ECOLE NATIONALE SUPERIEURE DES ARMEES
DIH: Généralités sur les quatre Conventions de GENEVE et les deux Protocoles additionnels
11 Octobre 2005 LTN KEKERE Pamphile
Les droits qui composent le droit international public:
Le droit des organisations internationales
Le droit des relations internationales
Le droit des relations économiques
Le droit de la responsabilité des Etats
Le droit du règlement des conflits
Le droit des droits de l’homme
Le droit des réfugies
Le droit de l’environnement
Le droit de la mer
Le droit de l’espace aérien
Le droit international humanitaire
Même les guerres ont des limites …Le droit international humanitaire, qui repose sur les
Conventions de Genève, est un ensemble de règles visant à protéger les personnes qui ne
participent pas ou ne participent plus aux hostilités, et à restreindre les moyens et
méthodes de guerre sans traiter des modalités ou de la légalité du recours à la force.
‘‘C’est le droit dans la guerre’’
PLAN
I- Généralités sur le Droit humanitaire
II- Les quatre Conventions de 1949
IV- De l’application du DIH
V: Le DIH et le terrorisme
VI- Les moyens de répression des violations au DIH
I- Généralités sur le Droit humanitaire
Les règles du droit humanitaire, proprement dit, découlent de:
Quatre conventions, signés à Genève le 14 Août 1949, concernant respectivement:
l’amélioration du sort des blessés et des malades dans les armées en
campagnes
l’amélioration du sort des blessés et des malades dans les forces armées
sur mer
le traitement des prisonniers de guerre
la protection des personnes civiles en temps de guerre
Deux protocoles additionnels, signés à Genève le 12 Décembre 1977, qui visent
respectivement:
les conflits internationaux (englobent la lutte contre la domination coloniale,
l’occupation étrangère et les régimes racistes)
les guerres civiles (tout conflit se déroulant sur le territoire d’une partie
contractante et ne présentant pas un caractère international)
Le droit des armes qui est né de la diversification des armes et il concerne:
aux armes de destruction massive: atomiques (A) et bactériologiques (B)
aux armes conventionnelles: chimiques (C) et armes excessivement
traumatisantes
L’enrichissement des règles relatives à l’usage de la force
NB: Dans certains livres le DIH est composé de:
Le droit de Genève qui tend à sauvegarder les militaires hors de combat
ainsi que les personnes qui ne participent pas aux hostilités
Le droit de la Haye qui fixe les droits et obligations des belligérants dans la
conduite des opérations militaires, et limite le choix des moyens de nuire à
l’ennemi
II- Les quatre Conventions de 1949
L’article n°3 commun aux 4 conventions:
En cas de conflit armé ne présentant pas un caractère international et surgissant sur le
territoire de l’une des hautes parties contractantes, chacune des parties au conflit sera
tenue d’appliquer au moins les dispositions suivantes:
1° Les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les
membres des forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises
hors de combat par maladie, blessure, détention, ou pour toute autre cause, seront, en
toutes circonstances, traitées avec humanité, sans aucune distinction de caractère
défavorable basée sur la race, la couleur, la religion ou la croyance, le sexe, la naissance ou
la fortune, ou tout autre critère analogue.
A cet effet, sont et demeurent prohibés, en tout temps et en tout lieu, à l’égard des
personnes mentionnées ci-dessus :
a) Les atteintes portées à la vie et à l’intégrité corporelle, notamment le meurtre sous
toutes les formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices ;
b) Les prises d’otages;
cl Les atteintes à la dignité des personnes, notamment les traitements humiliants et
dégradants
d) Les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un jugement préalable,
rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties judiciaires reconnues
comme indispensables par les peuples civilisés.
. Les blessés et malades seront recueillis et soignés.
Un organisme humanitaire impartial, tel que le Comité international de la Croix Rouge,
pourra offrir ses services aux parties au conflit.
Les parties au conflit s’efforceront, d’autre part, de mettre en vigueur par voie
d’accords spéciaux tout ou partie des autres dispositions de la présente convention.
L’application des dispositions qui précèdent n’aura pas d’effet sur le statut juridique
des parties au conflit.
2°) Autres dispositions communes
Interdiction des représailles contre les personnes
Obligation de sanctionner pénalement les crimes de guerre.
