Sémiotique computationnelle et médias
Sémiotique computationnelle et médias
PRINTEMPS ÉRABLE
THÈSE
PRÉSENTÉE
DU DOCTORAT EN SÉMIOLOGIE
PAR
DAVIDE PULIZZOTTO
DÉCEMBRE 2019
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL
Service des bibliothèques
Avertissement
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formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles
supérieurs (SDU-522 – Rév.01-2006). Cette autorisation stipule que «conformément à
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intellectuelle. Sauf entente contraire, [l’auteur] conserve la liberté de diffuser et de
commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»
REMERCIEMENTS
Je tiens ainsi à remercier tous ceux qui ont rendu po_ssible le franchissement de la
ligne d'arrivée de ce parcours. Je veux avant tout commencer avec mes directeurs.
D'abord, Jean-Guy Meunier est, sans doute, le meilleur mentor qu'un doctorant peut
espérer, car avec lui, on apprend un métier. Sa générosité intellectuelle et sa manière
de gérer les ressources humaines qui collaborent avec lui facilitent le développement
des capacités, des compétences et des attitudes de chacun. Je ne finirai jamais de le
remercier pour tout l'apprentissage que j'ai pu faire grâce à lui. Je lui dois une grande
partie de la personne que je suis maintenant. Aussi, Louis Hébert a été un soutien
exceptionnel dans plusieurs phases du travail de recherche, grâce à ses précieux
conseils et ses réflexions. Son attention et son dévouement à son rôle de formateur est
admirable. Il a été toujours répondu présent lorsque j'en avais besoin. Son travail
professionnel et sa chaleur humaine ont été un guide nécessaire pour l'avancement de
ma recherche. Puis, mes collègues du LANCI-UQAM (Laboratoire d'analyse
cognitive de l'information) ont été une base fondamentale pour l'apprentissage et
l'avancement de cette recherche. Je n'aurais jamais pu écrire cette thèse sans les
interminables discussions et les collaborations avec Jean-François Chartier, dont sa
générosité et sa qualité en tant que chercheur ont été déterminantes pour moi. Ce
111
INTRODUCTION ........................................................................................................ 1
Figure Page
2.6 . 1atlon
Art1cu . de l' actant sur 1e carre' sem1otique
' . . .......................................... . 98
4.2 Distribution des 9 603 articles dans les sept sources d'information............ 196
4.14 Indices en soutien du choix du paramètre k pour le journal Métro ............. 230
5.1 Réseau global de tous les clusters créés dans la phase de regroupement
automatique des documents similaires........................................................ 242
X
5.2 Représentation graphique de tous les clusters avec un filtre des liens fixé
à 0,77 et l'application de l'algorithme Force Atlas 2 .................................. 243
5.3 Détail de la figure 5.2. Encerclé en rouge les 11 clusters sélectionnés....... 245
5.14 Représentation graphique des 117 clusters qui ont été annotés avec le
seuil du filtre des liens fixé à 0.6 ................................................................. 306
5.1 7 Détail de la figure 5.14 ... .. ... ... ...... .. ... .... .... ........ .... .. .... ..... .. .. .. ... ...... .. ... ... .... 313
5.19 Détail de la figure 5.14. Les clusters JQ_4 _et JQ_6 sont représentés à
gauche, le cluster JQ_ 14 à droite. La figure montre leur isolement............ 318
5.23 Détails de la figure 5.14. Les clusters PR_41 (a), PR_21 (b), PR_23 (c) et
PR_29 (d) sont représentés.......................................................................... 329
5.24 Détail de la figure 5.14. Les clusters SO_19 et SO_28 sont représentés
avec leurs connexions.................................................................................. 334
5.27 Détail de la figure 5.14. Les clustersRC_16 et RC_28 sont représentés..... 346
6.4 Jeu de données à deux dimensions représentées dans un espace plan......... 375
6.6 Histogrammes des distances de toutes les paires possibles parmi 100
. ec
pomts , h antl·11onnes
, de mamere
. ' [Link] ................................................ . 377
6.8 Génération d'une trame narrative simple par un automate fini .................. . 386
LISTE DES TABLEAUX
Tableau Page
3.3 Exemple d'un programme narratif complété par son opposé ..................... . 183
4.2 Résumé des fréquences des signatures par source d'information .............. . 197
4.6 Description des fréquences des mots dans les articles................................. 201
4.8 Nombre total par partie du discours en ordre décroissant ........................... 206
XlV
4.11 Les 20 mots les plus fréquents du corpus, en excluant le mot « étudiant » 210
4.12 Les 20 mots les plus fréquents par source d'information............................ 211
4.18 Exemples de codes des annotations, avec leurs racines sémantiques, les
suffixes syntaxiques et les rôles actantiel correspondant ............................ 233
4.19 Les 20 codes les plus fréquents du processus de lecture et d'analyse des
articles.......................................................................................................... 235
4.20 Les 20 codes les plus fréquents pour le journal Metro et le Journal de
Montréal...................................................................................................... 236
4.21 Les 20 codes les plus fréquents pour le Journal de Québec et le site-web
Radio-Canada.............................................................................................. 237
4.22 Les 20 codes les plus fréquents pour Le Devoir et La Presse ..................... .238
4.23 Les 20 codes les plus fréquents pour Le Soleil ........................................... ; 238
5.10 Taille de chaque cluster avec son rang dans la partition du journal
correspondant............................................................................................... 296
5.11 Exemples de titres similaires pour les articles pareils entre le Journal de
Québec et le Journal de Montréal............................................................... 312
DE Le Devoir
JM Le Journal de Montréal
JQ Le Journal de Québec
ME Métro (Montréal)
PN Programme narrative
PQ Parti Québécois
PR La Presse
QS Québec solidaire
RC Radio-Canada
so Le Soleil
SQ Sûreté du Québec
Mais que signifie numérique ou computationnel pour les humanités? Cette thèse
présente une piste de réponse à ce genre de questionnement à l'aide d'une
démonstration de faisabilité. Pour ce faire, une pratique pertinente dans ce contexte
est identifiée, soit l'analyse de texte assistée par ordinateur (ATO). En effet,
l'analyse de texte est l'une des pratiques les plus répandues en humanités et constitue
également l'un des objets d'étude privilégiés de la sémiotique. Par la suite, un cas
d'étude est identifié dans le domaine des médias et, plus particulièrement, dans le
champ de l'analyse de presse. Le printemps érable, le mouvement estudiantin
québécois de 2012, a été choisi en raison de sa large couverture journalistique, ce qui
garantit la possibilité d'obtenir un grand nombre d'articles de presse traitant ce
phénomène socio-politique.
Les résultats montrent que la chaîne de traitement est pertinente pour l'exploration
d'un corpus de grande taille. En effet, de grands agglomérats de macrostructures
sémantiques similaires ont été identifiés de manière transversale aux différentes
sources d'information. On identifie, par exemple, que le discours électoraliste est un
. '
XX
des plus fréquents du corpus, ainsi que les débat sur les négociations entre les
étudiants et le gouvernement. On identifie aussi certaines spécificités selon le journal,
comme la mise en valeur du concept d'éducation par le journal Le Devoir, ou des
concepts économiques par Le Journal de Montréal. Chaque résultat obtenu constitue
ainsi une piste de recherche pour l'approfondissement de la couverture journalistique
sur le printemps érable.
Enfin, les humanités n'ont pas de raison de craindre la révolution numérique amenée
par le développement de l'intelligence artificielle, mais elle devrait plutôt en profiter
pour augmenter ses capacités d'analyse des phénomènes humains et sociaux.
Mots clés:
Mais, qu'est-ce que le numérique? Qu'est-ce que l'adjectif «numérique» signifie dans
la locution «humanités numériques»? Ces mêmes questions se posent pour la locution
« sémiotique computationnelle » : qu'est-ce que le computationnel en sémiotique?
Nous tenterons de répondre à ces questions tout au long de ce travail de recherche.
Pour commencer, soulignons un premier aspect qui, bien qu'il puisse sembler trivial,
mérite selon nous une plus large réflexion de la part des chercheurs en humanités.
L'adjectif numérique ou computationnel ne peut pas se limiter à qualifier des
pratiques de recherche qui utilisent une technologie numérique dans le cadre des
sciences humaines et sociales. L'interaction avec le numérique est un phénomène
plus profond, qui concerne les racines épistémologiques des sciences humaines. Pour
explorer davantage ce que le numérique implique, nous proposons de l'appréhender
par le biais d'un terme qui a été défini dans le « Dictionnaire raisonné de la théorie
du langage » (Greimas et Courtés, 1979) et qui appartient au groupe des concepts les
plus négligés par la sémiotique, soit celui d' a lgorithme. En effet, ce concept
constitue une porte d'entrée pour une compréhension approfondie du numérique et du
computationnel. Ces auteurs nous l'offrent déjà prêt à l'emploi, dans un contexte de
sciences humaines et, plus spécifiquement, en sémiotique.
Cette définition d'algorithme peut servir de base pour la définition des termes
« numérique » et « computationnel » dans un contexte de recherche en sciences
humaines, car elle élargit leurs divers sens en intégrant les pratiques de travail déjà en
place en science humaines. En effet, cette définition met en relief un concept très
important, soit celui de programme, considéré comme une suite d'opérations
formelles, bien définies et ayant pour but d'accomplir une tâche précise. Pour la
sémiotique, l'algorithme correspond aux procédures formelles ou au « savoir-faire
syntagmatique », mis en place par les métasémiotiques scientifiques. Ainsi, les
métalangages sont associés aux programmes informatiques puisqu'ils décrivent les
sémiotiques par des suites de règles cohérentes, homogènes et surtout, formelles. En
ce sens, la sémiotique comporte plusieurs éléments qui mènent vers cette perspective,
comme la « sémiotique narrative » :
L'intelligence artificielle se base sur des phénomènes humains pour créer des
modèles formels et computables. En faisant un certain saut théorique, on peut dire
qu'elle requiert une représentation conceptuelle, ou une théorie, des fonctions
cognitives qu'elle veut simuler avec une machine. D'une part, la sémiotique offre
certainement des modèles pour la compréhension des dynamiques sémiotiques
6
La science des données apporte donc de nouveaux éléments aux humanités, et plus
particulièrement, l'emploi d'une nouvelle approche méthodologique. Cette dernière
est celle des études axées sur les données ou data-driven. Cette approche
méthodologique mène à des réflexions épistémologiques qui tendent vers un
réexamen de l'approche empirique. En effet, le big data et l'approche data-driven
qu'il met en place inaugurent une nouvelle ère de l'empirisme, puisque
le volume des données accompagné par des techniques qui peuvent en révéler la
connaissance intrinsèque, donne la possibilité aux données de parler par elles-
mêmes sans les contraintes d'une théorie qui leur est imposée. (Kitchin, 2014,
p. 3) [Notre traduction]
L'approclie axée sur les données comporte ses propres spécificités, qui la
caractérisent comme un type d'approche empiriste qui se combine mieux avec les
humanités. La principalé caractéristique qui facilite cette combinaison est sa capacité
à développer un bricolage d'approche et de méthodologies:
Contrairement aux nouvelles formes d'empirisme, les approches axées sur les
données cherchent à respecter les principes de la méthode scientifique, mais
elles sont plus ouvertes à l'utilisation d'une combinaison hybride d'approches
abductives, inductives et déductives pour faire progresser la compréhension
d'un phénomène. (Kitchin, 2014, p. 5) [Notre traduction]
En ce sens, les sciences des données et les approches axées sur les données sont
compatibles avec les humanités, car elles utilisent souvent un mélange d'approches
pour avancer dans la compréhension d'un phénomène.
Le big data recadre des questions clés sur la constitution des connaissances, les
processus de recherche, la manière dont nous devons interagir avec les
informations, la nature et la catégorisation de la réalité ... Le big data délimite
de nouveaux objets, méthodes de connaissance et définitions de la vie sociale.
(Boyd et Crawford, 2012, p. 663) [Notre traduction]
Toutefois, nous estimons que le changement est surtout lié à l'augmentation des
possibilités d'analyse avec le big data et les sciences des données. Le paradigme du
9
Ce n'est donc pas toute la recherche en sciences humaine qui doit évoluer. Dans la
majorité des cas, la science des données peut fournir une assistance aux pratiques de
recherche plus traditionnelles des humanités. L'analyse de texte assistée par
ordinateur en est le meilleur exemple. Dans ce cadre, l'analyse de texte reçoit une
assistance des techniques issues de la statistique et de l'informatique pour des études
en sciences humaines et sociales. Elle constitue également un exemple de sémiotique
computationnelle, car l'analyse de texte est un de ses objets privilégiés. L'analyse de
texte assistée par ordinateur constitue le cœur de cette thèse et elle sera précisée dans
le premier chapitre.
PROBLÉMATIQUE
De nos jours, il est de plus _en plus évident que le développement des outils et des
méthodes issus de l'intelligence artificielle a un impact important sur la recherche en
sciences humaines. L'intelligence artificielle est de plus en plus souvent impliq_uée
14
Compte tenu de leur grand nombre et de leur diversité, il est très difficile d'identifier
et de classer les études pouvant faire partie de la sémiotique computationnelle. Pour
des raisons de simplicité, la sémiotique computationnelle est ici subdivisée en trois
grandes branches: l'étude de l'ordinateur comme machine sémiotique (Andersen,
1997; Etxeberria et Ibaftez, 1999; Fetzer, 2011; Ketner, 1988; Meunier, 1989, 2014;
Nadin, 1977; Queiroz et Merrell, 2008; Raber et Budd, 2003; Rapaport, 2012);
l'étude de l'ordinateur comme artefact (De Souza, 2005; Nadin, 2011; Stamper, 1973;
Tanaka-Ishii, 2010; Zemanek, 1966); et l'étude de l'ordinateur comme outil au
service de la recherche sémiotique (Bernard et Bohet, 2017; Compagno, 2018; Lebart
et al., 2003; Lebart et Salem, 1994b; Meunier, 2009; Meunier et Forest, 2009; Moretti,
2013; Pêcheux, 1969; Rastier, 2018, 2011; Rieger, 1997; Tanaka-lshii, 2015; Valette,
2018). Cette classification est basée sur la manière d'entendre la relation avec
l' « ordinateur ». Le mot « ordinateur » doit être appréhendé comme une métaphore
décrivant des éléments de nature différente mais qui ont tous en commun la
possibilité d'être manipulables par un appareil informatique. Cette classification ne
peut pas être considérée définitive puisque ce domaine est en évolution constante.
Les artefacts comprennent les objets culturels et les déchets : les premiers
appellent l'interprétation qui fait de leur production une production de sens; les
seconds restent dans !'insignifiance. Les objets culturels [soit « tout résultat
d'une objectivation, qui peut à ce titre participer d'une pratique sociale·: ainsi,
par exemple, d'une partition musicale. »] se divisent à leur tour en trois
catégories : les outils et, plus complexes, les instruments (en comprenant par
l_à aussi les instruments de communication comme les médias) ; les signes
(linguistiques ou non : mots, symboles, chiffres, etc.) ; enfin les œuvres, qui
sont issues d'une élaboration de signes, au moyen des outils. Entre les signes et
les œuvres, on relève une différence de complexité : c'est l'action combinée des
outils et des signes qui permet de produire les œuvres. [ ... ] Elles sont
l'aboutissement du mouvement propre de l'action humaine qui les produit, en
créant les formations médiatrices entre le monde proximal et le monde distal :
les arts, les religions et les sciences. (Rastier, 2010, p. 17-19)
Le troisième axe présente l'ordinateur comme un outil pour l'analyse sémiotique. Cet
axe diffère du premier, même si à pre_mière vue il pourrait en constituer une sous-
catégorie. En effet, le troisième axe étudie des phénomènes différents et qui ne sont
pas liés à l'-ordinateur et à son utilisation, comme par exemple pourrait l'être un
travail sur l'utilisation du téléphone cellulaire dans la vie de l'être humain. Au
contraire, dans le troisième axe, l'ordinateur est seulement un outil au service de la
16
2008) et détermine le succès ou l'échec de certains outils. Dans les années 1960 par
exemple, le modèle de Chomsky a permis le développement de plusieurs méthodes
· qui constituent aujourd'hui des pierres angulaires de la linguistique coinputationnelle.
If minds were machines, then it would be very plausible to suppose that the
computational model of the mind-according to which software is to hardware
as minds are to brains--could be sustained and simulations of actions would
have no special problems to overcome (Fetzer, 2011, p. 45)
La complexité d'un tel processus de simulation est due selon certains au cadre non-
déterministe des processus cognitifs et des facteurs émotionnels jouant un rôle
important dans la vie cognitive de l'être humain. Ces éléments constituent des
problèmes majeurs pour les modèles artificiels (Fetzer, 2011) qui ne peuvent qu'être
construits dans un cadre déterministe.
18
Le débat sur la nature sémiotique des ordinateurs et leur capacité à simuler des
processus cognitifs demeure ouvert et plusieurs pistes de recherche sont prometteuses
(Rapaport, 2012). Par exemple, l'utilisation des travaux de Peirce pour la
compréhension des ordinateurs comme machines sémiotiques est très répandue
(Ketner, 1988), probablement en raison de la relative facilité avec laquelle on peut
considérer sa théorie du point de vue mathématique (Nadin, 1977).
Toutefois, les études en sémiotique qui ont porté sur le lien entre les dynamiques
sémiotiques et la computation demeurent limitées (Meunier, 2018). Les travaux qui
ont le plus contribué à l'approfondissement de ces réflexions sont ceux qui mettent en
relation les caractéristiques formelles des modèles sémiotiques avec les
caractéristiquesformelles des modèles computationnels (Meunier, 1989, 2014, 2017a,
2017b, 2019b, 2019a). Dans ces travaux, le point de départ est une considération sur
la nature des théories scientifiques et sur les modèles qui les constituent. Ces modèles
sont de différents types et permettent d'aborder un phénomène sous divers angles et
perspectives. Par exemple, un phénomène quelconque, tel que le jeu d'échec, peut
être représenté par un modèle symbolique où il est décrit comme une bataille
médiévale, par un modèle formel où toutes les règles du jeu sont expliquées, par un
19
homme-machine. Les réflexions théoriques dans ce contexte ont été menées sur la
base du modèle de la communication de Jakobson qui permet l'analyse des
interactions homme-machine sous l'angle des actes communicatifs.
Les champs d'application sont très variés: le marketing, la gestion des ressources
humaines, le droit des affaires, l'éthique des affaires, l'étude de l'évolution historique
des organes gouvernementaux, religieux, politiques, juridiques, sociaux, et médicaux
et enfin, les affaires publiques et privées. Toutefois, une grande partie de ces travaux
est surtout liée aux systèmes d'information et concerne donc l'informatique. Le cadre
théorique développé dans ce contexte est appelé semiotic ladder (Stamper, 1973) et il
est formé de six niveaux d'analyse, soit les niveaux physique, empirique, syntaxique,
sémantique, pragmatique et social.
La manipulation des produits sémiotiques par des moyens computationnels fait déjà
partie des projets de recherche les plus importants de l'intelligence artificielle et ce,
depuis la naissance de cette discipline. En particulier, le texte constitue le matériel sur
lequel les méthodes qui manipulent ces produits sémiotiques est né et s'est développé.
Ainsi, il existe plusieurs travaux qui appartiennent au champ de recherche de
l'analyse de texte assistée par ordinateur et dont nous parlerons au prochain
paragraphe (cfr [Link]). Ces travaux tirent profit d'un certain nombre de disciplines
de l'intelligence artificielle: sémantique vectorielle et/ou sémantique distributionnelle
(Benzécri, 1966a; Fabre et Lenci, 2015; Lebart et Salem, 1994b; Sahlgren, 2006;
Salton et al., 1975), apprentissage automatique (Aggarwal, 2018; Bishop, 2006;
Hastie et al., 2013; James et al., 2013), recherche d'information (Baeza-Yates et
Ribeiro-Neto, 2011; Kraft et Colvin, 2017; Le Priol et al., 2009; Manning et al., 2009;
Salton, 1988; Salton et McGill, 1983; Van Rijsbergen, 2004; Zhai, 2009), traitement
automatique des langues (Bouillon et Vandooren, 1998; Jacquemin, 2001; Manning
et Schütze, 1999), fouille de texte (Aggarwal et Zhai, 2012) et exploration de données
(Aggarwal, 2015; Attewell et Monaghan, 2015; Bouroche et Saporta, 1992; Bramer,
2007; Han et al., 2011; Kantardzic, 2011; Larose, 2006; Linoff et Berry, 2011;
Saporta, 2006; Tufféry, 2017). L'ensemble de ces disciplines est pertinent pour le
traitement et l'analyse du langage naturel et, plus particulièrement, pour l'analyse de
texte. En analyse du contenu par exemple, plusieurs recherches sont conduites à l'aide
de l'ordinateur pour l'analyse de plusieurs typologies de textes, qu'ils soient
journalistiques ou publicitaires (Anderson et al., 2006; Bell et Milic, 2002; Glasgow
University Media Group, 1980; Kordjazi, 2012; Leiss et al., 1990; McQuarrie et
Mick, 1992). Parfois, la sémiotique est amenée à jouer un rôle d'assistance dans
l'interprétation des données ou sert de cadre théorique pour l'annotation.
23
possible d'esquisser un cadre général des disciplines qui contribuent aux avancées
dans ce champ de recherche.
disciplines fournissent un cadre théorique pour l' analyse du texte mais elles peuvent
aussi constituer des applications originales de ces méthodes, comme l'analyse
conceptuelle en philosophie, ce qui enrichit la réflexion méthodologique et théorique.
Statistique
TALN /
textuelle /
Linguistique
Linguistique de
computationelle
corpus
r ' Analyse de
Analyse du
données /
contenu / Analyse
Apprentissage
du cliscoui·s
statistique
Discipline
Linguistique / d'appartenance de
Sémiotique l'application
Spinoza, par hasard il y eut une quelconque idée du signe implicite, qu'avec les
instruments à notre disposition nous pouvons expliciter des tableaux que cette
peinture a produits. (Fabbri, 2008, p. 74)
Les médias jouent en effet un rôle très important dans la société, soit celui d'informer
le citoyen. La transmission d'informations pertinentes pour la vie sociale et politique
27
des citoyens constitue le rôle principal des média et cela inclut également les
motivations du contrat de lecture avec son public. Les attentes du lecteur envers une
source information peuvent varier, mais elles dépendent de la véridicité de
l'information. Lorsque cette confiance envers la validité de l'information diminue, le
pacte entre le lecteur et une source d'information est brisé et le journal perd
inévitablement son public. En raison de l'importance de leur rôle, les médias sont
souvent au centre des pressions du monde politique qui, connaissant son pouvoir,
essaie de les manipuler. Toutefois, ce jeu de manipulation n'est pas à sens unique.
Les médias « manipulent autant qu'ils sont manipulés» (Charaudeau, 2013, p. 11),
car d'un côté ils sont conscients de leur force manipulatrice sur leur public et ils
l'utilisent, et de l'autre, ils sont utilisés par les politiciens pour communiquer des
idées et faire passer des messages particuliers à la population ou, le plus souvent, à
d'autres acteurs politiques. C'est pour ces raisons que les médias reçoivent une
grande attention de la part des citoyens et des agences de contrôle non
gouvernementales, comme« Reporters Sans Frontières» et autres. L'importance d'un
tel contrôle est attestée par le fait que la liberté de presse d'un pays représente un des
éléments les plus importants de la santé des systèmes démocratiques. L'information
et les médias sont au cœur de la démocratie parce qu'ils tendent à assumer « une
logique symbolique qui fait que tout organe d'information se donne pour vocation de
participer à la construction de l'opinion publique ». (Charaudeau, 2013, p. 13). Dans
ce contexte, le monde académique joue aussi un rôle important à travers ses analyses,
le développement de méthodes d'analyse et la surveillance constante du système
politique et financier des médias.
Les sciences humaines et sociales se sont penchées sur l'analyse de médias depuis
leur naissance et ceci, pour toutes sortes d'objectifs de recherche. Depuis le début du
xx_e siècle, l'analyse du texte journalistique est une pratique très répandue qui est le
plus souvent utilisée pour étudier différents types de phénomènes culturels et sociaux
28
(Ringoot, 2014, p. 3). Il existe de nombreuses méthodes pour l'étude des médias
d'information et elles varient selon le type de média, l'objet de l'analyse, les objectifs
de la recherche, etc. Parmi elles, l'étude du texte journalistique dans sa forme écrite
est sans doute la pratique la plus répandue. Par exemple, en sémiotique et en
sociologie, il est très fréquent d'adopter une posture empirico-déductive (ou, plus
rarement, empirico-inductive) à travers laquelle,« partant d'une théorie du découpage
de l'objet empirique» (corpus), on se dote « d'instruments d'analyse permettant de
rendre compte des effets de signifiance que cet objet produit en situation d'échange
social» (Charaudeau, 2013,_p. 14).
construite de telle manière qu'elle répond aux intérêts, opinions et attentes de ses
lecteurs.
Ces catégories sont certainement discutables et d'autres auteurs ont énuméré d'autres
composantes pour le plan de l'expression et du contenu : la thématique, la dialectique,
la dialogique et la tactique (Hébert, 2016, p. 44). Cependant, certaines d'entre elles,
comme celle dialectique et thématique, s'agencent avec le plan de l'expression et les
dimensions (narrative, cognitive, etc.) qui composent le plan du contenu.
La cohérence est une propriété du texte, alors que la macrostructure est l'apparat
logique, conceptuel et sémantique qui permet d'organiser les éléments d'un texte de
manière cohérente. Cette structure sous-jacente aux textes a été étudiée avec
différents approches. L'une des plus répandues en sémiotique est certainement
l'analyse des isotopies du texte. L'isotopie est la récurrence des unités linguistique
d'un texte (Rastier, 1972) ou, plus précisément, l'isotopie sémantique est l' « effet de
la récurrence d'un même sème, [ce qui implique que] [l]es relations d'identité entre les
occurrences du sème isotopant induisent des relations d'équivalence entre les
sémèmes qui l'incluent. » (Rastier, 2001a, p. 299) Enfin, une isotopie est déterminée
par la redondance sémique, c'est-à-dire d'un sème qui est l'unité minimale de la
sémantique. En d'autres termes, l'isotopie se constitue sur le plan du contenu, elle
génère ses manifestations du plan de l'expression et, ainsi, elle régit la cohérence
textuelle (Pessoa de Barros, 1983).
plus globales caractérisant le texte entier » (ibid.). Par exemple, les différentes
caractéristiques d'un personnage sont distribuées à travers le texte en entier, mais
« intuitivement ils constituent une seule macro-catégorie, dénotant par exemple le
«caractère» de ce personnage» (ibid.). Du point de vue cognitif; l'émetteur du texte
ainsi que le récepteur sont« obligé[s] d'organiser son texte [ ... ] sur la base de telles
macro-structures » (ibid.). Ces structures abstraites garantissent la cohérence textuelle,
qui est une des plus importantes caractéristiques du texte.
nombreux et très variés. Par exemple, elle a été utilisée dans des travaux socio-
sémiotiques (Imbert, 1988) ou pour l'analyse des structures des mythes et des
stéréotypes au sujet de l'URSS dans la presse française dans les années 1980 (Sueur,
1994). D'autres travaux ont dégagé ces structures à partir d'une étude sur les
processus d'intitulation de la presse (Tahar, 2006). Certains auteurs ont étudié le
phénomène de vedettisation, c'est-à-dire la tendance de la presse à accorder une
grande visibilité à la vie privée des célébrités ou des personnages connus, en
soulignant le rôle des structures narratives dans ce processus (Goepfert, 2010a,
2010b).
Un autre groupe d'études s'est penché sur l'examen de la presse avec une approche
issue de l'école de Paris et en utilisant une théorie et une méthode spécifique, soit
celle de Greimas. La variété de ces études est également très riche. Certaines se sont
servies des théories de Greimas pour l'étude .du discours journalistique français
autour du conflit israélo-palestinien et tchétchène (Kervella, 2008), en dégageant plus
spécifiquement les structures actancielles qui décrivent ces conflits. Ces schémas ont
été ensuite associés et comparés à un schéma commun, soit la « guerre contre le
terrorisme». D'autres travaux ont étudié les stratégies déployées par la presse pour
sensibiliser les lecteurs au don d'organes et ceci, dans l'objectif d'en souligner la
logique structurante des ces stratégies. Dans ce cas, un des outils utilisés est le
schéma actantiel (Hammer et Amey, 2009). D'autres travaux ont analysé le traitement
journalistique dans la presse française du phénomène d'antibiorésistance, c'est-à-dire
le développement des bactéries résistantes aux antibiotiques (Arquembourg, 2016).
Certes, la sémiotique a contribué à la définition d'un cadre d'analyse globale pour le
texte journalistique et à la détermination d'approches d'analyse mettant en valeur les
éléments structuraux des textes. Elle s'est largement diffusée dans les autres
disciplines, comme en analyse du discours (Barry, 2002, p. 32), où les théories
36
Néanmoins, malgré les critiques se faisant grandissantes depuis les années 1980, le
courant structuraliste a été amplement employé pour l'étude du texte journalistique
(Van Dijk, 1988b, p. 18). Cette approche se base sur l'idée que les structures
profondes du texte organisent l'émergence du « sens » du texte et que leur
identification permet de fixer l'essentiel du contenu du texte. Puisque le texte
journalistique possède ses propres spécificités, l'analyse de ses structures profondes
présente des caractéristiques particulières. Le cadre conceptuel qui illustre le mieux
les spécificités du tex~e journalistique est celui du .framing (Scheufele, 1999), qui
remonte aux concepts développés en intelligence artificielle et en psychologie
cognitive (Minsky, 1988; Schank et Abelson, 1977). La théorie du framing concerne
plusieurs aspects du phénomène des médias, dont certains s'éloignent de l'analyse du
texte journalistique. Toutefois, si on se limite aux procédés de la production textuelle,
le framing peut être appréhendé à travers le concept de frame ou de schéma. Un
schéma est une structure sémantique qui traverse le texte et qui le rend cohérent. Le
schéma est en place à la fois lors de la construction du texte et lors de sa réception.
Plusieurs définitions du frame sont regroupées par Scheufele (Scheufele, 1999) :
[Frame is] a central organizing idea or story line that provides meaning to an
unfolding strip of events.(Gamson, 1989, p. 157)
37
The news frame organizes everyday reality and the news frame is part and
parcel of everyday reality .[It] is an essential feature of news (Tuchman, 1980, p.
193)
Media frames also serve as working routines for journalists that allow the
journalists to quickly identify and classify information and to package it for
efficient relay to their audiences (Scheufele, 1999, p. 106)
To frame is to select some aspects of a perceived reality and make them more
salient in a communicating text, in such a way as to promote a particular
problem definition, causal interpretation, moral evaluation, and/or treatment
recommendation (Entman, 1993, p. 52).
[Frames are] mentally stored clusters of ideas that guide individuals' processing
of information (Entman, 1993, p. 53).
Le frame devient aussi une entité cognitive qui soutient la compréhension des textes
journalistiques. Qu'il soit explicitement ou implicitement évoqué par les journalistes,
le frame constitue un filtre de lecture. En effet, un frame particulier peut être évoqué à
travers de figures rhétoriques ce qui constitue souvent un procédé sémiotique agissant
pour la construction du sens et l'interprétation textuelle. En général, toute figure
rhétorique peut affecter le contenu sémantique d'un texte et en déterminer la
réception. Par exemple, Lakoff a étudié les relations entre certaines métaphores et les
domaines conceptuels qu'elles évoquent et il en a dégagé la manière à travers laquelle
elles influencent la formation des opinions politiques (Lakoff, 2008).
38
L'étude des médias est certainement un des champs d'application le plus important
pour le troisième axe de la sémiotique computationnelle. Le texte journalistique a
souvent constitué un banc d'essais pour des expérimentations méthodologiques. En
effet, l'utilisation d'outils mathématiques et informatiques pour l'analyse textuelle
s'est répandue depuis longtemps dans le domaine de l'étude des médias. Une des
premières expériences est l'application d'outils« quantitatifs» à l'analyse de contenu.
La notion de quantitatif, opposée à celle de « qualitatif», est largement débattue au
sein des études en communication. En général, il n'est pas possible de séparer les
analyses en études quantitatives et études qualitatives puisque chacune d'entre elles
contient une portion de l'une et de l'autre. Krippendorff le souligne à plusieurs
reprises dans ses travaux:
volumes of text in a very short time does not take away from the qualitative
nature of their algorithms: On the most basic level, they recognize zeros and
ones and change them, proceeding one step at a time. N evertheless, what their
proponents call qualitative approaches to content analysis offer some alternative
protocols for exploring texts systematically (Krippendorff, 2004, p. 16).
L'analyse du contenu est un des champs de recherche en sciences humaines qui est,
plus que d'autres, liée à l'utilisation de méthodes quantitatives pour l'étude du texte
journalistique (Krippendorff, 2004, p. 5-6). En effet, l'intérêt pour l'application de
modèles mathématiques et l'assistance informatique à l'analyse du texte s'est
majoritairement développé dans les années 50 (Krippendorff, 2004, p. 12),
parallèlement à la naissance de l'analyse du contenu. Une des principales raisons de
cette diffusion est le besoin grandissant de manipuler des corpus de grande taille, ce
qui suppose des exigences qui ne peuvent être comblées que par une certaine forme
d'automatisation, supportée par l'informatique. Ceci a rapidement amené le transfert
de certains concepts du domaine des mathématiques à celui des sciences humaines.
Dans ce domaine, le concept de « corrélation » est devenu un outil très répandu pour
l'analyse de contenu, de la même manière que les concepts de« reproductibilité » et
de « généralisation » des résultats sont devenus des exigences méthodologiques
(Krippendorff, 2004, p. 31-32, 37, 106). Parmi les différentes techniques, l'analyse
factorielle est une de celles qui s'est répandue le plus rapidement. L'analyse
factorielle a permis par exemple d'étudier le traitement du thème du cancer dans les
magazines pour femmes, soulignant les différentes orientations entre les médias.
Dans une étude spécifique (Andsager et Powers, 1999), une différence de traitement
du discours sur le cancer du sein entre les revues généralistes d'information et les
revues spécialisées pour femmes a été identifiée. Pour certains médias, ce sujet a été
41
et Atkinson, 2011) et à des agences nationales dont les mandats sont le contrôle de
l'immigration et la sécurité des frontières (Atkinson et al., 2010).
Le texte journalistique èst analysé par plusieurs moyens dans le but de répondre à
plusieurs types de questions de recherche, et ceci, à l'intérieur de plusieurs disciplines
appartenant aux sciences humaines. En informatique et en science des données,
l'analyse des médias constitùe un banc d'essai pour le développement de nouveaux
algorithmes et méthodes. En général, l'analyse du texte journalistique revêt une
grande importance pour les sciences. De plus, avec les développements des nouvelles
technologies de l'information et de la communication, l'accumulation massive de
textes journalistiques numérisés soulève des questions d'analyse et d'organisation
qui ne peuvent qu'être traitées par des méthodes de l'intelligence artificielle. Dans ce
contexte, la sémiotique computationnelle joue son propre rôle, à la fois dans la phase
de développement des méthodes et dans la phase d'application et d'adaptation
d'algorithmes et de méthodes dans un contexte d'analyse en sciences humaines.
Compte tenu de la vitesse avec laquelle les technologies se développent, le lien entre
les méthodes d'analyse de la sémiotique et leur adaptation à un contexte
computationnel reste un champ largement inexploré, surtout à l'intérieur de la
communauté des sémioticiens. Pourtant, les théories linguistiques et sémantiques sur
lesquelles reposent les méthodes actuelles en fouille de textes (text mining) ont une
origine similaire aux théories sémiotiques et, en particulier, à celles de l'école de
Paris. En effet, le courant structuraliste ouvert en linguistique par Saussure, est à
l'origine de ces deux champs de recherche qui semblent, à première vue, très éloignés.
Ce point de contact avait déjà été souligné par V an Dijk dans un article qui a été
publié dans un ouvrage collectif en 1973 (Chabrol, 1973). Dans ce texte, les travaux
44
The first is the problem of continuing descriptive linguistics beyond the limits
of a single sentence at a time. The other is the question of correlating 'culture'
and language (i.e. non-linguistic and linguistic behavior). The first problem
arises because descriptive linguistics generally stops at sentence boundaries.
This is not due to any prior decision. The techniques of linguistics were
constructed to study any stretch of speech, of whatever length. But in every
language it tums out that almost all the results lie within a relatively short
stretch, which we may call a sentence. (Harris, 1952, p. 1-2)
Toutefois, cette approche a été appliquée sur les phrases et a démontré des limites ·
quant à l'identification des structures globales du texte.
Exécuter une analyse narrative assistée par ordinateur à des fins d'analyse de presse
ne peut pas se limiter à l'analyse des structures des phrases. Ainsi, adopter une
perspective d'analyse qui implique la notion de texte comporte des choix de
formalisation et de modélisation différents, qui englobent des structures inter-
phrastiques. Les outils de l'apprentissage automatique (machine learning), de la
fouille de textes (text mining) et du traitement automatique du langage naturel
(natural language processing) constituent déjà un groupe varié d'algorithmes et
méthodes qui peuvent être utilisés dans une chaîne de traitement pour l'analyse de
texte. Dans ce contexte, la sémiotique computationnelle peut étudier le lien entre les
méthodes et les théories développées en sémiotique et les possibilités qu'une analyse
assistée par ordinateur offre aux sciences humaines et, plus particulièrement, à la
sémiotique.
de la thèse se base donc sur la construction d'une chaîne de traitement pour l'analyse
de textes assistée par ordinateur qui est appliquée à un cas d'étude spécifique et pour
lequel on évalue sa pertinence dans un contexte d'analyse sémiotique. Le cas d'étude
choisi est le traitement journalistique de la grève étudiante québécoise de 2012 (cfr.
1.7). À cette fin, un corpus de textes journalistiques est construit dans un objectif
d'analyse.
La thèse ainsi construite suscite des questions de recherche qui se situent sur deux
plans. L'un regroupe des questions d'ordre méthodologique qui mettent de l'avant
l'intérêt d'une méthode hybride entre l'informatique et la sémiotique: Est-il possible
d'utiliser quelques méthodes et algorithmes pour la découverte des macrostructures
textuelles de type narratif? Quel est le point d'ancrage sur lequel construire le lien
entre les théories sémiotiques des macrostructures et les méthodes computationnelles?
Quels sont les avantages de l'assistance informatique pour l'analyse sémiotique?
Toutes ces questions ne peuvent être répondues ou soulever de pistes de réflexion que
par le biais d'une étude de faisabilité. L'exploration des méthodes doit alors se faire
dans un cadre de découverte empirique, à travers l'analyse d'un corpus de texte.
Une deuxième série de questions porte sur la dimension cognitive d'une étude de cas,
c'est-à-dire des questions typiquement sémiotiques mettant de l'avant l'intérêt de la
recherche à découvrir des informations sur le cas à l'étude. Quelles sont les
caractéristiques principales de la couverture journalistique sur le mouvement de grève
étudiante? Quelles sont les thématiques les plus abordées ou les événements les plus
racontés et comment ont-ils été traités? Quelles sont les macrostructures les plus
importantes du traitement journalistique du mouvement de grève? Répondre à ce
genre de questions requiert la construction d'un corpus de textes journalistiques et la
description de leurs principales caractéristiques, ce qui constitue une étude typique en
science humaines et plus particulièrement, en sémiotique.
48
Ces deux types de questions sont complémentaires. L'étude de cas permet ams1
d'évaluer la pertinence d'une nouvelle méthode d'analyse pour répondre à des
questions de recherche typiques des sciences humaines, comme par exemple, décrire
le traitement journalistique d'un phénomène socio-politique.
1.5.1 Hypothèses
Cette hypothèse s'appuie sur l'idée que la similarité sémantique entre textes est
déterminée par une régularité lexicale, c'est-à-dire par la répétition, dans les textes
similaires, des mêmes éléments lexicaux. La récurrence de ces éléments lexicaux
identifie un schéma récurrent, c'est-à-dire une structure lexicale. Ainsi, puisque
chaque unité lexicale possède son contenu sémantique, un schéma lexical correspond
à un schéma sémantique qui est appréhendé comme la macrostructure sémantique
partagée. La régularité lexicale permet ainsi d'identifier la macrostructure
sémantique qui est partagée par les articles similaires. Les schémas récurrents se
forment alors en fonction des régularités sémantiques communes aux textes similaires.
En d'autres termes, les articles qui traitent des mêmes événements utilisent un
vocabulaire similaire et sont analogues du point de vue sémantique. Le cqncept de
macrostructure sera plus largement traité dans le prochain chapitre, car il constitue un
élément de l'approche théorique.
L'analyse narrative du texte peut être exécutée à travers diverses théories et méthodes.
Une des méthodes les plus répandues en sémiotique est celle développée par Greimas.
Dans le métalangage qu'il a développé pour la description des phénomènes
sémiotiques, Greimas a souligné l'importance de regrouper les rôles narratifs d'un
récit dans un modèle, soit le schéma actantiel. Les actants relèvent d'une syntaxe
51
La transformation d'un texte dans une matrice est un des modèles les plus utilisés en
intelligence artificielle pour sa manipulation. La construction d'une matrice
représentant un texte constitue ainsi le contexte computationnel à partir duquel la
méthode proposée peut être développée. Cette thèse ne remet pas en cause la
légitimité d'un tel modèle et le considère donc comme un postulat. Le modèle
computable qui représente un texte est appelé modèle sémantique vectoriel et il est
détaillé dans le prochain chapitre puisqu'il représente un élément de notre approche
théorique.
Dans 1.5 nous avons défini les objectifs de recherche en relation aux quesitons de
recherche. Ces objectifs sont surtout liés à la nature de cette thèse, qui a un caractère
méthodologique. En effet, ils expriment des attentes en relation à des aspects de la
méthode qui sera explorée par la chaîne de traitement. Toutefois, nous voulons aussi
souligner deux objectifs plus généraux qui sont poursuivis par la présente thèse.
Objectif général A) exécuter une véritable analyse du cas d'étude afin de dégager
les macrostructures les plus importantes du traitement
journalistique du mouvement étudiant québécois de 2012.
Pour y arriver, il est nécessaire de créer une chaîne de traitement constituant une
démonstration de faisabilité. Pour ce faire, la chaîne de traitement est utilisée pour
l'analyse d'un cas d'étude. Si les résultats de l'analyse sont valides, il sera alors
possible d'évaluer et de discuter de la faisabilité d'une assistance informatique à
54
L'expression imagée de printemps érable désigne une grève étudiante qui a eu lieu au
Québec entre les mois de février et septembre 2012 et qui a mobilisé jusqu'à 175 000
étudiantes et étudiants québécois afin de protester contre la hausse des droits de
scolarité prévue par le gouvernement libéral du premier ministre Jean Charest, lors de
la 39e législature du Québec. Le printemps érable a ouvert un débat public sur le
statut de l'éducation au Québec et a impliqué plusieurs dizaines de milliers de
citoyens, ce qui de fait a transformé une grève étudiante en un véritable mouvement
social. La couverture journalistique de ce phénomène socio-politique a été totale et,
pour ces raisons, il constitue un cas d'étude idéal pour présenter une méthodologie
nouvelle.
la troisième fois de suite. Le ministre de l'éducation est alors Line Beauchamp qui
démissionne pendant la grève. Elle est remplacée par Michelle Courchesne.
