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L E L I V R E D E L A

SAGESSE ZEN
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trad

à EULALIE STEENS

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Digitized by the Internet Archive
in 2022 with funding from
Kahle/Austin Foundation

[Link]
LE LIVRE
DE LA
SAGESSE ZEN
DANS LA MÊME COLLECTION

Ibn’ Arabi, Voyage vers le maître de la puissance


Sri Madhava Ashish, L'Homme, fils de l'Homme
Martin Buber, La Légende du Baal-Shem
Le Chemin de l’homme
Dalaï-Lama, L’'Harmonie des mondes, entretiens sur
la compassion
Roshi Taisen Deshimaru, La Voix de la vallée
Le Rugissement du lion
Gurdjieff, Rencontres avec des hommes remarquables
Gurdjieff parle à ses élèves
Husayn Mansûr Hallâj, Le Livre des Tawassines
Christopher Isherwood, Ramakrishna, une âme réa-
lisée
Jiddu Krishnamurti, De la nature et de l'environ-
nement
De la vie et de la mort
La Relation de l'homme au monde
La Plénitude de la vie
Sri Krishna Prem, Sri Madhava Ashish, L'Homme,
mesure de toute chose
Louis-Claude de Saint-Martin, L'Homme de désir
Idries Shah, Contes iniriatiques des soufis
Lieou Yi-Ming, Thomas Ckary, Y? King

DE EULALIE STEENS
L’Astrologie chinoise, Éditions du Rocher, 1985, rééd.
1993
La Chine antique, Éditions du Rocher, 1989
LE LIVRE
DE LA
SAGESSE ZEN
« La barrière sans porte »

Traduit du chinois,
présenté et annoté par Eulalie Steens

Pt
Les Grands Textes Spirituels

ÉDITIONS DU ROCHER
Jean-Paul Bertrand
Editeur
REMERCIEMENTS

L'auteur remercie Monsieur Jacques Barrère et


son assistant Monsieur Philippe Delalande, de
la « Galerie Jacques Barrère » à Paris, pour leur
gracieuse contribution au document de cou-
verture.

Texte chinois Wemenguan extrait de Zhongguo chanzong da


quan, édition établie sous la direction de Gong Lin et Li Miao,
Changchun chubanshe chuban, 1991, p. 488 et suivantes.

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation


réservés pour tous pays.
© Éditions du Rocher, 1995, pour la présente traduction.
ISBN 2 268 01923 3
À Nelly et Jean-Jacques
ls 4
Lee
NOTE DE LA TRADUCTRICE

Le système international pinyin a été utilisé


pour la transcription du chinois.
Les termes et noms sanskrits suivent l’ortho-
graphe du dictionnaire de Soothill et Hodous.
Les astérisques renvoient à la liste des
Maîtres en fin d'ouvrage.
Le vréiyionten aide
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L
1
INTRODUCTION

Bouddha et Bouddhisme

Lorsque Siddhärtha Gautama (VI<-V° siècles


avant J.-C.), prince de la lignée des Säkya,
connut l’Eveil (bodhi), il devint un bouddha
(Eveillé) et créa une nouvelle philosophie reli-
gieuse : celle de l’Eveil, que l’on désigne en
Occident par « Bouddhisme ».

Le Bouddha s’interrogeait sur le sens de la vie


et sur la façon dont chacun pouvait échapper au
cycle des renaissances {samsära). Comprenant
que toute vie implique la souffrance, due en par-
tie au désir, le Bouddha prêcha une conduite
personnelle sobre, prenant appui notamment
sur la méditation (dhyâna). Ainsi pourra-t-on se
dégager du cycle des réincarnations, atteindre la

11
délivrance et entrer dans le #rv4na, c’est-à-dire
devenir soi-même un bouddha.
Après le décès du Bouddha, le Bouddhisme
essaima à travers le monde asiatique. Diffé-
rentes Écoles naquirent, réparties en deux
branches : le Hinayäna et le Mahäyäna. Le Hina-
yana, « Petit Véhicule », s’arrête sur l’idée de
salut individuel. Il prétend conserver la
doctrine pure du Bouddha. Le Mahäyäna,
« Grand Véhicule », apparu au [° siècle avant
J.-C., insiste sur l’universalité du salut et sur
l’aspect transcendantal du Bouddha.

Le Bouddhisme en Chine

Au 1° siècle après J.-C., la Chine connut le


Bouddhisme. La légende narre comment l’Em-
pereur Ming (57-75), de la Dynastie des Han
Postérieurs, rêva d’une divinité d’or volant au-
dessus de son palais. Des conseillers suggé-
rèrent qu'il s’agissait peut-être de ce Bouddha
admiré par les Barbares de l’Ouest. L’Empe-
reur ordonna de dépêcher une ambassade vers
l'Occident — région actuelle du Népal et de
l’Inde — afin de recueillir les paroles de ce sage

1. Nous emploierons systématiquement un B majus-


cule lorsqu'il s’agit du Bouddha historique, Siddhärtha
Gautama.

12
inconnu. Les émissaires regagnèrent la capi-
tale chinoise, Luoyang, en compagnie de deux
moines, Matanga et Zhufalan, montés sur un
cheval blanc. Ils rapportèrent le S£rra en qua-
rante-deux chapitres, premier manuscrit boud-
dhique qui sera traduit en chinois. Un lieu
officiel se devait d’abriter le vénérable texte.
L'Empereur décréta que l’on édifiât le Baima si,
« Monastère du Cheval Blanc », bâtiment
dévolu au Bouddhisme.
Pour les Chinois, la pensée bouddhique se
révéla une nouveauté, presque un choc culturel.
Elle ne ressemblait à aucune Ecole autoch-
tone de l’Antiquité (Confucianisme, Taoïsme,
Légisme) et sa terminologie se montrait diffi-
cile à saisir. Au début, les traductions, souvent
des paraphrases, empruntèrent au vocabulaire
taoïste, ce qui engendra, hélas, bien des confu-
sions. Le succès naissant de cette religion étran-
gère suscita des rivalités. Les Taoïstes brouillè-
rent malicieusement les cartes en prétendant
que Lao Zï, parti autrefois vers l’Ouest à cali-
fourchon sur un buffle, n’était autre que le
Bouddha lui-même! Sa pensée, métamor-
phosée, retrouvait la terre chinoise.
Cependant, les traductions se poursuivaient
avec l’afflux de moines étrangers. Parmi eux, An

2. Lao Tseu, en transcription française.

13
Shigao, un prince parthe, fut un des premiers tra-
ducteurs, au milieu du Ir siècle, à enseigner la
doctrine. Au IV: siècle, les Chinois commencè-
rent à organiser des communautés monastiques
(en sanskrit : semgha). La curiosité aidant,
quelques Chinois se risquèrent à entreprendre
le voyage en sens inverse, croisant des moines
étrangers. Faxian suivit la Route de la Soie en
399, atteignit l’Inde et retrouva sa terre natale
quinze ans plus tard. En 401, Kumärajiva, poly-
glotte et futur traducteur de talent, rejoignait
Chang’an (actuelle Xian). À cette époque, des
dynasties concomitantes gouvernaient l’Empire
chinois désuni. Cet éclatement favorisa l’im-
plantation du Bouddhisme que certains sou-
verains du Nord, souvent d’origine barbare,
encouragèrent. Des artistes aménagèrent des
grottes en sanctuaires en les décorant de sculp-
tures monumentales et somptueuses (Yungang,
Longmen). Malgré des persécutions spora-
diques, le Bouddhisme continua son expansion.
Au début du vr siècle, Bodhidharma accostait à
Canton. Il apportait le Ckar qui révolutionnera
le Bouddhisme chinois. À partir de la Dynastie
Sui (581-618) puis de la Dynastie Tang (618-
907), le Bouddhisme vécut son heure de gloire.
Le célèbre pèlerin Xuanzang (VII siècle) revint
en Chine muni de nombreux manuscrits. Les
monastères se multiplièrent, les Écoles s’épa-
nouirent :Huayan, Chan, Tianrai, etc. La puis-

14
sance économique et l'influence du Boud-
dhisme sur la société furent telles qu’en 845, le
pouvoir Tang le proscrivit. Toutefois, ce coup ne
lui fut pas fatal. Bien qu’amoindiri, il ne disparut
pas de la scène. Sous les Song (960-1279), les
Ecoles du Chan et de la Terre Pure prédominè-
rent. Sous les Qing (1644-1911), le Bouddhisme
tibétain se taillala part belle.

Chan et Zen

Le Ghan, École du Bouddhisme Mahäyäna,


sorte de syncrétisme du Bouddhisme et de
l'esprit taoïste, aide ses adeptes à obtenir l’Illu-
mination non par une étude quelconque mais
par la méditation (44yêna en sanskrit, an en
chinois, 3er en japonais). Le novice s’efforce de
prendre conscience de sa nature, du Vide et de
l’Un. Le Chan revendique la particularité de
transmettre la doctrine de Maître à disciple. En
ce sens, les tenants du Chan affirment que
la réaction du disciple Mahäkäsyapa face à
l'attitude silencieuse du Bouddha témoigne de
l’ancienneté de cette Ecole:.
Bodhidharma, Vingt-Huitième Patriarche de
la lignée indienne —- Mahäkäsyapa avait été

3. Voir £ôan 6.

5
le premier — apporta le Chan en Chine. Premier
Patriarche de la lignée chinoise, ilse fit le chantre
de la méditation en demeurantneufannées assis
face à un mur du monastère Shaolin’. À partir du
Cinquième Patriarche, Hongren (vir siècle), le
Chan subit une scission : Shenxiu (Ecole du
Nord/Gradualisme‘) et Huineng (Ecole du Sud
/Subitisme’) revendiquèrent ensemble le titre
de Sixième Patriarche®. Ce conflit supprimera
ensuite le titre officiel de Patriarche.
L'École du Nord déclinant, l’École du Sud
prit l’avantage. Au cours des siècles, diverses
EÉcoles—issues de celle du Sud-se formèrenten
fonction des méthodes employées par tel ou tel
Maître, et contribuèrent à enrichir le Car.
Pourtant, à la fin de la Dynastie Song (960-
1279), le Chan périclita. Au temps des Ming
(1368-1644), l'Ecole prédominante fut celle
dite Lingi qui avait intégré de surcroît toutes les
autres Ecoles du Bouddhisme. Ce Chan s’unit
également à l'Ecole de la Terre Pure.

4, «Assis en méditation. » En chinois : 240 chan, en japo-


NAIS : 24 en.
5. Mondialement connu, depuis, à cause du talent deses
moines en la pratique des arts martiaux.
6. Gradualisme : obtention graduelle de l’Illumination
par l'étude des sÂrra.
7. Subitisme : obtention de l’Illumination de manière
soudaine.
8. Voir liste en fin d'ouvrage à l’entrée « Huineng ».

16
Aujourd’hui, le Chan est mieux connu par le
biais du Japon. Le Bouddhisme pénétra via la
Corée dans les îles nippones au début du
vr' siècle. Le Chan, quant à lui, s’y infiltraàpartir
du x1r siècle. Il y prit le nom de Zer. L’ École Sôr0
(en chinois Caodong) et l École Rinzaï (en chi-
nois Linji) sont les deux seules Écoles du Ze»
encore vivantes au Japon. ‘Traditionnellement,
S6rô met l’accent sur la pratique de la médita-
tion, Rinzai manie de préférence le #6an.

Le kan

Kôan est la prononciation japonaise de l’ex-


pression chinoise gong'an. Le terme japonais lui
ayant octroyé notoriété et célébrité, c’est celui-
ci qu’on utilise plus volontiers.
Gong'an/kôan signifie littéralement « archive
(gong/F#ô) publique (an/an) ». Le terme, qui se
réfère aux pièces d’un procès, aux documents
constituant un dossier administratif, etc., peut
paraître d’autant plus curieux que le #6an boud-
dhique est une sorte de question s’apparentant
au paradoxe. Le sens d’« archive publique » fait
référence aux anciens Maîtres, Patriarches,
bouddha, etc., de la doctrine, le Maître s’assimi-
lant au juge intègre en qui le disciple remet sa
confiance. Le #0an sert de méthode à l’Illu-
mination/Éveil. Il ne s’agit pas d’un jeu intel-

17
lectuel : intelligence et instruction ne servent
à rien dans cet exercice. Seule une prise de
conscience permet d'atteindre le résultat
convoité. Le Maître guide le disciple en sou-
mettant un #0an à sa réflexion. Le disciple ne
fournit pas de réponse explicative réelle mais
indique à son Maître qu’il a compris, par une
parole ou un geste — le sourire fameux de
Mahäkäsyapa, signe de son Illumination, en
constitue l’un des plus beaux exemples’. Ce
genre de pratique stimulatrice prend parfois des
décennies — et un travail sur des #6an de diffi-
culté croissante — avant que le Maître ne recon-
naisse en son élève un nouveau Maître à qui il
conférera le titre.
On estime à environ 1 700 le nombre de #5an
répertoriés. Certains, ayant acquis une célébrité
importante seront soumis plus volontiers que
d’autres par les Maîtres, en fonction du niveau
des adeptes.
Dans le dessein de garder une trace de ces
küan et de ne pas perdre la tradition des Maîtres,
plusieurs moines composèrent des compila-
tions. Le Wemenguan est l’une des plus connues.

9. Cf. £üan 6.

13
Wumen Huikai, auteurduWumenguan

Wumen Huikai naquit en 1183 à Liangzhu


près de Hangzhou, capitale de la Dynastie Song
du Sud (actuelle province du Zhejiang). On ne
connaît pratiquement rien de son enfance. Il
s’engagea dans le Char en suivant l’enseigne-
ment de différents Maîtres. Grâce à Yuelin
Shiguan, supérieur du monastère Wanshou de
Pingjiang, non loin de Suzhou, il obtint l’Illu-
mination. Ce Maître lui donna à résoudre le #6an
(æ@u : « sans, néant »!°), souvent proposé aux
novices. Wumen Huikai focalisa son attention
sur ce #üan durant six années. Cette concentra-
tion lui demanda tant d’efforts qu’il s’empé-
chait de dormir en se cognant la tête contre un
pilier. Un jour —-enfin !—au son d’un tambour, il
obtint soudain l’Illumination. Wumen Huikai
succéda à Yuelin Shiguan. Il voyagea d’un
monastère à l’autre. En 1228, il acheva son
anthologie de #Gan et l’intitula Wemenguan, « La
Barrière Sans Porte ». Devenu un Maître
renommé de l’École Linji, l'Empereur Lizong
(1224-1264) lui offrit en 1246 la direction d’un
monastère des environs de Hangzhou (au
Huguorenwang si). Malgré cette haute responsa-
bilité, Wumen Huikai appréciait souvent de se

10. Cf. #6an 1.

19
retirer dans un monastère moins prestigieux en
savourant la simplicité et la pauvreté du quoti-
dien. À la fin de sa vie, ilreçutle titre honorifique
de « Maître du Can de l'Œïül du Bouddha » (Fo
yan chan shi). W mourut en 1260.
Le Wumenguan fut publié en 1229. Il ras-
semble quarante-huit #6an. Certains qui, à
l’origine, constituaient des #0#d0 — dialogue
Maître-disciple (en chinois : wenda, « question
et réponse »)— furent repris sous forme de #üan.
Wumen Huikai attribuaà chacun un com-
mentaire personnel, introduit par ces simples
mots : Wwmen yue, « Numen [Huikai] dit ». Cette
glose ne prétend pas éclaircir le #6a», bien au
contraire. Wumen Huikai semble s’amuser à
dérouter le lecteur quicherche à comprendreen
vain et s'interroge. Il s’adresse à lui, titille son
entendement et le pousse à trouver une solu-
tion. Il ne l’aide jamais, mais prêche le faux pour
le vrai. Il n'hésite pas à se moquer des véné-
rables Maîtres cités en tournant leurs paroles en
dérision. Une certaine espièglerie se dégage de
son attitude. Ensuite Wumen Huikaïi se trans-
forme en poète : il conclut par un Eloge (en chi-
nois song, en sanskrit g£fha, en japonais /4).
Le Japonais Kakushin (1207-1298) s’ache-
mina vers la Chine en 1249. Après avoir suivi
l’enseignement de différents Maîtres, il trouva
en Wumen Huikai celui qui le mena à l’Illu-
mination et lui offrit sa succession. Il retourna

20
au Japon en 1254, muni d’un exemplaire du
Wumenguan. \ le diffusa dans son pays avec un
immense succès. Il propagea la méthode du
küan et introduisit les principes de l’Ecole Linyi
(Rinzai).
Le Wumenguan, qui rassemble quarante-huit
des plus célèbres #0an, est Le Livre de la sagesse
zen.
WUMENGUAN

« La barrière sans porte »


1
LE CHIEN DE ZHAOZHOU

Un moine interrogea le Maître Zhaozhou! :


« Le chien a-t-il la nature? du Bouddha ou est-ce
le Néant’? »
Zhou déclara : « Néant ! »

Wumen

Pour s'élever jusqu’au Char’, il est nécessaire


de franchir la barrière des Patriarches fonda-
teurs. L’'IIlumination merveilleuse requiert de
pousser jusqu’à l’extrémité de la route de la
conscience’ et de la briser. Si vous ne traversez
pas la barrière des Patriarches et que vous ne bri-
sez pas la voie de la conscience, vous serez tous
des fantômes appuyés sur l’herbe et posés sur

25
les branches des arbres’. De plus, dites : com-
ment est la barrière des Patriarches ? Le carac-
tère ww « néant » est à lui seul la barrière de
l’École Char. En conséquence, je nomme cet
ouvrage : Chanzong Wumenguan, « La Barrière
Sans Porte de l’École Ghan ». Ceux qui la fran-
chirontetiront au-delà deviendront des intimes
non seulement de Zhaozhou mais aussi des
Patriarches des générations passées avec qui
ils avanceront main dans la main. Leurs sourcils
liés, ils regarderont d’un même œil, entendront
d’une même oreille ! Ne sera-ce point la féli-
cité ? N’y aurait-il personne pour vouloir dépas-
ser la barrière ? Que le corps complet, avec ses
360 articulations et ses 84 000 pores, se désen-
trave des doutes. Que l’on se focalise sur le
caractère w4 « néant » en unestimulation diurne
et nocturne. Qu'on ne le considère pas comme
une compréhension du Vide et du w non-être,
qu’on ne le considère pas comme une compré-
hension de l’être et du w non-être, ce serait
ingurgiter une boule de fer chauffée à blanc
sans pouvoir la cracher. On décantera jusqu’à
l'épuisement le savoir erroné et l’Illumination®
fausse d’autrefois. On s’exercera longuement,
en unissant naturellement l’intérieur et l’exté-
rieur, sur le modèle d’un muet en train de rêver
et l’on obtiendra par soi-même la connaissance.
Soudain, cette expansion effraiera le Ciel et
ébranlera la Terre", à l’instar de ravir la longue

26
épée du général Guan', de rencontrer le
Bouddha et de tuer le Bouddha, de rencontrer
les Patriarches et de tuer les Patriarches, d’obte-
nir son indépendance en allant vers les rivages
de la vie et de la mort, de se diriger vers les
quatre modes" des six réincarnations! et de flot-
ter dans un szmadhr* enjoué. En fin de compte:
comment faire naître la stimulation ? Épuiser
son énergie sur le caractère w4 « néant ». S’il n’y
a pas d'interruption, ce sera comme d’allumer
d’une étincelle la chandelle de la Loi.

