Généralités : Etude sur les Incertitudes de Mesures
L'appareillage ainsi que les méthodes utilisées n'étant pas parfaits, les grandeurs physiques (masse, temps, …)
sont toujours déterminées de manière approchée. Ainsi, toute mesure est entachée d’une certaine incertitude
due aux imperfections de l’instrument utilisé et des erreurs faites par l'opérateur.
I- Types d’incertitudes
Il y a plusieurs types d’incertitudes :
a- Incertitude systématique
Incertitude systématique = la plus petite grandeur, qu’on peut mesurer avec un instrument.
Elle provient de la limite de la mesure permise par l’instrument utilisé.
Exemples :
1- L’incertitude systématique provenant de la mesure d'une longueur (l), par une règle graduée en millimètres
est 1 mm, car la plus petite longueur qu’on peut mesurer avec cette règle est 1 mm. Dans ce cas :
(l )systématique = 1 mm. ( Représente ici le symbole de l’incertitude).
2- Une balance digitale (numérique) qui permet des mesures avec un chiffre après la virgule
(m = 12,4 g par exemple), a une incertitude systématique (m) systématique = 0,1 g.
b- Incertitude accidentelle
Cette incertitude est due à l'opérateur, lorsqu’il fait n mesures (g1, g2,..., gn) d’une grandeur physique G dans
les mêmes conditions. Pour la calculer, on prend la valeur moyenne:
𝟏
𝒈𝒎𝒐𝒚𝒆𝒏 = (𝒈𝟏 + 𝒈𝟐 + ⋯ + 𝒈𝒏 ) 𝒏 ≥ 𝟐
𝒏
L’incertitude accidentelle est la valeur la plus grande entre les écarts moyen |𝒈𝒎𝒐𝒚𝒆𝒏 − 𝒈𝒊 | (i = 1, 2, …, n) :
(𝐠)𝐚𝐜𝐜𝐢𝐝𝐞𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞 = 𝐬𝐮𝐩 {|𝐠𝐦𝐨𝐲𝐞𝐧 – 𝐠𝟏|, |𝐠𝐦𝐨𝐲𝐞𝐧 – 𝐠𝟐|, … , |𝐠𝐦𝐨𝐲𝐞𝐧 – 𝐠𝐧|}
Cette incertitude provient par exemple :
- des erreurs de parallaxe (l’œil de l’opérateur n’est pas perpendiculaire au plan de la lecture),
- du mauvais choix du calibre de l’appareil (voltmètre, ampèremètre, …),
- de la finesse du spot d’un oscilloscope male réglée.
c- Incertitude absolue
L’incertitude absolue g est la somme des deux incertitudes précédentes :
g = (g) systématique + (g) accidentelle
C’est une quantité toujours positive et de même unité que G. La valeur exacte g sera donc comprise entre :
gmoyen - g et gmoyen + g, c'est à dire : gmoyen - g ≤ g ≤ gmoyen + g.
NB :
g est toujours très inférieure à g (g << g).
g est toujours positive (g ≥ 0).
3
g = (g) systématique lorsqu’on fait une seule mesure.
Exemple :
On veut mesurer la longueur (l) d’un fil à l’aide d’une règle graduée en millimètres.
L’incertitude systématique dans ce cas est : (l) systématique = 1 mm = 0,1 cm.
Pour déterminer l’incertitude accidentelle, on fait cinq mesures successives (i = 1, 2, 3, 4, 5) de la longueur
(l). On trouve alors les valeurs suivantes :
l1 =13 cm; l2 =13, 4 cm; l3 =13, 6 cm; l4 =13, 5 cm; l5 =13 cm.
La valeur moyenne de l est : l moyen = 13,3 cm.
Les écarts en valeur absolue |lmoyen-li| (avec i = 1, 2, 3, 4, 5) par rapport à la moyenne sont :
0,3 cm ; 0,1 cm ; 0,3 cm ; 0,2 cm ; 0,3 cm.
Le plus grand écart (sup |lmoyen-li|) est égal à 0,3 cm. Il correspond à l’incertitude accidentelle ( l) accidentelle.
L’incertitude absolue (l) est :
l = (l) systématique + (l) accidentelle = 0,1 cm + 0,3 cm = 0,4 cm
Le résultat final sera écrit sous la forme : l = (13,3 ± 0,4) cm.