Le choix de financer le système d'éducation par une manœuvre touchant surtout les
étudiants est justifié par le gouvernement par le constat que les étudiants ne
contribuent pas assez au soutien financier de l'éducation et ce en comparaison avec
les étudiants des autres provinces canadiennes. Cette contribution est demandée
comme « une juste part » des étudiants à la formation universitaire qui aurait un
impact favorable en terme de « rentabilité économique privée ». En effet, selon le
gouvernement, un travailleur détenteur d'un diplôme d'étude secondaire ajouterait
près de 600 000 $ au cours de sa vie active s'il possédait un diplôme universitaire.
Dès le début, les fédérations étudiantes québécoises manifestent leur désaccord avec
cette proposition au moyen de différentes actions, comme une pétition réunissant 30
000 signatures, plusieurs manifestations mobilisant quelque dizaines de milliers
d'étudiants et des occupations de lieux à l'intérieur des campus universitaires. Ces
actions ne convainquent pas le gouvernement d'amorcer des discussions avec les
fédérations étudiantes.
majorité de leurs membres. Dans son moment le plus intense, la grève rejoint 175 000
étudiants, plus de la moitié des 342 000 étudiants québécois.
L'usage de la force policière pour réprimer les manifestations est très répandu et
suscite de vives critiques. Pendant la grève des étudiants, selon le rapport de la
commission sur les événements du printemps 2012 du gouvernement du Québec, la
police de Montréal (SPVM) intervient dans 532 cas et exécute 12 opérations
d'arrestation de masse (CSEP 2012, 2014), la police de Québec (SPVQ) intervient
dans environ 200 situations avec huit arrestations de masse, la police de Gatineau
(SPVG) dans 163 manifestations avec deux arrestation de masse, et enfin, la Sûreté
du Québec (SQ) intervient dans 473 situation, avec une opération d'arrestation de
masse. La police fait large usage d'outils de multiplication de la force, comme le
poivre de Cayenne, les grenades assourdissantes, le gaz lacrymogène, les bâtons et les
balles en plastique. Le 7 mars, lors d'une manifestation devant les bureaux de la
conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CRÉPUQ), le
58
manifestant Francis Grenier perd l'usage d'un œil à cause d'une grenade
assourdissante.
À la fin du mois d'avril, le gouvernement décide d'entamer des discussions avec les
associations étudiantes afin de trouver une sortie de crise. La ministre Beauchamp
exclut la CLASSE de la première rencontre parce qu'elle la tient responsable des
actes de violence commis à plusieurs reprises pendant les manifestations,
reproduisant ainsi la même stratégie adoptée pendant la grève étudiante de 2005. Les
deux fédérations étudiantes, FEUQ et FECQ, refusent alors de rencontrer le
gouvernement en absence de la CLASSE, démontrant ainsi une grande solidarité et
une union solide entre les étudiants en grève. La ministre Beauchamp décide ensuite
de rencontrer les étudiants pour discuter du système de prêts et bourses et non pas de
la hausse de droits de scolarité. Le 23 avril, les travaux de la table de concertation
s'amorcent. La CLASSE est exclue à nouveau après 24 heures, car elle est tenue
responsable d'une action militante du Black Bloc. À la fin des travaux [Link] table de
concertation, le PLQ annonce un nouveau plan qui prévoit une augmentation de 82%
sur sept ans, plutôt que 75% sur 5 ans. L'offre est considérée inacceptable par les
associations étudiantes qui préparent une contre-offre et demandent un moratoire.
59
Le dépôt du projet de loi spéciale (projet de loi 78 qui deviendra la «loi 12») est un
tournant important dans la crise et mène à une confrontation encore plus dure entre le
gouvernement et les étudiants. La loi prévoit la suspension du trimestre d'hiver dans
les universités et les cégeps, l'interdiction de faire du piquetage ou de bloquer l'accès
aux cours et une série de restrictions aux droits de manifester et de se rassembler. Des
amendes allant de quelques centaines de dollars à 125 000 $ sont prévues dans
différentes situations. De plus, la loi permet aux universités de cesser la perception de
la cotisation étudiante pour les associations considérées responsables d'actes de
violence. Le 18 mai, le projet de loi 78 est adopté. Le même jour, la ville de Montréal
introduit le règlement P-6 qui interdit le port du masque en public pendant les
manifestations afin de faciliter l'identification des manifestants violents.
60
Le 28 mai, une nouvelle table de concertation est mise sur pied puisque la loi spéciale
ne permet pas de diminuer la mobilisation étudiante. Les discussions se poursuivirent
pendant quatre jours et le débat se concentre, pour la première fois, sur la hausse de
droits de scolarité. Cependant, la table de concertation ne produit aucun résultat
satisfaisant. Elle est la dernière possibilité de résoudre la crise par le dialogue.
un gouvernement minoritaire mené par le PQ de Pauline Marois est élu. Jean Charest,
après plus de vingt ans comme député, est défait dans sa propre circonscription et le
PLQ perd plus de 10% des électeurs qui l'avaient soutenu en 2008.
Le printemps érable a fait l'objet d'une couverture médiatique complète et ce, dans
plusieurs types de médias. La presse écrite a été une des principales sources
d'information et a constitué un des moyens majeurs d'expression des acteurs
impliqués dans le débat, ce qui en fait une composante importante pour la
construction de l'opinion publique. Par exemple, selon une étude publiée par
Influence Communication, un courtier en nouvelles, Le Devoir, La Presse et The
Gazzette ont traité le conflit étudiant à la une dans 73,5% des cas et 42% pour le
Journal de Montréal (Influence Communication, 2012b). La même firme a aussi
constaté dans son bilan annuel que le conflit étudiant a été une des nouvelles le plus
longuement traitées dans l'histoire des média québécois (Influence Communication,
2012a).
Selon un rapport (Giroux et Charlton, 2014) du Centre d'étude sur les médias
(Université de Laval), La Presse est le journal qui a consacré le plus d'espace au
conflit étudiant, avec 31 % de la couverture totale des quatre journaux les plus
importants de Montréal. Le Devoir a une couverture de 27%, le Journal de Montréal
22% et The Gazette 20%. L'attention de ces quotidiens s'est accentuée au fur et à
mesure de l'ampleur prise par la grève, atteignant son apogée entre le 20 et le 26 mai,
la semaine de l'adoption du projet de loi 78 .. Plus de 80% des articles ont pris la
forme de nouvelles, de chroniques et de lettres d'opinion. La part la plus importante
va à la catégorie nouvelle, qui constitue plus de 50% du matériel publié. Plus de 80%
du matériel de La Presse a été signé par un journaliste alors que cette proportion
s'élève à 75% pour The Gazette, 70% pour le Journal de Montréal et 63% pour le
62
Devoir. Enfin, les médias et leurs chroniqueurs ont pris une part active dans le débat
et leur influence dans la formation de l'opinion publique au sujet du printemps érable
a suscité plusieurs questionnements d'ordre éthique et politique (Tremblay et al.,
2015). De nombreux ouvrages traitant du printemps érable ont été publiés et il est
extrêmement difficile d'en faire une synthèse.
Dans le but d'obtenir un cadre de comparaison, des travaux ayant étudié le traitement
journalistique du printemps érable en se basant sur un corpus de texte sont présentés.
Nous avons sélectionné ceux qui ont été constitués à des fins similaires à celles de la
présente étude. Ces corpus ne constituent pas une liste exhaustive et toute
comparaison ne peut donc pas être complète. Toutefois, cet ensemble de corpus et
d'études sur le printemps érable permet de positionner partiellement la présente étude
dans le cadre des recherches en sciences humaines.
Le premier corpus fait partie d'une étude conduite par Influence Communication, un
« courtier en information média spécialisé dans la surveillance, la synthèse et
l'analyse de contenus de médias imprimés et électroniques » (Influence
Communication, 2018). Cette étude (Influence Communication, 2012b) a analysé les
pages de couverture (les unes) de quatre quotidiens de Montréal, soit La Presse, Le
Devoir, Le Journal de Montréal et The Gazette. La période couverte va du 15 février
2012 au 9 juin 2012, c'est-à-dire des premiers votes de grève à une semaine après la
rupture des négociations entre les associations étudiantes et la ministre Michelle
Courchesne. L'objectif de recherche était « d'évaluer l'ampleur de la couverture du
conflit étudiant sur la première page des quatre quotidiens ». Le corpus comptait 396
pages. L'étude présente un certain nombre de conclusions, tel le fait que 63,14 % des
quatre quotidiens ont fait mention du conflit étudiant pendant la période analysée ou
que Le Journal de Montréal est celui qui a affiché le moins d'évènements liés au
63
printemps érable dans ses premières pages, ou encore que Le Devoir a montré le plus .
souvent des photos de manifestati_ons pacifiques alors que Le Journal de Montréal a
montré le plus souvent des photos de manifestations violentes.
Un rapport du Centre d'études sur les médias de l'Université Laval publié en février
2014 (Giroux et Charlton, 2014), a conduit une étude sur les mêmes sources
d'information, soit La Presse, Le Devoir, Le Journal de Montréal et The Gazette. La
période de couverture de cette étude est du 13 février au 23 juin 2012 ce qui, selon les
auteurs, couvre « les évènements les plus importants » de ce qu'on appellera le
printemps érable. L'information sur la taille du corpus et sur la méthode de collecte
des données n'a pas été dévoilée par les auteurs, mais on connaît la taille d'un de
leurs sous-corpus, formé de 185 unités. Toutefois, il est fort probable que l'étude ait
été basée sur plus de 1 000 articles. L'objectif de la recherche était d'étudier le
traitement journalistique du conflit étudiant et, plus particulièrement, de « décrire les
caractéristiques des productions journalistiques telles qu'elles peuvent être perçues
par les lecteurs » (ibid). Pour ce faire, une méthode spécifique a été mise au point,
sur la base d'une grille d'analyse déterminée en amont et sur une équipe de
«codeurs-analystes». L'étude est large et composée de plusieurs sous-analyses, dont
nous résumons brièvement quelques conclusions du point de vue quantitatif. Le
rapport affirme que La Presse est le quotidien qui a consacré le plus d'espace au
conflit étudiant, atteignant 31 % de la couverture totale des quatre quotidiens 2 • Le
journal Le Devoir est celui qui a consacré le plus grand contenu rédactionnel au
conflit (11 %). La figure 1.2 montre l'évolution de la couverture tout au long des
semames.
2
Le Devoir a réservé 27 % de son contenu rédactionnel, Le Journal de Montréal 22 % et The
Gazzette 20 %.
64
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5%
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3 7 9 n 13 15 l7 1'1
Semaines
Selon cette même étude, plus de 80 % des textes portant sur le printemps érable ont
pris la forme de nouvelles, de chroniques et de lettres d'opinion, les nouvelles, c'est-
à-dire la catégorie « Actualité », constituant le genre journalistique dominant dans
tous les quotidiens. Ces considérations coïncident avec les caractéristiques générales
de notre corpus (cfr. 4.1.3), sauf pour Le Devoir, où la distinction des catégories est
sensiblement différente des autres journaux. La majorité des autres informations
quantitatives exposées par l'étude de l'Université Laval coïncident avec celles de
notre présent corpus. D'autres résultats sur les thématiques les plus abordées par les
quatre quotidiens constituent également une contribution importante pour la
compréhension du traitement journalistique du printemps érable. Bien que le corpus
de cette étude ne peut pas être évalué, car ni sa taille ni sa méthode de collecte ne sont
connues, ses résultats sur les thématiques les plus importantes seront repris dans le
chapitre c-inq à des fins de comparaison. Cette étude est celle dont les objectifs
coïncident le plus avec ceux de cette thèse.
65
Une autre étude (Dussault-Brodeur, 2015) a analysé le discours afin de dégager les
caractéristiques du débat autour de la notion de « violence » présente pendant la crise
étudiante de 2012. Le corpus est composé d'énoncés prononcés par les autorités
politiques et publiés dans la presse écrite francophone montréalaise. La collecte a été
effectuée avec la base de données Eureka et les sources d'information retenues sont
67
La Presse, Le Devoir et Le Journal de Montréal. Les articles ont été sélectionnés sur
la base d'un certain nombre de mots clés3 pour la période qui va du 1er février au 1er
novembre 2012 4• Malgré ses limites, les auteurs ont construit un corpus bien orienté
sur la question de recherche qui vise à analyser « le niveau de criminalisation de la
contestation ». En effet, la majorité des mots clés utilisés pour la collecte cible
volontairement le vocabulaire spécifique utilisé pour nommer les « manifestants
violents », ce qui facilite une collecte de données orientée et pertinente. Enfin, selon
le critère de pertinence, les auteurs ont retenu 131 articles pour composer le corpus de
référence. Leur corpus d'étude est constitué seulement des articles contenant des
déclarations des autorités politiques, soit 42 articles. L'étude a décelé la manière à
travers laquelle le discours des autorités politiques sur la violence dans les
manifestations était au service d'une stratégie politique précise. Ce discours menait le
plus souvent à la criminalisation de la grève étudiante et, plus particulièrement, au
refus de reconnaître politiquement le« mouvement qui contestait l'ordre ».
Une autre étude a analysé le traitement du concept de« désobéissance civile» dans la
presse au moyen d'une analyse du discours menée sur un corpus comprenant 176
documents, soit 107 commentaires d'opinion, 46 nouvelles, 9 interviews, 2 enquêtes
sous forme d'interview et 12 analyses. La période de couverture va du 17 février au
16 novembre 2012 et les sources d'information sont les suivantes: La Presse, Le
Devoir et Le Journal de Montréal. L'étude contribue à déceler un élément important
du débat qui a eu lieu lors de la crise étudiante, débat lié à la vision qu_e les différents
acteurs avaient de la démocratie.
3
Mots clés : « grève étudiante » et « ministre », « grève étudiante » et « violence », « grève
étudiante » et « casseurs », « grève étudiante » et « criminels », e! uniquement « criminels ».
4
Les dates ont été choisies de manière approximative afin de couvrir l'entrée et la grève étudiante
pour les différentes associations étudiantes.
68
Enfin, d'autres types d'étude ont été conduits sur une seule source d'information. Un
exemple en est une étude de cas sur le journal étudiant Montréal Campus, lequel,
selon ses auteurs (Desrochers, 2016) est caractérisé par sa neutralité. Afin de
«mesurer» le niveau de neutralité de ce journal, les auteurs ont regroupé 87 articles
allant du 30 mars 2010, date de l'annonce de la hausse des droits de scolarité,
jusqu'en février 2013, lors du Sommet sur l'enseignement supérieur, point final du
mouvement étudiant.
Toutes ces études démontrent comment l'analyse d'un corpus, par le biais de
différentes méthodes et cadres théoriques, peut répondre à plusieurs types de
questions de recherche. Chacun de ces corpus est orienté sur un objectif de recherche
bien précis et possède des forces et des faiblesses. En général, on remarque la
difficulté à utiliser, dans un cadre de recherche en sciences humaines et sociales, un
corpus de grande taille. En effet, la majorité des corpus présentés ne dépassent pas
les quelques dizaines de documents. Le développement de méthodes d'analyse de
textes assistée par ordinateur peut sans doute contribuer à la réalisation d'analyse de
corpus de plus grande taille, ce qui pourrait mener au renouvellement des méthodes
en sciences humaines et sociales et, comme l'affirme Rastier à plusieurs reprises, ce
qui pourrait ouvrir la porte à la découverte de « nouveaux observables ».
CHAPITRE II
CADRE THÉORIQUE
Le deuxième postulat esquisse le cadre à partir duquel une analyse de texte assistée
par ordinateur peut être appréhendée. L'assistance informatique est encadrée par un
système qui se base sur le principe suivant : permettre le passage de tâches de
l'analyse sémiotique vers l'ordinateur. Afin de permettre ce passage, le système
conçoit plusieurs niveaux de description d'un phénomène. Lorsque les niveaux sont
cohérents, alors le passage d'une fonction cognitive vers une fonction computable
devient possible. Ce système est approfondi au paragraphe 2.1.2.
71
Le concept de macrostructure retenu dans le présent travail est celui développé par le
linguiste Teun Adrianus van Dijk, un des pères putatifs de l'analyse du discours. La
macrostructure se définit comme une« structure de signification globale d'un texte»
(Kintsch et Van Dijk, 1975, p. 101). Elle possède une nature sémantique:
This means that this kind of notion should be made explicit in semantic terms;
to distinguish them from other kinds of global structures, we talk about
semantic global structures. It is this type of structure that we try to make
explicit in this book in terms of (semantic) macrostructures (Van Dijk, 1980, p.
5)
It is used to account for the various notions of global meaning, such as topic,
theme, or gist. This implies that macrostructures in discourse are semantic
objects. (Van Dijk, 1980, p. 10)
Le rôle principal de la macrostructure est celui de liaison entre les éléments d'un texte
pour former une structure globale et organisatrice. La macrostructure est une forme
d'organisation textuelle profonde ayant une forte composante sémantique, comme le
dit van Dijk dans le passage suivant : « These macrostructures may be identified with
global semantic representations or deep structures oftexts ». (Van Dijk, 1972, p. 307).
Ainsi, la cohérence textuelle ne peut être que de nature sémantique.
Le lien entre cohérence et sémantique est encore plus évident lorsqu'on associe la
macrostructure à la notion de thème. En effet, la notion théorique de macrostructure
peut être couplée à différentes formes d'organisation sémantique du texte, comme
celle de thème. Dans ce dernier cas, la macrostructure correspond à l'accumulation
isotopique 5
, c'est-à-dire à la répétition régulière et systématique d'éléments
5
Nous nous référons au processus d'accumulation de lexèmes, sèmes ou autres qui forment l'isotopie
dans un texte.
73
sémantiques qui constituent le thème central d'un texte. Cette répétition est une forme
de révélation d'une macrostructure:
. Chez van Dijk, la macrostructure constitue la structure qui donne une forme à la
substance sémantique la plus importante d'un texte. Cette forme est cernée à partir
d'éléments qui sont distribués dans le texte et est souvent associée au concept de
thème et de cohérence textuelle
[... ]the global meaning structures for which notions such as "theme, " "topic,"
or "gist" are used, [ ... ]. (V an Dijk, 1980, p. 6)
Pour résumer, la macrostructure organise la structure sémantique globale d'un text~ et,
sa forme est souvent identifiée par celle du thème. Pour van Dijk, la macrostructure
ainsi définie est également reliée à la vie cognitive de l'être humain et plus
particulièrement, aux aspects cognitifs de la mémorisation et de la compréhension
d'un tèxte. La notion qui met ces aspects cognitifs de l'avant est celle de cœur
informatif d'un texte, c'est-à-dire les informations centrales et cruciales d'un texte,
sans lesquelles la compréhension du texte est compromise, voire impossible. Le cœur
informatif constitue une ressource cognitive de l'être humain qui, pour des raisons
d'économie cognitive, sélectionne ce qui est crucial pour la mémorisation et la
compréhension :
74
When people talk about such a theme or topic, [ ... ] At the same time these
notions intuitively associate with that of relevance or importance: The point is
the more relevant, important, central, prominent, or crucial aspect of what was
said. (Van Dijk, 1980, p. 5)
The macrostructure thus has to represent what is the major, more relevant, more
general information out of complex information as represented at the more
concrete microlevel. Both the notion of description level and that of
representation level appears to play an important role in discourse, cognition,
and action. (Van Dijk, 1980, p. 13)
Brown et Day, 1983; Lemaire et al., 2005). D'autres travaux l'ont employée pour
l'analyse thématique au moyen des modèles topiques (LSA) (Kintsch, 2002) et de
clustering (Forest, 2006). Enfin, par l'intermédiaire de la perspective développée en
logique (Freeman, 2011, 1991), le concept de macrostructure a été utilisé pour la
fouille des arguments (argument mining) (Peldszus et Stede, 2013).
Rappelons donc qu'un texte peut être analysé à trois paliers principaux : micro -,
méso -, et macrosémantique, qui correspondent au sémème, au contenu de la
période, et à la structure textuelle (Rastier, 1995, p. 223-249)
Comme chez van Dijk, la définition de thème est ici décrite comme une structure
globale. Le thème se réalise par accumulation isotopique 6 ou, pour utiliser ses termes,
au moyen d'une structure de traits sémantiques (ou sèmes), qui est récurrente dans un
corpus (Rastier, 1996). La différence entre ces deux auteurs est principalement de
nature théorique, car pour Rastier, le thème est un phénomène exclusivement
linguistique alors pour van Dijk, il est aussi cognitif.
6
Nous nous référons au processus d'accumulation de lexèmes, sèines ou autres qui forment
l'isotopie dans un texte
77
Les trente et une fonctions de Propp, regroupées dans sept sphères d'action,
correspondent à une syntaxe qui détermine un type particulier de récit, soit le conte de
fées russe (Franzosi, 2010, p. 54, 145; Noth, 1995, p. 372). Pour sa part, Bremond
définit un concept de macrostructure dans lequel la morphologie du conte de fées
caractérise la diégèse comme une séquence macrostructurelle unique et invariante.
Pour lui, c'est plutôt la séquence de microstructures invariantes qui forme les
macrostrùctures narratives (Bremond, 1966). Dans la logique des possibles narratifs,
Bremond propose un modèle du récit composé de trois éléments : une situation
initiale qui mène vers une potentialité, l'actualisation de cette potentialité (ou son
contraire, l'absence d'action) et les résultats de cette action (succès ou faillite).
Greimas a développé un métalangage sémiotique qui possède une nature tout à fait
narrative. Deux des principaux modèles de sa théorie, le schéma actanciel et le
schéma narratif canonique, sont des exemples de macrostructure textuelle (Noth,
1995, p. 373). Enfin, Labov propose un modèle cyclique ancré sur les
macrostructures des narrations orales (Noth, 1995, p. 373). Ce dernier modèle est
constitué de six phases qui seront ensuite réutilisées par Van Dijk (V an Dijk, 1980, p.
113) pour la définition de superstructure : le résumé, qui démarre le récit;
l'orientation, qui décrit le contexte de départ; l'intrigue (complicating action) soit la
description de la séquence d'actions; l'évaluation qui met en jeu le narrateur et la
manière dont le récit est présenté, soulignant ainsi les points de vue déployés; la
78
résolution, qui récapitule les actions et met fin à la séquence narrative; la coda qui
marque idéologiquement le récit, amenant donc un signifié plus profond au récepteur.
Un phénomène est donc décrit par ces quatre modèles. Par exemple, il est possible de
définir le jeu d'échecs d'abord comme une bataille médiévale (modèle conceptuel),
deuxièmement comme un ensemble de règles (modèle formel), ensuite comme un
système de fonctions computables (modèle computationnel) et enfin comme un
plateau et des pièces de jeu, par exemple un échiquier en bois (modèle physique).
1- Décrire une tâche ou une étape de l'analyse sémiotique de texte. Par exemple,
décrire la valeur de l'identification de textes similaires.
2- Structurer formellement cette étape, ce qui implique de décrire formellement
la tâche d'identification de textes similaires.
3- Identifier les fonctions computables qui rendent opérationnel le modèle
formel. Par exemple, identifier la fonction qui permet d'établir le degré de
similarité entre deux textes.
4- Identifier l'implémentation physique nécessaire pour la computation. Par
exemple, un ordinateur ou un autre calculateur.
Lorsqu'une tâche de l'analyse sémiotique peut être décrite par les quatre modèles,
elle est exécutable par une machine. Par contre, seule une tâche simple pourrait être
décrite par les quatre étapes. Par exemple, la tâche de lecture d'un texte est trop
complexe pour être décrite d'un point de vue formel. En effet, la «lecture» est une
opération cognitive complexe, et cette opération deyra être décomposée en tâches
plus petites. L'assistance informatique force ainsi la sémiotique à décomposer sa
81
Il se dessine donc une interaction entre un modèle conceptuel, son substrat cognitir et
une représentation formelle de celui-ci. En d'autres termes, chaque tâche ou
opération de l'analyse de texte correspond à une opération cognitive et certaines
d'entre elles peuvent faire l'objet d'une représentation formelle. Illustrons ce
. mécanisme par un exemple. La loi de Zipf(Zipf, 1949) est une loi empirique qui a été
formalisée par le linguiste Zipf en observant la fréquence des mots dans un ensemble
de textes. Elle décrit un phénomène linguistique au moyen d'une loi mathématique et
statistique. Cette loi qui décrit la relation entre la fréquence d'apparition d'un mot et
son rang à l'intérieur de l'ensemble de texte sur lesquels la fréquence a été calculée.
Cette relation montre que la fréquence dépend du rang du mot et que cette fréquence
diminue sensiblement en même temps que la diminution de son rang, ce qui implique
que les mots très fréquents sont peu nombreux alors que les mots les moins fréquents
sont très nombreux.
De plus, cette loi comporte une hypothèse explicative de type cognitif. Les éléments
cognitifs qui déterminent ce phénomène sont liés, d'une part, aux ressources limitées
de l'être humain relativement à la mémoire et à la capacité d'attention (Simone, 2005,
p. 83) et, d'autre part, au principe du moindre effort, ce qui constitue la thèse même
de Zipf (Zipf, 1949, p. 19). Cette relation a été étudiée par plusieurs disciplines du
langage et ce, depuis les années 50. Shannon, par exemple, propose :
7
Le modèle décrit par Meunier (2019) a été simplifié, mais il est opportun de rappeler que le
substrat cognitif est accompagné par d'autres dimensions, comme celles sociale, linguistique,
politiques, etc.
82
Si on tient compte du système décrit précédemment, la loi de Zipf peut être décrite
par les différents modèles. Cette loi possède ainsi une description conceptuelle et
sémiotique, qui est liée à la redondance de ! 'information observée dans les
phénomènes linguistiques (Simone, 2005). La redondance de l'information est un
mécanisme de protection des procédés sémiotiques qui garantit le transfert de
l'information (Klinkenberg, 2000, p. 75). Alors, le fait que peu de mots sont très
fréquents et que beaucoup de mots sont peu fréquents coïncide avec le principe de
redondance et d'économie des ressources. En d'autres termes, on peut dire que la loi
de Zipf est un indice du phénomène de redondance des langues naturelles. Cette
description conceptuelle est formalisée par la formule mathématique suivante :
f *r = C, où f est la fréquence et r le rang. Ainsi, la loi de Zipf formalisée spécifie
que la fréquence d'un mot est inversement proportionnelle à son rang dans la liste des
mots qui font partie d'un corpus. Cette formule est représentée par la courbe de la
figure 2.1.
83
1
0.9
0.8
0.7
0.6
0.5
0.4
0.3
0.2
0. 1
0
0 20 40 60 80 100
Figure 2.1 Loi de Zipf. L'axe des y correspond à la fréquence du mot; l'axe des x
correspond rang du mot
Un autre principe important pour la présente thèse est celui qui est à la base de la
sémiotique structuraliste: « il n'y a de sens que par et dans la différence » (Groupe
d'Entrevemes, 1984). Ceci implique que les conditions de signification du texte sont
reliées par l'idée que le système qui les soutient est un « système structuré de
relations». Les éléments qui composent ce système se distinguent par des relations
d'opposition, de complémentarité ou d'autres types, chacune ne faisant que souligner
les différences entre ces éléments. Cet aspect définit les procédés de signification
d'un texte puisque « les éléments d'un texte ne tiennent leur signification et ne
peuvent être reconnus signifiants que par le jeu des relations qu'ils entretiennent »
(ibid). Enfin, dans ce contexte, l'analyse de texte vise à dégager les dynamiques
sémiotiques qui organisent le contenu du texte.
consiste dans l'étude d'éléments qui organisent le contenu du texte à travers des
dispositifs suivant une logique de type narratif. Par exemple, un texte peut être
analysé comme une succession d'états et de transformations dans lesquels des
personnages agissent. Cette structure est analysée à travers un métalangage spécifique
qui décrit le fonctionnement des dispositifs de la narration.
Ces choix sont motivés par les points suivants. D'abord, Greimas fonde son approche
sémiotique sur la notion de texte comme une réalité empirique contenant ses
conditions de production. Dans ce travail, le texte est le seul matériel pris en
considération pour l'analyse de contenu. Deuxièmement, Greimas développe un
métalangage sémiotique formel pour la description des sémiotiques-objets 8 • Le
développement d'une méthode assistée par ordinateur est facilité par un modèle
sémiotique de type formel, car les outils computationnels nécessitent un ancrage
formel pour exécuter des tâches sémiotiques. L'aspect computationnel de l'analyse
doit ainsi nécessairement passer par une représentation formelle des dynamiques
sémiotiques. Troisièmement, Greimas offre un modèle narratif qui se détache de plus
en plus du genre littéraire et narratif pour construire une syntaxe générale du discours
qui peut aussi être appliquée à l'analyse des textes non narratifs (Bertrand D., 2000).
L'approche sémiotique choisie doit pouvoir être appliquée aux textes journalistiques.
Enfin, certains de ces modèles, comme le schéma actantiel, sont très simples et
intuitifs, facilitant ainsi leur utilisation dans un contexte computationnel. En raison de
l'aspect expérimental du modèle développé, il serait très difficile d'implémenter ou
d'explorer les données textuelles au moyen d'un outil trop complexe.
8
Systèmes sémiotiques qui sont décrits par des métalangages sémiotiques (Barthes, 1964).
87
construction d'une sémiotique formelle, qui aurait pu « dire quelque chose sensé sur
le sens » (Magli et Pozzato, 1985, p. I) et décrire les modalités de sa manifestation et
de sa transformation. Son œuvre a été influencée par plusieurs structuralistes comme
Lévi-Strauss, Dumézil, Propp et Hjelmslev. En contre-partie, son travail a aussi
influencé plusieurs générations de sémioticiens, pour lesquels traiter de narrativité
signifiait appliquer ou continuer à développer le modèle du parcours génératif du
sens, ce qui a constitué un des objets d'études les plus importants de Greimas.
Cet extrait illustre bien la nécessité d'un métalangage pour la description des
phénomènes sémiotiques. Pour. décrire les « faits sémiotiques », c'est-à-dire les
systèmes et les processus de la signification, il est nécessaire de formuler une
88
sémiotique comme métalangage. Le « sens » est quelque chose qui apparaît dans le
langage et qui doit être décrit par le même langage que celui où il apparaît. Ainsi, la
nécessité de s'outiller de concepts inter-définis permettant la description des « faits
sémiotique » émerge. La sémiotique-objet doit donc être décrite par une sémiotique-
métalangage ou une méta-sémiotique.
9
Pour compléter ce raisonnement par une analogie, voir la définition du concept d'algorithme dans
l'introduction du présent travail et dans Greimas et Courtes (1979, p.12).
89
sont constituées par des niveaux différents. Ces niveaux sont reliés entre eux par des
règles de conversion q~i construisent la signification, du niveau le plus profond au
plus superficiel. Le principe théorique de Greimas est la « simulation » du_ chemin
que le sens parcourt pour se construire, niveau après niveau. La manifestation du sens
dans les langues ou tout autre système de signes est donc observée grâce à une
hypothèse sur sa constitution. Le « parcours » de Greimas est ainsi génératif parce
qu'il propose une théorie sur la génération du sens. En effet, Greimas« simule » son
parcours de génération, qui est déclenché par l'apparition d'éléments logico-
sémantiques élémentaires se situant au niveau profond, lesquels sont ensuite convertis
en éléments syntaxico-sémantiques à un niveau plus superficiel, aboutissant enfin au
niveau discursif à travers les mécanismes de l'énonciation. En d'autres termes, le
niveau profond est l'endroit où la substance et la forme primordiale du sens
apparaissent et elles possèdent une nature logico-sémantique. Les niveaux plus
superficiels transforment la forme élémentaire du sens vers des formes plus
complexes, jusqu'à sa mise en forme définitive au niveau discursif.
Ainsi, les niveaux du « parcours génératif» peuvent être répartis en deux catégories,
soit les structures sémio-narratives, les structures les plus profondes et les structures
discursives, qui sont les plus superficielles. Les structures semio-narratives
constituent deux niveaux, soit le niveau profond, où sont situées la syntaxe et la
sémantique fondamentale, et le niveau superficiel, où la syntaxe narrative de surface
et la sémantique narrative opèrent. Les structures discursives constituent le dernier
niveau, lequel est responsable de l'accomplissement de la dernière étape du
« parcours du sens» c'est-à-dire la mise en forme et l'instanciation discursive des
structures syntaxiques et sémantiques construites auparavant. À l'origine de ce niveau,
se situe un véritable un acte d'énonciation. Ainsi, il est possible de retrouver dans le
texte les marques des différents processus énonciatifs, soit l' actorisation, la
temporalisation, la spatialisation, la thématisation et lafigurativisation.
91
PARCOURS GÉNÉRATIF
SYNTAXE
niveau profond SÉMANTIQUE FONDAMENTALE
Structures FONDAMENTALE
sémio-
narratives niveau de SYNTAXE NARRATIVE
SÉMANTIQUE NARRATIVE
fiurface DE SURFACE
Oiscursivisatkm Thèmalisali-Oo
Structures
discursives actorlsati~ /
tcmporalisation Figurativisation
spatialisa li-On
10
Cette image est inspirée à celle proposée par Patrizia Magli et Maria Pia Pozzato dans l'avant-
propos de la traductione italienne de Le sens 2 de Greimas (Magli et Pozzato, 1985, p. IV).
li Le carré logique exprime les quatre modalités fondamentales d'une proposition, lesquelles
entretiennent des relations logiques. Ce sont les suivantes : l'universelle affirmative (ex. « Tous
les x sont P »), l'universelle négative (ex. « Aucun x n'est P »), qui est contraire à la première
proposition, la particulière affirmative (ex.« Quelques x sont P »), qui est subalterne par rapport
à la première proposition et contradictoire par rapport à la deuxième, et la particulière négative
(ex. « Quelques x ne sont pas P »), qui est contradictoire par rapport la première, subalterne par
rapport à la deuxième et subcontraire par rapport à la troisième.
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cet axe est appelé l'axe du vouloir. Il est composé des énoncés élémentaires, qui sont
les énoncés de faire et les énoncés d'état. Les premiers déterminent la fonction de
transformation, qui est responsable du passage d'un état à l'autre, et les deuxièmes
déterminent la fonction de jonction (ou disjonction), qui décrit un état. Le programme
narratif est basé sur la transformation d'un état de disjonction à un état de jonction,
puisque l'actant-sujet planifie de se joindre à l'objet de valeur. Le programme narratif
peut être inversé lorsque l'actant-sujet programme une disjonction. La formule du
programme narratif est alors la suivante :
PN = S1 (S2 n 0) (2.1)
L'énoncé de faire est un prédicat modal lorsqu'il a comme objet un énoncé d'état, car
il s'agit d'un énoncé qui en modélise un autre. Le terme entre parenthèses de la
formule (2.1) est l'énoncé d'état S2 n 0, qui est transformé par le sujet S 1• La formule
(2.2) indique son contraire, définissant ainsi l' antisujet S2 (formule (2.3)) :
PN u ïPN = S1 U On S2 (2.3)
Ces formules peuvent être décrites de manière plus détaillée en explicitant le passage
d'état déterminé par l'énoncé de faire. Par exemple, pour la formule (2.1):
étant l'état initial de disjonction et le deuxième, l'état final produit par la fonction de
transformation qui représente un état de jonction. Cette modélisation du faire-être
responsable de la transformation d'un état, constitue le programme narratif. À
l'intérieur d'un texte, les programmes narratifs peuvent s'articuler de manière
complexe et établir une hiérarchie ou un réseau. En effet, plusieurs programmes
narratifs peuvent habiter un texte et être parallèles, opposés, complémentaires,
superposés, emboîtés, etc.
[Manipulation]• 1 Sanction l
"
r 1 ,
. Action ,.,
[PN = F{S 1 (S2fl0)}
• 1 · ~ +
1Compétence j•
Figure 2.4 Le schéma narratif canonique.
Greimas ne considère pas ces séquences dans leur dimension temporelle, mais plutôt
dans leur dimension logique. Il ne s'intéresse donc pas à l'ordre d' apparition mais à la
présupposition logique entre ces éléments. Par conséquent, la performance
présuppose la compétence, car le sujet obtient sa «qualification», c' est-à-dire les
compétences pour agir, avant d'accomplir l'acte. Parallèlement, la sanction
présuppose la performance car l'acte ne peut être «évalué» qu'après avoir été
accompli. Enfin, la manipulation est présupposée à tout autre segment, car elle motive
l'existence du sujet autour duquel le récit se construit.
Ces séquences qui fondent tout récit organisent des actants, lesquels relèvent de la
syntaxe narrative visualisée par le schéma actantiel, et des acteurs, qui sont
reconnaissables « dans le discours particulier où ils se trouvent manifestés » (Greimas,
1973a, p. 161). Par exemple, l'énoncé « Jean possède un pot plein d'écus d'or» est
constitué d'un actant-sujet et d' un actant-objet. Ce dernier exprime la valeur
sémantique de la richesse qui est associée au sujet et il est analysable à plusieurs
mveaux:
L'exemple ci-dessus, qui a été présenté par Greimas (1973b, p. 17), illustre que le
sème de la « richesse » a un rôle syntaxique à l'intérieur de l'énoncé, soit celui
d'objet de valeur, et une manifestation figurative, soit la séquence de mots« pot plein
d'écus». Cette structure pourrait avoir un acteur différent, c'est-à-dire une
manifestation figurative différente, mais conserver la même configuration d'actant et
de valeur sémantique, comme dans le cas de l'énoncé « Jean a une grande fortune».
Cette dernière phrase a la même valeur sémantique que la première phrase, mais une
manifestation figurative différente. Ainsi, la relation entre actant et acteur n'est pas
nécessairement simple car elle peut être multiple. Ainsi, un actant peut être manifesté
par plusieurs acteurs. Ce phénomène est appelé syncrétisme actantiel (Hébert, 2016,
p.132). Le phénomène inverse est également possible. Ainsi, on appelle syncrétisme
actoriel la relation entre un actant et plusieurs acteurs. Un exemple de ce phénomène
est constitué par ces deux phrases, où l'actant-objet avec la valeur sémantique de la
richesse est exprimé par deux manifestations figuratives différentes, soit le « pot plein
d'écus» et« la fortune».
Comme pour l'actant-objet, les autres actants du schéma actantiel représentent les
rôles narratifs généraux qui sont organisés par les séquences narratives du schéma
narratif canonique. Ils possèdent une fonction syntaxique et leurs relations sont
représentées par le schéma actantiel (figure 2.5), où les trois axes qui le composent
sont illustrés, soit l'axe du vouloir, l'axe du pouvoir et l'axe de la transmission.
Commençons par décrire l'axe du vouloir, qui correspond à la performance. Cet axe
articule l'actant-sujet et l'actant-objet de valeur. Il constitue le programme narratif.
En raison de la relation paradigmatique de contrariété, tout programme narratif a un
contraire. Ainsi, l'actant-sujet a également son contraire, qui est l' antisujet, lequel est
également organisé par l'axe du vouloir, mais avec des composantes inversées. L'axe
du pouvoir correspond à la compétence et articule l'actant-adjuvant et l'actant-
97
opposant en relation avec l' actant-sujet. Ces actants influencent les actions du sujet,
car ce sont les opposants qui nuisent à la réalisation de la jonction du sujet alors que
les adjuvants la soutiennent en fournissant des compétences (Hébert, 2016, p. 131 ).
Enfin, l'axe de la transmission correspond à la manipulation ainsi qu'à la sanction et
il articule l'actant-destinateur, celui qui demande la jonction au sujet; et l'actant-
destinataire, celui pour lequel l'acte est accompli. Dans ce cadre, l'axe du vouloir
assume une fonction prépondérante à l' intérieur des structures sémio-narratives,
comme l '-est aussi le rôle de la performance du schéma narratif canonique.
Objet
•
(objectif)
1
1
1
Quête
"=;(
1
l
.,.µ .. ··· .... L.
AdJù'!ant Sujet Oppqsant
i
1
i
i
;___ (aidant) 1 (héros) \
\::..
(advèrsàire)
Les acteurs impliqués dans le schéma peuvent être des personnages, donc des acteurs
anthropomorphes, comme c'est le cas du prince, de la princesse et du roi. Toutefois,
des acteurs non anthropomorphes existent aussi, tels l'épée, le courage et le mauvais
sort. Ils tiennent tous un rôle actantiel, sans pour autant être des personnages (Hébert,
2016, p. 34).
trois fonctions peuvent-elles être accomplies par un seul acteur? De même, la relation
_entre destinateur, sujet et objet de valeur n'est pas claire. D'un côté, le destinateur
assigne la quête de l'objet de valeur au sujet, mais en même temps, le sujet s'est
investi lui-même de cette quête. L'objet de valeur est-il une assignation externe, qui
vient du destinateur, ou un processus génératif qui est propre au sujet? (Ferraro, 2012,
p. 46). Toutefois, il s'agit d'une fausse ambiguïté, puisque ce problème se produit
seulement lorsqu'on veut assigner de manière univoque un acteur et un actant. En
réalité, la relation acteur - actant est multiple, c'est-à-dire que plusieurs acteurs
peuvent avoir plusieurs rôle actantiels et vice-versa. Il s'agit du phénomène de
syncrétisme actantiel et actoriel (dont nous avons parlé à la page 96) et il est un
argument suffisant pour répondre à cette critique.
Pour ces raisons, le modèle actantiel a été modifié et raffiné au cours des décennies. Il
existe des versions très simples du modèle, comme c'est le cas du modèle
« positionne! » (Bertrand D., 2000). Dans cette thèse, un modèle plus raffiné tel
qu'illustré par le tableau 2.1 (Hébert, 2016, p. 133) est utilisé.
N" ! sujet
temps 1 élément classe d'actant : s/o, sous-classe d'actant: SOUS• autres sous-classes
i observateur actant deur/daire, adj/opp factueVpossible classe d'actant (par ex.,
'i 1
d'actant:
vrai/faux
actif/passif)
·2--· ·----f' i
1 1
1 !
Etc. î 1 !
Tableau 2.1 Représentation du modèle actantiel sous forme de tableau (L. Hébert,
2016, p. 135)
représentation abstraite de l'articulation d'un actant sur le carré sémiotique est fournie
par la figure suivante :
Terme A Terme B
Chaque actant peut avoir ainsi un antactant, qui est son contraire, un négactant, qui
est son opposé, et un négantactant, qui est son complémentaire. À partir de cette
représentation, il est possible d'en dériver les sous-catégories actantielles suivantes :
actant/non-actant, actant possible/factuel, actiflpassif. Chacune de ces catégories est
liée aux autres. Par exemple, l'axe actant/non-actant est lié à celui du possible/factuel.
Prenons l'exemple de l'actant adjuvant. Si un actant adjuvant n'aide pas le sujet bien
qu'il soit censé le faire, il ne peut pas être un adjuvant, ni un opposant. Son statut est
mieux défini par la catégorie de non-actant qui, dans ce cas spécifique, est celle de
non-adjuvant, mais également celle d'actant possible non devenu factuel. Une série
d'exemples est présentée dans le tableau 2.2 suivant (Hébert, 2016, p. 137) :
Par exemple, un individu qui laisse son ami se noyer est mieux défini si on explicite
les sous-catégories actantielles. Il est alors un opposant, mais mieux défini comme un
« adjuvant possible non devenu factuel », puisqu'il s'agit d'un ami qui devrait, par
définition, être un adjuvant. À cette sous-catégorie on peut ajouter aussi les autres,
soit « non-adjuvant » et « opposant passif». Son rôle actantiel est le produit de toutes
ces relations.