Les infractions graves visées sont celles qui comportent l’un ou l’autre des
actes suivants, s’ils sont commis contre des personnes ou des biens protégés par la
convention : l’homicide intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, y
compris les expériences biologiques, le fait de causer intentionnellement de
grandes souffrances ou de porter des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la
santé, la destruction et l’appropriation de biens: non justifiées par des nécessités
militaires et exécutées sur une grande échelle de façon illicite et arbitraire.
Portée limitée d’une dénonciation éventuelle (pratiquement pas d’effet avant la fin du
conflit)
B° Le sort des blessés et des malades:
1°) Protection des blessés et des malades
Traitement humanitaire, enregistrements, diffusion de renseignements, assistance des
neutres.
2°) Protection du personnel et du matériel sanitaire
Le personnel sanitaire (personnel soignant, d’administration, aumôniers) identifiable (carte
d’identité, brassard) est protégé. Il peut être armé pour sa défense et n’est pas assimilable
aux prisonniers de guerre
Le matériel sanitaire (installations fixes et mobiles) uniquement affecté aux blessés et
malades doit être respecté et protégé et ne peut être ni réquisitionné ni capturé.
3°) Reconnaissance du signe de la croix rouge:
Cet emblème (croix rouge, croissant rouge et le lion-et-soleil rouge), est
protecteur et ne peut être utilisé que par:
les services sanitaires des forces armées
les sociétés nationales de la croix rouge ou du croissant rouge dûment
reconnues et autorisées par leur gouvernement
les hôpitaux civils et autres établissements sanitaires reconnus comme tels
par le gouvernement
d’autres sociétés de secours volontaires soumises aux mêmes conditions
que les sociétés nationales
C° Le statut des prisonniers de guerre
1°) Conflits internationaux
Les prisonniers ont droit à l’intégrité physique et la vie dans les camps doit permettre le
maintien de leur santé physique et morale. Ils peuvent être affectés à certaines catégories
d’activités
Art. 50. En dehors des travaux en rapport avec l’administration, l’aménagement ou
l’entretien de leur camp, les prisonniers de guerre ne pourront être astreints qu’à des
travaux appartenant aux catégories énumérées ci-après :
a) Agriculture ;
b) Industries productives, extractives ou manufacturières, à l’exception des
industries métallurgiques, mécaniques et chimiques, des travaux publics et des travaux du
bâtiment de caractère militaire ou à destination militaire;
c) Transports et manutention, sans caractère ou destination militaire
d) Activités commerciales ou artistiques ;
e) Services domestiques ;
f) Services publics sans caractère ou destination militaire.
2°) Conflits internes
Les prisonniers ont droit à un minimum de traitement humanitaire, mais le protocole n°2
refuse le statut de prisonniers de guerre. Le protocole n°1 reconnaît le statut de prisonniers
de guerre aux guérilleros mais le refuse aux mercenaires.
D° La protection des civils:
La convention IV, complétée par les protocoles additionnels introduit des dispositions
nouvelles dans le droit de la guerre, en imposant certaines limites dans la conduite des
hostilités.
1°) Protection des populations civiles:
création de zones de sécurité
arrangements locaux pour assurer leur évacuation
protection des hôpitaux civils
libre passage des médicaments
protection de l’enfance
2°) Protection de l’individu:
respect de la personne humaine
interdiction des déportations (expulsions) et des déplacements forcés
sous réserve des mesures visant à assurer le maintien de l’ordre, l’individu doit être
protégé
III- Les deux Protocoles additionnels
A° Caractéristiques essentielles
Ils consacrent les principales revendications du tiers monde, autrefois soutenues par les
pays dits « socialistes » et tiennent compte de l’expérience des guerres contemporaines et
de divers conflits armés récents
Ils marquent une politisation du droit humanitaire
Le protocole n°1 valorise les guerres de libérations nationales et, en dotant
les guérilléros d’un statut de combattant, réhabilite, implicitement, la
notion de « guerre juste »
Le protocole n°2, en limitant les obligations des Etats, tient compte du
souci des pays nouvellement indépendants de se prémunir contre toute
ingérence dans les affaires intérieures
Ils témoignent d’une certaine confusion des genres avec le droit de guerre: insertion de
définitions et de notions militaires, énoncé de certaines limitations ou interdictions d’ordre
militaire
Ils visent essentiellement à améliorer le sort des populations civiles
B° Le protocole additionnel n°1
Distinction fondamentale entre biens civils et biens militaires et entre civils et militaires,
qui doit être observée en tout temps. Mais cette seconde distinction est, cependant,