La valeur réelle de l (inconnue), se trouve dans l'intervalle [(13,3 - 0,4) cm ; (13,3 + 0,4) cm], c'est-à-dire
dans l'intervalle [12,9 cm ; 13,7 cm], ou encore : 12,9 cm ≤ l réelle ≤ 13,7 cm.
Remarque :
- Si dans une série de mesures, une valeur est trop écartée de la moyenne, elle doit être refaite.
- Le résultat d’une mesure g doit être toujours accompagné de son incertitude absolue g et de son unité
exprimée, en général, dans le système international [S.I].
G = (g ± g) unité
Il faut donner la valeur de l’incertitude absolue avec un seul chiffre significatif.
Exemple :
Le calcul de l’indice n d’un milieu donne le résultat suivant : n = (1,335 ± 0,052).
Ce résultat doit être arrondi ; on a alors : n = (1,34 ± 0,05).
d- Incertitude relative
∆𝒈
On appelle incertitude relative (ou précision) sur G, la quantité moyen . Elle est positive, sans unité et
𝒈𝒎𝒐𝒚𝒆𝒏
souvent exprimée en pourcentage (%). Elle renseigne mieux que l’incertitude absolue sur le degré
d’exactitude d’une mesure. Une mesure est d’autant plus précise que son incertitude relative est faible.
Exemple :
𝒎𝟏 = (𝟐𝟎𝟎 ± 𝟏𝟎)𝐠 𝐞𝐭 𝐦𝟐 = (𝟏𝟎 ± 𝟏)𝐠
4
∆𝒎𝟏 𝟏𝟎 𝟓 ∆𝒎𝟐 𝟏 𝟏𝟎
= 𝟐𝟎𝟎 = 𝟎. 𝟎𝟓 = 𝟏𝟎𝟎 = 𝟓% Et = 𝟏𝟎 = 𝟎. 𝟏 = 𝟏𝟎𝟎 = 𝟏𝟎%
𝒎𝟏 𝒎𝟐
Bien que m1 > m2, la précision sur m1 (5%) est meilleure que celle sur m2 (10%).
II. Calcul d’incertitude
En général, la détermination d’une grandeur G s’effectue par la mesure d’autres grandeurs physiques
intermédiaires X, Y, Z, ... La grandeur G est alors définie par sa valeur g telle que
g = f(x, y, z, ...).
Connaissant les incertitudes Δx, Δy, Δz, … des mesures x, y, z, …, on détermine alors l'incertitude absolue
g en fonction de Δx, Δy, Δz, … en faisant un calcul d'incertitudes.
Pour faire ce calcul, on suit les étapes suivantes :
𝜕𝑔 𝜕𝑔 𝜕𝑔
- On calcul séparément les dérivées partielles , , …puis on détermine le différentiel dg :
𝜕𝑥 𝜕𝑦 𝜕𝑧
𝝏𝒈 𝝏𝒈 𝝏𝒈
𝒅𝒈 = 𝒅𝒙 + 𝒅𝒚 + 𝒅𝒛 + ⋯
𝝏𝒙 𝝏𝒚 𝝏𝒛
- On fait la majoration physique pour calculer g (d est remplacé par et les coefficients de dx ,dy,…sont
pris en valeur absolue).
