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Symétries en Physique et Applications

Ce document décrit les symétries géométriques dans la nature et la physique. Il présente de nombreux exemples de symétries observées dans les molécules, les cristaux, la botanique et l'architecture, et introduit les concepts de base des symétries et des groupes de symétries.

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Symétries en Physique et Applications

Ce document décrit les symétries géométriques dans la nature et la physique. Il présente de nombreux exemples de symétries observées dans les molécules, les cristaux, la botanique et l'architecture, et introduit les concepts de base des symétries et des groupes de symétries.

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i

Master de Sciences et Technologies


Mention Physique et Applications

MP059 : Symétries en Physique

Jean-Bernard Zuber
ii

Figure 1 – Pierre Curie (1859-1906) qui donne à notre Université (la moitié de) son nom, est
un grand physicien. Il est en particulier à l’origine de nombreuses idées sur le rôle des symétries
en Physique, comme on verra dans ces pages . . .
Bibliographie

[1] C. Aslangul, Cours de magistère ENS-P6, Physique de la Matière Condensée


[2] C. Aslangul, Mécanique Quantique, tome 2, de Broeck, 2009
[3] J.-P. Blaizot et J.-C. Tolédano, Symétries et physique microscopique, Ellipses
[4] É. Brézin, R. Mosseri et J.-C. Toledano, Symétries, symétries brisées, Cours à l’École
Polytechnique
[5] J. Hladik, La théorie des groupes en physique et chimie quantiques, Masson 1995.
[6] C. Kittel, Introduction to Solid State Physics, John Wiley & Sons (7th edition 1995)
[7] L. Landau et E. Lifshitz, Théorie de l’élasticité, éditions Mir.
[8] L. Landau et E. Lifshitz, Électrodynamique des milieux continus, éditions Mir.
[9] L. Landau et E. Lifshitz, Mécanique quantique, éditions Mir.
[10] L. Landau et E. Lifshitz, Mécanique statistique, éditions Mir.
[11] A. Messiah, Mécanique quantique, Dunod.
[12] M. Tinkham, Group Theory and Quantum Mechanics, McGraw-Hill
[13] J. Sivardière, Description de la symétrie, EDP
[14] L. Valentin, Physique subatomique : noyaux et particules, Hermann
[15] S. Weinberg, The Quantum Theory of Fields, Cambridge Univ. Press
Parmi ces ouvrages, certains sont écrits dans un esprit assez proche de celui du présent cours,
en particulier, [3, 4, 5]. On trouvera beaucoup de détails supplémentaires dans [9, 10, 12, 14]
et de nombreux exemples et applications dans les autres.

1
2 BIBLIOGRAPHIE
Chapitre 1

Symétries géométriques. Des molécules


aux cristaux

1.1 Généralités sur les symétries

1.1.1 Transformations de l’espace et symétries

Tout au long de ce cours on va s’intéresser à des transformations de l’espace.


Par “espace”, on entend l’espace physique, espace euclidien à d dimensions, avec d = 3 dans la
situation la plus courante, mais d = 1 et d = 2 pouvant aussi jouer un rôle (chaı̂nes polymériques
unidimensionnelles, substrats et autres composés bidimensionnels, etc). Par la suite, ce contexte
sera élargi à d’autres situations, telle d = 4 avec l’espace-temps de Minkovski (qui n’est plus
euclidien), ou à des espaces plus abstraits, espaces de symétrie interne d’isospin ou de jauge,
etc.
Par “transformation”, on entend une transformation ponctuelle inversible, qui associe à chaque
point de l’espace considéré un point et un seul du même espace, et telle qu’à partir de tout
point image, on puisse revenir de façon unique au point d’origine : cette condition d’inversibilité
exclut par exemple des transformations comme la projection sur un sous-espace.
D’un point de vue mathématique, ces transformations forment un groupe. On peut en effet les
composer : selon la convention usuelle, la composition des transformations t1 puis t2 effectuées
dans cet ordre est notée t2 ◦t1 , ou t2 .t1 ou simplement t2 t1 . Elle associe à tout point x de l’espace
le point transformé x 7→ x0 = t2 .t1 (x) = t2 (t1 (x)). Cette opération de composition est bien
associative (c’est-à-dire t3 .(t2 .t1 ) = (t3 .t2 ).t1 , pourquoi ?), elle a un élément neutre (l’opération
triviale x 7→ x) et toute transformation admet un inverse (notre hypothèse d’inversibilité).
Par ailleurs, nous allons nous intéresser à des symétries, c’est-à-dire des transformations
agissant sur un objet géométrique ou un système physique et en préservant des propriétés
géométriques (par exemple les dimensions, ou les angles, ou le volume. . .), ou des propriétés
physiques, structure interne, dynamique etc. On distinguera donc le concept de symétrie de
celui de transformation. Une transformation agit sur un système physique, ses coordonnées et
ses autres degrés de liberté, mais n’est pas nécessairement une symétrie telle qu’on vient de la
définir. Pour nous toute symétrie est donc liée à une certaine invariance de l’objet considéré.
Tout comme les transformations, les symétries d’un objet géométrique ou d’un système
physique forment un groupe : la composition de deux symétries est encore une symétrie etc.
On parle donc du groupe de symétrie (ou d’invariance) de l’objet considéré.

3
4 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

Figure 1.1 – Les premiers polygones réguliers convexes ou non-convexes.

Figure 1.2 – Les cinq polyèdres réguliers ou “solides platoniciens” : tétraèdre, cube, octaèdre,
dodécaèdre et icosaèdre (cf http ://[Link]/wiki/Solide de Platon pour plus de détails).

1.1.2 Un petit album d’images. . .


L’observation de symétries est commune dans la vie courante comme dans le monde mathéma-
tique ou physique.
Elles se manifestent en géométrie, bien sûr ; en physique, depuis la mécanique (lois de Kepler,
toupie, . . .), à la minéralogie et la cristallographie et aux symétries plus cachées du monde
atomique ou subatomique ; en botanique et en zoologie ; et dans les constructions humaines,
architecturales, artistiques ou technologiques. . .
Quelques premiers exemples.
En géométrie, polygones réguliers, en commençant par le triangle équilatéral, Fig. 1.1 ;
polyèdres réguliers, qui en sont l’analogue à 3 dimensions. Les polyèdres réguliers sont des
solides convexes dont toutes les arêtes ont même longueur et tous les sommets et toutes les
faces sont de même nature. Ils ont été classifiés par l’école de Platon, d’où le nom de solides
platoniciens . Ce sont les cinq solides de la figure 1.2, le tétraèdre, le cube et l’octaèdre, et le
dodécaèdre et l’icosaèdre. Les quatre derniers forment des paires duales : les milieux des faces
du cube sont les sommets d’un octaèdre régulier et vice versa, et de même pour le dodécaèdre
et l’icosaèdre.
Le fait que la liste des polyèdres réguliers s’arrête là est une conséquence simple de la caractéristique d’Euler :
les nombres V , A et F de sommets, d’arêtes et de faces satisfont V − A + F = 2 pour tout polyèdre, régulier
ou pas. Mais dans un polyèdre régulier, si v est la valence (nombre de voisins) de chaque sommet et v 0 celle
des faces (nombre de faces adjacentes à chaque face), on a 2A = vV = v 0 F . Donc en reportant dans la relation
d’Euler, ( v2 − 1 + v20 )A = 2, et on se convainc rapidement que les seules valeurs possibles de (v, v 0 ) sont (3,3)
tétraèdre ; (3,4) cube ou (4,3) octaèdre ; (3,5) dodécaèdre et (5,3) icosaèdre. Toute valeur supérieure de v ou v 0
conduit à un membre de gauche de la relation nul ou négatif.
Dans le monde cristallin, de très belles structures observées reflètent une symétrie micro-
scopique sous-jacente.
– Ainsi la glace présente une grande variété de cristaux de symétrie hexagonale, Fig. 1.3 ;
– le quartz, qui chimiquement est de la silice SiO2 , cristallise en de très beaux cristaux
avec une symétrie d’ordre 6, Fig. 1.4, (mais en fait de nombreuses autres formes cristallines du
quartz existent dans la nature, selon la température ou la pression de formation) ;
– on trouve beaucoup d’autres exemples, tel ce cristal d’alun de chrome, un octaèdre parfait
de taille imposante (162 mm de diagonale), Fig. 1.4 ;
– le graphène, un matériau nouvellement découvert, formé d’un cristal de carbone bidimen-
1.1. GÉNÉRALITÉS SUR LES SYMÉTRIES 5

Figure 1.3 – Cristaux de glace. Quelles sont leurs symétries ? Source . . .

