720 Leur tentative ne réussit guère, le pays n'étant tenant Cassart, En même temps à Bruxelles
pas sûr. Arnot décrit Msiri comme un homme était créée la Compagnie du Katanga (14 avril
MSIRI, Roi du Katanga (dans l'Oussoum- intelligent, déjà âgé, ayant un aspect bien- 1891), avec des capitaux belges et la participa-
bwa, vers 1835 - Bunkeya, 19.12.1892). veillant et portant une barbe courte et toute tion de capitaux anglais, représentés par Ca-
blanche. Il possédait plus de 10.000 guerriers, meron, compagnie privilégiée qui avait le droit
Il fut le fondateur de l'Empire muyeke au dont 3.000 étaient porteurs de mousquets à
Katanga. De son vrai nom Ngelengwe, il était de préférence pour la concession et l'exploita-
silex. Msiri évaluait la puissance et la bonté tion des mines du Katanga. Tandis que Del-
le fils de Kalassa, chef des Bayeke de l'Us- d'un potentat au nombre d'exécutions qu'il
sumbwa, dans l'Uniamwesi, vassal de Miram- commune partait vers Bunkeya, s'organisaient
avait ordonnées. Il disait au missionnaire Swan déjà pour la Compagnie du Katanga deux nou-
bo, à l'Est dû Tanganika. qu'un grand roi est celui qui tue beaucoup de
• Kalassa était un audacieux voyageur que velles expéditions : 1° l'expédition Stairs-Bod-
gens et chez qui on <peut voir beaucoup son-Moloney-Thomas Robinson-de Bonchamps,
le négoce avait déjà mené dans l'Uganda et d'hommes sans nez et sans oreilles. par la côte orientale d'Afrique; 2° l'expédition
qui décida uö jour de porter ses affaires vers Sous l'impulsion, de Cecil Rhodes, le Napo- Bia-Francqui-Derscheid-Amerlinck-Cornet, par
les régions du cuivre. Il alla visiter le chef léon du Cap, fondateur de la Compagnie à la côte occidentale, toutes deux à destination
Katanga, vassal de Kasembe et propriétaire charte de l'Afrique du Sud, qui désirait ex- du Katanga.
de mines cuprifères à Luishia. Il conclut avec ploiter les richesses minières du Katanga, à A ce moment, une grande révolte basanga
lui et d'autres chefs des environs des traités travers lequel il projetait la construction du éclatait contre Msiri, que les Basanga accu-
d'amitié. Il revint dans ce pays avec son fils chemin de fer Cap-Caire, le géologue écossais saient d'avoir provoqué la mort de sa femme
Ngelengwe. Rentré dans l'Unîamwesi, et hanté Thompson fît en 1890 une tentative de péné- Masenge, en même temps que les Baluba en-
par le souvenir des régions cuprifères qu'il tration, mais ne réussit pas. Il fut suivi de traient en guerre avec le potentat noir. Msiri,
avait visitées, Ngelengwe sollicita de son père l'explorateur et consul anglais Sharpe, qui, effrayé, se retira à Kasembe. Le 6 octobre
de retourner chez le chef Katanga, qui le reçut pour le compte de la British South Africa 1891, Delcommune arrivait à Bunkeya. Cinq
chaleureusement et lui indiqua un endroit où Company, essaya, en janvier 1891, de faire jours plus tard il eut une entrevue avec
se fixer sur la rivière Luafi. Ngelengwe accep- signer à Msiri la « charte ». Mais le roi Msiri, à laquelle assista Cassart, avec 25
ta, fit alliance avec le chef voisin Pande et katangais, confondant les visées de Sharpe Haoussa. Des réjouissances marquèrent cette
aida Katanga à se débarrasser de rivaux gê- avec celles des Arabes de l'Est, refusa de se rencontre, mais Msiri refusa de faire sa sou-
nants. Se sentant près de mourir, Katanga laisser convaincre.
