outre, les progrès réalisés par l’intelligence artificielle laissent présager un nouveau
cycle de croissance économique, qui pourra profiter au Maroc si celui-ci parvient à maîtriser
la clé de voûte de la quatrième révolution industrielle. En effet, l’intelligence artificielle
pourrait permettre aux citoyens marocains d’accéder à de meilleurs soins de santé, des
voitures et autres modes de transport plus sûrs, ainsi que des services moins coûteux, mieux
adaptés à leurs besoins et munis d’une plus longue durée de vie. Elle pourrait également

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 8


faciliter l’accès à l’information, l’éducation et les formations, des aspects fortement mis en
avant durant la pandémie de la Covid-19, à l’exemple du suivi des populations par le biais
d’applications mobiles.14 Elle peut aussi contribuer à rendre le milieu du travail plus sûr,
puisque des robots peuvent être employés pour accomplir des tâches dangereuses. A titre
d’exemple, et dans le cadre de l’industrie automobile, dont le Maroc est un des acteurs les
plus en vue en Afrique, il existe de nombreuses applications de l’intelligence artificielle dans
la voiture autonome. Elles concernent principalement l’apprentissage de la conduite par
Machine – Learning pour apprendre à la voiture comment se comporter en cas d’accident.
L’intelligence artificielle intervient également dans la vérification de la qualité des organes
de la voiture en maintenance prédictive ; dans la connaissance de l’environnement grâce
aux données remontées de capteurs ; dans l’analyse du comportement du conducteur ou
encore dans la cybersécurité pour surveiller l’état de la connectivité et éviter tout piratage.

Du point de vue des entreprises, l’intelligence artificielle peut favoriser le développement


d’une nouvelle génération de produits et de services. Elle est en passe de jouer un rôle
majeur dans le renouvellement de l’industrie du tourisme. La technologie du « Machine
Learning » permet de programmer un chatbot, ou assistant conversationnel, doté de deux
qualités essentielles : le langage et l’intelligence cognitive. Véritable assistant personnel, le
chatbot peut fournir une réponse rapide et cohérente à des milliers de touristes en quête
d’information ou service, tel qu’un code Wifi, mais aussi une réservation de chambre ou de
taxi. Le chatbot offre une conversation avec le client qui respecte la culture et l’image de
marque de l’entreprise ou de la personne qui l’utilise.

Enfin, lorsqu’elle est utilisée dans les services publics, l’intelligence artificielle peut réduire
les coûts et offrir de nouvelles opportunités dans les domaines du transport public, de
l’éducation, de l’énergie, de la gestion des déchets et peut améliorer la durabilité des
produits. En outre, les experts prédisent que l’intelligence artificielle sera plus fréquemment
employée dans le système judiciaire et dans la prévention de la délinquance, avec des
ensembles massifs de données analysées rapidement, une évaluation plus fine des risques
associés à certains profils criminels, voire même l’émergence de systèmes capables de
prédire et de prévenir des attaques terroristes. Elle est d’ores et déjà utilisée par les
plateformes en ligne pour détecter les comportements illégaux ou dangereux dans les
réseaux sociaux.

B. Une technologie menaçant l’exercice des libertés et


droits fondamentaux
Autant l’intelligence artificielle est à même d’accélérer la cadence du développement
au Maroc, autant elle suscite des inquiétudes quant aux risques qu’elle fait peser sur les
libertés et droits fondamentaux. Pour les fins de notre étude, nous nous intéresserons aux
risques d’atteinte au principe de non-discrimination, à la liberté d’opinion et d'expression,
ainsi que la protection des données personnelles.

a. La non-discrimination

Le principe de non-discrimination est inscrit à l'article 7 de la Déclaration universelle


des droits de l'homme15, l'article 2 de la charte africaine des droits de l’homme et des

14. Redouan Najah. Les technologies de surveillance à l’ère de la Covid-19. Policy Brief. Policy Center for the New South (PCNS). 2020.
[Link]
15. Déclaration universelle des droits de l’homme. [Link]

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peuples16, et l’article 19 de la Constitution marocaine de 2011.17 En effet, le recours à
l'intelligence artificielle est souvent expliqué par le caractère neutre de cette technologie,
permettant d'échapper aux préjugés et à la discrimination inconsciente effectuée par tout
être humain. Or, il ne faut pas oublier que cette machine a été imaginée et façonnée par
un être humain. Au cours de la création d'une intelligence artificielle, l'être humain conçoit
forcément cette technologie avec ses préjugés, qu'ils soient conscients ou inconscients.
Ainsi, dès sa création, l'intelligence artificielle hérite d'un biais de la part de son créateur.