Figure 1.4 – Cristaux de quartz, avec au centre, le schéma d’un cristal idéal, avec ses axes de
symétrie. À droite, cristal d’alun de chrome, Sources http ://[Link]/daniel.robert9/Digit/Digit [Link] ;
Source http ://[Link]/[Link], [R. Wagenaar, Europhysicsnews 40/1 2009 p 05]

sionnel (d’une épaisseur d’un seul atome), qui exhibe une remarquable structure hexagonale
“en nid d’abeilles” et des propriétés physiques –transport électronique en particulier– tout à
fait inattendues, Fig. 1.5.
En physique moléculaire, des molécules simples (ammoniac NH3 , pyramide à base équilatérale,
eau H2 O, quelles symétries ?), voir Fig 1.18, ou plus complexes telle le fullerène, Fig. 1.6.
En botanique et en zoologie, la Nature semble n’être jamais à court d’idées de symétries
originales, cf Fig. 1.7.
Les mammifères ont en général une symétrie de réflexion d’ordre 2, au moins globalement,
(Fig. 1.8), sur laquelle nous reviendrons plus longuement au §1.2.
En matière architecturale et artistique, les exemples abondent aussi : Fig. 1.9, Fig. 1.10,
mais aussi dans le domaine des objets manufacturés par l’homme ; ainsi les ailes des moulins à
vent et autres éoliennes, les hélices ou turbines telles celles de la Fig. 1.11 se doivent d’avoir une

Figure 1.5 – Graphène Source Wikipedia


6 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

Figure 1.6 – Molécule C60 de fullerène, obtenue à partir d’un icosaèdre en tronquant (traits
rouges) des calottes autour de chacun des 12 sommets et en plaçant aux 60 nouveaux nœuds
des atomes de carbone.

Figure 1.7 – carambole, sanguinaire du Canada, rudbeckie, marguerite ; étoiles de mer,


oursin, ruche d’abeilles, Sources [Link], http ://[Link]/fibslide/[Link], http ://antimon-
[Link]/[Link]

Figure 1.8 – Le squelette humain présente une symétrie par réflexion dans un plan, ce qui
n’est évidemment pas le cas de la main, sauf quand elle est stylisée . . .Source http ://[Link]-
[Link]/images/[Link]

Figure 1.9 – Palais de Versailles. Tour Eiffel. Dôme de l’église de Mostar, Malte. Sources

http ://[Link]/versailles/[Link], M. Talon


1.1. GÉNÉRALITÉS SUR LES SYMÉTRIES 7

Figure 1.10 – “grecques”, mosaı̈que d’Aquilea (Italie), azulejo de l’Alcazar, Séville ; gravure
d’Escher Source http ://[Link]/[Link] ?cat=6

symétrie par rotation (discrète) autour de leur axe aussi parfaite que possible pour éviter du
“ballant” cause de vibrations et d’usure, mais par contre ne sont pas symétriques par réflexion,
faute de quoi elles ne tourneraient pas !

Figure 1.11 – éolienne, hélice de bateau ; turbine. Sources https ://[Link]/ 05667735/mes [Link],

http ://[Link]/fabricant-bateau/[Link] et http ://[Link]/storage/[Link]

C’est un bon exercice d’identifier toutes les symétries de chacun des exemples présentés sur
les figures précédentes. Quel est l’ordre du groupe, c’est-à-dire le nombre total de toutes ces
symétries, y compris l’identité, (ne pas oublier les réflexions !).
Les symétries qu’on vient de considérer ici sont des isométries de l’espace à deux ou trois
dimensions, c’est-à-dire des opérations préservant les longueurs et les angles (peut-être au
signe près, voir ci-dessous). Nous rencontrerons plus tard des symétries plus générales, soit des
déplacements dans des espaces de dimensions plus élevée (telles les transformations relativistes
de l’espace-temps), soit des transformations de nature différente, dilatations ou changements
d’échelle, importantes dans l’étude des phénomènes critiques ou le comportement asympto-
tique de haute énergie en physique des particules, ou d’autres plus abstraites encore, comme
8 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

les rotations d’isospin ou les transformations de jauge.


Ce premier chapitre va se concentrer sur les transformations géométriques de base que sont
les déplacements.

1.1.3 Isométries et déplacements


On appelle isométrie une transformation géométrique de l’espace euclidien Rd qui préserve
les longueurs. (C’est donc une symétrie de la géométrie euclidienne : tout théorème vrai pour une
figure l’est aussi pour ses transformées par toute isométrie). Par les règles de la trigonométrie,
une isométrie préserve donc aussi les angles au signe près. On appelle déplacement une isométrie
qui préserve l’orientation (de l’espace ou d’un repère), donc les angles orientés. On démontre
qu’à 1 dimension, les isométries sont les translations et les réflexions par rapport à un point
de la droite. Seules les translations sont des déplacements. En dimension 2 ou 3, peuvent
aussi intervenir des rotations (d’angle θ, autour d’un point à d = 2, autour d’un axe ~u à
d = 3). On démontre que toute isométrie est le “produit” (ou la composition) de trois types
de transformations : les translations, les rotations et les symétries par rapport à une droite (à
deux dimensions) ou à un plan (à trois dimensions).

Composition des isométries


Il est clair d’après ce qui précède que la composition de ces isométries ou déplacements
produit d’autres isométries ou déplacements : les isométries dans une dimension donnée forment
un groupe, au sens mathématique du mot, et il en est de même des déplacements.
Les translations et les rotations forment indépendamment des sous-groupes d’isométries. La
composée de deux translations de vecteurs T~1 et T~2 est la translation de vecteur T~ = T~1 + T~2 ; la
composée de deux rotations de même centre (à d = 2) ou d’axes concourants (à d = 3) est une
autre rotation. La composée de deux réflexions par rapport à deux plans P et P’ se coupant
le long d’une droite D et faisant un angle α est une isométrie respectant les orientations et
laissant D invariante, c’est donc une rotation d’axe D dont on calcule aisément l’angle = 2α,
voir fig. 1.12. Que se passe-t-il si les deux plans sont parallèles ?
On étudie en géométrie la composition des autres types d’isométries, mais nous ne poursui-
vrons pas cette discussion ici.

M’’ P’

M’
2"
" P
!
Figure 1.12 – Le produit de deux réflexions par rapport à deux axes P et P’ du plan faisant
un angle α est une rotation d’angle 2α. La même situation est vraie à d = 3 pour le produit de
deux réflexions dans des plans P et P’ se coupant selon une droite D avec un angle α ; la figure
peut alors être considérée comme la vue dans un plan orthogonal à la droite D.

Dans ce premier chapitre, nous allons nous restreindre la plupart du temps à des transforma-
tions de translation et de rotation discrètes, c’est-à-dire telles que pour chaque transformation
1.2. RÉFLEXION-MIROIR ET INVERSION/PARITÉ 9

il n’en existe pas d’autre arbitrairement proche. Mieux encore, les rotations seront en nombre
fini. Pour un groupe fini, c’est un exercice souvent utile et toujours instructif de construire la
table de composition des opérations du groupe.

1.2 Réflexion-miroir et inversion/parité


1.2.1 Isométries impropres
Dans ce paragraphe, nous nous intéressons au groupe de transformations le plus simple qui
soit, le groupe à deux éléments engendré par une réflexion, par rapport à un point, une droite
ou un plan, respectivement à une, deux ou trois dimensions. Cette réflexion est désignée en
général comme réflexion-miroir.
En dimension impaire, on peut aussi considérer l’opération de symétrie par rapport à
un point, disons l’origine O, appelée inversion (d’espace) par les cristallographes (à ne pas
confondre avec l’inversion en géométrie !) et parité en physique atomique ou des particules, et
−−→ −−→
définie par OM 0 = −OM . Elle a pour effet de changer le signe de toutes les coordonnées dans
−−→ −−→
un repère attaché à cette origine O, OM = (x, y, z) 7→ OM 0 = (−x, −y, −z). En dimension
paire, l’inversion/parité est une rotation, cf. le cas d = 2. En dimension 1, elle s’identifie à la
réflexion (miroir) par rapport à l’origine. En dimension 3, sa composition avec la réflexion par
rapport au plan Oxy (z 7→ −z) donne la rotation d’angle π autour de l’axe des z.
Toutes ces opérations, réflexions-miroir ou inversion/parité en dimension impaire, ont en
commun une propriété géométrique importante : celle de renverser l’orientation d’un repère
orienté, ou le signe d’un angle dans un plan orienté. On parle d’isométries “impropres”.
Chacune de ces transformations impropres peut être considérée seule ou composée avec
d’autres transformations, propres (rotations) ou impropres. C’est le cas quand on cherche à
déterminer le groupe de symétrie de rotation et réflexion d’un objet donné. On verra des
exemples au §1.3.3 ci-dessous.

1.2.2 Réflexion-miroir
En physique, en chimie ou dans les sciences de la vie, ces opérations de réflexions-miroir
jouent un rôle important. Mais aussi dans la vie courante ! Une main (Fig. 1.8), une vis, un tire-
bouchon, une clé en général . . . sont des objets chiraux 1 , c’est-à-dire non superposables à leur
image-miroir. Comme on l’a dit, une éolienne, une turbine ne tourneraient pas si elles n’étaient
pas chirales, Fig. 1.11. En chimie, une molécule est en général chirale. Des molécules simples
comme l’eau, l’ammoniac, le benzène, sont achirales, c’est-à-dire superposables à leur image-
miroir. Des molécules plus complexes telles les protéines sont le plus souvent chirales. Dans le
monde minéral, elles apparaissent généralement sous forme de mélange racémique, c’est-à-dire
avec des populations égales de chaque chiralité.

La question se pose aussi en mathématiques, en théorie des nœuds, par exemple : le “nœud
de trèfle” ci-contre est-il ou non chiral, c’est-à-dire identique (à déformation près) à son
image miroir ? Qu’en est-il de l’“entrelacs” (nœud à trois composantes) de la mosaı̈que
de la figure 1.10 ?