𝝏𝒈 𝝏𝒈 𝝏𝒈
∆𝒈 = | | ∆𝒙 + | | ∆𝒚 + | | ∆𝒛 + ⋯
𝝏𝒙 𝝏𝒚 𝝏𝒛
Exemple1 :
2𝑥 1
𝑔 = −3𝑥𝑦 + + + 5𝑧 2
𝑡 4𝑧
1ère étape : Calcul des différentielles partielles :
𝜕𝑔 2 𝜕𝑔 𝜕𝑔 1 𝜕𝑔 2𝑥
= −3𝑦 + , = −3𝑥, = 10𝑧 − , =−
𝜕𝑥 𝑡 𝜕𝑦 𝜕𝑥 4𝑧 2 𝜕𝑡 𝑡2
ème
2 étape calcule du différentiel total dg :
2 1 2𝑥
𝑑𝑔 = (−3𝑥 + ) 𝑑𝑥 + (−3𝑥 )𝑑𝑦 + (10𝑧 − 2 ) 𝑑𝑧 + (− 2 ) 𝑑𝑡
𝑡 4𝑧 𝑡
3ème étape : majoration physique
2 1 −2𝑥
∆𝑔 = |−3𝑦 + | ∆𝑥 + |−3𝑥 |∆𝑦 + |10𝑧 − 2 | ∆𝑧 + | 2 | ∆𝑡
𝑡 4𝑧 𝑡
Lorsque l’expression de g comporte des produits et des quotients, on peut simplifier les calculs en utilisant la
"méthode des logarithmes", comme dans l’exemple suivant :
Exemple2 :
𝟐𝒙𝟐 (𝒚 − 𝟏)
𝒈(𝒙, 𝒚) =
𝒙 − 𝟒𝒚
𝒍𝒏𝒈 = 𝒍𝒏(𝟐𝒙𝟐 ) + 𝒍𝒏(𝒚 − 𝟏) − 𝒍𝒏(𝒙 − 𝟒𝒚) => 𝒅(𝒍𝒏𝒈) = 𝒅(𝒍𝒏(𝟐𝒙𝟐 ) + 𝒅(𝒍𝒏(𝒚 − 𝟏)) − 𝒅(𝒍𝒏(𝒙 − 𝟒𝒚)))
D’où :
𝒅𝒈 𝒅(𝟐𝒙𝟐 ) 𝒅(𝒚 − 𝟏) 𝒅(𝒙 − 𝟒𝒚) 𝟐𝒅𝒙 𝒅𝒚 𝒅𝒙 𝟒𝒅𝒚
= + + = + − +
𝒈 𝟐𝒙𝟐 𝒚−𝟏 𝒙 − 𝟒𝒚 𝒙 𝒚 − 𝟏 𝒙 − 𝟒𝒚 𝒙 − 𝟒𝒚
Arrivé à ce stade, on doit regrouper les termes qui ont le même élément différentiel (dx et dy) :
5
𝑑𝑔 2 1 1 4 1 𝑥 − 8𝑦 𝑥−4
=( − ) 𝑑𝑥 + ( + ) 𝑑𝑦 = (( )𝑑𝑥 + ( )𝑑𝑦)
𝑔 𝑥 𝑥 − 4𝑦 𝑦 − 1 𝑥 − 4𝑦 (𝑥 − 4𝑦) 𝑥 𝑦−1
On passe ensuite aux incertitudes, en faisant la majoration physique et en remplaçant « d» par « »
𝑔 𝑥 − 8𝑦 𝑥−4
∆𝑔 = (| | ∆𝑥 + | | ∆𝑦)
|𝑥 − 4𝑦| 𝑥 𝑦−1
III. Comparaison des Valeurs et des Méthodes
Soient 1 g et 2 g deux valeurs d’une même grandeur G, obtenues par deux méthodes de mesure différentes,
avec les incertitudes absolues g1 et g2. Pour faire une comparaison, il y a deux façons :
1- Comparaison de deux valeurs en utilisant le théorème de comparaison : avant de dire que g1 est
égale environ à g 2, on doit appliquer le théorème suivant :
Si |g1-g2|g1+g2, alors la différence entre les valeurs g1 et g2 n’a pas de signification physique.
Dans ce cas, nous avons g1 ≈ g2 ; on peut dire alors que les intervalles g1 - g1 , g1 + g1 et g2 - g2 , g2
+ g2 ont une intersection non vide.
NB : Pour comparer deux valeurs, il faut toujours utiliser le théorème de comparaison.
∆𝑔1 ∆𝑔2
2- Comparaison de deux méthodes : Si < , alors la première méthode de mesure qui donne 1 g
𝑔1 𝑔2
est plus précise que celle qui donne g2.
Exemple : dans une expérience, la méthode d’association en série donne la valeur d’une résistance
Rs = (150 ± 1) , alors que l’association en parallèle donne Rp = (148 ± 2) . On a Rs / Rs = 0,007 et Rp
/ Rp = 0,014 ; la première méthode est donc la plus précise.
IV. Représentation graphique
1. Rappels Théorique
La représentation graphique de la fonction y = f(x) = ax + b est une droite.
Considérons deux points A1 (x1 , y1) et A2 (x2 , y2) de la droite D (Figure 1). On appelle pente de cette
𝒚𝟐−𝒚𝟏
droite, le rapport ; on montre que p = a.
𝒙𝟐−𝒙𝟏
Figure1
En mathématiques, quand le repère xOy est orthonormé, la pente p = tg est un nombre sans unité.