La dernière sous-catégorie, celle qui définit l'opposition actif/passif, est utilisée pour
définir le type d'action que l'actant accomplit, laquelle peut être activement ou
passivement dirigée vers un but. Cette catégorie permet donc de définir des actants
selon leur type d'engagement dans l'action. Par exemple, un actant qui laisse mourir
un ami est un opposant passif et un actant qui maintient la tête d'un ami sous l'eau est
un opposant actif. Une nuance supplémentaire est aussi apportée par le fait que, dans
les deux cas, il s'agit d'un adjuvant possible non devenu factuel, car l'actant est aussi
l'ami de la victime et non son ennemi. Dans ce contexte, les différents actants
peuvent être classés selon plusieurs sous-catégories qui spécifient davantage le rôle
qu'ils ont dans le texte. Ceci permet donc de distinguer deux opposants qui ont deux
rôles différents, comme dans l'exemple A et l'exemple B du tableau 2.2.
Le schéma actantiel peut ainsi être utilisé pour analyser différents énoncés ou textes.
Cette version du modèle actantiel comporte aussi d'autres sous-catégories telles:
actant conscient/non conscient, tout/partie, classe/.élément, type/occurrence. Nous
n'en tiendrons pas compte afin de maintenir la simplicité du modèle utilisé.
Le récit est fondamental dans la vie culturelle. Dans un de ses textes les plus connus,
Roland Barthes (1966) a souligné l'aspect omniprésent du récit : « il n'y a jamais eu
nulle part aucun peuple sans récit». D'autres auteurs suggèrent aussi que la narration
102
Plusieurs psychologues ont déjà mis de l'avant le rôle de la structure narrative comme
support à la mémorisation et à la remémoration (Mandler, 1984; McAdams et
McLean, 2013; Rumelhart, 1975). D'autres auteurs ont décrit comment certaines
structures narratives « s'inscrivent dans les mécanismes cognitifs » (Herman, 2000;
Ravoux Rallo, 1996) ou comment elles sont impliquées dans. le processus de
construction de l'identité personnelle (Bruner, 2006; Dennett, 1991; McAdams et
McLean, 2013; Schaeffer, 2010). Dans ce genre de travaux, le récit a été abordé sous
l'angle cognitif, mais aussi comme support à des opérations complexes, telle la
résolution de problèmes (Herman, 2003a, 2003b). Enfin, la narrativité constitue une
infrastructure sur laquelle la cognition humaine se base (Herman, 2013).
Les courants de pensée dans la narratologie cognitive sont nombreux, mais ils
s'accordent tous sur le fait que les fonctions cognitives associées à la compétence
narrative se basent sur lé storyworld (Herman, 2002), c'est-à-dire « une
représentation mentale de l'univers diégétique » (Campion, 2015, p. 4).
Narrative, in other words, is a basic human strategy for coming to terms with
time, process, and change - a strategy that contrasts with, but is in no way
inferior to, "scientific" modes of explanation that characterize phenomena as
instances of general covering laws. Science explains the atmospheric processes
that (all other things being equal) account for when precipitation will take the
104
form of snow rather than rain; but it takes a story to convey what it was like to
walk along a park trail in fresh-fallen snow as aftemoon tumed to evening in
the late autumn of2007 (Herman, 2011, p. 2).
Ces opérations sont des tâches réalisées par l'être humain. En effet, l'intelligence
artificielle s'occupe de l'opérationnalisation de certaines de ces tâches par le biais
d'un modèle formel et computationnel. Ce dernier sera ensuite implémenté dans une
machine, pour reproduire ainsi l'opération effectuée par l'être humain. Toutefois, ce
ne sont pas toutes les tâches qui peuvent être transférées directement dans un modèle
computationnel. Tel que présenté au paragraphe précédent 2.1.2, les tâches
complexes, lesquelles le plus souvent correspondent à des opérations cognitives
complexes (par exemple, la lecture d'un texte), doivent être divisées en tâches et
opérations plus petites. L'analyse de textes journalistiques assistée par ordinateur est
une opération qui doit être décomposée en tâches et opérations. Certaines d'entre
elles peuvent être sélectionnées pour les transférer dans un modèle formel et
computationnel. Ainsi, une série de sous-opérations de lecture et d'analyse de texte
peuvent être effectuées complètement ou partiellement par un programme
informatique.
L'approche computationelle qui est utilisée dans cette thèse est constituée par un
modèle de représentation formelle et computab/e du texte et par une approche
computationelle de la reconnaissance des formes récurrentes et des régularités. En
effet, le premier obstacle à surmonter est de transférer le texte dans un contexte
computable. Ce n'est qu'après ce transfert que certaines opérations d'analyse peuvent
être accomplies. La sémantique vectorielle offre un cadre théorique adéquat pour
obtenir une représentation formelle et computable du texte. Le deuxième obstacle est
12
[Notre traduction]
106
d'identifier l'outil computationnel qui « simule » l'opération cognitive qui est traitée
dans cette thèse. Pour ce faire, une famille particulière d'outils, le clustering, qui fait
partie du paradigme non supervisé de l'apprentissage automatique, constitue le cadre
théorique pour l' opérationnalisation de la reconnaissance des formes récurrentes et
des régularités internes aux textes.
Le modèle sémantique vectoriel a été développé par l'équipe de Salton (1968; 1971;
1975; 1983; 1988; 1988; 1991) dans les années 70. La base du modèle sémantique
vectoriel est de représenter un document comme un point dans un espace géométrique,
dont les coordonnés dépendent des caractéristiques lexicales et sémantiques (Sahlgren,
2006). Ainsi, la représentation vectorielle de plusieurs documents nous offre la
possibilité de calculer (Schütze, 1993; Schütze et Pedersen, 1993) la similarité ou la
dissemblance entre eux. Plus les textes sont proches, plus ils sont similaires. Chaque
document est donc représenté par un vecteur sur lequel, grâce aux outils classiques de
l'algèbre linéaire, plusieurs opérations peuvent être effectuées (Berry et al., 1995).
et al., 2000, p. IV; Markie, 2017). Le sujet de la dispute entre ces deux positions est
le rôle de l'expérience dans les processus d'apprentissage de l'être humain. En bref,
les rationalistes affirment que la connaissance est acquise de manière indépendante de
l'expérience. Au contraire, les empiristes affirment que l'expérience est la source
ultime d'apprentissage et connaissance. Généralement, les rationalistes justifient leur
vision par le biais de deux éléments. Le premier est le constat que la connaissance
acquise dépasse les informations que l'expérience peut apporter. Le second est la
description de la façon dont la raison fournit les informations additionnelles qui
manquent dans l'expérience. Les empiristes présentent alors des argumentations
opposées, en montrant comment l'expérience fournit assez d'informations pour
l'apprentissage de l'être humain et en critiquant la raison comme source de
connaissance.
L'approche empiriste dans le domaine de l'étude du langage a été populaire dans les
années 50 sous l'influence du béhaviorisme et des théories du psychologue Burrhus
Skinner. Son principe est de mettre l'accent sur le rôle de l'expérience dans le
processus d'acquisition du langage. L'apprentissage du langage est alors expliqué par
des processus d'imitation et des mécanismes de renforcement du comportement et de
conditionnement qui mènent l'être humain à associer un comportement linguistique à
un stimulus particulier. Dans l'approche empiriste, l'analyse du langage se base sur la
logique inductive et met de l'avant l'identification de règles générales à partir de
l'observation de la réalité. Leonard Bloomfield, le père putatif du structuralisme
américain, est un des représentants majeurs de l'utilisation de l'approche empiriste
dans l'analyse du langage. Selon Bloomfield
Cette hypothèse a été entièrement élaborée par l'équipe de Salton, qui a développé le
modèle sémantico-vectoriel. Ce modèle correspond à la construction d'une matrice U.
Cette modélisation est représentée par la formule (2.5). Chaque ligne de cette matrice
modélise un document sous la forme d'un vecteur S: = (Viv Vi 2 , ... , Vii) dans lequel
Vii correspond à la valeur de pondération du/me mot dans le tme segment.
Dans ce cadre, chaque document est décrit par son lexique. Les textes qui partagent
des entités lexicales similaires tendent à être similaires, ce qui implique que les
vecteurs qui les représentent tendent à se rapprocher dans l'espace géométrique
construit par le modèle sémantico-vectoriel.
L'apprentissage automatique est une discipline dont l'objectif est de développer des
méthodes pour la découverte des caractéristiques d'une base de données (Bishop,
2006). Ces méthodes ont la capacité d' « apprendre » à partir d'une expérience et de
résoudre certaines tâches complexes de manière automatique et performante (Mitchell,
1997).
112
Au paradigme non supervisé, appartient une famille de méthodes qui est appelée
clustering. La terminologie utilisée pour se référer au clustering n'est pas univoque,
ce qui peut amener de la confusion. En effet, il existe plusieurs noms pour désigner
cett~ famille de méthodes. En anglais, les termes les plus répandus sont clustering,
cluster analysis, segmentation, unsupervised classification, alors qu'en français, ce
sont regroupement automatique, segmentation, classification, classification
automatique, classification non supervisée, clustering, partitionnement. Cette
diversité terminologique est due au fait que ces méthodes ont été utilisées dans
plusieurs domaines de recherche, chacun utilisant sa propre terminologie, qui est
généralement justifiée par la nature de la discipline dans laquelle la recherche
s'inscrit. Par exemple, dans le domaine du marketing, il est plus courant de trouver le
terme segmentation, car le clustering s'intègre dans l'optimisation des processus de
segmentation du marché ou des clients. Pour alléger ce travail, nous utilisons le terme
113
clustering qui demeure le plus utilisé, à la fois dans les pays anglophones et dans les
.pays francophones.
Le clustering est l'art de trouver des groupes distincts dans les données
(Kaufman et Rousseeuw, 2005, p. 1) [Notre traduction]
[... ] cluster analysis est probablement le meilleur terme pour indiquer les
procédures qui cherchent à découvrir des groupes d'individus dans un jeu de
données. (Everitt et al., 2011, p. 5) [Notre traduction]
[ ... ] clustering veut dire trouver des groupes d'individus dans un jeu de
données. La classification d'Aristote sur les entités vivantes est probablement le
premier exemple de clustering, un clustering de type hiérarchique (Hennig et al.,
2016, p. 2) [Notre traduction]
Le clustering est une des méthodes les plus importantes pour l'extraction des
connaissances à partir de données multidimensionnelles. Le clustering a pour
but d'identifier un schéma récurrent ou des groupes d'objets similaires dans un
jeu de données. (Kassambara, 2017, p. 3) [Notre traduction]
La notion de similarité est donc fondamentale pour le clustering. Les objets qui sont
regroupés ensemble doivent partager un certain nombre des caractéristiques
communes afin que le concept de similarité entre individus soit significatif. Deux
individus sont donc très similaires s'ils partagent beaucoup de caractéristiques. La
similarité est en effet une question de degré. Si elle comporte des degrés, elle peut
donc être mesurée :
Toutefois, la notion de similarité est dépendante du contexte global dans lequel les
données sont situées et analysées. Par exemple, la souris peut être considérée plus
·similaire au lion qu'au kangourou puisque les deux sont des mammifères placentaires
au contraire du marsupial. Dans un contexte spécifique, par exemple dans une étude
sur l'évolution des appareils reproducteurs du monde animal, cette information
pourrait être suffisante pour situer la souris et le lion dans le même groupe et ce,
même s'ils ne se ressemblent pas sous d'autres points de vue. La similarité est donc
relative au contexte et aux caractéristiques qu'on décide de prendre pour décrire les
individus.
En résumé, la similarité est une question de degré, elle peut être mesurée et elle est
ancrée dans le contexte. De plus, dans le cadre du clustering, elle se définit en
opposition avec une autre mesure, soit celle de la dissimilarité :
La similarité est un concept qui s'applique aux individus d'un cluster alors que la
dissimilarité concerne les clusters eux-mêmes. Cette relation entre similarité et
dissimilarité constitue la base de toute méthode ou tout algorithme développés dans
ce contexte. Ceci nous mène à une autre notion qui définit davantage les potentialités
du clustering:
116
Dans ce passage, le clustering est défini comme une méthode de découverte d'une
structure latente et naturelle présente dans les données. Cette structure naturelle est
déterminée par les similarités et les dissimilarités des objets et constitue une
organisation latente des données en catégories distinctes. En d'autres termes, le
clustering identifie des groupes qui sont naturellement signifiants dans le jeu de
données analysé :
Le clustering subdivise les données dans des groupes différents (clusters) qui
sont significatifs, utiles, ou les deux. Si l'objectif atteint est la découverte de
groupes significatifs, alors les clusters devraient capturer la structure naturelle
des données (Tan et Steinbach, 2019, p. 525) [Notre traduction] ·
Les groupes se définissent donc par leur utilité et leur significativité (au sens
statistique), ou les deux, ce qui consiste à trouver cette structure sous-jacente au jeu
de données. Les groupes doivent servir à quelque chose, par exemple décrire le jeu de
données, et surgir naturellement pour des raisons de significativité statistique.
L'utilité d'une partition est fondamentale car les techniques de clustering visent un
objectif plus général, l'exploration et la génération d'hypothèses:
Cette nouvelle dimension est très pertinente pour le présent travail. Dans plusieurs
disciplines, le clustering est utilisé pour explorer de grands jeux de données. Quand
l'extraction des connaissances implique l'analyse d'un grand nombre d'individus, le
clustering représente un support important dans une première phase d'exploration et
mène le plus souvent à des hypothèses sur l'organisation ou la structure sous-jacente
des données. Cette situation est fréquente dans l'analyse de presse, car une étape
d'exploration préliminaire des données est nécessaire afin d'identifier les hypothèses
d'interprétation qui peuvent être proposées. Même si elle est grossière, dégager une
première structure sous-jacente aux données permet d'atteindre les objectifs d'une
première phase d'exploration.
Cet extrait identifie une des applications les plus répandues du clustering, soit le
regroupement de documents, c'est-à-dire repérer les documents qui sont les plus
similaires entre eux et les groupes qui sont les plus dissimilaires. Cette définition peut
être explicitée d'un point de vue technique :
Il est parfois possible de visualiser les résultats d'un clustering. La figure 2. 7 montre
une partition d'un jeu de données obtenu par un algorithme de clustering, lequel a été
exécuté avec l'objectif de trouver trois clusters. Il s'agit alors d'une partition à trois
clusters.
100
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Le paragraphe précédent peut être résumé ainsi : le clustering est l'opération qui
consiste à réunir des objets (individus ou variables) en un nombre limité de groupes
appelés clusters (ou segments ou classes) et possédant deux propriétés, l'homogénéité
119
Le problème posé par le clustering n'est pas trivial. Il s'agit d'analyser tous les
individus du jeu de données et d'évaluer toutes les partitions possibles afin de
maximiser une fonction qui tient compte de l'homogénéité intracluster et de
l'hétérogénéité intercluster. En d'autres termes, ce problème mène à une explosion
combinatoire qui correspond au nombre de Bell. Le nombre de Bell est le nombre de
partitions possibles qui peuvent organiser un ensemble d'individus. Par exemple, si
on considère un ensemble E composé de quatre individus E = {a, b, c, d}, le nombre
de Bell répond à la question suivante : quelles sont les partitions possibles P que ces
quatre individus peuvent former et combien y en a-t-il? La réponse est la suivante:
Cet aspect est important et pose des contraintes aux différents techniques de
clustering. En effet, chaque algorithme de clustering doit déterminer ses propres
hypothèses de classification et certains paramètres à fixer en amont, constituant ainsi
sa propre heuristique. Ceci permet de trouver des solutions au problème de
l'explosion combinatoire et de réduire les calculs à exécuter. Par exemple, une des
approches possibles est de déterminer en amont le nombre de clusters de la partition
finale. Le paramètre k est un paramètre très répandu parmi les algorithmes de
clustering qui permet d'évaluer la meilleure partition avec un nombre de clusters fixé
d'avance. Une autre approche est d'établir en amont la distance maximale entre les
objets d'un même cluster, ce qui mène à n clusters dont les individus respectent le
seuil de distance établi. Les algorithmes utilisent ces paramètres fixés d'avance
comme une constante et se développent ainsi autour de cet ancrage.
similarité. Dans le cas ascendant, les algorithmes exécutent une première itération au
cours de laquelle ils identifient les paires de données les plus proches, c'est-à-dire les
plus similaires et ils créent ainsi les premiers groupes. La deuxième itération permet
de réunir des groupes d'individus avec de nouveaux individus ou d'autres groupes et
ainsi de suite, jusqu'à la dernière itération où tous les groupes sont reliés entre eux.
L'arbre complet est alors généré. Les algorithmes descendants fonctionnent de la
même manière, mais à l'inverse, donc en séparant les groupes et les individus les
moins proches. Le groupe d'algorithmes de partitionnement ne produit pas d'arbres,
mais sépare de manière horizontale les données entre elles (figure 2.7). Au contraire
du partitionnement hiérarchique, le clustering par partitionnement horizontal ne
fournit aucune information sur la relation entre les clusters. Son hypothèse de
classification est basée de manière plus stricte sur le principe d'homogénéité
intraclasse et d'hétérogénéité interclasse plutôt que sur la notion de distance. Dans ce
contexte, la distance n'est pas le seul concept qui est exploité, car ce n'est pas
important d'observer la distance minimale entre deux individus pour les regrouper,
mais plutôt d'observer une optimisation globale des distances de chaque individu et
de chaque cluster. Généralement, les itérations des algorithmes s'arrêtent lorsque la
fonction de maximisation de l'homogénéité intraclasse totale est atteinte. La
meilleure partition sera celle possédant des clusters très homogènes du point de vue
intraclasse et très hétérogènes du point de vue interclasse.
122
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désavantage majeur de cette approche est d'obtenir des clusters contenant un certain
nombre d'articles qui se situent plutôt aux limites éloignées du cluster et qui peuvent
donc constituer du bruit. Cependant, ceci ne compromet pas la réussite de notre
recherche car son objectif est d'identifier les structures sémantiques les plus
importantes et significatives, les structures qui sont reconnaissables au-delà de tout
doute et qui forment des macrostructures claires. Dans ce cadre, disposer de clusters
non ambigus est certainement un avantage. De plus, comme notre objectif n'est pas
d'identifier les relations hiérarchiques entre les structures sémantiques, l'utilisation de
la stratégie hiérarchique n'est pas justifiée.
CHAPITRE III
MÉTHODE
Les disciplines qui utilisent une collection de documents comme objet d'étude ou
comme matière première pour étudier un phénomène humain ou social sont
nombreuses, comme la linguistique, les études littéraires, la sémiotique, la sociologie,
l'anthropologie, les disciplines de la communication, les études culturelles, la
127
psychologie, l'éducation, etc. Généralement, un corpus peut être défini comme une
collection de documents. Ces derniers peuvent être de différentes natures, par
exemple des documents vidéo, audio, des textes écrits etc. Chaque document est
collecté et rassemblé dans le corpus selon un certain nombre de critères ou principes,
permettant ainsi de construire un corpus à des fins scientifiques, c'est-à-dire pour
répondre à une question de recherche ..
Dans un cadre d' ATO, la taille est un des éléments qui détermine la qualité du corpus.
Le corpus utilisé en ATO est souvent très volumineux, car l'analyse d'un corpus de
petite taille ne justifie pas l'utilisation d'outils informatiques. L'analyse traditionnelle
en sémiotique, mais aussi dans toutes les autres disciplines qui font de l'analyse de
corpus une de leurs méthodes, est réalisée sans l'assistance informatique et à travers
l'observation directe des objets qui constituent le corpus. La méthode
« traditionnelle » dépend donc d'une observation systématique et attentive de chaque
128
objet. En ATO, l'observation directe de chaque objet est le plus souvent exécutée par
des algorithmes, laissant à l'humain le soin d'observer des échantillons plus petits. Ce
transfert de compétence de l'humain à la machine conduit, selon Rastier, à la
découverte de « nouveaux observables» (Rastier, 2011), c'est-à-dire des observables
qui n'auraient pas pu être identifiés sans une assistance par ordinateur. Enfin, l 'ATO
apporte deux avantages: elle accélère l'analyse par rapport aux pratiques
traditionnelles et elle donne accès à des nouveaux observables qui échapperaient à
l'analyse manuelle.
Dans les prochains paragraphes, nous définirons le concept de corpus, décrirons les
critères les plus utilisés pour sa construction et les méthodes de collecte et
d'échantillonnage. À notre avis, chacun de ces aspects doit faire partie de la
constitution du corpus dans un cadre d' ATO.
129
Le corpus est un outil de recherche qui est utilisé par plusieurs disciplines et
domaines de recherche. Synthétiser toutes les définitions existantes est une opération
complexe et de plus, non pertinente dans le cadre de cette recherche. L'objectif de
cette section est d'élaborer une définition de corpus qui soit cohérente avec notre
étude, qui se situe dans le cadre de l'analyse de la presse, et avec notre méthode de
recherche, qui est un hybride entre sémiotique et text mining.
[un corpus est un] ensemble d'énoncés écrits ou enregistrés dont on se sert pour
la description linguistique. La méthode du corpus s'impose dans le domaine
descriptif, car il est impossible de recueillir tous les énoncés d'une communauté
linguistique à un moment donné, et dangereux de fabriquer ses exemples soi-
même. Le linguiste limite la taille du corpus d'une manière plus ou moins
arbitraire tout en essayant de le rendre représentatif de l'état de langue en
question » (Mounin, 2004, p. 89)
Cette définition met de l'avant un certain nombre d'éléments pertinents dans le cadre
de la présente recherche. Premièrement, le corpus y est défini comme étant la
matérialité (au sens de physicalité 13 ) à travers laquelle on étudie la réalité. En·
particulier, le corpus est un objet dont « on se sert» pour décrire un phénomène
linguistique, par exemple l'utilisation du passé simple dans les textes du moyen-âge,
ou un phénomène de nature différente. Le rôle du corpus est fonctionnel. C'est un
13
Il est possible de l'interpréter comme l'ensemble des objets visibles et tangibles qu'on collection
pour étudier un phénomène du monde
130
14
Il ne faut pas voir les manifestations comme une répétition de la même manifestation identique.
Ce sont plusieurs manifestations, non identiques, chacune avec sa particularité et son contexte de
production, qui apportent richesse à la matérialité d'un corpus.
131
L'« univers clos» du corpus est construit à des fins de recherche spécifique et ceci
détermine la collecte de documents et la pertinence d'un corpus. Les linguistes sont
habitués à recueillir des énoncés « tenus dans une circonstance donnée » et qui
représentent donc la dite circonstance. L'étude de la langue se prête bien à la
construction de corpus qui peut répondre à une question de recherche spécifique, car
132
La terminologie utilisée dans les différentes disciplines peut aussi varier et porter à
confusion. Dubois (ibid.) distingue, par exemple, l'univers de l'univers du discours.
L'univers est l'extension complète du phénomène 15 • Alors que l'univers du discours
est la collection de documents, le corpus. Toutefois, les affirmations de Dubois
contribuent à l'identification d'autres composantes de la notion de corpus, comme le
concept d'échantillon et la méthode de sélection de documents :
À partir de l'univers des énoncés réunis, le linguiste trie les énoncés qu'il va
soumettre à l'analyse: dans le cas qui nous intéresse, ce pourra être l'ensemble
des phrases, ou groupes de phrases, comprenant des mots présentant tel trait
phonétique ou bien une terminaison ou une origine étrangère. Ce sont
uniquement ces segments d'énoncés qui seront soumis à l'analyse et qui
constitueront le corpus. On pourra aussi, sur des bases statistiques, délimiter
soit dans l'univers, soit dans le corpus, des passages qui seront soumis à une
analyse quantitative : par exemple, une page toutes les dix pages; les pages
ainsi retenues constituent un échantillon du texte. Par hypothèse, on considérera
comme échantillon toute partie représentative du tout. Le corpus peut
évidemment, si le chercheur le juge utile ou nécessaire, être constitué par
l'univers d'énoncés tout entier. De même, une analyse quantitative pourra fort
bien se pa$ser d'échantillonnage. Le corpus lui-même ne peut pas être considéré
comme constituant la langue (il reflète le caractère de la situation artificielle
dans laquelle il a été produit et enregistré), mais seulement comme un
échantillon de la langue (Dubois, 2002, p. 124)
Dubois introduit l'idée de distinguer différents statuts du corpus, ce qui a aussi été
élaboré par Rastier, avec les quatre niveaux de corpus décrit au début de ce chapitre.
15
L'archive, selon Rastier, se situerait ainsi entre l'univers et le corpus.
133
Il existe un corpus composé de l'ensemble des énoncés réunis, mais il existe aussi un
corpus soumis à l'analyse. La proposition de Dubois est donc de trier et de filtrer les
_documents pour sélectionner un sous-corpus qui sera soumis à l'analyse.
La définition ·de corpus qui suit est basée sur des éléments qui sont communément
acceptés par la communauté scientifique et qui peuvent être rattachés à la relation
entre corpus et questions de recherche, mais elle ajoute d'autres nuances:
Les corpus sont ainsi des artefacts, c'est-à-dire des objets construits. Leur
construction répond à un programme de recherches déterminé par un certain
type d'usages langagiers dont ils sont censés n'offrir qu'une représentation
partielle. Aucun corpus ne saurait en effet refléter la langue dans son ensemble,
et se poser en référence universelle (Neveu, 2004, p. 103)
Le corpus est donc un artefact, car il est un objet construit. On ne le trouve pas
naturellement dans le monde. Le processus de construction répond à des règles et plus
particulièrement au besoin de répondre à une question de recherche spécifique.
Toutefois, le corpus ne peut qu'être un échantillon partiel du phénomène et il ne peut
aucunement prétendre à une représentation parfaite du phénomène. Par conséquent, il
est important de bien choisir les documents qui font partie du corpus afin d'en
améliorer la potentialité descriptive du corpus.
Ces concepts reviennent souvent dans les définitions de la notion de corpus, comme
dans la suivante :
Un corpus est une collection de textes d'une langue qui sont sélectionnés et
classés selon des critères linguistiques explicites afin d'être utilisés comme
échantillon de la langue. (Sinclair, 1996) [Notre traduction]
Bien que ces définitions soient tirées de la linguistique, les composantes qu'elles
énoncent ont une valeur plus générale et s'appliquent tant aux études sémiotiques
134
Dans les sections précédentes, les principes généraux de constitution d'un corpus ont
été énoncés. Toutefois, la notion de corpus nécessite d'être détaillée davantage. En
particulier, les critères, les méthodes de collecte et d'échantillonnage qui s'appliquent
au contexte de recherche de la présente étude doivent être précisés. Pour ce faire,
nous utilisons comme point de départ, la définition de corpus donnée par Greimas :
part de subjectivité qui s'y manifeste. On dira qu'un corpus, pour être bien
constitué, doit satisfaire à trois conditions : être représentatif, exhaustif et
homogène (Greimas 1966, p. 142-143)
Ainsi, le corpus est décrit comme un objet qui doit essentiellement satisfaire trois
conditions : représentativité, exhaustivité et homogénéité. Ces critères ou conditions
constituent des éléments fondamentaux du processus de construction du corpus et en
détermine sa qualité, laquelle influence la qualité des résultats qu'on peut obtenir.
Dans les prochains paragraphes, nous allons raffiner la notion de corpus présentée
plus haut en y ajoutant de nouveaux critères tout en reprenant ceux énoncés par
Greimas.
3.2.1 Orientation
L'orientation est le premier critèr~ de constitution d'un corpus. Son rôle est de
déterminer le passage de l'archive au corpus de référence. Sa caractéristique
principale est de rendre cohérent le corpus en fonction d'une question de recherche. Il
est donc le critère qui assure le lien entre la nature de la recherche et la matérialité
empirique mise en place pour l'analyse. Un corpus est donc orienté sur le projet de
recherche par le biais de son corpus de référence.
L'orientation fait donc le lien entre une question de recherche et le corpus, et ceci
conduit à d'autres considérations:
Il faut donc constamment garder à l'esprit que le corpus n'est peut-être pas
l'échantillon le plus approprié pour toutes les études que l'on pourrait souhaiter
mener. Plus l'objectif que nous avons en tête pour un corpus est spécifique,
mieux sera la collecte de données (Clear, 1992, p. 26-27) [Notre traduction]
La première étape de construction d'un corpus est donc fondamentale pour la réussite
du processus. L'orientation met en place les premiers éléments structurants de la
conception générale du processus de constitution :
Dans cet extrait, Hébert énumère un certain nombre de critères qui doivent être
considérés lors de la construction d'un corpus et les relie tous à la question de
recherche et à l'application du corpus qui sera faite dans le projet de recherche.
Les mêmes considérations entrent en jeu dans d'autres disciplines comme l'analyse
du discours :
le corpus n'est pas un simple recueil de textes qui serait à disposition et qu'il
suffirait de compiler. Il est construit en fonction des questions et des hypothèses
de recherche, voire même en fonction de la conception que l'on a de l'analyse
du discours, ou encore des outils ou des catégories que l'on utilise (Née, 2017,
p. 41)
Née souligne ici encore plus fortement le lien entre la recherche et la construction de
corpus, en ajoutant l'approche, le cadre théorique et la méthodologie d'une-recherche
comme éléments d'orientation d'un corpus, ce qui est aussi très important dans un
cadre d'analyse de texte assistée par ordinateur:
Le choix d'un corpus présuppose ... que ce corpus constitue bien un objet
d'étude; c'est-à-dire, que l'analyste le perçoive comme une entité ou un objet
dans l'univers référentiel qui l'intéresse. En définitive, même si ce n'est que de
manière implicite, l'analyste fait des hypothèses sur les conditions d'existence
de cet objet, sur ses lois de production, sur les paramètres qui le font
reconnaître dans cet univers référentiel (Reinert, 1990, p. 27)
138
Pour l'étude de l'opinion publique par exemple, différents corpus peuvent être
construits, selon le cadre de recherche et l'approche théorique ou l'objectif de
recherche. Certains s'orienteront vers un corpus contenant des interviews
téléphoniques réalisés auprès de citoyens, d'autres vers la collecte d'articles de
journaux ou d'émissions radio. Ces choix impliquent que le corpus est orienté sur la
recherche et toutes ses composantes, comme la problématique, la question de
recherche, le cadre théorique, la méthodologie ainsi que la planification et des
ressources, y compris celles budgétaires et de temps.
3.2.2 Pertinence
empirique qui sera effectivement utilisé dans l'analyse et donc, pour établir le corpus
d'étude. Le premier est celui de la pertinence qui selon Rastier s'applique de manière
transversale aux différents niveaux du corpus, tout en devenant opératoire lors de la
construction du corpus d'étude. Lors du passage du corpus de référence au corpus
d'étude, la pertinence du matériel utilisé joue un rôle prépondérant et limite de
manière directe le processus de sélection et de collecte des exemplaires du
phénomène à l'étude. Rastier affirme que« il faut s'assurer que le corpus traité ait été
recueilli correctement et qu'il est entièrement pertinent pour la tâche à accomplir»
(Rastier, 2005b, p. 75).
Bardin souligne l'importance de ne retenir que les documents qui sont des sources
d'information adéquates pour répondre à une question de recherche et pour atteindre
un objectif précis. Le processus de sélection des éléments qui constitueront le corpus
d'étude est exécuté sur le corpus orienté, c'est-à-dire sur le corpus de référence, et il
doit respecter la règle de pertinence, ce qui assure le lien entre la matérialité
empirique du phénomène et la question de recherche.
Si on veut étudier le rôle des personnages féminins dans les productions de Walt
Disney, quel est le corpus de référence et quel est le corpus d'étude? Et comment
l'orientation et la pertinence se combinent-elles? Dans une première phase, le
chercheur s'orientera vers une typologie de documents, sur la base de la nature de la
recherche. Il est possible, par exemple, d'identifier le corpus de référence avec
l'œuvre complète de Walt Disney_ et ainsi, de trouver un corpus orienté. Toutefois, ce
ne sont pas tous les documents du corpus de référence qui sont pertinents pour
atteindre l'objectif de recherche. Il faudra donc effectuer un choix pour construire le
corpus d'étude. Il est possible, par exemple de définir comme pertinents tous les
extraits des films de Walt Disney où les personnages masculins parlent à des
personnages féminins, ou toutes les scènes dans lesquelles les personnages féminins
prennent la parole ou toutes les scènes où les personnages féminins apparaissent, etc.
Un corpus doit aussi respecter des critères qui sont internes à la collection, comme la
cohérence ou homogénéité. Un corpus est homogène si tous les éléments qui le
composent partagent un certain nombre de caractéristiques. Ce critère contribue à
améliorer la qualité de la collection et à bien cibler les _documents sur la base des
propriétés qu'ils contiennent. La cohérence ou homogénéité fait partie du groupe de
critères fondamentaux pour la construction d'un corpus et elle est définie de manière
non ambiguë :
Bardin souligne ici l'importance d'établir des critères de c~oix précis lors de la
récolte de~ documents. La collection finale ne doit pas présenter de documents ayant
des propriétés qui ne respectent pas totalement les critères de choix et de collecte. En
particulier, les éléments doivent partager un certain nombre de propriétés pour que le
corpus soit homogène, et c'est la présence ou l'absence de ces propriétés qui fait
partie des critères de sélection des documents. Un corpus homogène améliore la
qualité des résultats et augmente la fiabilité des analyses et des interprétations. Ainsi,
l'homogénéité est souvent considérée comme un indice de fiabilité. Toutefois, le
critère de l'homogénéité peut s'appliquer selon différents degrés, d'un niveau plus
radical, qui mène à des corpus très homogènes, à un niveau plus souple, qui produit
des corpus moins homogènes. Le degré d'application du critère d'homogénéité
dépend aussi de la nature de la recherche et de la typologie de l'objet de recherche
142
3.2.4 Hétérogénéité
hétéroclite peut avoir sur la qualité de résultats et sur la qualité des interprétations. La
qualité des résultats et la fiabilité des analyses dépendent aussi de la qualité des
sources d'information qui doivent être hétérogènes le plus possible, ceci afin d'éviter
les biais qu'une homogénéité des sources d'information peut apporter.
143
Selon Sinclair, le corpus doit donc refléter la variété des sources en lien avec le
phénomène étudié, mais selon un degré de pertinence avec l'objectif de la recherche.
Le critère de l'hétérogénéité est mieux respecté si la variété des sources d'information
apporte des avantages en termes d'analyse du phénomène et de possibilité d'atteindre
les objectifs. L'application de ce critère peut donc varier selon la nature de la
recherche, le domaine du savoir ou l'objectif de la recherche. En effet, en sciences
humaines, il n'est pas rare de voir des sources peu hétérogènes et, des fois, même
uniques, comme dans des recherches qui portent sur l'analyse d'un seul journal, ou
d'une seule œuvre d'un seul philosophe; ce qui n'affecte point la qualité de l'analyse.
Dans le cas de l'étude de la tendance de vote en sciences politiques, au contraire, la
qualité de résultats et la valeur prédictive de l'étude sont étroitement liées à la variété
socio-culturelle des répondants. Le critère d'hétérogénéité ne s'applique donc pas à
tout corpus, mais cela dépend fortement du type de questions de recherche qui sont
posées.
3.2.5 Exhaustivité
d'étude. En respectant toujours les limites qui sont imposées par les autres critères,
l'exhaustivité assure qu'aucune source d'information ou document ne soit négligée
pour des raisons non motivées.
Greimas souligne que l'exhaustivité est une condition sine qua non. Mais,
l'exhaustivité «pure» est impossible en général. Une étape de filtrage est donc
requise. Ainsi, tous les éléments qui caractérisent un certain phénomène sont
également importants, mais ceci est vrai si et seulement si ces éléments sont
cohérents et pertinents pour la recherche :
145
Le corpus doit avoir un niveau de détail adapté aux besoins de l'analyse : les
adaptations nécessaires peuvent être soit de l'enrichir et de l'affiner, soit
d'ajuster, par réduction, le niveau de discrétisation de la réalité à représenter
réalisée à partir des données. (Bommier-Pincemin, 1999, p. 418)
Il faut donc prévoir que certains types d'adaptation sont requis pour respecter le
critère d'exhaustivité tout en restant cohérent avec les objectifs de la recherche. En
effet, si les documents collectés ne sont pas suffisants pour couvrir l'étendue du
phénomène à étudier en fonction de la question de recherche, alors il devient
nécessaire d'enrichir le corpus. Toutefois, le respect de l'exhaustivité peut aussi
conduire à évaluer le « niveau de discrétisation de la réalité à représenter », ce qui
implique à l'occasion une révision des objectifs de la recherche. L'exhaustivité
amène le chercheur à réfléchir sur la disponibilité des données et, par conséquent, sur
la nature de la recherche. En d'autres termes, il est possible que le respect de ce
critère entraîne une adaptation de la question de recherche et une délimitation du
phénomène étudié. Dans certains cas, ce dernier élément constitue la base même de la
définition du critère d'exhaustivité :
Dans cet extrait, Benzécri élabore la définition d'exhaustivité en relation étroite avec
la construction d'un échantillon fini. Évidemment, la nature de l'échantillon dépend
du type d' « espace potentiel continu» visé par la question de recherche. L'échantillon
est un concept central dans le processus de constitution du corpus. Les méthodes
d'échantillonnage doivent alors permettre d'équilibrer les différents critères de
constitution du corpus, dont celui d'exhaustivité.
3.2.6 Réprésentativité
cas qui expriment les propriétés du phénomène à l'étude. Les résultats d'une
recherche et leur niveau d'interprétabilité sont particulièrement sensibles au niveau de
représentativité des données. Les résultats peuvent être considérés comme
significatifs si un degré minimal de représentativité est atteint. En linguistique,
comme pour d'autres disciplines, la représentativité est fondamentale:
Pour que [le corpus] soit représentatif du système, il faut qu'il manifeste tous
les types de situations dans lesquelles le système est amené à fonctionner,
autrement dit qu'il fasse apparaître la totalité du champ des signifiés (Martinet,
1975, p. 192)
Le lien entre l'exhaustivité et la représentativité est souligné. Pour qu'un corpus soit
représentatif, il faut contrôler le niveau d'exhaustivité, car si une certaine portion du
phénomène à l'étude n'est pas représentée par le corpus, alors il sera nécessaire
d'augmenter à la fois l'exhaustivité et la représentativité. Tel qu'indiqué dans le
paragraphe précédent, le lien entre ces deux critères est ancré dans le concept
d'échantillonnage :
Le corpus lui-même ne peut pas être considéré comme constituant la langue (il
reflète le caractère de la situation artificielle dans laquelle il a été produit et
enregistré), mais seulement comme un échantillon de la langue. Le corpus doit
être représentatif, c'est-à-dire qu'il doit illustrer toute la gamme des
caractéristiques structurelles. On pourrait penser que les difficultés sont levées
si un corpus est exhaustif, c'est-à-dire s'il réunit tous les textes produits. En
réalité, le nombre d'énoncés possibles étant indéfini, il n'y a pas d'exhaustivité
véritable et, en outre, de grandes quantités de données inutiles ne peuvent que
compliquer la recherche en l'alourdissant. Le linguiste doit donc chercher à
obtenir un corpus réellement représentatif et écarter tout ce qui peut rendre son
corpus non représentatif (méthode d'enquête choisie, anomalie que constitue
l'intrusion du linguiste, préjugé sur la langue, etc.), en veillant à éviter tout ce
qui conduit à un artefact (Dubois, 2002, p. 124)
nécessaire de porter une très grande attention à la représentativité des documents qui
peuvent être collectés ou aux· sources d'information disponibles. Dubois précise
comment déterminer si un corpus est représentatif:
Dubois met de l'avant l'attention qui doit être portée aux propriétés du phénomène
qui sont à l'étude lors de la collecte et de l'évaluation de la représentativité d'un
document. Le corpus sera représentatif si tous les traits du phénomène ou
caractéristiques structurales sont représentés par un certain nombre de documents et
ce, peu importe la discipline dans laquelle la recherche s'inscrit. L'obtention d'un
corpus représentatif implique la détermination de règles de sélection des éléments du
corpus afin de gérer la redondance du matériel à l'étude :
Le corpus n'est[ ...] jamais que partiel, et ce serait renoncer à la description que
de chercher à assimiler, sans plus, l'idée de sa représentativité à celle de la
totalité de la manifestation. Ce qui permet de soutenir que le corpus, tout en
restant partiel, peut être représentatif, ce sont les traits fondamentaux du
fonctionnement du discours retenus sous les noms de redondance et de clôture.
Nous avons vu que toute manifestation est itérative, que le discours tend très
vite à se fermer sur lui-même: autrement dit, la manière d'être du discours
porte en elle-même les conditions de sa représentativité. (Greimas, 1966, p. 143)
Tous les échantillons sont biaisés d'une manière ou d'une autre. En effet, le
problème de l'échantillonnage est le fait qu'un corpus est inévitablement biaisé
à certains égards. Les utilisateurs du corpus doivent continuellement évaluer les
résultats tirés de leurs études et doivent rapporter les difficultés qui derive~t des
biais. (Atkins et al., 1992, p. 5 -7) [Notre traduction]
Atkins souligne que tout échantillon est biaisé et que le corpus parfait est
pratiquement une utopie. Le chercheur doit alors déterminer, au fur et à mesure que
sa recherche avance, les adaptations à faire sur le corpus, en améliorant le plus
possible l'équilibre entre question de recherche et collecte de données. Cette relation
entre échantillon et représentativité est au cœur du concept de corpus de plusieurs
auteurs:
corpus de référence défini par Rastier. Le concept d'échantillon, qui est synonyme de
celui de corpus d'étude, prend forme à partir du concept de population:
Une fois le corpus créé, il doit être préparé pour le traitement informatique et
statistique (Meyer et al., 2008; Vijayarani et al., 2015). La phase de prétraitement est
une étape cruciale dans une chaîne de traitement pour l'analyse de texte assistée par
ordinateur. Pour certains, le prétraitement implique un certain nombre d'opérations
qui ont pour but de « nettoyer les textes et de réduire le phénomène du bruit » (Lebart
et Salem, 1994b, p. 116). Le bruit, qui a été défini dans la section sur le critère de
151
pertinence, est le phénomène qui désigne les documents d'un corpus non pertinents
pour l'analyse. Toutefois, dans le contexte du prétraitement, ce phénomène assume
des contours plus larges, car il désigne aussi un certain nombre d'éléments à
«nettoyer» à l'intérieur du texte. Un exemple de cette opération de« nettoyage » des
textes est l'effacement des mots fonctionnels, c'est-à-dire les signes graphiques qui
représentent des déterminants, des connecteurs ou tout autre mot qui le chercheur ne
retient pas comme pertinent (Savoy, 1999). Un autre exemple est la racinisation des
mots (Bullinaria et Levy, 2007; Porter, 2001), qui permet de réduire les différentes
formes graphiques d'un mot dans une forme plus standard ou normalisée.