Éloge
La nature du Bouddha dans le chien,
Ordre juste d’une proposition correcte.
Osciller entre l’Être et le Néant,
C’est mourir et laisser échapper sa destinée !
2,

LE RENARD SAUVAGE
DE BAIZHANG

À chaque fois que le Maître Baizhang' pré-


chait, un vieil homme venait souvent suivre la
communauté pour écouter la Loi; lorsque la
communauté se dispersait, le vieil homme se
retirait aussi ; pourtant, un Jour, il ne se retira
pas.
Le Maître le questionna : « Qui est l’homme
debout face à moi ? »
Le vieil homme déclara : « Je ne suis pas un
homme ; autrefois, au temps du bouddha Jiaye,
J'ai vécu déjà sur cette montagne. Un étudiant
m'avait interrogé : “Quelqu'un qui suivrait la
base de la grande pratique juste“ pourrait-il tom-
ber ou non dans la cause première et l’effet® ?” Je
lui avais répondu : “II ne tomberait pas dans la

28
cause première et l’effet !” Cinq cents fois je
renaquis, diminué dans le corps d’un renard
sauvage*. À présent, Maître, donnez-moi une
parole transformatrice’, que je me débarrasse du
renard sauvage ! »
Puis, il questionna : « Quelqu'un qui suivrait
la base de la grande pratique juste tomberait-il
ou non dans la cause première et l’effet ? »
Le Maître : « Il n’obscurcirait pas la cause et
l'effet ! »
Juste après ces paroles, le vieil homme obtint
la grande Illuminationÿ, il s’inclina : « Je me suis
échappé du corps du renard, j’habiterai derrière
la montagne ; Maître, j'ose vous implorer de
suivre la règle qui prévaut à la mort d’un
moine |!»
Le Maître ordonna au #armadäna’ de frapper
du maillet'° et d’informer la communauté des
moines : « Après le repas, nous escorterons un
moine décédé ! »
La grande assemblée!' en débattit : « L’en-
semble de la communauté est paisible, per-
sonne ne souffre de maladie dans la salle du
nirväna”’. Pour quelle raison agir de cette
manière ? »
Le repas achevé, le Maître guida la commu-
nauté jusque derrière la montagne, au pied d’un
escarpement ; à l’aide de son bâton, il tira un
renard sauvage mort, puis procéda à l’incinéra-
tion.

29
Le soir, le Maître entra dans la salle exposer la
doctrine; il mentionna la question soulevée
précédemment des causes premières et secon-
daires",
Huangbo“ interrogea : « L'Ancien avait
donné une parole transformatrice erronée : son
corps vécut cinq cents vies, diminué en renard
sauvage. Si sa réponse n'avait pas été fausse,
avec quoi se serait-il uni ? »
Le Maître : « Venez au-devant de moi: je vais
le dire pour lui. »
Huangbo s’approcha. Le Maître lui donna
une claque puis tapa dans ses mains en riant
et déclara : « Je croyais que la barbe du Bar-
bare était rouge et voici un étranger à la barbe
rouge ! »

Wumen

Ne pas tomber dans la cause première et l'effet :


pourquoi fut-il ravalé au rang de renard sau-
vage ? Ne pas obscurcir la cause première et l'effet :
pourquoi échappa-t-il au corps du renard sau-
vage ? Si vous comprenez ceci en un clin d’œil,
vous saurez que Baizhanga tiré bénéfice de cinq
cents vies agréables.

30
Éloge
Ne pas tomber, ne pas obscurcir,
De deux choix, un seul l'emporte.
Ne pas obscurcir, ne pas tomber,
Mille erreurs, dix mille erreurs !
3

JUZHI DRESSE UN DOIGT

Quelles qu’aient été les questions, le Maître


Juzhi* répondait en se contentant de lever un
doigt.
Plus tard, un jeune garçon! fut interrogé par
un étranger : « Quel point essentiel de la Loi
le Maître prêche-t-il ? » Le garçon, lui aussi,
dressa le doigt.
Quand Juzhi en fut informé, il lui trancha le
doigt. Le garçon s’éloigna en hurlant et en pleu-
rant de souffrance. Juzhi le rappela, le garçon
tourna la tête. Juzhileva le doigt: le garçon reçut
soudain l’Illumination.
Sur le point de mourir’, Juzhi dit à la commu-
nauté : « J’ai obtenu le C#ar du seul doigt de
Tianlong', toute ma vie j’en fus satisfaitet ne l’ai
jamais épuisé ! » Sur ces mots, il s’éteignitt.

52
Wumen

L'Tllumination de Juzhi et celle du jeune


garçon ne tiennent pas dans un doigt dressé;
si vous percevez ceci, vous enfilerez en chapelet
Tianlong, Juzhi, le jeune garçon et vous-même !

Éloge
Dans une situation stupide, Juzhi mit le vieux
[Tianlong,
D'un tranchant, il interrogea le petit garçon.
Juling” leva les mains sans aide,
Dix millions de couches du Mont Huashan: il
[déchira !
4

LE BARBARE SANS BARBE

Huo’an* dit : « Le Barbare du Paradis de


l'Ouest! est sans barbe. Quelle en est la cause ? »

Wumen

La méditation’ nécessite‘ une méditation véri-


table, l’Illumination nécessite une Illumination
. véritable. Pour faire partie de ses intimes, on doit
se présenter directement à ce barbare. Dire que
l’on est son intime vous transforme précocement
en deux !

34
Éloge
En face du stupide,
On ne peut raconter le rêve.
Le Barbare sans barbe,
L’Eveillé ajoute de l’obscurité !
5

XIANGYAN :
« EN HAUT D'UN ARBRE »

Le Maître Xiangyan!' : « Supposons un


homme en haut d’un arbre qui se tient par la
mâchoire à une branche, ses mains ne s’agrip-
pent nulle part et ses pieds ne reposent sur rien.
Sous l’arbre, quelqu'un l’interroge sur la doc-
trine qui vient de l’Ouest’. S’il ne répond pas, il
évite la question ; s’il répond, il meurt et perd la
vie. Dans ce cas, comment doit-il agir ? »

Wumen

Même un discours aussi fluide qu’un fleuve


ne sera d’aucune utilité. Expliquer l’ensemble
du Canon bouddhique* ne sera également d’au-

36
cune utilité. Si vous pouvez répondre à ceci,
vous rendrez la vie au chemin, mort autrefois ;
vous tuerez le chemin, vivant autrefois. Sinon,
attendez que vienne Mile* et questionnez-le !

Éloge
Xiangyan est un vrai bonimenteur,
Malintentionné et cruel sans aucune limite.
Il rend muette la bouche des moines,
De tout leur corps il chasse les yeux des démons.
6

LE VÉNÉRÉ DU MONDE
SAISIT UNE FLEUR

Autrefois, le Vénéré du Monde! tenait une


assemblée sur la montagne Ling’, il saisit’ une
fleur et la montra à la communauté des moines ;
la communauté des moines gardale silence, seul
le visage du Vénéré‘ Jiaye* s’éclaira : il sourit.
Le Vénéré du Monde déclara : « Je possède le
Thesaurus de l’Œil de la Vraie Loi‘, l'Esprit
Subtil du Mrväna, la Vraie Apparence* Sans
Apparence”, la Porte de la Loi Mystérieuse!,
dont on ne peut constituer les idéogrammes, et
que l’on transmet hors de l’École. C’est ce que
je remets à Mohejiaye!!. »

33
Wumen

Le visage jaune’? de Qutan' agit comme s’il


n’y avait eu personne à ses côtés, il oppresse le
bon et agit sur le vulgaire, il suspend une tête
de mouton mais vend de la viande de chien,
et pense que cela est extraordinaire. Si, à ce
moment, la communauté entière avait sourit,
comment le Thesaurus de l’Œïül de la Vraie Loi
aurait-il été transmis ? Et si Jiaye n’avait pas
souri, comment le Thesaurus de l’Œül de la
Vraie Loi aurait-il été transmis ? Quiconque dira
que le Thesaurus de l’Œül de la Vraie Loi peut
être transmis alors le visage jaune sera un vieil
homme qui ment et crie à la porte du village ;
quiconque dira qu’on ne le peut : pourquoi
admettre seulement Jiaye ?

Éloge
En saisissant la fleur,
Déjà apparaît la tige.
Le visage de Jiaye s’éclaire,
Hommes et Ciel sont désemparés |
7

LE « LAVE TON BOL ! »


DE ZHAOZHOU

Un moine demanda à Zhaozhou! : « Récem-


ment, je viens de rejoindre le monastère, j’im-
plore le Maître de me donner des directives. »
Zhaozhou : « As-tu mangé ta bouillie de
céréales ? »
Le moine : « Je l’ai terminée. »
Zhaozhou : « Va laver ton bol’! »
Le moine obtint la compréhension.

Wumen

Lorsque Zhaozhou ouvrait la bouche, on


voyait sa vésicule biliaireÿ, il laissait apparaître
son cœur et son foie**; ce moine ne comprend

40
pas la vérité des choses, il nomme « cloche » ce
qui est une jarre.

Éloge

À vouloir atteindre le plus haut degré de la


[lumière,
On prend du retard.
Sachez précocement que la lampe est le feu,
Le riz a fini de cuire depuis longtemps !
8

XIZHONG CONSTRUIT
UNE VOITURE

Le Maître Yue’an! interrogea un moine :


« Xizhong’ fabriqua une voiture aux cent
rayons, il enleva les deux roues et l’essieu.
Comment comprendre une telle chose ? »

Wumen
Si vous comprenez directement ceci, votre
œil sera semblable à l’étoile filante et votre force
à un éclair violent.

42
Éloge

Là où la roue tourne,
Celui qui pénètre par l'intelligence reste
[désorienté.
Aux quatre points cardinaux, il monte et
[descend,
Sud, Nord, Est, Ouest !
9

LE BOUDDHA
DE LA GRANDE PÉNÉTRATION
ET DE LA SAGESSE SUPRÈME

Un moine interrogea le Maître Rang de Xing-


yang! : « Le Bouddha de la Grande Pénétration
et de la Sagesse Suprême’ se tint pendant dix
kalpæ assis dans l’Aire de la Voie‘, comment la
Loi du Bouddha* ne lui apparut-elle pas et ne
put-il devenir bouddha ? »
Rang : « Cette question est très minutieuse-
ment réfléchie. »
Le moine : « Il demeura assis dans l’Aire de la
Voie, pourquoi ne put-il devenir bouddha ? »
Rang : « Parce qu’il ne devint pas un boud-
dha.>»
Wumen

On ne peut qu’admettre la sagesse’ du Vieux


Barbare“, mais on n’admet pas sa capacité’.
L'homme du commun! qui se conforme à la
sagesse est un sage. Le sage qui se conforme à la
sagesse est un homme du commun.

Éloge
Qu’y a-t-il de plus apaisant ? Se débarrasser du
[corps'! ou se débarrasser de l’esprit"??
Si on parvient à se débarrasser de l’esprit, le
[corps sera sans soucis.
Si l’on est débarrassé du corps et de l’esprit,
Un génie" a-t-il besoin de recevoir un fief ?
10

OINGSHUI, ORPHELIN
ET INDIGENT

Le Maître Caoshan!' fut interrogé par un


moine : « Moi, Qingshui, suis orphelin et indi-
gent, secourez-moi | »
Caoshan : « Maître modèle Shui ! »
Qingshui répondit : « Oui ! »
Caoshan : « Vous avez bu trois coupes du vin
de la famille Bai de Qingyuan’, néanmoins vous
affirmez ne pas avoir trempé vos lèvres ! »

Wumen

Qingshui propose un stratagème où il a le désa-


vantage : qu’a-t-ilau cœur ? Puisqu’ilenestainsi,
dites : où boit le Maître modèle Shui ?

46
Éloge
Pauvre à l'instar de Fan Dan’,
Habité du g“ comme Xiang Yu.
Quoique ses moyens d’existence soient nuls,
Il ose se comparer au riche !
11

ZHOU FAIT PASSER UN EXAMEN


À UN SUPÉRIEUR DE MONASTÈRE

Zhaozhou! parvint à l’habitation d’un supé-


rieur de monastère? et lui posa cette question :
« Est-il ? Est-il ?* » Le supérieur dressa le poing.
Zhaozhou : « L'eau est peu profonde, ce n’est
pas un endroit approprié à l’ancrage d’un
bateau ! » Puis il s’en alla.
En atteignant l’habitation d’un supérieur
d’un autre monastère, il déclara : « Est-il ? Est-
il ? » Le Maître leva aussi le poing.
Zhaozhou : « Il possède la capacité d’agir à sa
guise et la capacité de décider, la capacité de
tuer et la capacité de vivre ! » Puis il s’inclina.

48
Wumen

Tous deux pareillement brandirent le poing;


pourquoi se porta-t-il vers l’un et non vers
l’autre ? Dites : en quel endroit se tiennent
confusion et tromperie ? Si, à propos de ceci,
vous pouvez émettre une parole transforma-
trice, c’est que la langue de Zhaozhou est sans
os ; il soutient, renverse en toute indépendance.
Quoiqu'il en soit ainsi, les deux supérieurs exa-
minèrent et percèrent à jour Zhaozhou ! Si vous
affirmez que, des deux supérieurs de monas-
tère, 1l y a un excellent et un médiocre vous ne
possédez pas l’œil de la pratique méditative“; si
vous dites qu’il n’y a pas un excellent etun mau-
vais, vous ne possédez pas non plus l’œil de la
pratique méditative.

Éloge
Œül, étoile filante,
Motif, rapide comme l'éclair.
Couteau tueur,
Épée vivifiante !
12
YAN S'APPELLE « MAÎTRE »

Chaque jour, Maître Ruiyan Yan!, s’appelait


lui-même :
«Maître? ! »
Et de nouveau se répondait:
«Oui! »
Ensuite, il se déclarait :
« En Eveil !
— Oui!
— Auxautres heures etaux autres jours nete
laisse pas duper par les Hommes !
— Oui! Oui!»

50
Wumen

Le vieux Maître Ruiyan s’achète et se vend


lui-même, il joue à sortir de nombreuses têtes
de divinités et des visages de fantômes. Pour-
quoi donc ? L'un appelle, l’autre répond. L’un
est en éveil, l’autre ne se laisse pas duper par les
Hommes. Adhérer à cela ne vaudra rien. Si vous
l’imitez aussi, ce sera à la manière d’un renard
sauvage* |

Éloge
Celui qui étudie la Voie ne connaît“ pas la vérité,
Parce que, auparavant, il a connu les esprits.
Source de la vie et de la mort durant des #a/paf
[sans limite’,
L'idiot appelle cela l'Homme originel !
13
DESHAN TEND SON BOL

Un jour, Deshan' quittait le temple en ten-


dant son bol lorsqu'il aperçut Xuefeng’;
Xuefeng le questionna: « Vieillard, la cloche n’a
pas encore sonné, le tambour n’a pas encore
résonné : où allez-vous le bol à la main ? »
Deshan retourna donc dans sa cellule.
Xuefeng narra ceci à Yantou* qui déclara :
« Malgré sa grandeur, Deshan ne sait pas encore
la dernière phrase ! »
Deshan l’entendit, il ordonna à un disciple*
d'inviter Yantou à venir. Il lui demanda
« N’êtes-vous pas en accord avec votre vieux
Maître ? » Yantou lui exposa son idée en aparté.
Deshan s’apaisa.
Le lendemain, Deshan rejoignit sa place : il
n’était pas comme d’habitude. Yantou, face à la

52
salle, frappa des mains et déclara en riant aux
éclats : « Je me réjouis que le vieux Maître soit
instruit de la dernière phrase, personne sous le
Cielf ne l’affronteràa ! »

Wumen

Cette dernière phrase, Yantou et Deshan n’en


ont pas encore rêvé. En les examinant minu-
tieusement, ils ressemblent à des marionnettes
dans une baraque !