Selon une récente étude de l'agence américaine National Institute of Standards and
Technology, un système de reconnaissance faciale se trompe entre 10 et 100 fois plus lors
de l'identification de personnes d'origine afro-américaine ou d'origine asiatique, que lors
de l'identification de personnes d'origine caucasienne.18 Une erreur commise par un logiciel
de reconnaissance faciale peut être très préjudiciable, notamment si une telle technique
est utilisée par les forces de l'ordre : cela pourrait entraîner de fausses accusations ou de
fausses arrestations. La legal tech américaine Palantir a, par exemple, développé et testé
des outils de police prédictive dès 2012 dans des villes comme Chicago, Los Angeles, la
Nouvelle-Orléans et New York.19 La police prédictive est le fait de prévoir qu'une infraction
sera commise à un endroit précis, ou de prévoir si un suspect a des chances de commettre
une infraction. L'emploi de l'intelligence artificielle comme un outil de police prédictive peut
être considéré comme un bienfait pour la société dans son ensemble, car il permettrait une
prévention et une répression des infractions plus efficaces, mais cela présente un risque
réel pour les libertés individuelles. Ces technologies sont également testées au Maroc,
mais les outils de police prédictive n'établissent pas de « fiches suspects » et se focalisent
sur les endroits où il est probable qu'une infraction soit commise.

Dans le domaine de la justice, l'intelligence artificielle permet d'accélérer le traitement


d'énormes quantités de données et de déterminer la durée des peines d'emprisonnement
pour permettre des approches plus homogènes d'affaires comparables. Néanmoins,
l'utilisation par les juges américains de l'algorithme d'intelligence artificielle COMPAS,
servant à déterminer la probabilité de récidive d'un individu, a soulevé une controverse aux
États-Unis. En 2016, une enquête de l'ONG ProPublica a conclu que les données utilisées
par l'algorithme COMPAS étaient biaisées, et donc que l'algorithme l'était également, au
détriment d'individus issus de minorités.20 Si ces atteintes au principe de non-discrimination
continuent, cela risque de réduire la confiance dans l'application de la loi suite à l'utilisation
de l'intelligence artificielle et, donc, de compromettre l'État de droit.

L'utilisation de l'intelligence artificielle dans un logiciel de recrutement d'Amazon a abouti


à des résultats similaires. En 2014, le géant du e-commerce a développé un programme
informatique afin d'automatiser le processus de recrutement de ses salariés. Cependant,
Amazon a dû y renoncer 3 ans plus tard car ce logiciel discriminait les femmes. L'objectif du

16. Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. [Link]


human_and_peoples_rights_f.pdf
17. Constitution de 2011. [Link]
18. New York Times. Many Facial-Recognition Systems Are Biased, Says U.S. Study. 2019. [Link]
[Link]
19. Odhran James McCarthy. AI & Global Governance: Turning the Tide on Crime with Predictive Policing. United Nations University – Center
for Policy Research. 2019. [Link]
[Link]
20. Julia Angwin, Jeff Larson, Surya Mattu and Lauren Kirchner. Machine Bias: There’s software used across the country to predict future
criminals. And it’s biased against blacks. ProPublica. 2016. [Link]
sentencing

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logiciel était d'attribuer une note d'une à cinq étoiles en fonction du profil des candidats.21
Pour ce faire, l'intelligence artificielle s'appuyait sur les profils des candidats d'Amazon
sur une période de 10 ans. À cause de la prédominance masculine dans le domaine des
nouvelles technologies au cours de cette période, l'intelligence artificielle a déduit que les
profils masculins étaient à favoriser, au détriment des profils mentionnant le mot « femme »
ou « féminin ».

L'intelligence artificielle accentue donc la discrimination en l'ancrant dans la technologie.