promit â son protégé « l'écaillé d'amande », mission à l'État; une deuxième entrevue n'eut
insigne de la souveraineté, tenant lieu de scep- Léopold II s'aperçut à ce moment du péril pas meilleur résultat. Delcommune alors s'en
tre et de, couronne. que courait le nouvel État à se voir devan- fut ostensiblement vers l'Est, vers Tenke, où
cer par les étrangers au Katanga, qui, par étaient groupés les ennemis de Msiri. Il s'ar-
Cependant, quand Katanga mourut, ses su- l'Acte Général de Berlin du 26 février 1885, rêta au poste de Lofoi en juin 1892 et repartit
jets accusèrent le nouveau venu d'avoir pro- était juridiquement incorporé au territoire de le 10 juillet, en direction du Tanganika. Msiri,
voqué par magié le décès de leur chef, Nge- l'État Indépendant du Congo. Il s'agissait de pour se venger du départ de Delcommune, qui
lengwe s'enfuit chez le chef Pande; ses ennemis faire occuper effectivement le pays par les paraissait l'abandonner, demanda au mission-
l'y poursuivirent* mais, aidé par Pande, il les représentants du nouvel État africain pour naire anglais Crawford de lui envoyer Sharpe,
vainquit Alors, ceux-ci, s'alliant à Kassembe, l'homme de la « Chartered », pour signer avec
que cette possession fût réelle. Aussi lorsque
reprirent la lutte, mais furent de nouveau bat- lui un traité et lui demander de chasser les
Léopold II apprit que Cecil Rhodes, après
tus, Ngelengwe, reconnu enfin comme chef Belges de la région.
l'échec de Thompson et Sharpe, se prépa-
à la place de Katanga, refusa de payer tribut
rait à envoyer un nouvel émissaire anglais, L'Anglais qui se présenta peu après était,
â Kassembe, le vainquit dans une rencontre
il chargea Le Marinel d'entreprendre sans tar- non Sharpe, mais Stairs, de la Compagnie du
et se proclama indépendant; il écarta ou rendit
impuissants plusieurs autres voisins, entre au- der une expédition au Katanga pour devancer Katanga (14 novembre 1891). Arrivé devant
tres les Baluba au Nord, et, parvenu au faîte les Britanniques. Après la fondation des deux Msiri, Stairs lui reprocha ses fautes et le mit
de sa puissance, il s'écria : « Mushidi t Je stations de Basoko et Lusambo (mai 1890), en demeure d'accepter le drapeau étoilé. Fu-
suis la terre, toute la terre (le sol) ». Ce nom qui devaient servir de relais vers le Sud-Est, rieux de se voir joué, Msiri refusa. Le 19 dé-
de Mushidi lui resta et devint par contraction Le Marinel se mit en route avec Descamps, cembre, nouvelle entrevue, nouvel échec. Stairs
« Msiri »,. nom sous lequel il est connu dans Légat, Verdick et, en janvier-février 1891, fon- alors tenta un coup de force : il escalada la
l'histoire. Les sujets de Msiri, les Bayeke, dait un poste à l'Est de Bunkeya (poste de colline voisine et hissa au nom du Roi le
s'appliquèrent à l'art de fondre la malachite. Lofoi), qu'il confiait à Légat et Verdick. Il pavillon congolais. Devant ce geste inattendu,
Ses vassaux, chasseurs d'éléphants, le four- occupait ainsi effectivement le Katanga pour Msiri prit peur et s'enfuit à une heure de là.
nirent abondamment en ivoire, et bientôt la compte de l'État Indépendant du Congo. Le Stairs se retrancha au village de Maria da
puissance de Msiri devint énorme. Les guerres 18 avril, il faisait son entrée à Bunkeya. Fonseca. Il fut décidé que Bonchamps et Bod-
qu'il avait menées en vainqueur lui avaient Tandis qu'il était en audience auprès de son se rendraient avec 115 soldats au village
fourni de nombreux prisonniers qu'il utilisa Msiri, une explosion se produisit dans le ma- oû Msiri s'était retiré et le sommeraient de se
comme travailleurs. Il s'installa dans la plaine gasin à poudre des Belges, provoquant des présenter devant le commandant Stairs. Bodson
fertile de Bunkeya et son Empire s'étendit morts, des blessés et la perte de tout le maté- rangea ses troupes face aux palissades du
jusqu'à la crête Congo-Zambèze au Sud, riel. Peut-être! était-ce un coup de Msiri ? Ce- village et fit! quérir le chef. Celui-ci consentit
au Lualaba à l'Ouest, au Luapula à l'Est, lui-ci, néanmoins, signa un traité par lequel à voir l'un des Blancs au village même. Bodson
et à la Luvua au Nord, Pour manœuvrer il déclarait se mettre sous la protection de entra avec 20 de ses hommes et trouva le