Éloge
Si l’on connaît la première phrase,
Alors on comprendra la dernière phrase.
Dernière et première phrases
Ne forment pas une seule phrase.
14
NANQUAN DÉCAPITE UN CHAT

Les moines des salles Est et Ouest se querel-


laient un chat. Le Maître Nanquan' souleva en
l'air l’animal : « Vous tous’! Donnez-moi une
parole, je le sauve aussitôt, ne m’en donnez pas,
je le décapite* aussitôt ! »
Sans réponse aucune de l’assemblée, Nan-
quan décapita le chat.
Le soir, Zhaozhou‘ rentra du dehors. Nan-
quan lui narra l’affaire. Zhaozhou ôta sa sandale,
la posa sur sa tête et sortit.
Nanquan déclara : « Ce disciple céans, j’au-
rais immédiatement épargné le chat ! »

54
Wumen

Dites ! Zhaozhou arbore sur la tête une san-


dale de paille : quelle est son opinion ? Si vous
pouvez émettre une parole transformatrice à
ce propos, vous discernerez que l’ordre de Nan-
quan n'était pas creux’; dans le cas contraire :
danger.

Éloge
Si Zhaozhou avait été présent,
Il aurait renversé cet ordre.
Devant un couteau pris de force,
Nanquan implore grâce.
15

LES TROIS COUPS DE DONGSHAN

Dongshan!' se rendit auprès de Yunmen’,


lequel lui demanda : « D’où venez-vous ? »
Dongshan : « De Chadu. »
Yunmen : « Et cet été, où étiez-vous ? »
Dongshan : « À Baoci, au Hunan. »
Yunmen : « À quel moment êtes-vous parti de
là-bas ? »
Dongshan : « Le vingt-cinquième jour de la
huitième lune. »
Yunmen : « Je vais vous assener trois volées de
bâton ! »
Le lendemain, Dongshan interrogea : « Hier,
J'ai été maltraité : vous, mon Maître, vouliez me
gratifier de trois volées de bâton, je ne sais pas où
se situe mon erreur. »

56
Yunmen : « Sac de riz ! Quel avantage de
sillonner le Jiangxi‘ et le Hunan !‘»
Et ainsi, Dongshan reçut la grande Illumi-
nation.

Wumen

Si Yunmen, en ce temps-là, lui avaitoffertune


fraction de fourrage, Dongshan aurait distingué
un chemin motivant* : son Ecole n’aurait pas
périclité. La nuit, englouti par la mer du vrai et
du faux, le disciple attendit que l’aube se fût
levée, puis, il se présenta à son Maître dans le
dessein d’obtenir un commentaire d’élucida-
tion. Bien que Dongshan se dirige directement
vers l’Illumination, il n’a pas encore une nature?
brillante. À tous, je demande :Dongshan doit-il
subir ou non trois volées de coups de bâton ?
Si vous dites oui, herbes, arbres, bosquets, forêts
recevront des coups de bâton; si vous dites
non, les paroles de Yunmen se révèlent trom-
peuses. Qui comprendra ceci exhalera de la
même bouche que celle de Dongshan.

D
Éloge
Le lion éduque ses petits par un procédé
[troublant.
Ils avancent, bondissent, s’arrêtent et se
[retournent prématurément.
Sans raison, il expose de nouveau sa pensée :
La première flèche touche légèrement ; celle
[d’après, profondément !
16

LE SON DE LA CLOCHE
ET LA ROBE

Yunmen! : « Le monde est si vaste, si large :


pourquoi, au son de la cloche, porter la robe’? »

Wumen

Généralement, lorsque l’on pratique le Chan’


et que l’on étudie la Voie‘, on s’interdit de se
conformer au son° et de poursuivre la forme‘;
quand bien même vous illumineriez la Voie
en entendant le son, et éclaireriez l’esprit en
voyant la forme : cela serait habituel. Ne savez-
vous pas que le moine maîtrise son et forme,
qu'il est clairvoyant et subtil à chaque instant ?
Bien qu’il en soit ainsi, dites : est-ce le son qui

59
parvient à l’oreille ou l’oreille qui se dirige vers
le son ? Si l’on oublie le silence et le son, que
comprendra-t-on ? Si l’on écoute parles oreilles,
on aura des difficultés à comprendre, si l’on
entend les sons par les yeux, alors on compren-
dra intimement !

Éloge

Si l’on atteint la compréhension, les choses?


[s’uniront en une seule,
Ne pas l’atteindre entraînera dix mille’
[différences.
Si l’on n’atteint pas la compréhension, les
[choses s’uniront en une seule,
L’atteindre entraînera dix mille différences.
LE

LES TROIS APPELS


DU MAÎTRE DE LA NATION

Le Maître de la Nation! appela trois fois, son


disciple? répondit trois fois.
Le Maître de la Nation déclara : « Je pensais
que je me montrais ingrat envers vous, en fait,
c'est vous qui vous montrez ingrat envers
moi ! »

Wumen

Le Maître de la Nation appelle trois fois : sa


langue tombe à terre; le disciple répond trois
fois : il crache* en union avec la lumière. Le
Maître de la Nation est âgé et son cœur est soli-
taire ; il appuie sur la tête du bœuf pour qu’il

61
mange de l’herbe mais le disciple ne consent pas
à accepter. Une délicieuse nourriture ne consti-
tuera jamais le repas d’un homme repu. Dites :
où se situe l’ingratitude ? Dans un Etat intègre,
on respecte l’homme de talent; au sein d’une
famille opulente, on cajole l’enfant !

Éloge

Qui subit la cangue de fer sans ouverture


Impliquera sa postérité sans s’en soucier.
Qui désire soutenir la porte et étayer le vantail
Devra grimper nu-pieds une montagne
[d’épées"!
18
LES TROIS JIN DE DONGSHAN

Un moine consulta le Maître Dongshan! :


« Qu'est-ce que le Bouddha ? »
Dongshan répondit: « Trois//#° de chanvre ! »

Wumen

Le vieux Dongshan déploie le Char du mol-


lusque : il lui suffit d’ouvrir les deux coques et
de laisser apparaître l’intérieur’. Puisqu’il en
est ainsi, dites : sous quel aspect voyez-vous
Dongshan ?

63
Éloge
Soudain, jaillit « trois 7 de chanvre » :
Cette parole se révèle favorable, son sens plus
[encore.
Celui qui vient discourir du vrai et du faux,
Est un homme de vrai et de faux !
19

L’ORDINAIRE EST LA VOIE

Zhaozhou!' s’enquit auprès de Nanquan’ :


« Qu'est-ce que la Voie“? »
Nanquan : « Le cœur“ ordinaire est la Voie. »
Zhaozhou : « Puis-je ou non y poser mon
attention ? »
Nanquan : « Y tendre serait contrariant ! »
Zhaozhou : « Si l’on n’y tend pas, comment
connaître la Voie ? »
Nanquan : « La Voie n'entre pas dans le
domaine du savoir, elle n’entre pas dans le
domaine du non-savoir. Le savoir estune Illumi-
nation‘ mensongère, le non-savoir est neutre‘. Si
l’on comprend vraiment la Voie indubitable’, ce
sera semblable au Grand Vide* vaste et ouvert.
Comment serait-il possible de discourir du vrai

65
et du faux ! » Sur cette parole, Zhaozhou obtint
l’Illumination subite”.

Wumen

Nanquan, questionné par Zhaozhou, est de la


terre cuite désagrégée, de la glace fondue : il ne
peut commenter. Quand bien même Zhaozhou
approcherait de l’Illumination, il lui faudrait
encore trente années pour l’atteindre |

Éloge
Cent" fleurs de Printemps, lune d'Automne,
Vent léger d’Eté, neige d'Hiver.
Sans affaires oiseuses au cœur et à la tête,
Voici la meilleure saison d’une vie humaine.
20

L'HOMME DE GRANDES FORCE


ET CAPACITÉ

Le Maître Songyuan! déclarait : « Pourquoi


l’homme de grandes force et capacité ne peut-il
soulever ses pieds ? » Puis il ajoutait : « On ne
parle pas avec la langue ! »

Wumen

On peut dire de Songyuan qu’il déverse ses


intestins? et retourne son ventre mais insuffi-
samment de personnes le respectent. Et même
si quelqu'un l’acceptait, il arriverait à point
nommé pour que moi, Wumen, je lui assène
violemment un coup de bâton. Pourquoi? Si

67
vous voulez connaître l’or véritable, regardez à
l’intérieur du feu !

Éloge
Soulever les pieds et retourner la mer
[parfumée;,
Incliner la tête et poser son regard sur le
[quatrième ciel du Car.
Un corps entier sans attache...
Je vous prie d’ajouter une phrase !
21
LA SPATULE À MERDE DE YUNMEN

Un moine s’informa auprès de Yunmen' :


« Qu'est-ce que le Bouddha ? »
Yunmen répondit : « Une spatule? à merde
desséchée ! »

Wumen

On peut dire que la famille de Yunmen était si


pauvre qu'il préparait avec difficulté un maigre
repas. Il était si occupé qu’il n’avait même pas le
temps d'écrire en czoshu. Il use d’une spatule à
merde pour soutenir la porte et étayer le bat-
tant ! On peut y voir l'élévation et la destitution
de la Loi du Bouddha.

69
Éloge
Lumière de l’éclair étincelant
Feu de la pierre heurtée.
On cligne des yeux...
Faux pas !
22
LE MÂT DE JIAYE

Anan!' adressa cette question à Jiaye? : « Le


Vénéré du Monde* vous transmit la tunique
d’or“, à part cela, que vous conféra-t-il d’autre ? »
Jiaye : « Renversez le mât devant la porte ! »

Wumen

Si vous pouvez formuler une parole transfor-


matrice par rapport à ceci, vous verrez que la
réunion sur la Montagne des Esprits® sera digne
à jamais. Dans le cas contraire, vous y prête-
riez attention dès les temps les plus reculés
du Bouddha Piposhi’ jusqu’à maintenant, que
vous n’obtiendriez pas le subtil !

Ja
Éloge
Questionner ou répondre : où se situe
[l'avantage ?
Combien de gens s’y efforcent ?
L'aîné hèle, le cadet fait écho : ils exaltent la
[laideur familiale.
Un autre Printemps, hors catégorie du yr° et du
Lang!
23

NE PAS PENSER AU BON


ET AU MAUVAIS

Le Sixième Patriarche! était poursuivi par le


supérieur Ming’ jusque dans les montagnes
Dayu.
Lorsque le Patriarche vit Ming le rejoindre, il
jeta sa robe etson bol sur un rocher: « Cette robe
exprime la foi‘, nous la disputerons-nous par la
force ? Libre à vous de la prendre et de partir ! »
Ming avança et tenta de la soulever : telle une
montagne elle ne bougea pas. Perplexe et ter-
rifié, 1l dit : « Je viens chercher la Loi et non une
robe. Vous qui êtes dans le désir et l’action’,
ouvrez-moi ! »
Le Patriarche : « Ne pas penser au bon, ne pas
penser au mauvais ; en cet instant, quel est le
visage originel du supérieur Ming ? »

73
Ming reçut la grande Illumination’, son corps
entier ruissela de sueur, il pleura silencieuse-
ment et s’inclina : « Hormis la parole secrète et
la pensée secrète de précédemment, y aurait-il
ou non une signification supplémentaire ? »
Le Patriarche répondit : « Ce que je viens
de vous dire à l’instant n’est pas secret. Si vous
vous tournez et vous confrontez à votre propre
visage", le secret sera de votre côté. »
Ming: « Quoique j'aie vécu au sein de la com-
munauté monastique de Huangmeï'!, je n’ai pas
scruté mon propre visage. Maintenant, moi,
l’ignorant, je suis entré dans le lieu de l’ensei-
gnement, tel l’homme qui boit de l’eau et
connaît par lui-même le froid et le chaud, main-
tenant vous, le bonze’, êtes mon Maître. »
Le Patriarche : « Si vous êtes ainsi, alors vous
et moi avons eu Huangmei pour Maître com-
mun. Gardez le bon ! »

Wumen

Du Sixième Patriarche, on peut dire qu’il


montre de l’impatience, son cœur correspond à
celui d’une vieille grand-mère ; à son exemple,
il dépouille de sa coque un nouveau litchi,
enlève le noyau, vous l’offre et le met dans votre
bouche : il ne vous reste plus qu’à l’avaler.

74
Éloge

Le décrire, on n’y réussit pas ; le peindre, on ne


[peut l’accomplir ;
Son panégyrique, on ne le dresse pas ;
[lingurgiter cru, on ne le peut.
Le visage originel ne se dissimule nulle part,
Au moment de la destruction du monde, il ne se
[décomposera pas |
24

SE SÉPARER DE LA PAROLE

Un moine interrogea le Maître Fengxue! :


« La parole et le silence se rapportent au #etau
we, comment comprendre“ sans heurt ? »
Fengxue répliqua : « Je me remémorerai à
jamais la troisième lune” au Sud de la Jiang*: les
perdrix gazouillaient et les cent fleurs’ embau-
maient |!»

Wumen

La force de Fengxue est rapide comme


l'éclair, elle ouvre le chemin et avance avanta-
geusement. Comment se reposer sur la langue
des gens des temps anciens sans trancher ?
Celui qui comprendra ceci intimement obtien-

76
dra par lui-même le chemin pour sortir de son
corps. Quittez le samadhÿ de la parole et venez
dire un vers !

Éloge

Ne pas dévoiler une phrase forte,


Ne pas parler, la remettre d’abord.
Progresser en marmonnant,
Sachez que vous vous placez dans une grande
[tromperie !
2

LE TROISIÈME SIÈGE
EXPOSE LA LOI

Le Maître Yangshan!' rêva qu’il se dirigeait


vers la demeure de Mile’ et qu’il s’installait à la
troisième place. Un vénéré* frappait du maillet*
et déclarait : « Aujourd’hui, le troisième siège
expose la Loi !$»> Shan selevaitalors, frappait du
maillet et énonçait : « La Loi du Mahäyänaf est
au-delà des quatre phrases’, elle rompt avec les
cent négations, écoutez attentivement, écou-
tez attentivement ! »

Wumen

Dites : n’a-t-il pas exposé la Loi ou a-t-il


exposé la Loi ? Ouvrir la bouche : manquement

78
immédiat. Clore la bouche : encore une perte.
Ne pas ouvrir, ne pas clore : on se situe à cent
huit mille de là !

Éloge

Plein jour, ciel azuré,


Au milieu du rêve, dire le rêve.
Forger l’étrangeté, forger l’étrangeté,
Exhaler le mensonge à la foule !
26

DEUX MOINES
ENROULENT UN STORE

Au Qingliang!', un moine, avant le repas’,


visita le grand Fayanÿ. De la main, Fayan pointa
vers le store ; à ce moment, deux moines l’en-
roulaient ensemble.
Fayan : « L'un obtient, l’autre perd. »

Wumen

Dites : qui obtient ? Qui perd ? Si vous com-


prenez ceci d’un seul coup d’œil, alors vous
saurez où le Maître de la Nation“ de Qingliang
a commis une erreur. Bien qu'il en soit ainsi,
on doit craindre de débattre de l’obtention et
de la perte !

80
Éloge
En enroulant le store, on illumine le Grand
[Vide;,
Mais le Grand Vide ne s’apparie pas à notre
[Ecolef.
Comment est-ce semblable à l’impassible qui
[abandonne tout ?
Dense comme de la ouate qui ne laisse pas
[traverser le vent !
21!

CE N’EST PAS LE CŒUR,


CE N’EST PAS LE BOUDDHA

Un moine questionna le Maître Nanquan: :


« YŸ a-t-il encore un point de la Loi non expliqué
aux Hommes ? »
Nanquan: «Il yen a. »
Le moine : « Comment est ce point de la Loi
non expliqué aux Hommes ? »
Nanquan: « Ce n’est pas le cœur, ce n’est pas
le Bouddha, ce ne sont pas les choses"! »

Wumen

Nanquan subit une question, il a épuisé ses


réserves et se montre embarrassé.

82
Éloge

Les recommandations décroissent votre Vertu :


Sans parole serait vraiment méritoire.
Même si l’océan se transformait,
En définitive, cela ne vous apporterait pas la
[compréhension !
28

LONGTEMPS, RÉSONNERA :
« LONGT »

Deshan! priait Longtan’ de l’aider à s’élever,


lorsque la nuit survint.
Longtan: « La nuitest profonde, pourquoi ne
partez-vous pas ? »
Deshan prit congé, releva la tenture et sortit ;
apercevant l'obscurité du dehors, il retourna sur
ses pas et déclara : « A l’extérieur, il fait noir ! »
Longtan alluma alors une lanterne en papier
qu'il lui tendit. Deshan s’apprêtait à l’accepter
lorsque Longtan, d’un souffle, l’éteignit. Deshan,
soudain, comprit et salua.
Longtan s’enquit: « Quel principe“ percevez-
vous ? » +
Deshan : « À partir de ce jour, je ne douterai
plus de la langue d’un vieux Maître de dessous
le Ciel! »

84
Le lendemain, Longtan rejoignit sa place‘ :
« Parmi nous, il y a un homme dont les dents
sont comme des arbres-épées’ et la bouche sem-
blable à une cuvette de sang : frappé d’un coup
de bâton, il ne tournera pas la tête ; quandil sera
temps, il ira établir ma Voie au sommet d’un pic
isolé. » |
Deshan avança, muni du manuscrit de son
commentaire* et, devant la Salle de la Loi’, il
brandit une torche de brindilles enflammées :
« Qui examine à fond les argumentations obs-
cures" ressemble à un cheveu’! dans le Grand
Vide”. Qui épuise les secrets” essentiels du
monde est comme une goutte précipitée dans
un gigantesque ravin |!»
Il brûla le manuscrit de son commentaire,
s’inclina et quitta les lieux.