En réaction à cela, les ONG Amnesty International et AccessNow ont rédigé la Déclaration
de Toronto.22 Ce texte, publié le 16 mai 2018, a pour but de protéger le droit à l'égalité
et à la non-discrimination dans les systèmes reposant sur l'apprentissage automatique, de
surcroit consolidé par le rapport de 2021 de l’Unesco qui a appelé à une éthique propre
aux aléas de l’intelligence artificielle.

b. Les libertés d’opinion et d’expression

Les libertés d’opinion et d'expression sont inscrites à l'article 19 de la Déclaration universelle


des droits de l'homme23, l'article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des
peuples24, et l’article 25 de la Constitution marocaine.25 Or, avec le déplacement progressif du
débat public vers les médias sociaux, ces espaces conversationnels numériques, structurés
par des algorithmes définis par les plateformes, font l’objet de nombreuses critiques. Il
est reproché à l’intelligence artificielle d’être régulièrement utilisée, notamment par les
réseaux sociaux, pour contrôler le contenu diffusé par leurs utilisateurs. Cette technologie
va en effet identifier le contenu qui n'est pas conforme aux conditions d'utilisation de ces
plateformes.

Les pressions exercées par des gouvernements qui exercent des pressions sur les entreprises
pour qu'elles s'attaquent au problème des contenus terroristes, des discours incitant à la
haine et des ‘fake news’ ont conduit à une utilisation accrue des systèmes automatisés. La
loi allemande NetzDG exige notamment que les réseaux sociaux suppriment de nombreux
contenus entre 24 heures et 7 jours suivant leur signalement.26 Cependant, puisque
l'intelligence artificielle est imparfaite, et que les réseaux sociaux sont contraints de
supprimer rapidement le contenu indésirable, une partie du contenu peut être supprimée
par erreur. Par exemple, YouTube a supprimé plus de 100.000 vidéos documentant les
atrocités commises en Syrie après qu'elles aient été signalées pour « incitation à la haine ».
Pourtant, ces vidéos constituaient souvent la seule preuve des crimes et des violations des
droits de l'homme commis dans ce pays : l'intelligence artificielle n'est pas parvenue à
distinguer ces vidéos violentes, pour lesquelles YouTube prévoit des exceptions à cause de
leur valeur éducative et documentaire, des vidéos violentes à des fins de propagande.27 En
France, la loi Avia, inspirée de la loi allemande NetzDG et prévoyant une obligation, pour

21. Les Échos. Quand le logiciel de recrutement d'Amazon discrimine les femmes. 2018. [Link]
distribution/quand-le-logiciel-de-recrutement-damazon-discrimine-les-femmes-141753
22. Déclaration de Toronto. [Link]
23. Déclaration universelle des droits de l’homme. [Link]
24. Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. [Link]
human_and_peoples_rights_f.pdf
25. Constitution de 2011. [Link]
26. BBC. Germany starts enforcing hate speech law. [Link]
27. Le Point. Syrie : quand YouTube supprime des vidéos témoignant de la guerre. 2017. [Link]
supprime-des-videos-temoignant-de-la-guerre-23-08-2017-2151784_24.php#

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les réseaux sociaux, de retirer en 24 heures les contenus illégaux, a été censurée par le
Conseil constitutionnel le 18 juin 2020, par crainte des atteintes à la liberté d'expression.28

c. La protection des données personnelles

L'intelligence artificielle donne naissance à de nouveaux défis en matière d’éthique et


de protection des données qui doivent être traités par le biais d'une politique et d'une
conception minutieuse de solutions afin de parvenir à l'harmonie. L'intelligence artificielle
et ses sous-ensembles, l'apprentissage automatique (ML) et l'apprentissage profond (DL),
génèrent des idées et des produits innovants à un rythme soutenu. En effet, le marché
des solutions basées sur l'IA devrait valoir 733,7 milliards d'ici 2027 avec un taux de
croissance annuel composé de plus de 42%.29 Ces solutions se nourrissent de données, les
consomment et les analysent pour fournir l'intelligence nécessaire au fonctionnement des
solutions basées sur l'intelligence artificielle. Or, ces données sont souvent personnelles,
comportementales et peuvent être des données très sensibles telles que des informations
de santé et biométriques, avec des implications potentielles sur la vie privée et l'éthique,
exacerbant la protection des renseignements personnels dans un avenir activé par
l'intelligence artificielle.