et ravitailler tout son monde, Msiri devait l'État pour échapper aux attaques des Arabes chef entouré de 300 de ses gens armés de
étendre ses relations commerciales; d'abord et de ses autres voisins. Ce n'était pas encore fusils. Après une discussion assez vive, Bodson
allié aux trafiquants arabes de l'Est, il s'adres- la soumission pure et simple. insista pour que Msiri l'accompagnât, en l'as-
sa ensuite aux comptoirs européens de Loanda Le Marinel trace ainsi le portrait de Msiri : surant qu'il ne lui serait fait1 aucun mal. A ce
et de Lobito. Ses caravanes parcoururent le moment, Msiri leva son sabre, signal convenu,
pays; bientôt, des expéditions européennes tra- « C'est un vieillard usé, décharné, que l'on
car aussitôt un des fils du roi mit Bodson
versèrent le Katanga : les Allemands Reichart dirait d'une taille au-dessus de la moyenne s'il
en joue. Celui-ci, se voyant en danger, déchar-
et Böhm, naturalistes, tentèrent de s'établir chez ne se tenait courbé et recroquevillé sur lui-
gea deux coups de pistolet dans la direction
Msiri; Böhm mourut au cours du voyage et même. La tête, dénudée, a une forme étrange :
du chef, qui tomba foudroyé. Mais aussitôt,
Reichart fut obligé de s'enfuir de Bunkeya, elle est étroite et d'une longueur phénoménale;
Bodson lui-même s'abattait, atteint d'unQ balle
mal accueilli par Msiri (25 septembre 1884). le visage est insignifiant, les yeux éteints, les
traits tirés, la bouche large et affaissée, le au ventre. Au bruit de la fusillade, Bonchamps
Après s'être perdu sur les hauts-plateaux, il et ses hommes pénétrèrent dans le village et
menton garni de quelques poils. Cet homme
n'est plus que l'ombre de lui-même. Pour nous s'en prirent aux gardiens armés; un des fils
atteignit le Moero, puis Mpala, le 30 novem- de Msiri, Masuka, tomba. Bonchamps se pré-
bre 1884, où l'accueillit Storms. Reichart décrit recevoir, il s'est affublé d'un long manteau
de soie claire, couvert de broderies d'or; au- cipita vers Bodson, qui souffrait atrocement.
Msiri comme un personnage d'une laideur re- Stairs, prévenu, envoya du renfort conduit par
poussante, ayant les traits méchants et une dessous, il porte un large pantalon de drap
et d'énormes bottes qui paraissent le gêner Moloney, L'ennemi, s'enfuit et le pauvre Bod-
âme perverse, aussi noire que son visage, son, mourant, fut transporté en hamac; il mou-
mais fort intelligent et habile. beaucoup. Il est coiffé d'un mouchoir crasseux
et d'un vieux chapeau de paille. Il nous parle rut à 8 heures! du s °i r - H inhumé au pied
En décembre 1884, les Portugais Ivens et des collines situées à 200 m derrière le village
Capello tentèrent de s'établir chez Msiri, mais de Reichart, d'Ivens, d'Arnot et dit qu'il aime
beaucoup les Blancs ». de Maria da Fonseca.
ils durent y renoncer, n'étant pas soutenus
par leur gouvernement. Ce fut à l'expédition Bia-Francqui qu'échut
En 1886, le clergyman écossais Arnot, qui Afin de reprendre l'œuvre de Le Marinel, la charge de continuer l'œuvre de l'expédition
prétendait poursuivre l'œuvre d'évangélisation Alexandre Delcommune fut chargé par le Stairs.
de Livingstone, fut bien reçu par Msiri. Arnot Comptoir Congolais pour le Commerce et Msiri disparu, son fils Mokande Bantu prit
rentra en Angleterre pour y chercher des colla- l'Industrie de se mettre en route pour le Ka- le pouvoir et accepta l'autorité de l'État. Une
borateurs et revint avec Swan et Faulkner. tanga, en compagnie du Suédois Hakansson, ère nouvelle s'ouvrait : les Européens allaient
du DT Briart, du géologue Diderich et du lieu-
Inst. roy. colon. belge
Biographie Coloniale Belge,
T. II, 1951, col. 720-725
avoir libre accès au Katanga.
4 janvier 1949.
M. Coosemans.
Mouvement géographique, 1891, pp. 32b, 51a,
60c, 102a; 1892, pp. lia, 64. — Ed. Swalue,
Étude sur Kitanika et Msiri (inédit). — A. Oha-
paux, Le Congo, Rozez, Bruxelles, 1894, pp. 195,
221. — D, Boulger, The Congo State, Londres,
1898, pp. 134-139. — Weber, Campagne arabe,
Bruxelles, 1936, p. 8. — Grévisse, Bulletin des
Juridictions indigènes, 1937, pp. 1 et suiv. —
H. Brode, Tippo Tip, Londres, 1907, pp. 72-104.
— H. Carton de Wiart, Mes vacances au Congo,
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l'Histoire du Congo, Bruxelles, 1921. — Depester,
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