Wumen

Du temps où Deshan n’avait pas encore


dépassé la barrière, son cœur éprouvait de la
rancune, sa bouche désirait parler sans émettre
de son.
Il se dirigea vers le Sud, avec l'intention
d’éteindre la transmission séparée hors de l’en-
seignement". Parvenu sur la route de Lizhou, il
demanda à une vieille femme où acheter un en-
cas".

85
La vieille femme : « Grand Vertueux, quelle
littérature y a-t-il à l’intérieur de ta carriole ? »
Deshan : « Un commentaire du SÂrra du
Diamanf’ >
La vieille femme : « Dans ce SÂrra, il est dit :
“l'esprit du passé', on ne peut l’obtenir ; l’esprit
du présent”, on ne peut l’obtenir ; l’esprit du
futur”, on ne peut l’obtenir.” Grand Vertueux,
quelle sorte d’en-cas’! désires-tu ? »
Face à cette question, la bouche de Deshan
s’étira droite, semblable à une barre de porte-
faix2. Néanmoins, il ne consentit pas encore à
succomber aux paroles de la vieille femme. Il se
renseigna : « Quel Maître de l'Ecole habite dans
les environs ? »
La vieille femme : « À un peu plus de cinq #,
vit le Maître Longtan. »
Parvenu auprès de Longtan, il essuya une
défaite à plate couture : on peut affirmer que ses
paroles antérieures ne correspondaient plus à
celles postérieures ! Longtan sembla grande-
ment compatir envers son fils mais ne prit pas
conscience de sa laideur ; comprenant qu’il pos-
sédait un germe de feu, il l’aspergea soudain
d’eau sale par-dessus la tête jusqu’à le noyer.
À froid, on voit qu’il s’agit d’une plaisanterie !

86
Éloge
Entendre un nom ne vaut pas voir un visage,
Voir un visage ne vaut pas entendre un nom.
Bien qu'il ait protégé ses narines,
Comment a-t-il pu aveugler ses yeux !
29
NIVENT, NIBANNIÈRE

En présence du Sixième Patriarche!, le vent


souleva la bannière du mât : deux moines en
débattaient.
L'un : « La bannière bouge. »
L'autre : « Le vent bouge. »
Ils allèrent, s’approchèrent mais ne s’accor-
dèrent pas sur la vérité’.
Le Patriarche énonça : « Ce n’est pas le vent
qui bouge, ce n’est pas la bannière qui bouge,
c’est votre esprit’ qui bouge ! »
Les deux moines furent effrayés.

83
Wumen

« Ce n’est pas le vent qui bouge, ce n’est pas


la bannière qui bouge, ce n’est pas l’esprit
qui bouge » : où se situe le Patriarche ? Si vous
comprenez ceci à fond, vous saurez que les deux
moines achètent du fer et acquièrent de l’or. Le
Patriarche ne peut s'empêcher de contenir son
talent et se ridiculise.

Éloge
Le vent, la bannière, l’esprit se meuvent,
On les accepte en une seule sorte.
En ne sachant qu’ouvrir la bouche,
On ne ressent pas la destruction de la parole !
30

LE CŒUR, C’EST LE BOUDDHA

Mazu' fut interrogé par Dame : « Qu'est-ce


que le Bouddha ? »
Mazu : « Le cœur, c’est le Bouddha. »

Wumen

Qui comprendra ceci directement revêtira


la robe du Bouddha, mangera le repas du Boud-
dha, dira la parole du Bouddha, agira de l’action
du Bouddha et sera le Bouddha. Ainsi, Damei
entraîna de nombreuses personnes à l’erreur
dans la fixation“ de la marque du fléau de la
balance. De quelle manière saurait-il qu’après
avoir prononcé le seul mot de « Bouddha »,onse
rince la bouche trois jours de suite? Si un

90
homme entend : « L'esprit, c’estle Bouddha », il
se bouche les oreilles et s’enfuit en courant.

Éloge
Ciel azuré, jour clair,
Abstinence complète de toute recherche.
De nouveau, demander : « Qu’est-ce ? »,
C’est nourrir la corruption et crier à l’injustice !
31

ZHAOZHOU MET À L'ÉPREUVE


UNE FEMME ÂGÉE

Un moine de Zhaozhou' se renseigna auprès


d’une femme âgée : « Quelle est la route de la
montagne Tai ? »
La femme : « Tout droit ! »
Le moine n’avait pas avancé de trois ou cinq
pas qu’elle reprit : « Ce moine y va ainsi ! »
Plus tard, le moine narra ceci à Zhaozhou qui
déclara : « Je me propose de mettre pour vous
cette vieille femme à l’épreuve. »
Le lendemain, Zhaozhou alla poser la même
question : la femme répondit à l’identique.
Zhaozhou revint et annonça à la commu-
nauté : « La femme âgée du Mont Tai, je l’ai
mise à l’épreuve et percée à jour pour vous ! »

92
Wumen

La vieille femme ne sait que combiner un


plan, assise sous une tente militaire, contrainte
par un voleur. Le vieux Zhaozhou excelle à user
du stratagème de l’attaque du camp et du pillage
de la ville fortifiée ; il n’a pourtant pas l’appa-
rence d’un grand homme. En les examinant, on
s'aperçoit que tous deux se trompent. Dites : où
Zhaozhou a-t-il mis à l'épreuve et percé à jour la
vieille femme ?

Éloge
Identique aux autres, la question.
Semblable aussi, la réponse.
Le repas contient du gravier,
La fange, des épines.
42

UN HÉRÉTIQUE INTERROGE
LE BOUDDHA

Un hérétique! informa le Vénéré du Monde’ :


« Je ne vous questionne pas à dessein d’obtenir
une parole’ et je ne vous questionne pas afin
d’obtenir une non-parole*. »
Le Vénéré du Monde se tenait assis, l’héré-
tique poussa un cri d’admiration : « Le Vénéré
du Monde est de Grande Miséricorde et de
Grande Compassion’, il a ouvert pour moi le
nuage de l'illusion et m’a permis d’y entrer. »
Puis, il le salua et le quitta.
Anan’ interrogea le Bouddha : « Que l’héré-
tique a-t-il voulu prouver en vous louangeant
puis en s’en allant ? »
Le Vénéré du Monde : « Il ressemble à un
excellent cheval qui s’exécute dès qu’il voit
l’ombre du fouet ! »

94
Wumen

Anan fut le disciple de Bouddha, sa compré-


hension ne vaut pas celle de l’hérétique. Dites :
entre l’hérétique et le disciple du Bouddha,
combien y a-t-il de signes distinctifs ?

Éloge

Marcher sur le fil de l’épée,


Courir sur l’arête de la glace.
Ne pas gravir d'échelle,
À flanc de montagne en lâchant prise !
33
NI CŒUR NI BOUDDHA

Un moine questionna Mazu! : « Qu'est-ce


que le Bouddha ? »
Mazu : « Ni cœur’, ni Bouddha:. »

Wumen

Si vous comprenez l’intérieur de ceci, votre


étude sera achevée.

Éloge

En chemin, si vous croisez par hasard un


[escrimeur, montrez-vous ;

96
Si vous ne rencontrez pas de poète, ne
[présentez rien.
Lorsque l’on rencontre un homme, on parle
[3/10°,
L'on n’expose pas le tout.
34

L'INTELLIGENCE
N’EST PAS LA VOIE

Nanquan! : « Le cœur’ n’est pas le Bouddha,


l’intelligence* n’est pas la Voie“. »

Wumen

On peut affirmer de Nanquan qu’il prit de


l’âge mais ne connut pas la honte. Quand il
ouvrait sa bouche puante, les scandales de sa
famille étaient exhibés en public. Malgré cela,
combien peu nombreux ceux qui lui en surent
gré |

98
Éloge

Le ciel s’éclaircit, le soleil se lève,


La pluie tombe, la terre exhale une douce
[tiédeur.
Cordialement tout est dit,
Il n’y a que la crainte de ne pas être cru !
35
GRACIEUSE PERD SON ÂME

Wuzu! posa cette question à un moine :


« Gracieuse? perdit son âme* : quelle est la
vraie ? »

Wumen

Si, par rapport à ceci, vous comprenez par


l’Illumination quelle est la vraie, vous entrerez
et sortirez d’une coquille“ à l’autre tel un voya-
geur prenant gîte dans une auberge. S’iln’enest
pas ainsi, ne courez pas de manière désordon-
née ! Tout à coup, la terre, l’eau, le feu et le vent
se disperseraient, vous seriez comme un crabe
tombé dans de l’eau bouillante’, en sept mains
et huit piedsf. À ce moment, ne dites pas ne pas
avoir été prévenu |

100
Éloge

Nuage et lune en union,


Torrent et montagne chacun séparés.
Dix mille bonheurs, dix mille bonheurs’,
Un ou deux ?
36

RENCONTRER EN CHEMIN
UN HOMME QUI PÉNÈTRE LA VOIE

Wuzu! énonça : « Quand on rencontre en che-


min un homme qui pénètre la Voie, on ne lui
répond ni par la parole ni par le silence. Dites :
comment lui répondre ? »

Wumen

Si, à propos de ceci, vous répondez intime-


ment avec exactitude, il n’y aura plus d’entrave
à votre félicité. S’il n’en est pas ainsi, il sera
nécessaire d’y arrêter votre regard à tout
moment.

102
Éloge
Quand on rencontre en chemin un homme qui
[pénètre la Voie,
On ne lui répond ni par la parole ni par le
[silence.
Un coup de poing sur la joue à vous briser la
[face :
Comprenez directement ce qu’il y a à
[comprendre |
‘1

UN BUFFLE TRAVERSE
LA FENÊTRE

Wuzu! posa : « Exemple : un buffle’ traverse


une fenêtre. Sa tête, ses cornes, ses quatre
sabots passent tous. Sa queue ne le peut pas :
quelle en est la cause“? »

Wumen

Si par rapport à ceci vous vous renversez d’un


seul coup d’œil et émettez une parole trans-
formatrice, vous pourrez vous élever vers les
Quatre Bienfaits’ et vous appuyer sur les Trois
Mondes‘. S’il n’en est pas ainsi : veillez sur la
queue et vous l’obtiendrez !

104
Éloge

Ce qui traverse tombe dans une fosse,


Ce qui revient subit cependant une
[détérioration.
Extraordinaire, vraiment,
Cette petite queue !
38
LE CYPRÈS DEVANT LA COUR

Un moine questionna le Maître Zhaozhou! :


« Quel sens donner à la venue de l’Ouest du
Patriarche Fondateur’ ? »
Zhaozhou répondit : « Le cyprès devant la
COUr. »

Wumen
Si vous comprenez intimement la réponse de
Zhaozhou, le passé se déroula sans* Shijia“, le
futur s’annoncera sans Mile“!

106
Éloge

Le mot n’expose pas la chose’,


La parole ne concorde pas avec le motif.
Qui accepte un motse perd,
Qui se ceinture d’une phrase s’égare |
29

LA RUINE DU PROPOS DE YUNMEN

Yunmen! était interrogé par un moine : « La


lumière illumine calmement les sables du
Fleuve? vers... »
Yunmen l’interrompit : « Ne serait-ce pas une
parole du talentueux Zhangzhuo*? »
Le moine : « Oui. »
Yunmen : « Vous ruinez votre propos ! »
Ensuite, Sixin‘ releva : « Dites : comment ce
moine a-t-il ruiné son propos ? »

Wumen

En quoi ce moine a-t-il ruiné son propos ? Par


rapport à cela, si l’on voit où la pratique de Yun-
men est unique et élevée’, on méritera d’être le

108
Maître des Hommes et du Ciel. Celui qui ne
comprendrait pas encore clairement ne se sau-
vera pas lui-même !

Éloge

Dans le courant rapide, laisser pendre


[l’hameçon :
Qui convoite l’appât sera capturé.
Bouche à peine ouverte :
Nature fondamentale et vie perdues !
40

RENVERSER LA CRUCHE
D'EAU PURE

Le Maître Guishan!' fut, au début, cuisinier?


au sein de la communauté de Baizhang;
Baizhang, désirant sélectionner le Maître de
Dagui“, invita le supérieur’ et les moines à se
confronter en répondant à la question ci-des-
sous. Celui qui excellera ira.
Ensuite, Baizhang prit une cruche d’eau
pure’, la posa sur le sol et questionna : « Sion ne
l’appelle pas une cruche d’eau pure,commentla
nommera-t-on ? »
Le supérieur : « On ne peut pas l’appeler un
creux en bois. »
Baizhang interrogea ensuite Guishan. Gui-
shan renversa d’un coup de pied la cruche d’eau
pure ets’en alla.

110
Baizhang rit : « Le supérieur perd devant le
Maître Guishan ! » Ilinstitua Guishan.

Wumen

Comment la bravoure de Guishan ne lui fait-


elle pas sauter le mur d’enceinte de Baizhang ?
A l'examen, le lourd’ est avantageux, le léger“ ne
l’est pas. Pourquoi ? on se débarrasse d’un plat
mais on porte une cangue de fer !

Éloge
Il jette en l’air l’écumoire, la haie de bambou et
[la cuillère en bois:
D'un coup, il brise l’obstruction qui cerne de
[toutes parts.
Il ne s’arrête pas malgré la lourde barrière de
[Baizhang,
Il frappe de la pointe du pied et fait éclore les
[#ouddha comme du chanvre !
41
LE CŒUR EN PAIX
DE BODHIDHARMA

Damo'se tenait face à un mur’. Le Deuxième


Patriarche, debout dans la neige, se coupa un
bras‘ et lui déclara : « Le cœur’ du disciple n’est
pas encore en paix. Maître, je vous implore de
pacifier mon cœur ! »
Damo : « Amène ton cœur et je le pacifierai
pour toi ».
Le Patriarche : « J’ai cherché mon cœur mais
ne peux l’obtenir. »
Damo: « J’aiachevé de pacifier ton cœur pour
toi ! »

112
Wumen

Le Vieux Barbare‘ aux dents détériorées’ par-


courut dix mille / en bateau à travers la mer et
vint”, lui, l’exceptionnel. On peut dire que, sans
vent, il souleva les vagues". Plus tard, il reçut
un disciple, incomplet dans les Six Racines'!.
Ah ! le troisième fils Xie'? ne connaît même pas
quatre caractères |

Éloge
Débarquer de l’Ouest et montrer directement
[du doigt,
La cause première" de cette affaire“ vous
[revient.
Un monastère troublé et abasourdi,
À l’origine, à cause de vous !
42

UNE JEUNE FILLE SORT


DE LA MÉDITATION

Au temps du Vénéré du Monde!, Wenshu’


atteignit le lieu de l’assemblée des Douddha,
chaque bouddha repartait à son lieu de séjour ori-
ginel, lorsque, seule, une femme s’approcha du
trône du Bouddha. Elle entra en samadhr.
Wenshu s’enquit auprès du Bouddha : « Pour-
quoi cette femme peut être près du trône du
Bouddha alors que moijenele puis?»
Le Bouddha expliqua à Wenshu : « Eveillez
cette femme, ordonnez-lui d’émerger du sema-
dh, et interrogez-la vous-même. »
Wenshu tourna trois fois autour de la femme,
claqua des doigts une fois. Ensuite, il la soutint
jusqu’auprès de Brahmä*, épuisa une énergie
surnaturelle mais ne put rien.

114
Le Vénéré du Monde : « Même cent mille
Wenshu ne parviendraient à sortir cette femme
de sa méditation. En ce bas monde, à travers les
territoires, par millions tels les grains de sable
du Fleuve’, se trouve le hodhisattoa’ Nangming*
qui pourra la sortir de la contemplation. »
En un instant, le grand héros’ Wangming
jaillit de la terre et s’inclina devant le Vénéré du
Monde.
Le Vénéré du Monde émit un ordre, Wang-
ming se plaça face à la femme, claqua une fois
des doigts : la femme sortit de sa méditation.

Wumen

Le Vieux Maître Shijia' fit représenter une


pièce de théâtre sans importance et ne pénétra
pas jusqu’à la petitesse. Dites : Wenshu est le
Maître des Sept Bouddha", pourquoi ne peut-il
sortir la femme de sa méditation ? Wangming
est le hodhisattva de la première terre", pourquoi
y parvient-il ? Si vous pouvez comprendre ceci
intimement, ce sera la conscience" illimitée du
karma, le grand samädhi"* du nagie'.