L'intersection de l'intelligence artificielle avec l'éthique et la protection des données prend


de l'ampleur à mesure que la technologie devient plus courante dans les infrastructures
informatiques. Il existe de nombreux exemples où la puissance des algorithmes d'intelligence
artificielle entraîne des problèmes de protection des renseignements personnels et des
dilemmes éthiques. En matière de systèmes de reconnaissance faciale, une enquête
réalisée par l’université de Georgetown, aux Etats-Unis, a constaté qu'environ la moitié
des adultes américains ont des images faciales stockées dans des bases de données
permettant aux forces de l'ordre d'effectuer des recherches.30 Un exemple de problème
de biais fondé sur l'intelligence artificielle en médecine a été porté à l'attention du British
Medical Council (BMJ).31 Dans un article, le BMJ évoque le cas d'Avery Smith et de sa
femme, LeToya, décédés d'un mélanome. Smith, un développeur de logiciels, a découvert
que les algorithmes utilisés dans la détection du cancer de la peau étaient formés en
utilisant principalement une peau blanche. La femme de Smith, une femme noire, a été
affectée négativement par des algorithmes d'IA qui ne comprenaient que la peau blanche.

L'intelligence artificielle alimente de nombreux processus et continuera de le faire, d'autant


plus que la fabrication englobe la technologie et que des villes intelligentes apparaissent.
Mais cette technologie, par sa nature, doit consommer toujours plus de données pour
améliorer l'intelligence et l'efficacité. Ce faisant, elle ouvre de nouveaux défis en matière de
protection de la vie privée et d'éthique qui doivent être résolus par le biais d'une politique
et d'une conception minutieuses de solutions. Or, force est de constater que le cadre
juridique de la protection des données personnelles au Maroc a été défini à une époque

28. Quentin Hugon. La loi Avia contre la haine en ligne largement retoquée par le Conseil constitutionnel. Le Monde. 2020. https://
[Link]/pixels/article/2020/06/18/le-conseil-constitutionnel-censure-la-disposition-phare-de-la-loi-avia-contre-la-haine-en-
ligne_6043323_4408996.html
29. Silvia Bitchkei. L'intelligence artificielle. L'éthique et la protection des données peuvent-elles fonctionner en harmonie? Hitachi Inspire the
next. [Link]
en-harmonie/#:~:text=En%20effet%2C%20le%20march%C3%A9%20des,solutions%20bas%C3%A9es%20sur%20l'IA.
30. Georgetown University : Departement of Law. Half of All American Adults are in a Police Face Recognition Database, New Report Finds.
2016. [Link]
31. British Medical Council. Racism in Medecine : Can we trust AI not to further embed racial bias and prejudice?. 2020. [Link]
com/content/368/bmj.m363

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où la circulation des données et leurs valeurs économiques étaient limitées. Il importe
donc d’assurer la sécurisation juridique des données, clé de voûte du développement de
l’économie numérique, ainsi que de s’assurer que la technologie de l’intelligence artificielle
agit de manière éthique et respectueuse de la vie privée.

III. Le besoin de réglementer juridiquement


l’intelligence artificielle au Maroc
L’apparition de la notion juridique d’intelligence artificielle a été entravée par le manque de
cohérence scientifique, dont les fondements et contours doivent être précisés. Alors que
l’individu s’aventure dans un monde déterritorialisé, la protection des libertés et des droits
numériques doit s’appuyer sur des principes juridiques identifiés et clairement réaffirmés,
et sur une large palette d’outils de régulation. Le juge a un rôle majeur à jouer, aux côtés
des autorités indépendantes spécialement compétentes et la société civile.

1. La nécessité d’une intelligence artificielle transparente


En dépit des atteintes aux libertés et droits fondamentaux, il ne faut pas rejeter l'avancée
technologique que représente l'intelligence artificielle. D'après Salil Shetty, ancien
secrétaire général d'Amnesty International, « il existe des possibilités et des bénéfices
immenses à tirer de l'intelligence artificielle si les droits de l'homme sont au cœur de cette
technologie ».32

Pour développer l'intelligence artificielle tout en limitant ses atteintes aux libertés et droits
fondamentaux, la première chose à faire est d'assurer une voie de recours effective pour
permettre aux individus de faire valoir leurs droits. L'article 8 de la Déclaration universelle
des droits de l'homme, ainsi que l'article 118 de la Constitution marocaine de 2011 énoncent
que le droit à un recours effectif en cas de violation des libertés et droits fondamentaux
est un impératif. En France, il existe une voie de recours appelée le référé liberté, prévue à
l'article L. 521-2 du Code de justice administrative : il faut justifier d'une urgence, montrer
qu'une liberté fondamentale est en cause, et montrer que l'atteinte à cette liberté est grave
et manifestement illégale.