estompée par la reconnaissance du statut de combattants aux guérilléros
Protection des biens civils
opérations militaires que contre des objectifs militaires
interdiction des attaques sans discrimination
les biens civils doivent être épargnés dans toute la mesure du possible
protection de l’environnement, des récoltes et des ouvrages et
installations contenant des éléments dangereux (digues, centrales
nucléaires, …)
protection des localités non défendues
Protection des personnes civiles
interdiction d’utiliser la famine comme moyen de guerre
interdiction d’attaquer la population et des biens civils en tant que tels, même à
titre de représailles
mesures en faveur des journalistes, des femmes et protection accrue des enfants
obligation des actions de secours en faveur des populations démunies
garanties des droits des familles: information, recherche des disparus,
rapatriement des morts
Protection des organismes de secours
le personnel et les unités civiles sont assimilés aux personnels et unités
médicales militaires
protection analogue pour les organismes de protection civile: signe
distinctif (triangle équilatéral bleu sur fond orange)
C° Le protocole additionnel n°2
Développe et complète l’art 3 des conventions de 1949 en accordant certaines garanties
fondamentales (droit à la vie, protection des enfants, garanties des personnes privées de
liberté), mais pas de statut de prisonniers de guerre pour les combattants des conflits
internes
Protection analogue des blessés et des malades dans tous les tipes de conflits
Identité de certaines règles relatives à la conduite des hostilités et de la protection de la
population civile.
IV- De l’application du DIH
Seuls les Etats peuvent adhérer à un des traités internationaux, et donc aux conventions de
Genève et à leurs protocoles additionnels
Toutefois, toutes les parties à un conflit armé, que ce soit les Etats ou des acteurs non
étatiques, sont liés par le DIH
Le DIH s’applique dans les conflits armés internationaux ou non mais dans le second cas on
se heurte souvent au principe de la souveraineté des Etats
Le DIH ne s’applique pas aux situations de violence qui n’atteignent pas l’intensité d’un
conflit armé. Dans ce cas, ce sont les dispositions du droit des droits de l’homme ainsi que
la législation interne qui peuvent être évoquées.
Dans les conflits « déstructurés » et « identitaires », où la population civile est
particulièrement exposée à la violence, le DIH continue d’être applicable. L’art 3 commun
impose en effet à tous les groupes armés, rebelles ou non, de respecter ceux qui ont
déposé les armes et ceux qui ne participent pas aux hostilités, tels que les civils
V- Le DIH et le terrorisme
Définition:
‘‘L'utilisation, par un groupe de personnes ou un Etat, d'actions violentes ou illégales
destinées à produire sur leur cible un sentiment de terreur bien supérieur aux
conséquences réelles de l'acte. Le terrorisme peut viser la population civile en général ou
une de ses composantes, une institution ou un gouvernement. L'objectif est d'imposer un
système politique, d'obtenir la satisfaction de revendications, de causer des destructions à
un ennemi ou de déstabiliser une société. Les mouvements terroristes et le grand
banditisme peuvent se rapprocher dans leurs modes d'actions et leurs objectifs’’
Les actes terroristes peuvent être commis en temps de guerre comme en temps
de paix. Le DIH ne s’appliquant que dans les situations de conflit armé, il ne régit que les
actes de terrorisme perpétrés en temps de guerre.
L’obligation de faire la distinction entre les civils et les combattants, l’interdiction de
lancer des attaques sans discrimination et de répandre la terreur au sein de la population
sont au cœur des préoccupation du DIH et c’est tout le contraire du terrorisme.
Ainsi, la majorité des actes terroristes sont proscrits par le DIH et ce dernier comporte
des mécanisme de mise en œuvre de répression beaucoup plus élaborés que toutes celles
qui émanent des conventions internationales pour la prévention et la répression du
terrorisme.
VI- Les moyens de répression des violations au DIH
En devenant parties aux conventions de Genève, les Etats s’engagent à adopter toute
législation nécessaire pour punir les personnes coupables d’infractions graves à ces
conventions.
Les criminels de guerre doivent être poursuivis en tout temps et en tout lieu et cette
responsabilité incombe aux Etats.
Les conventions de Genève consacrent le principe de la juridiction universelle.
Les poursuites peuvent être assurées soit par les tribunaux nationaux des différents Etats
ou soit par une instance internationale.
La cour pénale internationale permanente est compétente pour juger les crimes de guerre,
les crimes contre l’humanité et le crime de génocide.
QUESTIONS ?