Le concept de chiralité est également important en physique. La chiralité se manifeste ainsi


dans les cristaux, par exemple le quartz, (chimiquement de la silice SiO2 ), qui vient en deux
1. du grec kheir, main
10 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

variétés dans lesquelles les tétraèdres (Si entouré de 4 O) forment des hélices de chiralités
opposées. On y reviendra au paragraphe suivant.
Un phénomène important où apparaı̂t la chiralité est celui de lumière polarisée circulaire-
ment.
On rappelle que dans un faisceau de lumière monochromatique de vecteur d’onde ~k et de fréquence ω, le champ
électrique est donné par (la partie réelle de) la fonction de la position ~x et du temps t

~ x, t) = A1~e1 exp(i(~k.~x − ωt + α1 )) + A2~e2 exp(i(~k.~x − ωt + α2 ))


E(~

où (~e1 , ~e2 , ~k) forment un trièdre orthonormé et les amplitudes A1 et A2 sont choisies réelles positives. À un
point ~x donné, l’extrémité de E ~ décrit en fonction du temps une ellipse en général (polarisation elliptique), un
segment de droite (polarisation droite) si A1 ou A2 s’annule, et un cercle (polarisation circulaire) si A1 = A2 et
|α1 − α2 | = π/2. Dans ce dernier cas, la polarisation est dite gauche ou droite selon que α1 − α2 = ±π/2.
L’image-miroir d’un tel faisceau de polarisation gauche est un faisceau de polarisation droite.
C’est d’ailleurs en observant le “pouvoir rotatoire” de certaines cristaux ou molécules qu’on
détermine leur caractère chiral ou non. Un faisceau lumineux polarisé linéairement voit son plan
de polarisation tourner vers la droite (quand on observe le rayon) à la traversée d’une substance
“dextrogyre”, vers la gauche pour une substance “lévogyre”, voir fig 1.13. C’est l’effet observé
d’abord par Arago (sur le quartz) et Biot (sur un corps en solution) au début du XIXème siècle,
et relié à la structure microscopique chirale de la substance selon une hypothèse de Herschel.
Dans un travail fameux, Louis Pasteur (en 1848, à l’âge de 25 ans !) 2 résout un paradoxe : on avait découvert
que l’acide tartrique HOOC-CHOH-CHOH-COOH (ou son sel, le paratartrate de sodium et d’ammonium)
existait sous deux formes de même formule chimique, l’une, sous-produit de la vinification, venant des dépôts
dans les tonneaux de vin, est dextrogyre ; l’autre forme, de synthèse, nommée acide paratartrique, n’a pas de
pouvoir rotatoire. Pasteur montre que l’acide paratartrique est racémique, c’est-à-dire qu’il vient en deux espèces
de chiralités opposées ; après cristallisation et tri manuel méticuleux des cristaux, il vérifie le pouvoir rotatoire
opposé de chacune des deux chiralités.
On constate que le saccharose (sucre extrait de la betterave) est dextrogyre, tandis que le
fructose, présent dans les fruits, est lévogyre.

P A
S

S !
Figure 1.13 – Pouvoir rotatoire d’une substance : un faisceau polarisé linéairement par un
polariseur P traverse ensuite une substance “optiquement active” S : on constate que l’analyseur
A doit être tourné d’un angle α pour retrouver l’extinction du rayon lumineux.

Dans le monde vivant, la chiralité est en effet très répandue. L’ADN, les protéines, les
acides aminés, . . . sont des molécules chirales. Par exemple, la kératine, protéine constitutive
des ongles, cheveux et autres cornes a une structure hélicoı̈dale, voir fig 1.14. Le goût et d’autres
activités biologiques dépendent de façon cruciale de la chiralité de la molécule.
L’origine de ces propriétés chirales du vivant demeure pour une large part mal comprise. Ainsi, pourquoi une
seule chiralité, et toujours la même, (droite), apparaı̂t-elle dans tous les ARN de toutes les espèces ? Pourquoi les
acides aminés des protéines sont-ils gauches ? et les sucres présents dans l’ADN des organismes vivants droits ?

2. “Aussi bien ce sont mes premières joies de chercheur. Celles qu’inspire la science n’ont pas moins de poésie
que les autres.” (L. Pasteur)
1.3. ROTATIONS ET RÉFLEXIONS DE R2 ET DE R3 11

Figure 1.14 – Kératine, Source http ://[Link]/wps/media/objects/602/616516/Chapter [Link]

1.3 Rotations et réflexions de R2 et de R3


1.3.1 Groupes O(d) et SO(d)
Les isométries de Rd qui “fixent un point” (c’est-à-dire laissent un point invariant) sont,
on l’a vu, les rotations (autour de ce point) et réflexions (par rapport à ce point ou à une
droite ou un plan le contenant) et leurs produits. Si on choisit le point fixe comme origine de
l’espace, ces transformations peuvent être considérées comme applications linéaires de l’espace
Rd préservant la norme |~r|2 de tout vecteur ~r, et sont donc décrites par des matrices orthogonales
O, [Link] = 1l.
Rappelons l’argument : si ~r est représenté par un vecteur colonne X, la transformation X 7→ X 0 = OX
est une isométrie si |~r0 |2 = X 0T · X = X T OT OX = X T .X = |~r|2 , donc OT .O = 1l ou de façon équivalente,
[Link] = 1l. En prenant le déterminant de cette relation, det [Link] = (det O)2 = det 1l = 1, donc une telle matrice
orthogonale a un déterminant égal à ±1. Par ailleurs, l’orientation d’un repère de d vecteurs ~a1 , ~a2 , · · · , ~ad est
définie par le signe du déterminant det(~a1 , ~a2 , · · · , ~ad ). Par une transformation ~a 7→ ~a0 , etc, par la matrice O,
det(~a01 , ~a02 , · · · , ~a0d ) = det O det(~a1 , ~a2 , · · · , ~ad ). L’orientation du repère change si et seulement si det O = −1.
Ces matrices O forment un groupe de matrices noté O(d). Ce groupe orthogonal a comme
sous-groupe les matrices orthogonales de déterminant 1, noté SO(d) (groupe spécial orthogonal).
Seules les matrices de SO(d) décrivent des rotations. Les matrices de déterminant −1 décrivent
des “transformations impropres”, qui sont d’une façon générale le produit d’un nombre impair
de réflexions.

1.3.2 Sous-groupes finis des groupes de rotation à d = 2 et d = 3


Il est utile de connaı̂tre les sous-groupes finis du groupe des rotations à d = 2 et d = 3. À deux dimensions,
toute rotation d’angle 2π/n autour de l’origine engendre un sous-groupe d’ordre n. C’est le groupe cyclique Cn ,
commutatif (ou “abélien”). La situation à trois dimensions, où le groupe SO(3) est non commutatif (ou “non
abélien”) comme tous les amateurs du Rubik Cube le savent !, est beaucoup plus intéressante. On démontre que
tous les sous-groupes finis du groupe SO(3) figurent dans la liste suivante : groupes cycliques Cn de rotation
d’angle 2π/n autour d’un axe ~u, groupes “diédraux” Dn , d’ordre 2n, obtenu en adjoignant aux n rotations de
Cn une rotation de π autour d’un axe orthogonal à ~u ; et les trois groupes de symétrie de rotation des solides
platoniciens (voir § suivant et exercice en TD). On peut donc résumer la situation en disant que tous les groupes
finis de SO(3) apparaissent comme groupe de symétrie de rotation d’un des solides de la figure 1.15.

1.3.3 Groupes d’invariance des polygones et des polyèdres


Il est instructif et utile pour la suite de consacrer un peu de temps à l’étude des groupes
d’invariance des figures géométriques simples, les polygones et les polyèdres réguliers.
Exemple : groupe du carré (voir TD). On désigne ainsi le groupe d’invariance (d’isométrie)
du carré. Ce groupe comporte des rotations d’angle multiple de π/2 autour du centre O du carré :
le sous-groupe de rotation est donc d’ordre 4. Mais il contient aussi des réflexions par rapport
12 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

O I

n=5 n=5

Cn Dn T

Figure 1.15 – Solides dont les groupes de symétrie de rotation décrivent tous les sous-groupes
finis de SO(3). Les groupes Cn et Dn sont illustrés ici par le cas n = 5.

B A

.O

C D

Figure 1.16 – Symétries de rotation et de réflexion du carré.

aux deux médiatrices des paires de côtés opposés, et celles par rapport aux deux diagonales.
Noter que l’inversion par rapport à son centre n’est autre que la rotation de π autour de son
centre (à deux dimensions, l’inversion respecte l’orientation). Le groupe complet du carré est
donc d’ordre 8.
Les invariances de la figure se traduisent par une permutation de ses sommets. Pour cal-
culer la composition de deux transformations et construire la table de multiplication, il peut
être plus commode de composer les deux permutations correspondantes. Ainsi par exemple,
la réflexion par rapport à la diagonale AC donne la permutation (ADBC) de la configuration
initiale (ABCD). La rotation de −π/2 donne de même (BCDA), donc en les composant, on
trouve la permutation (BADC) qui correspond à la réflexion par rapport à la médiatrice de AB.
Le produit effectué dans l’ordre inverse conduit à la réflexion par rapport à l’autre médiatrice.
On peut répéter cette discussion pour les autres polygones réguliers, cf fig 1.1. Mais plus
intéressant, on peut aussi l’étendre aux polyèdres réguliers de la fig 1.2. Leur apparition
fréquente dans la suite, surtout celle du tétraèdre et du cube, justifie qu’on étudie leur groupe
d’invariance, voir aussi exercice en TD.
Un tétraèdre régulier (voir figure 1.17(a)) est invariant par les rotations de ±2π/3 autour de
chacun des 4 axes joignant un sommet au centre de gravité de la face opposée ; et aussi par les
rotations de π (demi-tour) autour de chacun des 3 axes joignant les milieux des paires de côtés
opposés (AB et CD par exemple). Il est engendré par deux de ces rotations, une de chaque type,
comme on s’en convainc en construisant la table de multiplication. (Selon l’observation faite
plus haut pour le carré, il est utile de regarder ces transformations comme des permutations des
4 sommets.) On désigne par T ce groupe du tétraèdre, groupe des rotations le laissant invariant.
Il est donc d’ordre 2 × 4 + 3 + 1 = 12.
Pour faire bien apparaı̂tre les symétries impropres (réflexions et autres) du tétraèdre, il est
utile de le voir comme inscrit dans un cube (voir figure 1.17(b)). Le tétraèdre est invariant par
réflexion dans l’un des 6 plans bissecteurs passant par une de ses arêtes et le milieu de l’arête
1.3. ROTATIONS ET RÉFLEXIONS DE R2 ET DE R3 13