115
Éloge
En sortir, ne pas en sortir,
Ils en ont la liberté.
Tête de divinité, visage de fantôme,
Défaite, erreur :rayonnement durable !
43

LE BÂTON DE BAMBOU
DE SHOUSHAN

Le Maître Shoushan!' leva? son bâton de bam-


bou et le montra aux moines : « Vous tous : si
vous nommez ceci “bâton de bambou”, vous
vous souillez*. Si vous n’appelez pas ceci “bâton
de bambou”, vous tournez le dos’. À vous tous,
je demande : comment le désigner ? »

Wumen

Appeler ceci « bâton de bambou » c’est se


souiller; ne pas qualifier ceci « bâton de bam-
bou », c’est tourner le dos. Avec une parole, on
ne le peut. Sans parole, on ne le peut. Dites
vite ! Dites vite !

117
Éloge

En levant un bâton de bambou,


On ordonne la mort ou la vie.
«Tourner le dos, se souiller » se croisent au
[galop,
Le Bouddha et les Patriarches implorent pour
[leur vie !
44

LE BÂTON DE BAJIAO

Le Maître Bajiao' dit à l’assemblée des


moines : « Si vous avez un bâton’, je vous donne
un bâton. Si vous êtes sans bâton, je m’empare
du bâton. »

Wumen

En s’appuyant dessus, on traverse la rivière


lorsque le pont est brisé. En s’accompagnant
de lui, on retourne au village sans clair de lune.
Si on le nomme « bâton », on entrera en enfer*
comme une flèche !

119
Éloge

Vals et monts“ de chaque point cardinal,


Tous sont maintenus en son milieu.
Etai du ciel et soutien de la terre,
Il avive le vent de la secte’!
45
QUI EST L'AUTRE ?

Le Maître des Maîtres! de la Montagne de


l'Est’ : « Shijia* et Mile‘ sont les esclaves de
l’autre;, je demande : qui est cet autre ? »

Wumen

Si vous Æ voyez et £ distinguez clairement, ce


sera comme si vous rencontriez à l’improviste
votre père à un carrefour, inutile de questionner
des personnes différentes pour vous dire qui 7/
est ou qui 7/n’est pas.

121
Éloge

Son arc, ne Æ bandez pas,


Son cheval, ne £ chevauchez pas.
Ce qui est négatif chez /r, n’en discutez pas,
De ses affaires, ne connaissez rien !
46

À LA POINTE DE LA PERCHE.
PROGRESSER ENCORE

Maître Shishuang! : « À la pointe d’une


perche de cent pieds’, comment progresser ? »
Un vertueux des temps anciens* : « L'homme
qui s’assoit à l’extrémité d’une perche de cent
pieds, bien qu’il puisse entrer, n’est pas sincère.
En haut de la perche de cent pieds, il fautencore
progresser : On montrera son corps au monde
entier dans les Dix Directions“! »

Wumen

En avançant d’un pas, en tournant le corps,


s’inquiétera-t-on en quel lieu on ne vous
célèbre pas du nom de « Vénéré » ? Puisqu’ilen

128
est ainsi, dites : en haut d’une perche de cent
pieds, comment progresser ? Ah !

Éloge

Aveugler l’œil sur le front’,


C’est se tromper en fixant la graduation de la
[balance.
Sacrifier son corps, renoncer à sa vie :
Un aveugle guide une foule d’aveugles !
47

LES TROIS BARRIÈRES


DE DOUSHUAI

Le Maître Doushuai Yue! exposait en trois


barrières les questions aux étudiants :
— « En arrachant l’herbe on médite sur le
caché’, on voit notre nature fondamentale. À
présent, où est votre nature fondamentale ? »
— « Quand on a conscience* de sa propre
nature fondamentale, on échappe à la vie et à la
mort. Au moment où la vue faiblit’, que faire
pour échapper à la vie ? »
— « En parvenant à échapper à la vie et à
la mort, on connaît le lieu de la destination.
Lorsque les Quatre Grands‘ s’éparpilleront, vers
Où irez-Vous ? »

15
Wumen

Qui pourra répondre trois phrases transfor-


matrices sera le maître où qu’il soit ; et quelque
cause secondaire’ il rencontrera, approchera la
doctrine®. S’il n’en est pas ainsi : en mangeant
grossièrement, on se remplit aisément, en
mâchant délicatement, on sera affamé diffici-
lement !

Éloge
En une seule pensée, voir des #z/pa° sans
[limite’.
Les événements! des #a/pa sans limite se
[situent dans le présent.
À ce moment, qui perçoit une pensée
Percevra l'Homme qui perçoit ce moment.
48

LE CHEMIN UNIQUE
DE QIANFENG

Un moine s’enquit auprès du maître Qian-


feng! : « Pour les #kagavän’ des Dix Directions,
il n’y a qu’un unique chemin vers la porte du
nirväna. Je ne peux encore le discerner : où se
trouve-t-il ? »
Qianfeng éleva* son bâton’, traça une ligne en
l'air et déclara : « Ilestici ! ».
Plus tard, le moine pria Yunmen’ de lui en
dire davantage. Yunmen éleva* son éventail :
« L’éventail bondit subitement jusqu’au trente-
troisième ciel$ et bat les narines de Dishi;
quand on frappe d’un coup la carpe de la Mer
Orientale, la pluie ruisselle comme d’un plat
que l’on déverse. »

127
Wumen

L'un se dirige vers les profondeurs de la mer:


la terre agitée soulève la poussière!; l’autre
monte vers les cimes des montagnes : les flots
blancs inondent le ciel. En saisissant ou en lais-
sant aller, chacun tend une main et soutient le
véhicule de la secte!!, tels deux chameaux se
heurtant mutuellement. Dans le monde, il se
peut qu’il yait des hommes sans droiture. Si l’on
considère cela avec des yeux impartiaux, on voit
que les deux vénérables vieillards ignorent
encore où se situe le chemin.

Éloge

Le pas n’est pas encore entrepris que le but est


[déjà atteint ;
La langue ne s’est pas encore mue que la
[parole est déjà prononcée.
Qui est dans l’abondance véritable se propulse
[en avant,
Mais doit nécessairement savoir qu’il y a à
[s’élever vers le point ultime.
NOTES

1. Zhaozhou Congshen*.
2. xing:nature fondamentale.
3. wu:sans, néant.
4, zen, en japonais.
5. w4, en chinois (sanskrit : bodhi).
6. miao : merveilleux, mystique, supranaturel,
subtil, mystérieux.
7. xin : littéralement cœur, au sens de esprit.
8. Exprime l’idée de dépendre des autres.
9. jue = w (voir note 5).
10. singrian dongdi expression en quatre caractères
indiquant l’idée de quelque chose d’extraordinaire,
de retentissant.
11. Guan Yu (162-219) : général qui fut le frère
juré de Liu Bei (162-223). Liu Bei descendait
des souverains de la Dynastie Han (206 av. J.-C. -
220 apr. J.-C.). En 221, il établira la Dynastie des
Shu Han dont la capitale se situait à Chengdu (dans

129
l'actuelle province du Sichuan). Guan Yu l’aida
en compagnie de Zhang Fei. Luo Guanzhong
(xXIV° siècle) dans son Roman des Trois Royaumes
(Sanguozhi yanyi) raconta leur épopée de manière
épique. Guan Yu mourut, condamné à mort par
l'ennemi et ne vit pas l’avènement sur le trône
de son ami. Divinisé 4 posteriori, Guandi « l’'Empe-
reur Guan », fut considéré comme un chasseur
de démons. Le Taoïsme lui dédia de nombreux
temples etles adeptes du Bouddhisme apprécièrent
de le faire figurer en bonne place dans leurs monas-
tères en lui vouant un rôle protecteur. Fonction-
naires tant civils que militaires l’honorèrent. On
remarquera le jeu de mots sur le nom propre Guan et
le nom commun gvan barrière. Tous deux s’écri-
vent et se prononcent pareillement.
12. si sheng (en sanskrit : cetur-yoni). Les Quatre
Modes de naissance sont:
— par viviparité (mammifères) ;
— par oviparité (volatiles) ;
— dans l’humidité (vers et poissons);
— par métamorphose (chrysalide, divinités (deva)
ou ceux qui sont dans les enfers).
13. fu dao : Les Six Voies de la Réincarnation :
— les enfers ;
— les fantômes affamés ;
— les animaux;
— les esprits malveillants ;
— les humains;
— les va (divinités).
14. san mei : littéralement les trois obscurs. Se»
mei est l’abréviation de san mei di. Cette expression

130
traduit le sanskrit sam&dhi. La méditation (d#yäna/
chan/zen) ne peut s’obtenir que si l’on atteint l’état
de samadhi. \ s’agit d’une concentration de l'esprit
sur l’objet, non pas en focalisant son esprit sur lui
mais en s’unissant à lui. Il doit y avoir fusion entre le
méditant et l’objet concerné. L'esprit doit ainsi
diminuer son activité et s’absorber dans la contem-
plation. Ainsi peut-on se dégager de toutes les
entraves terrestres.
NB. : samadhi peut se transcrire aussi en chinois par
ding.
15. fa : dharma : la Loi, c’est-à-dire la Doctrine du
Bouddha. |

1. Baizhang Huaïhaï*.
2. tingfa (voir kGan 1, note 15).
3. Jiaye, en sanskrit :Käsyapa*.
4. xiuxing, en sanskrit : ceryä : conduire, rectifier
sa voie, se cultiver soi-même dans la pratique
juste, droite.
5. yin guo : Yin (en sanskrit : eu) est la cause pre-
mière qui produit un fruit, un effet, une rétribution
(guo, en sanskrit :phala), de la même manière qu’un
effet émane d’une cause. Ÿ?r guo exprime l’idée que
les actes d’une vie produiront des effets dans une
autre vie (loi du #arma). Yin s’oppose à la cause
secondaire yzan (voir ci-dessous, note 13).
6. hu chan : Pratiquer le Chan du renard sauvage.
Dans le Bouddhisme, le renard symbolise la faus-

131
seté et le mensonge. Pratiquer le Chan tel un renard
sauvage revient à pratiquer n’importe comment et
donc à induire les autres en erreur.
7. xhuan yu. Zhuan, tourner, transformer, chan-
ger. Indique aussi l’idée de renaître.
8. da vi.
9. En chinois : wei na. Ce bonze dirige les moines.
Son grade se situe juste en dessous du supérieur du
monastère. Son titre pourrait se traduire par direc-
teur.
10. Pa chur : Marteau, maillet. Sert notamment à
frapper un gong.
11. da zhong : En sanskrit mahäsangha. C'est-à-dire
la communauté des moines au complet.
12. nie pan tang : Là où le moine meurt. Pour ir-
väna, voir Kôan 48, note 4.
13. y:7 yuan, en sanskrit : kefupratyaya. Yuan (pra-
tyaya) est la cause secondaire, au contraire de y/#, la
cause première (cf. note 5). Cette cause accessoire
liée aux circonstances contribue à la production de
l'effet (go).
14. Huangbo Xiyun*.
15. Allusion à Bodhidharma*, qui, non-chinois,
était venu d’Inde en Chine. Cette barbe peut aussi
symboliser un autre étranger : le Bouddha Säkya-
muni* lui-même.

Kôan 3

1. zongzi : jeune garçon, néophyte.


2. shun shi : littéralement se soumettre au monde.

132
3. Hangzhou Tianlong*, qui fut son Maître.
4. shi mie : littéralement montrer l'extinction.
S. Juling: génie qui ouvrit le Mont Hua afin de per-
mettre une voie de passage au Fleuve Jaune.
6. Huashan : situé dans la province du Shaanxi.
Une des Cinq Montagnes sacrées.

Kôan 4

1. Allusion à Bodhidharma*. L'expression Paradis


de l'Ouest x fan désigne aussi bien l’Inde que le
Paradis du bouddha Amitäbha (en chinois : Emi-
tuofo, en japonais : Amida). Ce bouddha aide à la
rédemption de tousles êtres. Evoquer son nom juste
avant sa mort suffit à renaître dans son Paradis.
2. can : Evoque l’idée de méditer, de se présenter
auprès de son Maître, d’être en assemblée pour
rendre le culte ou recevoir l’enseignement.
3. xu : Ce caractère est identique à celui ci-dessus
(cf. Kôüan 2, note 15) qui désigne le nom commun
barbe. N signifie aussi attendre, requérir, ainsi que
la notion générale il faut.

Kôan 5

1. Xiangyan Zhixian*.
2. xi lai yi, c’est-à-dire l’enseignement Chan apporté
par Bodhidharma*.
3. da zang:Zangest la traduction chinoise du terme
sanskrit pi/aka corbeille. Da zang où san xang,

133
désigne le 7ripitaka : les Trois Corbeilles, c’est-
à-dire l’ensemble des textes du Bouddhisme.
Ce Canon comprend trois parties :
— jingeang (sûtra pitaka) : prédications du Boud-
dha.
— li zang(vinaya pitaka) : discipline monastique.
— lun zang (abhidharma pitaka) : commentaires phi-
losophiques.
4, Mile : Transcription chinoise du sanskrit Mat-
treya. Le bouddha Maitreya est une figure célèbre
du Grand Véhicule (Mahäyäna). X\estle Bouddha du
Futur qui doit apparaître dans quelques millions
d’années. En Chine, on le confond souvent avec le
joyeux « Dieu du Bonheur », reconnaissable à son
gros ventre. Le monastère Yong He Gong à Pékin
possède un Maitreya sculpté dans un tronc de santal
de 18 mètres de haut. Debout, il est représenté en
bodhisatfva, paré de bijoux.

Kôan 6

1. Shizun, c’est-à-dire le Bouddha.


2. Ling shan : Abréviation de Æng jiu shan la Mon-
tagne des Vautours (en sanskrit : Grdhrakñta).
Lieu où le Bouddha séjourna et où il prononça un
sermon intitulé, depuis, le S£rra du Lotus. Cette
montagne aurait été aussi le site où Ananda* fut
distrait de sa méditation par Mära, transformé en
vautour (Mära étant une sorte d’incarnation du mal).
3. nian : littéralement prendre, saisir en tortil-
lant, roulant entre les doigts.

134
4. sun.
5. Mahäkäsyapa : Voir #an 2, note 3.
6. xheng fa yan zang : Zheng fa, c’est-à-dire la Loi
(en sanskrit : 4arma) correcte, la doctrine cor-
recte établie par le Bouddha. Elle représente la pre-
mière étape du Bouddhisme. Vivace durant 500 à
1 000 ans, elle sera suivie ensuite par la période dite
xtang fa (en sanskrit : saddharma pratirupaka) où le
Bouddhisme sera diffusé par l’image et le symbole
(durant 1 000 ans), puis viendra la phase finale, #10 fa,
de décadence du Bouddhisme, qui s’étendra sur
3 000 ans. C’est à ce moment que Maitreya appa-
raîtra (pour celui-ci, voir #Gan 5, note 4).
— yan : œil.
— zang : Canon d'ouvrages, collection, dépôt,
magasin.
— yan xang évoque l’idée de vérité totale et univer-
selle, d'éveil et d’illumination parfaits.
7. niepan miao xin. Niepan : nirväna (voir kan 48,
note 4). Miao : merveilleux, surnaturel, profond,
subtil, mystérieux. Xi# : littéralement cœur, à
comprendre dans le sens d’esprit. Miao xin : esprit
profond au-delà de la pensée humaine.
8. shi xiang : littéralement apparence, marque,
signe distinctif (xiang) réelle (541). Soit la réalité
fondamentale absolue, l’Absolu.
9, u xiang : sans (wu) apparence (xrang), c’est-
à-dire sans forme, sans signe, sans caractéristique, le
néant, la nullité.
10. æei miao fa men. Wei, perceptible, subtil, mys-
térieux, profond. Mizo, merveilleux, subtil, mys-
térieux. Fa men, la porte de la Loi, (en sanskrit :

135
dharmaparyäya), c’est-à-dire la doctrine du Boud-
dha, porte vers l’Illumination.
11. Mahäkäsyapa*.
12. Auang mian : La couleur jaune est une allusion
aux représentations iconographiques dorées du
Bouddha.
13. Qutan transcription chinoise de Gautama, nom
patronymique de la famille du Bouddha.

Kôan 7

1. Zhaozhou Congshen*.
2. bo : bol. Abréviation de hoduoluo (en sanskrit :
pâtra). Le bol de mendiant est un des attributs du
moine. Au VI siècle, Bodhidharma aurait apporté en
Chine celui du Bouddha.
3. dan : vésicule biliaire. En Chine, symbole de
l’audace, de bravoure (Cf. aussi note 6).
4, xin : cœur au sens d’esprit (Cf. note 6).
S. gan :foie. En Chine, siège de la colère et du cou-
rage (Cf. note 6).
6. Ces trois organes font partie des Huit Trésors
(ba bao) c’est-à-dire les Huit Précieux Organes du
Corps du Bouddha : le cœur, la vésicule biliaire, la
rate, les poumons, le foie, l’estomac, les reins et les
intestins. On peut les mettre en rapport avec les
Huit Signes Favorables inscrits sur la voûte plan-
taire du Bouddha :
— cœur: roue de la Loi (/z lun), la vérité énoncée par
le Bouddha ;

136
— vésicule biliaire : conque marine (/v0), symbolise
la voix du Bouddha prêchant la loi ;
— rate : ombrelle (san), dignité, pureté;
— poumons : dais (gai), idem ;
— foie : lotus (/an), pureté, perfection;
— estomac : vase (guan) qui peut contenir des
reliques;
— reins : poisson {y4), abondance ;
— intestins : nœud sans fin (ckang), longévité.