Deuxièmement, la transparence des algorithmes est indispensable pour mieux comprendre


les solutions qu'ils proposent, de pouvoir imputer la responsabilité de ces décisions à
quelqu'un, et de pouvoir les contester plus facilement. La rétro-ingénierie, qui est la science
qui décrypte les raisonnements d'une machine, est essentielle pour l'augmentation de la
transparence des outils ayant recours à l'intelligence artificielle. Les débats publics partout
dans le monde ont permis de dégager trois principes fondateurs pour une intelligence
artificielle éthique et respectueuse des droits de l’homme : 1- Le principe de la neutralité
du web qui garantit la libre circulation, sans discrimination, des contenus sur le web, en
permettant à chaque entreprise, chaque association, ou tout particulier de bénéficier d’un
égal accès à tous les internautes ; 2- Le principe de la loyauté qui repose sur la loyauté
des algorithmes envers leurs utilisateurs. En France, et suite à une requête de l’association
UFC-Que Choisir déposée en 2014 contre Google, le Tribunal de Grande Instance de
Paris par un jugement du 12 février 2019, a déclaré abusives et illicites 38 clauses des
conditions d’utilisation et des règles de confidentialité du géant américain, en interdisant

32. Forbes. Comment préserver les droits de l’homme face à l’intelligence artificielle et aux robots ? 2017. [Link]
comment-preserver-les-droits-de-lhomme-face-a-lintelligence-artificielle/

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à ce dernier de collecter et partager les données personnelles de ses utilisateurs sans
les en avoir informés clairement, de géolocaliser en permanence ses utilisateurs et de
modifier volontairement les données personnelles collectées ou les diffuser librement
dans des annonces commerciales33; 3- Le principe de vigilance permettant de prendre en
compte le caractère imprévisible et évolutif des algorithmes, obligeant par conséquent le
responsable de traitement à prendre toutes les précautions utiles pour garantir la sécurité
des données qu’il a collectées, mais aussi leur confidentialité, c’est-à-dire s’assurer que
seules les personnes autorisées y accèdent. Ces mesures pourront être déterminées en
fonction des risques pesant sur ce fichier, comme la sensibilité des données ou, encore,
l’objectif du traitement.34

Troisièmement, le recours aux mécanismes extra-judiciaires de règlement des différends


(la médiation, la réconciliation et l’arbitrage) peut contribuer à résoudre les litiges relatifs
aux questions numériques, à l’exemple de l’intelligence artificielle. Nombre de litiges liés
à l’utilisation numérique, qu’ils portent sur les données personnelles, les atteintes à la
réputation sur internet ou l’intelligence artificielle, sont considérés dans la terminologie
juridique comme des « petits litiges ». Or, les instances juridictionnelles traditionnelles sont
peu adaptées au traitement de ces formes de contentieux. Les tribunaux traditionnels,
confrontés à des évolutions techniques complexes qui supposent une expertise
particulière, peuvent ne pas disposer des compétences nécessaires pour résoudre les
conflits numériques, ce qui peut convaincre les parties lésées de saisir la justice. Dans
cette perspective, le recours aux mécanismes extra-judiciaires des différends, présentant
de nombreux avantages par rapport aux tribunaux traditionnels en termes de temps (le
recours aux mécanismes extra-judiciaires de règlement des différends est moins long par
rapport aux tribunaux), de coûts (le recours aux mécanismes extra-judiciaires de règlement
des différends est moins coûteux que devant les tribunaux), d’expertise (les arbitres
maitrisent les enjeux juridiques inhérents aux numériques), le choix de la loi applicable
(les plaignants peuvent convenir du choix de loi qui leur parait la plus appropriée), et le
suivi de la procédure (la sentence arbitrale peut être déposée devant un tribunal pour
un appel ou pour être appliquée comme ordonnance) peut constituer une alternative
crédible. En effet, le règlement extrajudiciaire des différends est une méthode capable
de renforcer les systèmes de règlement des litiges et de combler le fossé entre les
systèmes judiciaires formels et les formes traditionnelles de justice. L’adoption de mesures
législatives appropriées en faveur de modalités extrajudiciaires des différends permettant
d’accroître le nombre des médiateurs et arbitres, ainsi que de renforcer leurs compétences
peut accélérer la mise en place de tels mécanismes. Notons à cette fin que la nouvelle loi
marocaine d’arbitrage et de médiation conventionnelle de 2022 énonce les règles à suivre
en matière de règlement extra-judiciaire de règlement des différends. Par exemple, elle
définit les modalités à respecter pour désigner un arbitre ou un tribunal arbitral chargé de
trancher le litige et de quelle façon l’arbitre doit superviser le différend. Les parties ont
plus de latitude pour choisir les principes gouvernant les procédures dans la mesure où
l’arbitrage est considéré comme une procédure de nature privée dans laquelle les parties
s’engagent dans un accord commun dans le cadre d’un compromis d’arbitrage.