opposée. Mais il est aussi invariant sous la combinaison d’une inversion par rapport au centre
du cube suivie d’une rotation de ±π/2 autour d’un des 3 axes perçant le cube aux centres
d’une paire de faces opposées. Le groupe complet d’isométrie du tétraèdre noté Td est donc
d’ordre 24, qui est le nombre de permutations des 4 sommets : on a bien ainsi “épuisé” toutes
les symétries du tétraèdre.
Pour le cube, (ou ce qui revient au même, pour l’octaèdre), une discussion du même genre
conduit à un groupe de rotation O d’ordre 24, fait de 4 × 2 = 8 rotations de ±2π/3 autour des
4 diagonales, de 3 × 3 = 9 rotations de π/2, π, 3π/2 autour des axes joignant les centres des
paires de faces opposées, et des 6 rotations de π autour des axes joignant les milieux de paires
d’arêtes opposées, plus l’identité bien sûr.
Comme dans tout objet géométrique fini ayant un centre de symétrie (centre d’inversion),
toute isométrie du cube est soit une rotation (y compris l’identité, rotation d’angle nul), soit
le produit d’une telle rotation par l’inversion. En effet considérons une isométrie : ou bien elle
préserve l’orientation et c’est donc une rotation, ou bien elle ne la préserve pas, mais alors son
produit par l’inversion la préserve et on est ramené au cas précédent. On dit donc que le groupe
complet noté Oh du cube est le produit de O par le groupe Z2 engendré par l’inversion, et
Oh = O × Z2 est d’ordre 48.
Enfin le groupe I de rotations de l’icosaèdre est d’ordre 60 : il comporte 6 × 4 rotations
d’angle multiple de 2π/5 autour d’un des 6 axes joignant des paires de sommets opposés ; 10 × 2
rotations de ±2π/3 autour d’un axe joignant les milieux des faces triangulaires opposées ; et 15
rotations de π autour de l’un des axes joignant les milieux des paires d’arêtes opposées ; plus
l’identité. Voir Fig. 1.17. Le groupe Ih d’isométries, propres ou impropres, selon l’argument
donné pour le cube est de la forme I × Z2 , il a l’ordre 120.

"
+ !
#
A 2
B’
+ 2!
#
3
A
D’ C

! D C’
D
B
C B A’

(a) (b) (c)


Figure 1.17 – Symétries propres et impropres du tétraèdre : (a) rotations d’angle ±2π/3 et
d’angle π ; (b) le tétraèdre est invariant par l’inversion par rapport au centre O du cube suivie
d’une rotation par exemple de π/2 autour de l’axe ∆ qui amène B’ sur A, D’ sur C, etc ; et
aussi par la réflexion par rapport au plan passant par CD et D’C’. (c) Symétries de rotation
de l’icosaèdre.

1.3.4 Groupes ponctuels


Ce qui vient d’être dit sur les groupes d’invariance des polyèdres réguliers est le début de la classification
des groupes ponctuels à 3 dimensions, c’est-à-dire de tous les groupes finis engendrés par des rotations, réflexions
ou l’inversion par rapport à un point. Ce sont donc les sous-groupes finis des groupes O(3). Le mot “ponctuel”
signifie que chacun de ces groupes laisse invariant un point : ce point est le centre d’inversion éventuel, et les
axes de rotation ou les plans de réflexion passent par ce point. La terminologie la plus simple pour les dénoter est
14 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

celle de Schönflies 3 utilisée en spectroscopie ([9], § 93) : Cn pour le groupe cyclique engendré par la rotation de
2π/n autour d’un axe qu’on peut imaginer vertical ; Cnh si un miroir perpendiculaire à l’axe est aussi présent ;
Cnv , si le miroir est parallèle à l’axe ; S2n pour le groupe engendré par une “rotation-réflexion” d’ordre 2n (ce
qui signifie un produit d’une rotation d’angle 2π/2n par une inversion par rapport à un point de l’axe) 4 . Dn
groupe diédral engendré par Cn et les rotations de π autour d’un axe orthogonal, Dnh a en outre un miroir
perpendiculaire à l’axe et Dnd a, outre les générateurs de Dn , un miroir vertical faisant un angle de π/n avec
l’axe de rotation horizontal ; T et O sont les groupes de rotation du tétraèdre et de l’octaèdre ou cube ; Td et Oh
en sont les groupes complets d’invariance (rotations, inversions et réflexions), cf. §1.3.3, et Th = T × Z2 combine
les rotations de T avec une inversion ; enfin I et Ih sont les groupes d’invariance de l’icosaèdre rencontrés plus
haut.

1.4 Symétries des molécules


Les premiers objets physiques dont nous pouvons analyser les propriétés de symétrie sont
des molécules. Nous nous bornerons pour le moment à en décrire les symétries géométriques,
avant de discuter aux chapitres 5 et 6 les implications sur leurs spectres d’excitation etc.
Selon la conformation spatiale de la molécule, le groupe de symétrie est évidemment très
différent, voir Fig. 1.18.
Pour des molécules linéaires (en particulier diatomiques, telles H2 , HCl, . . . mais pas nécessai-
rement, par exemple l’acétylène C2 H2 ), cette symétrie inclut une rotation d’angle quelconque
autour de l’axe ∆ de la molécule, et la réflexion dans tout plan contenant cet axe de la molécule.
Avec les notations de Schönflies (cf § 1.3.4), on parlera du groupe de rotation C∞ et du groupe
complet C∞v . Mais la molécule peut avoir une symétrie supplémentaire par rotation de π autour
d’un axe orthogonal à ∆ et l’inversion par rapport à son centre de gravité : c’est le cas des
molécules diatomiques composées de deux atomes ou de deux motifs d’atomes identiques, O2 ,
H2 , etc, C2 H2 , et le groupe est alors noté Dnh .

H
C N
O
C C H H H
H H H Cl H
H H H
F
H
U
C
H H
H

Figure 1.18 – Molécules H2 , H Cl, acétylène C2 H2 , butadiène C4 H6 , H2 O, NH3 , CH4 , hexa-


fluorure d’uranium UF6

La molécule d’eau n’est pas linéaire : il y a un angle de 104o environ entre les deux liaisons
O-H. Le groupe de symétrie est le produit du groupe Z2 de réflexion dans le plan de la molécule
par le groupe Z2 de réflexion dans le plan médiateur.
Exemples d’autres molécules planes : benzène, ozone, éthylène H2 C=CH2 , etc, ou non pla-
naires : éthane H3 C-CH3 , etc.

3. Arthur Moritz Schönflies (ou Schoenflies) (1853-1928), mathématicien allemand, auteur d’importants tra-
vaux en cristallographie.
4. Pourquoi se limite-t-on à des S d’ordre pair ? Examiner par exemple ce qu’est le groupe engendré par une
rotation-réflexion d’ordre 3.
1.5. SYMÉTRIES D’UN CRISTAL 15

La molécule d’ammoniac NH3 a la forme d’une pyramide à base triangulaire (tétraèdre


d = 107, 8o et une distance interatomique d(H-N) = 1,02 Å. Le
irrégulier), avec un angle HNH
groupe de symétrie de rotation est C3 , cf. §1.3.2. S’y ajoutent les réflexions, formant le groupe
C3v , voir §1.3.4.
Le méthane CH4 a la configuration d’un tétraèdre régulier, avec le C au centre de symétrie,
et d(H-C) = 1,08Å. Son groupe de symétrie est le groupe Td étudié plus haut (cf. §1.3.3).
On rencontre aussi des configurations plus compliquées, par exemple octaédrique (hexafluorure
d’uranium UF6 ) ou icosaédrique, avec le fullerène C60 , voir fig 1.6. Le groupe de symétrie de
rotation du fullerène est donc I, (cf § précédent), le groupe complet, rotations et réflexions, est
Ih .

1.5 Symétries d’un cristal

Un cristal est un arrangement régulier, périodique, de constituants –atomes, ions, molécules.