Les opérations décrites dans les prochains sections supposent aussi que le corpus ne
soit pas un corpus de documents tirés de la langue parlée, mais de la langue écrite. En
effet, les outils de prétraitement pour des transcriptions automatiques ou non de la
152
Les opérations sont présentées de manière linéaire pour des raisons de simplicité et de
clarté de l'argumentation. En réalité, le prétraitement est une phase non linéaire et
complexe, où les différentes opérations se retrouvent imbriquées les unes dans les
autres et où le résultat d'une opération dépend des résultats d'une autre opération. Par
exemple, la segmentation par phrases est souvent accomplie parallèlement à l'analyse
des parties du discours et elle ne peut pas être accomplie sans cette analyse.
[Link] Tokenisation
Le mot tokenisation dérive du mot anglais token qui désigne « l'occurrence d'un
signe» (Rey-Debove, 1979, p. 148). Peirce fut le premier à avoir introduit le concept
de token dans un contexte de théorisation sémiotique. Ce concept est
indissociablement lié à celui de type et il est possible de considérer un token comme
une instance du type :
In order that a Type may be used, it has to be embodied in a Token which shall
be a sign of the Type, and thereby of the object the Type signifies. I propose to
call such a Token of a Type an Instance of the Type. Thus, there may be
twenty Instances of the Type "the" on a page. (Peirce, 1994, p. CP 4.537)
Tel qu'indiqué dans cet extrait, le type est le signe dans sa forme générale alors que le
token est le signe dans sa forme instanciée, qui est communément appelé occurrence.
La réflexion de Peirce élabore une relation du type et du token avec sa théorie du
signe et, en particulier, avec les concepts de légisigne et de sinsigne. D'un côté, le
sinsigne donne au token la matérialité dont il a besoin car il est un objet qui existe et
qui est perceptible. De l'autre, le légisigne définit le type dans un contexte plus large,
soit la définition des signes au moyen de la loi humaine ou des conventions. Le
légisigne est un type général qui est signifiant si et seulement si il « s'incarne » dans
un token.
154
Thus, the word "the" will usually occur from. fifteen to twenty-five times on a
page. It is in all these occurrences one and the same word, the same legisign.
Each single instance of it is a Replica. The Replica is a Sinsign. Thus, every
Legisign requires Sinsigns. (Peirce, 1994, p. CP 2.246)
Peirce souligne ici comment chaque légisigne (type) a besoin d'un sinsigne (token)
pour exister et se matérialiser. Un texte est donc composé seulement de sinsignes,
c'est-à-dire de tokens. L'entité du type est une convention et elle regroupe toutes les
formes que son instanciation peut prendre.
L'étiquetage des parties du discours consiste à identifier l'« emploi grammatical» des
tokens, c'est-à-dire « la classe syntaxique par laquelle le mot s'intègre à la phrase »
155
Cette opération est exécutable une fois que le processus de tokenisation est terminé.
L'étiquetage des parties du discours peut être utilisé pour plusieurs tâches, qu'elles
soient simples ou plus complexes. Dans la traduction automatique de l'anglais au
français par exemple, il est fondamental de connaître la catégorie grammaticale d'un
mot, car cela permet de désambiguïser des cas comme « record », qui peut être traduit
en français de deux façons «disque» ou «enregistrer» s'il s'agit d'un verbe. Dans
des tâches plus simples, comme pour des étapes de filtrage des mots fonctionnels, il
est utile de connaître quels sont les déterminants, par exemple des mots comme « de »,
« il » «la» (en français). La tâche planifiée par le chercheur et pour laquelle
l'étiquetage sera utilisé détermine aussi le niveau de justesse de l'étiquetage
automatique. Le plus souvent, l'étiquetage ne prend pas en compte tous les éléments
pertinents d'une analyse morpho-syntaxique, tels le mode et le temps du verbe. Le
meilleur étiquetage est celui qui offre un bon compromis entre la justesse ou le détail
de l'information et l'utilité des informations pour la tâche à accomplir. Pour chaque
chaîne de traitement, il faut donc estimer les ressources nécessaires pour développer
des méthodes plus sophistiquées d'étiquetage et évaluer si cela en vaut la peine.
Les processus de Markov ont été largement utilisés dès les années 1980 pour
l'annotation automatique des parties du discours dans un contexte supervisé (Church,
1989; Derouault et Jelinek, 1984).
[Link] Lemmatisation
Le but principal de ces deux processus substituables est de mettre en valeur les
aspects sémantiques du texte, en simplifiant ainsi les formes et les flexions que
chaque mot peut prendre.
158
Les mots vides ou mots fonctionnels sont des mots « qui n'ont pas de sens par eux-
mêmes » (Lehmann et Martin-Berthet, 2014, p. 217). Ils s'opposent aux mots pleins,
qui véhiculent du « sens ». En général, les mots vides sont des mots ayant un rôle
syntaxique et fonctionnel et non sémantique, par exemple les mots qui appartiennent
à des parties du discours, comme les prépositions, les conjonctions, les déterminants,
les pronoms. Dans ce sens, les mots pleins font partie de catégories comme le nom,
l'adjectif, le verbe ou l'adverbe.
Cette opération d'identification des mots vides joue le même rôle que la
lemmatisation, c'est-à-dire mettre en valeur les aspects sémantiques plutôt que
syntaxiques. L'idée est donc de repérer les mots vides et de les éliminer afin d'éviter
d'introduire du bruit dans l'analyse. En d'autres termes, les mots fonctionnels attirent
l'attention vers des éléments peu pertinents du point de vue sémantique.
L'identification des mots vides est exécutée à l'aide d'un vocabulaire ou d'une liste
de mots. Ces listes peuvent être plus ou moins « agressives ». Des fois, elles peuvent
aussi contenir les auxiliaires (être, avoir), les modaux (pouvoir, vouloir, savoir,
devoir), les adjectifs possessifs (leur, notre, etc.) ou des mots pleins qui sont
considérés peu pertinents par le chercheur. Il n'est pas rare d'appliquer des listes de
mots vides très agressives dans le but de faire ressortir davantage le « cœur
sémantique » d'un texte.
L'impact positif de l'élimination de ce type de mots sur les analyses orientées sur les
aspects sémantiques a été amplement démontré dans le domaine de la recherche
d'information où le bruit que ces mots introduisent est dét~rminant pour les
performances d'un moteur de recherche. Dans ce contexte, le cadre d'analyse est
également de type sémantique, car le but est de trouver les documents qui répondent
159
le mieux à une requête de type sémantique et les mots vides produisent un bruit qui
réduit la qualité des résultats.
Cette étape consiste à transformer le corpus dans une matrice U. Cette modélisation
est représentée par la figure 3.1. Chaque ligne de cette matrice modélise un article du
corpus sous la forme d'un vecteur S: = (Viv ... , Vii) dans lequel Vii correspond à la
valeur de pondération du /me mot dans le ième segment (cfr. formule mathématique
2.5 dans la section [Link]).
Ce modèle est appelé modèle sémantique vectoriel et il. est construit au moyen de
trois éléments, soit les paramètres d et v et la fonction de pondération f Le paramètre
160
Le corpus D est composé des éléments qui, dans la littérature, sont appelés documents.
En réalité, les documents correspondent aux unités syntagmatiques élémentaires que
le chercheur a choisies d'utiliser. Les documents peuvent être de différente nature en
fonction des objectifs de la recherche. Le document d peut être une proposition, une
phrase, un groupe de phrases ou de propositions, un paragraphe, une section ou une
concordance. Le choix est généralement déterminé par l'objectif de la recherche, mais
il n'est pas rare d'identifier la meilleure segmentation par une enquête empirique. En
_effet, il est fréquent de choisir l'unité syntagmatique élémentaire à utiliser après avoir
testé plusieurs typologies de documents, ce qui implique que les différentes
typologies de documents seront utilisées pour l'analyse et, ensuite, le chercheur
choisira la typologie de documents qui répond le mieux à ses attentes.
161
principe, tout ce qui peut décrire le contenu d'une unité syntagmatique est susceptible
d'être considéré comme une caractéristique pertinente à ajouter au modèle
sémantique vectoriel.
Le modèle sémantique vectoriel est généralement bâti selon une approche qu'on
appelle sac de mots. Le modèle sémantique à sac de mots consiste à créer une matrice
U, ayant D et V comme paramètres, dont V est la liste de mots qui apparaissent dans
D. Généralement, les mots correspondent aux lemmes et aux racines. Dans ce
contexte, chaque document est décrit sur la base des lemmes qu'il contient. Cette
même approche peut être appliquée à un certain nombre de caractéristiques, par
exemple à la combinaison lemme/partie du discours. Le principe du modèle à sac de
mots consiste à assumer qu'un [Link] peut être décrit exclusivement par les
éléments qu'il contient et ceci, sans tenir compte de leur ordre d'apparition. Le
document est un contenant dans lequel les éléments ne sont pas ordonnés, comme un
sac de jetons numérotés du bingo. Dans ce contexte, ce qui est retenu comme
important est le contenu du sac et non son ordre.
Après avoir identifié les documents du corpus et leurs caractéristiques il est possible
de construire le véritable modèle sémantique vectoriel, lequel se concrétise dans la
construction d'une matrice. Cette matrice est la représentation mathématique des
documents. Le passage d'une liste de caractéristiques par document à la matrice est
rendu possible par la fonction de pondération, à travers laquelle on attribue une
valeur numérique à chaque cellule de la matrice, c'est-à-dire à chaque caractéristique
de chaque document. En d'autres termes, la représentation vectorielle d'un texte est
une matrice U avec les documents d; comme lignes, qui font partie du corpus D.
Chaque document est décrit par un certain nombre de caractéristiques V;, qui font
partie du vocabulaire V. La matrice U a été montrée avec la formule 2.5 au
paragraphe [Link].
est ainsi représentée dans la ligne « Doc 1 » de la matrice U, qui a été transformée
pour représenter l'énoncé 1. La matrice est présentée sous-forme de tableau (tableau
3.1).
- ·---~ -~
Tableau 3.1 Représentation vectorielle de l'énoncé 1
·--
!Doc/ {: ,1,,..
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Doc 1 0 0 0 1 0 1 0 0 0 0 1 ...
Doc2 1 1 1 0 1 0 1 0 0 0 0 ...
ndoc ... ... ... ... . .. ... ... ... ... ... ... ...
Il existe différentes méthodes de pondération (Lan et al., 7009; Salton, 1971; Salton
et Buckley, 1988) et chacune d'elles évalue différemment les poids des
165
La dernière fonction, le Tf-Idf, est la plus utilisée par les différentes communautés, et
il en existe différentes versions. Sa puissance repose sur la présupposition que le
poids d'une caractéristique (ex. un lemme) est proportionnel à sa fréquence dans
chaque document et inversement proportionnel à sa fréquence documentaire. Pour
exécuter cette fonction, on calcule d'abord la fréquence documentaire, c'est-à-dire le
nombre de documents dans lesquels les caractéristiques apparaissent. Par exemple, si
le lemme «étudiant» apparaît dans 232 documents, alors 232 sera la fréquence
documentaire du lemme « étudiant ». La fréquence documentaire est ensuite
convertie en fréquence documentaire inverse comme suit :
166
n
Idf = f(dj) (3.1)
Idf
n +1
= log f(dj) (3.2)
n
Tfldf = f(j) * log f(dj) + 1 (3.3)
Ainsi construite, la valeur de la fonction Tf-Idf est plus élevée lors de l'augmentation
de la fréquence du terme et elle est moins élevée lors de l'augmentation du nombre de
documents qui contiennent le lemme. Donc, si un lemme est très fréquent et très
répandu dans le corpus, il obtient une valeur Tf-Idf plus basse, tandis qu'un lemme
peu fréquent en général, mais très fréquent dans un groupe de documents, obtient une
valeur Tf-Idf élevée. L'objectif de cette fonction est d'identifier les lemmes les plus
discriminants.
3.4 Filtrage
Le filtrage est une opération générale qui s'effectue tant au niveau des
caractéristiques qui décrivent les documents, c'est-à-dire les colonnes de la matrice,
qu'au niveau des documents. Son objectif principal est de réduire le bruit et
167
Bruît
Dans ce schéma, est illustrée la manière dont un message est transféré d'une source à
l'utilisateur, en passant par un canal. En reprenant la terminologie de Jakobson un
message se transfère d'un destinateur au destinataire par le biais d' un contexte, d' un
code et d'un contact.
Contexte
(Fonction
référenife!le)
Message
(Fonction poétique)
lH'
j ,
Destinataire j
(Fonction conative) .,
Code
(Fonction
1~-- méta!lngu~..!!9~_j
Contact j
1, (Fonction phatique)
Shannon prévoit dans son modèle l'impact que le bruit a sur le transfert du message
de la source vers le destinataire et il démontre comment il est possible de calculer la
probabilité que l'information soit transférée, connaissant le bruit potentiel. Le bruit
est tout obstacle qui interfère dans le transfert du message. Il est possible d'élargir la
définition: le bruit correspo1:1d à l'écart entre l'intention de l'auteur (destinateur) et le
marquage de l'artefact sémiotique produit (message), auquel il s'ajoute l'écart entre
le marquage et l'interprétation du récepteur (destinataire). Cette définition est aussi
valable en sémiotique. Chaque communication humaine, peu importe le canal,
comporte toujours un potentiel d'interférence. Eco a affirmé que la communication
humaine n'existe pas et qu'elle est toujours un malentendu (Eco, 1979).
3.4.l Mots
La sélection des caractéristiques des données non catégorisées peut toutefois être
exécutée par une opération de filtrage moins complexe. Dans ce travail, le filtrage des
caractéristiques est appréhendé selon deux types d'approches : l'utilisation de classes
de caractéristiques construites à priori et le lissage.
.La première approche de filtrage des mots est celle qui se base sur des classes
préalablement constituées. Par exemple, les mots vides constituent une classe de mots
à filtrer préventivement construite. En général, les classes de mots à filtrer sont
déterminées par deux typologies d'objets : de véritables listes de mots, comme pour
les mots vides, et l'annotation des parties du discours qui permet de regrouper les
mots selon leur catégorie morphosyntaxique. Dans ce contexte, il est donc possible de
filtrer les mots qui font partie de classes comme les pronoms, les connecteurs, les
chiffres, etc. Ce type de filtrage est donc appliqué avant que les textes ne soient
transformés dans une matrice.
L'approche par lissage est basée sur les fréquences d'apparition des mots et elle est
appliquée après que les textes aient été transformés en matrice. Il existe différentes
méthodes pour filtrer les mots les moins significatifs de la matrice. Afin de simplifier,
nous soulignons la méthode basée sur la fréquence d'apparition et la méthode basée
sur la variance. La première établit un seuil qui est appliqué à la fréquence
d'apparition du terme ou à la fréquence documentaire. Par exemple, il est possible de
filtrer les mots qui n'apparaissent pas plus qu'un certain seuil (ex. 10, 15, 20, etc.) ou
qui ne dépassent pas une certaine fréquence documentaire. Dans cette approche, le
seuil appliqué à la fréquence documentaire est davantage utilisé car les résultats sont
plus facilement interprétables. En général, ces méthodes tendent à filtrer les mots qui
correspondent aux hapax (Lehmann et Martin-Berthet, 2014), c'est-à-dire aux mots
très rares ou avec une seule occurrence. La deuxième méthode établit un seuil qui
170
s'applique à la variance. Le but est d'éliminer les caractéristiques qui ont une
variance basse. Plus la variance d'une caractéristique s'approche de zéro, moins elle
apporte d'information. Par exemple, si une caractéristique d'un ensemble de données
a toujours la même valeur, sa variance est égale à zéro. Dans notre cas, si un mot a la
·même valeur Tf-Idf dans la majorité des articles, sa variance est forcément moins
élevée et peut donc être retirée.
3.4.2 Documents
En statistiques, il existe une méthode très répandue pour identifier les données
aberrantes qui est basée sur les quartiles. Quand on dispose d'une suite de valeurs
numériques suivant une distribution gaussienne, les valeurs aberrantes sont .les
chiffres qui se situent à un saut égal à une fois et demie à la longueur de l'étendue
interquartile (Bertrand R., 1986; Tukey, 1977). Toutefois, le problème de données
aberrantes se complexifie dans un espace multidimensionnel. Dans cet espace, les
données aberrantes ne correspondent pas à une valeur, mais à un vecteur
multidimensionnel. En général, il est possible d'aborder ce problème dans un espace
sémantique avec trois types d'approche: non-supervisée, supervisée et hybride.
Dans la plupart des cas, la détection de données aberrantes a été interprétée comme
un problème de type non supervisé, car il est rare de connaître a priori les
171
,.
,.
.•
~.-
••...
,
• • •
· ..
·
••
. . . ...···
Figure 3 .3 Détection de données aberrantes par clustering. Les points plus foncés sont
loin des trois clusters et, ainsi, sont classifiés comme bruit.
172
Les méthodes basées sur la densité utilisent le nombre de points situés dans des
régions spécifiques de l' espace. Il existe plusieurs algorithmes de clustering qui se
basent sur la densité des points qui sont également adaptés à la détection des données
aberrantes. Par exemple, DBscan (cfr. Anexe C) produit une classe de données
aberrantes si l'algorithme n' est pas capable de les regrouper dans une région assez
dense. Dans la figure 3.4, l'algorithme identifie une région assez dense dans un
certain nombre de points proches (les « border », les points en forme de triangle) et
élimine par la suite les points qui sont trop distants de cette région (le « noise », les
points en forme carré) et qui constituent lè bruit.
0-------......----------,....-_-_._-..=--====::-
.
wm,til Noise
EPS= 2 1,./inPtB=m3
••• Cor e
AA A Bor der
8, ,,,.,, .,,,,., - -.,., ........
''
1$
4 1,
2.l "i
Wl
''
----... m
0
o 2 4 6 8 1
Figure 3.4 L'algorithme DBscan. Eps et MinPts sont les deux paramètres,
respectivement l'un pour le seuil de distance et l'autre pour le nombre de points
minimaux pour construire un cluster. Les cercles correspondent aux centroïdes des
clusters, les triangles correspondent aux points constituant la limite du cluster et les
carrés correspondent aux points classifiés comme bruit (cfr. Annexe C).
Lorsqu' il est possible de disposer d'exemples de données aberrantes qui peuvent être
utilisés pour apprendre à un algorithme à les reconnaître, la détection des données
aberrantes peut être transposée dans un contexte supervisé et peut donc être
considérée comme un problème de classification (Aggarwal, 2016). Il s'agit toutefois
173
Dans le cas de l'analyse d'un corpus comportant des textes journalistiques, certaines
métadonnées peuvent être utilisées pour créer des sous-corpus de travail.
L'organisation du corpus de travail en sous-corpus dépend de la question de
recherche. Par exemple, si une analyse diachronique est prévue, la division du corpus
de travail en périodes de temps est requise. Si l'objectif est de comparer le discours
de différents journaux, il devient pertinent d'organiser le corpus de travail par sources
d'information. Les sous-corpus de travail doivent donc être orientés. Il existe deux
approches pour créer des sous-corpus de travail dans un contexte d'analyse du
175
Dans la phase analytique, les sous-corpus peuvent être soumis aux mêmes
algorithmes de manière individuelle ou en groupe. Si les sous-corpus sont soumis un
par un aux algorithmes, les résultats de l'analyse sont indépendants, car une
distinction en amont est effectuée. En effet, les algorithmes analysent un jeu de
données plus petit, les impacts de la dispersion de l'information sont réduits et les
impacts d'autres corpus sur l'analyse sont annulés. Si le sous-corpus est soumis en
176
groupe, les résultats ne sont pas indépendants car chaque sous-corpus influence les
résultats des autres sous-corpus et les spécificités de chacun d'entre eux doivent être
identifiées a posteriori. Toutefois dans ce. cas, les analyses offrent une vision plus
globale et moins relative de l'ensemble du corpus, ce qui peut être également
pertinent.
3.6.1 K-moyennes
Le k-moyennes est l'algorithme utilisé dans le présent travail pour identifier les
groupes d'articles similaires. Cet algorithme est un des plus vieux algorithmes
développés dans le cadre de l'analyse de données et il demeure encore une des pierres
angulaires du domaine (Bouroche et Saporta, 1992; Jaïn, 2010). Son succès est
essentiellement dû à ses performances et à sa simplicité. Le k-moyennes, aussi appelé
l'algorithme de centres mobiles, est un algorithme de partitionnement de type
complet et exclusif. Il en existe toutefois des versions floues. Son principe est
d'identifier les clusters d'une partition au moyen de centres mobiles, appellés
centroïdes. Ces derniers se déplacent dans l'espace et, à chaque itération, forment des
clusters sur la base de la distance entre individus et centroïdes. Lorsque l'inertie
intraclasse ne diminue plus, l'algorithme converge (c'est-à-dire qu'il s'arrête) et il
retourne la dernière partition obtenue. Le principal paramètre de l'algorithme est k,
177
qui détermine le nombre de centroïdes qui sont utilisés et donc, les nombres de
clusters qui seront construits.
1
l(A) = n[d 2(x1,g) + d 2(x2,B) + ··· + ci,2 (xï,9 )] (3.4)
dans laquelle d est la distance euclidienne. La formule peut être simplifiée ainsi :
dans laquelle p est le poids de chaque individu (par exemple .!.) et d est la distance
n
euclidienne de chaque individu xi au centre de gravité g du nuage. L'inertie mesure
la dispersion du nuage; elle sera grande pour un nuage très dispersé et petite lorsque
le nuage est constitué de points bien regroupés.
est le centre du nuage entier, par les centroïdes ki et le poids p, qui sont relatifs à
chaque cluster. Dans ce contexte, un cluster peut ainsi être interprété comme un sous-
nuage. Au contraire, l'inertie interclasse mesure la dispersion des centroïdes ki en
relation avec le centre de gravité g du nuage et il mesure donc le degré d'éloignement
entre clusters. Dans la formule (3.5), on substitue ainsi les points du nuage xi pour le
centroides ki et on réintroduit le centre du nuage total g. La somme de l'inertie
intraclasse et de l'inertie interclasse correspond à 1'inertie totale et, à travers ce qu'on
appelle la décomposition de Huygens, il est possible d'énoncer le théorème suivant:
1'inertie totale d'un nuage de point, à 1'intérieur duquel existent des sous-
nuages distincts est la somme de son inertie intrac/asse et de son inertie
interclasse.
ce qui implique que, si l'inertie intraclasse diminue, alors l'inertie interclasse doit
augmenter et vice versa. Les deux inerties sont alors dépendantes l'une de l'autre. À
travers la décomposition de Huygens, on explicite le principe de classification du k-
moyennes, qui veut que la partition d'un nuage en k clusters, où k est fixé d'avance,
est d'autant meilleure que son inertie intraclasse 17 est petite ou que son inertie
interclasses est grande. L'algorithme k-moyennes tente de trouver la meilleure
partition en minimisant le plus possible l'inertie intraclasse ce qui correspond à la
maximisation de l'inertie interclasse. Ces notions seront reprises dans le prochain
17
L'inertie intraclasse dans ce contexte correspond à la somme des inerties intraclasse de chaque
cluster.
179
A·B (3.8)
cos e = IIAII • 11B11
Ceci introd1:1it les problèmes d'évaluation d'une partition dans un contexte non
supervisé. Ce type de problème n'est pas limité à l'algorithme k-moyennes mais
concerne la majorité des algorithmes de partitionnement. Pourtant, la phase
183
d'évaluation demeure importante pour disposer d'indices sur la qualité des résultats.
Car malgré les difficultés, cette phase est effectuée pour comprendre la qualité de
résultats et surtout pour fixer les paramètres des algorithmes. Dans le cas du k-
moyennes, le principal paramètre à fixer est k et donc, le nombre de clusters à
produire. Lors de l'application du k-moyennes à un corpus textuel, le but est
d'identifier les clusters qui regroupent les documents en fonction de leur similarité.
Déterminer le nombre de clusters est très important car les résultats changent avec
chaque modification de k. Dans ce contexte, les difficultés de l'évaluation mènent à
des procédures nécessitant une intervention humaine. Le contexte d'évaluation
demeure toutefois le même et conduit à un protocole de ce genre : le clustering est
appliqué au corpus de travail ou aux sous-corpus de travail nfois afin d'identifier n
différentes partitions, qui sont ensuite évaluées pour fixer le paramètre k.
Il existe des indices qu~ proposent des fonctions alternatives afin de mitiger le
problème du k +1 de l'inertie intraclasse. Pour simplifier, il est possible de séparer les
indices d'évaluation du clustering en deux approches : une approche par critères
internes et une approche par critères externes. Les premiers établissent une valeur
pour la partition sur la base d'informations qui sont internes aux données et à la
partition générée, ce qui se traduit essentiellement par l'évaluation du niveau
d'homogénéité intraclasse et du niveau d'hétérogénéité interclasse. Cette typologie
d'indices est la plus utilisée dans des applications réelles du clustering (Rend6n et al.,
2011). Les approches par validation externe se basent sur le concept de précision et
rappel et exigent de déterminer en amont quelle est la meilleure partition. Pour cette
dernière raison, les critères externes sont le plus souvent utilisés dans un contexte de
développement et d'optimisation des· algorithmes car leur but est d'évaluer les
performances de l'algorithme.
184
Les indices d'évaluation basés sur des critères externes ont besoin préalablement
d'informations sur la meilleure partition. L'évaluation est alors exécutée dans le
même cadre que celui de la recherche d'informations, où les mesures principales sont
la précision et le rappel. L'indice d'évaluation le plus simple est la F-mesure qui
fournit une évaluation combinée de ces deux mesures. La meilleure partition est alors
celle qui se rapproche le plus de la partition réelle, qui est connue préalablement. La
précision indique la proportion d'individus du cluster en faisant réellement partie et le
185
rappel mesure la quantité d'objets qui n'ont pas été classés dans le bon cluster. Un
grand niveau de précision et un grand niveau de rappel génèrent une grande valeur de
la F-mesure.
Enfin, l'évaluation des partitions obtenues par un clustering est une opération
fondamentale pour garantir le développement de cette famille de méthodes. Elle
demeure toutefois une opération extrêmement difficile dans des contextes non-
supervisés et lors des applications réelles (Aggarwal et Chandan, 2014, p. 571). En ce
qui concerne la fouille de textes, la procédure d'évaluation prévoit l'intervention du
chercheur pour déterminer la partition à utiliser dans les analyses. L'intervention
humaine dans la procédure qui est adoptée dans cette chaîne de traitement prévoit
l'évaluation de la distribution des documents dans les clusters. Cet élément constitue
un outil supplémentaire pour guider le choix du meilleur k et a comme but
l'élimination des partitions contenant des clusters trop grands. Ceci est un phénomène
assez commun dans la pratique de la fouille de textes qui comporte des partitions
contenant un ou plusieurs clusters auxquels la majorité des documents est assignée,
ce qui implique de nombreux clusters avec peu de documents. En principe, moins la
partition contient de grands clusters, plus les documents tendent à être distribués
également dans les clusters. La meilleure partition est celle qui, compte tenu de
l'indice interne et de la granularité de l'analyse visée, contient des clusters qui
tendent à avoir le même nombre de documents. Évidemment, il est impossible
d'obtenir n clusters comportant le même nombre de documents, mais on peut évaluer
la tendance générale. Cette tendance peut être illustrée par l'écart type des
distributions de documents dans les clusters. En calculant l'écart type, il est possible
d'observer un indice de dispersion permettant d'identifier la différence entre les
clusters en termes de nombre de documents qui leur appartiennent. Moins l'écart type
d'une partition est grand, plus les chances sont élevées d'[Link] partition où les
clusters tendent à avoir le même nombre de documents. L'intervention humaine
186
implique donc de choisir le meilleur k sur la base d'un certain nombre d'éléments:
l'indice interne, la granularité de l'analyse visée, l'écart type des distributions de
documents dans les clusters et enfin, le rapport entre le nombre de k et le nombre de
documents du corpus. Ce dernier élément est utilisé lors de la définition de plusieurs
sous-corpus de travail et il garantit le maintien du même niveau de granularité pour
des sous-corpus de dimensions différentes. En effet, lors de la division du corpus de
travail en sous-corpus, le clustering peut être effectué de manière indépendante sur les
différents sous-corpus. Tenir compte de la grandeur de chaque sous-corpus lors du
choix du k permet d'équilibrer les analyses comparatives. Si un sous-corpus très petit
obtient un k égal à un sous-corpus plus grand, l'analyse risque d'être biaisée car la
granularité sera différente pour les deux sous-corpus.
3. 7 Annotation
Selon le cadre théorique qui soutient notre hypothèse sémiotique ( cfr. chapitre II), un
texte journalistique est considéré comme une sorte de «plate-forme» de la
manifestation des structures sémantiques régies par une syntaxe narrative. La syntaxe
narrative organise des actants qui, dans le texte, se manifestent à travers des acteurs
187
puisque les actants passent toujours par un processus de conversion (cfr. chapitre II).
La puissance d'un tel modèle est constituée par le fait que la sémantique d'un texte ne
se définit pas que par la présence des éléments sémantique, mais aussi par les
relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres. Ainsi un acteur ayant le rôle
actantiel du sujet ne peut être défini seulement par sa relation de jonction avec
l'acteur ayant le rôle actantiel de l'objet de valeur. Les éléments sémantiques tendent
alors à être identifiés à un rôle actantiel et à se définir par les relations qu'ils
entretiennent avec les autres. Ces relations sont régies par une syntaxe narrative. Ceci
permet de considérer l'analyse de texte comme l'analyse des relations narratives entre
les éléments sémantiques, ce qui enrichit l'analyse et les interprétations.
Le protocole vise à identifier les actants qui sont en jeu dans le ou les principaux
programmes narratifs de chaque article. Il est constitué de deux étapes principales : le
repérage du ou des programmes narratifs principaux et la détection de leurs actants
manifestés. Par exemple, si un article de chronique raconte les évènements de la
188
où l'actant sujet est les manifestants et l'actant objet de valeur est la manifestation.
Cette première annotation peut ensuite être enrichie par le repérage d'autres
prograrnrnes narratifs ou d'autres actants impliqués. Un des premiers actants qui peut
être ajouté est l'antisujet, qui fait partie du prograrnrne narratif contraire. En effet,
chaque programme narratif a son contraire selon la règle définie dans la formule (2.3)
(cfr. 2.2.2).
Tableau 3.3 Exemple d'un programme narratif complété par son opposé
PNn 1 Sujet Obiect de valeur antisujet
1 manifestants manifestation police
Cette règle implique, par définition qu'à chaque programme narratif de jonction
correspond un programme narratif de disjonction opposé où les rôles actantiels sont
inversés. Par exemple, la police peut avoir un rôle de sujet ou d'antisujet selon que le
programme narratif se manifeste par la jonction ou la disjonction. L'axe qui connecte
le sujet à l'objet de valeur est appelé l'axe du vouloir et il constitue le pivot sur lequel
la modélisation greimassienne se fonde. Enfin, le protocole d'annotation est centré
l
sur le repérage de cet axe, qui constitue le prograrnrne narratif.
189
L'annotation est ensuite enrichie par les deux autres axes impliqués dans chaque
programme narratif et qui organisent d'autres actants : l'adjuvant et l'opposant dans
l'axe du pouvoir, le destinateur et le destinataire dans l'axe de la transmission. La
figure 2.5 (cfr. 2.2.2) permet de visualiser des axes actantiels autour d'un programme
narratif. La figure illustre ce qui est appelé le schéma actantiel, lequel met au centre
la relation entre sujet et objet. Il constitue la base du protocole d'annotation, qui est
orienté par les principaux éléments de la théorie greimasienne. L'axe du vouloir, qui
correspond au programme narratif, explicite la relation entre un sujet et un objet.
D'un point de vue pratique, l'annotation sera assistée par un logiciel construit pour
l'analyse qualitative, qui est basé sur R et qui s'appelle RQDA (Huang, 2018). Les
raisons de l'utilisation de RQDA pour l'annotation sont la facilité avec laquelle le
190
logiciel permet d'associer des annotations à des passages des textes, mais c'est
surtout la base de données que le logiciel construit qui représente sa véritable valeur
ajoutée. La base de données organise les annotations et les passages de textes
correspondants dans une base de données relationnelle qui peut être interrogée
aisément à travers le langage SQL. La base de données est une forme instanciée de
notre« trace de lecture» et RQDA permet de retrouver facilement ces« traces» et de
les organiser de manière structurée.
répondent aux attentes de la recherche, alors l'étude de faisabilité peut être considérée
comme une véritable nouvelle piste de recherche pour la sémiotique computationelle.
Dans la présente méthode, un échantillon est construit pour chaque cluster lors de la
phase d'annotation. En analyse de presse, l'échantillon est un groupe restreint
d'articles qui représente un groupe d'articles plus grand. En gros, l'échantillon doit
répondre aux mêmes critères en jeu lors de la constitution du corpus afin de
représenter une population plus large (cfr.3.2). Restreindre le nombre d'articles à
analyser en détail fait partie des pratiques courantes en sciences humaines et sociales.
Construire un échantillon d'une population est donc une étape importante de l'analyse
de textes et de l'analyse de presse.
Dans les champs d'études liés à l'analyse de presse, comme l'analyse de contenu ou
l'analyse du discours, plusieurs méthodes d'échantillonnage ont été développées pour
construire un ensemble de documents aptes à être analysés tout en respectant les
192
Le premier groupe, soit celui des échantillons aléatoires, est basé sur des méthodes
statistiques et sur la loi de grands nombres. Ces méthodes se justifient par des
arguments mathématiques de nature probabiliste, mais aussi par le présupposé que
chaque unité de la population possède le même poids informatif (Krippendorff, 2004,
p. 113-114). Le deuxième groupe de méthodes, soit celui des échantillons empiriques,
est très varié et les méthodes qui ·en font partie ne se basent pas sur des principes
probabilistes.
Ces méthodes sont appliquées lors de la construction d'un échantillon qui est utilisé
pour la véritable analyse. Dans le cadre de la présente étude, l'échantillonnage est
exécuté sur chaque cluster qui a été créé et donc, après l'étape d'analyse. Dans notre
cas, l'échantillon doit permettre d'obtenir un petit nombre d'articles pour compléter
l'analyse et permettre l'évaluation de la méthode. En d'autres termes, les échantillons
servent à analyser les résultats du processus automatique, et ils doivent être
représentatifs des clusters.
gravité de l'espace. Ces centres correspondent à des sous-espaces dans lesquels des
articles sont plus rapprochés ce qui signifie qu'ils sont similaires entre eux. En
d'autres termes, les centres de gravité sont les centres des sous-espaces les plus
denses. Les centroïdes représentent alors _une sorte d'article prototypique du cluster.
Cette information n'est. pas triviale et elle peut être exploitée pour trier et
échantillonner. En effet, les articles d'un cluster peuvent être ordonnés selon la
distance qui les sépare de leur centroïde, ce qui correspond à une mesure de similarité
entre les articles et le prototype du cluster.
La méthode d'échantillonnage se base donc sur la distance entre les articles et les
prototypes et sur un seuil choisi par le chercheur. En résumé, un échantillon
représentatif est construit pour chaque cluster afin que la procédure d'annotation
puisse être exécutée. La méthode d'échantillonnage exploite les centroïdes du
clustering 'pour identifier les artië/es les plus proches du centre de gravité de chaque
cluster. Ensuite, un seuil doit être établi pour extraire les n articles les plus proches
du centre de gravité. Le seuil utilisé dans le présent travail est d'un tiers, ce qui
194
permet de retenir le 33 % des articles contenus dans chaque cluster. Ces articles
seront annotés selon la procédure décrite dans le paragraphe précédent.
CHAPITRE IV
EXPÉRIMENTATIONS
La méthode de la présente étude est composée d'une chaîne de traitements qui utilise
des outils informatiques et d'une phase d'annotation employant des outils de la
sémiotique. La méthode est construite pour l'analyse d'un grand nombre d'articles de
presse. Plus particulièrement, la chaîne de traitement vise à identifier des groupes
d'articles similaires et à fournir des échantillons à la phase d'annotation afin de
dégager des schémas récurrents mis en place par l'ensemble des articles. L'étude de
ces schémas, fournit des éléments importants pour l'analyse de la formation de
l'opinion publique. La présente étude constitue une démonstration de faisabilité qui a
été appliqué à un corpus qui regroupe des articles de presse sur le printemps érable.
4.1 Le corpus
18
Le lien de l'application est: [Link] phd printemps erable/
19
L'archive est, pour Rastier, un ensemble de documents accessibles mais qui ne constitue pas un
véritable corpus. Le corpus de référence est constitué par un ensemble de documents à partir
duquel le corpus d'étude sera construit. Le passage de l'archive au corpus de référence se réalise à
travers le critère d'orientation qui met en reliefla nécessité d'avoir un ensemble de documents pour
une tâche ou une application précise. Le corpus d'étude est l'ensemble de documents collectés sur
lesquels l'analyse est effectuée. Ce corpus dérive du corpus de référence et il est construit pour les
besoins spécifiques de l'application. Les sous-corpus de travail sont construits à partir du corpus
d'étude et ils sont mis en place pour optimiser la phase d'analyse
197
Le corpus est soumis à plusieurs étapes de constitution qui permettent d'identifier les
groupes de documents sur lesquels l'analyse sera effectivement exécutée. Toutes les
étapes de constitution des différents niveaux du corpus respectent le plus possible les
critères de constitution du corpus. Chaque niveau du corpus peut donc être évalué sur
la base de ces critères. Dans ce contexte, il pourrait être pertinent d'évaluer un corpus
en lui assignant une valeur allant de zéro (critère non respecté) à cinq (critère respecté
pleinement) pour chacun de ces critères. Par exemple, un ensemble d'articles peut
être évalué en considérant l'orientation et la pertinence, auxquelles deux valeurs de 0
à 5 y sont associées. Afin que ce genre d'évaluation puisse être considérée valide, un
protocole complexe devrait être mis en place. En particulier, la plus grande partie de
sa validité dérive principalement de l'entente interjuge, ce qui implique des
ressources importantes. Dans le présent travail, cette opération n'a pas été réalisée à
cause du manque de ressources adéquates.
spécifique, sa cohérence ne peut être élevée puisque les énoncés sont trop différente
en terme de genre. En effet, dans un tel corpus, le genre textuel est très varié et, de
plus, il est très probable qu' un très grand nombr~ d'articles ne traitent le phénomène à
l' étude que de manière indirecte. Enfin, cette archive possède une très grande
hétérogénéité et une très grande exhaustivité car elle regroupe tous les énoncés de
tous médias. Un tel corpus, à la fois très hétérogène et très exhaustif, est par
définition très représentatif. Le passage de l' archive au corpus d' étude et aux sous-
corpus de travail doit augmenter le degré d'orientation, de pertinence et de cohérence
sans diminuer excessivement l'hétérogénéité, l' exhaustivité et la représentativité.
Évaluation archive
Orientation
Pertinence
Cohérence
Hétérogénéité
Exhaustivité
Représentativité
0 1 2 3 4. s
Figure 4.1 Évaluation de l'archive
Le corpus de référence (Rastier, 2005a) est constitué par tous les articles de presse,
sous forme écrite, publiés au sujet de la grève étudiante par les principales sources
d' informa,tion. Il est principalement déterminé par le critère de l'orientation qui
permet une première sélection sur la base d'une question de recherche. Dans le cadre
de cette thèse, les émissions radiophoniques ou télévisées, les publications
199
Enfin, le choix de sources d'information retenues est basé sur l'analyse des plus
importantes sources d'information québécoises. Ainsi, parmi les douze quotidiens
imprimés en langue française au Québec, onze appartiennent à de grands
conglomérats et ils se distribuent ainsi : La Presse, Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Droit
200
4. l.2 Moissonage
20
Les modules Selenium, Scrapy et Beautifulsoup4 de Python ont été utilisés.
201
Les 9 603 articles extraits ne se distribuent pas également dans les sept sources
d'information (figure 4.2). Pour La Presse, Le Devoir, Le Journal de Montréal, Le
Journal de Québec et Le Soleil, la taille des documents qui les concernent est à peu
près similaire. En effet, leur écart type (tableau 4.1) est plus petit que l'écart type total
(tableau 4.2) et leur moyenne se rapproche beaucoup plus de leur médiane que de
202
celle des sept sources d' information. Le site web de Radio-Canada et le Journal
Métro se distinguent donc des autres journaux en termes de taille car un nombre plus
petit d' articles en proviennent. Le tabloïd distribué gratuitement affiche le moins
grand nombre d' articles, ce qui est probablement dû à sa fréquence d'impression car
il n' a pas d' édition de fin de semaine. Le nombre d' articles provenant de la source
d'information publique n' est pas comparable avec les autres, car il s' agit d'un média
différent, soit un site web, qui ne suit pas les mêmes règles. En effet, les sources
d'information en ligne diffèrent des sources traditionnelles par leur capacité de traiter
un événement·en direct, ce qui influence grandement la fréquence de publication.
Métro (Montréal)
-î
Le Soleil
1
Le Journal de Québec
li Nb. articles
1
Le Journal de Montréal ,,, 1 ,,.,,. .,,,. .,
Le Devoir
1
La Presse w···r·., y
Figure 4.2 Distribution des 9 603 articles dans les sept sources d' information
203
Tableau 4.1 (a) Résumé des indices de dispersion. Indices de dispersion pour les sept
sources d'information. (b) Indices de dispersion pour les cinq sources d'information
contenant le plus grand nombre d'articles, soit La Presse, .Le Devoir, Le Journal de
Montréal, Le Journal de Québec et Le Soleil
(a)· Nb. Sources (b) Nb. Sources
information 7 information 5
Moyenne 1371.86 Movenne 1571
Écart type 366.33 Écart tvoe 148.9
Minimum 768 Minimum 1372
25e centile 1176 25e centile 1492
Médiane 1492 Médiane 1582
75e centile 1613.5 75e centile 1645
Maximum 1764 Maximum 1764
Les auteurs des articles sont très variés et il est préférable de les considérer comme
des signatures. Les signatures sont très nombreuses et le ratio entre signature et
nombre d'articles est très élevé. Pour Le Devoir, une nouvelle signature apparaît à
presque chaque trois articles, à chaque 3,5 articles pour Le Journal de Montréal et
pour Le Journal de Québec, à chaque 4,5 articles pour La Presse, à chaque huit pour
Métro, à chaque neuf pour Le Soleil et à chaque 37 pour Radio-Canada. La signature
la plus fréquente de chaque source d'information est celle Anonyme, sauf pour Le
Devoir qui présente la journaliste Lisa-Marie Gervais comme la signature la plus
fréquente.
Tableau 4.2 Résumé des fréquences des signatures par source d'information
Publication Nombre Signatures Signature la Fréquence Ratio
articles uniaues olus fréauente art./si1ma.