Enfin, la coopération entre les entreprises privées, les universitaires, les ONG, la société
civile et les citoyens pourrait permettre d'aboutir au développement et à l'utilisation d'une

33. Tribunal de Paris, 12 fév. 2019, UFC-Que Choisir c/ Google Inc. V. not. Luc-Marie Augagneur, « Les clauses abusives des conditions de
Google », AJ contrat 2019, p. 175, 17 avr. 2019 – Cécile Cricheton, « Clauses abusives et Google : une classification du régime attendue »,
Dalloz IP/IT 2019, 15 mars 2019.
34. Jim Lapin. La sauvegarde des libertés individuelles face à l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle. Robotique avancée, intelligence
artificielle et développement. Numéro 8. 2020. [Link]

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 14


intelligence plus respectueuse des libertés et droits fondamentaux. La sensibilisation des
individus à l'intelligence artificielle, dès leur plus jeune âge, est également primordiale
afin que chacun ait un bon usage de ces technologies et comprenne leur influence dans
nos vies. A cette fin, le lancement en 2019 du programme Al Khawarizmi, visant à stimuler
la réflexion nationale sur l’intelligence artificielle, est un signe positif. En outre, la mise
en place d’une instance consultative chargée de la transition numérique et digitale et en
mesure d’appréhender les aléas de l’intelligence artificielle, ne peut être que salutaire.

2. L’élaboration d’un statut juridique propre à l’intelligence


artificielle
Avec la généralisation de l’usage de l’intelligence artificielle dans tous les domaines, allant
de la voiture autonome à la médecine de précision, en passant par la maintenance prédictive
et la gestion du trafic aérien, un enjeu nouveau apparaît : celui de la responsabilité en cas de
préjudice causé par une intelligence artificielle. On entend par cette dernière l’obligation
faite à une personne de réparer le préjudice causé à autrui. La fonction première du droit
de la responsabilité civile est de compenser le préjudice subi par la personne lésée.
La seconde fonction du droit de la responsabilité civile se veut préventive. L’obligation
faite aux responsables de réparer les préjudices qu’ils causent incite tout un chacun à se
comporter avec diligence. En revanche, le droit de la responsabilité n’a pas pour but de
punir le responsable. Cette fonction punitive appartient au droit pénal.

Force est de constater que le droit positif marocain, comme celui de la plupart des pays
avancés, n’apporte pas de réponse claire à cette question. L’intelligence artificielle est
une chose immatérielle dépourvue de personnalité juridique et de patrimoine, de sorte
qu’elle ne peut être tenue pour responsable de ses actes. Par conséquent, et comme
une intelligence artificielle est immatérielle (software), mais incorporée dans des machines
(hardware), il est difficile d’en extraire son comportement spécifique au-delà de l’action
qu’elle co-commande avec l’homme. Cependant, son autonomie grandissante (co-
apprentissage) va la rendre de jour en jour plus autonome de l’action humaine. Dans cette
perspective, l’encadrement juridique des systèmes d’intelligence artificielle, qui ne bride
pas l’innovation, mais qui offre une protection efficace aux potentielles victimes, revêt une
importance considérable. Or, cet objectif suppose de trouver de l’équilibre dans le dispositif
juridique. A cet égard, plusieurs pistes sont proposées, parmi lesquelles la création d’une
personnalité électronique, attribuant aux systèmes d’intelligence artificielle (SIA) un statut
juridique, à l’exemple des sociétés anonymes durant la première révolution industrielle
pour les sociétés anonymes. Le cas de l’Arabie saoudite, qui a octroyé la citoyenneté au
robot « Sophia » en 2017, disposant d’un statut comparable à celui des êtres humains, peut
inspirer le Maroc. Cette machine peut se déplacer et interagir avec son environnement
sans intervention active d’un être humain, bien que Sophia soit dépourvue de conscience
et de réelle autonomie.