Dans l’idéal, le cristal s’étend à l’infini dans toutes les directions. De façon plus réaliste, on
suppose seulement que ses dimensions sont très grandes devant les dimensions microscopiques
entre constituants.
Pour évaluer ces dimensions microscopiques, on suppose que les constituants sont essentiellement au contact.
Pour des cristaux atomiques ou ioniques, les distances sont donc de l’ordre de quelques Å. En comparaison, un
calcul simple conduit à une distance moyenne entre atomes dans un gaz de l’ordre de a = (22.4 10−3 /6 1023 )1/3 m ≈
30Å. Dans un cristal biologique, les distances entre les macromolécules constituantes sont évidemment plus
élevées.
Les cristaux les plus intéressants pour le physicien sont tridimensionnels, mais le progrès des
techniques –épitaxie et autres– de fabrication de “couches minces” ainsi que leur plus grande
simplicité amènent à s’intéresser aussi aux objets bidimensionnels. Rien n’interdit d’étudier
aussi la situation à une dimension (cf exercices en TD) ou en dimension 4 et plus.
Les cristaux en tant qu’objets géométriques ont des propriétés de symétrie manifestes. La
plus évidente est celle d’invariance par les translations (les périodes) dont on a supposé l’exis-
tence. Cela va nous amener à examiner des réseaux et à en étudier les différents types de
symétries supplémentaires, rotations, réflexions, etc les laissant invariants ou laissant invariante
la structure cristalline dans son ensemble. Ce faisant, on va être conduit à une classification
complète des différents types de structures cristallines. L’intérêt pour le physicien de ce travail
de classification est que des substances cristallisant selon la même structure ont des propriétés
physiques communes, obéissent aux mêmes règles de sélection etc, cf Chapitre 2.
Par définition, un cristal jouit de propriétés d’invariance par les translations ou périodes d’un
réseau sous-jacent (cf § suivant), dont les nœuds peuvent être ou non localisés sur des atomes
du cristal. L’ensemble du cristal peut donc être reconstruit à partir d’un motif élémentaire, ou
maille, sur lequel on fait agir les translations. Chaque maille peut elle-même contenir un ou
plusieurs atomes. Les symétries du cristal vont donc résulter de celles du réseau sous-jacent et
de celles de la maille élémentaire.
La discussion qui va suivre va s’organiser en plusieurs étapes :
– classification des groupes ponctuels, d’isométries qui laissent fixe un point du réseau ;
– classification des réseaux périodiques (définis plus bas) et de leurs types de symétries ;
– classification des groupes d’espace, qui incluent les translations.
16 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

a2 b

a1

Figure 1.19 – Les réseaux à d = 2 définis par ~a1 et ~a2 , ou par ~a1 et ~b = ~a1 +~a2 , sont identiques,
pourquoi ?

Dimension Groupes Réseaux Systèmes Groupes


d ponctuels de Bravais réticulaires d’espace
d=1 2 1 1 7
d=2 10 5 4 17
d=3 32 14 7 230
Nombre de classes de réseaux de Bravais et de groupes de
symétries cristallines, selon la dimension d d’espace

(Les systèmes réticulaires (on dit aussi parfois système cristallin) rassemblent les cristaux (les
groupes d’espace) dont les réseaux de Bravais ont le même groupe ponctuel. )

1.5.1 Réseaux de Bravais


Définition

On appelle réseau en mathématiques, et réseau de Bravais 5 en cristallographie, un ensemble


infini discret R de points de l’espace Rd obtenus comme combinaisons linéaires entières de d
vecteurs de base linéairement indépendants ~a1 , · · · ~ad appelés périodes

d
X
R: ~t = ni~ai ni ∈ Z . (1.1)
i=1

On appelle maille élémentaire 6 le solide géométrique, parallélélogramme à d = 2, parallélépipède


à d = 3, (et “parallélotope” en dimension quelconque), sous-tendu par les vecteurs ~a1 , · · · ~ad ,
−−→ P
c’est-à-dire l’ensemble des points M tels que OM = di=1 xi~ai avec 0 ≤ xi ≤ 1.
Le choix de l’origine du réseau, dans un cristal est arbitraire. Il est commode, mais pas obligatoire, de le
prendre sur un atome. Le choix des périodes ~ai et donc celui de la maille n’est pas unique non plus. Si on
Pd Pd
effectue un changement de base ~a0i = j=1 ~aj Sji (et donc des composantes n0i = j=1 Sij nj ), il faut que les
Sij soient entiers (de Z) et (pour que la matrice inverse soit elle aussi à coefficients entiers) que det S = 1
(matrice “unimodulaire”). Montrer que la condition det S = 1 implique que le volume de la maille élémentaire
est indépendant de son choix. Exemple à d = 2, cf figure 1.19.
Montrer pourquoi le “réseau en nid d’abeilles” tel celui de la figure 1.5 n’est pas un réseau de Bravais mais
plutôt une superposition de deux réseaux triangulaires.

5. Auguste Bravais, 1811–1863, a classé vers 1850 les réseaux dans R3 selon leurs groupes de symétrie en 7
“systèmes”, et plus finement en 14 “classes”, comme on va l’expliquer.
6. Les mathématiciens parlent de “domaine fondamental”.
1.5. SYMÉTRIES D’UN CRISTAL 17

Symétries de rotation d’un réseau


Supposons qu’un réseau est invariant par une rotation d’angle θ défini modulo 2π radians =
360o . Pour un réseau bidimensionnel, il s’agit d’une rotation dans le plan, c’est-à-dire autour
d’un point de ce plan (ou si on préfère autour d’un axe orthogonal au plan) ; à trois dimensions,
la rotation est autour d’une direction ~u de l’espace. Comparons la description de cette rotation
dans deux repères de coordonnées. Dans un repère orthonormé choisi dans le plan de rotation,
(éventuellement complété à d = 3 par le  vecteur unitaire ~u
), la matrice de rotation s’écrit
  cos θ − sin θ 0
cos θ − sin θ
O= , respectivement O =  sin θ cos θ 0. Dans une base de périodes du
sin θ cos θ
0 0 1
réseau, la matrice O0 n’est a priori plus orthogonale mais elle doit n’avoir que des coefficients
entiers puisque la rotation transforme les périodes en périodes. Les matrices O et O0 sont
semblables, O = XO0 X −1 (avec X la matrice de changement de base), et doivent donc avoir
la même trace. Cela impose que 2 cos θ est entier (positif, nul ou négatif) de valeur absolue
≤ 2. Il ne peut donc prendre que les 5 valeurs 0, ±1, ±2, ce qui restreint les angles de rotation
possibles :
2 cos θ ∈ Z =⇒ |θ| = 2π/n, n = 1, 2, 3, 4, 6, soit θ = 180o , ±120o , ±90o , ±60o (et 0o bien sûr).
Noter qu’en particulier un axe de rotation d’ordre 5, c’est-à-dire θ = 2π/5, est interdit (d’où
la stupéfaction des physiciens Shechtman, Blech, Gratias et Cahn en 1984 à la vue d’images de
diffraction de rayons X présentant une symétrie d’ordre 5, cf ci-dessous §1.5.4).
Cet argument s’applique donc aux réseaux à 2 et 3 dimensions, tandis qu’en dimension
supérieure, d’autres valeurs des angles de rotation deviennent possibles.
Il faut maintenant voir quelles réflexions sont compatibles avec les rotations et translations
d’un réseau. On va procéder en plusieurs étapes, en déterminant d’abord les groupes ponctuels,
c’est-à-dire fixant un point du réseau, donc excluant les translations ; puis en faisant rentrer les
translations dans la discussion et en examinant quels réseaux de Bravais sont possibles ; et enfin
en identifiant quelles décorations de chaque maille élémentaire sont possibles par un “motif”
d’atomes, et quels groupes (de symétrie) d’espace en résultent.
Nous allons décrire assez en détail la situation à d = 2 dimensions et nous contenter de
l’esquisser à d = 3.

1.5.2 Cristallographie à deux dimensions


Groupes ponctuels à d = 2
Les cinq types de rotations possibles qu’on a déterminés plus haut peuvent se combiner avec
une ou des réflexion(s). On obtient donc 10 groupes ponctuels à d = 2 dimensions. La notation
traditionnelle en cristallographie est la suivante :
1, 1m, 2, 2mm, 4, 4mm, 3, 3m, 6, 6mm .
Le chiffre désigne l’ordre de la rotation, tandis que le m signale l’existence d’une réflexion-miroir,
et mm celle de deux miroirs indépendants (non reliés par l’action d’une rotation). Ces dix
groupes sont représentés sur la figure 1.20 par l’orbite d’un point “générique” (=quelconque),
c’est-à-dire par l’ensemble de ses images par l’action du groupe. Si le groupe G est d’ordre
(=nombre d’éléments) |G|, une orbite générique compte donc |G| points.