Lisa-Marie
Le Devoir 1492 534 95 2,79
Gervais
Le Journal de
1645 470 Anonyme 193 3,50
Montréal
le Journal de Québec 1372 390 Anonyme 164 3,52
Métro (Montréal) 768 96 Anonyme 458 8,00
La Presse 1764 393 Anonyme 229 4,49
SRC (site web) 980 26 Anonyme 854 37,69
Le Soleil 1582 172 Anonyme 494 9,20
204
Parmi les dix signatures les plus fréquentes par source d'information, on remarque
dans Le Devoir deux typologies de signature qui correspondent à une signature
anonyme, soit « Le Devoir » et « Anonyme » 21 pour un total de 80 signatures
«Anonymes». Ce journal présente aussi deux agences de presse (La Presse
canadienne et l' Agence France-Presse) et d'autres journalistes comme Antoine
Robitaille (44 signatures) ou Marie-Andrée Chouinard (37 signatures). Les journaux
de Quebecor présentent des caractéristiques similaires affichant la signature anonyme
et celle de l'agence de presse QMI, respectivement à la première et à la deuxième
position. Les journalistes Sarah-Maude Lefebvre, Richard Martineau, Régys Caron, J.
Jacques Samson et d'autres apparaissent les plus souvent dans les deux journaux.
Pour le Journal Métro, Annabelle Blais (46 signatures) et Maxence Knepper (31
signatures) sont les journalistes qui signent le plus fréquemment alors que Pascale
Breton (68 signatures) et Philippe Teisceira-Lessard (54 signatures) signent
fréquemment pour La Presse. Le site web Radio-Canada n'affiche pas beaucoup de
signatures et présente plusieurs versions de signatures anonymes. De plus, les
données extraites de la base de données contiennent plusieurs erreurs de transcription
ou de signatures doubles, ce qui requiert des outils de reconnaissance des entités
nommées pour nettoyer et normaliser chaque entrée. Cette dernière opération n'a pas
été effectuée, car l'étude de signature ne constitue pas un objectif de recherche. Le
tableau 4.3 présente les données brutes telles que extraites de la base de données.
Tableau 4.3 Les premiers dix journalistes par source d'information en relation à la
fréquence d'apparition
Le Devoir Freq Le Journal de Montréal Freq
21
La valeur anonyme indique une absence d'information liée à la signature lors de la
procédure de moissonnage.
205
Anonyme 854
Radio-Canada avec La Presse Canadienne · 52
Radio-Canada avec Agence France-Presse et
Reuters 18
Radio-Canada avec Agence France-Presse 11
Sophie-Hélène Lebeuf; Radio-Canada 10
206
Une étape de nettoyage a été effectuée seulement pour les données effectivement
utilisées dans la présente étude, soit le titre de l'article, le contenu de l'article et la
catégorie de l'article. Les deux premiers éléments font l'objet du prochain paragraphe.
Un résumé de la métadonnée « Catégorie de l'article » est présenté dans le tableau 4.4
où on remarque une grande variété entre les différentes catégories d'article. Toutefois,
les catégories qui cçmtiennent la majorité des articles sont « Actualités » et
« Opinion ». Cette variété est due à plusieurs erreurs de transcription qui font partie
de la base de données mais aussi à des choix éditoriaux différents selon les sources
d'information. Cependant, cette variété démontre également l'étendue de la
couverture journalistique sur le printemps érable; ce sujet a été abordé en effet par
plusieurs comités éditoriaux et dans plusieurs contenus journalistiques. Le tableau 4.5
207
affiche les dix catégories les plus fréquentes pour chaque joumal22 • Ces catégories ont
été regroupées en trois grandes catégories, et sont : Actualité, Opinion, Autre.
22
Le site web Radio-Canada n'a pas de catégorie et n'est pas inclus dans le tableau.
23
Pour des questions de simplicité, le nombre d'espaces contenus dans les articles a été calculé afin
de déduire le nombre de mots.
208
Tableau 4.6 Description des fréquences des mots dans les articles
Publication Moyenne Écart type Minimum 25e centile Médiane 75e centile Maximum
Le Devoir 651.81 331.75 0 404 624 871.25 1925
Le Journal de
Montréal 471.07 247.57 5 311 473 577 1897
Le Journal de Québec 481.23 239.02 11 345 477 559.25 1897
Métro (Montréal) 271.14 175.96 0 116 259 397 1177
la Presse 501.98 329.99 0 291.75 485.5 656.25 5580
SRC (site web) 423.59 313.79 2 212 344 550 2643
Le Soleil 414.11 342.29 0 189.25 393 565 4005
Comment peut-on évaluer cet ensemble d'articles construit grâce à cette procédure de
recherche automatique? L'ensemble correspond au corpus de référence et possède un
certain nombre de caraêtéristiques qui divergent de l'archive. D'abord, le corpus est
certainement plus orienté, car il a été construit sur la base d'une problématique, le
traitement journalistique du printemps érable, et d'une sélection d'articles tenant
compte des dates, des sources d'information et d'un ancrage empirique par mot clé,
selon le critère de saillance. La pertinence et la cohérence se situent à un niveau non
optimal.
d'articles qui, malgré qu'ils contiennent le mot clé, ne traitent pas du printemps érable
et ne sont donc pas pertinents. Ces articles peuvent contenir le mot « étudiant » pour
d' autres raisons. Un exemple d'article constituant du bruit est le cas « Magnotta », un
jeune homme qui a tué un étudiant d ' origine asiatique dans la même période qu' avait
lieu le printemps érable. Les articles qui constituent du bruit sont nombreux et ils
réduisent le niveau de pertinence, de cohérence et de représentativité du corpus. Pour
ces raisons, dans la phase de filtrage de documents, le corpus de référence doit être
analysé et nettoyé afin que la représentativité, la pertinence et la cohérence
augmentent le plus possible (figure 4.3). Enfin, l' hétérogénéité et l' exhaustivité sont
réduites par rapport à l' archive puisque certaines sources d' information ont été
exclues. Toutefois, nous estimons que le fait d' avoir retenu les sources
d' informations les plus importantes permet de maintenir un niveau élevé dans ces
critères.
Orientation
Pertinence
Cohérence
Hétérogénéité
Exhaustivité
!
Représentativité
1
0 1 2 3 4 5
4.2 Le prétraitement
Le prétraitement est exécuté sur les 9 603 articles qui composent le corpus. La
première phase d'annotation automatique traite ces documents avec quelques outils
issus du traitement automatique du langage naturel afin d'en dégager certaines
caractéristiques proprement linguistiques .. La transformation vectorielle produit une
représentation vectorielle des documents, ce qui est fondamental pour le traitement
computationnel et pour la réalisation des analyses au moyen des techniques de
l'apprentissage automatique.
24
Chaque état correspond à une étiquette morphosyntaxique et les probabilités de
transition d'un état à l'autre sont les probabilités P(tdti), et les probabilités
d'émission d'un symbole sont P(wdtj), qui est la probabilité qu'un mot soit émis à
partir d'une étiquette morphosyntaxique particulière. Consulter l'annexe A pour plus
de détails.
211
de mots. Pour ce faire, l'algorithme utilise un vocabulaire qui contient pour chaque
mot les probabilités a priori d'appartenance aux parties de discours. Le vocabulaire
contient aussi les probabilités a priori pour chaque suffixe de mot (figure 4.4), ce qui
représente une caractéristique importante pour identifier la partie du discours d'un
mot.
no
tag_l =r-.'N'!
,, ''
,, ' yes
'
NN: 70"/4
, ADJ: 1()%
,, '
'
Les différentes opérations exécutées pour identifier les parties du discours de chaque
mot impliquent que la tokenisation et la lemmatisation aient également été
accomplies. Ceci est possible grâce à un certain nombre de règles que Treetagger
exécute et qui sont spécifiques à la langue traitée (figure 4.5). Plus particulièrement,
l'outil utilise deux typologies d'information: une série de règles pour la tokenisation
212
et un vocabulaire qui contient les lemmes pour chaque mot. Si un mot n'est pas
contenu dans le vocabulaire, il ne sera pas transformé en lemme.
Figure 4.5 Exemple de probabilités pour les suffixes de la langue anglaise (Schmid,
1995, p. 5)
[Link] Résultats
213
ABR ADJ ADV DET: DET: INT KON NAM NOM NUM PRO
· ART POS
PRO: PRO: PRO: PRO: PRO: PRP PRP: PUN PUN: SENT SYM
DEM IND PER POS REL det cit
VER: VER: VER: VER: VER: VER: VER: VER: VER: VER: VER:
cond futu impe impf infi pper ppre pres simp subi subp
Le tableau 4.8 décrit des phénomènes attendus. Par exemple, les noms communs
constituent la catégorie la plus fréquente, suivis par lès prépositions, les verbes et les
déterminants. La ponctuation et les pronoms apparaissent à un rythme similaire et les
adjectifs sont plus nombreux que les adverbes. Une donnée particulière est celle des
noms propres qui ne dépasse pas le 0,02 % ce qui est dû en partie aux erreurs de
l'outil Treetagger. Les performances connues de cet outil ne dépassent pas le 97,53 %
de F-mesure 25 , mais ces prédictions sont optimistes pour le traitement de données
25
Ce sont les résultats du module pour la langue allemande comme décrits· dans
214
Schmid (1995).
215
PUN 45,91 62991 7,63% 65,50 97720 8,24% 43,48 71532 7,52%
SENT 26,29 36041 4,37% 30,67 45757 3,86% 25,51 41959 4,41%
SYM 0,64 872 0,11% 0,70 1050 0,09% 0,58 946 0,10%
VER 86,02 117929 14,29% 108,20 161435 13,60% 84,13 138390 14,54%
Journal ME
moyennes totaux % du
total
ABR 0,97 743 0,28%
ADJ 21,64 16623 6,29%
ADV 17,86 13720 5,19%
DET 37,37 28702 10,86%
!NT 0,18 141 0,05%
KON. 12,89 9896 3,74%
NAM 0,05 39 0,01%
NOM 77,04 59166 22,38%
NUM 6,79 5211 1,97%
PRO 26,85 20618 7,80%
PRP 52,57 40372 15,27%
PUN 24,65 18928 7,16%
SENT 15,97 12263 4,64%
SYM 0,30 230 0,09%
VER 49,15 37749 14,28%
Le total de types annotés est 56 301 26, ce qui comprend toutes les catégories de mots.
Pour chaque catégorie, la variété des lemmes est calculée et indiquée dans le tableau
4.10. Par exemple, les parties de discours « noms propres » sont celles qui ont une
variété plus grande car le ratio annotation/lemme est le plus bas alors que les
conjonctions et les signes de ponctuation présentent le moins de variété. Pour les
adjectifs, la variété est plus grande que celle des adverbes.
La sélection des mots vides est réalisée par trois méthodes : à partir d'une liste
préétablie de parties du discours, d'une liste préétablie de· mots vides et de la
fréquence documentaire. Les parties de discours qui correspondent aux adjectifs, aux
adverbes, aux noms propres, aux noms communs et aux verbes sont retenues, tandis
que les autres catégories ne le sont pas. Les tokens retenus totalisent 2 726 523 tokens,
c'est-à-dire 48 % des occurrences totales. Bien que cette opération permette de
diminuer de plus de la moitié des tokens, le nombre de types demeure presque invarié,
soit 55 80627 pour 99 % des types.
Par la suite, une liste préétablie comptant 466 mots est utilisée pour effacer des mots
qui sont généralement considérés comme mots vides. Cette opération de filtrage mène
à 2 229 145 tokens et à 49 950 types. Enfin, la fréquence documentaire est utilisée
pour réduire les mots peu significatifs, mais elle est calculée pendant l'étape de
représentation vectorielle des textes et permettra alors de réduire de presque 40 % le
nombre de types.
27
Sans tenir compte de la subdivision par catégorie, 50 144 types demeurent après le filtrage.
217
À la fin de l'annotation automatique, le corpus textuel est converti dans une matrice
Documents-Mots. La matrice contient 9 602 28 documents et 29 615 types. Les types
ayant une fréquence documentaire de moins de deux articles ont été supprimés. Ainsi
la matrice U définie dans la formule (2.5) est construite. Dans cette matrice, les lignes
correspondent aux articles, les colonnes aux lemmes, que dorénavant nous
appellerons mots. À partir de cette matrice, il est possible de voir quels sont les mots
les plus fréquents dans le corpus entier (tableau 4.11) et pour chaque journal (tableau
4.12).
Tableau 4.11 Les 20 mots les plus fréquents du corpus, en excluant le mot
« étudiant »
Rang: Fréquence Mot
1 25647 faire
2 18145 Québec
3 15423 IPOUVoir
4 11710 gouvernement
5 10839 devoir
6 10025 droit
7 9574 université
8 9262 aller
9 8515 Montréal
JO 8177 an
Jl 7872 ministre
12 7859 grève
13 7323 vouloir
14 7189 Charest
15 7009 québécois
16 6822 dernier
17 6721 scolarité
18 6638 classe
19 6610 grand
20 6511 courlcours
28
Un document est vide et il a été supprimé.
218
Parmi les journaux, il y a peu de différence au niveau des mots les plus fréquents, ce
qui ne révèle rien de spécifique ou caractéristique. En examinant les fréquences
(tableau 4.12), on obtient une liste de mots les plus fréquents pour chaque journal.
Ces listes sont très semblables et sont aussi similaires à celle qui correspond aux mots
les plus fréquents du corpus en entier (tableau 4.11 ).
Tableau 4.12 Les 20 mots les plus fréquents par source d'information
RC PR
Rang Fréquence Mot Rang Fréquence Mot
1 2630 Québec 1 5192 faire
2 1977 faire 2 3088 pouvoir
3 1621 grève 3 2867 Québec
4 1593 université 4 2379 gouvernement
5 1517 Montréal 5 2163 devoir
6 1428 droit 6 . 2145 droit
7 1299 manifestation 7 1842 an
8 1281 gouvernement 8 1807 Montréal
9 1224 classe 9 1801 aller
10 1163 ministre 10 1753 université
11 1105 pouvoir 11 1505 vouloir
12 1100 association 12 1489 grève
13 999 scolarité 13 1417 !!rand
14 989 courlcours 14 1379 voir
15 974 devoir 15 1342 dernier
16 957 loi 16 1305 jeune
17 913 Charest 17 1296 classe
18 906 parti 18 1280 cour/cours
19 897 cégep 19 1279 ministre
20 845 hausse 20 1252 année
JM JQ
Rang Fréquence Mot Rang Fréquence Mot
1 4624 faire 1 3992 faire
2 2601 pouvoir 2 2714 Québec
3 2591 Québec 3 2259 pouvoir
4 1785 gouvernement 4 1649 gouvernement
5 1751 aller 5 1553 an
6 1732 devoir 6 1534 devoir
7 1471 Montréal 7 1460 aller
8 1383 vouloir 8 1154 québécois
9 1380 an 9 1154 voulojr
10 1269 voir 10 1113 ministre
11 1186 québécois 11 1091 Charest
219
so DE
Rani! Fréquence Mot Ranf! Fréquence Mot
1 3386 faire 1 5189 faire·
2 3308 Québec 2 3551 pouvoir
3 2073 pouvoir 3 3314 Québec
4 1598 gouvernement 4 2569 devoir
5 1585 droit 5 2496 gouvernement
6 1500 université 6 2398 droit
7 1382 aller 7 2068 université
8 1353 devoir 8 1715 aller
9 1299 grève 9 1699 ministre
10 1251 hier 10 1593 québécois
11 1227 an 11 1534 politique
12 1184 Charest 12 1513 grand
13 1138 ministre 13 1454 Montréal
14 1052 courlcours 14 1411 grève
15 1038 association 15 1374 dernier
16 1034 scolarité 16 1358 loi
17 1022 vouloir 17 1331 vouloir
18 940 Québécois 18 1314 Charest
19 900 loi 19 1284 an
20 896 prendre 20 1265 scolarité
ME
Ranf! Fréquence Mot
1 1287 faire
2 745 pouvoir
3 720 Québec
4 519 gouvernement
5 514 devoir
6 472 Montréal
7 467 université
8 463 droit
9 385 aller
10 363 hier
11 362 ministre
12 349 scolarité
220
13 348 jeune
14 345 an
15 337 Charest
16 325 vouloir
17 312 grève
18 310 classe
19 301 courlcours
20 297 grand
4.2.J Filtrage
Les opérations de filtrage se divisent en deux : celles exécutées au niveau des mots et
celles exécutées au niveau des documents. Généralement, les opérations sur les
documents sont plus complexes que celles sur les mots, ce qui est le cas pour le
présent travail. La plus grande complexité du filtrage des documents est due
principalement aux problèmes liés à la manière dont le corpus est construit, ce qui
introduit un niveau non négligeable de bruit. En effet, la recherche par mots clés ne
peut pas distinguer les articles traitant du printemps érable de ceux qui traitent
d'autres sujets, car, le mot «étudiant», qui a été utilisé comme mot clé pour la
recherche automatique, peut être employé dans des articles couvrant différents sujets.
Par exemple, le mot « étudiant » peut être utilisé dans des articles qui décrivent des
événements criminels, comme le meurtre de l'étudiant chinois Jun Lin dans l'affaire
« Magnotta ». La recherche par mots clés n'est donc pas suffisante pour discriminer
les articles qui feront partie du corpus d'étude et une étape supplémentaire de filtrage
est nécessaire. Une procédure complexe de filtrage de documents a donc été conçue
pendant la phase des expérimentations.
Le filtrage des mots est exécuté par le biais d'une opération simple, c'est-à-dire la
fréquence documentaire est exécutée en même temps que l'étape de vectorisation.
Ainsi, les mots qui n'apparaissent pas dans plus de deux articles ont été exclus, ce qui
221
Le filtrage sur les documents est exécuté en deux étapes différentes : une procédure
par règles et une procédure d'apprentissage semi-supervisé. La première procédure a
comme but l'élimination d'articles qui répondent à deux caractéristiques : articles
doubles ou article contenant des rnots clés spécifiques. Une série de règles basées sur
des expressions régulières, sont créées afin d'éliminer les articles doubles. Un
premier groupe de règles identifie les articles qui ont le même contenu, ceux qui ont
le même titre et presque le même contenu et ceux qui sont vides. Le deuxième groupe
de règles est constitué d'une seule règle qui vise à éliminer les articles qui
contiennent le mot clé « Magnotta ». Cette procédure de type supervisé et construite
sur une série de règles est efficace lorsqu'on connaît au préalable le type de bruit
présent dans le corpus. Dans le cas du corpus de référence du présent travail, nous
étions conscients du fait qu'il y avait des articles doubles et surtout du fait qu'un
événement particulier concernant un étudiant avait reçu une grande attention de la
222
part des médias québécois dans la même période que le printemps érable, c'est-à-dire
l'affaire « Magnotta ». Pour ces raisons, nous avons choisi d'effectuer ces deux
procédures supervisées, ce que nous a permis de réduire le corpus de référence à 8929
[Link] résultats de cette première étape de filtrage sont présentés dans le tableau
4.14.
En principe, si toutes les typologies de bruit contenues dans le corpus étaient connues
·préalablement et si on pouvait construire des règles pour les identifier avec certitude,
la procédure précédente serait suffisante pour nettoyer le corpus de référence. Bien
que ce ne soit rarement possible, il est important d'identifier préalablement un certain
nombre d'erreurs. Par la suite, d'autres types de procédures de nettoyage peuvent être
accomplies, comme celle de type semi-supervisée qui a été utilisée dans le présent
travail et dont l'algorithmique est représentée dans la figure 4.6. De manière générale,
cette procédure est constituée de plusieurs étapes. La première est l'application d'un
clustering basé sur la densité qui s'appelle DBscan dans le but d'identifier un certain
nombre de documents constituant potentiellement du bruit et à analyser ses résultats
afin de déterminer un véritable ensemble d'articles constituant du bruit. La deuxième
étape est constituée d'une phase d'apprentissage, avec une sous-étape d'entraînement
de test, afin de créer un modèle capable de distinguer les articles constituant du bruit
des articles· traitant du printemps érable. La dernière étape consiste à appliquer le
modèle au corpus pour identifier le bruit et accomplir ainsi le filtrage de documents.
223
1
70%
Out put ·
- - - - Input - - - - - - - 1
Figure 4.6 Procédure de filtrage des documents. Les rectangles arrondis constituent
un bloc d'information d'input ou d'output. Le rectangle représente des procédures
algorithmiques. Les trapèzes inversés constituent des procédures non-
automatiques (intervention humaine). Le rectangle à forme irrégulier correspond à
la matrice U (documents-mots) de laquelle le corpus d'apprentissage et le groupe de
documents du filtrage par règles ont été Soustraits.
La deuxième étape (trapèze isocèle nommé « Analyse résultats » dans figure 4.6) est
l'analyse des résultats de l'étape précédente et elle a comme but d'identifier un
véritable groupe d'articles constituant du bruit, ce qui conduit à la construction du
corpus d'apprentissage. Plus ou moins 10 % de chacun des deux clusters issus de
l'application de DBscan a été sélectionné par une méthode d'échantillonnage
aléatoire simple. Les tailles ont été arrondies pour obtenir deux groupes parfaitement
proportionnés (1 versus 1/2) et nous obtenons ainsi 600 articles pour le cluster « 1 »
et 300 articles pour le cluster du bruit« -1 ». La lectur~ et l'analyse de chacun de ces
articles permettent de créer un corpus d'apprentissage constitué d'une classe « 1 »,
constitués d'articles qui traitent du printemps érable et d'une classe « -1 »,
comportant des articles qui ne traitent pas du printemps érable.
À la fin du processus d'analyse, nous avons obtenu une classe d'articles traitant du
printemps érable contenant 550 documents et une classe d'articles constituant du bruit
de taille 348. Deux articles ont été exclus du corpus d'apprentissage à cause de leur
ambiguïté et 48 ont été transférés dans la classe « -1 ». Le corpus d'apprentissage,
29
L'implémentation de l'algorithme utilisée est celle contenue dans le module scikit-leam de
Python.
225
La prochaine étape (rectangles nommés« Entrainer SVM »et« Tester SVM » dans la
figure 4.6) consiste à entraîner et tester un modèle SVM linéaire (machine à vecteur
de support), c'est-à-dire à lui faire « apprendre » à reconnaître le bruit et à le
distinguer de la classe « 1 ». La technique SVM est utilisée pour des tâches de
discrimination surtout dans des contextes de fouille de textes où son efficacité 30 a été
démontrée. Le principe de base de cette technique consiste à identifier une fonction
de discrimination linéaire f pour séparer de manière binaire les données, c'est-à-dire
les distinguer en deux classes, la classe « 1 » et la classe « -1 ». La frontière de
décision construite par l'algorithme est appelée l'hyperplan séparateur. Le but de
l'algorithme est d'apprendre la fonction f et de construire l'hyperplan séparateur
optimal pour le corpus d'apprentissage qui a été préalablement annoté avec les
classes « 1 » et « -1 ». Il s'agit donc d'une méthode d'apprentissage supervisé
permettant d'apprendre à reconnaître deux classes d'objets sur la base d'exemplaires
de chacune de deux classes. Pour construire le modèle, le corpus d'apprentissage est
divisé en deux parties: le 70 % est utilisé pour la phase d'apprentissage et 30 % pour
la phase de test, c'est-à-dire 628 documents pour l'apprentissage et 270 documents
pour le test. Le SVM a été appliqué plusieurs fois avec une méthode de validation
croisée en dix sous-échantillons (10-fold-cross-validation). La validation croisée a été
effectuée plusieurs fois pour déterminer la meilleure valeur du paramètre de pénalité
C, qui a été fixé à une valeur de 6.25. Le test sur le modèle final a produit des
résultats très satisfaisants, car la F-mesure (tableau 15) est de 97 %.
·226
Le modèle final est utilisé dans la dernière étape (rectangle nommé « Appliquer
SVM » figure 4.6) de cette procédure complexe de filtrage de documents, qui consiste
à identifier dans le corpus de référence les articles qui, sur la base des résultats du
SVM, correspondent à du bruit. Le SVM est appliqué à une Matrice Document-Mots
(rectangle irrégulier de la figure 4.6) qui compte 8 031 31 lignes. À la fin de ce
processus, on obtient les résultats de la procédure de filtrage, qui correspondent à
une liste de [Link] (1 ou -1) de la même taille que la matrice sur laquelle le
modèle SVM est appliqué. Ce dernier processus identifie 2 228 articles constituant du
bruit. Ces articles ont été ajoutés aux documents constituant du bruit utilisés dans le
corpus d'apprentissage (348 articles), pour un total de 2 576 articles faisant partie de
la classe « -1 », c'est-à-dire du bruit. Des 8 929 articles qui étaient restés après le
filtrage par règle, on soustrait les 2 576 articles identifiés dans la phase de filtrage
supervisé. Une dernière vérification manuelle sur le corpus a été accomplie,
30
Dans le cadre de cette thèse, il n'est ni possible ni pertinent de présenter le fonctionnement de
cette technique.
31
De la matrice initiale U, qui comptait 9 603, le filtrage par règles a soustrait 674 articles. Par la
suite, un corpus d'apprentissage de 898 articles a été construit pour l'entrainement de l'algorithme
SVM. Ces documents ont été également soustraits de la matrice initiale, laquelle, pour l'application
finale du SVM, compte 8 031 articles.
227
permettant d' identifier 77 articles supplémentaires comme étant du bruit. Les 6 276 32
articles restants constituent notre corpus d'étude.
Orientation
Pertinence
Cohérence
Hétérogénéité
Exhaustivité
Représentativité
!
0 1 2 3 4 5
32
Pour résumer, 9 603 - 674 (filtrage par règle) - 2 576 (filtrage supervisé) - 77 (vérification
supplémentaire) = 6 276 articles constituant le corpus d ' étude.
228
Le corpus d'étude est soumis encore une fois au prétraitement afin de réduire le bruit
résiduel au niveau des types propres aux documents filtrés. Essentiellement, la
vectorisation est exécutée sur le corpus d'étude, obtenant une matrice de 6 276 lignes
et 20 040 colonnes. Le corpus d'étude est composé ainsi de 6 276 articles, dont 1 110
de La Presse, 1 011 du Le Devoir, 1 072 du Le Journal de Montréal, 865 du Le
Journal de Québec, 1 073 du Le Soleil, 460 du Métro et 685 du site web Radio-
Canada.
La distinction par journal est utilisée pour obtenir sept sous-corpus de travail
différents, ce qui mène à distinguer sept matrices différentes, c'est-à-dire une matrice
par journal. Chaque sous-matrice possède un nombre de lignes égal au nombre
d'articles contenus dans le journal et un nombre de colonnes égal au nombre de mots
du corpus d'étude. Les étapes d'analyse seront alors effectuées sur les sept sous-
corpus de travail de manière indépendante. Ce choix est basé sur l'idée que chaque
source d'information possède ses spécificités dans le traitement des nouvelles et la
comparaison entre ces sous-corpus est certainement facilitée si les analyses sont
exécutées séparément.
La phase d'initialisation est exécutée par le biais d'une méthode appelée k-means++
(Arthur et Vassilvitskii, 2007) qui a été développée pour résoudre partiellement les
problèmes d'initialisation spécifiques à l'algorithme k-moyennes. Pour aborder ces
problèmes, imaginons un jeu de données dont les clusters sont très bien identifiables,
comme dans la figure 2.7. Dans un tel cas, il est suffisant d'utiliser une stratégie
d'initialisation qui choisit les centroïdes de manière aléatoire, mais en les situant
distants entre eux. Ainsi, les points cl<., soit les centroïdes, tendent à converger vers
230
les centres des clusters bien séparables. Dans un contexte où les points se distribuent
de manière plus irrégulière et que des clusters bien séparables ne peuvent être
construits, cette stratégie devient très sensible aux données aberrantes et elle est
moins efficace.
Une autre approche pour l'initialisation est de déterminer une distribution des
probabilités sur les possibles ck initiaux et de sélectionner ceux qui obtiennent la plus
grande valeur. La méthode k-means++ étudie la probabilité que les points de l'espace
soient sélectionnés comme prochain possible ck. L'algorithme commence à créer un
cluster de manière aléatoire et détermine ensuite au fur et à mesure les centroïdes qui
sont les plus probables pour constituer un cluster. Par exemple, si dans un cluster il
existe dix points et qu'un d'entre eux est vraiment loin des autres, alors les neuf
points plus proches ont une plus basse probabilité d'être choisi comme prochains
centroïdes. Sur cette base, la méthode exécute plusieurs tests et établit une liste de
centroïdes les plus probables et détermine la meilleure -initialisation sur la base des
distances entre les points. En général, l'objectif de la méthode est d'éviter de situer
plus d'un centroïde dans un groupe de points très condensé, réduisant ainsi le risque
d'obtenir une partition de mauvaise qualité. L'implémentation algorithmique utilisée
est contenue dans le module scikit-learn (Pedregosa et al., 2011), utilisé par les
concepteurs de la méthode.
Le paramètre k est choisi en évaluant plusieurs partitions obtenues avec une valeur k
de 2 à max _k, ce dernier correspondant à la troncature à l'unité de ;~, où ne est le
À la fin du processus (tableau 4.17), nous obtenons une partition de 34 clusters pour
le tabloïd Métro (PubME), une partition de 54 clusters pour le Journal de Montréal
(PubJM), une partition de 55 clusters pour le journal Le Soleil (PubSO), une partition
de 54 clusters pour Le Journal de Québec (PubJQ), une partition de 50 clusters pour
le site web Radio-Canada (PubRC), une partition de 55 clusters pour La Presse
(PubPR) et, enfin, une partition de 55 clusters pour Le Devoir (PubDE).
Les figures qui suivent décrivent les résultats de l'indice silhouette et de l'indice de
dispersion pour chaque source d'information. Pour chaque figure de 4.8 à 4.14, le
graphique à gauche montre la valeur de l'indice silhouette (axe des y) pour chaque
valeur k (axe des x). Les lignes verticales identifient quelques valeurs intéressantes.
La ligne pointillée souligne la tendance de la fonction silhouette, qui a été calculée
par une régression locale. Le graphique à droite montre la valeur de l'écart type (axe
des y) pour chaque valeur k (axe des x). Le choix de la meilleure partition pour la
phase d'annotation a été exécuté à l'aide des deux indices de qualité et en tenant
compte de la nécessité d'obtenir des partitions comparables en termes de taille et de
proportion.
avoir analysé les résultats de ces deux partitions, celle à 54 a été choisie car les
résultats sont plus significatifs 33 •
<n;;. <n:!l
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0°'
IJJO 57
'-"' . 61 65
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81
~l; :,;;~ 1 77 85 89 93 97 101105
ci
21 26 31 36 41 46 51 56 61 66 71 76 81 86 91 96 102
ValeurK -- Va/eurK
Figure 4.8 Indices en soutien du choix du paramètre k pour le Journal de Montréal.
a~
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(l) 12
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<l) ...
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0 0 t: M
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41 45 49 53
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~â 57 61 65 69 73 77 81 65 89 93 97101105
~~~36~46~56~66nre~86M96m
ValeurK -- ValeurK
Figure 4.9 Indices en soutien du choix du paramètre k pour le journal Le Soleil
33
Dans ce contexte, ce terme n'est doit pas être entendu par son acception statistique, mais par
celle plus commune.
235
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Va/eurK ValeurK
Figure 4.10 Indices en soutien du choix du paramètre k pour le Journal de Québec
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ValeurK
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ci M U TI n M
ValeurK ValeurK
Figure 4.12 Indices en soutien du choix du paramètre k pour le journal Le Devoir
Pour le site web Radio-Canada, la partition à 50 clusters a été retenue. Pour cette
source d'information, l'indice de dispersion montre des valeurs qui descendent
progressivement et qui chutent autour de la partition à 46 clusters. L'indice silhouette
indique une valeur montante au tour de la partition à 50 clusters. Après l'examen des
résultats des partitions qui vont de 46 à 50 clusters, celle à 55 a été choisie car les
résultats sont plus significatifs.
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ici <Jl
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(l)C! ,Qo
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Valeur K Valeur K
Figure 4.13 Indices en soutien du choix du paramètre k pour le site web Radio-
Canada
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t::œ
.2
,._o
~U) UJ.,
:, 0
5
o., ci ....
~g ~"'
ci
NonCOT"
r ;! i D D " D 43 45
ValeurK Va/eurK
4.5 L'annotation
taille de l'échantillon, ce qui implique que la taille de l'échantillon est fixée à un tiers
des documents de chaque cluster. Pour chaque cluster k, on sélectionne les n articles
les plus proches du centroïde ck, où n est égal à Tk.
des clusters la plus importante de chaque partition. Pour ce faire, on identifie une
fonction de tri pour les clusters de chaque partition et une autre fonction qui
détermine la taille de clusters à retenir dans la phase d' annotation. Les clusters sont
donc d'abord triés selon le nombre de documents qui y sont contenus, c' est-à-dire que
plus un cluster contient d'articles, plus il a de chance d' être retenu dans la phase
d'annotation finale. La deuxième fonction établit le nombre de clusters à retenir. La
formule est similaire à celle qui détermine l' échantillon de documents pour chaque
cluster: troncature à l' unité de la fraction Tc == ne, où ne est le nombre de clusters
3
Enfin, 117 clusters et 1 184 articles sont sélectionnés pour la phase d'annotation. Les
détails sont présentés dans la figure 4.15.
300
~ [Link] clusters retenus
200
100
DE JM JQ ME PR RC 50
Figure 4.15 Résumé du nombre de cluster et d' articles retenus pour la phase
d'annotation par source d' information
240
Chaque annotation est composée d'une racine sémantique et d'un suffixe syntaxique.
La racine contient un mot ou une séquence de mots séparés par un tiret bas. Le
suffixe contient une ou deux lettres en majuscule, séparées par un tiret bas. Le suffixe
est le code qui identifie le rôle actantiel. Une liste des codes utilisés est présentée
dans le tableau 4.18.
Tableau 4.18 Exemples de codes des annotations, avec leurs racines sémantiques, les
suffixes syntaxiques et les rôles actantiel correspondant
Code Annotation Racine Suffixe Rôle actantiel
élection f!aRner 0 élection gagner 0 Objet de valeur
f!0uvernement S !gouvernement s Sujet
étudiant AS étudiant AS Anti-sujet
néf!ociation AD négociation AD Adjuvant
violence OP violence OP Opposant
241
Dans ce paragraphe, nous présentons quelques résumés des annotations par journal.
Dans les tableaux qui suivent, les annotations correspondent aux segments de texte
qui ont été concrètement annotés. Les codes correspondent à l'étiquette qui a été
utilisée pour annoter le segment de texte. Le premier tableau présente les codes les
plus fréquemment utilisés. Ensuite, les codes les plus fréquents par source
d'information sont également illustrés.
Au total, les codes créés pendant la phase d'annotation sont au nombre de 259 et le
total des annotations est de 4 311 pour 1 184 articles annotés. Le tableau 4.19 montre
les codes les plus fréquents du processus complet de lecture. On y remarque que
l'objet de valeur « gagner les élections» a été identifié avec le code
« élection_gagner_O » et qu'il est le plus fréquent, suivi par le sujet
242
Tableau 4.19 Les 20 codes les plus fréquents du processus de lecture et d'analyse des
articles
Fréquence Code Fréquence Code
141 élection gagner 0 63 manifestation contrer 0
140 gouvernement S 55 hausse entente 0
133 hausse contre 0 52 négociation AD
115 association étudiant S 52 gouvernement AS
107 étudiant S 51 P Marois S
88 dialogue 0 50 crise sortir 0
86 grève AD 44 CLASSES
81 manifestation 0 44 manifestation AD
71 hausse 0 43 discréditer adversaire politique 0
67 police S 43 manifestant S
La fréquence des codes varie selon la source d'information. Pour le journal Métro
(tableau 4.20), 688 annotations ont été exécutées avec 150 codes différents. Ce
journal présente une plus grande majorité d'annotations que les autres journaux sur le
« gouvernement » dans le rôle de sujet. Les deux autres codes les plus fréquents sont
le sujet « association étudiante» et l'adjuvant «négociation». Pour le Journal de
·Montréal (tableau 4.20), il y a 1 182 34 annotations exécutées avec 169 codes
différents. À la différence des autres journaux, le Journal de Montréal présente quatre
objets de valeur dans les quatre premiers rangs, soit« gagner les élections», « contre
la hausse », « chercher le dialogue » et « éducation ».
34
Avec le journal Métro, le Journal de Montréal a été le premier journal à être annoté. pour cette
raison, ces deux journaux contiennent un plus grand nombre d'annotations par rapport aux autres.
La réduction de l'attention et des performances des annotateurs au fur et à mesure que l'annotation
procède est un phénomène bien connu dans le domaine de l'analyse du discours et de l'analyse du
contenu. Nous ne traiterons pas ce sujet dans ce travail.
243
Tableau 4.20 Les 20 codes les plus fréquents pour le journal Metro (à gauche) et le
Journal de Montréal (à droite)
Fréquence Code pour Métro Fréquence Code pour Journal de Montréal
41 gouvernement S 48 élection gagner 0
35 association étudiant S 45 hausse contre 0
31 négotiation AD 43 dialogue 0
31 étudiant S 35 éducation 0
29 police S 34 étudiant S
25 hausse contre 0 31 gouvernement S
22 gouvernement AS 31 manifestation 0
22 manifestation contrer 0 28 !grève OP
20 hausse entente 0 28 grève AD
18 manifestation 0 26 hausse 0
14 démocratie DE 24 paix 0
13 élection gagner 0 23 association étudiant S
12 carré rouge AD 21 retour en classe 0
12 CLASSES 20 université S
11 dialogue 0 19 manifestation contrer 0
11 vandalisme DR 19 cours boycottage OP
10 étudiant AS 18 gouvernement AS
91grève 0 18 mobilisation 0
9 discéditer adversaire oolitique 0 18 cégeo S
9 arrestation 0 17 session annulation AD
Le Journal de Québec (tableau 4.21) présente 460 annotations pour 101 codes. Au
premier rang, on trouve l'objet de valeur« gagner les élections», suivi par trois sujets,
dont une politicienne, Mme Pauline Marois. C'est le seul journal qui présente un
acteur politique dans ses premiers rangs, c'est-à-dire un politicien spécifique. Le site
web Radio-Canada (tableau 4.21) présente 378 annotations en 67 codes. L'objet de
valeur « gagner les élections» est le code le plus fréquent, comme dans le cas des
deux journaux du groupe Quebecor. Les sujets « associations étudiantes» et
«étudiants» et l'objet de valeur « contre la hausse » le suivent. À la différence des
autres journaux, le site de Radio-Canada semble accorder plus d'attention aux actions
accomplies par les étudiants, vus comme un acteur politique généralisé, et les
244
Tableau 4.21 Les 20 codes les plus fréquents pour le Journal de Québec (à gauche) et
le site-web Radio-Canada (à droite)
Fréquence Code pour Journal de Québec Fréquence Code pour Radio-Canada
26 élection gagner 0 28 élection gagner 0
21 étudiant S 25 association étudiant S
19 P Marois S 23 hausse contre 0
18 !gouvernement S 23 étudiant S
18 grève AD 22 grève AD
16 crise sortir 0 19 manifestation AD
12 hausse contre 0 17 gouvernement S
11 dialogue 0 13 retour en classe 0
10 association étudiant S 13 P Marois S
10 discéditer adversaire politique 0 12 dialogue 0
10 retour en classe 0 10 Police S
9 manifestation 0 10 manifestation contrer 0
8 paix 0 8 discéditer adversaire oolitique 0
8 police S 8 J Charest S
8 étudiant AS 8 arrestation AD
8 outils oppression AD 8 cégeo S
8 PLQ S 7 mobilisation 0
7 loi 78 OP 6 négotiation AD
7 recours tribunal déposer AD 6 gouvernement AS
7 hausse 0 6 crise sortir 0
Pour le Devoir (tableau 4.22), 469 annotations ont été accomplies en 92 codes
différents. Le code le plus fréquent souligne la présence d'un article ou d'un segment
dans l'article qui constitue une opinion et qui n'ont pas pu être annotés de la même
manière que les autres articles ou segments. Nous parlerons de cet élément aux points
5.1.7 et 6.2.7. Le Devoir est également le journal qui possède le plus d'annotations
sur le « débat politique et culturel» comme objet de valeur. La lecture et l'analyse
des articles de La Presse (tableau 4.22) ont généré 529 annotations avec 92 codes.
Ainsi comme pour le journal Le Devoir, La Presse comporte un grand nombre
d'articles ou de segments qui constituent des opinions. C'est le journal qui contient,
245
par rapport aux autres, le plus grand nombre d'articles ou de segments sur les objets
de valeur « manifestation », « sortir de la crise » et « retour en classe ».
4.22 Les 20 codes les plus fréquents pour Le Devoir (à gauche) et La Presse (à droite)
Fréquence Code pour Le Devoir Fréquence Code pour La Presse
47 opinion difficile à annoter 33 opinion difficile à annoter
20 hausse contre 0 31 crise sortir 0
18 grève AD 29 manifestation 0
18 débat politique culturel 0 29 retour en classe 0
17 éducation DE 28 élection gagner 0
16 crise sortir 0 19 manifestant S
15 loi 78 contre 0 14 outils oppression AD
13 élection gagner 0 14 hausse 0
13 retour en classe 0 14 grève OP
12 association étudiant S 13 hausse entente 0
12 dialogue 0 13 gouvernement S
12 police S 13 J Charest S
12 manifestation contrer 0 12 étudiant S
12 manifestation 0 12 grève AD
11 cégep S 11 Police S
10 gouvernement S 11 manifestation contrer 0
10 société DE 11 casseroles AD
10 CLASSES 10 police AS
10 manifestation AD 10 cégep S
9 étudiant S 9 hausse contre 0
Pour le journal Le Soleil (tableau 4.23), 625 annotations ont été exécutées avec 112
codes différents. Les codes les plus fréquents sont les sujets « gouvernement » et
« association étudiante », qui sont accompagnés par les deux objets de valeur qui
répondent le plus aux attentes de la recherche, c'est-à-dire « pour la. hausse » et
« contre la hausse ».
Globalement, la donnée qui a attiré le plus notre attention est la fréquence de l'objet
de valeur« gagner les élections». On peut remarquer en effet qu'il constitue un code
très fréquent dans toutes les sources d'information et que pour certaines, il est le plus
fréquent. Enfin, cet objet de valeur est le code le plus fréquent de manière absolue
(tableau 4.19). Avant de commencer la phase de l'annotation, nous n'imaginons pas
rencontrer autant d'articles ou de segments mettant de l'avant cet objet de valeur. En
effet, le programme narratif lié à la course électorale est un des sujets plus répandus
et se mêle de manière directe ou indirecte avec la question étudiante. Nous
analyserons ces résultats dans le prochain chapitre.
CHAPITRE V
RÉSULTATS
L'analyse des résultats tire profit du travail accompli lors des phases de regroupement
automatique et d'annotation. Dans la première, un algorithme spécifique a permis
d'organiser les articles de chaque source d'information en groupe d'articles similaires.
La phase d'annotation a ensuite permis d'annoter les articles les plus importants
d'une sélection de clusters et ceci, afin d'identifier les macrostructures qui organisent
leur contenu. En raison du nombre de clusters sélectionnés, soit 117, et du nombre
d'articles annotés 1 184, la présentation et l'interprétation des résultats ne peuvent pas
être exhaustives. Afin d'assurer la lisibilité des résultats obtenus, il est indispensable
de disposer d'un cadre synthétique. Comme le précise Rastier lorsqu'il décrit le
processus herméneutique: « toute interprétation suppose une stratégie d'analyse qui
précise les tactiques à employer, et garantit la pertinence des éléments retenus »
(Rastier et al., 1994). Ainsi, nous présenterons les résultats en utilisant une stratégie
de synthèse basée sur l'analyse des réseaux.