Néanmoins, seule une intelligence artificielle véritablement autonome et dotée d’une


conscience de soi, lui permettant de raisonner, de comprendre ce qu’elle fait et d’effectuer
des choix, mérite l’octroi de la personnalité juridique. Autrement dit, à une intelligence
artificielle capable de causer des préjudices avec volonté et conscience, et échappant
totalement au contrôle de l’être humain, un statut juridique doit lui être octroyé, afin de
lui imposer le poids de la réparation du préjudice causé. Or, cette forme d’intelligence
artificielle n’existe pas encore et, donc, la création d’une personnalité électronique
n’est pour l’instant pas nécessaire. Il apparaît plus raisonnable d’imputer les effets de la
responsabilité au concepteur, au fabricant, au propriétaire et à l’utilisateur de l’intelligence

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 15


artificielle, lesquels se dissimulent derrière les machines. Toutefois, pour désigner lequel
de ces acteurs est responsable en cas de préjudice causé par une intelligence artificielle,
il est indispensable de favoriser la transparence des algorithmes utilisés. Cela suppose de
mettre en place un système permettant de retracer le raisonnement de l’algorithme afin
d’imputer le résultat dommageable à une personne physique.

Conclusion
L’intelligence artificielle est en train de faire naître un tout nouveau monde dans lequel
le « machine learning », le « deep learning », les « réseaux de neurones » et toutes les
nouvelles technologies inhérentes à cette dernière vont conduire les affaires du monde,
dans lequel la généralisation de l’usage de l’intelligence artificielle ne sera pas une
exception comme aujourd’hui. Or, cette technologie comporte de nombreux défis qui vont
amener la règlementation à une constance évolution, notamment au regard des enjeux
éthiques que soulève cette technologie, de surcroit aggravés par les problématiques
inhérentes à la régulation des algorithmes qui demeure difficile en raison de l’évolutivité
de la technologie et du caractère confidentiel et concurrentiel des développements. A cet
égard, l’élaboration d’une stratégie marocaine propre à l’intelligence artificielle visant à
mettre cette technologie au service des citoyens, tout en stimulant la compétitivité du pays
dans ce domaine, est indispensable. Cette réflexion doit être amorcée en cohérence avec
les objectifs poursuivis par le Nouveau modèle de développement en vue de transformer
notre potentiel scientifique en émergence économique, le tout pour un développement
plus inclusif, plus durable et maitrisé.

Policy Brief - N° 59/22 - Octobre 2022 16


À propos de l'auteur, Abdessalam Saad JALDI
Abdessalam Saad Jaldi est International Relations Specialist au Policy Center for the New South, et
professeur assistant à l’UM6P. Spécialiste en droit international et en relations internationales, ses travaux
de recherche portent sur le Maghreb, l’Union européenne, l’espace méditerranéen, les relations UE-
Afrique, les nouvelles tendances du droit international et l’influence de l’Inde en Afrique. Titulaire d’un
doctorat en droit en France, il a à son actif plus de cinq ans d’expérience dans les milieux associatifs, la
recherche académique et l’observation électorale.

À propos de Policy Center for the New South


Le Policy Center for the New South: Un bien public pour le renforcement des politiques publiques. Le
Policy Center for the New South (PCNS) est un think tank marocain dont la mission est de contribuer
à l’amélioration des politiques publiques, aussi bien économiques que sociales et internationales, qui
concernent le Maroc et l’Afrique, parties intégrantes du Sud global.

Le PCNS défend le concept d’un « nouveau Sud » ouvert, responsable et entreprenant ; un Sud qui
définit ses propres narratifs, ainsi que les cartes mentales autour des bassins de la Méditerranée et de
l’Atlantique Sud, dans le cadre d’un rapport décomplexé avec le reste du monde. Le think tank se propose
d'accompagner, par ses travaux, l'élaboration des politiques publiques en Afrique, et de donner la parole
aux experts du Sud sur les évolutions géopolitiques qui les concernent. Ce positionnement, axé sur le
dialogue et les partenariats, consiste à cultiver une expertise et une excellence africaines, à même de
contribuer au diagnostic et aux solutions des défis africains. Read more

Les opinions exprimées dans cette publication sont celles de l'auteur.

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