Types de réseaux de Bravais à d = 2


Examinons quelles rotations (autour d’un point du réseau) et réflexions par rapport à un axe
passant par un point du réseau sont possibles, pour différentes configurations de périodes de
18 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

1 2 3 4 6

1m 2mm 3m 4mm 6mm


Figure 1.20 – Les 10 groupes ponctuels à d = 2 dimensions, symbolisés par l’“orbite”, c’est-à-
dire l’ensemble des images par l’action du groupe, d’un point générique. Sur la deuxième ligne,
on a tracé les axes de réflexion et leurs images par les rotations soit en trait plein, soit en ligne
brisée.

base ~a1 et ~a2 . Il est clair que tout réseau de Bravais à d = 2 est invariant par les rotations de π
autour de l’origine : les périodes ~a1 et ~a2 sont transformées en leurs opposées, qui appartiennent
toujours au réseau. C’est la seule symétrie du réseau “générique”, dont la maille ∆ est un
parallélogramme arbitraire (voir fig. 1.21(a)). D’autre part une rotation d’ordre 4, donc d’angle
π/2, n’est possible que si ~a1 et ~a2 sont orthogonaux et de même longueur. Dans ce cas, ∆ est
un carré, le réseau est le réseau carré, invariant aussi sous les deux réflexions par rapport aux
directions de ~a1 et ~a2 , et aussi par rapport à celles de ~a1 ± ~a2 (cf étude du “groupe du carré”
au § 1.3.3 et fig 1.21(b)). De même une rotation d’ordre 3 ou 6 (angles de 2π/3 ou π/3) n’est
possible que si ~a1 et ~a2 font un angle de ±π/3 ou ±2π/3. Dans les deux cas, le réseau qui en
résulte est le réseau triangulaire (dit aussi “hexagonal”) (fig 1.21(c)), invariant aussi par les
réflexions par rapport aux trois directions portées par ~a1 , ~a2 et ~a02 . Examinons enfin le cas de
réseaux qui n’ont pas d’invariance par rotation (autre que la rotation de π) mais seulement par
réflexion. On vérifie que les deux seules possibilités sont celles d’un réseau rectangulaire, ~a1 ⊥ ~a2
mais |~a1 | 6= |~a2 | (fig 1.21(d)) et d’un réseau engendré par ~a1 et ~a2 , tels que ~a1 .~a2 = 21 ~a21 (fig
1.21(e)). Ce dernier cas peut être vu comme un réseau de domaine fondamental losange porté
par les vecteurs ~a2 et ~a2 −~a1 , mais on préfère souvent le décrire comme un “réseau rectangulaire
centré” de périodes ~a1 et ~b = 2~a2 − ~a1 ; noter que dans cette dernière description, ce “réseau”
rectangulaire centré n’est pas un réseau de Bravais, (pourquoi ?), mais l’avantage est que les
symétries apparaissent plus clairement.
Ceci achève l’énumération des 5 types de réseaux de Bravais à 2 dimensions.
Remarques et exercices.
1. Noter que les deux derniers cas (fig 1.21(d) et (e)) reproduisent les réseaux carré (b) et hexagonal (c) comme
cas particuliers (pour quelles valeurs des modules et des angles des deux périodes ?)
2. Noter que les groupes de symétrie de ces 5 types de réseaux ne constituent que 4 des 10 groupes trouvés plus
haut. Lesquels et pourquoi ?

Groupes d’espace à d = 2

Pour terminer la discussion des réseaux cristallins à d = 2, il nous faut encore examiner de
combien de façons indépendantes les réseaux de Bravais que nous venons de classifier peuvent
être décorés par des motifs atomiques et quelle est la symétrie finale du cristal. Les symétries du
réseau ainsi décoré peuvent être différentes de celles du réseau “nu”, elles peuvent impliquer non
1.5. SYMÉTRIES D’UN CRISTAL 19

a
2
a’ a
2 2

a1 a1
a
2 (b) (c)

a1

b
a a
2 2
a’
(a) 2
a1
a1

(d) (e)

Figure 1.21 – Les 5 classes de réseaux de Bravais à 2 dimensions. Successivement, (a) réseau
monoclinique : ~a1 et ~a2 arbitraires, maille ∆ = parallélogramme générique ; (b) réseau carré (ou
tétragonal) : |~a1 | = |~a2 | et ~a1 ⊥ ~a2 , ∆ = carré ; (c) réseau hexagonal : |~a1 | = |~a2 |, ∆ = losange
d’angles π/3, 2π/3 ; (d) réseau orthorhombique (ou rectangulaire) : ~a1 ⊥ ~a2 , ∆ = rectangle ;
(e) réseau rectangulaire centré ~a1 .~a2 = 21 ~a21 ∆ = losange générique.

seulement des translations, rotations et réflexions mais aussi des glissements, obtenus par com-
position d’une translation par une demi-période et d’une réflexion par rapport à l’axe de trans-
lation. Les 17 groupes d’espace qu’on obtient au final se reflètent dans les 17 types de pavages
périodiques que les artistes (de l’Égypte antique au monde arabe) ont découvert bien longtemps
avant les cristallographes (Fedorov, 1891) 7 . Voir http ://[Link]/wiki/Wallpaper group
pour une très jolie collection de pavages, appelés dans ce contexte “papiers peints” par les anglo-
saxons. La figure 1.22 montre ces 17 types de réseaux à deux dimensions.
La notation est conventionnelle et due à Hermann et Mauguin 8 . Elle comporte une lettre p ou c suivie de
3 symboles, dont chacun est un chiffre 1,2,4,6 ou la lettre m ou g. La première lettre p ou c indique si la maille
est primitive ou centrée. L’entier n qui suit indique le plus grand ordre de symétrie de rotation présente : 1 si
aucune symétrie de rotation, n si une rotation de 2π/n est une symétrie. Le symbole suivant est un m, un g
ou un 1 selon qu’un axe de translation du réseau est aussi un axe de réflexion-miroir (m), un axe de glissement
(g) ou seulement un axe de translation. On utilise généralement une notation abrégée (deuxième colonne de la
Table 1 et figure 1.22.

Chacun de ces types de réseau cristallin est caractérisé par un groupe, voir Table 1. En
répondant aux questions successives
– le cristal est-il chiral, c’est-à-dire non superposable (même après un éventuel déplacement) à
son image miroir ?
– quel est l’ordre n de la plus grande symétrie de rotation ?
– comment sont réalisées les symétries impropres, réflexion ou glissement ?
– le réseau est-il “primitif” (c’est-à-dire de Bravais) ou centré ?
on peut déterminer de façon non ambiguë le type cristallin, c’est-à-dire le groupe d’espace de
ce cristal.

7. Evgraf Stepanovich Fedorov (1853–1919), cristallographe russe, auteur avec A. Schönflies de la classifica-
tion des groupes d’espace.
8. Carl Hermann (1898-1961), cristallographe allemand, et Charles Victor Mauguin (1878-1958), cristallo-
graphe français, sont les pères du système international de notation des systèmes cristallins.
20 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

p1 p2

pm pg cm

pmm pmg pgg cmm

p4 p4m p4g

p3 p3m1 p31m

p6 p6m
Figure 1.22 – Les 17 types de réseaux cristallins à d = 2 dimensions. On a dessiné une maille
élémentaire ainsi que, sur quelques mailles adjacentes, le motif arbitraire représenté par un
cercle ouvert ou son image miroir représentée par un cercle quadrillé. Les axes de réflexion ou
de glissement ont été indiqués en trait mixte. Noter les deux réseaux p3m1 et p31m qui ont le
même réseau de Bravais comme base, mais deux types de symétrie distinctes qu’on identifiera.
1.5. SYMÉTRIES D’UN CRISTAL 21

Nom Nom Groupe Chiral Rotation # axes


complet abrégé ponctuel ? 2π/n réflexion
p111 p1 1 oui n=1 0
p211 p2 2 oui n=2 0
p1m1 pm 1m non n=1 1
p1g1 pg 1m non n=1 0
c1m1 cm 1m non n=1 1
p2mm pmm 2mm non n=2 2
p2mg pmg 2mm non n=2 1
p2gg pgg 2mm non n=2 0
c2mm cmm 2mm non n=2 2
p411 p4 4 oui n=4 0
p4mm p4m 4mm non n=4 4
p4gm p4g 4mm non n=4 2
p311 p3 3 oui n=3 0
p3m1 p3m1 3m non n=3 3
p31m p31m 3m non n=3 3
p611 p6 6 oui n=6 0
p6mm p6m 6mm non n=6 6

Table 1 : Les 17 groupes d’espace, ou types de réseaux cristallins, à d = 2.

Exercice : auquel de ces 17 types de réseaux appartient chacun des deux pavages de la figure
1.10 ? Voir aussi TD.
Il est instructif de regarder aussi la situation à une dimension de ce point de vue. À une dimension, il
n’existe qu’un seul réseau de Bravais, mais il y a 7 façons de le décorer avec des motifs, pour constituer ce qu’on
appelle une frise. Les 7 groupes d’espace sont illustrés par les 7 types de frise, cf TD.

1.5.3 Cristallographie à trois dimensions

Passant de 2 à 3 dimensions, on procède de manière analogue, l’analyse étant évidemment


beaucoup plus longue et les cas plus nombreux.
On trouve ainsi successivement 32 groupes ponctuels 9 , 14 types de réseaux de Bravais
possibles et 230 groupes d’espace. On en trouvera la description détaillée dans les ouvrages de
cristallographie 10 . Nous nous contentons de donner ici la table des 14 réseaux de Bravais, cf fig.
1.23. En fait, plutôt que des réseaux de Bravais, dont par définition chaque maille ne contient
de nœuds qu’à ses coins, on préfère souvent représenter des réseaux “non primitifs” où la maille
peut en contenir plusieurs (comme le réseau rectangulaire centré au § précédent, fig. 1.21), afin
de mieux faire apparaı̂tre les symétries du réseau.
On distingue les réseaux primitifs, qui ne possèdent qu’un nœud par maille (P), les réseaux centrés où un
nœud supplémentaire est placé au centre de la maille (I), les réseaux où une face est centrée (C) et ceux où
toutes les faces sont centrées (F). Les notations sont traditionnelles.
Exercice, dans chaque cas non primitif, identifier la sous-maille primitive. Inversement, pourquoi le dernier cas
est-il qualifié d’hexagonal ?