Toutefois, cette technique ne sera pas exploitée entièrement car l'analyse des réseaux
est une technique complexe, dont il faudrait détailler le cadre théorique, soit la théorie
des réseaux, et les algorithmes utilisés dans ce cadre (Ahuja et al., 1993). Son
application en analyse de textes constitue un fait acquis depuis plusieurs années
(Franzosi, 2010). Dans ce contexte, nous utiliserons cette technique de manière
248
La figure 5.1 illustre tous les clusters et leurs liens. Chaque nœud du graphique
constitue un cluster et chaque lien correspond à la mesure de similarité cosinus entre
la paire de clusters connectée. Les liens les plus forts ont une couleur plus foncée et
les nœuds qui correspondent à des clusters plus volumineux sont, eux aussi, de
couleur plus foncée. La position de chaque nœud dépend de la force de ses liens. Un
tel graphique étant difficile à utiliser à des fins d'analyse et d'interprétation, nous
avons calculé un nouveau graphique (figure 5.2) au moyen de l'al~orithme Force
Atlas 2 et ce, en fixant à 0,77 le seuil permettant de filtrer le poids des liens (Jacomy
et al., 2014)3 6• Il est possible d'y distinguer des agglomérats de clusters èonnectés
entre eux. On y observe aussi que la majorité de ces agglomérats contient des clusters
de grande taille (couleur du nœud plus foncée).
35
Pour plus de détails, voir le site web officiel : [Link]
36
Les paramètres par défaut de l'algorithme ont été utilisés avec l'ajout du mode Linlog qui
permet d'amplifier la distance entre les nœuds qui n'ont aucun lien.
249
Figure 5 .1 Réseau global de tous les clusters créés dans la phase de regroupement
automatique des documents similaires. Chaque lien entre nœuds correspond à la
valeur cosinus.
La première partie de ce chapitre est dédiée à la présentation des résultats qui se base
sur le dernier graphique. En particulier, nous utiliserons des sous-espaces de ce
graphique pour présenter de grands agglomérats de clusters. Ces derniers seront
analysés et interprétés comme des macro-groupes de clusters identifiant une grande
catégorie de macrostructures. Les macrostructures que ces agglomérats véhiculent
250
/
sont les plus importantes du corpus. En effet, d'un côté elles sont les macrostructures
qui regroupent le plus de clusters à un seuil cosinus élevée. De l'autre, les clusters
impliqués dans ces agglomérats sont parmi les plus volumineux. En d'autres termes,
ces macro-groupes de cluster regroupent un nombre très grand d'articles traitant les
mêmes macrostructures, ce qui nous mène à considérer ces macrostructures les plus
importantes du corpus. Enfin, ces macrostructures peuvent être considérées comme
constituant les grandes narrations du traitement journalistique du printemps érable.
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9 8
Figure 5 .2 Représentation graphique de tous les clusters avec un filtre des liens fixé à
0,77 et l'application de l'algorithme Force Atlas 2
La deuxième partie de ce chapitre est dédiée, au contraire, aux clusters qui se situent
aux marges du graphique et qui sont susceptibles de représenter des caractéristiques
251
Il est donc possible de filtrer les liens selon leur force. Ceci signifie que ce ne sont
pas tous les liens qui sont représentés dans le graphique mais seulement ceux qui ne
dépassent pas un seuil établi à priori. Ceci permet de construire un graphique qui met
en évidence les liens les plus importants tout en le rendant plus lisible et plus
252
facilement interprétable. Quand le seuil est élevé, les liens qui restent dans le
graphique sont les plus forts, alors que, lorsqu'il est plus bas, les liens restant dans le
graphique sont plus nombreux, affectant ainsi la lisibilité. À un seuil égal à zéro,
chaque nœud est connecté à tous les autres nœuds.
Afin d'identifier des agglomérats de cluster, nous avons analysé des graphiques
construits avec un filtrage des liens à des seuils différents, soit de 0,6 jusqu'à 0,77.
Plus particulièrement,_un certain nombre d'agglomérats de cluster a été identifié dans
une échelle de 0,7 à 0,77. Les agglomérats identifiés sont au nombre de sept et seront
présentés dans les prochains paragraphes. Ils représentent les macrostructures qui ont
dominé le traitement journalistique du printemps érable.
À partir du graphique de centroïdes avec un seuil de 0,77 (figures 5.3 et figure 5.4), le
centre d'agrégation le plus peuplé est situé au milieu· de l'espace. Dans cet
agglomérat, 11 clusters sont liés entre eux avec une similarité cosinus entre 0, 77 et
0,85. Dans ce sous..:réseau, JQ_40, ME_3 et PR_55 possèdent un nombre plus grand
de liens (7 par cluster). Le Soleil est présent avec trois clusters (SO_5, SO_15 et
SO_22), Le Devoir avec deux (DE_24 et DE_37), Radio-Canada avec deux (RC_18
et RC_46) et les autres sources avec un seul (JM_52, JQ_40, ME_3 et PR_55).
253
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~ <)~--
@:-~
Le cœur narratif de cet agglomérat est celui des négociations entre les associations
étudiantes et le gouvernement. Parmi les différents programmes narratifs, le PNl
(tableau 5 .1) s'en dégage très nettement et constitue le pivot central autour duquel les
autres se développent: les associations étudiantes (actant-sujet) veulent obtenir un
dialogue (actant-objet) avec le gouvernement (actant-antisujet). Les trois actants de
254
l'axe du vouloir sont souvent représentés au niveau discursif par les acteurs
associations étudiantes, dialogue et gouvernement mais d'autres acteurs peuvent
apparaître également, comme étudiants, FEUQ, CLASSE, ministre Beauchamp,
Charest, négociations etc.
Le gouvernement fermé. Alors que quelque 200 000 personnes ont signifié leur
appui envers les étudiants en défilant dans les rues de Montréal, jeudi après-
midi, aucune discussion n'a eu lieu entre les étudiants et le gouvernement, ont
rappelé les associations étudiantes. Devant cette fermeture de Québec, les
étudiants prévoient une escalade des moyens de pression dans les prochains
jours, afin de forcer le gouvernement à entamer des négociations.
(K52JM0324Nou0268)
Elle vise la création d'une commission permanente sur la gestion des universités
à laquelle prendraient part des étudiants, des professeurs et des dirigeants
d'institution. (K03ME0416Act0235) ·
Un des éléments les plus présents de cet agglomérat est l'opposant du programme
narratif PNl. Cet opposant est utilisé par l'antisujet gouvernement contre le sujet
associations étudiantes. Le rôle d'opposant est couvert par l'association la CLASSE,
dont les actions et les affirmations publiques sont utilisées par le gouvernement pour
justifier sa position de fermeture envers les requêtes de dialogue provenant des
associations étudiantes. Généralement, les articles sont dominés par l'ouverture de la
table des négociations pour la FEUQ et la FECQ et l'exclusion de la CLASSE.
Une ouverture, des conditions. GRÈVE ÉTUDIANTE. Bras de fer avec les
étudiants sur la présence de la CLASSE aux discussions. Line Beauchamp
voulait . parler de gestion des universités sans la CLASSE.
(K55PR04 l 6Act0468)
257
Pas de dialogue sans la CLASSE. Il n'y aura pas de dialogue entre les
associations étudiantes et la ministre de l'Éducation à moins que la CLASSE y
participe et dénonce les actes de violence commis depuis le début du conflit sur
la hausse des droits de scolarité. (K52JM0418Nou0496)
L'ouverture du dialogue se concrétise une fois que la CLASSE a dénoncé les actes de
violence. Toutefois, ceci n'est pas suffisant aux yeux du gouvernement et elle est
exclue à nouveau de la table des négociations.
L'acteur CLASSE est très présent à l'intérieur de cet agglomérat et le discours qui
met en valeur son rôle d'opposant dans le programme narratif PNl est fortement
répandu. Le journal Le Soleil a un cluster complètement dédié à cette configuration
actantielle (SO_ 5).
Une fois que le dialogue est ouvert et que les deux parties ont entamé une session de
rencontres, d'autres programmes narratifs apparaissent. Des positions différentes
entre les associations apparaissent alors. Mais ce qui occupe la majorité de l'espace
médiatique demeure encore la polémique entre les étudiants et le gouvernement.
Le programme narratif PN2 est configuré de manière différente selon le sujet, c'est-à-
dire les associations étudiantes et le gouvernement, puisque les premières ont pour
but de bloquer la haussé (avec le « gel » ou la « gratuité scolaire ») alors que le
deuxième poursuit un objectif inverse.
Les associations étudiantes ont entrepris ces négociations avec des attitudes
différentes. La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la
Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) se sont dites « en mode
ouverture », prêtes à analyser toute position de la ministre qui pourrait leur
paraître raisonnable. [ ... ] Pour leur part, les quatre délégués de la CLASSE
sont arrivés à Québec avec le mandat de « bloquer toute hausse des frais de
scolarité », a confirmé Gabriel Nadeau- Dubois, porte-parole de l'organisme.
[... ] Mme Beauchamp a signifié qu'elle aurait des propositions à faire au sujet
de l'accessibilité aux études postsecondaires et s'est montrée disposée à écouter
les étudiants lui parler des droits de scolarité qu'elle prévoit toujours augmenter
de 75 % au cours des cinq prochaines années. La FECQ et la FEUQ ont
instamment accepté la condition posée par la ministre. La CLASSE s'est
montrée plus « nuancée », laissant savoir qu'elle n'acceptait ni ne rejetait la
trêve proposée par la ministre, précisant qu'aucune action de perturbation n'était
prévue dans les 48 heures suivant l'appel de la ministre (K40JQ0424Nou0459)
La confrontation entre les deux parties demeure toujours très houleuse et comporte
plusieurs accusations brutales, ruptures et réouvertures du dialogue. En général, les
deux parties ne semblent jamais être proches de la signature d'une entente et toutes
les actions les ramènent toujours au point de départ. Ce qui représente le mieux cette
dynamique infructueuse est l'exclusion répétitive de la CLASSE de la table des
négociations, qui constitue toujours un obstacle insurmontable dans la négociation
d'une entente.
Line Beauchamp se dit déçue de voir les étudiants « campés » sur le gel des
droits de scolarité. « Ça ne peut pas aider à trouver une entente. »
(K52JM0502Vot0657)
La polémique entre les deux parties continue après l'échec de la première ronde de
négociation. À ce point, le PN2 prend le dessus sur le PNl. D'autres adjuvants
apparaissent, comme la proposition du gouvernement d'étaler la hausse. Cet objet
proposé par le gouvernement veut être un objet graduel qui substitue l'objet
catégoriel gel de frais. Généralement un objet graduel s'oppose au catégoriel et, au
contraire de ce dernier, ouvre la porte au compromis. Toutefois, afin qu'il soit perçu
comme tel, les éléments contextuels doivent véhiculer cette même signification.
262
Québec propose d'étaler la hausse des droits de scolarité. Dans un geste visant à
mettre un terme au conflit étudiant en cours depuis plus de deux mois, le
gouvernement Charest a présenté l'offre globale faite aux associations
étudiantes. Québec propose notamment d'étaler la hausse des droits de scolarité
de 1625 $ sur sept ans plutôt que cinq. (K46RC0427no_0297)
Les axes du PN2 restent en opposition, ce qui mène les associations étudiantes à un
refus de la proposition, laquelle a été présentée comme la solution pour arriver à une
entente:
L'échec de cette nouvelle tentative de dialogue est suivi par une contre-offre de la
part des associations étudiantes qui visent une entente sans céder de terrain sur le
gel des droits de scolarité :
Après une période d'optimisme, les discussions entre les deux parties s'arrêtent à
nouveau:
Les leaders étudiants ont fait preuve d'un optimisme prudent à la sortie de leur
courte rencontre avec la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne,
hier soir à Québec. (K03ME0516Act0389)
Conflit étudiant. Les négociations ont tourné au vinaigre, hier, entre Québec et
les leaders étudiants, avant de se conclure sur une nouvelle offre à l'issue
incertaine que doit étudier la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne.
(K22SO0531 Actl 009)
Ce que les parties souhaitent, c'est une sortie de crise, a assuré la ministre. C'est
sûr que si on prend le temps de préparation requis [pour choisir le moment de la
rencontre], c'est parce que, de part et d'autre, on est très conscients du sérieux
de la situation et qu'on veut mettre toutes les chances de notre côté pour arriver
à une entente; (K03ME0525Act0446)
Un autre centre d'agrégation important du réseau (figure 5.5 et 5.6) regroupe sept
clusters qui sont connectés avec une valeur cosinus supérieure à 0,77. Parmi ces
clusters, deux appartiennent au journal Le Soleil (SO_50 et SO _53). Tous les autres
clusters appartiennent à des journaux différents (JM_52, JQ_50, RC_9, PR_2 et
DE_12). Le journal Metro est exclu de cet agglomérat, puisqu'aucun de ses clusters
n'est présent. Les clusters centraux sont RC_9 et JM_53 car ils comportent un plus
grand nombre de liens. La connexion la plus forte est entre le Journal de Montréal et
Le Journal de Québec.
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Figure 5.5 Détail de la figure 5.2. Au centre, l'agglomérat traitant la confrontation
entre M. Charest et [Link] Marois.
267
Cet agglomérat révèle l' ampleur que la crise étudiante a prise au cours des semaines.
Elle a occupé massivement l' espace médiatique mais aussi le débat politique. Le ton
268
En effet, le printemps érable deviendra, plus tard, un des principaux enjeux électoraux,
comme il est possible de le déduire des extraits suivants :
Le plus souvent, le ton des échanges entre les deux politiciens est agressif et insultant.
Les communications sont souvent centrées sur la confrontation entre les deux
principaux acteurs, lesquels poursuivent souvent le même objectif. Dans les extraits
qui suivent, on souligne l'objet discréditer l'adversaire politique. Ce dernier, à
différence des objets comme gagner les élections ou gel des frais de scolarité,
lesquels sont des objets but, est un objet moyen et il couvre le rôle d'adjuvant pour
des programmes narratif centré sur un objet but. C'est le type de relation qu'il a entre
l'objet but gagner les élections et l'objet moyen discréditer l'adversaire politique:
« Pauline Marois a plié l'échine », dit Charest. M. Charest n'a pas manqué
d'attaquer la chef du Parti québécois Pauline Marois sur le conflit étudiant.
(K09RC0615no_ 0659)
269
Bilan de fin de session : Pauline Marois attaque Jean Charest dans le dossier
étudiant. La session parlementaire qui s'achève est « l'une des pires que nous
avons connues », a déclaré dans son bilan la chef du Parti québécois (PQ) et de
l'opposition officielle, Pauline Marois. Mme Marois a appelé les Québécois -
divisés par le conflit étudiant, selon elle - à changer « de gouvernement et de
direction» (K09RC0615no_0663)
Débat des chefs : deux heures solides d'échanges musclés. Le débat électoral
qui s'est déroulé dimanche soir a prouvé qu'une joute à quatre peut s'avérer
musclée, claire, et riche en échanges. (K09RC0819no_ 0866)
Le thème des élections et de la campagne électorale est présent dans les articles de
journaux à partir du début du mois de mai. À ce point, l'objet gagner les élections
commence à dominer dans PN3 :
les étudiants, c'est la goutte qui fait déborder le vase aux yeux de Pauline
Marois. La chef du Parti québécois réclame des · élections.
· (K53JM0427Nou0594)
Dans ces derniers extraits, la crise étudiante tient un rôle ambigu, laissant entrevoir la
possibilité qu'elle soit la cause du déclenchement des élections. En effet, la crise
étudiante est un adjuvant ou un opposant des programmes narratifs des deux chefs
politiques. Quelques fois, Charest utilise la grève étudiante comme adjuvant pour
discréditer Marois; parfois c'est la chef péquiste qui adopte cette stratégie:
Même s'il laisse entendre qu'il n'y aura pas d'élections avant la Fête nationale,
Jean Charest a sévèrement attaqué Pauline Marois, soutenant qu'elle s'est
disqualifiée de la fonction de premier ministre durant la crise étudiante. « Elle a
fait la démonstration qu'elle n'a pas ce qu'il faut pour être premier ministre en
agissant comme elle a agi », a-t-il déclaré. (K53JM0507Nou0728)
« Il veut qu'on oublie son bilan; eh bien, moi, je vais en parler de son bilan »,
assure la chef du PQ. La prochaine campagne électorale ne portera pas que sur
le « carré rouge » et sur la loi et l'ordre. Il sera aussi question d'éthique, de
confiance et de corruption. (K53JM0616Noul227)
Au fur et à mesure que les semaines avancent, et surtout après le déclenchement des
élections, les caractéristiques des « discours de campagne électorale » occupent la
majorité des articles de journaux. La question étudiante devient alors marginale mais
elle est toujours citée comme un des enjeux les plus importants de la campagne
électorale. Dans ce contexte, d'autres types d'enjeux apparaissent, comme ceux
énumérés par Marois dans les articles suivants :
Respect. « Nous devons décider dans quel type de société nous voulons vivre.
Je vous propose une société qui avance dans le respect de chaque citoyen, dans
le respect de nos institutions et le respect de la démocratie. Pauline Marois a fait
le choix d'embrasser le mouvement de contestation, de· porter ses symboles et
même de recruter ses candidats. Pauline Marois propose de plier, de céder et de
leur donner tout ce qu'ils demandent», a-t-il enchaîné. La presque totalité des
attaques de Jean Charest ciblait son adversaire péquiste. (K53JM0802Noul426)
272
« Les stratégies des trois principaux chefs de parti sont déjà très claires. Jean
Charest a donné un caractère carrément référendaire à l'élection du 4 septembre
: pour ou contre la hausse des frais de scolarité; pour ou contre la préservation
de la paix sociale?. Il a accolé hier Pauline Marois à la rue, aux manifestations,
aux perturbations diverses, au point de porter elle-même le carré rouge et
d'avoir même recruté comme candidat du Parti québécois l'un des leaders de
cette crise. Le premier ministre place les Québécois devant un choix " entre la
stabilité ou l'instabilité". » (K53JM0802Nou1428)
« Pauline Marois et Jean Charest ont déployé hier tout leur arsenal d'arguments
et de blâmes dans le premier de trois face-à-face électoraux à être diffusés sur le
réseau TVA. Soixante minutes d'échanges musclés où les deux chefs ont
défendu leur peau sans pour autant verser dans l'insulte gratuite. »
(K53JM0821 Noul 530)
opposant et adjuvant. Si face à la violence la chef péquiste est supposée tenir le rôle
d'opposant, son immobilisme ne peut que l'étiqueter comme non-opposant, ce qui
implique logiquement le rôle d'adjuvant passif. Cette dynamique est assez répandue
dans cet agglomérat de clusters:
Après un discours aux accents nettement préélectoraux, il s'en est pris rudement
à son adversaire Pauline Marois. Selon M. Charest, "par sa valse-hésitation"
dans le conflit étudiant, Mme Marois "a fait la démonstration qu'elle n'a pas ce
qu'il faut pour être premier ministre". (K02PR0507Pol0737)
Bilan de fin de session : Pauline Marois attaque Jean Charest dans le dossier
étudiant. La session parlementaire qui s'achève est « l'une des pires que nous
avons connues », a déclaré dans son bilan la chef du Parti québécois (PQ) et de
l'opposition officielle, Pauline Marois. (K09RC0615no_ 0663)
Crise sociale - Charest n'admet aucun tort. Le premier ministre affirme avoir
fait tous les efforts nécessaires pour régler le conflit. Le premier ministre Jean
Charest ne se reconnaît aucun tort dans la crise sociale dans laquelle le conflit
étudiant a plongé le Québec pendant 12 semaines. (K12DE0507Pol0624)
Il faut ajouter que, si le seuil pour filtrer les liens est réduit d'à peine 0,03,
l'agglomérat s'élargit énormément, atteignant 23 clusters très fortement connectés.
Ceci indique que ce nœud narratif est prépondérant dans le corpus et que d'autres
études plus ponctuelles et détaillées pourraient suivre cette première exploration.
Un autre groupe de clusters a été identifié avec un seuil de la valeur cosinus fixé à
0,74. Cet agglomérat contient sept clusters connectés entre eux, chacun appartenant à
un journal différent. Les journaux les plus connectés sont Le Journal de Montréal
(JM_29) avec Le Journal de Québec (JQ_33)(figure 5.7) et ils restent relativement
écartés du reste des clusters. Au contraire, le journal Le Soleil (SO_39) a plusieurs
connexions importantes avec plusieurs journaux comme Le Devoir (DE_2), La
Presse (PR_32) et Métro (ME_12). Le site web Radio-Canada (RC_7) est connecté
surtout avec La Presse et Le Soleil. Le cluster Le Devoir est celui dont la taille est la
plus importante. De plus, à cause de leur taille réduite, les deux clusters du groupe
Québecor (JM_29 et JQ_33), ne font pas partie du tiers de clusters retenus dans la
phase d'annotation. Ce qui souligne encore plus la distance entre ces deux journaux et
les autres par rapport à la relation avec la macrostructure qui est traitée dans cet
agglomérat.
277
Figure 5.7 Représentation graphique de l'agglomérat traitant le projet de loi 12. Les
clusters plus foncés désignent un cluster plus volumineux ·
agglomérat. Comme l'on peut observer dans les extraits d'article, le discours sur la loi
spéciale met souvent de l'avant les « pouvoirs spéciaux » que cet élément détient
dans son rôle d'adjuvant à PN4 :
L' antisujet de ce programme narratif est couvert par les étudiants, les manifestants
ou les associations étudiantes, qui sont en effet les trois principaux acteurs opposés
au gouvernement. Ces acteurs sont soutenus par des politiciens comme [Link] Marois
ou M. Khadir et leurs partis politiques.
Déclaration de guerre aux étudiants. Des amendes pouvant aller jusqu'à 125
000 $ par jour pour les associations étudiantes. Le projet de loi 78 visant à
mettre fin au conflit étudiant a soulevé l'ire des associations et de l'opposition,
hier. (K02DE0518Pol0734)
Hier, les trois principales associations défendant les 150 000 jeunes en grève
ont dénoncé la loi spéciale qui suspend jusqu'à l'automne les cours sur les
campus frappés par le boycottage. (K39SO0517 Act0784)
279
L'élément loi spéciale couvre également un autre rôle actantiel, soit l'objet de valeur,
ce qui donne lieu à un nouveau programme narratif PNS.
Ce programme est essentiellement composé comme sujet par les étudiants ou les
associations étudiantes qui cherchent à « faire suspendre » ou « faire retirer » la loi
spéciale, en adoptant plusieurs stratégies et adjuvants, dont la majorité dans le cadre
de recours juridiques:
Les juristes prennent la rue pour dénoncer la loi spéciale. C'était hier soir au
tour des avocats et des notaires d'ajouter leur voix au concert de protestations
contre la loi spéciale limitant la liberté de manifester adoptée il y a plus d'une
semaine par l'Assemblée nationale du Québec. (K02DE0529Soc0854)
Parmi les différentes configurations prises par le programme narratif PNS il en existe
une qui se démarque de façon plus nette. Le sujet de cette configuration est une
association étudiante particulière, la CLASSE, qui adopte une stratégie spécifique
pour contrer la loi spéciale, basée sur l'adjuvant désobéissance civile :
280
Exaspérés devant un conflit qui s'éternise, les citoyens se sont rangés derrière le
gouvernement et non pas derrière sa loi spéciale, croient les porte-parole des
fédérations étudiantes. Un sondage CROP-Le Soleil - La Presse publié hier
matin indiquait entre autres que 66 % des répondants sont pour la loi spéciale
annoncée par le gouvernement Charest. (K39SO0520Act0852)
Les associations étudiantes ont testé, par de nombreuses voies juridiques, d'obtenir
la suspension de la loi spéciale :
La toute récente loi 78 est sans doute rune des lois spéciales québécoises les
plus (sinon la plus) lourdement attçntatoires aux droits fondamentaux protégés
par les chartes canadienne et québécoise. Que l'on analyse le texte sous l'angle
de la liberté d'association et du droit d'agir collectivement, de la liberté de
conscience, de la liberté d'expression ou du droit de manifester pacifiquement,
presque tous les articles de cette nouvelle loi soulèvent, à leur face même, de
sérieux doutes quant à leur compatibilité avec les chartes applicables au
Québec. (K39SO0523Opi0870)
« Ce n'est pas une loi matraque ». Le ministre Fournier prétend qu'il s'agit
plutôt de mettre en avant le droit à l'éducation. La très controversée loi 78,
283
adoptée sous bâillon en fin d'après-midi hier après une nuit et une journée de
débat, n'est pas la « loi matraque dont certains parlent », a insisté le ministre de
la Justice, Jean-Marc Fournier, puisqu'il met en avant un droit, celui de l'accès à
l'éducation. » (K02DE05 l 9Pol0763)
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Figure 5.8 Représentation graphique de l'agglomérat traitant les manifestations et les
affrontements entre police et manifestant. Les clusters plus foncés d~signent un
cluster plus volumineux
Il s' agit ici d'un groupe de clusters dont les articles présentent les événements liés
aux manifestations. Plus spécifiquement, cet agglomérat met de l' avant les
284
Pour les manifestants, les manifestations sont un adjuvant pour atteindre l'objectif de
leur programme narratif principal PN6, c'est-à-dire lutter pour faire annuler la hausse
des droits de scolarité. Ceci est vrai surtout lors des manifestations étudiantes ayant
caractérisé la première moitié de la période couverte dans cette étude.
Les manifestations ont pris différentes formes, allant des défilés pacifiques aux
contestations plus directes au regard des politiciens et ce, jusqu'aux actes de
violences et vandalisme. Cette diversité est due au fait que les manifestants et les
groupes organisés sont différents entre eux et ils ne partagent pas toujours la même
vision ou le même objet but:
Plusieurs vitrines ont été fracassées, dont celles de la Banque CIBC, au 1010
rue Sherbrooke Ouest, des banques Nationale et TD Canada Trust au coin des
rues Stanley et du poste de quartier 21. (K08JM0426Nou0579)
Pour la plupart, les interventions des policiers sont justifiées par la mission ultime
d'un corps policier soit la défense de la loi et le maintien de l'ordre. Leur but est
d'éviter le plus possible le désordre, les actes de violence et de vandalisme, ainsi que
de punir ceux ne respectent pas la loi.
287
Une CLAC hargneuse, des étudiants festifs. Journée de manifs. Plus d'une
centaine d'arrestations, des policiers blessés, des vitres fracassées, des voitures
aspergées de peinture : la manifestation anticapitaliste organisée dans le cadre
de la fête des Travailleurs a tournée au vinaigre en fin d'après-midi, hier, au
centre-ville de Montréal. (K07PR0502Act0655)
Toutefois, un débat s'est ouvert sur l'usage massif et inapproprié de la force policière.
Dans plusieurs articles, on illustre les dynamiques de telles interventions. Le doute
sur la légitimité de ces interventions se manifeste surtout lors de l'analyse des
adjuvants en soutien aux forces policières, comme les arrestations et l'utilisation de
différents outils de répression souvent surutilisés :
regroupant près de 400 s'est déroulée dans le calme sous escorte policière en
soirée. (K03SO0428Act0535)
La police a procédé à une série d'arrestations vers 23h, sans préciser le nombre
étant donné que l'opération de dispersion battait son plein. Des participants
avaient pourtant tenté à plusieurs reprises d'opposer leur pacifisme à la casse et
au zèle de certains individus. (K08JM0426Nou0579)
Le gouvernement est ainsi accusé d'utiliser la police comme adjuvant pour atteindre
son objectif principal, c'est-à-dire la hausse des droits de scolarité. Au-delà des
responsabilités politiques, plus difficiles à prouver, des responsabilités au niveau du
corps policier ont été soulignées. En particulier, des actes de brutalité policière ont été
documentés par la Commission spéciale d'examen des événements du printemps 2012,
289
Dans la rue malgré la loi spéciale. Conflit étudiant. Les manifestations se sont
poursuivies dans le calme hier soir, malgré l'imposition de la loi 78 qui restreint
le droit de manifester. (K03SO0522Act0864)
Une marée humaine contre la loi spéciale. Crise étudiante. Des dizaines de
milliers de personnes ont envahi les rues du centre-ville, hier, pour manifester
contre la hausse des droits de scolarité et contre la loi spéciale, en ce 100e jour
de grève étudiante. [ ... ] La CLASSE, instigatrice du rassemblement, estime que
250 000 personnes ont participé à la marche. Des sources policières ont plutôt
avancé le chiffre de 100 000 manifestants. (K07PR0523Act0970)
290
Comme depuis plus d'une semaine, la manifestation contre la hausse des droits
de scolarité et contre la loi 78 a été déclarée illégale avant son départ, car aucun
itinéraire n'a été fourni aux policiers. (K08JM0527Noul013)
Une partie importante de cet agglomérat traite des manifestations plus pacifiques.
Toutefois, la macrostructure de l'affrontement, c'est-à-dire la confrontation entre
manifestants et policiers, demeure aussi latente dans ce cas :
d'illégale par les autorités moins de deux heures après son départ.
(K07PR0428Act0609)
Les manifestants, surtout des étudiants, mais aussi des enseignants et des
travailleurs de tous âges ont d'abord monté la rue Peel, puis se sont dirigés vers
la rue Sherbrooke. Plusieurs personnalités. Plusieurs personnalités publiques,
dont la chef du Parti québécois, Pauline Marois, et le député indépendant. Pierre
Curzi, se sont jointes à la foule. La marche s'est déroulée pacifiquement malgré
la présence de quelques manifestants cagoulés du Black Bloc.
(K08JM0323Nou0252) .
Vers l'interdiction du masque. Un pas de plus a été franchi pour interdire le port
du masque dans les manifestations à Montréal. (K27DE0504Soc0591)
292
Un autre agglomérat qui se démarque à un seuil de 0,77 est composé de cinq clusters
constitués comme suit: Le Devoir (DE_44), La Presse (PR_19), Le Soleil (SO_45),
Le Journal de Montréal (JM_33) et Le Journal de Québec (JQ_l0) (figure 5.9). En
diminuant le seuil à 0,76, d'autres clusters s'accrochent, appartenant tous aux
journaux du groupe Québecor. Les clusters les plus liés sont ceux du Journal de
Québec avec ceux du Journal de Montréal, suivis par celui de La Presse avec Le
Devoir. Ce dernier est central relativement au réseau sélectionné, car il possède plus
de connexions que les autres.
Cet agglomérat est totalement concentré sur la campagne électorale et les stratégies
électorales des partis politiques. Bien que les élections aient été déclenchées
seulement au mois d'août, le ton électoral des interventions des politiciens dans la
sphère publique est apparu bien avant cette date. En effet, il est possible d'observer
dans cet agglomérat, que le « discours électoraliste » a traversé presque toute la grève
étudiante, plus particulièrement du mois de juin au mois de septembre, avec un pic au
mois d'août.
toujours comme un des enjeux principaux de la campagne électorale, tel quel déjà
observé au point 5.1.2.
Le rôle de la grève dans le programme narratif dont l'objet est l'objectif de gagner
les élections varie selon le sujet. Le discours électoral est très souvent présent lors de
la publication de sondages, qui montrent les tendances du vote des électeurs et
apparaissent déjà au mois de mai. Les résultats de certains sondages décrivent la
grève étudiante comme un adjuvant du PLQ :
Le sondage est clair: le PLQ continue de profiter du conflit étudiant, tandis que
le carré rouge demeure un handicap pour le PQ. (K44DE0616Po11045)
295
Débat polarisé. La CAQ a été pénalisée par la très forte polarisation du débat
politique ces derniers mois en raison du conflit étudiant. La position adoptée
par le parti de François Legault d'appuyer le gouvernement Charest sur
l'augmentation des frais de scolarité, tout en proposant de bonifier l'aide aux
étudiants issus de la classe moyenne et de faciliter le remboursement des prêts,
·était responsable, mais, comme c'est souvent le cas pour des positions
médianes, elle n'a que peu retenu l'attention. (K33JM0711 Vot1365)
C'est un pari risqué que prend Jean Charest en déclenchant des élections en
plein été. Si le chef libéral a de l'élan, le Parti québécois de Pauline Marois est
aux portes du pouvoir avec le tiers des intentions de vote. [... ] « Aujourd'hui,
s'il y avait élection, ce serait un gouvernement minoritaire péquiste » , [... ] Au
cours des derniers mois, le conflit étudiant a davantage profité aux libéraux, qui
avaient vu leurs appuis gonflés. La crise n'étant plus à l'avant-scène depuis
quelques semaines, le Parti libéral du Québec (PLQ) de Jean Charest glisse en
seconde place, à 31 %. (K33JM0801Nou1423)
En général, les stratégies des partis font explicitement référence à la grève étudiante
et ce surtout pour le PLQ et le PQ :
En revanche, Jean Charest, qui a pris pour seule cible le PQ de Pauline Marois,
table sur la polarisation autour du conflit étudiant pour s'imposer. Au désordre
et à la turbulence que peut inspirer le PQ, le chef libéral oppose la stabilité, la
loi et l'ordre. De son côté, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a diffusé .
un message, sans que ce soit une réplique à la publicité du chef libéral, qui
misait sur l'unité, la fierté.» (K44DE0623Pol1090)
296
Qui plus est, le sondage a été effectué après des semaines d'accalmie sur le front
étudiant, mais le premier ministre Charest a fait en sorte que la campagne
coïncide avec la rentrée dans les cégeps. Il ne s'est pas caché : la défense de la
loi et de l'ordre au nom de la majorité silencieuse sera au cœur de sa campagne.
Encore faudrait-il que les associations étudiantes entrent dans son jeu.
(K44DE0802Po11256)
Le printemps dernier, les étudiants promettaient une rentrée scolaire forcée par
la loi spéciale, à compter du 15 août, qui serait tumultueuse. Le 1er août, le
premier ministre a donné un caractère référendaire à l'élection qu'il lançait : les
Québécois devraient choisir entre se laisser gouverner par la pression de la rue
avec Pauline Marois ou la loi et l'ordre avec lui. (K33JM0901Nou1588)
Jean Charest a fait campagne sur la stabilité, proposant le statu quo (business as
usual, comme on dit en latin), mais les deux autres ont pris des engagements
assez radicaux : reprise des hostilités avec Ottawa, politiques identitaires
agressives, abolition de la loi 12 qui a mis fin aux protestations des étudiants
pour le PQ. (K33JM0902Vot1595)
En réduisant le seuil à une valeur de 0,7, un autre agglomérat de cinq clusters apparaît.
Le cœur de cet agglomérat est constitué de clusters provenant de trois quotidiens, Le
Devoir (DE_18), Le Journal de Montréal (JM_18 et JM_28) et Le Journal de Québec
(JQ_7) (figure 5.11) et du site web Radio-Canada (RC_23). À ce même agglomérat
s'ajoutent encore trois autres clusters si on diminue le seuil de 0,01, ce qui permet
d'intégrer toutes les sources d'information sauf Métro. Trois clusters de La Presse
(PR_52), du Le Soleil (SO_46) et de Radio-Canada (RC_28) (figure 5.12) s'ajoutent
298
-e
Figure 5 .12 Représentation graphique de l'agglomérat traitant les élections avec le
seuil du filtre des liens fixé à 0,69. Les clusters plus foncés désignent un cluster plus
volumineux
Cet agglomérat met en évidence les évènements qui impliquent l'administration des
cégeps et de leurs étudiants, avec une attention particulière aux votes de grève et aux
débats sur le retour en classe (PN8). Plusieurs programmes narratifs s'entremêlent.
299
Dans les différentes configurations prises par ce programme narratif, certaines sont
plus fréquentes que d'autres. L'une d'entre elles est caractérisée par l'adjuvant
injonction et par les conséquences de son utilisation:
Tension accrue entre les policiers et les manifestants, retour en classe forcé
dans un cégep, procédures judiciaires et intimidation. (Kl8DE0412Act0372)
Les administrations des cégeps sont un acteur qui intervient comme sujet dans le
débat, mais ce n'est pas leur seul rôle actantiel. Souvent, les administrations trouvent
aussi le rôle d'adjuvant du gouvernement ou, quand ils sont sujets, c'est le
gouvernement qui devient leur adfuvant :
Au fur et à mesure que la grève se prolonge, la situation dans les cégeps devient de
plus en plus complexe et l'annulation de la session devient un des scénarios les plus
probables. La menace de l'annulation joue un rôle d'adjuvant dans le débat pour le
retour en classe :
Situation bientôt critique dans les cégeps. La situation est sur le point de
devenir critique dans les cégeps, où les étudiants sont en grève depuis un mois
ou plus. Certains cégeps en sont à élaborer des scénarios de reprise des cours
avant les vacances d'été. Dans au moins une quinzaine de cégeps sur 48, les
étudiants sont en grève depuis un mois ou plus. (K07JQ0403Nou0280)
Bouchées doubles pour les cégeps. Pendant que les étudiants du collégial
concernés par la grève printanière se· prononçaient pour ou contre un retour en
classe cette semaine, les 14 cégeps touchés se préparaient à une rentrée scolaire
et à un automne sur un mode intensif jamais vécu auparavant.
(Kl8DE0818Soc1372)
Retour confirmé dans 3 cégeps. Dur coup hier pour le mouvement étudiant. Les
étudiants de trois cégeps ont choisi de mettre fin au boycottage des cours et de
rentrer en classe, abaissant à un peu plus de 100 000 le nombre de grévistes.
Tour à tour hier, les étudiants du Cégep Édouard-Monpetit, du Cégep Marie-
Victorin ainsi que du Collège de Maisonneuve ont choisi de mettre un terme à
la grève étudiante. (K07JQ0814Noul241)
302
Dur coup pour la grève générale illimitée. Trois cégeps ont voté hier pour le
retour en classe la grève se poursuit au Cégep du Vieux-Montréal. Les mandats
de grève générale illimitée tombent un à un dans les cégeps. Le Collège
Édouard-Montpetit, le Cégep Marie-Victorin et le Collège de Maisonneuve ont
voté le retour en classe aujourd'hui, s'ajoutant aux trois cégeps qui ont ratifié la
fin de la grève la semaine dernière. (K18DE0814Act1343)
Dans ce contexte, les professeurs des cégeps ont un rôle important et jouent souvent
celui d'opposant actif et ceci, en raison de leur appui à la grève. Dans plusieurs cas,
ils montrent un soutien actif à la grève, avec des prises de position nette
(K07JQ0411Nou0338). D'autres fois leur soutien est indirect, mais il demeure actif
(K18JM0411Nou0429, K18JM0519Nou0904).
Les directions des universités et des cégeps ont complètement abdiqué leurs
responsabilités depuis le début du boycott des cours par les étudiants et de
nombreux professeurs. Leurs devoirs consistaient à garantir le libre accès aux
salles de cours, à s'assurer que les professeurs offriraient leurs cours aux
étudiants qui se présenteraient et qu'ils prendraient les présences.
(K07JQ0411Nou0338)
Les professeurs seront au poste. Quelque 180 enseignants de plus devront être
embauchés. Un des morceaux du casse-tête de la rentrée est tombé en place hier
: les enseignants du collégial ont obtenu les ressources supplémentaires qu'ils
304
Un dernier agglomérat apparaît avec un seuil de 0,67. Il est composé de sept clusters
appartenant à cinq quotidiens (figure 5.13), Le Devoir (DE_l 1 et DE_15), La Presse
(PR_34 et PR_47), Le Journal de Montréal (JM_21), Le Journal de Québec (JQ_53) ·
et Le Soleil (SO_9). Cet agglomérat rassemble les clusters les plus volumineux de La
Presse et du journal Le Devoir, et les troisièmes en ordre de grandeur du Journal de
Montréal et du journal Le Soleil. En d'autres termes, sauf pour le Journal de Québec
(JQ_53 ne possède que 11 articles) et Métro (dont aucun cluster n'a été sélectionné),
cet agglomérat regroupe les clusters les plus volumineux de chaque journal (tableau
5.10). Ces résultats correspondent également avec les résultats sur la fréquence du
code « opinion_difficile_à_annoter » (cfr. 4.5.3) car, comme il est possible de
visionner dans le tableau 5 .10, ce sont les journaux La Presse et Le Devoir à avoir le
plus de clusters dans l'agglomérat présent et les clusters les plus volumineux.
8
•
/
'
!
:
•
/
Figure 5.13 Représentation graphique de l' agglomérat traitant les articles d'opinion.
Les clusters plus foncés désignent un cluster plus volumineux
305
Tableau 5.10 Taille de chaque· cluster avec son rang dans la partition du journal
correspondant
Cluster Taille Rang
PR 34 67 1
DE 11 61 1
PR 47 60 2
DE 15 60 2
JM 21 53 3
so 9 46 3
JQ 53 23 11
Dans cet agglomérat, on observe un phénomène fréquent : les clusters regroupent des
articles assez variés et pour lesquels il n'émerge pas de macrostructure commune.
Ceci constitue le seul cas pour lequel / 'hypothèse de recherche ne correspond pas aux
phénomènes observés. Pour cette raison, il est donc difficile d'en faire un résumé
exhaustif. Il s'agit d'une exception et elle ne remet pas en cause l'hypothèse, mais il
souligne la complexité de l'analyse des artefacts sémiotiques. Cet élément sera
amplement discuté dans le prochain chapitre (cfr. 6.1 ).
Le cluster JQ_53 est celui qui a la connexion la plus faible avec les autres clusters et
dans lequel on observe l'expression d'opinions sur des sujets distincts des autres
clusters. Le sujet principal est le parti politique Québec Solidaire. Le plus souvent,
306
les opinions présentés dans ces articles portent sur les interventions ou les
événements dans lesquels le co-chef de ce parti politique, Amir Khadir, est un
protagoniste :
Ce sujet n'est toutefois pas exclusif à JQ_53. Des opinions sur ce même sujet sont
exprimées dans d'autres clusters de cet agglomérat:
Cet agglomérat des clusters où la phase d'annotation a été caractérisée par le même
obstacle en l'absence de macrostructure commune. En effet, les articles font référence
à beaucoup de programmes narratifs différents, le niveau discursif devient complexe
et rend ainsi difficile l'interprétation globale des clusters et, par conséquent, de
307
Une ville au bord de la crise de nerfs. Je sais que vous êtes comme moi : plus
capables, vraiment plus capables de supporter cette crise préfabriquée, et
artificielle, qui est devenue un imbroglio syndicalo-socio-politique hors de
contrôle et qui met en relief tout ce qui ne marche pas bien et n'est pas beau au
Québec en ce moment. La température maussade qui refuse de nous laisser voir
un peu de printemps n'aide pas, c'est certain. Mais je pense que le vacarme du
gros hélicoptère de la SQ, qui survole le centre-ville à chaque soir est_ très
démoralisant - d'une manière insidieuse. [ ... ] UNE SOCIÉTÉ
DYSFONCTIONNELLE. Des étudiants ont recours aux tribunaux pour pouvoir
suivre leurs cours! Mais les ordres de la Cour sont défiés par d'autres étudiants -
et des syndicats de profs payés à ne rien faire. Les directeurs d'école plient et
annulent les cours. Les leaders étudiants, qui ont refusé les offres du
gouvernement, s'improvisent grands mandarins, proposant toutes sortes de
solutions administratives pour rencontrer leurs exigences. [ ... ] UNE
CAMPAGNE DE SABOTAGE. Et je ne vous dis pas ce qu'.on lit sur les médias
sociaux : une litanie d'injures exagérées, de désinformation, de démagogie
hargneuse, de dénonciations malhonnêtes, très souvent écrites dans un français
déboîté. Au début on applaudissait les étudiants, festifs, énergiques, qui
défilaient - on sympathisait avec eux. On n'en est plus là. Maintenant, ce sont
ces mêmes étudiants qui angoissent, devant une année perdue, ou une carrière
gâchée et qui veulent reprendre leurs cours. [ ... ] Le Québec n'a pas besoin
d'ennemis. Il est parfaitement capable de s'affaiblir et de se détruire tout seul.