𝒚𝟐−𝒚𝟏
En physique, les grandeurs X et Y ont des unités. Par conséquent la pente 𝒑 = 𝒙𝟐−𝒙𝟏 a aussi une unité ; on
a donc 𝒑 ≠ 𝒕𝒈𝜶
2. Traçage d’une courbe
Chaque grandeur X (ou Y) est mesurée avec une certaine incertitude. Les résultats de mesure x ± x et y ± y
sont en général regroupés dans un tableau :
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Pour tracer la courbe Y = f(X), on procède de la façon suivante :
a- On commence par tracer les axes des abscisses X et des ordonnées Y sur les bords d'un papier millimétré ;
les unités de X et de Y doivent être indiquées (figure 2).
b- On choisit les échelles des axes de façon que la courbe occupe le maximum de surface du papier millimétré
(la pente d’une droite obtenue à partir de ce graphe sera alors la plus précise).
L’erreur commise généralement par les étudiants, est de commencer les graduations des axes par zéro, ce qui
donne une petite courbe. Alors que pour avoir une grande courbe, les valeurs maximales et minimales de X et
Y doivent être placées le plus près des bords du papier millimétré.
Pour déterminer l’échelle de l’axe horizontal, on mesure sur le papier millimétré la distance m (en
centimètres), entre le minimum (xmin) et le maximum (xmax) de X. La différence
(xmax - xmin) = a (unité) correspond alors à m centimètres. On obtient ainsi :
a (unité) m (cm).
Pour déterminer l’échelle verticale, on procède de la même façon. On note n, la distance mesurée en
centimètres sur le papier millimétré, entre ymin et ymax ; on pose ensuite (ymax - ymin) = b (unité) et on a : b
(unité) n (cm).
Cette échelle servira à placer les autres points expérimentaux Ai (xi , yi) sur le graphe. Soit par exemple x1
(avec xmin < x1 < xmax), l’abscisse d’un point A1 (x1 , y1). Pour placer x1 sur l’axe
horizontal, on doit déterminer la distance m'(en cm) entre xmin et x1 (figure 3). On utilise alors la règle de
trois suivantes :
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c- On place sur la courbe les points expérimentaux Ai (xi , yi) en les marquant avec des croix.
Lorsque la courbe n’est pas une droite, on joint ces points par des traits sans tenir compte des incertitudes.
d- Lorsque la courbe est une droite, on tient compte des incertitudes. La mesure exacte alors de chaque point
Ai (xi, yi) se trouve dans l’intervalle [xi -xi, xi + xi] pour l’axe des abscisses, et [yi -yi, yi+ yi] pour
l’axe des ordonnées. Ce qui se traduit sur le graphe par un segment horizontal de longueur 2 xi centré en xi
et par un segment vertical de longueur
2 yi centré en yi (figure 4).
Ceci permet de tracer un rectangle d’incertitude de cotés 2 xi et 2 yi, centré en Ai (xi, yi). Ce rectangle
contient l'ensemble des points dont les coordonnées x et y se trouvent dans les intervalles [xi - xi, xi + xi]
et [yi - yi, yi + yi].
Ils vérifient tous les relations :
xi - xi ≤ x ≤ xi + xi et yi - yi ≤ y ≤ yi + yi.
Remarque : si l'échelle ne permet pas de tracer un rectangle, ce dernier est réduit à un segment ou à un point.
yi+yi
yi
yi-yi
xi-xi xi xi+xi
Figure4
Autour de chaque point expérimental on trace un rectangle d’incertitude.
e- On trace ensuite deux droites limites D1 et D2 ayant respectivement la pente minimale p1 et la pente
maximale p2. D1 et D2 doivent passer par le maximum de rectangles d’incertitudes (exemple figure 5). Ceci
permet de calculer la pente moyenne pmoyenne et son incertitude pmoyenne comme suit :
𝒑 +𝒑 𝒑 −𝒑
𝒑𝒎𝒐𝒚𝒆𝒏𝒏𝒆 = 𝟏 𝟐 𝟐 Et ∆𝒑𝒎𝒐𝒚𝒆𝒏𝒏𝒆 = | 𝟏 𝟐 𝟐 |
f- L’échelle ainsi que le titre de la courbe doivent être indiqués sur le papier millimétré. On ne porte sur les
axes que les graduations principales (de dix en dix ou de un en un, etc.).
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Figure5