9. Bien noter que les groupes ponctuels qui apparaissent ici sont des groupes ponctuels cristallographiques,
compatibles avec l’existence d’un réseau, au contraire de ceux évoqués au § 1.3.4. Par exemple, le groupe de
l’icosaèdre qui apparaissait dans la liste du § 1.3.4 est interdit comme groupe critallographique par la discussion
du § 1.5.1.
10. [6], voir aussi le site http ://[Link]/ des Tables Internationales de Cristallographie
22 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

Système Cellule Groupe G, Nom de |G|


réticulaire élémentaire nom de Schönflies Hermann– ordre de G
Mauguin
Triclinique a 6= b 6= c C1 1 1
α 6= β 6= γ S2 1̄ 2
Monoclinique a 6= b 6= c C1h m 2
α = β = π/2 6= γ C2 2 2
C2h 2 4
m
Orthorhombique a 6= b 6= c C2v mm2 4
α = β = γ = π/2 D2 222 4
D2h 2 2 2 8
mmm
Tétragonal a = b 6= c C4 4 4
α = β = γ = π/2 S4 4̄ 4
C4h 4 8
m
D4 422 8
C4v 4mm 8
D2d 4̄2m 8
D4h 4 2 2 16
mmm
Trigonal a=b=c C3 3 3
α = β = γ < 2π/3, 6= π/2 S6 3̄ 6
C3v 3m 6
D3 32 6
D3d 2
3̄ m 12
Hexagonal a = b 6= c C6 6 6
α = β = π/2, γ = 2π/3 C3h 6̄ 6
C6h 6 12
m
D6 622 12
C6v 6mm 12
D3h 6̄m2 12
D6h 6 2 2 24
mmm
Cubique a=b=c T 23 12
α = β = γ = π/2 Th 2
m 3̄ 24
Td 4̄3m 24
O 432 24
Oh 4 3̄ 2 48
m m
Table 2 : Les 32 groupes ponctuels à d = 3 et les 7 systèmes réticulaires auxquels ils s’appliquent.

Les groupes ponctuels sont répertoriés soit dans la notation de Schönflies, (cf. §1.3.4), soit dans la notation
cristallographique de Hermann-Mauguin, comparable à celle utilisée plus haut à d = 2, avec une chaı̂ne de
symboles, qui code précisément toutes les opérations du groupe : le premier chiffre n désigne un axe de rotation
n
d’ordre n, avec n = 1, 2, 3, 4, 6 ; n̄ un axe de rotation-inversion d’ordre n ; m dénote un plan de réflexion-miroir
orthogonal à un axe d’ordre n ; n2, un axe d’ordre 2 orthogonal à celui d’ordre n ; nm, un plan de réflexion-
n
miroir parallèle à l’axe d’ordre n ; n̄2 et n̄m, idem pour un axe de rotation-inversion ; m m, un axe ∆ d’ordre n
avec un plan de réflexion-miroir orthogonal à ∆ et n plans de réflexion-miroir parallèles à ∆. Ainsi le groupe
de rotation du cube est dénoté soit O soit 432, le groupe complet (rotations et réflexions) du cube est Oh ou
4 2
m 3̄ m (exercice : le vérifier). La liste des 32 groupes ponctuels est donnée dans la table 2.
Des exemples que l’on rencontre souvent en physique sont ceux des trois réseaux cubiques,
usuellement désignés en français par les acronymes C, CC et CFC (cubique simple, cubique
centré, cubique à faces centrées) et en anglais par C, BCC (body centered) et FCC, et aussi
1.5. SYMÉTRIES D’UN CRISTAL 23

Cubique P, ou cubique simple Cubique I, ou CC Cubique F, ou CFC

Tetragonal C Tetragonal I

Orthorhombique P Orthorhombique C Orthorhombique I Orthorhombique F

a
! b
#
"

Monoclinique P Monoclinique C Triclinique P

Trigonal Hexagonal P

Figure 1.23 – Les 14 types de réseaux de Bravais à 3 dimensions. On a successivement les


trois réseaux cubiques a = b = c, α = β = γ = π2 ; les deux réseaux tétragonaux a = b 6= c,
α = β = γ = π2 ; les quatre réseaux orthorhombiques a 6= b 6= c, α = β = γ = π2 ; les deux
réseaux monocliniques a 6= b 6= c, α = β = π2 et γ quelconque et le réseau triclinique a 6= b 6= c,
α, β et γ quelconques ; le réseau trigonal a = b = c, α, β et γ quelconques et le réseau hexagonal
a = b 6= c, α = β = π2 et γ = π3 .
24 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

celui du réseau hexagonal, voir ci-dessous.

CC CFC

Figure 1.24 – Réseaux cubique centré et cubique à faces centrées. On a dessiné un choix de
maille primitive en lignes (tirets) rouges. La symétrie cubique n’est pas évidente sur cette maille
primitive !

Les groupes d’espace peuvent aussi impliquer non seulement des glissements comme à d = 2
(avec maintenant un plan de glissement) mais aussi des “vissages”, mouvements hélicoı̈daux,
composés d’une rotation d’axe ~u et d’une translation parallèle à ~u. . .
Les 230 types de groupes cristallins ont tous été observés expérimentalement à quelques
exceptions près [13].

Quelques exemples de corps cristallisant dans les systèmes C, CFC, CC, hexagonal
etc.
Expérimentalement on constate que le cuivre cristallise dans un réseau CFC, de même que
Al, Ni, Cu, Ag, Au et le fer Fe γ. Le fer Fe α ainsi que Ba, Cr, V, Mo, W ont des cristaux CC.
Les corps Mg, Ca, Sr, Ti, Co adoptent une structure hexagonale compacte, voir Fig. 1.25.
Il est instructif de considérer et de comparer les cristaux de diamant et de blende de zinc
(sulfure de zinc ZnS). L’un et l’autre sont basés sur un réseau cubique à faces centrées, dans
lequel en plus des atomes (de C ou de Zn, respectivement) aux 8 coins du cube et aux centres
des 6 faces, quatre atomes supplémentaires (de C ou de S, resp.) occupent les milieux de 4
des segments joignant le centre du cube aux coins et forment avec les atomes voisins des coins
ou des faces un petit tétraèdre, voir Fig. 1.26. Chaque atome de C a quatre voisins C, chaque
atome de Zn de la blende a 4 voisins S et vice-versa (Exercice : le vérifier sur la figure). Mais
ces atomes voisins étant identiques dans le diamant et différents (Zn et S) dans la blende,
la symétrie ponctuelle d’“inversion” par rapport au milieu des segments joignant les atomes
voisins est une symétrie du cristal de diamant, mais pas de la blende, puisqu’elle échange les
Zn et les S, voir Fig. 1.26. Les groupes d’espace du diamant et de la blende (ou “sphalérite”)
sont donc distincts (et répondent aux doux noms de F d3̄m et F 4̄3m, respectivement).

Figure 1.25 – Le réseau hexagonal compact. Les atomes de la couche intermédiaire sont à la
verticale des centres de gravité de la moitié des triangles des couches voisines.
1.5. SYMÉTRIES D’UN CRISTAL 25

a=0,357 nm

Figure 1.26 – Les réseaux cristallins du diamant et de la blende ZnS. En tirets noirs, le réseau
cubique sous-jacent, en traits continus (bleus) les segments entre atomes voisins formant un
tétraèdre. En pointillé les diagonales du cube, se croisant au centre 0. Vérifer que chaque cube
contient autant d’atomes de Zn que de S.

Autre forme cristallisée de carbone pur, le graphite est très différent du diamant, Fig. 1.27.
Il est composé de feuillets hexagonaux non compacts, ayant la structure du graphène, (Fig. 1.5),
avec une distance de plan à plan de l’ordre de 0,335 nm. Dans chaque feuillet, les atomes de
carbone sont fortement liés par des liaisons covalentes de type sp2, tandis que les liaisons entre
les feuillets sont faibles, de type π, ce qui explique les propriétés très anisotropes, mécaniques
(clivage et faible dureté, cf la mine des crayons !) ou de transport (conductibilité électrique),
très différentes dans les feuillets et entre feuillets.
a=0,141 nm

b=0,335 nm

Figure 1.27 – Deux représentations de la maille du graphite (pas à l’échelle ! )

Le chlorure de sodium cristallise dans une structure cubique, voir Fig. 1.28. Les cations Na+
forment un sous réseau cubique à faces centrées dans lequel les cations Cl− viennent s’intercaler,
formant un deuxième réseau cubique à faces centrées, décalé par rapport au premier de la moitié
du côté de sa maille. Chaque ion Cl est entouré de 6 ions Na formant un octaèdre régulier autour
de lui et vice-versa, et on dit que les Cl− occupent les “sites octaédriques” de la maille des Na,
voir figure. Dans cette description, les ions Na+ et Cl − sont interchangeables.
La wurtzite, une autre forme cristalline du sulfure de zinc, forme deux empilements hexa-
gonaux compacts enchevêtrés, voir Fig. 1.29.
Le quartz α cristallise dans le système cristallin trigonal, avec un axe d’ordre 3. Comme
26 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

mentionné plus haut, il vient en deux espèces, gauche et droite, selon la façon dont les tetraèdres
SiO4 qui le composent s’enroulent autour de cet axe en hélices gauches ou droites, cf Fig. 1.30.
C’est là l’origine des propriétés chirales observées, pouvoir rotatoire, etc.

+
Na

Cl !

Figure 1.28 – Le cristal de NaCl. Chaque ion de Cl a pour plus proches voisins 6 ions Na qui
forment un octaèdre centré sur lui, (ici en tirets), et vice versa.