(K21JM0504Nou0692)
Toutefois, il est possible de regrouper la majorité des articles dans une même
catégorie, soit le débat entre ceux qui sont pour la grève et ceux qui sont contre la
grève:
Une minuscule minorité. Depuis le début du boycottage des cours, les leaders
du mouvement et les médias nous répètent que « les» étudiants sont en colère,
que «les» étudiants sont descendus dans la rue. La réalité, c'est que les jeunes
participant aux manifestations constituent une petite _minorité, parfois même
une minuscule minorité. [ ... ] En effet, ils oublient que leurs « actions d'éclat»
'
1
. '
308
causent chaque jour plus d'ennuis aux citoyens, ceux-là mêmes qui paient le
gros des coûts des études universitaires. (K.34PR0309Déb0140)
Les étudiants sont en journées pédagogiques. Les étudiants sont en grève. C'est
ce que rapportent tous les médias. Pourtant, il me semble que ce n'est pas le bon
mot pour décrire la situation. Nous devrions peut-être retourner sur les bancs
d'école, nous aussi, réviser nos expressions. Une grève est une action collective
consistant en une cessation concertée du ~ravail par les salariés d'une entreprise.
Les étudiants ne sont pas des travailleurs, pas encore. (K34PR0310Act0147)
Quoi faire? Le dynamisme et la ferveur des jeunes Québécois ont été confisqués
par un petit groupe d'idéologues et d'extrémistes invoquant leurs supposés
droits pour abuser de ceux des autres. (K53JQ0610Vot0978)
Je n'ai jamais été favorable à une intervention hâtive des premiers ministres
dans les conflits comme celui des étudiants. Ils doivent éviter de jouer aux
pompiers chaque fois que s'annonce un problème. Mais il arrive un point où
seule l'intervention du premier ministre peut changer le cours des choses. Et je
pense honnêtement qu'on est rendu là. Dans ce genre de crise, c'est au chefdu
gouvernement qu'il incombe de jouer le rôle d'un « bon père de famille » et de
réconcilier tout le monde. (K09SO0524Act0890)
Jean Charest a raison de se défendre âprement lorsqu'il est suggéré que son
gouvernement a orchestré la crise avec les étudiants dans l'objectif de s'en servir
pour atténuer l'insatisfaction à l'endroit des libéraux. Ça serait pousser le
machiavélisme un peu loin. Mais ça ne veut pas dire que sa gestion du dossier a
été exemplaire pour autant, ni exempte de toute considération politique.
(K09SO0507Édi0649)
Je ne pense aucun bien de ceux qui jouent à la révolution et sont tentés par la
violence. Aucun. Mais réduire la grève étudiante à quelques casseurs et
apprentis Che Guevara, c'est ne rien comprendre à ce qui se passe au Québec.
Car la querelle sur- les frais de scolarité a changé de proportion depuis un bon
moment. La grève étudiante est le révélateur d'un malaise social profond.
(K21JM0419Nou0503)
Une fière jeunesse, M. Reid! Monsieur Reid, je ne sais pas ce que vous pensez,
dans votre for intérieur, de ces disciplines que vous jugez peut-être trop
improductives, mais je puis vous dire que ces étudiants qui, depuis le 20 février,
sont dans les rues tous les jours, qui font preuve d'une inventivité, d'une
patience, d'une créativité inouïes, sont parmi les plus brillants, allumés et
impliqués dans leurs études que je connaisse. (Kl 1DE0510Idé0655)
[ ... ] selon Sébastien Ricard, qui n'hésite pas à relier l'effervescence actuelle à la
naissance d'un éventuel « printemps québécois ». « Le timing est parfait,
observe-t-il. On est dans une période au Québec ou la disponibilité d'esprit et de
temps est là pour s'attarder à ces questions et pour vraiment mettre en marche
les idées et les débats. [ ... ] L'effervescence et les débats qui se sont dégagés de
ces événements nous ont inspirés et nous ont encouragés à se pencher nous
aussi sur la notion de la démocratie, indique Ricard. » Évidemment, on n'avait
pas du tout prévu que la grève étudiante serait déclenchée entre-temps et que
Dominic Champagne (qui participe également à notre événement) organiserait
sa mobilisation générale le 22 avril (à l'occasion du Jour de la Terre).
(K21JM0407Wee03 89)
Enfin, d'autres articles portent plus d'attention à l'accessibilité aux études, qui, au
contraire d'éducation et démocratie, n'est pas une valeur idéologique. Dans ces cas,
la manière de respecter ces valeurs peut changer, mais ils demeurent des valeurs
amplement partagées par la s_ociété. Dans le cas de l'accessibilité, le niveau
d'abstraction est différent et il pourrait ne pas être accepté comme destinataire. Ce qui
n'est pas possible pour les autres deux exemples.
312
À mes camarades au carré rouge ... Je porte le carré rouge et suis contre la
hausse des droits de scolarité. Selon moi, afin de permettre la meilleure
accessibilité possible aux études supérieures et d'enrichir ainsi cette belle
société qui est la nôtre, la gratuité scolaire serait envisageable dan_s un avenir
rapproché, bien qu'elle ne soit possible qu'à la suite de plusieurs modifications
au système actuel. . L'accessibilité à l'université est un choix de société.
(Kl 5DE0514Idé0693)
En classe! Il est temps que la ministre Line Beauchamp lance un ultimatum aux
manifestants. Ce n'est pas une grève, car les étudiants ne sont pas syndiqués.
Tout le monde est perdant dans ce conflit. À ce que je sache, c'est le
gouvernement qui doit suggérer des solutions. Ce ne sont pas les étudiants qui
doivent faire des propositions. Les étudiants devraient apprendre à budgéter.
(K09SO0509Opi0683)
Dans d'autres cas, les énonciateurs des articles ont recours à plusieurs destinataires en
même temps:
Pour un certain nombre de cas, il est toutefois moins simple d'expliciter l'acteur
correspondant au rôle de destinataire. Dans certains autres cas, il est par contre
possible d'identifier un concept autour duquel gravitent les considérations énoncées,
comme le cas du concept de participation politique :
Beaucoup de documents analysés dans cet agglomérat sont des lettres écrites par des
lecteurs et ce surtout pour le journal Le Devoir :
314
Dans la section précédente, nous avons mis en évidence les macrostructures les plus
récurrentes et les plus communes entre les différents journaux. Pour ce faire, nous
avons projeté les centroïdes des clusters sur un espace commun afin d'obtenir une
visualisation de leurs relations à l'aide de la mesure de similarité cosinus. En
configurant un seuil pour filtrer le poids des liens entre les nœuds, nous avons obtenu
différentes représentations des relations inter-clusters sous forme de graphiques, à
partir desquels il a été possible d'identifier des agglomérats de clusters similaires. Ces
agglomérats constituent les« grandes » macrostructures communes entre les journaux.
Dans cette section, l'opération inverse est exécutée. Ainsi, à partir de l'espace des
centroïdes, on construit un protocole pour identifier les clusters qui se différencient le
plus et ceci, en tenant compte de l'appartenance au journal. Or, l'identification des
différences entre clusters et entre journaux constitue une opération plus difficile à
----- - - - - -- - - -- - - - -
315
&
So
V Jq
w, Jm
Pr
& De
Re
-= Me
Figure 5.14 Représentation graphique des 117 clusters qui ont été annotés avec le
seuil du filtre des liens fixé à 0.6. Chaque couleur correspond à une source
d'information.
Le protocole a été construit de manière spéculaire par rapport à celui utilisé pour
identifier les agglomérats de macrostructures. Le principe de base est d'observer les
clusters les plus isolés du graphique. En effet, ceux qui possèdent le moins de
connexions sont peu similaires au reste des clusters. Pour ce faire, deux paramètres
ont été modifiés dans la phase de construction du graphique. Le premier est le nombre
de nœuds retenus. Ainsi, seuls les 117 clusters passés à l' étape d'annotation en raison
de leur taille ont été retenus. En d'autres termes, seulement le tiers plus volumineux
316
des clusters de chaque journal a été retenu pour la construction du graphique. Ceci
implique que seulement 117 nœuds ont été projetés. Le deuxième paramètre est le
seuil pour filtrer le poids des liens entre les nœuds. Cette valeur a été fixée à 0,6 afin
d'obtenir la figure 5.14. On y remarque certains nœuds peu connectés qui se situent
aux marges et d'autres plus connectés qui demeurent au centre du graphique. La
couleur du nœud dépend du journal. À l'occasion, d'autres seuils plus faibles seront
utilisés.
5.2.1 Métro
Dans le cas de ME_6, nous avons d'abord exploré les liens que ce cluster possède.
Ainsi, avec un seuil fixé à 0,5, dix clusters s'y retrouvent reliés. Ces liens nous
fournissent des indices pour étudier le cluster ciblé. En effet, les liens du cluster
ME_6 (figure 5.16) indiquent clairement que ME_6 est relié à l'agglomérat présenté
au point 5.1.7, c'est-à-dire au groupe des articles d'opinion. Il est possible d'extraire
des exemples à partir de clusters comme DE_l 1, DE_15 (Le Devoir), PR_34, PR_47
(La Presse), JM_ 21 (Le Journal de Montréal) et SO _9 (Le Soleil). Enfin, une analyse
plus détaillée du cluster ME_6 montre que ses composants sont des articles d'opinion
et qu'ils sont aussi caractérisés par les mêmes schémas logico-sémantiques qui ont été
observés pour les clusters appartenant à l'agglomérat présenté au point 5.1.7.
318
~9
\
•
Figure 5 .16 Représentation graphique des liens du cluster ME_6
Lettre d'une étudiante. N'importe quelle société est censée respecter les droits
humains fondamentaux. Un de ces droits est celui à la santé, c'est pourquoi nous
avons accès à un système de santé universel au Québec. Autre droit de l'humain
: celui à la justice. Voilà d'où nous viennent les procès qui servent à juger des
cas d'injustice. Ces temps-ci, le gouvernement Charest se plaît à jouer avec un
des droits humains fondamentaux : celui à la liberté. (K06ME0227 Act003 5)
Nos étudiants sont ainsi devenus nos maîtres et nous font maintenant une leçon
de démocratie! (K06ME0307Car0064)
Il semble que nos étudiants comprennent mieux que nos élus l'importance du
processus de consultation pour assurer le bon fonctionnement d'une société
démocratique. (K06ME0425Car0287)
Le cas de ME_6 démontre que les agglomérats identifiés dans la première partie de ce
chapitre peuvent être plus grands et inclure de façon pertinente des clusters qui sont
légèrement moins similaires du point de vue lexico-sémantique. Ceci n' invalide pas
la manière de trouver les agglomérats les plus importants mais constitue un indice
pour mieux approfondir cette analyse. Après une étape d' exploration, un
319
approfondissement de ce cas pourrait être pertinent. Toutefois, ceci n'entre pas dans
le cadre de cette thèse puisque notre méthode vise à assister la phase d'exploration
d'un corpus.
Dans le cas de ME_7 (figure 5.15), une macrostructure spécifique a été identifiée. En
effet, ce cluster met en évidence un élément qui apparaît rarement de manière
explicite dans les. 117 clusters que nous avons annotés, soit les impacts que les
actions du gouvernement auraient sur les contribuables. Dans ce contexte, plusieurs
acteurs sont évoqués, dont la majorité occupe le rôle de destinataire des programmes
narratifs du gouvernement. L'un d'entre eux est la classe moyenne, à laquelle la
majorité de contribuables appartient :
Un autre acteur est la famille, puisque les décisions budgétaires prises par le
gouvernement ont des impacts sur les finances familiales :
Des scénarios écartés. Que notre système de prêts et bourses soit le plus
généreux en Amérique du Nord, comme le souligne Jean Charest pour
discréditer les revendications étudiantes, ne change rien. Dès que les revenus
des parents sont pris en compte pour déterminer le montant dont l'étudiant a
besoin pour vivre, on écarte une foule de scénarios. Qu'en est-il si mon père est
riche, mais refuse de payer pour mes études en travail social, lui qui voudrait
me voir étudier en médecine? Qu'en est-il si ma mère est riche, mais refuse de
me parler dèpuis des mois pour une raison ou une autre? Le régime de prêts et
320
Le véritable courage. Les deux lettres suivantes répondent à une autre publiée
dans cette page mercredi. Je dirais que, oui, certes, défier les masses est
courageux. Mais moi, le courage, j'aimerais le voir chez un ministre des
Finances, ou tout autre ministre, vérifiant chacune de NOS cents dépensés à
gauche et à droite, sans vraiment faire attention. J'ai parfois (même souvent)
l'impression que ces personnes qui sont payées pour faire un travail
supposément irréprochable, ferment les yeux sur des dépenses abusives ou non
nécessaires, comme le ferait un employé d'usine qui voit un de ses collègues
poser un geste stupide, qui coûte de l'argent à la compagnie, mais qui ne dit rien
par peur de représailles ou pour faire partie de la gang! D'un père de famille qui
va payer ces fameux frais de scolarité, et qui, comme tout le monde, est
exaspéré et va payer ses taxes et ses impôts. (K07ME0413Act0231)
Enfin, les travailleurs constituent un autre acteur important. Ils soulignent à plusieurs
reprises leur contribution centrale aux finances du gouvernement :
Il est important de mentionner que Métro n'est pas le seul journal à mettre de l'avant
cette macrostructure. Par exemple, le journal La Presse contient dès articles qui
l'évoquent dans au moins deux clusters PR_33 et PR_44:
Des parents inquiets. Pendant que les étudiants manifestent, leurs parents
s'inquiètent, car ils savent que ce sont eux qui devront absorber une large part
de la hausse des droits de scolarité. (K33PR03 l 6Act0205)
321
La justice sociale. Pour la hausse. J'ai trois enfants. S'ils vont à l'université, je
paierai leurs droits de scolarité. J'en ai les moyens, c'est vrai. Mais pour tout
vous dire, je ne vois pas vraiment ce que j'ai de tellement plus important à faire
sur cette Terre avec mon argent que de donner l'occasion à mes enfants
d'étudier aussi longtemps qu'ils le veulent. Quoi? Vous me dites qu'au nom de
la justice sociale, on devrait geler les droits? Ou mieux encore, instaurer la
gratuité universitaire? Ce sera « le gouvernement » qui paiera pour mes
enfants? Cool, le gouvernement! Je vais économiser un paquet d'argent avec ça.
Mais n'appelez pas ça« justice sociale ». (K42PR0322Act0257)
Les autres journaux ont des articles similaires à ceux de ME_7 mais, par contre, sont
éparpillés dans plusieurs clusters, comme PR_42, PR_33, JM_3, SO_23, DE_39 et
JQ 2. Enfin, les autres journaux n'ont pas de cluster possédant les mêmes
caractéristiques que ME_7 en termes de taille, de langage et de macrostructure. Par
conséquent, si un cluster regroupant les articles qui contiennent cette macrostructure
s'est formé pour Métro, pour les autres journaux en revanche, la macrostructure est
évoquée dans des articles qui n'appartiennent pas à un seul cluster. Enfin, pour cette
macrostructure, le journal Métro utilise un langage plus homogène et distinctif, ce qui
permet probablement à notre méthode d'identifier un cluster complètement dédié à
cette macrostructure.
Tableau 5 .11 Exemples de titres similaires pour les articles pareils entre le Journal de
Québec et le Journal de Montréal
Journal Code article Titre article
Journal de Québec K7JQ0403Nou0280 Situation bientôt critique dans les cégeps
Journal de Montréal Kl 8JM0403Nou0349 Situation critique dans les cégeps
Journal de Québec K7JQ0809Nou1225 Echec pour les grévistes
Journal de Montréal K18JM0809Nou1461 Échec pour les grévistes
Journal de Québec K7JQ0627Noul 093 Aucune entente à l'horizon
Journal de Montréal K18JM0627Nou1305 Pas d'entente à l'horizon
Tous les clusters du Journal de Montréal ont au moins une connexion lorsque le seuil
est fixé à 0,6. Le cluster avec le moins de connexion est JM_43 (figure 5.17), qui en
possède une à 0,67 avec le Journal de Québec (JQ_2). Comme on peut le constater
dans la figure 5 .17, les deux journaux de Québecor sont connectés par plusieurs liens.
323
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fra1lfra1sdepense_e~e.~
contribua~le
québécois
Ce cluster présente surtout des articles qui traitent des questions financières (figure
5.18), où le gouvernement prend le rôle de sujet. Certains articles soulignent le
manque de ressources financières des universités, d'autres les propositions
d 'amélioration de la gestion des finances publiques. Dans ce dernier cas, les
propositions sont présentées comme des solutions pour éviter la hausse des droits de
scolarité. En ce sens, l' acteur amélioration de la gestion des finances publiques est
un adjuvant des programmes narratifs qui ont comme objet l'annulation de la
hausse.
Allons! Vous allez me faire croire qu'il n'y a pas 3 % de dépenses douteuses
dans ce ministère? Ou si vous voulez, 3 % de gains d'efficacité possibles?
Qu'on pense seulement aux commissions scolaires, qui gèrent près de 7
milliards $ par année. Et dont les parties de golf et les frasques dépensières se
poursuivent malgré les remontrances des politiciens. À lui seul, le service de la
dette de ces commissions scolaires coûte 650 millions $ par année!
(K43JM0316Vot0195)
324
Dans ce contexte, différents acteurs ayant le rôle d' antisujet apparaissent et ce, en
relation avec les actions du sujet gouvernement. En général, la variété de ces acteurs
dépend du fait que le discours sur la hausse s'inscrit dans un débat plus large sur
l'amélioration de la gestion des finances publiques et qui prend en compte
différentes typologies de hausse, comme la hausse du prix de l'essence. Dès lors, les
antisujets ne sont pas seulement les étudiants mais aussi les contribuables, les
familles, etc.
Les contribuables n'en peuvent plus. Ils veulent que le gouvernement contrôle
mieux ses dépenses, réduise la bureaucratie, améliore la gestion dans l'appareil
gouvernemental. La croissance des dépenses a été de 5 . % par année en
moyenne depuis l'arrivée au pouvoir de ce gouvernement et la dette a plus que
doublé. (K43JM0320Vot0224)
de la gestion des finances publiques est un adjuvant. On remarque aussi que les
termes « milliard » et « million » deviennent plus fréquents :
Après avoir réalisé un déficit de 3,3 milliards de dollars (500 millions de moins
que prévu), on anticipe un déficit de 1,5 milliard en 2012-2013. Les dépenses
continuent d'augmenter bien que leur croissance ait été réduite à 2 %, un taux
« historiquement bas ». Elles atteindront 70,9 milliards alors que l'État
engrangera des revenus de 69,4 milliards en 2012-2013. La dette brute a gonflé
de 10 milliards, atteignant aussi un niveau historique (183,7 milliards), soit 55
% du produit intérieur brut (PIB). Elle atteindra 191,7 milliards en 2013.
Électoralisme. Dans un tel contexte, Raymond Bachand s'est défendu de
présenter un budget électoraliste, soulignant qu'il ne contenait « que 200
millions de nouvelles mesures ». Vérification faite, l'impact total des mesures
annoncées atteint seulement 211,2 millions pour la prochaine année. En fait, ce
budget aura bien peu d'effet sur le contribuable moyen à court terme. Sans
sµrprise, M. Bachand n'a annoncé aucune « nouvelle » hausse de taxes ni
d'impôts (K43JM0321Nou0237)
En général, les considérations énoncées pour le Journal de Montréal valent aussi pour
le Journal de Québec. Toutefois, le Journal de Québec présente des clusters isolés
dans l'espace des 117 clusters (figure 5.19). Ces clusters sont au nombre de trois et ils
seront analysés dans les prochains paragraphes.
Figure 5.19 Détail de la figure 5.14. Les clusters JQ_4 et JQ_6 sont représentés à
gauche, le cluster JQ_ 14 à droite. La figure montre leur isolement
Le premier cluster isolé qui sera analysé est JQ_4. Il est caractérisé par l'apparition
fréquente d'un acteur, le syndicat. En effet, le schéma lexical spécifique de ce cluster
se distingue par la présence du mot « syndicat » et d'autres termes faisant partie du
même champ sémantique comme« syndical»,« centrale» (Centrale des syndicats du
Québec), « CSQ », « CSN », « FTQ », etc. On observe les mots les plus fréquents à
l'aide de la technique de nuage de mots (figure 5.20.).
328
L' annotation du cluster a identifié l' existence d'une macrostructure commune entre
les articles explicitant davantage le schéma lexical qui est à peine aperçu par la
distribution des mots les plus fréquents du cluster (figure 5.20). Le lecteur pourra
également trouver un certain nombre de stéréotypes qui reprennent les présupposés
culturels et politiques qui, historiquement, mettent en opposition la gauche et la droite.
Cette dernière partie politique, par exemple, considère les étudiants et les syndicats de
travailleurs comme des « profiteurs » du système économique. Ceci est plus évident
lorsqu' une crise sociale, comme celle du printemps érable, se déclenche. La gauche,
au contraire, défend le rôle des syndicats puisqu'ils sont une partie intégrante de la
vision « plus globale de la société » et non strictement économique.
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Les articles présentent fréquemment une critique envers les syndicats et mettent en
doute la légitimité de leur intervention dans le conflit étudiant. En d'autres termes,
certains articles contestent la légitimité d'une telle intervention dans les négociations
et donc leur rôle d'adjuvant. Cette configuration de la macrostructure est la plus
fréquente.
Les raisons d'une telle opinion sont souvent basées sur le raisonnement que les
étudiants ne sont pas des travailleurs.
Le plus long conflit étudiant de l'histoire du Québec n'aura, dans ce sens, pas
été totalement inutile. Il aura permis aux tribunaux de démontrer que chaque
étudiant à le droit d'accéder à ses cours, peu importe ce que souhaitent les
syndicalistes - étudiants. » (K04JQ0507Vot0598)
La crise expliquée aux enfants. [... ] « Peux-tu m'expliquer?» Bien sûr, fiston.
LE CLUB DE MICKEY. Commençons par le début. Il y a quelques mois, la
ministre du Travail a confronté les syndicats et tenté de les mettre à leur place ...
« C'est quoi, un syndicat?». C'est une association. Avant, cette association
défendait les droits des travailleurs qui étaient exploités par des patrons sans
scrupule. Mais avec le temps, les syndicats ont grossi et sont devenus des
corporations qui n'ont qu'une obsession : étendre leur influence et augmenter
leur part de marché en vendant le plus de cartes poss~ble. Tu comprends?
« Comme le club de Mickey? ». Exactement. Plus il y a de gens qui joignent le
club, plus le club est fort et a du pouvoir. (K04JQ0521Nou0785)
La plupart des articles qui ont été annotés possèdent un correspondant dans le Journal
de Montréal. Plusieurs articles ont été publiés sous des titres différents, comme pour
331
À partir des 117 clusters retenus dans la phase d'annotation, un deuxième clus_ter du
Journal de Québec se démarque, soit JQ_14 (figure 5.21). Ce cluster présente
l'histoire de deux étudiants de l'Université Laval, Jean-François Morasse et
Laurent Proulx, qui ont mené un combat juridique pour obtenir le retour en classe
dans leurs cours respectifs. Dans le contexte du boycottage de cours pratiqué par les
étudiants, ces deux acteurs se sont battus pour forcer les tribunaux à obliger les
professeurs et les étudiants à retourner en classe.
332
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L'histoire racontée par ce cluster se termine avec la phase d'évaluation des actions de
ces étudiants. Laurent Proulx abandonne son cours alors que François Morasse
réussit à terminer sa scolarité. Ces deux étudiants sont des symboles. Ils représentent
les étudiants qui sont lésés par les événements.
Laurent Proulx décroche. AGENCE QMI -- Après avoir obtenu une injonction
et avoir réclamé haut et fort la liberté de pouvoir étudier malgré la grève
étudiante, Laurent Proulx a finalement abandonné le cours d'anthropologie qu'il
suivait à l'Université Laval. [... ] Jean-François Morasse, qui a lui aussi eu
recours aux tribunaux, pour empêcher les grévistes de bloquer l'accès à ses
cours, a pour sa part terminé sa session.« J'ai reçu mes notes. Je passe dans tous
mes cours», a-t-il confié. Malgré la tourmente des derniers mois, l'étudiant a
334
réussi à terminer les six derniers cours qui lui manquait pour obtenir un
certificat en arts plastiques. (Kl4JQ0609Nou0971)
Ce cluster n'est pas le seul à avoir traité des événements qui impliquent ces étudiants.
En effet, l'autre journal situé dans la ville de Québec, Le Soleil, présente un cluster
similaire. Ces deux journaux ont discuté très souvent de cette question, avec SO_26
qui contient 21 articles et JQ_l4 qui en contient 18. Le Soleil toutefois présente deux
clusters séparés, un pour l'histoire de Morasse (SO_27) et l'autre pour Proulx
(SO_26). Les clusters du Soleil ne font pas parti du tiers retenu dans la phase
d'annotation.
Le dernier cluster qui caractérise le Journal de Québec est JQ_6 (figure 5.22). Ce
cluster compte 25 articles traitant des actions accomplies par les étudiants en lien
avec les grands événements de l'été montréalais, soit le grand prix de Fl et les
festivals. En effet, les associations étudiantes et d'autres organisations de
manifestants ont utilisé ces événements comme vitrine privilégiée pour protester
contre la hausse des frais de scolarité. La fréquence des mots (figure 5.22) montre
que le champ lexical le plus fréquent est lié aux spectacles et aux événements qui
caractérisent l'été montréalais, comme le Festival Juste pour Rire, le Grand Prix de
Formule 1 et d'autres.
335
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Un élément qui est mis en valeur par ce cluster est le concept de perturbation, qui
est utilisé par les étudiants comme adjuvant. En effet, la stratégie utilisée pour
profiter de la vitrine médiatique se base sur la perturbation des spectacles. Dans ce
contexte, l'ordre socio-économique est perçu comme une valeur supérieure à la
justice sociale.
Un autre élément très présent dans ce cluster est le programme narratif des présidents
des festivals ou du ministre du Tourisme. Ces acteurs interviennent fréquemment
dans l'espace public pour limiter les dommages potentiels de perturbation des
festivals sur la saison touristique de Montréal :
Plein son casque. Ce matin, j'ai une pensée pour tous les commerçants de
Montréal. Plusieurs hôtels du centre-ville, habituellement en demande quand se
pointe le cirque de la formule 1, ont encore beaucoup de chambres libres. Ça
peut être dû à une foule de facteurs. Pas seulement aux scènes d'affrontements
entre policiers et manifestants qu'on voit dans les médias, ici et ailleurs. Mais en
ce début d'été, les organisateurs de festivals commencent à s'inquiéter.
(K06JQ0530Vot0873)
Dans ce cluster, les événements qui touchent le grand prix de Fl et le festival Juste
pour Rire sont les plus nombreux. Gilbert Rozon, le président du festival Juste pour
Rire, devient un des acteurs principaux de cette macrostructure. Afin de minimiser les
perturbations sur le festival, M. Rozon s'implique en personne pour négocier avec les
étudiants:
Rozon parlera aux étudiants. Le Festival Juste pour Rire pâtit des
manifestations. Le grand manitou du Festival Juste pour Rire Gilbert Rozon
rencontrera les leaders des quatre associations étudiantes en début de semaine
afin de les inciter à ne pas perturber les nombreux festivals cet été à Montréal.
(K06JQ0603Nou0910)
337
L' antisujet le plus récurrent de Rozon est l'association la CLASSE laquelle, comme
pour les négociations avec le gouvernement, est exclue des rencontres entre Rozon et
les autres associations étudiantes. La réaction de cette association rendra plus difficile
la poursuite des discussions :
Dans les autres journaux, il existe des clusters qui ressemblent à JQ_6 (figure 5.22),
par exemple JM_30, JM_41 (Le Journal de Montréal), PR_20, PR_22 (La Presse),
So_29 (Le Soleil) et ME_4 (Métro). Toutefois, la majorité d'entre eux n'ont pas été
retenus dans la phase d'annotation à cause de leur taille.
5.2.4 La Presse
Dans l'espace des 117 clusters annotés, le journal La Presse ne présente aucun cluster
isolé. Les clusters « les plus isolés » ont une seule connexion. Parmi ceux-ci (figure
5.23), le cluster PR 41 se démarque des autres puisqu'il fait partie d'une paire isolée
de clusters, laquelle, de plus, est composée de journaux du même groupe. En effet, le
cluster qui l'accompagne SO_51, appartient au journal Le Soleil. Les autres clusters,
PR_21, PR_23 et PR_29, sont tous connectés à de plus grands groupes de clusters.
Comme dans le cas du groupe Québecor, les deux journaux du groupe Power
Corporation, La Presse et Le Soleil, sont souvent connectés entre eux, car ces clusters
sont souvent très similaires. Pour des raisons de simplicité et de lisibilité, nous nous
limitons à analyser la paire de clusters composée de PR_41 et SO_ 51.
-- - --
339
\'i,0_5
a b
C d
Figure 5.23 Détails de la figure 5.14. Les clusters PR_41 (a), PR_21 (b), PR_23 (c) et
PR_29 (d) sont représentés
Le groupe de clusters composé par PR_41 et S0_51 (figure 5.23) fait état des
événements dans lesquels le député du parti Québec Solidaire, Amir Khadir, et sa
fille Yalda Machouf-Khadir ont été impliqués. Si on tient compte seulement de
l'espace des 117 clusters annotés, ces deux clusters sont relativement uniques. Un
élément supplémentaire pouvant contribuer à l' interprétation de ce cluster émerge
lorsqu'on élargit l'analyse des similarités. En effet, on peut observer que le langage
utilisé dans ces clusters est similaire à celui des clusters traitant des manifestations
étudiantes, des affrontements entre les étudiants et la police et des différentes
340
Dans ces clusters, les acteurs principaux tiennent la première place mais dans des
structures narratives différentes. Aussi, la fille du député, Yalda Machouf-Khadir
apparaît souvent comme sujet passif, qui subit l'action d'être arrêtée ou privée de sa
liberté. De plus, dans la majorité des articles, la « valeur de l'information »
(newsworthiness) des évènements qui la concerne dépend surtout du fait qu'elle est la
fille d'un député.
Des conditions sévères pour les accusés. Blocage du pont Jacques-Cartier. Les
manifestants arrêtés mardi pour avoir bloqué le pont Jacques-Cartier ont dû
s'engager à respecter de sévères conditions avant d'être mis en liberté hier. [... ]
Certains accusés ont demandé des exceptions pour éviter de se trouver en
violation de conditions lorsqu'ils retourneront à leurs cours à l'UQAM et au
cégep du Vieux Montréal, ou lorsqu'ils iront à la Grande Bibliothèque, près du
parc.[ ... ] Quelques accusés ont obtenu des exceptions pour pouvoir fréquenter
un colocataire ou un ami de coeur. C'est le cas de Yalda Machouf-Khadir, fille
du député de Québec solidaire, Amir Khadir. Les jeunes adultes de 18 à 23 ans
font face à des accusations de complot, d'entrave au travail des policiers et de
méfait de plus de 5000 $ pour avoir empêché l'usage du pont Jacques-Cartier
lors d'une manifestation matinale. (K41 PR0517Act0892)
derrière les barreaux. C'est le cas de la fille du député Amir Khadir, Yalda
Machouf-Khadir, qui fait face à une multitude de nouvelles accusations liées à
la crise étudiante. Selon le cas, les suspects arrêtés dans l'opération policière ont
comparu hier en lien avec le saccage du bureau de l'ex-ministre Line
Beauchamp le 12 avril, le grabuge à l'Université de Montréal le 13 avril ou un
épisode de voies de fait contre une photographe du Journal de Montréal le 22
mai. La seule personne qui a été accusée pour tous ces événements à la fois est
Yalda Machouf-Khadir, 19 ans. Elle fait face à 11 accusations, dont
introduction par effraction, complot, méfait de moins de 5000 $, déguisement
dans le but de commettre un crime, voies de fait contre un agent de la paix,
voies de fait contre une photographe, vol de moins de 5000 $ et méfait de plus
de 5000 $. (K41PR0609Actl229)
La fille du député de Québec solidaire, Amir Khadir, accusée en lien avec des
manifestations survenues lors des dernières semaines à Montréal, passera la fin
de semaine derrière les barreaux. Yalda Machouf-Khadir fait face à 11 chefs
d'accusation reliés à divers événements. La Couronne s'est opposée à sa
libération et à celle de trois des quatre autres personnes également arrêtées pour
les mêmes motifs. Les audiences de libération sous caution doivent avoir lieu
lundi. (K51SO0609Actl 124)
De son côté, le député Khadir s'exprime sur les événements qui concernent sa fille.
Dans ce cadre, il assume souvent le rôle d'adjuvant ou d'adjuvant passif. En effet,
l' antisujet du programme narratif dans lequel sa fille est impliquée comme sujet,
c'est-à-dire la police, est nommé à plusieurs reprises par Kadir lui-même pendant ses
interventions publiques, et d'une manière qui renforce son rôle d'adjuvant :
prononcer sur ce qui est reproché à sa fille, dont il ignore les détails, Amir
Khadir se dit convaincu qu'elle a agi pour le « bien commun ». Il rappelle
qu'elle est présumée innocente. »(K51SO0608Actl 102)
Gandhi, King puis ... Mandela. Khadir arrêté. Régis Labeaume s'est moqué des
propos tenus par le député Amir Khadir, hier. « J'ai été bien impressionné de
voir Amir Khadir se comparer à Gandhi et à Martin Luther King. Je me disais
343
que s'il avait fait cinq minutes de prison hier, probablement qu'il aurait ajouté
qu'il se prenait pour Nelson Mandela>>, a-t-il lancé depuis New York [ ... ]
L'arrestation du député de Québec solidaire (QS), lors d'une manifestation jugée
illégale, mardi soir, n'émeut pas le maire de Québec. [... ] « Gouvernement
corrompu». Le député de QS a commenté son arrestation hier matin. « Je
regrette quand même qu'il y ait des ordres, des commandes en haut de ces
policiers qui se laissent instrumentaliser par un gouvernement corrompu», a-t-il
dénoncé. (K51 SO0607Actl 090)
5.2.5 Le Soleil
Dans l'espace des 117 clusters, le journal Le Soleil ne présente aucun cluster isolé.
Toutefois, on observe un seul cluster (SO_51) avec une connexion et deux clusters
avec deux connexions (SO_19 et SO_28) (figure 5.24). Le premier a déjà été traité au
le paragraphe [Link]. Dans le prochain paragraphe, nous analyserons un des deux
clusters avec deux connexions et plus particulièrement, celui qui ne possède que de
connexions avec le journal La Presse, qui fait partie du même groupe, soit Power
Corporation.
344
Le cluster SO_ 19 possède deux connexions et toutes les deux avec le journal La
Presse (PR_47 et PR_23). L' autre cluster avec deux connexions, c'est-à-dire SO_29,
est relié à des journaux n' appartenant pas au groupe Power Corporation (DE_18 et
JM_18) (figure 5.24).
Figure 5 .24 Détail de la figure 5 .14. Les clusters SO_ 19 et SO_ 28 sont représentés
avec leurs connexions.
Les clusters SO _ 19 et PR_23 traitent d'un des moyens utilisés par la presse pour
sonder l'opinion publique, le sondage. Ces articles illustrent ainsi la vision des
électeurs québécois face à la crise étudiante. En général, les articles soulignent la
présence d'un acteur spécifique, soit l' acteur population, lequel regroupe le plus
souvent plusieurs autres sous-catégories d' acteurs. De plus, les opinions et les actions
que ces acteurs accomplissent en relation avec la grève étudiante sont un sujet des
articles.
345
Dans certains cas, la population est présentée sous la forme de famille et assume le
rôle d'adjuvant du programme narratif principal des étudiants qui luttent contre la
hausse:
Les familles en appui. Des centaines de citoyens dans les rues de Québec pour
supporter les étudiants. 3. Des familles et des gens de toutes les générations
sont descendus dans les rues de Québec hier pour appuyer les étudiants et
dénoncer les hausses des droits de scolarité du gouvernement de Jean Charest.
(K19SO0319Act0189)
Toutefois, les résultats des sondages constituent le véritable centre d'agrégation qui
forme cette macrostructure. Ils assument le rôle d'adjuvant ou d'opposant dans les
programmes narratifs des deux principaux acteurs du corpus, c'est-à-dire le
gouvernement et les étudiants. Dans certains cas, les sondages révèlent les
intentions de vote des électeurs. Souvent, elles sont perçues par les spécialistes
comme un produit des actions d'opposition au mouvement étudiant de la part du
gouvernement :
Cent jours de grève sans départager les partis. SONDAGE CROP - LE SOLEIL
- LA PRESSE. La grève étudiante de plus de 100 jours n'a pas départagé les
belligérants de la prochaine campagne électorale. Les libéraux de Jean Charest
sont très légèrement en avance, en chiffres absolus, sur les péquistes de Pauline
Marois. La Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault n'est pas
décomptée. (Kl 9SO0526Act0930)
Un élément qui apparaît plus fréquemment, est le rôle d'acfjuvant de l'opinion des
électeurs (communiquée au moyen des sondages) pour le programme narratif ayant
comme objet le thème des négociations. Aussi, les sondages révèlent la volonté de la
population de résoudre la crise par le moyen de la négociation :
Un autre élément récurrent est, selon les sondages du groupe Power Corporation,
l'appui des électeurs au projet de loi 78, c'est-à-dire à la loi spéciale, ce qui se
transforme souvent en un appui au travail de la police :
Toutefois, les résultats des sondages sont très variables sur les différents sujets traités
et encore plus particulièrement sur l'adoption de la loi spéciale:
5.2.6 Le Devoir
Figure 5.25 Détail de la figure 5.14. Les clusters DE_4, DE_6 et DE 46 sont
représentés.
Le cluster DE_4 est connecté seulement à des clusters du même journal, soit DE_9 et
DE_39 (figure 5.26). Il sera le seul à être utilisé pour l' exploration de spécificités du
journal Le Devoir.
350
Le groupe d'articles appartenant au cluster DE_4 présente des opinions sur le rôle et
sur la mission de l'institution universitaire. Ce thème est caractérisé par l'importance
majeure que deux actants spécifiques prennent dans la macrostructure, soient le
destinataire et le destinateur. Le destinataire est de toute première importance dans
un contexte d'évaluation des actions de l'université, alors que le destinateur tient un
rôle central dans un contexte d'analyse de la légitimité et de la mission des
universités. Ces deux rôles actantiels constituent le cœur de la macrostructure qui
domine le cluster et ils sont souvent actorialisés par l'éducation. La majorité des
articles se concentre sur le fait que l'éducation est à la fois la mission principale des
universités et le principal critère pour l'évaluation de leur enseignement. Enfin,
chaque idéologie, entendue comme système de valeurs, place une ou quelque valeurs
au sommet d'une hiérarchie. Le Journal Le Devoir semble y placer l'éducation. Pour
des journaux de droite, la valeur la plus importante est généralement l'économie.
Grève étudiante - Des idées pour mettre fin au « gaspillage ». Les fédérations
étudiantes proposent de couper dans les budgets universitaires. Les fédérations
étudiantes proposent de geler certains budgets des universités afin de pouvoir
maintenir le gel des droits de scolarité. (K04DE0412Act0371)
temps donnés, le débrayage devient un élément dominant de l'énoncé. Dans le cas des
éditoriaux ou des lettres, le débrayage est plus marqué, étant donné qu'une opinion
est exprimée. Mais dans tous ces cas, le je qui constitue le débrayage implique le
journaliste ou l'auteur de l'article ou de la lettre. Au contraire, dans le cas présenté ici,
le débrayage concerne unje qui personnifie le journal au complet. Dans l'article qui
suit, Le Devoir prend la parole en première personne et exprime une opinion contre le
recteur de l'Université de Montréal, accusé d'avoir permis des actes d'intimidations
envers les étudiants à l'intérieur de l'institution qu'il dirige.
Libre opinion - Nous demandons la démission du recteur. Ces derniers jours ont
été désastreux à l'Université de Montréal. Les mots ne suffisent pas pour les
décrire. Nous pouvons et nous devons néanmoins condamner ces gestes de
violence et d'intimidation. Parce qu'il s'agit de gestes de violence et
d'intimidation. [ ... ] Cette semaine, l'administration est encore allée plus loin.
Beaucoup trop loin. Agents de sécurité, policiers, anti-émeutes se sont croisés
et sont intervenus dans les couloirs de l'université comme s'il s'agissait d'un lieu
de passage habituel, comme si l'université n'avait jamais été ce sanctuaire
qu'elle a jadis pu être, comme si l'université n'était plus ce lieu de protection
mais bien de répression. [... ] Bref, seule la direction a le pouvoir de bafouer les
principes fondateurs de l'université. Que reste-t-il, par exemple, du principe de
collégialité quand on place les professeurs dans une situation impossible?
Quand on ne leur dorine pas la possibilité de respecter des votes de grève pris
par leurs étudiants et qu'on les oblige, sous peine d'amendes salées, à donner
leurs cours et ce, dans une ambiance des plus pesantes et traumatisantes?
Valeur de l'université. Par ailleurs, une université est-elle encore une université
quand en ses lieux se déroulent arrestations, gardes à vue, souricières et charges
de l'anti émeute? Quand des étudiants sont considérés comme de dangereux
criminels alors qu'ils tentent simplement de faire respecter des décisions prises
démocratiquement et collectivement? (K04DE0831Lib1440)
Le cluster présenté ici est très distinctif et caractérise le journal Le Devoir de manière
unique. En particulier, le dernier article n'a de similarité avec aucun des milliers
d'articles traités dans cette recherche. Toutefois, cette considération vaut également
pour le cluster au complet. En effet, même en tenant compte des clusters de plus
356
petite taille, ce cluster représente un groupe d'articles très différents du reste des
articles contenus dans le corpus.
5.2.7 Radio-Canada
Pour le site web Radio-Canada,. aucun cluster n'est isolé et deux ont une seule
connexion, soit RC_lO et RC_28 (figure 5.27). Comme Le Devoir, cette source
d'information n'a pas de connexions fréquentes avec un journal en particulier. Sa
caractéristique principale est celle d'être un site web et, au contraire des autres, ses
articles sont souvent publiés à l'intérieur de la journée même où les événements se
déroulent. Dans certains cas, comme pendant la couverture des manifestations, les
articles décrivent les événements en direct, ce qui est unique dans le corpus.