Kôüan S

1. Yue’an Shanguo*.
2. Xizhongestconsidéré comme l’inventeur du char.
Il vécut durant les temps légendaires et aurait été un
descendant de Huangdi l’« Empereur Jaune », lequel
accéda au trône en 2697 av. J.-C.

Kôan 9

1. Qingrang. du mont Xingyang. Cf. Xingyang


Qingrang*.
2. Datongzhisheng (en sanskrit : Mahäbhijñä Jñänä-
bhibhu, en japonais : Daitsû Chishô). Il médita
longuement avant de devenir un bouddha. Puis, il
se retira en méditation durant des milliers de #a/pa
(cf. note suivante) tandis que ses seize fils dispen-
saient son enseignement. Parmi les réincarnations
de ses fils, on compte notamment : Amitäbha (neu-
vième fils) et Säkyamuni lui-même (seizième fils).

137
3. jie. Abréviation de #e bo. Le kalpa estune période
cosmique entre la création de deux univers. Il existe
aussi des périodes de #a/pa : kalpa de formation,
kalpa de destruction, #a/pa de l'existence, etc.
4, dao chang. Ce terme désigne :
_ l'endroit où le Bouddha obtint l’Éveil (bodhi) ;
— Je lieu où l’on enseigne le Bouddhisme ;
— un espace rituel réservé aux offrandes.
On notera que, dans le Taoïsme, le 70 chang désigne
aussi un emplacement où certaines cérémonies
rituelles se déroulent.
S. fo fa. Le dharma, la loi prêchée par le Bouddha ;
les principes de son enseignement ; la vérité qu’il
atteignit lui-même ; le Bouddhisme.
6. fo dao : la Voie du Bouddha. Celle qui mène à
l’état de Bouddha.
7. hi.
8. Le Bouddha Säkyamuni.
9. Æui.
10. fan fu : une personne qui vit ici-bas, hors de la
voie religieuse, un pécheur qui est donc sujet aux
mauvaises actions.
11. s%en : Corps, c’est-à-dire la personne, soi-
même, l'existence.
12. xin : cœur.
13. sken xian. Xian : immortel, génie, un ascète,
le Bouddha. Le Bouddhisme connaît notamment
cinq sortes de génies :
— fan xian, génie du ciel ;
— Shen xian, génie-esprit;
— ren xian, génie humain ;

138
— di xian, génie de la terre ;
— gui xXian, génie-fantôme.
14. Obtenir le pouvoir.

Kôan 10

1. Caoshan Benji*.
2. Un vin renommé.
3. Fan Dan:lettrénéen 112, morten 185 (Dynastie
des Han Postérieurs). Il renonça à toute carrière
pour soigner sa mère malade et resta pauvre.
4, gi:le souffle qui anime l'esprit.
5. Xiang Yu : général qui se battit pour obtenir le
pouvoir lorsque la Dynastie Qin périclita. Ilentraen
conflit avec Liu Bang, lequel le devança dans sa
conquête de la capitale, Xiangyang (actuelle Xian).
De dépit, Xiang Yu mit le feu au tombeau de l’Em-
pereur défunt, Qin Shihuangdi. Liu Bang fonda la
Dynastie Han (Antérieure) en 206 av. J.-C. Xiang
Yu, acculé à la défaite, se suicida en 202 av. J.-C.

Kôan 11

1. Zhaozhou Congshen*.
2. an zhu. An désigne un petit monastère, presque
un ermitage. Le supérieur (44, maître, chef) en
question vit dans l’isolement. On notera que cette
expression peut aussi désigner les abbesses.
3. you : avoir mais aussi, dans le Bouddhisme, sens
de être.

1359
4, can xue. Can : participer, rendre visite à son
supérieur, réfléchir, assemblée pour la médita-
tion et le prêche.
Xue : étudier, acquérir une connaissance, suivre
la direction d’un Maître.
5. ji. Littéralement machine, ressort, force mo-
trice ; par extension cause, motif. Ce terme
exprime l’idée d’une dynamique qui fait avancer
spirituellement l’être humain.

Kôan 12 :

1. Ruiyan Shiyan*.
2. zhuren gong. Expression de politesse désignant le
maître d’une maison, son propriétaire, l'hôte qui
accueille. Z4z est un mot qui entre dans la composi-
tion de nombreux noms communs et signifie : chef
d’État, prince, seigneur, gouverneur, etc. En tant
que verbe, il indique le sens de gouverner, proté-
ger, diriger, prendre soin de.
Ren : homme.
Gong : duc, père, mâle, officiel.
3. ve hu : cf. kGan 2, note 6.
4, ski, en sanskrit : u#/fana : perception, connaïis-
sance, conscience.
S. shen : esprit d’origine humaine ou céleste,
principe vital mais aussi esprit au sens de divinité ;
spirituel, supranaturel.
6. jie. Cf. küan 9, note 3.
7. œu liang (en sanskrit : cpramäna) : incommen-
surable, sans limite.

140
Wu : sans.
Liang (en sanskrit : pramäna) : mesure, capacité,
longueur, délibérer, talent.
On notera qu’il existe aussi Quatre Incommen-
surables:
— bonté {«);
— pitié, compassion (bei) ;
— joie (xi);
— sacrifice de soi-même {s4e).

1. Deshan Xuanjian*.
2. Xuefeng Yicun*.
3. Yantou Quanhuo*.
4. shize : littéralement celui qui sert, qui tient
compagnie, le domestique. Dans le Bouddhisme,
désigne le disciple qui non seulement sert le Maître
avec diligence mais aussi écoute son enseignement.
5. sheng zuo : littéralement monter sur le siège. Le
Maître s’assoit sur une sorte de petite estrade légè-
rement surélevée qui forme ainsi une place d’hon-
neur devant les moines.
6. fian x1a : dans l’Empire, en ce bas monde.

Kôüan 14

1. Nanquan Puyuan*.
2. da xhong, en sanskrit : mahäsangha. L'assemblée
complète des moines.

141
3. zhan : décapiter, couper en deux.
4, Zhaozhou Congshen*.
5. xu:vide, creux, mais aussi faux, vain, illusoire,
mensonger, inutile.

Kôan 15

1. Dongshan Shouchu*.
2. Yunmen Wenyan*.
3. hu nan : Sud du lac. C'est-à-dire : au sud du lac
Dongting (Dongting hu). Ce célèbre lac se situe au
nord de l’actuelle ville de Changsha. Il occupe la
partie nord-est de la province du Hunan. La déno-
mination commune a fourni le nom propre à la pro-
vince.
4, jiang xi : à l'Ouest de la J'iang, c’est-à-dire le
Chang Jiang, le « Long Fleuve » appelé « Fleuve
Bleu >» par les Occidentaux. Nom propre de la pro-
vince du Jiangxi, située à l’Est du Hunan.
5. De nombreux monastères se situaient dans ces
deux régions et les moines prirent l’habitude de
se chercher un Maître en sillonnant l’un et l’autre
site.
6. Voir #üan 11, notes.
7. xing :nature fondamentale.

Kôan 16

1. Yunmen Wenyan*.
2. gi tiao :robe du moine, composée de sept pièces.

142
3. can chan.
4, xue dao.
S. sheng (en sanskrit : sabda) : son, voix, intona-
tion. Un des cinq sens. Permet la transmission
de la doctrine, l’étude des textes et leur récitation,
etc.
6. se : littéralement couleur (en sanskrit : r#pa).
Signifie apparence, forme, matière, chose,
visible, sensible, monde phénoménal.
7. shi : chose, matière, affaire, mais aussi action,
pratique (à l’opposé de théorie), phénomène.
8. Nombre indiquant l’idée d’infini.

Kôüan 17

1. Il s’agit de Nanyang Huizhong*.


2. shize : cf. küan 13, note 4.
3. tu chu : pris au second degré, signifie révéler,
avouer.
4, niu : terme générique pour bœuf, vache, tau-
reau.
5. Voir #üan 28, note 7.

Kôan 18

1. Dongshan Shouchu*.
2. jin :unité de mesure, variable selon les époques.
Elle équivalait à environ une livre.
3. Littéralement : ger, le foie (cf. #üan 7, note 5) et
chang, les intestins (cf. #üan 7, note 6).

143
Kôüan 19

1. Zhaozhou Congshen*.
2. Nanquan Puyuan*.
3. dao.
4, xin, au sens d’esprit.
S. jue.
6. wu ji : littéralement sans note, sans mémoire,
c’est-à-dire ce qui ne se note pas, ne se retient pas,
ce quiest neutre. Cette expression fait partie des ser
xing, les Trois Types de Caractères (x/rg : nature
fondamentale) :
— shan, le bon;
— e, le mauvais;
— u ji, le neutre.
7. tai xu.
8. Du yi.
9. dun wi.
10. ci : cent, indique la multitude.

Kôüan 20

1. Songyuan Chongyue*.
2. Cf. £6an 7, note 6.
3. xiang shui haï. La mer parfumée entoure le mont
Sumeru. Cette montagne, selon la cosmologie
indienne, se situe au centre du monde.
4, si chan tian. Il existe quatre cieux du dkyäna
(Chan), chacun divisé en plusieurs autres cieux.

144
— chu chan tian. \| comprend trois cieux dont
les habitants ne possèdent ni organe gustatif ni
organe olfactif et ne mangent pas ;
— erchan tian. Ceux qui peuplent ces trois cieux sont
dépourvus des cinq organes. Ils ne possèdent que
l'organe de l’esprit ;
— san chan tian. Composé de trois cieux. Ceux qui y
habitent ont un esprit qui connaît la joie ;
— si chan fian. Composé des neuf brzhmäloka où se
retrouvent les morts qui ont accédé de leur vivant
à un haut degré de spiritualité.

Kôüan 21

1. Yunmen Wenyan*.
2. On utilisait autrefois cet instrument en guise de
papier-toilette.
3. caoshu : écriture d’herbe. Genre calligraphique
où les traits des caractères sont liés entre eux. Ce
style cursif permet de prendre rapidement des
notes.

Kôüan 22

1. Anan:Ananda*.
2. Jiaye : Käsyapa*.
3. shizun : cf. kôan 6, note 1.
4, jin lan jia sha (en sanskrit : #4s4ya) : tunique bro-
dée de fils d’or.

145
S. cha gan. Cha est l’abréviation de haduoluo (en
sanskrit : #setra). Ce terme signifie à la fois : terres,
pays, univers, mât, monastère. Gar : canne de
bambou, perche, hampe. Cha gan (en sanskrit:yas#r)
désigne le mât d’un monastère. Orné d’une bannière,
une boule dorée le surmonte, symbole du Boud-
dhisme.
6. lingshan. Noir küan 6, note 2.
7. Piposhi = Vipasyn en sanskrit. Le premier des
sept bouddha : Vipasyn, Sikhin, Vi$vabhüû, Krakuc-
chanda, Kanakamuni (Konagämana), Käsyapa et
Säkyamuni. Après ce dernier, viendra le bouddha
du futur:Maitreya.
8. yir, principe féminin.
9. yang, principe masculin.

Kôan 23

1. Il s’agit de Huineng*.
2. shang zuo. Littéralement siège supérieur, au
sens honorifique.
3. C’est à la suite de la transmission secrète de la
succession de Hongren à Huineng que cette his-
toire se place. Huineng fut longtemps pourchassé
par des moines en colère qui lui préféraient
Shenxiu. (Cf. liste des Maîtres).
4, Dayuling : chaîne de montagnes chevauchant la
frontière méridionale de la province du Jiangxi et
celle septentrionale de la province du Guangdong.
5. La robe y; et le bol Z0 symbolisent la passation
d’un patriarcheà son disciple.

146
6. xin : foi, croyance, confiance, sincérité, fidé-
lité. Faculté de l’esprit à appréhender la religion, à
mettre sa confiance dans le Bouddha.
7. yuan xing she. Yuan désigne le désir, le vœu
(notamment l’intention de devenir houddha). Xing
(au quatrième ton) : conduite, action. Ensemble,
yuan xing, désignent le désir et l’action inhérents à la
progression de l’esprit dans la voie du Bouddhisme.
8. benlai mianmu.
9. da wi.
10. 277 mianmu.
11. C'est-à-dire celle dirigée par Hongren (Hon-
gren Daman), le Cinquième Patriarche, sur le mont
Huangmeiï (« prunes mûres »).
12. x/ng zhe : désigne celui qui pratique le Boud-
dhisme, le bonze errant, l’ascète qui voyage et
cherche à se débarrasser de toutes les contingences
matérielles. On notera que ce même terme s’ap-
plique aussi à un jeune homme qui n’est pas moine
mais sert un supérieur de monastère.

Kôüan 24

1. Fengxue Yanzhao*.
2. li : littéralement quitter, se séparer, s’écarter.
Dans le Bouddhisme, associé à wei :esprit. (Cf. note
suivante).
3. wei : au sens littéral petit, menu, cacher,
décroître, subtil, mystérieux (en sanskrit
säksma). Par extension, dans le Bouddhisme,
désigne le fonctionnement subtil et mystérieux

147
de l’esprit. Ensemble, # (cf. note précédente) et
æei expriment ce qui est à part du monde phéno-
ménal.
4. tong : pénétrer, passer, communiquer mais
aussi comprendre, pénétrer par l'intelligence.
5. Parrapportau calendrier occidental, l’année chi-
noise débute un jour non fixe compris entre la fin de
notre mois de janvier et le début de notre mois de
février. La troisième lune (ou troisième mois, le mot
yueestidentique en chinois) correspond à peu près à
mars-avril.
6. Jiang : c’est-à-dire du Chang Jiang, le « Long
Fleuve » ou « fleuve Bleu ».
7. bai hua : Cent indique la multitude.
8. ji: voir #6an 11, note 5.
9, san mei : voir #üan 1, note 14.

Kôan 25

1. Yangshan Huiji*.
2. Mile: voir £6an 5, note 4.
3. zun.
4. bai chui : voir #ôan 2, note 10.
S. shuo fa : exposer, expliquer, prêcher la doc-
trine.
6. Maheyan fa où Maheyan’na fa. Transcription du
sanskrit Mahäyäna « Grand Véhicule ». Se dit aussi
en chinois : da sheng.
7. Siju :
— l’existence;
— la non-existence;

148
— l’existence et la non-existence ;
— pas d’existence et pas de non-existence.
8. bai fe. Ici, le nombre indique l'infini, la démulti-
plication sans fin.

Kôüan 26

1. Nom du temple.
2. xhai. Ce caractère possède le premier sens de
purification, abstinence. Il désigne aussi le jeûne
après midi et, par extension, le repas avant midi.
3. Fayan Wenvyi*.
4, guoshi. Titre honorifique. Le premier à le rece-
voir fut Nanyang Huizhong*.
S. tai kong. Au sens propre, kong désigne le vide,
l'espace ; 41 kong, également. Dans le Boud-
dhisme, le caractère chinois #org traduit plus par-
ticulièrement les termes sanskrits sŸ#ya ou sÂnyarà :
le vide fondamental de toute chose, la vacuité, la
non-existence, l’immatérialité, l’espace.
6. wu zong, c’est-à-dire le Chan (Zen).

Kôüan 27

1. Nanquan Puyuan*.
2. xin, au sens d’esprit.
3. œæu : les choses en général mais aussi les êtres,
tout ce qui est matière.

149
Kôan 28

1. Deshan Xuanjian*.
2. Longtan Chongxin*.
3. yi : à progresser dans la connaissance de la Loi.
4, daoki : littéralement principe de la Loi, c’est-
à-dire : vérité, doctrine, principe, les principes du
Bouddha.
S. rian xia : cf. kôan 13, note 6.
6. sheng zuo : cf. kôan 13, note 5.
7. jian shu : Allusion à /an shan, la Montagne des
pées, appelée aussi /2n shu diyu l'enfer des
arbres-épées. (En sanskrit : asipattra). Un des seize
enfers, composé d’arbres dont les feuilles sont des
épées. (Pour l’enfer, voir plus loin, #64» 44, note 3.)
8. Il avait rédigé un commentaire sur le SÂrra du
Diamant. Voir note 17, ci-dessous.
9, fa rang, le bâtiment principal où l’on enseigne.
10. xvan : sombre, caché, obscur, subtil, mysté-
rieux, abstrus.
11. 00 : poil long et fin, quantité infime.
12. xs : vide, vacant, espace, sans substance et
sans forme (en sanskrit : s#»ya).
13. ;i:cf. #ôan 11, note 5. Mais aussi, sens de secret,
occulte, important.
14. chu guan. Peut se comprendre de deux
manières :
— sortir de la passe, c’est-à-dire passer une fron-
tière. Deshan Xuanjian était un natif du Sud-
Ouest et se rendit dans la partie méridionale du
pays afin de mieux connaître l’École du Sud fon-
dée par Huineng* ;

150
— dépasser la barrière : gyan est une allusion
au titre Wwmenguan. Deshan Xuanjian n’a pas
encore atteint l’Illumination.
En fait, Wumen Huikai cite une époque où Deshan
Xuanjian vit encore dans sa région natale et, dans
ce cas, bien sûr, il n’a pas encore connu l’Illumina-
tion puisqu'il n’a pas encore rencontré son Maître
Longtan Chongxin*.
15. Deshan Xuanjian considérait l’École du Sud de
Huineng comme une doctrine hétérodoxe. En par-
tant vers le Sud à la rencontre de ces Maîtres, il
comptait bien la contrer... il finit par l’embrasser./z40
wai, hors de l’enseignement, désigne la doctrine
qui se transmet de Maître à disciple sans l’appui des
textes. Son contraire, l’enseignement intérieur,
jtao nei, fait référence aux tenants de l’étude des
textes. Biezhuan transmission séparée fait allusion
aussi à cette tradition de l’enseignement oral.
16. Voir ci-dessous note 21.
17. Jingang jing. Abréviation de Jingang neng duan
banruo boluomi jing Sûtra de la Perfection de la Sagesse,
Taillée comme un Diamant. En sanskrit : Varacchedikà
— prâjñäpäramità — sûtra. Sûtra traduit par Kumära-
jiva. Met en exergue l’idée que la sagesse du
Bouddha est parfaite comme le diamant.
18. guoqu xin (xin : cœur, esprit).
19. xzanzai xin.
20. weilai xin.
21. Ils’agit d’une sorte de jeu de mots intraduisible
en français. Au début de la conversation, Deshan
désire acheter un petit quelque chose à manger et
dit tout simplement : #ai dianxin. Dianxin signifie

151
sâteau, collation, etc. Mais ce terme peut aussi se
décomposer et se comprendre par pointer/dési-
gner/indiquer {dian) le cœur/esprit (xin). La vieille
femme ne répond pas à la question du moine et fait
allusion à une nourriture plus spirituelle en
concluant : yao dian na ge xin ? Ce qui, en fait, peut
se comprendre dans les deux sens : se restaurer
l'estomac... ou... s’intéresser à l’esprit.
22. Il est coi devant une question d’un tel niveau
intellectuel.
23. . Unité de longueur variable équivalant à
500 mètres environ.