Figure 1.29 – Deux représentations du cristal de wurtzite, formé de deux réseaux hexagonaux
de Zn et de S qui s’enchevêtrent. Chaque Zn est au centre d’un tétraèdre de S, et vice versa.
Source Wikipedia

Densités d’atomes. Compacité des empilements

Combien y-a-t-il d’atomes de carbone par maille cubique du diamant ? Il convient de compter
chaque atome en lui affectant un “poids” qui tient compte du nombre de mailles cubiques
auxquelles il appartient. Ainsi chacun des 8 atomes des 8 coins est commun aux huit mailles
qui touchent ce coin et a un poids 18 . Chacun des 6 atomes placés aux centres des faces des
cubes est partagé par deux faces et a donc a poids 12 . Enfin les 4 atomes placés à l’intérieur
viennent avec le poids 1. Au total, chaque maille cubique du diamant (ou de la blende ZnS, ou
du carbure de Si) possède 8 × 18 + 6 × 21 + 4 = 8 atomes, tandis qu’une maille cubique à faces
centrées ordinaire en a 4.
De la même façon, on calcule qu’une maille cubique centrée avec un atome par nœud du
réseau compte 8 × 18 + 1 = 2 atomes par maille.
1.5. SYMÉTRIES D’UN CRISTAL 27

Figure 1.30 – Différentes représentations de la structure cristalline du quartz α (Sources :

http ://[Link]/wiki/Quartz, http ://[Link]/gen [Link]).

Si on assimile chaque atome (ou ion) d’un cristal à une petite sphère dont le rayon est connu,
on peut calculer la compacité τ (ou taux de remplissage) définie comme le rapport du volume
occupé par ces sphères au volume total. Ainsi pour le chlorure de césium, à maille cubique
centrée de côté a = 411 pm les rayons de l’ion Cs+ , r+ = 174pm , celui de Cl− , r− = 181 pm,
montrer que la compacité est τ = 4π 3
3
(r+ 3
+ r− )/a3 = 0, 676.
Calculer ainsi la compacité du chlorure de sodium NaCl : τ = 0.644 à partir de la distance
interatomique dNa+ −Cl− = 2.82 Å, rNa+ = 0.99 Å, rCl− = 1.81 Å.
Imaginons que les atomes soient des petites sphères jointives. On parle alors d’empilement
compact de sphères. Dans l’empilement compact CFC, avec une maille de côté a, il y a 4
sphères, deux sphères voisines ont par exemple les coordonnées (0, 0, 0) et ( 12 a, 12 a, 0), leur
√ √
distance est a/ 2, le rayon de chacune est r = a/2 2 et son volume v = 43 πr3 , donc la
π
compacité τ = 4v/a3 = 3√ 2
= 0.74.
Calculer de même la compacité d’un empilement hexagonal compact (fig. 1.25), ou celui
d’un empilement CC (cubique centré).
Un problème important pour le mathématicien ou le physicien comme dans la vie pratique est celui des
empilements les plus compacts possibles. Comment disposer dans l’espace R3 des sphères de même rayon pour
obtenir la plus grande densité ? Comme tous les marchands de fruits le savent, la réponse est donnée par des
dispositions en couches successives suivant un réseau triangulaire, chaque nouvelle couche venant se loger dans
les creux de la précédente. Montrer que pour la 3ème couche, il y a deux choix possibles inéquivalents, dont l’un
π
correspond à un réseau CFC. Et l’autre ? L’un et l’autre remplissent une fraction 3√ 2
' 0.74048 de l’espace. Ce
résultat conjecturé par Kepler il y a 4 siècles (1611) n’a été démontré rigoureusement qu’il y a quelques années
(T. Hales 1998) ! S’il est assez aisé à démontrer en supposant l’empilement régulier, donc obéissant à l’une des
symétries cristallographiques, il est infiniment plus complexe si on ne suppose a priori aucune symétrie.

Quand on connaı̂t les masses des atomes constituants, ce même genre de considérations
permet de calculer la masse volumique (ou “densité”) d’un solide cristallisé. Voir l’exemple du
diamant et du graphite dans les Exercices.
28 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

Figure 1.31 – Différents types de cristaux liquides ou mésophases Source Wikipedia

1.5.4 Autres ordres translationnels ou orientationnels


Nous nous contenterons de quelques mots sur des objets physiques présentant d’autres types d’ordre trans-
lationnel ou orientationnel :
– les cristaux liquides
– les quasi-cristaux
– les nanotubes de carbone.
Cristaux liquides : il s’agit de molécules de forme allongée ou aplatie en galette, et donc enclines à adopter
un ordre orientationnel, et éventuellement un ordre translationnel partiel, intermédiaire entre les ordres solides
et liquides. On distingue les
– nématiques : molécules oblongues paralléles (ordre orientationnel uniquement)
– smectiques : molécules dans des couches parallèles équidistants, ordre translationnel partiel, mais pas
d’ordre au sein des couches (“plan liquide orienté”)
– cholestériques : plans liquides orientés, les orientations de plan à plan forment une hélice
mais il existe aussi d’autres phases, colonnaires, etc, voir Figure 1.31.
Quasicristaux : Découverts au milieu des années 80, les quasicristaux ont dans un premier temps paru
paradoxaux aux physiciens et cristallographes : des images de diffraction par rayons X (cf Chapitre 2) faisaient
apparaı̂tre une symétrie d’ordre 5 ou 10, (Fig. 1.32), semblant indiquer une structure cristalline ayant cette même
symétrie. Cela était donc en contradiction avec le résultat du §1.5.1 qui interdit une symétrie d’ordre autre que
1,2,3,4 ou 6 dans un cristal. On a compris alors que la symétrie des images de diffraction était compatible avec
une symétrie plus faible que celle d’un cristal véritable, dans une structure dite quasipériodique, où une symétrie
locale de rotation d’ordre 5 (ou 8, ou 10) peut exister sans ordre translationnel. Les atomes du corps ne sont
pas disposés aux nœuds d’un réseau de Bravais. Un bon exemple de cette situation est donné par les fameux
pavages de Penrose, voir Fig. 1.32 pour un exemple.
Nanotubes de carbone Les nanotubes de carbone sont des objets très étudiés dans les nanotechnologies
contemporaines et très intéressants pour leurs propriétés mécaniques (dureté) et pour leurs conductibilités
thermique et électrique très élevées. On peut se les représenter comme constitués d’un feuillet de graphène
enroulé sur lui-même, et éventuellement refermé à ses extrémités. Un tel nanotube a des dimensions typiques
de 1 à 10 nanomètres en diamètre et de plusieurs micromètres en longueur, donc un rapport de 100 à 1000
entre ses deux dimensions. Dans l’approximation d’un cylindre infini, un tel nanotube a comme symétries des
rotations discrètes d’angle 2π/n si n est le nombre d’hexagones homologues dans une section transversale, des
translations discrètes et aussi des déplacements hélicoı̈daux.
L’article de Wikipedia http ://[Link]/wiki/Nanotube de carbone donne une bonne introduction
au sujet.

1.6 Exercices
1. Pavages et cristaux 2d
Pour chacune des gravures d’Escher de la Fig. 1.34, dans lesquelles on ne tiendra pas compte
des couleurs, identifier les symétries et le “groupe d’espace” (ici à d = 2) selon l’algorithme
expliqué à la Table 1.
1.6. EXERCICES 29

(a) (b)

Figure 1.32 – (a) : une image de diffraction de rayons X avec une symétrie d’ordre 10 ; (b) un
pavage de Penrose : noter la symétrie locale d’ordre 5 mais l’absence de symétrie de translation
(Source Wikipedia).

Figure 1.33 – Un nanotube de carbone (Source Wikipedia) .

Figure 1.34 – 4 gravures d’Escher, Source : http ://[Link]/


30 CHAPITRE 1. SYMÉTRIES GÉOMÉTRIQUES. DES MOLÉCULES AUX CRISTAUX

Ti 4+

O 2!

Ca2+

Figure 1.35 – Pérovskite

2. Systèmes cristallins à 3d
Examiner les 14 réseaux de la figure 1.23 et déterminer leur groupe ponctuel de symétrie.
Montrer que seuls 7 des 32 groupes ponctuels possibles apparaissent. Comparer avec les données
de la Table 2 et commenter.
3. Pérovskite
Les pérovskites (du nom du minéralogiste russe L.A. Perowski (1792-1856)) désignent à l’origine
une classe de cristaux de titanates, de calcium, de baryum, de strontium, etc. Voir figure 1.35,
où un ion Ti4+ est au centre de la maille cubique, des Ca2+ aux coins et O2− aux centres
des faces. Vérifier la neutralité du cristal. Donner la formule chimique de ce corps. Montrer
qu’on peut aussi représenter ce cristal comme une juxtaposition d’octaèdres se joignant par les
O aux sommets, avec un Ti au centre de chaque octaèdre et un Ca ou un Ba au milieu des
“cuboctaèdres” intercalaires. L’appellation pérovskite a été étendue à des silicates X Si O3 , etc,
qui cristallisent dans la même structure.
4. Densité du diamant et du graphite
En s’appuyant sur les dessins des mailles du diamant et du graphite, Fig. 1.26 et 1.27, et sur
les dimensions interatomiques qui y figurent,
– calculer le nombre d’atomes par maille ;
– calculer le volume de la maille ;
– en prenant mC = 12g/N pour masse de l’atome de C , N le nombre d’Avogadro,
calculer la masse volumique (“densité”) du diamant et celle du graphite. Les valeurs
expérimentales sont respectivement de 3.5 à 3.53 g/cm3 et de 2.09 à 2.23 g/cm3 selon les
variétés. Conclure.

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