Figure 5.27 Détail de la figure 5.14. Les clusters RC_l6 et RC_28 sont représentés
357
Comme dans le cas des derniers journaux analysés, seul le cluster connecté avec la
même source d'information sera présenté. Pour Radio-Canada, le cluster à être
analysé est RC_lO qui est connecté à RC_2.
Près de 100 000 étudiants en grève aujourd'hui. Des milliers d'étudiants sont
attendus jeudi après-midi devant l'Assemblée nationale, à Québec, pour
dénoncer de nouveau la hausse des droits de scolarité annoncés dans le dernier
budget du gouvernement de Jean Charest. (K10RC0301no_0036)
Le cluster RC_ 2 regroupe des articles sur des évènements moins spécifiques. Ainsi, il
contient des articles sur plusieurs manifestations étudiantes. La spécificité de ces
deux clusters réside dans la manière de couvrir les défilés étudiants. Une étude
détaillée sur ces deux clusters pourrait mettre en évidence un style journalistique sans
doute spécifique à cette source d'information.
CHAPITRE VI
DISCUSSION
37
L'impossibilité de construire une mesure quantitative pour l'évaluation de méthodes non
supervisées appliquées aux données textuelles
360
.
d'analyse de texte assistée par ordinateur qui associe un outil computationnel
spécifique à l'analyse narrative du texte journalistique. Le point A) sera discuté dans
la première section de ce chapitre et le point B) dans la deuxième .
constituée par cet axe et par le programme narratif correspondant. Pour certains
agglomérats, des axes du pouvoir (adjuvant et opposant) ou, plus rarement, de la
transmission (destinateur et destinataire), ont également pu être dégagés. Ceci
constitue certainement un élément positif dans l'évaluation de notre méthode Puisque,
il a été possible d'analyser, à l'aide de l'ordinateur, un grand corpus de textes de type
journalistique en ciblant ses macrostructures. Cette analyse a relevé que les articles
similaires possèdent des macrostructures similaires et que ces dernières possèdent des
caractéristiques narratives.
Toutefois, pour le dernier agglomérat, il n'a pas été possible d'identifier une
macrostructure comme nous en avions fait l'hypothèse précédemment. Toutefois, un
élément s'est dégagé clairement pendant la phase d'annotation de ces articles et c'est
la mise en valeur du destinataire, ce qui permet certainement de faire une
interprétation pertinente des articles contenus dans l'agglomérat. L'analyse de cet
agglomérat a montré la présence d'une catégorie particulière d'articles, soit les
articles d'opinion. En effet, les articles de cet agglomérat appartiennent
principalement à la catégorie des éditoriaux, des lettres des lecteurs et autres.
L'analyse a aussi montré que certains articles, qui ont été classifiés par les journaux
sous la catégorie de chroniques, étaient en réalité structurés sous la forme d'articles
d'opinion. En effet, plusieurs articles classifiés comme « nouvelles »ou« actualités »,
qui sont généralement dédiés à des chroniques, constituent en réalité de véritables
expressions d'opinion. Dans ce contexte, la mise en valeur du destinataire est justifiée
et il constitue un outil au service de l'interprétation. En effet, lorsque dans un article
on argumente pour ou contre quelque chose, on se prête inévitablement à une
dynamique sémiotique qui « pointe » vers la dernière phase du schéma narratif
canonique, c'est-à-dire la phase d'évaluation, ce qui implique l'émergence du
destinataire. En d'autres termes, exprimer une opinion comporte généralement la
structuration d'une argumentation qui se prête, par définition, à l'évaluation de sa
362
La même dynamique est présente dans la majorité des articles d'opinion analysés
dans le septième agglomérat. Le plus souvent, les articles fournissent un élément qui
présente une argumentation selon la formule « c'est au nom de x que cette opinion est
légitimée », ce qui implique la mise en valeur du destinataire. Une analyse plus
approfondie de cet agglomérat fournirait certainement des pistes pour la définition de
dynamiques spécifiques au genre «article d'opinion».
L'analyse du septième agglomérat n'est pas le seul élément qui montre les limites de
la méthode. Les plus grandes difficultés ont été rencontrées lorsque nous avons
essayé de dégager des macrostructures spécifiques par journal. Il a été possible de
définir une macrostructure pour les articles des clusters ciblés, par exemple ceux
363
Dans les paragraphes qui suivent, un certain nombre d'étapes de la méthode sont
analysées du point de vue technique ou sémiotique. Chacune de ces étapes a une
importance majeure pour une utilisation correcte des outils dans le cadre d'une
recherche sémiotique. Certaines d'entre elles sont des opérations simples, comme la
tokenisation. D'autres présentent des problèmes techniques plus pointus et dont il est
important d'en connaître la nature afin d'éviter une utilisation biaisée des outils, par
exemple le problème de la « malédiction dimensionnelle ». Cette discussion
méthodologique ne prétend pas être exhaustive, mais elle est certainement
représentative des problèmes principaux que la recherche en sémiotique doit affronter
dans un contexte computationnel.
6.2.1 Tokenisation
machine que pour un être humain, car il est difficile de formaliser et de transférer
l'intelligence et l'expérience nécessaires à l'exécution de cette tâche à un ordinateur.
La complexité de l'opération dépend surtout de la langue et du système d'écriture
auquel le chercheur est confronté. Prétraiter un texte en arabe nécessite des outils
différents de ceux utilisés pour prétraiter l'anglais. En général, la tokenisation est une
procédure qui requiert un certain nombre d'outils de reconnaissance des formes et qui
est mise en place en fonction de la langue à traiter.
Le français, qui est la langue traitée dans cette thèse, appartient au premier cas. Bien
que le processus de tokenisation puisse apparaitre simple, cette typologie de langue
présente d'autres enjeux, comme l'identification des suites spéciales de caractères,
dont les règles varient d'une langue à une autre et d'un domaine du savoir à un autre.
Par exemple, certaines conventions peuvent être spécifiques à des textes de
mathématique ou de philosophie. Certains algorithmes peuvent donc être très
spécifiques au corpus analysé, selon la langue utilisée et le domaine en cause.
Dans le contexte de la thèse, deux types de suites spéciales sont présentées : les suites
prévisibles et dépendantes de conventions inscrites dans le système d'écriture ou du
domaine du savoir et les suites imprévisibles, qui dépendent d'erreurs de toutes sortes.
Pour la première catégorie par exemple, il est possible de prévoir les abréviations des
auxiliaires être ou avoir, c'est le cas de l'expression anglaise « l'm », où il est
possible de déterminer comment l'apostrophe doit être traitée dans différentes
situations ou, comme le génitif en anglais. On retrouve dans cette première catégorie
toutes les procédures de désambiguïsation des occurrences de certains signes
graphiques dont le comportement ou le rôle sont prévisibles. L'apostrophe (') en est
un exemple, mais celui du point(.) est plus répandu, comme délimiteur de phrases,
d'acronymes ou d'abréviations. Ce premier enjeu a été pris en charge par la méthode
Treetagger, qui a été utilisée pour l'annotation morphosyntaxique et la lemmatisation.
Toutefois, plusieurs erreurs ont été trouvées et un processus de correction manuelle
s'est imposé.
À cette même catégorie, s'ajoutent les mots composés ou des cas particuliers
d'utilisation du trait d'union. En effet, dans certains cas en français, une suite de
caractères qui contient un trait d'union peut être considérée comme une seule unité
lexicale, par exemple les mots composés, mais dans d'autres cas, le trait d'union doit
plutôt être considéré comme un séparateur de mots, comme dans les phrases
368
peut exister des lexies constituées d'un mot, d'autres d'un mot composé ou de suites
de mots, comme « pommes de terre » ou « au fur et à mesure ». En somme, la
tokenisation est une étape difficile à réaliser et des stratégies spécifiques doivent être
considérées. Une marge d'erreur doit être tolérée. Un travail important de nettoyage
des textes par des règles regex construites ad hoc doit être effectuées afin de réduire
l'effet néfaste de ce type de bruit sur les résultats.
6.2.2 Lemmatisation
(matière)
subltance CONTENU
(orTM
form6
,ubstance EXPRES!UON
(matière)
Ce modèle (figure 6.1) implique une structure du signe à deux plans, celui du plan du
contenu (signifié) et celui de l'expression (signifiant). Le modèle de Hjemslev
complète la théorie du signe proposée par Saussure en ajoutant à chaque plan trois
niveaux de transformation. Nous citons un passage du texte de Eco à partir duquel la
réflexion·qui suit a débuté:
370
En d'autres termes, cette vision sémantique de la relation entre type et token est très
difficile à concrétiser dans un cadre computationnel, car elle nécessite un algorithme
de lemmatisation qui, en analysant le contexte d'occurrence d'un mot, peut trouver
son type linguistique mais aussi son type sémantique. Par exemple, l'algorithme
devrait transformer la phrase « il est parti serein » selon la liste suivante de lemmes,
« il », « être », « mourir », « serein », ce qui est actuellement très difficile à exécuter
par des outils informatiques. La parfaite mise en relation entre la substance du
contenu et la substance de l'expression devra donc être accomplie· par un outil de
lemmatisation plus sophistiqué, fondé sur une théorie sémiotique du type, afin de
dépasser les limites de l'approche lexicographique. Le modèle de Hjelmslev offre un
cadre sémiotique satisfaisant pour interpréter la différence entre type et token et, en
particulier, pour comprendre le rôle de la lemmatisation dans un cadre d'analyse de
texte assistée par ordinateur.
aspects syntaxiques. En effet, regrouper les différents tokens autour d'un type qui
correspond au lemme exige de pouvoir comparer les mots du point de vue sémantique
et non selon la position syntaxique qu'ils occupent dans la phrase. Par exemple, si
dans un texte il existe 100 occurrences du mot « mourir », distribuées en dix ou 20
formes différentes, l'analyse ne sera pas efficace, car la significativité du mot
« mourir » est diminuée par les formes qu'elle prend dans le texte, chacune reflétant
une portion de son occurrence totale. Ainsi, réduire chaque occurrence à un seul type
augmente la significativité du verbe « mourir ».
Dans une application d'analyse de texte, il est préférable d'orienter les opérations de
prétraitement vers les aspects sémantiques plutôt que syntaxiques. Il est donc moins
important de déterminer si un verbe a été utilisé plus fréquemment à la troisième
personne qu'à la première, que de connaître le nombre de fois où il a été utilisé et
avec quel autre lemme. Évidemment, cette hypothèse peut varier en fonction de
l'application et de l'objectif de la recherche. Le présent projet est orienté sur les
aspects sémantiques du texte et c'est pour cette raison que l'étape de lemmatisation
est accomplie pour regrouper les tokens sous le même type correspondant au
morphème porteur du signifié d'un mot, c'est-à-dire le lemme. Toutefois, une vision
sémantique de l'opération de lemmatisation, tel que décrite dans le modèle de
Hjemslev, serait certainement une valeur ajoutée à la méthode.
6.2.3 Segmentation
L'unité syntagmatique élémentaire est une autre opération qui implique des choix de
type sémiotique. Cette unité est l'observable sur lequel les méthodes
computationnelles exécutent leurs manipulations. Lorsque le paragraphe, l'article au
complet ou la phrase sont choisis comme unité élémentaire, les résultats doivent être
interprétés de manière différente. Chacun de ces choix comporte aussi des problèmes
techniques de type computable ou linguistique.
373
du mot _pôle; ou encore, il est possible de construire une concordance dans laquelle les
unités syntagmatiques élémentaires sont composées de la phrase qui contient le mot
pôle, en plus d'une phrase à gauche et une phrase à droite. D'autres types de
segmentation existent également, comme la segmentation en paragraphes ou en
sections, mais elles ne peuvent être réalisées que si le chercheur dispose
préalablement des informations nécessaires à leur identification.
Le lien principal entre ces deux univers apparemment éloignés est le concept de
valeur (Sahlgren, 2006, 2008). Pour la sémiotique saussurienne, la valeur se définit à
l'intérieur d'un système discret, dans lequel les éléments qui le constituent s'opposent
et, par cette opposition, constituent la valeur de chaque signe. Ce dernier est donc
porteur d'une « fraction de sens» qui se construit en opposition à d'autres signes.
Cette conception est complémentaire à l'hypothèse distributionnelle. En particulier, le
transfert d'un texte dans un modèle vectoriel correspond à la construction d'un
système discret, exactement comme prévu par Saussure. Un mot prend sa valeur
numérique (qui est la valeur de la fonction de pondération) en relation avec le
système où il est situé. Le chiffre qui correspond à sa valeur numérique change en
fonction des mots ou des textes qui sont insérés dans le système. Si un mot ou un .
texte est ajouté, la valeur numérique de chaque mot change, car dans ce système
discret chacune de ses composa!ltes prend une position en opposition aux autres. En
d'autres termes, les caractéristiques discrètes de la valeur linguistique sont traduites
dans une valeur numérique qui est déterminée par ses relations avec les autres
éléments présents dans le système.
Ces réflexions font partie d'un débat qui n'est qu'à son début, c'est-à-dire le débat
pour la construction d'une sémiotique computationnelle. Notre avis sur le
chevauchement entre la valeur linguistique et la valeur numérique du modèle
vectoriel sera explorée davantage dans le prochain paragraphe, lorsque nous
discuterons des caractéristiques spécifiques à la fonction de pondération.
La pondération est [Link] qui assigne une valeur numérique à chaque mot pour
chaque unité syntagmatique élémentaire. Elle est donc une des fonctions computables
les plus importantes de notre méthode. Elle comporte également des implications
sémiotiques. Pour explorer les caractéristiques de cette fonction, nous commençons
par décrire le contexte de sa mise en œuvre.
La pondération est aussi très importante dans un contexte d'analyse de texte assistée
par ordinateur. Une bonne partie de la puissance du modèle vectoriel dépend de cette
378
le mot « mutton » diffère du mot « sheep » et cette différence existe dans le système
« langue », ce qui confère une valeur différente aux deux mots. Autrement dit, la
valeur indique la position spécifique de chaque mot dans le système discret de la
langue. Chaque mot organise la pensée d'une communauté linguistique qui « n'est
qu'une masse amorphe et indistincte» (Saussure, 1916, p. 120) :
Pour Saussure, la substance de la pensée est un continu amorphe qui peut assumer des
formes définies seulement par le biais de la langue; ce concept a été repris et complété
par Hjelmlev. Pour Saussure, la langue est un système discret de signes qui donne
forme à la pensée amorphe. Dans ce cadre, le signe linguistique se met « en condition
de signifier» seulement à l'intérieur d'un système discret et non analogique, composé
d'éléments qui s'opposent entre eux. Saussure propose donc ce type de schéma
(figure 6.2) :
où (A) illustre les « idées confuses » et (B) représente le flou continu de tous les sons
possibles, alors que les lignes ·verticales sont les mots qui donnent forme à la pensée.
380
Par sa proposition « dans la langue, il n'y a que des différences », Saussure accorde
de l'importance à la position que le signe prend dans le système à l'intérieur du
processus de la signification. Ce sont les différences entre les mots qui donnent la
valeur à chaque forme de pensée constituée et perceptible par la langue. Ainsi, la
signification se définit verticalement à travers la relation arbitraire entre signifiant et
signifié, alors que le plan horizontal est dominé par les relations discrètes et
intrasystémiques entre les signes. Ceci est décrit par un schéma proposé par Saussure
lui-même:
... - • - f •
....,__.. • •r-.. . .----~
Dans cette illustration, Saussure montre comment la signification s'organise sur deux
plans, soit celui du signifiant et du signifié et celui des relations intrasystémiques. La
valeur est l'élément qui donne du poids aux relations intrasystérniques et permet
l'intégration de ces dernières dans les processus de la signification. En d'autres
termes, le processus de signification d'un mot n'est pas limité à la relation arbitraire
entre signifiant et signifié, car sa valeur est établie en évaluant les relations que le
381
mot entretient avec les autres. Enfin, pour Saussure, la valeur d'un mot est le résultat
d'une fonction qui permet de le distinguer des autres mots. En effet, il affirme :
En outre, l'idée de valeur, ainsi déterminée, nous montre que c'est une grande
illusion de considérer un terme simplement comme l'union d'un certain son
avec un certain concept. Le définir ainsi, ce serait l'isoler du système dont il fait
partie; ce serait croire qu'on peut commencer par les termes et construire le
système en en faisant la somme, alors qu'au contraire c'est du tout solidaire
qu'il faut partir pour obtenir par analyse les éléments qu'il renferme [ ... ].
Puisque la langue est un système dont tous les termes sont solidaires et où la
valeur de l'un ne résulte que de la présence simultanée des autres [ ... ].
(Saussure, 1916, p. 123)
Il nous apparaît aussi que Rastier va dans le même sens quand il affirme que :
Ainsi, la valeur n'est pas un signe, mais une relation entre signifiés. Elle exclut
une définition atomiste du signe, qui le pourvoirait a priori d'une signification -
car une signification est un résultat, non une donnée. Elle interdit la définition
382
Bien que Rastier ne fasse aucun lien avec la notion de Tf-Idf, sa compréhension du
concept de valeur est complémentaire à la nôtre. Plus particulièrement, Rastier
souligne que la valeur établit « la détermination du local par le global », ce qui est
l'objectif exact de la fonction Tf-Idf. Rastier continue en affirmant que :
[... ] sur l'axe syntagmatique, les classes sont définies par observation des
cooccurrences : or, la création de listes de cooccurrences est une des opérations
les plus simples et les plus éprouvées que permet la linguistique de corpus.
Ainsi le concept de valeur étend-il également son efficacité aux groupements
syntagmatiques que définissent les contextes : il importe donc à présent de
redéfinir la valeur comme un rapport du texte à ses unités constituantes d'une
part, à son corpus d'autre part (Rastier, 2011, p. 30)
,'
En résumé, nous estimons que la fonction Tf-Idf est une hypothèse « involontaire »
pour approximer mathématiquement le concept de valeur chez Saussure. Comme
pour le linguiste, la fonction Tf-Idf évite d'isoler le mot du corpus dont il fait partie et
pour ce faire, la fréquence des mots est combinée à la fréquence documentaire inverse.
De cette façon et comme la valeur linguistique, le Tf-Idf met en évidence les
oppositions et les différences entre les termes avec pour objectif de trouver les seuils
discriminants entre les mots. Enfin, comme le dirait Saussure, dans le corpus il n '.Y a
que différences.
383
cellules de la matrice sera remplie, la grande majorité étant composée de zéro. Par
exemple, chaque phrase, n'utilisant que quelques dizaines de mots parmi les milliers
de mots du corpus, n'apporte que peu d'information en relation avec les milliers
d'informations possibles. Cette« pénurie» d'information du document conduit à des
matrices creuses, c'est-à-dire des matrices contenant surtout des zéros, généralement
entre 90 % et 99 %. Par exemple, la phrase « La linguistique est enseignée à
l'université », après prétraitement, est représentée ainsi à la ligne « Doc 1 » du
tableau 6.2 :
Tableau 6.2 Exemple d'une matrice binaire pour la phrase « La linguistique est
enseignée à l'université », suivi d'une deuxième phrase.
Doc/
Mots
DJ
...
tD
"'C
"'C
DJ
...
n
DJ
"'"'tD
tD
::::s
"'
....C
tl),
O'Q
::::s
"'C
:::T
0
-
...
"'C
0
"'DJ
tD
"'
tl),
3
C
::::s
<'
...
-
3
~-
tD Q. C
c:;· tD
....
tD
tD 00' iii' "'0 0
...
::::s
...
::::s
....
::::s "'"'tD .c "';::; 3
-· ...
Q.
tD .ë' "'C
:::T C C tl),
tD C
tD tD tD
Doc 1 0 0 0 1 0 1 0 0 0 0 1 ...
Doc 2 l 1 1 0 1 0 1 0 0 0 0 ...
n doc ... ... . .. ... ... ... ... . .. ... ... ... ...
Dans cet exemple, 12 lemmes forment les 12 colonnes de la matrice. Pour la ligne
« Doc 1 », trois cellules sont remplies et neuf sont vides. Dans des cas réels, le
vocabulaire est plus grand et les matrices atteignent des dizaines de milliers de
colonnes qui, pour la majorité, contiennent des zéros. La proportion d'informations
pertinentes pour effectuer des analyses est donc très mince.
Le deuxième facteur intrinsèque au langage qui mène aux matrices creuses est la loi
de Zipf, qui caractérise la distribution des fréquences lexicales d'une langue et qui est
liée à un autre principe qui caractérise le langage, soit 1~ loi du moindre effort
(Simone, 2005). La loi de Zipf est formalisée par la formule mathématique suivante :
385
f *r = C (cfr. 2.1.2). Cette loi montre que la fréquence d'un mot est inversement
proportionnelle à son rang. Par exemple, si, chaque mot a une fréquence f et que le
mot le plus fréquent possède une valeur de fréquence x, alors les mots successifs
auront une valeur de fréquence plus petite, qui se réduit de manière proportionnelle à
leur rang. Par exemple, si le mot le plus fréquent a une valeur f de 8 000, alors le
dixième mot le plus fréquent a une valeur f de 800, le centième mot de 80, etc. La loi
de Zipf montre que seulement une partie réduite du vocabulaire d'une langue est très
fréquente, la plus grande partie du vocabulaire étant très peu présente. Ce phénomène
conduit également à des matrices creuses et à des variables nominales très rares. Par
exemple, le verbe «jouxter» est très peu employé, même dans un corpus littéraire, ce
qui implique que la colonne correspondante sera composée à plus de 99.9 % de zéros.
La loi de Zipf augmente donc la « pénurie d'information» avec laquelle une
représentation vectorielle du texte doit composer.
Pour décrire le phénomène du point « perdu dans un espace immense », nous nous _
inspirons de l'exemple décrit dans Bishop (2006). Imaginons que nous disposions
d'un jeu de donnée à deux dimensions. Chaque indiv_idu peut donc être représenté
dans un graphique à deux dimensions comme dans la figure suivante (figure 6.4).
q
,... 0 0 O '()
oo_,000 c-8:o o OéjP O O O O t, .,..o
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oo o;ooo oo . 0
' 0 O O O
°'<P
<b <è::, Oo O
<Q
0
0 O O Oo O O
Figure 6.4 Jeu de données à deux dimensions représentées dans un espace plan
Dans cet exemple, il y a environ 800 individus qui sont situés dans l'espace à deux
dimensions. Les caractéristiques x et y qui décrivent les individus peuvent avoir une
valeur entre 0 et 1. En examinant la figure 6.4, quatre classes d'individus peuvent être
identifiées, les individus en bleu ayant la caractéristique y supérieure à 0.5 et la
387
600
200 400
0
"Il
$ "'
@* $ •
f"± A 0.8
&
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....
0.2
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• ••
1 ••
Or, la représentation vectoriell~ d'un texte peut comporter des milliers de dimensions,
ce qui correspond à des milliers de plans ou à des milliers d'axes à l'intérieur
desquels les points se situent. Dans un espace en milliers de dimensions, même les
concepts les plus simples de la géométrie euclidienne, comme la distance, deviennent
flous et ambigus. La distance entre deuX: points est effectivement moins précise dans
un espace comportant des milliers de dimensions (Aggarwal et al. , 2001 ; Hinneburg
et al. , 2000). Ceci entraîne donc que la discrimination entre les points les plus
proches ou les points les plus loin devient très difficile à évaluer. En augmentant les
dimensions d' une matrice, on observe les phénomènes suivants :
2- La majorité des points ont une distance similaire et donc la notion de point le
plus proche _est difficilement utilisable
Pour décrire ces phénomènes, reprenons l'exemple de Giraud (2015), qui comporte
quatre histogrammes représentant la distance entre toutes les paires de points (figure
6.6).
dimension = 2 dimension = 10
@
g0
8 C
Cil 0
:J
tT i:J ..,.
0
l 8
N
ù: 8
t.'I
0 0
s §
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g Î)' w
g 8
i ..,.8 i ..,.
ù: ù:
8
N
0 0
0 2 3 4 5 0 5 10 15
Figure 6.6 Histogrammes des distances de toutes les paires possibles parmi 100
points échantillonnés de manière uniforme. La différence entre les quatre
histogrammes est le nombre de dimensions que les points ont dans leur représentation
vectqrielle (dimension= 2, 10, 100 et 1000) (Giraud, 2015, p. 4)
Dans un espace à deux dimensions, on remarque que beaucoup de paires ont une
distance supérieure à 0.5 et qu'un certain nombre de paires sont très proches, la
distance étant inférieure à 0.3. En augmentant les dimensions de deux à 10, 100 ou
390
Dans un contexte de type textuel, ces considérations peuvent être résumées comme
suit:
the unifying thread that binds together many short context applications and
methods is the fact that similarity decisions must be made between contexts that
share few (if any) words in common. (Pedersen, 2008, p. 1)
Pour ces raisons, il est préférable de réduire ces impacts néfastes au moyen de
techniques de réduction des dimensions, pour lesquelles il existe plusieurs types
d'approche. Ce sujet n'a pas été traité dans cette thèse, même s'il aurait mérité un
approfondissement. Certaines de ces méthodes sont utilisées également pour
améliorer les performances du clustering. En ce sens, ceci représente une limite de
notre méthode. Plus particulièrement, il serait utile d'approfondir la connaissance des
méthodes de réduction par lissage ou basées sur des classes construites a priori, mais
surtout les méthodes de réduction .des dimensions par des techniques comme
l'analyse en composantes principales (en anglais, Principal Component Analysis) et
le positionnement multidimensionnel (en anglais, Multidimensional Scaling).
L'utilisation de ces dernières est, par exemple, très répandue pour l'amélioration des
résultats de clustering (Aggarwal et Zhai, 2012). Une brève description des concepts
liés à ces techniques est esquissée au paragraphe suivant.
391
Le filtrage des caractéristiques est une opération qui peut être exécutée grâce à une
variété de méthodes. Elle peut être abordée comme un problème de sélection des
caractéristiques les plus importantes (en anglais, features selection) ou comme un
problème de réduction de la dimensionnalité. En réalité, ces deux approches
s'entremêlent entre elles, car l'opération de sélection des caractéristiques correspond
à une réduction des dimensions. Toutefois, elles demeurent très différentes l'une de
l'autre. La réduction de la dimensionnalité est une opération accomplie sur des jeux
de données ne comportant pas de catégories préalables (unlabeled data) et elle peut
être exécutée avec une famille spécifique de méthodes, dont font partie la
décomposition en valeurs singulières (en anglais, Singular Value Decomposition),
l'analyse en composantes principales (en anglais, Principal Component Analysis) et
le positionnement multidimensionnel (en anglais, Multi-Dimensional Scaling).
Chacune de ces méthodes réduit les dimensions par des calculs matriciels, ce qui
consiste à « regrouper » les dimensions en un plus petit nombre par une sorte
d'opération de compactage. En d'autres termes, ces méthodes «résument»
l'information à plusieurs dimensions en un nombre réduit de composantes. Elles
peuvent être utilisées pour plusieurs tâches qui vont de la transformation des matrices
pour les préparer aux _analyses à la visualisation des données. Lors de la réduction
dimensionnelle, les composantes de la matrice ne sont plus interprétables comme des
caractéristiques, car elles sont transformées en objets de nature différente.
Par contre, le filtrage par sélection des caractéristiques permet de maintenir la nature
de chaque dimension telle quelle, ce qui en fait une approche très utilisée lorsque
l'interprétation des dimensions restantes est importante. Plusieurs méthodes sont
utilisées pour établir quelles sont les caractéristiques les plus signifiantes d'un jeu de
données. Çertaines sont utilisées avec un jeu de données possédant des catégories
définies préalablement (labeled data) comme le khi-deux ou l'information mutuelle,
392
Dans le cas de cette thèse nous nous sommes limités à sélectionner les
caractéristiques par des catégories obtenues grâce à l'annotation morphosyntaxique,
tel que décrit dans le chapitre de la méthode (cfr. 3.4.1). Nous avons choisi de ne pas
exécuter la réduction dimensionnelle afin de garder des variables signifiantes.
Toutefois, d'autres chaînes de traitement, caractérisées par une combinaison des
méthodes, pourraient également être envisagées, surtout dans le but d'améliorer les
performances du clustering.
6.2.6 Le clustering
Une des questions de recherche de la thèse est la suivante: comment peut-on assister
computationnellement une analyse sémiotique du texte journalistique avec une
approche théorique basée sur la notion de narrativité? Cette question mènerait à un
recensement de la panoplie d'outils et d'algorithmes existants, afin d'en identifier les
plus pertinents. Toutefois, il serait un projet de recherche trop large. Plus simplement
nous avons choisi d'en tester un. Ainsi nous avons identifié dans le clustering la
possibilité d'assister computationnellement l'analyse narrative du texte journalistique.
que décrit dans cette thèse, regroupe des documents qui sont similaires entre eux par
rapposrt à leur distribution lexicale. Malgré leur similitude, les deux outils présentent
de grandes différences et ce, surtout lorsqu'on utilise un topic modeling de type
probabiliste. Dans ce cas, même les modèles mathématiques à la base des outils sont
différents.
Toutefois, le modèle sémiotique utilisé pour interpréter les résultats du clustering doit
différer de celui adapté à l'analyse du topic modeling. À tout le moins, le modèle
sémiotique du thème n'est qu'un des modèles qui peuvent être utilisés pour analyser
les résultats du clustering. Toutefois, le clustering exécute des opérations différentes
de celles du topic modeling et, au contraire de ce dernier, ses résultats peuvent être
interprétés avec des modèles sémiotiques différents.
394
En effet, le concept de similarité lexicale entre les documents est la base même du
clustering et cette question de la similarité lexicale est liée à la similarité sémantique.
La découverte du ou des thèmes défini la similarité constituant alors une bonne façon
de l'interpréter. Toutefois, la similarité sémantique peut être interprétée avec
d'autres modèles sémiotiques. Dans cette thèse, nous avons proposé le concept de
macrostructure et sa configuration narrative. En d'autres termes, lorsque le clustering
regroupe des articles similaires, selon notre proposition, il le fait parce que le lexique
et les cooccurrences lexicales reflètent une macrostructure sémantique de type
narratif. Les relations entre les mots ne sont donc pas interprétées comme une
distribution associée à un thème, mais comme un système complexe de relations
narratives. Il s'agit d'un modèle interprétatif différent de celui du thème pour
analyser les résultats du clustering. En se basant sur le concept de similarité
sémantique, il est probable que d'autres modèles interprétatifs peuvent être construits
ourepns.
Enfin, cette thèse propose un modèle théorique différent pour analyser et interpréter
les résultats du clustering. Lorsqu'on veut soutenir l'analyse narrative du texte
j oumalistique par ces outils computationnels, il est nécessaire d'en choisir un qui
permet d'obtenir des résultats cohérents avec les présupposés qu'un modèle
sémiotique narratif implique. Le tapie modeling ne constitue certainement pas un des
outils aptes à ce genre d'analyse, puisque le modèle sémiotique le plus adapté est
celui de l'isotopie et du thème. Au contraire, le clustering constitue une solution
adéquate, puisque le calcul de la similarité sémantique met en relief des relations
entre mots qui peuvent être interprétées par une méta-sémiotique de type narratif. Le
clustering constitue donc une méthode efficace pour soutenir l'analyse narrative du
texte journalistique.
("
395
6.2.7 Annotation
L'étape d'annotation est plus que les autres celle qui peut être améliorée et, surtout,
ouvre de nouvelles pistes de recherche pour la sémiotique computationnelle. Dans le
contexte de notre méthode, la phase d'annotation est l'étape que nous permet
d'ajouter de l'information de type sémiotique aux résultats obtenus par le processus
automatique. Lorsque les articles ont été regroupés par des critères de similarité
sémantique, des.échantillons de chaque groupe peuvent être sélectionnés et annotés.
L'annotation permet ainsi d'évaluer la qualité des groupes d'articles obtenus
automatiquement. Lorsque les textes originaux sont repris pour la phase d'annotation,
la méthode implique la mise en place d'une théorie et d'une méthode pour effectuer
cette tâche, qui peuvent changer selon les hypothèses et des objectifs de la recherche.
Le rôle que la sémiotique joue dans ce contexte est très important : fournir de
méthodes pour analyser et interpréter les résultats. Ceci représente sûrement un des
rôles que la sémiotique peut jouer dans un contexte computationnel, c'est-à-dire de la
considérer comme une« théorie de l'annotation», tel que déjà proposé :
Semiotics theory thus has the potential to serve as a general framework for
annotation · design. This could be achieved through examination of the
annotations applied to data consisting of human-created content. [... ] To sum
up, semiotics could serve as a foundational theory for annotation, and this
would reveal the generality of signs underlying human content. (Tanaka-Ishii,
2015, p. 999)
NP1
1
N,
EN1
~ 2
Let, Be,
EN2 N3
Let2 Be2
EN3 N4
1
Leh 8e3 EN4
J
Le4 Be4
/,···...... ./-.......
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1
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1
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// -.....
'D;-;:::;;.~ s;n;Ôv3
/ ,/"
/ ....... / ·-..... / ./
Figure 6.7 Genèse narrative comme une structure récursive (Galofaro, 2013, p. 241)
Initial
Figute 6.8 Génération d'une trame narrative simple par un automate fini (Galofaro,
2013, p. 233)
Le travail de Galofaro est un des exemples qui se rapproche le plus du présent travail.
Mais, dans un certain sens, il ne constitue que la pointe d'un iceberg. Depuis
quelques décennies, des dizaines de travaux en informatique intégrant les concepts de
la sémiotique narrative dans des modèles formels (Lakoff et Narayanan, 2010; Zarri,
1997, 2010, 2015) ont été réalisés. Ainsi, la conférence Computational Mode! of
Narrative (Mani, 2012), permet d'accéder à de nombreux articles portant sur la
représentation formelle des différentes théories de la narration. Ces articles
contribuent depuis plus d'une décennie aux progrès théoriques et méthodologiques
d'un champ d'études propre à l'informatique, c'est-à-dire les ontologies, mais qui
399
commence à produire des retombés au sein des humanités numériques (Ciotti, 2016).
Par exemple, Lieto et Damiano (2014) utilisent le modèle actantiel pour une
représentation des rôles narratifs. Gervas (2013b) se sert de la formalisation de Propp
comme un automate fini, avec une implémentation informatique qui permet de
produire automatiquement des trames. Dans un de ses travaux les plus anciens, il
propose un système de raisonnement · par cas (case-based reasoning) pour la
génération de trames qui se basent sur un ensemble de contes de fées préalablement
annotés (Gervas et al., 2005). Ces deux exemples ne constituent qu'une faible part du
nombre de travaux existants qui sont pertinents dans le cadre de la sémiotique
computationnelle.
La troisième piste est relativement similaire à la précédente, mais elle est basée sur
une typologie de travaux différents. Ces travaux font un usage massif des modèles
non supervisés de l'apprentissage automatique. Certains d'entre eux ont mené au
400
De manière plus précise (cfr. 1.5.1), la méthode a permis d'explorer les hypothèses
sémiotiques qui formalisent la nécessité d'identifier des macrostructures par le biais
de schémas lexicaux. En général, le clustering identifie des groupes d'observations
similaires grâce à des régularités détectées dans la distribution des variables qui les
décrivent. Dans le cas des données textuelles, le clustering détecte de groupes .
d'articles similaires grâce aux régularités lexicales détectées. Ainsi, l'identification
des macrostuctures récurrentes dans les articles de chaque cluster démontre la
402
La thèse ouvre aussi la porte à plusieurs pistes de recherche. Certaines d'entre elles
ont été présentées lors de la discussion. Par exemple, au point 6.2.2, les limites de la
phase de lemmatisation ont été soulignées et une théorie sémiotique pour
l'amélioration de cette étape a été proposée. Au point 6.2.6, nous avons souligné la
différence entre le clustering et d'autres méthodes non supervisées utilisées pour
l'analyse de texte, comme le topic model. Les différences structurelles ont aussi été
405
Ces premières réflexions conduisent à deux approches générales qui peuvent guider la
recherche de la sémiotique computationnelle. L'une possède une nature inférentielle
et se base sur le raisonnement inductif. Le but de ces recherches serait d'identifier des
règles générales de fonctionnement sémiotique à partir des observations tirées de
l'analyse d'artefacts sémiotiques assistée par ordinateur. Dans ce contexte, certains
outils comme le clustering ou d'autres pourrait être étudiés pour identifier les
processus ou systèmes de la sémiosis. La deuxième approche générale, au contraire,
se baserait sur le raisonnent déductif et utiliserait des méthodes pour cibler des
observations répondant à des règles générales de fonctionnement sémiotique. C'est
d'ailleurs le procédé logique qui a été adopté dans ce travail. Dans les deux cas, les
résultats des recherches pourraient conduire à la confirmation ou à l'infirmation des
406
Enfin, la principale piste de recherche qui est renforcée par les résultats de cette thèse
est celle de la sémiotique computationnelle et du croisement entre sémiotique et
intelligence artificielle. Tel qu'au premier chapitre (cfr. 1.1), il existe déjà plusieurs
travaux à ce sujet. Plusieurs auteurs déjà cités au cours de cette thèse (ex. Meunier,
Tanaka-Ishii, Rieger, Andersen, De Souza, Figge, Gudwin, Stamper, Zemanek, etc.)
sont sans doute de précurseurs de la sémiotique computationnelle. Il y en a plusieurs
d'autres qui, même s'ils ne s'inscrivent pas explicitement sous l'étiquette de
« sémiotique computationnelle », contribuent également à son avancement (ex.
407
38
Gilles Thérien a été professeur titulaire au département d'études littéraires de l'Université du
Québec à Montréal (UQAM). Il a participé à la fondation du programme de doctorat en sémiologie
à l'UQAM. Il a été élu membre de l'Académie des lettres et des sciences humaines de la Société
royale du Canada.
408
Toutefois, certains des propos et conclusions de Thérien sont à notre avis, discutables.
Par exemple, nous croyons que l'auteur se trompe en soutenant « qu'une véritable
convergence pourrait s'opérer seulement autour du traitement de l'image ». Le
développement du traitement automatique du langage naturel, de la fouille de texte et
de l'analyse de texte assistée par ordinateur, ainsi que le travail de cette thèse,
montrent _exactement l'inverse, c'est-à-dire que c'est par le texte que la sémiotique
computationnelle doit commencer son exploration. Ce qui reproduit, à bien y penser,
les étapes de la naissance de cette discipline, dérivée de la. linguistique. Ceci est
surtout vrai en raison des avancements de l'intelligence artificielle dans le domaine et
du traitement d'images lequel présentement, ne fournit pas des outils suffisamment
performants et efficaces pour que le transfo~ de connaissances vers les sciences
humaines soit justifié. Au-delà des conclusions de Thérien l'importance de la
convergence entre sémiotique et intelligence artificielle semble claire. Trente ans
après de cette publication, la convergence est devenue un véritable champ de
recherche, sous le nom de sémiotique computationnelle.
Comme d'autres disciplines, la sémiotique vit le« défi numérique» et elle doit y faire
face. Avec l'avancement technologique, les paradigmes des sciences humaines« sont
appelés à se modifier et à se renouveler» (Diminescu et Wieviorka, 2015). La
révolution du« big data» et l'approche « data-driven » qu'elle comporte ne peuvent
pas demeurer inexplorées pour une discipline comme la sémiotique, qui a une forte
vocation empirique. En devenant computationnelle, la sémiotique doit savoir
conserver sa pertinence et son rôle. Les sémioticiens ne doivent pas devenir des
informaticiens. De part sa nature interdisciplinaire, la sémiotique a tendance à perdre
sa pertinence au profit de problématiques, méthodologies et théories des disciplines
409
dans lesquelles elle opère. Certains auteurs, par exemple, ont souligné cette tendance
dans des recherches en psychanalyse (Beividas, 2016) Dans le domaine de l'analyse
de texte assistée par ordinateur, la sémiotique doit maintenir sa pertinence et jouer sur
ses spécificités, celles-ci mêmes qui lui ont permis de s'affranchir de la linguistique et
de poursuivre, comme le dirait Barthes (Barthes, 1985), cette belle aventure qu'est la
sémiotique.
ANNEXE A
Les processus de Markov ont été diffusément utilisés dès les années 80 pour
l'annotation automatique des parties du discours dans un contexte supervisé (Church,
1989; Derouault et Jelinek, 1984).
est la probabilité de la séquence des mots, est constant. On peut donc réécrire la
formule comme suit: argmaxtP(T) · P(TIW) , c'est-à-dire la probabilité de
l'étiquette multipliée par la probabilité de la séquence d'étiquettes connaissant les
mots. Décrivons cette séquence encore plus en détail : P(T) = P(ti, t 2 , t 3 , ••• , tn) =
P(t1) · P(t2lt1) · P(t3 lti, tz) · ... · P(tn lt1, t2, t3, •··, tn-1)
le mot « diminution » soit à la troisième personne ~st plus grande que celle qu'il soit
à la première personne.
Une fois ce calcul obtenu, on peut aussi considérer la probabilité qu'un mot
corresponde à une étiquette particulière, ce qui est le deuxième terme de la formule
du début, argmaxtP(T) · P(TIW) . Pour simplifier, on peut assumer que la
correspondance du mot ainsi que l'étiquette soient indépendantes du contexte, et que
pour chaque mot on puisse obtenir des probabilités différentes correspondant à
chaque étiquette possible. Par exemple, pour le mot « paraît », il existe une
probabilité d'obtenir l'étiquette VERBE, une autre l'étiquette NOM, etc. Ces
probabilités sont calculées sur les ressources annotées, en faisant la somme de toutes
les o~currences d'un mot, par exemple« paraît» correspondant à l'étiquette VERBE,
puis en divisant par les occurrences du mot « paraît » dans le corpus. Pour la
séquence des mots de la phrase W, on peut écrire l'équation suivante: P(WIT) =
P(w1 lt1 ) • P(w2 lt2 ) • ••• • P(tnltn)ltn). Pour les premiers trois mots de la phrase W, il
est possible d'établir la séquence d'étiquettes suivante :
LalDETdiminutionlNOMparaîtlVERBE, ce qui correspond à la probabilité
P(DET NOM VERBEILa diminution paraît). L'estimation de ces probabilités est
413
Dans ce contexte, on peut dire que, pour un modèle bigramme, chaque état
correspond à une étiquette morphosyntaxique, et que les probabilités de transition
d'un état à l'autre sont les probabilités P(tdti)- On peut ajouter que les probabilités
d'émission d'un symbole sont P( wdtj), ce qui est la probabilité d'un mot d'être émis
à partir d'une étiquette morphosyntaxique particulière. Enfin, quelle est donc la
probabilité que le mot «paraît» soit étiqueté comme verbe à partir de la séquence
d'étiquettes VERBEjNOM? Pour répondre à cette question, il faut évaluer toutes les
séquences possibles pour tous les mots. Pour résoudre ce type de tâches et trouver la
meilleure séquence d'étiquettes T pour la séquence des mots W, on utilise des
algorithmes comme le Viterbi.
ANNEXEB
Ensuite, nous présentons la liste exhaustive de toutes les catégories d'articles trouvées
pour toutes les sources d'information, qui ont servi à créer l'identifiant unique. Le
présent travail n'a utilisé que superficiellement cette métadonnée. Son nettoyage
n'était donc pas nécessaire pour la poursuite de la recherche.
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