Kôüan 29

1. Huineng*.
2. li. Au sens propre : veines du jade ou du bois.
Mais aussi : vérité, doctrine, principe. Dans le
Bouddhisme : principe ou loi fondamentale,
intrinsèque ; vérité absolue.
3. xin : cœur.

Kôan 30

1. Mazu Daovi*.
2. Damei Fachang*.
3. ji xin shi fo (ou : ji xin jifo, comme il est indiqué
dans le titre). Jz : au sens propre, se traduit par
approcher, tirer vers ; immédiatement. X?7 :
cœur, esprit. 7 xin : de l’esprit, mental. S#; : être.

152
Fo : Bouddha. Cette sentence de quatre caractères,
du Mahäyäna, est à rapprocher de son contraire, à la
forme négative : fer xin fei fo. On la trouve dans la
bouche du même Mazu Daoyi au #6an 33.
4. ding : tranquille ; fixer, déterminer. On notera
que ce terme désigne aussi, dans le Bouddhisme, la
concentration de l'esprit, dans la contemplation
(voir : samädhi, kôan 1, note 14).

Kôüan 31

1. C'est-à-dire un moine de la communauté de


Zhaozhou Congshen. Rappelons que les Maîtres
prenaient le nom du lieu où ils enseignaient.
2. Tai shan. Il s’agit du mont Wutai (Wutai shan
« La Montagne aux Cinq Terrasses ») situé au
Shanxi. Lieu célèbre pour ses monastères boud-
dhistes et ses temples taoïstes. On raconte que
le Dodhisattva Wenshu (en sanskrit : Mañjusri,
cf. #üan 42, note 2) vint y prêcher ; la montagne est,
depuis, son lieu de résidence où on l’honore chaque
année. Le Wutai shan est l’une des Quatre Mon-
tagnes Célèbres du Bouddhisme chinois avec le
Emei shan (province du Sichuan), le Jiuhua shan
(Anhui), le Putuo shan (Zhejiang).

Kôüan 32

1. wai dao. Littéralement hors de la Voie. On


appelle ainsi tous ceux qui ne sont pas bouddhistes.

153
Le Bouddhisme les classe en divers groupes.
. shizun. Noir : kan 6, note 1.
.You Yan.
.Du Yan. Wu : SANS, néant.
.da ci da bei.
.mi:égarer, illusionner.
DNO
&
R
UN Ananda*.

Kôan 33
1. Mazu Daoyi*.
2. xin ‘esprit.
3. fei xin feifo : cf. kôan 30, note 3.

Kôan 34
1. Nanquan Puyuan*.
2. xin ‘esprit.
3. zhi : connaissance, sagesse.
4, dao.

Kôan 35

1. Wuzu Fayan*.
2. Qian nü. Allusion à un conte populaire de la
Dynastie Tang (618-907). Une jeune fille est fiancée
à son cousin mais son père revient sur sa parole
et décide de la marier à un haut fonctionnaire.
Furieux, le jeune homme quitte la ville sur son

154
bateau. Joie immense, en pleine nuit, une voix
l'appelle juste avant d’embarquer : sa promise le
rejoint ! Ils fuient ensemble. Bien des années après
cet événement, le couple est pris de remords : leur
union est honteuse puisque le père ne l’a pas
approuvée. Ils ont deux enfants et leur famille leur
manque. Le jeune homme se présente à son oncle
et plaide amende honorable. Il apprend alors avec
stupéfaction que la jeune fille est cloîtrée dans sa
chambre depuis son départ ! Elle est en proie à une
maladie et s’étiole de tristesse. Mais. elle se trouve
pourtant sur le bateau... A l’annonce de cette nou-
velle, la jeune malade retrouve vigueur. Elle se pré-
cipite vers son double de l’embarcation : son âme est
revenue ! Gracieuse ne fait plus qu’une.
3. Il s’agit ici des âmes #u. Les Chinois possèdent
plusieurs âmes divisées en deux sortes : les #ur et
les po. Les âmes #ur sont les âmes spirituelles
claires. Elles s’envolent après la mort. Les po, les
âmes sensitives, sont troubles et demeurent auprès
du défunt. Des offrandes sont présentées après le
décès aux âmes #u qui continuent, si l’on peut dire,
de vivre.
4, ke : enveloppe dure : écorce, coque, coquille,
écaille, carapace.
S. /u0 tang pang xie. Locution en quatre caractères
signifiant : être désemparé.
6. qi shou ba jiao. Expression en quatre caractères
figurant la confusion.
7. wan fu. Terme générique : bonheur infini, par-
fait.

155
Kôüan 36

1. Wuzu Fayan*.

Kôan 37

1. Wuzu Fayan*.
2. Textuellement : s#ui gu niu. Niu : terme géné-
rique désignant l’ensemble des bovins : taureau,
vache, bœuf, buffle, etc. SAui niu : bœuf d’eau,
désigne le buffle. Gz : taureau. On notera que le
Bouddha est parfois appelé ri wang le roi des
bœufs.
3. chuang ling. Fenêtre ornée d’une sorte de treil-
lage de bois ou de fer.
4. yin, cf. küan 2, note 5.
5. s1en. Les Quatre Bienfaits sont :
— le bienfait envers son souverain (guowang xhi
en);
— le bienfait envers ses parents (fumu zhi en) ;
— le bienfait envers les êtres vivants (z/4ongsheng
zhi en) ;
— le bienfait envers les Trois Joyaux {san bao zhi en).
Les Trois Joyaux (en chinois : s7» bao, en sanskrit :
triratna):
— le Bouddha fo ;
— la Loi du Dharma /z ;
— la communauté monastique sangha (seng : en chi-
nois).
6. san you, équivalent de san fie : les Trois Mondes
(en sanskrit : r#/oka ou trailokya) :

156
— le Monde des Désirs Sensuels yx jie (kämadhätu) ;
— le Monde de la Matière, de la Forme se jte (râpa-
dhätu) ;
— le Monde Sans Matière, sans Forme de l'Esprit
œu se jte (arñpadhätu).

Kôüan 38

1. Zhaozhou Congshen*.
2. Il s’agit de Bodhidharma*.
3. wu : néant.
4. Shijia. Transcription chinoise du sanskrit Säkya
(ou : Cakya ou encore Shäkya), nom de la famille
du Bouddha, Siddhärta Gautama. Leurs souverains
régnèrent dans une région qui correspond au Népal
méridional actuel. Leur capitale se nommait Kapi-
lavastu. Le Bouddha y naquit.
5. Mile (ou Miluo). Voir £ôan 5, note 4.
6. ski. Voir : #üan 16, note 7.
7. ji. Voir : #üan 11, note 5.

Kôüan 39

1. Yunmen Wenyan*.
2. hesha. Allusion au Gange.
3. Zhangzhuo : lettré qui avait passé les examens
officiels (il avait réussi le grade de shenxiu, ce que
nous rendons par talentueux). Il suivit l’enseigne-
ment de Shihuang Qingzhu.
4, Sixin Wuxin*.

157
S. gu wei :
Gu : orphelin, seul, isolé, unique, solitaire.
Wei : dangereux, élevé, escarpé, haut.
6. ski. Au sens de professeur, de sage.

Kôan 40

1. Guishan Lingyu*.
2. dian zuo.
3. Baizhang Huaihaï*.
4, Nom de la montagne où se situe le futur monas-
tère.
5. skou zuo : littéralement place d'honneur.
6. jing ping : c’est-à-dire de l’eau potable.
7. zhong : lourd, au second degré grave, sérieux.
8. ging : léger, au second degré facile, frivole.

Kôan 41

1. Damo: abréviation pour Bodhidharma*.


2. La légende veut que Bodhidharma médita plu-
sieurs années face à un mur, au monastère Shaolin.
3. Ils’agit du Deuxième Patriarche dela lignée chi-
noise : Huike*.
4, Par cette mutilation restée célèbre, Huike
entendait montrer sa ferveur envers l’étude du
Chan/Zen.
5. xin :esprit.
6. Ils’agit de Bodhidharma. Rappelons qu’il n’était
pas Chinois.

158
7. Bodhidharma était déjà âgé à cette époque. Une
légende voudrait que des moines envieux aient
tenté de l’empoisonner. Il perdit alors ses dents.
8. li :unité de longueur. L'expression « dix mille 4»
est un terme générique indiquant une longue dis-
tance, incalculable.
9. Bodhidharma se rendit d’Inde vers la Chine et
débarqua à Canton.
10. wu feng gi lang. Cette expression en quatre
caractères indique l’idée de chercher des histoires
à quelqu'un sans raison.
11. /u gen. Les Six Organes des Sens (#rdriya) :
— œil (yen);
oreilles (er) ;
— nez (bi);
langue (ske) ;
corps (shen) ;
— pensée, esprit, intelligence (y1).
12. Allusion au Maître Xuansha Shibei (835-908 ;
Dynastie Tang). Pêcheur illettré jusqu’à l’âge de
trente ans, Xuansha Shibei n’était même pas
capable de lire les quatre caractères gravés sur une
pièce de monnaie. Pourtant, il finit par entrer dans
un monastère où il rencontra Xuefeng Yicun* qui
devint son Maître. II fut lui-même un grand Maître,
à l’origine de l’Ecole Fayan.
13. ysr, cf. Füan 2, notes.
14. 541, cf. £ôan 16, note 7.

159
Kôüan 42

1. sAisun. Cf. küan 6, note 1.


2. Wenshu : (en sanskrit : Mañjuéri, en japonais :
Monju Bosatsu) Bodhisattva de la Sagesse. En tant
qu’assistant du Bouddha, il se tient à sa gauche (tan-
dis que Puxian (Samantabhadra) se tient à la droite
du Bouddha et symbolise la rectitude). L’'icono-
graphie le représente souvent assis sur un lion mais
aussi sur un paon ou sur un lotus blanc. Il est parti-
culièrement honoré sur le Wutai shan (cf. #üan 31,
note 2).
3. san mei:voir note 5, ci-dessous, et #0an 1, note 14.
4, Fantian (en sanskrit : Brahmadeva) : Brahmä est
une divinité de l’Hindouisme. Il fait partie d’une
trinité avec Vishnu et Shiva. Brahmä règne sur le
monde.
5. chu ding : sortir de l’état de méditation
(dhyänalchan), c’est-à-dire d’un recueillement de
l'esprit dû à la concentration et à la méditation
(samädM, cf. note 3). Le sens contraire se dit rx ding
(cf. ci-dessous, note 15).
6. hesha : voir #üan 39, note 2.
7. pusa : abréviation de purisaduo (en sanskrit:
bodhisattva). Le bodhisattva est celui qui a obtenu
l’Éveil mais refuse d’entrer dans le #irv4na, à des-
sein de se consacrer à une seule mission : sauver les
autres êtres humains (aspect fondamental du Mahä-
yäna).
8. Wangming, nom chinois de Jäliniprabhä. Un des
huit jeunes suivants de Mañjusri (cf. ci-dessus, note
2). Correspond au Sud. Il tient un filet.

160
9. da shi (en sanskrit : mahäsattva) : titre donné au
Bouddha aux bodhisattoa et aux bouddha. Transcrit
les notions de noble, grand, sage. En chinois 54;
signifie aussi lettré, fonctionnaire, soldat.
10. Shijia, cf. #6en 38, note 4.
11. gifo : (en sanskrit : szpta buddha). Ce sont:
— Piposhi (Vipasyn) ;
— Shiqi (Sikhin);
— Pishepo (Visvabhôü) ;
— Julousun (Krakucchanda) ;
— Junahanmouni ou Junahan (Kanakamuni) ;
— Jiaye (Käsyapa);
— Shijia (Säkyamuni).
12. chu di : di désigne la terre mais également la
région, le sol (en sanskrit : prfhivi). Dans le Boud-
dhisme, 4 fait référence aussi au rang spirituel
atteint par un bodhisarrva vers l’état de bouddha. Ces
grades sont au nombre de dix (s# di, en sanskrit :
dasabhâñmi).
13. 541 : connaître, savoir, avoir conscience de,
percevoir (en sanskrit : uf/näna).
14. ye : (en sanskrit : acte, action). Toute action
implique une rétribution, une conséquence, dans
une autre vie.
15. da ding : (en sanskrit samädhi) : voir note 5 ci-
dessus et £üan 1, note 14. ,
16. nagie:(en sanskrit: #@ga). Etres bienveillants et
protecteurs. Divinités aquatiques qui apportent la
pluie. Serpents, à l’origine, ils sont plus particulière-
mentreprésentés en Chine etau Japon sous la forme
de dragons.

161
Kôan 43

1. Shoushan Xingnian*.
2. nian : cf. kôan 6, note 3.
3. zhu bi : (en japonais : skippei) bâton de bambou
d’une cinquantaine de centimètres qui servait à sti-
muler les disciples (aide à la concentration, obten-
tion de l’Éveil) par un coup assené à un moment
approprié (il ne s’agit en aucun cas d’une punition).
4, chu : toucher, contact. Impliquant l’idée de
souillure, due au monde extérieur.
5. bei : dos, tourner le dos, en opposition.

Kôan 44

1. Bajiao Huiqing*.
2. zhang : bâton servant notamment de canne, de
soutien, lors d’un déplacement ou d’une pérégrina-
tion.
3. diyu : littéralement la prison de la terre (en
sanskrit : zaraka). Le Bouddhisme reconnaît trois
sortes d’enfers :
— l’enfer central qui comprend les huit enfers brû-
lants et les huit enfers froids ;
— les enfers secondaires ;
— les enfers isolés dans les montagnes et les déserts,
au-dessus et au-dessous de la terre.
Yama est le maître des enfers.
4. shen : profondeur. gian : superficiel, peu pro-
fond.

162
S. song feng. Dans le Chan désigne la doctrine éla-
borée par le fondateur de l’École.

Kôüan 45

1. ski zu.
2. Ils’agit de Wuzu Fayan*.
3. Shijia : voir £6an 38, note 4.
4, Mile ou Miluo: voir #6an 5, note 4.
. Ja: il, lui, mais aussi l’autre en opposition à & :
soi-même.

Kôan 46

1. Shishuang Chuyuan*.
2. chi : mesure de longueur qui oscilla au cours des
époques entre 20 et 35 centimètres.
3. Allusion à Changsha Jingcen*.
4. shifang shijte : les quatre points cardinaux (Nord,
Sud, Est, Ouest) accompagnés des points collaté-
raux (Nord-Est, Sud-Est, Nord-Ouest, Sud-Ouest)
ainsi que le nadir et le zénith.
5. ding men yan :il s’agit de l’œil placé sur le front de
Mahes$vara (en chinois : Moxishouluo, ou Daizi-
zaitian ; en japonais : Makeishura Ten, ou Daijizai
Ten). Mahe$vara est un aspect bouddhique du dieu
de l’Hindouisme, Shiva, lui-même dieu de la des-
truction qui sait aussi anéantir l'ignorance (av:4yà;
en chinois : wu ming) signifie littéralement sans
lumière).

163
Kôan 47

1. Doushuai Congyue*.
2. bo cao can xuan : c’est-à-dire extirper l'ignorance
et rechercher le sens caché de la doctrine du Boud-
dha.
3. xing : cf. küan 1, note 2.
4, shi:(en sanskrit : v#/#@na) percevoir, discerner,
comprendre, connaître.
5. au moment de mourir.
6. si da (en sanskrit : mahäbhäta) : les Quatre
Grands ou les Quatre Mondes sz7e sontles Quatre
Éléments qui composent toutes les choses : Terre,
Eau, Feu, Air.
7. yuan : voir kGan 2, note 13.
8. zong.
9. 71e : voir #üan 9, note 3.
10. wv lang : voir #üan 12, note 7.
11. 54: : voir £6an 16, note 7.

Kôan 45

1. Yuezhou Qianfeng*.
2. bhagavän où bhagavat : (en chinois : hogte fan)
vénérable, révéré. Ce terme s’applique aux houd-
dha.
3. shi fang : voir #üan 46, note 4.
4. niepan : abréviation de riepan'na, transcription
du sanskrit ##rv0äna. Le nirväna désigne la mort, non
comme un drame signifiant la fin de la vie, mais en
tant que suppression de la vie vers un état de béati-

164
tude. Celui qui entre dans le rirväna se débarrasse
des souffrances de la vie, n’est plus astreint aux réin-
carnations, se libère totalement pour entrer dans
l’Absolu.
5. nian : voir £ôan 6, note 3.
6. xhang : voir #üan 44, note 2.
7. Yunmen Wenyan*.
8. san shi san tian : (en sanskrit : frayastrim$as) le
trente-troisième ciel est le lieu où habite le dieu
Indra. Sa capitale, Sudarsana (en chinois : Shu-
sheng), est située sur le mont Sumeru. (Voir note
suivante.) /
9. Dishi : en sanskrit : Sakra ou Indra. Indra règne
sur les trente-deux va (divinités) qui habitent sur
les trente-deux sommets du mont Sumeru (huit pics
localisés sur chacun des quatre points cardinaux.)
Les êtres du peuple de Sudarsana vivent 1 000 ans.
10. cher : (en sanskrit : guna) il s’agit de la poussière
du monde (lieu de souillure), des sensations qui per-
mettent d'appréhender le monde par les six sens :
vue, odorat, toucher, ouïe, goût et pensée.
11. zong sheng : c’est-à-dire la doctrine propre à
chaque Ecole.
_ LISTE DES MAÎTRES
CITÉS DANS LE WUMENGUAN

On trouvera ci-dessous, par ordre alphabé-


tique, les noms des Maîtres qui, dans le corps
du texte, sont suivis d’un astérisque.
Le nom chinois est suivi de sa transcription en
japonais.
Les chiffres indiquent le numéro du #6an où
ce Maître apparaît.

ANANDA/Anan

Cousin du Bouddha dont il fut le disciple et


le serviteur. Il possédait une mémoire prodi-
gieuse et prit parti pour l'institution des couvents
féminins. Deuxième Patriarche de la lignée

166
indienne, il participa au Premier Concile boud-
dhique.
(kôan 22, 32)

BAIZHANG HUAIHAI/Hyakujô Ekai

720-814 (Dynastie Tang)


Ce disciple etsuccesseur de Mazu Daovyi, éta-
blit des règles monastiques.
(£ôan 2, 40)

BAJIAO HUIQING/Bashô Eshô

x° siècle (Période des Cinq Dynasties-début


de la Dynastie Song)
Coréen, il se rendit en Chine suivre l’ensei-
gnement de Nanta Guangrun dont il devint le
successeur.
(£ôan 44)

BODHIDHARMA (en chinois : Putidamo ; en japo-


nais : Bodaidaruma)

Vingt-Huitième Patriarche du Chan (de la


lignée indienne) et Premier Patriarche du Chan

167
chinois. Bodhidharmaétaitindien, peut-être fils
de roi. Assez âgé, il s’embarqua pour la Chine ; il
accosta à Canton puis vint visiter l'Empereur
Wu (502-549) de la Dynastie Liang (502-557)
dont le siège de la capitale se situait à Nankin.
Bien que l'Empereur appréciât le Bouddhisme,
la conversation tourna court. Bodhidharma se
rendit alors au monastère Shaolin sur la mon-
tagne Song (province du Henan) où il resta neuf
années en méditation face à un mur. Il transmit
le patriarcat à Huike, puis, on perdit sa trace : il
retourna peut-être en Inde à moins qu'il ne
mourût en Chine à un âge avancé.
(kan 2, 4, 41)

BOUDDHA

Siddhärtha Gautama, de la famille Säkya.


560 ?- 480 ? av. J.-C.
Fondateur du Bouddhisme.
(kôan 32, 38)

168
CAOSHAN BENJI/Sôzan Honjaku

840-901 (Dynastie Tang)


Il eut pour Maître Dongshan Liangjie qui
le mena à l’Illumination. Tous deux fondèrent
l'Ecole Caodong (en japonais : Sôtô).
(£ôan 10)

CHANGSHA JINGCEN/Chôsha Keijin

mort en 868 (Dynastie Tang)


Disciple et successeur de Nanquan Puyuan,
il prêcha en moine errant.
(£ôan 46)

DAMEI FACHANG/Daibai H6j0

752-839 (Dynastie Tang)


Disciple etsuccesseur de Mazu Daoyi. Maître
de Hangzhou Tianlong.
(kôan 30)

169
DESHAN XUANJIAN/Tokusan Senkan

781 ?-867 ? (Dynastie Tang)


Disciple etsuccesseur de Longtan Chongxin.
Spécialiste du SÂrra du Diamant dont il rédigea
des commentaires. D’abord adepte de l’École
du Nord, il embrassa l’École du Sud (Cf. l’en-
trée « Huineng »).
(k6an 13, 28)

DONGSHAN SHOUCHU/Tôsan Shusho

910-990 (Période des Cinq Dynasties et


début de la Dynastie Song)
Disciple et successeur de Yunmen Wenyan.
(£ôan 15, 18)

DOUSHUAI CONGYUE/Tosotsu Jâetsu

1044-1091 (Dynastie Song)


Maître de l'Ecole Linji, disciple d’un disciple
de Huanglong Huinan.
(kôan 47)

170
FAYAN WENY1/Hôgen Buneki

885-958 (Dynastie Tang et période des Cinq


Dynasties)
Disciple et successeur de Luohan Guichen
qui le mena à l’Illumination. Son Maître avait
été le disciple de Xuansha Shibe:i. Fayan connut
un très grand succès durant son vivant au point
que l’École Xuansha devint l’École F ayan.
(#ôan 26)

FENGXUE YANZHAO/Fâketsu Enshô

896-973 (Dynastie Tang et période des Cinq


Dynasties)
Disciple et successeur de Nanyuan Huiyong.
Nanyuan Huiyong fut lui-même disciple d’un
disciple de Linji Yixuan (Ecole Linji).
(£ôan 24)

GUISHAN LINGYU (ou : WEISHAN LINGYU)/Isan


Reiyà

771-853 (Dynastie Tang)


Disciple puis successeur de Baizhang Huai-
hai. Ce célèbre Maître eut de nombreux dis-

Li
ciples dont Yangshan Huiji avec qui il fonda
l’École Guiyang (Igyô en japonais).
(kôan 40)

HANGZHOU TIANLONG/K6ôshà Tenryû

IX" siècle (Dynastie Tang)


Maître de Juzhi.
(kôan 3)

HUANGBO XIYUN/Obaku Kiun

mort en 850 (Dynastie Tang)


Disciple et successeur de Baizhang Huaihaiï
puis Maître de Linji Yixuan.
(4ôan 2)

HUO’'AN SHITI/Wakuan Shitai

1108-1179 (Dynastie Song)


Disciple et successeur de Huguo Jingyuan,
lui-même un des disciples de Yuanwu Keqin, le
compilateur du Biyanlu, « Recueil de la Falaise
Verte ».

(#ôan 4)

172
HUIKE/Eka

487-593 (Période des Dynasties du Nord et


du Sud, début de la Dynastie Sui)
Deuxième Patriarche du Chan, successeur de
Bodhidharma dont il suivit l’enseignement au
monastère Shaolin. Après la disparition de son
Maître, il vécut incognito en moine errant. Il
serait mort à Chang’an (actuelle Xian), capitale
des Empereurs Sui, peut-être tué par d’autres
moines jaloux. Il fut le Maître de Sengcan qui
devint le Troisième Patriarche.
(£Zôan 41)

HUINENG/Enô

638-713 (Dynastie Tang)


Huineng, pauvre garçon illettré, obtint l’Il-
lumination en écoutant quelqu'un réciter le
Sâtra du Diamant. Ensuite, il n’eut de cesse de
rejoindre un couvent. Son rêve se réalisa... 1l
entra aux cuisines. Ce monastère était dirigé par
Hongren, Cinquième Patriarche du Char. Un
jour, Hongren décida de choisir un successeur.
Il demanda à ce qu’un court texte sur le Chan
soit composé. Shenxiu fut le plus brillant des
disciples et tous crurent qu’il deviendrait le suc-
cesseur du Maître, lorsque Huineng abandonna

173
ses tâches ménagères et répondit plus subti-
lement encore. Cette joute oratoire créa la
première scission du C#ar. Hongren reconnut
Huineng pour successeur mais il dut agir en
cachette et de nuit, l’encourageantensuite à fuir
vers le Sud. Huineng dut attendre de nom-
breuses années avant de révéler son identité et
de pouvoir prêcher ; en effet, des partisans de
Shenxiu le poursuivirent longtemps de leur
fureur au point de tenter de l’assassiner. Cette
querelle alla plus loin qu’une simple passation
de pouvoir. Shenxiu devint le chef de l’Ecole
du Nord qui mettait en exergue l’obtention de
l’Ilumination par l'étude des s/ra (Gradua-
lisme) tandis que l’École du Sud de Huineng
s’attachait à l’Illumination soudaine (Subi-
tisme). L'École du Nord déclina: Huinengreste
dans l’Histoire comme le Sixième Patriarche.
(kôan 23, 29)

JUZHI/Gutei

Dynastie Tang (dates de naissance et de


décès inconnues)
Disciple de Hangzhou Tianlong.
(#6an 3)

174
KASYAPA ou MAHAKASYAPA (en chinois :Jiaye ; en
Japonais : Dai Kashô)

v° siècle avant J.-C.


Disciple du Bouddha et Premier Patriarche
du Chan (de la lignée indienne). Après le décès
du Bouddha, il dirigea la communauté qui s’était
rassemblée. Il convoqua le Premier Concile
bouddhique en vue de raffermir la discipline
quotidienne qui s'était relâchée et entra en
conflit avec Ananda.
(£ôan 2, 6, 22)

LONGTAN CHONGXIN/Ryôtan Sôshin

IX" siècle (Dynastie Tang)


Disciple et successeur de Tianhuang Daowu
puis Maître de Deshan Xuanyjian.
(#ôan 28)

MAZU DAOY1/Baso Dôitsu

709-788 (Dynastie Tang)


Disciple et successeur de Nanyue Huairang,
il fut le Maître notamment de Baizhang Huaïhai
et de Nanquan Puyuan. De stature imposante,
il n’hésitait ni à secouer ses disciples aussi bien

175
verbalement que physiquement, ni à leur don-
ner des coups de bâton.
(kôan 30, 33)

NANQUAN PUYUAN/Nansen Fugan

748-834 (Dynastie Tang)


Disciple et successeur de Mazu Daoyi qui
le mena à l’Illumination. Il vécut seul trente
années sur le mont Nanquan avant de se décider
à accepter des disciples auprès de lui.
(#6an 14, 19, 27, 34)

NANYANG HUIZHONG/Nanyô Echû

mort en 775 ? (Dynastie Tang)


Muet jusqu’à l’adolescence, il se décida à
parler enfin devant un moine, lequel l’envoya
auprès de Huineng. Il resta ensuite quarante
années seul dans la montagne avant que l’'Empe-
reur Suzong (756-762) l'invite à sa cour. Nanyang
Huizhong devint son Maître puis celui de son
successeur Daizong (762-779). Cet honneur lui
valut le titre de « Maître de la Nation » (guoshi)
qu’il fut le premier à porter.
(#ôan 17)

176
RUIYAN SHIYAN/Zuigan Shigen

IX° siècle (Dynastie Song)


Disciple et successeur de Yantou Quanhuo.
(kôan 12)

SHISHUANG CHUYUAN/Sekisô Soen

986-1039 (Dynastie Song)


Maître de l’Ecole Lainji, il eut pour disciples
Yangqi Fanghui et Huanglong Huinan.
(£ôan 46)

SHOUSHAN XINGNIAN ou SHOUSHAN SHEN-


GNIAN/Shuzan Shônen

926-993 (Période des Cinq Dynasties et


début de la Dynastie Song)
Maître de l’École Linyi.
(40an 43)

177
SIXIN WUXIN/Shishin Goshin

1044-1115 (Dynastie Song)


Disciple d’un disciple de Huanglong Huinan
(École Linji).
(k6an 39)

SONGYUAN CHONGYUE/Shôgen Sôgaku

1139-1209 (Dynastie Song)


(#6an 20)

WEISHAN LINGYU (voir : GUISHAN LINGYU)

WUZU FAYAN/Goso H6en

mort en 1104(Dynastie Song)


Maître de l’École Linji. Il eut pour Maître
Baïiyung Shouduan, lui-même disciple de
Yangji Fanghui.
(kôan 35, 36, 37, 45)

178
XIANGYAN ZHIXIAN/Kyôgen Chikan

Mort en 853 ? (Dynastie Tang)


Disciple de Baizhang Huaïhai puis disciple et
finalement successeur de Guishan Lingyu.
(£ôan 5)

XINGYANG QINGRANG/K6y6 Shôjô

x°-XT° siècle (Dynastie Song)


Maître de l’École Guiyang.
(£ôan 9)

XUEFENG YICUN/Seppô Gizon

822-908 (Dynastie Tang)


Entré à l’âge de 9 ans dans les ordres, il obtint
l’Illumination vers 50 ans. Successeur de Deshan
Xuanjian.
(kôan 13)

179
YANGSHAN HUII/Kyôzan Ejaku

814-890 (Dynastie Tang)


Après avoir suivi l’enseignement de Mazu
Daoyi et de Baizhang Huaïhaiï, il devint le dis-
ciple de Guishan Lingyu. Ce dernier le mena à
l’Illumination et tous deux fondèrent l’École
Guiyang (Igyô, en japonais).
(kôan 25)

YANTOU QUANHUO/Gantô Zenkatsu

828-887
Ce disciple et successeur de Deshan Xuan-
jian connut une fin tragique. Des brigands atta-
quèrent son monastère. Les moines, apeurés,
s’égaillèrent sauf Yantou Quanhuo, plongé dans
la méditation. Furieux de ne rien trouver à
piller, les malfrats massacrèrent le Maître. Avant
de périr, celui-ci poussa un cri retentissant dont
le sens reste, depuis, un sujet de réflexion pour
les novices.
(#6an 13)

180
YUE’AN SHANGUO/Gettan Zenka

1079-1152 (Dynastie Song)


Maître de l’École Linji. Il fut le Maître du
Maître qui instruisit le Maître de Wumen
Huikai, compilateur du Wumenguan.
(Zôan 8)

YUEZHOU QIANFENGIEssh4 Kempô

IX" siècle (Dynastie Tang)


Disciple et successeur de Dongshan Liangjie.
(Z0an 48)

YUNMEN WENYAN/Ummon Bun'’en

864-949 (Dynastie Tang et Période des Cinq


Dynasties)
Célèbre Maître fondateur de l'École Yunmen,
une des « Cinq Maisons — Sept Écoles ». Un des
premiers à utiliser le principe du #5an.
(Z6an 15, 16, 21, 39, 48)

181
ZHAOZHOU CONGSHEN{T6shû Jâshin

778-897 (Dynastie Tang)


Célèbre Maître du Chan qui obtint l’Illumi-
nation très jeune, dès 17 ans. Il eut pour Maître
Nanquan Puyuan. Il commença à enseigner à
80 ans.
(kôan 1, 7, 11, 14, 19, 31, 38)
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CET OUVRAGE A ÉTÉ REPRODUIT
ET ACHEVÉ D'IMPRIMER SUR ROTO-PAGE
PAR L'IMPRIMERIE FLOCH À MAYENNE
EN FÉVRIER 1995

Éditions du Rocher
28, rue Comte-Félix-Gastaldi
Monaco

Dépôt légal : février 1995.


N° d'édition : CNE section commerce et industrie
Monaco : 19023.
N° d'impression : 37128.
Imprimé en France
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ujourd'hui, on connaît surtout le chan par son nom
japonais, à savoir le zen.
Importé d'Inde au VI: siècle par Bodhidharma lors-
qu'il accosta à Canton, le chan allait révolutionner le
bouddhisme chinois. Syncrétisme du bouddhisme et de l'esprit
taoïste, le chan se transmet de maître à disciple. L'adepte
cherche à obtenir l’illumination par la méditation (chan) : il
prend conscience de sa nature, du Vide et de l’Un. Une spécifi-
cité du chan tient à l'usage du koan (prononciation japonaise
du gong'an), sorte de paradoxe que le maître soumet à son
disciple et qui est censé le conduire à l'illumination.
On dénombre à peu près 1 700 koan. Au XII: siècle, un moine
chinois, Wumen Huikai, rassembla les 48 plus célèbres. Il y
ajouta un commentaire personnel et intitula sa compilation
Wumenguan, « La Barrière Sans Porte ». Lorsqu'il revint dans
sa patrie en 1254, le Japonais Kakushin avait, dans ses bagages,
un exemplaire du Wumençuan qu'il diffusa dans son pays
avec un immense succès. Il propagea ainsi la méthode des
koan et introduisit les principes de l'École /inji (rinzai).
Le Livre de la sagesse zen propose une nouvelle traduction
annotée des 48 koan du Wumenguan. Le lecteur y découvrir:
ainsi les plus brillantes questions posées par les grands
maîtres du zen ; à lui d'y trouver sa propre réponse.

La traductrice, Eulalie Steens, est spécialisée dans l'histo


et l’art de la Chine ancienne. Elle a déjà publié V'Astrolo
chinoise ef La Chine antique.

9388093 Sd 95F
ISBN 2 268 019233

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